L'homme à la moustache verte

By Tristan Bernard

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Title: L'homme à la moustache verte

Author: Tristan Bernard


        
Release date: March 16, 2026 [eBook #78223]

Language: French

Original publication: Paris: Ernest Flammarion, 1922

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Credits: Laurent Vogel (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))


*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'HOMME À LA MOUSTACHE VERTE ***




  “LES HISTOIRES DRÔLES”

  TRISTAN BERNARD

  L’HOMME
  A LA MOUSTACHE
  VERTE


  PARIS
  ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR
  12, RUE RACINE, 25

  Droits de traduction, d’adaptation et de reproduction réservés
  pour tous les pays




[Illustration]




L’HOMME A LA MOUSTACHE VERTE


I

Le petit Alcée est âgé de dix ans. Il jouit d’un excellent renom dans le
voisinage, parce qu’il est gentil, tranquille, avenant, et surtout à
cause de son joli visage et de ses fins cheveux blonds, qui le font
ressembler à un jeune séraphin de chez le bon Dieu, détaché à l’école
des garçons de la rue de Poissy.

Le petit Alcée est l’unique enfant d’un bon vieux marchand de couleurs
alsacien, M. Auguste Aufmerksam. M. et Mme Aufmerksam adorent Alcée et,
chaque année, au 24 décembre, c’est une joie pour eux de courir les
bazars et les librairies, afin de faire revivre, le lendemain matin, la
légende du petit Noël, que le petit Alcée écoute encore avec ses yeux
ingénus, et une charmante crédulité que n’a pu entamer encore l’impiété
commandée des instituteurs primaires.

Cette année, durant que Mme Aufmerksam gardait le magasin de couleurs,
papa avait fait une bonne expédition dans Paris et revenait chargé de
colis précieux:

Une petite forge électrique,

Une réduction de machine à écraser les cailloux, qui marchait par l’air
comprimé,

Et deux beaux livres reliés en percaline, nouveautés de l’année: _Voyage
de deux enfants bretons à travers l’Ukraine_, et _Les Petits Fabricants
de fonte émaillée_.

Le soir venu, on conduit le petit Alcée à sa chambre. Il embrasse son
papa et sa maman.

--C’est ce soir, pas? p’pa! que vient le petit Noël?

Papa regarde maman...

Hum! Viendra-t-il? Le petit Alcée a-t-il été gentil ce mois-ci? Enfin,
on verra ça demain.


II

Une heure plus tard, une ombre discrète, comme feu Tapinois lui-même,
entre doucement dans la chambre. Qui soulève la plaque de la cheminée?
Mystère!

Le petit Alcée dort paisiblement. Papa, car c’était peut-être bien lui,
sort de la chambre. Puis on entend du bruit à côté. C’est papa et maman
qui se couchent. Le bruit cesse, Papa et maman dorment.


III

Alors Alcée se lève à pas de loup, allume sa bougie, va jusqu’à la
cheminée, soulève la plaque. Il fait un inventaire rapide.

--Les deux bouquins? J’en aurai quarante sous pièce, au Passage.

«La forge électrique, ça vaut un louis. J’en aurai facilement quatre
francs en cette saison-ci. La machine à air comprimé, deux francs.

«Total: dix francs. Octavie II doit se balader dans le grand steeple de
Pau. Je la ferai jouer à l’Agence par le petit garçon du bar. Ça
rapportera facilement dans les 5 ou 6.»

Ce méditant, il prend les jouets et les livres, et va les cacher dans un
placard, au fond d’un panier à linge sale. Comme la blanchisseuse n’est
pas venue depuis cinq jours, il y a beaucoup de linge sale par-dessus.

Avant de se mettre au lit, Alcée bourre une petite pipe, et s’endort
après quelques bonnes bouffées de caporal supérieur.


IV

Le lendemain, quand papa et maman entrèrent dans la chambre, un
spectacle terrible s’offrit à leurs yeux.

Alcée était étendu tout raide sur son lit, les paupières largement
ouvertes, la bouche contractée...

«Papa! Maman! Il s’est passé une chose épouvantable.

«Figurez-vous qu’un grand homme noir, avec une moustache verte, est venu
dans la cheminée. Je l’ai vu, car la plaque s’est soulevée toute seule!
Il avait des yeux qui lançaient des flammes! Il a pris toutes sortes de
choses et a disparu tout à coup!»

M. et Mme Aufmerksam courent à la cheminée. Plus de jouets, plus de
livres! Rien que les deux petits souliers!

Une odeur de fumée, peut-être de pipe, se perçoit dans la chambre.

Le petit Alcée était surtout navré d’avoir perdu ses jouets, Son père
lui donne pour le consoler un beau louis d’or. Ce louis, joint au
produit de la vente, lui permit de miser trente francs sur Octavie II,
dans le steeple de Pau.


V

D’ailleurs, Octavie II n’arriva pas, car le mensonge et la désobéissance
sont toujours punis...

Mais l’histoire de l’homme à la moustache verte, propagée avec effroi
par M. et Mme Aufmerksam, fait la terreur de tous les parents du
quartier Saint-Victor.




HISTOIRE DE DEUX FRÈRES SIAMOIS


Vous avez tous appris par cœur cette fable de La Fontaine, où un
vieillard, à son lit de mort, conseille à ses enfants de rester unis,
s’ils tiennent à prospérer dans la vie.

A qui cette recommandation peut-elle mieux s’adresser qu’à deux frères
siamois, qui, tant qu’ils sont unis, peuvent se faire jusqu’à cent
cinquante francs par jour dans un cirque, alors que s’ils s’avisaient de
se séparer, ils gagneraient péniblement chacun cent sous par jour, à
écrire des adresses de prospectus?

J’ai connu, à Londres, deux de ces jumeaux unis, appelés communément
frères siamois et dénommés scientifiquement xiphopages. Edward-Edmund
avaient une fortune assez considérable, qui les dispensait de s’exhiber
comme phénomènes.

Edward était né à Manchester, il y a vingt-cinq ans.

Edmund était né également à Manchester, vers la même époque.

Ils se ressemblaient dans leur adolescence d’une façon extraordinaire. A
tel point que les personnes qui ne connaissaient pas leur droite de leur
gauche n’arrivaient pas à les distinguer.

Pourtant, avec l’âge, des différences morales assez profondes
s’accusèrent entre eux. Edward avait des goûts sévères et studieux,
Edmund des instincts populaciers. Ce dernier ne se plaisait que dans la
société des voyous et des buveurs. Le malheureux Edward, son livre
d’étude à la main, était obligé de suivre Edmund dans les tavernes et
dans les bouges. Et quand Edmund rentrait saoul au logis, Edward, le
rouge au front, était obligé de zigzaguer avec lui, pour ne pas se faire
de mal à leur membrane.

Edward devint un érudit distingué. Mais on ne put l’inviter longtemps
aux banquets des Sociétés savantes, où le crapuleux Edmund, dès le
potage, commençait tout de suite à raconter de ces histoires obscènes
que les gens convenables réservent d’ordinaire pour la fin du repas.

L’année dernière, Edward demanda la main d’une belle et riche jeune
fille. Le mariage eut lieu en grande pompe. On fut bien forcé d’inviter
Edmund, qui se tint d’ailleurs assez bien pendant la cérémonie. Il
semblait que sa belle-sœur lui en imposât un peu. Dans le cortège
nuptial la femme d’Edward, Edward lui-même, Edmund et sa demoiselle
d’honneur s’avancèrent, tous quatre sur un rang, au milieu de
l’admiration générale.

Edmund, le soir du mariage, fut très convenable et très discret. Il
s’endormit le premier, et fit semblant, le lendemain matin, de se
réveiller très tard. Pendant la lune de miel de son frère, il s’adonna
moins à la boisson, surveilla ses paroles et s’habilla proprement,
puisqu’il sortait avec une dame.

