Le parement et triumphe des dames

By Olivier de La Marche

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Title: Le parement et triumphe des dames

Author: Olivier de La Marche

Contributor: Pierre Desrey


        
Release date: October 11, 2026 [eBook #79762]

Language: French

Original publication: Paris: Baillieu, 1870

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/79762

Credits: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))


*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PAREMENT ET TRIUMPHE DES DAMES ***






Le parement & triumphes des dames


    Le parement & triumphes des dames.
    Est appellé ce plaisant nouveau livre
    Prenez le en gré ainsi que je le livre
    Pour recepvoir salut de corps & d’ames

[Illustration: La dame]




Prologue de ce present volume & plaisant opuscule dict & intitulé Le
parement & triumphe des dames


Aprés que ung jour de ce moys de may L’an .v. cens & dix sur le milliare
j’eu leu & revolué plusieurs volumes textes/ postilles et comments tant
de sacree pagine que de aultres souverains aucteurs hystoriographes
cronicques/ gestes/ poeticques cathologues des bieneurez sainctz et
sainctes & autres digne de memoire et singuliere recordation Esquelz
sans doubte (es sens anagogique/ tropologique/ allegorique & moral) sont
escriptz narrez & recitez plusieurs salutaires doctrines fructueuses
instructions & enseignemens de toutes bonnes meurs Et tant en langue
diserte & latine soubz le doulz & meliflueux langage confit au sens de
dame rethoricque qui en son eloquant art d’oratoire & souefve bouche de
poeterie aulx humains a present tant elucidee qu’en nostre francigene
locution & langue vernacule a esté tellement deduicte/ que plusieurs
subtilz esperitz & agilles entendemens/ par enerve industrie se sont mis
& donnez a compiller & escripre argumens/ commedies/ invectives/
satires/ fables epigrames & tragedies/ prosaïques versificatoires &
rigmes de diverses tailles/ que plusieurs livres & traictés/ ont esté
notoirement divulguez/ moyennant le noble & industrieux art de
impression que en vigueur presentement donne & administre la source &
inundation de l’eaue vive qui incessamment part & distille du puis &
profonde fontaine de varies & diverses sciences Dont ainsi reclus &
comme perplex/ considerant que pour aucunement satisfaire aux humains
entendemens je pourroye de nouveau compiller veu & pressuposé que en
quantité innumerable & si grande habondance de divers livres sont
dispersez en latin vulgaire françoys & langue theutonique que a parler
quasi rondement plusieurs n’y scevent que choisir comme en une chose
diffuse tout pensif & fantasié me suis party de ma petite estude Et pour
mettre fin a mon emprinse suis parvenu pour me solacier & recreer mon
debile esperit jusques en ung delectable & plaisant verger tout couvert
de noble verdure rameaux odorans & arbres fructiferes dyaprés de
diverses fleurs ainsi que la saison le donne A quel lieu je trouvay une
moult louable compaignie & tresgrant assemblee de prudentes nobles
Magnificques et honnorees princesses Dames damoyselles Bourgoyses Filles
domesticques/ plusieurs autres bien notables femmes tresbien pareez
acoustreez/ & vestues de divers vestemens & aultres triumphantes
habitudes de quoy presentement chascunes d’elles scet user selon son
degré et personnelle qualité. Et plusieurs d’icelles beaucoup plus
excessivement qui ne leur debveroit competer ne apartenir Ce que
pourtant je leurs remetz sans en vouloir riens autre dire/ car je suis
cestuy la qui pour l’honneur et grace des dames vouldroye par loyal
service travailler & employer du tout mon sçavoir. Dont icelle tresnoble
compaignie de dames de par moy salueez/ et leur salut a moy rendu/ se
tira devers moy une bonne prudente & vertueuse dame moyenne de aage &
selon mon advis bien devotement moriginee/ de simple estat et pleine de
sçavoir. Laquelle saige dame ainsi que je fus deuement informé estoit
dicte et nommee bonne affection de l’honneur & salut des dames/ qui en
mettant la coppie de ce present livre en ma main/ qu’elle avoit
premierement tiré de sa manche me dist begnignement en ceste maniere
selon son maternel langage. Mon amy il m’a esté d’aucuns recité que tu
nagueres venu de Troyes en champaigne arrivé en ceste tresfamee ilustre
et populeuse cité de Paris quiers a composer aulcune chose de nouveau
affin que tu soyez recongneu/ mais laisses encores ung peu quiescer et
refreschir ta memoire mettant ta fantasie arriere/ et reçoy ce present
livre que je te donne et administre/ duquel aprés que tu auras veu la
coppie/ et que tu y sentiras goust/ tu le pourras commenter et ordonner/
en forme qui puisse repaistre gens de lettre et auctorité/ et qu’il soit
divulgué aux nobles/ haultes/ excellentes/ et magnifiques princesses/
dames/ damoiselles/ et aultres femmes de tous estas/ desquelles tu en
voys a present une notable & honoree congregation affin que par iceluy
livre tu leurs puisses donner vestemens et habitz nouveaulx pour eulx
parer et faire apparoir en toute vertueuse triumphe/ comme tu scez
qu’elles desirent & qu’il est notoire a chascun. Et a tant receu ses
parolles/ & comme tout morne et transsy/ me departy de ceste noble dame
Bonne affection de l’honneur des dames/ prenant humble congié de toute
l’assistance/ ainsi comme je peulz et sceu. Dont moy hors de ce beau
pourpris/ et plaisant vergier/ regarday bien diligemment ce traicté/ et
present volume/ intitulé le parement et triumphe des dames Auquel sont
contenus tous les habitz/ paremens & nobles vestures qu’ilz
appartiennent a toutes bonnes dames & femmes d’honneur. Lequel volume &
plaisant traicté/ sans jactance de moy/ ou estre venteur des oeuvres
d’autruy/ trouvay par son intitulacion que aultresfois avoit esté
descript et composé par noble de chevalereux seigneur messire Olivier de
la Marche en son vivant chevalier & grant maistre d’hostel du roy de
Castille Lequel prudent & vertueux chevalier tant en prose qu’en vers
huittains a si bien & fructueusement labouré pour le bien & honneur des
dames desquelles j’ay tousjours desiré estre humble & loyal serviteur.
Parquoy ma fantasie du tout arriere regettee/ me suis seullement occupé
a veoir & visiter ce noble opuscule des dames non pas pour y riens
corriger/ mais pour sçavoir seullement se aulcune corruption seroit ou
auroit esté faicte par eulx qui depuis sont par coppie redigé comme
souventesfois est advenu. Et aussi pour commenter le texte/ affin de
monstrer le prenommé seigneur y avoir songneusement labouré/ & par sens
de lettre & estude/ & que tout noble & devot sexe femenin & aultres gens
de tous estas puissent prendre seurs vestemens/ qu’ilz par teignes/
vermisseaulx ou aultre inveteration ne se puissent corrompre ne demolir/
mais perpetuellement demourer/ & estre mis presentez & recordez en
l’ineffalible repositoire ou est tout baulme aromaticque. En ensuyvant
la irrefragable doctrine du converty/ apostre/ vaisseau d’election le
glorieux saint Paul disant que nous soions tousjours vestuz & armez des
armures & vestemens de toute lumiere pour ambuler es jours honnestes/ &
du tout getter les oeuvres & les vestemens de tenebres/ disant aussi le
bon Jacob aux familles de sa maison. Soyez tous mundiffiez: ainsi comme
vrays purs & nectz/ & muez tous voz vestemens desquelz aussi descript &
recite le prophete Neemie qu’ilz ne pevent inveterer--Car ce sont les
beaulx vestemens de quoy il est faicte notoire mention au livre des
canticques disant. L’odeur de ces vestemens sera comme l’odeur d’encens.
Et aussi est dict en aultres plusieurs lieux de la saincte escripture
lesquelz je delaisse a present pour eviter prolixité. Parquoy devons ce
present livre souventefois recorder & avoir en memoire de cueur pour
nous honnestement vestir & parer par honneur/ affin que nous puissons
personnellement & en reverance comparer aux nopces celestes sans estre
reprins de l’entree comme il fut dit au repudié non ayant sa veste
d’honneur/ mon amy pourquoy es tu icy entré sans ton vestement nuptial.
Et ainsi par ce present petit volume tresespecial & tresdigne de grande
louenge pourrons parvenir aux supernelles nopces du parfaict espoux de
noz ames saulveur & redempteur Jhesucrist. Qui avecques le pere & le
filz vit & regne glorieusement en unye trinité. Amen.




La table de ce present livre du parement & triumphe des dames


Et premierement

  Le prologue de l’acteur

  Les panthouffles d’humilité                           Chapitre premier
    Exemple pour humilité de la glorieuse vierge Marie & de la femme
    chananee

  Les souliers de soing & bonne diligence                  Chapitre .ii.
    Exemple pour soing & bonne diligence du roy David & de Nabal
    avecques sa femme Abigaïl.

  Les chausses de perseverance                            Chapitre .iii.
    Exemple de perseverance de la benoiste Marie magdaleine

  Le jarretier de ferme propos                           Chapitre .iiii.
    Exemple pour ferme propos de Lucresse noble dame rommaine

  La chemise d’honnesteté                                   Chapitre .v.
    Exemple pour honnesteté de Polixenne noble pucelle & fille de Priam
    roy de Troye

  Le corset ou la cotte de chasteté                        Chapitre .vi.
    Exemple pour chasteté de Virgineus qui occist sa fille Virgine par
    son loyal consentement devant Apius Clauditus

  La piece de bonne pensee                                Chapitre .vii.
    Exemple pour bonne pensee de sainte Marie l’egiptienne

  Le cordon ou lacet de loyaulté                         Chapitre .viii.
    Exemple pour loyaulté d’ung noble chevalier seigneur de Varembon &
    de sa femme

  Le demy ceingt de Magnanimité et fort de couraige        Chapitre .ix.
    Exemple pour magnanimité & force de couraige de la royne Semiramis
    femme du roy Nynus

  L’espinglier de patience                                  Chapitre .x.
    Exemple pour patience de la bonne Griselidis femme du marquis de
    Saluces

  La bource de liberalité                                  Chapitre .xi.
    Exemple pour liberalité d’une noble dame Contesse de Vandosme/ &
    D’ung noble chevalier messire Anymond de Pommires

  Le cousteau de justice                                  Chapitre .xii.
    Exemple pour justice de la sage Delbora & de la noble dame Judich
    comment elle occist Holopherne

  La gorgerette de sobrietté                             Chapitre .xiii.
    Exemple de sobrietté D’ung devot homme catholique qui fut nommé
    Estienne l’orfenin et de la fille Marine qui fut rendue avecques luy
    comme ung religieux

  La bague de foy                                       Chapitre .xiiii.
    Exemple pour foy de la glorieuse vierge Marie & d’une noble dame des
    Machabeez nommee Anne de la Roche & de ses sept enfans tous freres/
    eulx tous & elle martirisee soubz Anthiocus ung tirant payen

  La robe de beau maintien                                 Chapitre .xv.
    Exemple pour beau maintien de la noble Hester que le roy Assuere
    espousa pour delaisser sa premiere femme Dasti

  La ceinture de devote memoire                           Chapitre .xvi.
    Exemple pour devotte memoire de noble dame Jouvenelle princesse de
    Salerne qui se rendit religieuse

  Les gantz de charité                                   Chapitre .xvii.
    Exemple pour charité d’une saincte dame nommee Godelyene martirizee
    au pays de Flandres/ & d’une aultre noble dame nommee Geltrud fille
    du roy de Dannemarche & femme de Renyer de Savoye

  Le pigne de remors de conscience                      Chapitre .xviii.
    Exemple pour remors de conscience d’une noble & pompeuse dame de la
    cité d’Antioche dicte & nommee Pelagienne

  Le ruban de crainte de Dieu                             Chapitre .xix.
    Exemple pour crainte de Dieu d’ung jeune prince de Elevent qui fut
    amoureux d’une bonne & devote religieuse/ laquelle se creva les
    yeulx

  Les patenostres de devocion                              Chapitre .xx.
    Exemple pour devocion d’une noble dame romaine/ qui conceupt de son
    propre filz & depuis accusee du dyable

  La coiffe de honte de meffaire                          Chapitre .xxi.
    Exemple pour honte de meffaire d’une bonne abbesse de l’ordre de
    sainct Dominique & de ses devotes religieuses qui toutes se
    couperent les nez pour eviter vice & peché

  Les templettes de prudence                             Chapitre .xxii.
    Exemple pour prudence d’une noble dame contesse de Haynault nommee
    Wauldrut & de son espoux noble prince Maldeguaire Vincien

  Le chaperon de bonne esperance                        Chapitre .xxiii.
    Exemple pour bonne esperance de la noble vierge saincte Cecille/ de
    son espoux Valerien & son frere Tiburcien

  Les paillettes de richesse de cueur                  Chapitre .xxiiii.
    Exemple pour richesse de cueur de sainte Kathrine de Seines de
    l’ordre de sainct Dominicque

  Le signet & les anneaux de noblesse                     Chapitre .xxv.
    Exemple pour noblesse de la bonne royne mere du roy sainct Loys

  Le miroer d’entement par la mort                       Chapitre .xxvi.
    Exemple du miroer d’entement par la mort en plusieurs couppletz &
    alleguant plusieurs nobles dames & princesses decedeez de ce mortel
    monde Ausquelles Dieu vueille pardonner Amen.


Fin de table




Prologue de l’acteur qui fut feu tresnoble seigneur messire Olivier de
la Marche en son vivant grant maistre d’hostel du roy de Castille


    L’Autre hyer lisant une nuyt pour apprendre
    Aprés dormir que l’esperit medite
    Amour me vint assaillir & surprendre
    Par tel assault qui n’est pas a comprendre
    D’aulcune dame qui mon sens suppeditte
    Mon cueur la m’a destinee & predicte
    Si fault sçavoir se je la dois aymer
    D’amour amere/ ou d’amour sans amer

    Se suyvre vueil la sensualité
    Je l’aimeray d’amour folle & mondaine
    Mais selon Dieu raison & equité
    Je dois aymer d’amour de charité
    C’est la sente de loyaulté certaine
    Boece nous dit que c’est amour haultaine
    D’aymer sa dame tousjours & en tout lieu
    Pour l’exaulcer & mettre devant Dieu

    Le parement & triumphe des dames
    Jeunes gorriers s’il vous plaist vous lirés
    Mais quoy qu’il soit au salut de voz ames
    Pour chose vaine en dirés quelques blasmes
    Car tel triumphe pas ne demanderés
    Le temps perdu aprés regretterés
    Se folle amour vous vient au cueur saisir
    Querant plaisance vous aurez desplaisir

    Qu’est ce d’amour qui son fait a hanté
    Lisons Ovide/ pour sçavoir son guerdon
    Il dit que c’est ung cueur en autre enté
    Qui dessaisit sa franchise voulenté
    Pour en autruy la mettre par pur don
    Amans venez a ce noble pardon
    Dessaisissez votre voulenté toute
    Pour la donner ou le vouloir se boute

    Qui son povoir veult offrir ou partie
    Et du cueur faire quelque retention
    C’est une amour laschement departie
    Et qui abuse une dame advertye
    D’autre sercher ne face invention
    Cueur de noble homme par franche intention
    Ou qu’il se donne jamais n’en doit partir
    Pour endurer autant comme ung martir

    Ung cueur villain ne doit amours tenir
    J’entens villain qui pense villannye
    Amours est noble pour deux cueurs a unir
    Et enchainner quoy qu’il puisse advenir
    Puis que vertu cest enchainement lye
    Cest amour sy pour riens ne se deslye
    Ne departir jamais ne se poura
    Tant que le corps & l’ame durera

    Et par contraire qui se met ou escoute
    En amour fainte qui se poursuit par vice
    Cest amour si ne dure peu ou goutte
    Suspition en jalouzie les boutte
    Ou beaulté fault qui est lasche service
    Car l’ung est fol l’autre coquart ou nice
    Cest amour est de legiere venue
    Et trop plustost se pert & diminue

    Pourtant je suis a cela resolu
    Et s’esmerveille de mon corps qui vouldra
    Car j’aymeray de franc cueur non polu
    Par loyaulté celle que j’ay esleu
    Ferme propos en ce me soustiendra
    Mon amour telle jamais ne fauldra
    Amours se sont en moy fermes boutees
    Pour trois raisons que j’ay leues & goustees

    Amour entra premier en mon oreille
    D’oyr les biens vertus & renommee
    De celle seulle ou mon cueur s’apparelle
    Et puis quant l’oeil perceut la non pareille
    Fleur de beaulté de grace inestimee
    Lors celle amour se trouva confermee
    Rapport fut vray l’oeil en fist jugement
    Ainsi fut prins en ce commencement

    Or vient le neu d’amoureuse racine
    Et le lyen qui plus mon cueur a pris
    Soit en parler en acueil ou en signe
    Son doulx maintien la monstre & determine
    D’avoir louenges en honneur & en pris
    Toutes vertus sont en ce lieu compris
    Le sens si bon qu’il n’y a quelque amer
    A sçavoir doncques si j’ay tort de l’aymer

    De ces trois dars/ mon cueur a eu attainte
    Qui dureront autant que j’auray vie
    Regnom premier ne la peut faire estainte
    Mais le regard a la blessure tainte
    Qui ne sera sans grant douleur ravie
    De l’acointer ne fault que je desvie
    Mais doibs souffrir pour cy parfaicte & digne
    A cueur leal vault une medecine

    Or concluons a cest amour vouee
    Que pourray je pour guerdon dire ou faire
    A la non per/ qu’il luy plaise & agree
    Pour satisfaire a sa bonté louee
    Paintre ne suis pour sa beaulté pourtraire
    Mais je concluz ung habit luy parfaire
    Tout vertueux/ affin que j’en responde
    Pour la parer devant Dieu & le monde


Fin du prologue de l’acteur




Cy commence le parement & triumphe des dames




Premierement La pantoufle d’humilité

Chapitre .i.


    Roynes d’honneur marquises & princesses
    Entendez cy dames & damoiselles
    Femmes serventes bourgoises & maistresses
    Venez partir a mes grandes richesses
    Goustés les bien vous les trouverez belles
    Mes pompes sont es maulx nouriz nouvelles
    C’est ung habit a toutes bien apoint
    Pour triumpher & estre bien en point

    Sachez premier que la vierge Marie
    Fleur des eslites & dame de bonté
    Royne des cieulx affin que ne varie
    Qui fut la verge du bon Yessé florie
    Ainsi eslite pour son humilité
    De saincte eglise est souvent recité
    En son devot & gratieulx canticque
    Comme il est sceu par louenge autentique

    Pour commencer des panthouffles nous fault
    Pour mieulx fournir ceste noble parure
    Riens oublier ne vueil car l’habit vault
    Qu’il soit fourny du pied jusques au plushault
    Continuant ceste noble vesture
    La panthouffle est une saine chaussure
    Au pied fait bien & prouffit cordial
    Ce qu’elle vault est bien espicial

    La pantouffle c’est le seul soubstenement
    Du corps entier & de sa pesanteur
    Mainte personne a garde sainement
    Pour la santé c’est ung solagement
    Pour tenir sec ou par doulce moisteur
    La pantouffle conduit le chemineur
    Et obeyt selon qu’on la convoye
    Par bon chemin ou par mal nette voye

    De la pantouffle ne nous vient que senté
    Et tout prouffit sans griefve maladie
    Pour luy donner tiltre d’auctorité
    Je luy donne le nom d’humilité
    C’est des vertus que une fleur anoblye
    Pour Dieu madame que ce point l’on n’oublye
    Telle vertu nous fera renommer
    Depuis les mons jusques a la rouge mer

    Celle panthouffle tout soustient & supporte
    Et obeit par chemin seurement
    Humilité le fais soustient & porte
    De ce qu’on voit qu’on sent & qu’on raporte
    Et passe tout sans courroux doulcement
    Humilité plaist a Dieu seullement
    Ung humble cueur ne scet riens requerir
    Ne demander qu’il ne puisse acquerir

    Humilité porte telle vigueur
    Pour avoir paix & divine concorde
    Que par sa doulceur & benigne liqueur
    Remet le glaive de divine rigueur
    Dedans la gayne de sa misericorde
    Je vous prie donc que vostre veu s’acorde
    A cheminer par vraye humilité
    Soubz qui a Jhesus pour nous milité

    Chaussons le pied d’humilité sans fainte
    Laissons orgueil qui trop de maulx procurre
    Ceste panthouffle nous sera digne & saincte
    Humilité nous soit de tremeur ceincte
    Car qui craint Dieu il n’a de pecher cure
    Humilité est de telle nature
    Que Dieu se joingt la ou elle est nourie
    La Trinité & la vierge Marie


Exemple de humilité

Pour le premier exemple & l’exemplaire des autres ma tresaymee &
honnoree dame sera l’exemple de la tresglorieuse sacree & intemeree
vierge Marie qui par sa sainte & benigne humilité a merite d’estre
dignement faicte vierge mere de nostre seigneur Jesucrist royne des
cieulx dame des anges & reparatrice de tout humain genre Comme elle
mesmes nous recite cothidiennement en son cantique de l’heure de vespres
en nostre mere saincte eglise disant Pource qu’il a regarde l’humylité
de son ancelle voicy que pour ceste cause me diront estre bieneureuse
les generations ce que souventesfois doit estre deuement recordé par
devote meditation & avecques ce pour autre exemple familiere povez lire
l’evangille du second dimenche de Karesme ou vous trouverez que une
pecheresse de la terre de chananee obtint grace & pardon de nostre
seigneur Jhesucrist par son humilité/ car en usant par devotion De faict
de cueur & de bon vouloir fist sa complainte & humble remonstrance en
disant Sire je sais bien que je ne suis pas digne d’acquerir ta grace/
mais regarde moy de l’oeil de pytié & misericorde & me impartiz des
myettes de ta bonté & grace pour guarir mon peché ainsi que souvent l’on
depart aux chiens du relief de la table/ affin d’avoir leur povre vie
Ainsi le benoist createur voyant que si humblement elle se comparoit aux
chiens luy donna sa grace & pardon de son peché Et depuis vesquit moult
vertueusement & recouvra la santé de sa fille qui estoit malicieusement
vexee & tourmentee du dyable Ainsi mes dames & filles de mon escolle
fuiez orgueil & prenez humilité Car nostre seigneur Jhesucrist ainsi
comme dessus est dit: print aussi grant plaisir en l’humilité de la
vierge Marie qu’il fist ou demourant de ses aultres vertus qui sont
infinies. Et a tant vous contentez de ce premier exemple/ rememorant
aussi l’humilité de ceste povre femme chananee/ et poursuivons le
demourant.




Les souliers de soing & de diligence

Chapitre .ii.


    Ung cordonnier nous convient adresser
    Qui nous fera des souliers par maistrise
    Pour le gent pied de ma dame chausser
    Fait de tel art qui ne la puist blesser
    Telle façon est aux ouvriers requise
    Gente chaussure chascun la loue & prise
    Ainsi feront des souliers si apoint
    Qui nous viendront se Dieu plaist bien apoint.

