The Project Gutenberg eBook of Chroniques de J. Froissart, tome 09/13
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Title: Chroniques de J. Froissart, tome 09/13
1377-1380 (Depuis la prise de Bergerac jusqu'à la mort de Charles V)
Author: Jean Froissart
Editor: Gaston Raynaud
Release date: February 28, 2026 [eBook #78074]
Language: French
Original publication: Paris: Vve J. Renouard, 1869
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/78074
Credits: Clarity, Hans Pieterse and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUES DE J. FROISSART, TOME 09/13 ***
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dans les autres volumes des _Chroniques_ ont été adaptées en
conséquence.
CHRONIQUES
DE
J. FROISSART
23074--PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE
Rue de Fleurus, 9
CHRONIQUES
DE
J. FROISSART
DEUXIÈME LIVRE
PUBLIÉ POUR LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE
PAR GASTON RAYNAUD
TOME NEUVIÈME
1377-1380
(DEPUIS LA PRISE DE BERGERAC JUSQU’A LA MORT DE CHARLES V)
[Logo: SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE.]
A PARIS
LIBRAIRIE RENOUARD
(H. LAURENS, SUCCESSEUR)
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE
RUE DE TOURNON, Nº 6
M DCCC XCIV
EXTRAIT DU RÈGLEMENT.
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_Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome IX
de l’Édition des_ CHRONIQUES DE J. FROISSART, _préparé par_ M.
GASTON RAYNAUD, _lui a paru digne d’être publié par la_ SOCIÉTÉ DE
L’HISTOIRE DE FRANCE.
_Fait à Paris, le 1er août 1894._
_Signé_ L. DELISLE.
_Certifié_,
Le Secrétaire de la Société de l’Histoire de France,
A. DE BOISLISLE.
INTRODUCTION
AU DEUXIÈME LIVRE
DES CHRONIQUES
DE
J. FROISSART.
M. Siméon Luce, qui en 1888 avait achevé la publication du premier
livre des _Chroniques_ de Froissart, venait de commencer l’impression
du deuxième livre, dont il avait fait tirer les quatre premières
feuilles, quand la mort le surprit le 14 décembre 1892, au grand
dommage de l’érudition française. Pour continuer cette édition, à
laquelle j’avais déjà collaboré, la Société de l’Histoire de France
voulut bien s’adresser à moi, par la bonne entremise de M. Léopold
Delisle. C’était un grand honneur, mais aussi une lourde tâche
à laquelle je n’étais qu’imparfaitement préparé et que j’aurais
certainement hésité à accepter, si je n’y avais été encouragé de divers
côtés.
Une fois décidé, j’avais comme premier travail à passer en revue tous
les manuscrits du deuxième livre des _Chroniques_ et à les classer:
je consacrai à cette étude une partie de l’été de 1893; et, soit
en examinant sur place les manuscrits de Londres, de Cheltenham, de
Cambrai, de Bruxelles et d’Anvers[1], soit en recueillant les copies
et les collations faites par d’obligeants correspondants de France
et de l’étranger, je pus établir le classement auquel est consacrée
cette introduction. Tout en achevant l’impression de ce tome IX, qui
finit à la mort de Charles V et contient le tiers du deuxième livre,
je relevais les variantes du texte, suivant un plan un peu différent
de celui de M. Luce, et rassemblais les éléments des notes destinées
au sommaire. Là encore, je me suis légèrement écarté de la méthode de
mon éminent prédécesseur; et mon annotation, sinon abrégée, du moins
condensée, fera peut-être regretter plus d’une fois les développements
abondants et nourris des précédents volumes.
[1] A mon retour M. Delisle voulut bien me remettre de la part
de la famille de M. S. Luce quelques notes relatives aux mss.
de Paris et un paquet de fiches, dont la plupart faisaient
malheureusement double emploi avec celles que M. A. Spont avait
rédigées pour moi d’après les documents des Archives nationales.
CHAPITRE I.
_La Chronique de Flandre insérée dans le deuxième livre de
Froissart.--Date de sa composition.--Ses manuscrits._
Avant d’aborder l’étude de la rédaction proprement dite du deuxième
livre, il me faut dire quelques mots de la _Chronique de Flandre_
composée antérieurement par Froissart et insérée dans son deuxième
livre, après l’avoir tout d’abord abrégée et façonnée au cadre général
de ses _Chroniques_. Cette _Chronique de Flandre_, dont on connaît
aujourd’hui trois manuscrits, commence en ces termes:
«Je, Jehan Froissart, prestre de la nation de la conté de Haynnau et
de la ville de Vallenchiennes, et en ce temps tresorier et chanoine de
Chimay, qui du temps passé me suis entremis de traictier et mettre
en prose et en ordonnance les nobles fais et haultes advenues des
grans faiz d’armes qui advenus sont tant des guerres de France et
d’Angleterre comme de ailleurs, me suis advisé de mettre en escript les
grans tribulations et pestillences qui furent en Flandres, et par le
fait de orgueil et de ceulx de Gand, à l’encontre du conte Loys, leur
seigneur, dont moult de maulx vindrent et nasquirent depuis, si comme
vous orrez recorder avant en l’ystoire, et en l’incarnation commenchant
l’an de grace Nostre Seigneur MCCCLXXVIII[2].»
[2] J’emprunte ce texte au ms. de la Bibl. nat. fr. 5004,
fol. 1 rº.
Suit un assez long passage relatif aux contestations survenues de
tout temps entre les villes de Gand et de Bruges à propos des eaux de
la Lys; puis commence le corps même de la rédaction de la _Chronique
de Flandre_, qu’à partir du § 101 (p. 158) de la présente édition,
Froissart a intercalée dans son deuxième livre par séries de chapitres,
corrigeant et surtout supprimant beaucoup[3].
[3] Buchon (t. II, p. 352-364) a comparé le texte des
_Chroniques_ à celui de la _Chronique de Flandre_ donné par le
ms. de la Bibl. nat. fr. 5004.
La concordance entre la rédaction des _Chroniques_ et celle des
différents manuscrits de la _Chronique de Flandre_ ne cesse qu’à
l’extrême fin du deuxième livre, à la paix de Tournai, en décembre
1385, après un paragraphe[4] qui dans certains manuscrits de la
rédaction primitive et de la rédaction revisée, clôt le deuxième livre.
Le ms. de Paris (Bibl. nat. fr. 5004) se termine par le récit abrégé
de la mort de François Ackerman (août 1386); un des mss. de Cambrai
(l’autre étant incomplet à la fin) va jusqu’à l’entrée du duc et de la
duchesse de Bourgogne à Bruges en novembre 1386.
[4] Buchon, t. II, p. 349; Kervyn, t. X, p. 438.
Ces dates donnent la dernière limite à laquelle puisse être reportée
la composition de la _Chronique de Flandre_; peut-être encore faut-il
l’avancer d’un an, en supposant, ce qui est assez probable, que la
narration s’arrêtait primitivement à la paix de Tournai, en décembre
1385, et que les chapitres subséquents ne sont que des additions
postérieures.
Remarquons que, dans le préambule publié plus haut, le chroniqueur se
nomme _tresorier et chanoine de Chimai_. C’est la première mention que
l’on ait de ce titre, qui depuis 1372 était à la nomination de Gui de
Châtillon, comte de Blois. Froissart, qui en juillet 1382 était encore
curé des Estinnes, ne l’était donc plus quand il écrivit sa _Chronique
de Flandre_. Depuis quelque temps déjà il s’éloignait de Robert de
Namur; et quand le 7 décembre 1383 il vit mourir le duc de Brabant
Wenceslas, un de ses protecteurs, il n’eut plus qu’à s’attacher tout
entier à Gui de Blois, son «bon maistre[5]», comme il l’appelle, auprès
duquel il dut achever cette chronique, dont il avait recueilli les
éléments pendant ses fréquents séjours en Flandre.
[5] Buchon, t. II, p. 654; Kervyn, t. XIII, p. 18.
Des trois manuscrits qui ont conservé la _Chronique de Flandre_, et que
je désigne par les lettres _F 1_, _F 2_ et _F 3_, le premier (_F 1_ =
B. N. fr. 5004) contient 295 chapitres et finit au récit abrégé de la
mort de François Ackerman; le deuxième (_F 2_ = Bibl. de Cambrai, ms.
677, catalogue Molinier nº 746) est incomplet au commencement, et se
divise en 73 chapitres, dont les deux derniers, développés ou ajoutés
postérieurement, se rapportent à la mort de François Ackerman et à
l’entrée du duc de Bourgogne à Bruges; le troisième (_F 3_ = Bibl. de
Cambrai, ms. 700, catalogue Molinier nº 792) n’a pas de rubriques et
est incomplet à la fin.
J’ai absolument écarté ces trois manuscrits pour la constitution du
texte et le relevé des variantes: ils représentent en effet un état
antérieur des _Chroniques_, que Froissart a accommodé plus tard à son
nouveau plan. Ce n’est que tout à fait exceptionnellement, dans le cas
où tous les autres manuscrits faisaient défaut, que les leçons de ces
trois manuscrits ont été adoptées, par exemple à la p. 160, l. 6-7, où
la _Chronique de Flandre_ est seule à fournir la leçon _Jean d’Iorque_,
forme estropiée de _Jean Doncker_, que Froissart se réservait sans
doute de restituer dans une nouvelle revision de ses _Chroniques_.
CHAPITRE II.
_La rédaction primitive du deuxième livre. Date de sa
composition.--Classement des manuscrits._
Le deuxième livre des _Chroniques_ n’offre point, comme le premier,
plusieurs rédactions différentes; il n’en présente qu’une seule,
revisée plus tard et quelque peu remaniée dans certains manuscrits.
Cette rédaction, que j’appellerai _primitive_, et qui commence dans le
présent volume au § 83, remonte à une époque où, après des remaniements
successifs, l’auteur avait développé jusqu’en 1378 la fin de la
première rédaction de son premier livre, qu’il faisait finir avec le
§ 82. Le manuscrit de Besançon[6], dont le premier livre se termine
par les mots: «si comme vous orrés recorder avant en l’istoire»,
offre un exemple de cette coupure pour les deux premiers livres des
_Chroniques_[7]. Plus tard cette continuation fut admise dans la
première rédaction revisée du premier livre (représentée par le ms.
de la Bibl. nat. fr. 5006), dont le second livre commence à la prise
de la Roche-sur-Yon (t. VII, p. 163, § 631). Quand enfin Froissart
eut reculé le commencement du second livre à la place qu’il occupe
dans cette édition et remplacé à la nouvelle fin de son premier livre
la continuation par quelques chapitres ajoutés[8], cette continuation
forma tout naturellement la tête de la rédaction primitive du second
livre, qui, une fois revisée, devint la suite de la première rédaction
revisée du premier.
[6] Contrairement à l’opinion de M. S. Luce (t. I, p. XXVII)
j’estime que dans le ms. de Besançon la continuation appartient
non pas à la première rédaction proprement dite, mais à la
rédaction revisée: la parenté étroite des mss. _B 5_, _B 7_
du second livre et du ms. de Besançon est prouvée pour cette
partie du texte par un bourdon qui supprime près de deux pages
du présent volume (p. 70, l. 19, avoient... Lanclastre, p. 72,
l. 12).
[7] Cf. t. I, p. XXVII.
[8] Cf. t. I, p. XXVIII.
On a vu plus haut que la _Chronique de Flandre_ avait dû être écrite
très vraisemblablement en 1386. C’est à une année plus tard qu’il faut
reporter la date de la composition du deuxième livre des _Chroniques_.
Une allusion en effet au mariage de Jean, fils du duc de Berry, et de
Catherine de France, qui eut lieu le 5 août 1386 (t. IX, p. 47) montre
que la nouvelle œuvre de Froissart ne peut être antérieure à cette
date. D’autre part, l’auteur nous dit lui-même, dans son troisième
livre[9], qu’en 1388 il avait achevé la rédaction du livre précédent.
C’est donc en 1387, alors qu’il était sur les bords de la Loire
auprès de Gui de Blois, qu’il mit au jour la nouvelle partie de ses
_Chroniques_, où il fondit sa _Chronique de Flandre_.
[9] Buchon, t. II, p. 369; Kervyn, t. XI, p. 2-3.
Les manuscrits de la rédaction primitive du second livre sont peu
nombreux, 9 seulement, et se distinguent en trois familles par leur
fin. Ils ont tous même commencement: «Vous avés bien chi dessus oï
recorder comment li sires de Moucident se tourna françois».
Voici le tableau des mss. que je désigne par la lettre _A_:
MSS. DE LA RÉDACTION PRIMITIVE. = MSS. A.
PREMIÈRE FAMILLE.
Mss. _A 1_ = ms. Vossius fol. gall. 9 II de la Bibl. de
l’Université de Leide.
_A 2_ = ms. 1277 de la Bibl. de Cheltenham (Th.
Phillipps).
_A 3_ = ms. 148 de la Bibl. de lord Ashburnham, à
Ashburnham Place.
DEUXIÈME FAMILLE.
Mss. _A 4_ = ms. Arundel 67 II du Musée britannique.
_A 5_ = ms. 206 de la Bibl. de lord Mostyn, à
Mostyn Hall (Pays de Galles).
TROISIÈME FAMILLE.
Mss. _A 6_ = ms. de la Bibl. de Besançon[10], t. II.
_A 7_ = ms. fr. 2664 de la Bibl. nat.
_A 8_ = ms. fr. 2658 --
_A 9_ = ms. 24258 de la Bibl. de Cheltenham (Th.
Phillipps).
[10] On a vu plus haut, p. V, que le tome I de ce ms. contient
la continuation formant la tête du second livre.
Le ms. _A 1_ qui a servi de base à l’édition à partir du § 83 présente
quelques lacunes: il se recommande par les formes archaïques que seul
parfois il contient.
Les mss. _A 2_ et _A 3_, tous deux œuvres de Raoul Tainguy, le copiste
fantaisiste auquel M. Luce a consacré une notice intéressante[11],
offrent un grand nombre d’interpolations, dont la plupart ne sont
que des injures adressées en une sorte d’argot populaire aux gens du
commun, pour lesquels le copiste professe un souverain mépris. Le
ms. _A 2_, qui se rapproche le plus du ms. _A 1_, est incomplet au
commencement.
[11] _Œuvres complètes d’Eustache Deschamps_, publiées pour la
_Société des anciens textes français_, t. II (1860), p. VI-XVI;
2e édition augmentée, dans _La France pendant la guerre de Cent
Ans_, 1re série (1890), p. 249-259.
Les trois mss. ajoutent à la fin, après la paix de Tournai, un assez
long passage formant variante avec la _Chronique de Flandre_.
Les mss. _A 4_ et _A 5_ interrompent brusquement leur texte bien avant
la fin ordinaire du second livre[12]: «car Alemant vont volentiers
en pelerinage, et l’ont eu et le tiennent en usage». Je regrette de
n’avoir pu examiner _de visu_ le ms. _A 5_, n’ayant eu à ma disposition
que la reproduction photographique de trois pages du ms., suffisantes
cependant pour constater que les mss. _A 4_ et _A 5_ n’ont pas la même
suite de rubriques.
[12] Buchon, t. II, p. 319; Kervyn, t. X, p. 348.
Les mss. de la troisième famille offrent parfois certaines omissions
dues à la hâte des copistes, et se terminent à la paix de Tournai, en
1385.
CHAPITRE III.
_La rédaction revisée du deuxième livre. Date de sa
composition.--Classement des manuscrits._
Après ce qui a été dit dans le chapitre précédent de la rédaction
primitive du deuxième livre et de la façon dont elle se relie au
premier, je n’ai que peu de mots à ajouter sur la rédaction revisée,
qui ne s’éloigne guère de la rédaction primitive que dans certains mss.
de la troisième famille, rectifiant et surtout augmentant le texte.
Ayant même point de départ que la rédaction primitive, la rédaction
revisée a subi au cours des années, du vivant de Froissart, des
additions et des remaniements qui ont abouti au texte représenté par
le ms. de Breslau (= _B 20_). Le ms. détruit de Johnes, dont nous
connaissons quelques extraits, devait peut-être compléter encore le
travail toujours amélioré de l’auteur.
En y comprenant les fragments que, grâce aux rubriques, on a pu
rapprocher des mss. similaires, et les _abrégés proprement dits_, les
manuscrits de la rédaction revisée sont au nombre de 24, ayant tous un
commencement à peu près semblable[13], avant lequel est reproduit le §
788 du premier livre (voy. plus loin p. 293), et finissant, les uns (_B
1_ à _B 3_ et _B 7_ à _B 19_) comme les mss. _A 1_ à _A 3_, les autres
(_B 5_ et _B 6_, _B 21_ à _B 24_) comme les mss. _A 6_ à _A 9_.
[13] A l’exception de _B 4_ et de _B 20_, sur lesquels je
reviendrai tout à l’heure.
En voici le tableau divisé en 3 familles:
MSS. DE LA RÉDACTION REVISÉE. = MSS. B.
PREMIÈRE FAMILLE.
1re branche: Mss. _B 1_ = ms. fr. 5006 de la Bibl. nat.,
fol. 78 vº.
_B 2_ = ms. fr. 20357 --
fol. 81 vº.
_B 3_ = ms. nouv. acq. fr. 5213 de la
Bibl. nat. (_anc._ ms.
Mouchy-Noailles), fol. 397 _a_
(_fragment_).
2e branche: _B 4_ = ms. fr. 2660 de la Bibl. nat.
DEUXIÈME FAMILLE.
1re branche: Mss. _B 5_ = ms. fr. 6472 de la Bibl. nat.
_B 6_ = ms. Mailly-Nesles, au château
de la Roche-Mailly (Sarthe).
2e branche: _B 7_ = ms. fr. 2676 de la Bibl. nat.
_B 8_ = ms. fr. 2652 --
_B 9_ = mss. fr. 2668-2669 --
_B 10_ = ms. U 28 de la Bibl. de Rouen
(_fragment_).
_B 11_ = ms. 88 (2e série) de la Bibl. de
Bruxelles (_anc._ ms.
Boxmer, _fragment_).
TROISIÈME FAMILLE.
Mss. _B 12_ = ms. fr. 6476 de la Bibl. nat.
_B 13_ = ms. fr. 2644 --
_B 14_ = ms. 5188 de la Bibl. de l’Arsenal (_anc._
_H F_ 144).
_B 15_ = ms. Reg. 14 D IV du Musée britannique.
_B 16_ = ms. Reg. 18 E I --
_B 17_ = ms. 5 du Musée Plantin à Anvers.
_B 18_ = ms. 132 de la Bibl. de Darmstadt.
_B 19_ = ms. _A 13_ de la Bibl. de Berne.
_B 20_ = ms. _R 2_ de la Bibl. de Breslau, fol. 119 _a_.
ABRÉGÉS PROPREMENT DITS.
Mss. _B 21_ = ms. fr. 5005 de la Bibl. nat.
_B 22_ = ms. 3839 de la Bibl. de l’Arsenal (_anc._
_H F 145_).
_B 23_ = ms. 20786 de la Bibl. de Bruxelles.
_B 24_ = ms. de la Bibl. du prince Pückler-Muskau,
au château de Branitz (Prusse[14]).
[14] Je ne connais ce ms. que par les notices de M. Kervyn de
Lettenhove.
Avec les mss. de la _première famille_, le deuxième livre, comme on
l’a déjà vu, commence à la prise de la Roche-sur-Yon; il se termine au
siège de Bergerac (fin du § 6) dans le ms. _B 3_, n’offrant ainsi qu’un
fragment de quelques pages pour ce qui forme le véritable deuxième
livre adopté par cette édition. Il devait se terminer un peu plus loin,
avec le § 35, dans l’exemplaire complet que représente aujourd’hui
seulement le ms. _B 4_, ne commençant ce qu’il appelle son _troisième_
livre qu’au départ de Grégoire XI pour Rome.
Les mss. de la deuxième famille, dont les deux branches sont
différenciées par la fin seulement, présentent des rapprochements très
grands avec les mss. de la troisième famille de la rédaction primitive.
Les mss. de la troisième famille donnent, tantôt isolément, tantôt par
petits groupes, des variantes et surtout des additions, fournissant la
preuve de retouches multiples. Le ms. de Breslau, _B 20_, qui commence
son deuxième livre au siège de Bourdeille (cf. t. VIII, p. 119),
constitue le dernier état de la rédaction revisée par Froissart.
Les _abrégés proprement dits_ du second livre, bien qu’ils aient la
même fin que les mss. de la deuxième famille, ont été rédigés d’après
les mss. de la troisième.
CHAPITRE IV.
_Du choix et de l’établissement du texte.--De l’orthographe
et de l’accentuation.--Des variantes.--Du sommaire._
N’ayant pas à choisir entre deux rédactions différentes, on a adopté
le texte le plus ancien, représenté, pour la continuation du premier
livre, par le ms. _B 1_ et pour la suite, à partir du § 83, par le ms.
_A 1_, ces deux mss. étant corrigés par d’autres, quand il y avait lieu.
L’orthographe des deux mss. a généralement été respectée. A partir
de la feuille 5, on a remplacé les _z_ finaux par les _s_ et les _y_
surmontés du tréma par des _ï_; à partir du § 83, l’_s_ est partout
substituée au _z_ et l’_i_ à l’_y_.
J’ai dû naturellement me conformer à la méthode d’accentuation
adoptée par M. Luce et mettre des accents graves sur des syllabes
qui demanderaient des accents aigus: _commenchièrent_ pour
_commenchiérent_; de même certains mots en _eu_ (_esleu_), comptés pour
deux syllabes dans les poésies de Froissart, auraient pu s’imprimer en
_eü_ (_esleü_).
On a relevé les variantes non pas de tous les manuscrits, comme en
principe voulait le faire M. Luce pour le premier livre, mais seulement
d’un certain nombre d’entre eux, appartenant chacun à une famille
différente. On trouvera donc régulièrement, pour la continuation,
les variantes des mss. _B 1_, _B 5_, _B 7_, _B 12_, auxquelles on
devra ajouter celles des mss. _A 2_ et _A 7_, à partir du § 83. A ces
variantes on a joint aussi celles du ms. de Breslau (= _B 20_), qui
forme le dernier état de la revision de Froissart. Quant aux autres
mss., ce n’est que dans le cas spécial où la leçon à adopter était
douteuse que leurs variantes ont été données, servant aussi parfois à
justifier le classement des manuscrits.
Le sommaire a été fait aussi court que possible, et c’est une
annotation, non pas un commentaire, que je me suis proposé d’y joindre.
En principe je n’ai donné de détails sur les personnages qu’autant
qu’ils apparaissaient pour la première fois, mais les exceptions à
cette règle sont nombreuses. J’ai surtout cherché dans le texte du
chroniqueur à contrôler et à rectifier les faits qu’il avance bien
souvent avec inexactitude.
Dans cette tâche j’ai été très heureusement aidé par mon confrère A.
Spont, qui, pendant que je me réservais les imprimés et les collections
manuscrites de la Bibliothèque nationale, dépouillait les séries des
Archives nationales et du Record Office avec une ardeur scientifique et
une intelligence pénétrante dont je ne saurais trop lui savoir gré.
Ils sont du reste nombreux ceux à qui je dois des remerciements à
l’occasion de l’édition du second livre de Froissart: M. L. Delisle
tout d’abord, qui un des premiers a songé à m’associer au travail de
M. Luce, et qui depuis, comme commissaire responsable, a bien voulu
me faire profiter de sa science et de son érudition inépuisables;
mes anciens collègues du département des mss. de la Bibliothèque
nationale, MM. Deprez, Couderc et particulièrement M. H. Moranvillé,
dont les travaux se rattachent à l’époque de Froissart; mes confrères
des Archives nationales et principalement M. H. Courteault; le Dr Max
Hippe, qui m’a fourni si obligeamment les variantes du ms. de Breslau;
miss L. T. Smith, dont l’aide m’a été précieuse pour les copies et les
collations des mss. de Londres; MM. Fenwick à Cheltenham; le Dr W. N.
du Rieu à Leide; M. Max Rooses à Anvers; M. Ouverleaux à Bruxelles; le
Dr A. Schmidt à Darmstadt; M. Freymond à Berne; M. Beaurain à Rouen;
enfin le Rev{d} Ch. Astley, et Mr. Jones, à Llandudno, à qui je suis
redevable des photographies du ms. de Mostyn Hall. Je m’en voudrais
de ne pas ajouter un nom à cette liste, celui d’un autre éditeur de
Froissart aujourd’hui disparu, M. le baron Kervyn de Lettenhove, dont
l’œuvre, tout en laissant souvent à désirer, n’en a pas moins plus
d’une fois abrégé ou dirigé mes recherches.
Paris, 15 mai 1894.
SOMMAIRE.
CHAPITRE I.
_1377, 22 août._ SIÈGE DE BERGERAC.--_1er septembre._
BATAILLE D’EYMET, CAPTURE DE THOMAS DE FELTON.--_2
septembre._ PRISE DE BERGERAC.--_Octobre._ PRISE DE
DURAS.--_Fin de 1377._ SIÈGE DE MORTAGNE-SUR-GIRONDE
PAR OWEN DE GALLES. (§§ 1 à 20.)
Pendant que le duc de Bourgogne fait sa chevauchée en Picardie, le
duc d’Anjou, séjournant à Toulouse avec la duchesse, décide, pour
remédier aux dommages que font aux habitants les garnisons anglaises
des nombreux châteaux forts de la rivière de Dordogne et des pays de
Rouergue, de Toulousain, de Querci et de Limousin, de mettre le siège
devant Bergerac, la clé de la Gascogne[15]. Sachant que plusieurs
seigneurs gascons tels que les seigneurs de Duras, de Rauzan, de
Mussidan, de Langoiran et autres lui sont hostiles, il appelle auprès
de lui Jean d’Armagnac et le seigneur d’Albret, en même temps que le
connétable de France B. du Guesclin[16], le maréchal Louis de Sancerre,
le seigneur de Couci et autres barons de Picardie, de Bretagne et de
Normandie. P. 1, 2, 293.
[15] Le duc d’Anjou, qui se trouvait au commencement de juin
à Paris et avant le 27 à Poitiers (_Arch. Nat._, KK 252, fol.
137-138), quitta cette dernière ville le 1er août, «que M.
le duc fist ses ordenances à son partir de Poitiers» (_Arch.
Nat._, KK 242, fol. 61), pour retourner à Toulouse. Dès le 12
juillet il faisait ses préparatifs, et son écuyer de cuisine,
Jean de La Rivière, recevait 100 francs pour acheter plusieurs
choses «qui lui faisoient besoing pour servir mondit seigneur
le duc en ceste presente guerre de Guienne» (_Arch. Nat._,
_ibid._, fol. 52).
[16] Nous savons, d’après une note empruntée par M. H.
Moranvillé (_Ét. sur la vie de Jean le Mercier_, 1888, p. 58)
à la collection De Camps (_Bibl. Nat._, vol. 84, fol. 265 vº),
que B. du Guesclin, dès le 21 juin, avait été retenu avec 200
hommes pour servir sous le duc d’Anjou.
Depuis 1375 il y avait grand différend entre la famille des seigneurs
de Pommiers et le grand sénéchal de Bordeaux pour le roi d’Angleterre,
Thomas de Felton, qui avait fait décoller en place publique
Guillaume[17], seigneur de Pommiers, et son clerc Jean Coulon, accusés
d’avoir embrassé le parti français. Aymenion de Pommiers[18], oncle
de Guillaume, quitta le pays et, après un voyage en Terre Sainte, se
déclara sujet du roi de France et fit longtemps la guerre au seigneur
de Lesparre, un des juges de son neveu. Même accusation d’appartenir au
parti français fut portée contre Jean de Plassac, qui, de plus, ayant
livré au roi le château de Fronsac, fut décollé à Bordeaux; contre
Pierre de Landiras et Bertrand de Francs qui, après un mois de prison,
furent relâchés sans preuves; contre Gaillard Vigier enfin, qui put
prouver son alibi, étant en ce temps en Lombardie avec le seigneur de
Couci.
[17] Guillaume Sans, seigneur de Pommiers, vicomte de Fronsac,
accusé d’avoir traité avec la France «pour metre dedans ses
lieux (Fronsac) deus cens hommes d’armes et cent arbalestriers
pour ferre guerre au roy d’Angleterre» (_Rec. Off., Treas. of
Rec., Misc._ 38/16), fut emprisonné le 24 mars 1377, jugé les
10-11 avril (_Ibid._) et condamné à avoir la tête tranchée
après confiscation de ses biens (_Bibl. Nat., coll. Moreau,
Bréq._ 30) (Extraits du _Record Office, Vascon Rolls_, fol.
180-201).
[18] Aymenion de Pommiers, qui se déclara pour le roi de France
et reçut de ce chef 1000 livres par an, avait pourtant mis
comme réserve à son service de ne pas faire la guerre au roi
d’Angleterre, ni à ses enfants: «promisit esse bonus et fidelis
vassallus domino regi et successoribus suis et servire contra
omnes qui possint venire et mori, rege Angliæ et liberis suis
exceptis». (_Extr. de journaux du Trésor_, dans la _Bibl. de
l’Éc. des Ch._, t. XLIX, 1888, p. 377.)
Toutes ces poursuites et ces accusations entretenaient en Gascogne des
haines, qui ne pouvaient que mal aboutir. P. 2 à 4, 293, 294.
Quand le duc d’Anjou a auprès de lui le connétable du Guesclin et la
plus grande partie de ses gens d’armes, il marche[19] sur Bergerac
dont le capitaine et gardien, Perducat d’Albret[20], se tenait tout
près de là au château de Montcuq. L’armée du duc d’Anjou est nombreuse;
ce sont le connétable et ses gens d’armes, puis Jean d’Armagnac, Louis
de Sancerre, Jean[21] et Pierre[22] de Bueil, Owen de Galles, Maurice
de Tréséguidi, un des trente Bretons, Alain de Beaumont[23], Alain de
la Houssaye, Guillaume de Moncontour, Pierre de Mornai[24], Jean de
Vergt, Baudouin de Crenon[25], Elyot de Talaye[26], etc. Tout ce monde
s’établit le long de la Dordogne, et les escarmouches commencent. P. 4,
5, 294.
[19] Le duc d’Anjou ne vint pas directement de Toulouse à
Bergerac, mais, passant par Nontron et les Bernardières que
brûlèrent les Anglais, il alla faire le siège de Condac, qu’il
prit au bout de trois jours, et de Bourdeilles, qui se rendit
après six jours. C’est sous les murs de cette ville qu’il fut
rejoint par Jean de Bueil, sénéchal de Beaucaire, lui amenant
cinq cents hommes d’armes et deux cents arbalétriers (_Grandes
Chroniques_, t. VI, p. 350-351). Le siège de Bergerac commença
le 22 août (_Arch. de Périgueux, Petit Livre noir_, fol. 3 vº).
La nouvelle de la prise de Bourdeille n’arriva au roi qu’assez
tard: à la date du 19 septembre, Pierre Barrillet, chevaucheur,
donne quittance de 40 francs d’or à lui donnés par le roi «pour
les bonnes nouvelles qu’il lui a apportées nouvellement...
de la prinse du chastel de Bordille». (_Bibl. Nat._, ms. fr.
26014, nº 2009.)
[20] Voy. sur Perducat d’Albret la notice d’Em. Labroue dans le
_Livre de vie_ (1891), p. 111-161.
[21] Jean de Bueil, chambellan du roi dès 1372, paraît comme
chambellan du duc d’Anjou dans une pièce datée de Villeneuve
d’Agenois, 31 juillet 1377; il sert en Picardie en 1380 (_Bibl.
Nat., Pièces orig._ vol. 549).
[22] Pierre de Bueil, frère de Jean, chambellan, puis maréchal
du duc d’Anjou, est retenu pour servir en Guyenne le 1er mars
1379 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 549).
[23] Sur Alain de Beaumont, voy. la notice de M. Paul Guérin
dans les _Archives hist. du Poitou_, t. XIX, p. 297, note 1.
[24] Pierre de Mornai, sénéchal de Périgord en 1387, a fait
les guerres de Saintonge, Périgord et Limousin sous Louis de
Sancerre en 1375 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2057).
[25] Baudouin de Crenon paraît dans une revue passée à Cléry
le 5 septembre 1380 et donne quittance de 108 francs d’or à
Chartres le 10 septembre de la même année (_Bibl. Nat., Clair._
vol. 36, nos 2748 et 2749).
[26] Eliot de Talaye, _et non_ Calay comme l’écrit Froissart,
écuyer, paraît dans une montre du 1er septembre 1375. Une
quittance du 30 septembre nous le montre prenant part cette
même année aux expéditions de Saintonge et d’Anjou sous les
ordres de Louis de Sancerre (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
2787).
Le sixième jour du siège, arrivent le seigneur d’Albret et Bernard
d’Albret, son cousin, qui sont accueillis avec joie; le huitième, le
duc d’Anjou décide en conseil d’attendre de nouveaux renforts, et
principalement les gens du seigneur de Couci, pour donner l’assaut. P.
5, 294.
Pendant ce temps[27] Thomas de Felton, se sentant menacé à Bordeaux
par le voisinage de l’armée française, avait envoyé demander du secours
en Angleterre par une première ambassade, qui ne réussit pas; il
dépêche alors le seigneur de Lesparre[28], qui se fait prendre dans les
eaux espagnoles et reste prisonnier en Espagne plus d’un an et demi,
toujours poursuivi de la haine des seigneurs de Pommiers. P. 5, 6, 294,
295.
[27] Dès le mois de juillet Thomas de Felton s’était mis en
mesure de résister au duc d’Anjou; à la date du 23 juillet
1377, le comptable de Bordeaux paye à la ville de Libourne 300
l., à Saint-Emilion 380 l., à Sainte-Foy 260 l., à Bergerac
400, à la Salvetat 200, à Sauveterre 380, à Montségur 300, «ad
resistendum malicium et adventum domini ducis Andegavie». A la
même date des réparations sont faites au château de Bordeaux
(_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/1).
Le 15 août Thomas de Felton demande de nouveaux secours au
comptable de Bordeaux (_Ibid._ 470/5).
[28] Florimont de Lesparre joue un rôle important à Chypre
avant cette date (voy. la _Prise d’Alexandrie_ par Guillaume
de Machaut, éd. Mas-Latrie). Pourvu à son retour d’Orient
d’une rente de 80 livres par le roi d’Angleterre, il se
rendait en Angleterre avec Jean de Harpedane et Jean de Gerson
pour presser l’envoi d’un renfort, quand il fut pris par la
flotte espagnole et conduit en Espagne. Associé dès 1369
avec le captal de Buch pour les profits de la guerre, il eut
plus tard avec lui des différends nombreux (Rabanis, _Notice
sur Florimont de Lesparre_ dans les _Actes de l’Académie de
Bordeaux_, 5e année, 1843, p. 75-112).
Thomas de Felton est plus heureux en appelant auprès de lui à Bordeaux
les quatre plus puissants et plus vaillants barons du parti anglais
en Gascogne, les seigneurs de Mussidan[29], de Duras, de Rauzan et de
Langoiran[30]: il a ainsi à sa disposition cinq cents lances, dont
trois cents quittent aussitôt la ville pour s’en aller chevaucher en
terrain français, et, passant par la Réole[31], viennent loger, à
l’insu des Français, en la ville d’Eymet[32]. P. 6, 7, 295.
[29] Sur Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan, voy. la
notice d’Em. Labroue, dans le _Livre de vie_, p. 247-310.
[30] Du 1er juin au 31 août 1377 ces quatre seigneurs devaient
fournir au service du roi d’Angleterre, le premier et le
dernier 30 hommes, les deux autres 20 hommes, payés par maître
Richard Rotour, comptable de Bordeaux (_Rec. Off., Queen’s
Rem., Misc., Realm of France_ 470/2). Un mandement du conseil
royal de Gascogne attribue le 23 mai 1377 aux seigneurs de
Rauzan et Montferrand 500 livres, pour ce que «ils ne poent
leurs lieux et forteresses maintenir et gouverner» par suite de
«la malice des enemys» (_Rec. Off., Ibid._ 470/5)
[31] Gironde, ch.-l. d’arr.
[32] Dordogne, arr. de Bergerac.
Le siège continue sans grand succès pour les Français, qui prennent
parti d’envoyer chercher à la Réole un grand engin de guerre, une
_truie_ qui lançait de grosses pierres et pouvait contenir cent hommes
d’armes. On charge de cette expédition Pierre de Bueil, Jean de Vergt,
Baudouin de Crenon, et les sires de Montcalais et de Quesnes[33],
qui avec trois cents lances passent la Dordogne à gué et arrivent
à la Réole, sans se douter de la présence des Anglais à Eymet. Le
connétable, qui en a connaissance, envoie pour les soutenir une route
de deux cents lances sous la conduite de Pierre de Mornai, d’Owen de
Galles, de Thiébaud du Pont et d’Elyot de Talaye, qui rencontrent les
gens de Pierre de Bueil revenant de la Réole avec la _truie_ et ayant
pris au retour un autre chemin.
[33] Lirian des Quesnes, chevalier, donne quittance de 180
fr. pour son service en Picardie sous le duc de Bourgogne, le
7 octobre 1380 à Chartres (_Bibl. Nat., Clair._, vol. 91, nº
7111).
Cette armée française, forte de 5 à 600 lances, se trouve à Eymet en
présence des Anglais, et la bataille a lieu, où périt Elyot de Talaye
et où se distingue tout particulièrement un chevalier berrichon, Jean
de Lignac[34]. P. 7 à 10, 295.
[34] Jean de Lignac avait précédemment été fait prisonnier par
Florimont de Lesparre (Rabanis, _Actes de l’Acad. de Bordeaux_,
5e année, 1843, p. 100).
Le choc est terrible; les Gascons perdent un chevalier, le seigneur de
Grignols[35]; les Français, Thiébaud du Pont. La victoire reste enfin
aux Français qui font prisonniers les seigneurs de Mussidan, de Duras,
de Langoiran et de Rauzan, ainsi que Thomas de Felton, pris de la main
même de Jean de Lignac. Le reste des Anglais et des Gascons s’enfuit
pour se réfugier à Bordeaux et rencontre en chemin le sénéchal des
Landes, Guillaume Helmen, et le maire de Bordeaux, Jean de Multon, qui
venaient à leur secours avec cent lances. Apprenant la défaite des
leurs, ils retournent tous à Bordeaux[36]. P. 10, 11, 295, 296.
[35] Un Jean, seigneur de Grignols, écuyer, qui appartient à
cette date au parti français, est retenu le 13 mars 1369 au
service du duc d’Anjou, et figure le 27 dans une montre passée
à Chastiaulz-Jaloux en Bordelais (_Bibl. Nat., Pièces orig._,
vol. 1409).
[36] La bataille d’Eymet eut lieu le 1er septembre (_Grandes
Chroniques_, t. VI, p. 352). Dès le 3, le conseil de Bordeaux
envoie demander des secours, «post capcionem Thome de Felton»
à Lourdes, à Bayonne, à Dax et autres villes des Landes (_Rec.
Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/1). Le 6, le
patron de barque Gaston est envoyé en Angleterre, porteur de
lettres apprenant au roi l’état de la Guyenne après la prise de
Thomas de Felton (_Ibid._). Le 8 septembre, le roi d’Angleterre
confirme une charte accordée à la ville de Bordeaux le 26 mars
1277, et l’autorisant à lever pour deux ans un droit sur les
marchandises (_Rec. Off., Vasc. Rolls., 1 Rich. II_, m. 14).
Les Français se hâtent de profiter de leur victoire et se disposent
avec leur nouvel engin à donner l’assaut à Bergerac. Malgré l’avis de
leur capitaine, les habitants, se sentant abandonnés, se rendent au
connétable, à condition qu’on ne leur imposera pas de garnison[37].
Perducat d’Albret, à l’insu duquel avaient été faites les négociations,
se réfugie au château de Montcuq[38]. P. 11, 12, 296.
[37] Bergerac est pris le 2 septembre: «lo dich ii jorns
de setembre MCCCLXXVII, M. lo duc d’Anjou pres lo luoc de
Bragayrach e plus d’autres LX forts del pays» (_Le petit
Thalamus de Montpellier_, 1840, p. 395). Le duc d’Anjou
confirme les privilèges des habitants de Bergerac, venus de
leur plein gré à l’obéissance du roi. (_Arch. Nat._, JJ 186,
fol. 34.)
[38] Aujourd’hui château en ruines, commune de
Saint-Laurent-des-Vignes, Dordogne, arr. de Bergerac.
Bergerac pris, le duc d’Anjou se décide à mettre le siège devant
Castillon-sur-Dordogne[39]; il part donc avec le connétable et les gens
d’armes, laissant derrière lui le maréchal de Sancerre, qui attend la
venue du seigneur de Couci[40]. Ce dernier arrive le lendemain avec
Aymenion de Pommiers, Jean[41] et Tristan[42] de Roye, le seigneur
de Fagnolle, Jean de Jeumont[43], Jean de Rosai[44], Robert de
Clermont[45] et autres chevaliers, et rejoint bientôt l’armée du duc,
dont l’avant-garde avait reçu en passant la soumission de la ville de
Sainte-Foy[46]. P. 13, 296.
[39] Gironde, arr. de Libourne.
[40] Avant de rejoindre l’armée du duc d’Anjou, le 26 août,
Enguerrand de Couci avait écrit au roi d’Angleterre cette
lettre mémorable, publiée d’après Rymer par Kervyn de
Lettenhove (_Œuvres de Froissart_, t. XXI, p. 41-42) et par M.
Emile Labroue (_Bergerac sous les Anglais_, 1893, p. 99), où il
renonce aux domaines qu’il tenait de la couronne d’Angleterre,
ainsi qu’à l’ordre de la Jarretière, pour embrasser ouvertement
la cause du roi de France. Cette lettre fut remise au roi le 29
octobre par un page nommé Jean Pière, sachant parler l’anglais
(_Rec. Off., Close Rolls, 1 Rich. II_, m. 24 rº). A la date
du 7 avril 1377, les gages mensuels de guerre d’Enguerrand de
Couci au service du roi de France étaient de 500 francs d’or
(_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 875).
[41] Jean de Roye, chevalier, donne quittance à la date du 27
novembre 1377, à Toulouse, d’une somme de 100 francs d’or au
duc d’Anjou: il est au service du duc de Bourbon le 12 juillet
1385. Seigneur d’Aunoy en 1385, chambellan du roi en 1390, il
est capitaine et garde du chastel et ville de la Ferté-Milon
le 29 mai 1393 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2584). Un
mandement de Charles VI daté de Mâcon, 10 février 1390, accorde
500 livres à J. de Roye (_Musée Britannique, Add. Charters_
4230).
[42] Tristan de Roye, frère du précédent, seigneur de Busancy,
est au service du duc de Bar en 1380 (_Bibl. Nat., Pièces
orig._, vol. 2584). En février 1380, une querelle éclata dans
son hôtel de Paris, à propos d’une vilaine (_Arch. Nat._, JJ
116, fol. 31 vº).
[43] Jean de Barbenson, dit le Jeumont, est conseiller et
chambellan du roi et du duc de Bourgogne en 1410. Le 22 juillet
1377 il était en guerre privée avec Geoffroi de l’Eschielle,
s{r} de Balaham (_Arch. Nat._, JJ 111, fol. 79).
[44] Jean de Rosai, chevalier, se retrouve en septembre et
octobre 1380 «à la poursuite des Anglois en la compaignie
de monseigneur de la Rivière et soubz le gouvernement de
monseigneur le duc de Bourgogne». (_Bibl. Nat., Clair._, vol.
97, nos 141-142.)
[45] Nous trouvons ce Robert de Clermont, qu’il ne faut pas
confondre avec le maréchal de Normandie, sous les ordres
d’Enguerrand de Couci, à Arras, 1er et 3 août 1380, et à
Corbeil, 1er septembre 1380. A la date du 5 février 1382 nous
avons la mention d’une guerre privée entre lui et Raoul Poiré
(_Arch. Nat._, JJ 120, fol. 125).
[46] Sainte-Foy-la-Grande, Gironde, arr. de Libourne.
Les escarmouches devant Castillon[47] durent environ quinze jours, la
ville étant défendue par quelques Gascons et Anglais qui s’y étaient
réfugiés après la déconfiture d’Eymet. Pendant ce temps on rend la
liberté à Thomas de Felton, moyennant 30,000 francs payés à Jean de
Lignac; quant aux quatre barons prisonniers, les seigneurs de Duras,
de Rauzan, de Mussidan et de Lagoiran, on les décide à se ranger dans
le parti français. Les deux premiers partent pour retourner dans leur
pays; les deux autres restent auprès du duc d’Anjou. P. 14, 296.
[47] A la date du 12 septembre 1377, sous les tentes ou
pavillons du duc d’Anjou devant Castillon-sur-Dordogne, Bérard
d’Albret, seigneur de Lagoiran, prête serment de fidélité à
Charles V en présence d’Enguerrand de Couci, de B. du Guesclin,
de Louis de Sancerre, de Jean de Bueil et de Pierre de Villiers
(_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 24).
Mais à peine libres, les seigneurs de Duras et de Rauzan ne peuvent se
résoudre à abandonner la cause anglaise, et se rendent à Bordeaux pour
protester de leur dévouement auprès du sénéchal des Landes et du maire
de la ville[48]. Informé de cette défection, le duc d’Anjou, ayant de
nouveau reçu la promesse des seigneurs de Mussidan et de Lagoiran, jure
de détruire à jamais les terres des seigneurs de Duras et de Rauzan.
P. 14 à 16, 296, 297.
[48] Jean de Multon, maire de Bordeaux sous la domination
anglaise, figure dans deux comptes de Bordeaux, datés d’avril
et de juin 1377, comme fournissant 40 hommes d’armes et 20
archers (_Record Off., Queen’s Rem., Misc., Army_ 40/96 et
_Realm of Fr._ 470/2).
Le siège de Castillon durait toujours, au grand détriment des
assiégeants qui ne pouvaient que difficilement se procurer des vivres.
Enfin la ville se rend, et la garnison se retire à Saint-Macaire[49];
elle est remplacée par des hommes du duc d’Anjou, avec Jacques de
Montmartin pour capitaine. Avant de marcher sur Saint-Macaire, le duc
d’Anjou vient assiéger Sauveterre[50]. Là il apprend qu’on ne lui a
pas rapporté bien exactement la conduite des seigneurs de Duras et de
Rauzan, qui se sont rendus effectivement à Bordeaux, mais pour des
motifs inconnus. Sur la prière des seigneurs de Mussidan, de Lagoirant,
de Couci et de Pierre de Bueil, le duc d’Anjou se montre tout disposé
à ne plus douter de la fidélité des seigneurs de Duras et de Rauzan.
Sauveterre est pris après trois jours, puis Sainte-Bazeille[51],
puis Monségur[52], puis Auberoche[53]; l’armée arrive enfin devant
Saint-Macaire[54]. P. 16 à 18, 297.
[49] Gironde, arr. de la Réole.
[50] Gironde, arr. de la Réole.--A la date du 12 octobre 1377,
Sainte-Foy, Sauveterre et la Salvetat (non mentionné par
Froissart), étaient déjà pris par le duc d’Anjou (_Rec. Off.,
Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/5).
[51] Lot-et-Garonne, arr. de Marmande.
[52] Aujourd’hui ruines près de la Réole.
[53] Auberoche semble devoir s’identifier avec la localité du
même nom que Cassini place sur la Vezère (Dordogne). N’étant
pas sur le chemin de la chevauchée du duc, il faut supposer que
cette ville fut prise par une expédition partielle comme celles
dont parle le chroniqueur quelques lignes plus bas.
[54] Le 12 octobre 1377 Emon Cressewell et William Chaundeler
sont envoyés pour secourir Saint-Macaire (_Rec. Off., Queen’s
Rem., Misc., Realm of France_ 470/5).
L’armée du duc s’augmentait toujours de nouvelles recrues; aussi en
profite-t-il pour faire exécuter plusieurs chevauchées par le maréchal
de France, le seigneur de Couci, Owen de Galles, Perceval d’Esneval et
Guillaume de Moncontour, qui prennent ainsi plusieurs villes et petits
forts et mettent le pays en l’obéissance du roi de France. Sur ces
entrefaites les habitants de Saint-Macaire, craignant le sort que leur
réserve la prise de la ville, traitent secrètement avec les Français et
se rendent contre promesse d’avoir saufs leur vie et leurs biens. La
garnison se retire alors dans le château. P. 18 à 20, 297.
La reddition de Saint-Macaire réjouit fort le duc d’Anjou, aussi
bien que la nouvelle, qu’il avait reçue de Toulouse lors du siège
de Monségur, de l’heureux accouchement de la duchesse, lui donnant
un fils. Il apprend en même temps par un héraut la vérité sur les
seigneurs de Duras et de Rauzan, qui bien réellement se sont déclarés
anglais[55]. Aussi, après avoir reçu la soumission de la garnison du
château de Saint-Macaire et l’avoir fait conduire à Bordeaux, le duc se
hâte-t-il de marcher sur Duras[56]. P. 20, 21, 297.
[55] Les sires de Duras et de Rauzan furent dédommagés de
cette fidélité à la cause anglaise: un mandement du conseil de
Bordeaux à la date du 1er novembre 1377 leur alloue 650 livres
tant pour les indemniser «de la prise de leurs propres cors
que» de la perte de leurs domaines, «pour ce que ne ont voulu
estre a la obeïssance du roi de Fraunce». (_Rec. Off., Queen’s
Rem., Misc., Realm of France_ 470/5.)
[56] Lot-et-Garonne, arr. de Marmande.
Aussitôt arrivé, le duc ordonne l’assaut, mais le soir on doit sonner
la retraite, sans résultat appréciable, au moment où Alain de la
Houssaye et Alain de Saint-Pol rejoignent l’armée avec une route de
Bretons qui, en chevauchant vers Libourne avaient pris Cadillac[57]. P.
21, 298.
[57] Gironde, comm. de Fronsac.--Le sénéchal des Landes,
Guillaume Elmham, capitaine de Libourne et de Saint-Emilion,
avait été envoyé au secours de Cadillac; cf. à la date du 11
octobre 1377 un mandat de 200 livres ordonnées à son nom (_Rec.
Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/5.).
Le lendemain matin, nouvel assaut où se distinguent le seigneur de
Lagoirant, Tristan de Roye, Perceval d’Esneval, Jean de Jeumont, Jean
de Rosai et le seigneur de Mussidan, qui est jaloux de se montrer bon
Français. Après la mort du seigneur de Sorel, la ville est prise[58],
et les gens d’armes se retirent dans le château. P. 21 à 23, 298.
[58] Le siège de Duras, commencé le 9 octobre, jour de la S.
Denis (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 355), était fini le 19
octobre 1377, jour où, _dedans_ Duras, le duc d’Anjou donne 100
fr. d’or à Pierre de Villers, chevalier, grand maître d’hôtel
du roi. (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 3021.)
La ville de Duras prise et pillée, on passe au fil de l’épée tous les
habitants qui s’y trouvent. Le lendemain le connétable et le maréchal
vont examiner le château, qu’ils déclarent difficile à prendre. «Peu
importe, dit le duc, j’ai dit et juré que je ne partirai pas d’ici sans
avoir ce château en ma possession!--Soit, répond le connétable, vous
n’en aurez pas le démenti». On se prépare donc à faire le siège, mais
au bout de trois jours, la garnison se rend et est conduite là où elle
veut aller. P. 23, 24, 298.
Après la prise de Duras, le duc d’Anjou laisse dans Landiras[59]
cent lances avec Jean de Jeumont, Jean de Roye et Jean de Rosai pour
garder la frontière contre les gens de Bordeaux, et désireux d’aller
voir à Toulouse la duchesse nouvellement accouchée[60], il licencie
ses autres troupes[61], après avoir chargé Owen de Galles d’aller
assiéger, avec une route de Bretons, de Poitevins et d’Angevins, la
ville de Mortagne-sur-Gironde, occupée par le syndic de Latrau. Owen
part avec cinq cents lances et se dirige vers Saint-Jean-d’Angély; le
duc d’Anjou, le connétable, le seigneur de Couci, le maréchal, Jean et
Pierre de Bueil s’en retournent à Toulouse où ont lieu de grandes fêtes
pour les relevailles de la duchesse. Le connétable et le seigneur de
Couci rentrent ensuite en France, et le maréchal s’en va en Auvergne au
secours du dauphin et des seigneurs du pays qui guerroyaient contre les
Anglais[62]. P. 24 à 26, 298.
[59] Gironde, com. de Podensac, arr. de Bordeaux.
[60] La duchesse était accouchée à Toulouse le 7 octobre
1377, d’un fils qui fut plus tard Louis II, roi de Naples,
pendant que le duc d’Anjou assiégeait Duras. Sous les murs
de cette ville, le 10 octobre 1377, le duc mande à Ambroise
Beth, receveur de Carcassonne, de payer 100 francs d’or au
messager venu de Toulouse pour lui annoncer la délivrance de
la duchesse (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 014, nº 2029). Les
19 et 20 octobre le roi Charles V payait une première somme
de 1000 francs d’or, puis une seconde de 40, destinées aux
messagers lui ayant appris la «nativité» de son nouveau neveu
(L. Delisle, _Mandements de Charles V_, nos 1486 et 1487).
[61] Dans cette campagne le duc d’Anjou «conquesta jusques
au nombre de six vint et quatorze que villes que chasteaux
et autres grosses forteresces et notables» (_Grandes
Chroniques_, t. VI, p. 355), parmi lesquels il faut citer
tout particulièrement Sainte-Marguerite (Dom Vaissete, _Hist.
du Languedoc, nouv. éd._, t. IX, p. 862). Le duc d’Anjou se
trouvait le 24 septembre sous les murs de la ville, et envoyait
de là le seigneur de Lagoiran au pays appelé _Entre les deux
mers_ pour y recevoir la soumission des barons. (Voy. dans les
_Arch. hist. de la Gironde_, t. III, p. 277-278, un document
des Archives des Basses-Pyrénées publié par M. P. Raymond.)
[62] Le maréchal de Sancerre rejoignit le duc de Berry au
siège de Ravel, où il se trouvait avec lui le 6 octobre 1377
(_Arch. Nat._, KK 252, fol. 147), puis se rendit à Saint-Flour,
où nous constatons sa présence le 23 octobre 1377 (_Ibid._,
fol. 135 vº). L’expédition prit fin peu de jours après, car
nous voyons le 1er novembre passer à la Chaise deux boulangers
d’Orléans revenant «de la derrenière chevauchée d’Auvergne»
(_Arch. nat._, JJ 112, fol. 177 vº). Elle n’avait été du reste
que médiocrement fructueuse. Le duc, après avoir levé dès le
20 avril 1377 un subside pour le rachat de plusieurs places
occupées depuis longtemps par les Anglais (_Bibl. Nat._,
ms. fr. 26 013, nº 1906), entre autres Carlat, déclaré
imprenable par B. du Guesclin (_Arch. Nat._ X1a 1471, fol.
53), était encore à Bourges le 17 juillet (_Arch. Nat._, KK
252, fol. 138 vº), d’où il partit pour délivrer Carlat, sans y
réussir. Il fut plus heureux avec Ravel (Puy-de-Dôme), qu’il
assiégeait dès le 29 août (_Arch. nat._, KK 252, fol. 138 vº)
et prenait le 29 septembre (_Ibid._, fol. 139).
Owen de Galles arrive à Saintes, où il se repose: il a avec lui
les seigneurs de Pons[63], de Thors[64], de Vivonne, Jacques de
Surgières et autres chevaliers du Poitou; d’autre part les Bretons
et les Normands ont pour capitaines Maurice de Tréséguidi, Alain de
la Houssaye, Alain de Saint-Pol, Perceval d’Esneval, Guillaume de
Moncontour, le seigneur de Montmaur[65] et Morelet[66], son frère.
Quand tout est prêt, l’armée s’en vient mettre le siège devant
Mortagne-sur-Gironde, dont le château domine la Garonne, et qui bien
pourvu de vivres et bien défendu par son capitaine, le syndic de
Latrau, demande pour se rendre un long siège. P. 26, 27, 298.
[63] Renaud VI, sire de Pons, lieutenant du roi en Poitou,
Saintonge et Angoumois en 1381, conservateur des trêves de
Guyenne, vicomte de Turenne et de Carlat, seigneur de Ribérac,
est né vers 1348. Il épouse en 1365 Marguerite de Périgord,
et passe au parti anglais, qu’il abandonne définitivement,
après plusieurs hésitations, en 1371, et est comblé de
faveurs par Charles V. De 1383 à 1415 il exerce à plusieurs
reprises les fonctions de conservateur des trêves. Il meurt
en 1427. Voy. dans les _Positions des thèses soutenues par
les élèves de la promotion de 1894 pour obtenir le diplôme
d’archiviste-paléographe_ (p. 1-4), les positions de M. J.
Chavanon, qui a consacré une étude à ce personnage.
[64] Sur Renaud de Vivonne, seigneur de Thors, voy. P. Guérin,
_Arch. hist. du Poitou_, t. XXI, p. 269 et 419.
[65] Jacques de Montmor, chevalier, seigneur de Briz,
chambellan du roi, fut successivement gouverneur de La
Rochelle, gouverneur du Dauphiné, capitaine d’Harfleur, et fut
souvent chargé par Charles V de missions diplomatiques (_Bibl.
Nat., Pièces orig._ vol. 2030).
[66] Sur Morelet de Montmor, chevalier, chambellan du roi,
capitaine du chastel et de la bastide du Louvre, et en octobre
1393 capitaine de Harfleur (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
2030), voy. une note de M. P. Guérin (_Arch. hist. du Poitou_,
t. XIX, p. 244).
CHAPITRE II.
REPRISE DES HOSTILITÉS EN ÉCOSSE.--_1378, 25 novembre._
PRISE DU CHATEAU DE BERWICK PAR LES ÉCOSSAIS.--_Fin de
1378._ CHEVAUCHÉE DU COMTE DE NORTHUMBERLAND SUR LES MARCHES
D’ÉCOSSE (§§ 21 à 33).
Le roi de France, sans engager sa propre armée, savait faire harceler
ses ennemis par ses alliés; aussi profite-t-il de l’avènement de
Richard II pour renouveler avec le roi d’Écosse, Robert, les traités
conclus avec ses prédécesseurs[67]. A la suite d’une réunion à
Édimbourgh, la guerre est de nouveau résolue, et le roi d’Écosse divise
son armée en quatre parties sous les ordres des comtes de Douglas,
de Moray, de Mar et de Sutherland; le connétable d’Écosse était
Archibald de Douglas, et le maréchal de l’armée, monseigneur Robert
d’Erskine[68]. Le rassemblement des troupes devait avoir lieu près du
Lammerlaw[69], à la frontière d’Angleterre.
[67] Le traité d’alliance unissant la France à l’Écosse avait
été renouvelé entre Charles V et Robert Stuart dès le 30 juin
1371 (_Mandements de Ch. V_, nº 790). Aussitôt après la mort
d’Edouard III (12 juin 1377), les Écossais rompirent les trêves
conclues avec l’Angleterre: notamment une dispute survenue au
marché de Roxburgh entre Anglais et Écossais est la cause du
meurtre de quelques Écossais. Leurs compatriotes, voulant les
venger, brûlent la ville sous les ordres du comte de Dunbar;
de là des représailles de la part des Anglais, qui, au nombre
de 10 000, commandés par le comte de Northumberland, entrent
en Écosse et ravagent le pays (Walsingham, _Hist. angl._, t.
I, p. 340). La lutte continue ainsi pendant l’année 1378,
entretenue par un échange constant de correspondances entre
la France et l’Écosse (_Mandements de Ch. V_, nos 1669, 1688,
1712 à 1714) «pour certaines besoingnes», jusqu’à la défaite
des partisans du comte de Northumberland. Intervention d’Edmond
Mortimer et de Jean, évêque de Hereford, qui quitte son manoir
de Wytebourne et voyage du 27 mai au 22 juillet «pour la
reformation» des attentats contre la trêve avec l’Écosse (_Rec.
Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 8 vº). La trêve est
renouvelée, mais dure peu; et un nouveau voyage en Écosse de
l’évêque de Hereford (23 octobre-6 décembre 1378) est rendu
nécessaire par les événements qui précèdent et suivent la prise
de Berwick racontée par Froissart (_Rec. Off._, _ibid._).
[68] Le roi Charles V, sans doute pour gagner à lui les
principaux chefs écossais, ordonne le paiement, à la date du 23
décembre 1377, de trois harnais d’or envoyés par lui au comte
Guillaume de Douglas, à Jacques son fils et à Robert d’Erskine
(_Mandements de Ch. V_, nº 1564).
[69] Le Lammerlaw est un des pics faisant partie de la chaîne
des Lammermoor Hills.
Durant ce temps, un des plus hardis écuyers d’Écosse, Alexandre de
Ramsay, prend avec lui quarante compagnons de sa route et marche sur
Berwick, qui appartenait aux Anglais. Le capitaine de la ville de
Berwick était alors un écuyer du comte de Northumberland[70], nommé
Jean Biset, et celui du château s’appelait Robert Ashton[71]. Le
château est pris par surprise[72] et Robert Ashton se tue en sautant
dans les fossés[73]. Jean Biset, le capitaine de la ville, coupe alors
les ponts reliant le château à la ville (de la sorte les Écossais
restent enfermés dans le château) et envoie demander du secours au
comte de Northumberland, qui était tout près de là, à Alnwick[74], par
Thommelin Friane, un de ses hommes. P. 27 à 31, 297 à 299.
[70] Henri de Percy, comte de Northumberland, avait touché 500
livres pour la garde du château de Berwick du 1er décembre 1377
au 15 juillet 1378 (_Rec. Off., Treas. of the Receipt, Misc._
43/8, nº 55).
[71] Robert Ashton, chambellan d’Edouard III, était venu en
France pour traiter de la paix (30 avril-13 juin 1377) et
avait reçu 100 L. à cette occasion. Le 12 juin, nous le voyons
capitaine de Sandgate près Calais. (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
Misc., Nuncii_ 631/32 et _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 77
vº.)
[72] C’est le 25 novembre (le jeudi avant la Saint-André) et
non le 22 novembre 1378, que le château de Berwick fut pris par
les bandes écossaises, durant la nuit, _per quoddam foramen
cujusdam turris_ (Walsingham, _Hist. angl._, t. I, p. 388).
[73] Le comte de Dunbar, gardien des marches pour l’Écosse,
n’admettait pas cette rupture de la trêve et voulait faire
rendre le château aux Anglais: les Écossais répondirent
qu’ils ne le rendraient ni au roi d’Angleterre, ni au roi
d’Écosse, mais qu’ils l’occupaient pour le roi de France.
Huit jours après, grâce à ses machines de guerre, le comte de
Northumberland reprenait Berwick (Walsingham, _Hist. angl._, t.
I, p. 389).
[74] Angleterre, comté de Northumberland.
Alexandre de Ramsay et les siens, maîtres du château, tuent une
partie de leurs prisonniers et gardent l’autre; mais quand ils
veulent pénétrer dans la ville pour la piller et y mettre le feu, les
ponts leur manquent. Ils se renferment alors dans le château et s’y
maintiennent jusqu’à l’arrivée des barons écossais; le comte de Douglas
et Archibald de Douglas avaient déjà quitté Dalkeith[75] et étaient
arrivés à Dunbar[76]. P. 31, 32, 299.
[75] Écosse, comté de Haddington.
[76] Écosse, comté de Haddington.
Thommelin Friane se hâte: il arrive à Alnwick auprès du comte de
Northumberland, qui envoie des messagers dans tout le Northumberland
demandant à tous ceux, chevaliers et écuyers, sur l’aide desquels il
croit pouvoir compter, de venir le retrouver sous les murs de Berwick,
pour faire le siège du château occupé par les Écossais. A son appel
répondent aussitôt les seigneurs de Neuville, de Lucy, de Greystok[77],
de Stafford et de Welles, le capitaine de New Castle et le vaillant
Thomas Musgrave[78]. Le comte arrive un des premiers à Berwick; son
armée compte bientôt près de dix mille hommes, et le siège du château
commence. P. 32, 33, 299.
[77] Ralph, baron de Greystok en 1377 (Rymer, t. VII, p. 159),
est nommé garde des marches le 10 mars 1381 (_Ibid._, p. 245).
[78] Thomas Musgrave, gardien du château de Berwick, en juin
1374 et 1376, était chargé de recevoir les sommes dues pour la
rançon de David Bruce (Rymer, t. VII, p. 38 et 109); pour 1377,
voy. _Rotuli Scotiæ_, t. I, p. 982.
Apprenant ces nouvelles, les barons d’Écosse envoient cinq cents lances
sous la conduite d’Archibald de Douglas, cousin d’Alexandre de Ramsay,
au secours du château de Berwick. Le comte de Northumberland, avec
trois mille hommes d’armes et sept mille archers, dispose son armée en
deux batailles et les attend de pied ferme. P. 33 à 35, 299, 300.
Se voyant très inférieurs en nombre, dix contre un, les Écossais,
malgré l’avis de Guillaume de Lindsay[79], oncle d’Alexandre de Ramsay,
ne veulent pas risquer le combat et se retirent sur la montagne de
Lammerlaw près de la Tweed, au delà de Roxburgh[80]. Le comte de
Northumberland, le comte de Nottingham et les autres barons anglais
font quand même bonne garde cette nuit-là. P. 35, 36, 300.
[79] Un Guillaume de Lindesay figure comme écuyer en 1366 et
1367 dans les _Rotuli Scotiæ_ (t. I, p. 905a et 916a) et comme
chevalier en 1398 (t. II, p. 142b).
[80] Écosse, capitale du comté de même nom, sur le Teviot et la
Tweed.--Le gardien de Roxburgh pour l’Angleterre était Thomas
de Percy, qui reçut 300 livres pour cet office du 1er décembre
1377 au 15 juillet 1378 (_Rec. Off., Treas. of the Receipt,
Misc. 43/8_, nº 55).
Le lendemain matin, l’assaut est donné au château de Berwick, qui,
grâce aux archers anglais, ne tarde pas à être pris. Tous les
défenseurs sont mis à mort, à l’exception d’Alexandre de Ramsay, qui
devient le prisonnier du seigneur de Percy. Jean Biset est nommé
capitaine du château. P. 36, 37, 300.
Le comte de Northumberland et le comte de Nottingham décident de
poursuivre les Écossais et de leur livrer bataille. Ils prennent
donc le chemin de Roxburgh, en remontant la Tweed; mais bientôt ils
tournent à droite, chevauchant vers les monts de Lammerlaw, et envoient
en reconnaissance sur la gauche, à Melrose[81], où se trouvait une
abbaye de bénédictins, Thomas Musgrave avec trois cents lances et
autant d’archers. Thomas Musgrave, ses fils et ses troupes, arrivent
à l’abbaye, s’y installent pour s’y reposer, et détachent comme
éclaireurs deux écuyers bien montés. P. 37, 38, 300.
[81] Écosse, comté de Roxburgh.
Ces deux écuyers tombent dans une embuscade d’Écossais, dont Guillaume
de Lindsay est le chef et, sous peine de mort, racontent comment le
château de Berwick a été pris, comment tous ceux qui s’y trouvaient
renfermés ont été tués à l’exception d’Alexandre de Ramsay, comment
les comtes de Northumberland et de Nottingham remontent la Tweed à la
recherche des Écossais, et comment Thomas Musgrave et ses fils, Jean
Ashton et Thomas Barton[82] avec trois cents lances et trois cents
archers sont cantonnés à l’abbaye de Melrose. Guillaume de Lindsay
garde ses prisonniers et envoie annoncer ces nouvelles aux barons
écossais par un écuyer, qui trouve le gros de l’armée au village de
Hondenbray[83]. P. 38, 39, 300.
[82] On trouve en 1380, dans Rymer (t. VII, p. 258), un Thomas
Barton qui pourrait s’identifier avec celui-ci.
[83] Cette localité se trouve, sous le nom de Hondenbrae, sur
la carte du Lothian de l’atlas de Blaeu, bien au S.-O. de
Dunbar.
Instruits de ces choses et désireux de profiter de la division de leurs
ennemis, les barons écossais partent la nuit de Hondenbray et marchent
sur l’abbaye de Melrose, pour y surprendre Thomas Musgrave et les
siens. Mais à minuit, la pluie et le froid les arrêtent, et ils sont
obligés de camper dans un bois. P. 39 à 41, 300.
Le matin, entre six heures et neuf heures, une rencontre a lieu entre
les fourrageurs écossais et les fourrageurs anglais de l’abbaye de
Melrose. L’avantage reste aux Écossais, et les fuyards anglais vont
avertir Thomas Musgrave de l’approche des Écossais, qui, prévenus eux
aussi, s’apprêtaient à livrer bataille: ils étaient bien six cents
lances et deux cents valets armés de lances, de bâtons et de haches. P.
41, 42, 300.
Thomas Musgrave et ses gens quittent Melrose et, laissant la Tweed à
main gauche, s’établissent sur une montagne, qu’on appelle Saint-Gille.
C’est là qu’ils sont rencontrés par les éclaireurs écossais, qui
préviennent les leurs. Au cri de Douglas! Saint Gille! les Écossais
s’avancent, et les deux armées se trouvent en présence.
Des deux côtés on arme des chevaliers: plus de trente, du côté des
Écossais, et parmi eux Jacques, fils du comte de Douglas, les deux
fils du roi d’Écosse, Robert et David, et un Suédois du nom de Georges
de Wesmède; du côté des Anglais, le fils de Thomas Musgrave et deux
écuyers appartenant, l’un au seigneur de Stafford, l’autre au seigneur
de Greystock.
Les Anglais placent les archers sur leur aile, et au cri de Notre-Dame!
Ashton[84]! ils commencent l’attaque. Le choc est terrible, et
les archers gênent beaucoup les Écossais, qui ont malgré tout la
supériorité du nombre. Parmi eux, Archibald de Douglas qui a de prime
abord mis pied à terre, assomme les Anglais avec sa lourde épée dont la
lame a bien deux aunes de long. Finalement les Écossais restent maîtres
du champ et font cent vingt prisonniers, entre autres Thomas Musgrave
et ses fils. Les fuyards sont poursuivis jusqu’à la Tweed, et on tue
beaucoup de gens de pied.
[84] Le texte de Froissart donne _Arleton_, qui semble fautif.
Après cette victoire, les Écossais rentrent dans leur pays et décident
de se replier sur Édimbourgh, pour que le comte de Northumberland, qui
est du côté de Roxburgh, ne puisse leur reprendre leurs prisonniers.
C’était agir prudemment, car ils étaient perdus, s’ils fussent restés à
Hondebray. P. 42 à 44, 301.
A leur départ de Berwick, le comte de Northumberland, le comte de
Nottingham et les barons d’Angleterre se séparent de Thomas Musgrave
et vont camper près de Roxburgh; ils apprennent alors que les Écossais
qu’ils cherchent sont à Hondebray. Ils partent de nuit pour les
surprendre, mais la pluie les arrête eux aussi; et ils arrivent quand
les Écossais sont partis. Ils songent alors à descendre la Tweed
jusqu’à Melrose et à prendre des nouvelles de Thomas Musgrave; ils
apprennent en chemin par des fuyards la défaite des leurs, sans plus
amples détails, et se logent à Melrose. P. 44 à 46, 301.
Ils ne sont pas longtemps sans savoir que Thomas Musgrave, prisonnier
des Écossais, est emmené avec ses fils et 120 prisonniers à Édimbourgh.
Voyant qu’il n’y a plus rien à faire, le comte de Northumberland,
seigneur de Percy, licencie ses troupes et retourne chez lui. Ainsi
finit cette chevauchée.
Les Écossais retournent pour la plupart à Édimbourgh; le comte de
Douglas et ses fils restent à Dalkeith. Heureux de leur succès, les
Écossais se montrèrent courtois pour le payement des rançons de leurs
prisonniers.--Revenons aux affaires de France. P. 46, 47, 301.
CHAPITRE III.
_1378, 6 février._ MORT DE JEANNE DE BOURBON, REINE DE
FRANCE.--_1378, 3 novembre._ MORT DE JEANNE DE FRANCE, REINE
DE NAVARRE.--_1378, 7 et 8 avril._ ÉLECTION DU PAPE URBAIN VI
(§§ 34 à 39).
En février 1378[85] meurt par son imprudence la reine de France: malgré
l’avis des médecins, elle s’était baignée, étant enceinte de sa fille
Catherine, qui plus tard devait épouser Jean, fils du duc de Berry[86].
P. 47, 301.
[85] C’est le samedi 6 février 1378 que mourut en couches de
sa fille Catherine la reine de France, et non _de se coupe_,
par suite d’un bain, comme le dit Froissart, en la confondant
avec Jeanne de France, reine de Navarre, dont il parle quelques
lignes plus loin (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 413). «Ce
jour de samedi environ mienuit (les _Grandes Chroniques_
disent: dix heures après midi) madame Jeanne de Bourbon, reine
de France, trespassa en l’ostel royal de Saint Pol à Paris
delés «M. Charles dalphin de Viennois, M. Loys, comte de
Valois, madame Ysabel et mad. Katherine, enfans de elle et du
roi Charles, nostre sire, son espous. Ladite mad. Ysabel assez
tost après (le 23 février) ala de vie à trespassement» (_Arch.
Nat._, X1a 1471, fol. 103 vº). Jeanne de Bourbon fut enterrée
à Saint-Denis le 16 février, et ses obsèques coûtèrent 8550
fr. (_Mandements de Ch. V_, nº 1658); son cœur fut déposé aux
Cordeliers de Paris, qui firent ses obsèques le 18 du même mois
(_Arch. Nat._, _ibid._).
[86] La princesse Catherine épousa le 5 novembre 1386 Jean,
comte de Montpensier, fils du duc de Berry. Ce mariage auquel
fait allusion Froissart ne permet pas de donner une date
antérieure à la composition du livre II ou tout au moins de
cette partie du livre II.
Bientôt après meurt aussi la sœur du roi de France, la reine de
Navarre[87], dont la succession, y compris le comté d’Évreux[88],
revenait à ses enfants, sous la tutelle de leur oncle, le roi de
France. On ne vit pas sans murmure en France que cette succession pût
être administrée par le roi Charles de Navarre, au nom de ses enfants.
[87] La reine de Navarre, Jeanne de France mourut à Évreux,
non pas après Jeanne de Bourbon, comme le dit Froissart, mais
bien avant, le 3 novembre 1373 (_Grandes Chroniques_, t. VI, p.
341), par suite d’une syncope dont elle fut prise dans un bain,
où elle était _mal gardée_. C’est ce qui ressort de l’autopsie
faite après la mort à laquelle se reporte Pierre du Tertre dans
sa déposition du 14 juin 1378 (Secousse, _Mémoires_, t. I, 2e
partie, p. 154 et t. II, p. 410).
[88] Le comté d’Évreux ne faisait point partie de la succession
de la reine Jeanne; mais le roi de France, connaissant
l’alliance des Anglais et de Charles le Mauvais, cherchait à
s’assurer des places de Normandie. La _Chronique des Quatre
Valois_ (p. 266) met dans la bouche de Charles V une réponse
bien nette à son neveu Charles de Navarre, qui ne pouvait
croire que son père voulût livrer aux Anglais ses châteaux de
Normandie: «Beau nieps, je ne vous vueil pas tollir terre, maiz
je vueil que les chasteaulx soient mis en ma main.» Le roi,
comme on le voit, ne cherche pas ici à invoquer le droit des
héritiers de la reine Jeanne.
Sur ces entrefaites, B. du Guesclin revient de Guyenne[89] après la
campagne du duc d’Anjou et ramène avec lui le sire de Mussidan pour
le présenter au roi[90]. Le roi et le connétable s’entretiennent des
affaires de Navarre, sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Pour
l’instant parlons du grand malheur qui affligea l’Église et fut pour la
chrétienté une source de maux. P. 47, 48, 301.
[89] Le connétable était de retour à Paris avant le 25 novembre
1377, car à cette date il était présent au Parlement (_Arch.
Nat._, X1a 1471, fol. 97 vº). Le 1er décembre 1377, il cède au
duc de Berry, par acte passé au Châtelet, Fontenay-le-Comte en
Vendée et Montreuil-Bonnin en Poitou contre 25,000 francs (Hay
du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 458-459).
[90] Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan, qui avait juré
fidélité au roi de France le 12 septembre 1377 (_Arch. Nat._,
P. 133418, nº 111), fut bien reçu par Charles V, qui lui donna
deux douzaines d’écuelles d’argent (_Mandements de Ch. V_, nº
1679).
On se rappelle que le pape Grégoire XI, qui résidait à Avignon, n’avait
pu réussir à réconcilier le roi d’Angleterre et le roi de France. Il
résolut de retourner à Rome[91], voulant ainsi échapper aux influences
du roi de France et de ses frères[92]. Il fait donc faire tous ses
préparatifs de départ aussi bien sur la rivière de Gênes que sur les
autres chemins, malgré l’opposition des cardinaux qui redoutaient les
Romains.
[91] Sur le départ de Grégoire, voy. plus haut t. VIII, p.
CXLI et 228-229. L’itinéraire du pape depuis le jour de son
départ d’Avignon, 13 septembre 1376, jusqu’à son entrée à Rome
le samedi 17 janvier 1377, est donné très exactement par le
_Journal de Bertrand Boysset_ (_Bibl. Nat._, ms. fr. 5728,
fol. 4 rº à 9 vº). Ce _journal_, publié en 1876-1877 d’après
un ms. incomplet dans le _Musée_ (_revue arlésienne historique
et littéraire_, 3e série), a été dernièrement utilisé par M.
H. Moranvillé dans son édition de la _Chronographia regum
francorum_.
[92] Le pape retournait surtout à Rome par crainte d’une
révolution et pour essayer de ramener à lui les Florentins
révoltés (Cf. _Chronique des Quatre Valois_, p. 259).
Le roi de France apprend ce dessein, il s’en irrite et écrit aussitôt
au duc d’Anjou d’aller de Toulouse à Avignon pour empêcher ce départ.
Le duc d’Anjou part et arrive à Avignon où les cardinaux le reçoivent
à bras ouverts. Il essaie de détourner le pape de son voyage, mais
rien n’y fait; et Grégoire XI continue ses préparatifs et se dispose
à envoyer à Avignon quatre cardinaux pour s’occuper des affaires
d’outre-monts, se réservant les cas spéciaux sur lesquels le pape seul
peut statuer. Le duc d’Anjou, désespérant de réussir, prend congé du
pape, en lui montrant dans quelle triste position il mettrait l’Église,
si après sa mort, la populace de Rome forçait les cardinaux à élire un
pape de son choix. Malgré tout, le pape veut partir, et s’embarque à
Marseille sur des galères génoises qui étaient venues le chercher. Le
duc d’Anjou retourne à Toulouse. P. 48 à 50, 302.
Les galères, après un court arrêt à Gênes pour s’approvisionner,
arrivent tout près de Rome. Les Romains accueillent le pape avec joie
et le mènent en triomphe jusqu’au Vatican[93]. Peu de temps après,
le 28 mars 1378, Grégoire XI meurt et est enseveli dans l’église
Sainte-Marie-Majeure, où il avait été surpris par la mort[94]. Ses
funérailles furent très belles. P. 50, 51, 302.
[93] Le pape mourut le samedi 27 (et non le 28) mars 1378, au
Vatican, «agrevez de maladie de gravelle» (_Arch. Nat._, X1a
1471, fol. 35). Cette date est donnée aussi par la partie du
_Journal de Bertrand Boysset_ (_Bibl. Nat._, ms. fr. 5728, fol.
11 vº) qui, comme l’a prouvé M. P. Meyer (_Romania_, t. XXI,
p. 565-569), est empruntée à une chronique latine ayant pour
auteur Jacopo d’Avellino.
[94] Grégoire XI fut enseveli dans l’église de
Santa-Maria-Nuova-del-Foro (auj. Sainte-Françoise-Romaine).
Voy. Noël Valois, _L’élection d’Urbain VI et les origines du
grand Schisme d’Occident_, p. 11 (tir. à part de la _Revue
des Questions historiques_, 1890). Nous empruntons au travail
définitif de M. Valois les rectifications nombreuses que
demande le récit de Froissart relatif à l’élection d’Urbain VI.
Après la mort de Grégoire XI, les cardinaux se retirent au Vatican[95],
désireux d’obéir dans leur choix à l’intérêt de l’Église; mais les
Romains, au nombre de 30,000, s’assemblent et demandent l’élection
d’un pape romain[96], sous peine pour les cardinaux de perdre la vie;
ils font plus, et envahissent la salle du conclave, d’où les cardinaux
doivent s’enfuir. Sous le coup des menaces, ils se réunissent de
nouveau et élisent, pour apaiser le peuple, un saint homme, romain
d’origine, le cardinal de Saint-Pierre[97].
[95] L’entrée au conclave eut lieu le mercredi 7 avril.
[96] Le peuple demandait un pape romain, ou _tout au moins_
italien.
[97] Francesco Tibaldeschi, archiprêtre de Saint-Pierre et
cardinal de Sainte-Sabine, ne fut point fait pape. Après bien
des hésitations, le conclave avait déjà nommé Barthélemy
Prignano, depuis Urbain VI, quand les cardinaux, craignant
d’annoncer ce choix d’un pape _italien_ au peuple de Rome
qui venait d’envahir le conclave, laissèrent croire pendant
quelque temps à la nomination du cardinal de Saint-Pierre, qui
n’accepta jamais ce rôle (Valois, _loc. cit._, p. 52-58).
Les Romains, heureux de ce choix et fiers de leur victoire, font
monter sur une mule le nouveau pape et le promènent en triomphe[98];
le vieillard, usé par l’âge (il avait bien cent ans) et les fatigues,
succombe au bout de trois jours[99]. On l’ensevelit à Saint-Pierre. P.
51, 52, 302.
[98] Le seul triomphe du cardinal de Saint-Pierre consista
à s’asseoir de force dans la chaise papale, coiffé d’une
mitre blanche et revêtu d’une chape rouge, et à être hissé
sur l’autel, pour donner aux Romains le simulacre de
l’intronisation.
[99] Le cardinal de Saint-Pierre mourut le 6 septembre 1378.
Cette mort déroutait les projets des cardinaux, qui avaient espéré
après deux ou trois ans transférer le siège papal à Naples ou à Gênes,
loin des Romains. Le conclave se réunit donc de nouveau; et de nouveau,
le peuple demande un pape romain sous peine de mort pour les cardinaux:
«Donnez-nous un pape romain, qui vive avec nous; ou sinon, vos têtes
seront plus rouges que vos chapeaux.» Ces menaces hâtent l’élection;
et l’archevêque de Bari, Barthélemy Prignano, est nommé pape sous le
nom d’Urbain VI, à la grande joie du peuple romain[100]. A ce moment
il n’était pas à Rome[101], mais à Naples, je crois, où on l’envoya
chercher. Il est reçu triomphalement, et sa nomination est publiée par
toute la chrétienté. Les cardinaux se vantèrent d’avoir fait «bonne et
digne élection»; ils se repentirent plus tard d’avoir tant parlé. Le
nouveau pape révoque les grâces accordées avant lui, et les membres du
clergé de tout pays vinrent à Rome en demander de nouvelles.--Revenons
aux affaires de France. P. 52 à 54, 302, 303.
[100] Les cardinaux qui avaient fui du Vatican le 8 avril au
soir, y revinrent le 9, pour introniser le nouveau pape Urbain
VI, dont le couronnement eut lieu le dimanche 18 avril, jour de
Pâques.
[101] Le nouveau pape était à Rome au moment de son élection.
CHAPITRE IV.
_Commencement de 1378._ ALLIANCE DES ROIS D’ANGLETERRE ET
DE NAVARRE.--_21 juin._ EXÉCUTION A PARIS DE JACQUES DE RUE
ET DE PIERRE DU TERTRE.--_20 avril._ PRISE DE POSSESSION
DE MONTPELLIER PAR CHARLES V.--_1379, 4 février._ TRAITÉ
ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET DE CASTILLE.--_1378, 27
juillet._ REMISE DE CHERBOURG AUX ANGLAIS PAR CHARLES LE
MAUVAIS.--_Avril-juin._ SOUMISSION AU ROI DE FRANCE DES
VILLES ET CHATEAUX NAVARRAIS EN NORMANDIE.--_Août._ LE DUC
D’ANJOU MENACE BORDEAUX.--_Fin de 1378._ SIÈGES DE BAYONNE
ET DE PAMPELUNE PAR LE ROI DE CASTILLE.--_1378, août._ LE
DUC DE LANCASTRE VIENT ASSIÉGER SAINT-MALO.--_Septembre._
RAVITAILLEMENT DE CHERBOURG.--_Août._ MEURTRE D’OWEN DE
GALLES.--_Août et septembre._ RASSEMBLEMENT D’UNE NOMBREUSE
ARMÉE A SAINT-MALO.--_Septembre._ LEVÉE DU SIÈGE DE MORTAGNE.
PRISE DES FORTS SAINT-LÉGER ET SAINT-LAMBERT.--_Fin
décembre._ LEVÉE DU SIÈGE DE SAINT-MALO.--_1379, janvier._
CAPTURE D’OLIVIER DU GUESCLIN.--_1378, fin d’octobre._ PRISE
DE BARSAC PAR LES ANGLAIS.--_1378, octobre à janvier 1379._
CHEVAUCHÉES DE THOMAS TRIVET EN GASCOGNE, EN NAVARRE ET EN
CASTILLE.--_Commencement de 1379._ TRAITÉ ENTRE LES ROIS DE
NAVARRE ET DE CASTILLE.--_1379, 30 mai._ MORT DU ROI HENRI DE
CASTILLE (§§ 40 à 82).
Le roi de Navarre devenu veuf, les hommes de loi du royaume de France
pensaient que ses enfants auraient dû être mis en possession de
l’héritage de leur mère, y compris la Normandie[102], sous la tutelle
de leur oncle, le roi de France, jusqu’à leur majorité. Craignant une
telle chose, le roi de Navarre envoie au roi de France l’évêque de
Pampelune[103] et Martin de la Carre, pour lui demander de lui rendre
ses deux enfants, ou tout au moins Charles, dont le mariage avec la
fille du roi de Castille se préparait[104]. En même temps il fait
partir en Normandie secrètement deux autres ambassadeurs, Pierre le
Basque et Ferrando[105], pour veiller aux moyens de défense de ses
châteaux.
[102] Comme nous l’avons dit plus haut (p. XXXIV, note 2), le
comté d’Évreux n’était pas de l’héritage de la reine de Navarre.
[103] L’évêque de Pampelune était à cette époque Martin de
Zalva, qui fut nommé cardinal en 1380 par Clément VII et mourut
en 1403.
[104] Il y a ici confusion dans la chronologie de Froissart:
Charles de Navarre, en effet, qui avait épousé Éléonore de
Castille, fille du roi Henri, le 27 mai 1375, n’arriva en
Normandie que pendant le carême de 1378 (_Grandes Chroniques_,
t. VI, p. 432) avec Jacques de Rue, auquel nous voyons
attribuer à la date du 3 janvier 1378 une somme de 60 florins
pour un mulet destiné au voyage de France (_Arch. de la Ch. des
Comptes de Navarre_, caj. 33, nº 2{3} et nº 104). Charles de
Navarre était à Montpellier le 18 février, et n’en repartait
que le 1er mars (_Le petit Thalamus_, p. 395-396) pour la
Normandie. De là il se rendit avec un sauf-conduit, vers la fin
de mars (E. Petit, _Séjours de Charles V_, p. 64), à Senlis,
auprès du roi, pour lui demander la délivrance de son familier,
Jacques de Rue, qui venait d’être arrêté à Corbeil le 25 mars
(_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 432). Après avoir prêté
serment de remettre en la garde du roi les places de Normandie,
il accompagne l’armée royale. Pierre de Navarre, son frère,
tombe entre les mains de Charles V, ainsi que Bonne, sa sœur,
après la reddition du château de Breteuil, vers la fin d’avril
1378.
[105] Ferrando d’Ayens, maître d’hôtel de Charles le Mauvais,
était déjà en 1372, avant la mort de la reine de Navarre,
«gouverneur et lieutenant» des terres que le roi de Navarre
possédait en Normandie (_Mandements de Ch. V_, nº 1841). Il
était en Normandie, préparant tout pour la défense des châteaux
navarrais, quand Charles de Navarre y arriva en mars 1378. Il
accompagna le jeune prince à Senlis auprès du roi de France,
qui le fit arrêter (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 433 et
_Chronique du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 9) et bailler «en
garde à aucuns des officiers du roy, pour mener avecques le
duc de Bourgoigne en Normendie, afin qu’il luy fist rendre les
dites forteresses». Ses biens confisqués, Ferrando (_Arch.
Nat._, JJ 118, fol. 113 vº) fut d’abord enfermé à Caen; après
la levée du siège de Cherbourg, on le transféra à Rouen (_Chr.
des Quatre Valois_, p. 278). En 1387, Ferrando était encore
prisonnier du roi de France (Kervyn, t. XX, p. 228). C’est par
erreur que Jean Cabaret d’Orville (_Chronique du bon duc Loys
de Bourbon_, éd. Chazaud, p. 67) le fait mourir à Gavray par
suite de l’explosion d’un baril de poudre.
La première ambassade ne réussit guère: le roi de France répond qu’il
garde ses neveux auprès de lui.
Pierre le Basque et Ferrando arrivent à Cherbourg avec une grande
quantité de vivres et de munitions qu’ils répartissent entre plusieurs
villes et châteaux de la Normandie et visitent tout le comté d’Évreux,
où ils placent des hommes à eux. Pendant ce temps l’évêque de Pampelune
et Martin de La Carre reviennent trouver le roi de Navarre à Tudela,
pour lui faire part du mauvais résultat de leur mission. Le roi,
n’osant pas se risquer à faire la guerre sans alliances, remet à plus
tard ses projets de vengeance contre le roi de France. P. 54 à 56, 303.
Le roi de France n’était pas sans avoir connaissance des préparatifs
du roi de Navarre en Normandie. De plus les Anglais réunissaient
secrètement une flotte, avec 2000 hommes d’armes et 8000 archers, dont
les chefs étaient le duc de Lancastre et le comte de Cambridge, se
préparant, au dire de bien des gens, à occuper en Normandie les villes
et châteaux du roi de Navarre[106].
[106] Aux termes d’un traité conclu entre le roi de Navarre
et le roi d’Angleterre, ce dernier s’engageait à aider
Charles le Mauvais à s’emparer du Limousin, lui promettait
le gouvernement de la Guyenne et lui fournissait des troupes
contre le roi de Castille; par contre le roi de Navarre cédait
aux Anglais ses châteaux de Normandie (_Grandes Chroniques_,
t. VI, p. 420-421). C’est pour aller prendre possession de ces
forteresses que le duc de Lancastre rassemblait dès le mois
de janvier 1378 une nombreuse flotte et que le roi donnait
pouvoir à John Merewell, en date du 28 janvier, «d’arrester
toutes nefs et barges de 20 tonneaux et au dessus... devers le
south et le west... pour aller en nostre service à noz gages
en un viage affaire sur la meer en le mois de marcz proschein
venant.» (_Rec. Off._, _French Rolls, 1 Rich. II_, part 1, m.
4). Ce «grant viage» devait compter trois mille hommes d’armes
et trois mille archers (_Ibid._, _Queen’s Rem._, _Misc., Navy
609/10_), sous le commandement du duc de Lancastre (prenant
le titre de roi de Castille et de Léon), qui s’engageait
personnellement à fournir 500 hommes d’armes et 500 archers
(_Ibid._, _Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 43).
Vers le même temps on prend en France et on amène à Paris deux
secrétaires du roi de Navarre, l’un clerc et l’autre écuyer,
Pierre du Tertre et Jacques de Rue. Convaincus d’avoir voulu
empoisonner le roi de France pour servir les intérêts du roi de
Navarre, ils sont jugés, condamnés à mort et exécutés à Paris[107].
[107] Pierre du Tertre fut pris à Bernay (voy. p. XLVI,
note 132); Jacques de Rue fut arrêté à Corbeil le 25 mars 1378.
Tous deux étaient accusés, entre autres crimes, d’avoir
voulu empoisonner le jeune prince Charles de Navarre et le
roi de France. Leur confession est relatée dans les _Grandes
Chroniques_ (t. VI, p. 419-432 et 435-439) et la clef de la
correspondance secrète existant entre Charles le Mauvais et
Pierre du Tertre a été publiée par Secousse (_Mémoires_,
t. II, p. 414-417), et par M. de Beaurepaire (_Chronique de
Pierre Cochon_, p. 153-157). La véritable cause de leur procès
était d’avoir contribué à l’alliance anglo-navarraise et
voulu «livrer des chasteaulx que le roy de Navarre tenoit en
Normandie aux Angloiz» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 273).
Jugés et condamnés par le Parlement (_Arch. Nat._, X1a 1471,
fol. 54 vº), ils furent décapités à Paris le 21 juin 1378,
«lundi après le Sacrement» (_Chr. de P. Cochon_, p. 149), la
«foire du Lendit seant» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 273).
Les biens de Pierre du Tertre avaient été confisqués dès le 17
avril et donnés à Jean de Vaudetar et à Gilet Malet. (Secousse,
_Mémoires_, t. II, p. 369; _Arch. Nat._, JJ 112, fol. 114 vº.)
Le roi de France n’hésite plus, et résout de prendre possession en
Normandie, pour lui et ses neveux, des villes et châteaux du roi de
Navarre, d’autant qu’on répétait partout que le roi de Navarre allait
épouser Catherine, la fille du duc de Lancastre[108], et par contre
abandonner au duc tout le comté d’Évreux. Le roi de France vient donc à
Rouen[109], et rassemble une armée qui, sous les ordres des seigneurs
de Couci et de la Rivière[110], se rend sous les murs d’Évreux avec les
deux fils du roi de Navarre, pour bien montrer que la guerre est faite
dans l’intérêt de ces enfants. Mais la garnison, composée de Navarrais
fidèles à leur roi, ne se laisse guère entamer. P. 56 à 58, 303, 304.