La jeune femme--ai-je dit qu’elle s’appelait Cecily?--exerçait sur
Edmund une grande influence... Au bout de quelque temps, il advint ce
qui arrive bien souvent quand on introduit un célibataire dans un
ménage. Des relations coupables s’établirent entre Cecily et le perfide
Edmund.

Pendant six mois, Edward ne s’aperçut de rien.

Mais tout finit par se savoir.

Edward trouva des lettres dans un tiroir mal fermé, et apprit d’une
façon irrécusable que sa femme et son frère le trahissaient tous les
jours.

Quel parti lui restait-il à prendre?

Se battre en duel avec Edmund, ce n’était guère conforme aux usages
anglais. Il craignit aussi les discussions chinoises des témoins. Le
duel au pistolet, à vingt-cinq pas, n’était guère possible, non plus que
le duel à l’épée, avec l’interdiction habituelle des corps à corps.

D’ailleurs, qu’arriverait-il s’il tuait son frère? Pourrait-il continuer
l’existence commune avec sa femme? Toujours ce cadavre entre eux deux!

Il fit venir Cecily:

--A partir de ce jour, dit-il, vous ne profanerez plus le domicile
conjugal. Partez.

--Bien, dit-elle.

--Bien, dit Edmund. Je l’accompagne.

Le mari fut obligé de les suivre.

Edmund installa Cecily dans un appartement confortable. Et, comme tout
finit par s’arranger chez les xiphopages, ils vécurent tous trois très
heureux.




LE TALISMAN


I

Quand le voyageur, venant de la place Saint-Augustin débouche de la rue
de la Pépinière, il trouve sur sa gauche un imposant monument, qui n’est
autre que la gare Saint-Lazare, et qui se trouve précédé, en cet
endroit, d’un vaste enclos entouré de grilles, qui a reçu le nom de
_Cour de Rome_.

Ce n’est point là, ainsi que ce nom pourrait le faire croire, que se
réunissent les courtisans du roi d’Italie ou les cardinaux du
Saint-Siège.

La cour de Rome est surtout occupée en son milieu par des autobus,
qui vont de la gare Saint-Lazare au Château-d’Eau, ou à la
Pointe-Saint-Eustache. Ces voitures font entendre, quand elles marchent,
un bruit épouvantable de vaisselle brisée. Ce bruit est remplacé, quand
les encombrements les forcent à s’arrêter sous le frein, par les cris de
cinquante-enfants égorgés et d’autant de veaux suppliciés, qui gémissent
dans les roues.

Le long des grilles, à l’intérieur, la cour de Rome est ornée de petits
«édicules» autour desquels se pressent constamment un grand nombre de
voyageurs.

Le vicomte Gaston, descendant du train de Maisons-Laffitte, avait pris
son rang dans une file d’hommes de tout âge qui attendaient leur tour, à
l’entrée d’un de ces édicules. Il allait y pénétrer, quand il entendit
derrière lui les plaintes douces d’un vieillard modestement vêtu.
N’écoutant que son bon cœur, le vicomte Gaston lui céda son tour. Et le
vieillard, sans avoir le temps de remercier, se précipita dans une
stalle vide.

Quelques instants après, le vicomte eut à sa disposition une autre
stalle. Il sortit bientôt de la cour de Rome et ne pensait plus à cette
banale aventure, où il avait donné une preuve de sa courtoisie, moins
pour ce vieillard inconnu que pour sa satisfaction personnelle. Le jour
tombait. Gaston avait pris à pas lents la rue de l’Arcade...

Au coin de la rue des Mathurins, dans un petit carrefour à peu près
désert, il se trouva en face du vieil homme dont les cheveux gris, sous
le feutre un peu usé, brillaient d’une lueur surnaturelle.

--Je suis le bienheureux saint Athanase, dit le vieillard avec un fort
accent du Midi. Tu m’as rendu tout à l’heure un grand service, car je
souffre d’une maladie de la vessie. Pour récompenser ta piété, je vais
te faire un don inestimable. Le premier bossu que tu rencontreras,
passe-lui la main trois fois sur sa bosse. Et, durant vingt-quatre
heures, la chance te favorisera dans tout ce qu’il te plaira
d’entreprendre.


II

Le lendemain, à cinq heures, en descendant du train d’Achères, le
vicomte Gaston rencontra dans la cour de Rome un de ces vieux facteurs
de la maison Bonnard-Bidault, qui vont distribuant des prospectus chez
les concierges.

Le facteur avait une bosse magnifique. Le vicomte, selon les
recommandations, lui passa la main trois fois sur sa bosse.

Puis, le soir même, il se rendit au cercle, joua un jeu d’enfer et
perdit cinquante-deux mille francs.


III

Le lendemain, il alla aux courses d’Auteuil et perdit soixante-quatorze
mille francs.

Après les courses d’Auteuil, il revint dans la cour de Rome et attendit
le bienheureux saint Athanase, dans l’intention de lui flanquer une
tournée.


IV

Le bienheureux saint Athanase descendit lentement d’un autobus (consacré
au bienheureux saint Eustache). Le vicomte Gaston s’approcha, et, avant
d’en venir aux voies de fait, il exposa dans un langage violent toutes
ses rancunes.

--Voyons, voyons, dit paisiblement saint Athanase. Avez-vous bien, comme
je vous l’ai recommandé, caressé la bosse d’un bossu?

--Absolument, dit le vicomte. Et tenez, c’est celle de ce bossu-là...

Et il lui montra le vieux facteur de Bonnard-Bidault, qui entrait
précisément dans la cour de Rome.

Alors le saint éclata de rire...

--Ça, un bossu? s’écria-t-il. C’est un facteur qui fourre ses paquets
d’imprimés dans son dos, sous sa pèlerine, pour les préserver de la
pluie...




WILLIAM


--William?

--Qu’est-ce qu’il y a?

--Tu peux entrer... Pourquoi n’entrais-tu pas, imbécile?

--Je croyais que Robert était encore dans ta chambre.

--Comment? Robert? Il est neuf heures. Il vient de partir à Caen en
auto. Il fallait qu’il y soit à dix heures. Il voulait m’emmener; mais
j’ai dit que j’étais fatiguée.

--Il revient déjeuner?

--Oui. Tu sais qu’il doit s’en aller dans deux jours à Biarritz, voir sa
femme. On sera un peu tranquille... Embrasse-moi... Qu’est-ce que t’as,
gros?

--Rien, rien.

--T’as quelque chose.

--Qu’est-ce que tu veux? Je m’embête d’être encore sans le sou, encore
et toujours. Voilà un an que je suis, chaque matin, à la veille d’être
riche, avec ce sacré brevet d’accumulateur que je vendrai certainement.
Je l’ai payé quinze cents francs et je le vendrai... je ne sais pas,
moi... un million comme rien du tout... En attendant, je suis obligé de
me faire héberger par Robert, que je trompe avec toi... Quelle vie! Hier
soir, je suis revenu du Casino avec quarante sous, que j’ai gardés
précieusement pour acheter des journaux ce matin. Je dois même quatorze
sous au petit crieur.

--Coco, franchement, voyons, tout ça, ce n’est pas ma faute. Je t’ai
prêté cent francs, hier. Pourquoi as-tu été les perdre aux petits
chevaux?

--Je n’ai pas été les perdre aux petits chevaux. Je les ai employés à
des choses qui m’étaient indispensables.

--Et puis, tu n’as vraiment pas besoin d’aller dîner dehors et de
dépenser de l’argent au restaurant, puisque tu es l’invité d’ici.

--C’est ça. Je suis nourri. Je le sais que je suis nourri. Tu n’as
vraiment pas besoin de me le rappeler.

--Méchant! Ce que j’en dis, c’est parce que je voudrais t’avoir
davantage auprès de moi... Oh! voilà qu’il fait encore la tête!

--Ça m’embête, je te dis, d’être sans le sou. Et ça m’embête de te
taper. Je te dois déjà cinq mille sept cents francs.