    Souliers gardent de mal & de blessure
    Les piez souvent dont le corps vault mieulx
    Et s’il convient cheminer bonne allure
    Sur le souler se fait cest advanture
    Dont la pantouffle s’abandonne en maintz lieux
    Les soulers sont si bons & vertueulx
    Qu’ilz prouffitent pour saulver ung royaulme
    Le loz l’honneur & prouffit d’une dame

    Dont ces souliers/ pour en faire apparence
    En la parure que voulons acoustrer
    L’ung sera soing/ & l’autre diligence
    En delaissant paresse & negligence
    Dont moult de maulx se pevent rencontrer
    Diligence passe sens/ il est cler
    Diligence vainct dangier & fortune
    Et maintesfois envieuse rancune

    Diligence menee par raison
    Vault tant de biens que l’on n’en scet le compte
    Et s’elle meult de cas de desraison
    De vengence d’amours ou mesprison
    Il ne vault pas qu’on en parle ou racompte
    Mais quant vertu diligence surmonte
    Dieu en est guyde/ menant a bonne fin
    Le cheminant son desir & chemin


Exemple de soing & diligence

Nous lisons en la saincte bible ou .xxv. chapitre du premier livre des
roys comment le bon roy David requist a Nabal/ qui en faveur &
recongnoissance des plaisirs & services qu’il luy avoit fais/ il luy
voulsist donner certaine porcion des biens de sa provision pour recreer
son armee Ce que ledit Nabal luy reffusa/ soy demonstrant orgueilleux
ingrat & maulvais envers luy/ disant plusieurs injurieuses et maulvaises
parolles contre sa personne/ dont finablement le bon roy David se
courrouça et esmeut son armee contre iceluy Nabal & l’eust destruit sans
point de remede n’eust esté Abigaïl femme d’iceluy Nabal/ laquelle
congnoissant la mauvaise obstination & ingratitude de son dict mary fist
a son desceu telle diligence qu’elle chargea Cameaulx/ chevaulx/ & asnes
de toutes viandes & vitailles en grant habondance. Et vint en personne
au devant du roy/ lequel voyant la diligence & humilité de ladicte
Abigaïl mitiga son ire/ & se desista de son entreprinse. Et depuis/
aprés la mort dudit Nabal recordez icelluy roy David de la vertueuse
diligence de la dicte noble dame Abigaïl/ il la prinst a femme. Ceste
dicte dame nous aprent & enseigne que diligence est moult necessaire a
toutes dames & a cause d’eviter plusieurs grans maulx qui par negligence
sont advenus & adviennent souvent en plusieurs & divers pays.




Les chausses de perseverance

Chapitre .iii.


    Ayons aprés ung chaussetier d’honneur
    Qui nous fera chausses pour ma maistresse
    Continuant cest habit de valeur
    Du plus fin drap du plus riche & meilleur
    Dont l’on pourra recouvrer par adresse
    Pour la santé/ la chausse vault richesse
    Et quoy que chausses se monstrent a danger
    L’habit est bon & ne se doit changer

    La chausse tient la jambe nettement
    Garde le froit: & coeuvre la chair tendre
    Chausses se tirent pour estre gentement
    Chausses font bien sans nul encombrement
    L’on ne les peut trop acheter ne vendre
    La chausse est cointe/ mais a le bien entendre
    On la voit peu: & se doit retarder
    Car elle aproche ce qu’on doit plus garder

    Accomparons la vertu & puissance
    De ceste chausse de fin drap estoffee
    Continuant l’euvre que je commence
    Nous en ferons bonne perseverance
    Sur les vertus elle est recommandee
    Perseverance est serrure fermee
    Ou se garde le tresor de bien faire
    Perseverance est vertu necessaire

    Comme la chausse de bon drap composee
    Plus obeyt/ dont la jambe vault mieulx
    Perseverance est de bonté prisee
    Et obeyt pour tenir l’assemblee
    Des grans vertus par tout & en maintz lieux
    Perseverance est ung bien fructueux
    En la laissant vertus sont separees
    L’honneur se pert dames sont desparees

    Perseverons a suyvre bonnes meurs
    Fuyons oyseuse qui les vertus reboute
    Perseverance en bien nourit les cueurs
    Enrichit l’ame/ augmente les honneurs
    C’est des vertus la droicte passe routte
    Fuyons fuyons oubliance qui couste
    Et fait perir bon renom loz & pris
    Perseverons se voulons avoir pris

    Jusque a la fin on doit perseverer
    Commencement n’est encor oeuvre faicte
    Et si doit on en bonne fin preferer
    Perseverant qui veult bien operer
    Pour tousjours tendre a bonne fin parfaicte
    Perseverance n’a jamais de deffaicte
    C’est ung tresor tout noble & precieux
    Perseverance conduit l’ame es saintz cieulx


Exemple de perseverance

Aprés avoir veu & visité plusieurs volumes pour plus souffisamment
escripre & monstrer mes alegations & mesmement pour la vertu de
perseverance je me suis arresté de donner mon exemple de la glorieuse
Magdaleine/ & n’ay trouvé dame digne de ramener a memoire devant elle en
ceste partie la Magdaleine fut noble femme/ reallement pecheresse/ mais
en ses plus beaulx jours se repentit & convertit a nostre seigneur de
cueur si contrit & honteux/ qu’il luy pardonna tous ses pechés/ pourtant
qu’elle l’ayma moult/ & persevera en cest amour depuis sa conversion
tant que nostre seigneur fut sur terre. Et aprés sa mort le quist ou
sepulchre/ & tant le quist & traveilla & de si fervente amour/ qu’elle
merita d’estre la premiere aprés la glorieuse vierge Marie a qui il
s’aparut aprés sa resurrection. Et tant persevera en ceste saincte
poursuitte qu’elle le vit monter aux cieulx. Soixante ans vesquit la
sainte dame depuis sa dicte conversion/ dont les .xl. furent employez en
une roche ou elle fist merveilleuse penitence sans avoir confort
quelconque/ fors seullement de nostre seigneur & des benoistz anges qui
luy chantoyent coustumierement les heures du jour. Elle convertit le roy
de Bourgongne L’an .xiiii. dont ledit royaulme est demouré crestien Son
parrain se nommoit Trophonne qui fut nepveu de sainct Paul & en celle
perseverance de bien faire trespassa en Prouvence/ ou elle est
glorieusement aoree Et vault bien la saincte dame d’estre memoree a la
vertu de bonne esperance. Mes dames tenons le chemin de la benoiste
Magdaleine/ oublions noz pechez de fait & de voulenté/ & perseverons ou
service de nostre seigneur si en aurons tous bon loyer.




Le jarretier de ferme propos

Chapitre .iiii.


    Or avons nous/ piedz & jambes parees
    Mais il convient avoir l’oeil & regart
    Que les chausses qui sont si bien tirees
    Soyent tenues gentement & gardees
    De jarretiers par façon & par art
    Que la chausse demeure de sa part
    Ferme en la jambe sans tumber ou desmettre
    Sans jarretier ne peult une dame estre

    Le jarretier se fait communement
    Du propre drap couvrant la jambe nue
    Le jarretier lye estroictement
    La chausse va si bien & proprement
    Qu’elle ne bouge ne descend ou remue
    Le jarretier c’est chose de value
    Et si honneste que homme n’y doit main mettre
    S’il n’a cest eur d’estre seigneur ou maistre

    Qui met la main jusque a la jarretiere
    Il pretendra de plus hault advenir
    C’est des habitz une chose plus chiere
    Gardez la bien de fait & de maniere
    Sans grant dangier nul ne la doit tenir
    Pour vostre habit mieulx parer & fournir
    A quel vertu se doit ce jarretier
    A comparer tant qu’il demeure entier

    Le jarretier se doit nommer & dire
    Ferme propos en bien: sans contrefaire
    Ferme propos ne se pourroit desdire
    Desir de bien est celuy qui attire
    Toutes vertus ensemble paire a paire
    Ferme propos est au vice contraire
    C’est le lyen dont vertus sont lyees
    Pour les garder sans estre deslyees

    Comme se tire le jarretier souvent
    Du mesme drap dont la chausse est taillee
    Ferme propos nous procede & descent
    D’autres vertus/ Ovide s’i consent
    Qui des vices fait depart & meslee
    Perseverance est par ce point lyé
    Par double neu/ & qui ce point bien gouste
    Le jarretier vault beaucoup & sans doubte

    Ferme propos bon vouloir poursuivons
    Mettant arriere varieté de cueur
    De ces vertus pour pompes nous parons
    Et corps & ame nous en esjouirons
    Dieu des biensfaitz est remunerateur
    D’ung noble cueur plaisir est conducteur
    Quant de vertu se vont acompagner
    Et ne vouldroit plus riche don gaigner


Exemple de ferme propos

Pour la raison de ferme propos reciter & atteindre au vray/ nous
parlerons de la noble Luccresse Laquelle aprés qu’elle fut viollee par
Tarquin filz du roy de Romme se delibera & ferma de non plus vivre en
celle honte Et continuant en son ferme propos se occist & tua de ses
propres mains/ sans doubter ou craindre l’horreur & angoisse de la mort
Et combien que monseigneur sainct Augustin et autres docteurs reboutent
& regettent telle maniere de mort qui semble desespoir touteffois vault
le compte de dire & reciter pour ferme propos Et doit une noble dame
avoir tousjours ferme propos de bien faire & faict bien celle a louer &
priser qui la vertu garde qui entretient toutes les autres quant
Lucresse qui fut d’elle homicide est encore aleguee en ferme propos
pource qu’elle executa son emprinse couraigeusement combien qu’elle fust
vicieuse Soyons doncques en ferme propos de vertus & reboutons toutes
variabletez vicieuses Car ferme propos est la serrure qui ferme & tient
encloses toutes les bonnes vertus en la personne qui est ferme &
estable.




La chemise d’honnesteté

Chapitre .v.


    D’une lingiere nous convient la maistrise
    Qui nous saiche faire couldre & tailler
    Pour ma maistresse une bonne chemise
    De riche estoffe car je luy ay promise
    Riens que tout bien je ne luy quiers bailler
    Le noble corps pour beau la pareiller
    Se doit parer de chemise propice
    Contre venin de peché & de vice

    De fine toile la chemise doit estre
    Que doit vestir si noble personnage
    Toille de lin se doit la entremettre
    Les coustures a dextre & a senestre
    Doivent estre de si subtil ouvrage
    Qu’elles ne blessent car ce seroit dommage
    La chemise vault beaucoup en recors
    Car elle touche le plus noble du corps

    Continuant nostre habit en bonté
    Ceste chemise que sera ce en vertu
    Je luy donne le nom d’honnesteté
    Que dames doivent tenir en grant cherté
    Qui n’est honneste honte va au dessus
    Honnesteté vault des biens beaucop plus
    Que une princesse ne peut pas exprimer
    Ce qui est bon se doit bien estimer

    Se la chemise est de fin lin tissue
    Et nette & blanche & doulce les coustures
    Honnesteté est de raison cousue
    Honte & vergongne chascune s’esvertue
    Pour la monstrer sur toutes les vestures
    Honnesteté fait aux vices injures
    Honnesteté toutes vertus approche
    Appete honneur & fait tousjours reprouche

    Honnesteté se congnoist en maintien
    En beau parler respondre & enquerir
    Honnesteté se voit/ qui l’entend bien
    En tous estatz par querir le moyen
    Sans ravaller ne trop hault acquerir
    Honnesteté se doit bien abstenir
    De nulz tromper/ & plus d’estre trompee
    Car la follie seroit trop achetee

    Honnesteté soit devant nostre face
    Soyons honneste & honte deboutons
    Quant hardiesse de dame vient en place
    Le jugement est de petite grace
    Et par cuider nostre loz combatons
    Honneste en fais quiers que nous apparons
    Ma maistresse ceste vertu guerdonne
    Et fait avoir le renom d’estre bonne


Exemple de honnesteté

Mettons en memoire & devant nos yeulx l’honnesteté de Polixene noble
pucelle fille du roy Priam de Troye Laquelle Porrus filz du vaillant
Achilles la fleur de chevalerie des grecz en vengeance de la mort dudict
Achilles son pere consentue par ladicte Polixene par le regret qu’elle
avoit de l’homicide fait par ledit Achilles en la personne du
passeroutte de chevalerie du monde le preux Hector de troye frere
d’icelle en empliant maulx sur maulx a celle lamentable destruction
ledit Porrus sur la sepulture dudict Achilles son pere prist Polixene
par les cheveulx de la main senestre & de la destre haulsa l’espee forte
& trenchant pour la descendre sur la noble dame & elle en cest effroy de
l’angoisse de mort. Le vent qui fut a celle heure grant & impetueux se
bouta parmy ses vestemens la descouvrant dont elle plaine d’honnesteté
prist a deux mains sa cotte simple pour la baissier & couvrir sa noble
personne Et monstrant celle honnesteté receut icelle Polixene mort que
toutes dames doivent avoir en souvenir & dit le saige que femme qui n’a
honnesteté de couvrir ses secretz se feroit assez tost juger trop
legiere marchande de aucun deshonneur.




Le corset ou la cotte de chasteté

Chapitre .vi.


    Ung cousturier nous convient preparer
    Pour ung corset donner a ma princesse
    Et son beau corps revestir & parer
    De noble abit pour la bien decorer
    Car elle vault pour tout mettre en proesse
    Ce beau corset je le vueil pour noblesse
    D’ung blanc damas de blancheur nette & pure
    C’est ung habit de royalle vesture

    Le corset simple est bon & prouffitable
    A vestir dames & les monstrer valoir
    Car le corset est habit si notable
    Qui est plaisant a tous & aggreable
    Quoy qu’a danger on ne la puisse veoir
    Et quant l’oeil peult sa dame percevoir
    En ce corset sans plus estre aournee
    Il en vault mieulx la pluspart de l’annee

    Ce noble habit icy mis & bouté
    Blanc en couleur affin que mieulx se voye
    Nous lui donrons le nom de chasteté
    C’est ung beau nom par vertu acheté
    C’est des bienffaitz souveraine montjoye
    Chasteté est le chemin & la voye
    Pour mieulx garder vertus sans separer
    Chasteté fait les dames honorer

    Comme blancheur ne peult tache souffrir
    Et ne peult estre par macule empiree
    La chasteté ne pourroit soustenir
    Tache de vice ne porter ne tenir
    Franche veult estre pource fut elle nee
    Ceste vertu ne vous soit oubliee
    Soyez chaste en penser & en faitz
    Si parviendrés au regne des parfaitz

    Le corset simple fait les femmes priser
    Monstre bon corps & plaist a chacun ame
    Que pouroit donc plus princesse adviser
    Pour avoir loz pour soy auctoriser
    Que ce sçavoir sans reprouche de blasme
    Qui peult sentir de ce grant bien la flame
    Il se repose de corps d’ame & de cueur
    Au lict de joye & parement d’honneur

    Soyons tous chastes & dechassons luxure
    Fuyons peché affin qu’on ne perisse
    Fuions reprouche qui est lourde blesseure
    Prenons habit de la riche parure
    De chasteté qui nous est si propice
    Appellons Dieu & sa mere nourrice
    Les invocqueurs qui vertus requerront
    Ja n’y faillirent ne jamais n’y fauldront

    Querons d’aller partout teste levee
    Quitte de doubte de reprouche & de honte
    Crainte de Dieu ne soit pas destournee
    Sans luy ne peult cest oeuvre estre menee
    Car c’est le maistre qui les vertus surmonte
    C’est le seigneur qui tout corrige & dompte
    Qui peult le feu amendrir & estaindre
    Dont le tison fait a doubter & craindre

    Par chasteté tout honneur se maintient
    Et par luxure vient honte & villannye
    Princesse chaste sobrement se contient
    Dont sa pensee ainsi qu’il appartient
    Est des vertus toute heure premunie
    Elle dechasse mauvaise compaignie
    Folle plaisance n’y peut avoir sa place
    Les purs & netz verront dieu face a face


Exemple de chasteté

Lisez Valere vous trouverez comment Apius Claudius ung juge rommain non
pas Apius le bon preudomme qui devint aveugle mais fut cestuy second
Apius homme orgueilleux & desreiglé en vices lequel fut amoureux d’une
pucelle nommee Virgine en son surnom Et la fist requerir pour avoir son
plaisir par aucuns de ses serviteurs & familiers en vices & en malefices
ce qu’elle reffusa par moult de foys Apius lors qui se sçavoit puissant
& juge souverain praticqua par ung sien satalite qui fist adjourner
Virgine devant le prenommé Apius comme juge disant qu’elle estoyt fille
de sa serve & qu’il la devoit avoir comme sa serve mais Virgineus son
pere qui fut de noble cueur mena sa fille Virgine devant le juge pour
ouir son jugement Apius jugea Virgine estre delivree a son satallite en
espoir de l’avoir a sa voulenté mais le pere pria de parler a sa fille
avant la delivrance & luy demanda s’elle consentoit ladicte delivrance
Et elle respondit que non & qu’elle aimoit mieulx mourir que perdre sa
chasteté A ce consentement Virgineus son pere tira ung grant cousteau &
tua sa fille Virgine de son gré & consentement dont toute rome fut
scandalisé Et dist Virgineus au juge Tirant & deshonneste j’ay fait
sacrifice a Dieu pour la mort de ma fille de son gré & de sa voulenté/
qui ayme mieulx mourir en chasteté que vivre violee & subjecte a tribut.
Et fait plus Virgine a louer qui souffrit & desira estre tuee par son
pere avant peché/ & se fist par aultruy occire/ que Lucresse qui de sa
main se meurdrist aprés estre violee. Nobles dames ayés le cueur de
virginité/ car chasteté entre les philosophes est nommee la tresbelle
vertu/ & qui moult decore une dame.




La piece de bonne pensee

Chapitre .vii.


    Une piece fault a ma dame avoir
    De cramoisy le plus ardant qu’on face
    A la parer n’espargneray avoir
    Et si ne doit ne sentir ne sçavoir
    Peché ou vice en quelque lieu ne place
    Affin doncques que nostre habit perface
    Ceste piece humblement luy presente
    Qui servira a nostre oeuvre presente

    La piece coeuvre le cueur & la forcelle
    Le beau du corps & les nobles parties
    L’estomach tient la challeur naturelle
    Par fois se monstre/ par fois elle se celle
    La piece saulve beaucop de maladies
    La piece pare/ & laides & jolies
    Ce qu’elle vault je le declaireray
    Es plus briefz motz que faire le pourray

    Chascune piece je l’ay appropriee
    A la vertu ou elle peult servir
    Ceste piece pour mieulx estre nommee
    Vous soit ma dame dicte bonne pensee
    Qui vous fera les vertus maintenir
    Bonne pensee vous soit en souvenir
    Qui pense bien ses oeuvres sont sans blasmes
    Penser a mal perit hommes & femmes

    Comme la piece cueur & fourcelle coeuvre
    Et fait au corps moult de bien & santé
    Bonne pensee entretient & recoeuvre
    Le noble cueur en vertu & bonne oeuvre
    Si dignement qu’il demeure en purté
    Et lors se treuve de force conforté
    Le cramoisy grace Dieu signifie
    Qui les vices estaint & mortifie

    Pensons en bien & tout bien nous viendra
    Et reboutons pensees inutilles
    Qui mal pense le vice le prendra
    Puis vient peché qui tout desconfira
    Par les pensees ce sont oeuvres subtilles
    Entendez femmes soit de champs ou de villes
    Par bien penser on suyt le train divin
    Et par contraire on tresbuche en declin

    Bonne pensee Dieu tousjours retribue
    Car c’est celuy qui regarde le cueur
    Et voit la ou la pensee se attribue
    Affin que grace a celle distribue
    Qui des vertus pense avoir la liqueur
    Bonne pensee est de telle valeur
    Si souveraine & vers Dieu auctentique
    Qu’elle maintient ung cueur net & pudique


Exemple de bonne pensee

Fournissant la forme dont j’ay commencé ce present volume me suis
conclus pour la piece de bonne pensee/ de fonder mon exemple sur Marie
l’egiptienne. Pour ce qu’elle eust premier maulvaise pensee dont elle
pecha & depuis par bonne pensee recouvra la grace du createur & est
saulvee & saincte comme trouver la pourrez en la vie des peres/ & mesmes
en la legende doree Et treuve que ceste Marie estoit d’Egipte & pource
fut nommee l’egiptienne & ne fut point de grant lignaige. En ses jeunes
jours s’adonna a luxure desordonnee & publicque ou elle continua
longuement & se tira en Alexandrie pour mieulx executer sa maulvaise
pensee/ & son peché sans reprehention de ses parens. Et ainsi le
confessa & dist a Zozimas le bon vieillart ung sainct homme qui
d’aventure se trouva es desers oultre le fleuve Jourdain ou elle fist sa
penitence par .xl. sept ans toute nue & n’avoit nulle couverture que de
ses cheveulx. Et dit l’histoire qu’en menant sa vie pecheresse une moult
bonne pensee luy vint en son entendement de passer la mer d’Alexandrie
pour aller adorer la croix de Jesucrist en Jherusalem Si vint a la mer
les marinniers luy demanderent argent pour la passer/ ce qu’elle n’avoit
point mais usant de sa legeretté & continuant sa maulvaise pensee leur
habandonna son corps & sa personne pour en faire leur voulenté. Ce
qu’ilz firent dont elle passa la mer. Et quant les autres pellerins
entrerent au temple ou estoit la saincte croix elle n’y peut entrer/ &
si estoit la porte ouverte & par plusieurs fois s’essaya d’entrer mais
il ne luy fut possible. Lors congneut elle qu’elle avoit courroucé le
createur/ & en parfaicte bonne pensee promettant amendement Lors elle
entra sans contredit. Puis batit & macera son corps/ & en pleurs &
larmes s’agenoilla devant une ymage de la vierge Marie: luy requist de
bonne pensee & de cueur si humblement luy prometant amendement de vie
chaste & penitence/ Dont elle se trouva confortee/ fist son offrande fut
consolee de la grace de Dieu ung aulmosnier luy donna troys deniers dont
elle acheta trois pains/ une voix divine luy dist qu’elle passast le
fleuve de Jourdain & elle seroit saulvee ce qu’elle fist a tout ses
trois pains qui luy durerent en ses desers quarante & sept ans/ ou elle
fut sans veoir homme que Zozimas qui la trouva toute nue. Car ses
vestemens furent pieça pourris Zozimas luy donna son manteau pour
couvrir son corps pour plus longuement parler a elle il la vit eslevee
une couttee hors de terre/ en sa bonne pensé vers nostre seigneur Lors
l’ancien Zozimas s’esmerveilla de ceste chose dont il benist & loua
nostre seigneur Jhesucrist. Et au prendre congié elle luy requist qu’il
retournast au fleuve atout l’hostie sacree affin que de sa main elle
peust recevoir nostre seigneur Car depuis quarante sept ans ne l’avoit
receu & ainsi se departirent pour icelle fois retourna Zozimas au jour
qu’il avoit prins & trouva l’egiptienne sur la rive du fleuve Jourdain
Laquelle fist le signe de la croix & par miracle passa iceluy fleuve
Jourdain marchant sur l’eaue comme sur terre/ receut son createur en
grande humilité/ puis s’en retourna comme elle estoit venue/ et le
preudhomme en sa religion. Lequel retourna l’an ensuyvant passa le
fleuve & vint au lieu ou premier il avoit parlé a elle. Mais il la
trouva morte nouvellement/ fut en question & pensa s’il ensepveliroit la
saincte dame ou non. Mais aperceut derriere son chief lettres qui
disoient Zozimas ensevelys le corps de Marie & rendz a la terre la
cendre. Le bon vieillart en grant traveil fouyssoit la terre pour faire
la sepulture a ce sainct corps/ ce dont il ne fust point venu a chief
pour sa vieillesse & impotence/ mais y vint ung lyon qui a ses griffes
couvrist de terre le corps miraculeusement Obeist au sainct homme: puis
le lyon retourna au desert/ & le preudhomme en son abbaye & fut le lyon
demonstrance que la saincte dame avoit esté lyon par vaincre les vices/
& habandonna maulvaises oeuvres par bonne pensee/ dont elle gaigna
paradis.