[108] Catherine, fille du duc de Lancastre et de Constance de
Castille, épousa en 1393 Henri III, roi de Castille, et mourut
en 1418.
[109] Durant tout l’été de 1378, la présence du roi à Rouen
n’est pas signalée (E. Petit, _Séjours de Ch. V_), mais bien
celle de Jean le Mercier qui prépare tout pour la guerre
prochaine (Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p.
61) et celle de B. du Guesclin, à qui le 8 mars on offre le vin
(_Arch. de la Seine-Inférieure_, 1, 3, 1re col.).
[110] L’armée était commandée par le duc de Bourgogne, le duc
de Bourbon et Bertrand du Guesclin (_Chr. des Quatre Valois_,
p. 266).
Le roi de France envoie comme commissaires à Montpellier, pour prendre
possession de la terre et de la seigneurie, Guillaume de Dormans
et Jean le Mercier[111]. Les notables de la ville se soumettent,
craignant les gens d’armes du duc d’Anjou et du connétable qui
étaient proches. On garde comme prisonniers deux chevaliers, Gui de
Gauville[112] et Léger d’Orgessin[113], qui représentent le roi de
Navarre à Montpellier; et la ville devient française. P. 58, 59, 304.
[111] Ce fut Jean de Bueil, sénéchal de Toulouse, qui fut
chargé par le duc d’Anjou de prendre possession de Montpellier,
le 20 avril 1378 (_Le petit Thalamus_, p. 396) et non pas Jean
le Mercier, qui de mars en mai resta en Normandie (voy. H.
Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p. 62, note 4).
[112] Gui de Gauville, qui dès 1370 était capitaine du château
de Chambrais pour le roi de Navarre (L. Delisle, _Collections
de Bastard_ p. 156), embrassa bien vite en 1378 la cause du
roi de France et ne resta pas son prisonnier. Il obtient le
12 juillet, la restitution des biens confisqués à son père,
Guillaume de Gauville (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 9 vº), le 29
le paiement par le roi d’une indemnité due à Jean de Meudon
(_Mandements de Ch. V_, nº 1772) et le 30, des lettres de
rémission (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 20-21).
[113] Léger d’Orgessin ne fut pas gardé longtemps prisonnier:
nous le retrouvons un peu plus tard au siège de Pacy et le
29 juillet 1378, il obtient des lettres de rémission (_Arch.
Nat._, JJ 114, fol. 142).
En Normandie les garnisons navarraises sont bien décidées à la
résistance, celle d’Évreux entre autres, qu’assiègent les seigneurs de
Couci et de la Rivière.
Le roi de Navarre, d’un autre côté, apprenant la prise de Montpellier,
se décide à demander secours aux Anglais. Il envoie comme messager un
clerc en qui il avait grande confiance, maître Pascal[114], qui aborde
en Cornouaille et se rend à Sheen[115], puis à Londres, où il est
bien reçu par le roi Richard, en présence du comte de Salisbury et de
Simon Burley. Mais Richard préférait s’entendre directement avec le
roi de Navarre. Pascal retourne donc en Navarre, et Charles le Mauvais
s’embarque pour l’Angleterre, emmenant avec lui Martin de la Carre et
Pascal[116]. P. 59 à 61, 354.
[114] A Pascal de Ilardia, secrétaire de Richard II, devait
être adjoint Garcies Arnaud, sire de Garro, car le 8 avril 1378
nous trouvons la mention d’un paiement fait au patron d’une
barque bayonnaise par le roi d’Angleterre pour le retour de cet
ambassadeur (_Rec. Off., Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº
64).
[115] Sheen, localité absorbée par Richmond, aux environs de
Londres.
[116] A Pascal de Ilardia étaient adjoints Charlot, le neveu du
roi de Navarre, et Garcies Arnaud (_Rec. Off., Treas. of the
Rec., Misc. 43/8_, nº 87).
Peu avant le départ de Charles le Mauvais, le roi de France s’était
assuré l’alliance du roi de Castille[117], qui avait déclaré la guerre
à la Navarre. Laissant derrière lui, pour garder ses frontières contre
les Espagnols, le vicomte de Castelbon[118], le seigneur de Lescun,
Pierre de Bearn[119] et Pierre le Borgne, avec de nombreux gens
d’armes, le roi de Navarre aborde en Cornouaille et se rend à Windsor
où bientôt est conclu le traité suivant: le roi de Navarre s’engage
à ne faire aucun accord avec le roi de France ou le roi de Castille,
sans le consentement du roi d’Angleterre; il remet Cherbourg[120] entre
les mains du roi d’Angleterre, qui en aura la garde trois ans durant,
à ses frais; la souveraineté et la seigneurie en demeureront au roi
de Navarre. Quant aux villes de Normandie que les Anglais pourront
prendre, elles deviendront anglaises, la souveraineté en restant
toujours au roi de Navarre. Le roi d’Angleterre doit immédiatement
envoyer mille lances et deux mille archers à Bordeaux ou à Bayonne,
pour guerroyer en Navarre contre le roi de Castille, aux frais du
roi de Navarre. Le duc de Bretagne[121] était présent à la signature
du traité; le duc de Lancastre et le duc de Cambridge reçoivent avis
d’entrer en Normandie. P. 61 à 63, 304.
[117] La mention d’un messager et d’un chevalier du roi de
Castille à la cour de France en avril et mai 1378 (_Mandements
de Ch. V_, nos 1688 et 1728) se rapportent sans doute à la
conclusion du traité entre les rois de France et de Castille.
Henri hésita quelque temps à se déclarer pour le roi de France,
et essaya même de régler un différend antérieur avec le roi de
Navarre en lui cédant Lagroño moyennant 20 000 _doblas_; mais
les succès du roi de France en Normandie forcèrent la main
au roi de Castille, qui finit par entrer en campagne (Lopez
de Ayala, _Cronicas_, éd. 1780, t. II, p. 90-91). Le traité
est conclu le 4 février 1379: le roi de Castille s’engage à
armer pour la saison d’été 20 galées qui doivent se réunir
à la Rochelle pour de là ravager les îles anglaises; chaque
galée avec son équipage coûtera 1200 francs par mois au roi de
France; les profits sont partagés par moitié (Hay du Chastelet,
_Hist. de du Guesclin_, p. 403-405).
[118] Mathieu de Foix, vicomte de Castelbon, obtient en 1391 le
comté de Foix du roi de France, qui en 1390 l’avait acheté cent
mille francs à Gaston Phébus.
[119] Pierre de Béarn, frère bâtard de Gaston Phébus.
[120] Le sauf-conduit donné par Richard II au roi de Navarre
pour venir en Angleterre avec 500 personnes est valable pour
un an à la date du 31 mai 1378 (Rymer, t. VII, p. 196).
Garcies Arnaud, un des ambassadeurs du roi de Navarre, part
d’Angleterre dès le mois de juin, avec Guillaume de Farington,
100 hommes d’armes et 50 arbalétriers, pour occuper Cherbourg
et Mortain au nom du roi d’Angleterre. La remise au roi Richard
de ces villes, dont la deuxième n’était pas encore au pouvoir
de Charles V à cette époque, avait été faite par Charles de
Navarre, dit Charlot, neveu de Charles le Mauvais, le 27
juillet 1378. Dès le 20 du même mois, le roi d’Angleterre avait
ordonnancé le premier paiement d’un acompte de 10 000 francs
sur les 25 000 qu’il prêtait au roi de Navarre; la dernière
quittance de cette somme est du mois de septembre (_Rec. Off.,
Treas. of the Rec., Misc. 42/32_, nºs 13, 15, 22; _Ibid._,
43/8, nºs 87, 88, 99, 103, 123). Cherbourg était cédé pour
3 ans au roi d’Angleterre, qui promettait de fournir au roi
de Navarre pendant 4 mois chaque année 500 hommes d’armes
et 500 archers (Rymer, t. VII, p. 201). Dès le 15 juin, de
Pont-Audemer, le connétable du Guesclin avait mandé aux vicomte
et capitaine de Pont de l’Arche de construire un grand _engin_
qui devait être prêt à la fin du mois pour mener à Cherbourg;
même ordre avait été donné à Vernon et à Louviers (_Arch.
Nat._, K 51, nº 32). L’investissement de Cherbourg commence dès
le mois de juillet (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 39).
[121] Jean de Montfort, duc de Bretagne, dont l’alliance avec
la couronne d’Angleterre avait été confirmée dès 1377 par des
lettres de Richard II (_Bibl. Nat., coll. Moreau 702, Bréq.
78_, fol. 53-60), avait fait partie d’octobre 1377 à janvier
1378 d’une expédition de Buckingham sur Brest, dont ne parle
pas Froissart. Cette expédition, venant après celle de Gui de
Brian, qu’avait fait échouer la mort d’Edouard III (_Rec. Off.,
Queen’s Rem., Misc., Army 49/81_), fut décidée le 10 septembre
1377 (_Ibid._, _Navy 608/2_). Le roi demande des subsides au
clergé le 29 septembre (_Rec. Off., Close Rolls, 1 Rich. II_,
m. 3 vº), emprunte sur ses joyaux 5000 livres (_Ibid._, _Patent
Rolls, 1 Rich. II_, part. 5, m. 22) et ordonne à Buckingham
d’être prêt à partir le 10 octobre (_Ibid._, _Queen’s Rem.,
Misc., Navy 608/2_). Le 20 octobre, la flotte part de Londres,
forte de près de 2000 hommes d’armes et 2000 archers, et
protégée par des nefs bayonnaises (_Rec. Off., Issue Rolls,
3 Rich. II_, m. 3), sous le commandement de Buckingham,
lieutenant du roi, et de Michel de la Pole, amiral du nord. Le
duc de Bretagne emmenait 200 hommes d’armes et 200 archers;
Thomas de Percy, 60 hommes d’armes et 60 archers; Robert
Knolles, 140 hommes d’armes et 140 archers; Jean d’Arundell,
200 hommes d’armes et 200 archers (_Rec. Off., Issue Rolls,
1 Rich. II_, m. 2), etc. La flotte entre le 9 janvier 1378
dans la rade de Brest, et Robert Knolles est nommé gardien du
château (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 4 vº)
en place de l’écuyer Jean Clerc, qui avait été fait prisonnier
par les Français sous les murs de la ville (_Rec. Off., Issue
Rolls, 1 Rich. II_, m. 10). L’expédition rentre à Southampton
le 25 janvier 1378 (_Ibid._, m. 38 rº), et, à son retour,
Buckingham est aussitôt retenu au service de Richard II avec 50
hommes d’armes et 50 archers. Le 1er mai Richard II lui mande
d’être à Southampton le 15 juin (_Ibid._, _Queen’s Rem., Misc.,
Navy 608/2_).
Le roi de France attendant les événements avec prudence, se tenait en
Bretagne avec les seigneurs de Clisson, de Laval, de Beaumanoir et de
Rochefort et le vicomte de Rohan[122], qui avaient mis le siège sous
les murs de Brest, défendu par un écuyer anglais, nommé Jacques Clerc.
Pour éviter que les Anglais ne puissent s’établir dans les villes de
Normandie, le roi ordonne aux seigneurs de Couci et de la Rivière de se
hâter de prendre par force ou en traitant, les villes les plus proches
de la mer; et sachant que Cherbourg n’était pas de prise facile, et
voulant en empêcher le ravitaillement, il envoie à Valognes[123]
des gens d’armes de Bretagne et de Normandie, les Bretons sous les
ordres d’Olivier du Guesclin, les Normands sous les ordres du seigneur
d’Ivry[124] et de Perceval d’Esneval[125]. P. 63, 64, 304.
[122] Alain de Rohan reçoit à Paris, le 17 décembre 1377,
mandat de se trouver en Bretagne à la frontière de Brest (Dom
Morice, _Preuves de l’Histoire de Bretagne_, t. II, p. 184).
C’est donc après cette date qu’il faut mettre le siège de
Brest, pendant lequel Jacques Clerc est fait prisonnier (voy.
la note précédente): on a vu que l’arrivée des renforts anglais
était de janvier 1378.
[123] Valognes, commandé par Guillaume de la Haye (_Mandements
de Ch. V_, nº 1825), se rend le 26 avril 1378 à du Guesclin,
à Charles de Navarre et au duc de Bourgogne, qui y est encore
le 28 (_Arch. Nat._, JJ 112, fol. 181). Le château ne fut
pas démoli (_Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 11), et la
garde, ainsi que celle de la ville, en fut confiée à Jean de
Siffrevast, écuyer du roi, aux gages de 500 livres par an
(_Mandements de Ch. V_, nos 1760 et 1920).
[124] Charles d’Ivry, enfant servant d’écuelle devant le
dauphin en avril 1378 (_Mandements de Ch. V_, nº 1691), est
fait capitaine d’Ivry le 1er juillet 1378 (_Bibl. Nat., Pièces
orig._ vol. 1561): on le trouve chambellan du roi en avril 1390
(_Ibid._).
[125] Perceval d’Esneval, chevalier, est au service du
connétable le 27 mai 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
1064), assiste au siège de Gavray le 31 mai 1378 (_Mandements
de Ch. V_, nº 1731), sert en Picardie en juillet et août 1380
(_Bibl. Nat., Clair._ vol. 43, nº 3229 et vol. 40, nº 2995).
En octobre 1397, on le trouve chambellan du duc d’Orléans et
sénéchal de Ponthieu (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1064).
Les seigneurs de Couci et de la Rivière avaient mis le siège sous les
murs d’Évreux[126], une grande ville de Cotentin, tout près de la
mer, qui appartenait au comté d’Évreux. Les habitants, après avoir
demandé une trêve de trois jours, entrent en pourparlers, et bientôt
les seigneurs de Couci et de la Rivière prennent possession de la ville
au nom du roi de France, agissant comme procureur du jeune Charles
de Navarre, présent lui-même. Une garnison installée, les Français
viennent assiéger Carentan, belle ville et fort château situés au bord
de la mer. P. 64, 65, 304.
[126] Le texte de Froissart est ici en contradiction avec
lui-même, puisque après avoir raconté la prise d’Évreux, il
en reparle plus loin, p. 67, 79 à 81. Le fait qu’il parle
d’une grande ville de Cotentin, située près de la mer, montre
qu’il s’agit d’Avranches. Certains mss., comme _B 1_, ont
corrigé ici après coup _Évreux_ en _Evrenses_ (_Avranches_);
d’autres, comme _B 7_, ont supprimé la phrase caractéristique
d’Avranches, relative au voisinage de la mer, ou comme _B
12_, ont remplacé plus loin (p. 67, 79 à 81) _Évreux_ par
_Avranches_. En adoptant la leçon _Avranches_, pour le
paragraphe 46, Froissart n’en reste pas moins fautif d’avoir
fait commencer la campagne de Normandie par le siège de cette
ville, qui fut prise par Bertrand du Guesclin le 29 avril
1378 (S. Luce, _Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 10, note
3), alors qu’Évreux s’était rendu le samedi 17 avril (_Arch.
Nat._, JJ 113, fol. 8 vº à 9 rº). La démolition du château est
ordonnée par le roi en date du 14 juillet 1378 (_Mandements de
Ch. V_, nº 1767) et est à peine achevée en 1380 (_Arch. Nat._,
JJ 116, fol. 87). Le 29 juillet 1378, des lettres de rémission
sont accordées à des habitants d’Avranches, anciens partisans
de Charles le Mauvais (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 23). Au siège
d’Avranches assistaient non seulement le seigneur de Couci et
Bureau de la Rivière, mais Bertrand du Guesclin et le duc de
Bourgogne, qui dut partir de là pour faire un pèlerinage au
Mont-Saint-Michel (É. Petit, _Itinéraires_, p. 138).
Depuis la mort d’Eustache d’Aubrecicourt, les habitants de Carentan
n’avaient plus de capitaine; aussi ne se sentant pas soutenus, et
effrayés par le voisinage des flottes française et espagnole, qui,
sous les ordres de Jean de Vienne et de l’amiral espagnol, menaçaient
Cherbourg, ils traitent bientôt et se mettent en l’obéissance du roi
de France, sous la réserve des droits du jeune héritier, Charles de
Navarre[127].
[127] Carentan se rendit le 25 avril 1378 à l’amiral Jean
de Vienne (Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. 119); le
château ne fut pas abattu (_Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I,
p. 10-11), mais placé, ainsi que la ville, sous la garde de
Guillaume de Villers, chevalier, aux gages de 800 francs par an
(_Mandements de Ch. V_, nº 1758). Jean de Vienne ne devait pas
être accompagné de la flotte espagnole qui n’arrivait pas en
France avant le mois de juin (Terrier de Loray, _loc. cit._, p.
125, note 1).
Le château des Moulineaux se rend de même au bout de trois jours[128];
et tandis que l’armée se repose sur les bords de l’Orne, Couches
ouvre ses portes aussi[129]. Les garnisons ennemies, rendues ainsi
libres, se retirent à Évreux[130], dont Ferrando, un Navarrais, était
capitaine. P. 65, 66, 305.
[128] Le château des Moulineaux, près de Rouen, était
certainement rendu avant le 30 juin 1378, époque à laquelle
des lettres de rémission sont accordées à un Raoulin le Coq,
«clerc» du capitaine du château (_Arch. Nat._, JJ 114, fol.
159). Le capitaine, nommé par Charles V, fut Guillaume aux
Espaulles, chevalier, aux gages de 800, puis de 300 francs par
an (_Mandements de Ch. V_, nº 1791).
[129] Conches (Eure, arr. d’Évreux) avait dû se rendre en
même temps qu’Évreux. Le château ne fut pas démoli (_Chr. du
Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 11), mais confié sans doute à la
garde d’Olivier Ferron, écuyer du roi (_Mandements de Ch. V_,
nº 1950).
[130] Sur le siège d’Évreux, voy. plus loin, p. LII.
Le château de Pacy se rend après deux jours de siège[131]. Les gens du
roi de France conquièrent ainsi tous les châteaux et petits forts qui
appartiennent au roi de Navarre[132], et le pays demeure tout entier
en leur obéissance, excepté Évreux et Cherbourg. Ils mettent alors
le siège devant Évreux, ville toujours fidèle au roi de Navarre et
commandée par Ferrando.
[131] La reddition du château de Pacy (Eure, arr. d’Évreux),
commandé par Léger d’Orgessin, est contemporaine de celle
d’Évreux, étant dû comme elle à l’entremise de Barradaco de
Barrante (_Arch. Nat._, JJ 120, fol. 78 vº), en tout cas
antérieure au 30 juin 1378, époque à laquelle des lettres de
rémission sont accordées à des partisans du roi de Navarre
(_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 11 et 15; Secousse, _Mémoires_,
t. II, p. 438-439). La démolition du château fut ordonnée par
Charles V le 2 septembre 1378, en même temps que celle des
châteaux d’Anet et de Nonancourt (_Arch. Nat._, K 51, nº 36;
_Mandements de Ch. V_, nº 1782). Le capitaine nommé par le roi
fut Jean de Saquenville, sire de Blarru (_Ibid._, nº 1752).
[132] Froissart est très incomplet dans l’énumération des
villes et châteaux de Normandie reçus en l’obéissance du roi
de France: il oublie tout d’abord de mentionner ici les sièges
de Pont-Audemer et de Mortain, dont il parle dans la première
rédaction proprement dite de son premier livre (cf. Buchon,
t. I, p. 717-718 et Kervyn, t. IX, p. 78-79). Pont-Audemer,
assiégé dès le mois d’avril par l’amiral Jean de Vienne et
défendu par Martin Sans Durete, se rendit à B. du Guesclin le
13 juin 1378 (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 72 vº et 125 vº; K 51,
nº 31); le château fut démoli (_Mandements de Ch. V_, nº 1767).
Le siège de Mortain, commencé par Colart d’Estouteville, sire
de Torcy, sur l’ordre du roi, le 30 avril 1378 (_Mandements
de Ch. V_, nº 1705), dura jusqu’à la fin de juillet: B. du
Guesclin y paraît le 20 mai (_Chr. du Mont-Saint-Michel_,
t. I, p. 10, note 6); le 20 juillet, l’ordonnancement d’une
somme payée aux ambassadeurs de Ch. de Navarre par le roi
d’Angleterre au sujet de Mortain et de Cherbourg, prouve que
ces deux villes étaient toujours navarraises (_Rec. Off.,
Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 87). Une lettre de
rémission du 30 juillet montre que Mortain était rendu à
cette date (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 59). Le château dut
être démoli (_Mandements de Ch. V_, nº 1767). D’autres villes
et châteaux assez nombreux sont aussi passés sous silence:
_Bernay_, rendu le 19 avril 1378 par Pierre du Tertre à du
Guesclin et au duc de Bourgogne; _Pont d’Ouve_; _Breteuil_,
assiégé dès le 12 avril par le connétable, le duc de Bourgogne
et Charles de Navarre, rendu avant le 4 mai, Pierre de
Navarre étant dans cette ville; _Beaumont-le-Roger_ rendu le
6 mai au connétable et au duc de Bourgogne; _Gavray_ rendu
avant le 31 mai; _Régnéville_ rendu avant le 8 juin; _Anet_,
_Chambrais_, _Breval_, _Ivry_, _Orbec_, _Nogent-le-Roy_,
_Rugles_, _Nonancourt_, _Saint-Sever_, _Tinchebray_ (voy.
_Arch. Nat._, JJ 112 et 113; L. Delisle, _Mandements de Charles
V_; Le Prévost, _Mém. et notes pour servir à l’hist. du dép.
de l’Eure_, t. I, p. 422-423, 215-216; S. Luce, _Chr. du
Mont-Saint-Michel_, t. I).
Dès le mois d’avril le roi de France confisque les biens des partisans
du roi de Navarre qu’il distribue aux siens, cherche l’apaisement en
accordant un grand nombre de lettres de rémission, nomme de nouveaux
capitaines et gardes des villes et châteaux, et ordonne la démolition
de la plupart des forteresses (_Arch. Nat._, JJ 112, fol. 113;
Secousse, _Mémoires_, t. II, p. 369-373).
Le roi de Navarre était retourné chez lui, comptant sur l’aide des
Anglais, qui se faisait attendre. Le duc de Lancastre et le comte
de Cambridge, avant même que le traité eût été signé avec Charles
le Mauvais, avaient été retardés par les vents contraires et par la
difficulté de rassembler à Southampton 4000 hommes d’armes et 8000
archers. Ce ne fut donc que peu avant la Saint-Jean (24 juin) qu’ils
purent partir. En passant à Plymouth, leur flotte se grossit de celle
du comte de Salisbury et de Jean d’Arondel[133], qui allaient en
Bretagne ravitailler Brest[134] et Hennebont, mais elle doit s’arrêter
à l’île de Wight, pour attendre les nouvelles. On apprend alors que
la flotte française tient la mer. On renvoie donc à Southampton Jean
d’Arondel avec 200 hommes d’armes et 400 archers pour parer à toute
surprise. P. 66 à 68, 305.
[133] La flotte de Jean d’Arondel, garde de Southampton, forte
de 200 hommes d’armes et 200 archers était prête à Southampton
dès le 17 mars. Les armements continuent (_Rec. Off., Treas.
of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 62), et le 13 juin, le duc de
Lancastre décide que la moitié de cette flotte ira ravitailler
Cherbourg (_Ibid._, _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 1 vº).
[134] Le duc de Bretagne avait cédé Brest aux Anglais pour la
durée de la guerre moyennant la somme de 1000 livres sterling
le 5 avril 1378 (Rymer, t. VII, p. 190-192), et Robert Knolles
remit la garde du château aux chevaliers Richard Abberbury et
Jean Golofre, le 10 juin 1378, qui le 20 mai 1379 le remirent à
Thomas de Percy et Hugues de Calverley (_Rec. Off., Lord Treas.
Rem., For. Acc. 4_ m. 11 rº). Dès le commencement de 1378 le
ravitaillement de Brest fut une des constantes préoccupations
des Anglais (_Ibid._, _French Rolls, 1 Rich. II_, part. 2, m.
17; _Ibid._, _Queen’s Rem., Misc., Realm of France 482/26_,
etc.). Thomas Norwich était gardien des vivres et des munitions
de Brest jusqu’en 1381 (_Ibid._, _Lord Treas. Rem., For. Acc.
4_, m. 62 rº).
Le roi de France, craignant un débarquement des Anglais, avait fait
par tout le royaume un mandement général des chevaliers et écuyers.
D’autre part le duc d’Anjou[135] avait retenu un grand nombre de gens
d’armes, voulant assiéger Bordeaux[136] et Blaye[137]; avec lui se
trouvaient le duc de Berry, son frère, le connétable et la fine fleur
de la noblesse de Gascongne, d’Auvergne, de Poitou et de Limousin. Le
duc d’Anjou avait de plus, avec le consentement du roi, levé une aide
qui pouvait bien monter à 1 200 000 francs; mais il ne put agir comme
il voulait[138], car le roi rappela le duc de Berry et le connétable,
ainsi que les barons qui pouvaient l’aider contre les Anglais. La
taille levée par le duc d’Anjou n’en fut pas moins payée. P. 68, 69,
305.
[135] A la suite de la prise de possession de Montpellier
par Jean de Bueil, le duc d’Anjou avait fait en mai 1378 un
voyage dans cette ville, où il avait convoqué les communes des
sénéchaussées de Carcassonne et de Beaucaire pour leur demander
de nouveaux subsides; puis il s’était rendu à Nîmes, qui se
montrait mal disposée à voter la taille demandée. Il était de
retour à Montpellier le 17 juin et à Toulouse au commencement
de juillet; il passait à Moissac le 26 juillet et s’arrêtait à
La Réole le 3 août. C’est là qu’il apprit que le roi de France
rappelait auprès de lui le connétable et le duc de Berri (Dom
Vaissete, t. IX, p. 866-868).
[136] Les préparatifs du duc d’Anjou dataient du mois de mai
et, le 1er juin, le conseil de Bordeaux prenait des mesures
pour résister à l’armée du duc, qui avait passé la Gironde et
s’acheminait vers la ville (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc.,
Realm of the Fr. 470/5_).
[137] Gironde, ch.-l. d’arr.
[138] En s’en retournant, le duc d’Anjou mit le siège devant
Bazas (19 août 1378), qui avait été ravitaillé dès le 23
juillet par la ville de Bordeaux (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
Misc., Realm of Fr. 470/1_); il était de retour à Toulouse le 6
octobre (Dom Vaissete, t. IX, p. 868).
Pendant ce temps, le roi Henri de Castille avec 20 000 hommes
assiégeait Bayonne par terre, tandis que sur mer[139] deux cents
vaisseaux commandés par Ruy Dias de Rojas, Fernand de Séville, Ambroise
Boccanegra, Pedro de Velasco et Ambroise de Calatrava, bloquaient
le port. Malgré l’habileté de son capitaine anglais, Mathieu de
Gournai[140], la ville aurait succombé à l’attaque des Espagnols,
si une épidémie n’eût éclaté parmi l’armée assiégeante, enlevant
les trois cinquièmes de ses hommes. Le roi Henri, sur le conseil
d’un nécromancien de Tolède, lève le siège et vient se reposer à la
Corogne[141], tandis que les Espagnols et les Bretons se retirent dans
les petits forts qu’ils avaient pris, et que le connétable de Castille
avec 10 000 Espagnols met le siège devant Pampelune, défendu par le
vicomte de Castelbon, le seigneur de Lescun et le Basque, à la tête de
deux cents lances. Le roi de Navarre attendait toujours à Tudela[142]
l’armée anglaise, forte de 1000 hommes d’armes et de 2000 archers qui,
sous les ordres du seigneur de Neuville et de Thomas Trivet, faisait à
Plymouth ses préparatifs pour aller à Bordeaux, sans pouvoir opérer sa
traversée pendant plus de quatre mois, tous les grands bateaux anglais
étant employés par le duc de Lancastre.
[139] Au 12 mars 1378, la flotte fournie par Bayonne au roi
d’Angleterre ne comptait guère que 11 nefs et barges sous le
commandement de l’amiral de Bayonne (_Rec. Off., Treas. of the
Rec., Misc. 43/8_, nº 36).
[140] Mathieu de Gournai, sénéchal d’Aquitaine, est nommé
sénéchal des Landes le 2 août 1378 (_Rec. Off., Vasc. Rolls, 2
Rich. II_, m. 6).
[141] En Galice.
[142] En Navarre.
Le duc de Bretagne vient trouver à cette époque[143] le comte de
Flandre, son cousin, qui, à la grande indignation du roi de France, le
garde auprès de lui plus d’un an et demi. P. 69, 70, 305.
[143] C’est dans le courant de 1378, sans doute en mai (Kervyn,
t. XXIII, p. 445), que le duc de Bretagne dut passer en
Flandre, après l’expédition dont il est parlé plus haut, p.
XLIII, note 121.
Le duc de Lancastre attendait toujours à l’île de Wight le vent
favorable pour partir. Avec lui étaient le comte de Salesbury, amiral
de la mer, le comte d’Oxford, connétable de l’armée, le comte Richard
d’Arondel, et autres vaillants écuyers et chevaliers[144]. Quand
le vent est enfin favorable, la flotte anglaise se dirige vers la
France[145]; et ayant appris que l’armée française est devant Évreux
et la flotte française dans les eaux de Cherbourg, le duc de Lancastre
côtoie la Normandie et passe devant Cherbourg. Il ne rencontre
point les vaisseaux français, car l’amiral Jean de Vienne était à
Harfleur[146]. Les Anglais continuent à naviguer vers la Bretagne
jusqu’à Saint-Malo, où ils prennent terre[147]. Le capitaine de la
ville, un Breton du nom de Morfouace[148], s’apprête à soutenir le
siège, avec l’aide de deux cents hommes d’armes que lui amenèrent le
vicomte de la Bellière, Henri de Malestroit et le seigneur de Combourg.
P. 70 à 72, 306.
[144] Parmi les chevaliers que Froissart ne nomme pas, il faut
citer Philippe et Pierre de Courtenai, Thomas de Percy, ce
dernier retenu depuis le 30 janvier 1378 (_Rec. Off., Issue
Rolls, 1 Rich. II_, m. 20; _Ibid._, _Queen’s Rem., Misc., Navy
609/10_) et Buckingham, qui emmenait 500 hommes d’armes et 50
archers (_Ibid._, _Treas. of the Rec., Misc. 43/8_, nº 126). La
flotte quitte l’île de Wight, le 17 juin (_Ibid._, _Lord Treas.
Rem., For. Acc. 4_, m. 38 rº).
[145] C’est sans doute pendant cette expédition, au
commencement de juillet, que le comte Richard d’Arondel et
Pierre de Courtenai subirent en mer la défaite sanglante à
laquelle fait allusion le marquis Terrier de Loray (_Jean de
Vienne_, p. 125-127).
[146] En septembre 1378, le capitaine de Harfleur était le
sire de Torcy, qui avait fait fermer le havre par des chaînes
(_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 112 vº).
[147] Le duc de Lancastre était devant Saint-Malo en août 1378
(_Chr. des Quatre Valois_, p. 274-275).
[148] Guillaume Morfouace, écuyer, que nous retrouverons plus
tard, lieutenant du capitaine de Saint-Malo en janvier 1374
(_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 2050) est en Bretagne sous
les ordres de Bertrand du Guesclin en juillet, septembre et
décembre 1379, ayant 10 écuyers avec lui (_Bibl. Nat., Clair._,
vol. 78, nos 6139-6141).
Jean d’Arondel, apprenant que la mer est libre, part de Southampton
avec ses 200 hommes d’armes et ses 400 archers, arrive à Cherbourg,
où il est bien accueilli, et remplace la garnison navarraise par une
garnison anglaise[149]. Pierre le Basque, l’ancien capitaine, reste
seul avec les Anglais. Au bout de quinze jours Jean d’Arondel retourne
à Southampton, dont il était capitaine; et la garnison de Cherbourg,
bien établie dans la place, n’a plus qu’à guerroyer contre les gens
d’armes français de Valognes. P. 72, 73, 306.
[149] Le voyage de Jean d’Arondel eut lieu du 1er au 16
septembre 1378; il transportait avec lui, non seulement des
hommes d’armes, mais encore des chevaux et des vivres (_Rec.
Off., Treas. of the Rec., Misc. 42/22_).
Les Anglais avaient mis le siège devant Saint-Malo, et ravageaient le
pays tout à l’entour. Les vivres ne leur manquaient pas; ils avaient
près de 400 canons à leur disposition. Les assauts étaient fréquents et
dans l’un d’eux succomba un chevalier anglais, nommé Pierre l’Estrange,
ce qui mécontenta fort le duc de Lancastre. P. 73, 74, 306.
Revenons à Owen de Galles: depuis un an et demi, il assiégeait la
ville de Mortagne[150], commandée par le syndic de Latrau, quand il
reçut la visite d’un gentilhomme gallois nommé Jacques Lamb, venu
secrètement d’Angleterre pour venger sur lui la mort du captal de Buch,
mort tristement dans la prison du Temple à Paris. Ce gentilhomme se
fit si bien voir d’Owen, en lui parlant la langue de son pays et en
l’assurant que les Gallois désiraient toujours le voir revenir comme
leur seigneur, qu’il le nomma son chambellan et lui accorda toute sa
confiance. On sait que Owen était le fils d’un prince de Galles que le
roi d’Angleterre avait fait mettre à mort. L’enfant dépouillé de ses
terres et chassé de son pays, s’était réfugié à la cour du roi Philippe
de France qui l’éleva avec ses neveux d’Alençon et autres. Owen assista
à la bataille de Poitiers, puis alla guerroyer en Lombardie, et en
France de nouveau, où le roi et tous les barons l’estimaient fort. Nous
allons dire comment il mourut. P. 74 à 77, 306, 307.
[150] Owen de Galles n’était guère arrivé sous les murs de
Mortagne qu’à la fin de l’année 1377; et c’est à la fin de
juillet 1378 que Robert Pfister, écuyer, vint au siège de
Mortagne s’entendre avec Jean (et non pas Jacques) Lamb au
sujet du meurtre d’Owen de Galles (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
Misc., Realm. of Fr. 470/1_). Jean Lamb était arrivé avec deux
valets et avait reçu 522 livres pour son harnais de guerre
(_Ibid._).
Owen avait l’habitude pendant le siège de Mortagne de venir le matin,
quand le temps était beau, s’asseoir dehors en face du château et de
se faire peigner. Jacques Lamb l’accompagnait souvent et l’aidait à
s’habiller. Un matin qu’Owen avait envoyé Jacques Lamb lui chercher
son peigne, celui-ci revint avec une petite dague et le poignarda.
Cela fait, il courut à la porte du château, se fit reconnaître et
fut conduit devant le syndic de Latrau, qui accueillit fort mal le
traître[151]. P. 77, 78, 307.
[151] D’après un compte cité par M. Kervyn (t. XXII, p. 25-26)
le meurtre d’Owen de Galles fut payé 20 livres, à la date du 4
décembre 1378. Le même compte nous apprend que Jean Lamb était
écossais, et non gallois. Quelques mois plus tard, en octobre
1379, Jean Lamb part de Plymouth pour la Guyenne avec 10 hommes
d’armes (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Army 50/9_). Il vit
encore en 1381, et reçoit à cette époque pour ses gages et ceux
de sept hommes d’armes dans les guerres d’Aquitaine 105 fr.
(Rymer, t. VII, p. 325).
Owen fut enseveli dans l’église Saint-Léger. Cette mort, que déplora le
roi de France, ne mit pas fin au siège de Mortagne; car, désireux de
venger leur capitaine, les chevaliers bretons, poitevins et français,
comptaient sur le manque de vivres pour faire un jour ou l’autre
capituler la place[152]. Parlons maintenant du siège d’Évreux, poussé
vivement par les seigneurs de Couci et de la Rivière. P. 78, 79, 307.
[152] La ville de Mortagne avait été ravitaillée à plusieurs
reprises par les soins du conseil royal de Guyenne à Bordeaux,
le 31 mars 1378 (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr.
470/5_) et le 23 juillet (_Ibid._, 470/1).
Le roi de France, qui était alors à Rouen[153], désirait que la ville
fût prise le plus tôt possible, car il avait besoin de tous ses gens
d’armes pour combattre les Anglais en Bretagne. Aussi les assauts
étaient-ils fréquents, et les assiégeants ne manquaient pas non plus de
faire savoir aux habitants qu’ils avaient tort d’écouter les conseils
du Navarrais Ferrando et qu’ils feraient beaucoup mieux de se rendre à
leur seigneur naturel Charles de Navarre, héritier légal de sa mère.
Menaces et raisonnements agirent si bien que les bourgeois traitèrent
avec le seigneur de Couci[154]. Ferrando, retiré dans le château,
essaie de résister; mais bientôt il se rend, et obtient de se retirer
à Cherbourg avec tous ses gens et ses bagages. L’armée française reste
en Normandie, et le seigneur de Couci et autres chefs vont à Rouen
conférer avec le roi au sujet du siège de Saint-Malo. P. 79 à 81, 307,
308.
[153] Charles V, qui était resté à Senlis jusqu’au 8 avril
1378, n’était pas à Rouen, mais à Paris du 10 au 28 (É. Petit,
_Séjours de Charles V_, p. 65).
[154] La ville d’Évreux se rend le 17 avril 1378 (_Arch. Nat._,
JJ 113, fol. 8 vº à 9 rº), grâce à la complicité de Barradaco
de Barrante, navarrais (_Ibid._, fol. 11 vº et JJ 120, fol.
78 vº). Un nouveau capitaine, Jean de Meudon, est nommé, que
nous voyons apparaître dès le 24 avril (_Arch. Nat._, JJ 112,
fol. 111 vº). Quant à Ferrando, qui était alors prisonnier du
roi de France, sa présence à Évreux et à Gavray, dont il était
capitaine, doit être reportée au moment où, avant l’arrivée de
Charles de Navarre en Normandie, il cherchait à préparer contre
Charles V la défense des places du roi de Navarre. C’est à la
même époque que nous retrouvons aussi sa trace à Gavray (_Arch.
Nat._, JJ 118, fol. 52 vº).
La perte de Saint-Malo, c’était l’affaiblissement de la Bretagne.
Aussi le roi de France rassemble-t-il sous les murs de la ville une
nombreuse armée: il mande auprès de lui les ducs de Berri, de Bourgogne
et de Bourbon, le comte de la Marche, le dauphin d’Auvergne, le comte
de Genève, Jean de Boulogne, le connétable Bertrand du Guesclin[155]
et ses routiers angevins, poitevins et tourangeaux, les maréchaux
de Blainville et de Sancerre, Olivier de Clisson, le vicomte de
Rohan[156], les seigneurs de Laval, de Retz, de Rochefort, de Dinan,
de Léon et autres barons bretons. Jamais si grande assemblée n’eut lieu
en Bretagne: dix mille hommes d’armes et cent mille chevaux. Anglais et
Français sont séparés par la rivière, et demandent la bataille; mais le
roi de France, craignant un échec, retarde toujours. P. 81 à 83, 308.
[155] Le connétable était présent au siège de Saint-Malo en
août et septembre 1378, au moins du 26 août au 16 septembre, et
correspondait à cette époque avec le duc de Berry, en ce moment
à Bourges (_Arch. Nat._, KK 252, fol. 181 vº).
[156] Le 15 octobre 1378 le seigneur de Rohan figure dans une
montre, sous le gouvernement d’Olivier de Clisson, passée à la
bastille de Gouesnou près de Brest (Dom Lobineau, _Histoire de
Bretagne_, t. II, p. 578).
Une fois le connétable essaie d’attirer le duc de Cambridge de l’autre
côté de la rivière qu’on pouvait traverser à marée basse, mais la mer
montante empêche le combat. P. 83, 84, 308.
Voyant qu’ils ne peuvent surprendre les Français et que la campagne
s’éternise en escarmouches de fourrageurs, les Anglais se décident à
creuser une mine pour entrer dans Saint-Malo. P. 84, 85, 308.
Tandis que Jacques de Montmaur, Perceval d’Esneval, Guillaume de
Moncontour et Jacques de Surgières, à la tête de leurs Bretons et
Poitevins, assiègent Mortagne, voulant venger la mort d’Owen de Galles,
une grande flotte anglaise se rassemble à Plymouth, composée de 120
vaisseaux et de 40 barques, portant mille hommes d’armes et deux mille
archers. Ce sont d’une part les quatre capitaines Thomas Trivet[157],
Guillaume le Scrop, Thomas Abingdon et Guillaume Cendrin, qui doivent
porter secours à la garnison de Mortagne, et à Mathieu de Gournai,
défendant Bayonne; de l’autre, le seigneur de Neuville[158], qui,
nommé sénéchal de Bordeaux, va soutenir le roi de Navarre contre les
Espagnols. La flotte, profitant du vent, part et entre à Bordeaux, la
nuit de la nativité de Notre-Dame, le 8 septembre 1378. P. 85, 86, 308,
309.
[157] L’engagement de Thomas Trivet de servir en Guyenne sous
Mathieu de Gournai, sénéchal de Guyenne, avec 80 hommes d’armes
et 80 archers, est du 10 mars 1378 (_Rec. Off., Treas. of
the Rec., Misc. 43/8_, nº 30); il emmenait avec lui Geoffroi
d’Argentan (_Ibid._, _Issue Rolls, 1 Rich. II_, m. 21). Ils
partirent de Plymouth au commencement de juillet, sur 10 nefs
de Zélande retenues à cet effet (_Ibid._, _Treas. of the Rec.,
Misc. 43/8_, nos 51 et 127).
[158] Jean de Neuville, qui portait depuis peu le titre de
lieutenant du roi en Guyenne, était accompagné du captal de
Buch (_Rec. Off., Vasc. Rolls, 1 Rich. II_, m. 2), et apportait
à Bordeaux des fonds et des munitions (_Ibid._, _Treas. of the
Rec., Misc. 43/8_, nº 115; _Ibid._, _Lord Treas. Rem., For.
Acc. 4_, m. 31 vº).
Quand les Bretons et Poitevins qui assiègent Mortagne, voient passer
cette flotte, ils se décident à accepter les conditions du traité que
précédemment leur avait faites le syndic de Latrau; mais celui-ci,
comptant être secouru, refuse à son tour.
Aussitôt installé à Bordeaux, le seigneur de Neuville fait un mandement
de chevaliers et écuyers gascons et en rassemble quatre mille, avec
lesquels il part pour faire le siège de Mortagne. Les Bretons et
Poitevins ne les attendent pas, et se retirent en Poitou, laissant
seulement dans le fort Saint-Léger[159] une route de Bretons et de
Gallois, du parti d’Owen de Galles. P. 87, 88, 309.
[159] Charente-Inférieure, canton de Pons.
Les barons d’Angleterre et les Gascons descendent la Garonne, et
viennent assaillir le fort de Saint-Léger; mais ce premier assaut ne
réussit pas. P. 88, 89, 309.
Le lendemain, le seigneur de Neuville fait remplir de terre les fossés
qui entourent le fort. Les Bretons se voient perdus et entrent en
pourparlers: ils rendent le fort et peuvent se retirer où ils veulent.
Le syndic de Latrau est alors ravitaillé dans Mortagne, la garnison est
augmentée, et l’armée du seigneur de Neuville retourne à Bordeaux par
la Garonne. P. 89, 90, 309.
Après leur retour, ils apprennent qu’à six lieues de là, en Médoc, les
Bretons occupent le fort de Saint-Lambert[160] et ravagent le pays. Le
seigneur de Neuville, accompagné d’Archambaud de Grailly, de Pierre
de Rauzan, du seigneur de Duras et de Thomas de Curton, part aussitôt
avec trois cents lances gasconnes, pour assiéger le château défendu
par un écuyer breton, nommé Virelion. Après trois jours de siège, les
Bretons traitent et se retirent en Poitou. Le seigneur de Neuville
remet le château en état et y laisse pour le garder un écuyer gascon
nommé Pierre de Pressac[161], puis retourne à Bordeaux, pour attendre
des nouvelles du roi de Navarre, dont la capitale, Pampelune, était
assiégée par l’infant de Castille. P. 90 à 92, 309, 310.
[160] Gironde, canton de Pauillac.
[161] De la famille de Preissac, qui comptait parmi ses membres
Bermond Arnaud, syndic de Latrau en 1364 (_Bibl. Nat., Pièces
orig._, vol. 2375).
Le siège de Saint-Malo durait toujours, et le capitaine Morfouace
résistait vaillamment aux 400 canons anglais qui tiraient nuit et
jour sur la forteresse. D’autre part les deux armées, séparées par un
bras de mer, ne pouvaient en venir aux mains. Aussi les rencontres se
bornaient-elles à quelques escarmouches entre fourrageurs. Les Anglais
continuaient à creuser leur mine, qu’en une nuit Morfouace et les siens
purent détruire, grâce à la négligence du comte Richard d’Arondel. P.
92 à 94, 310.
Cette résistance fait réfléchir les Anglais qui, ayant perdu leur
saison, songent à rentrer en Angleterre, ne pouvant creuser une
nouvelle mine à l’approche de l’hiver. Le duc de Lancastre et le comte
de Cambridge donnent donc le signal du départ, et l’armée anglaise
arrive bientôt à Southampton, où elle est licenciée. Durant ce temps,
Jean d’Arondel[162], capitaine de Southampton, était parti pour
secourir à Cherbourg Jean de Harleston et sa garnison. P 94, 95, 310.
[162] Jean d’Arondel, nommé capitaine de Cherbourg dès le 10
septembre 1378 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.
8 vº), s’engage le 12 octobre 1378 à garder la ville avec 300
hommes d’armes, 200 archers et 60 «balistiers», y compris les
compagnies du roi de Navarre qui y sont déjà (_Ibid._, _Treas.
of the Rec., Misc. 43/8_, nº 134). Il dut arriver à Cherbourg
à la fin de novembre ou au commencement de décembre 1378; en
tout cas il y est présent le 11 (_Ibid._, _Misc. 42/32_, nº 8),
et un mandement du roi d’Angleterre en date du 12 décembre
(_Ibid._, nº 4) ordonne le payement d’une somme de 1000 marcs
pour le ravitaillement de la place.
Après la levée du siège de Saint-Malo[163], l’armée française se
divise: la plus grande partie, les grands barons, les ducs de Berry,
de Bourgogne et de Bourbon, le comte de la Marche, le dauphin
d’Auvergne, renvoient leurs gens dans leurs foyers; plusieurs d’entre
eux viennent vers le roi à Rouen. Quelques Bretons et quelques Normands
s’établissent à Valognes, à sept lieues de Cherbourg, espérant
rencontrer Jean d’Arondel qui venait de ravitailler cette ville et qui
ravageait le pays. Mais dans une reconnaissance que fait Olivier du
Guesclin, frère du connétable, avec quarante lances, il est surpris
dans les bois par Jean d’Arondel et Jean Coq[164], un écuyer navarrais,
et fait prisonnier avec dix ou douze autres[165]. Le reste de ses
hommes peut retourner à Valognes et raconte l’événement à Guillaume des
Bordes et à ses compagnons. P. 95 à 98, 310.
[163] Le siège de Saint-Malo fut levé à la fin de décembre
1378: nous trouvons mention, à la date du 27, de personnages
_revenant_ du siège de Saint-Malo (_Arch. Nat._, JJ 114, fol.
18). A cette date Charles V n’était pas à Rouen.
[164] Ce Jean Coq avait été envoyé en juin 1378 à Southampton
au duc de Lancastre (_Rec. Off., Issue Rolls, 1 Rich. II_, part
2, m. 8).
[165] La prise d’Olivier du Guesclin et de ses compagnons
ne fut qu’un épisode du siège de Cherbourg, qui commencé en
juillet 1378 (cf. plus haut, p. XLII, note 120) exigea de longs
préparatifs (_Mandements de Ch. V_, nº 1786) et fut poussé avec
activité d’octobre à décembre 1378 par Jean le Mercier (H.
Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p. 65-66) et
par Bertrand du Guesclin, logé à l’abbaye hors Cherbourg. Le
froid obligea l’armée royale à lever le siège, et Guillaume des
Bordes resta seul avec quelques troupes pour observer l’ennemi
(_Chr. des Quatre Valois_, p. 276-277). Quant à Olivier du
Guesclin, transporté à Cherbourg, puis en Angleterre, il fut
attribué comme prisonnier à Gui de Brian, à Mathieu de Gournai
et à Richard de Abberbury, le 20 octobre 1379 (Rymer, t. VII,
p. 230). Le 10 septembre 1380, un sauf-conduit est accordé aux
porteurs de la rançon (_Ibid._, p. 271) et le 13 juillet 1381
un autre sauf-conduit est donné à diverses personnes, entre
autres à Bertrand du Guesclin, fils d’Olivier, qui viennent
chercher le prisonnier à Calais (_Ibid._, p. 320). Un mandement
de Charles VI, daté du 16 décembre 1381, est relatif à la
rançon d’Olivier du Guesclin (_Arch. Nat._, KK 327, fol. 5 vº
et _Mus. Brit., Add. Charters_ 17 927).
La rançon d’Olivier du Guesclin fixée à 40 000 francs, se partagea
entre Jean Coq et Jean d’Arondel, qui retourna bientôt à Southampton,
laissant à Cherbourg avec le capitaine Jean de Harleston, plusieurs
chevaliers anglais tels que Jean de Copelant, Jean Burley et Thomas
Pickworth.
Parlons maintenant de Jean de Neuville, sénéchal de Bordeaux, de Thomas
Trivet et des autres. P. 98, 99, 310.
Jean de Neuville attendait toujours à Bordeaux des nouvelles de la
guerre de Navarre. Apprenant que quelques gens d’armes bretons et
gascons occupent Barsac[166] et ravagent le pays, il envoie contre eux
le sénéchal des Landes, Guillaume Elmham, et Guillaume le Scrop, avec
deux cents lances et deux cents archers. Cette troupe rencontre à une
lieue de Barsac 120 lances ennemies, commandées par Bertrand Raymond,
qui est vaincu et fait prisonnier: ses hommes sont tous tués ou pris;
et la garnison se rend moyennant la vie sauve. P. 99 à 101, 310, 311.
[166] Gironde, arr. de Bordeaux.
Le soir de la Toussaint 1378, les Anglais rentrent à Bordeaux, où
est arrivé le même jour, sans prévenir, le roi de Navarre, qui vient
demander à l’armée anglaise de l’aider, suivant le traité passé avec
le roi d’Angleterre, à faire lever le siège de Pampelune assiégé
par Jean de Castille. Les Anglais lui promettent de se joindre à son
armée, quand il l’aura rassemblée. Trois jours après, le roi de Navarre
s’embarque pour retourner à Saint-Jean-Pied-de-Port. P. 101, 102, 311.
Tandis que le roi de Navarre va et séjourne à Bordeaux, Jean de
Castille, fils du roi Henri, et le connétable du royaume, Pierre
Manrique, assiègent Pampelune, avec d’autres barons et chevaliers de
Castille, qui précédemment avaient déjà pris et brûlé les villes de
Lerin et de Viana près de Logroño[167].
[167] Ces trois villes sont en Navarre.
Le seigneur de Neuville, connaissant le traité qui unit le roi
d’Angleterre et le roi de Navarre, résout d’envoyer au secours de
ce dernier six cents lances et mille archers, commandés par Thomas
Trivet[168]. P. 102, 103, 311.
[168] Un mandement de Richard II, daté de Westminster 1er août
1378 et adressé à Jean de Neuville, fait mention de 500 hommes
d’armes et de 500 archers accordés au roi de Navarre pour 4
mois à dater de l’arrivée des troupes à Saint-Jean-Pied-de-Port
_(Rec. Off., French Rolls, 2 Rich. II_, m. 15).
Thomas Trivet fait aussitôt des préparatifs, et, avec ses gens d’armes,
tous Gascons, quitte Bordeaux[169] et prend le chemin de Dax. Arrivés
à Dax, ils apprennent que le roi de Navarre rassemble son armée à
Saint-Jean-Pied-de-Port, et s’en réjouissent. L’idée première de Thomas
Trivet était de marcher droit devant lui et de se joindre au roi de
Navarre. Il en est déconseillé par son oncle, Mathieu de Gournai,
capitaine de Dax, qui l’engage à s’attaquer d’abord aux forts occupés
par les Bretons et les Français entre Dax et Bayonne. C’est ce que fait
Thomas Trivet, qui prend successivement le fort de Montpin[170], occupé
par les Bretons et commandé par Taillardon, un écuyer du comté de Foix,
le fort de Claracq[171], occupé par les Gascons et commandé par un
Breton bretonnant, Yvonnet Apprissidi, et le fort de Bésingrand[172],
commandé par un écuyer gascon, Roger de Morlac[173]. P. 103 à 105, 311.
[169] Thomas Trivet et ses compagnons ne quittèrent Bordeaux
qu’après le 12 octobre 1378: à cette date Thomas Trivet, André
Andax et Monnot de Plaissan s’engagent pour quatre mois au
service du roi de Navarre, qui doit leur bailler la garde de la
ville de Tudela (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Army 50/1)_.
Thomas Trivet avait 300 lances avec lui (Lopez de Ayala, t.
II, p. 92). Dès le 18 mai 1378, le roi de Navarre achetait
à Bayonne des arcs et des flèches destinés aux mercenaires
anglais (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, caj. 36, nº
6).
[170] J’ignore quelle est cette localité: peut-être Montfort
(Landes).
[171] Basses-Pyrénées, canton de Thèze.
[172] Basses-Pyrénées, canton de Lagor.
[173] A cette date, nous ne trouvons qu’un _Gui_ de Morlac, au
service du connétable en 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol.
2055).
De là ils arrivent à Tasseghen[174], château situé à trois lieues
de Bayonne. Les Bayonnais, qui avaient eu beaucoup à souffrir de ce
château, accourent au nombre de 500, pour aider au siège et amènent
avec eux la plus grosse machine de siège qui soit dans Bayonne.
Après quinze jours, le château se rend et la garnison est conduite
à Bergerac. Les Bayonnais paient aux Anglais 3000 francs pour être
maîtres du château et le démolir pierre par pierre. P. 105, 106, 311.
[174] Peut-être Hastingues (Landes, canton de Peyrehorade), qui
n’est pas loin de Bayonne.
Cependant l’hiver approche, et le roi de Navarre ne voit pas arriver
les Anglais à Saint-Jean-Pied-de-Port. D’une part il peut compter sur
la fidélité de Perducat d’Albret[175] à Tudela, du comte de Pailhas
et de Roger, son frère, à Miranda[176], de Raymond de Bagha à Los
Arcos[177]; mais d’un autre côté, les vivres commencent à manquer
dans Pampelune, malgré l’activité du vicomte de Castelbon et de ses
compagnons; de plus toute la campagne est occupée par les Espagnols.
Le roi envoie donc Pierre le Basque en message vers Thomas Trivet,
qu’il rencontre sous les murs du château de Pouillon[178] en Bayonnais.
Thomas Trivet promet de marcher sur Pampelune, aussitôt après la prise
du château de Pouillon; ce qui a lieu au bout de deux jours. P. 106 à
108, 311, 312.
[175] Nous retrouvons plus tard (29 décembre 1378) aux Arcos
«Bertrucat de Labrit», qui reçoit 700 flor. de l’alcade et des
jurés (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, caj. 36, nº
54).
[176] En Navarre, sur l’Èbre.
[177] En Navarre.
[178] Landes, arr. de Dax.
Thomas Trivet, Mathieu de Gournai et leurs gens d’armes retournent donc
à Dax et s’y reposent quatre jours. Le cinquième ils partent, Mathieu
pour Bayonne, et Thomas Trivet pour Saint-Jean-Pied-de-Port, où il
trouve le roi de Navarre, qui avait convoqué son armée à Miranda, pour
combattre les Espagnols assiégeant Pampelune.
Ceux-ci, apprenant qu’ils vont avoir devant eux une armée de vingt
mille hommes d’armes, y compris les archers, abandonnés par l’infant de
Castille, que son père rappelle, et redoutant les rigueurs de l’hiver,
renoncent au siège et se retirent à Logroño et à San Domingo[179]. P.
108, 109, 312.
[179] San Domingo de la Calzada, près de Logroño.
Le roi de Navarre et les Anglais arrivent alors à Pampelune, où ils se
reposent deux ou trois jours; puis chacun prend ses quartiers d’hiver.
Les Anglais vont à Tudela; le comte de Pailhas et son frère, à Corella;
le seigneur de Lescun, à Puente-la-Reyna; le vicomte de Castelbon, à
Miranda et Monnet de Plassac, à Cascante[180]; le roi de Navarre reste
à Pampelune. Les Espagnols étant partis, le roi de Castille se retire à
Séville.
[180] Toutes ces villes sont en Navarre.
Cependant Thomas Trivet, se reprochant d’être jusque-là resté inactif
en Navarre et voulant profiter de cet hiver exceptionnellement doux,
résout de tenter une chevauchée en Espagne, conjointement avec le
comte de Pailhas et Roger, son frère. Ils se rassemblent donc à
Tudela, et partent la veille de Noël, au nombre de huit cents lances,
douze cents archers et autant d’hommes de pied. Ils arrivent au pied
du Moncayo[181] qui sert de limite à l’Aragon, à la Castille et à la
Navarre. P. 109 à 111, 312.
[181] Le Moncayo forme la limite des provinces de Soria, de
Calatayud et de Saragosse.
Ils décident de marcher de nuit et d’aller prendre d’assaut la ville
de Soria[182], avec trois cents lances divisées en trois routes, ayant
à leur tête le comte de Pailhas, le vicomte de Castelbon et Thomas
Trivet. Malheureusement la neige vient à tomber en telle abondance
qu’ils doivent s’arrêter, et perdent leur chemin. P. 111, 112, 312.
[182] Sur le Douro.
La surprise était manquée. Le jour suivant, après une escarmouche sous
les murs de Soria, où se distingue Raymond de Bagha, les Anglais et les
Navarrais repassent le Moncayo et retrouvent le reste de leurs gens. Le
lendemain, jour de la Saint-Étienne (26 décembre), ils brûlent quelques
villages, entre autres Agreda[183], et entrent à Cascante. P. 112, 113,
312, 313.
[183] Prov. de Soria, sur le Moncayo.
Résolu de se venger, le roi Henri de Castille écrit à son fils de
convoquer immédiatement ses vassaux, qu’il rejoindra bientôt.
Durant ce temps Thomas Trivet fait une nouvelle pointe sur Alfaro[184],
qu’il ne peut prendre grâce à l’attitude énergique des femmes de la
ville. P. 113 à 115, 313.
[184] Sur l’Èbre.
Quinze jours après, l’infant de Castille arrive à Alfaro avec 20 000
hommes de pied et de cheval. Le roi de Navarre convoque alors tous ses
gens à Tudela, en attendant la bataille, tandis que Jean de Castille,
quittant Alfaro, va rejoindre à San Domingo l’armée amenée par le roi
Henri, qui se dispose à assiéger Tudela. Le roi de Navarre sent qu’il
va perdre la partie: aussi, malgré l’opposition des troupes anglaises
qui veulent combattre, il consent à traiter. Une trêve de six semaines
est d’abord conclue, pendant laquelle les négociations se font[185].
On pense tout d’abord à marier l’infant de Castille à la fille du roi
de Navarre, mais la chose étant impossible, car l’infant était déjà
fiancé, on songe à donner à Charles de Navarre la fille du roi Henri de
Castille. Pour cela le roi Henri s’engage à demander au roi de France
de laisser Charles revenir en Navarre: ce qu’il fait et obtient. Le
roi de Navarre livre en gages pour dix ans au roi Henri ses villes et
châteaux d’Estella, de Tudela et de la Guardia[186]; le roi Henri rend
aux Anglais Pierre de Courtenai et le seigneur de Lesparre. P. 116 à
118, 313.
[185] Les préliminaires de la paix eurent lieu à Burgos; elle
fut signée en 1379 à San Domingo de la Calzada par les deux
rois là réunis. Lopez de Ayala (t. II, p. 102) cite un plus
grand nombre de places qui furent livrées comme gages par le
roi de Navarre: Los Arcos, St-Vincent, Lerin, etc. Le roi de
Castille se réservait par le traité de rester l’ami du roi de
France.
[186] Laguardia, dans les Provinces Basques.
Pour payer les gages des Anglais, le roi de Navarre doit envoyer
le vicomte de Castelbon[187] emprunter 20 000 francs au roi
d’Aragon, qui accorde volontiers le prêt en gardant comme gages
les villes de Pampelune, Miranda, Puente-la-Reyna, Corella et
Saint-Jean-Pied-de-Port. Les Anglais retournent alors à Bordeaux et de
là en Angleterre, et le mariage se fait de Charles de Navarre et de
Jeanne, fille du roi de Castille[188].
[187] Avant de servir d’intermédiaire entre le roi d’Aragon et
le roi de Navarre, le vicomte de Castelbon avait déjà en 1378
prêté de l’argent à ce dernier, comme le montre un compte des
_Archives de la Chambre des Comptes de Navarre_ (Reg. 161):
«Otro empriestamo del vizconte de Castelbon para pagar los
gages de Mossen Thomas Trevet et para Mossen Ramon de Bagas,
2100 flor.» D’après Lopez de Ayala (t. II, p. 102), c’est le
roi de Castille, et non le roi d’Aragon qui, prenant comme
gage le château de la Guardia, prêta au roi de Navarre 20 000
_doblas_ pour payer ses mercenaires.
[188] Le mariage entre Charles, fils de Charles le Mauvais, et
Éléonore (non pas Jeanne) de Castille, avait eu lieu le 27 mai
1375; voy. plus haut p. XXXVIII, note 104.
La même année meurt[189] le roi Henri de Castille, auquel succède son
fils aîné Jean, qui de l’accord des prélats et des barons est proclamé
roi d’Espagne, de Castille, de Galice, de Séville et de Cordoue. C’est
alors qu’éclate la guerre entre le Portugal et la Castille: nous en
reparlerons plus loin; revenons pour l’instant aux affaires de France.
P. 118, 119, 313.
[189] Henri de Castille mourut le 30 mai 1379 à San Domingo
de la Calzada, à l’âge de 46 ans passés: il fut enterré à
Burgos; Froissart donne plus loin (p. LXII) des détails sur les
événements qui ont accompagné la mort du roi Henri.
CHAPITRE V.
1379. PRISE PAR LES FRANÇAIS DU CHATEAU DE
BOUTEVILLE.--THOMAS TRIVET REVIENT EN ANGLETERRE.--AMBASSADE
DE PIERRE DE BOURNESEL; IL EST ARRÊTÉ AU PORT DE L’ÉCLUSE
SUR L’ORDRE DU COMTE DE FLANDRE.--RETOUR DU DUC DE BRETAGNE
EN ANGLETERRE.--_Juillet._ PAYEMENT DE LA RANÇON DU COMTE DE
SAINT-POL.--1379. AFFAIRES DE BRETAGNE.--_4 juillet._ PRISE
PAR LES ANGLAIS DE GUILLAUME DES BORDES.--1378-1379. RAVAGES
DES GRANDES COMPAGNIES EN AUVERGNE ET EN LIMOUSIN (§§ 83 à
95).
On sait que le seigneur de Mussidan, fait prisonnier à Eymet, avait
embrassé le parti français et avait séjourné plus d’un an à Paris. Mais
ne trouvant pas auprès du roi l’accueil qu’il attendait, il s’enfuit et
retourna à Bordeaux auprès du sénéchal Jean de Neuville[190]. P. 119,
120, 313, 314.
[190] Dès le 9 février 1377, les biens du seigneur de Mussidan avaient
été confisqués et donnés en partie à Alain de Beaumont (_Arch. Nat._,
JJ 112, fol. 78). Quand après la bataille d’Eymet (1er septembre), il
se fut rallié au parti français, il fut bien accueilli à Paris par
le roi Charles V (voy. plus haut p. XXXIV, note 90), tandis que les
Anglais (4 juin 1378) donnaient à John de Shatton un droit que le
seigneur de Mussidan levait autrefois sur les vins à Bordeaux (_Rec.
Off., Vasc. Rolls, 1 Rich. II_, m. 2), droit qui lui fut rendu le 4
septembre 1378, après son retour au parti anglais (_Rec. Off., Queen’s
Rem., Misc., Realm of Fr. 470/4_).
Des quatre seigneurs dont il a été parlé, les seigneurs de Langoiran,
de Mussidan, de Rauzan et de Duras, le premier seul restait donc
Français, et fortement menacé par les autres qui étaient ses voisins.
Dans une expédition qu’il tente avec 40 lances contre la ville de
Cadillac[191], il est blessé à mort par le capitaine de la place,
Bertrand Courant, qu’il avait provoqué personnellement. P. 120 à 122,
314.
[191] Gironde, arr. de Bordeaux.
En Saintonge, la garnison anglaise et gasconne, qui occupe le château
de Bouteville[192], placé sous les ordres d’Éliot de Plassac, ne
cesse de venir piller la campagne sous les murs de la Rochelle et de
Saint-Jean-d’Angély. Les seigneurs de Thors, de Pouzauges et autres
seigneurs de Poitou et de Saintonge, résolus d’en finir, attirent les
Anglais devant la Rochelle. Éliot de Plassac est fait prisonnier, et le
château de Bouteville devient français[193]. P. 122 à 124, 315.
[192] Charente, arr. de Cognac.
[193] Le château de Bouteville repris aux Anglais en 1379
ne resta pas longtemps entre les mains des Français: nous
voyons en effet en octobre 1385 une tentative malheureuse pour
reprendre la place aux Anglais (P. Guérin, _Arch. hist. du
Poitou_, t. XXI, p. 254, note 2).
A cette époque Thomas Trivet, Guillaume Elmham et les autres chevaliers
qui étaient allés en Espagne servir le roi de Navarre, retournent en
Angleterre[194]. Reçus à Chertsey[195] par le roi et ses deux oncles,
les ducs de Lancastre et de Cambridge, ils leur donnent des détails sur
les affaires d’Espagne et sur la mort du roi Henri, survenue le jour de
la Pentecôte (29 mai 1379) ainsi que sur le couronnement de son fils
Jean qui a eu lieu à Burgos le 25 juillet; ils parlent aussi des joutes
qui furent données à Las Huelgas[196] et dont le vainqueur fut le comte
de Roquebertin. Les ducs de Lancastre et de Cambridge approuvent le
roi de Portugal d’avoir refusé d’assister à ces fêtes. P. 124 à 127,
315, 316.
[194] Le départ de Thomas Trivet ne dut avoir lieu qu’après le
27 juillet 1379, car un document relatif «al confessor de moss.
Thomas Trevet, cavaillero ingles, capitan de Tudela», porte
cette date (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, Reg. 161).
[195] Chertsey, sur la Tamise, comté de Surrey, à 18 kil. de
Londres.
[196] Monastère près de Burgos.
Charles V, désirant resserrer son alliance avec le roi d’Écosse et
voulant attaquer les Anglais dans leur pays même, fait partir comme
ambassadeur le seigneur Pierre de Bournesel[197], qui arrive bientôt
en Flandre, à l’Écluse[198], et étonne tout le monde par son faste et
ses dépenses, tandis qu’il attend un vent favorable à sa traversée. Sa
présence est signalée au comte de Flandre par le bailli de l’Écluse,
qui l’arrête et le conduit à Bruges devant le comte. Celui-ci
l’accueille assez mal devant le duc de Bretagne et lui reproche de
n’être pas venu le saluer, étant à l’Écluse si près de Bruges. Malmené
d’autre part par les paroles du duc de Bretagne, le seigneur de
Bournesel retourne à l’Écluse au plus vite et, craignant d’être pris
sur mer par la flotte anglaise, revient à Paris auprès du roi[199]. P.
127 à 130, 316, 317.
[197] Pierre Conrart, seigneur de Bournesel, chevalier et
conseiller du roi, que Charles V avait envoyé en ambassade
en 1377 auprès du roi de Castille (_Mandements de Ch. V_, nº
1469) reçoit en don le 12 février 1379 les biens de Gui de
Veyrac, sans doute à son retour de Flandre. Il part ensuite,
avec Enguerrand de Hesdin et le seigneur de Chevreuse, porteur
d’un message adressé au duc d’Anjou, que le roi mande auprès de
lui pour se défendre des griefs formulés par les habitants du
Languedoc (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126).
[198] L’Écluse, en holl. Sluis, petit port hollandais, relié à
Bruges par un canal.
[199] Le mauvais traitement que le bailli de l’Écluse infligea
à Pierre de Bournesel donna lieu à une plainte adressée au
Conseil du roi, conservée aux _Archives de Lille_ et publiée
par M. Kervyn de Lettenhove (t. IX, p. 511-516). Cette plainte
communiquée au comte de Flandre ne semble pas avoir été
accueillie favorablement, à en juger par les réponses qui
accompagnent chaque paragraphe.
Il lui raconte son aventure et lui fait part de l’hostilité du comte
de Flandre que cherche à atténuer Jean de Ghistelles, cousin du comte,
chambellan du roi. Provoqué en duel par Pierre de Bournesel et bientôt
mal vu à la cour, Jean de Ghistelles se retire en Brabant auprès du duc
Wenceslas. P. 130 à 132, 317.
Outré contre le comte de Flandre, qui vient d’empêcher le voyage
de Pierre de Bournesel en Écosse et garde auprès de lui le duc de
Bretagne, le roi de France écrit au comte plusieurs lettres de
reproches, le considérant comme un ennemi, puisqu’il retient auprès
de lui le duc de Bretagne. Le comte, avant d’aller plus loin, veut
s’assurer du concours des Flandres: il part donc pour Gand avec le
duc de Bretagne, et là, en présence des délégués des bonnes villes,
fait lire par Jean de la Faucille[200] les lettres de menaces que lui
a adressées le roi de France, et obtient d’eux la promesse de l’aider
avec une armée de deux cent mille hommes. Le comte les remercie, et
retourne à Bruges. P. 132 à 134, 317.
[200] Jean de la Faucille, que l’on voit plus loin jouer dans
les troubles de Flandre un rôle si prudent, et même présider
au paiement des gages des hommes d’armes du comte de Flandre,
ayant servi à Audenarde en 1379 (_Chronique rimée_, p. p. Le
Glay, 1842, p. 47, en note), ne fut pas moins compromis et
emprisonné par le duc Aubert à la réquisition du comte: il
fut libéré le 4 janvier 1382 (Orig. des _Arch. de Lille_,
mentionné dans la _Chr. rimée_, p. 103). D’autres documents
relatifs au même personnage sont encore cités par Le Glay: une
lettre du duc de Bourgogne, du 3 mai 1383, remerciant Jean de
la Faucille de ses bons services (p. 144); une lettre du roi
Charles VI, du 18 mai, prenant Jean de la Faucille sous sa
protection (p. 145); une lettre du duc Aubert, du 9 septembre,
mandant à Jean de la Faucille qu’il ne pourra se rendre à la
journée de bataille par lui assignée (p. 146); une lettre de
Charles VI, du 7 février 1384, renvoyant Jean de la Faucille
de l’accusation d’avoir participé aux troubles de Flandres (p.
148). Le combat singulier, retardé comme on l’a vu plus haut,
eut lieu à Lille le 29 septembre 1384, et Jean de la Faucille
succomba (Kervyn, t. XXI, p. 182).
Le roi de France, informé de ces nouvelles, en conçoit encore une plus
grande haine contre le comte de Flandre, qui malgré tout soutient le
duc de Bretagne. A la fin ce dernier se décide à rentrer en Angleterre,
et arrive à Gravelines, où vient le chercher le comte de Salisbury avec
500 lances et 1000 archers; de là il le conduit à Calais, dont Hugues
de Calverley était capitaine. Le duc séjourne à Calais cinq jours, puis
s’embarque et arrive à Douvres, où il est reçu avec joie par le roi,
les ducs de Lancastre et de Cambridge, et le comte de Buckingham[201].
P. 134, 135, 317, 318.
[201] C’est au plus tard au mois d’avril 1379 que le duc de
Bretagne retourna en Angleterre, puisque le 4 mai suivant, ses
sujets (Dom Morice, _Histoire de Bretagne_, t. I, p. 364) lui
écrivaient en Angleterre de revenir.
On sait que le jeune comte de Saint-Pol, Waleran de Luxembourg, avait
été fait autrefois prisonnier par un écuyer de Jean de Gommegnies, puis
mené en Angleterre, et cédé au roi Édouard. Plus d’une fois le roi
d’Angleterre avait proposé d’échanger ce prisonnier contre le captal de
Buch, mais le roi de France avait toujours refusé. Le jeune comte de
Saint-Pol, prisonnier sur parole au château de Windsor, devient tout
à coup amoureux de madame Mathilde[202], sœur du roi. Le mariage est
bientôt décidé, et la rançon du comte de 120 000 francs est abaissée
par le roi à 60 000[203], qui doivent être payés avant le mariage. Le
comte de Saint-Pol s’engage à revenir en Angleterre au bout d’un an,
et s’embarque pour recueillir cette somme. Le comte de Flandre, le duc
de Brabant et le duc Aubert l’accueillent bien, mais le roi de France,
prévenu contre lui[204], et craignant qu’il ne livre aux Anglais son
château de Bohain[205], occupe et garde cette place, puis fait enfermer
à Mons le chanoine de Robersart, Eustache, seigneur de Vertaing,
Jacques du Sart et Gérard d’Obies[206], qu’il accuse d’être les
complices du comte de Saint-Pol dans ses mauvais procédés à son égard.
On ne peut rien prouver contre eux; ils sont rendus à la liberté, et
le comte de Saint-Pol retourne en Angleterre, où il paye les 60 000
francs de sa rançon. Il repasse de nouveau la mer, et, par crainte du
roi de France, s’établit à Ham-sur-Heure[207], chez son beau-frère, le
seigneur de Morialmé[208], où il reste jusqu’à la mort du roi Charles
V[209]. P. 135 à 137, 318.
[202] Mahaut, fille de Thomas de Holand et de Jeanne de Kent,
plus tard femme du prince de Galles et mère de Richard II,
avait épousé en premières noces Pierre de Courtenai.
[203] Le comte de Saint-Pol, qui était confié à la garde de
Simon de Burley (_Rec. Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 1),
ne devait payer que 100 000 francs de rançon d’après Rymer
(t. VII, p. 224): 50 000, avant son départ de Calais (juillet
1379), et 50 000 qu’il s’engageait à verser en deux termes, de
juillet 1379 à juin (Saint-Jean-Baptiste) 1380. Il laissait
comme otage son frère Pierre de Luxembourg. Il partit le 22
juillet pour Calais accompagné de John de Codeford et de Robert
Rous (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 11 rº et
13 vº).
[204] Le comte de Saint-Pol avait promis hommage de ses terres
françaises au roi d’Angleterre, et s’était engagé à lui livrer,
50 jours après son départ de Calais, la ville de Guise, et à
défaut son château de Bohain (Rymer, t. VII, p. 225). Charles
V chargea Bureau de la Rivière et le seigneur de Couci de
confisquer ses biens, «et fut tout mis en la main du roy de
France» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 281). Une partie des
biens du comte de Saint-Pol avait été dès le mois de décembre
1378 inventoriée et confiée à la garde de Martin de Corbie
(_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 179).
[205] Aisne, arr. de Saint-Quentin.
[206] Une lettre de rémission est accordée par le roi Charles
VI le 18 septembre 1381 à Guérart d’Obies et à Thierry de
Sommans, partisans du roi d’Angleterre, à la requête du duc de
Bourgogne et du comte de Saint-Pol (_Arch. Nat._, JJ 119, fol.
197).
[207] Belgique, prov. de Hainaut, près de Charleroi.
[208] Jean de Condé, seigneur de Morialmé, avait épousé Marie
de Saint-Pol, sœur de Waleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol.
[209] «En cel an (1380), le duc de Braban, oncle de l’empereur
et du roy de France, et le duc Aubert vindrent à Paris pour
faire la paix au conte de Saint Pol, lequel estoit departi de
avec les Anglois et estoit en l’empire es parties de Henault.
Eulx disoient que ce que le dit conte de Saint Pol avoit fait
n’estoit fors pour soy delivrer de prison» (_Chr. des Quatre
Valois_, p. 286). Ces négociations ne réussirent pas.
A cette date la Bretagne est divisée au plus haut point[210]: d’un côté
les bonnes villes, qui pour la plupart sont du parti du duc et ont
aussi avec elles quelques grands noms comme la duchesse de Penthièvre,
mère de Jean et de Gui de Bretagne; de l’autre, le connétable Bertrand
du Guesclin, les seigneurs de Clisson, de Laval, de Rochefort, le
vicomte de Rohan, qui tiennent le pays en guerre avec des compagnies
formées de gens de toutes nations et occupent Pontorson et Saint-Malo.
Le duc sait tout cela; il connaît aussi les bonnes dispositions de ses
bonnes villes et les funestes entreprises du duc d’Anjou contre ses
gens: il ne peut cependant se résoudre à quitter l’Angleterre et à
retourner en Bretagne, craignant quelque trahison: le roi d’Angleterre
ne l’y engage pas du reste. P. 137, 138, 318.
[210] Après avoir préalablement consulté le Parlement, Charles
V, reprochant au duc de Bretagne d’avoir fait partie de
l’expédition anglaise de 1377-1378 (voy. plus haut p. XLIII,
note 121), ajourne Jean de Montfort à comparoir devant le roi
et ses pairs le samedi 4 décembre 1378 (_Arch. Nat._, X1a
1471, fol. 133 vº); le 9 décembre, le roi vient lui-même au
Parlement: après les plaidoiries des 10, 11 et 13 décembre,
le duc est déclaré, le 18 décembre, coupable de félonie; la
confiscation du duché de Bretagne et sa réunion au domaine de
la couronne est déclarée. Le roi, malgré la protestation de la
duchesse de Penthièvre, charge le duc de Bourbon, le maréchal
de Sancerre, l’amiral Jean de Vienne, Bureau de la Rivière
et d’autres de prendre en son nom possession des places de
Bretagne que s’engagent à leur livrer le connétable, Olivier
de Clisson et les seigneurs de Laval et de Rohan (_Grandes
chroniques_, t. VI, p. 455-456). Dès le mois de février
1379, Charles V enrôle à son service de nombreux Bretons et
renouvelle l’engagement de Clisson (_Mandements de Ch. V_, nº
1830); le 10 avril, il mande à Paris le connétable, le seigneur
de Laval, Olivier de Clisson et Jean, vicomte de Rohan, et
leur énumère ses griefs contre le duc de Bretagne et leur
demande leur concours, que promettent les barons. Du Guesclin
reste à Paris, tandis qu’Olivier de Clisson ne peut réussir
à mettre Nantes entre les mains du duc de Bourbon. De retour
en Bretagne Jean de Rohan, malgré les bons procédés du roi à
son égard (_Mandements de Ch. V_, nº 1837), et avec l’aide
de Jeanne de Penthièvre, organise la résistance à Charles V.
Des conciliabules se tiennent, des chefs sont nommés, des
ambassades sont envoyées au duc pour l’engager à revenir en
Bretagne. La dernière, celle de Jean de Quelen, est du 4 mai
1379 (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 218). Après avoir
échoué dans ses tentatives de conciliation auprès de Jeanne
de Penthièvre (_Arch. Nat._, KK 242, fol. 107) et de son fils
Henri, en mai 1379, le duc d’Anjou est nommé le 1er juillet
lieutenant général et spécial en Bretagne avec 1100 hommes
d’armes. Il commence la campagne de Bretagne.
En Normandie, monseigneur Guillaume des Bordes[211], établi à
Valognes dont il est capitaine, cherche de toute façon à harceler la
garnison de Cherbourg commandée par Jean de Harleston[212]; avec lui
sont le petit sénéchal d’Eu[213], Guillaume Martel[214], Braquet de
Braquemont[215], le seigneur de Torci[216], Perceval d’Esneval[217],
le Bègue d’Ivry, Lancelot de Lorris[218] et autres chevaliers. Dans une
escarmouche, Lancelot de Lorris provoque en bataille personnelle un
chevalier anglais nommé Jean de Copelant, qui le tue; les deux routes
en viennent alors aux mains, et tous les seigneurs français sont faits
prisonniers, et parmi eux Guillaume des Bordes, que prend un écuyer de
Hainaut, Guillaume de Beaulieu[219]. Les prisonniers sont conduits à
Cherbourg[220], où ils retrouvent Olivier du Guesclin[221]. P. 138 à
140, 318, 319.
[211] Guillaume des Bordes, capitaine général du Cotentin,
passe le printemps de 1379 à solder les travaux de
fortification de Montebourg (_Mus. Brit., Addit. Charters_ 10
701-10 712; Cheltenham 8670).
[212] Jean de Harleston, après le ravitaillement de Cherbourg
du 3 au 29 avril 1379, avait retenu 160 hommes d’armes, 106
archers et 20 arbalétriers; le 29 il arriva à Cherbourg avec
185 hommes d’armes, 105 archers et 30 arbalétriers. Du 29 avril
au 30 décembre 1379, il entretient 300 hommes d’armes, 200
archers et 60 arbalétriers (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For.
Acc. 4_, m. 16 vº). Il est remplacé le 23 octobre 1379 comme
capitaine de Cherbourg par William de Wyndesore (_Rec. Off.,
French Rolls, 3 Rich. II_, m. 19).
[213] Jean le Sénéchal, sénéchal d’Eu, était en juillet 1375
capitaine du château des Moulineaux (_Mandements de Ch. V_, nº
1147) et en août de la même année capitaine de Saint-Sauveur
(_Ibid._, nº 1155). Il sert en 1385 et 1386 en Normandie sous
le gouvernement du seigneur de la Ferté (_Bibl. Nat., Clair._
vol. 45, nos 170-172).
[214] Guillaume Martel, châtelain de Gaillard en 1369
(_Mandements de Ch. V_, nº 620), châtelain de Falaise en 1375
(_Ibid._, nº 1136), chambellan du roi en août 1377 (_Bibl.
Nat., Pièces orig._ vol. 1868), était en 1414 seigneur de
Bacqueville et premier chambellan du roi (_Coll. de Bastard_,
p. 153). Voy. sur ce personnage la notice de M. H. Moranvillé
(_Mém. de la Soc. de l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 400-403).
[215] Guillaume, sire de Braquemont, dit Braquet, seigneur de
Tartigny par sa femme en juin 1380 (_Arch. Nat._, JJ 117, fol.
84), chambellan du duc d’Orléans, au 10 janvier 1389 (_Coll. de
Bastard_, p. 16), chambellan du roi au 4 juillet 1391 (_Bibl.
Nat., Pièces orig._ vol. 494), seigneur du Pont Tranquart,
capitaine de Chauni-sur-Oise, au 7 avril 1402 (_Coll. de
Bastard_, p. 185), maréchal d’Orléans, lieutenant général au
duché de Luxembourg, gardien de Mouron, aux 11-13 avril 1402
(_Ibid._, p. 190).
[216] Colart d’Estouteville, seigneur de Torci, est cité comme
gardien et gouverneur du château d’Arques, le 20 mai 1379
(_Mandements de Ch. V_, nº 1840); il est nommé capitaine de
Cherbourg après la reddition de la ville en 1404 (_Chr. de P.
Cochon_, p. 325-326).
[217] Sur ce personnage déjà rencontré (cf. p. XLIV, note 3),
voy. la notice de M. H. Moranvillé (_Mém. de la Soc. de l’Hist.
de Paris_, t. XVII, p. 341-343).
[218] Ce _Lancelot_, qu’il faut peut-être identifier avec un
_Guérin_ de Lorris (cf. H. Moranvillé, _Mém. de la Soc. de
l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 395-396), se montre au service
du duc d’Anjou en mars 1371 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
1755).
[219] Un Guillaume de Beaulieu, cité comme écuyer en 1429 dans
Rymer (t. X, p. 435), ne semble pas devoir s’identifier avec
celui-ci.
[220] L’escarmouche où fut pris Guillaume des Bordes eut lieu
le 4 juillet 1379 entre Montebourg et Cherbourg; elle est
racontée avec détails dans la première rédaction adoptée par
Buchon à la fin du premier livre (t. I, p. 720-721; cf. Kervyn,
t. IX, p. 137-139). Guillaume des Bordes fut interné à la tour
de Londres, par un mandement adressé au connétable Alain de
Buxhull, en date du 12 mai 1380 _(Rec. Off., Close Rolls, 3
Rich. II_, m. 4). Le 30 août 1380, sa rançon est attribuée à
Thomas de Felton (_Rec. Off., Patent Rolls, 4 Rich. II_, part
1, m. 22).
[221] A la date du 25 mai et du 20 juin 1379, une somme de 100
sols est accordée à Jean Clewell pour conduire de Weymouth à
Londres Olivier du Guesclin, deux écuyers et un valet (_Rec.
Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 8).
En Auvergne et en Limousin le pays souffre des incursions anglaises:
le château de Ventadour[222] est vendu six mille francs à un chef
breton, Geoffroi Tête-Noire[223], par Ponce du Bois, écuyer du
comte de Ventadour, à la condition que le comte pourra se retirer,
avec sa famille et ses armes et bagages, à Montpensier[224], près
d’Aigueperse[225], en Auvergne. Geoffroi prend possession du château,
et s’empare par la suite de nombreuses places en Auvergne, en Rouergue,
en Limousin, en Querci, en Gévaudan, en Bigorre et en Agenois. D’autres
capitaines anglais[226] accompagnent Geoffroi Tête-Noire: Mérigot
Marchès, qui prend le château de Chalusset[227], le bâtard de Carlat,
le bâtard Anglais, le bâtard de Caupenne, Raymond de Sort[228], Gascon,
et Pierre le Béarnais. P. 140, 141, 319.
[222] Corrèze, commune de Moustier-Ventadour. Le château fut
remis à Geoffroi Tête-Noire dans les derniers mois de 1378
(_Dictionnaire statistique... du Cantal_, t. IV, p. 286).
[223] En 1379, l’année suivante, Tête-Noire prenait Chalus
(_Dict. statistique... du Cantal_, t. IV, p. 286); nous le
retrouvons en Nivernais; et Philippe de Jaucourt organise la
résistance contre lui (J. Finot, _Recherches sur les incursions
des Anglais_, p. 116).
[224] Puy-de-Dôme, arr. de Riom.
[225] Puy-de-Dôme, arr. de Riom.
[226] Voy. dans Durrieu (_Les Gascons en Italie_, p. 17, note
1) une liste de villes occupées par les Anglais dans le centre
de la France.
[227] Chalusset (Haute-Vienne) est pris par Mérigot Marchès
dans les derniers mois de 1378 (_Dict. statistique... du
Cantal_, t. IV, p. 286). Mérigot Marchès, qui doit finir
tragiquement plus tard, neveu de Pierre le Béarnais, capitaine
de Chalusset, avait soutenu en 1353-1354 la cause du roi Jean
(Duplès-Agier, _Rég. crim. du Parlement_, t. II, p. 184, note
1); en 1378 il est en Angleterre, qu’il ne quitte qu’après le
16 octobre 1378, date à laquelle ses biens sont confisqués en
France (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 158 vº). L’année suivante
Marchès est capitaine au lieu dit Roc de Borde en Limousin; il
s’empare de l’abbaye de Lartige près de Noailhac (Corrèze);
mais au bout de huit jours, le sénéchal de Limousin reprend
l’abbaye et fait prisonnier Mérigot Marchès, qui est enfermé à
Limoges. Au 2 août 1381, sa captivité dure depuis plus d’un an
et demi (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 164).
[228] Ramonet de Sort devient plus tard allié du comte
d’Armagnac, avec Raymond de Caupène (Dom Vaissete, t. IX, p.
932, note), accorde une trêve d’un an le 3 avril 1388 (_Ibid._,
p. 931, note) et traite les 8 et 15 janvier 1389 (Durrieu, _Les
Gascons en Italie_, p. 21, note 1).
Dans une de ses chevauchées, Mérigot Marchès, avec onze de ses
compagnons, se dirige vers Alleuze, près de Saint-Flour, château qui
appartient à l’évêque de Clermont; il le prend par surprise, puis se
rend à Saint-Flour. Peu de temps après il s’empare par échellement
du château et de la terre de Vallon[229]. De la sorte les garnisons
de Chalusset, de Carlat[230], d’Alleuze[231] et de Ventadour sont
anglaises, et quand elles se réunissent au nombre de cinq à six cents
lances, elles ravagent le pays. Pour les combattre, elles trouvent
devant elles les seigneurs d’Apchier et de Solleriel, le bâtard de
Solleriel et un écuyer de Bourbonnais, Gourdinet[232], qui un beau jour
fait prisonnier Mérigot Marchès et le rançonne à 5000 francs. P. 141 à
143, 319.
[229] Allier, arr. de Montluçon.
[230] Cantal, arr. d’Aurillac. En octobre 1379, les
négociations (voy. plus haut, p. XXVI, note 62) pour le rachat
de Carlat occupé par Perducat d’Albret (Dom Vaissete, t. IX,
p. 871) réussirent (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 139 vº): les
Anglais avaient évacué la ville à la Noël (_Ibid._, JJ 118,
fol. 228); ils la reprirent depuis et l’occupèrent encore
longtemps (Kervyn, t. XII, p. 352).
[231] Cantal, arr. de Saint-Flour. En 1387 Marchès occupait
encore ce château, qu’il remet au comte d’Armagnac (H.
Moranvillé, _Bibl. de l’Éc. des Ch._, t. LIII, p. 79). Les
autres châteaux sont aussi occupés par les chefs de compagnies
(cf. Kervyn, t. XIII, p. 352).
[232] Sans doute le même que Gourdinot, capitaine de Tracros en
1375 pour le roi d’Angleterre, que cite la _Chronique du bon
duc Loys de Bourbon_ (p. 94-95).
CHAPITRE VI.
_1378, 21 septembre._ ÉLECTION DU PAPE CLÉMENT A FONDI.--_16
novembre._ RECONNAISSANCE OFFICIELLE DE CLÉMENT PAR CHARLES
V, A L’ASSEMBLÉE DE VINCENNES.--_1379, 14 avril._ CLÉMENT
SE RETIRE A SPERLONGA.--_10 mai._ SON ENTREVUE A NAPLES
AVEC LA REINE JEANNE.--_22 mai._ CLÉMENT S’EMBARQUE POUR
MARSEILLE.--_1380, 29 juin._ ADOPTION DU DUC D’ANJOU PAR LA
REINE JEANNE (§§ 96 à 100).
On sait que, pour contenter le peuple romain, les cardinaux avaient
nommé pape l’archevêque de Bari, Barthélemy Prignano, sous le nom
d’Urbain VI. Dans la pensée de certains d’entre eux, cette élection
n’était que provisoire, car ce pape était d’un caractère trop
autoritaire et trop orgueilleux. Aussitôt qu’il fut reconnu par
quelques princes de la chrétienté, il se montra si outrecuidant et
si mal disposé pour les cardinaux, qu’un grand nombre d’entre eux
n’hésitèrent plus, poussés par le cardinal d’Amiens[233], qui espérait
être élu à sa place.
[233] Jean de la Grange, ancien évêque d’Amiens,
cardinal-prêtre le 20 décembre 1375, était rentré à Rome
le lendemain du couronnement d’Urbain VI, le 19 avril 1378
(_Chronographia regum francorum_, p. p. H. Moranvillé, t.
II, p. 366, note 1), de retour d’une négociation avec les
Florentins.
Pendant que le pape est à Tivoli[234], les cardinaux se rassemblent
après d’assez longs conciliabules hors de Rome, et nomment comme
nouveau pape[235] le fils du comte de Genève, Robert de Genève, désigné
sous le nom de cardinal de Genève, antérieurement évêque de Thérouanne
et de Cambrai, qui prend le nom de Clément.
[234] Le pape Urbain avait quitté Rome la veille de la
Saint-Jean (23 juin), et n’y rentra que passé le 8 septembre
(_Chronographia_, t. II, p. 365).
[235] C’est en mai et en juin 1378, un ou deux mois à peine
après la reconnaissance du pape Urbain VI, que les cardinaux
français mécontents de son caractère fantasque et autoritaire
se retirèrent à Anagni (Valois, _L’élection d’Urbain VI_, p.
70-71). Ils déclarèrent nulle l’élection d’Urbain, et bientôt,
réunis aux cardinaux d’Avignon, le 21 septembre 1378, ils
élurent à Fondi comme nouveau pape le cardinal Robert de
Genève, qui fut sacré sous le nom de Clément VII, le jour de la
Toussaint (_Le petit Thalamus_, p. 397).
Le pays romain était alors occupé par un chevalier breton, Sevestre
Bude, qui avait combattu et vaincu les Florentins pour le pape
Grégoire. Appelé par le pape Clément et les cardinaux de son parti,
il se rapproche de Rome, empêchant ainsi le pape Urbain de quitter
Tivoli[236]. Les Romains de leur côté prennent à leurs gages des
mercenaires allemands et lombards, qui chaque jour escarmouchent
contre les Bretons. Pendant ce temps, Clément notifie son élection aux
princes de la chrétienté. Le roi de France[237] consulte l’Université
de Paris et, après quelques hésitations, de l’avis de ses frères[238]
et des prélats, reconnaît le nouveau pape. Le roi d’Espagne en fait
autant, ainsi que le comte de Savoie, le seigneur de Milan et la reine
de Naples. Quant au roi de Bohême et empereur[239], il ne manifeste
point d’opinion, bien que tout l’empire, à l’exception de l’archevêché
de Trèves, soit du parti d’Urbain. L’Écosse tient pour Clément;
l’Angleterre et le comte de Flandre pour Urbain; le Hainaut avec le duc
Aubert reste neutre, ce qui fait perdre à l’évêque de Cambrai[240] ses
revenus temporels.
[236] Les bandes de Gascons, entre autres celle de Bernardon
de la Sale, appelée par le cardinal camérier Pierre de Cros,
avaient écrasé les Romains au passage du Teverone (juillet
1378) et étaient accourues se mettre à la disposition du pape
Clément (Valois, _loc. cit._, p. 71). Sur Bernardon de la Sale
et son rôle en Italie, voy. Durrieu, _Les Gascons en Italie_,
p. 105-171.