--Je ne sais pas.

--Moi, je le sais. J’en tiens un compte scrupuleux, tu peux m’en croire.
Alors, tu comprends, je trouve que c’est suffisant. Je me suis fait le
serment de ne plus rien te demander.

--Je voudrais bien te prêter encore, moi, si j’avais de quoi... Mais je
n’ai plus rien. Je n’ai déjà pas payé la note du tapissier avec les
trois mille francs que Robert m’avait remis pour ça. Comment cette
affaire s’arrangera-t-elle? Je me le demande!

--Ne te tourmente pas. Je te rembourserai avant peu, peut-être d’ici
huit jours, tout ce que je te dois, et tu paieras le tapissier. Mais ma
dette ne s’augmentera plus, j’y suis résolu... Donne-moi encore dix
louis, et j’arrête le compte.

--Dix louis, Coco! Mais où est-ce que je les trouverais? Je n’ai rien,
rien. Je ne pourrais même pas te donner un louis.

--Tu vas m’offrir quarante sous tout à l’heure.

--Que tu es méchant!

--L’autre jour, tu m’as offert dix francs. Et j’ai dû les prendre,
d’ailleurs?

--C’est tout ce que j’avais.

--Allons, je m’en vais à pied jusqu’à Villiers; je déjeunerai chez mon
oncle.

--Écoute, Coco. La cuisinière va rentrer du marché. Il doit lui rester
une trentaine de francs. C’est tout ce qu’il y a dans la maison. Je te
les donnerai quand tu rentreras déjeuner. Comme ça, je serai sûre que tu
déjeuneras avec moi!

--C’est ce qui s’appelle tenir les gens.

--Oh! qu’il est méchant!

                   *       *       *       *       *

--_Demandez la «Jornal»!... L’«Atto»!... Demandez... la «Jornal»!_

--C’est à cette heure-ci que tu arrives sur la plage?

--Il n’est pas midi, mon baron.

--Tiens, donne-moi celui-là... et puis celui-là... et puis ces
deux-là...

--Ça fait vingt et un sous.

--Et quatorze sous que je te dois d’hier?

--Je m’en rappelais plus. Vous n’êtes pas carottier, marquis.

--Petit dégoûtant! Si tu ne mettais pas ta monnaie dans ta bouche? Je ne
veux pas de ces dix sous-là. Ils sont mouillés.

--J’essuie la pièce après mon panetot.

--Il est crasseux, ton panetot. Garde ta pièce, et donne-moi un journal
illustré... Sers d’abord monsieur... Tiens! mais Bonjour, mon
capitaine...

--Bonjour... Eh bien! qu’est-ce que vous devenez? Vous n’êtes pas venu
faire un stage cette année?

--Ah! mon capitaine, ce n’est pas l’envie qui m’en a manqué. Mais j’ai
été très occupé par des affaires industrielles... importantes...

--Ah! vous avez gagné des monceaux d’or?

--Non, mon capitaine; mais je suis en train d’en gagner.

--Heureux veinard!

--Oh! vous êtes bien plus heureux que moi, mon capitaine. Quand on a la
satisfaction d’être un brillant officier et un cavalier pas ordinaire...
Vous ne manquez de rien. Et vous êtes bien plus tranquille que si vous
aviez une fortune et des succès. Vous voilà ici pour la saison?

--Non; je suis venu faire un tour. Je repars à cinq heures.

--Mon capitaine, vous allez me faire un grand plaisir. Vous allez
déjeuner avec moi?

--Oh! vous êtes bien gentil. Vous êtes installé ici?

--Je suis chez des amis. Mais nous déjeunerons ensemble à l’hôtel de
Paris.

--Écoutez, si je n’abuse pas, j’accepte avec plaisir.

--A une heure, n’est-ce pas? Ce n’est pas un peu tard?

--Non. Parce que j’avais justement l’intention de prendre un bain de
mer. A une heure donc...

--A une heure, mon capitaine. Et enchanté de vous avoir.

                   *       *       *       *       *

--Tiens, William. Tu ne viens pas jusqu’à la jetée?

--Non, monsieur Gaston, je ne viens pas avec toi. Je remonte à la
maison. Il faut que je sois à une heure à l’hôtel de Paris, j’ai à
déjeuner le capitaine de Riquet de Frestours, l’ancien instructeur de
Saumur.

--Dis donc, espèce de cochon, tu pourrais bien m’inviter aussi.

--Une autre fois. Veux-tu lundi?

--Tu ne me trouves pas assez chic pour ton capitaine?

--T’es bête. Mais il ne te connaît pas. Vous ne voyez pas le même monde.
Et puis, nous avons un tas de souvenirs communs. Tu t’embêterais avec
nous...

--Tais-toi. Tu n’es qu’un snob. Tu es fier d’avoir à déjeuner un
capitaine de dragons, tu veux l’épater, faire le grand seigneur avec
lui, commander un déjeuner chic, et qu’il te considère comme un type
galetteux. Au revoir, sale snob! Ah! tu me dégoûtes bien.

                   *       *       *       *       *

--Te voilà, Coco. Tu es gentil, mon Billy. Tu n’es pas en retard pour le
déjeuner. Figure-toi que Robert n’est pas encore entré. Mais quelle tête
fais-tu encore?

--Oh! ce n’est rien. Il n’y a pas de quoi se frapper. Aujourd’hui, faute
de cinq louis, je manque simplement ma fortune. Voilà tout... Ça n’a
aucune importance relative. D’ailleurs, tu te fiches bien de ce que je
te dis. Tu ne m’écoutes même pas.

--Mais si, Coco, je t’écoute.

--Oh! puis, je ne sais pas pourquoi je te raconte ça! Tout à l’heure,
sur la plage, je rencontre, providentiellement, je peux te dire, un
monsieur très riche et qui, je le sais, cherche des affaires
industrielles pour y placer des capitaux. Il n’est ici que pour quelques
heures. Si je pouvais l’avoir avec moi, l’allumer... Mais il faudrait
pouvoir lui dire: «Venez donc déjeuner.» Et pour ça, pour cette occasion
capitale, je n’ai pas le sou sur moi.

--Tu m’as demandé trente francs, Coco, les voilà.

--Qu’est-ce que tu veux que je fasse de trente francs, mon pauvre petit?
Il faut que je lui paie un déjeuner à la hauteur, à ce monsieur-là, et
que je ne sois pas tout le temps préoccupé par l’addition. Je ne suis
pas très connu. Et si je disais au maître d’hôtel: «Je paierai en
passant», je risquerais d’avoir un affront. Garde tes trente francs, ma
petite. Ils te seront plus utiles qu’à moi. Il vaut mieux se résigner.
C’est l’indice d’une guigne affolante, vois-tu, que le hasard m’envoie
une si belle occasion de faire fortune et que je n’en puisse pas
profiter. Ma foi, tant pis! Je me résigne. Je mourrai dans la peau d’un
purotin. J’espère bien que ce sera le plus tôt possible.

--Mais pourquoi ne demandes-tu pas quelque chose à Robert? Tu sais qu’il
t’aime bien.

--Tais-toi! J’aime mieux ne pas parler de ça avec toi, ma pauvre fille.
Tu n’as aucun sens moral. Pour rien au monde, je n’emprunterais un sou à
Robert. Si tu ne comprends pas ce sentiment-là, tant pis pour toi!

--Oui, tu te gênes avec lui, tu es fier? Avec moi, tu n’es pas fier...
Non, ce n’est pas ça que je veux dire. Je veux dire que ça t’est égal de
te montrer à moi aussi pauvre que tu es. Je ne te le reproche pas, Coco.
C’est la preuve que tu m’aimes bien.

--Oui, je t’aime bien. Et tu m’aimes bien. C’est entendu. Pourvu que tu
m’aies à toi, tu es contente. L’important est que je sois là.
Maintenant, que je sois heureux ou malheureux, cruellement malheureux,
ça t’est égal.