Le cordon ou lacet de loyaulté

Chapitre .viii.


    Ung cordon fault pour ma dame lacer
    De soye bleue pour mieulx lustrer l’abit
    On ne le peut trop gentement tisser
    Tant vault ma dame qu’on la doit agenser
    De telle estoffe qu’il n’y ait contredit
    Le lacet lye le corps & la unyt
    Car cotte & piece entretient fermement
    Ou mal iroit tout nostre habillement

    Le lacet tient le corps en sa droicture
    Le lacet tient la piece bien assise
    Le lacet fait moult de tours par mesure
    Pour mieulx servir a ce qu’il a de cure
    Et tenir ferme la chose plus exquise
    Le lacet veult que son service on prise
    Nom de vertu luy doit estre donné
    Pour estre mieulx nostre fait ordonné

    Le cordon bleu sera loyaulté dicte
    Fille de foy & mere de prouesse
    Loyaulté est parolle sans redicte
    Vouloir sans fin en verité confite
    Lyen d’amour qui ne rompt & ne cesse
    Ceste vertu appartient a duchesse
    Car qui la pert noblesse diminue
    Et ne doit plus pour noble estre tenue

    Loyaulté tient honnesteté sans tache
    Loyaulté tient chasteté en son estre
    Bonne pensee en loyaulté s’atache
    Loyaulté est le crochet & l’atache
    Ou vertu veult avoir repos & estre
    C’est le vray scel l’escripture la lettre
    D’honneur/ de sens bonté & preudhommie
    Qui n’est loyal honneur l’excommunie

    Soyons loyaulx faulceté soit chassee
    Qui n’est loyal il n’est digne de vivre
    Par loyaulté amour est confermee
    Loyaulté tient deux cuers en assemblee
    Sans departir & union ensuyvre
    Loyaulté est le tesmoing & le livre
    Enquoy amours escript les amoureux
    Qui sont esleuz du nombre des eureux

    Se le lacet fait maint tours en laceant
    Pour emploier l’effect de son service
    Loyaulté tient des chemins plus de cent
    A bien servir au lieu ou son cueur tend
    Franc diligent & ne se montre nice
    Loyaulté est une vertu propice
    Pour gaigner cueurs & en bien rappeller
    Ung fourvoyé pour seurement aller


Exemple de loyaulté

Je congneus ung seigneur de Varembon moult recommandé chevalier en
honneur & vaillance. Lequel me compta une advanture a luy mesmes advenue
au propos de la vertu de loyaulté. La premiere femme d’icelluy seigneur
de Varembon fut fille du conte de Villars Cessay/ celle dame se
surnommoit de Villars moult noble loyalle & vertueuse dame. Cestuy
seigneur son mary/ fut homme amoureux & querant sa plaisance & ne
gardoit pas lors si bien la loyaulté qu’il devoit a sa femme touchant
mariage comme il deust bien faire Et vray qu’il avoit en sa terre une
povre jeune femme nommee Jehanne Ramee Laquelle demoura jeune veufve &
sans mary Le seigneur la vit belle s’acointa d’elle moitié amour &
moitié crainte pource qu’il estoit son seigneur & tant qu’il en fist a
sa voulenté & l’ayma fort tant que en celle povre maison de la Ramee il
venoit souvent coucher avec elle en une chambre bien mal paree &
estoffee d’ung povre lit bien dur comme ung marteras en linseux de
grosse toille & souvent mal buez & blanchis Et par folle amour le
chevalier se contentoit avec la Ramee. Comme il advient que par espace
de temps les adventures sont sceues par rapors ou autrement la noble
dame de Varembon fut advertye que son seigneur hantoit la Ramee Elle
comme vertueuse ne blessa & n’oublia point sa loyaulté mais
vertueusement & par discretion manda ceste povre femme & par belle &
doulce parolles luy fist congnoistre son peché dequoy elle ne fut par
icelle dame mauvaisement traicté mais luy enquist comment elle traictoit
& couchoit son seigneur & mary/ quel lit/ & quel acoustrement de
linseulx & de couverture elle avoit La femme lui dist sa povreté dont
elle estoit honteuse pource que si hault homme que son seigneur elle ne
povoyt mieulx loger & recepvoir La noble dame consola la povre creature
en monstrant parfaicte lealle vertu Luy fist bailler ung bon lit de
duvet coissin & oreiller de mesmes fins linseux & bonne couverture Et
luy dist m’amye je vous baille provision pour mieulx & plus honnestement
loger monseigneur que vous n’avez peu faire vous recommandant sa santé &
sa personne La povre femme print le present & ne demoura pas gramment
que le seigneur de Varenbon vint bien tart a l’hostel de la Ramee trouva
sa chambre trop mieulx estoffee qu’elle ne souloit dont il s’esmerveilla
& luy demanda ou elle estoyt si bien meublee La povre femme luy compta
comment ma dame sa compaigne l’avoit interroguee & luy fist le conte des
demandes & responces & que advertie estoit de sa povreté/ elle luy avoit
donné l’estoffe de son lict doubtant qu’il ne fust mal traicté en povre
logis dont la santé de sa personne peust de pis valoir En conclusion le
chevalier fut honteulx & repentant de son peché congneut la bonté &
loyaulté de la noble dame sa femme maria la Ramee & l’abandonna & depuis
garda plusgrant loyaulté a sa femme qu’il n’avoit fait & ainsi l’une
loyaulté rappelle l’autre Qui doit estre a toutes femmes patron &
exemple.




Le demy ceingt de magnanime & force de couraige

Chapitre .ix.


    Ung demy ceingt qui soit noir en couleur
    Aura ma dame pour son noble corps ceindre
    Frere tout d’or de ducas ou meilleur
    Car je congnois qu’elle est bien en valeur
    Pour la servir sans fiction ou faindre
    Ce demy ceingt ne doit le corps estraindre
    Mais soustenir les faictz & supporter
    Des misteres que dame doit porter

    Ce demy ceingt donne forme & parure
    Sur le bon corps & affin qu’il florisse
    Il se doit veoir par sens & par mesure
    Car c’est des pieces que danger nous paincture
    C’est ung habit sans cuider ne malice
    En le monstrant se soit sans malefice
    Telle vertu comme je monstreray
    Selon le nom que je luy bailleray

    Le ceingt sera de magnanimité
    Que l’on construit pour force de courage
    Il sera noir pour monstrer fermeté
    Contre les vices & leurs auctorité
    Mectant peché soubz les piedz en servage
    La ferrure/ l’or fin/ & l’ouvrage
    Signifie la riche acoustumance
    D’avoir vertus tousjours en souvenance

    Comme le ceingt n’estraint le corps ne blesse
    Cueur magnanime ne blesse mais conforte
    Qui peult vaincre des vices la rudesse
    Il passe Hector en vigueur & proesse
    Par fermeté se monstra dure & forte
    Panthasilee qui fut de vaillant sorte
    Vaincu n’a tant a l’espee trenchant
    Que ung petit cueur qui de mal se deffent

    Le ceingt soustient les menus utensilles
    Et les utilz dont dames sont garnies
    A les servir comme femmes subtilles
    Soient vieilles/ jeunes/ femmes/ ou filles
    Pour estre mieulx triumphe bien fournies
    Cueur magnanime prepare au corps les vies
    Et fait porter a une femme tendre
    Ce que ung geant n’oseroit entreprendre

    Cueur magnanime ne se mue ne change
    Pour parolles pour durté pour menace
    Vice despite & le mect en la fange
    Peché destruit comme seroit une ange
    C’est des vertus la fleur & l’oultre passe
    Force de cueur ne peult estre sans grace
    Pource prions la vierge qu’elle imprime
    En nous la grace de vertu magnanime

    Magnanimes soyons en tous noz faictz
    Nostre courage en vertu employons
    Lasches desirs soient par nous deffaitz
    Si parviendrons au loyer de biens faictz
    A nostre ayde ce bon Dieu appellons
    De bon vouloir le servons & louons
    La gist la force d’un bon cueur qui desire
    Vaincre les vices tant que vertu n’empire


Exemple de magnanimité & force de courage

Ayant rememoré plusieurs hystoires tant approuvees comme appocriffes Je
me suis arrester de donner pour exemple l’hystoire de la royne Semyramis
pour la vertu de magnanimité & force de couraige & me tairay de ses
vices pour ceste fois Car le present que noble cueur doit faire a sa
dame ne doit estre aourné que de vertus Celle Semiramis fut femme de
Ninus roy des Assiriens ou gist la grande & puyssante cité de Babilonne
Aprés la mort de son mary elle tint & occupa par force d’armes le
royaulme Elle portoit habit de femme & cueur d’homme elle trouva la cité
de Babilonne comme a ruynee mais elle la refist la plus forte la plus
belle & la plus puissante dont on parlast en ce temps/ & est merveille
comme Valere & Orose parlent de ceste matiere Semiramis travailla en
conqueste quarante ans en armes & l’espee au poing elle accreut &
augmenta ses seigneuries de toute Ethiope qu’elle conquist elle entra en
Judee & y fist plus de conquestes que n’en fist Alexandre. Ung matin en
pignant ses cheveux luy fut noncé que la cité de Babilonne se rebelloit
contre elle/ usant de son courage magnanime voua a ses dieux de non
jamais trousser ses cheveux jusques elle eust remise sa cité en
obeissance Ce qu’elle fist & print moult dure vengeance de ses ennemys
Elle eust du roy Ninus son mary ung filz qu’elle ayma plus qu’elle ne
devoit elle eut bataille contre ce puissant roy Sirus a ordonner ses
batailes elle fut en grant debat en son cueur se elle conduiroit la
premiere compagnie pour aborder a ses ennemis ou s’elle y envoiroit son
filz qu’elle aymoit plus que soy mesmes Et conclud d’y envoyer son filz
contre son plaisir mais courageusement le fist pour garder l’honneur de
son filz comme homme A ce premier rencontre fut son filz tué qui furent
a Semiramis doloreuses nouvelles Mais en courage magnanime elle empoigna
l’espee trenchant vigoreusement & dist j’ayme mieulx aujourd’huy venger
la mort de mon filz par armes employees que par effusion de larmes
perdues/ se ferist en la bataille par grant hardiesse desconfist son
ennemy & fist luy & ses gens douloureusement mourir & trouve que Nynus
estoit le premier roy couronné qui oncques fut Et Semiramis la premiere
royne & conclus donner exemple a toutes dames que magnanimité aux armes
demeure a celle royne Si prenez force de courage pour resister & vaincre
les vices & en ce faisant vous triumpherez en vertus.




L’espinglier de patience

Chapitre .x.


    Recouvrer fault en l’hostel d’un mercier
    Et bien choisir dedans sa mercerie
    Pour quelque pris qu’on puisse aprecier
    Ung tabourin qu’on dit ung espinglier
    Pour mieulx estre ma maistresse sortie
    La ceingturette en doit estre garnye
    C’est des utilz l’ung qui fault preparer
    Espingles fault pour les dames parer

    Cest espinglier doit avoir couverture
    D’un beau drap d’or pour princesses servir
    De drap de laine doit estre la bordure
    Pour des espingles recepvoir la pointure
    C’est son mestier & si doit asservir
    Dames le doivent bien garder & cherir
    L’espinglier donc vient a point a ce pas
    Et a tel heure qu’on ne le croiroit pas

    En conduisant nostre oeuvre par science
    A l’espinglier quel don luy donrons nous
    Nous en ferons vertu de pascience
    Fille de sens & mere de constance
    La vertu sert a toutes & a tous
    Gardez ce bien nobles dames pour vous
    Pascience c’est la fleur & digne perle
    Des grans vertus dont on escript & parle

    Se des espingles on picque perce & poingt
    C’est espinglier qui endure l’office
    Cueur pacient en sa vertu se point
    Qui porte tout & si ne le sent point
    Faict ne parolle injure ne malice
    Pacience porte tout fors que vice
    Car patience fuit tout peché par droit
    Et aussi Dieu autrement ne vouldroit

    Cest espinglier se doit riche estoffer
    Pour presenter a princesse si noble
    Signifiant qu’il se doit honnorer
    Plus riche don ne peult Dieu conferer
    C’est des grans biens le vert & le si noble
    Cest espinglier vault plus que escu ne noble
    Ceste vertu prennent en bonne part
    Toutes dames qui en auront leur part

    Le bort du drap qui seuffre les pointures
    Des espingles nous est signifiance
    Que pour pompes richesses ou vestures
    Nous ne sommes que povres creatures
    Subjectz a Dieu selon la providence
    Pour ung plaisir ung cent de desplaisance
    Si nous convient paciemment souffrir
    Se corps & ames voulons a Dieu offrir

    Pacience par raison enduree
    Vainct desplaisir/ courroux/ despit & deul
    Pacience de couraige portee
    Conforte corps/ entendement/ pensee
    Oste regretz tant du cueur que de l’oeil
    Pacience despite tout orgueil
    C’est des vertus l’estandart & penon
    Pacience nous fault vueillons ou non


Exemple de patience

Combien que je treuve trescommun en alleguant de patience le conte de
Griselidis toutesfois je le treuve si bon & si bien sert en ceste
matiere que je me ressoubz & conclus de le reciter en ce present volume
& peut estre que aucunes dames pourront ouyr ceste memoire & recordation
qu’elles y pourront prouffiter ce que Dieu vueille. L’hystoire dict que
Eustace marquis de Saluces fut ung jeune prince beau chevalier & fort
aymé de ses subgetz/ lequel ne se vouloit pour aucuns regardz marier
combien que plusieurs princes eussent bien voulu son alliance & mesmes
les estas de ses pays le desiroient pour avoir de luy lignie pour la
seurté & entretenue de sa seigneurie & tant le presserent par
remonstrances qu’il acorda de soy marier pourveu qu’il choisiroit
alliance a son plaisir comme c’estoit raison. En sa seigneurie demouroit
ung honneste vieil homme povre et de petite venue nommé Jehan Nicolle
qui avoit une fille nommee Griselidis sur laquelle est fondé l’exemple
de ce present compte Ceste Griselidis estoit jeune de quinze ans/ belle/
dilligente & de bonne meurs servoit son pere songneusement/ estoit
humble & devote & fort recommandee par regnom en vertu Ce marquis estoit
prince humain & souventesfois se devisoit avecques Jehan Nicolle lequel
estoit saichant homme & luy sçavoit parler des adventures advenues de
son temps & mesmes des faictz & conquestes des marquis de Saluces ses
predecesseurs a quoy le marquis Eustace prenoit grant recreation &
plaisir il veoit non pas seulement la grant beaulté de Griselidis: mais
ses meurs gestes & conditions qui luy furent moult agreables finablement
il conclud en son courage de prendre Griselidis pour sa femme & espouse
fist faire grant appareil manda les seigneurs & dames de son païs fist
faire riches habitz pour sa femme qui devoit estre amenee par ses parens
a ung jour nommé tint maniere d’aller en sa personne & grant compaignie
au devant d’elle & tout droit vint descendre a l’ostel de Jehan Nicolle/
& requist au preudhomme qui luy donnast sa fille en mariage: le
preudhomme fut tout honteux aussi fut la fille & tous ceulx qui la
furent/ mais le marquis la voulut avoir & la/ la fiança de main de
prestre/ dames descendirent qui la vestirent & aornerent de riches draps
& de precieuse couronne fut emmenee la fille Jehan Nicolle en grant
triumphe a Saluces a la grant eglise ou le marquis l’espousa
solempnellement & fut la feste grande & planiere coucha avec elle &
assez bref & bien tost elle fut enceingte dont tout le païs en fut moult
resjouy/ dont cy aprés traicterons des paciences de Griselidis pource
que c’est le patron que nous voulons bailler pour exemple. La marquise
s’acoucha & fist une fille qui fut solempnellement baptisee & fut nommee
Elizabeth/ le marquis qui fut homme subtil & de fort couraige praticqua
pour executer son desir & voulut essayer & prouver la constance &
obeyssance de sa femme. Et par ung matin entra en la chambre d’icelle sa
femme qui gisoit en son lict/ fist chacun partir de la chambre & luy
dist qu’elle ne ignoroit pas qu’elle ne fust fille de Jehan Nicolle
povre fille & de petite extraction & que les parens de luy qui estoient
princes & de grant lignage n’entendoient point que la lignie venue de si
petit lieu a cause d’elle deust succeder a si haulte seigneurie/ & que
en effect il vouloit celle leur fille faire mourir pour complaire a ses
parens: la dame luy respondit paciemment Monseigneur le fruyct est
vostre/ vostre gré soit le plaisir de Dieu. Le marquis devant elle print
l’enfant au berseau & assés rudement le livra es mains de deux varletz/
& leur dist qu’ilz fissent de son enfant ce qu’il leur avoit commandé &
que plus n’en ouyst parler & commanda a sa femme/ que ses femmes
revenues a elle/ elle leur deffendist sur leurs vies de point parler ou
enquerre de l’enfant/ ce qu’elle fist & celle douleur porta si
paciemment que depuis ung semblant ne fist de celle adventure Dedans
l’an aprés la bonne marquise acoucha d’ung filz qui fut baptisé & nommé
Jehan de Saluces. Et quant le marquis qui voulut perseverer a tempter et
a esprouver sa femme vit l’enfant si grandelet que la mere le povoit
avoir entre ses bras pour la seconde fois il dist a sa femme telles
parolles qu’il avoit fait quant il luy osta sa fille & luy declaira
qu’il vouloit son filz faire mourir pour les raisons dessus alleguees &
escriptes La marquise plaine de vertueuse pacience/ s’elle avoit la
premiere fois obey & humblement respondu elle ne declina en riens mais
tousjours remist le tout au bon plaisir de son mary lequel print son
filz entre les bras de la mere & en sa presence le delivra es mains es
deulx sathalites & aigrement leur commanda de faire du filz comme de la
fille ne jamais la marquise n’en fist depuis ung seul semblant a son
seigneur & mary Le marquis ne fut point assez content de l’espreuve
qu’il avoit faicte sus sa femme/ par la perdition de ses deux enfans.
Mais voulut approuver par grever & faire tort a la personne d’elle. Et
quant il vit qu’elle ne portoit plus nulz enfans il continua son fort &
merveilleux couraige & luy dist. Griselidis tu scez comment au regret de
mes parens & de mes subgectz je t’ay prinse a femme/ fault que je leur
complaise si je ne vueil perdre ma seigneurie & mettre mon corps en
danger & qu’il soit vray desja m’a convenu faire execution de mes
propres enfans & de rechief me contraignent de toy habandonner & de te
renvoyer en la maison de ton pere. Et a leurs despens ont obtenu du Pape
une dispence de me povoir remarier a une aultre haulte noble femme Affin
d’avoir noble lignie pour obtenir la seigneurie Et ainsi fault que je le
face. Si mande prestement Jehan Nicolle ton pere/ qu’il te viengne
querir & que plus ceans ne te voye & a Dieu te dis. Griselidis se mist a
genoulx & doulcement luy dit en pleurs & en larmes Monseigneur vostre
plaisir soit fait/ le marquis se retira en une chambre. Griselidis manda
Jehan Nicolle son pere/ luy declaira la voulenté du marquis/ par quoy le
pere emmena sa fille en sa maison & luy avoit gardé ses povres & petis
habillemens dont elle vestit sa personne/ & se mist a servir son pere &
faire ses petis affaires & vivre de sobres metz & petites viandes ainsi
que devant & print le tout en si bonne pacience que tous les voisins
s’esmerveilloient de la vertu d’elle/ & ainsi demoura longue espace. Le
marquis qui sçavoit comme Griselidis conduisoit sa vertu & sa pacience.
Si pensa de faire de plus en plusfort pour attaindre sa voulenté/ & fist
semer que ung grant prince luy avoit accordé sa fille en mariage et
qu’il avoit pris jour au quinziesme de may que celuy prince luy devoit
envoyer sa fille par le frere d’elle pour consumer & parfaire le
mariage/ fait & passé entre les parties/ fist le marquis grant appareil
& manda grant noblesse comme en tel cas appartient/ & le jour qu’elle
devoit venir il manda a Jehan Nicolle qu’il luy envoyast Griselidis pour
ayder aux aultres femmes a mettre a point la maison & qu’elle fist le
ramon & balay en la main comme la mendre de toutes. Ceste dame fut
arrivee moult belle & povoit avoir quatorze ans & son frere treize/ &
remist le marquis la solemnité d’espouser jusques au lendemain a disner/
se assirent l’espousee & son frere a une table/ & toute la noblesse/ es
aultres tables de celle salle & la venoient gens de tous estas tant pour
voir la dame des nopces comme pour veoir l’estat & le disner. Le marquis
ne fut point en celle assemblee & comme sur la fin du disner/ il vint &
regarda Griselidis qui regardoit la dame des nopces. Et luy demanda
Griselidis que te semble il de ma femme/ elle luy respondit humblement.
Monseigneur elle me semble belle & d’apparence de grant bonté. Et en ce
disant se tira pres du marquis & en gectant aulcunes larmes luy dist/
monseigneur je vous prie en l’honneur de Dieu que vous espargniez ceste
jeune princesse & ne luy faictes les durtés & rudesses que vous m’avez
faictes/ car je croy qu’elle ne le pourroit porter sans mourir. A ce mot
se voulut retirer Griselidis/ mais le marquis qui se trouva le cueur
serré/ la print par la main et dist tout hault Griselidis ta pacience
m’a vaincu. Saches que ces deux enfans sont miens & tiens & sont ceulx
que tu entendoies que j’eusse fait murdrir. Mais ma propre seur les m’a
nourris jusques a cy Et pour esprouver ta pacience je t’ay faict les
griefz que tu as vertueusement portez je te tiens pour ma femme ne autre
ne vueil avoir. La recongnoissance de la mere & des enfans est piteuse a
recorder/ la dame fut revestue moult honnorablement Jehan Nicolle fut
fait chevalier & grant seigneur Le marquis vesquit avecques sa femme le
demourant de ses jours en grant paix & amour. Or mes dames prenons
exemple en Griselidis qui par sa pacience acquist telle grace/ qui vivra
tousjours en bonne renomme.




La bource de liberalité

Chapitre .xi.