[237] Le roi de France considéra d’abord jusqu’en juillet
1378 l’élection d’Urbain comme très valable, d’accord avec
l’Université de Paris qui lui resta longtemps fidèle. Après
cette date il reçoit de Clément une ambassade qui le fait
hésiter: il convoque alors à Paris, le 11 septembre et jours
suivants, un concile national, qui conclut à la neutralité en
attendant plus ample informé. Le roi n’en poursuit pas moins
sa correspondance avec Clément, et M. Valois a prouvé d’après
des documents nouveaux, que Charles V était déjà résolu à
reconnaître Clément depuis longtemps, quand il convoqua à
Vincennes l’assemblée du 16 novembre qui fit officiellement
acte de reconnaissance du pape Clément. Le roi avait obtenu du
pape en échange de son adhésion le droit de lever pendant trois
ans une subvention sur le clergé de son royaume; la fixation de
la quotité de cet impôt fut laissée à trois prélats français
(N. Valois, _Le rôle de Charles V au début du grand schisme_,
tir. à part de l’_Annuaire-Bulletin de la Soc. de l’Hist. de
Fr._, année 1887, p. 3-5).
[238] Le duc d’Anjou avait dès le premier jour été bien
disposé pour Clément. Quand, en septembre 1378, Jean de Bar,
ambassadeur, lui apporte la nouvelle que le pape Urbain a
été déclaré intrus en date du 9 août, il n’hésite plus, et
embrasse le parti de Clément (29 septembre), auquel il envoie
de l’argent à plusieurs reprises et pour lequel il cherche à
provoquer des adhésions.
[239] Charles IV, empereur et roi de Bohême, mourut le 29
novembre 1378; son fils Wenceslas, que le duc d’Anjou essaya de
gagner à la cause de Clément (N. Valois, _Louis Ier duc d’Anjou
et le grand schisme d’Occident_, p. 13-14), fut confirmé par le
pape Urbain le 27 juillet (l’abbé L. Gayet, _Le grand schisme
d’Occident, les origines_, t. II, p. 234).
[240] L’évêque de Cambrai était alors Jean de Serclaes depuis
le 26 novembre 1378. L’abbé de Fontenay avait été nommé nonce
apostolique en Hainaut par le pape Clément, le 2 novembre
1378 (_Chr. Belges, Cartul. des comtes de Hainaut_, t. II, p.
282-284).
L’envoyé du pape Clément, Gui de Maillesec, cardinal de Poitiers,
est bien accueilli en France[241], en Hainaut et en Brabant, mais il
renonce à aller à Liège et dans les Flandres, dont le comte soutient le
pape Urbain; il se fixe à Cambrai[242], où il attend les événements. P.
143 à 148, 320.
[241] L’envoyé du pape Clément en France et en Écosse était le
cardinal Jean du Cros, évêque de Limoges, qui resta à Paris.
Le cardinal de Luna et l’évêque d’Amiens étaient envoyés en
Aragon, Navarre, Castille et Portugal. Le cardinal Gui de
Maillesec avait dans son département le Hainaut, le Brabant,
la Flandre, l’Angleterre, l’Irlande, la Norvège, la Frise,
etc. Après un séjour prolongé à Paris, il arriva le 4 juin
1379 à Cambrai, où il resta les trois ans de son ambassade,
se contentant d’envoyer sans succès en Flandre l’évêque de
Cambrai, Jean Serclaes. Le cardinal Guillaume d’Aigrefeuille,
envoyé en Allemagne, en Prusse, en Bohême, en Pologne et en
Hongrie, fut un peu plus heureux et apporta au pape Clément
l’adhésion des trois évêchés de Lorraine, Metz, Toul et Verdun
(_Chronographia_, t. II, p. 376-377; cf. _Grandes Chroniques_,
t. VI, p. 457-458).
[242] D’après les _Grandes Chroniques_, c’est à Tournai que le
cardinal de Poitiers s’établit.
L’Église est ainsi divisée: Urbain est reconnu par le plus grand nombre
de royaumes; mais Clément a les revenus les plus importants. Pendant
qu’on lui prépare le palais d’Avignon[243], il se retire à Fondi, où il
est bientôt rejoint par les mercenaires bretons chassés par les Romains
du château Saint-Ange et du bourg Saint-Pierre. A cette nouvelle,
Sevestre Bude marche sur Rome, y entre par la porte de Naples, se
dirige sur le Capitole où sont rassemblés en conseil les notables de
la ville et en massacre plus de deux cents. Cela fait, les Bretons se
retirent, sans être inquiétés par les Romains, qui se vengent en tuant
et blessant plus de trois cents clercs, bien innocents de toutes ces
choses. P. 148 à 150, 320, 321.
[243] Bien qu’occupant le château Saint-Ange à Rome et ayant à
sa solde Louis de Montjoie et ses deux lieutenants, Sevestre
Bude et Bernardon de la Sale, Clément se rend au château de
Sperlonga, près de Gaëte, le 14 avril 1379. Peu de temps après,
le château Saint-Ange, assiégé par les Romains, est forcé de
capituler (27 avril) et est démoli. Louis de Montjoie, attaqué
par Alberigo de Barbiano, est battu avec ses deux lieutenants
Sevestre Bude et Bernardon de la Sale; leurs bandes sont
dispersées. Le pape Clément s’embarque alors à Gaëte le 9 mai
1379 et se rend à Naples, où il est bien reçu par la reine
Jeanne, mais assez froidement par la population (Valois, _Louis
Ier_, p. 20-23, 27-33).
Durant son séjour à Fondi, le pape Clément reçoit la visite de la reine
Jeanne de Naples[244], cherchant un défenseur contre Charles de la
Paix et désirant résigner entre les mains du pape les royaumes qu’elle
tenait de l’héritage de son père Louis[245], roi de Sicile[246] et de
Naples, duc de Pouille et de Calabre, comte de Provence, puisqu’elle
n’avait pas d’héritier mâle pour lui succéder. Une première fois,
dit-elle au pape, elle avait été mariée avec André de Hongrie[247],
frère du roi Louis de Hongrie, qui ne lui donna pas d’enfant[248]
et mourut jeune à Aix en Provence. Elle se remaria ensuite avec
Charles[249], prince de Tarente, et en eut une fille. Ce prince,
attaqué par le roi de Hongrie, fut vaincu, perdit la Pouille et la
Calabre, et mourut prisonnier en Hongrie[250]. Elle conclut alors un
troisième mariage avec Jaime, roi de Majorque[251], et eut la pensée de
marier sa fille avec Louis de Navarre, qui mourut en venant trouver sa
fiancée[252]. Le roi Jaime, s’étant assuré de l’alliance du prince de
Galles et non de celle du roi de France, comme le lui conseillait la
reine Jeanne, va se faire tuer, en cherchant à reconquérir son royaume
sur le roi d’Aragon[253]. Pendant ce temps la reine Jeanne marie sa
fille avec Robert d’Artois[254], cousin du roi de France. Elle épouse
enfin Othon de Brunswick[255], qui est pris avec elle, par Charles de
la Paix, dans le château de l’Œuf: sa fille et son gendre, prisonniers
eux aussi, meurent en captivité. Depuis, un traité est intervenu entre
elle et Charles de la Paix, qui laisse à ce dernier la Pouille et la
Calabre; mais ce prince cherche déjà à s’emparer des autres royaumes:
aussi Jeanne remet-elle au pape toutes ses possessions, pour qu’il
puisse les attribuer à l’héritier qui lui plaira, capable de les
défendre contre Charles de la Paix. Le pape accepte, et les actes
authentiques sont dressés de cette donation[256]. P. 150 à 154, 321.
[244] Comme on vient de le voir par la note précédente, c’est
le 10 mai 1379, à Naples et non à Fondi, qu’eut lieu l’entrevue
entre la reine Jeanne et le pape Clément.
[245] Le père de Jeanne était Charles de Sicile, duc de
Calabre, mort en 1328, alors que sa fille avait deux ans.
[246] Jeanne n’était reine de Sicile que de nom. En 1377, la
reine de fait était Marie, qui devait épouser en 1391 Martin le
Jeune, prince d’Aragon.
[247] Le premier mari de Jeanne, son cousin André de Hongrie,
qu’elle avait épousé étant en bas âge (26 septembre 1333),
vécut en mauvaise intelligence avec elle et mourut assassiné
au château d’Aversa (non pas à Aix), le 18 septembre 1345,
peut-être à l’instigation de la reine. Le pape, suzerain des
souverains de Naples, fit faire un procès qui ne frappa que des
comparses.
[248] André de Hongrie laissait un enfant posthume, Charles
Martel, né le 25 décembre 1345, et mort à l’âge de deux ans (P.
Anselme, t. I, p. 411).
[249] Le second mariage avec Louis (et non pas Charles) de
Tarente eut lieu le 20 août 1346; deux filles naquirent de ce
mariage, mais moururent en bas âge.
[250] A l’approche des troupes hongroises, la reine se réfugie
en Provence, et le roi de Hongrie occupe le royaume de Naples,
qu’il doit abandonner en partie à cause de la peste. La reine
s’assure, en lui cédant la ville d’Avignon, la protection du
pape, qui la remet en possession de son royaume en 1352. Louis
de Tarente meurt en 1362.
[251] Au mois de décembre 1362, la reine Jeanne épouse Jayme,
dont le père, Jayme II, roi de Majorque, avait été vaincu et
tué en 1349 par Pierre IV, roi d’Aragon, qui s’était emparé de
sa couronne.
[252] C’est sa nièce (et non sa fille) Jeanne de Sicile, fille
de Charles de Duras et de Marie de Sicile, que la reine Jeanne
maria en premières noces en 1366 avec le frère de Charles le
Mauvais, Louis de Navarre, qui mourut en 1372.
[253] Jayme mourut en Aragon peu après le 16 février 1375,
usé par les fatigues et la maladie (Lecoy de la Marche, _Les
relations politiques de la France avec le royaume de Majorque_,
t. II, p. 201).
[254] Robert d’Artois, fils de Jean sans Terre, était comte
d’Eu; il mourut le 20 juillet 1387.
[255] En 1376 Jeanne épousa Othon de Brunswick. Cette alliance
mécontenta Charles de la Paix, qui, par son mariage en 1369
avec Marguerite de Durazzo, autre nièce de la reine Jeanne,
pouvait aspirer à sa succession.
[256] Les événements auxquels Froissart fait ici allusion
postérieurement au mariage de la reine de Naples et d’Othon
de Brunswick, se placent bien après le départ du pape Clément
pour Avignon (22 mai 1379). C’est à l’instigation du pape
Urbain que Charles de la Paix avait envahi les États de la
reine Jeanne, déclarée déchue par le pape. C’est alors qu’elle
adopta le duc d’Anjou, dont elle espérait le secours (_Chr. des
Quatre Valois_, p. 297); mais, assiégée à son retour dans le
château de l’Œuf le 17 juillet 1381, elle fut faite prisonnière
et étranglée le 22 mai 1382; son mari, prisonnier lui aussi,
avait été remis en liberté; plus tard, il devait servir le duc
d’Anjou en Italie.
Cela fait, la reine Jeanne et Othon, son mari, retournent à Naples.
Quant au pape Clément[257], s’apercevant que le pape Urbain et les
Romains cherchent à gagner à leur cause Charles de la Paix et les
Napolitains, et craignant, s’il attend plus longtemps, de ne plus
pouvoir s’embarquer pour Avignon, comme il le désire, il hâte son
départ, accompagné du comte de Roquebertin, qui est venu le chercher
avec des bateaux marseillais et aragonais. Clément arrive bientôt à
Marseille, de là à Avignon.
[257] Trois jours après son entrevue avec la reine de Naples,
Clément retournait à Sperlonga (13 mai 1379); et le 22, il
s’embarquait pour Marseille.
Prévenu de son arrivée, le duc d’Anjou accourt[258]; et le pape lui
donne l’investiture des royaumes que la reine Jeanne lui a remis. Le
duc d’Anjou accepte et s’engage à aller combattre bientôt les ennemis
de la reine. Il passe environ quinze jours à Avignon, puis retourne
à Toulouse auprès de la duchesse. Le pape reste à Avignon, laissant
en Italie Sevestre Bude, Bernardon de la Salle et Florimont guerroyer
contre les Romains. P. 154, 155, 321, 322.
[258] Le duc d’Anjou avait toujours cherché à couvrir ses
projets ambitieux de la sanction du pape Clément. En payement
d’une dette contractée autrefois par le Saint-Siège, Clément
lui avait accordé par une bulle du 20 avril 1379 la levée
pour trois ans des décimes ecclésiastiques en Languedoc et en
Guyenne; par une autre bulle du 17 avril, le pape lui avait
déjà concédé le royaume d’Adria, formé du démembrement d’une
partie des États de l’Église; il était aussi intervenu à propos
de l’émeute de Montpellier, dont Froissart ne parle pas. Une
fois que le pape fut à Avignon, le duc chercha à exploiter la
difficulté que la reine Jeanne avait à se maintenir à Naples en
présence de l’hostilité de Charles de la Paix, pour se faire
adopter par elle. Un premier conciliabule eut lieu à Avignon
(1er janvier 1380); puis deux bulles du pape (1er février)
autorisèrent cette adoption. Après de nouvelles négociations
à Naples (avril 1380), l’adoption eut lieu le 29 juin (_Arch.
Nat._, J 1043A, nºs 3-4) et fut ratifiée par les bulles des 22
et 23 juillet 1380, le duc d’Anjou s’engageant à secourir la
reine Jeanne contre les ennemis (Valois, _Louis Ier_, p. 24,
40-46).
La marche de Toscane était occupée en ce temps-là par un chevalier
anglais, Jean Hawkwood, qui avait quitté la France au moment du traité
de Brétigni. C’était alors un pauvre bachelier, qui se mit à la tête
d’une compagnie de _Tard-Venus_. Réuni en Bourgogne à d’autres routiers
de diverses nations, Jean Hawkwood assista avec Robert Briquet et
Jean Creswey à la bataille de Brignais et contribua avec Bernard de
Sorges[259] à la prise du Pont-Saint-Esprit. Il partit ensuite pour
le compte du marquis de Montferrat combattre les Milanais et eut pour
sa part dans cette expédition 10 000 francs sur 60 000. Cette guerre
achevée, une partie de ces bandes rentrèrent en France et furent
emmenées en Espagne contre don Pèdre par Bertrand du Guesclin et le
maréchal d’Audrehem[260]. Jean Hawkwood resta en Italie[261], au
service des papes Urbain V et Grégoire XI[262] contre les Milanais,
et secourut le seigneur de Couci contre les Lombards et le comte de
Vertus[263].
[259] Nous retrouverons plus tard, en 1416, dans l’hôtel et la
compagnie de Bernard, comte d’Armagnac (_Bibl. Nat., Clair._
vol. 5, nº 54), ce chef de routiers, que je n’identifie pas,
comme M. Durrieu, avec Bernardon de la Salle (_Les Gascons en
Italie_, p. 113, note 3). Froissart, en racontant une première
fois ces événements (t. VI, p. 69 et suiv.), a mentionné les
noms de Briquet et de Creswey, mais a oublié celui de Hawkwood:
il peut à plus forte raison avoir passé sous silence celui de
Bernardon de la Salle.
[260] Voy. É. Molinier, _Étude sur la vie d’Arnoul d’Audrehem_
(dans _Mémoires présentés par divers savants..._ IIe série, t.
VI, 1re partie), p. 170 et suiv.
[261] Jean Hawkwood était en Lombardie en février 1370 (L.
Osio, _Documenti diplomatici tratti dagli Archivi Milanesi_,
t. I, p. 139), et à Parme le 8 août 1370 (_Ibid._, p. 143).
Il lutte d’abord contre Louis de Gonzague et Barnabo Visconti
(_Ibid._, p. 159) en 1372, puis il devient l’allié de Barnabo
Visconti, qui intercède auprès de lui pour l’empêcher de
ravager le pays de Mantoue en 1375 (p. 175) et lui donne sa
fille naturelle en mariage en 1377 (p. 191).
[262] C’est au service du pape Grégoire XI que, sur l’ordre
de Robert de Genève, depuis Clément VII, Hawkwood, déjà connu
par ses excès à Faenza, avait massacré en février 1377 les
habitants de Césène.
[263] Voy. Froissart, t. VIII, p. 215.
C’est ce capitaine que le pape Urbain appelle auprès de lui après le
départ de Clément et prend à sa solde. Hawkwood, aidé des Romains,
s’attaque alors à Sevestre Bude et à ses Bretons, qui sont complètement
défaits[264]: Sevestre Bude est fait prisonnier et mené à Rome, puis
relâché avec un écuyer breton, nommé Guillaume Boileau. Tous deux
arrivent à Avignon[265], mais, accusés de vouloir trahir le pape
Clément, ils sont arrêtés sur l’ordre du cardinal d’Amiens, qui ne
pardonnait pas à Sevestre Bude d’avoir autrefois en Romagne laissé
piller ses bagages pour le payement de ses hommes, et ont la tête
tranchée à Mâcon; grand sujet de colère pour Bertrand du Guesclin, qui,
s’il eût vécu, aurait fait payer cher au pape la mort de son cousin.
Parlons maintenant des tristes événements de Flandre. P. 155 à 158, 322.
[264] On a vu plus haut, p. LXXIII, note 1, la défaite de
Sevestre Bude.
[265] Sevestre Bude réclamait au pape Clément une somme de
30 000 francs pour l’avoir aidé à venir d’Italie à Avignon;
accusé par le cardinal d’Amiens qui «disoit qu’il l’avoit voulu
prendre et detenir et qu’il avoit pillié en royaume de France
et bouté feu et fait bouter», et mandé à Mâcon par le bailli
Oudard d’Atainville, il y fut décapité. Les routiers indignés
ravagèrent la campagne de Mâcon (_Chr. des Quatre Valois_, p.
282).
CHAPITRE VII.
RIVALITÉ A GAND DES FAMILLES DE JEAN YOENS ET DE GILBERT
MAHIEU.--_1379, fin de mai._ LE COMTE DE FLANDRE AUTORISE
LES BRUGEOIS A FAIRE DÉRIVER DE LA LYS UN CANAL D’EAU
DOUCE.--_Août._ LES GANTOIS FORCENT LES BRUGEOIS A
INTERROMPRE LEURS TRAVAUX DE CANALISATION.--_6 septembre._
MEURTRE A GAND DU BAILLI ROGER D’AUTERIVE.--_8 septembre._
INCENDIE DU CHATEAU DE WONDELGHEM.--MORT DE JEAN YOENS.--_17
septembre._ PRISE D’YPRES PAR LES GANTOIS.--_Mi-octobre._
SIÈGE D’AUDENARDE.--_Novembre._ SIÈGE DE TERMONDE.--_1er
décembre._ PAIX DE ROSNE.--_3 décembre._ LEVÉE DU SIÈGE
D’AUDENARDE (§§ 101 à 122).
C’est l’envie qui poussa les villes de Flandre les unes contre les
autres, et, malgré les efforts du comte, la division se mit entre
elles. P. 158, 159, 322, 323.
Il y avait alors à Gand un homme instruit, hardi et entreprenant, Jean
Yoens[266], que le comte chargea de le débarrasser d’un bourgeois qui
le gênait. Une querelle s’éleva donc entre Jean Yoens et ce bourgeois,
nommé Jean Doncker[267]; le bourgeois fut tué, et Jean Yoens dut se
réfugier à Douai, bien payé par le comte. Le comte fit plus: il obtint
le consentement de la ville de Gand au retour de Jean Yoens, qu’il
nomma doyen des bateliers.
[266] Sur la famille de Jean Yoens, voy. l’édition de Kervyn,
t. IX, p. 530 et t. XXIII, p. 299-301.
[267] Ce bourgeois, dont le nom défiguré n’est donné que par
les manuscrits de la _Chronique de Flandre_, avait été échevin
de Gand en 1338 et 1342 (Kervyn, t. XXI, p. 103): il avait été
tué antérieurement à 1352, car à cette date intervient entre
Jean Yoens et la famille Doncker un contrat de paix à partie
(_Ibid._, XXIII, p. 301).
Une autre famille existait à Gand, les Mahieu[268], composée de sept
frères, dont l’un, Gilbert, jalousait Jean Yoens et ne cherchait qu’à
le supplanter dans les bonnes grâces du comte.
[268] Sur la famille Mahieu, voy. Kervyn, t. IX, p. 529-530 et
t. XXII, p. 132.
D’autre part, une même haine existait à Damme[269] entre les familles
de deux riches bateliers, les Jean Pied et les Jean Bard, dont les
uns étaient du parti de Gilbert Mahieu et les autres de celui de Jean
Yoens. Pour perdre Jean Yoens, Gilbert fit savoir au comte, qui aimait
l’argent, qu’il ne tenait qu’à Jean Yoens qu’on pût établir un droit
sur les bateliers, ce qui serait grand profit pour lui. Jean Yoens
appelé ne trouva pas la chose faisable, et tous les bateliers réunis,
parmi eux les Mahieu, furent de son avis. P. 159 à 163, 323, 324.
[269] Belgique, prov. de Flandre occidentale, au nord de Bruges.
Le comte, furieux de voir lui échapper un profit de six ou sept mille
florins, nomma Gilbert Mahieu doyen des bateliers à la place de Jean
Yoens; et les bateliers n’osèrent pas refuser de payer la redevance au
comte. Gilbert accablait de présents l’entourage du comte et ne donnait
pas à Jean Yoens tout ce qui lui revenait de son gain de batellerie.
Jean Yoens se taisait et attendait. Et Étienne, l’un des frères Mahieu,
n’augurant rien de bon de cette attitude, se demandait s’il ne vaudrait
pas mieux dès lors se débarrasser de leur ennemi.
Les choses en sont là, quand les Brugeois, du consentement du comte,
réveillent une vieille querelle en se mettant à creuser un canal entre
la Lys et la Reye, pour détourner à leur profit les bateaux venant de
l’Artois[270]. C’était la ruine pour Gand. «Ah! disent les Gantois,
cela ne se passerait pas ainsi, si Jean Yoens était encore doyen
des bateliers!» Poussés par le récit d’une femme qui en revenant du
pèlerinage de Boulogne-sur-Mer avait vu les travaux des Brugeois, les
Gantois s’adressent à Jean Yoens pour lui demander conseil. Celui-ci
les invite alors à rétablir la vieille association des _chaperons
blancs_. La chose se fait, Jean Yoens est élu chef[271] des _chaperons
blancs_; et sa bande, forte de plus de 500 hommes, s’apprête à courir
sus aux Brugeois. P. 163 à 167, 324.
[270] C’est le comte lui-même qui provoqua le dissentiment
entre Gand et Bruges; il était venu à Gand après la Pentecôte
(29 mai) de 1379 pour assister à un tournoi. Ayant besoin
d’argent, il demanda à établir une taxe qui, par l’intervention
d’un nommé Gossuin Mulaert, ne lui fut pas accordée. Les
habitants de Bruges au contraire se hâtèrent de fournir de
l’argent au comte, qui leur permit de creuser un canal entre
leur ville et Deynse, pour leur apporter l’eau douce dont ils
manquaient (J. Meyer, _Annales rerum Flandricarum_, Anvers,
1561, fol. 170 vº). La révolte contre le comte eut lieu, nous
dit la _Chronographia_ (t. II, p. 373), «quia impositiones
et subsidia colligere et malas consuetudines in Flandria
volebat inducere».
[271] Jean Yoens prit comme lieutenants Gossuin Mulaert, Arnoul
Declercq et Simon Colpaert (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 170 vº).
Les Mahieu regrettent alors de n’avoir pas écouté l’avis d’Étienne.
Quant à Jean Yoens, il part avec ses _chaperons blancs_ pour Deynse,
mais revient bientôt sans avoir trouvé les Brugeois, qui s’étaient
enfuis[272]. Ils restent à Gand et se tiennent prêts aux événements. P.
167, 168, 324, 325.
[272] J. Meyer dit au contraire que quelques Brugeois furent
tués.
Les Gantois avaient un nouveau sujet de plainte contre le comte,
qu’ils accusaient de porter atteinte à leurs franchises, en tenant en
prison à Eecloo[273] un meunier, bourgeois de Gand, que le bailli,
Roger d’Auterive, refusait de rendre sans le consentement du comte.
Les _chaperons blancs_ profitaient des circonstances pour se montrer
partout et se rendre indispensables. P. 168 à 170, 325.
[273] Belgique, prov. de Flandre orientale.
Les Gantois commencent à murmurer, et Jean Yoens augmente leur
mécontentement en leur faisant remarquer que non seulement les
franchises de Gand sont atteintes, mais aussi son commerce, car les
gens de Douai et de Lille ne veulent plus y venir depuis qu’a été
établie la nouvelle redevance des bateliers. Jean Yoens se défend de
vouloir diminuer en rien le patrimoine du comte, mais il lui semble
qu’il serait bon d’envoyer une ambassade relative à l’emprisonnement du
meunier[274] et aussi aux travaux de canalisation des Brugeois, qui,
dit-on, auraient promis au comte dix à douze mille florins par an pour
avoir son acquiescement. P. 170 à 173, 325, 326.
[274] Les Gantois réclamaient aussi un autre prisonnier, un
_chaperon blanc_, que son attitude provocante avait fait
arrêter (J. Meyer, _ibid._).
Les messagers partent pour Male[275], et parmi eux Gilbert Mahieu; ils
reviennent bientôt, ayant gain de cause: le bourgeois d’Eecloo leur
sera rendu, les Brugeois ne creuseront plus leur canal et combleront
même ce qui a déjà été creusé, le tout à condition que les _chaperons
blancs_ seront dissous[276]. Jean Yoens démontre alors au peuple que
c’en est fait des franchises de Gand, si l’on accepte les conditions du
comte; et, craignant lui-même quelque surprise de la part des Mahieu,
il donne l’ordre à ses gens de veiller et de se tenir sur leur garde.
P. 173 à 175, 326.
[275] Château près de Bruges.
[276] Le comte promettait la libération des deux prisonniers et
s’engageait de plus à abolir l’impôt des bateliers (J. Meyer,
_loc. cit._, fol. 171 rº).
Peu de temps après, le bailli de Gand, Roger d’Auterive, arrive à
Gand avec 200 chevaux pour exécuter les ordres du comte. Il s’avance
jusqu’au marché du vendredi, la bannière du comte à la main, escorté de
Gilbert Mahieu et de tous les siens. On devait saisir Jean Yoens et six
ou sept de ses gens et leur couper la tête. Jean Yoens, qui se doutait
de la chose, avait rassemblé chez lui 400 _chaperons blancs_. Il marche
alors au milieu d’une troupe qui grossit jusqu’au marché. A sa vue les
Mahieu s’enfuient, et en peu de temps le bailli est saisi et tué[277];
la bannière du comte est mise en pièces et foulée aux pieds. Les gens
du comte à leur tour prennent la fuite. P. 175 à 177, 326, 327.
[277] Roger d’Auterive fut tué sur le Cauter, le 6 ou le 8
septembre 1379, d’après la _Chronique rimée_, p. p. Le Glay (p.
27 et 29, note 1), le lundi 5, d’après J. Meyer.
Les Mahieu cependant quittent la ville, y laissant leurs femmes et
leurs biens, et se réfugient auprès du comte de Flandre, et lui
apportent ces nouvelles qui l’irritent.
Les _chaperons blancs_, maîtres de Gand, donnent la chasse aux
partisans des Mahieu, et font la loi à tous, secrètement soutenus,
disait-on, par les échevins et de puissants personnages de la ville,
car autrement l’audace d’une telle canaille eût été inexplicable. Roger
d’Auterive fut enseveli dans l’église des Frères Mineurs de Gand. P.
177 à 179, 327.
Les gens sages de Gand regrettaient cependant ce qui s’était passé,
mais nul n’osait se mettre en avant pour proposer une réparation au
comte. Jean de la Faucille lui-même, renommé pour sa sagesse, avait
quitté la ville pour ne pas se compromettre, et attendait les nouvelles
à sa maison de campagne. P. 179, 180, 328.
Enfin les notables de la ville se joignent à Jean Yoens et à ses
principaux chefs, et décident d’envoyer au comte dix d’entre eux pour
lui demander pardon du meurtre de son bailli. Jean Yoens, ne pouvant
faire autrement, approuve le projet; et les douze bourgeois arrivent à
Male, où ils trouvent le comte fort irrité et ont bien de la peine à
obtenir la grâce de la ville, moyennant une amende. P. 180 à 182, 328.
Jean Yoens, resté à Gand, comprenait bien que si le comte pardonnait,
c’en était fait de lui; aussi résout-il de l’irriter au point de
refuser tout arrangement. Sous prétexte de passer une revue des
_chaperons blancs_, il emmène toute son armée, plus de six mille
hommes, dans la campagne, près du château de Wondelghem[278],
appartenant au comte. On entre dans le château pour le visiter; bientôt
on le pille, finalement le feu prend... par aventure. «Rien à faire,
dit Jean Yoens; du reste, c’était pour nous dangereux voisinage[279]!»
On rentre à Gand, où les habitants voient encore une fois disparaître
l’espérance qu’ils avaient de faire la paix avec le comte. P. 182 à
185, 328, 329.
[278] Château près de Gand, aujourd’hui localité assez
importante.
[279] Le château fut brûlé le 8 septembre 1379, le jour de la
Nativité de Notre-Dame (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171 rº).
Le comte, fort irrité de ce nouvel attentat de Jean Yoens, fait venir
les douze bourgeois de Gand et leur jure qu’il n’y aura pas de paix
entre lui et leur ville, tant que les coupables n’auront pas été
châtiés, et cela en dépit de toutes leurs excuses. Les bourgeois
rentrent à Gand, porteurs de ces mauvaises nouvelles, tandis que le
comte se rend à Lille et, rassemblant sa noblesse de Flandre, lui
demande aide et secours pour se venger. P. 185, 186, 329.
Heureux d’avoir provoqué la guerre, Jean Yoens s’occupe des alliances
des Gantois, «L’amitié de Grammont[280] et de Courtrai[281] est sûre;
mais ne serait-il pas bon de s’assurer du concours de Bruges?» Neuf ou
dix mille hommes, choisis par paroisses, partent donc pour Bruges, sous
la conduite de Jean Yoens. On veut parlementer et gagner du temps. Les
Gantois forcent les portes, et Jean Yoens fait son entrée dans la ville
aux côtés du bourgmestre, un bâton blanc à la main. P. 186 à 189, 329,
330.
[280] Belgique, prov. de Flandre orientale.
[281] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
Un traité d’alliance et de bonne amitié est alors signé entre les
villes de Gand et de Bruges; et le calme le plus grand et l’union la
plus complète règnent entre les deux partis.
Au bout de trois jours, les Gantois se rendent à Damme, où ils sont
bien accueillis. Tout à coup Jean Yoens tombe malade à la suite d’un
souper: on parle d’empoisonnement, mais on ne sait rien de positif
à cet égard. Transporté de nuit à Ardembourg[282], Jean Yoens y
meurt[283], au grand désespoir des Gantois. P. 189, 190, 330.
[282] Aardenburg, Pays-Bas, prov. de Zélande.
[283] «Lectica portatus Rodenburgum _seu, quando variant,
Ecloniam_, ibi moritur» (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171
vº).
Le corps, transporté à Gand, est enseveli dans l’église Saint-Nicolas.
Cette mort ne brise pas l’alliance de Bruges et de Gand (car les
Gantois ont de bons otages leur répondant de la fidélité de leurs
alliés), mais elle réjouit fort le parti Mahieu et aussi le comte de
Flandre, qui envoie à Ypres de nombreux chevaliers de Lille et de
Douai, pour venir à bout promptement des Gantois. Ceux-ci nomment de
leur côté quatre capitaines: Jean Pruneel, Guillaume Boele, Rasse
d’Herzeele et Pierre du Bois[284], qui, à la tête de douze cents
hommes marchent sur Courtrai[285]. La ville leur fait bon accueil. Au
bout de trois jours, marche sur Thourout[286]; mais en chemin, une
avant-garde de trois à quatre mille hommes s’avance jusqu’à Ypres[287].
En vain les chevaliers et, au premier rang, Henri d’Antoing,
veulent défendre la ville; en vain messires de Roubaix et Houart
de la Houarderie[288] se font tuer: le peuple ouvre les portes aux
Gantois[289], qui, comme ils l’ont déjà fait pour les autres villes,
signent un traité, demandent des otages, puis retournent à Gand en
passant par Courtrai. P. 191 à 194, 330, 331.
[284] Sur les familles de ces quatre personnages, qui figurent
dans des Comptes municipaux, voy. les renseignements qu’a
rassemblés M. Kervyn, t. XX, p. 340-341, 362-365; t. XXI, p.
549-550, et t. XXII, p. 390-391. Les familles Boele et Herzeele
figurent à l’armorial des nobles _Poorters_ de Gand de 1524 (J.
Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, entre
les p. 184 et 185).
[285] D’après la _Chronique rimée_ (p. 30), c’est le 11
septembre 1379 qu’eut lieu la marche sur Courtrai.
[286] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[287] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[288] Sur ce nom, voy. Kervyn, t. XXI, p. 568-570. Un Thomas et
un Robert de la Houarderie figurent dans J. Meyer.
[289] La prise d’Ypres eut lieu le samedi (17 septembre 1379),
d’après la _Chronique rimée_ (p. 31).
Mécontent d’apprendre la reddition d’Ypres et craignant quelque
surprise des Gantois sur Audenarde, qui leur livrerait le cours de
l’Escaut, le comte, qui se tient à Lille, se hâte de garnir cette ville
et d’y envoyer de nombreux chevaliers et écuyers de Flandre, de Hainaut
et d’Artois. Les capitaines de Gand à cette nouvelle partent pour faire
le siège d’Audenarde[290]; ils sont bientôt rejoints[291] par leurs
alliés de Bruges, d’Ypres, de Poperinghe[292], de Messines[293], du
Franc de Bruges[294], de Grammont: en tout plus de cent mille hommes.
Le comte se jette dans Termonde[295], où il retrouve de nombreux
chevaliers d’Allemagne, de Gueldre et de Brabant, et parmi eux son
cousin, Thierri, comte de Berg[296]. P. 194, 195, 331.
[290] Belgique, prov. de Flandre orientale.--Le duc n’avait
plus en son obéissance dans toute la Flandre de langue flamande
que Audenarde, Alost et Termonde (J. Meyer, _loc. cit._, fol.
171 vº).
[291] Vers le milieu d’octobre (J. Meyer, _loc. cit._). Ce
siège fut le signal d’une levée générale de 100 000 hommes des
milices flamandes (Kervyn de Lettenhove, _Histoire de Flandre_,
t. III, p. 438).
[292] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[293] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
[294] Châtellenie s’étendant sur le territoire des environs de
Bruges, et dont l’administration, bien que distincte de celle
de Bruges, était fixée dans la ville même.
[295] Belgique, prov. de Flandre orientale.
[296] Froissart le nomme duc des Monts.
Le siège d’Audenarde dura longtemps avec ses assauts et ses
escarmouches[297]. La ville comptait bien huit cents lances, chevaliers
et écuyers[298]. C’étaient, venant de Flandre, Jean de Ghistelles[299],
les seigneurs de Villers et d’Escornay[300]; venant de Hainaut, Gautier
d’Enghien[301], Hugues d’Antoing[302], le seigneur de Briffeuil, le
seigneur de Lens, Jean de Gommegnies, les trois frères Jean, Daniel
et Josse d’Halewin[303], le seigneur d’Estaimbourg[304], Gérard de
Marquillies, Eustache et Rasse de Montigny, d’autres encore: en tout
cent cinq, qui faisaient bonne garde. Après avoir mis à l’abri dans les
églises les femmes et les enfants, ils avaient recouvert les toits de
terre pour résister au feu lancé par les Flamands. P. 195, 196, 331,
332.
[297] D’après la _Chronique rimée_ (p. 47) le siège d’Audenarde
dura sept semaines.
[298] Les noms cités par J. Meyer sont beaucoup plus nombreux
que ceux donnés par Froissart.
[299] Dans Meyer (_loc. cit._, fol. 172 vº) un Gui de
Ghistelles est fait chevalier pendant le siège d’Audenarde.
[300] Les seigneurs de Villers et d’Escornay sont mentionnés
dans la _Chronique rimée_ (p. 46) comme ayant reçu pour la
délivrance des villes assiégées, le premier 518 l., 4 s., et le
second 919 l., 18 s.
[301] Gauthier d’Enghien était arrivé à sa majorité au
commencement de l’année 1377, et par un acte du 3 février
avait ratifié le traité de paix conclu entre ses oncles et le
duc Albert de Bavière (_Chr. belges, Cartul. des comtes de
Hainaut_, t. II, p. 254-255).
[302] Hugues d’Antoing reçoit, d’après la _Chronique rimée_ (p.
46), 2810 l., 8 d.
[303] Outre ces trois Halewin, J. Meyer (_loc. cit._, fol.
172 vº) nomme encore un Olivier, un Gautier, un Tristan et un
Girard Halewin.
[304] Le seigneur d’Estaimbourg est appelé dans Meyer
_Frossardus_ Staimborgius.
Étant devant Audenarde, les Flamands apprennent que le comte est à
Termonde avec le comte de Berg et de nombreux chevaliers; ils se
dirigent de ce côté au nombre de 6000, sous la conduite de Rasse
d’Herzeele, et arrivent à un village situé sur la Dendre[305], à une
petite lieue de Termonde. Passé minuit, ils se remettent en marche,
espérant surprendre la ville; mais ils sont dénoncés par les gens du
pays et reçus par toute la garnison en armes. C’est d’une part le comte
de Flandre, avec Gossuin de Wilde[306], grand bailli de Flandre, Jean
de Gruthuse, Gérard de Rasseghem[307], Philippe De Jonghe, Philippe de
Masmines[308] et autres, tels que Hugues de Rigni[309]; d’autre part
le comte de Berg, avec Thierri de Brederode[310] et autres; ailleurs
encore Robert d’Assche[311], Jean Vilain et Robert le Maréchal[312].
L’assaut dure longtemps; les blessés sont nombreux; le chevalier
bourguignon Hugues de Rigni est tué. P. 196 à 199, 332.
[305] Rivière qui se jette dans l’Escaut à Termonde.
[306] Gossuin De Wilde était en 1369 receveur de Flandre, avant
d’être grand bailli (Van Duyse et de Busscher, _Invent. anal.
des chartes... de Gand_, nos 431 et autres).
[307] Messire Gérard de Rasseghem appartenait à la maison
du comte de Flandre: au mois de juillet 1379, c’est devant
lui et les maîtres d’hôtel du comte que sont payés les gages
des hommes d’armes envoyés pour la défense des villes (_Chr.
rimée_, p. 46).
[308] Le nom de Philippe de Masmines est cité en 1376 comme
celui d’une des plus anciennes familles commerçantes de Gand
(J. Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, p.
185).
[309] Hugues de Rigni, chevalier bachelier en 1365, avait
accompagné à Romans le duc de Bourgogne, envoyé par le roi
auprès de l’empereur (É. Petit, _Itinéraires_, p. 463); il est
appelé par le duc à Chalon-sur-Saône, où il séjourne avec 7
chevaux du 12 au 17 août 1368 (_Ibid._, p. 478).
[310] Thierri de Brederode est qualifié dans J. Meyer
(_loc. cit._, fol. 172 rº) de «Hollandus præfectus
vigiliarum».
[311] Messire d’Assche reçoit en 1379, d’après la _Chronique
rimée_ (p. 46), 352 l., 12 s.
[312] Sur Jean Vilain et Robert le Maréchal, voy. Kervyn, t.
XXIII, p. 254-255, et t. XXII, p. 86.
A midi passé, Rasse d’Herzeele fait cesser l’assaut et sonner la
retraite. Les Gantois se retirent, et le lendemain retournent au siège
d’Audenarde. Maîtres de la campagne, les Flamands rendent difficile
le ravitaillement de la ville, et le siège se poursuit, coupé par des
assauts et des escarmouches[313], où viennent faire leurs premières
armes les nouveaux chevaliers d’Artois, de Flandre et de Hainaut. P.
199, 200, 332, 333.
[313] Un assaut des plus sérieux fut donné le vendredi 4
novembre (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 172 rº).
La prise de la ville n’était qu’une affaire de temps, pouvant
facilement être affamée; d’autre part le comte de Flandre, ainsi que
sa mère la comtesse Marguerite d’Artois, désirant traiter, la comtesse
Marguerite écrit à Philippe, duc de Bourgogne (qui après la mort du
comte Louis pouvait par sa femme Marguerite réclamer l’héritage de
Flandre), de venir la trouver à Arras, où elle était alors. Il s’y
rend, et avec lui Gui de la Trémoïlle[314], Jean de Vienne, amiral de
France, Gui de Pontallier[315] et d’autres. Le duc, après avoir vu la
comtesse, arrive à Tournai et envoie en parlementaire auprès de l’armée
assiégeante d’Audenarde l’abbé de Saint-Martin[316]. Rendez-vous est
donné au duc entre Tournai et Audenarde, à Rosne[317], où pendant
quinze jours ont lieu les conférences. Les prétentions des Gantois sont
grandes[318]; mais, en présence de l’attitude énergique de la garnison
d’Audenarde et des plaintes de ceux de Bruges, du Franc et d’Ypres
qui redoutent l’approche de l’hiver, ils cèdent. Le duc de Bourgogne
donne à Rosne un banquet où la paix est décidée. Le comte pardonne
sans réserve aucune et doit venir habiter Gand, dont les habitants
s’engagent à lui rebâtir son château de Wondelghem[319]. La paix est
publiée partout, le siège est levé, et le comte licencie ses troupes
pour venir à Lille confirmer ce qui a été fait. P. 200 à 204, 333, 334.
[314] Les archives de la famille de La Trémoïlle ne contiennent
que trois pièces de 1374, 1386 et 1393, relatives à ce
personnage (_Chartrier de Thouars. Documents historiques et
généalogiques_, p. 7-12). Premier chambellan de Philippe le
Hardi, conseiller et chambellan de Charles VI, il épousa Marie
de Sully, fut fait prisonnier à Nicopolis et mourut à Rhodes en
1397.
[315] Nommé maréchal de Bourgogne aux gages de 300 livres, le
30 décembre 1364 (_Arch. de la Côte-d’Or_ citées par É. Petit,
_Itinéraires_, p. 459), Gui de Pontallier, seigneur de Talmay,
était en 1381 gouverneur de Bourgogne (_Ibid._, p. 150); il
mourut à Nicopolis.
[316] Jean Galet, abbé de Saint-Martin de Tournai, de 1367
à 1387. La _Chronique rimée_ met à la place l’abbé de
Saint-Pierre et de Saint-Bavon (1340-1394).
[317] Belgique, prov. de Flandre orientale, sur la rivière qui
porte le même nom.
[318] Les Gantois demandaient cinq choses; le respect de leurs
franchises, la remise en état de tout ce qui avait pu être
fait contrairement à ces franchises, le pardon des dommages
faits aux seigneurs, la mise hors la loi de ceux qui avaient
combattu avec les seigneurs, la démolition du côté de Gand
des fortifications d’Audenarde et de Termonde (_Chr. rimée_,
p. 50-51). Le comte acceptait les trois premières conditions,
et s’engageait à transporter sa cour à Gand. Les conférences
commencèrent le 18 novembre: le 11, les gens d’Ypres étaient
allés brûler Cassel. Le 1er décembre, Louis de Male ratifiait à
Malines le traité de paix conclu avec les Flamands par le duc
de Bourgogne (Gachard, _Notice hist. et descript. des archives
de la ville de Gand_, p. 37 et 54, dans les _Mémoires de
l’Académie royale_ de Belgique, t. XXVII, 1853).
[319] Les _Antiquités de Flandre_ de Wielant, donnent les
principales clauses du traité, «en ceste manière qui s’ensuyt:
Est assçavoir que le conte pardonne tous meffaictz et conferme
leurs privilèges pour en joyr ainsi qu’ilz jouissoient à sa
joyeuse entrée et ainsi que on en usoit du temps du conte
Robert, et osta tous empeschemens faictz au contraire; _item_
que tous fugitifz pouroient retourner chascun en sa chascune
si avant qu’ilz veullent prendre sur les informations que
l’on fera à leur charge; _item_ que tous bailliz, sergeans et
aultres officiers qui par ceste paix seroient despoinctez de
leurs offices, seront tenuz de respondre de leurs abuz; et
s’ilz sont trouvez coulpables, ne pouront jamais avoir office;
_item_ que les informations seront faictes par gens de bien que
les trois villes choisiront, et que desormais seront faictes
samblables informations sur les infractions des privilèges
desdictz trois villes, par XXV personnes, qui se choisiront,
est assçavoir: par Gand nœuf, par Bruges VIII et par Ypre VIII,
et que les loiz seroient renouvellez selon les privilèges et
coustumes du pays; _item_ que le prevost de Sainct Donas ne
viendra plus au conseil du conte et sera depoincté de son
office de chanceillier; avecq pluisieurs aultres articles»
(_Recueil des Chroniques de Flandre_, p. p. De Smet, t. IV, p.
305-306). Le comte s’engageait de plus à licencier ses troupes
allemandes et à venir tenir sa cour à Gand, en attendant que
son château de Wondelghem ait été rebâti. La paix signée, le
siège d’Audenarde fut levé le samedi 3 décembre 1379 (J. Meyer,
_loc. cit._, fol. 173 rº).
Après la levée du siège d’Audenarde, Jean Pruneel va à Tournai échanger
les signatures du traité avec le comte de Flandre et le duc de
Bourgogne, et retourne ensuite à Gand[320]. Le duc de Bourgogne avait
tant fait par ses belles paroles que les Gantois laissaient intacte
la ville d’Audenarde, alors que dans les préliminaires du traité, au
moment de lever le siège, il avait été convenu qu’ils auraient le droit
d’abattre les murs, les tours et deux portes du côté d’Audenarde. Le
duc de Bourgogne part alors pour la France[321], et le comte, après
être resté quelques temps à Lille, vient à Bruges, dont les habitants
cherchent à calmer les mauvaises dispositions du comte et à se faire
pardonner leur hostilité passée, en rejetant la faute sur les _menus
mestiers_ de la ville qu’avait entraînés Jean Yoens. P. 204, 205, 334.
[320] La nomination des enquêteurs auxquels fait allusion le
traité cité dans la note précédente eut lieu vers la Noël 1379
(_Chr. rimée_, p. 58).
[321] Le 15 décembre, le duc de Bourgogne était à Malines (É.
Petit, _Itinéraires_, p. 146).
CHAPITRE VIII.
_1379, 13 juillet._ TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE ROI
D’ANGLETERRE ET LE DUC DE BRETAGNE.--_3 août._ LE DUC
DÉBARQUE EN BRETAGNE.--_6 décembre._ NAUFRAGE ET MORT DE
JEAN D’ARONDEL.--_Commencement de 1380._ PRISE DE DINAN PAR
OLIVIER DE CLISSON (§§ 123 à 126).
Tandis que le duc de Bretagne est en Angleterre auprès du roi Richard,
le roi de France envoie en Bretagne son connétable, qui occupe
Pontorson et ravage le pays[322]. Les bonnes villes, désirant le retour
du duc, lui députent en ambassadeurs Geoffroi de Karimel et Eustache de
la Houssaye, qui s’embarquent à Conq[323] et arrivent à Southampton,
puis à Londres, et reçoivent la promesse du duc de revenir bientôt dans
son duché. P. 205, 206, 334, 335.
[322] Depuis la campagne de Normandie, B. du Guesclin avait
séjourné presque entièrement en Bretagne avec son armée, à
laquelle s’était joint dans la première quinzaine d’août le
jeune Charles de Navarre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº
2613), qui reçut 800 livres parisis pour son voyage en Bretagne
(_Arch. Nat._, KK 326, fol. 3 vº), où il devait rester jusqu’à
la fin d’octobre. Du Guesclin occupait Pontorson et allait
souvent à Saint-Malo pour ravitailler la flotte française,
qui surveillait la côte; il négociait aussi pour réoccuper la
Roche-sur-Yon, ce qu’il réussit à faire à des conditions assez
dures (Kervyn, t. IX, p. 537). Il correspondait régulièrement
avec le duc d’Anjou, ainsi que Clisson, qui de Redon, le 2
septembre 1379, demandait des renforts (Hay du Chastelet,
_Hist. de du Guesclin_, p. 476).
[323] Écart de la commune de Beuzec-Conq, Finistère, arr. de
Quimper, canton de Concarneau, dont il faut le distinguer (cf.
t. VII, p. LXVI, note 207 dans notre édition PG 73967 et t.
VIII, p. LXXI, note 224 dans notre édition PG 74208).
En effet le duc fait ses adieux à la duchesse, s’assure par traité
de l’appui du roi d’Angleterre, et s’embarque à Southampton[324]
avec Robert Knolles, les deux chevaliers-messagers[325], cent hommes
d’armes et deux cents archers. Le vent les amène à Guérande, où ils
débarquent[326], et se dirigent sur Vannes[327], où le duc est bien
reçu. Au bout de cinq jours, il se rend à Nantes, où les barons
viennent l’assurer de leur obéissance et se plaindre des Français.
Le duc les rassure en leur disant d’attendre pour agir l’arrivée des
renforts anglais[328].
[324] Rappelé par ses sujets (voy. plus haut., p. LXVI, note
210), le duc de Bretagne conclut à Londres, le 13 juillet
1379, un traité d’alliance avec Richard II par l’entremise de
Thomas de Percy, dont les pouvoirs sont du 9 juillet (Rymer, t.
VII, p. 223-224). Par ce traité, le roi d’Angleterre s’engage
à payer les gages de 2000 hommes d’armes et de 2000 archers
retenus par le duc en vue de l’expédition de Bretagne pour
4 mois et demi (_Rec. Off., Treas. of the Rec., Misc. 41/5_
et _Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 16). Le duc s’embarque à
Southampton le 22 juillet (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p.
365) sur des bateaux retenus en juin (_Ibid._, _Queen’s Rem.,
Misc., Navy 610/11_), accompagné d’une partie de ses troupes et
de Gauthier Skirlawe et Richard de Aberbury en prévision d’un
traité à venir (_Ibid._, _Nuncii 632/18_).
[325] De ces deux chevaliers, l’un tout au moins, Geoffroi de
Kerimel, était rentré en France précédemment, puisque nous
voyons le duc lui annoncer son retour en passant en mer à la
hauteur de Caen (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365).
[326] Le duc de Bretagne débarque, non pas à Guérande, mais
en face de Saint-Malo, dans l’estuaire de la Rance, le 3 août
1379 (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365). Ses bateaux
de transport, laissés en arrière sous le commandement de
Hugues de Calverley, entrent aussi dans la Rance après un
combat, victorieux d’après Walsingham (_Hist. angl._, t. I,
p. 405-407), très disputé d’après le marquis Terrier de Loray
(_Jean de Vienne_, p. 135). La flotte anglaise, après avoir
débarqué Jean de Montfort, était encore à Quidallet (auj.
Saint-Servan) le 10 août, comme l’écrit B. du Guesclin au duc
d’Anjou (Dom Morice, _Preuves_, t. I, col. 225). D’après une
autre lettre du connétable, la flotte ennemie partit le 19,
faisant route vers les îles normandes (Kervyn, t. IX, p. 536);
elle dut revenir d’Harfleur vers le 8 septembre (Nativité de
Notre-Dame): Les Anglois, nous dit la _Chronique_ de P. Cochon
(p. 157), furent bien quinze jours «devant Saint-Maalou... et
ne firent rien et s’en ralèrent en leur païs».
[327] A peine débarqué, le duc se rend à Dinan, où le 9 août
il tient un conseil des barons de Bretagne «en disant qu’il se
veut gouverner à l’ordonnance desdis barons et autres, et faire
au roy ce que faire li devra» (Dom Morice, _Preuves_, t. II,
col. 226), puis il fait le 20 août avec 140 Anglais son entrée
à Rennes, d’où il doit se rendre à Guingamp (Hay du Chastelet,
_Hist. de du Guesclin_, p. 473).
[328] Avant de demander des renforts au roi d’Angleterre,
le duc de Bretagne avait essayé de traiter. Dès le 19 août,
Hugues de Calverley faisait des propositions à B. du Guesclin,
qui les communiquait au duc d’Anjou en le pressant d’arriver
(Kervyn, t. IX, p. 536-537). Ce dernier n’arrive guère que
vers la fin de septembre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº
2613). Les conférences du traité, le 26 à Dinan et le 27 à
Dol, l’empêchent même de se rendre à l’appel du roi de France
(_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126). Une trêve intervient,
et le duc de Bretagne demande l’arbitrage du comte de Flandre
(Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 395), qui est
accepté par le duc d’Anjou à Angers le 26 octobre (Dom Morice,
_Preuves_, t. II, col. 233-235). D’autre part, «plusieurs
parlemens» ont lieu à Saint-Omer (_Chr. des Quatre Valois_,
p. 284) et à Arras (H. Moranvillé, _Et. sur la vie de J. le
Mercier_, p. 76); les envoyés anglais, comme Gauthier Skirlawe,
circulent de Calais en Picardie (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
Misc., Nuncii 632/18_ et _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.
12 vº); mais le roi se montre trop exigeant, en demandant
la confiscation du duché de Bretagne, qui serait attribué à
Henri de Blois (_Chr. des Quatre Valois_, p. 284); et Jean de
Montfort se tourne définitivement du côté de l’Angleterre.
Vers la Saint-André de cette année (30 novembre), meurt à Prague
Charles de Bohême, roi d’Allemagne et empereur de Rome, qui, avant de
mourir, avait assuré sa succession à son fils Charles, dont l’élection
se fait à Aix-la-Chapelle[329]. P. 206 à 209, 335.
[329] C’est le 29 novembre 1378 que mourut Charles IV,
«filium suum primogenitum regem Romanorum, in regno Boemie
sibi successorem, relinquens» (_Chronographia_, t. II, p.
372).
A peu près à la même époque ont lieu les pourparlers du mariage du
jeune roi Richard d’Angleterre. On aurait désiré une union avec la
maison de Hainaut, en souvenir de la bonne reine Philippe, mais le
duc Aubert n’avait pas de fille en âge d’être mariée; d’autre part
on ne pouvait songer à Blanche de Lancastre, la cousine du roi, qui
n’apportait pas de nouvelle alliance. On se décide donc pour la sœur
du jeune roi de Bohême, et Simon Burley est envoyé en ambassade pour
négocier ce mariage[330]. Il arrive à Calais, puis à Bruxelles, en
passant par Gravelines, Bruges et Gand; il y trouve la cour de Hainaut
au milieu de fêtes auxquelles assistaient le duc Aubert, le comte de
Blois, le comte de Saint-Pol, Robert et Guillaume de Namur et une foule
de chevaliers. Le duc et la duchesse lui donnent des lettres pour
l’Allemagne, approuvant ce projet de mariage; il se dirige sur Cologne,
en passant par Louvain. P. 208, 209, 335.
[330] L’évêque de Hereford fut aussi mêlé aux négociations
de ce mariage, qui ne devait avoir lieu que plus tard; nous
trouvons en effet mention d’un voyage qu’il fit à cette
occasion, du 31 décembre 1380 au 28 mars 1381 _(Rec. Off.,
Queen’s Rem., Misc., Nuncii 632/24_).
Le roi d’Angleterre envoie en même temps en Bretagne deux cents hommes
d’armes et quatre cents archers[331], commandés par Jean d’Arondel,
ayant sous ses ordres Hugues de Calverley, Thomas Banastre, Thomas
Trivet, Gautier Paveley, Jean Bourchier, Robert Ferrers et Raoul
Basset. Le départ a lieu à Southampton, mais le vent contraire oblige
la flotte à suivre les côtes de Cornouaille, puis la pousse dans la
mer d’Irlande, où viennent se briser sur les rochers trois bateaux,
montés par Jean d’Arondel, Thomas Banastre, Hugues de Calverley,
Gautier Paveley et près de cent hommes d’armes. Quatre-vingts d’entre
eux périssent, et dans le nombre Jean d’Arondel[332], Thomas Banastre
et Gautier Paveley. Hugues de Calverley n’échappe qu’à grand-peine
à la mort, car lui et sept marins survivent seuls à tous ceux qui
sont à bord de la nef. Thomas Trivet et les autres retournent alors à
Southampton et racontent leurs aventures. C’est ainsi que le duc de
Bretagne ne put être secouru cette année par les Anglais, à son grand
dommage, car il eut beaucoup à souffrir des Français et des Bretons,
qui menés par Clisson prirent et pillèrent la ville de Dinan[333]. P.
209 à 211, 335, 336.
[331] Les montres des compagnies de Jean d’Arondel et autres
sont passées le 4 octobre 1379 (_Rec. Off., French Rolls, 3
Rich. II_, m. 21); le 26 un dernier paiement de vivres est
mandaté, tout proche du départ (_Ibid._, _Patent Rolls, 3 Rich.
II_, part I, m. 19 vº).
[332] Le naufrage où périt Jean d’Arondel eut lieu vers le 6
décembre 1379 (propè festum S. Nicolai; le compte des dépenses
de l’expédition est arrêté au 3 décembre (_Rec. Off., Treas.
of the Rec., Misc. 41/15_). Th. Walsingham donne de nombreux
détails sur cet événement et sur les mœurs impies et débauchées
de Jean d’Arondel, qui avait embarqué de force des nonnes sur
ses navires (_Hist. angl._, t. I, p. 418-425).
[333] Après le licenciement presque total de l’armée royale,
qui avait suivi la trêve, le 18 novembre 1379, Clisson avait
été laissé en Bretagne pour continuer le siège de Brest, dont
les amiraux Thomas de Percy et Hugues de Calverley (_Rec.
Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr. 482/27_) avaient la
garde, y ayant même fait dernièrement un séjour d’un mois, du
18 juillet au 14 août 1379 (_Rec. Off., Treas. of the Rec.,
Misc. 41/10_) et où Thomas de Percy devait retourner après le
naufrage de Jean d’Arondel (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I,
p. 370). C’est au commencement de 1380 que Clisson, après avoir
renoncé à assiéger Guérande, après avoir vu ses terres ravagées
et avoir assisté à l’échec de la flotte espagnole devant
Saint-Nazaire, prit et pilla la ville de Dinan (Dom Morice,
_Histoire de Br._, t. I, p. 368-370).
CHAPITRE IX.
_Fin de 1379._ LE COMTE DE FLANDRE A GAND.--_1380, 22
février._ PRISE D’AUDENARDE PAR JEAN PRUNEEL ET LES CHAPERONS
BLANCS DE GAND.--_Avril._ EXÉCUTION DE JEAN PRUNEEL; TROUBLES
EN FLANDRE (§§ 127 à 136).
Une des conditions de la paix faite entre le comte de Flandre et
les Gantois, avait été que le comte viendrait demeurer à Gand. Mais,
installé à Bruges, Louis de Male ne se pressait pas de tenir sa
promesse; aussi les Gantois envoyèrent-ils quatre notables pour essayer
de le ramener. Ces messagers prirent le chemin de Bruges en passant par
Deynse et rencontrèrent en route, entre Deynse et Bruges, le comte qui,
sur le conseil du prévôt de Haerlebeke[334] et de tous les siens, se
rendait à Gand; mais, sans leur prêter attention, il s’arrêta à Deynse
pour dîner. P. 211 à 213, 336.
[334] Belgique, prov. de Flandre occidentale.
Après dîner, les messagers de Gand exposent au comte combien leur
ville désire le voir, se réjouissant de sa venue et de son pardon. Le
comte, après avoir rappelé de nouveau tous les griefs qu’il a contre
les Gantois, entre autres le meurtre de son bailli et l’incendie de son
château, dit au seigneur de Reighersvliet d’apporter le vin en signe de
réconciliation. Le lendemain ils chevauchent tous vers Gand. P. 213,
214, 336.
Le lendemain de son arrivée à Gand, le comte convoque les Gantois sur
la place du marché du vendredi et les harangue: comme condition de son
pardon, il demande la dissolution des _chaperons blancs_, mais cette
demande est mal accueillie, et les _chaperons blancs_ ne se gênent pas
pour montrer au comte leur hostilité. P. 214 à 217, 337.
Au bout de cinq jours, le comte quitte Gand pour aller à Lille, où il
se dispose à passer l’hiver[335]. La plupart des Gantois attribuent
la mauvaise humeur du comte à Gilbert Mahieu et aux siens; mais Jean
Pruneel et les autres chefs des _chaperons blancs_ font courir le
bruit que l’été suivant le comte rompra la paix, et qu’il leur faut
faire des provisions en cas de siège. Nouveau sujet de mécontentement
pour le comte. Il est difficile d’affirmer qu’on eût pu empêcher
cette guerre d’éclater, car, sans parler des _chaperons blancs_ qu’on
aurait pu anéantir dès le principe, restait la question des franchises
municipales que les Gantois furent toujours unanimes à défendre. P. 217
à 219, 337, 338.
[335] J. Meyer (_Annales rerum Flandricarum_, fol. 173 vº)
place ici, à la fin de 1379, un court voyage à Paris que le
comte de Flandre aurait fait avec sa mère Marguerite d’Artois;
cf. Kervyn de Lettenhove, _Hist. de Flandre_, t. III, p. 446.
Le comte de Flandre n’était pas depuis longtemps à Lille qu’Olivier
d’Auterive, cousin germain de Roger d’Auterive, Philippe de Masmimes,
le Gallois de Masmimes et d’autres, envoient délier la ville de Gand
pour le meurtre du bailli; et rencontrant 40 bateliers, bourgeois de
Gand, qui transportent du blé sur l’Escaut, ils les mutilent et leur
crèvent les yeux, pour venger la mort de Roger d’Auterive; après quoi
ils les renvoient à Gand.
Grande colère des Gantois; Jean Pruneel, le vrai capitaine des
_chaperons blancs_, part un soir avec 500 hommes et entre sans coup
férir dans Audenarde[336], dont il démolit immédiatement deux portes,
ainsi que les murs et les tours qui regardent du côté de Gand. Le
comte apprend bientôt ces nouvelles, qui le rendent furieux. Il fait
aussitôt partir pour Gand des commissaires qui reprochent aux habitants
d’avoir rompu la paix obtenue par le duc de Bourgogne. Le maire et
les jurés se plaignent à leur tour des mauvais traitements infligés
aux 40 bateliers, et, tout en désavouant Jean Pruneel, ils justifient
cependant sa conduite en invoquant le témoignage du duc de Bourgogne,
qui sait fort bien que la démolition des murs d’Audenarde était une des
clauses du traité, clause qu’à sa prière ils ont bien voulu abandonner.
Les commissaires partent en menaçant, et retournent à Lille. P. 210 à
223, 338, 339.
[336] La ville d’Audenarde aurait été prise le 22 février 1380
(fête de la chaire de Saint Pierre)d’après J. Meyer (_Loc.
cit._, fol. 173 vº), et rendue au comte 12 jours après (5
mars), ce qui se rapproche de la date du 12 mars donnée plus
loin par Froissart. Vers la même époque, du 18 février au 3
mars 1380, une émeute éclatait à Bruges, où l’échevin, Jean le
Roux (_Chr. rimée_, p. 64-66), était massacré dans l’église
Saint-Donat.
Un échange de dépêches a lieu. Enfin le 12 mars 1380, par l’entremise
de Jean de la Faucille, de Gilbert de Grutere[337] et de Simon
Bette[338], un accord se fait: Audenarde est rendu au comte, et Jean
Pruneel est banni de Flandre pour avoir pris Audenarde à l’insu des
Gantois; d’autre part reçoivent même châtiment Philippe de Masmines
et Olivier d’Auterive, pour avoir maltraité les bourgeois de Gand.
Jean Pruneel se retire à Ath[339] en Brabant, Philippe de Mamines à
Valenciennes, puis, sur la plainte des Gantois, à Warlaing[340], près
de Douai; les autres quittent aussi la Flandre et vont en Brabant ou
ailleurs. P. 223 à 225, 339.
[337] Gilbert de Grutere, cité en 1358 et 1360 dans les
_Recherches sur les corporations gantoises_ de Huyttens (p. 60
et 185), était doyen des métiers de Gand en 1381 (Kervyn, t.
XXI, p. 81); sa famille figure dans l’Armorial de 1524.
[338] La famille Bette figure à l’Armorial de 1524.
[339] Belgique, prov. de Hainaut.
[340] Nord, commune d’Alnes, arr. de Douai.
Le comte fait aussitôt réparer les murs d’Audenarde, malgré la sourde
opposition des Gantois. Jean de la Faucille, ne voulant pas se
compromettre, se retire à Nazareth[341] près de Gand.
[341] Belgique, prov. de Flandre orientale.
Pendant ce temps, le comte se fait remettre par le duc Aubert, régent
du Hainaut, Jean Pruneel, qu’on décapite à Lille[342]. Nombreuses
exécutions à Ypres[343] parmi ceux qui avaient ouvert les portes aux
Gantois. P. 225, 226, 339, 340.
[342] La remise de J. Pruneel entre les mains du comte de
Flandre fut l’occasion de la signature d’une sorte de traité
d’extradition contre les fauteurs de désordres entre le comte
de Flandre, le régent de Hainaut et les ducs de Bourgogne et
de Brabant, 15 avril 1380 (_Chr. belges, Cartul. des comtes de
Hainaut_, t. II, p. 288-290). A la suite de ce contrat, le duc
de Bourgogne chargea, le 24 avril 1380, Gérard de Ghistelles,
son chambellan, de se transporter à Ath avec les gens du comte
de Flandre, pour y recevoir du duc Albert trois prisonniers
bannis de Gand (_Chr. belges, Cartul. des comtes de Hainaut_,
t. II, p. 291); Jean Pruneel devait être un de ces trois
prisonniers.
[343] Le comte entre à Ypres le 7 avril 1380 et met à mort 700
habitants (Kervyn, _Hist. de Flandre_, t. III, p. 448-449).
Toutes ces nouvelles arrivent aux Gantois, qui à leur tour redoutent
les représailles du comte. «Nous aurons tout à craindre du comte et
de ses barons, dit Pierre du Bois, tant que sur notre territoire il
restera debout un seul château! Détruisons donc les châteaux!» Ils
partent au nombre de 1500 et pendant huit jours brûlent et abattent les
châteaux du pays de Gand[344], puis reviennent à la ville.
[344] Il y eut à ce propos association nouvelle entre les
trois villes Gand, Bruges et Ypres (_Chr. rimée_, p. 61); les
seigneurs furent chassés à Courtrai comme à Ypres (p. 62-63).
Les chevaliers et les écuyers de Flandre apprennent à Lille ces
désastres: unis à leurs amis de Hainaut, ils partent aussitôt,
ayant pour chef le Hase de Flandre, l’aîné des bâtards du comte,
et cantonnés soit à Audenarde, soit à Alost[345], à Gavre[346], à
Termonde, ils harcèlent les Gantois, les relancent jusqu’à leurs murs
et détruisent leurs moulins à vent. Le jeune sénéchal de Hainaut,
Jacques de Werchin, est parmi les plus ardents et se distingue entre
tous; malheureusement il mourut jeune au château d’Obies[347], près de
Mortagne[348]. P. 220 à 226, 340, 341.
[345] Belgique, prov. de Flandre orientale.
[346] Belgique, prov. de Flandre orientale.
[347] Nord, arr. d’Avesnes.
[348] Nord, arr. de Valenciennes.
Les Gantois veulent alors forcer Hugues, seigneur d’Antoing, qui
tenait de la ville de Gand sa châtellenie de Viane[349], à les servir,
sous peine de voir son château de Viane détruit. Refus du seigneur
d’Antoing, qui fortifie son château et harcèle la garnison de Grammont,
alliée des Gantois. D’autre part Gauthier, seigneur d’Enghien, fait
beaucoup de mal aux Gantois. Et la guerre se continue ainsi, avec
d’autant plus d’acharnement, que les capitaines des Gantois n’espèrent
plus pouvoir sauver leurs têtes par un traité quelconque. P. 228 à 230,
341.
[349] Belgique, prov. de Hainaut, tout près de Grammont.
Pour lutter plus avantageusement contre les _chaperons blancs_, le
comte rappelle alors en Flandre tous ceux qui en avaient été bannis,
leur abandonne le pays; à leur tête il place le Gallois de Masmines et
Pierre de Steenhuyse. Ces deux chefs de routiers pendant trois semaines
tiennent et ravagent la campagne entre Audenarde et Courtrai. Rasse de
Herzeele quitte alors Gand avec les _chaperons blancs_ et marche sur
Deynse, croyant y trouver les gens du comte, qui se retirent à Tournai
et se rassemblent dans la Pevèle[350], aux environs d’Orchies[351],
de Lesdain[352], de Rongy[353] et de Warlaing, empêchant ainsi tout
commerce[354] entre Douai et Lille. On craint alors que les Gantois,
unis à ceux de Courtrai et de Grammont, ne viennent assiéger le comte à
Lille; mais ils ne peuvent vaincre les hésitations des gens de Bruges
et d’Ypres; et le siège n’a pas lieu.
[350] Pevèle ou Pévelois, région des Flandres ayant Cysoing
(Nord) comme capitale.
[351] Nord, arr. de Douai.
[352] Nord, arr. de Cambrai.
[353] Belgique, prov. de Hainaut, au sud de Tournai.
[354] Le comte de Flandre avait fait prévenir les marchands de
n’avoir plus à compter sur lui pour les défendre (_Chr. rimée_,
p. 73).
Les Gantois, redoutant l’intervention du roi de France, l’avaient
assuré de leurs bonnes intentions, affirmant qu’ils ne faisaient la
guerre que pour défendre leurs franchises municipales. Le roi et le duc
d’Anjou n’étaient du reste que peu disposés pour le comte de Flandre,
qui avait soutenu le duc de Bretagne; et le pape Clément voyait dans
ces troubles des Flandres un châtiment pour le comte, qui n’avait pas
voulu se déclarer pour lui. P. 230 à 232, 341, 342.
CHAPITRE X.
_1380, 13 juillet._ MORT DE BERTRAND DU GUESCLIN DEVANT
CHATEAUNEUF-RANDON.--_Du 23 juillet au 16 septembre._
CHEVAUCHÉE DU COMTE THOMAS DE BUCKINGHAM EN FRANCE, POUR
SE RENDRE EN BRETAGNE, A TRAVERS L’ARTOIS, LA PICARDIE,
LA CHAMPAGNE, LE GATINAIS, LA BEAUCE ET LE MAINE.--_16
septembre._ MORT DE CHARLES V (§§ 137 à 168).
Le connétable Bertrand du Guesclin assiégeait, entre Mende et le Puy,
Châteauneuf-Randon[355], défendu par des Anglais et des Gascons[356],
quand il tomba malade et mourut. On apporta son corps aux Cordeliers
du Puy, puis on le transporta à Saint-Denis, où le roi le fit enterrer
auprès de son tombeau, après de magnifiques obsèques[357].
[355] Lozère, arr. de Mende.
[356] Bertrand du Guesclin avait toujours espéré que la
campagne de Bretagne finirait par un traité, et l’on peut
supposer, sans mettre en doute son dévouement à Charles V,
qu’il préférait cette solution à toute autre, n’ayant pas
comme Clisson des raisons d’hostilité personnelle contre Jean
de Montfort. Aussi quand les pourparlers du traité n’eurent
pas abouti, Jean le Mercier, qui gardait rancune au connétable
de lui avoir reproché précédemment l’échec du siège de
Cherbourg (_Chr. des Quatre Valois_, p. 277), ne manqua pas
de représenter au roi que B. du Guesclin n’avait pas fait son
devoir dans la campagne de Bretagne et qu’il «estoit de la
bande du duc» (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 112),
espérant ainsi faire nommer connétable Olivier de Clisson. La
manœuvre faillit réussir, car Bertrand, furieux d’avoir été
desservi auprès du roi, fait entendre bien haut qu’il renonce
à son épée de connétable français et qu’il va se retirer en
Espagne. Le roi lui députe à Pontorson les ducs d’Anjou et
de Bourbon pour lui assurer qu’il n’ajoute pas foi à ces
calomnies. A en croire Cabaret d’Orville (_Chr. du bon duc
Loys de Bourbon_, p. 114), du Guesclin aurait alors refusé de
reprendre son épée de connétable et se serait acheminé vers
l’Espagne par le gouvernement du duc de Bourbon. Il est plus
naturel de croire que B. du Guesclin resta comme connétable au
service du roi, d’autant que les pièces de cette époque portent
la mention: _sous le gouvernement de Mgr. le connestable de
France_ (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 248-250), au
commencement de juin 1380, à la veille de son départ pour le
Midi, où l’appelaient les réclamations des villes contre les
compagnies. Au commencement de l’année, Perducat d’Albret avait
pris en effet Montferrand en Gévaudan (_Le petit Thalamus_,
p. 400); en avril Chaliers et Châteauneuf-Randon tombaient à
leur tour au pouvoir des Anglais (_Ibid._). Au mois de juin,
B. du Guesclin, qui était parti avec 300 hommes d’armes (_Chr.
du bon duc Loys de Bourbon_, p. 116), arrivait avec le duc de
Berry devant Chaliers, qui se rendait au mois de juillet (_Le
petit Thalamus_, p. 400). De là le connétable va mettre le
siège devant Châteauneuf-Randon; mais il tombe bientôt malade,
empoisonné, d’après la _Chronique de P. Cochon_ (p. 158), et
meurt le vendredi 13 juillet (_Grandes Chroniques_, t. VI, p.
466), remettant au maréchal de Sancerre son épée de connétable
pour la donner au roi (_Chronographia_, t. II, p. 393).
[357] Le corps du connétable fut d’abord déposé dans l’église
des Jacobins (auj. Saint-Laurent) du Puy, où le 23 juillet fut
célébré un service funèbre (_Le petit Thalamus_, p. 400). Ses
entrailles restèrent au Puy (Dom Vaissete, t. IX, p. 881); son
cœur, primitivement placé dans l’église des Jacobins de Dinan,
fut transporté le 9 juillet 1810 dans l’église Saint-Sauveur de
la même ville (J. Ogée, _Dict. hist. et géogr. de la prov. de
Bretagne_, t. I, 1840, p. 223); son corps, d’abord transféré
à Moulins, fut enterré à Saint-Denis au pied du tombeau de
Charles V (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 118), après de
magnifiques funérailles.
Le roi songe alors à nommer connétable le seigneur de Couci, auquel
il vient de donner la terre de Mortagne, en Hainaut[358], dont il
dépouille le jeune Jacques de Werchin; mais le seigneur de Couci refuse
cette charge, dont il croit plus digne Olivier de Clisson. Le jour même
de la mort de du Guesclin, Châteauneuf se rend[359]: la garnison s’en
va en Limousin et les gens du connétable viennent en France[360], où le
roi les accueille bien.
[358] La donation de Mortagne-sur-l’Escaut (Nord, arr. de
Valenciennes) n’est datée que du 27 septembre 1380 (_Arch.
Nat._, JJ 118, fol. 12 vº).
[359] La garnison anglaise, ignorant la mort de Bertrand
du Guesclin, se rendit le lendemain de sa mort (_Grandes
Chroniques_, t. VI, p. 467 et _Chr. du bon duc Loys de
Bourbon_, p. 118), le 14 juillet 1380, et déposa les clés du
château sur son lit de mort (_Chronographia_, t. II, p. 393;
_Chr. des Quatre Valois_, p. 285).
[360] Les troupes du connétable allèrent faire le siège de
Montferrand (Lozère, arr. de Marvejols, commune de Banassac),
ainsi que dit _Le petit Thalamus de Montpellier_ (p. 400): «e
d’aqui fo seti fo mudat a Montferrant».
Parlons maintenant de monseigneur Thomas, comte de Buckingham, fils
cadet du roi Édouard d’Angleterre, qui se dispose à traverser la
France avec une armée, pour venir en Bretagne. P. 233 à 234, 342.
Les renforts promis par les Anglais au duc de Bretagne n’étaient pas
arrivés: on a vu le triste sort de l’expédition de Jean d’Arondel. Le
duc pressé par Olivier de Clisson, Gui de Laval et autres, envoie en
Angleterre le seigneur de Beaumanoir et Eustache de la Houssaie[361],
qui arrivent à Londres un peu avant la Pentecôte 1380, avant donc le 13
mai. P. 234, 235, 342, 343.
[361] Le 10 janvier 1380, le duc de Bretagne avait envoyé
des ambassadeurs en Angleterre, et un traité avait été signé
(Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 236); le roi de France y
répondait le 4 février par un traité d’alliance avec le roi
Jean de Castille (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p.
403-405). Mais le traité conclu avec l’Angleterre n’ayant pas
stipulé le nombre d’hommes d’armes à fournir, le duc renvoie
en ambassade au mois de mars Jean de Beaumanoir et Eustache
de la Houssaye, auxquels il faut joindre Étienne de Guyon,
Mathieu Raguenel, Jean de la Chapelle et Richard Clerc (_Rec.
Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 17). Pendant ce temps, les
États de Bretagne font une tentative auprès du roi de France,
qui semble disposé à s’en rapporter à l’arbitrage du comte
de Flandre (Dom Morice, _Hist. de Bret._, t. I, p. 372) et
continue d’autre part avec l’Angleterre les pourparlers de
paix commencés en 1379 (Kervyn, t. IX, p. 545), où nous voyons
intervenir, du 31 mars au 6 juin, Thomas, évêque de Rochester,
Jean de Cobham et Gauthier Skirlawe (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
Misc., Nuncii 632/19_ et _632/23_; _Lord Treas. Rem., For.
Acc. 4_, m. 16 rº et 24 vº). L’expédition de Buckingham n’en
était pas moins décidée dès le mois de mars précédent, après la
seconde ambassade de Jean de Beaumanoir.
Le roi d’Angleterre reçoit très bien à Windsor les deux ambassadeurs.
Pendant les préparatifs qu’on fait du Parlement qui doit se tenir à
Westminster, meurt, à Londres, Guichard d’Angle, comte d’Huntingdon,
qui est enseveli en grande pompe dans l’église des Augustins[362].
[362] Contrairement à ce que dit Froissart, ce personnage
bien connu, qui mourut le 4 avril 1380, fut enterré très
modestement, comme il le désirait, à Reading (voy. Kervyn, t.
XX, p. 36).
Le parlement s’assemble, et l’on décide que le comte de Buckingham se
rendra à Calais et traversera la France pour aller en Bretagne, avec
trois mille hommes d’armes et trois mille archers. P. 235, 236, 343.
Les chevaliers bretons repartent alors, porteurs de lettres du roi
Richard.
L’armée anglaise pendant ce temps se rassemble à Douvres, puis
à Calais, et les capitaines de Boulogne, d’Ardres[363], de la
Montoire[364], d’Éperlecques[365], de Tournehem[366], de Hames[367], de
Licques[368] et autres châteaux s’apprêtent à soutenir un siège.
[363] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
[364] Ruines dans le parc du château de la Cressonnière, à
Nielles-lès-Ardres, Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
[365] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
[366] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
[367] Hames-Boucres, Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.
[368] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.
Le roi de France apprend à Paris le passage de l’armée anglaise: il
envoie alors en Picardie[369] le seigneur de Couci[370], qui établit
son quartier général à Péronne, en Vermandois. Le capitaine d’Ardres
était alors le seigneur de Sempy[371]; Jean de Longvilliers commandait
à Boulogne et Jean de Fosseux[372] à Montreuil-sur-Mer[373].
[369] Le roi avait nommé le 2 août le duc de Bourgogne,
capitaine général du royaume. Il n’arrivait guère à Amiens que
le 22 juillet (É. Petit, _Itinéraires_, p. 148). Bureau de la
Rivière avait été retenu pour servir en Picardie le 10 juillet
aux gages de 1000 francs d’or par mois (_Mandements de Ch. V_,
nº 1938), ainsi que Jean de Beuil aux gages de 200 francs d’or,
le 10 août (_Ibid._, nº 1948). Le jeune Charles de Navarre
était avec le duc de Bourgogne aux gages de 500 francs d’or
(_Arch. Nat._, KK 326, fol. 15).
[370] Dès le 20 juin nous trouvons le seigneur de Couci
commandant en Picardie, à Hesdin (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 14,
nº 925), puis à Abbeville le 4 juillet (_Ibid._, _Clair._ vol.
68, nº 5305), à Hesdin, le 22 (_Ibid._, _Clair._ vol. 17, nº
1131), puis à Chartres le 6 septembre (_Ibid._, _Clair._ vol.
35, nº 2623); il était aux gages de 600 francs par mois.
[371] Jean de Sempy paraît à Boulogne le 1er juin 1380 (_Bibl.
Nat., Clair._ vol. 17, nº 1157), à Thérouanne le 26 (_Ibid._,
_Clair._ vol. 65, nº 5031), à Hesdin le 2 août (_Ibid._,
_Clair._ vol. 17, nº 1147).
[372] Jean de Fosseux, chevalier qui a déjà figuré dans
Froissart, servait en Picardie sous les ordres d’Enguerrand de
Couci, et était le 5 juillet à Abbeville et le 19 à Hesdin, où
sa compagnie était passée en revue (_Bibl. Nat., Clair._ vol.
49, nos 3647 et 3649).
[373] Pas-de-Calais, ch.-l. d’arr.
Buckingham arrive à Calais[374] trois jours avant la fête de
Sainte-Madeleine (19 juillet 1380). P. 236 à 238, 343.
[374] L’expédition de Buckingham fut préparée dès le 17 mars
1380, date à laquelle les premiers bateaux furent retenus
(_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23; _Ibid._, _4 Rich.
II_, m. 11) tant pour transporter les troupes que pour protéger
la flotte (voy. aussi à la date du 18 avril _Rec. Off., Queen’s
Rem., Misc., Nuncii 632/12_). Mais ce n’est qu’au mois de
juin qu’on songea réellement à partir. Le roi avait engagé
ses joyaux à l’archevêque de Cantorbéry et obtenu pour cette
expédition 10 000 livres sur les dîmes du clergé et 4592 l.,
14 s., 2 d. sur les droits touchés sur les laines, les cuirs
et les peaux aux portes de Londres, de Saint-Botolph’s et de
Kingston-sur-Hull (_Ibid._, _Patent Rolls, 3 Rich. II_, part 2,
m. 11; voy. aussi Rymer, t. VII, p. 256). Le 18 juin, le maire
de Londres, John Philippot, se rend à Sandwich pour veiller aux
préparatifs des barques des Cinq-Ports, qui doivent escorter
Buckingham (_Ibid._, _Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23); le 20,
un don de 1000 livres à vie est fait à Buckingham (_Ibid._,
_Patent Rolls, 4 Rich. II_, part 1, m. 40); le 24, des prières
solennelles sont dites (_Ibid._, _Close Rolls, 4 Rich. II_, m.
9); le 26, Buckingham est nommé lieutenant du roi d’Angleterre
en France (_Bibl. Nat., coll. Moreau 702, Bréq. 78_, fol.
114-117); enfin l’armée part au mois de juillet, et arrive à
Calais par fractions: Buckingham y arrive le 19. Primitivement
la compagnie de Buckingham devait compter 2000 hommes d’armes
et 2000 archers (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23);
un peu plus tard, au mois de mai, elle n’avait plus que 1200
hommes d’armes et 1390 archers (_Ibid._, _Lord Treas. Rem.,
For. Acc. 4_, m. 40 vº); au moment du départ, son effectif
était réduit à 1000 hommes d’armes et à 1100 archers, auxquels
il fallait joindre 220 hommes d’armes et 220 archers retenus
par Robert Knolles, 50 h. d’a. et 30 ar. retenus par Eustache
de Vertaing; 200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Thomas de
Percy, 200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Hugues Calverley;
200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Raoul de Basset, 70 h. d’a.
et 80 ar. retenus par J. de Harleston, 250 h. d’a. et 220
ar. retenus par Guillaume de Latimer, 100 h. d’a. et 200 ar.
retenus par Guillaume de Windsor, etc., en tout 2470 hommes
d’armes et 2590 archers (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_,
m. 17).
Trois jours après, départ pour Marquise[375] de l’armée anglaise,
commandée par le comte de Buckingham, les comtes d’Oxford et
Devonshire, Guillaume de Latimer, connétable de l’armée, et Gautier
Fitz-Walter, maréchal de l’armée, qu’accompagnent de nombreux
chevaliers (longuement énumérés). P. 238 à 240, 343, 344.
[375] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.
Repos de trois jours à Marquise[376]. On passe devant Ardres, pour
aller gîter à Ausque[377]. Le petit castel de Vrolant[378] est pris.
A cette occasion on arme de nouveaux chevaliers, et l’on attend à
Ausque l’arrière-garde de Guillaume de Windsor. Le lendemain gîter à
Éperlecques. P. 240 à 242, 344, 345.
[376] Pendant leur séjour à Marquise, les Anglais durent faire
une pointe sur Étaples qu’ils brûlèrent avec d’autres villes,
comme nous l’apprend la _Chronique des Quatre Valois_ (p.
285), alors que les négociations de paix entre la France et
l’Angleterre n’étaient pas interrompues (cf. plus haut, p.
XCVIII, note 361).
[377] Nordausque, Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
[378] Château que Kervyn place tout près de Nordausque, mais
que je n’ai pas trouvé sur les cartes. [n.d.t.: voir l'article
Recques-sur-Hem sur Wikipédia]
Le lendemain à six heures, marche sur Saint-Omer. Les gens de la ville
qui avaient veillé toute la nuit de crainte d’une surprise, courent aux
créneaux. Mais le comte de Buckingham se contente de regarder la ville
de loin, du haut d’une colline. Quelques jeunes chevaliers, nommés à
cette occasion, viennent chercher aventure sous les murs de la ville,
mais on ne leur répond pas. Gîter à Esquerdes[379], entre Saint-Omer et
Thérouanne[380]. Le lendemain, marche sur Thérouanne. P. 242 à 244, 345.
[379] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
[380] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.--_La Chronique des
Quatre Valois_ (p. 286) rapporte qu’aux environs de Thérouanne
les Anglais prirent et abattirent deux petites forteresses.
Quand les gens d’armes de Boulogne, d’Ardres, de Tournehem,
d’Audrehem[381], de la Montoire, de Hames et des châteaux du Boulonnais
et du pays de Guines[382] voient que les Anglais marchent ainsi devant
eux sans s’arrêter, ils se rangent au nombre de deux cents lances sous
les ordres des seigneurs de Sempy et de Fransures[383], et se mettent
à poursuivre et à harceler l’armée anglaise, qui, sans s’arrêter à
Thérouanne, va gîter et se reposer un jour à Wizernes[384]. P. 244,
245, 345.
[381] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
[382] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.
[383] Nous trouvons Jean de Fransures, chevalier banneret, en
1363 en Anjou et en 1368-1369 en Picardie (_Bibl. Nat., Pièces
orig._ vol. 1239).
[384] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.
A Wizernes, le comte de Buckingham reçoit la visite du duc de Tesschen,
l’ambassadeur de l’empereur, qui, accompagné de Simon Burley, se
rend[385] en Angleterre pour négocier le mariage du roi Richard
et d’Anne de Bohême. L’armée passe devant Lillers[386] et gîte à
Bruay[387], toujours poursuivie par les seigneurs de Fransures et de
Sempy. P. 245, 246, 345.
[385] Nous avons la mention d’une ambassade de Simon de Burley
vers le roi des Romains pour le mariage de Richard II, du 18
juin au 31 décembre 1380 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For.
Acc. 4_, m. 22 vº).
[386] Pas-de-Calais, arr. de Béthune.
[387] Pas-de-Calais, arr. de Béthune.
Le lendemain matin, départ pour Béthune[388], où le seigneur de Couci
avait envoyé d’Arras le seigneur d’Hangest, Jean et Tristan de Roye,
Geoffroi de Charni[389], Gui de Honnecourt et autres. Les Anglais
passent en vue de Béthune à neuf heures du matin, mais ne tentent
pas l’assaut, et vont gîter à Souchez[390]. A six heures du soir,
les seigneurs de Sempy et de Fransures se jettent dans Béthune et
renseignent le seigneur de Couci sur la chevauchée des Anglais, qui
continuent leur marche le lendemain, passent devant Arras en ordre
de bataille et vont gîter le jour même à Avesnes-le-Comte[391], le
lendemain à Miraumont[392], puis à Cléry-sur-Somme[393]. Le seigneur
de Couci envoie alors le seigneur de Hangest à Bray-sur-Somme[394],
Jacques de Werchin à Péronne[395], avec le seigneur d’Havré, Jean
de Roye, Gérard de Marquillies et autres; il part lui-même pour
Saint-Quentin[396], et dirige sur Ham[397] en Vermandois le seigneur de
Clary, Tristan de Roye et Gui de Honnecourt. P. 246, 247, 346.
[388] Pas-de-Calais, ch.-l. d’arr.
[389] Geoffroi de Charni, chevalier, bailli de Nantes, naguères
bailli de Caux, au 16 mars 1388 (_Coll. de Bastard_, p. 158).
[390] Pas-de-Calais, arr. d’Arras.
[391] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Pol.
[392] Somme, arr. de Péronne.
[393] Somme, arr. de Péronne.
[394] Somme, arr. de Péronne.
[395] Somme, ch.-l. d’arr.
[396] Aisne, ch.-l. d’arr.
[397] Somme, arr. de Péronne.
Le seigneur de Brimeu[398] s’étant écarté de la route du seigneur de
Couci, est fait prisonnier, ainsi que ses deux fils Jean et Louis, par
Thomas Trivet et quelques chevaliers. P. 247 à 249, 346.
[398] David de Brimeu, chevalier banneret, seigneur
d’Humbercourt, bailli d’Hesdin (É. Petit, _Itinéraires_, p.
637), figure dans une revue à Hesdin, le 19 juillet 1380
(_Bibl. Nat., Clair._ vol. 22, nº 1580); nous le trouvons
conseiller et chambellan du duc de Bourgogne en 1409 (_Bibl.
Nat., Pièces orig._ vol. 519). Le 1er mai 1378 il offre des
chiens au roi (_Mandements de Ch. V_, nº 1706).
Le lendemain a lieu la montre de l’armée anglaise, et dans une
embuscade, au mont Saint-Quentin devant Péronne, Gérard de Marquillies,
Louis de Vertaing, Houard de la Houarderie, Bouchard de Saint-Hilaire
et dix hommes d’armes sont faits prisonniers par les Anglais. P. 249 à
251, 346, 347.
Les Anglais restent trois jours à Cléry-sur-Somme[399]; le quatrième,
ils gîtent à l’abbaye de Vaucelles[400] près de Cambrai. Le lendemain
ils se dirigent vers Saint-Quentin, et dans une escarmouche entre
les gens du duc de Bourgogne, Jean de Mornai[401] est pris avec dix
hommes d’armes de sa compagnie. Le soir le gros de l’armée gîte à
Fervaques[402], et l’avant-garde à Fonsomme[403]. P. 251, 347.
[399] Les Anglais durent pendant leur séjour à Cléry-sur-Somme
s’avancer en Vermandois et menacer Villers-aux-Érables (arr. de
Montdidier), car les habitants de cette ville se réfugient dans
la forteresse et sont traités de _hurons_ par un charretier,
se moquant de leur lâcheté (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 151).
A Cléry-sur-Somme, le comte de Buckingham passe en revue son
armée, où figurent trois nouveaux chevaliers (_Rec. Off., Lord
Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 41 vº).
[400] Abbaye cistercienne, ayant un abbé régulier, située un
peu au sud de Cambrai.
[401] Jean de Mornai, seigneur de la Motte-Tilly, déjà
chambellan du duc de Bourgogne en 1372, reçut 1000 livres de
pension pour sa bravoure à Roosebeke, d’après un compte d’Amiot
Armand, cité par M. É. Petit (_Itinéraires_, p. 684).
[402] Couvent cistercien de femmes, auj. ferme en face de
Fonsomme, sur la rive droite de la Somme.
[403] Aisne, arr. de Saint-Quentin.
Le lendemain, départ pour Saint-Quentin, dont la garnison ne répond
pas aux provocations: on gîte à Origny-Sainte-Benoite[404] et dans
les villages voisins. L’abbaye de femmes d’Origny est épargnée, grâce
au seigneur de Vertaing, neveu de l’abbesse; mais, durant la nuit, un
engagement sérieux a lieu à Ribemont[405].
[404] Aisne, arr. de Saint-Quentin.--Le château de Béthancourt
(Oise) se met en état de défense à cette date (_Arch. Nat._, JJ
117, fol. 149 vº).
[405] Aisne, arr. de Saint-Quentin.
Les jours suivants, on gîte à Crécy-sur-Serre[406], puis à Vaux[407],
devant Laon, après avoir passé la Serre[408], puis à Sissonne[409],
puis à Cormicy[410] et Hermonville[411] tout près de Reims, après avoir
passé l’Aisne à Pontavert[412]. Manquant de vivres, l’armée anglaise
force les Rémois à lui en fournir, passe la Vesle[413] et vient gîter à
Beaumont-sur-Vesle[414]. P. 252 à 254, 347, 348.
[406] Aisne, arr. de Laon.--Tandis que les Anglais étaient à
Crécy-sur-Serre, le seigneur de Couci envoya le vicomte de
Meaux défendre la ville de Laon (_Arch. Nat._, JJ 123, fol. 47).
[407] Écart de Laon.
[408] Affluent de l’Oise.
[409] Aisne, arr. de Laon.
[410] Marne, arr. de Reims.
[411] Marne, arr. de Reims.
[412] Aisne, arr. de Laon.
[413] Affluent de l’Aisne.
[414] Marne, arr. de Reims.
Les Anglais trouvent le lendemain le pont de Condé-sur-Marne[415]
détruit; ils le rétablissent, passent la rivière et gîtent ce jour-là
à Cherville[416] et le lendemain à Vertus[417]. La ville, refusant de
payer rançon, est complètement brûlée, à l’exception de l’abbaye où
loge le comte de Buckingham.
[415] Marne, arr. de Châlons.
[416] Marne, arr. de Châlons.--Le texte de Froissart porte
Genville-sur-Marne: Cherville est sinon sur la Marne, du moins
très proche de la rivière.
[417] Marne, arr. de Châlons.