--Méchant... Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse?

--Rien, mon petit Coco. Tu ne peux rien faire... Je n’ai qu’un parti à
prendre. C’est de rentrer à Paris demain.

--Oh! tu me dis ça pour me faire peur!

--Ah! je te dis ça pour te faire peur! Eh bien! tu vas voir! Ce n’est
pas demain que je partirai, c’est ce soir. Et veux-tu que je te dise? Je
ne voulais même pas te prévenir. Et sais-tu d’où je viens! Du bureau
d’omnibus pour faire prendre ma malle, pendant que tu n’y serais pas.

--Oh! ne dis pas ça, William. Tu me fais mal! Tâte mes mains. Tu vois!
elles sont toutes froides.

--Tu as tort de te mettre dans des états pareils. Mais, à mon tour, je
te dirai: qu’est-ce que tu veux que j’y fasse?

--... Écoute, Coco. La femme de chambre m’a remis, hier, cent vingt-cinq
francs à garder, qu’elle doit envoyer à ses parents pour leur terme,
avant la fin de la semaine. Tu vois que c’est de l’argent sacré. Elle va
me les redemander peut-être dans deux jours.

--Dans deux jours! Mais, mon petit Coco, je te les rendrai demain matin,
s’il le faut. Je te les rendrai ce soir. En cas de besoin, je n’ai qu’à
faire un saut jusqu’à Villiers, et à les demander à mon oncle.

--Tu m’as dit, l’autre jour, quand je t’ai donné trois cents francs, que
ton oncle ne voulait absolument rien te prêter.

--Dans une circonstance très grave, en le lui demandant d’une certaine
façon, je te réponds bien qu’il ne pourra faire autrement.

--Alors, je vais te remettre soixante-dix francs. Ça fera cinq louis
avec les trente francs de la cuisinière.

--Non, ces trente francs-là, c’est en dehors.

--Comment? c’est en dehors?

--Oui... Il faut que je les envoie à Paris par mandat télégraphique;
sans ça, c’est le protêt. Et, en ce moment, avec mes grandes affaires en
train, il ne s’agit pas d’avoir des protêts. Donne-moi les trente
francs, et puis les cent vingt-cinq francs. Du moment que c’est un dépôt
qu’il faudra rendre intégralement, ça ne te sert à rien de n’avoir pas
la somme complète.

--Alors, il ne me reste rien pour moi?

--Voyons, petit. Je pense bien que tu n’avais pas l’intention de toucher
à cet argent de la femme de chambre. Je ne t’en prive donc pas. Mais je
ne veux pas que tu sois sans argent; on ne sait pas ce qui peut arriver;
prends ce beau billet de cinq francs; tu vois, il est tout neuf. Bonne
petite cocotte que tu es! C’est vrai qu’elle est bonne, cette chérie! Ce
que tu fais là m’a touché aux larmes... Comme c’est bête aussi de
t’ennuyer avec mes chagrins... Quand j’ai quelque chose qui me tracasse,
je devrais le garder pour moi, je le sais. Mais, qu’est-ce que tu veux?
Je ne veux rien te cacher. Il faut que je t’associe à toutes mes
tristesses... Et, sais-tu, Coco, qu’il faut que j’aie en toi une
confiance sans limite pour accepter ainsi de toi des services d’argent?
Car, si cela se savait, ça pourrait être très mal interprété... Oui,
petite fille, le monde est méchant. On apprendrait que nous sommes bien
ensemble, et que, d’autre part, tu me prêtes de l’argent, on dirait tout
de suite que tu m’entretiens. Les gens ne sont pas forcés de savoir que
les deux choses n’ont aucun rapport, que je suis ton amant parce que je
t’aime, et que tu me prêtes de l’argent parce que je suis gêné, et que,
d’ailleurs, cet argent, je te le rendrai d’un moment à l’autre. Et même,
tu ne seras pas fâchée de retrouver tout à coup quelques billets de
mille francs, que tu aurais certainement jetés par la fenêtre... Oh!
petite fille! Il est une heure moins dix!... Au revoir, bonne cocotte!

--Au revoir, Coco. Bonne chance!

--Bonne chance?

--Pour ton affaire.

--... Ah! oui!




LA TOUR DE BABEL


Quand le projet d’une tour qui serait appelée la Tour de Babel et qui,
aux termes de la délibération, devait «atteindre le ciel» fut mis au
concours par une municipalité en délire, presque tous les entrepreneurs
du pays haussèrent les épaules et déclarèrent, à qui voulait les
entendre, qu’on les croyait absolument fous, si on les supposait
capables de soumissionner pour une entreprise pareille.

Pourtant il s’en trouva un, nommé Mathusalem et arrière-petit-fils du
célèbre recordman, qui, à la stupeur générale, fit des propositions.

Il proposait même un chiffre raisonnable: quatorze millions de chichtis,
soit cinq millions de francs de notre monnaie.

On parla de le faire interdire, et l’opinion générale se traduisit par
ces mots: _Voraïm zouzoum tlach’_ (il y laissera ses culottes).

Pourtant, Mathusalem avait fait inscrire dans son contrat une petite
clause qui aurait dû faire réfléchir les malins. Cette clause spécifiait
qu’en cas d’interruption des travaux pour un cas de force majeure, les
versements effectués resteraient acquis au soumissionnaire.

Mathusalem, d’ailleurs, se fit faire l’avance de la presque totalité des
fonds. Ses fournisseurs de matériaux, disait-il, désiraient être payés
comptant, étant donné l’audace particulière de l’entreprise.

Cependant, la tour s’édifiait peu à peu. Les fouilles furent rapidement
faites. (Les spécialistes s’étonnèrent même qu’on ne mît pas plus de
temps à établir les fondations d’un monument si important.) Bientôt, la
tour atteignit la hauteur de quatre étages qui, d’après la hauteur des
plafonds de l’époque, représentaient environ huit étages de notre
monnaie.

On venait, tous les dimanches, de la ville et des villages d’alentour
pour assister aux travaux. Or, ce fut un lundi matin que se produisit le
grand coup de chien. D’après le contrat, c’était un architecte de la
Ville qui surveillait les travaux.

Le lundi matin donc, en arrivant au chantier, l’architecte avise un
sous-chef de chantier et lui dit:

--_Frichti bi coulacoulail votsobam brididi bébé._

Ce qui voulait dire: il faudrait voir un peu à faire chercher les sacs
de plâtre, sans quoi je ne vois pas comment vous terminerez votre
première plate-forme.

Mais l’autre fit de grands yeux et répondit simplement:

--_Balababa kilitiri._

Ce qui ne voulait rien dire du tout.

En entendant ça, mon architecte avise un autre sous-chef et s’écrie:

--_Calcaderiri Boulzaveï Tubalcaïn tram-tram._ (Qu’est-ce qu’a donc
Tubalcaïn ce matin à me répondre des inepties? Il est encore saoul
d’hier soir probablement.)

A quoi l’autre sous-chef répond en javanais:

--_Jave nave savais pavas._

--Portier! s’écrie d’une voix impérieuse l’architecte abasourdi.

Le portier arrive en courant et dit à l’architecte:

--_Lonjourbem lonsieurmem._

Ce qui voulait dire: «Bonjour, monsieur» dans le rude langage des
loucherbem, ainsi que les commentateurs l’ont établi depuis.

L’architecte s’en fut dare-dare aux bureaux de la Ville, convoqua les
autorités, et les avertit que la colère divine venait de tomber sur les
constructeurs, et qu’il y avait confusion des langues.

Mathusalem tenait son cas de force majeure. Les travaux furent
interrompus. Quant à l’architecte, il donna peu après sa démission pour
aller vivre à la campagne de ses économies, que l’opinion publique jugea
un peu considérable pour un individu qui n’avait jamais gagné plus de
sept mille deux.