    Une bource qu’on dit une aulmosniere
    Nous convient pendre a ceste ceinturette
    D’or & de parles bien brodee par maniere
    Tant qu’elle appere de grant valeur & chere
    Madame vault d’avoir chose si faicte
    La bource doit pour estre plus parfaicte
    Avoir fermans pour seurement garder
    Ce que princesse veult tenir ou donner

    La bource peult & si est bien lyee
    La bource garde aulmosnes & biensfaitz
    Que princesse doit donner la journee
    Sans la bource dame n’est pas douee
    Ne ses utilz necessaires parfaitz
    En approuvant ce que je dis parfaictz
    La bource aura en fructuosité
    Le propre nom de liberalité

    La bource peult sur ce devons entendre
    Que noble cueur doit en l’air tousjours estre
    Pour aulmosner pour donner pour despendre
    Qu’on le demande/ on ne le doit attendre
    Qui scet donner il est des cueurs le maistre
    Les serrans sont le secret de la lettre
    Signifiant la bource non ouverte
    Pour avoir loz ou pour don sans desserte

    L’aumosne doit estre sans vaine gloire
    Mais doit donner a la necessité
    Tant qu’aux biens fais on ne le doit acroire
    Qui fait plaisir guerdonner & ancoire
    Cueur liberal n’a jamais povreté
    Mais garder fault que prodigalité
    Ne face tant que nous soyons souffrans
    Pource sont mis es bources les clouans

    Chascune femme ne peult pas bource avoir
    D’or & de soye richement estoffee
    Et si ne peult de partir tel avoir
    Q’ung autre riche de terre & de manoir
    Donner pour Dieu ne autre grant souldee
    Face des biens selon qu’elle est rentee
    Du povre/ Dieu agree le denier
    Souvent plusfort que du riche ung millier

    Faisons aumosne sans nul ypocrisie
    Donnons des biens selon nostre puissance
    Secourons ceulx que fortune apourie
    Ayons regard au leal qui mendie
    La doit pitié faire sa remonstrance
    Qui le desert ayez en congnoissance
    Mais que vertu soit cause du service
    C’est don perdu qui est acquis par vice


Exemple de liberalité

Maintenant me vient en memoire ceste tresvertueuse dame Crestienne de
Pisain laquelle noble dame fut moult intelligente devote en la science
de rethoricque composa plusieurs beaulx & doctrinaulx volumes & entre
les autres la cité des dames en laquelle cité elle ramentoit moult de
dames vertueuses & renommees & pour continuer ma matiere je donray
exemple pour aprouver la bource de liberalité & lequel exemple j’ay
prins & tire du livre dessusdict & suis bien content de aleguer les
allegations de Crestienne de Pisain car ses faitz valent d’estre
ramentuz & approuvez Dit Crestienne que au temps que Paris florissoit en
vertueux exercite plusieurs foys festes & assemblees ce faisoient en
Paris en divers lieux selon les festes nopces chappelles & autres
manieres acoustumez a faire festes & resjouissemens En ce temps se
tenoit a Paris une noble belle & vertueuse princesse contesse de
Vandosme si bien renommee de toutes vertus que les plus nobles suivoient
celle dame comme une exemplaire de tout honneur & de bien faitz & leur
sembloit que avecques si noble & si vertueuse dame ne povoit que bien
advenir En ce temps se tenoit a Paris ung ancien chevalier bien renommé
en son temps de vaillance d’honneur & de vertu & se nommoit messire
Animond de Pommires beau & honneste vieillart/ car il avoit plus de
.lxx. ans d’aage mais toutesfois gratieux & d’honneste conversation &
devises Et sembloit a icelle contesse de Vandosme que la compaignie de
ce noble chevalier faisoit a recommander & aussi aux autres dames & le
menoient a leurs bonnes chieres & assemblees comme ung bon patron
d’honneur & de bon exemplaire Or advint que messire Animond de Pommires
eut ung procés en parlement qui perdit & en fut condampné Et n’avoit pas
le bon chevalier desrobé la guerre Mais avoit esté homme honnorable sans
penser au prouffit dont il estoit beaucoup apovri Et pour nantir le
adjugé qui montoit dix mille frans y fut mis en la conciergerie
prisonnier & ou temps qui tenoit prisonnier unes nopces & une moult
grande feste se fist a Paris d’ung des officiers du Roy ou furent
ladicte contesse toutes les dames gens de bien de Paris priés a celle
solempnité Et quant elle furent toutes assemblees en une grande salle la
contesse de Vandosme demanda/ pour le chevalier messire Anymond de
Pommires a laquelle fut respondu qu’il estoit prisonnier pour grant
debte La dame estoit ce jour paree d’ung riche chapel de perles & de
pierreries sur ces cheveulx Qui moult bien luy seoit Mais quant elle
ouyt l’emprisonnement du chevallier considerant les services fais par
luy au roy & au royaume de France la bonne chevaliere dont il avoit
renommee & l’ancienneté de son aage Elle meue de pitié & de liberalle
vertu appellant devant tous quatre notables personnaiges & osta le
chappel dont elle estoit paree & le livra a iceulx & leur dist allez en
la conciergerie & mettez mon chapel en depoz & en nantissement pour les
debtes de messire Animond de Pommires me amenez le noble chevalier car
il parera plus ceste feste que tout le demourant Et ainsi fut fait &
pour ce parer fist faire ung chappeau de prevanche dont elle aourna son
chef sur ses cheveulx celle liberalité faicte discretement & en saison
doubla sa beauté & augmenta sa vertueuse renommee Et vous souviengne
madame & toutes qui liront ceste epistre de liberalité de la contesse de
Vandosme &c.




Le cousteau de justice

Chapitre .xii.


    Nobles dames mettez memoire & cure
    A retenir les habitz & les pompes
    Que le donne a ma dame & procure
    Qui vient a point de façon & mesure
    A toutes femmes d’estat & lieu quelconques
    Or nous convient en perseverant doncques
    Ung coustellet en villes & citez
    Pour ayder femme en ses necessitez

    Je sçay tresbien que princesse a cousteaulx
    Pour la servir pompeusement a table
    Garniz dorez richement fais & beaulx
    Manches armoyez aussi bien grans oyseaulx
    C’est ung service treshonneste & notable
    Mais je treuve le cousteau prouffitable
    Que dame porte sur soy pour ce servir
    A tout besoing qui luy peult souvenir

    Le cousteau pend a ung cordon de soye
    Le manche doulx l’alumelle asceree
    La guayne gente combien que peu se voye
    Selon les dames il est cher de monnoye
    Le cousteau sert bien souvent & agree
    Dame ne porte ne dague ne espee
    Et n’a glaive qui luy feroit offence
    Que ung coutellet de petite deffence

    Et toutesfois fault que vertu se tire
    Du coutelet dont la dame est paree
    C’est justice qui vault bien de l’escripre
    Car de justice ne se peult trop bien dire
    Justice vault d’estre hault eslevee
    C’est le moyen pour estre separee
    Toute dame qui celle vertu garde
    De tous les vices dont l’ennemy nous larde

    Le manche doulx a trenchant alemelle
    A le cousteau qui nous fera service
    C’est a dire que doulceur sans cautelle
    Doit avoir dame comme la torterelle
    Sans quelque hayne sans rigueur & sans vice
    Mais quant l’offence desire la justice
    Le tendre cueur doit en rigueur tourner
    Et consentir de justice ordonner

    Justice tient le peuple en sa droicture
    Justice garde les povres des puissans
    Justice tient raison en sa mesure
    Elle deffend le loyal de torture
    Elle rompt guerre debat discord contens
    Ce toy qui lis justice bien entens
    Chacun de soy & de son propre faic
    Doit raison faire qui veult estre parfait

    Autant princesse que une simple bourgoise
    Et une royne comme une bergiere
    Celle a sur cueur tort d’autruy qui luy poise
    De soy mesmes sans parolle & sans noise
    Face justice & la raison legiere
    Du bien publicque eslieve la baniere
    Le cueur le sens se doit la employer
    Qui veult avoir des vertus le loyer

    Justice & droit & vivre honnestement
    Ne blesser ame son prochain ne autruy
    Rendre a chascun le sien entierement
    Vivre en tous faitz tousjours si justement
    Et vers chacun tout ainsi que vers luy
    Chacun congnoist n’y a celle ou celuy
    Que par justice est paix en chascun lieu
    Dame justice est vraye fille de Dieu


Exemple de justice

Pour donner exemple de justice je me pourroye arrester sur la saige
Delbora laquelle jugea en Israel & n’est point trouvé que les nobles
saiges jugemens selon Dieu & raison fussent faictz en Israel que fist
celle noble dame Delbora/ mais requiert demonstrer & donner a entendre
que justice/ n’est pas oeuvre seullement d’homme ou de femme mais est la
main de Dieu & sa permission pour tenir les mauvais en crainte & les
bons en seurté & donnerons exemple de l’execution que fist Judich du
tirant Holoferne qui de sa femenine main par la permission de Dieu
trencha le chief et fist justice de icelluy tirant sur lequel dix mille
hommes n’oserent entreprendre Je treuve que Cambises eut ung filz qui
fut nommé Assuerus lequel fut roy des Assiriens aprés son pere cestuy
Assuerus roy d’Egipte & de Babilonne fust eslevé en orgueil & avarice &
fist sommer ceulx de Damas de Caliphe & autres provinces qui luy
rendissent les tribuz & grandes ransons des deniers a quoy ses
predecesseurs les avoyent faitz tributaires & quant il vit les provinces
refusantes il commanda a Holoferne maistre de sa chevalerie qui prist
grant povoir de gens d’armes pour contraindre lesdictz resfusans a
acomplir sa voulenté sans espargner force violence ne cruauté & mieulx
ne povoit employer ses commandemens car Holoferne estoit ung tirant tout
deliberé de desrober & faire tort a tout le monde/ larron publique &
manifeste & qui n’en faisoit conte a Dieu a droit ne a justice & trouva
prestement largement larrons & satallites car communement telz sont
varlez que les maistres/ mais Dieu le droiturier & juste garde le loyer
tel qu’il appartient aulx maulvais obstinez & endurcis en leurs vices &
permet ses justes justices estre faictes par estranges voyes a nous
incongneues jusques a ce que nous voyons reallement l’execution de sa
divine permission comme il appert du tirant Holoferne lequel ne
s’arresta pas seulement a commettre larrecins efforcemens de femmes &
telz grans oultrages: mais voulut abolir & estaindre le nom de Dieu &
contraindre ceulx qui conqueroit a croire qu’il n’estoit aultre Dieu que
son maistre le roy de Babilone/ dont il advint que luy & son plus grant
povoir tenant le siege devant une cité nommee Bethulie dont Ozimas
estoit prince & seigneur tant oppressa ledit Holoferne ladite cité de
Bethulie qu’il leur osta par puissance d’ouvriers/ les rivieres & les
eaues dont le peuple generallement tous les habitans se trouverent en
moult grande destresse de soif & estoit la cité ou dangier d’estre prise
& rendue Si advint que Dieu pour secourir le peuple contre cruaulté du
tirant inspira une noble dame nommee Judich & luy permist hardiement/
d’oser entreprendre la vengence des maulx perpetrez par ledit Holoferne
& faire de ses mains justice vertueuse Ceste Judich fut la plus belle
dame de son temps Elle estoit vertueuse servant Dieu & gardant
saintement sa vefveté. Elle voyant la cité ou elle estoit en tel peril
elle conceut le remede & conforta le peuple & les exhorta de prier Dieu
pour elle Et qu’ilz eussent pacience & l’attendissent par nuyt aux
portes Et qu’elle feroit oeuvre de Dieu Elle par nuyt acompaignee d’une
servante ou elle avoit fiance ce partit de la cité & descendit es tantes
en l’ost de Holoferne & fut devant luy amenee/ & tantost qu’il la vit
comme vicieux il la convoita pour sa beaulté & luy enquist la cause de
sa venue & elle usant de sens deliberé/ luy respondit que les dieux
d’Israel estoient courroucez contre eulx & pource doubtoit elle d’estre
en la cité/ si la fist loger & traictier moult honnorablement. Assez
tost aprés Holoferne fist ung grant convive que nous disons ung bancquet
ou furent ses princes & autres en grant nombre a ce convive beurent
oultre mesure & s’enyvrerent & mesmes Holoferne qui de ce estoit
coustumier/ & quant ilz furent separez & chascun retiré en son pavillon.
Holoferne commenda a signer ung sien escuyer qu’il luy amenast Judich/
celuy l’alla querir & la amena cuidant qu’elle deust faire la voulenté
du tirant/ chascun se retira pour laisser la dame seulle avecques luy &
Holoferne qui estoit oppressé de trop boire & de vin/ c’estoit ja
endormy & Dieu le vouloit/ car c’est luy seul qui conduit & mene
l’oeuvre de justice avecques toutes bonnes executions & emprisez. Ceste
dame deliberee de affranchir la cité de sa mauvaitie pleine de foy &
d’esperance/ de l’ayde de Dieu inspiree de faire justice & vengence/ a
Dieu & au monde des cruelles oeuvres de ce tirant print l’espee qui
estoit a son chevet non pas comme femme & en meurs femenine/ mais comme
changee en courage & force d’homme/ elle ne parla point doubtant
esveiller ce tirant/ mais son cueur cryoit & prioit a Dieu ayde & force
d’executer justice sur le malfaicteur & haulce l’espee trenchant &
couppa la teste d’Oloferne/ du seul coup conduit ordonné & mené de la
main de Dieu La noble Judich avoit amené avec elle une sienne servante
nommee Abra laquelle portoit ung sac de cuir ou fut presentement mis le
chief de Holoferne/ l’espee fut remise en sa guaine & se partirent a
diligence la dame & sa servante guideez & meneez de Dieu & de bonne
fortune. Et quant elles aprocherent la porte de la cyté elles cryoient a
haulte voix ouvrez la porte car Dieu a ouvré avecques nous & est
avecques nous. Le peuple y courut a grant luminaire/ & elle leur monstra
le chief de leur persecuteur & leur dist que Dieu l’avoit gardee de
pecher & de perir & qu’ilz le louassent & feissent mettre ce chief en
une lance sur les murs/ affin que tous ses gens le peussent veoir ce que
fut faict. Si tost que le jour apparut/ les chambellans d’Oloferne
cuidoient qu’il dormist en son pavillon/ mais ilz le trouverent mort &
decapité. Et puis virent le chief sur les murailles de la ville/ dont
ilz furent tous si esbaÿs & espantez qu’ilz se leverent du siege & s’en
fuyrent en grant desroy & desordre & ceulx de la cité les en chasserent
qui plusieurs en occirent & donnerent a Judich toute la pecune
d’Oloferne pour son loyer. & par ceste exemple nous devons congnoistre
que Dieu veult faire justice aussi bien par les femmes que par les
hommes.




La gorgerette de sobrieté

Chapitre .xiii.


    Alons plus hault affin que riens ne celle
    A ma dame fault une gorgerette
    Pour luy couvrir le col & la forcelle
    Le beau tetin la chair fresche & nouvelle
    La se peut veoir une beaulté parfaicte
    La toille doit estre fine & bien faicte
    De doulx fillez aussi bon que de soye
    Affin que l’oeil sans descouvrir le voye

    La gorgerette de toille bien sortie
    Garde la chair de hasle & noirciture
    La gorgerette/ habitue la partie
    Honnestement affin qu’on ne mesdie
    De trop monstrer ce qui doit couverture
    De peu a trop il doit avoir mesure
    Et conseille toutes dames de pris
    De moyenner l’estat de ses habitz

    La gorgerette servant a ma maistresse
    Je la juge qu’on la nomme & appelle
    En office la vertu de sobresse
    Ceste vertu vous fera garderesse
    De vostre corps affin que ne chancelle
    Le corps soullé souvent vice l’appelle
    Vice se nomme dangereux messager
    Qui maine gens a honte de leger

    Pas ne souffit que sobresse nous serve
    Pour nostre chair abaisser & matter
    Mais fault la langue a legeretté serve
    Tenir si sobre que riens ne nous asserve
    A trop parler qui peut beaucop couster
    Ainsi sobresse servira sans cesser
    A soy garder de vie dangereuse
    Et la langue d’estre trop perilleuse

    Ainsi comment la gorgerette garde
    La chair tresblanche d’empirer ou mal mettre
    Sobresse prent en conduicte & en garde
    La chair fragille affin qu’elle ne perde
    Par trop nourrir & en pechié se mettre
    Sobre parler est de bon sens le maistre
    Ainsi sobresse est mere de santé
    Sobresse vault qu’elle ait auctorité

    Soyons sobres & fuyons gloutonnie
    Qui des pechés est allectant nourrice
    Sobresse fait santé & longue vie
    Gourmandise paresse l’endormie
    C’est la fontaine & la source de vice
    La sobresse est moult aux dames propices
    De sobresse faictes en ung mestier
    Elle est si bonne qu’elle vous a mestier

    Sobres soyons de mengier & de boire
    Soyons sobres de parler & respondre
    Gourmandise vault pis que le tonnoirre
    Trop parler nuyt plus qu’on ne le peult croire
    Cathon le dit & nous en veult semondre
    Et devroit on comme fol celuy tondre
    Qui ne compasse sa langue saigement
    Dont tant de maulx adviennent longuement


Exemple de sobrieté

Ou temps de l’empereur Vallain qui fut de l’hererie Arriane homme
mauvais & persecuteur de crestiens ung homme fut moult bon & devot
catholicque & se nommoit Estienne l’orfenin cestuy Estienne fut veuf &
avoit une seulle fille nommee Marine moult bien moriginee & aprinse de
lettre en sa jeunesse & de divins enseignemens cestuy Estienne son pere
se delibera d’estre religieux & moyne & de mener vie contemplative/ &
devote & laissa Marine sa fille a ung sien parent ou il avoit fiance/
ledit Estienne fut receu moyne de sainct Benoist & moult aymé de son
abbé & convent: pour la saincte vie qu’il menoit: mais il se monstroit
moult pensif & melencolieux & dont l’abbé s’aperceut de sa tristesse &
luy demanda moult charitablement qu’il luy failloit en luy offrant
conseil & ayde a son povoir le preudhomme luy dist qu’il estoit en
melencolie de ce qu’il avoit laissé ung seul filz au monde lequel il
vouldroit bien avoir pour en faire ung religieux & qu’il peust avoir
l’habit de leans l’abbé qui moult aimoit frere Estienne: luy accorda de
vestir son filz & qu’il le allast querir Si traveilla tant le preudhomme
Estienne qui vint la ou estoit sa fille car le monastere ou il se rendit
estoit loing du pays dont il estoit né & hors de la congnoissance de ses
amys il demanda secretement a Marine sa fille se elle voudroit entrer en
religion: elle dist que ouy & que c’estoit son plus grant desir: dont le
pere loua nostre seigneur & conclurent de leur partement: & de ce qu’il
vouloit faire & fut Marine qui povoit avoir quatorze ans habillee en
habit d’homme & tant fist le bon homme qu’il amena Marine comme son filz
pour la bailler: & le presenter a l’abbé qui le receut benignement: fut
revestu en la religion & fut nommee frere Marin & se rendit tout humble
& obeissant & tant devot que riens plus il aprint songneusement: tout ce
que religieux doit aprendre & tenoit si bonne mainere que on ne se fust
jamais aperceu que ce fust une femme: dont son pere avoit grant joye de
sa bonne vie frere Marin estoit si sobre que quant les autres religieux
se passoient d’ung oeuf il se contentoit d’une pomme & quant ses
compaignons se substentoient d’une pomme il se contentoit de la pleure/
s’ilz buvoient vin il prenoit pour luy citre ou servoise/ & s’ilz
avoient servoise il se contentoit d’eaue seullement/ sa sobresse de
boire & de menger fut si austere qu’elle n’est a nulle autre a comparer
son pere mourut & frere Marin fist moult grande diligence & devoir pour
prier pour l’ame de son pere. Advint que le pere abbé faisoit refaire le
dortoir de son abaye/ & convenoit que les religieux couchassent dehors
le cloistre & en la ville a l’hostel d’ung noble bourgois grant amy de
l’abbé jusques ledit dortoir fut refaict. Celuy bourgois avoit une fille
qui fut grosse d’ung sien serviteur & acoucha d’une fille/ dont elle fut
moult mal menee du pere & de ses parens & n’osoit dire qui estoit le
pere de l’enfant/ car elle aymoit & doubtoit qui ne fust eslongné
d’elle/ & pource qu’elle vit que frere Marin estoit simple & bon jeune
moyne de .xvii. ans/ elle dist que frere Marin l’avoit deceue & luy
avoit fait cest enfant/ & fut ledict enfant aporté a l’abbé & fait la
plainte contre frere Marin qui fut moult reprins & corrigé de l’abé & du
couvent/ luy fut baillé l’enfant & condempné de le nourir & fut chassé
hors de l’abbaye & forclos de sa prebende & tousjours disoit Dieu soit
loué de tout se j’ay peché il me vueille pardonner & en feray
voulentiers la penitance/ il fut si sobre de parler que oncques il ne
voullut dire s’il avoit fait peché ou non/ & ce pour deux raisons dont
la sobresse fut fonde & aima mieulx endurer & ouir reproche que parler
contre sa voulenté & l’une des raisons fut qui ne voulut oncques soy
excuser de la charge que on luy donnoit quoy que ce fust sans cause pour
doubte qu’il ne fust sceu que c’estoit une femme & qu’il ne convint
qu’il habandonast le lieu de sa religion l’autre raison il aimoit mieulx
porter la honte du monde que la mere de l’enfant portast pugnition de
son abuz & la fut bonté sur bonté & double vertu charitable Frere Marin
nourrit elle & l’enfant d’aumosne & vesquit hors de l’abbaye moult
povrement l’espace de trois ans & tant que les freres en eurent pitié &
requirent qui peust rentrer en l’abbaye/ l’abbé le consentit pourveu
qu’il nestiroit & monderoit a la peine de ses bras tous les retrez &
privez de l’abbaye ce qu’il fist & porta l’eaue sur son col & de sa
personne pour faire en grant obeissance & porta la penitance sans avoir
fait le peché Advint que une maladie print a Frere Marin dont il mourut
en une petite maison de celle abbaye les religieux y allerent pour
l’ensepvelir & mettre en terre & trouverent que Frere Marin estoit une
femme coururent a leur abé qui fut de ce moult esmerveillé & desplaisant
pour la honte & sans cause qui luy estoit faicte la mere de l’enfant
confessa la verité & deschargea frere Marin qui depuis fut nommee Marine
comme devant elle reprint son enfant. Le corps de la saincte vierge
marine fut ensepulturé en ladite abbaye devant le grant autel en grant
devotion & fist depuys la noble vierge Marine de beaulx miracles &
mesmes de la damoyselle son accuseresse qui fut chassee de l’ennemy &
comme enragee vint congnoistre son peché comme dit est & la glorieuse
sainte Marine luy donna guarison O nobles dames prenez exemple a la
saincteté & sobresse de ceste saincte vierge Marine car moult de maulx
pevent advenir par la gloutonnie de la bouche & par la legiereté de la
langue ainsi qu’il appert.




La bague de foy

Chapitre .xiiii.