Le lendemain, après escarmouche devant le château de Montmort[418]
appartenant à Gauthier de Chatillon, on gîte à la Bailloterie[419], sur
le chemin de Troyes. Le jour suivant, on se dirige sur Plancy[420].
Surpris par un parti d’Anglais, le seigneur de Hangest manque d’être
fait prisonnier et se réfugie à grand’peine, poursuivi par un
homme d’armes nommé Pierre Brochon, dans le château, qui subit un
assaut. L’armée anglaise continue sa route, passe l’Aube, et gîte à
Vallant-Saint-Georges[421]. P. 254 à 258, 348, 349.
[418] Marne, arr. d’Épernay.
[419] Ferme près de Germinion, Marne, arr. de Châlons.--Le
texte de Froissart porte Pelotte.
[420] Aube, arr. d’Arcis.
[421] Aube, arr. d’Arcis.
Pendant que les Anglais chevauchaient sur Vallant, leur avant-garde
avait rencontré Jean de Roye, accompagné de 20 lances, se dirigeant sur
Troyes; elle les avait poursuivis et avait fait quatre prisonniers,
entre autres, Gui Gouffier[422], écuyer du duc de Bourgogne.
[422] Nous ne trouvons qu’un Jean Gouffier figurant dans une
montre à Corbie, le 1er août 1380 (_Bibl. Nat., Clair._ vol.
54, nº 4098). Les _Itinéraires_ de M. É. Petit ne mentionnent
pas cet écuyer.
L’armée quitte Vallant le lendemain, et gîte tout près de Troyes[423],
à Barberey-Saint-Sulpice[424]. P. 258, 259, 349, 350.
[423] Le 24 août, sous les murs de Troyes, Thomas Trivet
renouvelle son engagement à raison de 4 s. par jour jusqu’au 31
décembre 1380 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.
40 vº).
[424] Aube, arr. de Troyes.--Le texte de Froissart porte
Barnart Saint Siple.
Le duc de Bourgogne était à Troyes[425], désireux de combattre les
Anglais, contrairement aux idées du roi de France, qui craignait un
échec; il avait avec lui de nombreux chevaliers: c’étaient le duc de
Bourbon, le duc de Bar, le comte d’Eu, les seigneurs de Couci et de
Chatillon, Jean de Vienne, amiral de France, Hugues de Vienne, les
seigneurs de la Trémoïlle, de Vergi, de Rougemont, de Sempy et autres,
qui, aux portes de la ville, avaient fait bâtir une bastille en bois,
pouvant bien abriter mille hommes.
[425] Les _Itinéraires_ de M. É. Petit (p. 148) indiquent la
présence du duc de Bourgogne à Troyes du 23 au 25 août 1380,
date à laquelle il part pour aller trouver le roi à Melun.
Auparavant il s’était occupé à mettre en état de défense le
château de Montbard (_Arch. de la Côte-d’Or_, B 5314, fol. 19).
Le lendemain de leur arrivée à sept heures, les Anglais, bien équipés
et parés de leurs plus belles armes, s’avancent vers la ville; et
le comte de Buckingham envoie vers les chevaliers français les deux
hérauts, Chandos et Aquitaine, pour leur proposer le combat. P. 259 à
262, 330.
Les chevaliers anglais s’y préparent du reste, surtout les nouveaux
chevaliers, comme Pierre Brochon, Jean et Thomas Paveley, qui brûlent
de faire leurs premières armes. Raoul de Gruyères[426] refuse d’être
armé chevalier dans une campagne où l’on se bat chrétien contre
chrétien; il le devint plus tard dans la croisade de Prusse. P. 262 à
264, 350, 351.
[426] Nous voyons figurer Raoul de Gruyères dans un différend
avec Othe de Grantson (1391-1394) dans les _Itinéraires_ (p.
540 et 551) de M. É. Petit.
Les chevaliers français de leur côté vont prendre leur poste de combat
dans leur bastille, et défilent devant le duc de Bourgogne. P. 264,
265, 351.
Les hérauts anglais, ne pouvant parvenir jusqu’au duc de Bourgogne,
retournent auprès des leurs, pendant que les jeunes chevaliers
commencent à escarmoucher. P. 265, 266, 351.
Un écuyer anglais, Jean Stone[427], fait sauter son cheval par-dessus
les barrières; il est tué presque aussitôt. Le gros de l’armée anglaise
s’ébranle alors; et le duc de Bourgogne, ne se sentant pas en force,
évacue la bastille, protégé dans sa retraite par les archers génois.
Les Anglais, voyant qu’il n’y a pas de bataille à venir, reviennent
gîter à Saint-Lyé[428], et le lendemain vont passer la nuit à
Mâlay-le-Vicomte[429], près de Sens, où ils restent deux jours. P. 266
à 268, 351, 352.
[427] Le nom de ce chevalier anglais n’est donné tel que par le
ms. de Breslau; il est laissé en blanc dans le ms. de Leide:
il devient _Jennequin Boleton_ dans un des mss. de Cheltenham,
est remplacé par la mention _né de l’évêché de Lincoln_ dans
certains mss., enfin se transforme en _Lionnet de Northbury_
dans d’autres (cf. p. 352).
[428] Aube, arr. de Troyes.--Froissart parle ici d’un Barbon
près de Saint-Lyé, qui doit être Barberey-aux-Moines.
[429] Yonne, arr. de Sens.
Les Anglais, dans leur chevauchée vers la Bretagne, ne manquaient pas
de dire qu’en cette occasion ils ne faisaient point la guerre au roi
de France pour leur propre compte, mais étaient simplement aux gages
du duc de Bretagne qui les avait appelés. Le roi Charles profite de la
circonstance pour écrire une lettre secrète aux habitants de Nantes,
la clef de la Bretagne, et, en leur garantissant leurs anciennes
franchises, les invite à ne pas rompre les traités passés, en ouvrant
leurs portes aux Anglais. Les Nantais, à l’insu du duc de Bretagne qui
séjournait à Vannes, lui promettent fidélité.
Revenons aux Anglais, gîtés près de Sens, où leur présence avait attiré
le duc de Bar, les seigneurs de Couci, de Fransures et de Sempy. P. 268
à 270, 352, 353.
Après s’être reposée à Mâlay-le-Vicomte, l’armée anglaise part un
mercredi matin[430], traverse l’Yonne au-dessus de Sens[431], et vient
gîter à Gron[432], à une lieue de Sens; elle gîte le lendemain à
Nemours[433], le surlendemain à Beaune-la-Rolande[434], le jour suivant
à Pithiviers[435], où elle reste trois jours; le quatrième jour, elle
se dirige sur le château de Toury[436], qui est occupé par le seigneur
de Sempy, Olivier de Mauni et Gui le Baveux[437]. Les Anglais tentent
l’assaut, qui est interrompu par la joute de Gauvain Michaille[438] et
de Janekin Cator. P. 270 à 273, 353, 354.
[430] En suivant jour par jour l’itinéraire très exact de la
chevauchée de Buckingham, on constate que c’est le mercredi 29
août que l’armée anglaise traverse l’Yonne.
[431] C’est entre Sens et Villeneuve-le-Roy (auj.
Villeneuve-sur-Yonne) que les Anglais traversèrent l’Yonne
(_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 467); ils mirent le feu par
tout le pays, malgré les 300 hommes d’armes français qui les
«chevauchoient», et de là menacèrent Villeneuve-la-Guyard
(_Arch. Nat._, JJ 118, fol. 102).
[432] Yonne, arr. de Sens.--Le texte de Froissart porte Jenon.
[433] Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau.--Nous trouvons
mention d’un Guichard de la Jaille poursuivant les Anglais à
cette date et gîtant à Machault (S.-et-M.) (_Arch. Nat._, JJ
119, fol. 22).
[434] Loiret, arr. de Pithiviers.
[435] Loiret, ch.-l. d’arr.
[436] Eure-et-Loir, arr. Chartres.
[437] Gui le Baveux, qui, en 1357, devant Chartres, paraît
dans une montre avec 4 autres chevaliers et 25 hommes d’armes
(_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 232), est retenu par le
roi en juin 1369 (_Mandements de Ch. V_, nos 549, 566, 600
et 646); il est chambellan du duc de Bourgogne en 1369 (É.
Petit, _Itinéraires_, p. 479) et prend part à la prise de
Brive-la-Gaillarde en 1374 (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_,
p. 58); il est seigneur de Tillières en 1378; il paraît au
siège de Breteuil le 12 avril 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._
vol. 232) et reçoit, outre ses gages, 100 francs le 14 pour ne
pas piller le château (_Mandements de Ch. V_, nº 1693), ce qui
prouve que Breteuil se rendait à cette date (cf. plus haut,
p. XLVI, note 132). Capitaine et garde d’Évreux en septembre
1378, Gui le Baveux accompagne le jeune Charles de Navarre,
dont il devient conseiller, au siège de Cherbourg, le 23 juin
1379 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 232) et paraît au Mans
le 17 mai 1380, à Saint-Malo le 16 juin et à Caen le 8 juillet
(_Bibl. Nat., Clair._ vol. 11, nos 644-645); devenu chambellan
du roi, il achète le 3 septembre une terre ayant appartenu
à Pierre du Tertre (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 17); il fait
partie de la table du roi le jour du couronnement à Reims de
Charles VI (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 120).
[438] Gauvain Michaille, que nous trouvons pour la première
fois en 1375 écuyer de l’hôtel du duc de Bourbon, est souvent
cité dans la _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_. Il est
blessé à Roosebeke en 1382, puis en 1386; nous le retrouvons
le 9 juin 1399, écuyer d’écurie du duc de Bourbon, recevant un
don de 100 francs du duc d’Orléans (_Coll. de Bastard_, p. 41):
c’est par erreur que Cabaret d’Orville en fait un chevalier en
1386 (p. 185).
La fin de la joute est ajournée. P. 273, 274, 354.
Le lendemain, départ pour Janville[439]. L’armée, marchant en trois
batailles, s’attend chaque jour à une attaque, désirée par les
Français, mais toujours différée par le roi Charles. P. 274, 275, 354.
[439] Eure-et-Loir, arr. de Chartres.
Janville était gardé par plus de 300 lances, avec le Barrois
des Barres[440], Guillaume le Bâtard de Langres[441], le Bègue
de Villaines, Jean de Rély[442], les seigneurs d’Hangest et de
Mauvoisin[443] et autres. L’armée anglaise détruit le moulin de
Janville, brûle la tour du Puiset[444], et, pressée par le manque
d’eau, vient gîter à Ormoy[445] sur la Connie[446], où elle se repose
deux nuits. Le lendemain, elle traverse la Ferté-Villeneuil[447] près
de Châteaudun[448] et gîte dans la forêt de Marchenoir[449], où elle
s’établit pour trois jours. P. 275 à 277, 354, 355.
[440] Jean des Barres, dit le Barrois, chevalier, apparaît
comme chambellan du roi en 1383; il est capitaine et garde de
Châtillon-sur-Indre, pour le duc de Touraine, en 1389 (_Bibl.
Nat., Pièces orig._ vol. 203).
[441] Guillaume le Bâtard sert sous le gouvernement du duc de
Bourgogne le 3 août 1380 à Corbie (_Bibl. Nat., Clair._ vol.
102, nº 9); voy. aussi É. Petit, _Itinéraires_, p, 514.
[442] En janvier 1379, Jean de Rély vend des bois près de
Montlhéry pour fonder une messe à Sainte-Catherine du Val des
Écoliers (_Arch. Nat._, J 736, nº 16 et JJ 114, fol. 65 vº). Un
autre Jean de Rély, peut-être le même, est «oubloyer» du roi en
1384 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2457).
[443] Sans doute Gui Mauvoisin, chevalier, écuyer du duc
d’Anjou en 1376 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1902).
[444] Eure-et-Loir, arr. de Chartres.
[445] Commune de Courbehaye, Eure-et-Loir, arr. de
Châteaudun.--Bureau de la Rivière était revenu en hâte mettre
en état de défense son château d’Auneau (Eure-et-Loir); voy.
S. Luce, _La France pendant la guerre de Cent Ans_, 2e série
(1893), p. 84.
[446] Affluent du Loir.
[447] Eure-et-Loir, arr. de Châteaudun.
[448] Eure-et-Loir, ch.-l. d’arr.
[449] Loir-et-Cher, arr. de Blois.
Dans cette forêt se trouve l’abbaye du Petit Cîteaux, fondée par
le comte Thibaud de Blois[450]. Le comte de Buckingham ordonne de
l’épargner; et les Anglais tentent deux reconnaissances, l’une sur le
château de Marchenoir, défendu par Guillaume de Saint-Martin[451],
l’autre sur le château de Viévy[452], qu’ils se gardent d’assiéger. P.
277, 278, 355.
[450] Thibaud IV, comte de Blois, puis de Champagne.
[451] Un Guillaume de Saint-Martin est verdier de Longchamp en
1377-1380 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2764), sans doute le
même que celui qui figure ici et se trouve mentionné jusqu’en
1387 comme «garde du chastel de Marchesnoir», au service du
comte de Blois (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2763); son
sceau fait partie de la _Collection de Bastard_ (p. 212).
[452] Viévy-le-Rayer, Loir-et-Cher, arr. de Blois.
Le lendemain de la fête de Notre-Dame (9 septembre), on décide de
continuer la joûte de Gauvain Michaille et de Janekin Cator. Gauvain
Michaille, blessé à la cuisse à la première passe, est renvoyé
avec 100 francs, auprès des barons français du pays. Les Anglais
prennent la direction de Vendôme[453], et vont gîter dans la forêt de
Coulommiers[454]. P. 278, 279, 355.
[453] Loir-et-Cher, ch.-l. d’arr.
[454] Loir-et-Cher, arr. de Vendôme.
Cependant une action semble s’apprêter contre les Anglais; les
habitants de Nantes, avec lesquels le roi a secrètement traité par
l’entremise du duc d’Anjou[455], demandent des troupes pour les
défendre; le duc d’Anjou à Nantes, le duc de Bourgogne au Mans[456],
partout aux environs les ducs de Bourbon, de Lorraine et de Bar, le
comte d’Eu, le seigneur de Couci s’apprêtent, malgré les ordres du roi,
à empêcher l’armée anglaise de traverser la Sarthe.
[455] C’est Jean de Beuil, chambellan du duc d’Anjou, qui
servit d’intermédiaire dans cette négociation (Dom Morice,
_Hist. de Bret._, t. I, p. 374).
[456] Le séjour au Mans du duc de Bourgogne vers le 9 septembre
n’est pas marqué dans les _Itinéraires_ de M. É. Petit.
Le roi tombe gravement malade. On dit qu’autrefois il avait été
empoisonné par le roi de Navarre[457], puis guéri par un médecin que
lui avait envoyé l’empereur. Se sentant mourir, il appelle auprès de
lui ses trois frères, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon,
laissant de côté le duc d’Anjou, dont il connaît les idées ambitieuses;
il leur recommande son fils Charles, leur parle de la gravité des
affaires de Flandre, que lui a prédite un astrologue[458], leur
conseille de lutter contre les tendances anglaises du duc de Bretagne,
de nommer Olivier de Clisson connétable de France, de chercher en
Allemagne une femme pour son fils Charles, et enfin d’alléger le plus
tôt possible les impôts qui écrasent le peuple[459].
[457] C’est à l’année 1371 qu’il faut reporter les tentatives
d’empoisonnement attribuées au roi de Navarre; cf. _Grandes
Chroniques_, t. VI, p. 425-426.
[458] Jusqu’à sa dernière heure, Charles V montra son goût
pour l’astrologie et les astrologues; le 20 mai 1380, moins
de quatre mois avant sa mort, il faisait don à Thomas de
Pisan d’une place et tour «faisant le coing sur Saine d’entre
les viez murs et les nouviaux qui passent pardevant nostre
hostel de Saint Pol, droit au front du fossé de l’ille Nostre
Dame» (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 56). Un ms. ayant appartenu
à Charles V, et décrit dans le _Cabinet des mss._ de M. L.
Delisle (t. III, p. 336, note 1), contient au fol. 158 la table
des _nativités_ du roi et de ses enfants.
[459] Dès l’année 1380, Charles V avait diminué un certain
nombre de feux en France (_Mandements de Ch. V_, nos 1900,
1901, etc.). A la date même de sa mort, on connaît une
ordonnance (_Ordonnances des rois de France_, t. VII, p.
710-711; Kervyn, t. IX, p. 549-550; _Mandements de Ch. V_, nº
1955), par laquelle le roi faisait «abatre le subcide des feux
qui couroit par son royaulme sur le peuple, dont le peuple
estoit moult grandement grevé» (_Chr. des Quatre Valois_, p.
288). On se demandait jusqu’ici si cette ordonnance avait été
mise à exécution; M. L. Finot a prouvé dans la _Bibliothèque de
l’École des Chartes_ (t. L, 1889, p. 164-167) qu’on ne saurait
le mettre en doute.
Le duc d’Anjou, quoique absent de Paris, était mis au courant de tout
ce qui se passait, et quand le roi mourut, il se tenait dans la pièce
voisine de la chambre mortuaire. P. 279 à 284, 355 à 357.
L’armée de Buckingham cependant avait quitté la forêt de Coulommiers.
Près de Vendôme, elle rencontre les gens du seigneur de Hangest;
Robert de Hangest[460], Jean de Montigny[461], Guillaume de Launai et
cinq ou six autres Français sont faits prisonniers. Un peu plus loin
Robert Knolles s’empare du seigneur de Mauvoisin. L’armée passe devant
Vendôme, traverse le Loir et gîte à Azé[462]; le lendemain elle gîte
à Saint-Calais[463], où elle se repose deux jours; le troisième jour,
elle gîte au Grand-Lucé[464], le lendemain, à Pontvallain[465]. P. 284,
285, 357.
[460] Robert de Hangest reçoit le 19 mars 1389 certaines sommes
du duc de Touraine (_Coll. de Bastard_, p. 16).
[461] Jean de Montigny figure comme écuyer panetier du duc
d’Orléans en 1406 (_Coll. de Bastard_, p. 56).
[462] Loir-et-Cher, arr. de Vendôme.
[463] Sarthe, ch.-l. d’arr.--Les Anglais s’avancèrent jusqu’à
la Bazoche-Gouet dans l’Eure-et-Loir, arr. de Nogent-le-Rotrou
(_Arch. Nat._, JJ 118, fol. 102 vº).
[464] Sarthe, arr. de Saint-Calais.
[465] Sarthe, arr. de la Flèche.
Le duc d’Anjou ayant quitté Angers, les gens d’armes français,
garnissent le lit de la Sarthe de longs pieux, et creusent de grands
fossés. Ces travaux retardent l’armée anglaise, qui, après de grands
efforts, passe quand même et vient gîter à Noyen[466]. P. 285 à 287,
357, 358.
[466] Sarthe, arr. de la Flèche.
Le même jour le roi Charles mourait à Paris en l’hôtel Saint-Pol[467].
Le duc d’Anjou se saisit aussitôt de tous les bijoux du roi, qui
pouvaient lui servir pour l’expédition d’Italie qu’il projetait[468].
Le corps du roi traversa Paris, à visage découvert, jusqu’à l’abbaye
de Saint-Denis où il fut enseveli suivant ses instructions, ayant à
ses pieds le connétable Bertrand du Guesclin[469]. Malgré la volonté
du roi, le duc d’Anjou prend la direction du royaume[470]. C’est vers
la Saint-Michel que le roi était mort. On décide que le nouveau roi
Charles serait couronné à Reims à la Toussaint[471]. Ses trois oncles,
les ducs d’Anjou, de Berri et de Bourbon, furent nommés régents du
royaume jusqu’à la majorité du roi, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de vingt
et un ans[472]. Le couronnement futur est annoncé au duc de Brabant,
au duc Aubert, au comte Jean de Blois, au duc de Gueldre, au duc de
Julliers, au comte d’Armagnac et au comte de Foix. On se hâte moins
pour avertir les ducs de Bar et de Lorraine, le dauphin d’Auvergne et
le seigneur de Couci, occupés à la poursuite de l’armée de Buckingham;
mais le comte de Flandre n’est pas oublié.
[467] «Au jour d’ui (dimanche, 16 septembre 1380), environ
douze heures, à heure de midi, mon tresredoubté seigneur
messire Charles le Quint, par la grace de Dieu roy de France,
est alez de vie à trespassement à _Beauté sur Marne_, près de
Saint Mor des Fossés, delessez monseigneur Charles, son aisné
filz, dalphin de Viennois et à present roy de France, messire
Loys, second et puisné, comte de Valoys, et madame Katherine de
France, tous meneurs d’ans» (_Arch. Nat._, X1a 1471, fol. 382).
D’après les _Grandes Chroniques_ (t. VI, p. 470), les jeunes
princes étaient à Melun, à cause de l’épidémie qui régnait à
Paris. Christine de Pisan dans son _Livre des faits_ a inséré
un récit de la mort de Charles V, dont l’original latin,
retrouvé par M. Hauréau et attribué par M. S. Luce à Philippe
de Mézières, a été traduit de nouveau dans _La France pendant
la guerre de Cent Ans_ (seconde série, p. 46-65). Quelques
heures avant de mourir, Charles V, tourmenté par le souvenir
du schisme (_Chr. des Quatre Valois_, p. 287), tint à déclarer
par un procès-verbal notarié, que, tout en considérant Clément
VII comme le véritable pape, il se conformait dès maintenant à
l’opinion qu’adopterait plus tard L’Église à ce sujet (Voy. N.
Valois, _Annuaire-Bulletin de la Société de l’Hist. de France_,
année 1887, p. 251-255).
[468] Le duc d’Anjou, qui rêvait une expédition en Italie (voy.
plus haut p. LXXV, note 258 et LXXVI), s’empara non seulement
des joyaux de Charles V, mais encore d’une partie du trésor de
Melun que le roi destinait au paiement de certains legs. Un
mandement de Charles VI, publié par S. Luce (_Bibl. de l’Éc.
des Ch._, t. XXXVI, 1875, p. 302-303), ordonne un prélèvement
sur les aides pour compenser les 32 000 francs pris par le duc
d’Anjou à la mort du roi.
[469] Le lundi 17 septembre, le corps fut apporté à
Saint-Antoine (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 469); il y resta
jusqu’au lundi 24, où les obsèques eurent lieu à Notre-Dame,
après une petite émeute des écoliers (_Chr. des Quatre Valois_,
p. 288); le mardi 25, il fut porté à Saint-Denis, où le
lendemain de nouvelles obsèques furent faites (_Arch. Nat._,
X1a 1471, fol. 282). Charles V, alors dauphin, avait vers
le 25 octobre 1362 choisi sa sépulture dans la chapelle de
l’église de Saint-Denis qui est à l’entrée du côté du cloître
(_Arch. Nat._, K 49, nº 74). Son cœur fut porté à Rouen «en la
mestresse eglise» (_Chr. de P. Cochon_, p. 160).
[470] Suivant _Le petit Thalamus_ (p. 401), c’est le duc
d’Anjou qui fut régent, d’après l’ordonnance de 1374
(_Ordonn._, VI, p. 46); cf. aussi la _Chronique du religieux de
Saint-Denis_, t. I, p. 16.
[471] Le sacre de Charles VI eut lieu à Reims, le dimanche 4
novembre 1380.
[472] La majorité des rois de France avait été fixée en 1374
par Charles V (_Ordonn._, t. VI, p. 26-30) à quatorze ans.
Les Gantois sont très affectés de la mort du roi qui leur était
favorable et n’aimait pas le comte de Flandre. P. 287 à 289, 358, 359.
[1] CHRONIQUES
DE J. FROISSART.
LIVRE DEUXIÈME.
§ 1. En ce temps que li dus de Bourgoingne fist son
armée en Picardie, si comme il est contenu chi dessus,
li dus d’Ango estoit en le bonne cité de Thoulouse
dalés madame sa femme, et visoit et soutilloit
5 nuit et jour comment il porroit porter contraire et
dommaige les Englès; car il sentoit encores pluisieurs
villes et castiaus sur la rivière de Dourdonne et les
frontières de Roerge, de Thoulousain et de Quersin
et de Limosin [qui contrarioient grandement le païs
10 et travailloient toutes gens dont il avoit l’obeïssance.
Si s’avisa qu’il y pourveroit de remède, et jeta son
advis à aler mettre le siège devant Bergerach pour
tant qu’elle est la clef de Gascoingne, tant que sur
la frontière de Rouergue, de Quersin et de Limosin].
15 Et pour tant que il sentoit pluiseurs grans barons
de Gascoingne bons Englès et contrairez à lui, tels
[2] que le seigneur de Duras, le seigneur de Rosem, le
seigneur de Moucident, le seigneur de Lagurant, le
seigneur de Gernolz et de Carlès, messire Pière de
Landuras et pluisieurs aultres, il s’avisa que il feroit
5 un grant et poissant mandement de toutes bonnes
gens d’armes pour resister contre les dessus dis, et
estre si fors que pour tenir les camps. Si escripsi par
devers messire Jehan d’Armignacq que à che besoing
il ne lui volsist faillir, et ossi devers le seigneur de
10 Labreth. Et avoit mandé en France le connestable,
le marissal de France messire Loys de Sansoirre, et
ossi le seigneur de Coucy et pluiseurs aultres barons,
chevaliers et escuiers en Picardie, en Bretaigne et en
Normendie, qui tous estoient desirant de lui servir
15 et de leurs corps avanchier; et ja estoient venus dalés
lui li connestablez et li mareschaux de France. Bien
sçavoit li dus d’Ango que il y avoit un grant differend
entre les cousins et proïsmes des seigneurs de Pumiers,
gascons, et messire Thumas de Felleton, grant
20 senescal de Bourdiaux et de Bourdeloix: la raison
pourquoi, je le vous diray.
§ 2. En devant ce temps, en l’an de grace mil trois
cens et settante et cinc, estoit avenu une cruelle justice
en la cité de Bourdiaus, emprise, faite et acomplie
25 de messire Thumas de Felleton, lieutenant dou
roi d’Engleterre ens es marces de Bourdiaux, sus le
seigneur de Pommiers, qui s’appielloit messires
Guillaumes, et tout par amise de traïson, de coi on fu
mout esmerveilliés. Et furent pris un jour en la cité
30 de Bourdiaux, au commandement et ordonnance
dou senescal, chis sires de Pumiers et uns siens clers,
[3] conseilliers et secretaires [de la nacion de Bourdeaulx],
qui s’appelloit Jehan Coulon. Et fu prouvé
sur iaux, si comme je fus adont informés, que li sires
de Pommiers se devoit rendre, son corps et ses castiaux,
5 françois; ne onques ne s’en peut escuser ne
oster que il ne l’en convenist morir. Et furent li sires
de Pumiers et ses clers publiquement decolés en le
cité de Bordiaux, en le place, devant tout le pueple,
dont on fu mout esmerveilliés et tinrent ce fait
10 à grant blasme chil de son lignage. Et se parti de
Bourdiaux et de Bourdeloix chis gentilz chevaliers,
oncles au dessus dit, messires Aymenions de Pumiers,
et prist ce fait en grant vergoingne, et jura que
jamais pour le roy d’Engleterre ne s’armeroit; si s’en
15 alla oultre mer au Saint Sepulcre et en pluisieurs
aultres voiages. Et quant il fu retournés, il s’ordonna
françois et se mist, lui et sa terre, en l’obeïssance
dou roi de France, et deffia tantost le seigneur de
Lespare, gascon, et li fist grant guerre, pour tant que
20 il avoit esté au jugement rendre de faire morir sen
nepveu le seigneur de Pumiers.
Encores pour ce meïsmes fait et soupechon et pour
le castel de [Fronsach] qui fu pris et livrés aux
Franchois, qui estoit de l’eritage le seigneur de Pumiers,
25 morut et fu decolé en le cité de Bourdiaux
messires Jehans de Plasac. Et en furent acuset de
ceste mesme traïson messires Pierres de Landuras
et messires Bertrans dou Franc, et en tinrent prison
à Bourdiaux plus de un mois; mais depuis en furent
30 il delivré par le pourcas de leurs amis, car on ne
pooit riens prouver sur iaux. Et en demora un lonc
temps en grant dangier et en telle tache et paroles
[4] messires Gaillars de Vighiers: dont on estoit moult
esmerveilliés, pour tant que il n’estoit mies ou païs,
mais en Lombardie avec le seigneur de Couci et ens
ou service dou pape Grigoire, qui l’en aidièrent à
5 escuser, quant la congnoissance leur en fu venue.
Et en demora li chevaliers sour sen droit. Si se
engendrèrent et nourrirent en Gascoingne, [pour ces
besoignes], pluisieurs haynes couvertes, dont pluisieurs
meschiefs depuis en nasquirent.
10 § 3. Quant li dus d’Ango vei que temps fu de partir
de la cité de Thoulouse et que la greigneur partie
de ses gens d’armes estoient venu et trait sus les
camps, et par especial le connestable [de France] en
qui il avoit mout grant fiance, il se parti de Thoulouse
15 et se mist au chemin tout droit devers Bregerach.
De Bregerach estoit gardiens et capitaine messires
Perducas de Labreth, et se tenoit à un castel à
une lieuwe près de là que on appelle Montcucq. Tant
se esploitièrent les gens de l’ost dou duc d’Ango que
20 il vinrent devant Bregerach, et se logièrent [à l’environ],
au plus près de la rivière qu’il peurent, pour
avoir l’aise d’iaux et de leurs chevauz. Là estoit,
avoecq le duc d’Ango, grans gens et nobles,
premierement messires Jehans d’Armignacq à grant
25 route, li connestables de France ossi à grant charge,
messires Loys de Sansoirre, messires Jehans de Bueil
et messires Pierres de Bueil, Yeuwains de Gales,
messires Meurisses [de Triseguidi] qui jadis fu en
Bretaigne de la partie des François Bretons li uns des
30 Trente, messires Alain de Biaumont, messires Alain
de la Houssoye, [messires] Guillaume de Moncontour,
[5] messires Pierre de Mornay, messires Jehan de Vers,
messires Bauduin de Crenon, Tiebaut dou Pont,
Aliot de Calay et pluisieurs autres bonnes gens d’armes
en grans routes. Si se estendirent et firent leurs logeis
5 sur ces biaux prés au lonc de la rivière de Dourdonne,
et estoit grant plaisance au regarder. Au plus près
dou logeis le duc d’Ango estoit logiés li connestables
de France. Si venoient souvent li compaignon, qui
desiroient les armes et leurs corps à avanchier,
10 escarmuchier as barrières: si en y avoit souvent des trais,
des blechiés et des navrés, ensi comme en telz advenues
li fait aviennent.
§ 4. Au chief de sis jours que li sièges se fu mis
devant Bregerach, vinrent en l’ost dou duc, en grant
15 arroy et bien acompaigniés de gens d’armes et de brigans,
li sires de Labreth et messires Bernard de
Labreth, ses cousins. Si y furent receu à grant joye,
car li hos en fu grandement reconforté et renforchié.
Au huitime jour dou siège, furent li dus d’Ango
20 et les cappitaines de l’ost en conseil comment on polroit
le plus tost et le plus appertement grever chiaux
de Bregerach. Si heut là plusieurs paroles dictes et
devisées, et furent sus un estat longement que de
assaillir la ville. Depuis heurent nouvel conseil que
25 li assaus leur pooit trop blechier de leurs hommes à
petit de conquest. Et se departi chis consaus, sans
avoir nul certain arrest, fors que de tenir le siège;
car encores attendoit on grant gens d’armes qui venoient
de France, par especial le seigneur de Couci.
30 § 5. Vous devés sçavoir que messires Thumas de
[6] Felleton, qui se tenoit à Bourdiaus et qui sentoit ses
ennemis à douse lieuwes prez de là et si poissans que
de poissance il ne pooit resister contre iaux, n’estoit
mie bien liés, et toute le saison avoit entendu que li
5 dus d’Ango avoit fait son mandement. Pour coi, l’estat
des François il avoit mandé en Engleterre au roi
et à son conseil; mais chil qui envoiiet y avoient
esté, n’avoient nient esploitiet, car li païs d’Engleterre
estoit en branle et en different l’un contre l’autre. Et
10 par especial li dus de Lenclastre n’estoit mie bien en
la grace dou commun pueple; pour coi, pluisieurs
incidences perilleuses et hayneuses avinrent puis en
Engleterre. Et ne se partirent en ce temps nulles gens
d’armes d’Engleterre pour venir en Gascoingne ne en
15 Bretaigne: de coi, cil qui les frontières tenoient pour
le jouene roy, n’en estoient mie plus resjoï. Et estoit
advenu que messires Thumas de Felleton avoit prié
le seigneur de Lespare d’aller en Engleterre pour
mieux enfourmer le roi ses oncles et le païs des besoingnes
20 de Gascoingne, affin qu’il y pourveissent de
conseil. Et estoit li sires de Lespare, à le prière de
messire Thumas, partis de Bourdiaus et entrés en
mer; mais il heut une fortune [de vent sur mer] qui
le bouta en le mer d’Espaigne. Si fu rencontré de nefs
25 espaignolles à qui il heut la bataille, mais il ne peut
obtenir la place pour li, et fu pris et menés prisonniers
en Espaigne, et là [fu] plus de an et demi, car
il estoit tousjours aggrevés dou lignage de chiaux de
Pumiers.
30 § 6. Messires Thumas de Felleton, qui mout vaillans
chevaliers estoit, avoit escript et mandet mout
[7] especialement au seigneur de Moucident, au seigneur
de Duras, à celui de Rosem, à celui de Lagurant, qui
estoient [les quatre barons] li plus vaillant, li plus
haut et li plus poissant de toute Gascoingne, de le
5 partie des Englès, que, pour leur honneur et pour
l’eritage dou roi leur seigneur aidier et deffendre et à
garder aucunement, il venissent à Bourdiaux à toute
leur poissance. Chil chevalier, qui en tous cas se voloient
acquiter envers le roi leur seigneur et ses officiers,
10 estoient venus à Bourdiaux; et quant il se
furent tous mis ensamble, il se trouvèrent bien cinc
cens lances, et se tenoient à Bourdiaux et en Bourdelois
dou temps que li dus d’Ango estoit à siège
devant Bregerach. Et heurent avis messires Thumas
15 de Felleton et chil quatre baron gascon, que il
chevaucheroient sur les frontières des Franchois et se
metteroient en lieu parti, pour sçavoir se sus leur
avantaige il porroient riens pourfiter. Et se departirent
de Bourdiaus par routes plus de trois cens
20 lanches, et se misent sus les camps et prisent le
chemin de le Riole, et vinrent sus un certain pas et
une ville que on appielle Ymet, et là se logièrent.
De ceste embusche et de cest affaire ne sçavoient riens
li François, dont il heurent près receu un grant
25 damage.
§ 7. Ensi se tint li sièges devant Bregerach, et y
heut fait pluisieurs escarmuces et apertises d’armes
de chiaux de dehors à chiaux de [dedens]; mais petit
y gaignoient li François, car messires Perducas de
30 Labreth, qui capitaines en estoit, en songnoit tellement
que nulz blasmes ne l’en doit reprendre. Or
[8] heurent conseil chil de l’oost pour leur besoingne
approchier et pour plus grever leurs anemis, que il
envoiieroient à le Riole querre un grant engien que
on appielle une truie, liquels engiens estoit de telle
5 ordonnance que il gettoit pierres de fais, et se pooient
bien cent hommes d’armes ordonner dedens et en
approchant assallir la ville. Si furent ordonné, pour
aller querre cel engien, messires Pières de Bueil,
messires Jehan de Vers et messires Bauduins Crenons,
10 li sires de Moncalais et li sires de Quaines; et
se partirent de l’ost à tout trois cens lances de bonnes
gens d’estoffe, et passèrent à gué la rivière de
Dourdonne, et chevaucièrent devers le Riole et fisent
tant qu’il y parvinrent. Entre le Riole et Bregerach,
15 en une place que on dist à Ymet, estoient li Englès
en enbusce plus de quatre cens combatans, et riens
ne sçavoient des François. Nouvelles vinrent en l’ost
et au connestable de France que li Englès chevauchoient;
mais on ne lui sçavoit point à dire quel
20 chemin il tenoient. Tantost, et pour la doubtance
de ces gens qui chevauchoient ossi, il mist sus une
autre armée de gens d’armes, pour contregarder les
fourrageurs qui chevauchoient entre la rivière de
Dourdonne et la rivière de Geronde, desquelz il fist
25 capitaines messire Pières de Mornay, Yeuwain de
Galles, Thiebault dou Pont et Aliot de Calay. Si
estoient bien en celle route deus cens lances de gens
d’estoffe. Messires Pierre de Bueil et li autre, qui
estoient allé querre celle truie à le Riole, esploitièrent
30 tant que il y vinrent, et le fisent sus grans fuisons
de cars chargier; et puis se misent au retour
devers l’ost et par un autre chemin que il ne fussent
[9] venu, car il leur convenoit tenir le plus ample chemin
pour leur caroy, et passer par Ymet ou assés
près où li Englès estoient en embusce. Or heurent si
belle aventure, ainçois qu’il peussent venir jusques à là,
5 que, à une petite lieuwe de Ymet, y trouvèrent li
François l’un l’autre; et quant il se furent tous mis
ensamble, il estoient bien sis cens lances: si cheminèrent
plus hardiement et à plus grant loisir.
Nouvelles vinrent à messire Thumas de Felleton
10 [et aux barons de Gascoingne qui à Ymet se tenoient]
que li François chevauçoient et venoient ce
chemin et amenoient un trop grant engien de le Riole
devant Bregerach. De ces nouvelles furent il tout
resjoï, et disent que c’estoit ce qu’il demandoient.
15 Adonc s’armèrent il et montèrent sour leurs chevaux
et se ordonnèrent dou mieux qu’il peurent. Quant il
furent tout trait sus les camps, il n’eurent gaires
atendu quant evous venir les François qui venoient
en bon arroy et en grant route. Sitost comme il se
20 porrent congnoistre et appercevoir, comme cil qui se
tenoient à ennemi li un l’autre et qui se desiroient à
avanchier et combatre, en esporonnant leurs chevaux
et en abaissant les glaves, en escriant leurs cris,
entrèrent l’un en l’autre. Là heut de premiers, je
25 vous di, fait tamainte belle jouste et grans appertises
d’armes, et maint chevalier et escuier reversé jus de
sen cheval à terre. En fais d’armes et en telz poingneys
perilleux n’est aventure qui ne aviengne. Là fu
Allios de Callay, qui mout appers escuiers et [bon]
30 hommes d’armes estoit, conssuis de cop de glave ou
haterel d’un large fer de Bourdiaus, ossi trenchant et
affilié que nuls rasoirs. Chis fers lui trencha tout le
[10] haterel et lui passa oultre et lui coppa toutes les
vaines, douquel cop il fu porté à terre et là tantost
mors, dont ce fu damages, quant par telle aventure
il fina ensi son temps. Là avoit un chevalier de Berri
5 et de Limosin, qui s’appielloit messire Jehan de Lignac,
appert hommes d’arme et vaillant durement,
qui ce jour y fist tant mainte belle proèche.
§ 8. Moult fu chis rencontres durs et fors et bien
combatus de l’un costé et de l’autre en celle place
10 que on dist Ymet, assés près dou dit village; et quant
les lances furent faillies, il sacquièrent les espées,
dont il se rencontrèrent fierement, et se combatoient
main à main mout vaillanment. Là heut fait tamaintes
grandes appertises d’armes, mainte prise et mainte
15 rescousse. Et là fu mors sus le place, dou costé des
Englès, uns chevaliers gascons qui s’apeloit li sires
de Gernolz et de Carlès et, dou costé des François,
Thiebaut dou Pont. Cheste bataille fu mout bien
combatue et longement dura, et y heut fait de biaux
20 fais d’armes; car che estoient toutes gens de fait. Par
coi la bataille dura plus longement, mais finablement
li Englès et li Gascon ne peurent obtenir le plache,
et les conquisent li François par biau fait d’armes.
Et là prist et fiancha messires Jehans de Lignacq prisonnier
25 messire Thumas de Felleton, senescal de
Bourdiaus. Et furent là pris sus le place li sires de
Mucident, li sires de Duras, li sires de Longheren
et li sires de Rosem et s’en sauvèrent petit, de la
part des Gascons et des Englès, qui ne fussent pris ou
30 mort. Et chil qui se sauvèrent encontrèrent, sour leur
retour vers Bourdiaus, le senescal [des Landes],
[11] messire Guillaume Helmen, et le maieur de Bourdiaus,
messire Jehan de Multon, à tout cent lances, qui s’en
venoient à Ymet; mais quant ils oyrent ces nouvelles,
il retournèrent devers Bourdiaux.
5 § 9. Apriès ceste besoingne faicte et le camp delivré,
et que tout chil qui prisonnier estoient furent
mis en ordonnance, on se mist au retour pour revenir
au siège de Bregerach. Vous devés sçavoir que li
dus d’Ango fu grandement resjoys de ces nouvelles,
10 quand il sceut de verité comment ses gens avoient
esploitié, et que toute la fleur de Gascoingne de ses anemis,
chevaliers et escuiers, estoient pris, et messires
Thumas de Felleton qui tant de contraires lui avoit
portez, ossi. Et ne volsist mie de ceste aventure avoir
15 cinc cens mil frans. Tant esploitièrent messires Pières
de Bueil, messire Jehan de Lignac, Yeuwain de Gales
et les autres qu’il vinrent en l’oost devant Bergerach,
dont parti il s’estoient. Si furent grandement festiiet
et conjoy dou duc d’Ango, dou connestable, des
20 barons et de leurs amis, et tinrent ceste aventure à
belle, à bonne et à pourfitable pour iaux. A l’endemain,
la truie, que amenée et achariée avoient, fu
levée au plus près de Bregerach comme il porent,
qui grandement esbahi chiaux de la ville. Et heurent
25 entr’iaux avis et conseil comment il se maintenroient
et en parlèrent à leur cappitaine, car il veoient
bien que longuement il ne se pooient tenir; et si
n’atendoient secours ne confort de nul costé, ou cas
que messires Thumas de Felleton, leurs senescaux,
30 estoit pris, et li chevalier de Gascoingne, ens esquelz il
avoient heu grant esperance. Messires Perducas leur
[12] dist que il estoient encores fort assés pour iaus tenir
et bien pourveu de vivres et d’artillerie, par coi il
ne fesissent nul mauvais marchié. Si demora la chose
en cel estat jusques à lendemain que on sonna en
5 l’ost les trompettes d’assault, et se mist cascuns à sa
livrée. Li connestables de France, qui estoit sus les
camps en grant arroy avant que on assausist Bregerach
ne que nulz des leurs fussent blechiet ne traveilliet,
envoia parlementer à chiaux de le ville, et leur fist
10 remoustrer comment il tenoient tous leurs cappitaines
par lesquels confors leur peust estre venus, et que ja
estoient il en traictiet que de devenir boins François,
et yaux et leurs terres mettre en l’obeissance
dou roi de France, par coi nulz secours ne leur
15 apparoit de nul costé; et, se il se faisoient assallir et
prendre par force, ensi que il le seroient, on metteroit
la ville en feu et en flamme et à destruction, sans nul
prendre à mercy. Ches manaches esbahirent mout
chiaux de Bregerach, et demandèrent [temps] à avoir
20 conseil; on leur donna. Adonc se misent li bourgois
de la ville ensamble et sans appeller leur cappitaine,
et estoient en volenté et furent que d’iaux rendre
bons François, affin que paisievlement et doucement
on les volsist prendre sans mettre nulles gens d’armes
25 en leur ville. On leur accorda legierement. Quant
messires Perducas de Labreth entendi ces traictiés,
il monta à cheval et fist monter ses gens et passa
les pons et s’en vint bouter au chastel de Moncucq,
et Bregerac se rendi françoise. Si en prist li connestables
30 la possession, et y envoia capitaine et gens
d’armes pour le tenir et garder.
[13] § 10. Quant Bregerach se fu rendue françoise, li
dus d’Ango heut conseil que il chevaucheroit plus
avant et venroit mettre le siège devant Chastillon
sur la Dourdonne. Ches nouvelles s’espandirent parmi
5 l’ost, et s’ordonna cascuns à ce faire. Et se partirent
li dus, li connestables et toutes gens d’armes, exepté
li marissaulx [de France], qui demora derière pour
attendre le seigneur de Coucy, car il devoit estre là
[au soir], ensi qu’il fu. Et alla à tout grant route de
10 ses gens li marescaux à l’encontre de lui; si se
recoeillirent mout amiablement, et demorèrent celle
nuit en le plache dont li dus s’estoit au matin partis.
Si vint li dus et li host logier ce jour en uns biaux
prés sur la Dourdonne, ou chemin de Chastillon.
15 En la route et de la charge le seigneur de Coucy estoient
messires Aymenions de Pumiers, messires Tristrans
de Roye, messires Jehans de Roye, li sires de
Fagnoelles, messires Jehans de Jeumont, messires
Jehans de Rosoyt, messires Robers de Clermont et
20 pluisieurs autres chevaliers et escuiers. A l’endemain,
il se departirent de leurs logeis et chevauchièrent
tant, en le compaignie dou mareschal de France, que
il vinrent en l’ost dou ducq, où il furent receu à grant
joye.
25 En allant vers Chastillon sciet une ville que on
appielle Sainte Foy. Li avant garde dou duc, ainçois
qu’il parvenissent à Castillon, se traisent celle part et
l’environnèrent et le commenchièrent à assaillir fortement.
En la ville de Sainte Foy n’avoit fors hommes
30 de petite deffence, qui ne se fisent point longhement
assaillir, mais se rendirent, et en yaux rendant
elle fu toute pillie.
[14] § 11. Li sièges fu mis devant Castillon. Si se logièrent
li seigneur et toutes manières de gens d’armes
devant Castillon et sus la belle rivière de Dourdonne,
et furent là environ quinse jours. Si y ot pluisieurs
5 escarmuces et envayes devant les barrières, car il y
avoit aucuns Englès et Gascons, qui là s’estoient
retrectz de le desconfiture de Ymet, qui tenoient la
ville assés vaillanment.
Encorez estoient li quattre baron gascon, qui à
10 Ymet avoient esté pris, en l’ost dou duc et en grant
traictiet d’iaux tourner françois, mais messires Thumas
de Felleton n’en estoit mie requis, pour tant
qu’il estoit Englès; et fu mis à finance de son maistre
messire Jehan de Lignac, à qui il paia trente mil
15 frans, et puis fu delivrez, mais ce ne fu mies si tost.
Tant furent menet, traitiet et parlementet li quatre
baron gascon que il se tournèrent françois, et heurent
en convent au duc d’Ango, par leurs fois et sour
leurs honneurs, qu’il demorroient boins François à
20 tousjours mais, yaux et leurs terres, et parmi tant li
dus d’Ango les delivra tous quittes. Si se departirent
dou duc, et sus bon convenant, li sires de Duras et
li sires de Rosem, en l’entente que pour raller en
leurs païs; et li sires de Moucident et li sires de Lagurant
25 demorèrent en l’ost avoec le duc d’Ango, qui
les tenoit tout aise, et souvent disnoient et soupoient
en son logeis avoec lui.
§ 12. Chil baron de Gascoingne trouvèrent le
duc d’Ango mout amiable, quant si legierement il les
30 laissa passer, dont depuis s’en repenti: [vez ci] pour
coi. Sur les camps s’avisèrent li sires de Rosem et li
[15] sires de Duras, et parlementèrent ensamble en disant:
«Comment porrions nous servir le duc d’Ango et les
François, quant nous avons tous jours esté loial Englès?
Il vaut trop mieux à mentir no serement devers le
5 duc d’Ango que devers le roi d’Engleterre, no naturel
seigneur, qui nous a tant de biens fais.» Che pourpos
il tinrent et se ordonnèrent sur che que il
yroient à Bourdiaus et se remoustreroient au senescal
des Landes, messire Guillaume Helmen, et lui diroient
10 que leurs coers nullement ne se pooient [rapporter] à
che que il deviengnent françois. Dont chevaucièrent
chil doy baron ensamble, et esploitièrent tant que il
vinrent à Bourdiaus. Il y furent receu à grant joye,
car on ne sçavoit encores riens de leur convenant.
15 Li senescaux des Landes et li maires de Bourdiaux
leur demandèrent des nouvelles comment il avoient
finet. Il respondirent que, par constrainte et sour
manache de mort, li dus d’Ango les avoit fait devenir
François: «Mais, seigneur, nous vous disons
20 bien que, au faire le serement, toudis en coer nous
avons reservé nos fois devers no naturel seigneur le
roi d’Engleterre; ne pour cose que nous avons dit
ne fait, nous ne demorrons ja François.» De ces paroles
furent li chevalier d’Engleterre tout resjoï, et
25 disent qu’il se acquitoient loiaument envers leur
seigneur.
Au chief de cinc jours après, li dus d’Ango estant
devant Chastillon, vinrent nouvellez en l’ost que li
sires de Duras et li sires de Rosem estoient tourné
30 Englès. De ces [nouvelles] furent li dus d’Ango, li
connestables et les barons de France moult esmerveilliet.
Adonc manda li dus d’Ango devant li le seigneur
[16] de Moucident et le seigneur de Lagurant, et leur
remoustra de coi il estoit enfourmés, et leur demanda
qu’il en disoient. Chil baron, qui tout courouchiet
estoient, respondirent: «Monseigneur, se il voellent
5 mentir leurs fois, nous ne volons pas mentir les
nostres. Et ce que nous vous avons dit et juret, nous
vous tenrons loiaument; ne ja ne serons repris dou
contraire, car par vaillance et biau fait d’armes vos
gens nous ont conquis. Si demorrons en vostre obeissance.»
10 --«Je vous en croi bien, respondi li dus
d’Ango, et je jure à Dieu premierement et à monsigneur
mon frère que, nous parti de chi, nous n’entendrons
jamès à autre cose si arons mis le siège
devant Duras et destruit la terre au seigneur de Duras,
15 et puis apriès celi de Rosem.» Ensi demora la cose
en cel estat, li dus d’Ango courouciés pour le defaute
de ce que il avoit trouvé en ces deux barons de
Gascoingne, et li sièges de Castillon.
§ 13. La ville de Chastillon sus la Dourdonne
20 estoit ville et heritage au captal de Buc, que li rois
de France avoit tenu en prison à Paris. Le siège
estant devant Chastillon, y eschei une très grant
famine, ne à paines, pour or ne pour argent, on ne
pooit recouvrer de vivres. Et convenoit les fourrageurs
25 sus le païs chevaucier douse ou quinze
lieuwes pour avitaillier l’ost: et encores alloient il et
retournoient en grant peril, car il y avoit pluisieurs
castiaux et garnisons sus les frontières, qui issoient
hors et faisoient embusches sur iaux. Et les atendoient
30 as destroix et as passages et, quant il se veoient
plus fort que li fourrageur n’estoient, il [leur] courroient
[17] sus; et les mehaignoient et ochioient et affoloient
et leur tolloient leurs vitailles: pour coi il
ne pooient ne osoient chevauchier, fors en grans
routes.
5 Tant fu li sièges devant Castillon et tant fu constrainte
par assaulz et par engiens que il ne se peurent
plus tenir, et se rendirent saulve leur vies et le leur.
Et s’en partirent toutes gens d’armes qui dedens
estoient et qui partir s’en volrent, et s’en vinrent à Saint
10 Malquaire où il y a forte ville et bon castiel. Quant
Chastillon fu rendue, li dus d’Ango en fist prendre
la saisine et la possession et le feauté et hommage de
toutes les gens, et y renouvella officiers; et y mist
cappitaine de par lui ung chevalier de Touraine, qui
15 s’appielloit messires Jaques de Montmartin.
Au departement de Castillon, il jettèrent leur advis
quelle part il trairoient. Et fu avisé qu’il iroient
devant Saint Malquaire; mais il y avoit sus le païs,
ainchois qu’il y peussent venir, aulcuns petis fors
20 qui n’estoient pas boin à laissier derière pour les
fourrageurs, et s’en vinrent au departement de Castillon
mettre le siège devant [Sauveterre]. Là vinrent autres
nouvelles dou seigneur de Rosem et dou seigneur de
Duras, que il n’estoit mies ensi que on avoit raporté.
25 Voirement estoient il allé à Bourdiaus, mais on ne
sçavoit sus quel traictié. Ches nouvelles s’espardirent
en l’ost en pluisieurz lieux, tant que li sires de
Moucident et li sires de Lagurant en furent enfourmé,
et en parlèrent au seigneur de Coucy et à
30 messire Pières de Bueil que il vosissent les chevaliers
aidier à escuser et que c’estoit grant simplesse de
croire parolles volans si legierement. Il respondirent
[18] que il le feroient volentiers, et en parlèrent au
duc, et li dus leur dist que il verroit volentiers tout
le contraire de ce que il avoit oy dire. Si demora
la chose en cel estat, et li sièges devant [Sauveterre].
5 La ville de [Sauveterre] ne les tint que trois jours, car
li chevaliers qui sires en estoit se rendi au duc, son
corps, ses hommes et tout le sien. Et parmi tant il
passèrent oultre, et vinrent devant Sainte Bazille, une
boine ville fermée, qui se rendi et mist en l’obeissance
10 dou roi de France. Et puis s’en vinrent devant Montsegur
et, tantos que il furent là venu, il le assaillirent,
et point ne l’eurent de ce premier assault; si
se logièrent et rafresquirent le nuit. Et l’endemain, de
rechief, il se misent en ordonnance pour assaillir;
15 et quant chil de le ville veirent que c’estoit acertes,
si s’esbahirent et conseillièrent entr’iaus. Finalement,
consaux se porta que il se rendirent, saulve leur
vies, leurs corps et leurs biens. Il furent ensi receu,
et puis chevaucièrent oultre devers une autre bonne
20 ville fremée, qui sciet entre Saint Malquaire et
le Riole et a à nom Auberoche. Là furent il quatre
jours, ainçois que il le peussent avoir, et se rendirent
par traictiet; et puis vinrent devant Saint Malcaire.
§ 14. Tous les jours mouteplioit li hos dou duc
25 d’Ango, et venoient gens de tous costés, car chevalier
et escuier qui se desiroient à avanchier le venoient
veoir et servir. Si fu mis li sièges devant Saint Malcaire
biaux et fors et bien ordonnés. Et vous di que
là dedens estoient retrait toutes manières de gens
30 d’armes, qui estoient parti des garnisons qui rendu
s’estoient. Si en estoit la ville plus forte et mieux
[19] gardée. Si y heut là pluisieurs grans assaux et biaux, et
fait tamainte belle escarmuche devant les barières.
Adonc fu ordonné dou duc d’Ango et dou connestable
de France, le siège estant devant Saint Malcquaire,
5 que les cappitaines et leurs routes chevauçassent
le païs, li uns chà et l’autre là. Si s’espardirent gens
d’armes de tous lés: premierement li mareschaus de
France à grant route, li sires de Coucy ossi à grant
route, Yeuwains de Galez à grant route, messires
10 Perchevaux d’Aineval, Normant, et Guillaumes de
Moncontour à grant route. Si demorèrent ces gens
d’armes sis jours sus les camps, et prisent pluisieurs
villes et petis fors, et misent tous le païs de là environ
en leur subjeccion et en l’obeissance dou roi de
15 France; ne [nuls ne] leur alloit au devant, car le païs
estoit tout wis et despourveus de gens d’armes dou
costé dez Englès. Si s’en alloient li fuiant devers
Bourdiaux. Quant il heurent fait leurs chevaucies,
il s’en retournèrent en l’ost. Chil de Saint Malcaire
20 congneurent bien que longhement il ne se pooient
tenir que il ne fuissent pris, et on leur prommettoit
tous les jours, se par force il estoient pris, sans merci
il seroient tout mort. Si se doubtèrent de le fin
que elle ne leur fust trop cruelle, et fisent un secret
25 traictiet devers les François que volentiers il se renderoient,
saulve le leur et leurs biens. Et les gens
d’armes qui dedens [Saint Makaire] estoient perchurent
ce convenant; si se doubtèrent des hommes de
la ville que il ne fesissent aucun mauvais traictiet
30 contre iaux. Si se traisent tantost au castiel qui est
biaus et fors et qui fait bien à tenir, et y boutèrent
tout le leur et encorez assés dou pillage de le ville.
[20] Adonc se rendirent chil de Saint Malcaire et se misent
tout en l’obeissance dou roi de France.
§ 15. Nouvelles estoient venues au duc d’Ango,
très le siège de devant Monsegur, que la duchoise, sa
5 femme, estoit [à Thoulouse] ajeute d’un biau fil. Si
devez savoir que li dus et tout li host en estoient
plus liet, et li fait d’armes empris plus hardiement.
Sitost que Sains Malcaires se fu rendue, on entra
dedens le ville, car là avoit biau logeis et grant. Si se
10 aisièrent et rafresquirent toutes manières de gens
d’armes, et bien trouvèrent de coy, car la ville estoit
bien pourveue. Adonc fu li castiaux environnés, et
mist on engiens devant, qui ouniement y gettoient
pières de faix, et che esbahi grandement chiaux de
15 le garnison.
Entroes que on estoit là à siège, vinrent les vraies
nouvelles dou seigneur de Duras et dou seigneur de
Rosem, par un hiraut qui les apporta, que il estoient
tourné englès. Dont dist li dus que, lui delivré de
20 Saint Malcaire, il venroit tout droit mettre le siège
devant Duras, et fist en ceste instance fortement et
fierement assaillir chiaux dou castel, car il ne le voloit
mie laissier derrière. Chil qui ens ou castel estoient,
veoient que il estoient assaillis de tous costés et que
25 nuls confors ne leur apparoit, et bien sçavoient que li
dus ne li connestables ne partiroient jamès de là si
les aroient ou bellement ou autrement: de coi, tout
consideré, il se misent en traictiet et rendirent le
castiel, sauf leurs corps et leurs biens, et furent encorez
30 avoecq ce conduit jusques à Bourdiaus. Ensi fu
Saint Macquaire, ville et castiau, françoise. Si en prist
[21] li dus la possession et y establi capitaine et castelain,
et puis se deslogièrent toutes gens d’armes et prisent
le chemin de Duras.
§ 16. Tant esploitièrent les hosts au duc d’Ango
5 que il vinrent devant Duras, et quant il se deubrent
approchier, il fu ordonné de tantost assaillir. Dont se
misent gens d’armes en ordonnance d’assaut et tous
leurz arbalestriers paveschiés devant, et ensi approchièrent
le ville. Et vous di que il y avoit là aucuns
10 varlès dessoubz les seigneurs qui s’estoient pourveus
d’eschièles pour avoir mieux l’avantaige pour monter
sus les murs. Si furent en pluisieurs lieux ces esquièles
drecies et mises contre ces murs; et lors fu li assauls
grans et orribles. Chil qui montoient se combatoient
15 main à main à chiaux de dedens, et dura de venue
chis assaus mout longhement. Si heut là fait sus les
esquièles pluisieurs grans appertises de armes, et se
combatoient chil de dehors à chiaux de dedens main
à main, et dura chiux assaux le plus grant partie
20 dou jour. Quant il se furent bien combatu et traveilliet,
par l’ordonnance des marescaux on sonna les
trompettes de retraite. Si se retrait çascuns en son
logeis. Che soir arrivèrent en l’ost messires Alains de
la Houssoye et messires Alains de Saint Pol et une
25 grant route de Bretons, qui avoient chevaucié vers
Liebronne et assailli une garnison d’Englès qui s’appielle
Cadillac. Si l’avoient pris à force et ochis tous
chiaux qui dedens estoient.
§ 17. Quant ce vint au matin, li dus d’Ango commanda
30 que on allast à l’assaut et que çascuns s’i
[22] esprouvast sans faintise, et fist assavoir par un cri et
par un hirault que li premiers qui enteroit dedens
Duras, il gaigneroit cinc cens frans. La convoitise de
gaignier fist avanchier pluisieurs povres compaignons;
5 dont furent esquielles levées en pluisieurs lieux autour
des murs. Et là commença li assaulz fiers et grans et
qui fu bien continués, car li jouene chevalier et
escuier, qui se desiroient avanchier, ne s’espargnoient
nient, mais s’abandonnoient et assailloient de grant
10 volenté.
Li sires de Lagurant estoit sour une esquièle tout
premiers, l’espée ou poing, et rendoit grant painne à
ce que il peust entrer premiers en la ville, non pour
gaignier les cinq cens frans, mais pour exauchier sen
15 nom, car il estoit durement courouchiés sus le seigneur
de Duras pour tant que si legierement il s’estoit
retournez englès. Et vous di que chis sires de
Lagurant y fist de la main merveilles d’armes, et tant
que ses gens et pluisieurs autres estrangiers estoient
20 esbahi de ce qu’il faisoit. Et tant se avancha que de
sa vie il se mist en grant aventure, car chil de dedens
par force li esrachèrent son bachinet à tout le camail
hors de la teste, et heust esté mort sans remède;
mais uns siens escuiers, qui de priès le sievoit, le
25 couvri de se targe et descendi petit à petit jus; mais
il rechut, en descendant, tamaint dur horion sus sa
targe. Si fu mout prisiés à cel assaut de tous chiaux
qui le veirent.
D’autre part, messires Tristrans de Roye et messires
30 Perchevaux d’Aineval, sus une eschielle, assalloient
moult vaillanment; et ossi faisoit messires
Jehans de Jaimont et messires Jehans de Rosoyt.
[23] Çascuns à sen endroit y faisoit merveilles d’armes.
D’autre part, à un autre crestiel, estoit li sires de
Soriel montés sur une esquielle, et se combatoit main
à main à chiaux de dedens; et disoient li aucun qui le
5 veoient que, se nuls pooit avoir l’avantage de entrer
premiers dedens, il en estoit ou chemin. Li chevaliers
ne s’aventuroit mies pour le pourfit des cinc cens
frans, fors que pour son honneur et pour l’avancement
de son corps; mais, ensi que les fortunes sont
10 perilleuses et merveilleuses à pluisieurs gens, il fu là
de chiaux dedens boutez si très roit de cop de glave,
que il fu reversez ou fons dou fosset, et li rompi li
colz. Ensi morut li chevaliers, et ossi fist uns escuiers de
Bretaigne qui s’armoit de gueulez à deux kieuvrons
15 estreciés d’or et d’asur, et dont li connestables fu
moult courouchiés. Adonc se resgrami li assauls et
renforcha de toutes pars plus grant que devant. Et là
fu boins chevaliers li sires de Moucident, et monstra
bien, à che qu’il assalloit, qu’il estoit boin françois.
20 Finablement li ville de Duras fu par force concquise,
et y entrèrent tout premiers messires Tristans de Roye
et messires Jehans de Rosoit. Quant les gens d’armes
qui dedens Duras estoient veirent que leur ville se
commenchoit à prendre, si se retraisent ou castiel et
25 laissièrent convenir le demorant.
§ 18. Ensi fu la ville de Duras prise et pillie, et
chil tout mort qui dedens furent trouvet, et puis se
retraisent les gens d’armes dedens leur logeis. Si se
desarmèrent et aisièrent, car il trouvèrent bien de
30 coi. A l’endemain, li connestables de France monta à
cheval, et li mareschaux de France avec lui; et en
[24] allèrent aviser le castiel et veoir par quel costé on le
porroit assaillir et prendre. Tout ymaginet, il le trouvèrent
merveilleusement fort, et disent que sans lonc
siège il n’estoit miez à prendre, et à leur retour il
5 contèrent tout ce au duc d’Ango. «Ne puet chaloir,
dist li dus; j’ai dit et juret que jamais de chi
ne partiray si arai le castel à ma volenté.» Respondi
li connestables: [«Et vous n’en serés ja
desdis.»]
10 Adonc fist on drechier tous les engiens qui là
estoient au tour dou castel, et mettre en oevre carpentiers
pour faire et carpenter atournemens d’assaus
pour esbahir chiaux dou chastiel. Quant chil dou
fort veirent les atournemens et l’ordonnance de
15 chiaux [de la ville] et des François, et que li assauls
leur seroit plus felenés et perilleux, si se avisèrent
que il se metteroient en traictié. Si traictièrent devers
le connestable que on les volsist prendre à merci,
sauf leurs corps et le leur, et il renderoient le castel.
20 Li dus d’Ango heut conseil, par l’avis dou connestable,
que il ne voloit plus traveillier ne blechier ses
gens, et que il les prenderoit par ce parti. Au tierch
jour, il se partirent et furent conduit là où il voloient
aller. Et li connestables prist la possession dou castel,
25 mais il me semble que li dus d’Ango ordonna et
commanda que il fust abatus.
§ 19. Après le conquès de le ville et dou castel de
Duras, li dus d’Ango ordonna à demorer en le ville
de Landuras, car li sires de Landuras estoit devenus
30 françois de la prise qui fu à Ymet, messire Jehan de
Jeumont, messire Jehan de Roye et messire Jehan
[25] de Rosoit, à tout cent lances de bonnes gens, pour
tenir et garder la frontière encontre les Bourdelois;
et heut volenté de retourner arrière vers Thoulouse
et veoir sa femme qui estoit relevée d’un biau fil, et
5 voloit à ces relevailles à Thoulouse tenir et faire une
grant feste. Si ordonna par toutes les villes et les
castiaux, que en celle saison il avoit conquis, gens
d’armes, et mist en garnison pour resister poissanment
contre les ennemis; et donna toutes manières
10 d’autres gens congiet. Et dist à Yeuwain de Gales:
«Vous prenderés de vostre charge Bretons, Poitevins
et Angevins, et en irés en Poito mettre le siège
devant Mortaigne sus mer, que li soudis de l’Estrade
tient; et ne vous partés, pour mandement que on
15 vous fache de par le roy, tant que vous en ayés la
saisine, car c’est une garnison qui moult nous a
fait de contraires.»--«Monseigneur, respondi
Yeuwains, à mon loial pooir obeïrai à vostre
commandement.»
20 Là furent ordonné en l’ost, de par le duc d’Ango
et le connestable, tout chil qui avoec Yeuwain de
Gales devoient aller en Poito. Si se departirent dou
duc bien cinc cens lances de bonnes gens d’armes et
prisent le chemin de Saintonge pour venir vers
25 Saint Jehan d’Angeli; et li dus d’Ango, li connestables,
li sires de Coucy, li marescaux de France,
messires Jehans et messires Pierres de Bueil retournèrent
arière à Toulouse, et trouvèrent que la duchoise
estoit nouvellement relevée. Si y ot à ces
30 relevailles grans fiestes et grans joustes. Après ces
festes, li connestables de France et li sires de Coucy
retournèrent en France et li marescaux de Sansoirre
[26] s’en alla en Auvergne en confortant le dauffin d’Auvergne
et les barons d’Auvergne qui guerrioient as
Englès qui se tenoient en Limosin et en Roerghe sus
les frontières d’Auvergne. Or parlerons comment
5 Yeuwains de Gales mist en celle saison le siège devant
Mortaigne sus mer et comment il constraindi chiaux
de le garnison.
§ 20. Ieuwains de Gales qui voloit obeir au
commandement dou duc d’Ango, car bien sçavoit
10 que che que li dus faisoit, ch’estoit li ordenance dou
roi Charle de France, son frère, car il paioit tous les
deniers dont ces emprises se faisoient, s’en vint à
Saintez en Poito et là se rafresci. Et ossi firent toutes
gens d’armes en ce bon païs et cras entour Saintes
15 et Pons en Poito, sus ces belles rivièrez et praeries
qui là sont. Si estoient en se compaignie li sires
de Pons, li sires de Tors, li sires de Vivone, messires
Jaque de Surgières et grant fuison de chevaliers
et d’escuiers de Poito. D’autre part, des Bretons
20 et des Normans estoient cappitaines messires Meurisses
Trisiguedi, messires Alain de le Houssoye, messires
Alain de Saint Pol, messires Perchevaux d’Aineval,
Guillaume de Moncontour, li sires de Montmore et
Morelet, ses frères. Si se departirent ces gens d’armes
25 et leurs routes, quant l’ordenance fu; et s’en vinrent
devant Mortaigne, liquels castiaux est li plus biaux et
li plus fors seans sour le rivière de Garonne et après
sour l’embouque de le mer, qui soit sour toutes les
marces et frontières de Poito, de le Rocèle et de
30 Saintonge.
Quant Yeuwains de Gales [fu venus], et chil baron
[27] et chevalier avoec lui, devant Mortaigne, il bastirent
leur siège bien et sagement, et se pourveirent petit
à petit de tout ce que il leur besongnoit. Bien sçavoient
que par assault jamais le castel ne conquerroient fors
5 que par famine et par lonc siège. Si ordonna Yeuwains
quatre bastides à l’environ, par coi nuls ne les peuwist
avitaillier par mer, par le rivière ne par terre. A le
fois, li jone chevalier et escuier, qui avanchier se
voloient et qui les armes desiroient, alloient jusques
10 as barrières dou chastel, et là escarmuchoient à
chiaux de dedens, et chil dou fort à yaux. Si y avoit
fait pluisieurs grans appertises d’armes. Dedens Mortaigne
estoit uns chevaliers gascons, qui s’appelloit li
soudis de l’Estrade, vaillant chevalier et boin homme
15 d’armes durement, par lequel conseil il ouvroient
ensi comme à leur capitaine. De vins et de vivres
dedens le castel avoient il assés et largement; mais
de autres menues coses, le siège durant, heurent il
grant necessité.
20 § 21. Li rois Charles de France, coique il se tenist
à Paris en ses deduis ou où mieux lui plaisoit en
France, sans ce que de sa personne il s’armast, faisoit
ensi à tous lés guerriier sez ennemis les Englès, et
avoit partout ses alliances tant que as roiaumez et
25 païs voisins, plus que nuls de ses predicesseurs, quatre
ou cinc rois endevant, n’eussent onques esté ne heu,
et tenoit grandement à amour chiaux dont il pensoit
à y estre aidiés. Et pour ce qu’il sentoit le roi Richart
d’Engleterre jone et le païs en toueil, il avoit envoiiet
30 en Escoche devers le roi Robert, car li rois David
estoit mort, amiables traitiez et remonstrances
[28] d’amour qui dou temps passé avoient esté entre
les rois de France ses predicesseurs et le roi Robert
Brus d’Escoce, sen tayon, et le roy David, son
oncle, pour tousjours entretenir aliances et amour,
5 et que de leur partie il fesissent bonne guerre et
aspre as Englès et les ensonniassent tellement que
il ne heussent poissance de passer la mer. De coi il
estoit avenu que li rois Robers d’Escoche, en celle
saison qui li rois Edouwars d’Engleterre estoit mors
10 et li rois Richars couronnés, assembla sen conseil en
Haindebourcq. Et là furent la greignour partie des
barons et des chevaliers d’Escoche, dont il pensoit
à estre servis et aidiés. Et leur remonstra comment li
Englès, dou temps passet, leur avoient fait pluisieurs
15 anois, ars leur païs, abatus leurs castiaux, ochis et
rançonnés leurz hommes: dont li temps estoit venus
que de che il se pooient contrevengier, car il y avoit
un jone roy en Engleterre, et si estoit li rois Edouwars
mors, qui les belles fortunes avoit heuwes: pour coi,
20 il en fust respondus de une commune et boine volenté.
Li baron d’Escoce et li jouene chevalier et escuier,
qui se desiroient à avanchier et à contrevengier les
anois et damages que li Englès leur avoient fait dou
temps passé, respondirent que il estoient tout apresté,
25 apparilliet et pourveu de chevauchier en Engleterre,
dou jour à l’endemain, quant on vorroit. Ches nouvelles
plaisirent grandement au roi d’Escoce, et dist
à tous grans mercis.
Là furent ordonnés quatre contes à estre capitaines
30 de ces gens d’armes, ch’est assavoir: le conte
de Douglas, le conte de Mouret, le conte de le Mare
et li contes de Surlant; et connestables d’Escoche,
[29] messire Archebaut Douglas, et mareschal de toute
l’ost, monseigneur Robert de Versi. Si fisent leur
mandement tantost et sans delai à estre à un certain
jour à la Mourlane. Là est li departemens auques
5 d’Escoce et d’Engleterre. Che mandement faisant et
ces gens d’armes assemblant, se parti Alixandre de
Ramesay, uns moult vaillans escuiers d’Escoce, et se
avisa de emprendre et achiever à son pooir une
haulte emprise. Et prist quarante compaignons de sa
10 route, tous bien montés; et chevauchièrent tant, de
nuit et par embusces à le couverte, que sus un adjournement
il vinrent à Bervich, qui se tenoit englesse.
De la ville de Bervich estoit cappitaines uns escuiers
au conte de Northombrelant messire Henri de
15 Persi, qui s’appielloit [Jehans] Bisès, et dou castel de
Bervich uns mout appers chevaliers qui s’appielloit
Robers [Asneton]. Quant li Escot furent venu jusques
à Bervich, il se tinrent tout coi et envoiièrent une
espiie devant devers le castel pour sçavoir en quel
20 estat on y estoit. Li espiie entra ens es fossés où point
d’iauwe n’a ne puet avoir, car il sont sus savelon
boulant, et regarda desoubz et deseure, et n’y oy ne
vei ame, et tout cela rapporta il ensi à son maistre.
Adonc s’avancha Alixandre de Ramesay, et fist avanchier
25 ses compaignons tout coiement et sans sonner
mot; et entrèrent ens es fossés, et estoient pourveu
de bonnes esquielles que il drechièrent contre les
murs. Alixandres fu tout li premiers qui y monta,
l’espée en la main, et entra par les murs ens ou chastel,
30 et tout li sien le sieuwirent que onques n’y heut
contredit. Quant il furent tout ens, il se traisent
devers le grosse tour où li cappitaines dormoit, Robert
[30] [Asneton]; et avoient boines grossez haches, de coi il
commenchièrent à fraper en l’uis. Et au desrompre
li capitaine se esvilla soudainement, qui toute nuit
avoit dormi et fait trop povre gait, tant que il le compara,
5 et ouvri l’uis de se cambre, et cuida de premiers
que ce fussent chil de là dedens qui le vosissent
mourdrir, pour tant que en le sepmaine il avoit heu
estri à yaux; et ouvri une fenestre sus les fossés et
salli hors tous eshidés, sans ordenance et sans advis,
10 et tant que il se rompi le hateriel, et là morut. Li
gaite dou chastel, qui sus le jour se estoit un petit
endormi, oy la friente; si s’esvilla et perchut bien
que li chastiaux estoit eschiellés et emblés. Si commencha
à sonner en sa trompette: «Trahi! trahi!»
15 Jehans Bisès, qui estoit capitaine de la ville et qui
veilloit, entendi celle voix; si s’arma et fist armer
tous les plus aidables de la ville, et se traisent tout
devant le castiel, et ooient bien le hustin que li Escot
faisoient là dedens; mais entrer n’y pooient, car la
20 porte estoit fermée et li pons levés. Lors s’avisa chis
Jehans Bisès d’un grant advis, et dist à chiaux de le
ville qui dalés lui estoient: «Or tos, rompons les
pons au lés devers nous, par coi chil qui dedens [sont]
ne puissent issir, fors par no dangier.» On courut
25 tantost as haches et as cuignies, et fu li pons devers
la ville rompus. Encorez envoia Jehans Bisès un certain
homme des siens à [Anwich], à douze petites
lieuwes de là, devers le seigneur de Persi, que tantost
et sans delay il venist là à toute sa poissance, et que li
30 castiaux de Bervich estoit [pris] et emblés des Escos.
Encores dist il à Thommelin Friane que il y envoia:
«Ditez à monseigneur de Persi le convenant où
[31] vous nous laissiés, et comment li Escot sont enclos
ou chastel et n’en pueent partir, fors au saillir hors
pardessus les murs. Si se hastera plus tost dou
venir.»
5 § 22. Alixandre [de] Ramesay et ses gens, qui eschielet
avoient le chastel de Bervich et qui trop bien cuidoient
avoir esploitiet, et ossi avoient il, car il eussent
esté seigneur de la ville se Jehans Bisès n’y heust
pourveu de conseil, prisent et ochisent de chiaux
10 de là dedens desquels qu’il vorrent, et les prisonniers
enfremèrent en le tour et puis s’ordonnèrent et
disent ensi: «Alons là jus en la ville, car elle est
nostre. Nous en prenderons tout l’avoir et ferons
apporter ceens par les boins hommes et femmes de
15 la ville, et puis bouterons le feu en la ville, car elle
ne fait pas à tenir pour nous; et dedens trois ou
quatre jours venra secours d’Escoche, par coi nous
sauverons tout no pillage, et au departir nous y bouterons
le feu. Ensi paierons nous nostre hoste.» A ce
20 pourpos s’accordèrent tout li compaignon, car il
desiroient à gaignier. Si restraindirent leur armeures,
et prist çascuns le lance en son poing, car il en
avoient là dedens assés trouvés, et ouvrirent le porte
et puis avalèrent le pont.
25 A ce que li pons cheï, les cordes qui le portoient
rompirent; car li pons n’eut point d’arrest ne de
soustenance, car li baus sur coi il devoit cheoir estoit
ostés, et les plancques deffaites au lés devers le ville.
Quant Jehans Bisès et chil de la ville qui en la
30 plache estoient veirent ce convenant, si commencièrent
tout d’une voix à huier et à dire: «Tenés
[32] vous là; tenez vous là, Escot failli. Point n’en partirés
sans no congiet.» Quant Alixandres [de] Ramessay
en vei le couvenant, si perchut bien que chil de la
ville avoient esté bien avisé de eulx mettre ens ou
5 parti où il se trouvoient. Si refremèrent le porte pour
le trait, et s’enfremèrent là dedens. Si entendirent à
garder leur castiel, et misent hors les mors ens es
fossés, et les prisonniers enfremèrent il en une tour.
Bien se sentoient en forte place assez pour iaux là
10 tant tenir que secours leur seroit venus d’Escoche,
car li baron et li chevalier faisoient leur amas à le
Mourlane et là environ; et ja estoit li contes de
Douglas et messires Archebaux Douglas partis de
Dalquest et venus à Dombare. Or parlerons de l’escuier
15 Jehan Biset comment il vint à Anwich devers
le seigneur de Persi et lui segnefia ceste adventure.
§ 23. Tant exploita Thommelin Froiane que il vint
à Anwich et entra en le porte par le congnissance
que il y ot, et estoit si matin que li sires de Persi
20 estoit encorez en sen lit. Tant fist que il parla à lui,
car besoings le hastoit: «Sire, li Escot ont celle nuit
pris et emblet le castiel de Bervich; et le capitaine
de Bervich m’envoye devers vous, affin que vous en
soiés avisés, car vous estes gardiens de ce païs.»
25 Quant li contes Henris de Northombrelant, sires de
Persi, entendi ces nouvelles, si se hasta dou plus tost
qu’il peut pour conforter et conseillier chiaux de
Bervich, et envoiia messages et lettres partout en la
contrée de Northombrelant as chevaliers et escuiers
30 et à tous hommes dont il pensoit à estre aidiés, en
iaux mandant et segnefiant que tantost et sans delai il
[33] venissent à Bervich, car il alloit assegier les Escos qui
s’estoient bouté ens ou castel. Chis mandemens fu
sceus parmi la contrée. Dont se partirent de leurs
hosteux toutes manières de gens d’armes, de chevaliers
5 et d’escuiers et d’archiers; et vinrent là li sires
de Noefville, li sires de Lussi, li sires de Grascop, li
sires de Stafort, li sires de Weles, li capitaine dou
Noef Chastel et ung mout vaillant chevalier et boin
homme d’armes, qui s’appielloit messires Thumas
10 Mousegrave. Et tous premiers li contes de Northombreland
avoec ses gens s’en vint à Bervich: dont chil
de la ville de sa venue furent mout resjoy. Ensi se
fist li sièges des Englès en celle saison devant le
chastel de Bervich, et tous les jours venoient gens de
15 toutes pars, et furent bien dis mil. Et environnèrent
le castel par telle manière et assiegèrent de si près
que uns oiselès ne s’en fust point partis sans congié;
et commenchièrent li Englès à faire mine pour plus
tost venir à leur entente des Escos et de reprendre
20 le castiel.
§ 24. Nouvelles vinrent à ces barons et chevaliers
d’Escoce que li contes de Northombrelant et li baron
et li chevalier de celi contrée avoient assegiet leurs
gens ens ou chastel de Bervich. Si s’avisèrent l’un par
25 l’autre que il venroient lever le siège et rafresquir le
chastel; et tenoient ceste emprise, que Alixandre [de]
Ramesay avoit faicte, à haulte et belle. Et dist li
connestables d’Escoce messires Archebaus Douglas:
«Alixandre est mon cousin, et lui vient de haute gentillesse
30 d’avoir empris et achievé si haute emprise
que d’avoir pris le castel de Bervich. Si le devons
[34] tous à ce besoing conforter; et, se nous poons lever
le siège, il nous tournera à grant vaillance. Et je voel
que nous allons celle part.» Dont ordonna il liquel
seroient de se route et liquel demorroient. Si prist
5 cinc cens lances à l’eslite tous les milleurs d’Escoce;
et se partirent tout bien monté et en boin couvenant,
et chevauchièrent vers Bervich.
Ches nouvelles vinrent as Englès et as barons de
Northombrelant qui estoient à Bervich en grant
10 estoffe, car il estoient bien dis mil hommes parmi les
archiers, que li Escot venoient pour lever le siège et
rafresquir le castel. Si heurent tantost conseil comment
il se maintenroient [et dirent que ilz prendroient
place et terre et les attendroient et les combatroient],
15 car ossi les desiroient il à avoir. Et
fist li sires de Persi toutes manières de gens armer
et appareillier et traire sus les camps et faire leur
monstre. Si se trouvèrent bien trois mil homme[s]
d’armes et sept mil archiers. Quant li contes de
20 Northombrelant vei que il estoient tant de gens, si
dist: «Or, nous tenons sur nostre place, car nous
sommes gens assés pour combatre le poissance d’Escoce.»
Si se misent en uns biaux plains au dehors
de Bervich en deux batailles et en bonne ordonnance.
25 Et n’eurent pas là esté une heure, quant il perchurent
aulcuns coureurs escos qui chevauçoient devant,
trop bien montés, pour aviser les Englès. Là heut
aulcuns chevaliers et escuiers d’Engleterre, qui trop
volentiers se fussent avanchiet de courir jusques à
30 ceulx qu’il veoient chevauchier, qui ne leur heust
rompu leur [propos]; mais li sires de Persi leur
disoit: «Souffrés vous et laissiés venir leur grosse
[35] [route]; car, se il ont volenté de nous combatre, il
nous approceront de plus près.» Ensi se tinrent tout
coy li Englès, qui bien avisèrent leurs deux batailles
et quel quantité de gens il pooient [estre].
5 § 25. Quant li coureur escochois heurent avisé le
couvenant dez Englès, si retournèrent à leur maistres
et leur recordèrent tout che que il avoient veu
et trouvé, et leur disent: «Seigneur, nous avons
chevaucié si avant, en approchant les Englès, que
10 nous avons avisé en partie leur couvenant; et vous
di que il vous attendent en deux belles bataillez
ordonnées sus uns plains, et pooient estre en çascune
bataille cinc mil hommes: si aiiés sur ce avis. Nous
les aprochames de si près que bien congneurent que
15 nous estions coureur escot; mais il n’en fisent nul
semblant, ne onques nuls d’iaux ne se deffoucqua
pour chevauchier sur nous.» Quant messires Archebaus
de Douglas et li chevalier d’Escoche qui là estoient
oyrent ces parolles, si furent tout pensieu et
20 dirent: «Nous ne poons veoir que nostre pourfit
soit à chevaucier maintenant plus avant sus les Englès,
car il sont dix contre un de nous, et toutes gens de
fait. Si polrions plus perdre que gaignier, et folle
emprise ne fu onques bonne faite.» Là avoit Alixandre
25 de Ramesay un vaillant chevalier à oncle, qui
s’apeloit Guillaume de Lindesée, qui mettoit grant
paine que ses cousins fust confortés, et disoit: «Seigneur,
mon nepveu, sus le fiance de vous et de vostre
confort, a fait sa chevaucie et pris le chastel de
30 Bervich. Si vous tournera à grant blasme, se il est
perdus; et une autre fois chil de nostre costé ne
[36] s’aventuront point si volentiers.» Là respondirent li
autre, et disoient que on ne le pooit amender, et que
tant de bonnes gens qui là estoient ne se pooient
pas perdre ne mettre à l’aventure de estre perdu, pour
5 l’emprise d’un escuier. Et fu acordé entr’iaux dou
retraire plus avant en leur païs et logier sus les montaignes
près de la rivière de Tuyde, et là se retraïsent
tout bellement et par loisir. Quant li contes de
Northombreland et li contes de Notinghem et li
10 baron d’Engleterre perchurent que li Escot ne trairoient
plus avant, si envoièrent leurs coureurs assavoir
que il estoient devenu. Il rapportèrent que il
estoient retrait vers la Mourlane oultre Rosebourcq.
A ces nouvelles, sur le soir, se retraïsent tout bellement
15 li Englès en leurs logeis, et fisent boin gait jusques
à l’endemain.
§ 26. Environ heure de prime, furent toutes
manières de gens d’armes et d’archiers apparilliet
pour aller assaillir le castel de Bervich. Et lors commencha
20 li assaus, qui fu grans et fors, et dura tout
le jour jusques à remontière; ne onques on ne vit peu
de gens si bien tenir ne deffendre que li Escochois
faisoient et se deffendoient, ne ossi castel assallir si
asprement, car on avoit esquielles en pluisieurs lieux
25 drechies contre les murs, et là montoient gens d’armes
les targes sus leurs testes, et venoient combatre
main à main as Escos. Si estoient à le fois rués jus et
reversés ou fons des fossés. Et ce qui plus ensonnioit
et traveilloit les Escos, ch’estoient li archier d’Engleterre
30 qui traioient si ouniement que à paines osoit
nuls apparoir as deffences. Tant fu chis assaulz
[37] continués et pourmenés, sans nul chès, que li Englès entrèrent
de force et de fait ens ou chastel. Si commenchièrent
à prendre et à ochire tous ceux que il
trouvèrent; ne onques nus n’en escappa de tous
5 chiaux qui dedens estoient, qui ne fust mort, exepté
Alixandre [de] Ramessay qui fu prisonniers au seigneur
de Persi. Ensi fu li castiaux de Bervich delivrés dez
Escos. Si en fu capitaine, de par le conte de Northombreland,
Jehans Bisès, uns mout vaillans escuiers
10 qui l’avoit aidié à reconquerre, ensi que vous avés
oy, liquels le fist remparer de tous poins et refaire le
pont que il avoient romput. Or parlerons nous de
l’ordenance des Englès comment il perseverèrent.
§ 27. Apriès le reconquès dou castiel de Bervich,
15 li contes de Northombreland et li contes de Nothinghem,
qui estoient li doi plus grant de l’oost, avisèrent,
ou cas que il avoient toutes leurs gens mis
ensemble, que il chevaucheroient vers leurs ennemis
et, se il les trouvoient, il les combateroient. Ensi fu
20 il devisés et ordonnés en leur host, et se departirent
tout un matin et chevaucièrent le chemin de Rosebourcq,
tout contremont la rivière de Thuyde. Quant il
heurent chevauchiet ensamble environ trois lieuwes,
il heurent nouvel conseil. Et avisèrent li doi conte
25 qui là estoient que il envoiieroient de leur gens devers
Miauros, une grosse abbaye de noirs moisnes qui
siet sour la rivière de Thuide et le departement des
deux roiaulmes, pour sçavoir se il y avoit là nuls
Escos embuschiés; et iaux et leur plus grosse route
30 [chevaucheroient] vers la Mourlane. Et, à faire che
chemin, il ne pooit estre qu’il n’eussent nouvelles dez
[38] Escos. Si fu ordonnés à cappitaine de ces gens d’armes
[qui devoient estre trois cens lances et autant
d’archiers, un moult vaillant chevalier qui s’appelloit
messires Thomas Mousegrave. Si se departirent ces
5 gens d’armes] de l’ost, et prisent le chemin [li un] à
destre et li autre à senestre. Et chevauchièrent tant
messires Thommas Mousegrave et ses fils, à tout trois
cens lances et ottant d’arciers, que il vinrent à Miauros,
et se logièrent de haulte heure pour rafreschir
10 yaux et leurs chevaux et pour enquerir justement où
li Escot estoient. Il envoiièrent deux escuiers des leurs,
bien montés, pour chevauchier sour le païs à savoir
dou couvenant des Escos ne où il se tenoient.
§ 28. Chil doi escuier, quant il se furent parti de
15 leurs maistres, chevauchièrent tant qu’il s’embatirent
sus une embusche des Escos, desquels messires Guillaume
de Lindesée estoit chiés. Et se tenoit là à l’aventure
pour oyr nouvelles de Bervich et de son nepveu
Alixandre [de] Ramesay en quel parti il pooit estre des
20 Englès, et mout le desiroit à sçavoir; et pooit avoir
avoec lui environ quarante lances. Si tost que chil
Englès furent entré en leur embusche, il furent happet,
dont li chevaliers heut grant joye, et leur demanda
de quel part il venoient. Envis parloient
25 pour descouvrir le fait de leurs maistres; mais parler
les convint, car li chevaliers leur prommist que il leur
torroit les testes se il ne disoient verité de tout che
que on leur demanderoit. Quant ce vint au fort et il
virent que autrement il ne pooient finer, il parlèrent
30 et recordèrent comment li castiaus de Bervich estoit
conquis, et tout chil qui dedens avoient esté trouvet,
[39] mort, exepté Alixandre [de] Ramesay, et après comment
li contes de Northombrelant et li contes de Notinghem
chevauchoient amont le Thuyde pour trouver
les Escos, et comment monseigneur Thumas Mousegrave
5 et ses fils et monseigneur Jehan Asneton et
monseigneur Thumas Barton et bien trois cens lances
et ottant d’archiers estoient logiet et arrestet en
l’abeye de Miauros; et puis recordèrent comment
de ces chevaliers il estoient envoiié sur le païs pour
10 savoir justement où li Escot se tenoient. «Par ma
foy, respondi Guillaumes de Lindesée, vous nous
avés trouvez, mais vous demorrez avoec nous.» Lors
furent trait d’une part et requierquiet as compaignons,
sus les tiestes, que bien les gardassent. Et puis tantost
15 il fist partir ung homme d’armes de sa route et
lui dist: «Chevauciés devers nos gens et leur dites
tout ce que vous avés oy et le couvenant dez Englès;
et je me tenray chi jusques au soir pour sçavoir se
autres nouvelles nous venront.» Chis hommes d’armes
20 se parti et chevaucha tant que il vint en un gros
village oultre le Thuyde et la Mourlane, que on dist
Hondebray, entre les montaignes; et là a bon pays
et cras et belles praeries, et pour ce s’i tenoient li
Escot. Sus le soir, vint là li escuiers, et trouva le
25 conte de Douglas, le conte de Muret, le conte de Surlant,
messire Archebaut de Douglas et lez aultres. Si
tost que il fu venus, on sceut bien que il apportoit
nouvelles. Si fu mené devers les seigneurs asquels il
recorda tout l’affaire, ensi que vous avés oy.
30 § 29. Quant li chevalier escochois entendirent que
li chastiaux de Bervich estoit repris des Englez, si
[40] furent grandement courouchié; mais che les confortoit
et raleschoit que monseigneur Thumas Mousegrave
et li chevalier et escuier dessus la rivière dou
Hombre estoient logiet à Miauros, assés en jeu parti.
5 Si se ordonnèrent que sur ces nouvelles il se departiroient
de là, et iroient deslogier leurs anemis et reconquerir
aucune cose de leurs damages. Si s’armèrent
et ensielèrent leurs chevaux, et se partirent tout de
nuit de Hondebray et chevaucièrent devers Miauros
10 à l’adrèche, car bien congnissoient le païs. Et furent
là venu environ mienuit, mais il commencha à plouvoir
une si grosse [plueve] et si ouniement, et monta
uns [tel] vens que à paines pooient il tenir leurs
chevauls et si fors, qui les frapoit parmi les visages,
15 qu’il n’y avoit tant joli qui ne fussent si vain de le
pleuve et dou vent que merveilles. Et li page, de froit,
ne pooient porter leurs lances, mais les laissoient
cheoir, et se desroutoient li un de l’autre et perdoient
leur chemin. Adonc s’arrestèrent les ghides,
20 par le commandement dou conestable, tout coi sur
les camps, à l’encontre d’un grant bos parmi où il les
couvenoit passer; car aucun sage chevalier et bien
usé d’armes, qui là estoient, disoient que il chevauçoient
folement et que ce n’estoit mies estas de chevauchier
25 ensi par tel temps et à tel heure, et que
plus y porroient perdre que gaignier. Si se quatirent
et esconsèrent, yaux et leurs chevaux, desoubz quesnes
et grans arbres, tant que li jours fust venus. Et li
aucun, qui tout engelet estoient et tout hors mouilliet,
30 faisoient grans feux pour iaux ressuyer et rescauffer;
mès, ainçois qu’il peussent venir au feu, il
heurent trop de paine. Touteffois, de fuisilz et de
[41] secqs bois il en fisent tant qu’il en heurent assés en
pluisieurs lieux. Et dura ceste plueve et ceste froidure
jusques à soleil levant, et toudis plouvina il
jusques à prime.
5 § 30. Entre prime et tierce se commencha li jours
à rescauffer, et li sollaux à luire et à monter, et les
alloes à canter. Adonc se traïsent ensamble les cappitaines
pour conseillier quel cose il feroient, car il
avoient failly à leur entente à venir de nuit à Miauros.
10 Si fu conseillié que il se desjuneroient là sus les
camps de ce que il avoient, et se rafreschiroient
yaux et leurs chevaux, et envoiieroient leurs varlès
fourragier sus le païs. Ensi fu fait qu’il fu ordonné.