NICOLAS GLAIVE

ou les cahiers d’un candidat


_25 mars._--Voici la lettre que j’ai trouvée dans mon courrier de ce
matin.

«_Monsieur Nicolas Glaive, fabricant de girouettes d’art, à Paris._

«Un groupe d’électeurs indépendants, de la circonscription de
Montsouris-Sud, connaissant votre passé, tout d’intégrité et d’honneur,
ainsi que votre républicanisme éclairé et loyal, a décidé de vous offrir
la candidature aux prochaines élections législatives. Vous n’ignorez pas
que notre arrondissement est las, à juste titre, des violences de
langage et des excentricités de notre député, le radical Triquet.
D’autre part, il faut éviter d’assurer le succès du candidat modéré et
réactionnaire, M. Ajax de Télamon.

«Il y a une majorité considérable à rallier, entre les deux opinions
extrêmes.

«J’aurai l’honneur, Monsieur, de vous rendre visite pour recevoir votre
réponse, qui nous sera, je n’en doute pas, favorable. Je pense vous
rencontrer demain matin, de neuf heures à onze heures.

    HENRI PRENANT,
    Directeur du cabinet d’affaires Raulbert-Prenant,
    fondé en 1822.

Satisfait, au fond, qu’on voulût bien songer à moi pour un mandat assez
envié et qu’on me fournît enfin sur mes opinions politiques des données
précises, je n’hésitai point, et résolus d’accepter la proposition de M.
Prenant. Député à quarante-huit ans, je pourrais dire négligemment, en
sortant, après mon déjeuner, aux passants de connaissance:

--Je vais à la Chambre.

J’écraserais en même temps de mon pardon deux personnes, un sergent de
ville du quartier et le secrétaire du commissaire, qui ont été, certain
jour, insolents à mon égard. Je voyagerais gratuitement enfin sur la
ligne de Chaville, à l’heure du journal du soir.

--Votre billet, monsieur?

--Député.

_26 mars._--J’ai reçu ce matin la visite de Prenant. Ma première
impression, qui est la bonne, m’a fait deviner en lui «quelqu’un
d’attaque». Lui-même me l’a dit, d’ailleurs:

--Je suis d’attaque, a-t-il affirmé dès l’abord.

C’est un homme petit, vif, rond, noir de moustache et de barbiche. Il
connaît, dit-il, le quartier de Montsouris-Sud comme sa main (un peu
velue). Il émet, sur la politique générale, des réflexions qui me
paraissent empreintes d’un bon sens prophétique.

Nous avons parlé chiffres.

--C’est une élection qui vous coûtera cher, me dit-il. Il n’y a pas à
vous le dissimuler.

J’ai été d’abord un peu inquiet: mais le chiffre de sept à huit mille
francs, énoncé l’instant d’après, m’a paru raisonnable.

Puis, Prenant a pris congé de moi, en me serrant la main.

_29 mars._--La période électorale étant ouverte, pour prendre rang et
imposer mon nom à l’esprit des électeurs, il a fallu préparer et faire
afficher les premières bandes.

Cet après-midi, nous sommes sortis, ma femme et moi, pour voir les
affiches. Nous marchions d’un air timide, nous étions presque
rougissants, comme si nous venions d’accomplir une bonne ou une mauvaise
action. Nous avons aperçu d’abord de nombreuses bandes de Triquet et de
Télamon. Enfin, sur une bande orange et plus large que les autres, j’ai
vu mon nom imprimé, en si grosses lettres que j’ai eu du mal à le
reconnaître: _Nicolas Glaive, Industriel, Candidat républicain._ Nous
avons compté sept de ces affiches. Il doit y en avoir bien davantage
dans les rues où nous n’avons pu passer, car on m’a dit qu’on en
poserait aujourd’hui deux mille cinq cents.

_30 mars._--J’ai rédigé ce soir, en compagnie de Prenant, ma circulaire
aux électeurs. Je me suis prononcé nettement et catégoriquement sur le
privilège de la Banque de France, sur l’élection des juges, sur le prix
du gaz. Je me suis déclaré l’ennemi des fâcheuses compromissions, le
partisan d’une politique de modération et de progrès. J’ai exprimé le
désir de voir la France unie à l’intérieur, respectée à l’extérieur.
J’ai adressé un vigoureux appel à tous les honnêtes gens. Sur la
question du protectionnisme et du libre-échange, je suis resté un peu
dans le vague, comme me le conseillait Prenant et aussi, je dois le
dire, mes convictions les plus intimes.

La conférence a duré jusqu’à dix heures du soir. Quand Prenant,
emportant mon manuscrit pour l’imprimerie, m’a eu quitté, j’ai cherché
dans le Larousse le sens exact de certains mots de ma profession de foi,
afin d’être en état de répondre d’une façon un peu précise aux
questionneurs, dans les réunions publiques.

_2 avril._--Je rentre, ce soir, d’une réunion organisée par mon comité
dans la salle des fêtes du restaurant Batracien. Coût de la salle: trois
cents francs, éclairage compris. Un contrôle sévère a été établi à la
porte, pour ne laisser passer que les électeurs munis de leur carte. Il
est entré cinquante-deux personnes, que j’ai comptées pendant le
discours du président (un professeur d’orthographe phonétique).

--Vous voyez ici, me dit Prenant, la crème des électeurs influents de
Montsouris-Sud. Méfiez-vous, ajoute-t-il tout bas, il y a là dedans
beaucoup de gens favorables à Triquet, et j’aperçois aussi des têtes de
réactionnaires, venus pour vous prendre en faute.

J’expose mon programme avec une certaine émotion. (Mon succès a été très
grand, m’a-t-on affirmé.)

Puis, un des assistants se lève, et me demande si je voterai le maintien
du traité de 1845 avec la Suède. Sur un signe de Prenant, je m’en
déclare le partisan énergique. C’est d’autant plus méritoire, affirme
mon interlocuteur, que ce traité n’existe que dans mon imagination...

Prenant flétrit alors les plaisantins qui s’insinuent en perturbateurs
dans les assemblées de gens sérieux. Le perturbateur est dirigé vers la
porte. On me vote à l’unanimité un ordre du jour de chaleureuse
approbation.

Vingt électeurs, que j’avais remarqués parmi les plus enthousiastes,
s’offrent d’eux-mêmes pour venir prendre des bocks au café voisin.

_3 avril._--Voici ce que j’ai lu dans deux journaux:

«Hier soir, huit cents électeurs, réunis à la salle Batracien, après
avoir entendu les déclarations nettement républicaines du citoyen
Nicolas Glaive, ont acclamé sa candidature.»

_4 avril._--Suivant Prenant, qui a dîné avec moi ce soir, mes deux
adversaires mènent une campagne «éhontée d’audace». Triquet a deux
hommes à lui, qui «font les coiffeurs». Ils entrent, sous prétexte de
barbe, de coiffure ou de shampooing, successivement chez tous les
perruquiers du quartier, et ils endoctrinent le patron, les garçons et
la clientèle. Prenant a vu, ce matin, l’un de ces hommes sortir de chez
un coiffeur, tout rasé de frais, bien pommadé, avec une belle raie sur
le côté. Eh bien, cet homme est entré sous une porte cochère, a passé
vivement son mouchoir sur sa tête, pour ébouriffer sa chevelure. Puis,
il est entré se faire recoiffer chez un autre coiffeur.

De son côté, Ajax de Télamon ne reste pas inactif. Il choisit tous les
jours, dans le quartier, une autre femme de ménage, qu’il paye largement
et qu’il comble de prévenances; pour que cette femme aille colporter sur
son compte un éloge documenté, il lui donne le spectacle des plus
édifiantes vertus domestiques; en présence de cette salariée, il se
montre d’une aménité sans égale pour Mme de Télamon et caresse avec
tendresse des enfants blonds aux cheveux bouclés qui ne sont, paraît-il,
que ses neveux. Toujours sous les yeux de la femme de ménage, des gens à
lui viennent lui offrir, pour de louches entreprises, des sommes
considérables, qu’il repousse avec une noble indignation.