    Continuons es pompes que je forge
    Parons ma dame d’une bague tresdigne
    Qui luy pendra au col & a la gorge
    Vaulant dix mille de ducas que l’on forge
    D’ung dyament des meilleurs qui se fine
    Qui soit naïf & de la bonne myne
    Taillez a face par si bonne maniere
    Qu’on ne sache laquelle est la premiere

    Le dyamant naïf par sa bonté
    On ne le peult ne rompre n’amenrir
    Le dyamant a de proprieté
    Que qui le porte c’est comme une seurté
    Et ne peult on le froisser ne perir
    On ne le peult trop vaillant acquerir
    Heraulx le prisent blasonnant les escus
    Sur les couleurs ses metaulx & vertus

    Les lapidaires en riches pierreries
    Du dyamant font grant pris & estime
    Si ne seront ses grans valeurs peries
    Par mes escriptz mais plusfort anoblies
    Comme pierre de vertu noble & digne
    Sus les vertus je luy donne & assigne
    Pour mieulx parer la princesse de moy
    Se noble tiltre que l’on appelle foy

    Foy est l’ensegne la guide & le chemin
    Pour parvenir en la gloire parfaicte
    Sans foy ne peult errer le pelerin
    Pour parvenir au port de bonne fin
    Sans ferme foy toute oeuvre est imparfaicte
    Foy est de croire Marie pure & nette
    Que l’escripture appelle toute belle
    Que Dieu conceupt & l’enfanta pucelle

    Foy est de croire la saincte trinité
    Trois personnes ou n’a division
    Dieu le pere est la sourse de bonté
    Le filz piteulx qui nous a racheté
    Soy faisant homme pour souffrir passion
    Sainct esprit c’est paix & union
    Qui l’homme a Dieu tient en begnivolence
    Et sont ces troys ung Dieu & une essence

    Grant foy devons ou digne sacrement
    Que nous voyons entre les mains du prestre
    Quant par vertu du sainct consacrement
    Dieu seuffre a luy joindre pain de froment
    Ou il se donne pour ses enfans repaistre
    En ceste foy devons mourir & estre
    Foy est l’espoir qui nous delivre & donne
    Pour parvenir la ou la fin couronne

    La foy devons a nostre mere l’eglise
    Et obeir a ses commandemens
    Au Pape croire qui sur nous a maistrise
    Foy maintenir la ou foy est promise
    Foy est l’escolle de vrays enseignemens
    Foy est le lustre de tous les paremens
    Cela gardez madame redoubtee
    Vous en serez en triumphe augmentee

    Le dyamant qui est dur non comparable
    Nous demonstre la foy pour estre telle
    Qu’elle ne soit ployant ne corrumpable
    Mais toute ferme sans estre variable
    Et fust pour perdre ceste vie mortelle
    Car qui en foy se fourvoye & chancelle
    D’estre perdu la se monstre le signe
    S’il n’a secours de la grace divine


Exemple de foy

Digne seur & vray exemple vous pourray donner & mettre de la glorieuse
mere de Dieu la sacree vierge Marie pour l’exemple de foy car toutes les
escriptures dient & tesmoignent que a la mort & passion de nostre
redempteur Jhesucrist toute la foy fut oubliee faillie & esteincte fors
ce qu’elle demoura seullement en la glorieuse vierge Marie mere/ &
d’elle & par elle fut toute la crestienté renluminee de foy mais pource
que sa inestimable saincteté nous est trop grant & admirable exemple je
parleray en cest endroit d’autre vertueuse personne a nous plus
semblable qui fut perseverant en foy comme il s’ensuit. &c. Je treuve au
.viii. chapitre du second livre des Machabees que ou temps que le Roy
Anthiocus payen prist la cité de Jherusalem il fist moult de maulx & de
persecutions au peuple crestien persuadant de leur faire laisser &
habandonner la foy & la loy crestienne & contraindoit a son povoir les
enfans de Dieu a adorer les idoles ou les faisoit mourrir en crueux &
divers martires & entre les aultres Il advint qu’il fist prendre sept
freres De la realle lignie des Machabees et avec iceulx fut prinse leur
mere une moult vaillant & saincte dame noble de meurs & de realle
nativité ceste dame se nommoit Anne de la Roche ferme & constante en la
foy de Jesucrist les dessusditz sept freres furent amenez devant
Anthiocus pour adorer les ydoles & d’ung accord par la bouche de l’aisné
des freres il dit a Anthiocus courageusement Roy que veulx tu faire de
nous ou que nous demande tu nous sommes plustost appareillez de mourir
que de consentir la foy & loy de noz peres & perens estre changee
enfrainte ne viollee Celuy Roy de grant yre & maltallent fist a l’aisné
qui premier avoit parlé trencher la langue escorcher la teste coupper
les piez & les mains en la presence de la mere & des autres freres &
puis le fist metre en une grande paesle de fer toute ardente les ungz
aprés les autres fist mourir en cest tourmant & eulx estant en ce cruel
martire la noble mere plaine de foy & de devot courage enhortoit ses
enfans de mourir fermes & constans en la saincte foy crestienne & leur
disoit mes enfans souffrez devotement & de bon cueur une heure de
tourment & de peine pour avoir la perpertuelle joye qui jamais ne
fauldra & en ceste foy continua de rencourager ces sept enfans les ungs
aprés les autres & le tirant persuadoit le septiesme frere qui estoit le
plus jeune & vouloit qu’il reniast la foy en luy promettant grans biens
& gouvernement mais la saincte dame despitant la mort & le povoir du
tirant plaine de divine esperance en la presence du roy Anthiocus disoit
a son filz mon enfant tu as veu avec moy tes freres mourir & martirer
fermes en la foy de Jesucrist je suis ta mere qui te asseure que leurs
ames sont en paradis demeure donc constant & ferme voluntairement en la
saincte foy & loy de tes parens & je te prometz que je mouray en ceste
oppinion je requiers Jesucrist & sa saincte mere Marie qui te gardent &
maintiennent en ferme foy lors le tirant plain de despit fist l’enfant
martirer & mourir devant la mere & puis la mere aprés les enfans
Laquelle joyeusement endura le tourment & receupt couronne de martire/
car elle mourut plaine de foy Et pource mes dames qui ceste exemple
lisez & regardez ressemblons Anne de la Roche & demourons en foy sans
varier car par la foy nous povons escheller le ciel & gaigner paradis.




La robe de beau maintien

Chapitre .xv.


    Pour mieux parer se corps debout encor
    En seur propos vertu & bonne guise
    Robe nous fault qui sera de drap d’or
    De couleur pourpre & qui vaille ung tresor
    Tout le meilleur de Chippre ou de Venise
    A la grant gorre comme une chose exquise
    Et richement soit d’ermines fourree
    Princesse vault d’en estre bien paree

    L’oeil s’esjouit a veoir l’or resplandir
    Chacun se mire chacun y prent plaisance
    Les regardans ont soulas & plaisir
    De veoir parure a leur chois & plesir
    Et ne leur touche sinon le regard en ce
    Or fault tirer vertueuse apparence
    De cest habit que je baptise en bien
    Pour la nommer robe de beau maintien

    Toutes dames savourez ce couplet
    De beau maintien soyez en aournees
    Car comme l’or a l’oeil agree & plaist
    Maintien de femme ou il plaist ou desplaist
    Sur le maintien sont les notees fondees
    Par fol maintien plusieurs ont renommees
    Assez souvent qui approche diffame
    Et sans peché de l’honneur & de l’ame

    Vous jeunes filles qui desirés honneur
    Laissez la lettre tout ouvrage & escolle
    Se beau maintien qui tant est de valeur
    Aprenez le & le faictes de cueur
    Pour avoir loz qui leger court & volle
    Car ce juge d’escript & de parolle
    Qui n’est au monde tel tresor ne chevance
    Meilleur pour femme que bonne contenance

    Ainsi ma dame aura la riche robe
    De beau maintien Dieu la luy entretienne
    Et luy permette que nulz ne la desrobe
    C’est ung tresor pour mettre en garde robe
    De la vestir souvent bien luy souviengne
    La fourrure bien la garde & maintienne
    Qui est d’armines monstrant magnificence
    Qui signiffie vertu d’obeissance

    Le beau maintien l’obeissance prompte
    C’est le moyen qui plus l’homme contente
    Ce sont vertus qui le plus fier cueur dompte
    Jamais n’aura ne vergongne ne honte
    Qui ces deux poins maintient en bonne entente
    Ma princesse ne soyez mal contente
    L’amour de vous me fait cy traveiller
    A toutes femmes loyaulment conseiller


Exemple de beau maintien

Entre les roys qui regnerent en Judee regna Assuere tant sur le royaulme
de Judee comme sur Ethiope il fut Roy puissant il eut pour sa
principalle femme & espouse selon leur loy une dame de noble lignee
nommee Dasti Se Roy Assuere tint une grande feste avec ses princes ses
nobles & subgetz en la cité de Scissis qui estoit le lieu de son
principal siege Et dit la bible que ceste feste se fist en ung jardin
grant & spacieux que l’on nommoit le jardin de delices/ & d’aultre part
tenoit la Royne Dasti grant estat & triumphe avecques les princesses &
dames de son royaulme Le Roy desira de veoir sa femme & luy manda
qu’elle vint devers luy ce qu’elle reffusa par plusieurs fois/ le Roy se
mescontenta & mist ceste desobeissance en conseil de ses princes &
demeurerent tous en oppinion que elle devoit estre delaissee habandonnee
& expulsee du Roy & qu’il en devroit prendre une autre car selon leur
loy femme qui desobeyt a son mary il la peult dejecter de luy & ne
merite point d’avoir l’amour de son seigneur/ & ainsi par desobeissance
fut Dasti expulsee & plus ne peult venir devers le Roy Assuere/ & pour
recouvrer femmes a son desir fist assembler les plus belles pucelles de
son royaulme pour veoir & choisir a son plaisir & gré. Entre lesquelles
fut Hester une pucelle de Judee & non pas de si grant lieu comme fut
Dasti/ mais son maintien & belle contenance passa la beaulté de toutes
les aultres pourquoy le Roy la choisit & fut sa femme tresaymee. Et
advint que Aman qui fut principal gouverneur du Roy & qui moult hayoit
la nacion de Judee par subtil moyen praticqua que le Roy Assuere son
maistre/ fist ung banissement a l’encontre de tous les Juifz & priva la
nation de sa presence sur peine de mort/ & pretendoit Aman de faire
exiller la Royne Hester & mourir Mardocheus son oncle. Soubz umbre qu’il
estoit Juif & fut treslonguement Hester sans oser venir en la presence
de son seigneur Et advint ung jour que le Roy estoit apuyé a une
fenestre/ & la Royne Hester en riche parure/ & beau maintien passa par
devant le Roy en grant humilité crainte & paour/ le Roy l’appella & elle
vint & obeyt moult doubteusement. Assuere l’attocha de sa verge en signe
d’amour & d’asseurance. Et elle dist monseigneur/ n’as tu souvenance que
tu as fait edict pour faire mourir ou dechasser tous les Juifz Et que je
suis de celle nation & crains ta fureur & la mort. Assuere qui la vit si
belle obeissante & de beau maintien luy dist. M’amye j’ay faict l’edit
pour tous & pour toutes. Mais vous estes la par dessus les autres. Et
depuis celle belle parolle a esté dicte en la saincte escripture pour la
benoiste glorieuse vierge Marie & vrayement bien se peut nommer & dire
entre les femmes la pardessus les aultres. Hester depuis se gouverna si
bien & si saigement avec le Roy son seigneur qu’elle rapaisa sa fureur
contre les Juifz & tourna son mal talent sur Aman/ inventeur &
conduiseur de la destruction de la nation de Judee/ & dont il fut pendu
ainsi la royne Hester par son obeissance gaigna le lieu real que perdit
Dasti par sa faulte/ & par beau maintien pleut au Roy son mary/ dont
elle saulva son pays ses parens & sa lignee de perdition. Mes dames icy
a bel exemple tant en obeissance comme en beau maintien ressemblez
doncques la bonne Royne Hester & voz besongnes en vauldront de mieulx
ainsi comme pourrez congnoistre.




La ceinture de devote memoire

Chapitre .xvi.


    Ung orfevre nous convient recouvrer
    Qui nous saiche faire une cordeliere
    Du plus fin or que l’on pourra trouver
    Esmaillee de blanc noir rouge cler
    Pour a ma dame faire ceinture chere
    Des patenostres pour faire la maniere
    Pendront devant de fin blanc cassidoine
    Le temps present le dit ainsi ydoine

    Ainsi le point qui clost du corps l’habit
    C’est la ceinture dont dame se doit ceindre
    La ceinture la personne embellit
    C’est la parure qui plus fort anoblit
    Elle est seant au grant & au maindre
    A quel vertu la ferons nous attaindre
    Qui soit servant a ce cas & notoire
    C’est la ceinture de devote memoire

    Le corps paré tout cloz par la ceinture
    Dame ce point bien entende & le notte
    Car on ne peut oster quelque vesture
    Jusques le ceingt en face deffermure
    Tant soit de robe de chemise ou de cotte
    Et ainsi garde la memoire devotte
    Que les vertus ne se separeront
    Du digne cueur ou trouvees seront

    Le cueur qui tourne en devote pensee
    Si ne peult cheoir es latz de l’ennemy
    La memoire qui en bien est tournee
    Est tost de Dieu tellement confermee
    Que l’ame sent paradis a demy
    Qui de Dieu fait son souverain amy
    Celle peut dire certes je suis aymee
    Du plus leal qui soit en la contree

    Memoire fait revoir le temps passé
    Et souvent des maulx & des biensfaitz
    Ung cueur devot ne peut estre lassé
    De cogiter tout ce qu’il a brassé
    Soit bien soit mal aulmosnes ou tors faitz
    Car la se poisent les fardeaux & les faitz
    La conscience se peut la regarder
    C’est le moyen pour sa vie amender

    Noble ceinture riche d’or & d’esmail
    Je treuve cy pour ma dame servir
    Memoire tient des vertus le fermail
    Le cueur devot est tousjours sans sommeil
    Pour veiller l’ame & garder de perir
    Ma maistresse a qui vueil obeir
    Se meilleur don en ce monde trouvoye
    Dieu m’est tesmoing que je le vous donroye


Exemple de devote memoire

Il n’a pas gueres de temps que je ouys ung gracieux conte au propos de
devote memoire & suis deliberé de le coucher presentement pour exemple
de l’advertissement/ de toutes dames & de celles qui ce present volume
lyront. Et treuve que au royaulme de Naples eut jadis une jeune dame
princesse de Salerne nommee Jouvelle. Icelle princesse se trouva en ses
jeunes jours seulle heritiere grant dame & riche & du nombre des
princesses du Royaulme/ du sang & parenté du Roy de Naples/ belle entre
les belles/ & devez sçavoir que elle fut requise de plusieurs princes &
grans seigneurs pour l’avoir a femme & espouse/ mais elle ne choisit pas
legierement pource que femmes sont fort subgettes & tenues courtes en
iceluy Royaulme/ mais aymant ses plaisances & pleine de jeunesse fuyoit
d’estre subgette d’aultruy & passoit ses jeunes jours a faire grans
assemblees & festiemens bancquetz dances & joyeusetés/ & a la verité
estoit plus eslevee & plaine de jeunesse qu’il n’apartenoit a son aage &
dont on parloit en plusieurs lieux plus qu’il ne fut besoing: car quant
femmes se desriglent: il est tost tourné & mis en maulvaise notte. Ceste
princesse de Salerne ainsi pleine de voulentaire jeunesse: toutesfois
avoit une devote memoire & une coustume & façon de servir Dieu & ouyr
messe tresdevotement & en simple habit ung grant coeuvrechief sur son
atour luy couvroit la face & se mussoit en ung coing de l’eglise &
durant le divin service se maintenoit coustumierement & observoit ceste
devote memoire le matin du jour sans faillir et le surplus de la journee
estoit employee par le contraire de toutes vanitez mondaines & n’estoit
pas le jour continué en une maniere de vivre: mais bien contraire l’une
a l’autre. Advint une fois que ceste princesse de Salerne: avoit faict
grant festiement aux seigneurs & dames du pays. Et fut celle assemblee
en grant nombre de noblesse & fist preparer la plusgrant salle de son
hostel moult pompeusement De tapisseries & de riches buffectz en grant
habondance de vaisselle. Les tables et la suyte richement estoffees. Et
l’assiete faicte des seigneurs & des dames des services des metz &
entremetz & plusieurs autres bonnes sortes de viandes en grant foison &
bien ordonnez ypocras & divers vins y furent serviz en grant honneur &
fut celuy souper de grans fretz & despens excessifz/ la jouerent joueurs
de divers instrumens & sonnoient cors & trompettes que l’on ne oyoit
l’ung l’autre parler/ & aprés les tables levees & graces dictes se
commencerent les dances decorees de grant luminaire de mommeries & de
chansons ou chascun faisoit son mieulx de se monstrer/ ladicte princesse
de Salerne rendoit toute peine de bien fringuer & entretenir seigneurs &
dames & la noblesse a leur contentement/ & certes elle employa celluy
jour & la pluspart de la nuyt au service du monde/ de dame oyseuse & de
temps perdu & toutesfois fallut la compaignie aprés avoir eu le vin &
les espices pour le dernier metz/ pour l’yssue & congé/ que la noble
dame demourast avec ses femmes & familles/ & est a entendre qu’elle se
coucha tart/ & pour prendre petit de repos/ car la nuyt estoit fort
avancee avant le depart des invitez. Et pour mon compte achever &
parfaire lendemain se leva tart & se partit de la chambre pour aller a
la messe/ & n’oublia pas sa devote memoire acoustumee/ mais couvrit son
chief humblement & print son chemin pour aller en la chapelle de son
hostel & fallut qu’elle passast par la salle ou avoit esté fait ce riche
bancquet/ & celle haulte seignourieuse feste. Et ce lieu que le soir de
devant ressembloit ung triumphe. Et maintenant & en si peu de temps
estoit si desolé/ les tables abbatues d’ung cousté les bancs & les
tresteaux renversez parmy la salle les os sepparez de la chair parmy la
place ou les chiens les rongeoient & y prenoient leur refection Et pour
conclusion c’estoit abhomination de celle place qui le soir devant
ressembloit ung lieu desdié pour toute plaisance & delices/ celle
princesse se arresta pour mieulx veoir & incorporer celle merveille ou
son entendement fut lors empesché & luy sembla ce lieu estre le monde en
son estre lequel au commencement & a la sente de jeunesse est plaisant &
si pompeulx & tant aggreable que ce semble plaisance immortelle &
durable prosperité & soubdainement par adversité vieillesse ou maladie
tout est renversé & mis en ruine & perdicion qui tourne espoir en abuz
plaisir en douleur fiance en desespoir/ & est a croire que ce bon Dieu
qui tousjours de sa grace a ses fillés tendez pour prendre le pecheur au
point de son prouffit souvent de la devote memoire que nonobstant ses
obstinees mondanitez elle avoit tousjours durant le divin service ce bon
Dieu la frapa au cueur & luy changea les meurs de perdition en
deliberation salutaire & durant la messe qu’elle oyt devotemet & en
effusion de larmes manda son confesseur se delibera d’habandonner le
monde & dedans le tiers jour ensuyvant se rendit en religion fermee & de
seurs de saincte Claire en despitant le monde & ses abusions & en celle
religion fut & vesquit sainctement le demourant de ses jours ressemblons
a la princesse de Salerne laquelle par les mondanitez avoit une devotte
memoire parquoy Dieu la rappella Affin aussi que Dieu nous reclame &
appelle plus legierement a la parfaicte felicité.




Les gantz de charité

Chapitre .xvii.


    Ung gantier fault qui nous face des gans
    Bons & propices pour ma dame ganter
    Les gans servent en yver & doux temps
    Les belles mains plaisent a toutes gens
    Les gans se doivent songneusement porter
    Les mains se doivent tousjours nettes monstrer
    Les gantz servent souvent en ce mestier
    Gardez les bien vous en avez mestier

    Pour cuir avoir yraye en Allemaigne
    Pour ses beaulx gantz achever & parfaire
    Ou se mieulx sert cuir venant de Champagne
    Tout ce ne vault nous irons en Espagne
    La pourrons nous assovir nostre affaire
    Le cuir est doulx & la viollette flere
    Ainsi ma dame & ma tresredoubtee
    De cuir d’Espaigne vous en serez gantee

    Ses nobles gantz pour y mettre bonté
    Quelle vertu leur sera departie
    Nous en ferons labeur de charité
    C’est la vertu que Dieu a apporté
    En rachetant ceste humaine lignie
    Par charité voulut prendre la vie
    Le doulx Jesus pour l’amour des humains
    Charité se doit monstrer a deux mains

    Charité est le feu & le tison
    Qui brusle cueurs en vertueulx effect
    Charité est santé & garison
    Laquelle efface peché & mesprison
    Sans charité tout bien est imparfaict
    Donner pour Dieu est semblant contrefait
    Se charité l’aumosne ne presente
    Or notez bien ceste leçzon presente

    Comme les gantz sont a la main blancheur
    Et les gardent de froit & de haslure
    Charité vault pour tenir en vigueur
    L’ame le corps l’entendement le cueur
    Contre peché car vice est leur blessure
    Cueur charitable en vertu croist & dure
    Sainct Augustin la nomme toute bonne
    Par charité Dieu nos meffaitz pardonne

    Nobles princesse qui regente & domine
    Et toutes femmes soit grande soit petite
    Entre vertus cueillez pour fleur divine
    La charité & plantez la racine
    En vostre cueur comme une chose eslite
    C’est la vertu qui sert & qui prouffite
    Dieu si adjoinct les anges la convoient
    Pour la meilleur des grans vertus qu’il ayent

    Charité a telle proprieté
    Lis sainct Hierosme il le te approuvera
    C’est que le jour que l’on fait charité
    Ce que on requiert il sera accepté
    Demande a Dieu & il le te donra
    La charité en guerdon doublera
    Dieu la reçoit si agreablement
    Que c’est le fruit de nostre sauvement