Et se departirent la greigneur partie de leurs varlès
15 fourrageurs, et s’espardirent ens es villages voisins:
si rapportèrent li pluisieur fain et avaine pour leurs
chevaux et vivres assés pour leurs maistres. D’aultre
part, li fourrageur englez, qui en l’abeye de Miauros
estoient logiet, pour trouver vivres, avoient ce matin
20 chevaucié si avant que li aucun fourrageur englès et
escot se trouvèrent. Et ne l’eurent mie les varlès
englès d’avantage; mais en y ot en ce rencontre des
mors, des blechiés et des batus, et leurs fourrages
perdus, tant que les nouvellez en vinrent à monseigneur
25 Thumas Mousegrave et as chevaliers d’Engleterre
qui à Miauros estoient. Dont disent il que li
Escot n’estoient pas loing de là. Si sonnèrent leurs
trompettes et fisent ensieller leurs chevaux et s’armèrent
et heurent conseil que d’iaux traire sus les
30 camps. Ossi furent aviset d’iaux li chevalier d’Escoce
par leurs fourrageurs. Si se hastèrent, dou plus tost
[42] qu’il peurent, de rafreschir yaux et leurs chevaux, et
puis yaux mettre en ordenance de bataille au lonc
de ce bois et tout à le couverte. Si estoient bien sis
cens lances et deux mil aultres gens, que nous appellerons
5 d’orez en avant gros varlès, à lances, à haches
et as bastons d’armes. Et disoient ensi messires Archebaus
de Douglas et li contes de Douglas ses cousins:
«Il ne puet nullement demorer que nous n’aions
besoingne, car li Englès chevauchent ou chevaucheront
10 à ceste remontière. Si soyons sur no garde, et
les combatons, se nous les veons à jeu parti.» Adonc
ordonnèrent il deux de leurs hommes d’armes à
courir, pour descouvrir lez Englès et sçavoir le couvenant,
et se tinrent tout coi en leur embusche.
15 § 31. Messires Thumas Mousegrave et li chevalier
de Northombrelant de sen costé, qui mout
desiroient à jeu parti à trouver lez Escos, se departirent
de Miauros et prisent le chemin de Mourlane
et laissièrent la rivière de Thuyde à le senestre main
20 et montèrent amont vers une montaigne que on
claime Saint Gille. Là estoient li doy coureur d’Escoce,
qui trop bien avisèrent [les Englès] et qui tantost
se partirent et retournèrent à leurs maistres, et
leur disent le couvenant comment il chevauçoient, et
25 n’y avoient veut ne aviset que troix banières et dis
pennons. De ces nouvelles furent li Escot tout resjoï
et disent de grant volenté: «Chevauchons vers yaux,
ou non de Dieu et de saint Jorge, car il sont nostre.»
Adonc prisent [il un cri, et me samble que tout
30 devoient criier: «Douglas! Saint Gille!» pour la cause
de] la montaigne qui s’appelloit Saint Gille. Il
[43] n’eurent pas chevauchié une demie lieuwe que il veirent
leurs ennemis, et li Englès yaux; dont congneult li
une partie et li autre que combatre les couvenoit. Là
fist li contes de Douglas sen fil messire Jame chevalier
5 et lui fist lever banière; et là fist il chevaliers
deux des filz le roi d’Escoche, messire Robert et
messire David, et tout doi levèrent banière. Et y
heut fait sus le place environ trente chevaliers de le
partie des Escos, et uns chevaliers de Suède qui s’appelloit
10 messires Jorges de Wesmède, et porte d’argent
à un fier de molin de gheules à une bordure endentée
de gheules et crie: «Mesonde!» D’autre part, monsigneur
Thumas de Mousegrave fist sen fil messire
Thumas chevalier: et li sires de Stafort et li sires de
15 Grascop ossi en fissent çascun de sen hostel et de sa
congnissance. Si ordonnèrent leurs archiers et misent
sus elle. Et fu ce jour li cris des Englès: «Nostre
Dame! Arleton!»
Là commencha chis rencontres grans et fors, et
20 archier à traire et à ensonniier gens d’armes; mais
toutesfois li Escot estoient grant fuison. Si ne
pooient mie li archier partout entendre. Là heut fait
entre ces chevaliers et escuiers, de l’une partie et de
l’autre, mainte jouste et mainte belle apertise d’armes,
25 et pluisieurs hommes reversés de leurs chevaux,
fait mainte prise et mainte rescousse. De premières
venues, messires Archebaux de Douglas, qui estoit
grans chevaliers et adurés durement et ressoingniés
de ses ennemis, quant il deut approchier, mist piet à
30 terre et prist à son usage une longhe espée qui avoit
d’alemielle bien deux aulnes. A paines le peust uns
aultres homs lever ensus de terre; mais elle ne lui
[44] coustoit nient au masnier, et en donnoit les cops si
grans que tout ce qu’il aconsieuwoit, il mettoit par
terre; et n’i avoit si hardi ne si joli, de le partie des
Englès, qui ne ressoingnast ses cops.
5 Là heut belle bataille et dure et longhement combatue:
de ce que elle dura, che ne fu pas plenté, car
li Escochois estoient troys contre un et toutes
gens de fait. Je ne di mie que li Englès ne se portassent
très vaillanment; et y fisent grant fuison de
10 belles apertises d’armes, mais finablement il furent
desconfi, et obtinrent li Escot la place, et furent pris
monseigneur Thumas Mousegrave et ses filz et pluisieurs
autres chevaliers et escuiers. Et heurent li
Escot bien sis vins prisonniers boins, et dura la cache
15 jusques à la rivière de Thuyde, et là en heut de mors
et d’ochis de chiaux de piet grant plentet.
Si se retraïsent li Escochoix après celle desconfiture
sour leur païs, et heurent avis et conseil que il
s’en iroient tous devers Haindebourcq, car il savoient
20 par leur prisonniers que li contes de Northombreland
et li contes de Nothinghem estoient sour le
païs par delà la Tuyde sus le chemin de Rosebourcq;
et estoient gens assés pour combatre les Escos et
toute leur poissance: pour coi leur chevaucie se
25 pooit bien desrompre, pour iaux traire à sauveté et
garder leurs prisonniers. De ceste cose faire et dou
retraire sans sejourner furent il bien conseilliet; car,
se ce soir il fussent revenu à leurs logeis de Hondebray,
il heussent esté en aventure de estre tout rué
30 jus, si comme je vous diray.
§ 32. Li contes de Northombreland et li contes de
[45] Notinghem et li baron d’Engleterre, quant il se partirent
de Bervich [et de messire Thumas Mousegrave
et furent venu sus les camps à l’encontre de
Rosebourcq], furent enfourmé par leurs espies que li
5 Escot, que il demandoient à trouver et à combatre,
estoient logiés à Hondebray: dont il estoient tout
resjoï, et avoient jetté leur advis que de nuit il les
venroient escarmuchier. Et venoient là celle propre nuit
que s’en estoient parti li Escot; mais il pleut si fort
10 et si ouniement que il ne peurent parfurnir leur
emprise, et se logièrent ens es bos jusques à l’endemain.
Et quant il vinrent au jour, de rechief il
envoièrent leurs espies à savoir où li Escot se tenoient;
et chil qui envoiiet y furent rapportèrent que li
15 Escos estoient parti et que il n’en avoient nulles nouvelles.
Adonc heurent il conseil que il se trairoient
devers Miauros pour là oyr nouvelles de monseigneur
Thommas Mousegrave et de leurs compaignons.
Quant il se furent disné et rafreschi yaux et leurs
20 chevaux, il chevaucièrent tout contreval la rivière
de Thuyde en venant vers Miauros, et avoient envoié
leur coureurs par delà l’iawe assavoir quelles nouvelles
il en porroient oyr. Droit après la desconfiture
dou rencontre dou camp Saint Gille que je
25 vous ay dit, chil coureur trouvèrent leur gens qui
fuioient ensi que gens desconfis. Si recordèrent de la
bataille ce qu’il en savoient. Adonc retournèrent chil
coureur à leurs maistres et amenèrent avoec iaux les
fuians: si leur recordèrent, au plus priès qu’il peurent,
30 la verité des Englès et des Escos et de la bataille.
Bien sçavoient que leurs gens estoient desconfi;
mais il ne pooient sçavoir liquel y estoient ne
[46] mort ne pris. Quant chil seigneur de Northombrelant
[et de Notinghem] entendirent ces nouvelles, si
furent plus pensieu que devant, à boine cause; car il
estoient courouchié pour deus afaires, l’un pour ce
5 que leurs gens avoient perdu, l’autre que point n’avoient
trouvé les Escos que tant desiroient à combatre.
Si eurent là sus les camps grant conseil dou poursieuwir;
mais il ne sçavoient lequel chemin li Escot
tenoient, et si approchoit li viespres, sique, tout
10 conseilliet, il se traïsent à Miauros, et là se logièrent.
§ 33. Il ne sceurent onques sitost venir à Miauros
que les nouvelles leur vinrent veritables de le bataille
et que messires Thumas Mousegrave et ses filz
et bien sis vins hommes d’armes estoient pris, et les
15 enmenoient li Escot et s’en raloient devers Haindebourcq.
Chil baron de Northombreland veirent bien
que ce damaige il leur couvenoit porter, et que pour
le present il ne le pooient amender. Si passèrent la
nuit au mieux qu’il peurent, et à l’endemain se deslogièrent.
20 Et donna li sires de Persi, contes de Northombreland,
congiet à toutes manières de gens de
retraire çascun en son lieu, et il meismes se retraist
en sen païs, et tout li autre ou leur. Ensi se desrompi
ceste chevaucie. Et li Escot ossi s’en retournèrent
25 à Haindebourcq li aucun; mais li contes de
Douglas et ses filz demorèrent sour le chemin à Dalquest.
Si fu grant nouvelle parmi Escoche de ceste
besoingne et de le belle journée que leur gens
avoient heuwe. Si goïrent paisiblement, chevalier et
30 escuier, de leurs prisonniers et les rançonnèrent
courtoisement, et finèrent au mieux qu’il peurent. Nous
[47] nous souffrerons à parler des Escos à present et parlerons
d’autres incidences qui advinrent en France.
§ 34. En ce temps trespassa, ou mois de fevrier, la
royne de France et de [se coupe], che disoient li medecin;
5 car elle gisoit d’enfant de madame Catheline
sa fille, qui puis ce di fu duçoise de Berri, car elle
heut à mari Jehan de Berry, fil au duc Jehan de
Berri. Là, si comme je vous dy, en celle gesine, n’estoit
pas bien haitie, et lui avoient li maistre deffendu
10 les baings, car il lui estoient contraire et perilleux.
Nonobstant ce, elle se volt baignier et là conchupt le
mal de la mort. Si demora li rois Charles de France
vesves, ne onques puis ne se remaria.
§ 35. Après le trespas de le royne de France trespassa
15 la royne de Navare, suer germaine au roi de France.
Cheste roïne de Navare morte, murmurations se eslevèrent
en France entre les sages et les coustumiers,
que la conté d’Ewrues, qui sciet en Normendie,
estoit, par droite hoirrie de succession de leur mère,
20 revenue as enfans dou roi de Navare, qui estoient
desoubz eage et ou gouvernement dou roi Charle de
France, leur oncle. Chis rois Charles de Navare estoit
soupechonnés dou temps passé d’avoir fait, consenti
et eslevet ou roiaume de France tant de maux que
25 de sa personne il n’estoit mie dignes ne tailliés de
tenir heritage ou roiaume en l’ombre de ses enfans.
Si revint d’Acquitaines, en ce tamps, en France,
li connestables, qui s’estoit toute la saison tenus
avoecq le duc d’Ango, et amena en sa compaignie le
30 seigneur de Moucident, de Gascoingne, pour veoir
[48] le roi et acointier de lui, ensi qu’il fist. Si fu li
connestables receus dou roi à grant joye, et li sires de
Moucident pour l’amour de lui. Entre le roi et le
connestable heut pluisieurs paroles et secrés consaux,
5 qui point si tost ne s’ouvrirent sus l’estat de
France et de Navare. Nous retournerons assés briefment
à ceste matère; mais, pour cronisier justement
toutes les notables advenues qui à ce temps avinrent
ou monde, je vous parlerai d’un grant commencement
10 de pestilence qui se bouta en l’Eglise: de coi
toute chrestienté, pour ce temps, fu en grant branle,
et mout de maulz en nasquirent et descendirent.
§ 36. Vous avés ci dessus oy recorder comment
papes Gregoires XIe de ce nom, qui pour le temps
15 tenoit le saint siège de Romme en la cité d’Avignon,
quant il vei que il ne pooit trouver nulle paix entre
le roi de France et le roi d’Engleterre, dont trop lui
venoit à desplaisir, car mout i avoit traveilliet et fait
traveillier les cardinaux, se avisa et heut devotion
20 que il iroit viseter Romme et le Saint Siège que sains
Pières et sains Pols avoient edefiiet et augmentet. Et
ossi, très s’enfance, il avoit prommis que, se en son
vivant il estoit ja prommeus de si haut et de si digne
degré que à celi de papalité, à son loïal pooir il ne
25 tenroit son siège ailleurs que là où sains Pières l’avoit
tenu. Chis papes estoit de petite et povre complection
et maladieux. Si ressongnoit tant paine que nuls plus
de lui; et lui, estant en Avignon, il estoit si fort
quoitiés des besoingnes de France et tant traveilliés
30 dou roi et de ses frères que à paines pooit il à el
entendre. Si dist en soi meismes que il les eslongeroit
[49] pour estre mieus à son repos. Si fist faire et ordener
ses pourveances grandes et belles sus la rivière de
Janneues et par tout les cemins, ensi comme à si
haute personne comme il estoit appertenoit; et dist
5 à ses frères les cardinaulz que tout s’avisassent, mais
il voloit là aller et iroit. De celle motion furent tout
li cardinal esbahi et courouchiet, car il ressongnoient
trop les Rommains, et l’en heussent volentiers destourné,
se il peussent; mais onques ne peurent.
10 Quant li rois de France entendi ce, si en fu durement
courouchiés, car trop mieux lui estoit il [là] à
main que autre part. Si escripsi tantost à son frère le
duc d’Ango, qui estoit à Thoulouse, en lui segnefiant,
ces lettres veues, il allast en Avignon et parlast au pape
15 et lui brisast son voiage. Li dus d’Ango fist ce que li
rois lui mandoit, et vint en Avignon où il fu receus
des cardinaux à grant joie, et se loga au palaix dou
pape, pour mieux avoir loisir de parler à lui. Vous
devez croire et poez savoir que il s’aquita grandement
20 de parler au pape et de lui remonstrer pluisieurs
parolles pour lui brisier ce pourpos; mais
onques li papes n’i volt entendre. Et quoique li dus
d’Ango sejournast en Avignon, toudis se esploitoient
les besoingnes et les pourveances dou pape. Si furent
25 ordonné quatre cardinal à demorer en Avignon pour
entendre as besoignes de dechà les mons; et leur
donna li papes plaine poissance de faire ce que
il pooit faire, reservé aucuns cas papaulx que il ne
puet donner à nul homme ne hoster de sa main.
30 Quant li dus d’Ango vei que il n’en venroit point à
chief, pour raison ne belle parole que il sceut dire
ne monstrer, si prist congiet au pape et lui dist au
[50] partir: «Pères saint, vous en allés en ung païs et
entre gens où vous estes petit amés, et laissiés le
fontaine de foy et le roiaume où li Eglise a plus de
voix et d’excellence que en tout le monde; et par
5 vostre fait porra cheoir l’Eglise en grant tribulacion;
car, se vous morez par dedelà, che qu’il est bien
apparant, si comme vos maistres phisiciens le me
dient, li Rommain, qui sont merveilleux et traïtre,
seront maistres [et seigneurs] de tous les cardinaulz et
10 feront pape de force à leur seance.» Nonobstant
toutes ces parolles et pluisieurs autres belles raisons,
onques il ne volt arrester que il ne se mesist à chemin,
et vint à Marceille où les galées de Genneues
estoient toutez ordonnées pour lui venir querre; et
15 li dus d’Ango retourna arrière à Thoulouse.
§ 37. Papes Grigoires monta en mer à Marseilles à
belle compaignie et grant, et ot bon vent pour lui et
pour ses gens. Et prirent terre à Geneues, et là se
rafresquirent il, et rechargèrent leurs galées de nouvelles
20 provisions; puis rentrèrent ens et siglèrent
tant que sans peril il arrivèrent assés priès de Romme.
Vous devez sçavoir que li Rommain furent mout liet
de sa venue, et montèrent tout li capitoles de Romme
sour chevaus couvers, et l’amenèrent à grant triomphe
25 à Romme. Si se loga ou palais Saint Pière et visetoit
souvent une eglise ou clos de Romme, que il avoit
grandement à grace, et y avoit fait faire des biaus
ouvraiges, que on appelle Nostre Dame Majour:
ouquel clos et en laquelle eglise de Nostre Dame,
30 assés tost après que il fu là venus, il morut [le
XXVIIIe jour de mars mil trois cens settante et set,
[51] avant Pasques], et fu ensepvelis là dedens, et là gist.
Se li fist on son obsèque grandement et bien, ensi
comme à pape appertient.
§ 38. Tantost apriès la mort dou pape Grigoire,
5 li cardinal se traïsent en conclave ou palais Saint
Pierre. Sitost comme il y furent entré pour eslire
à leur usage [pape], qui fust bons et pourfitables pour
l’Eglise, li Rommain se queillirent et assemblèrent
mout efforciement et vinrent ou bourc Saint Pière,
10 et estoient bien là plus de trente mil, c’uns c’autres,
tous encoragiés de mal faire, se la cose n’aloit à leur
volenté. Et vinrent pluisieurs fois devant le conclave
et disoient ensi: «O vous, seigneur cardinal, delivrés
de faire pape, car trop vous y mettés; et se le faites
15 Rommain, car nous ne volons autre. Car, se aultre
vous le faisiés, li pueples de Romme ne li concille
ne le tenroient point à pape, et vous metterez tous
en aventure de estre mort.»
Li cardinal, qui estoient ou dangier des Rommains
20 et qui ces paroles entendoient, n’estoient mie bien
aise ne bien assegur de leurs vies, et les apaisoient et
abatoient leur ire et mautalent ce qu’il pooient. Et
tant se mouteplia ceste cose et la felonie des Rommains
que chil qui le plus prochain estoient dou conclave,
25 pour doner cremeur as cardinaux et à celle fin
que il descendissent plus tost à leur volenté, rompirent
par leur mauvaiseté le conclave où li cardinal
estoient; et bien cuidièrent lors li cardinal estre
mort, et s’enfuirent, [pour sauver leurs vies], li uns
30 chà et l’autre là. Li Rommain ne se tinrent mie atant,
mais remisent les cardinaux ensamble, volsissent ou
[52] non, et leur disent que il feroient pape. Li cardinal,
qui se veoient ou dangier des Rommains et en grant
peril, s’en delivrèrent pour apaisier le pueple. Nequedent,
il le fisent par bonne election d’un mout
5 saint homme cardinal et de la nacion romaine et que
Urbains Ves avoit fait cardinal, et l’appelloit [on] le
cardinal Saint Pierre.
Cheste election plaisi grandement as Rommains,
et ot li preudons tous les drois de papalité, mais il
10 ne vesqui que trois jours. Je vous diray pourcoi. Li
Rommain, qui desiroient à avoir ung pape rommain,
furent si resjoï de ce pape que il prisent le
preudomme, qui bien avoit cent ans, et le montèrent
sur une blanque mulle, et le menèrent et
15 pourmenèrent tant parmi Romme, en exauchant leur
mauvaiseté et en monstrant que il avoient vaincu les
cardinaulz quant il avoient ung pape rommain, que
il fut tant traveillié de la paine et dou traveil que il
heut, au tierch jour il s’alita et morut. Si fu ensevelis
20 en l’eglise Saint Pière de Romme et là gist.
§ 39. De la mort de ce pape furent li cardinal tout
courouchiet, car il veoient bien que les cosez alloient
mal; car, ce pape vivant, li cardinal avoient avisé que
il se dessimuleroient entre les Rommains deux ou
25 trois ans et metteroient le siège allieurs que à Romme,
à Naplez ou à Genneuez, hors dou dangier des Rommains;
et ensi comme il avoient proposé, il en fust
avenu; mais par sa mort fu tout rompu. Dont se
remisent en conclave li cardinal en plus grant peril
30 que devant, car tout li Rommain s’assemblèrent tout
ou bourcq Saint Pière et devant le conclave; et
[53] monstroient par semblant que ils vosissent tout tuer
et brisier, s’il n’aloit à leur volenté. Et disoient as
cardinalz, en escriant par dehors le conclave: «Avisés
vous, [avisez vous] seigneur, et nous bailliés ung
5 pape rommain qui nous demeure; ou autrement
nous vous ferons les testes plus rouges que vostre
capel ne soient.»
Telz parolez et telz manacez esbahissoient bien les
cardinaux, car il avoient plus chier à morir confès
10 que martir. Adonc, pour iaux hoster de ce dangier
et peril, il se delivrèrent de faire pape; mais
ce ne fu mie de l’un de leurs frères cardinaux; ainchois
esleurent et nommèrent l’arcevesque de Bar,
ung grant clercq et qui mout avoit traveilliet pour
15 l’Eglise.
A ceste promocion de papalité, pour le romain
pueple apaisier, li cardinal de Geneues bouta hors sa
teste par une des fenestres dou conclave et dist tout
hault au pueple de Romme: «Apaisiés vous, car
20 vous avez pape rommain, Berthemieu dez Aigles,
archevesque de Bar.» Li pueples respondi tout
d’une voix: «Il nous souffist.» A ce jour n’estoit
pas chilz archevesques à Romme, et croi qu’il estoit
à Naples: si fu tantost envoiiés querre. De ces nouvelles
25 fu il grandement resjoïs et vint à Romme
et s’amoustra as cardenaux. A sa venue, on lui fist
grant feste, et fu entre les cardinaux pris et eslevés
et heut toutes les droitures de papalité et ot nom
Urbain, VIe de ce nom. Si en heurent li Rommain grant
30 joie, pour le boin Urbain Ve qui mout les avoit amés.
Sa creacion fu segnefie et publie par toutes lez eglises
de chrestienté, ossi as empereurs, as rois, as dus et
[54] as contes; et le mandèrent li cardinal à leurs amis que
pape avoient par bonne et digne election: dont despuis
aucun s’en repentirent que parlé en avoient si avant.
Si [revoca] chis papes toutes gracez en devant faites.
5 Si se departirent de leurs contrées et de leurs lieux
[toutes manières de clercs] et se allèrent vers Romme
pour avoir graces. Nous nous souffrerons ung petit
à parler de ceste matère, et nous retournerons à
nostre principal histore et as besoingnes de France.
10 § 40. Vous avez bien chi dessus oy recorder comment
li rois de Navarre fu vesves, qui avoit heu à
femme le suer dou roy de France, et comment li sage
et li coustumier dou roiaume de France, par l’avis
l’un de l’autre, disoient et pourposoient que li heritages
15 as enfans dou roi de Navare, qui leur [venoit]
de par leur mère, leur estoit escheus, et que li rois de
France, leurs oncles, par le succession de sa suer, en
devoit avoir, ou nom de ses nepveus, la mainburnie;
et devoit y estre toute la terre que li rois de
20 Navare tenoit en Normendie raportée en la garde
dou roy de France, tant que si nepveu aroient eage.
De toutes ches coses se doubtoit bien li rois de
Navare, car il sçavoit mout des usagez et coustumes
de France. Si se avisa de deus coses, l’une que il
25 envoieroit l’evesque de Panpelune et messire Martin
de le Kare en France devers le roi, en lui priant et
traictant doucement que par amour il lui volsist renvoiier
ses deux enfans Charle et Pierre; et, se il venoit
à plaisance [au roy] que tous deux ne les volsist
30 renvoiier, à tout le mains il lui renvoiast Charle, car
mariage se commenchoit à tractiier de lui et de la fille
[55] le roi Henri de Castille. La seconde cose estoit que,
nonobstant tout ce que il envoieroit en France, secretement
ossi il envoieroit en Normendie viseter et
rafresquir les castiaux, affin que li François n’i peussent
5 mettre la main; car de fait, s’il n’estoient pourveu,
il s’i porroient bouter et, se il en avoient pris
la possession, il ne lez [en] osteroit mie, quant il vorroit.
Si avisa deux mout vaillans hommes d’armes
navarois et ens esquels il avoit mout grant fiance.
10 L’un estoit nommés Pières Bascle, et l’autre Ferrando.
Li premier message vinrent en France, li
evesques de Panpelune et messires Martins de la Kare;
et parlèrent au roi à grant loisir, en yaux mout humiliant
et recommandant le roi de Navare, et en priant
15 que ses deux fieux il lui volsist renvoiier. Li rois respondi
que il en aroit advis. Despuis en furent il respondu,
ou nom dou roi et present le roi, que les
deus enfans ses nepveus li rois amoit bien dalés lui
et que nullement il ne pooient [mieulx estre] et que
20 mieux les devoit amer le roi de Navare dalés le roi
leur oncle que aultre part, et que nuls il n’en renvoieroit,
mais les tenroit dalés lui et leur feroit tenir
estat bel, grant et souffissant, ensi que à enfans de
roi et ses nepveus appertenoit. Autre responce il
25 n’en peurent avoir.
Vous devés sçavoir, entretant que cil traicteur
estoient en France, Pierre Bascle et Ferrando arrivèrent
à Chierebourcq à tout grans pourveances de
vins, de vivres et d’arteillerie. Si departirent ces
30 pourveances en pluisieurs lieux ens es villes et ens es
castiaux dou roi de Navare en Normendie; et visetèrent
chil doi gouverneur, de par le roi de Navare,
[56] toute la conté d’Ewrueux et renouvellèrent officiers
et misent gens à leur plaisance. Entrues retournèrent
en Navare li evesques de Panpelune et messires Martins
de le Care, et recordèrent au roi, que il trouvèrent
5 à Tudelle, tout ce que il avoient trouvé en
France. Si ne fu mies li rois de Navare trop resjoys
de ces nouvelles, quant il ne pooit avoir ses enfans
dalés lui, et en queilla en grant hayne le roy de
France et lui heust volentiers de fait monstré, se il
10 peust; mais se poissance ne se pooit mies estendre si
avant, en grevant et guerriant le royaume de France,
se il n’avoit alloiances ailleurs. Encores se souffri il de
toutes ces coses tant que il heut mieux cause de parler
et que on lui fist plus grant grief que on n’avoit
15 encores fait.
§ 41. Li rois de France et ses consaulz estoient
bien enfourmet que li rois de Navare faisoit en Normendie
ravitaillier et rafresquir les chastiaux et les
villes que il nommoit estre siens. Si ne savoit à quoy
20 il voloit penser.
En ce temps, se faisoit une secrète armée dez Englès
sus mer, et estoient deus mil hommes d’armes et huit
mil archiers et n’avoient nuls [d’eulx] chevaux: de
laquelle armée li dus de Lencastre et li conte de
25 Cantbruge estoient chief. Et tout ce avoient li Normant
rapporté sceurement au roi de France que
ceste armée se mettoit sus allencontre des bendes de
Normendie. On ne sçavoit mies à dire quelle part il
se volroient traire, et suposoient li aucuns ou roiaume
30 de France que li rois de Navare les faisoit mettre sus
pour rendre et livrer ses castiaus au roi d’Engleterre.
[57] Si fu ensi dit au roi de France que il allast ou fesist
aller au devant hasteement, pour coi il fust sires des
castiaus le roi de Navare, et que trop avoit atendu.
Car, se li Englès s’i boutoient, il porroient bien trop
5 grever le roiaume de France; et seroit li une des
plus belles entrées que il porroient avoir, se il estoient
seigneur en Normendie des cités, des villes
et des castiaux que li rois de Navare à ce jour y
tenoit.
10 En ce temps furent pris en France doy secretaire
dou roi de Navare, uns clers et uns escuiers. Li clers
se nommoit maistre Pière dou Tiertre, et li escuiers
Jaques de Rue; et furent amené à Paris et là examinet,
15 et congneurent si avant des secrés du roi de
Navare qu’ilz avoient volu empoisonner le roy de
France, en voellant le roiaume de France adamagier,
que il les convint morir, et furent executet à
mort à Paris.
Ches nouvellez et haynes se mouteplioient tellement
20 sur le roi de Navare, que li rois de France jura
que jamais n’entenderoit à autre cose, si aroit hosté
hors de Normendie et attribué à lui et pour ses nepveus
les villes et chastiaux que li rois de Navare
tenoit. De jour en jour, venoient durez informacions
25 et nouvelles, pour le roi de Navare, en France et en
l’ostel dou roi; car on disoit tout notoirement que li
dus de Lenclastre devoit donner Katheline sa fille au
roi de Navare, et parmi tant li rois de Navare devoit
delivrer au duc de Lenclastre toute la conté d’Ewrueux.
30 Ches parollez estoient trop bien creuez en France,
car li rois de Navare y estoit petitement amés. Si s’en
vint en ce temps li rois de France sejourner à Roem,
[58] et fist ung grant mandement de gens d’armes, desquelz
li sires de Coucy et le seigneur de la Rivière
estoient chief et meneur. Si se traïsent toutes ces gens
d’armes devant Ewrueux, une cité en Normendie,
5 qui se tenoit navaroise. Et [avoient] chil doi baron
avoec yaux les deulx fils au roi de Navare, Charle et
Pière, pour moustrer à chiaux dou païs de la conté
d’Ewrueux que la guerre que il faisoient, c’estoit ou
nom des enfans, que li heritages estoit leur et rescheus
10 de par leur mère, et que li rois de Navare n’y avoit
nulle cause dou tenir; mais la greigneur partie des
gens d’armes estoient si conjoint d’amour au roi de
Navare que il ne sçavoient partir de son service. Et
ossi li Navarois, qui y estoient amassé et que li rois
15 de Navare y avoit envoiiez, lui faisoi[en]t sa guerre
plus belle.
§ 42. Li rois de France envoia commissaires de par
lui à Montpellier pour saisir toute la terre et baronnie
20 de Montpellier que li rois de Navare tenoit. Quant
chil commissaire de par le roy, messire Guillaume de
Dormans et messire Jehan le Merchier, furent venu à
Mon[t]pellier, il mandèrent des plus notables de la ville
et leur moustrèrent les commissions. Chil de Mon[t]pellier
25 obeïrent, car faire leur convint. Se il heussent
desobey, mal pour yaulx; car li dus d’Ango et
li connestables de France estoient sur le païs à tout
grans gens d’armes qui ne demandassent mies mieux
que la guerre à chiaux de Mon[t]pellier. Si furent pris
30 et prisonnier doi chevalier de Normendie, gouverneur
et regart à Mon[t]pellier de par le roy de Navare,
messires Ghis de Gauville et messires Legiers
[59] d’Orgensi, et demorèrent depuis grant temps en prison.
Ensi fu toute la ville de Mon[t]pellier et la baronnie
franchoise.
§ 43. Nous retournerons à l’armée de Normendie
5 et conterons comment li sires de Couchi et li sires
de la Rivière y esploitièrent. Il vinrent devant
Ewrues et misent le siège. Chil de ces garnisons
dou roy de Navarre estoient tous clos contre les
Franchois, et n’estoit mie leur entente d’iaux si tost
10 rendre.
Quant li rois de Navare entendi que on avoit pris
et saisi la ville de Montpellier et toute le terre, et que
grans gens d’armes estoient en le conté d’Ewrueux
qui lui prendoient et abatoient ses villes et ses maisons,
15 si veï bien que c’estoit adcertes, et heut pluisieurs
ymaginacions et consaulz avoecq chiaux où il
avoit la plus grant fiance. Finablement, il fu regardé
en sen conseil que il ne pooit nullement estre aidiés
ne confortés, se ce n’estoit dou costé des Englès; et
20 heut conseil que il y envoieroit un sien especial
homme avoec lettres de creance pour sçavoir se li
jouenes rois d’Engleterre et ses consaulz y vouroient
point recoellir alliances, et il leur jur[er]oit de ce jour
en avant et seelleroit à estre boins et loials devers les
25 Englès, et leur metteroit à main toutes les forteresses
que il tenoit en Normendie. Pour faire ce message et
aller en Engleterre, il appella un sien clercq, sage
homme et bien enlangaigiet, en qui il avoit grant
fianche, et lui dist: «Maistre Paschal, vous en irés
30 en Engleterre. Esploitiez si bien que vous en raportés
boinnes nouvelles. Pour tous jours mais, je me voel
[60] tenir et alloier avoecq les Englès.» Maistre Pascal fist
ce dont il estoit chargiés, et apparilla ses besoingnes,
et monta en un port en Navare, et singla tant que il
prist terre en Cornuaille, et puis chevaucha tant par
5 ses journées que il vint à Chenes dalez Londres, où
li rois se tenoit. Si se traist devers lui et lui recommenda
le roi de Navare, son seigneur à lui. Li rois lui
fist boine chière. Et là estoient li conte de Salebrin
et messire Simon Burlé, qui s’ensonnioient dou
10 parler et dou respondre, et disent que li rois venroit
à Londres et là manderoit son conseil, et seroit là
respondu.
Maistre Paschal se contenta de ces parolles et vint
à Londres, et li rois fist là venir son conseil au jour
15 qui nommez y fu. Là remoustra maistres Pascal au
roy et à son conseil ce dont il estoit chargiés, et parla
si bel et si sagement que il fu volentiers oys. Et fu
respondus par le conseil que li rois heut que les
offres, que li rois de Navare mettoit avant en termes,
20 faisoient bien à recoellir et non pas à renonchier.
Mais bien appartenoit à faire si grans alliances que li
rois de Navare y venist en personne pour oyr plus
plainement ce que il voloit dire, car li rois d’Engleterre
estoit uns jouenes sires, si le verroit volentiers;
25 et, ou cas que il venroit là, ses besoingnes en
vaurroient trop grandement mieux. Sur cel estat s’en
parti maistre Pascal et retourna en Navare, et recorda
tout ce que il avoit trouvé et comment li jouenes
rois d’Engleterre et ses consaulz le voloient vëoir.
30 Adonc respondi li rois de Navare et dist qu’il yroit.
Si fist apparillier un vaissiel que on appelle lin, qui
va par mer de tous vens et sans peril. Si entra li rois
[61] de Navare dedens ce vaissiel à privée maisnie. Toutesfois,
il enmena messire Martin de la Kare et maistre
Pascal avoecq lui, et esploitièrent tant qu’il vinrent
en Engleterre.
5 § 44. Un petit avant sen partement, li rois de
France, qui avoit enchargié en grant hayne le roy
de Navare et qui savoit couvertement par les gens de
l’ostel de Navare tous les secrés traictiés que il avoit
as Englès, avoit tant esploitié devers le roi Henri de
10 Castille, que il l’avoit deffiiet et lui faisoit grant
guerre. Si avoit, avant son partement, li rois de
Navare laissiet en son païs le visconte de Castielbon,
le seigneur de Lescut, Pière de Berne et le Bascle
et grant gens d’armes, tant de son païs comme de la
15 conté de Fois, pour garder les frontières contre les
Espaignars. Quant il fu montés en mer, il heut vent
à volonté, et prist terre en Cornuaille. Et puis
esploita tant par ses journées que il vint à Wyndesore,
où li rois Richard et ses consauls l’atendoient,
20 qui le rechurent liement; car il en pensoient mieux à
valoir de sa terre de Normendie, especialement de la
ville et dou chastel de Chierebourcq, dont li Englès
desiroient mout à estre seigneur. Li rois de Navare
remoustra au roi d’Engleterre sagement et doucement
25 et par biau langaige ses besoingnes et ce pour coi il
estoit là venus, et tant que mout volentiers il fu là
oys dou roi et de son conseil, et sour ce conseilliés et
reconfortés tant que bien s’en contenta. Je vous diray
comment traictiet se portèrent entre ces deux rois:
30 que li rois de Navare devoit à tousjours mais demorer
bons englès et loiaux, et ne pooit ne devoit faire paix
[62] ne acort au roi de France ne au roi de Castille, sans
le sceu et consentement dou roi d’Engleterre. Et devoit
le ville et le chastel de Chierbourcq mettre en la
main dou roi d’Engleterre ou de ses gens, liquels le
5 devoit à ses coustenges faire garder trois ans, mais
tous jours la souverainnité et seignourie demoroit au
roi de Navare; et, se li rois d’Engleterre ou ses gens
pooient par leur poissance obtenir les villes et les castiaux,
que li rois de Navare avoit adonc en Normendie,
10 contre le roi de France ou les Franchois, elles
demoroient englesses, mais tous jours la souverainnité
en retournoit au roi de Navare: laquelle cose li
Englès prisoient moult pour le cause de che que il
pooient avoir une belle entrée en Normendie, qui
15 leur estoit trop bien seant. Et devoit li rois d’Engleterre,
en celle saison, envoiier mil lances et deux mil
archiers par la rivière de Geronde à Bourdiaux ou
à Bayone, et ces gens d’armes entrer en Navare et
faire guerre au roi de Castille. Et ne se devoient partir
20 dou roiaume de Navare tant que il y heust point
de guerre as Espaignolz; mais, ces gens d’armez et
archiers, yaux entrés en Navare, li rois de Navare
les devoit [païer] de tous poins [et] estoffer, ensi que à
yaux appertenoit et que li rois d’Engleterre a coustume
25 et usage de paiier ses gens. Pluisieurs traictiés,
ordenances et alliances furent là faictes, escriptes et
seellées et jurées à tenir entre le roi d’Engleterre et
le roi de Navare, qui assés bien se tinrent. Et furent
là nommet dou conseil dou roi d’Engleterre, liquel
30 iroient en Normendie et liquel en Navare; et pour
tant que li dus de Lenclastre et li contes de [Cantebruge]
n’estoient mies à ces traictiés, mais li dus de
[63] Bretaigne y estoit, fu là dit et parlementet que on
leur envoieroit tous ces traictiés seellez, affin que il se
hastassent d’entrer en Normendie.
§ 45. Li rois Charles de France, qui fu sages et
5 soutieus, et bien le moustra tant que il vesqui,
estoit tout plainement enfourmés de l’armée d’Engleterre;
mais mies ne sçavoit ne pooit sçavoir,
fors par supposicion, là où elle se volroit traire ou
en Normendie ou en Bretaigne. Et pour ces doubtes
10 il se tenoit en Bretaigne grans gens d’armes, des
quels li sires de Clichon, li sires de Laval, li viscontes
de Rohem, li sires de Biaumanoir et li sires de
Rochefort en estoient cappitaine et gouverneur; et
avoient assis Brest par bastides, non autrement, par coi
15 on ne les peuwist avitaillier. De Brest estoit cappitaine
uns escuiers englès, vaillant homme, qui s’appielloit
Jaque Clercq. Et pour ce que li rois de France savoit
bien que li rois de Navare estoit allés en Engleterre
et esperoit bien que, ains son retour, il feroit couvenances
20 et alloiances à son adversaire d’Engleterre, et
se doubtoit de ceste armée qui se tenoit sus mer que
de force il ne presissent terre en Normendie et de
fait il se boutassent ens es castiaux qui se tenoient
dou roi de Navare, il envoia hasteement devers le
25 seigneur de Coucy et le seigneur de la Rivière, en
remoustrant ces besoingnes, que il se delivrassent de
reconquerir ces castiaux, n’eussent cure comment,
par traictiés ou par acas, et par especial les plus
prochains des bordes de le mer. Bien sçavoient que
30 Chierebourcq n’estoit mies à prendre legierement. Et
affin que par terre chiaus de Chierebourcq ne se
[64] peussent ravitailler, li rois de France envoia à Valoingne
grant gens d’armes des basses marces de Bretaigne
et de Normendie: desquels, pour les Bretons, estoit
capitains messires Oliviers de Claiequin et, des Normans,
5 li sires de Yvery et messires Perchevaus d’Aineval.
§ 46. Li sires de Couci et li sires de la Rivière
avoient à grant poissance assis la cité d’Evreux, et
tous jours leur venoient gens de tous costés que li
10 rois de France leur envoioit. Ewrueux est une cité
qui est belle et forte et près de le mer ou clos de
Costentin, qui pour ce temps se tenoit au roi de
Navare, car elle est de la conté d’Ewreuses. Chil
d’Evreuses, qui se veoient enclos et assegiés de leur
15 voisins, qui leur prommettoient que, se de force il
se faisoient prendre, il seroient sans remède tous
perdus, hommes et femmes et enfans mors, et la
ville repueplée d’autres gens, se doubtoient grandement,
car confort ne leur apparoit de nul costé.
20 Et vëoient, se vëoir le voloient, leur jone heritier
Charle de Navare, auquel li heritages de la conté
d’Evrueux devoit appartenir de par madame sa
mère et la succession de lui; et ooient par ces
deux seigneurs, le seigneur de Coucy et le seigneur
25 de la Rivière, qui bien estoient enlangaigiet
et qui biel leur savoient remoustrer, toutes les incidences
où il pooient encourir. Et ossi li evesques dou
lieu s’enclinoit de la partie dou roi de France. S’avisèrent,
tout consideret, que mieux leur valloit à rendre
30 leur cité en amour, puisque requis de leur seigneur
en estoient, que demorer en peril. Si prisent
[65] chiaux d’Evreuses une trieuwe à durer trois jours;
et en celle trieuwe chil d’Evreuses pooient paisiblement
venir en l’ost et chil de l’ost en Evreuses. En
ces troix jours furent li traictiet si bien ordonné et
5 acordé que li sires de Couci et li sires de la Rivière
entrèrent en la cité et en prisent le possession de
par le roi de France, comme commissaire autentique
là envoiiet et procureur général pour l’enfant de Navare,
qui present estoit à tous ces traictiés. Et renouvellèrent
10 chil doi seigneur toutes manières d’officiers;
et, quant il s’en partirent, il le pourveïrent, pour le
doubte des rebellions, de boines gens d’armes, et
puis s’en partirent et vinrent mettre le siège devant
Carenton, une belle ville et fort chastel, seant sur mer
15 et sus les marces de Kem.
§ 47. Chil de Carenton n’avoient point de cappitaine
de nom, ne heu despuis la mort messire Eustasse
d’Aubrecicourt, qui là morut et qui leur capitaine
avoit esté bien quatre ans, et ne se veoient
20 conseilliet ne confortet de nullui, fors que d’iaux
meïsmes, et sentoient sus mer l’amiral de France
messire Jehan de Viane, et l’amiral d’Espaigne avoec
lui, gisant à l’ancre à grant gent devant Chierebourcq.
Et ne sçavoient nul des traictiés dou roi de
25 Navare ne quel cose il avoit fait ne esploitié en
Engleterre, et estoient tous les jours assaillis par deux
manières, les unes par armes, et les aultres par parolles,
car li sires de Coucy et li sires de la Rivière songnoient
grandement que il heussent [chiaux] de Carenton.
30 Et tant en songnièrent que par traictié il [les]
heurent; et se misent et rendirent en l’obeïssance dou
[66] roi de France, reservé pour le temps advenir le droit
que leurs jones heritiers messires Charles de Navare
y pooit avoir.
A tous traictiés chil seigneur de France s’enclinoient
5 pour eux delivrer d’estre en saisine et possession
des villes et castiaux que il desiroient à avoir.
Si prisent Carenton, ville et castiel, et le rafresquirent
de nouvelles gens. Et puis s’en partirent et vinrent
devant le castel de Mouliniaux, et n’y furent
10 que trois jours, quant par traictiés il l’eurent; et puis
vinrent devant Conches. Si se logièrent sus celle
belle rivière d’Orne qui queurt à Kem, et s’i rafresquirent
tant que il sceurent la volenté de ceux de
Conces, liquel par traictiés se rendirent, car che
15 que li sires de Coucy et li sires de la Rivière avoient
l’enfant de Navare avoec iaux, enbellissoit grandement
leur fait. Et ossi en ces forteresses navaroises
avoit peu de gens dou roiaume de Navare, et che
que il en y avoit, si n’estoient ce mies seigneurs de
20 villes ne de castiaux ne de traictiés; mais quant on se
rendoit au roy de France ou ses commis, il estoient
ou traictiet par condicion telle que il se departoient,
se il voloient, et se traioient quelque part qu’il voloient
et qu’il leur plaisoit. Et tout chil qui s’en partoient,
25 ne se trayoient aultre part que à Evreux, dont
Ferrando, uns Navarois, estoit cappitaine.
§ 48. Après le conquès dou castel de Conches qui
se rendi par traictié, si comme vous avés oï, on s’en
vint devant Pasci, et là heut assault et des bleciés,
30 uns et aultres. Au second jour il se rendirent, et demora
li castiaux au roi de France. Et puis chevaucièrent
[67] oultre et raquisent finablement tout ce que li
rois de Navare en devant avoit tenu en Normendie,
exepté Evreux et Chierebourcq. Et quant il heurent
tout raquis, castiaux et petits fors, et que tous li païs
5 fu en leur obeïssance, il s’en vinrent mettre le siège
devant Ewrueux, là où il a cité, bourcq et chastel, et
tout separet l’un de l’autre. Et sont et ont tousjours
esté par usage li plus fort Navarois de Normendie,
ne n’i amèrent chil d’Ewrues onques parfaitement
10 seigneur autre que le roi de Navare. Si fu Ewrues
assiegie mout poissanment, et se tint là li sièges
longhement, car Ferandos en estoit cappitaines, qui
pluisieurs apertises d’armes y fist de soy meïsmes et
fist faire.
15 En ce [temps] estoit li rois de Navare retournés en
son païs et cuidoit autrement avoir esté aidiés des
Englès qu’il ne fu, quoyque li Englès n’y heussent
point de pourfit, ensi qu’il apparut, car li dus de
Lenclastre et li conte [de Cantebruge], endevant tous
20 ces traictiés, avoient heu vent contraire pour arriver
en Normendie; et ossi ung grant mandement que
il avoient fait de quatre mil hommes d’armes et de
uit mil archiers, il n’estoient pas sitost venu à [Hantonne],
où tout montèrent en leurs nefs chargies
25 de pourveances. Pour coi il fu ainçois la Saint Jehan
que tout ensamble, ensi que gens d’armes doivent
partir, il se partirent des pors d’Engleterre. Et encores,
quant il se departirent des havenes d’Engleterre,
il trouvèrent à Plewemoude le conte de Salebrin et
30 messire Jehan d’Arondiel qui s’en devoient aller en
Bretaigne pour ravitaillier et rafresquir chiaux de
Brest et chiaux de Hainbon, qui n’avoient peu avoir
[68] vent. Et se misent chil doi seigneur en l’armée dou
duc de Lenclastre et de son frère, le conte [de Cantebruge];
mais il prisent terre en l’ille de Wisque, et là
sejournèrent un grant temps pour aprendre des nouvelles
5 et où il se trairoient, ou en Bretaigne ou en
Normendie. Là oïrent nouvelles que li armée de
France estoit sus mer: si fu renvoiiés messires
Jehans d’Arondiel, à tout deus cens hommes d’armes
et quatre cens archiers, à Hantonne, pour
10 esquieuwer les perils qui leur pooient venir sus mer.
§ 49. Pour le cause de ce que li rois de France
estoit veritablement enfourmés de par les Normans
que li Englès estoient trop poissant sur mer et ne
savoient où il voloient traire, avoit il par tout son
15 roiaume fait un especial mandement que cascuns fust
apparilliés, chevaliers et escuiers, montés à cheval et
armés de toutes armes, ensi comme à lui appartenoit,
pour venir et aller là où il les manderoit. Ossi
li dus d’Ango, toute celle saison, avoit retenu gens
20 d’armes de tous costés sus l’intencion que de mettre
le siège devant Bourdiaux et Blaves, et avoit sen
frère, le duc de Berry, et le connestable de France en
se compaignie et toute la fleur de chevalerie de
Gascoingne, d’Auvergne, de Poito et de Limosin. Et pour
25 ceste emprise traire à bon chief et pour avoir plus
grant quantité de gens d’armes, par le consentement
dou roi de France, sen frère, il avoit en la Langhe
d’Oc queillie une aide si grande et si grosse que elle
avoit bien monté douse cens mil frans. Et ne [pot] en
30 celle saison li dus d’Ango faire sa emprise, car li rois
de France remanda le duc de Berri, son frère, et le
[69] connestable de France et tous les hauls barons dont
il pensoit à yestre aidiés et servis, car bien estoit
segneffiés que les Englès estoient sus mer, mais il ne
[sçavoit] où il voloient traire; et quoique ceste emprise
5 de la Langhe d’Och se rompesist, les povres
gens qui avoient esté traveilliet de paier le grande
somme, je vous sçai bien à dire que il ne reurent
mies leurs deniers.
§ 50. En ce temps tenoit siège, à bien vint mil
10 Espaignols et Castellans, li rois Henris de Castille
devant le cité de Bayone, et le assiega très en yvier,
et y fut toute le saison. Et y ot faites tant maintes
grandes apiertises d’armes par mer et par terre, car
dans Radigos de Roulz et dans Ferrans de Sebille et
15 Ambroise Boukenègre, Pière Walesque et Ambroise
de Caletrave estoient à l’ancre devant Bayone à
bien deus cens vaissiaux et donnoient trop à faire à
chiaux de Bayone, de laquelle ville, pour le temps,
estoit gardiens et cappitaine uns mout vaillans chevaliers
20 d’Engleterre, qui s’appelloit messire Mahieu de
Gournay. Li sens et li proèche de lui reconforta grandement
la ville. Et voellent li aucun dire, et le sçai
par chiaux qui dedens furent enclos, que li Espaignol
fussent venu à leur entente de Bayone, mais
25 uns si grans mortoires se bouta en l’ost que des cinc
en moroient les troix; et avoit là li rois Henris avoec
lui un nigromacien de Toulette, qui disoit que li airs
estoit tous envenimés et corrompus, et que à ce on
ne pooit mettre remède que tous ne fussent en peril
30 de mort. Pour celle doubte, li rois se desloga,
et se deffist li sièges. Mais li Espaignol et li Breton
[70] avoient sus le païs conquis grant fuison de castiaux
et de petis fors; si se boutèrent ens. Et li
rois s’en vint rafreschir à la [Couroingne] et envoia
mettre le siège son connestable devant Panpelune
5 en Navare, à tout bien dis mil Espaignols, en laquelle
cité li viscontes de Castielbon et li sires de
Lescut et li Bascles estoient à tout deus cens lances,
qui grandement de la cité songnoient. Et li rois
de Navare, qui tout nouvellement estoit revenus
10 d’Engleterre, se tenoit à Thudèle et atendoit grant
confort de jour en jour, qui lui devoit venir d’Engleterre.
Et voirement en estoit il ordené, car de par le
roi et son conseil li sires de Nuefville et messires Thumas
Trivès estoient à Plewemoude ou sus le païs là
15 environ, à tout mil hommes d’armes et deus mil
archiers, et faisoient leurs pourveances grandes et
grosses pour venir arriver ou havene de Bourdiaux;
mais il n’avoient mie passage à leur volenté, car li
grande armée le duc de Lenclastre avoient presque
20 tous les grans vassiaux dou roiaume d’Engleterre:
pour quoi il furent en sejour à Plewemoude ou là
environ plus de quatre mois.
En ce temps, s’en vint li dus de Bretaigne en Flandres
dalés le conte de Flandres, sen cousin, qui le
25 rechut à grant joie, dont li rois de France heut
depuis grant indignacion de ce que il le tint dalés lui
plus d’[un] an et demi, si comme vous orrés recorder
avant en l’istore.
§ 51. Li dus de Lenclastre et li contes [de Cantebruge]
30 et leur armée qui estoit grande et grosse,
car là estoient tout li noble d’Engleterre, séjournèrent
[71] en l’isle de Wisque, à l’encontre de Normendie
et d’un païs que on appielle Cauls, et desiroient trop
à sçavoir l’estat de Franche, car nulle chertainneté
n’en avoient. Sitost que il peurent perchevoir que il
5 heurent point de vent, il entrèrent à leurs vassiaux,
cascuns sires à sa charge. Et estoit amiraux de la mer
le conte de Salebrin, et connestables de l’ost li contes
d’Aquesufort; là estoient li contes d’Arondiel, qui
s’apielloit Richart, [li contes] de Douvesiere, li contes
10 de Northombrelant, li contes de Notinghem, messires
Thumas de Hollandes, contes de Quent, messires
Jehans de Hollandes, ses frères, li contes de Stafort,
li contes de Suffort, messires Guillaumes de Montagut,
messires Hue de Cavrelée, messires Robert Canolles,
15 messires li canonnes de Robersart et pluisieurs vaillans
chevaliers et escuiers. Si singlèrent de celle marée
tout coiement au lés devers Normendie; et ne sçavoient
pas encores arresteement entr’iaux quelle part
il se trairoient ne où il prenderoient terre, car il
20 desiroient mout à trouver l’armée dou roi de France
sus mer; et leur avoit on dit, yaux estans à l’ancre
en l’isle de Wicq, par une nef balenghière qui s’estoit
emblée en Normendie, que li sièges des François
estoit devant Ewrues, et li armée de mer de par le
25 roi de France gisoit à l’ancre devant Chierebourcq.
Dont, sus celle entente, il s’en vinrent tout flotant
les bendes de Normendie et querant les aventures.
Et passèrent devant Chierebourcq, mais riens n’y
trouvèrent, car messires Jehans de Viane et son
30 armée estoient retrait ou havene de Harflues. Pour
che ne se veurrent mies là arrester la navie d’Engleterre,
car il avoient vent à volenté pour aller vers
[72] Bretaigne: si passèrent oultre, et s’en vinrent ferir
ens ou havene de Saint Malo de l’Ille, et là ancrèrent
et prisent terre, et yssirent de leurs vaissiaux
petit à petit et se logièrent. En ce temps,
5 estoit gardiens et capitaines de la ville de Saint Malo
uns escuiers bretons, bon homme d’armes durement,
qui s’apeloit Morfouache. Quant il veï les Englès
venus et qu’il se apparilloient pour là mettre le
siège, si ne fu mies trop esbahis; mais se pourveï et
10 ordonna sagement et vaillanment à l’encontre d’iaux.
Les nouvelles furent tantost sceues sus le païs que
li dus de Lenclastre et li armée d’Engleterre avoient
pris terre et arrest à Saint Malo, car li viscontes de
le Berlière, messires Henris de Malatrait et li sires de
15 Combourch s’en vinrent bouter dedens Saint Malo à
deus cens hommes d’armes, desquels Morfouache
fu grandement resjoïs et reconfortés, car autrement
il heust eu fort temps.
§ 52. Messire Jehan d’Arondiel qui se tenoit à
20 Hantonne à tout deus cens hommes d’armes et quatre
cens archiers, entendi par gens qui furent pris sur
mer en une nef normande, que l’armée dou duc de
Lenclastre avoit nettiet tous les havenes de Normendie
des Franchois, et que nuls n’en y avoit sur mer.
25 Si ordonna tantost ses vaisseaux et ses besoingnes et
quatre nefs chargies de pourveances, et puis entra en
sa navie. Il heut vent à volenté; si s’en vint ferir ou
havene de Chierebourcq, où il fut des compaignons
receus à grant joie. Et demora li castiaux de Chierebourcq
30 en la garde et ou peril des Englès, et s’en
[partirent] li Navarois. Mais pour ce ne s’en parti
[73] mies Pierres Bascles, qui capitaines en avoit esté,
ainchois demora dalés les Englès, et le tinrent à
compaignon. Et vous di que Chierebourcq n’est
point à conquerre, se n’est par famine, car c’est uns
5 des plus fors chastiaux dou monde et bien confortés
de le mer de toutes pars. Si fisent chil qui dedens se
tinrent pluisieurs bielles yssues et emprises sour
chiaux de [Valoingne], quant messire Jehan d’Arondiel
s’en fu partis, car il n’y sejourna que quinse
10 jours depuis que il heut ravitaillié [Chierebourcq],
et s’en vint arriver à Hamptonne, dont il estoit cappitaine.
Or parlons dou siège de Saint Malo.
§ 53. Quant li Englès entrèrent premierement ou
havene de Saint Malo, il trouvèrent grant fuison
15 de vassiaux de le Rochelle, tous chargiés de bons
vins. Li marchant heurent tantost tout vendu: li vin
furent pris et deschargiet et les nefs arses. Or se fist
li sièges devant Saint Malo grans et biaux, car il
estoient bien gens pour le faire. Si commenchièrent
20 à courir li Englès sur le païs et à faire mout de desrois;
et chil qui estoient le plus souvent sour les
camps, ce estoient messires Robers Canolles et messires
Hues Broés, ses nepveus, qui congnissoient le
païs. Chil doi couroient presque tous les jours, et li
25 canonnes de Robersart en leur compaignie; une
fois perdoient, et le plus gaignoient. Si gastèrent et
ardirent tout le païs environ Saint Malo. Li hos dou
duc de Lanclastre et dou conte [de Cantebruge], son
frère, estoit mout plentiveuse de tous vivres, car il
30 leur en venoit fuison d’Engleterre et des isles prochaines
qui appendoient à yaux. Si y heut fait devant
[74] Saint Malo par pluisieurs fois pluisieurs grans assauls
durs et merveilleux et bien deffendus, car il y avoit
dedens très bonnes gens d’armes qui n’estoient mies
legiers à conquerir, mais bien gardant et deffendant
5 contre les assaillans. Et fisent li seigneur de l’ost
ouvrer et carpenter manssions d’assault, et avoient
en l’ost bien quatre cens canons mis et assis tout
autour de le ville, qui constraindoient durement
chiaux de le ville. Entre les assauls en y heut un dur
10 et pesant et merveilleux, car il dura un jour tout
enthier; et là [furent] ochis et blechiés pluisieurs Englès,
car chil de dedens se deffendoient si vaillanment
que nulles gens mieux d’iaux. Et là heut mort à l’assault
un chevalier d’Engleterre qui s’appielloit messires
15 Pière l’Estrangne, pour lequel li dus de Lenclastre et
ses frères furent moult courouchiet. Nous parlerons
un petit dou siège de Mortaigne sus mer en Poito, et
de Yeuwain de Galles.
20 § 54. Ieuwain de Gales avoit durement abstraint
chiaux de Mortaigne en Poito, dont li soudis
de l’Estrade estoit cappitaine, et les avoit assiegés
en quatre lieux et par quatre bastides. La première
des bastides [seoit] sour le bout d’une
roche devant le castel, sur le debout de la rivière de
25 Garone, par où devant il convient toutes nefs passer
allant de Garone en la mer et de la mer rentrant en
Garone; et là en ceste bastide estoit Yeuwains de
Gales. La seconde bastide estoit entre l’yauwe et le
castel, bas en uns prés et devant une posterne dont
30 nuls ne pooit yssir ne partir, s’il ne voloit yestre
perdus. La tierce bastide estoit à l’autre lés dou
[75] castel. La quatrisme bastide estoit en l’eglise de
Saint Ligier, à demie lieuwe près dou fort. Ches
bastides et ches sièges avoient tellement constraint
chiaux de Mortaigne par là estre longement, car li
5 sièges dura longement priès d’un an et demi, que il
n’avoient de coi vivre ne cauche ne sorler en piés;
et si ne leur apparoit confors ne secours de nul
costé, dont il estoient tout esbahi.
Che siège estant devant Mortaigne, yssi hors dou
10 roiaume d’Engleterre et de la marce de Gales uns
escuiers galois. Peu fu gentils homs, et bien le demoustra,
car onques gentil coer ne pensa ne fist traïson;
et s’appielloit chis Jaque Lambe. A son departement,
il fu fondés sus maise entente, et voellent li aucun
15 dire en Engleterre meïsmes que à son departement
il fu chargiés et enfourmés d’aulcuns chevaliers
d’Engleterre de faire la traïson et le mauvaistié
qu’i[l] fist, car Yeuwains de Gales estoit grandement
haïs en Engleterre et en Gascoingne pour le cause
20 dou captal de Bues que il prist et aida à ruer jus
devant Subise en Poito, de laquelle prise on ne le
pot onques ravoir ne pour escange dou conte de
Saint Pol ne pour autrui, ne pour or ne pour argent
que on en sceust offrir ne presenter; et le convint
25 morir par merancolie en la tour dou Temple à Paris,
dont grandement desplaisoit à ses amis.
Chis Jaques Lambes, en ce temps, arriva en Bretaigne
et fist tant par son esploit que il vint en Poito.
Et partout passoit, car il se disoit à estre des gens à
30 chel Yeuwain de Gales, pour tant que il parloit assés
bon françois et sçavoit galois, et disoit que il venoit
de la terre de Gales pour parler à Yeuwain. De che
[76] estoit il assés legierement creus; et fu des gentils
hommes dou païs, pour l’onneur et amour de
Yeuwain, aconvoiiés jusques à Mortaigne où li sièges
se tenoit, et là laissiés. Adonc se traïst sagement et
5 bellement chis Jaques Lambe devers Yeuwain, quant
il veï que heure fu, et se engenilla devant lui, et lui
dist en son langaige que il estoit yssus hors de Gales
pour lui veoir et servir. Yeuwains, qui nul mal n’i
pensoit, le crut legierement et l’en sceut bon gré, et
10 lui dist tantost que son service il voloit bien avoir, et
puis lui demanda des nouvelles [dou païs]. Il l’en dist
assés, fussent voires ou bourdes, et lui fist acroire que
toute li terre de Gales le desiroient mout à ravoir à
seigneur. Cheste parolle enamoura mout ce Jaque
15 Lambe de Yeuwain, car cascuns par droit revient
volentiers au sien, et en fist tantost son cambrelencq.
Chis Jacques de plus en plus s’acointa [si] bien de
Yeuwain, que il n’avoit en nullui si grant fiance
comme il avoit en lui. Tant s’enamoura Yeuwains
20 de Jaque et tant le creu que il y en mescheï, dont
ce fu damages, car il estoit grans et haus, gentis
durement et bon homme et vaillant as armes. Et
fu jadis fils un prince de Gales que le roi d’Engleterre
avoit fait decoler, la cause pourcoi je l’ignore;
25 et avoit li rois d’Engleterre saisi toute la terre et la
princhauté de Gales et encachié cel enfant, liquels
en sa jovenesse s’en vint demorer en France et
remonstra ses besongnes au roi Phelippe de France,
qui volentiers y entendi et le retint dalés lui; et fu,
30 tant comme il vesqui, des enfans de sa cambre
avoecq ses nepveus d’Alenchon et autres, et ossi fist
li rois Jehans. [Et s’arma toudis du temps du roi
[77] Jehan], et fu à le bataille à Poitiers, mais point n’y
fu pris; mieux ou ottant lui vausist à estre mort. Et
quant la paix fu faicte, il s’en alla en Lombardie, et
là continua les armes; [et quant la guerre fu renouvelée,
5 il retourna en France] et s’i porta si bien que
il fu grandement alosés et amés dou roi de France
et de tous les seigneurs. Or parlons de sa fin, dont je
parole envis, fors tant que pour sçavoir ou tamps
advenir que il devint.
10 § 55. Yeuwains de Gales avoit en usage, lui estant
à siège devant Mortaigne, que volentiers dou matin,
quant il estoit levés, mais que il fesist bel, il s’en
venoit devant le castel seoir sour une tronche qui là
avoit esté dou temps passé amenée pour ouvrer au
15 castel; et là se faisoit pignier et galonner le chief une
longhe espasse, en regardant le castel et le païs d’environ,
et n’estoit en nulle doubte de nul costé. Et
par usage nuls n’aloit là si songneusement avoecq lui
que chis Jaque Lambe, et mout souvent lui advint
20 que il s’i parvestoit et apparilloit de tous poins; et
quant on voloit parler à lui ou besoingnier, on le
venoit là querre. Avint que le darain jour que il y
vint, che fu assés matin; et faisoit bel et cler, et avoit
toute le nuit fait si caut qu’il n’avoit peu dormir.
25 Tous desboutonnés en une sengle cote et sa chemise,
affublé [d’]un mantel, il s’en vint là et s’i assist, che
Jaque Lambe en sa compaignie. Toutes gens en son
logeis dormoient ne on n’y faisoit point de gait, car
il tenoient ensi que pour conquis chiaux de le forteresse.
30 Quant Yeuwains de Gales se fu assis sus celle
boise et tronche de bois, que nous appellons souche
[78] en françois, il dist à Jaque Lambe: «Allés querir
mon pigne. Je me voel ichi un petit rafreschir.»
--«Monseigneur, respondi chis, volentiers.» En allant
querir ce pigne et en raportant, li diables alla entrer
5 ou corps de ce Jaque, car avoec le pigne il apporta
une petite courte darde espagnolle à un large fer,
pour acomplir sa mauvaistié. Si très tost que il fu venu
devant son maistre, sans riens dire, il [l’]entoise
et l’avise, et li lance celle darde ou corps qu’il avoit
10 tout nu, et li passe tout oultre et le reverse d’autre
part: vous poés bien croire que il estoit mort. Quant
il ot ce fait, il lui lait le darde ou corps, et se part et
se trait tout le pas à le couverte devers le castiel et
fait tant que il vint à la barière. Si fu mis ens et
15 recoellis des gardes, car il s’en fist congnissable, et
fu amenés devant le soudis de l’Estrade: «Sire, dist il
au soudis, je vous ay delivret dou plus grant ennemi
que vous heussiez.»--«De qui?» dist li soudis.
--«De Yeuwain de Gales,» respondi Jaque.--«Et
20 comment?» dist li soudis.--«Par telle voie,»
respondi Jaques. Adonc lui recorda de point en point
toute l’istoire, ensi que vous avés oï. Quant li soudis
l’eut entendu, si crolla la teste et le regarda fellement,
et dist: «Tu l’as mourdry, et saches bien, tout consideré,
25 que, se je ne veoie nostre plus grant pourfit en
ce fait, je te feroie trenchier la teste et jetter corps et
teste ens es fossés; mais puisqu’il est fait, il ne se puet
deffaire. Mais c’est damaige dou gentil homme, quant il
est ensi mort; et plus y arons de blasme que de loenge.»
30 § 56. Ensi alla de la fin Yeuwain de Gales et fu
ochis par grant mesaventure et par traïson, dont
[79] chil de l’ost furent durement triste et courouchié,
quant il le sceurent, et ossi furent toutes manières
de bonnes gens, quant les nouvelles en furent sceues,
et par especial li rois Charles de France; et mout le
5 plaindi, mais amender ne le pot. Si fu Yeuwains de
Gales ensevelis en l’eglise de Saint Legier, où on avoit
fait une bastide, à demie lieuwe près dou castel de
Mortaigne; et là furent tout li gentil homme de l’ost
à son obsèque, qui lui fu fais mout reveranment.
10 Pour ce ne se deffist mie li sièges de devant Mortaigne,
car il y avoit des boins chevaliers et escuiers
bretons et poitevins et françois, qui jamais ne s’en
fussent parti, se poissance n’i mettoit remède; et
furent en plus grant volenté que devant de conquerir
15 le fort pour yaux contrevengier de la mort Yeuwain
de Gales, leur boin cappitaine. Et se tinrent là, en ce
parti que il estoient ordonné, sans faire nuls assaus,
car bien sçavoient que il les avoient si abstrains que
vivres de nuls costés ne leur pooient venir ne aultre
20 pourveance nesune, dont il demoroient en grant
dangier. Nous nous souffrerons [à parler] tant qu’à
present dou siège de Mortaigne sus mer, et retournerons
au siège de Saint Malo, et premierement nous
parlerons dou siège d’Ewr[e]ux, et comment chil qui
25 assiegé l’avoient perseverèrent.
§ 57. Le siège estant devant Ewreux, [chiaux qui
assegié l’avoient, c’estoient] li sires de Couci et li
sires de la Rivière qui souverain en estoient, ooient
souvent nouvelles dou roi de France, car il se tenoit
30 à Roem au plus près de ses gens que il pooit par
raison, et estoit se intencion que il se delivrassent
[80] de prendre Ewr[e]ux ou de le avoir par composicion
au plus tost que il peussent, car il sentoit les Englès
efforciement en Bretaigne. Si voloit que toutes gens
d’armes se traïssent de celle part pour lever le siège
5 de Saint Malo ou pour combatre les Englès. Chil doi
seigneur, à l’ordonnance dou roi, s’en acquitèrent
loiaulment et vaillanment, car presque tous les jours
y avoit assault ou escarmuche, et avoec tout ce grans
moyens par biaux traictiés que chil seigneur envoioient
10 as bourgois de la ville, en yaux remonstrant que il se
faisoient trop guerrier et essillier leurs biens sans
raison et abatre ou plat païs leur maisons, car il
avoient leur droit seigneur naturel avoec iaux, messire
Charle de Navare, auquel, par la succession de
15 sa dame de mère, toute la conté d’Ewr[e]ux lui estoit
devolue et rescheue, et ne tenissent mie l’erreur ne
l’oppinion d’un fol Navarois qui là estoit, Ferrando,
pour iaux tous perdre, car bien sceussent, avoec le
bon droit que il avoient en le querelle dou calenge
20 de icelui pour qui il faisoient la guerre, de là jamais
ne partiroient si en aroient leur volenté; et, se de
force il estoient conquis, non par traictiet, il seroient
tout mort et sans merci, et au mieux la ville repeuplée
de nouvelles gens. Tels offres et tels parolles et tels
25 manaches estoient remonstrées à chiaux d’Ewr[e]ux;
et pour ce ne demoroit mies que il ne fussent tous les
jours assaillis. Chil d’Ewrues se commenchièrent à
doubter, car confors ne leur apparoit de nul costé, et
[si] veoient es requestes des dessus dis seigneurs
30 pluisieurs [causes] raisonnables, pour tant que li rois
de France ne calengoit mies la terre pour lui, fors que
pour son nepveu Charle de Navare: si entrèrent en
[81] traictiet devers le seigneur de Coucy. Quant Ferandos
sceut [ce], si se tint ens ou chastel sans partir, et
ne [voult] estre à nuls des traictiés. Finablement il se
rendirent, sauf leur corps et tout le leur as camps et
5 à le ville, et rechurent Charle de Navare à seigneur,
et puis assisent le castiel. Ferrandos, qui se veoit
assegiés et ensus de tous confors, commencha à
traictier devers ces seigneurs de France que, se on le
voloit laissier partir, les siens et tout le leur, et conduire
10 sauvement jusques à Chierebourcq, il renderoit
le chastel. On lui [respondit] oïl. Assés tost après, chil
dou chastel chargèrent tout [le leur] et se partirent
d’Ewr[e]ux ou conduit le seigneur de Coucy qui les fist
mener à Chierebourcq. Ensi fu toute Ewr[e]ux franchoise.
15 Après ce conquès, li sires de Coucy et li sires
de la Rivière, messires Jehans Le Merchier et toutes
les cappitaines de l’ost se traïsent [à Roem], là où li rois
de France se tenoit, pour sçavoir quel cose il feroient,
car bien avoient entendu que li siège des Englès
20 estoit devant Saint Malo en Bretaigne. Si les rechupt
li rois de France liement, et conjoï especialement le
seigneur de Coucy et le seigneur de la Rivière de che
que il avoient si bien esploitié. Si demo[rè]rent ces
gens d’armes en Normendie, et ne furent nuls des
25 cappitaines cassés, mais retenus et toudis paiiés
avant de leurs gaiges.
§ 58. Li rois de France, qui se tenoit pour le temps
en le cité de Roem, avoit bien entendu comment li
Englès avoient poissanment assis le ville de Saint
30 Malo; et presque tous les jours ses gens, qui dedens
estoient, estoient assaillis et durement abstrains. Si ne
[82] mies voloit perdre ses gens ne la boine ville de Saint
Malo, car, se elle estoit englesse, Bretaigne de ce
costé en seroit trop affoiblie. Si avoit li rois de France
en celle instance, pour icheux conforter et remedier
5 contre la poissance des Englès, fait un très especial et
fort mandement auquel nuls n’avoit osé desobeïr. Et
s’avalèrent, à tout très grans gens d’armes, si doi
frère, li dus de Berri et li dus de Bourgoingne, li dus
de Bourbon, li contes de la Marce, li dauffins d’Auvergne,
10 li contes de Genèves, messires Jehans de Boulongne
et ossi grant fuison de chevaliers, de barons et
de toutes bonnes gens d’armes. Et manda li rois à son
connestable messire Bertran de Claiequin que nullement
il ne [de]laiast que il ne fust à celle assemblée.
15 Li connestables ne volt mies desobeïr, mais vint à
tout gran[s] gens d’armes d’Ango, de Poito et de
Thouraine. Ossi fisent li doi maressal de France, li
maressaux de Blainville et li maressaux de Sansoirre.
D’autre part, revinrent messires Oliviers de Clichon,
20 li viscontes de Rohem, li sires de Laval, li sires de
Rais, li sires de Rochefort, li sires de [Dinant], li sires
de Lion et tout li baron de Bretaigne, et furent bien
dis mil hommes d’armes, et estoient sur les champs
plus de cent mil chevaux. Si se logièrent toutes ces
25 gens d’armes de France au plus près de leurs anemis
par raison que il peurent; mais il i avoit entr’iaux et
les Englès un flueve de mer et une rivière, et, quant
la mer estoit retraite, je vous dy que aulcun jone chevalier
et escuier qui aventurer se voloient, se abandonnoient
30 en celle rivière plate et y faisoient de grans
apertises d’armes. Onques si grande assamblée de
bonnes gens d’armes ne fut faicte [en Bretaigne] ne
[83] de si noble et bonne chevalerie, comme elle fut là,
car, se li François y estoient poissanment, ossi estoient
li Englès. Et se cuidoient bien et li un et li autre combatre,
car il en faisoient tous les jours les apparans,
5 et s’ordonnoient sus les camps, banières et pennons
ventelans, et se remonstroient en bataille. De veoir
la poissance des Franchois et le grant fuison de
seigneurs, de banières et de pennons qui là estoient,
estoit grant plaisance; et s’ordonnoient mout souvent
10 par bataille et venoient sur la rivière et monstroient
par semblant proprement que il se voloient combatre.
Et le [cuidoient] li Englès, en disant ensi: «Veci,
veci nos ennemis qui tantost, à basse euwe, passeront
la rivière pour nous combatre.» Mais il n’en avoient
15 nulle volenté, car li rois de France de son temps
ressoingnoit si les fortunes perilleuses, que nullement il
ne voloit que ses gens s’aventurassent pour combatre
par bataille, se il n’en avoient de set les cinc.
§ 59. En ces monstres et en ces assamblées, et ensi
20 heriant et a[r]doiant l’un l’autre, avint une fois que li
contes [de Cantebruge] dist ensi et jura, se plus veoit
de tels ahaities, puisque on ne les venoit combatre,
il les iroit combatre, quel fin que il en deussent
prendre; et avoi[t] adonc l’avant garde et grant fuison
25 de bonnes gens avoecq lui, qui tout se desiroient à
avanchier. Li connestables de France, qui savoit
d’armes quanques on en pooit sçavoir et qui sentoit
les Englès cauls et boulans et aventureux, ordonna
une fois toutes ses batailles sus le sablon et au plus
30 près de la rivière comme il pot par raison et tout à
piés. Li contes [de Cantebruge], qui estoit d’autre
[84] part, en veï la manière; si dist: «Qui m’aime, si me
sieuche, car je m’en irai combatre.» Adonc se frappa
en l’iauwe qui estoit au plat, mais li flueves revenoit,
et se mist ou droit fil de la rivière, sa banière et
5 toutes ses gens, et commenchièrent li archier fort à
traire sus les François. Adonc se retraï li connestables
de France et fist retraire ses batailles sus les
camps, qui cuida lors tout veritablement que les
Englès deuissent passer, et voulentiers heust veu que
10 il les heust tenus oultre l’iauwe. Li dus de Lenclastre,
à tout une grosse bataille, estoit de son costé tout
apparilliés pour servir son frère, se il veïst que besoings
fust; et dist à Gerart d’Obies, un escuier de Haynnau
qui estoit dalés lui: «Gerart, regardés mon frère
15 comment il se aventure. A ce qu’il monstre, il donne
exemple as François que il se combateroit volentiers,
mais il n’en ont nulle volenté.» Ensi se porta ceste
besoingne sans nul fait d’armes qui à recorder fache.
Li François d’un lés et li Englès d’autre, [estant
20 priès de combatre], li flos commencha à monter. Si
se retraïsent li Englès hors de la rivière et s’en
vinrent à leur logeis, et li François se retraïsent ossi
au leur.
§ 60. De tels ahaities, de tels affaires et de tels
25 monstres l’un contre l’autre, le siège estant devant
Saint Malo, il y heut pluisieurs [faites]. Li François
gardoient bien et tellement leur frontière que
li Englès n’osoient passer la rivière. Si avint il par
pluisieurs fois que amont sus le païs aucun chevalier
30 et escuier breton qui congnissoient le marche,
chevauchoient par compaignies et passoient la rivière
[85] à gué et rencontroient souvent les fourrageurs des
Englès. Là en y avoit souvent des rués jus: une heure
perdoient, li autre gaignoient, ensi que en tels fais
d’armes les aventures aviennent. Le siège durant et
5 ces envaïes faisant, li seigneur d’Engleterre, pour
leur besongne approchier, avisèrent que il feroient
une mine pour entrer dedens Saint Malo, ne autrement
il ne le pooient avoir, car la ville estoit
bien pourveue de gens d’armes qui songneux en
10 estoient; avoec tout ce, il avoient grant fuison de
toutes pourveances et d’arteillerie qui mout aidoit à
leur besoingne. Et presque tous les jours il les convenoit
armer et mettre ensamble pour atendre la
bataille, se li François traioient avant, pour laquelle
15 cose il n’avoient pas trop de loisir pour le faire assaillir,
fors que de leurs canons; mais de ce avoient il très
grant plenté et qui mout grevoient la ville. Si avisèrent
lieu et place pour faire leur mine, et furent
mineur et houilleur mis en oevre. Nous nous tairons
20 un petit d[ou] siège de Saint Malo, et parlerons dou
siège de Mortaigne en Poito et comment chil qui
assis l’avoient perseverèrent.
§ 61. Vous avés bien chi dessus oï recorder la
25 mort de Yeuwain de Gales et comment il fu mourdris,
et ossi comment li Breton et li Poitevin estoient
pardevant [Mortaigne], desquels messires Jaques de
Monmore, messires Perchevaux d’Aineval, Guillaumes
de Moncontour et messires Jaques de Surgières
30 estoient cappitaine; et ne veurent mies pour ce
brisier leur siège, quoyque il furent mout courouchié
de la mort Yeuwain de Gales, leur souverain
[86] cappitaine, car il avoient grant desir de contrevengier
sa mort sour chiaux de la forteresse. Si avés oï comment
messires Thommas Trivet, messires Guillaumes
Scrouip, messires Thumas Abretons [et] messires
5 Guillaumes Cendrins, à une [compaignie de hommes
d’armes] et d’archiers, estoient ordonnés de venir à
Bourdiaux, tant que pour conforter chiaux de Mortaigne
comme [ossi] messire Mahieu de Gournay qui
se tenoit à Bayone et qui tous les jours avoit à faire
10 en celle marce contre les Gascons et les Bretons qui
y tenoient pluisieurs fors. Cil quatre chevalier dessus
nommet et leurs routes avoient geu à Plewemoude
bien un mois, et ne pooient avoir vent qui leur
durast pour aller en Gascoingne, dont il estoient
15 mout courouchié, mais amender ne le pooient. Et si
avés oï comment li sires de Nuefville, d’Engleterre,
estoit ordonnés à tout gens d’armes et archiers de
venir conforter contre les Espaignols le roi de
Navare et pour estre senescal de Bourdiaux et de
20 Bourdeloix. Si se trouvèrent toutes ces gens d’armes
à Plewemoude et furent mout resjoï l’un de l’autre.
Depuis la venue le seigneur de Nuefville, il ne sejournèrent
point plenté que il heurent vent à volenté: si
entrèrent en leurs vaisseaus qui chargiet estoient, et
25 desancrèrent dou havene de Plewemoude et levèrent
les voilles et singlèrent devers Gascoingne. Et estoient
d’une flote sis vins vassiaux et quarante barges, et
pooient estre environ mil hommes d’armes et deus mil
archiers. Et n’eurent nul empeschement sus [mer]
30 que chis vens ne leur durast toudis: si entrèrent ou
havene de Bourdiaux le nuit Nostre Dame en septembre,
l’an de grace mil trois cens soixante et dix wit.
[87] § 62. Quant li Breton et li Poitevin, qui tenoient
le siège devant Mortaigne sus mer, les veïrent passer,
de une flote si grant quantité de vassiaux trompant,
cornemusant et faisant grant feste, si furent tout
5 pensieu, et cil dou fort tout resjoï, car bien pensoient
que il seroient temprement delivré, ou il y aroit
bataille, et que pas pour noiant faire il ne venoient
ou païs que il n’i heust aucun esploit d’armes. Messires
Jaques de Monmore et les cappitaines de l’ost se
10 misent ensamble en conseil et parlementèrent longhement
comment il se maintenroient, et se repentoient
des traictiés que il avoient laissiet passer, car
un petit endevant li soudis de l’Estrade avoit volu
rendre le fort, sauf tant que yaux et le leur s’en peussent
15 yestre allé à Bourdiaux sauvement; mais li
Franchois n’i volrent entendre. Si envoiièrent un
heraut parlementer à iaux que maintenant il seroient
receu à traictiés. Li soudis leur fist respondre que
[maintenant] il n’avoient que faire d’entrer en nul
20 traictié, et que leurs secours estoit venus: ou francement
s’en partiroient, ou tout en leur volenté demorroient.
Si demora la chose en ce parti, et li sires de
Noefville et li Englès s’en vinrent à Bourdiaus. Si
furent de messire Guillaume Helman, senescal des
25 Landes, et de messire Jehan de Multon, maire de le
cité de Bourdiaux, et de l’arcevesque dou lieu et des
bourgois et des dames grandement et bel conjoï et
receu. Si se loga li sires de Noefville en l’abeïe de
Saint Andrieu, et fu et demora senescal de Bourdiaux
30 et de Bourdeloix. Assés tost après, li sires de Noefville
fist un mandement de chevaliers et d’escuiers gascons
qui pour englès se tenoient, et assembla tant de
[88] toutes manières de gens que il furent bien quatre
mil. Si ordonnèrent naves et vassiaux sour la rivière
de Garone, et se departirent de Bourdiaux en instance
que pour venir lever le siège de Mortaigne.
5 Ches nouvelles furent sceues en l’ost des Franchois
que Englès et Gascons, gens d’armes et archiers,
venoient efforciement contreval la rivière de Garonne
pour lever le siège et iaux combatre. Si se misent les
capitaines tout ensamble et se conseillièrent. Si fu
10 ensi conseilliet que il n’estoient mie poissans ne
gens assés pour attendre tel host: si leur valoit mieux
à perdre leur saison dou siège de Mortaigne que
d’iaux mettre en plus grant peril. Et sonnèrent les
trompettes de deslogement et boutèrent les feus en
15 leurs logeis et se deslogièrent sans plus riens faire, et
se retraïsent en Poito. Mais tout ne se departirent
mies, ainçois demora une grant route de Bretons et
de Galois, des gens Yeuwain de Gales, ou fort de
Saint Ligier, et disent que il faisoit bien à tenir contre
20 tout homme: si retraïsent toute leur artillerie là
dedens.
§ 63. Chil chevalier d’Engleterre et chil Gascon,
qui venoient à plain voile en barges, en [hoquebos]
et en calans parmi la rivière de Garone, s’arrestèrent
25 à l’ancre devant Mortaigne, et puis yssirent hors
petit à petit de leurs vassiaux. Et tout ensi comme il
yssoient, il se ordenoient pour venir combatre le
fort de Saint Ligier où chil Breton estoient retrait.
Là heut de venue grant assault et dur et entroes
30 que on assalloit, li sires de Noefville envoia un hiraut
parler au soudis et sçavoir comment il lui estoit. Li
[89] hiraus fist son message et raporta que tout estoient
en boin point, mais il estoient si nus que il n’avoient
sorler en piet.
Li assauls devant Saint Ligier dura bien trois heures
5 que riens n’y conquisent, mais en y ot des blechiés
et des navrés assés. Adonc se logièrent li
seigneur et toutes manières de gens, et fu leur
entente que point de là ne partiroient si aroient conquis
le fort de Saint Ligier. Et estoient trop courouchié
10 que le seigneur de Monmore [ne le seigneur de
Montcontour] ne seigneur de nom ne le tenoient,
et que dedens enclos il n’estoient; mais chil seigneur
sagement parti s’en estoient et les Bretons laissiés y
avoient.
15 § 64. Quant ce vint à l’endemain, li sires de Noefville
et chil chevalier d’Engleterre ordonnèrent que
on iroit assaillir. Si sonnèrent leurs trompettes et
departirent leurs livrées, et puis approchièrent le
fort de Saint Ligier. Si commencha li assaus durs,
20 grans et fors merveilleusement. Chis fors de Saint
Ligier siet sour une roche que on ne puet, fors à
malaise, approchier; et, au plus foible lés, il y a
grans fossés qui ne sont mies à passer legierement. Si
se travilloient li assallant grandement et riens ne faisoient,
25 mais en y avoit des mors et des blechiés
grant fuison. Adonc cessa li assaus, et fu aviset pour
le mieux que on rempliroit les fossés et puis on aroit
milleur avantage d’assaillir. Si furent les fossés remplis
à grant paine et tout teret par deseure [telement
30 que tout homme y pouoit passer]. Quant li Breton,
qui dedens le fort estoient, veïrent che, si se doubtèrent
[90] plus que devant, et raison fu, et entrèrent en
traictiés. Chil seigneur d’Engleterre qui avoient bien
ailleurs où entendre tant as besoingnes dou roi de
Navare comme à delivrer pluisieurs fors que li Breton
5 tenoient en Bourdeloix et en Bayonnois, s’acordèrent
legierement à ces traictiés; et fu li fors de Saint
Ligier rendus parmi tant que chil qui le tenoient s’en
partoient sans peril et damage, yaux et le leur, et
estoient conduit là où il voloient aller. Ensi demora
10 li fors de Saint Ligier englès, et vinrent li seigneur
ou castel de Mortaigne. Si trouvèrent le soudis de
l’Estrade ou parti que li hiraus avoit dit. Si fu mis
en arroy, ensi comme il appartenoit, et li fors rafresquis,
ravitailliés et repourveus de nouvelles gens;
15 et puis s’en retournèrent par la rivière de Garonne
à Bourdiaux le cemin que il estoient venu.
§ 65. Quant chil chevalier furent retourné à Bourdiaux,
entrues que il s’i rafresquissoient, il entendirent
que à sis lieuwes de là il y avoit Bretons qui
20 tenoient un fort que on dist Saint Maubiert, en un
païs que on appielle Madoch, liquel Breton grevoient
grandement le païs où il sejournoient. Si fisent chargier
leurs pourveances grandes et belles sus la rivière
de Garonne et toute leur artillerie; et puis montèrent
25 as chevaux environ trois cens lances, et s’en vinrent
par terre jusques à Saint Maubiert. Là estoient des
Gascons avoec [messire Jehan] de Noefville, messires
Archebaus de Grailly, [messires Pierres] de Rosem, li
sires de Duras et [Thomas] de Courton. Quant chil
30 baron et leurs routes furent venu devant Saint Maubert,
il se logièrent et tantost allèrent assaillir; et y
[91] heut de ce premier grant assaut et dur, car li Breton
qui Saint Maubert tenoient, estoient toutes gens de
fait et de grant volenté, et avoient un cappitaine breton,
un escuier allosé et usé d’armes, qui s’appielloit
5 Virelion, auquel il se ralioient et par qui conseil
il usoient. Chis premiers assauls ne greva nient les
Bretons. Adonc se retraïsent Englès et Gascon à leurs
logeis, et à l’endemain il fisent drechier leurs engiens
devant le fort, qui jettoient pières et mangonniaux
10 pour effondrer les thois de le tour où il se tenoient.
Le tierch jour qu’il furent là venu, il ordonnèrent
un assaut et disent que telle ribaudaille que chil Breton
estoient ne leur devoient point longhement tenir
ne durer. Là heut grant assaut et dur, et tamaint
15 homme mort et blechié; ne onques gens ne se
deffendirent si vaillanment que chil Breton faisoient.
Toutesfois finablement il regardèrent que confort
ne leur apparoit de nul costé: si entrèrent en traictiés,
car il veïrent bien que chil seigneur ne les lairoient
20 point en paix si les aroient conquis, com
longement qu’il y deussent [demorer]. Traictiés se
portèrent entre les seigneurs de l’ost et iaux, qu’il
renderoient Saint Maubert et s’en partiroient, iaux
et le leur, sans damage, et se retrairoient en Poito
25 ou quelque part qu’il volroient, et seroient jusques
à là conduit. Ensi leur fu tenu comme il le traictièrent,
et se departirent li Breton sans damage et rendirent
Saint Maubert. Quant li sires de Nuefville le
reut, il le fist remparer, rafresquir et ravitaillier de
30 nouvelles pourveances et d’artillerie, et y mist Gascons
pour le garder et un escuier gascon qui s’appeloit
Pières de Presiacq, bon homme d’armes et
[92] vaillant durement; et puis s’en retournèrent à Bourdiaux,
et là se rafresquirent. Si entendoient tous les
jours que li sièges estoit devant Panpelune en Navare
que l’enfant de Castille avoit assegiet, mais il n’ooient
5 nulles certaines nouvelles dou roi de Navare, dont il
estoient tout esmerveilliet. Et ossi li rois de Navare
n’ooit nulles nouvelles d’iaux, dont il lui tournoit
à grant desplaisir. Nous retournerons as besoingnes
de Bretaigne et de Normendie, et parlerons dou siège
10 de Saint Malo et comment il se persevera.
§ 66. Devant la ville de Saint Malo heut grant
siège et poissant, et fait maint assault et dur, car li
Englès qui devant se tenoient, avoient bien quatre
cens canons qui jettoient nuit et jour dedens la forteresse.
15 Li cappitains qui s’appielloit Morfouace, vaillant
hommes d’armes durement, songnoit moult
bien dou deffendre et dou garder, avoec les bons
consauls de messire Henri de Malatrait, dou seigneur
de Combor et dou visconte de le Berlière, et tant que
20 nuls damaiges ne leur estoit encores apparant. Sus
les plains, ens ou païs, si comme je vous ay dit autreffois,
estoit toute la fleur de France, tant que de grans
seigneurs; et se trouvoient bien quinse mil hommes
d’armes, chevaliers et escuiers, et estoient bien cent
25 mil chevaux et plus. Et volentiers heussent combatu
les Englès à leur avantage, se il peussent, et li Englès
ossi yaux en avoient grant desir, ce poés vous bien
croire, se il veïssent leur plus biel; mais ce qui leur
brisoit leur pourpos, et brisa par trop de fois, c’estoit
30 que il y avoit une rivière grande et grosse, quant li
mers retournoit, entre [les] deus hos, par coi il ne
[93] pooient avenir l’un à l’autre. Et toudis se faisoit li
mine: bien s’en doubtoient chil de Saint Malo.
Vous devés sçavoir que en tels assemblées et en
tels fais d’armes comme là avoit, ne pooit yestre
5 que à le fois li fourrageur ne se trouvassent sour les
camps ou rencontrassent, car il y avoit des appers
jovenes chevaliers d’un lés et de l’autre qui se desiroient
à avanchier. Si en y avoit à le fois des rués jus
de l’un costé et de l’autre, ensi que en tels fais
10 d’armes tels aventures aviennent. Li mineur dou
duc de Lenclastre ouvroient songneusement nuit et
jour en leur mine pour venir pardesoubs terre dedens
la ville et faire reverser un pan de mur, affin que
tout legierement gens d’armes et archiers peussent
15 entrer ens. De cel affaire se doubtoient grandement
Morfouache et li chevalier qui dedens estoient, et
congnissoient assés que par ce point il pooient yestre
perdu, et n’avoient garde de nul assaut fors de
cesti là, car leur ville estoit bien pourveue de toute
20 artillerie et de vivres pour yaux tenir deux ans, se il
leur besoingnoit, et avoient entr’iaux grant cure et
grant entente comment il porroient rompre celle
mine, et estoit le plus grant soing que il avoient dou
brisier. Tant y pensèrent et traveillièrent que il en
25 vinrent à leur entente et par grant aventure, ensi
que les coses doivent avenir merveilleusement.
Li contes Richars d’Arondiel devoit une nuit faire
le gait à tout une quantité de ses gens. Chis contes ne
fu mies bien songneux de faire che où il estoit commis,
30 et tant que chil de Saint Malo le sceurent, ne
sçai par leur espies ou autrement. Quant il sceurent
que heure fu et que, sus le fiance dou gait, toute li
[94] hos estoit endormie, il partirent secretement de leur
ville et vinrent à le couverte à l’endroit où li mineur
ouvroient, qui gaires n’avoient mais à ouvrer pour
acomplir leur emprise. Morfouache et se route, tout
5 apparilliet de faire che pour quoi il estoi[en]t là venu,
tout à leur aise et sans deffence rompirent leur mine,
de coi il y heut aucuns mineurs là dedens estains
qui onques ne s’en partirent, car la mine reversa sur
iaux. Et quant il heurent ce fait, il disent que il
10 resveillieroient l’ost au lés devers leur ville, affin que
chil de l’ost sentesissent et congneussent que vaillanment
il s’estoient porté. Si s’en vinrent ferir en l’un
des corons, en escriant leur cry et en abatant tentes
et trefs et logeis et en blechant et ochiant gens, tant
15 que toute li host se commencha durement à effraer.
Adonc se commencha à retraire Morfouache et li sien
dedens Saint Malo sans point de damage. Et chil de
l’ost s’armèrent et se traïsent devant le tente dou duc
qui fu grandement esmerveilliés de ceste advenue et
20 demanda que ce avoit esté. On lui recorda que
par le faute dou gait on avoit perdu le mine et receu
ce damaige. Adonc fu mandés li contes d’Arondiel
devant le duc de Lenclastre et le conte [de Cantebruge].
Si fu grandement aqueullis de ceste avenue,
25 mais il s’escusa au plus bel qu’il pot et en fu, si
comme j’oïch dire adonc, tous honteux et heust
plus chier avoir perdu cent mille frans.