De plus, Télamon a dans tout le quartier, aposté aux portes cochères des
mendiants payés, à qui il distribue de larges aumônes, non sans une
discrète ostentation.

--Mais au fait, me dit Prenant, en remettant ses coudes sur la table,
pourquoi n’arrêteriez-vous pas un cheval emporté? On choisirait une
bonne heure, le moment où les ouvriers rentrent du travail. On
trouverait un cocher complaisant, un cheval pas trop terrible...

J’arrête Prenant. Je préfère un autre mode de propagande, l’affirmation
de mes idées de progrès, par exemple, ou l’embrigadement général des
marchands de vin.

_5 avril._--Ma circulaire a été reproduite sur une grande affiche,
appuyée par l’adhésion de trente-cinq électeurs: tous mes fournisseurs,
deux de mes employés qui habitent le quartier, Prenant et ses camarades.
J’ai déjà dépensé six mille huit cents francs; mais le plus gros des
frais est fait, m’affirme-t-on.

_6 avril._--Les journaux spéciaux de l’arrondissement sont assez doux
pour moi. Dans le numéro 7 de l’_Électeur du vingt-deuxième_, fondé il y
a huit ans, et qui ne ménage pas Télamon, on m’appelle: cet excellent M.
Glaive. Le _Gaulois rose de Montsouris-Sud_, qui attaque Triquet, n’a
encore rien dit sur mon compte.

_7 avril._--Ah! quel assaut, après ces journées de calme relatif!
Prenant avait l’air soucieux, en entrant chez moi ce matin.

--On prépare contre vous une terrible campagne de diffamation.

Que pouvait-on dire contre moi? Le mur de ma vie privée n’a pas besoin à
sa crête de tessons de bouteilles. Il est permis d’y grimper et de
regarder par-dessus. Prenant s’est un peu calmé, mais il hochait
toujours la tête en me quittant.

A six heures, il a fait irruption dans mon bureau, tout bouleversé. Il
s’est campé vis-à-vis de moi:

--Vous étiez bien à Boniface-les-Bains, l’année dernière?

Je répondis, étonné de son accent:

--Oui, j’étais effectivement à Boniface-les-Bains, l’an dernier, à
pareille époque...

--Eh bien, nous sommes beaux! gémit Prenant en se laissant choir sur un
fauteuil.

Il reprit, sur un ton amer et presque gai, comme en proie à une folie
commençante:

--Eh bien, nous sommes frais!

Je le conjurai de s’expliquer: il se leva d’un bond.

--On vous accuse, me dit-il d’une voix sourde, d’avoir été surpris, à
Boniface-les-Bains, trichant au jeu!

Puis, il retomba sur son fauteuil de douleur.

Cette accusation stupéfiante me suffoqua, mais je me remis assez vite:

--Quelle plaisanterie! Je ne suis entré qu’une fois, en curieux, dans
les salles de jeu, et je n’ai jamais touché une carte.

Prenant murmura d’une voix altérée:

--Ils ont des témoins, oui, des hommes à eux, un monsieur très coté dans
le grand monde, un M. de Saint-Théophile...

--Je ne connais pas... pas du tout, répliquai-je abasourdi.

--Ils ont même, dit Prenant d’un air de justicier, une preuve écrite.

--Une preuve écrite?

--Ils ont la preuve écrite que vous étiez à Boniface-les-Bains l’année
dernière!

--Mais je ne songe pas à le nier...

--Pas à le nier! sursauta Prenant. Au fait, non, vous ne pouvez pas le
nier, se lamenta-t-il. Ah! nous sommes dans de jolis draps!

Je revenais un peu de ma stupéfaction. Mais à peine avais-je repris mon
sang-froid que je le perdis à nouveau, dans un bel accès de colère:

--Je ferai un procès à ces misérables!

--Un procès! Tenez, dit Prenant, vous déraisonnez, excusez l’expression.
Irez-vous en police correctionnelle, où la preuve n’est pas admise? Là,
vous obtiendrez la condamnation de vos calomniateurs, mais une
condamnation sans portée. L’effet moral de l’accusation ne sera pas
détruit. Trouverez-vous un biais, dans la procédure, pour les traîner en
cour d’assises?

«Ce biais, vous l’avez trouvé; admettons-le pour un instant. Vos
adversaires produiront des témoins, à leur décharge, et qui vous
chargeront, vous, le plaignant. Comment prouver que ce sont de faux
témoins?

«Qui produirez-vous, de votre côté, pour confondre les calomniateurs?
Des croupiers, des gérants de cercles! Belles références aux yeux du
jury! Quelques-uns de vos amis viendront attester votre honorabilité. On
peut passer pour un honnête homme et tricher au jeu, sans que nul vous
soupçonne.

«A chacun de vos témoins, l’avocat des prévenus posera cette question,
en retroussant ses longues manches:

«--Le témoin pourrait-il nous dire si, à sa connaissance, M. Glaive a
été à Boniface-les-Bains, l’année dernière?»

«Et, à chacune des réponses: «Je n’en sais rien» ou «Je crois, en effet,
me rappeler», l’avocat se tournera, triomphant, du côté des jurés. Car,
quelle que soit la réponse du témoin, l’avocat regarde toujours
triomphalement ces messieurs du jury, en écartant les bras... et en
ouvrant les mains toutes larges...»

Prenant a continué pendant une heure sur ce thème et m’a quitté d’un air
navré.

_8 avril._--Journée d’attente énervante et d’indécision. Je n’ai pas vu
Prenant aujourd’hui. Que fait-il? Que va-t-il se passer? Je n’ai parlé
de rien à ma femme, qui commence à s’inquiéter de mon air soucieux.

_9 avril._--Prenant est enfin venu vers midi. Il semblait plus calme, et
terriblement mystérieux. Comme il y avait justement quelqu’un dans mon
bureau, Prenant m’a demandé un entretien secret.

Il n’a pas perdu son temps. Il a acquis la conviction que
Saint-Théophile est une simple canaille, à qui nos ennemis ont promis
trois mille francs pour qu’il fasse une déposition contre moi.
Saint-Théophile comptait sur ces trois mille francs pour partir en
Amérique. Si on lui donnait quatre mille francs et si on l’embarquait
tout de suite? Quant au rédacteur de l’_Électeur du vingt-deuxième_, qui
se disposait à lancer le canard, on lui fermerait la bouche avec
cinquante louis.

Ce qu’il y a de terrible dans mon cas, c’est que Prenant, mon ami
Prenant lui-même, ne semble pas parfaitement convaincu de mon innocence.
Aussi hésitai-je à terminer ainsi l’affaire et insistai-je pour faire un
procès. Mais ce brave Prenant semble alors si navré que je débourse
incontinent les cinq billets de mille. Il me faut ma tranquillité à tout
prix.

J’avais déjà ma conscience; j’aurai, par surcroît, les canailles avec
moi.

_12 avril._--Mon cousin Charles, qui a beaucoup voyagé et qui connaît la
politique, a la meilleure opinion sur mon élection. Excellent signe.
Car, dans la famille, Charles passe pour un sceptique. Aujourd’hui, il a
parlé à deux électeurs, qui lui ont promis de «bien voter». Hier, il a
complètement retourné un lampiste.

_14 avril._--Aux dernières élections, Triquet avait réuni 3.500 voix,
contre 3.050 à Télamon. Voici les pronostics de Prenant: _Moi_, 2.400;
_Triquet_, 2.400; _Télamon_, 1.300 à 1.400. Je passerai au second tour,
grâce à l’appoint des voix de Télamon.

--Vous aurez la bonne place, affirme Prenant. Vous êtes entre deux eaux.