Exemple de charité

De cest article fondé de charité doibvent estre les deux mains de nobles
dames gantees & a ceste cause j’ay fondé mon fait en deux exemples &
assez d’une mesme cause & dont le premier est aprové par legende de
sainctz & l’autre est apocriffe touteffois pris & extraicte es anciennes
histoires & quant au premier je treuve d’une sainte martiree en Flandres
nommee Godeliene laquelle fut en son temps moult noble femme & fut si
charitable que tout ce qu’elle povoit trouver des biens de son pere elle
donnoit incontinant tout pour Dieu & le portoit aulx povres dont elle
fut aucunement reprinse & redarguee & luy fut deffendu expressement que
elle ne donnast plus riens Et se prenoit garde le maistre d’hostel de
son pere sus elle tressongneusement & une fois elle avoit prins en la
cuisine porcion du disner de son pere & l’avoit mis & envelopé en la
troussoire de sa robbe pour le porter aux povres dont ledit maistre
d’hostel s’aperceut & luy dist qu’esse que vous portez serez vous
tousjours larronnesse des biens de vostre pere Dont lors Godeliene fut
surprinse & esbahye & se recommanda a nostre seigneur & respondit certes
mon amy se sont buschettes & rabotures de bois que je porte aux povres
pour eulx chauffer & ouvrit son giron & par la grace de Dieu le maistre
d’hostel ne vit que menu bois comme elle luy avoit dit dont il fut moult
esbahy & confus & congneut bien que sa charité estoit a Dieu agreable
elle parfist son chemin & fist son aumosne & les buschettes qu’elle
avoit monstré au maistre d’hostel nostre seigneur les reconvertit en
viandes comme devant & de la en avant povoit donner aumosnes a son bon
plaisir & depuis advint que le conte de Boulongne devoit disner a
l’hostel du pere Godeliene & fut fait grant appareil pour le recevoir
Godeliene qui avoit le cueur a Dieu & aux povres ne se oublia pas mais
de la viande apprestee desroba le plus friant & le meilleur & en fist
disner les povres charitablement dont le maistre d’hostel se trouva
merveilleusement perturbé/ pource que le disner estoit deshonnoré & n’y
avoit demeuré que la plus rude viande dont la menassa & aussi fist son
pere de la batre & l’appella folle & ypocrite & qu’elle le vouloit
deshonorer & ne se sçauroit amender La bonne saincte fille se retira
plourant en sa chambre en grant regret d’avoir son pere ainsi courroucé
se mist a genoulx & fist sa requeste a nostre seigneur qu’il voulsist
contenter & appaiser son pere envers elle Et en ce mouvement le maistre
d’hostel retourna en la cuysine & trouva les chauldieres les potz & les
hastiers tous plains par la grace de Dieu tout puissant/ & de toutes
especialles viandes plus que devant & congneut bien que nostre seigneur
Jhesucrist y avoit mys sa tresdigne main & que Godeliene estoit amye de
Dieu. Si fist seoir les seigneurs qui ne furent oncques mieulx serviz &
depuis Godeliene fut mariee a Berthoul seigneur de Guistelle en Flandres
qui fut homme cruel & maulvais & la fist martirer & mourir & lors fist &
fait encores de moult beaulx & merveilleux miracles au lieu de
Guistelle/ la ou elle est canonisee pour saincte & par sa legende se
nomme ma dame saincte Godeliene de laquelle je recite presentement
aulcuns poinctz de sa saincte vie pour approuver que Dieu a moult
aggreable/ la vertu de charité Mais pource que de tant que la personne
est plus semblable en estat ses oeuvres sont de tant plus aggreables &
mieulx poursuytes Et pource ma dame je feray mon second compte en
acquittant ce que j’ay dict & parleray d’une tresvertueuse & charitable
princesse & feray mon compte le plus abregié que je pourray Si nous
dicte & recite l’hystoire que le conte Regnier de Savoye se maria
avecques la fille du Roy de Dannemarche nommee Geltrud & fut amenee si
jeune en la maison de Savoie que legierement avoit elle aprins le
langaige/ les meurs & les conditions dudict pays de Savoye/ & d’elle &
de sa tresnoble nature fut enclinee a devotion & moult fut charitable
aulx povres creatures Et aussi ce qu’elle povoit finer ou avoir des
biens de son seigneur & d’elle/ elle les donnoit pour l’amour de nostre
seigneur Jhesucrist & departoit aux povres de moult grans deniers &
pecunes Et tant en fist que Regnier conte de Savoye son mary par enhort
d’autruy ou autrement n’estoit pas bien content de Geltrud sa femme en
ceste partye & trouvoyt ses deniers fort despensés par sa femme/ et dont
il estoit en grant disette & a l’arriere de ses affaires/ et en effect
fut conseillé de luy deffendre de plus nullement donner ou despendre le
sien sans son sceu congié & commandement A quoy ladicte contesse
obtempera par obedience et contre son cueur lequel ardoit en parfaicte
charité & ne povoit nullement veoir ung povre sans lui donner ou
larmoyer par grans regrectz de non le povoir faire Advint une fois entre
les autres que moult grant multitude de povres se monstrerent devant la
fenestre de la bonne dame criant & requerant l’aulmosne Mais celle qui
sçavoit ou estoit l’argent de son seigneur si courut celle part & print
ung grant sac plain de florins le mist secretement en sa robe & apella
une sienne privee damoiselle & alla celle part ou les povres estoient
pour leur departir son argent Mais elle trouva le conte de Savoye son
mary qui revenoit de chasse/ lequel eut suspection que sa femme portoit
argent aux povres qui la estoient & luy dist rigoureusement que portez
vous Elle qui eut moult grant freeur leva son esprit a Dieu & luy
respondit monseigneur se sont roses & tantost ouvrit le rebras de sa
robbe qui se trouva tout plain des plus belles roses du monde & si
n’estoit pas la saison parquoy le conte congneut que les oeuvres de sa
femme plaisoient moult a Dieu si la mena doulcement aux povres luy
priant qu’elle executast sa charité & aumosne Et lors les roses se
convertirent en florins & en la presence de son seigneur la contesse
donna pour Dieu aux povres tout ce qu’elle portoit d’argent & depuis fut
le conte grant aumosnier & charitable Voyez dames doncques pour
fortiffier voz oeuvres & les deux gantz de charité j’ay fait deux
comptes en ung exemple. Et vous souviengne de la contesse de Savoye de
ses roses & de ses vertus car charité est le plus seur & le plus brief
chemin pour venir jusques au royaulme de paradis.




Le pigne de remors de conscience

Chapitre .xviii.


    Ce noble corps est paré proprement
    De triumphans & notables habitz
    Dont fault le chief aorner tellement
    Que tout soit bien & honnorablement
    Car ma maistresse est dame de hault pris
    Ces beaulx cheveulx qui est ung cas requis
    Convient pigner/ car a tout fault pourvoir
    C’est ung des soingz que femme doit avoir

    Entendez bien pourquoy des cheveulx songne
    Dames discrettes qui raison entendez
    Je n’entens pas les mettre en besongne
    Pour gens tempter en espoir de vergongne
    De ce meschief saigement vous gardez
    Mais il s’entent quant vous vous mariez
    C’est l’enseigne dequoy se pare celle
    Qui peut dire j’ay teste de pucelle

    Ung pigne fault d’ivoire blanche & pure
    Pour les cheveulx de ma dame adresser
    Ung noble chief ne doit souffrir ordure
    Tout net/ tout bon sans nulle couverture
    Car ce labeur fait beaucop a priser
    Dont pour ce pigne en bien auctoriser
    Que de vertu face signifiance
    Nous en ferons remors de conscience

    Comme le pigne est fait de plusieurs dentz
    Pour nectoyer les cheveulx de excellence
    Par ce remort/ considere & entens
    Sont ramentuz les pechez & le temps
    Les maulx passez & la perseverance
    Par ce remort se treuve repentance
    Car ses dentz sont si trenchans & agues
    Qu’ilz treuve tout a parolles perdues

    De quatre dentz est ce pigne icy fait
    Pour nettoyer peché vice & ordure
    Le premier est regret de son meffait
    Le second est propos pur & parfait
    De plus renchoir en vilaine laidure
    Le tiers prier a Dieu d’entente pure
    Le quart porter fournir & satisfaire
    La penitence ce point est necessaire

    Gardons ce pigne de remors entassé
    Nettoyons bien chef & entendement
    Confessons nous du temps qui est passé
    Car l’advenir doit estre compassé
    De seur propos & vray amendement
    Pourtant madame pignez vous frequemment
    Affin qu’on die vela princesse bonne
    Digne d’avoir & de porter couronne


Exemple de remors de conscience

En la cité d’Antioche eut une grande dame & la plus noble de la cité
nommee Pelagienne laquelle fut femme si pompeuse que quant elle alloit
par la cité ses paremens & vestures luysoient tout d’or & de pierres
precieuses/ Et pour le lustre des pierreries fut puis appellee
Marguerite Pelagienne elle triumphoit en parure de cheveulx & en faisoit
ses monstres & moult fut curieuse de monstrer ses beaultés & richesses.
Et qui ainsi fait il fait juger communement contre sa chasteté & ses
vertus & alloit icelle fort acompaignee de dames & jouvenceaulx/ & de
divers instrumens & couroit le peuple au devant de Marguerite Pelagienne
comme devant une deesse. Lors ung sainct homme nommé Nonus qui estoit
evesque de Anthioche la rencontra cheminant ainsi en ceste mondaine
pompe qui luy sembla moult desordonnee. Par quoy prestement se laissa
cheoir & prosterner a la terre en grans larmes souppirs & gemissemens.
Et disoit hault & clerement Helas je voy ung cheval desbridé & sans
frain une ame a qui le sens est failly/ ung entendement perdu & ebetté/
beaulx yeulx sans clarté & sans veoir Et la creature que Dieu a faicte
donne es mains de l’ennemy qui la maine hors de la voye de paradis ou
sentier & destroit du parfont d’enfer Pelagienne fut advertie du
deprisement que le sainct evesque faisoit de ses pompes & parures &
touteffois vint en personne au sermon dudit evesque & si bien incorpora
& mist en l’emprainte de son cueur ses sainctes doctrines que Dieu luy
fist grace de soy repentir. Print ledict evesque par les piedz
devotement & se rendit a luy en luy disant treshumblement/ pere sainct
je mectz en voz mains moy miserable creature desvoyee & en perdition se
Dieu n’a pitié & misericorde de ceste pecheresse: & en ce disant
plouroit moult piteusement & de cueur profond l’evesque la receut
humainement & la baptiza & lava de ses pechez & elle donna ses biens aux
povres creatures se tira secrettement au mont d’olive/ ou elle print
l’habit d’homme & de religieux & puis mena moult saincte vie Et aprés sa
mort fut trouvé par plusieurs sainctes personnes qui la sepvelirent que
c’estoit une femme dont moult s’esmerveillerent & fist depuis moult de
beaulx miracles. Or mes dames soyons en repentance de noz pompes &
vanitez Soyons semblables a Pelagienne & ressemblons la Marguerite
reluisant en vertu n’ayons pas honte ne despit de estre reprinses de noz
oultrecuydances/ mais ayons remors de conscience & amour parfaicte a
celuy qui charitablement nous chastie de noz vices & par ainsi seront
nos deffaulx & pechez pardonnez de nostre createur.




Le ruban de crainte de Dieu

Chapitre .xix.


    Ces beaulx cheveux pignez honnestement
    D’un blanc ruban nous conviendra brocher
    Et les couchier sur le chief tellement
    Que les cheveux n’aperent nullement
    Plus vault la chose plus se doit tenir cher
    Temps est de monstrer & temps est de cacher
    Fuyr devez d’aultruy temptacion
    Pour eviter dure dampnacion

    Le ruban soit de fil moyen tissu
    Pour mieulx tenir des cheveulx la lyeure
    Ce riche bien doit estre peu perceu
    Le bien secret est par desir conceu
    Le metz commun n’est pas bonne pasture
    Pecher de soy c’est oeuvre de nature
    Mais procurer aultruy en malefice
    Double sur soy le peché & le vice

    A ce ruban qui tient en ferme lieu
    Ses beaulx cheveulx dont ma dame s’atourne
    Nous luy donrons en nom crainte de Dieu
    Qui pense bien ce nom: est saige & preu
    Car il resveille les vertus & adjourne
    Eureux celuy qui des vices retourne
    Et malheureux qui demeure en la fange
    Servant le dyable & laisse le bon ange

    Crainte de Dieu qui n’est pas sans amour
    Aussi amour ne peut estre sans crainte
    Parons nous en & de nuyt & de jour
    C’est le dongon le chasteau & la tour
    Pour preserver les cueurs de malle attainte
    Le bon Dieu veult qu’on le crainde sans fainte
    Quant a amour c’est l’amour des prescheurs
    Pour rappeller a pardon les pecheurs

    Fuyons tousjours faulx semblans & oeuillades
    Ayons maintien ferme constant & saige
    N’apetons point de faire gens malades
    Par motz subtilz/ par rondeaulx/ par ballades
    Qui de present sont en cours & visaige
    Ne fardons point le front ne le visaige
    Fuyons la cause qui aultruy bien empire
    C’est ung peché qui ne peut estre pire

    Crainte de Dieu est le commencement
    D’amour divin & toute sapience
    Crainte de Dieu expelle entierement
    Vice & peché & rend planierement
    L’homme constant pour vivre par prudence
    Crainte de Dieu vous met par preference
    Tout au plus hault & dessus vostre chef
    Crainte de Dieu garde de tout meschef


Exemple de crainte de Dieu

Qui beaucoup lyst de bonnes choses treuve/ & ainsi visitant mes livres &
mes memoires j’ay trouvé ung petit volume compilé par une personne
devote & comtemplative & me sert en ma memoire presente au propos de
crainte de Dieu pour le mettre en ce present exemple pour le prouffit de
vous ma noble maistresse & de toutes dames affin qu’elles puissent mieux
valoir de mon escripture pour l’honneur de vous car je desire de donner
a congnoistre que l’on se doit garder de toute sa puissance de tempter
aultruy & nulz mettre en voye de pechié. Et a ce propos recite maistre
Jacques de Vitry aucteur moult auctentique entre plusieurs allegations
exemples & escriptz par luy faictz que es parties de levent eut ung
prince jeune beau/ puissant/ & riche celuy prince s’enamoura par
concupiscence d’une religieuse qui estoit bonne devote & constante/ mais
moult estoit belle de corps & de visaige celuy prince envoya a la
religieuse ses entremetteurs macquereaulx & sathalites desquelz on
trouve & fine plus largement que de devotz prescheurs ceulx persuadoient
la saincte dame/ par dons promesses & parolles a faire & acomplir la
voulenté desordonnee de leur seigneur mais jamais la religieuse ne voult
consentir a ce meffait. Advint que ce prince embrasé du feu de l’ennemy
se delibera de la prendre & de l’avoir a son plaisir & vouloir par force
ou aultrement/ & dont par la grace de Dieu elle fut advertye & pour ce
mal fuyr & eschever elle parla a l’ung d’iceulx poursuivans faignant
estre amolie de son courage & d’escouter & entendre es requestes que ce
prince luy faisoit faire & luy dist. Amy je te prie que je saiche avant
que je face le plaisir de ton seigneur quel bien/ quel plaisance/ &
quelle beaulté il a en moy/ dont il peut estre si fort emprins de mon
amour le serviteur retourna a son maistre tout consollé & refait de
celle demande & dist a son seigneur qu’il avoit bien besongné lequel en
eut moult grant joye/ & aprés ouy la responce de la religieuse/ le
seigneur luy dist va a elle & luy dy que je luy mande qu’elle a entre
ses grandes beaultez les plus beaulx & les plus attrayans yeulx que je
vis oncques/ dont elle m’en a feru jusques au cueur. Le serviteur
retourna & luy declaira ce que le seigneur luy dist/ & comment de la
beaulté de ses yeulx il avoit moult a souffrir. Lors la saincte dame
fist le signe de la croix & dist au sathalite attens moy icy & je te
feray responce/ & sans varier ne doubter douleur ne angoisse elle se
siet en sa celle/ print ung plat de boys & de son cousteau se frappa &
creva ses deux yeulx de ses propres mains & les mist en iceluy plat puis
appella le sathalite & en luy baillant le plat luy dist tiens va a ton
maistre & luy porte ce present que je lui faiz de mes deux yeux dont je
me suis faicte quitte & ayme mieulx perdre la lumiere du monde que par
moy luy ou autre perde ne eslongne la clarté du ciel & la haulte joye
eternelle Le serviteur fist a son maistre ce merveilleulx present qui
moult s’esbahit & fut vaincu de son dampnable & inique propos mes dames
j’ay donné ceste exemple pour vous garder de mettre autruy en peché par
atirer les pecheurs en vostre beaulté & se nous voullons noz yeulx
crevez comme la religieuse ne defaire noz beaultez corporelles & aussi
voz belles factures qui est forte chose & difficille a faire au moins
conduisez vous en telle & si vertueuse maniere que n’en vailiez de pis &
que l’on puisse juger que vous soyez dames constantes en vertus &
ennemyes de vices & pechez.




Les patenostres de devotion

Chapitre .xx.


    Encor fault il pour ma dame honoree
    Des patenostres de jayet ou coral
    Ou de fin ambre pour mieulx estre paree
    Car par cela sera bien decoree
    Elles sont propres pour metz especial
    Les patenostres pour ung cueur liberal
    Donnent memoire & souvenir de Dieu
    Chacun le doit bien servir en tout lieu

    Es patenostres convient beaux signeaulx d’or
    Ou qu’elles soient toutes d’or en substance
    Et esmailleez de rouge cler encor
    Si n’y fault point espargner son tresor
    Car es signeaulx fault quelque difference
    Ces patenostres de devotte apparence
    Seront par moy dictes devotion
    Le nom est propre reste l’intention

    Il fait bon veoir nobles dames devotes
    Et cheminer de vertus en vertus
    Je ne dy riens d’un grant tas de bigottes
    Qui contrefont ainsi les dorelottes
    Car leurs cueurs sont de vices revestuz
    bonnes devottes tousjours de plus en plus
    Pensant a Dieu & a sa passion
    Servir Dieu est belle occupation

    Or pensons donc de cueur devotement
    Que le bon Dieu tout puissant & parfait
    De riens quelconques le monde entierement
    Par son seul dit l’a creé plainement
    Et l’homme humain aprés du lymon fait
    Comme les bruttes ne sommes pas effect
    Mais il nous fist a sa forme & ymage
    Devotement faisons a Dieu hommage

    Ayez ma dame vraye meditation
    Es patenostres de singularité
    Car vous avez bonne information
    De Jesucrist pour reformation
    En contemplant sa saincte charité
    Pensez qu’il a si grande auctorité
    Que dessoubz luy sont sauvez ou dampnez
    Tous ceulx qui furent & seront de Adam nez

    Devotion vous soit vertu florie
    Es patenostres comme prudente & sage
    En servent Dieu & la vierge Marie
    Non seul de bouche qui n’est que ypocrisie
    Mais plainement de cueur & de courage
    Devotion tout le temps de vostre aage
    Vous donnera de Dieu telle memoire
    Que es divins cieulx le verrés en sa gloire


Exemple de devotion

Pour exemple de devotion donner & introduire a ma treshonoree dame
descript & recite le disciple en ces sermonnaires Et lequel aussi alegue
maistre Vincent en son miroir historial Que en la cité de Romme estoient
deux nobles personnages c’est assavoir l’homme & la femme lesquelz
furent assez longue espace conjointz par mariage ensemble sans avoir
lignee de leurs corps & avoient une singuliere devotion a Dieu & a la
vierge Marie Et tant que par leur devot excercite continue en bonnes
oeuvres meriterent d’avoir ung beau filz Dont aprés menoient chaste vie
Si advint que noble mary par fervente devotion entreprint aller en aucun
devot pelerinage & mourut faisant le chemin Et la bonne dame estant
veufve en ladite cité nourrissoit tousjours delicatement son enfant Et
le couchoit toutes les nuitz avecques elle dedans son lit jusques a tant
qu’il parvint en aage viril tellement que par consequence il engendra
ung enfant a sa propre mere Laquelle touteffois ne desistoit point de sa
fervente devotion en faisant tousjours bonnes oeuvres & se celloit
secretement affin qu’on ne la congneust ensaincte & grosse d’enfant.
Advint le jour de son enfantement qu’elle enfanta occultement en grant
douleur puis pour crainte de confusion & estre diffamee du monde
estrangla son enfant & le getta en une privee dont consequemment le
diable d’enfer persecuteur des povres ames queroit & cerchoit les moyens
pour icelle dame confondre & luy oster sa devotion Parquoy il se mist en
forme & espece d’ung clerc & homme litteré & vint en la cité de Romme
soy disant estre bon notaire & instruit en plusieurs sciences & soy
disant aussi sçavoir reveller tous larrecins & congnoistre choses
occultes & secretes Et tellement qui prouva partie de ses ditz par
effect car le dyable peult aucuneffois congnoistre les choses preterites
par divine permission Et par telles choses fist tant yceluy dyable
d’enfer qu’il print & eut opportunité d’avoir accés a l’empereur & a
tout le senat de Romme & leur dist en ceste maniere Je m’esmerveille
dist il & suis esbahi que toute ceste cité de Romme n’est ja consumee &
destruite pour le detestable & enorme peché que je congnois estre commis
& perpetré en icelle Et narra le fait advenu de ceste dicte noble dame &
en la nommant par son nom dist & recita manifestement qu’elle avoit
conceu ung enfant de son propre filz lequel elle avoit estranglé/ mais
de ces parolles fut incontinant reprins & redargué de tous les seigneurs
citadins disant qui ne disoit pas vray/ car icelle dame estoyt estimee
de tresbonne & louable vie & comme estoit ung miroer des vertus pour la
parfaicte & singuliere devotion qu’elle avoyt a Dieu & a la glorieuse
vierge Marie A quoy respondit le diable je savois bien dist il que vous
ne me croiriez pas mais soit appellee & examinee & s’elle est du cas
convaincue consequemment soit bruslee & arse/ sinon que je le soye moy
mesmes comme Ad penam tallionis Fut appellé icelle dame a la poursuite
dudit diable oyant son propos & son offre & comparut au palays imperial
devant le consistoire ou elle fut honnestement comme dame d’honneur & ne
croient d’elle aucun mal Combien que iceluy diable leur sembloit estre
ung nouveau prophete lequel de rechef ainsi que notaire fist son propos
a l’encontre d’elle & l’accusa en sa presence ainsi que dessus Si luy
fut commandé de par l’empereur de soy expurger & justifier: ou qu’elle
confessast le cas A quoy elle respondit Salomon nous enseigne faire
toutes choses par conseil parquoy je demande temps & induces pour
cercher aucun qui responde pour moy: car je suys une seulle femme a qui
n’est loy de procurer Si obtint ce qu’elle demanda & luy fut de brief
assigné jour pour retourner & comparoir devant l’assistance A doncques
vint humblement au Pape qui pour lors estoit & par singuliere devotion &
en grande effusion de larmes & amaritude de cueur se confessa de son
peché & devotement en demandoit graces a Dieu & telle penitance enjointe
que son ame ne fust perie. Lors le Pape la consola en luy remonstrant &
allegant la misericorde de nostre seigneur pour sa bonne devotion/ affin
qu’elle ne se desesperast dont l’exorta diligemment invocquer l’ayde de
la sacree vierge Marie qui la pourroit delivrer de tout mal en corps &
en ame & pource qu’elle avoit peu d’espace a respondre du cas dont ainsi
estoit accusee Congnoissant sa grande devotion lui chergea seulement de
dire ung pater noster & ave maria pour la penitance de tous ses pechés.
Puis au jour a elle ordonné retourna audit consistoire ou estoient
assemblez les princes senateurs aveques l’empereur & elle estant au
mellieu d’eulx pour respondre du cas/ fut dit a icelluy diable qui
estoit en forme de notaire que il fist accusation a l’encontre d’icelle
dame Lequel respondit qu’il ne congnoissoit aucun mal en elle comment
dist il en pourroye mal dire ou parler quant je voy Marie la mere de
Dieu estant avecques elle pour la garder de diffame Lors oiant parler ce
diable se signerent tous du signe de la croix parquoy incontinant se
disparut present tout l’auditoire & la noble dame demoura honoree de
l’empereur & de tous les princes senateurs qui y estoient en rendant
graces & louanges a la glorieuse vierge Marie qui ainsi preservent &
gardent ceulx qui ont bonne & entiere devotion a eulx & pource dames &
femmes d’honneur ayez tousjours parfaicte devotion a Dieu & a sa digne
mere pour vous garder de tout diffame & estre preservez de l’ennemy
d’enfer affin d’acquerir paradis.