§ 67. Cheste besoingne avenue et ceste mine perdue,
li seigneur de l’ost se traïsent ensemble à conseil
30 pour sçavoir quel cose il feroient. Si regardèrent
l’un par l’autre que il avoient perdu leur saison,
[95] lequelle cose n’estoit pas à recouvrer, et que de faire
nouvelle mine il ne venroient jamais à chief, car la
saison s’en alloit aval et li yviers approchoit. Si heurent
conseil, tout consideré pour le meilleur, que il
5 se deslogeroient et s’en retrairoient en Engleterre.
Adonc fu ordonné de par le duc et les marescaus
dou deslogier et de rentrer en leur navie qui gisoit
à l’ancre ou havene de Saint Malo. Tantost fu deslogiet
tout et toursé et mis es vassiaux. Il avoient vent
10 à volenté; si entrèrent en leur navie et siglèrent devers
Engleterre. Si arrivèrent et prisent terre à Hamptonne,
et là issirent de leurs vaissiaux et trouvèrent
que messires Jehans d’Arondiel, la capitaine de
Hamptonne, estoit allés à Chierebourcq pour rafresquir le
15 garnison et veoir les compaignons, messire Jehan de
Harleston et les autres. Ensi se desrompi en celle
saison li armée des Englès, et se traïsent cascun en
son lieu; et rapassèrent Alemant et Haynuier le mer
et retournèrent en leur païs. Si commencièrent à
20 murmurer les communautés d’Engleterre sus les nobles
en disant que il avoient en celle saison petit
esploitié, quant Saint Malo leur estoit ensi eschapée,
et par especial li contes Ricars d’Arondiel en
avoit petite grace. Nous nous soufferons à parler de
25 chiaux d’Engleterre, et parlerons des François et de
Chierebourcq.
§ 68. Assés tost après le departement de Saint Malo
et que li François heurent rafresqui le ville et le
chastel, li connestables de France et li [baron] heurent
30 conseil que il venroient mettre le siège devant
Chierebourcq, dont messires Jehans de Harleston estoit
[96] cappitaine, et avoit dalés lui et desoubz lui pluisieurs
chevaliers et escuiers, englès et navarois. Mais toute
ceste grant host ne se traïst mies ceste part, ainchois
se departirent li dus de Berri, li dus de Bourgoingne,
5 li dus de Bourbon, li contes de la Marce, li dauffins
d’Auvergne et tous les chiefs des grans seigneurs, et
renvoièrent leur gens en leur païs; et li pluisieurs
vinrent veoir le roi qui se tenoit à Roem, qui liement
les rechut. Aucun Breton et Normant, environ trois
10 cens lances, s’en vinrent à Valongne, à sept lieuwes
de Chierebourcq, et là fisent leurs bastides. Bien
sçavoient que monseigneur Jehans d’Arondiel avoit
rafresqui la garnison, et supposoient bien que il y
estoit encores.
15 Entre Chierebourcq et Valoingne, de ce costé, ce
sont tous haus bos et forte forest de une part et
d’autre jusques à la cité de Coustances. Et [pueent]
chil de Chierebourc issir et chevauchier sus le païs à
l’aventure, toutes fois qu’il voellent, car il ont fai
20 parmi le bois un chemin et si fort haiiet d’un lés et
d’autre que, quant il sont en leur chevaucie, on ne
les puet approchier, et est Chierebourcq un des fors
chastiaux dou monde. Chil qui estoient en garnison
à Valongne estoient mout courouchiés de ce qu’il
25 ne pooient porter damage as Englès qui herioient le
païs. Si s’avisa messires Oliviers de Claiequin, frères
à messire Bertran, que il venroit à le couverte chevauchier
parmi les bois et aviser Chierebourq de
plus près, pour sçavoir se on porroit devant mettre
30 le siège; à tout le mains, se il pooient prendre la ville
qui siet bien en sus dou chastiel, il feroient un grant
esploit, car tantost il l’aroient si fortefiie que chil
[97] dou chastel ne polroient issir ne saillir hors, qu’il ne
rechussent damage. Messires Oliviers en ce pourpos
persevera et prist environ quarante lances et guides
qui bien le sceurent mener parmi les bois, et se
5 partirent par un matin de Valoingne et tant chevaucièrent
que il vinrent oultre les bois à l’encontre de
Chierebourcq.
En ce propre jour, estoit messires Jehans d’Arondel
venus ens ou bourcq esbatre, et [là] avoit amené
10 [avecques lui] un escuier navarois qui s’appelloit
Jehan Cocq, pour monstrer la ville. Evous que nouvelles
vinrent ou bourcq que li François chevauchoient
et estoient là venu pour aviser la plache:
«Sire, che dist Jehans Coc à messire Jehan d’Arondiel,
15 j’ai entendu que messires Oliviers de Claiequin,
frère dou connestable, a passé le bois pour aviser
nostre forteresse. Pour Dieu, que il soit poursievis!
Je vous pense tellement aconduire et mener que il
ne nous puet escapper que il ne nous viengne ens es
20 mains. Et d[ou c]onquès tout soit moitié à moitié.»
--«Par ma foi, ce dist messires Jehans, je le voel.»
Adonc s’armèrent il secretement et montèrent as
chevaux, et furent environ cent lances, tous compaignons
d’eslite; et se partirent de Chierebourcq
25 et entrèrent ens es bois que onques li Franchois
n’en sceurent riens, et entrèrent en leur
chevauchoire.
Quant messires Oliviers de Claiequin heust avisé le
plache que il veï durement forte et en lieu impossible
30 pour assegier ne pour hostoiier, si se retraïst et prist
le chemin de Valoingne, tout ensi comme il estoit
venus. Il n’eut pas chevauchié deus lieuwes d’assés,
[98] quant evous Jehan Coc et messire Jehan d’Arondiel
et leur route qui avoient esté si justement mené que
il vinrent droit sur iaux en escriant: «Nostre Dame!
Arondiel!» Quant messires Oliviers oï ce cri et les
5 veï de rencontre, si volsist bien yestre à Valongne,
et monta tantost sus un bon coursier et se cuida
sauver, car il ne se veoit pas à jeu parti pour combatre.
Si entrèrent ses gens ou bois, li uns chà et
l’autre là, et sans deffence; trop peu s’en tinrent
10 ensamble. Jehans Coc, comme bons hommes d’armes
et vaillans, poursievi de si près messire Olivier
que finablement il le prist et fiancha son prisonnier.
Et en y ot des autres pris dis ou douse; li demorant
se sauvèrent et se boutèrent ens es bos et retournèrent
15 à Valongne, quant il peurent, et recordèrent à
monseigneur Guillaume des Bordes et as compaignons
qui là estoient, comment il avoient perdu et par embusche,
et que messires Oliviers de Claiequin estoit
demorés. Et de che furent li chevalier et escuier bien
20 courouchiés, mais amender ne le peurent. Si fu messires
Oliviers de Claiequin de chiaux de le garnison
de Chierebourcq amenés ou castel, et fu là dit que
il paieroit bien quarante mil frans. De la prise dou
chevalier furent grans nouvelles en France et en
25 Engleterre, et demora la cose un temps en cel estat.
§ 69. Messires Oliviers de Claiequin demora prisonniers
un temps à Chierebourcq en le garde de
Jehan Coc, navarois, qui pris l’avoit; mais messire
Jehan d’Arondiel partoit au pourfit. Depuis fina messires
30 Oliviers pour lui et pour tous chiaux qui avoecq
lui furent pris, mais ce ne fu mies si tost.
[99] Quant la garnison de Chierebourcq fut rafresquie
et ravitaillie, messires Jehans d’Arondiel s’en parti et
s’en retourna arrière à Hamptonne dont il estoit
capitains. Si demorèrent en Chierebourcq avoec messire
5 Jehan de Harleston, capitaine dou lieu, aucuns
chevaliers englès, tels que messire Jehan de Coppellant,
messire Jehan Bourlé, messire Thumas Picourde
et pluisieurs autres chevaliers et escuiers qui grandement
ensongnièrent tant qu’il n’i prisent point de
10 damage. Nous nous soufferons à parler de chiaus de
Chierebourcq tant que lieux [et temps] venra, et
parlerons de messire Jehan de Nuefville, senescal de
Bourdiaus, et de ses compaignons, messire Thomas
Trivet et des aultres, comment il perseverèrent.
15 § 70. Bien estoit informés li sires de Noefville, qui
se tenoit à Bourdiaux, que l’enfant de Castille à tout
grant poissance d’Espaignols, avoit assegié la bonne
cité de Panpelune, le visconte de Castielbon et le
seigneur de Lescut, Raymons de Ramasen et pluisieurs
20 autres dedens, et si n’ooit nulles certaines nouvelles
dou roi de Navare où il se tenoit, dont il estoit
tous esmerveilliés; mès il supposoit que hasteement
il en orroit nouvelles. Ossi cil dou païs de Bourdelois
lui prioient trop fort que il ne se volsist mies
25 departir de la marce de Bourdiaux ne faire vuidier
ses gens d’armes, tant que gens d’armes bretons ne
françois tenissent riens sus le païs. Et par especial on
lui disoit que chiaux de Besacq herioient trop [le
païs de] Bordiaux; et demanda li sires de Noefville
30 quel quantité de Bretons il pooit avoir en Besac. On
lui dist que il pooient estre environ cinc cens combatans.
[100] Adonc appella il le senescal des Landes, messire
Guillaume Helman, et messire Guillaume Scromp,
puis leur dist: «Prendés deux ou troix cens lances
de nos gens et ottant d’archiers, et allés veoir chiaux
5 de Besac, et faites tant que vous en delivrés le païs,
et puis entenderons à plus grant cose.» Li doi
chevalier ne veurrent mie desobeïr, mais prisent deux
cens lances des leurs et ottant d’archiers, et passèrent
le Garonne, et puis chevaucièrent vers Besac.
10 Che propre jour que li Englès chevauchoient, ossi
chil de Besach chevauçoient environ sis vins lances,
tout contremont la rivière de Garonne, pour sçavoir
se il trouveroient point de navie, et avoient à capitaine
un chevalier de Pieregorch qui s’appelloit messires
15 Bertrans Raymons, bon homme d’armes et allosés
durement. A une petite lieuwe de Besac, li Englès
et li François trouvèrent li un l’autre. Quant messires
Bertrans veï que combatre le convenoit, si ne
fu nient effraés, mais ordonna ses gens et mist en
20 bon convenant; et estoient presque tout gascon.
Evous venus les Englès, lances abaissies et ferant
chevaux des esporons quanques il pooient randonner,
et se boutèrent en iaux de plains eslais. Là
en y ot de premièr[e] venue des abatus des uns et
25 des autres, et fait tant mainte belle appertise d’armes.
Finablement li François gascoing ne peurent
souffrir ne porter le fais, car li Englès estoient
là grant fuison et toute gent d’eslite: si furent tout
chil de le garnison de Besac mort ou pris; petit s’en
30 sauvèrent. Et fu pris messires Bertrans Raimons et
prisonniers à messire Guillaume Helman; et, tantost
le camp delivré, il chevaucièrent devers Besac. Quant
[101] chil de la garnison veïrent que leurs gens estoient
mort et pris, si furent tout esbahi et rendirent le fort,
sauf leur vies. Ensi fu Besac englesse, et puis retournèrent
à Bourdiaux sus la Garonne.
5 § 71. Che propre jour fu la nuit de la Toussains,
l’an mil trois cens soissante et dis uit, que li Englès
retournèrent de Besach; et en ce propre jour vint li
rois de Navare à Bourdiaux, dont on ne se donnoit
de garde. Si le recheurent li Englès mout honnourablement
10 et le logièrent, lui et ses gens, à leur
aise; et lui demandèrent des nouvelles de son païs
et des Espaignols, car il en estoient chargiés de l’enquerre
et dou sçavoir. Il leur en dist assés, et respondi
plainement que Jehan, l’enfant de Castille, avoit
15 assegié Panpelune à grant puissance, et estoient mout
constraint chil qui dedens estoient. Si leur requeroit
et prioit, scelon l’ordonnance et commandement que
il avoient heu dou roi d’Engleterre et que il savoient
les grans alloiances que il avoient ensamble, que il
20 se volsissent prendre priès de conforter ses gens
et lever le siège. Chil chevalier d’Engleterre respondirent
que il en estoient en boine volenté et que
par iaux ne leur negligence ne demorroit pas le siège
à lever, mès en ordeneroient hasteement. Et disent
25 encores ensi: «Sire, vous retournerés en vostre païs,
et ferés un especial mandement et [assamblerés vos
gens, et nous serons là sur un certain jour; et quant
tous seront venus, nous en serons de plus forts ensemble],
car vos gens cognoissent mieux le païs que
30 nous ne fachons.» Li rois de Navare respondi que il
parloient bien et que ensi seroit fait. Despuis ces
[102] parolles ne fu il avoec les Englès que trois jours. Si
prist congié et se parti de Bourdiaux, et se mist au
retour et prist le chemin de la marine, car il y avoit
environ Bayone et le cité de Dax en Gascoingne
5 pluisieurs [fors] que Breton tenoient; et tant fist li
rois de Navare qu’il vint en le ville de Saint Jehan
dou Piet des Pors, et là se tint.
§ 72. Entroes que li rois de Navare fist son voiage
à Bourdiaux et sejourna là, et que depuis il retourna
10 en son païs, Jehans de Castille, aisnés fils au roi
Henri de Castille qui chiés se faisoit de ceste guerre,
et le connestable dou roiaume de Castille avoec
[lui], qui s’appelloit dans Pières de Maric, tenoient le
siège et avoient en devant tenu environ la bonne cité
15 de Panpelune et grant gent desous iaux. En leur
compaignie estoient li contes dant Alphons, li contes
de Medine, li contes de Marions, li contes de Ribède,
Pières Ferrans de Balesque et Pierres Gonsart de
Mo[n]desque et pluisieurs autres barons et chevaliers
20 de Castille et leurs gens. Et avoient cil Espaignol, en
venant devant Panpelune, pris et ars la ville de Lorinch
et le cité de Viane dalés Le Groing; et n’i avoit
seigneur nul en Navare, qui s’osast monstrer contre
iaux, mais se tenoit cascuns en son fort et ens es
25 montaignes. Et tout che savoit bien li rois de Navare, car
tous les jours il avoit messagiers allans et venans;
mais ils seulx n’y pooit remediier sans le poissance et
le confort des Englès.
Li sires de Noefville, qui se tenoit à Bourdiaux et
30 qui là estoit envoiés de par le roi d’Engleterre et son
conseil, ensi que vous sçavés, pooit bien savoir les
[103] nouvelles des grans alliances que li rois ses sires et li
rois de Navare avoient ensamble, et avoit ja prommis
au roi de Navare que il les acompliroit à son loial
pooir. Si pensa sus et appella messire Thomas Trivet,
5 un moult vaillant chevalier, et lui dist: «Messire
Thomas, vous savés comment nous sommes envoiié
par dechà pour regarder as frontières dou païs et bouter
nos ennemis hors, et pour conforter et conseillier le
roi de Navare; et ja a il chi esté et nous a remonstré
10 le grant besoing que il lui touche. Vous fustes presens
où je li heuch couvenant que il seroit servis et
aidiés. Il convient que il le soit: autrement, nous y
ariens blame, siques, chiers amis et compains, je vous
ordonne à estre chiés de nos gens en ceste guerre, et
15 voel que vous y allés à tout sis cens lances et mil
archiers. Et je demorrai en le marce de Bourdiaux,
pour tant que j’en suis senescaux et regars de par le
roi d’Engleterre, et entenderay as besoingnes qui y
demeurent, car encores n’est pas tous li païs bien
20 nettiés ne delivrés de nos ennemis.»--«Sires, respondi
messires Thumas, vous me faites plus d’onneur
que je ne vaille, et je obeïray à vous, car c’est raison,
et m’en acquiteray à mon loial pooir.»--«Messire
Thumas, respondi li sires de Noefville, de cela sui je
25 tous confortés.»
§ 73. Depuis ne demora gaires de temps que messires
Thommas Trivès ordonna toutes ses besoingnes
et se departi de la cité de Bourdiaus à toute sa charge
de gens d’armes et d’archiers, et prist le chemin de
30 Dax en Gascoingne. En sa compaignie estoient messires
Guillaumes Cendrins, messires Thumas Abreton,
[104] messires Jehan Afuselée, messires Henris Paule, messires
Guillaume Triquelet, messires Loys Malin, messires
Thumas Foucque, messires Robers Haston, Andrieux
[Hausdrach] et [Monnet] de Plaisac, gascons.
5 Quant ces gens d’armes et leur routes furent parvenues
jusques à Dax en Gascoingne, il oïrent là
nouvelles que li rois de Navare estoit à Saint Jehan
dou Piet des Pors et faisoit là son mandement et son
amas de gens d’armes; si en furent plus resjoï.
10 De la cité de Dax estoit capitains uns chevaliers
d’Engleterre, oncles à messire Thomas Trivet, qui
s’appielloit messire Mahieu de Gournay, liquels rechut son
[nepveu] et tous les autres moult liement et les aida
tous à logier. Li intencion de messire Thumas Trivet
15 estoit telle que d’aler tout droit son chemin et sans
arrest; mès monseigneur Mahieux de Gournay li dist:
«Biaux niés, puisque vous estes chi à poissance de
gens d’armes et d’archiers, il fault delivrer le païs de
aucuns Bretons et François qui tiennent bien douse fors
20 entre chi et Bayonne. Autrement, se vous les laissiés
derrière, il vous porteront en cel yver trop de contraires;
et, là où vous le ferés, le païs vous en sara
bon gré, et je vous en prie.»--«Par ma foy, respondi
messires Thommas, et je le voel.»
25 Assés tost apriès ces parolles, il fist ordonner ses
besongnes, et se misent toutes manières de gens
d’armes et d’archiers sus les camps, et vinrent devant
un fort que on clamoit Monpin, que Bretons tenoient;
et en estoit capitaine uns escuiers de la conté de
30 Fois, que on appeloit Tallardon. Sitost que ces gens
d’armes furent là venu, il commenchièrent à assaillir
fort et dur, et fut appertement continués li assauls et
[105] tant que de force li fors fu pris. Si furent mort tout
chil qui dedens estoient, exepté Taillardon, mès il
demora prisonniers. Si fu li castiaux remparés et
rafreschis de nouvelles gens; et puis passèrent oultre,
5 et vinrent devant un fort que on clamoit Clarelack,
et le tenoient Gascons. Quant ces gens d’armes
furent venu, il assallirent tantost, mais il ne l’eurent
mie d’assault ne le premier jour; si se logièrent.
Quant ce vint à l’endemain, il retournèrent tout à l’assaut
10 et l’assallirent de si grant volenté que de force
il le prisent. Si furent tout mort chil qui dedens
estoient, hormis le capitaine qui estoit bretons bretonnans
et s’appeloit Yvenès Apprissedi. Chis demora
devers les Englès prisonniers, et fu li castiaus tous
15 ars. Et puis passèrent oultre, et s’en allèrent devant
un autre fort que on nommoit Besenghen; et en estoit
cappitaine uns escuiers gascons qui s’appelloit Rogiers
de Morelach. Li Englès furent deus jours devant ainchois
que il le heussent; et quant il l’eurent, ce fu par
20 traictiet, et s’en partirent tout chil qui dedens
estoient, sain et sauf et sans damage, et se retraïst
cascuns où il amoit le mieux.
§ 74. De ce castiel vinrent il devant Tasseghen, un
castiel seant à trois lieuwes de Bayone, et misent là
25 le siège. Sitost que li Bayonnois sceurent que li castiaux
estoit assegiés, il en furent mout resjoï et vinrent
là au siège bien cinc cens hommes de le ville à
lances et à pavais, et y firent acariier le plus grant
engien de Bayone. Chil de le garnison de Tasseghen
30 avoient porté tant de contraires as Baïonnois que pour
ce les desiroient il mout à tous destruire; et jamais ne
[106] les heussent heus, se n’eust été le sens et l’avis des
Englès. Avoecq encores toute leur force il furent là
quinse jours, ainchois que il les peussent avoir, et
quant il l’eurent, ce fu par traictiet. Encores s’en
5 partirent il sans damage et sus le conduit et sauveté
de messire Thumas Trivet, qui les fist mener et conduire
jusqu’à Bregerach qui se tenoit franchoise. Si
acatèrent le castiel chil de Bayone as Englès trois mil
frans, et puis l’abatirent et en fisent mener toute la
10 pière à Bayone, ne onques depuis n’y heut chastel.
Si s’en vinrent li Englès rafresquir à Bayone, où il
furent recoellit à grant joie et heurent toutes coses à
leur volentet parmi leurs deniers païans.
§ 75. Li rois de Navare, qui se tenoit en la ville de
15 Saint Jehan dou Piet des Pors, estoit durement courouchiés
de ce que li Englès sejournoient tant à venir,
car ses païs estoit en très grant peril. Et bien vous di
que Panpelune eust esté prise et conquise des Espaignols,
se n’eust esté li sens et la boine garde dou
20 visconte de Chastielbon, qui en estoit cappitaine à
tout deus cens lances de Gascons et Foisois; mais li
sens de lui et la bonne ordonnance le garda de tous
perils.
De la ville de [Thudelle] en Navare estoit capitaine
25 messires Perducas de Labreth. De la cité de Mirande
estoit cappitains li contes de [Pallas], et avoec lui
messires Rogiers, ses frères. De une autre forte ville
en Navare que on appelloit Arques, estoit cappitaines
uns chevaliers de Casteloingne qui s’appelloit messires
30 Raymons de Baghes. Sur le fiance de ces cappitains
se tenoit li rois de Navare à Saint Jehan du Piet
[107] des Pors, et les laissoit convenir. Mais tous li plas
païs environ Panpelune estoit rifflés et perdus, ne
nuls ne tenoit les camps fors li Espaignol, et cuidoient
bien que par lonc siège la cité de Panpelune
5 se deuwist rendre, mais il n’en estoient en nulle
volenté, car li viscontes de Castielbon et li sires de
Lescut et Guillaumes de Pans et Hortingos ensongnièrent
grandement et tant que li Espaignol se commenchièrent
tout à tasner, car li yviers leur venoit
10 et estoit environ le Saint Andrieu. Si leur commencièrent
vitailles à faillir, et, se n’eust esté le visconte
de Rochebertin, qui les rafresqui de gens d’armes et
de soixante sommiers de vitaille, il se fussent parti
très le Toussains.
15 Li rois de Navare envoia un sien chevalier qui
s’apeloit messires Pierres li Bascles, devers les Englès,
en priant que il se volsissent delivrer, et que trop
longhement metoient au venir, scelon ce que besoings
touchoit et que il avoient heu en convenant. Li chevaliers
20 esploita si bien qu’il vint en le marce de
Bayone et trouva les Englès devant un chastel qui
s’appielle Pouillac. Si fist son message bien et à point
et tant que messires Thumas Trivès dist que, ce fort
conquis par traictié ou autrement, il n’entenderoit
25 jamais à autre cose si seroit allés en Navare, et que,
sus ceste parole, li chevaliers pooit bien retourner, et
retourna. Ne demora depuis que deus jours que li
castiaus se rendi par traictiet, et se partirent chil qui
dedens estoient, et fu rafresqui de nouvelles gens.
30 Che castiel pris, le païs demora assés à paix. Encores
y avoit aulcuns petis fors qui se tenoient, moustiers
et eglises, et qui heriioient le païs quant il pooient,
[108] mais il n’avoient nulle poissance grant. Si ne veurent
mie li Englès plus sejourner, mais disent que il voloient
aller en Navare et lever le siège de Panpelune
et com[ba]tre les Espaignols.
5 § 76. Messires Thommas Trivès et messires Mahieus
de Gournay et toutes leurs gens s’en retournèrent à
Dax en Gascongne, et là sejournèrent par quatre
jours et s’i rafresquirent. Au cinquime jour, il s’en
partirent et prisent le chemin de Navare; mais messires
10 Mahieus de Gournay retourna en le cité de
Bayone avoec chiaux de sa delivrance, pour garder le
païs et reconquerir cel yvier aucuns petis fors qui se
tenoient de Bretons.
Tant esploitièrent messire Thumas Trivès et se
15 route que il vinrent à Saint Jehan dou Piet des Pors,
et là trouvèrent le roi de Navare qui les rechut à
grant joye. Si se logièrent li chevalier en le ville, et les
gens d’armes et li archier sus le païs au mieux qu’il
peurent. Li rois de Navare, endevant ce, avoit fait un
20 très grant mandement par son païs que toutes manières
de gens, en eage pour porter armes, venissent
devers lui et se assamblassent devant la cité de Mirande.
Nuls n’osa desobeïr au commandement dou
roi, et se pourveïrent et apparillièrent parmi Navare
25 chevalier et escuier et toutes autres gens as lances et
as pavais, et [s’ordonnèrent] pour venir devant Panpelune
combatre les Espaignols.
Nouvelles vinrent en l’ost que li Englès à tout
grant poissance estoient avoecq le roi de Navare à
30 Saint Jehan dou Piet des Pors et que il se trouvoient
bien vint mil hommes d’armes parmi les archiers
[109] pour iaux venir combatre. Adonc se misent les capitaines
ensamble pour conseillier quel cose il feroient
et comment il se maintenroient, se il attenderoient
le roi de Navare ou non, ou se il retrairoient. Là
5 heut en l’ost grant conseil et longhement parlementé.
Et voloient li aucun des capitaines que li Englès et
Navarois fussent attendu; et li autre disoient non, et
que il n’estoient point si fort que pour attendre tel
poissance encores en l’ivier, et que par lonc siège il
10 estoient trop travilliet. Chis parlemens fu longhement
debatus. Toutesfois finablement uns certains
arriest et consaux fu donnés dou deslogier et retraire
tout sagement et bellement en leur païs. Et che qui
plus les inclina à ce faire, car bien disoient li pluisieurs
15 vaillans hommes, chevalier et escuier usé d’armes,
que point ne faisoient leur honneur, che fu ce
que dans Henris de Castille, estans en son païs puis
quinse jours, avoit remandé son fils et ne voloit plus
que li sièges se tenist devant Panpelune. Si se deslogièrent
20 li Espagnol. A leur deslogement, il boutèrent
les feus dedens leur logeis, et retraïsent devers Le
Groing et devers Saint Dominique en Castille. Quant
chil de Panpelune, qui estoient mout abstraint, veïrent
les deslogemens, si en furent tous resjoïs, car il n’avoient
25 pas esté toudis à leur aise.
§ 77. Nouvelles vinrent au roi de Navare et as Englès
qui se tenoient à Saint Jehan dou Piet des Pors
que li Espaignol estoient deslogiet et retrait en leur
païs; si en furent par semblant tout courouchiet, car
30 volentiers les heussent combatus. Nonobstant ce, il
se deslogièrent de là où il estoient logiet, et s’en
[110] vinrent vers Panpelune. Si trouvèrent le [vis]conte de
Chastelbon et le seigneur de Lescut et les autres qui
les recoeillirent liement. Quant ces gens d’armes et
leurs routes se furent deux ou trois jours rafresquis
5 à Panpelune, il heurent conseil que il se partiroient
et s’en iroient par garnisons pour estre mieux au
large et pour plus aise passer l’ivier, car les montaignes
de Navare sont trop dures et trop froides en
yvier pour hostoyer et trop y a de nège. Si furent ordené
10 li Englès que de aller à Thudelle, et là allèrent.
Et li contes de Palas et messires Rogiers, ses frères,
s’en allèrent à Corelle, et li sires de Lescut au Pont
la Roïne, li viscomtes de Casti[e]lbon à Mirande, et
Monnet de Plaisac à Caskain. Ensi se departirent ces
15 gens d’armes, et li rois de Navare [demora] à Panpelune
o chiaux de son hostel. Ensi se tenoient ces
garnisons en Navare tout en paix et sans riens faire,
et ne monstroient point que en l’ivier il volsissent
chevauchier. De coi tout li Espaignol ossi se departirent,
20 et s’en alla li rois dans Henris à Sebille pour là
sejourner, et y mena sa femme et ses enfans.
Messires Thumas Trivès et si compaignon qui se
tenoient à Thudelle et qui encores n’avoient riens fait
despuis qu’il vinrent en Navare, entendirent par
25 leurs espies que li Espaignol estoient retrait. Si se
avisèrent que il chevaucheroient vers Espaigne pour
emploier leurs gaiges, car li yviers, quoiqu’il fust
mout avant, estoit si courtois que riens de froit n’y
faisoit, mais ossi souef que en waïn. Si misent secretement
30 une chevaucie sus de gens d’armes, d’archiers
et de pavescheurs, et le segnefièrent au conte de
Pallas et à monseigneur Rogier, son frère, et y vinrent
[111] à tout deus cens lances et trois cens pavescheurs.
Si fisent chargier sus sommiers grant plenté de pourveanches,
vins et vivres, et s’assemblèrent tous à Thudelle,
et pooient estre en tout uit cens lances et
5 douse cens archiers et ottant d’autres gens, brigans
et pavescheurs. Et puis se departirent et vinrent
droitement la vegille dou Noël, en une belle praerie
et sus une rivière au piet de la montaigne de Mont
Kaieu, laquelle depart les trois roiaumes, Navare,
10 Castille et Arragon. Et d’autre part la montaigne est
uns païs en Castille qui s’appielle le Val de Sorie; et
fist ce jour si bel et si caut que il se disnoient tout
seant à table ou sus leurs sommiers en purs leurs
chiefs.
15 § 78. Quant il heurent disné, toutes les cappitaines
se traïsent ensamble à conseil pour savoir comment
il se maintenroient pour celle nuit et se il se
tenroient là le jour dou Noël, ou se il feroient aucun
esploit d’armes, car il estoient à l’entrée de le terre
20 de leur ennemis. Conseillié fu que de nuit il chevauceroient
et venroient, à l’ajournement dou jour de
Noël, eschieller la cité dou Val de Sorie. Chis consaus
fu tenus et arrestés, et s’ordonnèrent toutes manières
de gens sur che, et ne devoient estre à che faire
25 que trois cens lances; et demoroient tout li demorant
et gent de piet et leurs pourveances là où il
estoient logiet, jusques à l’endemain qu’il leur
seroit segnefié comment il aroient esploitié. Li contes
de Palas à tout cent lances, li viscontes de Castelbon
30 à tout cent lances et messires Thumas Trivès et se
route avoient guides qui les devoient mener, et
[112] devoient chevauchier en trois routes et en troix
agais pour plus secretement faire leur emprise et
mieux venir et plus aise à leur entente. Environ deus
heures de nuit, il s’armèrent tout et furent as chevaus,
5 et n’avoient nulles trompettes, mais les capitaines
et guides savoient bien les certains lieus où il
se devoient retrouver pour venir tout et d’un point
devant le Val de Sorie. Et avoient ja passet le montaigne
et trespasset, et chevauchoient sur les plains,
10 quant uns gresis et une grosse nège commencha à
venir si fort et si roit que merveilles fu; et là dirent
les ghides qu’il avoient perdu leur chemin, et furent
en grant destroit de froit et de nège, et chevaucièrent
à l’endemain jusques à nonne, ainchois qu’il
15 peussent trouver l’un l’autre. Cheste mesaventure
des Englès cheï grandement à point pour chiaux dou
Val de Sorie qui ne se donnoient garde de ceste
[chevauchée et] embusce, car, se il se fussent tout
trouvé ensamble à l’heure que ordonnée il avoient,
20 il l’eussent heu par eschiellement ne ja n’i heussent
failli.
§ 79. Quant messires Thumas Trivès et chil qui
ces gens d’armes menoient veïrent que il avoient
failli à leur entente, si furent durement courouchié;
25 si se recoellirent et remisent ensamble au mieux
qu’il peurent, et puis heurent nouvel conseil. Si se
conseillièrent de boire un cop sus les sommiers et
puis envoiier courir devant le Val de Sorie. Ensi fu
fait. Tantost apriès le desjung qui fu mout brief,
30 messires Raymons de Baghes, navarois, fu esleus à
quarante lances de faire une course devant la ville
[113] pour atraire les geniteurs qui le gardoient. Si chevaucha
li chevaliers et li sien devant le Val jusques as
barières, et là ot grant escarmuche, car chil geniteur,
qui estoient bien deus cens, saillirent tantost hors
5 et commencièrent à traire et à lanchier sus ces gens
d’armes, qui petit à petit se reculoient pour iaux traire
plus avant hors de leur ville. Et vous di que il heussent
vaillanment foulé ces gens d’armes, se li embusche
ne fust traite avant; mais il vinrent tout esperonnant
10 jusques à là, abaissant les lances et frapant
en iaux. Si en y ot de premièr[e]s venues mout d’abatus,
de mors et de bleciés, et furent rebouté, à
leur grant damage, dedens leur ville. Si fremèrent
leurs barrières et leurs portes, et puis montèrent as
15 cretiaux, car il cuidoient bien avoir l’assaut; mais
non heurent, car li Englès et li Navarois se retraïsent
et rappassèrent la montaigne de Mont Kayeu tout
de jour et revinrent à leurs logeis où il trouvèrent
leurs gens. Si se tinrent là celle nuit, et l’endemain,
20 qui fu le jour Saint Estiène, il se retraïsent devers
une ville prochaine de là, que on dist Cascan, en
Navare; et là trouvèrent le roi qui y estoit venus
le vegille dou Noël. Mais, en venant en la ville de
Cascan, li Englès ardirent le jour Saint Estièvene aucuns
25 villages ou Val de Sorie, et par especial un gros
village qui s’appelle Nigrète, et le pillèrent tout.
§ 80. Les nouvelles vinrent au roi dan Henri de
Castille, qui se tenoit à Sebille ou [cuer] de son
royaume, que li Englès avoient chevaucié et ars ou
30 Val de Sorie, en faisant guerre pour le roi de Navare.
Si en fu durement courouchié et jura que che
[114] seroit amendé, et escripsi tantost lettres devers son
fil Jehan de Castille, en lui mandant expressement
que il fesist un mandement par tout son roiaume
des nobles, et les assemblast, car il seroit temprement
5 en Espaigne et se contrevengeroit sur le roi de Navare
des despis que on lui avoit fais. L’enfant de
Castille ne volt ne n’osa desobeïr au commandement
de son père, et fist et intima le mandement, ensi que
commandé lui fu.
10 Entroes que ces gens d’armes s’assemblèrent et que
li rois Henris estoit encores à venir, messires Thumas
Trivès se avisa que il metteroit sus une petite chevaucie
de gens d’armes et iroit devant une ville en
Espaigne que on dist Alphore. Si se parti un soir de
15 Caskan et dou roi de Navare, et chevaucha; et n’avoit
en sa compaignie que cent lances, mais c’estoient
toutes gens d’estoffe. Et chevaucièrent devers Alphore:
sus l’adjournement, il vinrent à une petite
lieuwe de le ville et se boutèrent là en embusche. Si
20 furent envoiiet pour courir devant le ville messires
Guillaumes Cendrins et Andrieus Hausdrac, et avoient
en leur compaignie environ dis lances: si vinrent
jusques à un rieu qui queurt devant la ville, lequel
on passe oultre à grant meschief. Touteffois il le
25 passèrent, et fisent Andrieus Hausdrac et Pières
Mascles, navarois, saillir oultre leurs coursiers, et
vinrent jusques as barrières. Adonc commencha li
effrois grans et fors à lever en la ville, et sonnèrent
leur trompettes les gens d’armes qui dedens estoient.
30 Si s’assemblèrent et ouvrirent leur portes et les barrières;
si se misent tout au dehors et commenchièrent
à traire et à escarmuchier. Des dis lances n’en y
[115] avoit plus qui heussent passé le rieu, que les deux
dessus nommés. Si retournèrent, quant il veirent le
faix venir et fisent rassaillir leurs coursiers oultre.
Chil d’Alphore veïrent que ces gens n’estoient c’un
5 petit et riens ne savoient de leur embusche: si les
sieuwirent caudement de près et passèrent le rieu à
un pont amont où il savoient bien le passage.
Ches dis lances se fisent cachier jusques à leur enbusche;
adonc sallirent avant messires Thumas Trivès et
10 li aultre, en escriant leur cri, et se boutèrent en ces
gens qui estoient yssu hors d’Alphore et en portèrent
à ce commenchement de leurs lances grant fuison
à terre. Au voir dire, li Espaignol ne peurent
longhement durer contre les Englès et retournèrent
15 qui mieux mieux; mais trop petit s’en sauvèrent, qui
ne fussent mort ou pris. Li effrois fu grans en la
ville, et le cuidièrent li Englès trop bien avoir de
venues [pour tant que il veoient que les gens du lieu
se desconfissoient], mès non heurent, car les femmes
20 de la ville le sauvèrent et recouvrèrent par leur bon
convenant. Car entroes que li Englès passoient le rieu,
elles [s’ensonnièrent] et vinrent clorre et fermer les
barrières et le porte, et puis montèrent as cretiaux de
la ville et monstrèrent grant volenté de elles deffendre.
25 Quant messires Thumas Trivès en veï l’ordenanche,
si dist en riant: «Velà bonnes femmes! Retournons
arrière; [nous n’avons riens fait.» Adonc
retournèrent il et passèrent le rieu où il l’avoient
passé, et retournèrent] vers Caskan et enmenèrent
30 leur prisonniers, et tant fisent que il y parvinrent.
De ceste chevauchie acquist grant grace messires
Thumas Trivès au roy de Navare.
[116] § 81. Environ quinse jours après que messires
Thumas Trivès ot fait ceste chevaucie devant Alphore
et que il fu retraict en la garnison de Caskan, Jehans,
fils au roi dant Henri de Castille, qui son mandement
5 avoit fait par tout le roiaume de Castille au
commandement et ordonnance de son père, s’en vint
à Alphore à tout vint mil hommes à cheval et à piet,
en grant volenté de combatre les Englès et les gens
le roi de Navare. Quant li rois de Navare sceut ces
10 nouvelles, il s’en vint à Thudèle, et messires Thumas
Trivès et li Englès en sa compaignie, et manda tous
chiaux des garnisons dou roiaume de Navare. A son
mandement ne volt nuls desobeïr, et vinrent tantost
devers lui et se logièrent à Thudelle ou là environ,
15 et n’atendoient autre cose que li Espaignol chevauchassent.
Ossi li Espaignol n’atendoient aultre cose
que li rois Henris fust venus, liquels se parti de
Sebille à grant gent et chevaucha parmi sen roiaume,
et fist tant que il vint à Saint Dominge, et là s’arresta;
20 et ses gens se logièrent sus les camps et desoubs
les oliviers. Quant Jehans, ses fils, sceut que ses pères
estoit venus à Saint Dominge et là logiés, si se parti
de Alphore et là se retraïst et toutes ses gens. Et vous
di que c’estoit li intencions des Espaignols de venir
25 mettre le siège devant Tudèle, et enclorre le roi de
Navare là dedens, ou combatre. De tout ce estoit li
rois de Navare tous enformés, et bien veoit et savoit
que il n’avoit mie puissance de attendre à bataille le
roi Henri [si estoffeement acompaigné], car il avoit
30 plus de quarante mil hommes à cheval et à piet.
Entre le roi Henri et le roi de Navare avoit aucuns
sages vaillans hommes de l’un roiaume et de l’autre,
[117] prelas et barons, qui ymaginoient le grant peril et
damaige qui entre iaux naistre en porroient, se par
bataille s’entre encontroient. Si commenchièrent à
traictier sus une partie et l’autre d’un respit avoir
5 pour mieux amoiienner les besoingnes. Et convint les
traicteurs avoir beaucoup de paine et de traveil
d’aller de l’un à l’autre, ainchois que la besoingne
se peust entamer, car li Englès, qui se trouvoient bien
doy mille, se tenoient grant et orgheilleux contre les
10 Espaignols et conseilloient au roi de Navare la bataille.
D’autre part, li Espaignol, qui estoient grant
fuison, amiroient petit les Englès ne les Navarois:
pour tant estoient li traictié plus dur à conclurre.
Nequedent tant y traveillèrent chil qui s’en essonnièrent,
15 que uns respis fu pris entre ces deux rois et
leurs roiaumes à durer sis sepmaines, et là endedens
bonne paix, mais que on l’i peust trouver. Et estoit
li intencion des traicteurs que uns mariages se feroit
de l’enfant de Castille, aisné fil au roy Henri, à la
20 fille dou roi de Navare, par coy plus sceure et
plus ferme pais demorroit et seroit entr’iaux à tousjours.
A ce entendoit li rois de Navare volentiers, car
il veoit sa fille hautement mariée et dalés lui. Chis
premiers traictiés ne se peut tenir, car l’enfant de
25 Castille estoit obligiés ailleurs par mariage.
Or fu regardé des prelas et barons de l’un roiaume
et de l’autre, que Charle de Navare, aisné fils dou
roi de Navare, aroit la fille dou roi dant Henri. Chis
traitiés passa oultre, parmi tant que li rois dant
30 Henri devoit tant faire envers le roi de France, en
cui garde Charle de Navare estoit, que il devoit
retourner en Navare, ensi qu’il fist. Car à sa prière li
[118] rois de France l’i renvoia, et deubt, parmi le mariage
faisant, li rois de Navare prester dis ans, en cause de
sceureté, au roi Henri le ville et le castel de l’Estoille,
le cité et le chastel de Thudelle, le ville et le chastel
5 de la Garde; et devoit li rois Henris rendre as Englès
messire Pière de Courtenay qui estoit son prisonnier,
ensi qu’il fist, et le seigneur de Lespare, gascon.
Toutes ces coses furent seelées, confermées et
accordées et jurées à tenir fermes et estables à tousjours
10 mais entre l’un roi et l’autre et leurs roiaumes;
et quiconques les brisoit ne rompoit par aucune incidence,
il se metoit et soubmettoit en la sentence
dou pape.
§ 82. Entroes que cil traictié se faisoient et composoient,
15 li rois de Navare, qui estoit tenus devers
les Englès en le somme de vint mil frans, pour lui
acquiter envers iaux, [envoya] en Arragon le visconte
de Chastelbon pour querir ces deniers et emprunter
au roi d’Arragon, liquels rois lui presta volentiers.
20 Mais ses bonnes villes en demorèrent en plèges, telles
que Panpelune, Mirande, le [Pont] le Roïne, Corelle
et Saint Jehan dou Piet des Pors. Ensi furent li Englès
paiiés [et delivrés], et se partirent content dou
roi de Navare et retournèrent arrière à Bourdiaus et
25 de là en Engleterre. Et li mariage se fist de Charle
de Navare et de la fille au roi Henri qui s’appielloit
Jehanne, mout belle dame.
En cel an, trespassa li rois dans Henris de Castille,
dont tous ses roiaumes fu durement courouciet.
30 Tantost après son trespas, li Espaignol et li Castellain
couronnèrent à roi son aisnet fil dant Jehan. Si
[119] demora rois par l’acort des prelas et des barons dou
roiaume d’Espaigne, de Castille, de Galice, de Sebille
et de Corduan, et li jurèrent tout foi et hommage
à tenir à tousjours mais. Adonc s’esmut la
5 guerre entre le roi de Portingal et le roi Jehan de
Castille, qui dura mout longhement, sicomme vous
orrés recorder avant en l’istore; mais nous retournerons
as besoingnes de France.
§ 83. Vous avés bien chi dessus oï recorder comment
10 li sires de Moucident se tourna françois par le
prisse où il fu pris à Ymet en Gascongne, et comment
il vint en France veoir le roi de France et
sejourna bien un an ou plus à Paris. Et tant i fu
que il i prist desplaissance, car il cuida au
15 commenchement et ossi [au] definement trouver au roi de
France tel cose que il ne trouva mies, dont il se
merancolia et se repenti grandement de ce que il
estoit tournés françois; mais il dissoit que ce avoit
esté par constrainte et non par autre voie. Si s’avisa
20 que il s’embleroit de Paris, où il avoit trop sejourné,
et retourneroit en son païs et se renderoit englès,
car mieux en corage li plaissoit li services dou roi
d’Engletière que dou roi de France. Si [fist] ensi
comme il l’ordonna, et donna à entendre à tous
25 chiaulx dont il avoit la connissance, excepté à chiaux
de son conseil, que il estoit dehaitiés. Si monta un
soir à cheval li troisime, tous desconneux, et se
parti de Paris et chevaucha vers son païs: ses gens
petit à petit le sievirent. Tant esploita par ses journées
30 que il vint à Bourdiaux. Si trouva là messire
Jehan de Nuefville, senescal de Bourdiaulx, à qui il
[120] recorda son aventure: si se tourna englès et dist que
il avoit plus chier à mentir sa foi deviers le roi de
France que enviers son naturel signeur le roi d’Engletière.
Enssi demora li sires de Moucident englès
5 tant comme il vesqui. De quoi li dus d’Ango fu
moult courouchiés et dist bien et jura que, se jamais
le tenoit, il li toroit la teste. De che estoit li sires de
Moucident tous enfourmés et avisés: si se gardoit
dou mieux qu’il pooit.
10 § 84. Encores se tenoit li sires de Lagurant
françois, liquels estoit uns moult apers chevaliers, et
faissoit pluiseurs contraires en la terre les signeurs
retournés englès qui li marcissoient, tels que le
signeur de Moucident, le signeur de Rosem et le
15 signeur de Duras. De quoi chil troi baron estoient
moult courouchiet, et metoient grant entente à ce
que il le peuissent ochire ou faire ochire, car il leur
estoit trop fors ennemis. Li sires de Lagurant, qui
estoit uns chevaliers de grant volenté, chevauchoit
20 un jour [et avoit] en se compaignie environ quarante
lances; et vint assés priès de une garnisson englesche
que on dist Canillac, qui estoit de l’iretage le captal
de Bues et à son frère. [Si] fist une embusce de ses
gens en un bois et dist: «Demorez chi. Je voel aler
25 tous seulx courir devant che fort pour savoir se nuls
saudra hors contre nous.» Ses gens demorèrent. Il
chevaucha oultre montés sur fleur de coursier, et vint
devant les barrières de Canillac et parla as gardes et
demanda: «Où est Bernars Courans, vostre cappitaine?
30 Dites li que li sires de Lagurant li demande
une jouste. Il est bien si boin homme d’armes et si
[121] vaillans que il ne le refusera pas pour l’amour de sa
dame; et, se il le refuse, il li tournera à grant blame,
et dirai partout où je venrai, que il m’ara refusé
par couardisse une jouste de fier de lance.» A la
5 barrière, pour l’eure, estoit uns des varlès Bernart
Courant, qui li dist: «Sire de Lagurant, j’ai bien
oï [vostre parole]. Or vous souffrés un petit: je irai
parler à mon maistre. Ja ne sera reprocié que par
lasqueté il vous refusse, mais que vous le voelliez
10 atendre.»--«Par ma foi, respondi li sires de
Lagurant, oïl.» Li varlès se part[i] et vint en une
cambre où il trouva son maistre: [si] li recorda les
parolles que vous avés oïes. Quant Bernars ot che
entendu, [si] li engroissa li cuers ou ventre, et felenia
15 grandement et dist: «Çà, mes armes! Ensielés
moi mon coursier: il n’en ira ja refussés.» Tantos
fu fait: il s’arma et monta à cheval, et prist sa targe
et son glave, et fist ouvrir la porte et la barrière, et se
mist as camps.
20 Quant li sires de Lagurant le veï venir, si fu tous
resjoïs et abaissa son glave, et se mist en ordenance
de bon chevalier, et ossi fist li escuiers; si esperonnèrent
leurs chevaulx. Tout doi estoient bien monté
et à volenté; si se consievirent si roidement des
25 glaves enmi leurs escus que elles vollèrent en pièces.
Au passer oultre, Bernars Courans consieuwi à meschief
de l’espaulle le signeur de Lagurant et le bouta
hors de sa selle et le jetta sus la terre. Quant Bernars
Courans le veï aterré, il fu tous resjoïs et tourna
30 tout court son coursier sus li, et à ce que li sires de
Lagurant se releva, Bernars, qui estoit fors escuiers
et appers, le prist à deux mains par le bacinet et le
[122] tira si fort à lui que li esracha hors de la teste et le
jetta desoulx son cheval. Les gens le signeur de
Lagurant, qui estoient en l’embusce, veoient bien
tout ce: si se commenchièrent à desrouter pour
5 venir celle part et rescoure leur signeur. Bernars
Courans regarda sus costé et les veï venir: si
traïst sa dague et dist au signeur de Lagurant:
«Rendez vous, sire de Lagurant, mon prisonnier,
rescous ou non rescous; ou autrement vous
10 estes mors.» Li sires de Lagurant, qui avoit fiance
en ses gens pour estre rescous, se taissi tous quois
et riens ne respondi. Quant Bernars Courans veï che
que il n’en aroit autre cose, si fu tous enflamés d’aïr
et se doubta que il ne perdesit le plus pour le mains,
15 et li avalla une dague que il tenoit sus le cief que il
avoit [tout nut] et li embara là dedens; et puis le
rasache, et fiert cheval des esperons et se relance ens
es barrières, et là descent, et se met en bon convenant
pour li deffendre et garder, se il besongnoit. Quant
20 les gens le signeur de Lagurant furent venus jusques
à lui, il le trouvèrent navré à mort. Si furent tout
courouchié et en ordonnèrent et aparillièrent au
mieux qu’il peurent, et le raportèrent arrière en son
chastiel; mais il morut à l’endemain. Enssi avint en
25 che tamps en Gascongne de che signeur de Lagurant.
§ 85. En che tamps avint uns fais d’armes en Rocelois,
car Helios de Plaisac, uns moult adurés escuiers
et vaillans homme as armes, estoit cappitainne de
Bouteville, un fort englès, et tenoit là en garnisson
30 environ sis vins lanches de compaignons englès et
gascons qui moult constraindoient le païs et couroient
[123] priès que tous les jours en devant la Rocelle
[et] en devant Saint Jehan l’Angelier, et tenoient ces
deus villes en tels doubtes que nuls n’ossoit issir fors
en larcin. Dont li chevalier et li escuier dou païs
5 estoient moult courouchiet, et s’avisèrent un jour
qu’il i pourveroient de remède à leur loial pooir,
car il seroient de leurs ennemis mort ou pris sus les
camps. Si se quellièrent et asamblèrent en la Rocelle
environ deus cens lances, car ce estoit la ville où
10 Helios et li sien couroient le plus souvent devant; et
là estoient de Poito et de Saintonge, li sires de Tors,
li sires de Puissances, messires Jaques de Surgières,
messires Perchevaux de Coulongne, messires Renaulx
de Touwars, messires Hues de Vivonne et pluiseurs
15 autres en grant volenté de rencontrer leurs ennemis.
Et seurent ces cappitainnes par leurs espies que
Helios de Plaisac chevauceroit et venroit devant la
Rocelle aquellir le proie. Si se ordonnèrent selonc
che et se partirent dou soir, tout bien armé et monté
20 à cheval, et se missent as camps. A leur departement,
il ordonnèrent que, à l’endemain bien matin,
on mesist tout le bestail hors as camps à l’aventure.
Enssi fu fait que ordonné fu.
Quant che vint au matin, Helios de Plaisac et sa
25 route s’en vinrent courir devant la Rocelle et ferir
jusques as barrières. Entrues chil qui commis i
estoient, asamblèrent toute la proie et le fissent mener
des hommes dou païs devant iaulx. Il ne l’eurent
pas mené une lieuwe quant evous les François qui
30 estoient plus de deus cens lances, qui leur vinrent
sus elle; et ne s’en donnoient garde li Englès, et se
boutèrent de plains eslais et as roides lances sus leurs
[124] ennemis. De premières venues, il en i eut pluiseurs
rués jus à terre. Là dist Helios de Plaisac: «A piet,
à piet, tout home! et nuls ne fuie, et lesse cescuns
aler son cheval. Se la journée est nostre, nous arons
5 chevaulx assés; et, se elle est contre nous, nous no[u]s
passerons bien de chevaus!» Là se missent Englès et
Gascon et cil dou costé Heliot tout à piet et en bon
convenant. Ossi fissent li François, car il doubtèrent
à perdre leurs chevaulx dou [fer] des glaves. Là eut
10 dur rencontre et forte bataille et qui longuement
dura, car il estoient tout main à main; et pousoient
de leurs glaves si roit là où il carquoient, que il se
mettoient jusques à l[e] grosse alainne. Là ot fait pluiseurs
grans appertises d’armes, mainte prise et
15 mainte rescouse. Finablement, li Poitevin et li Saintongier
obtinrent le place, et furent leur ennemi
desconfi, tout mort et tout pris, petit s’en sauvèrent,
et toute la proie rescousse, et Helios de Plaisac pris et
amenés en le Rocelle. Tantos apriès ceste avenue,
20 on ala devant le castiel de Bouteville qui fu pris; et
legiers estoit à prendre, car on n’i trouva nullui.
Enssi fu Bouteville franchoisse, dont tous li païs
d’environ eut grant joie, et demora Helios de Plaisac
en prison un lonc tamps.
25 § 86. En che tamps retournèrent en Engletière
messires Thumas Trivès, messires Guillaumes Helmen
et li aucun chevalier et leurs routes qui avoient esté
en Espaigne et aidiet à faire la guerre le roi de
Navare. Si se traïssent tantos deviers le roi d’Engletière,
30 qui pour ce tamps estoit à Cartesée, et si doi
oncle, li dus de Lancastre et li contes de Cambruge,
[125] dallés li. Si furent li chevalier liement requelliet
dou roi et des signeurs, et furent enquis et examiné
à dire nouvelles. Il en dissent assés, toutes celles que
il savoient et coument li affaires s’estoit portés en
5 Espaigne et en Navare, et de la pais qui estoit entre
le roi de Castille et le roi de Navare, et comment li
rois de Navare avoit mariet Carle, son ainsnet fil, à
la fille dou roi dan Henry, et tout de point en point
comment li traitiet s’estoient porté. Li dus de Lancastre
10 et li contes de Cambruge estoient durement
pensieu sus ces parolles, car il se dissoient et tenoient
ho[i]rs de toute Espaigne de par leurs femmes. Si
demandèrent en quel tamps li rois Henris bastars
estoit mors et se li Espagnol avoient couronné à
15 roi son fil. Messires Thumas Trivès et messires Guillaumes
Helmen respondirent, et cascuns par soy:
«Mi chier signeur, à la mort dou roi Henri ne au
couronnement de son fil ne fumes nous pas, car
pour che tamps nous estions retrait en Navare; mais
20 vechi un hiraut qui i fu: si le poés savoir par lui,
se il vous plaist.» Adonc fu li hiraus apiellés et
demandés dou duc de Lancastre comment li afaires
avoit allé. Il en respondi enssi et dist: «Monsigneur,
à la requeste de vous j’en parlerai. Entrues
25 que mi signeur qui chi sont, estoient à Panpelune,
en atendant l’acomplissement des tretiés qui fait
estoient, par leur congié je demorrai dallés le roi de
Navare moult honnourés de li et de ses gens. Me parti
de Panpelune en sa compaignie, et vint li rois à
30 Saint Dominige. Contre sa venue issi hors li rois
Henris à grant gent, qui en amour et par bonne pais
l’attendoit; et fu li rois de Navare moult honnerés
[126] de li et de ses gens, et li donna che soir à soupper
moult hautement. Apriès soupper, nouvelles vinrent
que uns senglers estoit ens es landes asés priès de là.
Si fu ordonné que à l’endemain on l’iroit cachier.
5 A celle cache furent li doi roi et leurs veneurs, et fu
li senglers pris; et retournèrent en grant amour che
soir à Saint Dominige. A l’endemain, se departi li
rois Henris et s’en ala à la Pière [Ferrade] pour une
journée que il avoit là contre ses gens. Là li prist
10 une maladie dont il morut, et sceut sa mort li rois
de Navare sus les camps, car il le venoit veoir. Adonc
retourna il tous courouchiés en son païs, et je pris
congiet à lui. Si m’en alai en Castille pour veoir et
aprendre des nouvelles. Et trespassa li rois Henris
15 le jour de le Pentecouste. Assés tost apriès, le
XXVe jour de julle, le jour Saint Jaqueme et Saint
[Cristofle], fu couronnés à roi dans Jehans de Castille,
ainés fils dou roi Henri, en l’eglise catedral de la
citté de Burghez, auquel couronnement furent tout
20 li prelat et li noble de Castille, d’Espaigne, de Galise
et de Corduwan et de Sebille; et tout li jurèrent sus
saintes Evangilles à tenir à roi. Et fist che jour deus
cens et dis chevaliers et donna moult de biauls
dons. A l’endemain de son couronnement, à grant
25 compaignie de nobles, il s’en vint en une abbeïe de
dames au dehors de Burghez, que on dist le Sorghes.
Là oï la messe et disgna; et là ot grans joustes, et en
ot le pris li viscontes de Rokebertin d’Arragonne, et
che soir retourna li rois à Burghez. Et du[rè]rent ces
30 festes bien quinse jours.»
Adonc demanda li dus de Lancastre se li rois de
Portingal avoit point esté priiés d’avoir là esté. Il
[127] respondi: «Oïl, mais il n’i volt venir. Et fui enfourmés
que il avoit respondu as mesages qui i estoient
allé, que ja ne seroit au couronnement dou fil d’un
bastart qui avoit mourdrit son frère.»--«Par ma
5 foi, respondi li dus, de ces parolles dire il fu bien
consilliés, et si l’en sai bon gré; et les coses ne demoront
pas longuement en cel estat, car moi et mon
frère li calengerons l’iretage dont il se dist rois.»
Atant finèrent ces parolles; si demandèrent le vin.
10 Nous no[u]s soufferons maintenant à parler de ceste
matère et parlerons des [avenues] de France.
§ 87. Li rois Charles de France, qui pour che
tamps resgnoit, sicom vous poés savoir par ses
oevres, fu durement sages et soutils, et bien le monstra
15 tant comme il vesqui; car, tous quois, estans en
ses cambres et en ses deduis, il reconqueroit ce que
si predicesseur avoient perdu sus les camps, la teste
armée et l’espée en le main, dont il en fait grandement
à recommander. Et pour ce que li rois de
20 France savoit que li rois Robers d’Escoce et tous li
roiaulmes d’Escoce entirement avoient guerre et
mortelle haïne as Englès, car onques ne peurent chil
doi royaulme amer l’un l’autre, pour nourir plus
grant amour entre li et les Escoçois, il s’avissa que
25 il envoiieroit un sien chevalier secretaire et de son
conseil deviers le roi d’Escoce et les Escos, pour
parlementer, traitier et avisser le païs et connoistre
les barons, et savoir se par Escoce ses gens poroient
faire une bonne guerre as Englès. Car Yeuwain de
30 Galles vivant, il l’avoit enfourmé que par Escoche
ce estoit li païs ou monde par où on pooit mieux
[128] nuire les Englès. Et sus che pourpos li rois de France
avoit eu pluiseurs ymaginacions, et tant que il ordonna
un sien chevalier sage et bien enlangagiet
qui s’apelloit messires Pière, signeur de Bournesiel,
5 et li dist: «Vous ferés che message en Escoce et me
saluerez le roi et tous les barons, et li dirés que
nous et nostres roiaulmes sommes ouvert et apparilliet
pour iauls requellier: [si] tretiés deviers
le roi et iaulx enssi comme à nos bons amis, par
10 quoi, à la saisson qui vient, nous i puissons envoier
gens et par là avoir entrée en Engletière, enssi que
nostre predicesseur dou tamps passé ont eu. Et tenez
estat, enssi comme à message dou roi de France
apartient, car nous le vollons, et tout sera paiiet.»
15 Li chevaliers respondi et dist: «Sire, à vostre
commandement.» Depuis ne sejourna il gaires longuement,
quant toutes ses besongnes furent apparillies,
et se party dou roi et de Paris, et esploita
tant par ses journées que il vint à l’Escluse en Flandres;
20 et là s’aresta en attendant vent et passage, et
i sejourna environ quinse jours, car il avoit vent
contraire. En che sejour, il tenoit grant estat et
estoffe de vaisselle d’or et d’argent courant parmi
sa salle ossi largement que che fust uns petis dus,
25 et faisoit porter devant lui une espée toute engaïnnée
et enarmée très ricement d’or et d’argent;
mais bien estoit paiiet tout ce que ses gens prendoient.
Dou grant estat que li chevaliers menoit, tant en
30 son hostel que sus les rues, estoient pluiseurs gens de
la ville esmervilliet. Si fu avissés et regardés dou
baillieu de l’Escluse, qui là estoit officiiers de par le
[129] conte de Flandres, et tant que li baillus, qui ne s’en
peut taire, dont il fist mal, le vint segnefiier au conte
qui se tenoit pour celle saisson à Bruges, et le duc de
Bretaigne, son cousin, dallés lui. Li contes de Flandres,
5 quant il eut un petit penssé, avoec ce que li
dus de Bretaigne i rendi painne, ordonna que il fust
là amenés. Li baillieus retourna à l’Escluse et vint au
chevalier dou roi mal courtoissement, car il l’aresta
de main misse de par le conte. De quoi li chevaliers
10 fu tous esmervilliés que on li demandoit, et dist
adonc au baillu que il estoit chevaliers et messages
commissaires au roi de France. «Sire, dist li baillus,
je le croi bien, mais il vous fault venir parler au
conte, et m’est commandé que je vous i maine.»
15 Onques ne se peut li chevaliers escuser que il n’en
fust menés dou baillu et de ses gens à Bruges. Quant
il fu venus en la cambre dou conte à Bruges, li contes
de Flandres et li dus de Bretaigne s’apoioient tout
doi à une phenestre sus les gardins. Adonc se mist en
20 genoulx li chevaliers devant le conte, et dist: «Monsigneur,
veci vostre prisonnier.» De ceste parole fu
li contes durement courouchiés, et dist par grant
irour: «Comment, ribaus, dis tu que tu ies mon prisonnier,
pour ce se je t’ai mandé à venir parler à
25 moi? Les gens Monsigneur pueent bien venir devant
moi et parler à moi, et tu ne t’es pas bien acquités,
quant tu as tant sejourné à l’Escluse et tu me sentoies
si priès de toi, et tu ne venoies parler à moi.
Mais tu ne daignoies!»--«Monsigneur, respondi
30 li chevaliers, salve la vostre grace.» Adonc prist la
parolle li dus de Bretaigne et dist: «Entre vous,
bourdeur et langageur et vendeur de bourdes et de
[130] langages ou palais à Paris et en la cambre de Monsigneur,
mettés le roiaulme à vostre vollenté et jeués
dou roi à vostre entente, et en faites bien et mal qui
que vous volés, ne nuls haus prinches de son sanc,
5 puis que vous l’avés encargié en haïne, ne puet estre
oïs! Et on en pendera encores tant de tels gens que
li gibet en seront raempli.» Li chevaliers qui là estoit
en genoulx, fu tous honteus, car tels parolles à oïr li
estoient moult dures, et bien veoit que taire li estoit
10 plus pourfitables que parler. Si ne respondi onques
mot à ces parolles et se disimulla au mieux qu’il peut
et sceut, et se departi de la presense des signeurs en
prendant congiet, quant il veï que heure fu. Ossi
aucunes gens de bien qui estoient dallés le conte, li
15 fissent voie et l’enmenèrent boire. Depuis monta à
cheval li sires de Bournisel et retourna à l’Escluse à
son hostel; et vous dirai comment il li cheï. Quoique
toutes ses pourveances fuissent apparillies et cargies,
et euist bon vent pour singler viers Escoce, il ne
20 s’osa partir ne mettre ou dangier de la mer, car il li
fu segnefiiet que il estoit espiés et avissés d’Englès qui
sejournoient à l’Escluse, et que, se il se mettoit en
son voiage, il seroit happés sus mer et menés en
Engletière. Pour celle doubte, ses voiages fu brissiés,
25 et se parti de l’Escluse et s’en retourna en France et à
Paris deviers le roi.
§ 88. Vous devés savoir que li sires de Bournisiel
ne recorda mies mains au roi de France de l’aventure
qui li estoit avenue en Flandres que il n’i euist,
30 mais tout enssi come la cosse avoit alé; et bien li
besongnoit que il montrast diligensse et escusance, car
[131] li rois estoit mout esmervilliés de son retour. A ce
recort que messires Pières fist, estoient pluisieur chevalier
de la cambre dou roi, et par especial messires
Jehans de Gistelles, de Haynnau, cousins au conte de
5 Flandres, i estoit, qui notoit et engorgoit toutes les
parolles dou chevalier, et tant que finablement il ne
s’en peut taire pour tant que messires Pières, che li
sambloit, parloit trop avant sus la partie dou conte;
si dist: «Je ne puis tant oïr parler dou conte de
10 Flandres, mon chier signeur, et, se vous vollés dire,
chevaliers, que il soit tels que vous dites ci ne que il
ait de son fait empechiet vostre voiage, je vous en
appelle de camp, et en velà mon gage.» Li sires de
Bournisiel ne fu pas esbahis de respondre, et dist
15 enssi: «Messire Jehan, je di que je fui enssi menés
et pris dou baillieu de l’Escluse et amenés devant le
conte; et toutes les parolles que j’ai dites, li contes
de Flandres et li dus de Bretaigne les ont dites. Et
se vous vollés parler dou contraire qu’il ne soit enssi,
20 je leverai vostre gage.»--«Oïl,» respondi messires
Jehans de Gistelles. A ces parolles, se merancollia li
rois et dist: «Alons, alons, nous n’en volons plus
oïr.» Si se parti de la place et rentra en sa cambre
avoecques ses cambriers tant seullement, mout resjoïs
25 de ce que messires Pières avoit si francement parlé
et relevé la parolle de messire Jehan de Gistelles, et
dist enssi en riant: «Leur a il bien masquiet? je
n’en vauroie pas tenir vint mil frans.» Depuis avint
que messires Jehans de Gistelles fu si mal de court,
30 qui estoit cambrelens dou roi, que on l’i veoit envis,
et bien s’en perchut: si n’en peut souffrir les dangiers
et prist congiet dou roi et se parti, et s’en
[132] vint en Braibant, dallés le duch Wincelin de Braibant
qui le retint. Et li rois de France se tint dur enfourmés
sus le conte de Flandres tant pour ce que il
avoit, che sambloit à pluiseurs dou roiaulme, empechiet
5 le signeur de Bournesiel à faire son voiage en
Escoce et que il tenoit dalés lui le duc de Bretaigne,
son cousin, qui estoit grandement en sa malivolense;
et se perchevoient bien chil qui dallés le roi
estoient, que li contes de Flandres n’estoit pas bien
10 en sa grace.
§ 89. Un petit apriès ceste avenue, li rois de
France escripsi unes letres mout dures deviers le
conte de Flandres, son cousin, et parloient ces letres
sus manaces pour tant que il soustenoit avoecques
15 lui le duc de Bretaigne, lequel il tenoit à ennemi.
Li contes de Flandres rescripsi au roi et se escusa
au plus bellement qu’il peut et bien le sceut faire.
Ceste escusance ne valli noient que li rois de France
ne li renvoiiast plus dures letres en remonstrant que,
20 se il n’eslongoit de sa compaignie le duch de Bretaigne,
son adversaire, il li feroit contraire. Quant li
contes de Flandres veï que che estoit acertes et que
li rois de France le poursievoit de si priès, si ot avis
de soi meïsmes, car il estoit mout imaginatis, que il
25 remonsteroit ces manaches à ses bonnes villes et par
especial à chiaulx de le ville de Gand, pour savoir
que il en responderoient; et envoiia à Bruges, à Ippre
et à Cou[r]trai, et se parti de Malle, le duch de
Bretaigne en se compaignie, et s’en vint à Gant et se
30 loga à le Poterne. Si fu liement recheus des bourgois
de Gand, car à che jour il l’amoient mout dallés eulx.
[133] Quant aucun bourgois des bonnes villes de Flandres
qui envoiiet i furent, enssi que ordonné estoit, furent
là tout asamblet, li contes les fist venir en une plache
et là remonstrer par Jehan de le Faucille toute se intencion,
5 et lire les letres que li rois de France depuis
deus mois li avoit envoiies. Et quant ces letres eurent
esté leutes, li contes parla et dist: «Mi enfant et
bonnes gens de Flandres, par la grace de Dieu, j’ai
ja esté vos sires un mout lonc tamps et vous ai menés
10 et gouvernés en paix à mon pooir, ne vous n’avez en
moi veu nul contraire que je ne vous aie tenu en
toute prosperité, enssi que uns sires doit tenir ses
gens; mais il me vient à grant desplaissance, et ossi
doit il vous faire qui estes mes bonnes gens, quant
15 mon signeur le roi me herie et voelt heriier pour
tant que je soustieng en mon païs et tieng en ma
compaignie le duc de Bretaigne, mon cousin germain,
qui n’est pas pour le tamps bien clers en
France, ne bonnement il ne s’ose asseurer en ses
20 gens en Bretaigne pour le cause de cinc ou de sis
barons qui le héent; et voelt li rois que je l’eslongne
et boute hors de mon hostel et de ma terre: che li
seroit grant estrangnerie. Je ne di mies, se je confortoie
mon cousin de villes, de castiaulx et de gens
25 d’armes à l’encontre dou roiaulme de France, que li
rois n’euist bien cause de [se] plaindre de moi, mais
nenil, ne nulle volenté n’en ai. Et pour tant je vous
ai chi asamblés et vous remonstre les perils qui en
poroient nestre et venir, à savoir se vous vollés demorer
30 dallés moi.» Il respondirent tout de une vois:
«Monsigneur, oïl, et ne savons aujourd’ui signeur,
quels qu’il soit, se il vous voloit faire guerre, que
[134] vous ne trouvissiés [au bout de vostre terre de Flandres]
deus cens mil hommes tous armés.» Ceste parolle
resjoï grandement le conte Loeïs de Flandres,
et dist: «Mi bel enfant, grant merchis.»
5 Sus ces parolles se defina parlemens, et se contenta
li contes grandement de ses gens et leur donna
congiet de retourner à leurs maisons. Si retourna
cascuns en pais, et li contes, quant il sceut que
bon fu, s’en retourna à Bruges, le duc de Bretaigne
10 en sa compaignie. Si demorèrent les coses
en cel estat, li contes grandement en la grace de
ses gens et li païs en pais [et] prosperité, qui depuis,
et ne demora gaires, par incidenses merveilleuses
esceï en grant tribulation, sicom vous orés recorder
15 avant en l’istoire.
§ 90. Vous poés et devés bien croire que li rois
de France fu enfourmés de toutes ces coses et comment
li contes de Flandres avoit respondut. Si ne l’en
ama mies miex, et li convint ce passer et porter:
20 autre cose n’en peut il avoir, mais bien dissoit que
li contes de Flandres estoit li plus orgilleus et presumptieus
princes que on seuist, et encores oultre,
sicom je fui adonc enfourmés, [on] veoit bien à sa
manière, que on disoit, que c’estoit li sires que plus
25 volentiers euist mis à raison ou volentiers euist veu
[que] qui que fuist li euist porté contraire ou damage,
par quoi ses grans orguels fust plus abatus. Li contes
de Flandres, quoique li rois de France euist escript
à lui que c’estoit grandement à se desplaissance que
30 il soustenoit le duc de Bretaigne, pour ce ne li
donna il mies congiet, mais le tint dallés lui tant
[135] que demorer i volt, et le faisoit tenir son estat bel et
bon. Et en le fin li dus eut conseil et volenté que il
se retrairoit en Engletière; si prist congiet au conte,
son cousin, et s’en vint à Gravelines, et là le vint
5 querir li contes de Salleberi à cinc cens lances et mil
archiers, pour le doubte des garnissons françoises, et
l’amena à Calais dont messires Hues de Cavrelée
estoit cappitains, qui le rechut liement. Quant li dus
de Bretaigne eut sejourné à Calais environ cinc
10 jours, il eut vent à volenté: si monta en mer, et li
contes de Salleberi en se compaignie. Si arrivèrent
à Douvres, et de là [il] vinrent deviers le jone roi Richart
qui le rechut à grant joie, et ossi fissent li dus
de Lancastre, li contes de Cantbruge et li contes de
15 Bouquighen et li hault baron d’Engletière.
§ 91. Vous avés bien chi dessus oï recorder comment
messires Wallerans de Lucembourc, li jones
contes de Saint Pol, fut pris des Englès par bataille
entre le bastide d’Arde et Calais, et fu menés en Engletière
20 prisonniers en la volenté dou roi, car li rois
Edouwars d’Engletière, lui vivant, l’acata au signeur
de Goumignies, qui avoit esté ses maistres, car li sires
de Goumignies avoit mis sus la chevaucie en laquelle
il fu pris d’un escuier, bon homme d’armes, de la
25 ducé de Guerles. Si demora grant tamps li jones
contes de Saint Pol prisonniers en Engletière sans
avoir sa delivrance. Bien est verités que li rois
d’Engletière, le captal de Bues vivant, le offri
pluiseurs fois au roi de France et à ses amis pour
30 le dit captal, mais li rois Charles ne li consaulx
de France n’i voloient nullement entendre ne
[136] donner pour cange, dont li rois d’Engletière avoit
eu grant indinacion. Si demora la cose longuement
en cel estat, et li jones contes de Saint Pol prisonniers
en Engletière ens ou biau castiel de Windesore,
5 et avoit si courtoisse prison que il pooit partout aler
jeuer et esbatre et voller des oissaulx environ Windesore:
de ce estoit il recreus sus sa foi. En ce tamps
se tenoit ma dame la princesse mère dou roi Richart
d’Engletère à Windesore, et sa fille dalés lui, ma dame
10 Mehaut, qui estoit la plus belle dame de toute Engletière.
Li contes de Saint Pol et celle jone dame
s’enamourèrent loiaulment li uns de l’autre et estoient
à le fois ensamble en danses et en carolles et en
esbatemens tant que on s’en perchut; et s’en descouvri
15 la dame, qui amoit le conte de Saint Pol ardanment,
à ma dame sa mère. Si fu adonc tretiés uns mariages
entre le conte [de Saint Pol] et ma dame Mehaut
de Hollandes, et fu mis li contes à finance à sis vint
mil frans, desquels, quant il aroit espousé la dame,
20 on l’en rabateroit soixante mil, et les autres soixante
mil il paieroit. Et pour trouver le finance, quant les
convenances furent prises entre le conte et la dame,
li rois d’Engletière fist grace au conte de Saint Pol
de rapaser la mer et de retourner sus sa foi dedens
25 l’an. Si vint li contes en France veoir le roi et ses
amis et le conte de Flandres et le duck de Braibant
et le duck Aubiert, ses cousins, qui le conjoïrent
liement. Li rois de France en cel an fu enfourmés
trop dur sus le conte de Saint Pol, car on le mist en
30 soupechon que il devoit rendre et livrer as Englès le
fort castiel de Bohain, et le fist li rois saisir de main
misse et bien garder, et monstra li rois que li contes
[137] de Saint Pol voloit faire enviers lui aucuns mauvais
tretiés; ne onques ne s’en peut escuser, et pour ce
fait furent en prisson ou castiel à Mons en Haynnau
messires li canonnes de Robertsart, li sires de Vertaing,
5 messires Jaquemes dou Sart et Gerart d’Obies.
Depuis se diminuèrent ces coses et alèrent toutes à
noient, car on ne peut riens prouver sus yaulx, et
furent delivret; et li jones contes de Saint Pol s’en
retourna en Engletière pour lui acquiter envers le
10 roi, et espousa sa femme et fist tant que il paia les
soixante mil frans en quoi il estoit obligiés; et puis
[r]apassa la mer, mais point n’entra en France, car li
rois l’avoit en haïne. Si allèrent demorer li contes
et la contese sa femme ens ou castiel de Hen sus
15 Heure, que li sires de Moriaumés qui avoit sa suer
espousée, leur presta, et là se tinrent tant que li rois
Charles de France vesqui, car onques li contes, che
roi de France vivant, ne peut retourner à son amour.
Nous no[u]s soufferons à parler de ceste matère et
20 retournerons as besongnes dou roiaulme de France.
§ 92. En che tamps se tenoit toute Bretaigne close
tant que pour le roi de France que l’un contre l’autre,
car les bonnes villes de Bretaigne estoient assés
de l’acort dou duck, et avoient les pluiseur grant
25 merveille que on demandoit à leur seigneur; et ossi
estoient de leur acord pluiseur chevalier et escuier
de Bretaigne et la comtesse de Pentèvre, mère as
enfans de Bretaigne, par aliance avoecques eulx.
Mais li connestables de France, messires Bertrans de
30 Claiekin, li sires de Clichon, li sires de Laval, li
viscontes de Rohem et li sires de Rochefort tenoient
[138] le païs en guerre avoecques le poissance qui leur
venoit de France, car à Pont Orson et à Saint Mallo
de l’Ille et là environ avoit grant fuisson de gens
d’armes de France, de Normendie, d’Auviergne et de
5 Bourgongne, liquel i faisoient mout de desrois. Li
dus de Bretaigne, qui se tenoit en Engletière, estoit
bien enfourmés de ces avenues et comment li dus
d’Ango, qui se tenoit à Angiers, lui faisoit destruire et
guerriier son païs, et comment les bonnes villes se
10 tenoient closes ou non de li, et aucun chevalier et
escuier de Bretaigne, dont il leur savoit grant gret.
Mais non obstant toutes ces coses, [si] ne s’i osoit il
bonnement affiier de retourner en Bretaigne sus le
fiance de ses gens et se doubtoit tousjours de traïson,
15 et ossi il ne le trouvoit point en conseil deviers le roi
d’Engletière ne le duch de Lancastre.
§ 93. D’autre part en Normendie se tenoient à
[Valongne] en garnisson messires Guillaumes des Bordes,
liquels en estoit cappitains, en sa compaignie li
20 petis senescaus d’Eu, messires Guillaumes Martiel,
messires Bracques de [Braquemont], li sires de Troci,
messires Perchevaulx d’Ainneval, li Bègues d’Iveri,
messires Lancelos de [Lorris] et pluiseurs autres chevaliers
et escuiers. Et soutilloient ces gens d’armes
25 nuit et jour comment il peuissent adamagier et porter
contraire à chiaulx de Chierebourch, dont messires
Jehans de Harleston estoit cappitains. Chil de
la garnisson de Chierebourc issoient souvent hors,
quant bon leur sambloit, car il pooient, et pueent,
30 toutes fois que il leur plaissoit, chevauchier à le couverte
que on ne sot riens de leurs issues pour [les]
[139] grans bois où il marcissent, car il ont fait une voie
et tailliet à leur vollenté, que il pueent issir hors et
chevauchier sur le païs en Normendie sans le dangier
des François. Et avint en celle saisson que li François
5 chevauchoient, et euls ossi, et riens ne savoient li
uns de l’autre, et tant que d’aventure il se trouvèrent
ens es bois en une plache que on dist Pestor. Lors
que il se trouvèrent, enssi que chevalier et escuier qui
se desirent à combatre, il [se] missent tout à piet à
10 terre, excepté messires Lancelos de Loris. Cils demora
sus son coursier la glave ou poing et la targe au col,
et demanda une jouste pour l’amour de sa dame. Là
estoit qui bien l’entendi: si fu tantos requelliés, car
otant bien i avoit des chevaliers amoureus avoecques
15 les Englès que il estoit; et me samble que messires
Jehans Copelant, uns mout rades chevaliers, se
mist à lui. Adonc esperonèrent il leurs deus chevaulx
et se boutèrent l’un sus l’autre de plains eslais
et se donnèrent sus les targes très grans horions. Là
20 fu consieuwis messires Lancelos dou chevalier englès
par tel manière que il li perça le targe et toutes ses
armeures et li passa tout oultre le corps, et fu navrés
à mort, dont che fu damages, car il estoit mout
appers chevaliers, jones, jolis et amoureus, et fu là et
25 ailleurs depuis mout plains. Adonc se boutèrent François
et Englès li uns dedens l’autre, et se combatirent
longuement de leurs glaves et puis des haces,
et vinrent tout [à] main. Là furent bon chevalier de
le part des François messires Guillaumes des Bordes,
30 li petis senescaulx d’Eu, messires Guillaumes Martiel,
Brakes de Brakemont et tout li autre, et se combatirent
vaillanment; et ossi fissent li Englès, messires
[140] Jehans de Harleston, messires Phelippes
Picourde, messires Jehans Burlé, messires Jehans
de Copelant et tout li autre. Et avint finablement
que par bien combattre la journée leur demora,
5 et obstinrent la place; et furent tout pris li François,
chevaliers et escuiers, et prist uns escuiers
de Haynnau, qui s’appelloit Guillaumes de Biaulieu,
messire Guillaume des Bordes. Si furent chil
prisonnier menet en Chierebourcq, et là trouvèrent
10 messire Olivier de Claiekin qui estoit prisonniers
ossi. Enssi ala de ceste besongne, sicom je fui adonc
enfourmés.
§ 94. D’autre part en Auviergne et en Limosin
avenoient priès tous les jours fais d’armes et mervilleuses
15 emprisses, et par especial, dont ce fu trop
grans damages pour le païs, li castiaulx de Mont Ventadour
en Auviergne, qui est uns des fors castiaulx
dou monde, fu trahis et vendus à un Breton le plus
cruel et hauster de tous les autres, qui s’appelloit Joffrois
20 Teste Noire, et je vous dirai comment il l’eut.
Li contes de Ventadour et de Montpensé estoit uns
anchiiens et simples preudons qui plus ne s’armoit,
mais se tenoit tous quois en son castiel. Cils contes
avoit un escuier à varlet, qui s’apelloit Ponces dou
25 Bois, liquels l’avoit servi mout longement et trop
petit avoit pourfité en son service et veoit que nul
pourfit d’or ne d’argent il n’i pooit avoir: si s’avisa
d’un mauvais avis que il se paieroit. Si fist un tretiet
secret à Joffroi Teste Noire, qui se tenoit en
30 Limosin, et tant que il deubt livrer le castiel de Ventadour,
enssi qu’il fist, pour sis mille frans. Mais bien
[141] mist en ses devisses que à son mestre le conte de
Ventadour on ne feroit ja nul mal, et le meteroient
hors dou castel deboinairement et li renderoient tout
son arroi. Il li tinrent ce convenant: onques li Breton
5 et li Englès qui dedens entrèrent, ne fissent nul
mal au conte ne à ses gens, et ne retinrent fors les
pourveances et l’artellerie, dont il i avoit grant fuisson.
Si s’en vint li contes de Ventadour, sa femme
et ses enffans, demorer à Montpancier dallés Aigeperse
10 en Auviergne, et cils Joffrois Teste Noire et ses
gens tinrent Mont Ventadour, par lequel il adamagièrent
mout le païs et prissent pluiseurs castiaux
fors en Auviergne, en Roergue, en Limosin, en Quersin,
en Chevaldam, en Bigore et en Angenois, tout
15 venant l’un de l’autre. Avoecq Joffroy Teste Noire
avoit pluiseurs autres cappitains qui faissoient mout
de grans apertisses d’armes, et prist Ainmerigos Marcés,
uns escuiers de Limosin englès, le fort castiel de
[Calusiel] seant en Auviergne en l’evesquiet de Cleremont.
20 Chils Ainmerigos avoecques ses compagnons
couroient le païs à leur vollenté. Si estoient de sa
route et cappitainnes des autres castiaulx li bours
[de] Carlat, li bours englès, li bours de Campaigne
et Raimmons de Sors, gascon, et Piere de Bierne,
25 [biernois].
§ 95. Ainmerigos Marcel chevauçoit une fois, li
dousimes de compaignons tant seullement, à l’aventure,
et prist son chemin pour venir à Aloise, dalés
Saint Flour, qui est un biaus castiaulx de l’evesque
30 de Clermont. Bien savoit que li castiaulx n’estoit
point gardés fors que dou portier seullement. Enssi
[142] qu’il chevauchoit à le couverte tout quoiement devant
Aloise, Ainmerigos [regarde] et voit que li portiers
seoit sus une tronce de bois au dehors dou
castiel. Adonc dist là uns Bretons qui trop bien
5 savoit jeuer de l’arbalestre: «Volés vous que je vous
rende tout mort ce portier et dou premier cop?»--«Oïl,
ce dist Ainmerigos, je t’en pri.» Chils arbalestriers
entoisse et trait un quariel et assène le portier
de droite vissée en la teste et li enbare tout ens.
10 Li portiers qui estoit navrés à mort, se sent ferus et
rentre en la porte, et quida refremer le guichet en
rentrant; mais il ne peut, car il cheï là tous mors.
Ainmerigos et si compaignon se hastèrent et vinrent
à le porte et entrèrent ou guichet; si trouvèrent
15 mort le portier et sa femme dallés lui toute effraée,
à lequelle il ne fissent nul mal, mais li demandèrent
où li castelains estoit: elle respondi que il estoit en
Clermont. Li compaignon assegurèrent la femme de
sa vie, affin que elle leur baillast les clés dou castiel
20 et de la mestre tour. Elle le fist, car en li n’i avoit
point de deffense; et puis le missent hors et li rendirent
toutes ses coses, voire ce que porter en peut.
Si s’en vint à Saint Flour, une citté à une lieuwe de
là; [si furent les gens de la ville bien] esbahi, quant
25 il sceurent que Aloisse estoit englesce, et ossi furent
cil dou païs environ.
Assés tost apriès reprist Ainmerigos Marcel le fort
castiel de Vallon et l’embla par eschiellement; et
quant il fu dedens, la cappitaine dormoit en la grosse
30 tour qui n’estoit mies à prendre de force, car par
celle tour se pooit tous li castiaulx recouvrer. Adonc
s’avisa Ainmerigos d’un soutil tour, car il tenoit le
[143] père et le mère dou cappitainne: si les fist venir devant
le tour et leur fist samblant que il les feroit là
decoler, se leurs fils ne rendoit la tour. Les bonnes
gens doubtoient le mort: si dissent à leur fil [qui]
5 estoit en la tour, que il l’en presist pité de eulx, et
plouroient tout doi mout tenrement. Li escuiers se
ratenri grandement, et n’euist jamais son père ne sa
mère laissié morir: si rendi tantos le tour, et on les
bouta hors dou castiel. Enssi fu Vallon englesse, qui
10 mout greva le païs, car toutes manières de gens qui
voloient mal faire, s’i retraioient ou en Calusiel, à
deus lieues de Limoges, ou en Carlat ou en Aloise
ou en Ventadour ou en pluiseurs autres castiaulx. Et
quant ces garnissons s’asambloient, il pooient bien
15 estre cinc cens ou sis cens lances et couroient tout le
païs et la terre au conte dauffin qui leur estoit vosine,
ne nuls ne leur aloit au devant tant que il fuissent
ensamble. Bien est verités que li sires d’Achier
leur estoit uns grans ennemis. Ossi estoient li sires de
20 Solleriel et li bastars de Solleriel, ses frères, et uns
autres escuiers de Bourbonnois qui s’apelloit Gourdinès.
Chils Gourdinès, par biau fait d’armes et d’un
rencontre, prist un jour Ainmerigot Marcel et le rançonna
à cinc mil frans: tant en eut il. Ensi se portoient
li fait d’armes en Auviergne et en Limosin et
25 ens es marces par de delà.
§ 96. Je me sui longuement tenus à parler dou fait
de l’Eglise: si m’i voel retourner, car la matère le
requiert. Vous avés bien chi dessus oï dire et recorder
30 comment par l’effort des Roumains li cardinal
qui pour le tamps resgnoient, et pour le peuple de
[144] Romme apaisier qui trop fort estoit esmeu sus iaulx,
fissent pappe et nommèrent l’arcevesque de Bar qui
s’appelloit en devant Betremieux des [Aigles]. Chils
rechut la papalité et fu nommés Urbains li sisimes,
5 et ouvri grasses ensi comme usages est. Li intencions
de pluiseurs cardinaulx estoit que, quant il verroient
leur plus biel, il remetteroient leur ellection ensamble
et ailleurs, car cils pappes ne leur estoit mies
pourfitables ne ossi à l’Eglise, car il estoit trop feumeus
10 et trop merancolieus. Quant il se veï en prosperité
et en poissance de papalité et que pluiseur roi
crestiien escrisoient à lui et se mettoient en son obeïssance,
il s’en outrequida et enorgilli, et volt user de
poissance et de teste et retrenchier as cardinaulx
15 pluiseurs coses de leur droit et oultre leur acoustumance.
De quoi il leur desplaissi grandement, et
en parlèrent ensamble et dissent et imaginèrent que
il ne le leur feroit ja bien et que il n’estoit pas dignes
ne merites de gouverner le monde. Si proposèrent li
20 pluiseur que il en esliroient un autre qui seroit
sages et poissans et par lequel li Eglise seroit bien
gouvernée.
A cette ordenance rendoit grant painne li cardenaulx
[d’Amiens], et dissent li aucun que il tendoit à
25 estre pappes. Tout un esté furent il en une variation,
car cil qui tiroient à faire pappe, n’osoient descouvrir
ou monstrer leurs secrés generaulment pour
les Roumains et tant que, sur les [vacations] de court,
pluiseur cardinal partirent de Romme et s’en allèrent
30 esbatre environ Romme en pluiseurs lieus à leur
plaissance. Urbains s’en alla en une citté que on dist
Tieulle, et là se tint un grant tamps. En ces vacations
[145] et en che termine qui longement ne pooit demorer,
car trop grant fuisson de clers des diversses
parties dou monde estoient à Romme, atendant grasses,
et ja les pluiseur estoient proumisses et coloquies,
5 li cardinal qui estoient d’un accord et de une
volenté, se missent ensamble et fissent pappe. Et cheï
li sors et li vois à monsigneur Robert de Genève,
jadis fils au conte de Genève, et fu de ses premières
promotions evesques de Terewane et puis evesques
10 de Cambrai, et s’appeloit li cardinaux de Genève. A
ceste ellection faire furent la grigneur partie des cardinaux,
et fu appellés Clemens.
En che tamps avoit en le marce de Romme un
mout vaillant chevalier de Bretaigne, qui s’apeloit
15 Selevestre Bude. Chils tenoit desoulx lui plus de deus
mil Bretons et s’estoit les anées [passées] grandement
bien portés contre les Florentins, que pappes Grigoires
avoit guerriiés et escumegniiés pour leur rebellion,
et avoit cils Selevestre Bude tant fait que il
20 estoient venu à merci. Pappes Clemens et li cardinal
qui de son accord estoient, le mandèrent secretement
et toutes ses gens d’armes. Si s’en vint bouter ou
bourc Saint Piere et ou fort castiel de l’Angle, dehors
Romme, pour mieux constraindre les Roumains. Si
25 ne ossoit Urbains partir de Tieule ne li cardinal qui
de son accord estoient, granment n’en i avoit mies,
pour le doubtance de ces Bretons, car il estoient
grant fuisson et toutes gens de fait qui ruoient jus tout
ce que il trouvoient ne rencontroient. Quant li Roumain
30 se veïrent en che parti et en che dangier, si
mandèrent autres saudoiiers allemans et lombars qui
escarmuchoient tous les jours contre ces Bretons.
[146] Clemens ouvri grasses et fist à tous clers qui avoir
les vorrent, et segnefia son nom par tout le monde.
Quant li rois de France, qui pour che tamps resgnoit,
en fu segnefiés, [si] li vint de premiers à grant mervelle,
5 et manda ses frères et les haus barons de son
roiaulme et tous les prelas et le recteur et les maistres
[et] docteurs de le université de Paris, et pour savoir
à laquelle ellection de ces pappes, ou la première ou
la daraine, il se tenroit. Ceste cose ne fu pas sitos
10 determinée, car pluiseur cler varioient; mais finablement
tout li prelat de France s’enclinoient à Clement,
et ossi faissoient li frère dou roi et la grigneur partie
de l’université de Paris. Et fu li rois de France Carles
en ces jours tellement monstrés et enfourmés par tous
15 les plus grans clers de son roiaulme que il obbeï à
pappe Clement et le tint à droit pappe, et fist un
commandement especial par tout son roiaulme que
on tenist Clement à pappe et tout obeïssent à lui
sicom à Dieu en terre. Li rois d’Espaigne tint ceste
20 oppinion; ossi fist li contes de Savoie, et li sires de
Mellans et la roïne de Napp[l]es. Che que li rois de
France creï en Clement, couloura grandement son
fait, car li roiaulmes de France che est li fontaine
de creance et de excellense pour les nobles eglises
25 qui i sont et les hautes prelacions. Encores vivoit
Charles de Boèsme, rois d’Allemaigne et emperères
de Romme, et se tenoit à Prage en Behaigne, et estoit
bien enfourmés de toutes ces choses qui li venoient
à grant mervelles; et quoique tous ses empires
30 d’Allemaigne, excepté l’arcevesquiet de Trèves, creïssent
de fait, de corage et de intencion en Urbain ne
ne voloient oïr parler d’autre, li emperères se faindi
[147] et disimula tant qu’il vesqui, et en respondoit, quant
on en parloit en sa presence, si courtoissement que
tout prelat et baron de son empire s’en contentoient.
Non obstant tout che, les eglisses de l’empire obbeïssoient
5 à Urbain, et ossi fist tous li roiaulmes d’Engletière;
et li roiaulmes d’Escoce obeï à Clement. Li
contes Loeïs de Flandres qui pour che tamps resgnoit,
greva trop grandement Clement ens es parties de
Braibant, de Haynnau, de Flandres et dou Liège, car
10 il volt toudis demorer urbanistres, et dissoit que on
faissoit [à] che pappe tort; et cils contes estoit adonc
tant creus et renommés ens es parties où il conversoit,
que pour ce les eglises et li signeur terriien se
tenoient à son oppinion. Mais cil de Haynnau, les
15 eglises et li sires conjoins avoecq iaulx, qui s’appelloit
Aubiers, demorèrent neutre et obeïrent non plus
à l’un comme à l’autre; de quoi li evesques de Cambrai
qui pour ce tamps resgnoit, qui s’apelloit Jehans,
en perdoit [en] Haynnau toutes les revenues de
20 sa temporalité.