_16 avril._--Dans les réunions de Triquet, tous les gens intègres
livrent au mépris public les agissements de Télamon. Dans les réunions
de Télamon, tous les citoyens honnêtes flétrissent la conduite de
Triquet. Bonne affaire pour moi que ces querelles. Je serai le troisième
larron.

_18 avril._--Mon élection ne me coûte, à l’heure actuelle, pas plus de
15.000 francs en chiffres ronds: exactement 16.850 francs. Suivant
Prenant, mes adversaires ont déjà dépensé chacun, au bas mot, 30.000
francs.

_19 avril._--Les journaux ont publié leurs listes de candidats. Les uns
patronnent Télamon, les autres Triquet. Excellent signe, dit Prenant.
Seul, le _Panthéon du Négoce_, journal illustré, soutient ma candidature
et publie même mon portrait et ma biographie. J’en ai fait prendre deux
mille exemplaires: mille pour les principaux électeurs, mille pour moi.

_27 avril (le grand jour). Huit heures du matin._--Il fait beau.
Excellent signe, dit Prenant. Beaucoup d’électeurs de Triquet iront à la
campagne et ne voteront pas. Le vent est un peu frais. Encore un atout
dans notre jeu. On ne s’arrêtera pas pour lire les affiches de la
dernière heure, si l’on en pose aujourd’hui contre nous.

_Midi._--Prenant vient de déjeuner à la maison, en hâte:

--Ça ne va pas mal; mais ça ne va pas si bien, si bien, qu’on pouvait
l’espérer. J’ai fait un tour dans les sections. Il y a un fort
contingent de jeunes électeurs, qui constituent l’élément inconnu. Nous
passerons, c’est hors de doute. Mais il y aura du tirage.

_Minuit._--J’ai su, à huit heures, le résultat du scrutin: Triquet,
3.190 voix; Télamon, 2.815; Nicolas Glaive, 523. Prenant me déclare que
c’est un résultat superbe pour une campagne improvisée et menée
hâtivement, sans aide et sans journaux spéciaux. En somme, si je n’avais
pas été là, il n’y aurait pas eu de ballottage. Des amis, venus pour me
féliciter, me consolent. Nous organisons un petit nain jaune. C’est une
soirée de convalescents.

_28 avril._--En faveur de qui me désisterai-je? Je m’en rapporterai sur
ce point à Prenant. Mon camarade de lutte «avec qui j’ai combattu le bon
combat» paraît soucieux. Il m’a engagé, hier, à reporter mes voix sur
Triquet, et, ce matin, à me désister purement et simplement.

_29 avril._--Prenant me conseille, décidément, de marcher pour Triquet.
Voilà qui est entendu. Je rédige mon affiche. Mes 500 voix iront à
Triquet.

_30 avril._--Dans notre pays de bonnes gens crédules, la façon dont les
légendes se fabriquent et se colportent est positivement extraordinaire.
Voici la conversation que j’ai entendue mot pour mot, dans mon
compartiment, en allant à Chaville. Un monsieur décoré disait
textuellement à son voisin:

--Connaissez-vous les dessous du ballottage de Montsouris-Sud? C’est une
histoire bien curieuse. En raison de ses votes avancés, Triquet avait
peur, cette fois-ci, d’être battu par le réactionnaire Télamon. Il s’est
dit: «Je vais lui envoyer dans les jambes un candidat républicain
modéré, qui lui prendra quelques centaines de voix, et se désistera pour
moi au ballottage.» Il a remis cinq mille francs à Prenant, un agent
électoral, pour lui procurer ce candidat. Prenant a trouvé un ancien
commerçant assez décoratif, avec qui il a dû partager les cinq mille
francs. Mais, après le scrutin, Prenant est venu dire à Triquet que le
candidat ne voulait plus «marcher» pour le désistement. Triquet a dû
recracher trois mille francs que se sont attribués les deux compères...

Fallait-il perdre mon temps à détromper et à confondre ces gens? J’ai
gardé un silence dédaigneux. Voilà pourtant, comme on écrit l’histoire!




L’HEUREUX CHASSEUR


Je vous parle d’il y a vingt ans.

A cette époque, le jeune M. Jaboin suivait les grandes chasses, à
Compiègne, à Fontainebleau, à Rambouillet.

Mais--détail curieux--si giboyeuses que fussent les forêts où M. Jaboin
était admis, il ne parvint jamais à tuer le moindre gibier.

Par exemple, il lui arriva de blesser des gardes, et maints invités,
parfois, hélas! de façon mortelle.

Il tua aussi beaucoup de chiens, deux chevaux et une vache laitière.

Sans qu’il sût pourquoi, on l’invita de moins en moins.

On finit même par le tenir à l’écart d’une façon un peu systématique.

--Il y a certainement une raison politique là-dessous, pensa-t-il, bien
qu’il n’eût jamais fait de politique.

Quand la guerre fut déclarée, M. Jaboin s’engagea.

Dès le début des hostilités, il eut l’occasion de prendre part à un
petit fait d’armes.

Il était parti chercher des vivres avec un autre homme et un sergent.

Les trois hommes pensaient bien ne pas faire de mauvaise rencontre.
Aussi, afin de pouvoir se charger de beaucoup de vivres, n’avaient-ils
emporté qu’un fusil et une seule cartouche.

Comme ils longeaient une route, ils virent un nuage de poussière qui se
formait au bout de la route.

C’était un cavalier ennemi qui s’avançait au petit galop.

--Nous allons nous dissimuler derrière ce bouquet d’arbres, dit le
sergent.

--Y a-t-il un bon tireur pour nous dégoter ce particulier-là?

M. Jaboin s’avança, modeste.

--Je suis un assez bon fusil, dit-il. J’ai beaucoup suivi les chasses.

--Eh bien, prends-moi ce flingot, dit le sergent, et tâche de t’en
servir.

M. Jaboin tremblait un peu. Il avait «descendu» d’autres individus dans
sa carrière de chasseur, mais, maintenant qu’il s’agissait de le faire
exprès, allait-il aussi bien réussir?

L’homme n’était qu’à trente pas.

--Feu! dit le sergent.

M. Jaboin tira.

L’homme regarda de leur côté, piqua des deux, et s’éloigna à une allure
rapide.

Mais du poil avait volé, et quelque chose de jaune, à vingt pas du
cavalier, avait roulé près de la route.

M. Jaboin venait de tuer son premier lièvre.




MISE AU POINT


On croyait cette histoire liquidée depuis longtemps. Mais puisqu’il faut
y revenir encore, précisons.

Adam et Ève se promenaient dans un jardin zoologique, qui avait reçu le
nom d’Éden, probablement pour attirer le monde. Il n’y venait d’ailleurs
personne, et il fallait avoir un certain estomac pour avoir installé un
jardin zoologique dans un pays où il n’y avait que deux habitants.

Il est vrai que les frais d’installation étaient des plus minimes.

On s’était dispensé de poser des grilles autour des fauves, ainsi qu’il
est d’usage dans les jardins zoologiques ordinaires, où l’on tient à
faire croire aux visiteurs payants que les lions et les tigres sont des
animaux dangereux.

Il n’y avait donc aucune espèce de grillages ni de barrières, ni de ces
étiquettes injurieuses où les loups sont traités de loups vulgaires, et
les panthères de panthères communes.

Un Muséum, très intéressant, ma foi, renfermait les squelettes de
quelques animaux postdiluviens.

Quant aux animaux antédiluviens, ils erraient paisiblement dans les
allées. Les plus remarquables étaient l’éléphant à tête de mouche, le
rhinocéros-écureuil, la souris à deux bosses.

On admirait aussi l’ichtyosaure, le plectiosaure, et le fameux
harensaure, dont il a été si souvent question, et qui n’était simplement
qu’une sorte de lézard avec des pattes de hareng.