La coiffe de honte de meffaire

Chapitre .xxi.


    Coiffer nous fault les cheveulx & la teste
    De ma maistresse pour son atour tenir
    Car s’il tomboit pas ne seroit honneste
    Ceste coiffe qui n’est pas deshonneste
    D’or & de soye sera pour soustenir
    Nom je luy donne pour le mieulx retenir
    Entre vertus vraye honte de meffaire
    Ce pensement peult beaucoup de biens faire

    Comme la coiffe est tissue & lassee
    Communement a façon d’une roitz
    Honte a des yeulx maint regard & visee
    En bon propos qui est bien advisee
    Pour corriger les faultes & desroys
    Autant en dis aux princes & aux Roys
    Qui honte n’a honneur ne peult nourrir
    Honte refraint maulx qui font mains perir

    Honte est la fleur des perles precieuses
    Honte soustient la dame a estre bonne
    Honte maintient les femmes vertueuses
    Honte reboute les oeuvres vicieuses
    Entre vertus & vices c’est la bonne
    Honte est le fruit que bonnes meurs flouronne
    Ou honte n’est honneur n’a jamais lieu
    Pensez y dames qui voulez servir Dieu

    Honte & vergongne c’est une mesme chose
    Et sont les filles d’honneur & de prudence
    Dessoubz icelles est enfermee la rose
    Que dangier tient enfermee & enclose
    Que homme n’y touche car ce seroit offense
    Toutes dames pour soy chascune y pense
    Car ce l’aymant y prenoit une entree
    Dictes a Dieu la bonne renommee

    Fuyons Venus qui honte met en chasse
    Fuyons oyseuse ou Venus se repaire
    Jamais meffait ne doit venir en place
    Qui n’a mesprins il peult lever la face
    Contre le ciel ou chacun se doit traire
    Pour parvenir a ce treshault affaire
    De nostre honneur tousjours fort decorer
    Il nous fault Dieu servir & honnorer

    Garder nous fault de toute esmotion
    Pour fouyr vice & d’autruy & de soy
    Qui ne se veult mettre en perdition
    L’escripture nous en fait mencion
    Et est ainsi ung article de foy
    Qui fait pecher autruy c’est contre loy
    Et vauldroit mieulx estre mains agreable
    Que d’encourir la peine pardurable


Exemple de honte de meffaire

Plusieurs fois a esté la cité de Jherusalem & la terre saincte conquise
& possedee par les Sarrazins sur les Crestiens & par les Crestiens sur
les Sarrazins & dont a present les infidelles possedent celle saincte &
digne terre/ au grant esclandre dommage & prejudice de nostre saincte
foy catholique. Et est ce meschief par les haynes vengeances &
malveillances des Roys & princes crestiens qui journellement guerroient
l’un a l’autre/ oubliant Dieu & son sainct service pour leur vindication
desordonnee A quoi Dieu vueille pourveoir par sa saincte misericorde. Et
a ce propos je treuve en ung livre qui se nomme Leteranus dit herati. Et
dit par ung acteur en maniere d’exemple qui vault bien d’estre ramenee a
memoire sur le point de honte de meffaire. Que a la seconde conqueste
que firent les payens de la saincte cité de Jherusalem par le souldan
prince & sourbarin de Perse/ que entre Jherusalem & Bethleem avoit ung
couvent de religieuses de l’ordre de saint Dominique moult devotes & de
saincte vie Et toutesfois en ce college avoit de moult belles dames & en
grant nombre. Et aprés plusieurs infidelles cruaultés executees par
ledit souldan & par les Sarrazins sur les Crestiens A celle poursuite &
prinse Et que sa conqueste estoit comme asseuree a son prouffit/ luy
plain de vices & de cruaultez acompaigné de gens de sa secte damnable
condition & perverse nature/ ouyt parler d’icelle religion & des belles
dames qui y estoient/ & se delibera en despit de nostre sainte foy de
destruire icelle abbaye violer & deshonorer les saintes religieuses &
les mettre a perdition & luy mesme en sa personne estre le chief de
celle viollence/ ung devot convers serviteur de l’abbesse par la grace
de nostre seigneur en fut adverty & courut dire a la maistresse la
conclusion prinse du souldan. La saincte dame appella ses religieuses &
leur fist ung sermon en leur remonstrant le peril ou elles estoient leur
reduisoit a memoire le veu de leur religion en leur disant moult
doulcement Mes filles en Dieu ayez cueur & couraige de bien garder
vostre virginité qui est la fleur & la rose qu’on ne peult recouvrer. Et
c’est pour dire mal sur mal agravement de peché exprés regret perpetuel
& crevement de cueur d’estre villainement ahontees du monde & aprés
dampnees & perdues perpetuellement leur priant doulcement de leur
declairer leur vouloir. Les bonnes religieuses toutes d’ung accord
respondirent nous aymons mieulx mourir que de porter la honte d’avoir
perdu nostre chasteté & corrompre le veu de nostre religion. Lors la
bonne abbesse fut moult resjouye d’entendre leur ferme & bon vouloir. Et
leur dist mes bonnes filles puis que vous avez si ferme crainte de Dieu
& honte de meffaire & que vostre veu est devant voz yeulx pour le tenir
& garder sainctement sans point varier Je vous prie que soyez toutes
fermes & deliberees de faire ce que je feray de ma personne. Et j’ay
espoir en Jesuchrist que sans mort recepvoir le tirant cruel vous
laissera en paix & en franchise de voz personnes/ ayez chascune ung
coustel tout prest en sa main & ensuyvez mon oeuvre & faictes ce que je
feray si gaignerons paradis Et lors toutes l’accorderent & le firent. Et
quant le souldan & ses gens aprocherent iceluy couvent & la religion/
les bonnes dames ouvrirent les portes & les huys & prestement l’abbesse
courageusement se coppa le nez. Et les aultres l’ensuirent
semblablement: & quant le tirant vit ceste grande constance: & qu’elles
aymoient mieulx estre deffigurees que porter la honte de meffaire & de
peché il s’en retourna tout confus & les laissa paisibles. Et veult on
dire que la terre sur quoy le sang d’iceulx nez couppez tumba portent
petis arbres & rameaux esquelz vient une graine dont on faict
patenostres qui ont figures & visages de nez coppez/ & certes j’en ay
veu de telles. Or doncques dames qui mon livre lisez sur toutes choses
ayez en memoire la noble coiffe/ de honte de meffaire et vous soviengne
des sainctes religieuses qui ne doubterent douleur angoisse ne a
deffigurer leurs faces pour saulver leurs ames & leurs honneurs qui est
le plus grant bien que nous povons avoir en ciel ne en terre. &c.




Les templettes de prudence

Chapitre .xxii.


    Or est coiffee ma dame debonnaire
    Si nous convient conduire son atour
    D’une templette ou n’aura que reffaire
    De couleur propre pour aux voyans mieulx plaire
    Sus le cerveau doit faire son sejour
    Nom de vertu fault qu’elle ait a son tour
    Dont ma maistresse puisse avoir relucence
    Pour ce luy donne le tiltre de prudence

    Prudence scet deviser terre & mer
    Et tient vers Dieu femme & homme paisible
    Prudence fait tout homme renommer
    Et des merveilles fait la chose possible
    Prudence fait amollir cueur terrible
    Si la mettons sur nostre entendement
    Se nous querons de vivre saigement

    Prudence fault a femme quoy qu’il couste
    De telz vertus doit dame estre paree
    Prudence n’est ne en bras ne en coulte
    Mais est au chief qui voit parle ou escoute
    Par la le cueur declaire sa pensee
    Se vous voulez donc bien estre aornee
    Ayez prudence pour estre vostre guyde
    Qui n’a prudence c’est ung cheval sans bride

    Le poete fainct prudence une sphere
    Ou les vertus preignent leur influence
    Boece aussi prudence bien compere
    A la geline qui garde comme mere
    Ses poussinetz de mal & de grevance
    Ainsi prudence soubz ses helles s’avance
    A mettre ensemble vertus & les garder
    Ma chere dame vueillez y regarder

    Ayons prudence se voulons parvenir
    En paradis ou sommes appellez
    Sans prudence nous n’y povons venir
    Si nous convient de tout vice abstenir
    Puis par vertu serons tous consolez
    Prudence paist les povres desolez
    En leurs donnant si bon sens & sçavoir
    Que l’ennemy ne les peut decevoir

    Ayons prudence qui va le droit chemin
    Fuyons cautelle ou vertus perdent lieu
    Qui bien voyage il est bon pelerin
    Eureux est cil qui vient a bonne fin
    Qui ne peut estre sans l’ayde de Dieu
    Prenez en gré mon desir humble & pieu
    Veu qu’on vous nomme princesse si parfaicte
    Que Dieu vous a de sa propre main faicte

    Soyons prudens pour seure voye eslire
    Soyons saiges sans estre forvoyez
    Soyons subtilz pour eviter le pire
    Soyons constans pour soy taire ou bien dire
    Vous tous & toutes qui ce livre lirez
    Par prudence tous voz faitz provoyez
    C’est la vertu qui voz faitz guidera
    Si saigement que l’on vous prisera


Exemple de prudence

Saluste descript & recite/ en ung pas de ses enseignemens que l’on ne
peut mieulx donner exemple pour estre bien incorporé & entendu que de
parler de semblable a semblable. Et pource madame que vous estes
princesse de haulte nativité je vous donneray exemple ceste fois de ma
dame saincte Wauldrut/ yssue de toutes pars de nobles & principales
maisons. Et treuve que du temps du roy Dangober Roy de France & filz de
Lotaire ung noble prince nommé Waubert homme moult renommé/ fut marié a
une noble dame de lignee royalle nommee Versilie. Lesquelz eurent une
fille qui fut ceste saincte madame Waudrut/ mais je me tairay a present
de ses seurs & de son lignage ou il y eut moult de sainctes personnes
hommes & femmes. Ceste dame saincte Waudrut fut par succession comtesse
de Haynault & fut mariee a ung noble prince nommé Maldegaire. Lesquelz
se gouvernerent si sainctement ensemble qu’on le dit saint & elle
saincte. Et fut depuis iceluy prince nommé Maldegaire Vincien/ pource
qu’il vainquit les vices & fonda ceste belle eglise de Sonnyes ou il est
encores haultement eslevé & honnoré & fait de grans & vertueux miracles.
Si retournerons a parler de ceste saincte princesse qui si vertueusement
se conduisoit avec son mary & en si grant prudence qui Dieu les a tous
deux appellez comme il apert. Ceste jeune princesse en ses jeunes jours
print la voye solitaire & contemplative en desprisant le monde par
grande prudence elle employa ses biens temporelz a nourrir les povres
creatures/ a ediffier & fonder eglises & par prudent regard considera la
grant noblesse qui est d’ancienneté heritee es païs de Haynault & que
plusieurs nobles hommes tous chargez d’enfans & sont en grant soin de
les entretenir & heriter: pourquoy par grant prudence mist provision
pour nobles femmes vertueusement elever ou service de Dieu & vivre de
ses biens. Et eut regard que du temps des Rommains combien qu’ilz
estoient payens les grans & les nobles faisoyent nourrir leurs filles es
temples & es lieux devotz pour avoir le renom d’estre vertueuse/ dont
souvent advenoit qu’elles estoient requises & mariees a leurs grans
honneurs & prouffitz. Aussi ceste vertueuse princesse fonda cloistres &
eglises ou sont nobles femmes nourries au service de nostre seigneur &
se pevent marier quant il leur plaist & qu’elles treuvent leurs parties/
car elles ne vouent que obedience seullement & servent nostre seigneur
reveremment & en obeissance de celle qui est leur chief & leur
pardessus/ & par la prudence de ceste saincte dame a l’entretenement &
soulagement de noblesse elle fist & ordonna sa fondation que nulle ne
doibt entrer ne estre receues es cloistres desdictes religions s’ilz ne
sont jeunes & en aage disciplinable nobles de quatre lignees & filles de
chevalier/ & les chanoynes pour servir l’office divin doivent estre
nobles ou graduez en science/ lesquelles choses sont encores observees/
& principallement en ce tressainct & honnorable cloistre de Mons en
Haynault ou gist & repose le tresdigne & saint corps de ceste noble
fonderesse ma dame sainte Wauldrut & j’ay veu & congneu tant de nobles
damoiselles servantes a nostre seigneur Jesus estre au lieu dessusdit
que je ne les sçay assez prisez & honorer en mon escript et la
congnoissance que j’ay eu d’elles & de leurs bonnes meurs me fait juger
qu’elles furent fondees de sainctes & devottes personnes & par la grace
de Dieu se sont honorablement maintenues & dont plusieurs ont estees
grandement mariees & autres sont demourees au service de Dieu selon la
voulenté de chascune haulte princesse en faveur de quoy j’ay ce present
volume & ses habillemens comprins de mettre en forme & en ordre &
pourtant toutes autres dames damoiselles & autres femmes & especialement
vous nobles damoiselles de cloistre servans & vivans de la fondation de
ceste saincte dame prenez la prudence de vivre de vostre fonderesse
ensuyvez ses meurs & sa vie vous gaignerez honneur & paradis.




Le chapperon de bonne esperance

Chapitre .xxiii.


    Pour donc parfaire de ma dame l’atour
    Convient avoir bon advis & regard
    L’ouvrier qui fait le comble d’une tour
    Quiert le moyen la praticque & le tour
    Pour la parer car on n’y a regard
    Ainsi me fault trouver moyen & art
    Que je parface mon oeuvre seullement
    Que ma maistresse en soit plus noblement

    Je vis atours de diverses manieres
    Porter aux dames pour les mieulx atourner
    L’atour devant & celuy en derriere
    Les haulx bonnetz coeuvrechifz a banieres
    Les haultes cornes pour dames triumpher
    Maintenant voy simples atours porter
    Qui bien me plaist se sont les chapperons
    Du temps present parquoy en parlerons

    Ces chapperons d’honneste contenance
    Des dames sont de velours ou satin
    Et les bourgeoises les ont par differance
    De beau drap noir ou rouge a leur plaisance
    Chascun estat n’est pas pareil en fin
    Dont ma maistresse que j’ayme de cueur fin
    Tel chapperon aurez presentement
    Ou toutes dames prendront amendement

    Le chapperon tient le chef en santé
    Et le garde de rume & de froidure
    La cervelle tient en prosperité
    L’entendement en bonne auctorité
    Et la memoire subtille par droicture
    Santé de chef demande couverture
    Car se le chef souffre quelque douleur
    Les autres membres n’en ont pas du meilleur

    Or nous convient pour donner congnoissance
    De la vertu que veult ce chapperon
    Nous luy donrons nom de bonne esperance
    Car il approche le chef & son essence
    Plus que autre habit clerement le voit on
    Dieu nous donna sur tous ce riche don
    Que nous avons au ciel le chief dressé
    La beste brutte a le sien abaissé

    Puis que Dieu donc tant de bonté nous fait
    Que nous tournons & les yeulx & la chere
    Tirant au ciel ou est le lieu parfaict
    De paradis qu’on acquiert par bien faict
    Par foy/ par loy/ par vertu/ par lumiere
    Nous devons bien celle grace avoir chere
    Et esperance avoir au createur
    Qui tant de biens nous depart & d’honneur

    Esperance porte l’eschelle & dresse
    Pour escheller le ciel & paradis
    Esperance nous conduist & adresse
    Pour parvenir a la haulte lyesse
    D’estre sauvez es bras du crucifix
    Sans esperance nous sommes desconfis
    Par l’ennemy qui tousjours nous argue
    Qui n’a espoir sa querelle est perdue

    Ayons en Dieu l’espoir du divin estre
    Esperons tous en la vierge sa mere
    Qui nous menra pour nous seoir a la dextre
    Du createur au grant jour qui doit estre
    Du jugement ou fault que tout appere
    Doulce sera la sentence ou amere
    Car par justice le juge jugera
    Lors viendra tart qui mercy requerra

    Bonne esperance se prent en bonne vie
    Et qui bien vit on le voit bien finir
    Car qui bien fine Dieu est de sa partie
    Qui Dieu acquiert il a gloire infinie
    Et jouyt l’ame du paradis sans per
    Soyons tous sages pour ce monde eschapper
    Qui dure peu & si est transitoire
    Si acquerons perpetuelle gloire


Exemple de bonne esperance

Affin de donner vraie exemple d’esperance bonne & entiere je ne treuve
meilleur ne plus autenticque de saincte Cecille laquelle fut Rommaine
nee & yssue des plus nobles citadins & habitans de Romme ceste bonne
Cecille dés son enfance estudia & apprint secrettement les pointz &
articles de la foy crestienne qui moult luy plaisoit & y print telle
devotion qu’elle portoit tousjours sur soy & contre sa poitrine la
sainte evangile sainct Jehan en escript & se mist si fermement en
esperance d’aller en paradis par tenir la loy crestienne qu’elle parloit
tousjours a toute heure de Dieu son passe temps estoit d’estre en
oraison & de prier devotement a Dieu nostre sauveur & redempteur
Jesucrist qu’il la gardast & maintint en foy en virginité & en honneste
vie dés sa plus jeune enfance elle jeunoit trois jours la sepmaine
Lesquelles choses elle faisoit secretement car encore n’estoit Romme
ferme en la foy de Jhesucrist & plus y avoit d’idolastres que de
crestiens & mesmes les gouverneurs & les principaux en offices d’icelles
cité Et pource estoit belle & riche de grans & puissans parens elle fut
tant pressee & requise qu’elle se accorda de soy marier a ung noble
jouvencel nommé Valerien/ mais tousjours avoit ferme esperence en la
grace de Dieu qu’il la garderoit en sa chaste virginité & le jour de ses
nopces vestue & habituee richement paree d’or & de piereries & aultres
habillemens nupciaux elle chantoit en son cueur sans ouvrir la bouche
louenges & requestes a Dieu qu’il ne la voulsist point souffrir maculler
ne defflourer mais la garder en sa pure virginité vouee Et en ce propos
& ferme esperance se coucha au lict nupcial preparé pour son mary & elle
auquel lit Valerien son espoux ne tarda gueres de venir & de soy coucher
Et quant ilz furent ensemble seul a seul lors moult humblement &
doulcement dist Cecille a son mary Mon amy & trescher espoulx je vous ay
a dire ung secret qui moult touche le bien de vous & de moy si vous me
voulés jurez & promettre que vous ne le revelerez a personne ce que
Valerien luy promist & jura de non jamais le reveler La saincte vierge
Cecille ayant ferme esperance en l’aide de Dieu pour maintenir son
virginal desir luy dist Mon amy j’ay ung ange de Dieu qui maine & garde
mon corps en ma virginité dont si perçoit que vous me aymez de nette
pure & chaste amour il vous aymera comme il faict moy mais aussi si
congnoist le contraire je doubte qu’il ne face aulcun desplaisir a
vostre personne dont il me desplairoit vous priant en l’honneur de Dieu
que me maintenés au desir de mon ange & de moy Lors Valerien receupt les
sainctes parolles de sa bonne espouse & par bonne maniere moiennant la
grace du benoist saint esprit qui creut la parolle de la vierge sainte
Cecille mais comme foy est difficile d’estre entendue legierement de
corps humain sans la grande grace de Dieu Le bon homme Valerien luy
requist qu’elle luy monstrast son ange affin de luy averer & monstrez
vraies ses parolles & doubta qu’elle n’eust autre entendement & qu’elle
ne fust abusee d’aulcun homme en lieu d’ung ange & pource le vouloit il
veoir Surquoy la sainte dame luy respondit se vous voulez croire en
Jesucrist & vous faire baptiser comme filz de Dieu & de son eglise vous
le pourrez veoir comme moy mais il ne se monstre point aux ydolatres ne
tenant la loy dannable & abusee que vous tenés Et tant prescha par
vraies remonstrances la saincte dame son mary qu’il se leva & s’alla
faire baptiser par saint Urbain lors Pape & tenant le sainct siege papal
de Romme & puis retourna a son espouse laquelle il trouva en sa chambre
devisant avec son ange qui tenoit en ses mains deux couronnes de roses &
de fleurs de lys desquelles il donna l’une a Valerien & l’autre a
saincte Cecille & leur dist a tous deux gardez bien ses deux couronnes
car je les ay aportees de paradis pour vous couronner de chaste
virginité & jamais ne perdront leur frescheur vigueur & odeur redolente
& ne pourra personne veoir s’il n’est chaste & vierge de corps & de
pensee & toy Valerien a cause que tu as usé de bon conseil & que tu t’es
fait crestien demande a Dieu ce que tu vouldras & il te sera octroyé
Surquoy Valerien voyant la resplendeur de l’ange luy respondit Je
remercie humblement mon createur Jesucrist & ne demande que sa grace &
la conversion de mon frere Thiburcien qui est deceu & abusé en sa loy &
trop plain de mondanité & sur ce ceste parolle & requeste prestement
entra Thiburcien qui mout s’esmerveilla de l’odeur qui sentit a l’entree
de la chambre ou ilz estoient & mesmes une odeur de roses dont il
n’estoit point la saison le bien viegnant fut grant entre eulx & les
remonstrances a luy faictes par les deux chastes & vierges mariez si
bien dictes par iceulx & aussi prise de la par de Thiburcien qui par
conclusion resolue Valerien mena iceluy Thiburcien son frere baptiser &
changea toutes ses condicions en amendement de vie & fut si adonné a
nostre seigneur qu’il parloit souvent aux saintz anges de Dieu &
recevoit doctrine d’eulx qui le confermoient en la foy de Jhesus les
.ii. freres furent devoz en aumosnes & ensepvelissoient les corps des
martirs moult bien ilz furent acusez au prevost de Romme nommé Almachius
lequel leur voulut faire adorer les ydolles ce qu’il refuserent en ferme
foy dont ilz receurent la couronne de martire car le tirant les fist
decoller & mourir Maximus qui estoit payen garde des prisons les avoit
gardez prisonniers certiffia qui vit porter les anges leurs ames en
paradis & de ce se convertist Maximus & plusieurs autres en grant nombre
sainte Cecille enterra & ensepvelit les deux sains corps & fait on d’eux
memoire & feste avec les martirs le .xiiii. jour d’avril Almachius le
tirant pour avoir les biens de Valerien & de son frere fist prendre
sainte Cecille & luy voullut faire adorer les ydolles ce qu’elle refusa
comme plaine de ferme esperance de son salut Le tirant la fist entrer en
ung bain bouillant & ardant qui riens ne l’empira & quant il vit qu’elle
ne mourroit point mais vivoit tousjours en nostre seigneur & preschoyt
la foy catholicque/ il la fist en ce bain decoller & martirer & faillit
le boureau troys foiz de luy couper la teste & demora le col demi coupé
troys jours & elle estoyt en vie par l’esperance qu’elle avoit en
Jhesucrist & tousjours parloit preschoit & confortoit le peuple crestien
Et requist que sa maison fust desdiee pour le service de Dieu Et ainsi
morut martire saincte Cecille qui ne fust pas frustree de son esperance
car elle est saulvee saincte & canonisee Parquoy mes dames qui lysez mon
epistre suyvés le train de saincte Cecille & demourez fermes en bonne
esperance car nostre saulveur Jesuchrist est racheteur de nous par
verité & non pas abuseur ne decepveur en ses parolles & promesses.