En ce tamps fu envoiiés ens es parties de France et
de Haynnau, de Flandre et de Braibant, de par le
pappe Clement, li cardinaulx de Poitiers, uns mout
preudons et vaillans homs et sages clers, pour ensaignieir
25 et preechier le peuple, car il avoit esté à le
première ellection: si monstroit bien comment par
constrainte il avoient l’arcevesque de Bar fait pappe.
Li rois de France, si frère et li prelat de France le
requeillièrent benignement et entendirent volentiers
30 à ses parolles, et leur samblèrent toutes veritables:
pour tant i ajoustèrent il plus grant credense. Et
quant il ot esté en France à son plaisir, il s’avalla
[148] en Haynnau où il fu recheus dou duck Aubiert
liement; ossi fu il en Braibant dou duck et de la
duchoise, mais autre cose n’i conquesta. Il quida à
son venir aler ou Liège, mais il en fu si desconsilliés
5 que point n’i alla. Si retourna à Tournai et là se
tint, et quidoit aler en Flandres pour parler au conte
et au païs; mais point n’i ala, car il li fu segnefiiet
dou conte que il n’i avoit que faire pour ceste
cause, car il tenoit Urbain à pappe et tousjours le
10 tenroit, et en cel estat viveroit et morroit. Si se parti li
cardinaulx de Poitiers, de Tournai, et s’en vint à
Valenchiennes et de là à Cambrai, et là se tint un
mout lonc tamps en esperant de oïr toudis bonnes
nouvelles.
15 § 97. Enssi estoient li roiaulme crestiien par le
fait de ces pappes en variacion et les eglises en different.
Urbains en avoit la grignour partie, mais la plus
pourfitable tant k’à la cavance, et de plaine obeïssance,
Clemens le tenoit. Si envoiia Clemens, par
20 le consentement des cardinaulx, en Avignon pour
raparillier le lieu et le palais; et estoit bien sen entente
que là se trairoit au plus tost comme il poroit. Et
s’en vint sejourner Clemens en la citté de Fondes et
là ouvri ses grasses: si se traïssent toutes manières
25 de clers qui ses grasses voloient avoir, celle part; et
tenoit sus les camps ens es villages grant fuisson de
saudoiiers qui guerrioient et herioient Romme et
[les Romains. Et ossi cil qui estoient] ou bourc Saint
Pierre les travilleient nuit et jour d’assaus et d’escarmuces
30 grandement, et ossi cil qui estoient ou castiel
de Saint Angle, au dehors de Romme, faissoient mout
[149] [de] destourbiers as Roumains. Mais cil de Romme
se forteffiièrent de saudoiiers alemans et en prissent
grant fuisson avoec le poissance de Romme que il
asamblèrent, que un jour il conquissent le bourc
5 Saint Pière. Adonc se boutèrent li Breton, qui bouter
se peurent, ou castiel Saint Angle, et là se requellièrent.
Toutes fois par force d’armes il menèrent
tels ces Bretons que il rendirent le castiel, salve leurs
vies. Si s’en partirent li Breton, et se traïssent tout
10 vers Fondes et là environ sus le plat païs; et li Roumain
abatirent le castiel de Saint Angle et ardirent
tout le bourc Saint Pière. Quant messires Selevestre
Bude, qui se tenoit sus le païs, entendi que ses gens
avoient enssi perdu le bourc Saint Pière et le castiel
15 de Saint Angle, si en fu durement courouchiés
et avisa comment il se poroit sus ces Roumains
contrevengier. Toutes fois il li fu dit par ses espies que
li Roumain, tout li plus notable de la citté, devoient
[une relevée] estre ensamble en Campdole en conseil.
20 Sitos comme il fu enfourmés de ces nouvelles, il mist
une chevaucie sus de gens d’armes que il tenoit dallés
li, et chevauça che jour par voies couvertes tout
secretement viers Romme, et sus le soir entra ens par le
porte de Naples. Quant cil Breton furent entré ens,
25 il prissent le chemin de Campdole, et là vinrent si
à point que tout li conseil de Romme estoient issu
hors de le cambre et se tenoient sus le place. Chil
Breton abaissièrent les glaves et esperonnèrent les
chevaulx, et se boutèrent en ces Roumains, et là en
30 ocirent et abatirent trop grant fuisson et tous des plus
notables de le ville; et i ot mors sus le place set
banerès et bien deus cens aultres riches hommes et
[150] grant fuisson de mehaigniés et de navrés. Quant chil
Breton eurent fait leur emprisse, il se retraïssent sus
le soir, et tantos fu tart. Si ne furent noient poursievoit
tant pour le nuit que pour ce qu’il estoient si
5 effraet dedens Romme, que il ne savoient à quoi
entendre fors à leurs amis qui estoient mort ou bleciet.
Si passèrent le nuit en grant angoisse de coer,
et ensevelirent les mors et missent à point les navrés.
Quant che vint au matin, pour eulx contrevengier,
10 s’avisèrent de une grant cruauté, car les povres clers,
qui en Romme sejournoient et qui nulles couppes à
ce meffait n’avoient, il asaillirent et en ocirent que
mehaignèrent plus de trois cens; et par especial nuls
Bretons qui cheoit en leurs mains, n’estoit pris à
15 merchi. Ensi estoient les coses en es parties de
Romme par le fait des pappes en grant tribulacion,
et le comparoient tous les jours cil qui coupes n’i
avoient.
§ 98. Entrues que pappes Clemens se tenoit à
20 Fondes, la roïne de Napples le vint veoir de bon
corage, et se mist li et le sien en son obeïssance, et le
volt bien tenir à pappe. Ceste roïne avoit eu en pourpos
un grant tamps que li roiaulme de Sesille, dont
elle estoit dame et roïne, et la [conté] de Prouvence,
25 qui dou roiaulme dependoit, elle [remettroit] en le
main dou pappe pour faire ent sa pure volenté et
donner et ahireter un haut prince, quelqu’il fust, dou
roiaulme de France qui poissance eust de obstenir
encontre ceuls que elle haioit à mort, qui descendoient
30 dou roiaulme de Hongueriie, messire Charle
de la Pais. Quant la roïne de Napples fu venue à
[151] Fondes, elle se humelia mout envers le pappe et se
confessa à lui et li remonstra toutes ses besongnes et
se descouvrit de ses secrés et li dist: «Pères sains, je
tieng pluisieurs grans hiretages et nobles, tels que le
5 roiaulme de Naples, le roiaulme de Sesille, Puille et
Calabre et la [conté] de Provence. Bien est verité que
li rois Loeïs de Sesille, duc de Puille et de Calabre,
mon père vivant, il recongnissoit toutes ces terres de
l’Eglise, et me prist par le main ou lit de la mort et
10 me dist ensi: «Ma belle fille, vous estez hiretière de
mout rices et grans païs, et croi bien que pluiseur
hault signeur presseront à vous avoir à femme pour les
biaus hiretages et grans que vous tenrés. Si vous
enjoing et commande que, par le conseil des haulx
15 princes des hiretages que vous tenrés vous voelliés
user, et vous mariés à si haut signeur que il soit
poissans de vous tenir en pais et tous vos hiretages,
et, se il avient enssi que Dieus le consente que vous
n’aiiés nuls hoirs de vostre char, si remettés tous
20 vos hiretages en le main dou Saint Père qui pour ce
tamps sera, car li rois Robiers, mes pères, ou lit de le
mort, le me carga enssi: pour quoi, ma belle fille, je
vous en carge et [si] m’en descarge.» Et adonc, Pères
Sains, je li euch en convent par ma foi, present tous
25 ceuls qui en le cambre pooient estre, que je li acompliroie
son darrain desirier. [Voirs est], Pères Sains,
que apriès son trespas, par le consentement des
nobles de Sesille et de Naples, je fui mariée à Andrieu
de Honguerie, frère au roi Loeïs de Honguerie, dou
30 quel je n’euch nul hoir, car il morut jones à Ais en
Prouvence. Depuis sa mort, on me remaria au prince
de Tarente qui s’apelloit mesires Charles, et en oc une
[152] fille. Li rois de Honguerie pour le desplaissance que
il ot [de la mort] dou roi Andrieu, son frère, fist guerre
à mon marit messire Charle de Tarente, et li vint
tollir Puille et Calabre, et le prist par bataille et l’enmena
5 en prison en Honguerie, et là morut. Depuis
par l’acord des nobles de Sesille et de Naples, je
me remariai au roi Jame de Maïogres et mandai en
France messire Loeïs de Navare pour espouser ma
fille, mais il morut sus le chemin. Li rois de
10 Maïogres, mes maris, se departi de moi en volenté
de reconquerir son hiretage de Maïogres, que li rois
d’Arragon li obtenoit à force, car il l’en avoit deshireté
et fait morir le roi, son père, en prison. Bien
disoie au roi, mon marit, que je estoie dame assés de
15 poissance et de richoisse pour le tenir en tel estat
comme il vorroit, mais tant me preecha et monstra
de belles raisons en desirant de recouvrer son hiretage,
que je m’asenti, enssi que par demie volenté,
que il fesist son plaisir; et à son departement je li
20 enjoindi et enortai especiaulment que il alast deviers
le roi Charle de France et li remonstrast ses
besongnes et se ordonnast tous par li. De tout ce
n’a il riens fait, dont il l’en est mesvenu, car il s’alla
rendre au prince de Galles, qui li ot en convenant
25 de aidier, et ot grignour fiance au prince de Galles
que au roi de France à qui je sui de linage. Et
entrues que il estoit sus son voiage, je escripsi deviers
le roi de France et envoiai grans mesages em priant
que il me vosist envoiier un noble homme de son
30 sanc auqué je peuisse ma fille mariier, par quoi nos
hiretages ne demorast mies sans hoir. Li rois de
France entendi à mes parolles, dont je l’en sai bon
[153] gré, et m’envoia son cousin messire Robert d’Artois,
liquels ot ma fille espousée. Pères Sains, ens ou
voiage que li rois de Maïogres, mes maris, fist, il
morut. Je me sui remarié[e] à mesire Oste de Bresvich,
5 et pour tant que messires Charles de la Paix a
veu que j’ai volu ravestir [en] son vivant de mon
hiretage mesire Hoste, il nous a fait guerre et nous
prist ou castiel de l’Oef par encantement, car il nous
sambloit, à nous qui estions ou castiel de l’Uef, que
10 la mers estoit si haute que elle nous pooit acouvrir.
Si fumes à celle heure si eshidé que nous no[u]s
rendesimes à messire Charle de la Pais, tous quatre,
salve nos vies. Il nous a tenu en prison moi et men
marit, ma fille et son marit; [et tant est avenu que
15 madite fille et son marit] i sont mort. Depuis par
tretié nous sommes delivré parmi tant que Puille et
Calabre li demeurent, et tent à venir à l’iretage de Naples,
de Sesille et de Prouvence, et [quiert] aliances
partout, et efforcera le droit de l’Eglise, sitos comme
20 je serai morte, et ja moi vivant, il en fait son plain
pooir. Pour quoi, Pères Sains, je me voel acquiter
envers Dieu et enviers vous, et acquiter les ames de
mes predicesseurs; si vous raporte et mech en vostre
main très maintenant tous les hiretages qui me sont
25 deu de Sesille, Naples, Puille, Calabre et Prouvence,
et les vous donne à faire vostre volenté pour donner
et ahireter qui que vous volés et que bon vous samble,
qui obstenir les pora contre nostre aversaire,
mesires Charle de la Pais.» Li pappes Clemens rechut
30 ces parolles en très grant bien et le don en grant
reverensse, et dist: «Ma fille de Naples, nous en
ordenerons temprement tellement que li hiretage
[154] aront hiretier de vostre sanc, noble et poissant et
fort assés pour resister contre tous ceulx qui le voldront
nuire.» De toutes ces parolles, ces dons, ces
deshiretances et ahiretances on fist instrumens publicques
5 et autentiques, pour demorer les coses en tamps
à venir en droit et pour estre plus autentiques et
patentes à tous ceuls qui en oront parler.
§ 99. Quant la roïne de Naples et messires Ostes
de Bresvich eurent fait ce pour quoi il estoient venu
10 à Fondes devers le pappe, et il eurent là sejourné
à leur volenté et plaisance, il prisent congiet au
pappe et as cardinaus, et s’en retournèrent à Naples.
Depuis ne demora gaire de tamps que pappes Clemens
imagina en lui meïsmes que li trop longement
15 sejourner ens es parties de Romme ne li estoit point
pourfitable et que li Roumain et Urbains travilloient
grandement à avoir l’amour des Neapoliiens et de
mesire Charle de la Pais; si se doubta que li chemin
ne fuissent tantos si clos par mer et par terre que il
20 ne [peust] retourner en Avignon où il desiroit à venir.
Et la plus principaulx et especiaulx cose qui l’enclinoit
à retourner, c’estoit ce qu’il voloit donner en
don, enssi que recheu l’avoit, au duc d’Ango les drois
que la roïne de Naples li avoit donnés et seelés. Si
25 ordonna ses besongnes si sagement et secre[t]ement,
et montèrent en mer ils et li cardinaulx et toutes leurs
familles en gallées et en vaissaulx qui leur estoient
venu d’Arragon et de Marselle, le conte de Rokebertin
en leur compaignie, un vaillant homme
30 d’armes d’Arragon. Si eurent vent et ordenance de
mer en volenté, et arivèrent sans peril et sans
[155] damage à Marselle, dont tout li païs fu grandement
resjoïs; et de là vint li pappes en Avignon. Si segnefia
sa venue au roi de France et à ses frères, qui en
furent tout resjoï.
5 Adonc le vint veoir li dus d’Ango, qui se tenoit
pour le tamps à Toulouse; [si] li donna li pappes à
sa venue tous les dons dont la roïne de Naples l’avoit
ravesti. Li dus d’Ango qui tendoit tousjours à
signouries et à hautes honneurs, retint ces dons en
10 grant magnificensse et les accepta pour li et pour
ses hoirs, et dist au pappe que dou plus tost que il
[porroit, il] iroit si fors ens es parties par de delà
que pour resister contre tous les nuissans à la roïne
de Naples. Si fu li dus d’Ango avoecques le pappe
15 environ quinse jours, et puis s’en retourna il à Toulouse,
dalés la ducoise sa femme, et Clemens demora
en Avignon. Si laissa ses gens d’armes messire Selevestre
Bude et messire Bernart de la Salle et Florimont
gueriier et heriier les Roumains.
20 § 100. En che tamps avoit en le marce de Toskane
[en] Italie un vaillant chevalier d’Engletière qui
s’appelloit messires Jehans Haccoude, qui pluiseurs
grans apertisses d’armes i fist et avoit faites en
devant, et estoit issus hors dou roiaulme de France,
25 quant la pais fu traitie et parlementée des deus rois
à Bretegni dallés Chartres. En ce tamps, c’estoit uns
povres baceliers: si regarda que de retourner en son
païs il ne pooit noient pourfiter, et quant il convint
toutes manières de gens d’armes vuidier le roiaulme
30 de France par l’ordenance des tretiés de le pais, il se
fist chiés de une route de compaignons que on appeloit
[156] les Tart venus, et s’en vinrent en Bourgongne,
et là s’asamblèrent grant fuisson de tels routes, Englès,
Bretons, Gascons et Allemans, et gens de compaignes
de toutes nations, et fu Haccoude uns [des
5 chiefs] par especial avoecques Briquet et Carsuelle,
par qui la bataille de Brinai fu faite, et aida à prendre
le pont de Saint Esperit avoecq Bernart de Sorges.
Et quant il eurent assés gueriiet et heriiet le païs, le
pappe et les cardinaulx, on treta vers eulx et vers le
10 marquis de [Montferrat], qui en che tamps avoit
guerre as signeurs de Melans. Cils marquis les enmena
oultre lez mons, quant on leur heut delivret sissante
mille frans, dont Haccoude eut en se part diis mille
pour li et pour sa route. Quant il heurent achievé le
15 guerre dou marquis, li pluiseur retournèrent en
France, car messires Bertrans du Claiequin, li contes
de la Marce, li sires de Biaugeu et li mareschaulx
d’Audrehem les enmenèrent en Espaigne contre le
roi dan Piètre pour le roi Henri, et ossi li pappes
20 Urbains Ves les i envoiia. Messires Jehans Haccoude
et sa route demorèrent en Italie, et l’ensonnia tous[jours]
pappes Urbains, tant que il vesqui, contre les
signeurs de Mellans: ossi fist pappes Grigoires [regnans]
apriès lui. Et fist cils messires Jehans Haccoude
25 avoir le signeur de Couci contre le conte de
Vertus et les Lombars une très belle journée, et
dient, et de verité, li pluiseur que li sires de Couci
euist esté rués jus des Lombars et dou conte de
Vertus, se n’euist esté Haccoude qui le vint aidier à
30 cinc cens combatans, pour la cause de che que li
sires de Couchi avoit à femme la fille dou roi d’Engletière,
et non pour nulle autre cose.
[157] Chils messires Jehans Haccoude estoit uns chevaliers
mout adurés et renommés en es marces de
Italie, et i fist pluiseurs grans apertisses d’armes. Si
s’avisèrent li Roumain et Urbains qui se nommoit
5 pappes, quant Clemens fu partis de [Fondes], que il
le manderoient et le feroient mestre et gouverneur de
toute leur guerre. Si le mandèrent et li offrirent grant
pourfit et le retinrent li et sa route as saulx et as
gages; et ils s’en acquita loiaulment, car ils, avoecques
10 les Roumains, desconfi un jour messire Selevestre
Bude et une grant route de Bretons, et furent
sus le place tout mort ou pris, et Selevestre Bude
amenés à Romme prisonniers et en grant peril de
estre decollés. A voir dire, trop mieulx vausist que,
15 pour l’onneur de li et de ses amis, il l’euist esté au
jour que il fu amenés à Romme, car depuis le fist li
pappes Clemens decoller en la cité de Mascons, et
un autre escuier breton avoecques lui, qui s’appeloit
Guillaume Boilewe; et furent soupechonné de traïson
20 pour tant que il estoient issu hors de le prison des
Roumains, et ne pooit on savoir par quel tretiet,
et vinrent en Avignon, et là furent il pris. De leur
prisse fu coupables li cardinaulx d’Amiens, car il les
haioit pour tant que, [dou temps] que il faissoient
25 guerre en Roumagne pour le pappe, il avoient sus
les camps rués jus les sonmiers le cardinal d’Amiens
ens es quels il avoit grant finance de vaisselle d’or et
d’argent, et l’avoient toute departie as compaignons
qui ne pooient estre paiiet de leurs gages, dont li
30 cardinaulx tint che fait à grant despit et les accusa
couvertement de traïson. Quant il furent venu en
Avignon et furent amis que il estoient là trait
[158] cauteleusement pour trahir le pappe, si furent pris et
envoiiet à Mascons et là decollé. Ensi se portoient
li affaire en che tamps ens es parties par de delà,
et vous di que messires Bertrans de Claiequin fu
5 durement courouchiés de la mort messire Selevestre
Bude, son cousin, sus le pappe et les cardinaulx, et,
se il euist vesqui longuement, il leur euist remonstré
ou fait remonstrer que la mort de li li estoit desplaissans.
Nous no[us] soufferons à parler presentement
10 de ces matères, et entrerons ens es matères des
guerres de Flandres qui commenchièrent en celle
saisson, qui furent dures et cruelles, et de quoi grant
fuisson de peuple furent mort et essilliet, et li païs
contournés en tel violensse que on dissoit adonc que
15 cent ans à venir il ne faissoit mies à recouvrer ne
à remettre ou point où les guerres le prisent, et
remonsterons et recorderons par quelle incidensse
ces maleoites guerres commenchièrent.
§ 101. Quant les haïnnes et tribulacions vinrent
20 premierement en Flandres, li païs estoit si plains et
si raemplis de tous biens que merveilles seroit à considerer,
et tenoient les gens ens bonnes villes si
grans estas que merveilles estoit à regarder. Et devés
savoir que toutes ces guerres et haïnnes meurent par
25 orguel et par envie que les bonnes villes de Flandres
avoient l’un[e] sus l’autre, chil de Gand sus la ville de
Bruges, et cil de Bruges sus ceulx de Gand, et enssi
les autres villes les unes sus les autres. Mais tant i
a de resort que nulles guerres entre elles principaument
30 ne se pooient mouvoir ne eslever, se leurs sires
li contes ne le consentoit, car il i estoit tant cremus
[159] et tant amés que nuls ne l’osoit courouchier. Enssi li
contes, qui estoit sages et soutieus, resongnoit si la
guerre et le mautallent entre ses gens et li, que oncques
nuls sires feïst plus de li, et fu premierement si
5 frois et si durs à esmouvoir la guerre que nullement
il ne s’i voloit bouter, car bien sentoit en ses imaginacions
que, quant li differens seroit entre li et son
païs, il en seroit plus foibles et mains doubtés de ses
voisins. Encore resongnoit il la guerre pour un autre
10 cas, quoi que en le fin il li convenist prendre:
guerres sont destrucions de misse, de corps et
de chavance, et en son tamps il avoit vesqui et
resgné en grant prosperité et en grant pais et eu otant
de ses deduis que nuls sires terriiens pooit avoir eu.
15 Et ces guerres qui li sourdirent sus le main
commenchièrent par si petite incidence que, au justement
considerer, se sens et avis s’en fuissent ensongniiet,
il n’i deuist avoir eu point de guerre; et pueent dire
et poront cil qui ceste matère liront ou lire feront,
20 que ce fu oevre de diable, car vous savés ou
avés oï dire les sages que li diables soutille et atisse
nuit et jour à bouter guerre et haïnne là où il voit
pais, et qu[i]ert au lonch et de petit à petit comment
il puist venir à ses ataintes. Et ensi fu et avint en
25 Flandres en che tamps, sicom vous porés clerement
veoir et cognoistre par les tretiés de l’ordenance de
la matère qui s’ensieut.
§ 102. En che tamps que li contes Loeïs de Flandres
estoit en sa grignour prospérité, avoit un bourgois
30 à Gand, qui s’appelloit Jehan Lion, sage homme,
soutil, hardit, cruel et entreprenant et froit au
[160] besoing assés. Cils Jehans Lions fu si très bien dou
conte qu’il aparut, car li contes l’ensonnia de faire
ochire un homme en Gand, qui li estoit contraires
et desplaissans; et au commandement dou conte,
5 couvertement Jehans Lions prist parolles de debat à
celi et l’ocist. Le bourgois mort qui s’apelloit [Jehan
d’Iorque], il s’en vint demorer à Douai, et là fu
priès de trois ans, et tenoit bon estat et grant, et tout
paiioit li contes. Pour celle occision, Jehan Lion en
10 la ville de Gand perdi un jour tout ce que il i avoit,
et fu banis de le ville de Gand à cinquante ans [et un
jour]. Depuis li contes de Flandres esploita tant que
il li fist pais avoir à partie et ravoir la ville de Gand
et le francisse, che que on n’avoit onques mais veu,
15 dont pluiseurs gens en Gand et en Flandres furent
mout esmervilliet; mais enssi fu et avint. Avoecques
tout ce, li contes, pour [le] recouvrer en chavanche
et pour tenir son estat, le fist doiien des naviieurs.
Chils offisses li pooit bien valoir mil livres l’an,
20 à aler droiturierement avant. Chils Jehan Lion
estoit si très bien dou conte que nuls mieux de li.
En che temps avoit un autre linage à Gand que
on appelloit les Mahieus, et estoit cil set frères, et les
plus grans de tous les naviieurs. Entre ces set frères
25 en i avoit un qui s’apelloit Gisebrest Mahieu, riche
homme, sage, soutil et entreprendant grandement
trop plus que nuls de ses frères. Chils Ghisebrest
avoit grant envie sus Jehan Lion couvertement de ce
que il le veoit si bien dou conte de Flandres, et
30 soutilloit nuit et jour comment il le poroit oster de
sa grace. Pluiseurs fois eut en pensée que il le feroit
ocire par ses frères, mais il ne parosoit pour le
[161] doutance dou conte. Tant soutilla, visa et imagina que
il i trouva le chemin. Et la cause pour quoi principaulment
il s’entre haioient, je le vous dirai pour
mieux venir à la fondacion de ma matère.
5 Anciiennement avoit eu en le ville dou Dan une
guerre mortel de deus rices hommes navieurs et de
leurs linages, qui s’appelloient li uns sire Jehan Piet
et l’autre sire Jehan Barde: de celle guerre, d’amis estoient
mort [d’]eulx dis et uit. Ghisebrest Mahieu et si
10 frère estoient dou linage de l’un; Jehan Lion estoit
de l’autre. Ces haïnnes couvertes estoient enssi de
lonc tamps nouries entre ces deus, quoique il parlaissent,
buissent et mengassent à le fois ensamble;
et trop plus grant compte en faissoient li Mahieu
15 que Jehan Lion ne fesist. Ghisebrest Mahieu, qui
soutilloit à destruire Jehan Lion sans cop ferir, avisa
un soutil tour. Et sejournoit une fois li contes de
Flandres à Gand. Ghisebrest s’en vint à l’un des plus
prochains cambrelens dou conte et [s’acointa] de li,
20 et li dist: «Se messires de Flandres voloit, il aroit
un grant pourfit tous les ans sus les naviieurs, dont
il n’a maintenant riens; et ce pourfit li estraingnier
navieur paieroient, voires mais que Jehan Lion, qui
doiiens est et mestres des navieurs, s’en vosist loiaulment
25 acquiter.» Chils cambrelens dist que il remonsteroit
ce au conte, enssi que il fist. Li contes, enssi
que pluiseur signeur par nature sont enclin à leur
pourfit et ne regardent mies loiaulment à le fin où
les coses pueent venir, [fors] à avoir le misse et le
30 chevance, et ce les deçoit, respondi à son varlet:
«Faites moi venir Gisebrest Mahieu, et nous orrons
quel cose il voelt dire.» Chils le fist. Ghisebrest
[162] parla et remonstra au conte pluiseurs raisons raisonnables,
ce sambloit il au conte, par quoi li contes
respondi: «C’est bon que enssi soit, et on face venir
Jehan Lion.» Jehans Lions fu appellés en la presence
5 dou conte et de Ghisebrest, qui riens ne savoit
de ceste matère, quant li contes li entama et li dist
enssi: «Jehan, se vous vollés, nous arons grant
pourfit à ceste cose.» Jehans qui estoit loiaulx, en
ceste ordenance regarda que ce n’estoit pas une cose
10 raisonnable, et si n’osoit dire dou non; et respondi:
«Monsigneur, ce que vous demandés et que Ghisebrest
met avant, je ne le puis pas faire tous seuls, et
dur sera à l’esvoiturer.»--«Jehan, respondi li contes
qui s’enclinoit à son pourfit, se vous vo[u]s en volés
15 loiaulment aquiter, il [se] fera.»--«Monsigneur,
respondi Jehans, j’en ferai mon plain pooir.» Enssi
se departi leurs parlemens. Ghisebrest Mahieu, qui
tiroit à mettre mal Jehan Lion dou conte de Flandres,
ne n’entendoit à autre cose, s’en vint à ses
20 frères tous siis, et leur dist: «Il est jours mais que
vous me voelliés aidier en ceste besongne, enssi que
frère doient aidier l’un l’autre, car c’est pour vous
que je me combas. Je desconfirai Jehan Lion sans
cop ferir, et le meterai si mal dou conte que onques
25 n’en fu si bien que il en sera mal. Quoi que je die ne
monstre en ce parlement, quant tout li naviieur
seront venu [et que Jehans Lions fera sa demande],
si le debatés; et je me fainderai, et dirai et maintenrai
à Monsigneur que, se Jehans Lions voloit
30 et se loiaulment s’en acquitast, ceste ordenance se
feroit. Je congnois bien de tant Monsigneur: anchois
qu’il n’en viegne à son entente, Jehans Lion perdera
[163] toute sa grace, et li ostera son office, et me sera
donnés; et quant je l’arai, vous l’acorderés. Nous
sommes fort et poissant en celle ville entre les navieurs:
nuls ne nous contredira nos volentés, et puis
5 de petit en petit je menrai tel Jehan Lion que il sera
tous rués jus. Enssi en serons nous vengiet soutieument
et sans cop ferir.» Tout si frère li accordèrent.
Li parlemens vint; li navieur furent tout apparilliet
et là remonstrèrent Jehans Lion et Ghisebrest
10 Mahieu le vollenté dou conte et de ce nouvel estatut
que il voloit eslever sus le navire dou Lis et de l’Escaut,
laquelle cose sambla à tous trop dure et trop
nouvelle, et especiaulment li siis frère Ghisebrest
tout de une oppinion i estoient plus dur et plus contraire
15 que tout li autre, dont Jehans Lions, qui tous
souverains estoit de iaulx et qui les voloit tenir à son
loial pooir as francisses anchiennes, en estoit tous
liés et quidoit que che fust pour li, et c’estoit contre
li du tout.
20 § 103. Jehan Lion raporta le responsse des naviieurs
au conte, et li dist: «Monsigneur, c’est une
cose que nullement ne se puet faire et dont uns trop
grans maulx poroit venir. Laissiés les coses en leur
estat anciien, et ne faites riens de nouvel.» Ceste
25 response ne plaissi mies bien au conte, car il veoit
que, [à] chela eslever dont il estoit enfourmés, il pooit
tous les ans avoir siis ou sept mille florins de pourfit.
Si se teut adonc, et pour ce ne pensa il mies mains,
et fist songneussement poursieuwir par parolles et
30 tretiés ces naviieurs, lesquels Jehans Lions trouvoit
tous rebelles. De costé, Ghisebrès Mahieus venoit au
[164] conte et à son conseil, et dissoit que Jehans Lions
s’aquittoit trop mollement en ceste besongne et que,
se il avoit son office, il aroit tels tous les naviieurs que
li contes de Flandres aroit hiretablement che pourfit.
5 Li contes qui n’i veoit mies bien cler, car la convoitise
de la chevance l’aveulissoit, eut conseil, et de
li meiismes il osta Jehan Lion de son office, et i
mist Ghisebrest Mahieu. Quant Ghisebrès fu doiiens
des navieurs, il tourna tous ses frères à sa volenté
10 et fist venir le conte à son entente et à ce pourfit,
dont il n’estoit mies le mieux amés de la grignour
partie des navieurs; mais il leur convenoit souffrir,
car li set frère estoient trop grant avoecques l’aide
dou conte: si les convenoit taire et souffrir. Enssi
15 vint par soutieue voie Ghisebrest Mahieu en le
grace et amour dou conte, et Jehans Lions en fu dou
tout planés et ostés, et donnoit Ghisebrès Mahieus
as gens dou conte, as cambrelens et officiiers, grans
dons et biaux jeuiaux, par quoi il avoit l’amour
20 d’iaulx, et ossi au conte, dont il l’aveulissoit tout.
Et [tous ses] dons et ses presens faissoit il paiier as
navieurs, dont li pluiseur ne s’en contentoient mies
trop bien, mais il n’osoient mot sonner. Jehans
Lions qui estoit tous hors de la grace et de l’amour
25 dou conte, se tenoit en sa maison et vivoit dou sien
biellement, et souffroit trop bellement tout ce que on
li faissoit; car Ghisebrès Mahieu, qui doiiens des
navieurs estoit et qui ce Jehan couvertement haioit,
li retrencoit au tierch ou au quart les pourfis que il
30 deuist avoir de sa navie. Jehans souffroit tout ce et
ne sonnoit mot, et se dissimuloit sagement et prendoit
en gré tout ce que on li faissoit, de quoi Piètres
[165] dou Bos, qui estoit li uns de ses varlès, s’esmervilloit
grandement et li remonstroit à le fois comment
il pooit souffrir les tors que on li faissoit, et Jehans
respondoit: «Or tout quoi; il est heure de taire et
5 s’est heure de parler.»
Ghisebrès Mahieu avoit un frère que on appielloit
Estievenart, soutil homme et visseus durement, et
disoit à ses frères et sortissoit bien tout ce que il leur
avint: «Chertes, signeur, Jehan Lion se sueffre
10 maintenant et baisse la teste bien bas; mais il le fait
tout par sens et par malise, car encores nous honnira
il tous et nous metera plus bas que nous ne soions
maintenant haut. Mais je consilleroie une cose,
entrues que nous sommes en le grace de Monsigneur
15 et ils en est tous hors, que nous l’ocisiièmes.
Je l’ocirai trop aisse, se j’en sui cargiés; et
enssi serons nous hors de peril, et trop legierement
nous venrons [sus] de la mort de li.» Si autre
frère nullement ne le voloient consentir, et disoient
20 que il ne leur faisoit nul mal et que point on ne
doit homme occire, se il ne l’a trop grandement
deservi.
Si demora la cose en cel estat un tamps et tant
que li diable, qui onques ne dort, resvilla chiaulx de
25 Bruges à faire fosser pour avoir l’aissement de la
rivière dou Lis, et en avoient assés le conte de leur
accord, et i envoiièrent grant quantité de fosseurs et
de gens d’armes pour eulx garder. En devant autres
anées, avoient il enssi fait; mais chil de Gaind par
30 poissance leur avoient toudis brissiet leur pourpos.
Ches nouvelles vinrent à Gaind que de rechief chil de
Bruges faissoient efforciement fosser pour avoir le
[166] cours de le rivière dou Lis, qui leur estoit trop grandement
à leur prejudice. Si commenchièrent à murmurer
mout de gens parmi la ville de Gaind, et especiaulment
li navieur asquels la cose touchoit trop
5 mallement, [disant] que on ne devoit mies souffrir à
ceuls de Bruges de fosser enssi à l’encontre de la
rivière pour avoir le cours et le fil de l’aige, dont leur
ville serait deffaitte. Et dissoient encores li aucun
tout quoiement: «Or Dieus gart Jehan Lion! Se ce
10 fust nos doiiens, la besongne ne se portast pas enssi.
Chil de Bruges ne fuissent si ossé que de venir si
avant sur nous.» Jehans Lions estoit bien enfourmés
de toutes ces parolles, et se commencha un petit à
resvillier, et dist en soi meïsmes: «J’ai dormi un
15 tamps; mais il appert à petit d’affaire que je me resvillerai,
et meterai un tel tourble entre celle ville
chi et le conte, qu’il coustera cent mille vies.» Ceste
cose de ces fosseurs commença à augmenter et à enflamer,
et avint que une femme qui revenoit de
20 pelerinage de Nostre Dame de Boulongne, toute
lassée et escauffée, s’asist enmi le marchié là où il
avoit le plus de gens, et fist mout grandement l’esbahie.
On li demanda dont elle venoit; elle respondi:
«De Boulongne. Si ai veu et trouvé sus
25 mon chemin le plus grant meschief qui onques avenist
à le bonne ville de Gaind, car il sont plus de cinc
cens fosseurs qui nuit et jour oevrent au devant dou
Lis, et aront tantos la rivière, se on ne leur debat.»
Les parolles de la femme furent bien oïes et
30 entendues et recordées en pluiseurs lieus en la ville.
Adonc s’esmurent cil de Gaind, et dissent que ce ne
faissoit mies à soustenir [ne] à consentir: si se traïssent
[167] li pluiseurs deviers Jehan Lion, et li demandèrent
conseil de ceste cose et comment on en pooit user.
Quant Jehans Lions se veï appelés de chiaulx dont
il desiroit à avoir le grace et l’amour, si fu en coer
5 grandement resjoïs, mais nul [samblant] de sa joie il
ne fist, car il n’estoit pas encores heure tant que la
cose fust encores mieux entouellie, et se fist priier et
requerre trop durement anchois que il en vosist
riens dire ne monstrer; et quant il parla, il dist:
10 «Signeur, se vous volés ceste cose esvoiturer et
mettre sus, il faut en la ville de Gaind que uns anciiens
usages qui jadis i fu soit recouvrés et renouvellés:
c’est que li blanc cappron soient remis avant,
et cil blanc cappron aient un chief auquel il se
15 puissent tout retraire et raloiier.» Ceste parolle fu
très volentiers oïe et entendue, et dissent tout de
une vois: «Nous le volons! nous le volons! Or
avant as blans capprons!» Là furent fait li blanc
cappron, donnet et delivret plus de cinc cens, et as
20 compaignons qui trop plus chier avoient la guerre
que la pais, car il n’avoient riens que pierdre. Et fu
Jehans Lions esleus à estre chiés de ces blans capprons,
lequel office il rechut assés liement pour li
contrevengier de ses ennemis et pour entouellier la
25 ville de Gaind encontre ceulx de Bruges et le conte
son signeur; et fu ordonnés à aler contre ces fosseurs
de Bruges comme souverains cappitains, et li doiiens
des blans capprons en sa compaignie. Chil doi avoecques
leurs gens avoient plus chier assés guerre que
30 pais [ne] amour.
§ 104. Quant Ghisebrès Mahieus et si frère veïrent
[168] la contenance de ces blans capprons, si n’en furent
pas trop resjoï, et dist Estievenins, li uns des frères:
«Je le vous dissoie bien: certes cils Jehans Lion nous
desconfira par sa soutieuté. Mieux vausist que on m’en
5 euist laissiet convenir de li occire que dont que il fust
en l’estat où il est et où il venra, et tout par ces
blans capprons que il a remis sus.»--«Nenil, dist
Ghisebrest, mais que je aie parlé à Monsigneur, on
le metera tout jus. Je voel bien que il facent leur enprisse
10 de aler contre ces fosseurs de Bruges pour le
pourfit de nostre ville, car, au voir dire, autrement
nostre ville seroit perdue.»
Jehans Lions et sa route tout à blans capprons se
departirent de Gaind en volenté et en pourpos que
15 de tous occire ces fosseurs et ceuls qui les gardoient.
Les nouvelles vinrent à ces fosseurs et à leurs gardes,
que les Gantois venoient là efforciement; si se doubtèrent
de tout perdre et laissièrent leur ouvrage et
se retraïssent à Bruges tout effraé; onques puis ne
20 s’ahatirent de fosser. Quant Jehan Lion et li blanc
cappron veïrent que nuls il n’en avoient trouvés, si
furent courouchiet et se retraïssent en Gaind. Pour
che ne cessèrent il mies de leur office, mais aloient
li blanc cappron tous wisseux parmi la ville; et les
25 tenoit Jehan Lion en cel estat et dissoit bien as aucuns
tout secreement: «Tenés vous tout aisse, buvés
et mengiés, et ne vous effraés de cose que vous
despendés. Tels paiera temprement votre escot,
qui maintenant ne vous donroit point un disner.»
30 § 105. Che terme pendant et en celle meïsmes sepmaine
que Jehans Lions et li blanc cappron furent à
[169] [Deinse] pour trouver les fosseurs de Bruges, estoient
venues nouvelles à Gaind et requestes pour ceulx qui
des francisses de Gaind se voloient aidier, en dissant
à ceuls qui le loi maintenoient pour la saison: «Signeur,
5 on tient prisonnier à Erclo, chi dallés nous,
qui est en le francise de Gaind, en la prison dou
conte, un nostre bourgois, et en avons sommé le
baillieu de monsigneur de Flandres; mais il dist que
il n’en rendera point. Enssi se desrompent petit à
10 petit et afoiblissent vos francisses qui dou tamps
passé ont esté si hautes, si nobles et si prisies, et avoec
che si bien tenue[s] et gardées que nuls ne les osoit
enfraindre ne brisier; [et] li plus nobles chevaliers de
Flandres s’en tenoient à bien paret quant il estoient
15 bourgois de Gaind.» Chil de la loi respondirent à
chiaulx de la partie dou bourgois que on tenoit en
prison: «Nous en escriprons volentiers deviers le
baillu de Gaind et li manderons que il le nous renvoiie,
car voirement ses offices ne s’estent mies si
20 avant que il puist tenir nostre bourgois en la prison
dou conte en la paix de la ville.» Sicom il le dissent,
il le fissent, et escripsirent au baillieu, pour ravoir che
prisonnier, à Erclo. Li baillieus fu tantos consilliés
dou respondre et dist: «Que nous oons de parolles
25 pour un mounier! Dites, ce dist li baillieus, à chiauls
de Gaind, qui s’apielloit Rogiers d’Auterive, que, se
c’estoit uns bien riches homs diis fois plus qu’il ne
soit, ne sera il jamais hors de nostre prison, se monsigneur
de Flandres ne le commande. J’ai bien poissance
30 de l’arrester, mais je n’ai nulle poissance dou
delivrer.» Les parolles et responses de Rogier d’Auterive
furent enssi recordées à chiaulx de Gaind, dont
[170] il furent tout courouchiet, et dissent que orgilleusement
il avoit respondu. Pour tels responses, pour
telles incidenses que des fosseurs de Bruges qui
fosser voloient sus l’iretage de ciaulx de Gaind, et pour
5 tels coses samblables dont on voloit ou pooit de force
blecier les franchisses de Gaind, souffroient li rice
homme et li sage de Gaind à courir parmi la ville et
sus le païs celle pendaille et ribaudaille que on nommoit
les blans capprons, pour estre plus cremu et
10 renommé, car il besongne bien à un linage que il i
ait des fols et des outrageus pour soustenir les
paisibles.
§ 106. Les nouvelles de ce mounier, bourgois de
Gaind, que on tenoit en la prison dou conte à Erclo,
15 que li baillieus ne voloit rendre, s’espardirent parmi
la ville de Gaind, et en commenchièrent pluiseurs
gens à murmurer et à dire que che ne faisoit mies à
souffrir, et que par estre trop mols, les francisses de
Gaind se poroient perdre, qui estoient si nobles.
20 Jehan Lion qui ne tendoit que à une cose, ce estoit
de entouellier tellement la ville de Gaind envers le
signeur que on ne le peuist ne seuist destouellier sans
trop grant damage, n’estoit mies courouciés de tels
avenues, mais vosist bien que tous les jours il en venist
25 trente; [si] boutoit parolles de costé et semoit couvertement
aval la ville de Gaind, et disoit: «Oncques
puis que office furent accaté en une ville, les juriditions
ne furent plainement gardées.» Et mettoit ces
parolles avant pour Ghisebrest Mahieu, et voloit dire
30 que il avoit mieux que accaté l’office des rivières et
dou naviage, car il avoit bouté le navie en une nouvelle
[171] debte qui estoit grandement contre le francise
de Gaind et [les privilèges anchiens]; car li contes de
Flandres rechevoit tous les ans trois ou quatre mille
florins hors de la coustumance anchienne, dont li
5 marcheant et li naviieur anchiien se plaindoient
grandement. Et resongnoient ja à venir à Gaind chil
de Valenchiennes, de Douai, de Lille, de Bietune et
de Tournai; et estoit une cose par quoi li ville de
Gaind poroit estre encore perdue, car petit à petit on
10 leur torroit leurs francisses, et [si] n’i avoit homme
qui en osast parler.
Ghisebrès Mahieu et li doiiens des menus mestiers,
qui estoit de son aliance, ooient tous les jours tels
parolles à leurs oreilles et les reconnissoient que elles
15 venoient de Jehan Lion, mais il n’i pooient ne
osoient remediier, car Jehan Lions avoit ja tant semés
de blans capprons aval la ville et donnés as compaignons
hardis et outrageus, que on ne l’osoit asaillir.
Et ossi Jehan Lion n’aloit mies seus, car, quant il
20 issoit de sa maisson, il avoit dou mains deus cens
ou trois cens blans capprons autour de li. Et ossi il
n’aloit point aval la ville, se trop grans besoings n’estoit,
et se faissoit très grandement priier pour avoir
son conseil des incidensses et avenues qui avenoient
25 en Gaind et au dehors contre les francisses de le ville.
Et quant il estoit en conseil où il remonstroit une
parolle en general au peuple, il parloit de si biau retorique
et par si grant art, que cil qui le ooient estoient
tout resjoï de son langage, et dissoient communement
30 et de une vois de quanqu’il disoit: «Il dist
voir! Il dist voir!» Bien disoit Jehan Lion par
grant prudensse: «Je ne di mies que nous afoiblissons
[172] ne amenrissons l’iretage de monsigneur de Flandres,
et, se faire le volions, [si] ne porions nous, car
raisons ne justice ne le poroit souffrir, ne ossi que
nous querons ne cautelons nulle incidense par quoi
5 nous soions mal de li ne en se indination, car on
doit tousjours estre bien de son seigneur. Et mesires
de Flandres est nos bons sires et uns hauls princes,
cremus et renommés, qui nous a tousjours tenus en
grant pais et en grande prosperité, lesquels coses
10 nous devons bien recongnoistre, et en devons plus
souffrir, et tenu i somes, que dont que il nous
euist guerriiet et herriiet, travilliet et proposé pour
avoir le nostre; et, se à present il est fourconsiliés
ou enfourmés contre nous et les francisses de la
15 bonne ville de Gaind, et que cil de Bruges soient
mieux en sa grace que nous ne soions, enssi comme
il appert par les fosseurs, lui estant à Bruges, qui sont
ve[n]u pour brissier nostre hiretage et tollir nostre
rivière dont la bonne ville de Gaind seroit deffaite
20 et perdue, et que il voelt faire faire, sicomme renommée
queurt, un castiel à [Deinse] à l’encontre de nous
pour nous tenir en dangier et en foiblèce, et que cil
de Bruges li proumettent et ont proumis dou tamps
passé, chela savons nous tout clerement, que, se il
25 avoient l’aissement et le cours de la rivière dou Lis,
il li donroient par an dis ou douse mille [florins], je di
et conseille que la bonne ville de Gaind envoie deviers
li sages hommes bien avissés et endotrinés de
parleure, qui li remonstrent hardiement et par avis
30 toutes ces coses, tant dou bourgois de Gaind qui est
en sa prison à Erclo que ses baillieus ne voelt rendre,
que autres coses avenues dont la bonne ville de Gaind
[173] ne se contente mies bien, et incidensses qui tous les
jours avenir pueent toutes encloses ens, par quoi il
ne pensse mies ne ses consaulx que nous soions si
mort que, se besoings est, nous ne no[u]s puissons et
5 volons [resusciter]; et, ses responses oïes, la bonne
ville de Gaind ara avis de punir le meffait sus ceuls
qui seront trouvé couppable envers li.»
Quant Jehan Lion eut remonstré ceste parolle en
le place que on dist ou marchiet des devenres, cascuns
10 dist: «Il dist, il dist bien!» Adonc se retraïst
cascuns en sa maison. A ces parolles que Jehans
Lions avoit remonstrées, Ghisebrest Mahieu n’avoit
point esté, car ja doubtoit il les blans capperons;
mais Estievenins, ses frères, i fu, qui toudis sortissoit
15 leur tamps à venir. Si dist, quant il fu revenus: «Je
le vous disoie bien et ai toudis dit, par Dieu, Jehan
Lion nous destruira tous. A mal heure fu, quant vous
ne m’en laiastes convenir, car, se je l’euisse occis,
j’en fuisse trop legierement venus [sus]. Or n’est il pas
20 en no poissance que nous le puissions ne osions occire:
il est plus fors en le ville que li contes n’i soit.» Ghisebrès
respondi et dist: «Tès toi, soteriaux. Quant
je vorrai bien acertes, avoecques le poissance de
Monsigneur, tout cil blanc cappron seront ruet jus, et
25 tés les porte maintenant, qui temprement n’ara que
faire de cappron.»
§ 107. Or furent ordonné et cargiet et enditté pour
aller en mesage deviers le conte aucun sage et notable
homme de la ville de Gaind; et me samble que
30 Ghisebrest Mahieus, doiiens des navieurs, fu uns de
chiaux qui i furent esleu d’aler, pour tant que il estoit
[174] bien dou conte. Et ce bont li donna Jehans Lions
tout par cautelle affin que, se il raportoient riens de
contraire contre les francisses de Gaind, il en fust
plus demandés que li autre. Il se partirent et trouvèrent
5 le conte à Malle. Je ne sçai mies comment il les
rechut, ou bellement ou laidement, mais finablement
il esploitièrent si bien que li contes leur accorda
toutes leurs requestes: dou bourgois prisonnier que
on tenoit à Erclo rendre à chiaulx de Gaind, de
10 voloir tenir toutes les francisses de Gaind sans
nulle brisier et deffendre à chiaulx de Bruges que
plus ne se hatesissent de fosser sus l’iretage de Gaind;
et ot là en convent, pour mieulx complaire à chiaulx
de Gaind, que il commanderoit à chiaulx de Bruges
15 que ce que fosset avoient remplesissent. Et se partirent
li Gantois sur cel estat amiablement dou conte, et
retournèrent à Gaind et recordèrent tout ce que il
avoient trouvé ou conte leur signeur, comment il
voloit tenir toutes les francisses sans nulle enfraindre
20 ne brissier; mais il requeroit par douceur que cil
blanc cappron fuissent mis jus. En ces parolles les
gens dou conte ramenèrent le prisonnier de Erclo, et
le rendirent par voie de restablissement, enssi que
ordonné estoit, à le ville de Gaind, dont on ot grant
25 joie. A ces responsses faire estoient Jehan Lion et li
doiien des blancs capprons et diis ou douse des plus
notables de leurs routes. Quant il eurent oï comment
li contes requeroit que li blanc cappron fuissent
mis jus, si se teurent, mais Jehan Lion parla et
30 dist: «Bonnes gens de Gaind qui chi estes, vous
savés et avés veu et veés maintenant se li blanc
cappron ne vous gardent mieulx vos franchisses et
[175] remettent sus que li vermel et li noir et li cappron
d’autres couleurs. Bien ait qui on crient. Soiiés tout
seur et dites que je l’ai dit: sitos que li blanc cappron
seront jus par l’ordenance que Monsigneur les
5 voelt abattre, je ne donroie de vos francisses trois
deniers.» Ceste parolle aveula si le peuple que tout
partirent sans response, mais la grigneur partie, en
rallant en leurs maisons, disoient: «Il dist voir!
Laissons le convenir. Encores n’avons nous veu en
10 lui que tout bien et pourfit pour nostre ville.» Si
demora la cose en cel estat, et Jehans Lions en plus
grant cremeur de sa vie que en devant, et imagina
tantos l’afaire enssi que il avint, car bien veoit que
Ghisebrest Mahieu avoit en che voiage aucune cose
15 brasset contre lui au conte et contre ses compaignons,
pour tant que li contes avoit fait si amiables
responses. Si contrepenssa sus les penseurs, et
ordonna secretement à tous les cappitainnes des blans
capprons, à centeniers, chienquanteniers et diseniers:
20 «Dites à vos gens que il soient toudis nuit et jour
pourveu et sus leur garde, et, sitretos que il sentent ne
voient nul esmeutin, que il se traient tout deviers
moi. Encores vault mieulx que nous occions que
nous soions occis, puisque nous avons mis les coses
25 si avant.» Tout enssi comme il l’ordonna, il le fissent,
et se tint cascuns sus se garde.
§ 108. Ne demora gaires de tamps puisse di que
li baillus de Gaind, Rogiers d’Auterive, vint à Gaind
à bien deus cens chevaulx, et s’ordonna pour faire
30 ce que commandé li estoit et que ordonné estoit entre
le conte et Ghisebrest Mahieu et ses frères. Li baillus,
[176] atout ses deus cens hommes que amenés avoit, s’en
vint tout fendant les rues, la banière dou conte en
sa main, jusques ou marquiet des devenres, et là
s’arresta et mist la banière devant li. Tantost se
5 traïssent deviers lui Ghisebrès Mahieus et si frère et
li doiiens des petis mestiers. Il estoit ordonné que
ces gens d’armes devoient aler de fait en le maison
Jehan Lion et le devoient prendre et enssi le doiien
des blans capprons et siis ou siept de leur sexte des
10 plus notables, et les devoient amener ou castiel de
Gaind, et là tantost copper les testes. Jehans Lions, qui
ne pensoit mies mains et qui tous avisés estoit de
cel afaire, et qui avoit ses gettes et ses escoutes semés
aval la ville, sceut la venue dou baillieu; il veï bien
15 que c’estoit acertes. Ossi fissent tout cil qui blans
capprons portoient et que la journée [estoit] assisse
pour iaulx. Tous pourveus de leur fait et sur leur
garde, il se requellièrent et missent ensamble derrière
l’ostel Jehan Lion, qui les attendoit devant
20 sa maison, et là venoient chi diis, chi vint; et,
à fait que il venoient, il se rengoient sus la rue.
Quant il se furent asamblé, il furent bien quatre
cens. Jehans Lions se parti plus fiers que uns lions,
et dist: «Alons, alons sus les traïtours qui voellent
25 le bonne ville de Gaind trahir. Je pensoie bien que
toutes ces douces parolles que Ghisebrest Mahieu
nous rapporta l’autre jour, che n’estoit que dechevanche
et destrucion pour nous, mais je leur ferai
comparer.» Adonc s’en vint, il et sa route, le grant
30 pas, et toudis li croisoient gens, car tels n’avoient
mies encores blans capprons, qui se boutoient par
faveur en sa compaignie, et crioient en venant:
[177] «Trahi! trahi!» Et vinrent au tour par une estroite
rue ens ou marquiet des devenres, où li baillus
de Gaind, qui representoit la personne dou conte,
estoit, la banière dou conte devant lui et le banière
5 des navieurs et le banière des menus mestiers.
Ossitretos que Ghisebrest Mahieu et si frère
veïrent entrer ou marchiet Jehan Lion et les blans
capprons, il laissièrent le baillieu et se desroutèrent,
et s’enfuirent cascuns à qui mieux mieux, li
10 uns chà et li autres là, et li pluiseur des autres
ossi, ne nuls ne tint arroi ne ordenance, fors que
ceulx que li baillieus avoit amenés. Assés tost apriès
che que Jehans Lions fu venus sus le place, li doiiens
des blans capprons et une grosse route de eulx se
15 traïssent viers le baillieu, et sans sonner mot, il fu
pris et aterés, et là fu presentement occis, et la
banière dou conte rué[e] par terre et toute depechie;
ne onques à homme qui là fust, il n’atouchièrent,
fors que seullement au baillieu, et puis se remissent
20 dallés Jehan Lion tout ensamble. Les gens dou conte,
quant il veïrent leur cappitainne le baillieu atierret
et mort, et le banière dou conte toute deschirée, furent
tout esbahi et enssi que gens desconffis, et tout s’enfuirent
et espardirent, et montèrent sus leurs chevaulx
25 au plus appertement qu’il peurent, et vuidièrent
la ville de Gaind, et prisent les camps.
§ 109. Vous devés savoir que li enffant sire Jehan
Mahieu, Ghisebrest et si frère, qui se sentoient
fourfait enviers Jehan Lion et ennemit à lui et as
30 blans capprons, ne furent mies bien asegur en leurs
maisons; mais se departirent au plus tost qu’il peurent,
[178] li un par devant et li autre par derière, et
vuidièrent le ville de Gaind, et [laissièrent] femmes
et enffans et hiretages, et se traïssent au plus tost qu’il
peurent deviers le conte de Flandres, auquel il recordèrent
5 ceste aventure et de son baillieu qui mors
estoit et sa banière toute deschirée. Li contes de
ces nouvelles fu trop durement courouchiés et à
bonne cause, car on li avoit fait un trop grant despit,
et dist adonc et jura que il seroit si grandement
10 amendé, enchois que jamais rentrast en Gaind ne
que la ville euist pais à lui, que toutes autres gens
i prenderoient example. Si demorèrent li enffant
Mahieu dallés lui, et Jehans Lion et li blanc cappron
perseverèrent en leur outrage.
15 Quant Rogiers d’Auterive fu occis, enssi que vous
savés, et tout li autre esparpilliet, et que nuls ne
s’amonstroit contre les blans capprons pour contrevengier,
Jehan Lion, qui tendoit à courre les Mahieus,
car il les haioit à mort, dist tout hault: «Avant,
20 avant as traïteurs mauvais, qui voloient aujourd’ui
destruire les francisses de la bonne ville de Gaind!»
Enssi s’en allèrent il tout criant parmi les rues jusques
en leurs maisons, mais nuls n’en trouvèrent,
car il estoient ja parti. Si furent il quis et trachiet
25 dedens leurs hostels de trau en trau, et quant Jehan
Lion veï que nuls n’en aroient, si fu grandement
courouchiés. Adonc abandonna il tout le leur à ses
compaignons. Là furent toutes leurs maisons fustées,
ne oncques riens n’i demora, et tantos abatues
30 et jettées par terre, enssi comme il fuissent traïteur à
tout le corps de le ville. Quant il eurent chela fait,
il se retraïssent en leurs maisons, ne onques puis ne
[179] trouvèrent eskevin ne officiier de par le conte ne le
ville, qui leur desist: «Vous avez mal fait!» Et ossi
pour l’eure on n’euist [osé], car cil blanc cappron
estoient ja tant montepliiet en la ville que nuls ne les
5 osoit courouchier. Et aloient par les rues à si grans
routes que nuls ne se metoit au devant d’iaulx, et
disoit on en pluiseurs lieus en la ville et au dehors
aussi, que il avoient aliances à aucuns eskevins et
riches hommes de linage en Gaind; et ce fait bien à
10 croire, car, de commenchier, tel ribaudaille que il
estoient, n’euissent jamais ossé [emprendre] d’avoir
occis si hault homme, le banière dou conte leur
signeur en sa main et faissant son office, que Rogier
d’Auterive, baillieu de Gaind, se il n’euissent des
15 coadjousteurs et soutoiteurs en leur emprise. Et
depuis, sicom je vous recorderai ensievant, il
montepliièrent tant et furent si fort en le ville, que il
n’eurent que faire de nulle aide que de la leur, ne on
ne les euist [osé] courouchier ne desdire de cose que
20 il vosissent entreprendre ne faire. Rogiers d’Auterive
des Frères Meneurs de Gaind fu pris et levés de
tière et aportés en leur eglise, et là ensepvelis.
§ 110. Quant ceste cose fu avenue, pluiseurs
bonnes gens de la ville de Gaind, li sage homme
25 et li riche homme, en furent courouchiet et en
commenchièrent à parler et à murmurer ensamble,
et à dire qu’on avoit fait un trop grant outrage,
quant on avoit occis le baillieu dou conte faissant
son office, et que leurs sires, et de droit,
30 en seroit si courouchiés que on n’en venroit
jamais à pais, et que mescheans gens avoient bouté
[180] la ville en grant peril de estre encores toute
destruite, se Dieus proprement n’i pourveoit de
remède. Nonobstant toutes ces parolles, il n’estoit
nuls qui en vausist faire fait ne osast, pour lever ne
5 prendre amende ne corigier ceuls qui ces outrages
avoient fait. Jehans de le Faucille, qui pour che
tamps en la ville de Gaind estoit uns mout renommés
homs et sages tenus, quant il veï que li affaires
estoit allés si avant que on avoit outrageusement
10 ocis le baillieu dou conte, senti bien que les coses
venroient à mal, et affin que il n’en fust demandés
ne de la ville ne dou conte, il se departi de Gaind
au plus quoiement que il peut, et s’en vint en une
mout belle maisson que il avoit au dehors de Gaind,
15 et là se tint, et fist dire que il estoit dehaitiés; ne
nuls ne parloit à lui, fors que ses gens; mais tous
les jours il ooit nouvelles de Gaind, car encores i
avoit il la grignour partie dou sien, sa femme, ses
enffans. Ensi se dissimula il un grant tempore.
20 § 111. Les bonnes gens de Gaind, li riche homme
et li notable, qui avoient là dedens leurs femmes et
leurs enffans et leurs marcheandisses, leurs hiretages
ens et hors, et qui avoient apris à vivre honnerablement
et sans dangier, n’estoient mies bien aisse de
25 ce que il veoient les coses en che parti, et se sentoient
trop grandement fourfait enviers leur signeur.
Si regardèrent entre iaulx que il i convenoit pourveïr
de remède et amender che fourfait ores ou autre
fois, et euls mettre en le merchi dou conte: si valoit
30 mieux tempre que tart. Si eurent conseil et parlement
ensamble assavoir comment il en poroient user
[181] au pourfit et à l’onneur de eulx et de la ville de
Gaind. A ce conseil et parlement furent appellé Jehan
Lion et les cappitainnes des blans capprons: autrement
on ne l’euist point oset faire. Là eut pluiseurs
5 parolles retournée[s] et pluiseurs pourpos avissés;
finablement consaulx se porta tout de un accord et
de une vois et de une aliance que on esliroit en conseil
douse hommes notables et sages, liquel iroient
deviers le conte et li requerroient merchi et pardon
10 de le mort de son baillu que on avoit occis, et se
parmi tant on pooit venir à pais, che seroit bon,
mais que tout fuissent en le paix et que jamais riens
n’en fust demandé. Chils consaulx fu tenus et accordés,
et li bourgois esleu qui en che voiage devoient
15 aler. Et toudis dissoit Jehan Lion: «Il fait bon estre
[bien] de son signeur;» mais il voloit tout le contraire,
et le pensoit, et bien dissoit en li meïsmes
que la cose n’estoit point encores ou point où il le
meteroit. Chils consaulx s’espardi, li douse bourgois
20 partirent et chevauchièrent tant que il vinrent
à Malle dallés Bruges, et là trouvèrent le conte,
lequel il trouvèrent à l’aprochier [felon] et cruel et
durement courouchiet sus ceuls de Gaind. Chil douse
bourgois fissent mout le piteux envers le conte et li
25 priièrent à mains jointes que il vosist avoir pité de
iaulx, et escusoient de la mort de son baillieu toute
la loi et les hommes notables de la ville, et li dissoient:
«Chiers sires, accordés que nous reportons
pais à la bonne ville de Gaind qui tant vous ainme,
30 et nous vous proumettons que, ou tamps avenir,
cils outrages sera si grandement amendés sus ceulx
qui [l’ont fait et esmeu] affaire, que vous vo[u]s
[182] en contenterés et que à toutes autres bonnes villes
il sera exemples. Tant priièrent et supplièrent et
de si grant affection chil douse bourgois de Gaind
le conte, que il se rafresna grandement de son aïr,
5 avoecques les bons moiiens qu’il eurent. Et fut la
cose en tel parti que toute accordée et pardonnée sus
article de pais; et pardonnoit li contes ses mautalens
à chiaux de Gaind parmi une amende qui
devoit estre faite, quant autres nouvelles vinrent,
10 lesquelles je vous recorderai.
§ 112. Jehans Lion, qui estoit demorés à Gaind et
qui pensoit tout le contraire de ce qu’il avoit dit en
parlement: que on devoit toudis estre bien de son
signeur, il savoit tout de certain que il avoit ja tant
15 courouchiet le conte que jamais ne venroit à pais, et,
se il i venoit par voie de disimulacion, bien savoit il
que il en morroit: si avoit plus chier à tout parhonnir,
puisque commenchiet avoit, que de estre ou
peril ne en l’aventure de la mort tous les jours. Je
20 vous dirai qu’il fist. Che terme pendant que li consauls
de la ville estoient deviers le conte, il avisa que
il couroucheroit le conte si acertes que cil qui
estoient deviers li alé pour le pais avoir, ne raporteroient
nul tretié de paix. Il prist tous ceuls dont il
25 estoit souverains, les blans capprons et de tous les
mestiers de Gaind gens lesquels il avoit le mieux de
son accord, et vint à ses ataintes par soutieue voie;
et dist, quant il furent tout asamblé: «Signeur, vous
savés comment nous avons courouchiet monsigneur
30 de Flandres, et sur quel estat nous avons envoiiet
devers lui. Nous ne savons que nos gens raporteront,
[183] ou paix ou guerre, car il n’est mies legiers à
rapaisier et si a dallés li qui bien li esmouvera en
courous: Ghisebrest Mahieu et ses frères: s’est cent
contre un que venons à pais. Si seroit bon que nous
5 regardissons en nous meïsmes, se nous avons guerre,
de qui nous no[u]s aiderons et comment ossi nous
sommes armet. Et entre vous, doiien et disenier de
tels mestiers et de tels, regardés à vos gens, et si en
faites demain venir sus les camps une quantité:
10 si verrés comment il sont abilliet. Il se fait bon
aviser, anchois que on soit soupris. Tout ce ne
nous coustera riens, et si en serons plus cremu.»
Tout respondirent: «Vous dites bien.» Chils consauls
fu tenus: à l’endemain il vuidièrent tout par le
15 porte de Bruges et se traïssent sus les camps et en
uns biaus plains au dehors de Gaind, enssi comme
au quart de une lieuwe à l’encontre d’un trop bel
hostel et castiel que li contes de Flandres avoit au
dehors de Gaind, que on dist Ondreghien. Quant il
20 furent là tout venu, Jehans Lions les regarda mout
volentiers, car il estoient bien siis mille, et tout
bien armés; si leur dist: «Veci belle compaignie.»
Quant il eut là esté une espasse et ala autour, il leur
dist: «Je loroie que nous alissons veoir l’ostel de
25 Monsigneur, puisque nous sommes si priès. On m’a
dit que il le fait trop grandement pourveïr: si poroit
estre uns grans prejudisses à le bonne ville de
Gaind.» Tout s’i accordèrent et vinrent à Ondreghien,
qui adonc estoit sans garde et sans deffense. Si
30 entrèrent ens, et le commenchièrent à cherquier
desouls et deseure. Li blanc cappron et [li] ribaudaille
qui dedens entrèrent, l’eurent tantos despoulliet,
[184] et pris et levé tout che que il i trouvèrent. Si i
avoit il de bons jeuiaulx et de rices, car li contes
en faissoit sa garde reube. Jehans Lions fist samblant
que il en fust mout courouchiés, mès non estoit,
5 enssi que il apparut, car, quant il furent partit doudit
castiel et retrait sus les camps, il regardèrent de
derière iaulx. Si virent que il ardoit tous et que li
feus i estoit boutés en plus de vint lieus, et n’estoit
mies en poissance de gens que il le peuissent estaindre,
10 et ossi il n’en estoient mies en volenté. Dont
demanda Jehans Lions qui fist mout l’esmervilliet:
«Et dont vient cils feus en l’ostel de Monsigneur?»
On li respondi: «D’aventure.»--«Or, dist il, on
ne le puet amender. Encores vault mieux que aventure
15 l’ait ars que nous, et ossi, tout consideré, che
nous estoit uns perilleus voisins: Monsigneur en peuist
avoir fait une garnison qui nous euist porté grant
contraire.» Tout li autre respondirent: «Vous
dites voir.» Lors s’en retournèrent il en la ville de
20 Gaind, et n’i eut plus rien fait pour la journée.
Mais elle fu grande assés et malle, car elle cousta puisedi
deus cens mille vies, et fu une des coses principaulment
dont li contes de Flandres s’enfelenia
le plus; et pour che le fist Jehan Lion, qui ne voloit
25 venir à nulle pais, car bien savoit, quel tretié ne quel
accord que il i euist, il i meteroit la vie. Chils
castiaulx de Ondreghien avoit bien cousté au conte de
Flandres, au faire ouvrer et edeffiier, deus cens mille
frans, et l’amoit sur tous ses hostels. Les bonnes gens
30 de Gaind qui pais desiroient à avoir, furent de ceste
avenue durement courouchiet, mais amender ne le
peurent ne nul samblant n’en osèrent faire, car li
[185] blanc cappron dissoient que li castiaulx estoit ars
par mescheance et non autrement.
§ 113. Ches nouvelles vinrent au conte de Flandres
qui se tenoit à Malle, et li fu dit: «Sire, vous ne
5 savés? Vostre belle maison de Ondreghien, que tant
amiés et qui tant vous a cousté à faire, est arsse.»
--«Arsse!» dist li contes qui fu de ces nouvelles mout
courouchiés et mout esmervilliés.--«Mes Dieus,
sire, voire.»--«Et comment?»--«De feu de mescheance,
10 sicom on dist.»--«Ha! dist li contes, c’est
fait! Jamais n’ara pais en Flandres, tant que Jehans
Lions vive. Il le m’a fait ardoir couvertement, mais
che sera chier comparé!» Adonc fist il venir les
bourgois de Gaind devant lui et leur dist: «Malle
15 gent, vous me priiés l’espée en le main, et vous
avoie accordé toutes vos requestes, enssi que vous
voliés; et vos gens m’ont ars l’ostel ou monde que
je amoie le mieux! Ne leur sambloit il pas que il
m’euissent fait des despis assés, quant il m’avoient
20 occis mon baillieu faissant son office, et deschiret
ma banière et pifflée as piés? Sachiés, se che
n’estoit pour men honneur et que je vous euisse
donné sauf conduit, je vous fesisse tous trenchier les
testes. Partés de ma presensse, et dites bien à vos
25 malles gens et orgilleus de Gaind, que jamais pais il
n’aront ne à nul tretiet je n’entenderai, tant que
j’en arai desquels que je voldrai, et tous les ferai
decoller, ne nuls n’i sera pris à merchi.»
Chil bourgois, qui estoient mout esbahi et courouchiet
30 de ces nouvelles, comme cil qui nulles coupes n’i
avoient, se commenchièrent à escuser et à escuser les
[186] bonnes gens de Gaind, mais escusance n’i valoit riens,
car li contes estoit tant courouchiés que il n’en voloit
nulle oïr. On les fist partir de sa presence; il montèrent
as chevaulx et retournèrent à Gaind sans riens
5 faire, et recordèrent comment il avoient bien esploitiet,
et fuissent venu à pais et à apointement envers
le conte, se chils diables de castiel n’euist esté ars.
Outre li contes les manechoit grandement et leur
mandoit que jamais paix n’aroient si en aroit li contes
10 tant à sa volenté que bien li souffiroit. Les bonnes
gens de la ville veoient bien que les coses aloient
mal et que li blanc cappron avoient tout honnit, mais
il n’i avoit si hardit qui en osast parler.
Li contes de Flandres se parti de Malle et tous
15 ses ostels, et s’en vint à Lille et là se loga, et manda
là tous les chevaliers de Flandres et les gentils hommes
qui de li tenoient, pour avoir conseil comment
il se poroit tenir de ces besongnes et contrevengier
de chiaulx de Gaind, qui li avoient fait tant de despis.
20 Tout li gentil homme de Flandres li jurèrent à
estre bon et loial, enssi que on doit estre à son signeur
sans nul moiien. De che fu li contes grandement resjoïs.
Si envoiia gens par tout ses castiaulx, à Tenremonde,
à Ripeumonde, à Alos, à Gauvre, à Audenarde,
25 et partout fist grandes garnissons.
§ 114. Or fu Jehans Lions trop grandement resjoïs,
quant il veï que li contes de Flandres voloit ouvrer acertes
et que il estoit si enfeleniiés que cil de Gaind ne
poroient venir à pais, et que il avoit par ses soutieux
30 ars bouté la ville de Gaind si avant en la guerre, que
il convenoit, vosissent ou non, que il guerriaissent.
[187] Adonc dist il tout hault: «Signeur, vous veés et entendés
comment nos sires li contes se pourvoit contre
nous, et ne nous voelt requellier à paix. [Si] lo et
conseil pour le mieux que, anchois que nous soions
5 plus grevé ne apressé, nous sachons liquel de Flandres
demoront dallés nous. Je respons pour ceulx de
Granmont; il ne nous feront nul contraire, mais
seront volentiers dallés nous. Ossi seront cil de Courtrai,
car c’est en nostre castelerie, et s’est Courtrai
10 nostre cambre. Mais velà chiaulx de Bruges qui sont
grant et orgilleus, et par eulx toute ceste felonnie est
esmeue. S’est bon que nous alons deviers yaulx et si
fort que, bellement ou laidement, il soient de nostre
accord.» Cascuns respondi: «Il est bon, il est bon.»
15 Adonc furent ordonné par paroces tout cil qui iroient
en ceste legacion: si se pourveïrent et ordonnèrent
et tout par monstre, ensi que à iaulx appartenoit, et
se partirent de Gaind entre noef et diis mille hommes,
et enmenèrent grant carroi et grans pourveances,
20 et vinrent che premier jour jesir à [Deinse]. A l’endemain,
il aprocièrent Bruges à une petite lieue priès.
Adonc se rengièrent il tous sus les camps et se missent
en ordenance de bataille, et leur carroi derière
iaulx. Là furent ordonné de par Jehan Lion aucun
25 doiien des mestiers, et leur dist: «Alés vous ent à
Bruges et dites que je et la bonne ville de Gaind
venons chi, non pour guerre ne iaulx grever, se il
ne voellent, ou cas que il nous ouveront deboinairement
les portes; et nous raportés se il nous voldront
30 estre ami ou ennemi, et sur ce arons avis.» Chil se
departirent de la grose route, qui ordonné i furent,
et s’en vinrent as bailles de Bruges et les trouvèrent
[188] fremées et bien gardées. Il parlèrent as gardes et leur
remonstrèrent ce pour quoi il estoient là venu. Les
gardes respondirent que volentiers il en iroient parler
au bruguemestre et as jurés qui là les avoient establis,
5 enssi qu’il fissent. Li bruguemestre et li juret
respondirent: «Dittes leur que nous en arons avis et
conseil.» Il retournèrent, et fissent ceste response.
Adonc se departirent des bailles li commis Jehan Lion
et retournèrent viers leurs gens qui toudis tout bellement
10 aprochoient Bruges. Quant Jehan Lion oï la
response, si dist: «Avant! avant! alons de fait à
Bruges. Se nous atendons tant que il soient consilliet,
nous n’i enterons point fors à painne: si vault
mieux que nous les asaillons avant que il se conseillent
15 que apriès, par quoi soudainement il soient soupris.»
Chils pourpos fu tenus, et vinrent li Gantois
jusques as barrières de Bruges et as fossés, Jehan Lion
tout devant montés sus un noir moriel, et mist tantos
piet à terre et prist sa hache en sa main. Quant cil
20 qui gardoient le pas, qui n’[estoit] point si fors adonc
comme il est ores, veïrent venus les Gantois en convenant
pour asaillir, si furent tout effraé, et s’en
alèrent li aucun parmi le grant rue jusques au marchiet,
[criant]: «Vé les ci! Vé les chi, les Gantois! Or
25 tos as deffenses! il sont ja devant nos portes.» Chil de
Bruges qui s’asambloient ou marchiet pour eulx consillier,
furent tout effraé, et n’eurent li grant mestre
nul loisir de parler ensamble ne de ordonner nulles de
leurs besongnes, et voloient la grigneur partie de la
30 communaulté que tantos on leur alast ouvrir les
portes. Il convint que cils consaulx fust tenus; autrement
la cose euist mal alé sus les rices hommes de la
[189] ville, et s’en vinrent li bruguemestre et tout li eschevin
et mout d’aultre peuple à le porte où li Gantois
estoient, qui grant apparant d’asaillir faissoient. Li
bruguemestre et li signeur de Bruges qui l’avoient à
5 gouverner pour che jour, fissent ouvrir le guichet et
vinrent as bailles parlementer à Jehan Lion. En che
parlement il furent si bien d’accord que par grant
amour on leur ouvri les bailles et le porte, et entrèrent
tout ens; et chevauchoit Jehans Lions dalés le
10 brughemestre, qui bien se monstroit à estre hardis
et outrageus homs, et toutes ses gens armés au cler
le sievoient par derière. Et fu adonc très belle cose
de eulx veoir entrer par ordenance à Brughes, et s’en
vinrent ens ou marchiet; et enssi comme il venoient,
15 il s’ordonnoient et rengoient sus le place; [si] tenoit
Jehans Lions un blanc baston en sa main.
§ 115. Entre ceuls de Gaind et de Bruges furent
là faites aliances, jurées et convenanchies, que il
devoient demorer toudis li un dallés l’autre enssi
20 comme bon amie et voisin; et les pooient cil de Gaind
semonre, mander, avoir et mener avoec eulx partout
où il voloient aler. Assés tost apriès que tout li Gantois
furent venu et rengiet sus le marchiet, Jehans
Lions et aucunes cappitainnes de ses gens montèrent
25 hault en la halle. Et là fist on un banc de par le
bonne ville de Gaind et un commandement que cascuns
se traisist à hostel bellement et doucement et se
desarmast, et ne fesist noise ne esmeutin, sus la teste
à perdre, et que cescuns, selonc se ordenance, fesist
30 son ensaigne à son ostel et que nuls ne se logast l’un
sus l’autre ne fesist le maistre au logier, par quoi
[190] noise ne estris peuissent mouvoir, et sus la teste, et
que nuls ne presist riens de l’autrui que il ne le
paiast tantos et sans delai, et tout sus la teste. Che
banc fait, on en fist un autre de par le ville de Brughes
5 que cascuns et cascune receuist bellement et
doucement en ses hostels les bonnes gens de Gaind
et que on leur amenistrast vivres et pourveances,
selonc le fuer commun de la ville, ne nulle cose ne
fust rencierie ne que nuls n’esmeuist noise, debath
10 ne esmeutin, et toutes ces coses sus la teste. Adonc
se retraïssent cescuns as hostels, et furent en cel estat
chil de Gaind en Bruges deus jours mout amiablement,
et se loiièrent et obligièrent li un à l’autre
moult grandement.
15 Ches obligacions prisses et faites, escriptes et seellées,
au tierch jour chil de Gaind se partirent et s’en
alèrent deviers la ville dou Dan, où on leur ouvri les
portes tantos et sans dangier. Et i furent li Gantois
requelliet mout courtoisement, et là sejournèrent
20 deus jours. En che sejour, et mout soudainement,
prist une maladie à Jehan Lion, dont il fu tous enflés.
Et la propre nuit que la maladie le prist, il avoit
souppet en grant reviel avoecques damoisselles de la
ville, pour quoi li aucun voellent dire et maintenir
25 que il fu là enpuisonnés. De chela je ne sai riens,
je n’en volroie pas parler trop avant, mès je sai bien
que, à l’endemain que la maladie le prist, de nuit il
fu mis en une litière et aportés à Ardembourch. Il
ne peut aler plus avant, et là morut, dont cil de
30 Gaind furent mout courouchiet et trop grandement
desbareté.
[191] § 116. De la mort Jehan Lion furent tout si ennemi
resjoï, et si ami courouchiet. Si fu aportés à Gaind,
et pour la mort de li retourna toute leur hoost. Quant
les nouvelles de sa mort furent venues à Gaind, toutes
5 gens en furent très grandement courouchiet,
car mout i estoit amés, excepté cil qui estoient de
le partie dou conte. Si vuidièrent les eglisses à l’encontre
dou corps, et fu amenés en la ville à ossi
grant solempnité que dont que ce fust li contes de
10 Flandres, et fu ensevelis mout reveranment en
l’eglise de Saint Nicollai, et là gist.
Pour che, se Jehans Lions fu mors, ne se brisèrent
mies adonc les convenances que cil de Gaind avoient
à chiaulx de Bruges, car li Gantois avoient de ceulx
15 de Bruges pris bons ostages et tenoient en le ville
de Gaind, pour quoi les obligances ne se pooient
desrompre. De la mort Jehan Lion fu li contes de Flandres
grandement resjoïs; ossi furent Ghisebrest Mahieu
et si frère et li doiiens des menus mestiers de
20 Gaind et tout cil de le partie dou conte. Si fist li
contes de Flandres plus fort que devant pourveïr ses
villes et ses castiaulx, et envoiia en le ville de Ippre
grant fuisson de bons chevaliers de le castelerie de
Lille et de Douai, et dist que il aroit temprement
25 sa raison de chiaulx de Gaind.
Tantos apriès le mort Jehan Lion, chil de Gaind
regardèrent que il ne pooient longuement estre sans
cappitainnes. Si en ordonnèrent li doiien des mestiers
et li chiencquantenier des portes quatre, à leur
30 avis les plus outrageus, hardis et entreprendans de
tous les autres: tout premiers Jehan Prouniau, Jehan
[Boule], Rasse de Harselle et Piètre dou Bos. Et
[192] jurèrent toutes manières de autres gens à obeir à ces
cappitainnes sans nulle excepcion et sus la teste; et
les cappitainnes jurèrent à garder l’onneur et les francisses
de le ville.
5 Ces quatre cappitainnes esmeurent chiaulx de Gaind
à aler à Ippre et ou Franc de Bruges pour avoir
l’obbeïssance d’iauls ou tout ocire. Si se departirent de
Gaind ces cappitainnes et leurs gens en grant arroi,
et estoient bien douse mille tout armé au cler. Si
10 cheminèrent tant que il vinrent à Courtrai. Chil de
Courtrai les laissièrent entrer en leur ville sans dangier,
car elle sciet en la castelleriie de Gaind, et se
tinrent là tout aisse et s’i rafresquirent, et furent deus
jours. Au tierch jour, il s’en partirent et s’en allèrent
15 viers Ippre, et enmenèrent avoec eulx douse cens
[hommes] tous armés au cler, parmi les arbalestriers
de la ville de Courtrai, et prissent le chemin
de Tourout. Quant il furent venu à Tourout, là
s’arestèrent, et eurent conseil les cappitainnes de
20 Gaind que il envoieroient trois ou quatre mille de
leurs gens devant et le cappitainne des blans capprons,
pour traitiier à chiaulx de Ippre, et la grosse
bataille les sievroit par derière pour iaulx conforter,
se mestier faissoit. Ensi que il fu ordonné, il fu fait,
25 et s’en vinrent cil à Ippre. Quant li communs de
Ippre et cil des menus mestiers sceurent la venue de
chiaulx de Gaind, si s’armèrent et se ordonnèrent
tout sus le marchiet, et estoient là bien cinq mille.
Là n’avoient li rice homme et li notable de le ville
30 nulle poissance. Li chevalier, qui estoient en garnison
de par le conte en le ville de Ippre, s’en vinrent
mout ordonneement à le porte de Tourout là où li
[193] Gantois estoient arresté devant les bailles et requeroient
que on les laissast [entrer] ens. Chil chevalier
et leurs gens estoient tout rengiet devant le porte et
monstroient bonne deffensse, ne jamais li Gantois
5 n’i fuissent entré sans asaut et sans trop grant damage,
mais li menut mestier de la ville, vosissent ou
non li gros, se partirent dou marchiet et s’en vinrent
deviers le porte que li chevalier gardoient, et dissent:
«Ouvrés, ouvrés à nos bons amis et voisins de
10 «Gaind. Nous volons que il [entrent] en no ville.»
Li chevalier respondirent que non feroient et que il
estoient là establi de par le conte de Flandres et
avoient à garder la ville: si le garderoient à leur loial
pooir, et n’estoit mies en la poissance de chiauls de
15 Gaind que il i peuissent entrer, se ce n’estoit par
traïson. Parolles montepliièrent tant entre les gentils
hommes et les doiiens des menus mestiers, que on
escria à eulx: «A le mort! Vous ne serés pas signeur
de no ville.» Là furent il asailli radement et recullé
20 contreval la rue, car la force n’estoit pas leur,
et en i eut mors cinq chevaliers, desquels messires
de Roubais et messires Houars de le Houarderie
furent là ateret, dont che fu damages. Et i fu en trop
grant peril messires Henris d’Antoing: à painnes le
25 peurent aucun rice homme de la ville sauver. Toutesfois
on le sauva, et en i ot sauvés grant fuisson d’autres.
Mais la porte fu ouverte, et i entrèrent li Gantois
et furent mestre et signeur de la ville, sans ce
que nul mal i fesissent. Et quant il i eurent esté deux
30 jours et il eurent pris la seurté de chiaulx de la
ville, qui leur jurèrent en le fourme et manière que
chiaulx de Bruges, de Courtrai, de Granmont et
[194] dou Dam avoient fait, il le tenroient, et de che il
livrèrent bons ostages, il s’en partirent tout courtoisement,
et s’en retournèrent parmi Courtrai à Gaind.
§ 117. Li contes de Flandres, qui se tenoit à Lille,
5 entendi que cil de Ippre estoient tourné [gantois] et
que tout che avoient fait li menut mestier: si fu durement
courouchiés, tant pour le mort de ses chevaliers
qui dedens avoient esté occis, que pour autres
coses. Toutesfois il se reconforta et dist: «Se nous
10 avons perdu Ippre ceste fois, une autre fois nous le
recouverons à leur malle mescheance; car j’en ferai
encores [à] tant trenchier les testes et là et ailleurs,
que li autre s’en esbahiront.» Li contes entendi par
especial mout grandement à pourveïr la ville d’Audenarde
15 de pourveances et de bonnes gens pour le
garder, car il supposoit assés que li Gantois o leur
effort le venroient assegier; et che li seroit uns trop
grans contraires, se il en estoient signeur, car il
aroient la bonne rivière d’Escaut et le navire à leur
20 aisse et volenté. S[i] i envoia pourveuement grant fuisson
de chevaliers et d’escuiers de Flandres, de Hainnau
et d’Artois, qui tout s’i boutèrent et amasèrent,
et en furent mestre, vosissent les gens de la ville
ou non.
25 Les cappitainnes de Gaind, qui estoient retrait en
leur ville, entendirent coument li contes pourveoit
grandement la ville d’Audenarde. Si eurent conseil
que il le venroient asegier et ne s’en partiroient si
l’aroient conquisse et tous mors chiaulx qui dedens
30 estoient, et les portes et les murs abatus. Si fissent
un commandement en Gaind que cascuns fust pourveus
[195] bien et souffissanment, enssi comme à lui appertenoit,
pour partir et aler là où on les voldroit mener.
A che banc ne desobeï nuls, et se ordonnèrent, et
cargièrent tentes et trés et pourveances; et partirent
5 de Gaind et s’en vinrent logier devant Audenarde sus
ces biaus prés contreval l’Escaut. Trois jours après,
vinrent chil de Bruges qui furent mandé, et se logièrent
au lés deviers leur ville, et amenèrent grant carroi
et grosses pourveances. Puis vinrent cil de Ippre
10 ossi en grant arroi, chil de Poperinghe, chil de Meschines
et dou Franc de Bruges; et ossi cil de Granmont
estoient en conte. Li Flament devant Audenarde
estoient plus de cent mille, et avoient fait pons
de nefs et de cloies sus l’Escaut où il aloient de l’un
15 à l’autre. Li contes de Flandres, qui se tenoit à
Lille, eut en pourpos que il venroit à Tenremonde,
car il avoit mandé en Allemaigne, en Guerles et en
Braibant grant fuisson de chevaliers et d’escuiers et
par especial son cousin le duc des Mons, qui le vint
20 servir à grant fuison de chevaliers et d’escuiers; et
se boutèrent à Tenremonde, et i trouvèrent le conte
de Flandres, qui ja i estoit venus par les frontières de
Hainnau et de Braibant, qui fu mout resjoïs de leur
venue.
25 § 118. Enssi se tint li sièges devant Audenarde des
Flamens mout longement. Si i eut fait, le siège
estant, pluiseurs grans assaulx et escarmuces; et priès
que tous les jours i avoit fais d’armes as barrières
et gens mors et blechiés, car cil Flament s’aventuroient
30 follement et outrageusement, et venoient
jusques as bailles lanchier et escarmuchier: si en
[196] i avoit souvent des mors et des bleciés par leur
outrage.
En la ville de Audenarde avoit bien uit cens
lances, chevaliers et escuiers, et mout vaillans hommes
5 là dedens. En che tamps estoient uit baron, tels
que le signeur de Gistelle, le signeur de Villers et de
Hullut, le signeur d’Escornay, Flamens; et Hainnuiers,
le signeur d’Enghien Watier, le signeur d’Antoing,
le signeur de Brifuel, le signeur de Lens et le
10 signeur de Goumignies, les trois frères de Haluin,
messire Jehan, messire Daniel et messire Josse, le
signeur d’Estainbourcq, le signeur de Crane, messire
Gerart de Marquellies, le signeur de Cohem, le signeur
15 de Montegni en Hainnau, messire Rasse de
Montegni, messire Theri de le Hamaide, messire
Jehan de Grées et tant de chevaliers que il estoient
cent et cinq. Et si faissoient bons gais et grans, et
n’avoient nulle fiance en ceulx de la ville, et avoient
fait retraire les femmes et les enffans de la ville ens
20 es moustiers, et là se tenoient; et cil signeur et
leurs gens se tenoient en leurs maisons. Et pour le
trait des canons et dou feu, que li Flament lançoient
et traioient songneusement en la ville pour tout ardoir,
on avoit fait couvrir les maisons de tière, par
25 quoi li feus ne s’i peuist prendre.
§ 119. Le siège estant devant Audenarde, li Flament
et les cappitainnes qui là estoient, entendirent
que li contes, leurs sires, estoit à Tenremonde, et
avoit le duc des Mons, son cousin, et grant fuisson de
30 chevaliers et d’escuiers dalés lui: si eurent conseil que
il envoiieroient là siis mille de leurs gens pour veoir
[197] que c’estoit et pour livrer un assault en Tenremonde.
Sicom il le consillièrent, il le fissent, et se departirent
un jour de l’oost tout cil qui ordonné i furent
de l’aler, et avoient à cappitaine Rasse de Harselle.
5 Tant esploitièrent cil Flament que il i vinrent un
joeudi au soir en un village à une petite lieue de
Tenremonde, sus la rivière de Tenre, et là se logièrent.
Cil Flament avoient pourveu grant fuisson de
nefs et fait venir aval sus le rivière, pour entrer ens
10 et assaillir par l’ague et par le tière. Un petit apriès
mienuit, il se levèrent et armèrent et aparillièrent de
tous poins, enssi que pour tantos asaillir que il
seroient là venu, et sousprendre les chevaliers en leurs
lis, et puis se missent au chemin. Aucunes gens dou
15 païs, qui seurent che convenant, s’en vinrent de nuit
à Tenremonde et enfourmèrent les gardes de cel
afaire, et leur dissent: «Soiés sus vo garde, car
grant fuisson de Gantois gissent anuit mout priès
de chi, et ne savons que il voellent faire.» Les
20 gardes des portes recordèrent tout che au chevalier
dou gait, qui s’appelloit messires Theris de Brederode,
de Hollandes. Lors que il en fu avissés, il fu sus sa
garde et le fist segnefiier ou chastel et par tout les
ostels en la ville où li chevalier se logoient. Droitement
25 sus le point dou jour, vinrent li Flament par
tière et par aigue sus leurs nefs, et avoient si bien
aparilliet leur besongne que pour tantos asaillir.
Quant cil dou castiel et de la ville sentoient que il
aprochoient, si commenchièrent à sonner leurs trompettes
30 et à resvillier toutes gens; et ja estoient la grignour
partie des chevaliers et des escuiers tous armés.
Li contes de Flandres, qui dormoit ens ou castel,
[198] entendi ces nouvelles que li Flament estoient venu
et ja asailloient: tantos il se leva et arma, et issi hors
dou castiel, sa banière devant lui. Dalés luy, à ce
jour, estoient messires Gossuins de Wille, grant baillieu
5 de Flandres, li sires de Grutus, messires Gerars
de Rasenghien, messires Phelippes li Jones, messires
Phelippes de Mamines et autres, tels que messires
Huge de Regni, bourgignon. Si se traïssent tout cil
chevalier desoulx la banière dou conte, et allèrent à
10 l’asaut qui estoit ja commenchiés durs et oribles; car
cil Flament avoient aportés en leurs nefs canons dont
il traioient les kariaus si grans et si fors que qui en
estoit consieuwis il n’avoit point de remède que il ne
fust mors; mais à l’encontre de ces kariaus on estoit
15 mout fort pavesciet, et avoient les gens dou conte
grant fuisson de bons arbalestriers qui donnoient par
leur trait mout affaire as Flamens. D’autre part, en
son ordenance et à sa deffense estoit li dus des
Mons, sa banière devant lui. En sa compaignie
20 estoient li sires de Brederode, messires Guillaumes
Joie, messire Thieris de Le Naire, messire Winans
de Clinperoie et pluiseurs autres; et faisoit cascuns
bien son devoir dou deffendre. A une autre porte
estoient messires Robers d’Aske, messires Jehans Villains,
25 li sires de Widescot et messires Robiers Marescaulx.
Et vous di que cils assauls fu grans et fors, et
asailloient mout ouniement par tière et par aigue en
leurs nefs li Flament; et en i ot grant fuisson de bleciés
de une partie et de l’autre, et plus des Flamens
30 que des gentils hommes, car il s’abandonnoient trop
folement. Si dura cils assaulx, sans point cesser, dou
point dou jour jusques à haute nonne; et là eut mort
[199] un chevalier de le partie dou conte, qui s’apelloit
messires Huges de Regni, bourgignon; dont che fu
damages, et ot grant plainte, car par son hardement
et li trop abandonner il fu ochis. Là estoit Rasse de
5 Harselle qui ossi se portoit vaillanment, et de sa
parolle avoecques son fait rafresquisoit grandement
les Gantois.
§ 120. Quant che vint apriès nonne, li assaulx
cessa, car Rasse veï bien que il se travilloient en vain
10 et que dedens Tenremonde il i avoit trop bonnes
gens, par quoi la ville n’estoit mies à prendre, et se
commenchoient ses gens fort à lasser: si fist sonner
de la retraite. Adonc se retraïssent li Gantois tout
bellement selonc la rivière, et en remenèrent toute
15 leur navie, et s’en vinrent che soir logier dont il estoient
au matin parti; et à l’endemain il s’en retournèrent
en l’oost devant Audenarde.
Si demora depuis Tenremonde en pais tant que
pour celle saisson, mais li sièges se tint devant Audenarde
20 mout longuement. Et estoient li Flament, qui
là seoient, signeur des camps et de la rivière, ne
nulles pourveances n’entroient en Audenarde, se ce
n’estoit en grant peril au lés deviers Haynnau; mais à
le fois aucun vitaillier, qui s’aventuroient pour gaaignier,
25 quant on dormoit en l’oost, s’embloient et se
boutoient ens es bailles d’Audenarde, et puis on les
metoit en la ville. Entre les assauls qui furent fais à
Audenarde, il en i eut un trop durement grant et
qui dura un jour toute jour; et là furent fait li nouviel
30 chevalier de Haynnau, de Flandres et d’Artois qui
estre le vaurent, et en leur nouvelle chevalerie on
[200] ouvri le porte deviers Gaind. Et s’en vinrent cil nouviel
chevalier combatre as Gantois as baillies, et là ot
bonne escarmuche, et fait des grans appertisses d’armes,
et pluiseurs Flamens mors et bleciés; mais il en
5 faissoient si peu de conte et si petit resongnoient le
mort que il s’abandonnoient trop hardiement. Et
quant cil qui devant se tenoient, estoient mort ou
blechiet, li autre, qui estoient derière, les tiroient
hors, et puis se remetoient devant et monstroient
10 grant visage. Enssi se continua cils assaulx qui dura
jusques au soir que cil d’Audenarde rentrèrent en leur
ville et fremèrent portes et barières, et li Flament
ralèrent à leurs logeis; si entendirent à ensevellir les
mors et à aparillier les navrés.