Le Tout-Puissant avait été très convenable avec le ménage Adam. Il leur
avait dit: «Je vous donne vos entrées. Vous pourrez venir ici tant que
vous voudrez. Je ne vous remets pas de ticket: je serai à la grande
porte d’entrée, et je vous reconnaîtrai. Je vous connais comme si je
vous avais faits. D’ailleurs, il n’y a pas de confusion possible,
puisque vous êtes les seuls humains actuellement sur terre. Vous ferez
ce que vous voudrez dans le jardin. Vous donnerez à manger aux phoques,
vous vous promènerez toute la journée sur l’éléphant, le chameau, ou
dans la petite voiture de l’autruche. Une seule recommandation
cependant: ne touchez pas à mon arbre fruitier. Je n’en ai qu’un, et j’y
tiens.»

Pourquoi y tenait-il? Il ne l’a jamais dit au juste. Mais, en somme,
c’était son affaire. Les Adam profitèrent de la permission, et bientôt
on ne rencontra qu’eux dans le jardin zoologique. Ils n’avaient aucune
distraction, personne à voir dans le pays. Il fallait vraiment qu’ils
manquassent de relations pour lier connaissance avec un serpent.

Ils rencontrèrent le serpent qui rampait dans une allée, en sifflant.
Adam lui dit: «Vous vous croyez donc dans une écurie?» La conversation
s’engagea. Les propos de ce couple naïf et de ce reptile désœuvré ne
pouvaient aboutir qu’aux projets les plus futiles. Au bout de quinze
jours de bavardages, le serpent leur conseilla de manger une pomme.

Quand le Tout-Puissant s’aperçut qu’il manquait un fruit à son arbre, il
fut très choqué, non pas du fait en lui-même, auquel il n’attachait pas
une importance capitale, mais simplement du procédé. Il se borna à prier
le couple Adam de ne plus remettre les pieds au Jardin zoologique.

Tel est, ramené à ses justes proportions, cet incident dont on a tant
parlé.




“LES HISTOIRE DRÔLES”

PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION LITTÉRAIRE DE

MAX ET ALEX FISCHER

Prix: 0 fr. 25


Le programme de cette petite collection nouvelle?

Publier les histoires les plus gaies, les plus spirituelles ou les plus
farces, qui aient été écrites au cours de ces dernières années; aussi
bien celles qui s’efforcent, avec une cordiale franchise, de vous
arracher un éclat de rire, que celles qui, plus discrètes ou moins
ambitieuses n’aspirent qu’à vous faire sourire.

Le but de cette petite collection?

Vous étonner par son bon marché, et vous amuser... en tout cas, le plus
souvent possible.


EN VENTE[1]:

  1. ALPHONSE ALLAIS.        La belle-mère explosible.
  2. MAX ET ALEX FISCHER.    Constantin et Zéphyrine.
  3. TRISTAN BERNARD.        L’homme à la moustache verte.
  4. CAMI.                   L’archer aux dents creuses.

POUR PARAÎTRE LE 13 AVRIL.

  5. WILLY.                  Cabotin par amour.
  6. MAURICE DONNAY.         La curieuse satisfaite.
  7. PIERRE VEBER.           Son pied quelque part.
  8. MAX ET ALEX FISCHER.    Les Durand!

  [1] Les numéros qui précédent le titre de chaque fascicule indiquent
    leur ordre de publication.


SCEAUX. IMP. CHARAIRE




*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'HOMME À LA MOUSTACHE VERTE ***


    

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(or any other work associated in any way with the phrase “Project
Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full
Project Gutenberg License available with this file or online at
www.gutenberg.org/license.

Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg
electronic works

1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or
destroy all copies of Project Gutenberg electronic works in your
possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
Project Gutenberg electronic work and you do not agree to be bound
by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person
or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg electronic works
even without complying with the full terms of this agreement. See
paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg electronic works if you follow the terms of this
agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg
electronic works. See paragraph 1.E below.

1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (“the
Foundation” or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
of Project Gutenberg electronic works. Nearly all the individual
works in the collection are in the public domain in the United
States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
United States and you are located in the United States, we do not
claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
displaying or creating derivative works based on the work as long as
all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
that you will support the Project Gutenberg mission of promoting
free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg
works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
Project Gutenberg name associated with the work. You can easily
comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
same format with its attached full Project Gutenberg License when
you share it without charge with others.

1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
in a constant state of change. If you are outside the United States,
check the laws of your country in addition to the terms of this
agreement before downloading, copying, displaying, performing,
distributing or creating derivative works based on this work or any
other Project Gutenberg work. The Foundation makes no
representations concerning the copyright status of any work in any
country other than the United States.

1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
immediate access to, the full Project Gutenberg License must appear
prominently whenever any copy of a Project Gutenberg work (any work
on which the phrase “Project Gutenberg” appears, or with which the
phrase “Project Gutenberg” is associated) is accessed, displayed,
performed, viewed, copied or distributed:

    This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
    other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
    whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
    of the Project Gutenberg™ License included with this eBook or online
    at www.gutenberg.org. If you
    are not located in the United States, you will have to check the laws
    of the country where you are located before using this eBook.
  
1.E.2. If an individual Project Gutenberg electronic work is
derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
contain a notice indicating that it is posted with permission of the
copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
the United States without paying any fees or charges. If you are
redistributing or providing access to a work with the phrase “Project
Gutenberg” associated with or appearing on the work, you must comply
either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg
trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.3. If an individual Project Gutenberg electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
will be linked to the Project Gutenberg License for all works
posted with the permission of the copyright holder found at the
beginning of this work.

1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg.

1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg License.

1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
any word processing or hypertext form. However, if you provide access
to or distribute copies of a Project Gutenberg work in a format
other than “Plain Vanilla ASCII” or other format used in the official
version posted on the official Project Gutenberg website
(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
of obtaining a copy upon request, of the work in its original “Plain
Vanilla ASCII” or other form. Any alternate format must include the
full Project Gutenberg License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg electronic works
provided that:

    • You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
        the use of Project Gutenberg works calculated using the method
        you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
        to the owner of the Project Gutenberg trademark, but he has
        agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
        Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
        within 60 days following each date on which you prepare (or are
        legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
        payments should be clearly marked as such and sent to the Project
        Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
        Section 4, “Information about donations to the Project Gutenberg
        Literary Archive Foundation.”
    
    • You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
        you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
        does not agree to the terms of the full Project Gutenberg™
        License. You must require such a user to return or destroy all
        copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
        all use of and all access to other copies of Project Gutenberg™
        works.
    
    • You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
        any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
        electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
        receipt of the work.
    
    • You comply with all other terms of this agreement for free
        distribution of Project Gutenberg™ works.
    

1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
Gutenberg™ electronic work or group of works on different terms than
are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
the Project Gutenberg™ trademark. Contact the Foundation as set
forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
Gutenberg™ collection. Despite these efforts, Project Gutenberg™
electronic works, and the medium on which they may be stored, may
contain “Defects,” such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
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of Replacement or Refund” described in paragraph 1.F.3, the Project
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fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

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defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from. If you
received the work on a physical medium, you must return the medium
with your written explanation. The person or entity that provided you
with the defective work may elect to provide a replacement copy in
lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
or entity providing it to you may choose to give you a second
opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
without further opportunities to fix the problem.

1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you ‘AS-IS’, WITH NO
OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of
damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
violates the law of the state applicable to this agreement, the
agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
remaining provisions.

1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in
accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
production, promotion and distribution of Project Gutenberg™
electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg

Project Gutenberg is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg’s
goals and ensuring that the Project Gutenberg collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.

Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state’s laws.

The Foundation’s business office is located at 41 Watchung Plaza #516,
Montclair NJ 07042, USA, +1 (862) 621-9288. Email contact links and up
to date contact information can be found at the Foundation’s website
and official page at www.gutenberg.org/contact

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread
public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
visit www.gutenberg.org/donate.

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate.

Section 5. General Information About Project Gutenberg electronic works

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

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facility: www.gutenberg.org.

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