Les paillettes de richesse de cueur

Chapitre .xxiiii.


    Ce chapperon pour embelir ses gestes
    Nous fault parer selon le temps qui court
    D’affiquetz d’or/ de chaines/ de paillettes
    Pour embellir & estre joliettes
    C’est la maniere maintenant de la court
    Aprés les grandes chascune va & court
    Soit en habit ou de chef ou de corps
    A qui mieulx mieulx & par communs accors

    Tout est bien fait riens ne vueil contredire
    Mais que vertu ne soit pas delaissee
    Dont une fault sur ce point cy eslire
    Si dignement qu’on ne puisse mesdire
    En fournissant nostre oeuvre commencee
    Ceste richesse sera bien advancee
    Entre vertus par richesse de cueur
    C’est ung tresor contre toute langueur

    La richesse qui plus le cueur conforte
    Le resjouyt & le tient en plaisance
    C’est quant bon los acquiert & porte
    Et qu’elle est franche de cueur & bonne sorte
    Ceste richesse passe toute chevance
    Et puis quant l’ame se sent en sa balance
    Quicte de vices & de pechez maulditz
    C’est la richesse pour le cueur que je dis

    Riche est le cueur tout plaisant & joyeulx
    Quant il se sent sans reproche & sans tache
    Et par contraire tout povre & langoureux
    Sentir en soy ung meffait dangereux
    C’est ung regret qui grant douleur atache
    L’ame & le cueur affin que chascun sache
    Doivent estre gardez si nettement
    Que tout joyeux en soit le pensement

    C’est tout soulas que d’avoir le cueur munde
    Ou il n’y ait que franche loyaulté
    Et n’est plaisir si joyeux en ce monde
    Car la dedans toute richesse habonde
    Joye & honneur plain de felicité
    Ung franc cueur net ne craint adversité
    Riche de cueur vault trop plus que tout or
    Au monde n’est si sumptueux tresor

    Fuyons meffait ayons saine pensee
    Gardons l’honneur s’on veult que le cueur rye
    Faisons les oeuvres dont l’ame soit saulvee
    Ce sont moyens d’avoir longue duree
    Le droit meurdrier c’est la melencolie
    Chascune dame qui ce livre estudie
    Jugez se j’ayme ma dame loyaulment
    En luy donnant loyal enseignement


Exemple de richesse de cueur

Anthoine Florentin en sa cronique fait & recite une specialle hystoire
de saincte Katherine de Seines de laquelle j’entens lustrer & embellir
mon oeuvre en ce present exemple de richesse de cueur/ pour les grans
graces que Dieu fist a icelle saincte vierge par les vertus qu’il trouva
en elle. Ceste devote saincte Katherine fut nee en la cité de Seines
l’an mil quatre cens quarante sept & ne vesquit en ce monde que trente &
trois ans & fut canonizee par pape Pye l’an mil quatre cens soixante &
unze. Et disoit iceluy pape estre descendu de sa lignee combien qu’elle
fust fille d’ung tainturier/ mais honnestes gens pere & mere & de bonnes
meurs En l’aage de cinq ans ceste Katherine eut une vision ou amonicion
ou elle se arresta & desira d’entrer en la tierce ordre de sainct
Dominique ce qu’elle voua avecques virginité perpetuelle. Et fut dés ce
temps toute donnee a Dieu & en son saint service ou elle continua
devotement & plus venoit avant en aage & plus estoit ferme & fervente en
l’amour de nostre seigneur Jesuchrist & de sa saincte vierge mere A
douze ans on la voulut marier/ ce qu’elle reffusa/ elle coppa ses
cheveulx osta toutes pompes mondaines & monstra evidemment son desir &
sa bonne devotion & par ceste declaration on la laissa paisible de
marier/ & fut receue & vestue en la tierce ordre de sainct Dominique
comme elle desiroit/ & elle fist de grandes devotions en soy abtinant de
non manger par plusieurs jours fors le precieux corps de nostre seigneur
Jesucrist. Et est approuvé que quant son confesseur luy reffusoit de luy
bailler le sacrement pource qu’il vouloit qu’elle mangeast & beust comme
les autres/ toutesfois advint par plusieurs fois que partie de l’hostie
que tenoit le prestre se brisoit & aloit en la bouche de ceste saincte
vierge Katherine Moult de graces fist nostre seigneur a ceste saincte
dame. Et une fois luy vint en vision qu’elle espousoit nostre seigneur
Jesucrist pour mary. Et que la vierge Marie conduisoit ce mariage/ ou
furent presens sainct Jehan/ saint Dominique & David qui jouoit de la
herpe a ceste noble solempnité. Et luy sembloit en ceste vision que
nostre seigneur son espoux luy mist au doy ung anel garny d’ung riche
dyamant en confermant son mariage. Et quant elle fut hors de son songe
ou meditation elle trouva l’anel & le dyamant en son doy qu’elle porta
toute sa vie Et de ce sainct & amoureux mariage elle vint en si grande
perfection envers nostre seigneur & en saincte devotion qu’elle ne
retint riens d’elle ne de sa voulenté/ mais se mist toute en nostre
seigneur Jesuchrist & luy pria devotement qui luy ostast le cueur le
vouloir & la pensee qu’elle le peust agreablement servir & a son bon
plaisir/ nostre seigneur voyant le bon zelle pour la recompenser de son
present & requeste donna a ceste saincte femme miraculeusement son
propre cueur & l’enrichit de la plus grant richesse de cueur que
creature peust avoir comme d’avoir en eschange du sien le propre cueur
de son createur & luy faire son noble eschange. Et n’est pas merveille
se en recepvant ce sainct don elle fut entierement confermee en toute
grace de vertus. Et pource mes dames que saincte Katherine de Seines
mist son cueur en Jesucrist & luy donna/ Jesucrist aussi reallement mist
son cueur en elle & luy en fist present Et croy que je ne sçaroye
alleguer plus grande richesse de cueur que de celle qui fut digne
d’avoir le cueur du createur & saulveur du monde par querir les vertus &
fuyr les vices & pechez/ dont richement est colloquee au benoist
royaulme des cieulx.




Le signet & les anneaulx de noblesse

Chapitre .xxv.


    Or reste encores a ma dame ung signet
    D’or de ducas & de façon jolye
    A demy rond esmailé pur & net
    Dessus lequel pourra estre pourtrait
    Pour tout devis son blason d’armoyrie
    Et deux anneaulx de belle pierrerie
    D’ung escharboucle & saphir de richesse
    Que je diray les anneaulx de noblesse

    Il fait bon veoir a femme belles mains
    Bien aorneez belles & refulgentes
    D’honnestes bagues plaisantes aux humains
    Pour leurs vertus ou sinon c’est du mains
    Car autrement ne sont vers Dieu plaisantes
    Et pource doncques les mains belles & gentes
    Fault acoustrer & parer de vertus
    Les bonnes dames en ont les cueurs vestus

    En ce signet ou sera le blason
    Est designé de noblesse l’estat
    Si vous diray selon Dieu & raison
    Comment noblesse est tout temps & saison
    A droit congnue & perceue tout a plat
    Noblesse prent es vertus son esbat
    Qui la demonstre en toute compaignie
    Mais villain est qui fait la vilennie

    D’autant que l’or est metal precieux
    Sur tous les autres par singularité
    Si est noblesse quant par faitz vertueux
    Elle degecte tous pechez vicieux
    Car c’est ou gist vraye nobilité
    On voit plusieurs en grande auctorité
    Nobles de non/ mais grans blasphemateurs
    Telz de noblesse ne sont que usurpateurs

    L’escharboucle est pierre tresprecieuse
    Qui resplendit & rend clarté de nuyt
    Aussi ma dame par estre vertueuse
    Rendrés clarté a chascun fructueuse
    Car sans doubter vertu par tout reluyt
    Si fait noblesse mais sans les vertus nuit
    Je le vous dy & vous l’entendez bien
    Qui n’a vertu en ce monde il n’a rien

    Le saphir est une pierre azuree
    Belle & propice a porter en ses dois
    Et qui preserve une dame asseuree
    Sans peur ne doubte pour estre bien paree
    Le saphir est pour grans princes & Roys
    Si le vous donne & fais ce que je doibs
    Car je congnois vraye noblesse en vous
    Jesus la donne a toutes & a tous

    Par ces anneaulx sont les dois reliez
    Comme vertus doivent estre en chacun
    Tous nobles cueurs sont joyeulx & lyez
    Quant par vertus se sentent raliez
    Il n’est tel don en secret ou commun
    Or donc ma dame prenez temps opportun
    A maintenir vostre haulte noblesse
    Et gardez bien que pechié ne la blesse

    A tant vous laisse de vertus aornee
    Ou bien sçavez faire vostre devoir
    De noble lieu estes yssue & nee
    Parquoy vous ay noblement ordonnee
    Sans espargner or argent ne avoir
    Vueillez le donc en bon gré recevoir
    Pour le salut du cueur & de vostre ame
    C’est grant plaisir de servir noble dame


Exemple de noblesse

Aprés que j’ay leu & revolué plusieurs fueilletz pour donner & descripre
exemple de entiere noblesse Je n’ay point trouvé plus propre ou digne de
memoire que la tresilustre tresvertueuse & tresnoble royne de France la
bonne mere du trescrestien & glorieux roy monseigneur sainct Loys Le
filz du roy Loys quatriesme. Lequel combatit & debela plusieurs
heretiques & expella leurs heresies des pays d’albigeoys & conté de
Thoulouse Et puis aprés en retournant au pays de France trespassa
devotement en nostre seigneur Ceste noble dame selon les cronicques &
francigenes histoires fut fille du roy de Castille & laquelle aprés le
trespas de son dit feu mary Roy de France eut en regime & gouvernement
Le bon Roy sainct Loys son filz estant en l’aage de douze ans Lequel
elle eut en si souveraine garde & recommandation pour l’introduire es
saintz commandemens de Dieu qu’elle l’endoctrina diligemment en toutes
bonnes & devotes meurs par le conseil des reverens maistres & religieux
docteurs de l’ordre des freres prescheurs & aussi des freres mineurs &
tellement qui fut tressouffisamment aprins en sainctes lettres & devotes
meurs & comme l’autre Salomon estoit saige & ingenieux tout plain de
prudence & justice par la grant solicitude de la bonne Royne Blanche sa
mere Laquelle toute vertueuse & plaine de noblesse de cueur &
s’esjouissant de sa saincteté disoit ainsi a iceluy son propre filz le
bon Roy sainct Loys Mon trescher filz disoit elle j’aymeroye mieux te
veoir plus tost mourir de mort corporelle que de te veoir offenser ton
createur par peché mortel Lesquelles parolles fermoit bien devotement en
son cueur le bon Roy sainct Loys & telement qu’il n’a point offensé Dieu
son createur par pechié mortel Mais a excercé toutes oeuvres de
misericorde par l’exortation de sa noble mere/ car il avoit tous les
jours ordinairement les povres pour boire & menger avecques luy a sa
propre table & jusques a la mort corporelle c’est tousjours employee au
service de nostre seigneur Jesucrist en s’exposant pour son saint nom a
conquester la sainte terre de Jherusalem la ou il souffrit grandement
dont il a acquis paradis comme on peult amplement veoir par sa cronicque
& saincte legende Et pource mes dames plaise vous avoir en devote
recordation La vertueuse noblesse de cueur de la bonne royne Blanche la
mere du Roy sainct Loys laquelle avoit l’entiere & parfaicte noblesse
des vertus au cueur & vous aurés La gloire eternelle.




Le miroer d’entendement par la mort

Chapitre .xxvi.


    Or est madame bien paree & vestue
    De noble abit & de riche parures
    Si est raison que en cas esvertue
    Qu’elle puist venir que tout soit en value
    Se tout est bien en atour & vesture
    Ce darrier point nous fera les clostures
    Des beaulx habitz dont l’ay voulu provoir
    Pource luy donne a la fin ung miroer

    Se miroer si sera d’entendement
    Tout composé illustre & bien bruny
    La peult ma dame veoir tout entierement
    Ou est le beau/ le lait semblablement
    Ou est bonté & ou sens a failly
    Se l’honneur croist ou s’il est amendry
    Se l’ame est nette ou s’elle est empeschee
    Ce miroer si monstre tout de visee

    Pour deux raisons se doit dame mirer
    L’une en la face l’autre en la conscience
    Se faulte y a affin de l’amender
    L’ung par clere eaue l’autre par confesser
    Sans fiction & sans oultrecuidance
    La face nette juge bonne apparence
    Le cueur contrit monstre a Dieu equitté
    Recongnoissant sa divine bonté

    Mirez vous si cueur en tout bien apris
    Roynes/ duchesses/ contesses/ & marquises
    Mirez vous si princesses de grant pris
    Lever vouz cueurs ouvrez vos esperitz
    Toutes femmes soient jeunes ou grises
    Entendement monstrera ses maistrises
    Par luy verrés a vous bien remirer
    Que la beaulté ne peult gueres durer

    Comme la rose en may fresche & vermeille
    A en ung jour sa grant frescheur passee
    Ceste beaulté qu’on dit la non pareille
    Par une fievre qui vous point & traveille
    Las pensez bien qu’elle est tantost changee
    Et qui pis est c’elle est continuee
    Ce noble corps la mort le met a fin
    Que l’on jugeoit ainsi comme divin

    Ses doux regars ses yeulx faiz pour plaisance
    Pensez y bien il perdront leur clarté
    Nez & sourcilz la bouche d’eloquence
    Si pourriront & sera desplaisance
    Mesmes a celuy qui vous ayme en charité
    Toutes vives perdrés vostre beaulté
    Et quant la mort en fait le departir
    Qui plus vous ayme plus tost s’en veult partir

    Col et forcelle qui est blanche & pollye
    Ses mains ses bras qui font les acollees
    Mesmes la langue quoy que les beaulx motz die
    Se noble cueur ou chascune estudie
    Pour le gaigner en faitz ou en pensees
    Se tresbeau corps dont dames sont louees
    Tout pourrira & notez bien ces vers
    Et la par mort toutes mengees de vers

    Se vous vivés le droit cours de nature
    Dont soixante ans est pour ung bien grant nombre
    Vostre beaulté changera en laidure
    Vostre santé en maladie tresdure
    Et ne serés en ce monde que encombre
    Se fille avez vous luy ferez ung umbre
    Celle sera requise & demandee
    Et de chascun la mere habandonnee


Exemple du miroer d’entendement par la mort

    Qu’est devenue l’emperiere de Romme
    Dame Elienor fille de Portugal
    Qui des vertus eut sans nombre & sans somme
    La mort l’a pris qui tout fiert & assomme
    En ces beaulx jours comme ung petit vassal
    Mirés vous cy cest cas especial
    Entendement vous monstre par mirer
    Que de la mort ne povez respirer

    Qu’est devenue ma dame la Dauphine
    Fille d’Escosse triumphante & pompeuse
    Qui de France devoit estre la Royne
    Sans espargnez non plus que une meschine
    La mort l’a prinse par oeuvre rigoureuse
    Mirez vous cy ne soyez oublieuse
    Et vous souviengne que la mort est rebelle
    Et qu’el n’espargne la laide ne la belle

    Qu’est devenue ma dame de Callabre
    De Bourbon fille duchesse tant louee
    La mort l’a mise aussi froide que marbre
    En ung cercueil comme on feroit d’ung arbre
    Dedans la terre pourrir sans relevee
    Mirez vous cy attendans la journee
    Que vous serez comme les autres mise
    Car a la mort n’avez point de franchise

    Qu’est devenue de Ravastin la dame
    Fille du duc de Choymbre tant noble
    Qu’elle fut nee de Roys & de Royaulme
    De grant vertus chacun luy donne fame
    Son renom va jusques en Constantinoble
    La mort l’a prinse ainsi que une non noble
    Et fait pourrir au plus beau de ses jours
    Mirez vous cy n’attendez nulz secours

    Qu’est devenue la princesse d’Orenges
    Tant renommee seur du duc de Brethaigne
    La mort qui tient en ce monde ces changes
    Ne l’espargna non plus que les estranges
    Mais la pourrist & en telz faitz se baigne
    Tousjours occit par mont & par champaigne
    Mirez vous cy vous aurez vostre tour
    Et entrerez en ce val sans retour

    Qu’est devenue cy la Royne d’Escosse
    Fille de Gueldres tant gorriere & mondaine
    La mort l’a prinse & mise en une fosse
    Dont les vers ont mengez chair & escorce
    Et est en pouldre la dame treshaultaine
    Mirez vous cy car c’est chose certaine
    Qu’il vous convient passer le dur passage
    Qui ne le croit je dis qu’il n’est pas sage

    Qu’est devenue celle qui de Naverre
    Fut princesse fille du duc de Cleves
    Plus belle ne failloit ailleurs querre
    La mort l’a prinse en sa mortelle guerre
    Et fait pourrir corps bras gembes & greves
    Mirez vous cy car riens n’y vallent treves
    Mourir convient c’est nostre destinee
    Soit laide ou belle soit estrange ou privee

    Qu’est devenue madame de Savoye
    Fille de Chippre qui tant fist a louer
    Plus belle d’elle alleguer ne sçaroye
    La mort la print & emmena sa voye
    Comme la mendre dont on pourroit parler
    Mirez vous cy en ce point fait a noter
    Toutes moururent aussi toutes mourront
    Et vous yrés le chemin qu’elles vont

    Qu’est devenue ma dame d’Orleans
    Si tresgorriere yssue de Bourgongne
    Qui triumphoit en pompes & en biens
    La mort l’a prinse & mise en ses lyens
    C’est son delict et ce dont elle songne
    Mirez vous cy & n’en ayez vergongne
    Tous fault mourir sans longue demouree
    Et ne sçavons le temps ne la journee

    Qu’est devenue la Royne de Castille
    Sy triumphante de Portugal yssue
    Plus belle n’eut entre noble ou civile
    La mort l’a prinse comme une povre fille
    Et fait pourrir en la terre pollue
    Mirez vous cy ce cas est de value
    La mort nous suyt tousjours sans arrester
    Et ne povons de ses mains eviter

    Qu’est devenue la contesse tant bonne
    De Charroloys fille au duc de Bourbon
    Plus vertueuse par escript ne se donne
    La mort l’a prinse qui tout rompt & estonne
    Et mise en cendre sans respit ne rançon
    Mirez vous cy voyez ceste leçon
    Car de la mort nulle n’eschappera
    Tresor avoir ne parens n’y vauldra

    Qu’est devenue la feue Royne de France
    De Savoye fille noble dame Charlote
    Puissant de corps de moult belle apparence
    La mort l’a prinse de fait & de puissance
    Et fait mourir ainsi que une pelote
    Mirez vous cy car compter fault a l’hoste
    Toutes estes d’une mesme nature
    Toutes mourrés pour vray sans adventures

    Qu’est devenue madame Claucestre
    Fille d’Iorc seur au Roy d’Angleterre
    Doulce plaisant de beau maintien & estre
    La mort l’a prinse pour Atropos repaistre
    La deesse qui nous rent a la terre
    Mirez vous cy nottez bien ceste guerre
    Qui commança a Eve la premiere
    Et durera jusque a la derniere

    Qu’est devenue ceste grande heritiere
    De Bourgongne qui fut Archeduchesse
    Bonne de faitz honneste de maniere
    De ses subgectz si agreante & chere
    Qu’oncques ne fut de plus aymee princesse
    La mort l’a prise en sa belle jeunesse
    Mirez vous cy elle a payé sa rente
    Et vous aprés irés la mesme sente

    A tant se taisent mes allegations
    Pour mettre fin a ceste mon emprinse
    Entendement monstre par grans raisons
    Que soy mirer en toutes les saisons
    N’est pas chose qui ne soit bonne aprise
    A bien mirer le saige peu ce prise
    La vie est courte & la beaulté peu dure
    Qui trop s’i fye il n’a de raison cure

    Pource mes dames qui lisez ce ditter
    Le bien soit prins le mal en non chaloir
    Pour l’amour d’une que mon cueur a plus cher
    J’ay prins la peine de ce livre traicter
    Dont toutes autres en pourront mieulx valoir
    Je doncq La Marche meu d’aulcun bon vouloir
    Querant vertus & reboutant les blasmes
    L’ay baptisé le parement des dames

    Si prens congé des dames humblement
    Et a chascune d’elle me recommande
    Mon service je l’ay fait loyaulment
    De cueur de corps de sens d’entendement
    Se faulte y a je offre que je l’amende
    Le temps me monstre qu’il fault que je me rende
    Puis que ainsi est je me rens & me donne
    A Jhesucrist qui les pechez pardonne.


Cy finist le parement & triumphe des dames d’honneur Nouvellement
imprimé A Paris par la veufve feu Jehan Trepperel et Jehan Jehannot/
demourans en la rue neufve nostre dame a l’enseigne de l’escu de France
& rimprimé a Lille en Flandre par Six-Horemans imprimeur Pour Baillieu
libraire tenant sa bouticque sur le quay des grands augustins a Paris le
.x. jour d’avril mil huict cent .lxx.




[Illustration]




Bibliotheque gothique


En vente

    Miracle de Sainct Nicolas
    Chansons nouvellement composees
    Le Grand Testament Villon
    Le Parement et triumphes des Dames


Sous presse

    Le Catholicon des mal advisez
    La Farce de maistre Pathelin




NOTE DU TRANSCRIPTEUR


Nous transcrivons la réédition en 1870, en caractères gothiques, d’un
original imprimé vers 1520 chez la veuve Trepperel et Jehan Jehannot à
l’enseigne de l’écu de France. La comparaison avec une édition à la même
enseigne, et portant des gravures semblables (sans affirmer que celle-ci
soit la source de la réédition) révèle que la réédition conserve
l’orthographe de l’original, en ajoutant cependant des majuscules à la
plupart des noms propres, contrairement à l’usage du seizième siècle (et
à l’édition consultée).

Pour le confort de lecture, on a résolu les abréviations par signes
conventionnels, distingué les lettres i/j/u/v/w selon l’usage, et
introduit cédilles, accents et apostrophes. Ce faisant, on a déplacé la
majuscule après l’apostrophe (seizième siècle: “dorleans”; édition 1870:
“Dorleans”; notre transcription: “d’Orleans”).





*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PAREMENT ET TRIUMPHE DES DAMES ***


    

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        payments should be clearly marked as such and sent to the Project
        Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
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1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
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are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
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forth in Section 3 below.

1.F.

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with your written explanation. The person or entity that provided you
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without further opportunities to fix the problem.

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violates the law of the state applicable to this agreement, the
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unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
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accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
production, promotion and distribution of Project Gutenberg™
electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg

Project Gutenberg is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg’s
goals and ensuring that the Project Gutenberg collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.

Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state’s laws.

The Foundation’s business office is located at 41 Watchung Plaza #516,
Montclair NJ 07042, USA, +1 (862) 621-9288. Email contact links and up
to date contact information can be found at the Foundation’s website
and official page at www.gutenberg.org/contact

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread
public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
visit www.gutenberg.org/donate.

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate.

Section 5. General Information About Project Gutenberg electronic works

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

Most people start at our website which has the main PG search
facility: www.gutenberg.org.

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Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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