15 § 121. Chil Flament de Flandres, qui seoient à
siège devant Audenarde, esperoient bien par lonc
siège à conquerre la ville et ceuls qui dedens estoient,
ou par afamer ou par assaut, car bien savoient que
il l’avoient si bien environnée que par le rivière ne
20 par tière riens ne leur pooit venir; et li sejourners
là ne leur grevoit riens, car il estoient en leur païs
et dallés leurs maisons; si avoient tout che que il
leur besongnoit, vivres et autres coses, plus largement
et à milleur marchiet que dont que il fuissent à
25 Bruges ou au Dam.
Li contes de Flandres, qui sentoit en le ville de
Audenarde grant fuisson de bonne chevalerie, se
doubtoit bien de ce point que par lonc siège il ne
fuissent là dedens afamet, et euist volentiers veu
30 que aucuns tretiés honnerables pour li se fust entamés,
car, au voir dire, la guerre à ses gens le hodoit
[201] trop, ne onques ne l’encarga volentiers. Et ossi sa
dame de mère, la contesse Margherite d’Artois, en
estoit trop courouchie et l’em blamoit trop fort, et
volentiers i euist mis pais par moiien, se elle peuist,
5 et enssi qu’elle fist.
Ceste contesse se tenoit en la cité d’Arras. Si
escripsi deviers le duc Phelippe de Bourgongne, auquel
li hiretages de Flandres de par madame Marguerite,
sa femme, devoit parvenir apriès le mort dou
10 conte, que il vosist traire avant et venir en Artois.
Li dus, qui bien estoit avissés de ces besongnes,
car tous les jours il en ooit nouvelles, vint [à] Arras,
et son conseil avoecques li, messires Guis de la Tremoulle,
messires Jehan de Viane, amiraut de France,
15 messires Guis de Pontarliés et pluiseurs autres. La
contesse d’Artois les veï mout volentiers et leur
remonstra mout sagement comment ceste guerre
entre son fil et son païs estoit mal appartenant et li
desplaissoit grandement et devoit desplaire à toutes
20 bonnes gens qui amoient raison, et comment ossi cil
vaillant homme, baron, chevalier et escuier, quoique
il geuissent honnerablement en le ville de Audenarde,
i estoient en grant peril, et que pour Dieu on i vosist
pourveïr de conseil et de remède. Li dus de Bourgongne
25 respondi que à ce faire estoit il tenus et que
il en feroit son plain pooir. Assés tost apriès che, il
se departi de Arras, et s’en vint à Tournai, où il fu
recheus à grant joie, car cil de Tournai desiroient
ossi mout à avoir la pais pour la cause de la marcandisse
30 qui leur estoit close sus la rivière d’Escaut.
Li dus de Bourgongne envoiia l’abbet de Saint Martin
en l’oost devant Audenarde pour savoir comment
[202] ces cappitainnes de Gaind voldroient entendre as
tretiés. Si raporta li abbes au duc de Bourgongne
que pour l’onneur de li il i entenderoi[en]t volentiers.
Si leur donnoit li dus sauf conduit jusques au Pont à
5 Rosne; et ossi li Flament li donnoient et à ses gens
jusques à là. Si vint li dus au Pont à Rosne parlementer
as Flamens, et li Flament à lui; et duroient li
parlement dou matin jusques au soir que li dus retournoit
en Tournai, le prouvos de Tournai en sa compaignie,
10 qui là l’amenoit et remenoit. Chil parlement
durèrent quinse jours que à painnes i pooit
on trouver nul moiien, car li Flament voloient avoir
Audenarde abatue, et li dus et ses consaulx ne s’i
pooit assentir. Li Flament, qui se tenoient grant et
15 orgilleus par samblant, ne faissoient nul conte de
pais, car il maintenoient que Audenarde et cil qui
dedens estoient, ne pooient partir fors que par leur
dangier, et les tenoient pour conquis. Li dus de
Bourgongne, qui veoit ces Flamans grans et orgilleus
20 contre ses tretiés avoit grant merveille à quoi il tendoient,
et enpetra un jour un sauf conduit pour son
mareschal aler veoir les chevaliers de Audenarde; on
li donna trop legie[re]ment. Li mareschaulx de Bourgongne
vint à Audenarde et trouva les compaignons
25 en bon convenant, mais de aucunes coses il avoient
grans defautes. Toutesfois il dissent mout vaillanment:
«Sire, dites de par nous à monsigneur de
Bourgongne que il ne face pour nous nul mauvais
traitié, car, Dieu merchi, nous sommes en bom
30 point et n’avons garde de nos ennemis.» Ces responses
plaisirent mout bien au duck qui se tenoit au
Pont à Rosne, mais toutesfois il n’en laissa mies pour
[203] ce à poursievir ses tretiés. Au voir dire, cil de Bruges
et de Ippre estoient enssi que tout tanet, et ossi
estoient cil dou Franc, et resongnoient l’ivier qui
leur aprochoit. Si remonstrèrent ces coses en conseil,
5 ou cas que li dus de Bourgongne, qui pour bien
s’ensongnoit de ceste afaire, s’estoit tant travilliés que
venus deviers eulx, et que il leur offroit à tout faire
pardonner et le conte amiablement retourner à Gaind
et là demorer, et que de cose qui fust avenue il ne
10 monsteroit jamais samblant: che estoient bien coses
où on se devoit bien encliner et que voirement on
devoit reconnoistre son signeur, ne on ne li pooit
tolir son hiretage. Ces parolles amolièrent mout ceulx
de Gaind et s’acordèrent. Et donna un jour [li dus
15 de Bourgongne] à disner au Pont à Rosne mout
grandement les cappitainnes de Gaind et chiaulx de
Bruges et Ippre et de Courtrai; et en che jour fu tout
conclut que li sièges se devoit lever, et bonne paix,
devoit estre en Flandres entre le conte et ses gens;
20 et pardonnoit li contes tout sans nulle reservacion,
excepcion ne disimulacion; et devoit li contes venir
demorer à Gaind, et dedens l’an, chil de Gaind li
devoient faire refaire son castiel de Ondreghien que
li Gantois avoient ars, sicom renommée couroit. Et
25 pour toutes ces coses plus plainement confremer,
Jehans Prouniaulx devoit venir à Tournai avoec le
duch de Bourgongne, et là devoient les lettres
autentiquement estre faites, escriptes et seellées. Sus cel
estat, retourna li dus de Bourgongne à Tournai, et
30 Jehans Prouniaulx et Jehans Boulle retournèrent en
l’oost. A l’endemain, la pais fu criiée tout partout
entre ces parties. Si se deffist li sièges, et s’en ralla
[204] cascuns en son lieu. Et li contes de Flandres donna
tout partout ses saudoiiers congiet, et remerchia les
estraingniers grandement des biaus services que il li
avoient fais; et puis s’en vint à Lille pour mieux
5 confermer les ordenances que ses fils de Bourgongne
avoit faittes. Et disoient enssi li aucun ens es païs
voisins et lontains que ce estoit une paix à deux visages
et qui se resbouleroit temprement, et que li contes
ne s’i estoit acordés fors que pour ravoir la grant
10 fuisson de nobles chevaliers et escuiers, qui gissoient
en grant peril en Audenarde.
§ 122. Jehans Prouniel, apriès le departement dou
siège de Audenarde, vint à Tournai mout estoffeement,
et li fist li dus de Bourgongne très bonne
15 chière. Et là furent parfaites toutes les obligances et
les ordenances de la pais, et les saiielèrent li dus de
Bourgongne et li contes de Flandres. Et puis retourna
Jehans Prouniaulx à Gaind, et monstra che que il avoit
esploitiet. Et tant avoit priiet li dus de Bourgongne
20 et remonstré de douces parolles à chiaulx de Gaind
que Audenarde demoroit entire, car, au tretiet de la
paix et au lever le siège, li Gantois, se il voloient,
pooient, au lés deviers iaulx, abatre deux portes, les
tours et les murs, affin que elle leur fust à toute heure
25 ouverte et apparillie. Quant li contes de Flandres
eut esté une espasse à Lille, et li dus de Bourgongne
s’en fu rallés en France, il s’en vint à Bruges, et là se
tint, et remonstra couvertement, sans autre pugnision,
grant mautalent à aucuns bourgois de Bruges de ce
30 que si tos l’avoient relenqui, et s’estoient mis ou service
de chiaulx de Gaind. Chil bourgois s’escusèrent
[205] et dissent, et verités estoit, que ce n’avoit pas esté leur
coupe, mais la couppe des menus mestiers de Bruges,
qui se voloient prendre et mesler à iaulx, quant Jehan
Lion vint devant Bruges. Li contes passa son mautalent
5 au plus bel qu’il peut, mès pour ce ne pensa il
mies mains.
Nous no[u]s soufferons un petit à parler de li et de
chiaulx de Flandres, et retournerons as besongnes
de Bretaigne.
10 § 123. Vous savés comment li dus de Bretaigne
estoit en Engletière dalés le roi Richart et ses oncles,
qui li faissoient bonne chière; et ses païs estoit en
tourble et en guerre, car li rois de France i avoit
envoiiet son connestable à grant gent d’armes qui se
15 tenoient à Pontorson et vers le Mont Saint Michiel,
et guerioient le païs. Les cités et les bonnes villes de
Bretaigne se tenoient tout clos et desiroient mout
que leurs sires li dus retournast ou païx, et ja l’avoient
mandé par lettres et par mesages, mais il ne s’i osoit
20 encores assegurer, et tant que li prelat et li baron de
Bretaigne et les bonnes villes en murmurèrent et dissent:
«Nous mandons par lettres toutes les sepmainnez
le duc, et point ne vient, mais s’escuse.»--«En
non Dieu, dissent li aucun, il i a bien cause, car
25 nous le mandons trop simplement. Bien apartenroit
que nous i envoisions un ou deux chevaliers de
creance, ens esquels il se peuist confiier et qui li
remonstraissent plainement l’estat dou païs.» Chils
pourpos fu mis avant et consaulx tenus: si en furent
30 priiet d’aller en Engletière doi mout vaillant chevalier,
messires Joffrois de Karesmiel et messires Ustasses
[206] de la Housoie, à le priière et requeste des prelas,
des barons et des bonnes villes de Bretaigne.
Chil doi chevalier s’aparillièrent pour aler en Engletière,
et entrèrent en un vaissel à Konce, et eurent
5 vent à volenté, et singlèrent tant que il vinrent à
Hantonne, et là prisent il tière. Si issirent de leurs
vaissaulx et chevauchièrent tant que il vinrent à Londres.
Là trouvèrent il le duc de Bretaigne, et le ducoise
et messire Robert Canolles, qui les rechut à grant
10 joie. Li chevalier recordèrent au duck tout l’estat de
son païs et comment on l’i desiroit à ravoir, et monstrèrent
lettres de creance des barons, des prelas, des
cittés et des bonnes villes. Li dus creï mout bien les
chevaliers et les lettres ossi, et en ot grant joie; et
15 dist que il en parlerait au roi et à ses oncles, enssi
que il fist. Quant li rois d’Engletière fu enfourmés et
si oncle ossi comment li païs de Bretaigne, excepté
Claiekin, Cliçon, Rohem, Laval, Rocefort, mandoient
leur signeur, [si] li dissent: «Vous en irés par delà,
20 [puis]que on vous mande, et vous raquiterés de vo
païs; et tantos nous vous envoierons gens et confort
assés pour tenir et garder vos frontières contre vos
ennemis; et nous lairés vostre femme la ducoise par
dechà avoecques sa mère et ses frères, et vous entenderés
25 par delà au guerriier.» De ces parolles fu li
dus tous resjoïs, et se ordonna sur ce.
§ 124. Ne demora depuis gaires de tamps que li
dus de Bretaigne ordonna toutes ses besongnes à Hantonne,
et prist congiet au roi et à ses oncles, à madame
30 la princesse et à sa femme, et ordonna à son
departement, et seella grans aliances au roi d’Engletière
[207] et jura par foi et sus son scellé, là où il seroit
hasteement confortés des Englès, il demoroit tousjours
dalés eulx et feroit son loial pooir de tourner
son païs englès, et le trouveroient cil d’Engletière
5 ouvert et aparilliet en quelconques manière que il i
voldroient venir. Sus cel estat, il se parti d’Engletière,
messires Robers Canolles en sa compaignie et
les deux chevaliers qui l’estoient venu querre, et environ
chent hommes d’armes et deux cens archiers. Si
10 vinrent à Hantonne, et là attendirent vent. Quant il
l’eurent bon, il entrèrent ens es vaissaulx, et singlèrent
tant par mer que il vinrent au port de Guerlande.
Là prissent il tière et chevauchièrent vers Vennes.
Chil de la citté de Vennes rechurent le duc Jehan à
15 grant joie; et ossi fist tous li païs, quant il seurent sa
venue. Si se rafresqui à Vennes li dus cinq jours ou
environ, et puis s’en vint à Nantes. Là le vinrent veoir
baron et prelat, chevalier et dames, et se offrirent et
missent tout en se obeïssance, et se complaindirent
20 grandement des François et dou connestable de France
qui avoit courut au lés deviers Rennes sus son païs.
Li dus les apaissa bellement, et dist: «Bonnes gens,
je doi temprement avoir confort d’Engletière, car,
sans l’aide des Englès, je ne me puis bonnement deffendre
25 contre les François, car il sont trop fort contre
nous, ou cas que en ce païx nous sommes en different
ensamble. Et quant cil seront venu que li rois
d’Engletière me doit envoiier, se on nous a fait des
tors, nous en ferons ossi.» De ces parolles se contemptèrent
30 grandement chil de Bretaigne, qui estoient
de la partie dou duck.
En che tamps, environ le Saint Andrieu, trespassa
[208] de che siècle, à Prage en Behaigne, messires Charles de
Boësme, rois d’Allemaigne et emperères de Romme.
Le roi Charle vivant, il avoit tant fait par son or et
par son argent et par grans aliances, que li eslisseur
5 de l’empire d’Allemaigne avoient juret et seelet à
tenir roi son fil de toute Alemaigne apriès sa mort et
faire leur loial pooir de tenir siège devant Ais, et de
demorer dalés lui contre ceulx qui i voldroient debatre,
siques, tantost apriès le mort de l’empereur,
10 messires Charles, ses fils, s’escripsi rois de Behaigne
et d’Alemaigne et rois des Rommains.
§ 125. En celle saisson eut grans consaulx en Engletière
des oncles dou roi, des prelas et des barons
dou païs pour le jone roi Richart d’Engletière mariier,
15 et euissent volentiers li Englès veu que il se
fuist mariiés en Hainnau pour l’amour de la bonne
roïne Phelippre, leur dame, qui leur fu si bonne, si
large et si honnerable, qui avoit esté de Hainnau;
mais li dus Aubiers en che tamps n’avoit nulle fille
20 en point pour mariier. Li dus de Lancastre euist volentiers
veu que li rois, ses [nepveus], euist pris sa fille
que il eut de madame Blance de Lancastre, sa première
femme; mais li païs ne le voloit mies consentir
pour deus raisons: li une estoit que la dame estoit sa
25 cousine giermainne, che par estoit trop grant proïsmetté;
et li autre que on voloit que li rois se mariast
oultre le mer pour avoir plus de aliances. Si fu misse
avant la soer dou jone roi Charle de Boësme et
d’Allemaigne, fille à l’empereur de Romme qui avoit esté:
30 à tel avis se tinrent tout li consaulx d’Engletière. Si
en fu cargiés pour aller en Allemaigne et pour tretier
[209] che mariage uns mout vaillans chevaliers dou roi,
qui avoit esté ses maistres et fu toudis mout prochains
dou prince de Galles, son père. Si estoit nommés li
chevaliers messires Simons Burllé, sage homme et
5 grant tretieur durement. Si fu à messire Simon ordonné
tout che que à li appartenoit, tant de misses
comme de autres coses. Si se parti d’Engletière en
bon arroi, et ariva à Callais, et de là vint il à Gravelines
et à Bruges, et de Bruges à Gaind, et de Gaind à
10 Brouselles; et là trouva le duck Wincelin de Braibant et
le duck Aubiert, le conte de Blois, le conte de Saint Pol,
messire Robert de Namur, messire Guillaume de Namur
et grant fuisson de chevaliers de Hainnau et de Braibant,
car là avoit une grosse feste de joustes et de
15 behourt: pour ce i estoient tout cil signeur asamblé.
Li dus de Braibant et la ducoise rechurent, pour
l’onneur dou roi d’Engletière, le chevalier mout liement;
et quant il sceurent la cause pour quoi il aloit
en Allemaigne, si en furent tout resjoï et dissent que
20 ce estoit une cose bien prise dou roi d’Engletière et
de leur nièce. Si cargièrent à messire Simon Burlé, à
son departement, lettres especiaulx adrechans au roi
d’Allemaigne, en remonstrant que il avoient grant
affeccion en che mariage. Si se parti de Brouselles li
25 chevaliers, et prist le chemin de Louvain pour aler à
Coulongne.
§ 126. Encores en celle saisson furent ordonné d’aller
en Bretaigne dou conseil de Engletière deux cens
hommes d’armes et quatre cens archiers, desquels
30 messires Jehans d’Arondiel devoit estre souverains
menères et cappitaine. En celle armée furent esleu et
[210] nommé messires Hues de Cavrelée, messires Thumas
Bonnestre, messires Thumas Trivès, messires Gautiers
Paule, messires Jehans de Boursier, li sires de Ferrières
et li sires de Basset. Chil chevalier s’ordonnèrent
5 et aparillièrent et se traïssent tout à Hantonne,
et fissent cargier leurs vaissaulx de tout che que il
leur besongnoit. Quant il peurent sentir qu’il eurent
vent pour partir, il croisièrent leurs nefs et entrèrent
en leurs vaissaulx, et desancrèrent et partirent. Che
10 premier jour, li vens leur fu assés bons: sus le soir,
li vens les retourna et leur fu tous contraires, et les
bouta, vosissent ou non, ens es bendes de Cornuaille; et
avoient vent si fort que il ne pooient ancrer ne osoient.
A l’endemain, cils vens contraires les bouta en la mer
15 d’Irlande, et là ne furent il mies bien assegur, enssi
que il apparut, car il allèrent frotter as roches d’Irlande,
et là rompirent trois de leurs vaissaulx, ens
esquels messires Jehan d’Arondiel, messires Thumas
Bonnestre, messires Hues de Cavrelée, messires Gautiers
20 Paule estoient et bien cent hommes d’armes.
Des cent en i eut les quatre vins peris, et furent perit
messires Jehans d’Arondiel, li cappitainne de tous,
dont che fu damages, car il estoit vaillans chevaliers,
hardis, courtois et amoureux et entreprendans, et
25 messires Thumas Bonnestre et messires Gautiers Paulle
et pluiseurs autres. Et fu messires Hues de Cavrelée
en si grant peril que onques ne fu ou pareil ne si
priès de le mort, car tout cil qui en sa nef estoient,
excepté sept maronnier et li, autre furent noiiet. Mais
30 messires Hues et li autre qui se sauvèrent, s’aherdirent
au cable et au mas, et li vens les bouta sus le sablon;
mais il burent assés et en furent grandement mesaissiet.
[211] De che peril escapèrent messires Thumas Trivès
et pluiseurs autres qui en furent ewireus. Si furent il
mout tourmenté sus le mer, et retournèrent, quant il
peurent, à Hantonne, et s’en vinrent deviers le roi et
5 ses oncles, et recordèrent leur aventure. Et tenoient
que messires Hues de Cavrelée estoit peris, mais non
fu, enssi que il apparut, et retourna à Londres à son
pooir. Enssi, pour celle saisson, se desrompi ceste
chevauchie et armée de Bretaigne, et ne peust estre
10 li dus confortés des Englès, dont il li vint à grant
contraire, car, toute celle saisson et l’ivier, li François
li fissent grant guerre; et prisent li Breton, messires
Olivier de Clichon et ses gens, la ville de Dignant
en Bretaigne par nacelles: si fu toute pillie [et] robbée,
15 et le tinrent depuis un grant temps contre le duck
et le païs. Or nous retournerons nous au besongnes
de Flandres.
§ 127. Vous savés que, quant li paix fu accordée
dou conte de Flandres à chiaux de Gaind par le
20 moiien dou duck de Bourgongne, dont il acquist grant
grace de tout le païs, li intencion et plaissance très
grande de chiaulx de Gaind estoit que li contes de
Flandres venroit demorer à Gaind et tenir son hostel:
ossi li contes estoit bien consilliés dou prouvost de
25 Harlebecque et de tous ses plus prochains de chela
faire pour nourir plus grant amour entre chiaux de
Gaind et li. Li contes se tenoit à Bruges, et point ne
venoit à Gaind, dont chil de Gaind estoient tout
courouchiet, voire les bonnes gens, li riche et li sage,
30 qui ne demandoient que pais; mais li pendaille et li
blanc cappron et cil qui ne couvoitoient que le hustin
[212] et l’avantage, n’avoient cure de sa venue, car bien
savoient que, se il i venoit et s’i amasast, que tout coiement
et sagement il seroient corrigiet des maulx que
il avoient fait. Non obstant, quoique il fuissent en
5 celle doute, cil qui gouvrenoient la loi de la ville et
li consaulx et les bonnes gens voloient outreement
que il i venist et que on l’alast querre; et leur sambloit
que il n’avoient point d’estable pais ne ferme
ne seure, se li contes ne venoit à Gaind. Et furent
10 ordonné [de par] eulx vint quatre hommes notables
pour aler à Bruges li querir et remonstrer la grant
affeccion que cil de Gaind avoient à lui. Et se departirent
de Gaind chil qui esleu i furent mout honnerablement,
enssi que on doit aller vers son signeur,
15 et leur fu dit: «[Ne] retournés jamais en la ville de
Gaind, se vous ne nous ramenés le conte, car vous
trouveriés les portes closes.» Sus cel estat, se missent
au chemin chil bourgois de Gaind, et chevauchièrent
vers [Deinse]. Entre [Deinse] et Bruges, il entendirent
20 que li contes venoit: de che furent il mout resjoï. Enssi
que une lieue apriès que il eurent encontre des officiiers
dou conte qui chevauchoient devant pour aministrer
leur office, il regardèrent, et voient sus les
camps le conte et se route. Quant chil bourgois
25 l’aprochièrent, il se traïssent tout sus les camps, et se
ouvrirent tout en deux parties, et passèrent li contes
et tout si chevalier parmi iaulx. Chil bourgois, en
passant, s’enclinèrent mout bas et fissent le conte
et ses gens à leur pooir grant reverence. Li contes
30 chevaucha tout droit oultre, sans euls regarder, et
mist un petit [sa] main à son cappel, ne onques sus
tout le chemin il ne fist samblant de parler à eulx.
[213] Et chevauchièrent enssi li contes de une part, et li
Gantois d’autre, tant que il vinrent à [Deinse], et là
s’arestèrent, car li contes i devoit disner, ensi qu’il
fist; et li Gantois prissent hostels pour iaulx, et là
5 disnèrent.
§ 128. Quant che vint apriès disner, cil Gantois
se traïssent mout bellement et en bon arroi deviers
le conte, leur signeur, et s’engenoullièrent tout devant
lui, car li contes seoit sus un siège; et là li representèrent
10 mout humblement l’afeccion et le service
de le ville de Gaind, et li remonstrèrent comment
par grant amour chil de Gant, qui tant le desiroient
à ravoir dallés eulx, les avoient là envoiiés: «Et au
partir, monsigneur, il nous dissent que nous n’aviens
15 que faire de retourner en Gaind, se nous ne vous
amenions en no compaignie.» Li contes, qui trop
bien entendi toutes leurs parolles, se teut une espasse
tous quois et, quant il parla, il dist: «Je croi bien
que il soit tout che que vous dites et que li pluiseur
20 en Gaind me desirent à ravoir, mais je m’esmervel
de che que il ne leur souvient mies ne n’a volu souvenir
dou tamps passé, à che que il m’ont monstré,
comment je leur ai esté propisces, courtois et debonaires
en toutes leurs requestes, et ai souffert à bouter
25 hors de mon païx mes gentils hommes, quant il
se plaindoient d’eus, pour garder leur loi et leur
justice. J’ai ouvert mes prisons par trop de fois pour
eulx rendre leurs bourgois, quant il le me requeroient;
je les ai amés, portés et honnerés plus que
30 nuls de mon païs: et il m’ont fait tout le contraire,
ocis mon baillu, abatu les maisons de mes gens,
[214] banis et escaciés mes officiiers, ars l’ostel ou monde
que je amoie le mieux, efforchiet mes villes et mis à
leur entente, ocis mes chevaliers en la ville de Ippre,
fait tant de malefisses contre moi et ma signourie
5 que je sui tous tanés dou recorder, et voldroie que
il ne m’en souvenist jamès! Mès si fera, voelle ou
non.»--«Ha! monsigneur, respondirent cil de
Gaind, ne recovrés jamais à cela: vous nous avés
tout pardonné.»--«C’est voirs, dist li contes, je
10 ne voel pas pour mes parolles ou tamps à venir que
vous en vailliés mains, mais je les vous remonstre
pour les grans cruaultés et felonnies que j’ai trouvé
en ceuls de Gaind.» Adonc s’apaissa li contes et se
leva et les fist lever, et dist au signeur de Rainseflies,
15 qui estoit dallés lui: «Faites aporter le vin.» On
l’aporta: si burent chil de Gaind, et puis se partirent
et se retraïssent à leurs hostels; et furent
là toute la nuit, car li contes i demora ossi, et
l’endemain tout ensamble il chevauchièrent viers
20 Gaind.
§ 129. Quant chil de Gaind entendirent que leurs
sires li contes venoit, si furent mout resjoï et vuidièrent
à l’encontre de li à piet et à cheval; et chil qui
l’encontroient, s’enclinoient tout bas à l’encontre de
25 li et li faissoient toute l’onneur et reverence que il
pooient. Il passoit oultre sans parler, et les enclinoit
un petit dou chief. Enssi s’en vint il jusques à son
hostel, que on dist à le Posterne, et là disna; et li
furent fait de par la ville tamaint present, et le vinrent
30 veoir li juret de la ville, che fu raisons, et se humeliièrent
mout envers lui. Là leur requist li contes et
[215] dist que en bonne paix ne doit avoir que paix, mais
il volloit que li blanc cappron fussent ruet jus et que
li mors de son baillieu fust amendée, car il en estoit
requis de son linage. «Monsigneur, respondirent li
5 juret, c’est bien nostre entente, et nous vous prions
que, [par] vostre grant humelité, vous voelliés demain
venir en le place et remonstrer deboinairement vostre
entente au peuple; et, quant il vous verront, il
seront si resjoï que il feront tout che que vous voldrés.»
10 Li contes leur accorda. Che soir sceurent
trop grant fuisson des gens aval la ville que li contes
seroit à uit heures ou marchiet des devenres et que
là il precheroit. Les bonnes gens en furent tout
resjoï, mais li fol et li outrageus n’en fissent compte,
15 et dissent que il estoient tout prechiet et que bien
savoient quel cose il avoient à faire. Jehan Prouniel,
Rasse de Harselle, Piètre dou Bos, Jehan Boulle et
les cappitainnes des blans capprons se doubtèrent
que che ne fust sus leur carpent, et parlementèrent
20 che soir ensamble, et [si] mandèrent aucuns de leurs
gens, tous les plus outrageus et pieurs de leur compagnie,
et leur dissent: «Entendés, tenés vous anuit
et demain tout pourveu de vos armeures, ne, pour
cose que on vous die, n’ostés point vos capprons.
25 Et soiiés tout ou marchiet des devenres à set
heures; mais ne faites nul esmeutin, se on ne le
commence premierement sur vous, et dites enssi à
vos gens, ou vous leur faites savoir par qui que soit.»
Il respondirent: «Volentiers.» Et enssi fu fait. Le
30 matin à [set] heures, il vinrent tout ou marchiet, enssi
que ordonné leur fu, et ne se missent mies tout
ensamble, mais dis ou vint ensamble se tenoient
[216] tout en un mont, et là estoient entre iaulx leurs
cappitainnes. Li contes vint ou marchiet tout à
cheval, acompaigniés de ses gens, chevaliers et
escuiers, et des jurés de le ville; et là estoit Jehans
5 de le Faucille dallés li et bien quarante des plus
rices et plus notables de le ville. Li contes, en fendant
le marchiet, jettoit communement ses ieulx sus
ces blans capprons qui se mettoient en sa presence,
et ne veoit autres gens, che li estoit avis, que blans
10 capprons: si en fu tous merancolieus. Si descendi de
son cheval, et ossi fissent tout li autre, et monta sus
à unes phenestres, et s’apoia là, et avoit on estendu
un drap vermeil devant lui. Là commencha li contes
à parler mout sagement. Tout se teurent, quant
15 il parla. Là leur remonstra il de point en point l’amour
et l’affeccion que il avoit à iaulx, avant que il l’euissent
courouchié; là leur remonstra il comment uns
sires devoit estre amés, cremus, servis et honnerés
de ses gens; là remonstra il comment il avoient fait
20 tout le contraire; là remonstra il comment il les avoit
tenus, gardés et deffendus contre tout homme; là
leur remonstra il comment il les avoit tenus en
paix et en pourfit et en toutes prosperités, depuis
que il estoit venus à tière, ouviers les passages de
25 mer qui leur estoient clos en son jone avent. Là
leur remonstroit il pluiseurs poins raisonnables que
li sage concevoient, et entendoient bien clerement
que de tout il dissoit verité. Pluiseurs l’ooient volentiers,
et li aucun non, qui ne demandoient que
30 l’enredie. Quant il eut là esté une heure et plus, et
que il leur ost remonstrées toutes ses intencions
bellement et douchement, en le fin il dist que il
[217] voloit demorer leurs bons sires en le fourme et manière
que il avoit esté par devant, et leur pardonnoit
rancunes, haïnnes et mautalens que il avoit eu à
iaulx et aussi malefisces fais, ne plus n’en volloit oïr
5 nouvelles, et les voloit tenir en droit et en signourie,
enssi que tousjours avoit fait; mais il leur prioit que
riens ne fesissent de nouviel et que cil blanc cappron
fuissent [mis] jus. A toutes ces parolles on se taissoit
et teut ossi quoit que dont que il n’i euist nullui;
10 mais, quant il parla des blans capprons, on
commencha à murmurer, et bien se perchut que
c’estoit pour cheli cause. Adonc leur pria il que il se
traïssissent tout b[el]lement et en pais en leurs maisons.
A ces cols il descendi, et toutes ses gens partirent
15 dou marchiet et retraïssent à leurs hostels;
mais je vous di que li blanc cappron furent cil qui
premiers vinrent ou marchiet et qui darrainement
s’en partirent. Et quant li contes passa parmi iaulx,
il s’ouvrirent, mais fellement le regardèrent, che li
20 sambla, et ne le daignèrent onques encliner, dont il
fu mout merancolieus. Et dist depuis à ses chevaliers,
quant il fu retrais à son hostel à le Posterne:
«Je ne venrai pas aisse à men entente de ces blans
capprons: che sont male gent et fourconsilliet. Li
25 cuers me dist que la cose n’est pas encores où elle
sera; à che que je puis perchevoir, elle se taille bien
que mout de maux en naissent encores. Pour tout
pierdre, je ne les poroie veoir ne souffrir en leur
orguel.»
30 § 130. Enssi fu li contes de Flandres à Gaind en
celle sepmainne quatre jours, et au cinquime s’en
[218] parti à celle fois que onques depuis n’i rentra, et s’en
vint à Lille, et là s’ordonna pour ivrener. A son
departement de Gaind, à painnes prist il congiet à
nullui, et s’en parti par mautalent, dont li plus de
5 chiaulx de le ville s’en contentèrent mal et dissent
que il ne leur feroit jamais bien ne jamais ne les ameroit
parfaitement enssi que il avoit fait autrefois, et
que Ghisebrès Mahieu et si frère et li doiiens des
menus mestiers les honnissoient et le fourconsilloient
10 de che que si soudainement et sans amour il estoit
partis de Gaind. Jehans Prouniaulx, Rasse de Harselle,
Piètre dou Bos, Jehans Boulle et les cappitainnes
des mauvais estoient tout liet [et] semoient
parolles et faissoient semer aval la ville, mais que li
15 estés revenist, li contes ou ses gens brisseroient le
paix, et que on avoit bien mestier que on fust sus
sa garde et pourveu de blés, d’avainnes, de chars,
de sels et de toutes pourveances, car il ne veoient en
leur paix nul seur estat. Si se pourveïrent cil de
20 Gaind grandement de blés et de toutes autres coses
appartenans à iaulx, dont li contes, qui en fu enfourmés,
avoit grant mervelles, ne de qui il se doubtoient.
Au voir considerer, on se puet de ces parolles que je
dis et ai dites en devant esmervillier comment cil
25 de Gaind se disimulloient et estoient dissimullé très
le commenchement. Li riche, li sage et li notable
homme de le ville ne se pueent mies escuser que, au
commenchement de ces ahaties, se il vosissent bien
acertes, il n’euissent mis remède, car, quant Jehans
30 Lion commencha à mettre les blans capprons avant,
il l’euissent bien debatu, se il vosissent, et envoiié
contre les fosseurs de Bruges autres gens qui euissent
[219] ossi bien esploitiet que li blanc cappron. Mais
il les souffrirent, pour tant que il n’en voloient point
estre nommé ne renommé, et se voloient bouter
hors de le presse, et tout il faissoient et consentoient,
5 dont chierement le comparèrent puisedi
tout li plus rice et li plus sage, car tant laissièrent
ces folles gens convenir, que il furent signeurit et
menet par iaulx, ne il n’osoient parler de cose que il
vosissent dire ne faire. La raison que cil de Gaind i
10 mettent, il dient que pour Jehan Lion ne pour Ghisebrest
Mahieu ne pour leurs linages ne pour leurs
guerres ne envies il ne se fuissent jamais ensonniiet
ne bouté si avant en la guerre fors que pour garder
leurs francisses tant des bourghesies que d’autres
15 coses; et quoique en guerre, en haïnne et en mautallent
il fuissent l’un contre l’autre, si voloient il
estre tout un au besoing pour tenir, garder et deffendre
les francisses [et] bourghesies de Gaind, enssi
que depuis il le monstrèrent, car il furent, leur
20 guerre durant qui dura priès de set ans, si bien d’accord
que onques n’eurent entre iaulx estri dedens la
ville; et ce fu ce qui plus les soustint et garda que
autre cose: ens et hors, il estoient si en unité que
point de diferent n’i avoit, mès metoient avant or
25 et argent, jeuiaulx et chavance, et qui le plus en
avoit, il l’abandonnoit, enssi comme vous orés recorder
ensiewant en l’istoire.
§ 131. Ne demora depuis gaires de tamps que li
contes de Flandres fu partis de Gaind et revenus à
30 Lille, que messires Oliviers de Hauterive, cousins germains
à Rogier d’Auterive que cil de Gaind avoient
[220] ocis, envoiia deffier le ville de Gaind pour la mort
de son cousin: ossi fissent messires Phelippres de
Mamines, li Gallois de Mamines, [li bastars de
Weldinghes] et pluiseurs autres. Et, tantos ces deffiances
5 faites, il trouvèrent environ quarante navieurs, bourgois
de Gaind, qui amenoient par le rivière d’Escaut
bleds à Gaind: si se contrevengièrent de le mort de
leur cousin sus ces navieurs et les decoppèrent trop
villainnement et crevèrent les ieulx, et les renvoiièrent
10 enssi à Gaind afollés et mehaigniés: lequel
despit cil de Gaind tinrent à grant. Li juret, qui
estoient en le loi pour ce tamps, asquels ces plaintes
vinrent, furent tout courouchiet et n’en seurent
bonnement que dire ne qui encouper, fors que les
15 faisseurs. Murmurations monta aval la ville; et
disoient li grigneur partie des gens de Gaind que li
contes de Flandres avoit che fait, ne à paines l’osoit
nuls homs de bien escuser.
Sitos que Jehans Prouniaux entendi ces nouvelles,
20 qui estoit pour le tamps des blans capprons li plus
grans mestres et cappitains, sans sonner mot ne parler
as jurés de la ville, ne sai se il en parla as autres
cappitains, je croi bien que oïl, il prist la grignour
partie des blans capprons et encores assés de poursieuwans
25 entalentés de mal faire, et se parti sus un
soir de Gaind, et s’en vint bouter en Audenarde.
Quant il i entra premierement, il n’i avoit ne garde ne
gait, car on ne se doubtoit de nulli, et se saissi de le
porte, et puis i entrèrent toutes ses gens, et estoient
30 plus de cinq cens. Quant che vint au matin, il mist
ouvriers [en oevre], maçons, carpentiers et autres gens
qu’il eut tous aparilliés à son commandement et pour
[221] malfaire. Si ne cessa si eut fait abatre deus portes, les
tours et les murs, et reversés ou fosset au lés deviers
Gaind. Or regardés comment cil de Gaind se pueent
escuser que il ne consentirent ce fourfait, car il furent
5 en Audenarde abatans portes et murs plus d’un
mois. [Se] il euissent remandé leurs gens sitos que il
en sceurent les nouvelles, on les euist escusés, mès
nennil; anschois clignièrent il leurs ieulx et souffrirent
tant que les nouvelles vinrent au conte qui se
10 tenoit à Lille, comment Jehans Prouniaulx estoit
larecineusement venus de nuit en Audenarde et s’estoit là
boutés et avoit abatu et fait abatre deux portes, les
tours et les murs. De ces nouvelles fu li contes durement
courouchiés, et bien i eut cause, et dist: «Ha!
15 des maleoites gens! li diables les tient bien! je n’arai
jamais paix tant que cil de Gaind soient en poissance.»
Adonc envoia il deviers iaulx de son conseil
en iaulx remonstrant le grant outrage que il avoient
fait, et que ce n’estoient mies gens que on deuist
20 croire ne tenir en nulle pais, quant la paix que li dus
de Bourgongne leur avoit à grant painne fait avoir, il
avoient enfraint et brissiet. Li maieur et li juret de le
ville de Gand s’escusèrent et respondirent que, salve
leur grace, il ne pensèrent onques à brissier la pais,
25 ne volenté n’en eurent; et, se Jehans Prouniaulx
avoit fait un outrage de soi meïsmes, la ville de
Gaind ne le voloit mies avoer, mais s’en escusoit
loiaument et plainement: «mais li contes a consenti;
et sont issu de son hostel cil ou aucun qui ont fait si
30 grant outrage que il ont mort, mehaigniet et afollet
nos bourgois, qui est uns grans inconveniens à tout
le corps de le ville.»--«Dont dites vous, signeur,
[222] répliquèrent li commissaire dou conte, que vous
estes contrevengiet?»--«Nennil, respondirent li juret,
nous ne dissons pas que ce que Jehans Prouniaux a
fait à Audenarde, que ce soit contrevengance, car,
5 par les tretiés de le pais, nous le poons monstrer et
prouver, se nous vollons, et de ce nous en prendons
en tesmongnage monsigneur de Bourgongne, que
Audenarde estoit à abatre, ou point où elle est, toutes
fois que nous volions; et à priière de monsigneur de
10 Bourgongne nous le mesimes en souffrance.»
--«Dont, respondirent li commis dou conte, enssi
appert par vos parolles que vous l’avez fait faire, ne
vous ne vo[u]s poés escuser. Quant vous sentiés que
Jehans Prouniaux estoit alés en Audenarde, qui i
15 entra à main armée, larechineusement et en boine pais,
et que il abatoit portes et murs et reversoit ens es
fossés, vous deuissiez estre alé au devant et li deffendu,
que il n’euist point fait cel outrage tant que
vous euissiez remonstré vos plaintes au conte. Et, se de
20 le navrure ou bleceure de vos bourgois il ne vous euist
fait adrèce, vous deuissiez estre trait deviers monsigneur
de Bourgongne qui les tretiés de la pais mena,
et li remonstré vostre afaire. Enssi euissiés vous
embelli vostre querelle, mais nenil: ore et autrefois,
25 che vous mande messires de Flandres, li avés vous
fais des despis, priiet l’espée en le main et plaidiet
saissi; che set Dieux qui tout voit et congnoist, et qui
un jour em prendera sur vous si cruel vengance, que
tout li mondes en parlera.» Atant se departirent il
30 des maieur et jurés de le ville, et issirent apriès
disner de Gaind, et s’en retournèrent par Courtrai
à Lille et recordèrent au conte comment il avoient
[223] besongniet et les escusances que cil de Gaind mettaient
en ces besongnes.
§ 132. On se puet esmervillier, qui ot parler et tretier
de ceste matère, des pourpos estraignes et mervilleus
5 que on i tre[u]ve et voit, qui tous les list et bien
les entent. Li aucun en donnent le droit de la guerre,
qui fu en che tamps si grande et si cruelle en Flandres
à chiaux de Gaind, et dient que il eurent juste
cause de guerriier; mais il me semble jusques à chi
10 que n’en ont point eu, ne je ne puis veoir ne entendre
ne concevoir que li contes n’euist toudis plus
amet le pais que la guerre, reservé se hauteur et sen
honneur. Ne leur renvoiia il mies le bourgois de
Gaind qui estoit en sa prison à Erclo? Me[s]
15 Dieux, si fist, et il li ocirent son baillieu. Encores de
rechief, il leur pardonna cel outrage pour eulx tenir
en paix, et sur che il esmeurent toute Flandres un
jour sur li, et ocirent en le ville de Ippre, voires chil
de Ippre meïsmement, cinq de ses chevaliers, et vinrent
20 assieger Audenarde, et se missent en painne de
l’avoir et dou destruire. Encores en vinrent il à chief
et à paix, et ne voloient amender le mort de Rogier
d’Auterive, dont ses linages l’avoient pluiseurs fois
remonstré au conte de Flandres; et, se il contrevengièrent
25 le mort de leur cousin sus aulcuns navieurs,
par lesquels de premierement toutes ces haïnnes
estoient esmeutes et eslevées, convenoit il pour ce
que Audenarde en fust abatue? Il m’est avis, ossi
est il à pluiseurs, que nennil. Encores avoit li contes
30 assés à sorre enviers chiaux de Gaind, che dissoient
il, et voloient que il leur fust amendé li
[224] affaires des navieurs, anchois que il rendesissent
Audenarde.
Li contes, qui se tenoit à Lille, et son conseil
dallés li, estoit courouchiés de che que li Gantois
5 tenoient Audenarde, et ne le savoit comment ravoir,
et se repentoit trop fort, quelque pais que il euist
juret ne donnet as Gantois, que il ne l’avoit toudis
bien fait garder. Si escrisoit souvent à ceulx de Gaind
et mandoit que on li rendesist, ou il leur feroit
10 guerre si cruelle que à tous jours il s’en sentiroient.
Chil de Gaind nullement ne le voloient avoer che fait
que il euissent le pais brissie. Finablement, aucunes
bonnes gens de Gand, rice homme et sage homme,
qui ne voloient que bien et pais, alèrent tant au
15 devant de ces besongnes, tels que Jehans de le Faucille,
sire Ghisebrest de Grute et sire Simons Bette
et pluiseurs autres, que le dousime jour de march,
chil qui estoient en le ville d’Audenarde s’en partirent,
et fu rendue as gens dou conte. Et parmi tant,
20 pour apaissier le conte, Jehans Prouniaulx estoit
banis de Gaind et de Flandres; pour ce estoit devissé
en sa banissure que il estoit allés prendre Audenarde
sans le sceu de chiaulx de Gaind. Et estoient banit
de la conté de Flandres à tousjours et sans rapiel
25 messires Phelippres de Mamines, messires Oliviers
d’Auterive, li Gallois de Mamines, li bastars de
[Weldinghes] et tout cil qui avoient esté à decopper
les navieurs bourgois de Gaind. Et parmi ces banissures
s’apaissoient li une partie et li autre; si vuidièrent
30 tout Flandres. Et vint Jehans Prouniaux demorer
à Ath en Braibant, qui siet en le conté de Hainnau.
Messires Phelippres de Mamines vint à Valenchiennes,
[225] mais, quant cil de Gaind le seurent, il
esploitièrent tant deviers les prouvos et jurés de
Valenchiennes [qu’il en fissent partir le chevalier]. Et
estoit pour che tamps prouvos Jehans Partis, qui
5 bellement et doucement en fist partir le chevalier;
et issi de la ville de son bon gré, et s’en vint demorer
à Warlaing dalés Douai, et là se tint tant que il
oï autres nouvelles. Et li autre chevalier et escuier
vuidièrent Flandres, et allèrent en Braibant ou ailleurs
10 tant ossi que il oïrent autres nouvelles.
§ 133. Sitos que li contes de Flandres fu revenus
en posession de le ville de Audenarde, il manda ouvriers
à force et le fist remparer, portes, tours et murs,
plus fort que devant, et relever tous les fossés. Che
15 savoient bien li Gantois que li contes i faissoit
ouvrer, mais nul semblant n’en faissoient, car il ne
voloient point estre repris de enfraindre le pais, et
dissoient li fol et li outrageus: «Laissons ouvrer: se
Audenarde estoit toute d’achier, [si] ne poroit elle
20 durer contre nous, quant nous voldrions.» Et quoique
il i euist adonc pais en Flandres, li contes estoit
en soupechon et en doubte toudis de chiaulx de
Gaind, car tous les jours, on li rapportoit dures
nouvelles, et cil de Gaind enssi dou conte, et n’estoient
25 mies bien asseguret. Jehans de le Faucille s’en
vint demorer à Nazaret, une trop belle maison et
assés fort lieu que il avoit à une grande lieue de
Gaind, et là fist son atrait tout bellement. Et venoit
trop peu à Gaind, et se disimulloit che qu’il pooit;
30 et ne voloit point estre as consaulx de chiaulx de
Gaind, par quoi il n’en fust demandés dou conte. Ossi
[226] dou conte il se mettoit arrière che que il pooit, pour
tenir chiaulx de Gaind à amour: enssi nooit il entre
deux aiges, et se faisoit neutres à son pooir.
Entrues que li contes de Flandres faissoit remparer
5 la ville de Audenarde et [en] estoit tout au dessus,
il procuroit par lettres et par mesages deviers son
cousin le duck Aubert, bail de Haynnau, que il peuist
avoir Jehan Prouniaul, qui se tenoit à Ath. Tant
esploita que on li delivra, et fu amenés à Lille.
10 Quant li contes le tint ens ou castiel de Lille, il le
fist decoller, et puis mettre sus une [roe] comme un
traïteur. Enssi fina Jehans Prouniaulx.
Encores en celle saisson, li contes de Flandres s’en
vint à Ippre, et là fist il faire grant fuisson de justices et
15 decoller mescheans gens, tels que foullons [et] tisserans
qui avoient mors ses chevaliers et ouvert les
portes à l’encontre de chiaulx de Gaind, affin que li
aultre i presissent exemple.
§ 134. De toutes ces coses estoient enfourmé li
20 Gantois: si se doubtèrent trop plus que devant, et
par especial les cappitainnes qui avoient esté en ches
chevaucies et devant Audenarde, et dissoient bien
entre iaulx: «Certes, se li contes puet, il nous destruira
tous. Il nous aime bien: il n’en voelt que les
25 vies. N’a il mies fait morir Jehan Prouniel? Certes,
au voir dire, nous avons fait à Jehan Prouniel
grant tort, quant nous l’avons enssi escachiet et
eslongiet de nous; nous sommes coupable de sa
mort, et à celle fin venrons nous tout, se on nous
30 puet atrapper. [Si] soions sus no garde.» Che dist
Piètres dou Bos: «Se j’en estoie creus, il ne
[227] demor[r]oit en estant forte maison de gentil homme
en le païs de Gaind, car, par les maisons des gentils
hommes qui i sont, porions nous [estre] et serons
encores tout destruit, se nous n’i pourveons de remède.»
5 Respondirent li autre: «Vous dites voir. Or
tos avant, abatons tout.» Adonc s’ordonnèrent ces
cappitainnes Piètres dou Bos, Jehan Boulle, Rasses
de Harselle, Jehans de Lannoit et pluiseurs autres;
et se partirent un jour de Gaind bien quinse cens,
10 et allèrent en celle sepmainne tout environ Gaind
en le païs de Gaind, et abatirent et ardirent toutes
les maisons des gentils hommes; et tout che que il
trouvèrent ens, il le departirent entre iaulx au
butin. Et puis, quant il eurent enssi esploitiet, il
15 rentrèrent en Gaind, ne onques ne trouvèrent qui
desist: «Vous avés mal fait.»
Quant li gentil homme, chevalier et escuier, qui
se tenoient à Lille dallés le conte et ailleurs, entendirent
ces nouvelles, si en furent durement courouchiet,
20 et à bonne cause; et dissent au conte que il
convenoit que cils despis fu amendés, et li orgueils
de chiaulx de Gaind abatus. Adonc abandonna li
contes as chevaliers et escuiers à faire guerre as Gantois
et à contrevengier leurs damages. Si se requellièrent
25 et missent ensamble pluiseurs chevaliers et
escuiers de Flandres, et priièrent leurs amis en Hainnau
pour eulx aidier à contrevengier; et fissent leur
cappitainne dou Hasse de Flandres, ainnet fil bastart
dou conte, un mout appert chevalier. Chils Hasses
30 de Flandres et si compaignon se tenoient une fois en
Audenarde, l’autre à Gauvres, puis à Alos, puis à
Tenremonde, et herioient grandement les Gantois,
[228] et couroient jusques as barières de le ville, et abatirent
priès que tous les moulins à vent qui estoient
environ Gaind, et fissent en celle saisson mout de
despis à chiaulx de Gaind. Et estoit en leur compaignie
5 uns jones chevaliers de Hainnau, et de grant
volenté, qui s’appelloit messires Jaquemes de Werchin,
senescal de Hainnau. Chils en celle saisson fist
pluiseurs grans apertisses d’armes environ Gaind, et
s’aventuroit, tels fois estoit, mout follement et
10 mout outrageusement, et venoit lanchier et combattre
as barrières, et conquist par deux ou par trois
fois de leurs bacinès et de leurs arbalestres. Chils
messires Jaquemes de Werchin, senescal de Hainnau,
fu uns chevaliers de grant volenté et qui mout amoit
15 les armes, et euist fait sans faulte de lui vaillant
homme, se il euist longhement vesqui; mais il
morut jones, et sus se[n] lit, ou chastiel d’Oubies
dallés Mortaigne, dont che fu damages.
§ 135. Li Gantois qui se veoient heriiet des gentis
20 hommes dou païs de Flandres et d’ailleurs, estoient
courouchiet et eurent en pensé de envoiier et de
priier au duc Aubert que il vosist retraire et rappeller
ses gentils hommes qui les guerriioient; mais, tout
consideré, il veïrent bien que il perderoient leur
25 painne, car li dus Aubiers n’en feroit riens. Et ossi
il ne le voloient mies courouchier, ne mettre sus ne
avant cose par quoi il le courouchaissent ne
merancoliaissent, car il ne pooient sans lui ne ses païs;
et ou cas que Hainnau, Hollandes et Zellandes leur
30 seroi[en]t clos, il se contoient pour perdus. Si ne tinrent
mies che pourpos, mais eurent un autre, que il
[229] manderoient as chevaliers et as escuiers de Hainnau
qui tenoient aucuns hiretages ou rentes en Gaind et
en le castelerie de Gaind, que il les vosissent servir,
ou il perderoient leurs revenues. Ils le fissent, mais
5 nuls n’en fist compte de leur mandement. Et par
especial il mandèrent au signeur d’Antoing, messire
Hues, qui est chastelains et hiretiers de Gaind, que il
les venist servir de sa chastelerie, ou il perderoit ses
drois et li abateroient son castel de Vianne, qui sciet
10 [dalés Gramont]. Li sires d’Antoing leur remanda que
volentiers il les serviroit à leur destruction, et que il
n’euissent en lui nulle fiance, car il leur seroit contraires
et fors ennemis, ne il ne tenoit riens de iaulx
ne voloit tenir, fors de son signeur le conte de Flandres,
15 auquel il devoit service et obeïssance. Li sires
d’Antoing leur tint bien tout che que il leur proumist,
car il leur fist guerre mortelle, et leur porta
mout de damages et de contraires, et fist garnir et
pourveïr son castiel de Vianne, de laquelle garnison
20 chil de Grammont estoient fort heriiet et travilliet.
D’autre part, li sires d’Enghien, qui estoit encores
uns jones escuiers et de grant volenté, et s’appelloit
Wautiers, leur faissoit mout de contraires et de despis.
Enssi se continua toute celle saisson [la guerre],
25 et n’osoient li Gantois issir hors de leur ville, fors en
grant route, liquel, quant il trouvoient leurs anemis,
il ne avoient nulle merchi tant que il fuissent li plus
fort, mais ocioient tout. Enssi s’enfelenia et monteplia
ceste guerre entre le conte de Flandres et chiaulx
30 de Gaind, qui cousta depuis cent mille vies deus fois,
ne à grant painne puet on trouver fin ne paix,
car les cappitainnes de Gaind si se sentoient si
[230] meffait envers leur signeur le conte et puis le duch
de Bourgongne, que il n’esperoient mies que, pour
seellet ne pour tretiet que on leur jurast ne fesist,
il peuissent jamais venir à paix que il n’i mesissent
5 les vies. Celle doubte leur faissoit tenir leur
oppinion et guerriier hardiement et outrageusement.
Si leur cheï bien par pluiseurs fois de leurs
emprisses, enssi comme vous orés recorder avant
en l’istoire.
10 § 136. Li contes de Flandres, qui se tenoit à Lille,
ooit tous les jours dures nouvelles de chiaulx de
Gaind, et comment il abatoient et ardoient tous les
jours ses maissons et les maissons des gentils hommes.
Si en estoit tous courouchiés, et dissoit que il
15 en prenderoit encores si cruel vengance que il meteroit
Gaind en feu et en flame et tous les rebelles ossi.
Si rappella li contes, pour estre plus fors contre ces
Gantois, tous les banis de Flandres, et leur abandonna
son païs pour resister contre les blans capprons,
20 et leur bailla deus gentils hommes à cappitainnes,
le Gallois de Mamines et Pière de Stienehus.
Chil doi, avoecques leurs routes, portèrent le banière
dou conte, et se tinrent environ trois sepmainnes
entre Audenarde et Courtrai, sus le Lis, et i fissent
25 mout de damages.
Quant Rasses de Harselle en sceut le convenant, il
vuida hors de Gaind à tout les blans capprons, et s’en
vint à [Deinse], et quida trouver les gens dou conte;
mais, quant cil banit sceurent que li Gantois venoient,
30 il se retraïssent vers Tournai et s’amasèrent
[en le Pèvle], et se tinrent un grant tamps entours
[231] Orchies et le Daing et Rongi et Warlain. Et n’osoient li
marceant aler de Tournai à Douai et à Lille pour ces
banis, et disoit on adonc que li Gantois venroient
assegier Lille et le conte de Flandres dedens et tretoient
5 à chiaux de Bruges et de Ippre pour faire ceste
emprisse, et avoient Granmont et Courtrai de leur
acord. Mais cil de Ippre et de Bruges varioient, car li
gros et li rice bourgois, en ces deus villes, n’estoient
mies bien d’accord as menus mestiers, et disoient
10 que che seroit grans follie de aller si lonc mettre siège
que devant Lille, et que li contes, leurs sires, poroit
avoir aliances grandes au roi de France, enssi que
autrefois il a heu, dont il poroit estre aidiés et confortés.
Ces doubtes ratinrent les bonnes villes de
15 Flandres en celle saisson que nuls sièges ne se fist ne
mist devant Lille.
Bien se doubtoient li Gantois que li rois de France
ne confortast par linage son cousin le conte de Flandres
ou par le pourcach et tretié de son cousin
20 et fil le duc de Bourgongne, et avoient envoiiet
lettres mout amiables devers le roi, en remonstrant
que pour Dieu il ne se vosist mies laissier consillier
contre euls à leur damage, car il ne voloient au roi
ne au roiaulme que amour, pais, obeïssance et service,
25 et que leurs sires, à tort et à grant pechiet, les
travilloit et grevoit; et que ce que il faissoient, che
n’estoit fors que pour soustenir leurs francisses, lesquelles
leurs sires leur voloit oster et abatre, et que il
leur estoit trop cruels. Li rois moiienement s’enclinoit
30 assés à euls, et n’en faissoit enssi que nul compte,
ossi ne faissoit ses frères, li dus d’Ango, car li contes
de Flandres, quoique che fust leurs cousins, n’estoit
[232] mies bien en leur grace pour le cause dou duc
de Bretaigne, que il avoit soustenu et tenus dallés
li en son païs, oultre leur volenté, un grant
tamps: [si] ne faissoit compte de ses anois. Ossi ne
5 faissoit pappes Clemens, et disoit que Dieux li envoiioit
ceste verghe, pour tant que il li avoit esté
contraires.
§ 137. En che tamps, se tenoit li connestables de
France en Auvergne, messires Bertrans de Claiekin, à
10 grant gent d’armes, et se tenoit à siège devant Chastel
Noef de Randon, à trois lieues de la citté de Mende et
à quatre lieues dou Pui; et avoit enclos en che castiel
Englès et Gascons, ennemis au roiaulme de France,
qui estoient issut hors de Limosin, où grant fuisson de
15 forterèce[s englesses] avoit. Si fist, le siège durant
devant, faire pluiseurs assaulx, et dist et jura que de
là ne partiroit si aroit le castiel. Une maladie prist au
connestable, de laquelle il acoucha au lit: pour che,
ne se deffist mies li sièges, mais furent ses gens plus
20 aigre que devant. De ceste maladie messires Bertrans
morut, dont che fu damages pour ses amis et pour
le roiaulme de France. Si fu aportés en l’eglise des
Cordeliers au Pui en Auvergne, et là fu une nuit. A
l’endemain, on l’embausuma et apparilla, et fu mis
25 en sarcu et aportés à Saint Denis en France, et là fu
ensepvelis asés priès de la tombe et ordenance dou
roi Charle de France, laquel il avoit fait faire très son
vivant; et fist le corps de son connestable mettre et
couchier [à ses piés], et puis fist faire en l’eglise de
30 Saint Denis son obsèque ossi reveranment et ossi
notablement que dont que che fust ses fils; et i furent
[233] tout si troi frère et li noble dou roiaulme de France.
Enssi vaca par le mort dou connestable de France
li offices de le connestablie: si fu avissé et ordonné
et regardé de qui on le feroit. Si en estoient nommet
5 pluiseur hault baron dou roiaulme, et par especial li
sires de Couchi et li sires de Cliçon. Et volt li rois
de France que li sires de Couchi fust regars de toute
Picardie; et adonc li donna il toute la terre de Mortaigne,
qui est uns biaux hiretages seant entre Tournai
10 et Valenchiennes, et en fu deportés messires
Jaquemes de Werchin, li jones senescaulx de Hainnau,
qui le tenoit de la sucession son père, qui en fu
sires un grant tamps. Et vous di que cils sires de
Couchi estoit grandement en la grace et amour dou
15 roi de France, et voloit li rois que il fust connestables,
mais li gentils chevaliers s’escusoit par pluiseurs
raisons, et ne voloit mies encores emprendre si
grant fais que de la connestablie, mais dissoit que
messires Oliviers de Cliçon en estoit bien merites et
20 mieulx tailliés de l’iestre que nuls, car il estoit vaillans
homs et sages et amés et congneus des Bretons. Si
demora la cose en cel estat encores une espasse de
tamps, et les gens messire Bertram de Claiekin retournèrent
en France, car li castiaulx se rendi à iaulx le
25 propre jour que li connestables morut. Et s’en rallèrent
cil qui le tenoient, en Limosin, en la garnison de
Caluisiel et de Ventadour. Quant li rois de France veï
les gens dou connestable, si se ratenri pour le cause
de ce que mout l’avoit amet, et fist à cascun selonc
30 son estat grant pourfit.
Nous no[u]s soufferons à parler de euls, et recorderons
comment messires Thumas, contes de Bouquighem,
[234] mainés fils dou roi Edouwart d’Engletière,
mist sus en celle saisson une grant armée de gens
d’armes et d’archiers, et passa parmi le roiaulme de
France et vint en Bretaigne.
5 § 138. Vous avés bien oï recorder que, quant li
dus de Bretagne issi hors d’Engletière, que li rois
Richars et si oncle li eurent en convenant que il le
conforteroient de gens d’armes et d’archiers. Et li
tinrent che convenant, comment que il ne leur en
10 cheïst pas bien, car il li envoiièrent messire Jehan
d’Arondiel à tout deux cens hommes d’armes et
otant d’archiers. Et cil eurent une si dure fortune sus
mer que il furent peri, et se sauvèrent à grant malaisse
messires Hues de Cavrelée et messires Thumas
15 Trivès; et i ot bien peris quatre vins hommes d’armes
et otant ou plus d’archiers, et fu par celle dure
fortune celle armée route. Dont li dus de Bretaigne
s’esmervilloit trop grandement, et ossi faissoient cil
de son costé, de che que il n’ooient nulles nouvelles
20 d’Engletière, et ne pooit penser ne imaginer à quoi
il tenoit; et veïst volentiers que il fust confortés, car
il estoit asprement guerriés de monsigneur Olivier
de Cliçon, de messire Gui de Laval, de messire Olivier
de Claiekin, conte de Longueville, dou signeur
25 de Rochefort et des Franchois qui se tenoient sus les
frontières de son païs: si eut conseil li dus que il
envoiieroit souffissans hommes en Engletière pour savoir
pour quoi il perissoit, et pour avoir confort hasteesment,
car il leur besongnoit. Si en furent priiet dou
30 duch et de chiaulx dou païs qui avoecques le duc se
tenoient, pour aler en ce mesage, li sires de Biaumanoir
[235] et messires Ustasses de la Houssoie: il l’acordèrent
et respondirent que il iroient volentiers. Si
leur furent lettres baillies, escriptes et seellées de par
le duc et de par le païs. Si partirent de Bretaigne et
5 montèrent en mer assés priès de Vennes: si eurent
vent à volenté, et arivèrent sans peril et sans damage
à Hantonne. Si issirent dou vaissiel et montèrent as
chevaus et chevauchièrent tant que il vinrent à Londres.
Che fu environ la Pentecouste, l’an de grace mil
10 trois cens et quatre vins.
§ 139. De la venue le signeur de Biaumanoir et le
signeur de la Houssoie furent tantos segnefiiet li
rois et si troi oncle. La feste de le Pentecouste vint:
li rois [alla] tenir sa feste à Widesore, et là furent si
15 oncle et grant fuisson de barons et de chevaliers
d’Engletière; et là vinrent li doi chevalier dessus nommé,
qui furent bellement recheu dou roi et des barons. Et
baillièrent li chevalier de Bretaigne leurs lettres et au
roi et à ses oncles: si les lissirent et congnurent
20 comment li dus de Bretaigne et ses païs prioient
afectueusement que il fuissent conforté. Adonc sceurent
li doi chevalier de Bretaigne la mort à messire Jehan
d’Arondiel et des autres qui estoient peri sus mer, en
cheminant vers Bretaigne; et s’escusa bien li dus de
25 Lancastre que che n’estoit mies la couppe dou roi ne
de son conseil, mais la fortune de mer contre qui
nuls ne puet resister, quant Dieux voelt. Li chevalier
à ces parolles tinrent bien le roi et son conseil pour
escussé, et plaindirent grandement le mort des bons
30 chevaliers et escuiers qui estoient peri sus mer. La
feste de la Pentecouste passée, uns parlemens fu assignés
[236] à estre à Westmoustier, et i furent mandé tout
cil dou conseil dou roi. A ce parlement vinrent prelat,
baron et chevalier d’Engletière et tout chil qui dou
conseil estoient.
5 Entrues que ces cosses s’aprochoient et ordonnoient,
trespassa de che siècle chils gentils et vaillans
chevaliers en le citté de Londres messires Guichars
d’Angle, contes de Hostindonne. Si fu ensepvelis en
l’eglisse des Augustins à Londres, et là li fist li rois
10 faire son obsèque très reveranment; et i eut grant
fuisson de prelas et de barons d’Engletière, et canta la
messe che jour li evesques de Londres.
Tantost apriès commenchièrent li parlement. Si
fu adonc ordonné que messires Thumas, maisnés fils
15 dou roi d’Engletière, passeroit la mer et venroit
prendre tière à Callais, et passeroit, se Dieux l’ordonnoit,
parmi le roiaulme de France, trois mille
hommes d’armes en se compaignie et trois mille
archiers, et venroit en Bretaigne, et seroit acompaigniés
20 de contes, de barons et de chevaliers, enssi
comme à fil de roi apartenoit et qui entreprent un si
haut voiage que de passer parmi le roiaulme de France,
qui est si grant et si nobles et où tant a de bonne
chevalerie.
25 § 140. Quant ces coses furent consillies et arestées
et li voiages dou tout accordés, li rois d’Engletière
et si oncle escripsirent lettres et seellèrent au
duck de Bretaigne et au païs, et leur mandèrent une
grant partie de leur entente et dou conseil parlementé
30 et arresté à Londres, et que à ce n’i aroit nulle
deffaute que li contes de Bouquighem en celle saison
[237] passeroit. Li rois d’Engletière honnoura mout les
chevaliers et leur donna des biaux dons, et ossi fissent
si oncle; et puis partirent et retournèrent arrière
en Bretaigne, et donnèrent leurs lettres au duck
5 qui les ouvri et lissi, et veï tout ce que elles contenoient;
si les monstra au païs, liquel se contentèrent
de ces responses et se ordonnèrent sur che. Et li rois
d’Engletière et si oncle ne missent mies en oubli le
voiage qui estoit empris; mais furent escript, segnefiiet
10 et mandé tout cil qui esleu estoient d’aller oultre
avoecques le conte de Boukinghem, li baron d’un lés
et li chevalier d’autre. Et furent paiiet et delivret à
Londres pour trois mois; et commenchoient leurs
gages à entrer sitos comme il estoient arivet à Calais,
15 tant de gens d’armes comme d’archiers, et leur delivroit
li rois passage à ses [frès]. Si vinrent à Douvres,
et passèrent petit à petit, et arivèrent à Callais, et
missent plus de quinse jours à passer, anchois que il
fuissent venut.
20 Bien veoient cil de Boulongne que grant gent
d’armes issoient hors d’Engletière et passoient le
mer et arivoient à Callais. Si les segnefiièrent sus le
païs et par toutes les garnissons, affin que il ne fuissent
soupris. Lors que les nouvelles furent sceues en
25 Boulenois, en Ternois et en le conté de Ghines, si se
avisèrent chevalier et escuier dou païs, et fissent
traire ens es fors tout ce que leurs gens avoient, se il
ne le voloient perdre; et les cappitainnes telles que
le cappitainne de Boulongne, le cappitainne d’Arde,
30 de le Montoire, d’Esprelecque, de Tournehem, de
Hames, de Lisques et des castiaulx sus les frontières
entendirent à pourveïr grandement leurs lieus, car
[238] bien savoient, puisque li Englès passoient à tel flote,
que il aroient l’assaut.
Les nouvelles dou passage furent segnefiies au roi
Charle de France, qui se tenoit à Paris; si envoiia
5 tantos deviers le signeur de Couchi qui estoit à Saint
Quentin, que il se pourveïst de gens d’armes et s’en
alast en Picardie, et reconfortast les villes, les cittés
et les castiaulx. Li sires de Couchi obbeï au mandement
dou roi, che fu raisons, et resvilla chevaliers et
10 escuiers d’Artois, de Vermendois et de Picardie, et
fist son mandement à Pieronne en Vermendois. Et
estoit pour che tamps cappitainne d’Arde li sires de
Saintpi, et de Boulongne messire Jehans de Lonvillers,
et de Monstruel sur le mer messires Jehans de
15 Fosseux. Si ariva à Callais trois jours devant le
Madalaigne, ou mois de julle, li contes de Boukinghem,
en l’an de grace Nostre Signeur mil trois cens et quatre
vins.
§ 141. Quant li contes de Boukinghem fu arivés à
20 Callais, li compaignon en eurent grant joie, car bien
savoient que point longhement ne sejourneroient là
que il n’alaissent en leur voiage. Li contes se rafresqui
deus jours à Callais, et au tierch jour partirent et
se missent sus les camps, et prissent le chemin de
25 [Marquigue].
Or est il drois que je vous nomme les bannerès et
les pennonchiers qui là estoient: premierement, le
conte Thumas de Boukinghem, le conte d’Asquesufort,
qui avoit sa nièce espousée, fille au signeur de Couchi;
30 apriès, le conte de Devesciere. Apriès chevauchoit,
banière desploïe, li sires Latiniers qui estoit
[239] connestables de l’ost, et puis li sires de Fil Wattier,
mareschaulx; après, le signeur de Basset, le signeur
de Boursier, le signeur de Ferrières, le signeur de
Morlais, le signeur d’Arsi, messire Guillaume de
5 Windesore, messire Hue de Cavrelée, messires Robers
Canolles, messires Hues de Hastingues, messire Huge
de la Souce. A pennon, messires Thumas de Persi,
messires Thumas Trivet, messires Guillaume Cl[i]nton,
messires Yon de Fil Warin, messires Huges Toriel, le
10 signeur de Vertaing messires Ustasse, messires Jehan
de Harleston, messires Guillaume de Ferinton, messires
Guillaume de Briane, messires Guillaume Draiton,
messires Guillaume Franke, messires Nicolle et
messires Jehan d’Aubrecicourt, messires Jehan Masse,
15 messires Thumas Camois, messires Raoul, fil le signeur
de Noefville, messires Henri de Ferrières, le bastart,
messires Huge Broe, messires Joffroi Ourselée, messires
Thumas West, le signeur de Saint More, David
Hollegrave, Hugekin de Cavrelée, bastart, Bernart de
20 Cederières et pluiseurs autres.
Si chevauchoient ces gens d’armes en bonne ordenance
et en grant arroi, et n’alèrent le jour que
il issirent de Callais plus avant que à Marquigue, et
là s’arestèrent pour entendre à leurs besongnes et
25 avoir conseil entre iaulx lesquels chemins il tenroient
pour acomplir à leur certain pooir leur voiage, car il
en i avoit pluiseurs en la route qui onques mais
n’avoient esté en France, especiaulment li fils dou
roi et pluiseur baron et chevalier. Si estoit bien cose
30 raisonnable que cil qui connissoient le roiaulme et
qui autrefois l’avoient passet et chevauchiet, euissent
cel avis et gouvrenement que à leur honneur il
[240] l’acomplesissent. Voirs est que, quant li Englès dou tamps
passet sont venu en France, il ont eu tel ordenance
entre iaulx que les cappitaines jurent entre le main
dou roi d’Engletière et son conseil trois coses: elles
5 sont telles que à creature dou monde, fors entre
iaulx, il ne reveleroient leurs secrés ne leur voiage,
ne là où il tendent à aler; la seconde cose est que [il
acompliront leur voiage à leur pooir; la tierce cose
est que] il ne pueent faire nul trettiet à leurs ennemis,
10 sans le sceu et volenté dou roi et de son conseil.
§ 142. Quant cil baron, chevalier et escuier et leurs
gens se furent repossé et arresté à Marquigue trois
jours, et que tout furent venu et issu de Callais qui
ou voiage devoient aller, et que les cappitainnes
15 eurent avissé à leur besongne et quel chemin il tenroient,
au quatrime jour il se partirent et missent au
chemin en très bonne ordenance. Et passèrent tout
pardevant Arde, et là boutèrent hors leurs banières
li doi conte, li contes d’Asquesufort et li contes de
20 Douvesciere, et arresta toute li hos devant la bastide
d’Arde, pour euls monstrer as gens d’armes qui dedens
estoient. Et là fu fais chevalier dou conte de
Bouquighem li contes de Douvesciere et li sires de
Morlas; et missent cil doi signeur là premierement
25 hors leurs banières. Encores fist là li contes de
Boukinghem chevaliers cheus qui s’ensieuent: le fil dou
signeur de Fil Watier, messire Rogier d’Estragne,
messire Jehan d’Ippre, messire Jehan Collé, messire
Jame de Citelée, messire Thumas Roumeston, messire
30 Jehan de Noefville, messire Thumas Roselée, et
vint l’ost gesir à Hosque, sus une mout belle rivière;
[241] et furent fait cil chevalier nouvel pour la cause de
che que li avant garde s’en allèrent che jour par
deviers une forte maison seant sus le rivière, que on
dist Flolant, où dedens avoit un escuier à qui le maison
5 appartenoit, que on clamoit Robert. Chils escuiers
estoit bons homs d’armes: si avoit garni et
pourveu sa maison de bons compaignons que il avoit
pris et requelliés là environ, et estoient environ quarante,
et monstrèrent bon samblant de iaulx deffendre.
10 Cil baron et chil chevalier, en leur nouvelle
chevalerie, vinrent jusques à là et environnèrent le
tour de Flolant et le commenchièrent à asaillir de
grant volenté, et cil qui dedens estoient, à eulx deffendre.
Là eut fait par assaut tamainte belle apertisse
15 d’armes; et traioient cil dou fort mout asprement,
dont il navrèrent et blechièrent aucuns des asaillans,
qui s’abandonnoient trop avant; car il avoient
des bons arbalestriers que li cappitainne de Saint
Omer, messires Bauduins de le Boure, leur avoit envoiiés
20 à le requeste de l’escuier, car bien pensoit que
li Englès passeroient devant sa maison: [si] le voloit
tenir et garder à son pooir, enssi que il fist, car il se
porta vaillanment. Englès asailloient, et chil dedens
se deffendoient mout aigrement. Là dist une parolle
25 li contes de Douvesciere, qui estoit sus les fossés, sa
banière en present que ce jour avoit premierement
mis hors, qui mout encoraga les compaignons: «Et
comment, signeur, en nostre nouvelle chevalerie nous
tenra meshui chils coulombiers! Bien nous deveroient
30 tenir li fort chastel et les fortes places qui sont
ou roiaulme de France, quant une telle platte maison
nous tient. Avant! avant! monstrons chevalerie.»
[242] Quant li contes eut dist ceste parolle, bien le nottèrent
cil qui l’entendirent, et se vaurent mains espargnier
que devant, et entrèrent tout abandonneement
ens es fossés; et passèrent li aucun sus pavais, affin
5 que la bourbe ne les engloutesist, et vinrent jusques
au mur. Et là traioient archier si ouniement que à
painnes se ossoit nuls amonstrer as deffenses: si en
i ot dou trait des archiers pluiseurs blechiés et navrés.
La basse cours fu prise et arsse, et li tours fort
10 asaillie. Finablement, il furent tout pris, mais mout
vaillant se vendirent, ne il n’i eut onques homme qui
ne fust bleschiés. Enssi fu la maison de Flolant prise,
et Robert Flolant dedens et prisonniers au conte de
Douvescière, et li autre à ses gens. Et toute li hos
15 se loga sus le rivière de Hosque, en attendant messire
Guillaume de Widesore, qui menoit l’arierre
garde, qui point n’estoit encores venus; mais il vint
che soir. Et à l’endemain se deslogièrent tout ensamble,
et partirent en ordenance et cheminèrent ce jour
20 jusques à Esprelesque, et là se logièrent. La cappitaine
de Saint Omer, qui sentoit les Englès si priès
de li, renforcha les gais et fist toute la nuit villier
plus de deux mille hommes, par quoi la ville de Saint
Omer ne fust sousprise des Englès.
25 § 143. A l’endemain, ensi que à six eures, se deslogièrent
li Englès de Esprelesque, et chevauchièrent
en ordenance de bataille deviers Saint Omer. Chil de
la ville de Saint Omer, quant il seurent que li Englès
venoient, s’armèrent tout enssi que commandé leur
30 estoit, et se ordonnèrent ou marchiet, et puis allèrent
as portes, as tours et as crestiaulx mout estoffeement,
[243] car on leur dissoit que li Englès les asaudroient.
Mais il n’en avoient nulle volenté, car li ville est trop
forte, et plus i pueent gens d’armes pierdre à l’asaillir
que gaaignier. Toutefois, li contes de Bouquighem,
5 qui onques mais n’avoit esté ou roiaulme de France,
volt veoir Saint Omer, pour tant que elle li sambloit
belle de murs, de portes et de tours et de biaux clochiers.
Si s’en vint arrester sus une montaigne enssi
que à une petite demi lieue priès; et là fu li hos
10 toute rengie et ordonnée en bataille plus de trois
heures; et là eut aucuns jones chevaliers et escuiers,
montés sus fleurs de coursiers, qui esperonnèrent
jusques as barières et demandèrent joustes de fiers
de glaves as chevaliers ou escuiers qui dedens Saint
15 Omer estoient; mais il ne furent point respondu. Si
retournèrent arrière, en esperonnant leurs coursiers
et en faissant grant samblant de voloir faire fait d’armes.
Che jour que li contes de Bouquighem vint
devant Saint Omer, à le veue de chiaulx de la ville,
20 il fist chevaliers nouviaulx chiaulx qui s’ensieuent:
et premiers, messire Raoul de Noefville, fil au signeur,
messire Betremieu Boursier, fil au signeur, messire
Thumas Camois, messire Fouke Courbet, messire Thumas
d’Angain, messire Raoul de Pippes, messire Loeïs
25 de Saint Obin et messire Jehan Paullé. Chil nouviel
chevalier, en leur chevalerie, courirent là sus les
camps, montés sus bons coursiers et vinrent courir
jusques as barrières et demandèrent joustes, et point
ne furent respondu, et retournèrent pour le doute
30 dou trait, car il ne voloient mies perdre leurs chevaulx.
Quant li contes de Bouquighem et li signeur
eurent veu que nuls ne se metteroit as camps à
[244] l’encontre d’eus, si passèrent oultre mout ordonneement
et tout le pas, et s’en vinrent che jour logier as Esquelles
en mi chemin de Saint Omer et de Thierewane,
et là se tinrent toute la nuit; et à l’endemain
5 il partirent, et s’acheminèrent vers Tierewane.
§ 144. Quant chil de le garnisson de Boulogne, de
Arde, de Tournehem, d’Audrehem, de le Montoire,
de Hames et des castiaulx de le conté de Boulongne
et d’Artois et de Ghingnes veïrent le convenant des
10 Englès, que il aloient toudis devant iaulx sans arrester,
si segnefiièrent l’un à l’autre leurs volentés en
dissant que il les feroit bon et honnerable poursieuir,
et que on i poroit bien gaaignier, et que gens d’armes
se doivent aventurer, quant il sentent leurs
15 ennemis sur les camps et en leur païs. Si se quellièrent
tout et asamblèrent desoubs les pennons dou
signeur de Fransures et dou signeur de Saintpi, deus
mout vaillans et entreprendans chevaliers, et se trouvèrent
bien deux cens lances. Si commench[i]èrent à
20 costiier, à frontiier et à poursieuir les Englès; mais li
Englès se tenoient tout ensamble, qui point ne se
desroutoient, ne on ne s’ossoit bouter en iaulx, qui
ne voloit trop pierdre. Toutesfois chil chevalier et
escuier françois rataindoient à le fois, et ruoient jus
25 les fourageurs englès, par quoi il estoient plus resongnié,
et n’osoient mais li fourageur chevauchier ne
aller en fourage, fors en grant route. S’en i avoit à
le fois des rués jus et pris des uns et des autres, et
puis fait escanges [et] pareçons telles que li fait d’armes
30 demandent. Quant li contes de Bouquighem et
son hoost furent parti d’Esquelles, il chevauchièrent
[245] che jour vers Thierouane, et passèrent oultre sans riens
faire, car li sires de Saintpi et li sires de Fransures i
estoient et leurs routes. Si vinrent logier à [Wicerne],
et là se rafresquirent un jour et reposèrent, je vous
5 dirai pourquoi.
§ 145. Vous savés, sicom il est chi dessus contenu
en l’istoire, comment li rois Richars d’Engletière,
par le promotion de ses oncles et de son conseil,
avoit envoiiet en Allemaigne son chevalier messire
10 Simon Burllé deviers le roi des Roumains, pour avoir
sa suer en mariage. Li chevaliers avoit si bien esploitié
que li rois des Roumains li avoit acordé par le
bon conseil des haus barons de sa court, et envoiiet
li rois des Roumains en Engletière, avoecques messire
15 Simon Burllé, le duc de Tassen, pour avisser le
roiaulme d’Engletière pour savoir comment il plairoit
à sa suer, et pour parconfremer là les ordenances;
car li cardinaulx de Ravane estoit en Engletière, qui
se tenoit Urbanistres, et convertissoit les Englès à
20 l’oppinion d’Urbain, et attendoit la venue dou duc
dessus nommé, liquels, à la priière dou roi d’Allemaigne
et dou duc de Braibant et de madame de Braibant,
ils et toute sa route, avoient sauf conduit de
passer parmi le roiaulme de France et d’aller à Callais.
25 Si estoient venu par Tournai, par Lille et par
Biethune, et vinrent à Wicerne pour veoir le conte
de Bouquighem et les barons, liquel requellièrent le
duch de Tassen et ses gens mout honnerablement;
et leur donna li contes à disner et à soupper en son
30 logeis, et l’endemain il prissent congiet li un de l’autre.
Si passèrent li Allemant oultre, et vinrent à Aire
[246] et à Saint Omer, et puis à Callais; et li contes de
Bouquighem et toute li hoos chevauchièrent leur chemin,
et passèrent devant Lillers, et vinrent che jour
logier à Bruais lés [la] Buissière. Si se tinrent tout aise
5 de che qu’il avoient; et tous les jours les poursieuoient
li sires de Saintpi et li sires de Fransures et
leurs routes, mais toutes les nuis il gissoient en villes
fremées.
§ 146. Quant che vint au matin, dont la nuit toute
10 li hoos avoit jeu à Bruai, il se levèrent et aparillièrent.
Si sonnèrent leurs trompètes de departement;
si s’aroutèrent sus les camps et chevauchièrent vers
Bethune. En la ville de Bethune avoit grant garnison
de gens d’armes, chevaliers et escuiers, que li sires
15 de Couchi, qui se tenoit à Arras, i avoit envoiiés, tels
que le seigneur de Hanget, messire Jehan et messire
Tristram de Roie, messire Joffroi de Cargni, messire
Gui de Honcourt et mout d’autres. Si passa toute li
hoos des Englès à la veue de Bethune à heure de
20 tierce tout oultre: onques ne fissent samblant d’assaillir,
et vinrent gesir à [Sauchières]. A heure de vespres,
vinrent li sires de Saintpi et li sires de Fransurez,
et se boutèrent en Bethune, et à l’endemain bien
matin il s’en partirent et chevauchièrent vers Arras;
25 et là trouvèrent le signeur de Couchi, qui les rechut
liement et leur demanda des nouvelles et quel
chemin li Englès tenoient. Li chevalier l’en respondirent
ce qu’il en savoient et que il avoient
jeu à Sauchières et chevauchoient trop sagement,
30 car point ne se desroutoient, mais se tenoient toudis
ensamble. Dont dist li sires de Couchi: «Il
[247] cheminent par l’apparant enssi que gens qui demandent
la bataille: [si] l’aront, se li rois, nos sires, me
voelt croire, anchois que il aient paracompli leur
voiage.» Enssi dissoit li sires de Couchi. Et li contes
5 de Bouquighem et toute li hoos cheminèrent che
jour, depuis que il furent parti de Sauchières, et passèrent
au dehors d’Arras mout arre[e]ment en ordenance
de bataille, banières et pennons ventelans, et
tant que cil qui estoient monté es portes et es clochiers,
10 les pooient bien avisser.
Si passèrent che jour tout oultre sans riens faire,
et vinrent logier à A[ves]nes, et l’endemain à Miraumont,
et puis à Clari sus Somme, car il poursieuoient
les rivières. Quant li sires de Couchi, qui se tenoit à
15 Arras, entendi que il prendroient che chemin, si
envoiia le signeur de Hangiet à Brai sus Somme, et
en sa compaignie trente lances, chevaliers et escuiers,
et à Pieronne messire Jaqueme de Werchin, senescal
de Hainnau, et le signeur de Haverech et messire
20 Jehan de Roie, messire Gerart de Markelies et
des aultres chevaliers et escuiers dou païs là environ;
et il s’en ala vers Saint Quentin, et envoiia le
signeur de Clari et messire Tristram de Roie et messire
Gui de Honcourt à Hen en Vermendois, dont il
25 se tenoit enssi que sires, pour entendre à la ville et
remparer, car elle est grande et estendue et mal fremée.
Si ne voloit mies que par se negligense elle
recheuist nul damage des Englès.
§ 147. La nuit que li Englès se logièrent à Clari sus
30 Somme, s’avissèrent aucun chevalier de leur costé,
tels que messires Thumas Trivet, messires Guillaumes
[248] Clinton, messires Yon Fil Warin, par l’esmouvement
le signeur de Vertaing qui congnissoit le païs
et qui sentoit le signeur de Couchi à grant gent d’armez
en la citté d’Arras, que il chevaucheroient au
5 matin avoecques les fourageurs de l’ost, assavoir se il
trouveroient jamais cose qui bonne leur fust, car il
desiroient à faire fait d’armes. Enssi comme il l’avisèrent,
il le fissent, et se partirent au matin environ
trente lances, et fissent les fourageurs chevauchier
10 devant, et chevauchièrent à l’aventure.
Ce propre jour au matin, parti et issi d’Arras à
grant route li sires de Couchi, et prist le chemin de
Saint Quentin. Quant il furent sus les camps, li sires
de Brimeu et si enffant, environ trente lances, issirent
15 hors de la route le signeur de Couchi, enssi que
cil qui desiroient les armes et qui demandoient aventures.
Si se trouvèrent sus les camps Englès et François,
et veïrent bien et parchurent que il convenoit
que il se veïssent de plus priès: si esperonnèrent tantos
20 li un contre l’autre, en escriant leur cri. De premières
venues, il en i ot rués jus des mors et des
bleciés, de l’une partie et de l’autre; et là, selonc
leur quantité, i ot fait belles appertisses d’armes, et
se missent tantos tout à piet l’un contre l’autre, et
25 commenchièrent à pouser des lances. Là veït on les
plus fors et les plus appers et les mieux combatans,
et mout bien se portèrent et li une partie et li autre.
Et furent en cel estat environ une heure, toudis combatant
et poussant, et faissant d’armes ce que on en
30 pooit par raison faire, que on ne seuist à dire ne
imaginer, qui les veïst, liquel en aroient le milleur;
mais finablement la place demora as Englès et le
[249] obtinrent. Et prist de sa main messires Thumas Trivès
le signeur de Brimeu et ses deus fils Jehan et Loïs,
et en i ot là pris sus le place environ seise hommes
d’armes: li demorant se sauvèrent ou furent mort.
5 Enssi alla de ceste aventure as [gens] le signeur de
Couchi, et retournèrent messires Thumas Trivès et sa
route en l’oost à tout leur gaaing, et furent li bien
venu dou conte de Bouquighem et des aultres: che
fu raisons.
10 Si sejourna li hoos sus la rivière de Somme, en
venant de Pieronne, un jour et une nuit, pour tant
que che jour il fissent leur monstre, car il entendirent
par leurs prisonniers que li sires de Couchi estoit à
Pieronne et aroit bien mille lanches, chevaliers et
15 escuiers. [Si] ne savoient se il les voldroient
combatre.
§ 148. Che propre jour que on fist la monstre, se
boutèrent hors de l’oost avoec les fourageurs et
de l’avant garde li sires de Vertaing et Fier à Bras li
20 bastars, ses frères, messires Yon Fil Warin et pluiseur
autre, et s’en vinrent courir jusques au Mont Saint
Quentin. Et là se tinrent en enbusce, car bien savoient
que en Pieronne, qui estoit droit dallés, estoient li
senescaulx de Hainnau, li sires de Haverech et
25 grant gent d’armes, chevaliers et escuiers, dou païs;
et sentoient le jone senescal de Hainnau de grant
volenté et outrequidiet: si esperoient bien que il
isteroit hors, enssi qu’il fist. Chil de l’avant garde
envoiièrent courir dix hommes d’armes devant Peronne,
30 Thieri de Soumaing, le bastart de Vertaing,
Hugekin de Cavrelée, Hopekin Hai et des aultres,
[250] liquel, monté sus fleurs de coursiers, s’en vinrent à
l’esperon jusques as barrières de Pieronne. Li senescaulx
de Hainnau et ses gens, qui là se tenoient,
estoient tout apparilliet, et fissent ouvrir les barrières,
5 et estoient bien cinquante lances, et quidièrent ces
compaignons coureurs atrapper, car il se missent en
cache sus les camps apriès iaulx, et cil à fuir vers leur
enbusque, et iaulx après. Là chevaucoit li senescaulx
de Hainnau, son pennon devant lui, montés sus fleur
10 de coursier. Quant cil de l’embusque veïrent comment
li François cachoient, si en furent tout resjoï
et descouvrirent leur enbusque; mais che fu un peu
trop tempre, car, quant li senescaulx de Hainnau,
li sires de Haverech et li autre les veïrent venir et
15 une grosse route, et tous bien montés, il jeuèrent de
le retraite. Et là sceurent cheval que esperon valloient,
car, quanque il pooient estekier, il ne cessèrent
jusques il furent sus le cauchie, et trouvèrent
bien à point li signeur les barrières ouvertes. Toutefois
20 il furent de si priès poursieuoit que il convint
demorer prisonniers deviers les Englès des gens le
senescal: messire Gerart de Marquillies, messire Loïs
de Vertaing, cousin au signeur de Vertaing qui là
estoit, Houart de le Houarderie, Boulhart de Saint
25 Ylaire et bien dix hommes d’armes; et tout li autre
se sauvèrent. Quant li Englès sceurent que li senescaulx
de Hainnau, li sires de Haverech, li sires de
Clari, messires Robers de Cleremont, li sires de
Saint Digier et bien vint chevaliers avoient esté sus les
30 camps et tout s’estoient sauvet, si dissent: «Dieux!
quel rencontre! Se nous les euissons tenus, il nous
euissent paiiet quarante mille frans!» Si retournèrent
[251] chil fourageur en l’oost, et n’i eut plus riens
fait pour l’eure ne pour le journée.
§ 149. Trois jours fu li hoos à Clari sus Somme,
et là environ. Au quatrime, il se partirent, et
5 et s’en vinrent logier en l’abbeïe de Vaucelles, à trois
petites lieues de Cambrai; et l’endemain il s’en partirent,
et chevauchièrent vers Saint Quentin, et fist ce
jour mout bel. On dist, et voirs est, que li premier
chevauchant ont toudis les aventures soit à perte ou
10 à gaaing. Je le di pour ceuls de l’avant garde qui
chevauchoient avoecques les fourageurs. Che propre
jour, chevauchoient les gens le duc de Bourgongne,
environ trente lances, et venoient d’Arras à
Saint Quentin, car là estoit li dus de Bourgongne.
15 Messires Thumas Trivès, messires Yon Fil Warin, li
sires de Vertaing, messires Guillaume Clinton, qui
estoient à l’avant garde et avoec les fourageurs, enssi
que il venoient à Farvakes pour prendre les logeis, il
encontrèrent ces Bourgignons. Là convint il avoir
20 hustin, et i ot bataille; mais elle ne dura point longuement,
car cil Bourgignon furent tantos esparpilliet,
li uns chà et li autres là, et se sauva qui sauver se
peut. Toutesfois messires Jehans de Mornai ne se sauva
pas, mais demora sus la place en bon convenant, son
25 pennon devant lui, et se combati ce que durer pot,
mout vaillanment; mais finablement il fu pris et dix
hommes d’armes en se compaignie. Et souppèrent
celle nuit en es logeis des compaignons à [Fonsomme],
à deux lieuwes de Saint Quentin, où li avant garde se
30 loga; et il quidoient, au disner, soupper à Saint Quentin.
Enssi va des aventures.
[252] § 150. A l’endemain, au matin, quant li contes de
Bouquighem et li signeur orent oï la messe en
l’abbeïe de Farvacques, et il eurent mengié et beu un
cop, il s’ordonnèrent et apparillièrent, et missent au
5 chemin pour venir vers Saint Quentin, en laquelle
ville avoit grant gent d’armes, mais point n’issirent.
Si i eut aucuns coureurs englès qui allèrent courir
jusques as barrières et escarmuchier à eulx; mais
tantos s’en partirent, car toute li hoos passa oultre
10 sans arrester, et vint che jour logier à Oregni Sainte
Benoite et ens es villages d’environ. En la ville
d’Oregni a une mout belle abbeïe de dames, et
pour ce tamps en estoit abbesse la ante le signeur de
Vertaing, qui estoit en l’avant garde. A la priière de li,
15 l’abbeïe et toute la ville furent sauvées d’ardoir et de
pillier. Et se loga li contes en l’abbeïe, mais che soir
et toute la nuit ensieuant il i ot à Ribeumont, qui
est mout priès de là, grant escarmuce d’Englès et
de François; et en i ot des mors et des blechiés, de
20 une part et d’autre.
Au matin, on se desloga de Orgny, et s’en vint li
hoost logier che jour à Creci sus Selle, et [là loga l’ost
un jour tout enthier; et au deslogement, on passa la
rivière de Selle, et] vint on [logier] devant la citté
25 de Laon, et passa l’oost à Vaulx desoulx Laon;
et ot escarmuce des fourageurs de l’avant garde
à Bruières; et vint che jour logier l’ost à Sisone; et
à l’endemain passa l’oost la rivière d’Ainne au Pont
à Vaire, et vinrent logier à Hermonville et à Courmissi,
30 à quatre lieuwes de la citté de Rains. Et vous
di, che chemin faissant, quoique il fuissent en
bon païs et cras et plentiveux de vins et de vivres,
[253] il ne trouvoient riens, car les gens avoient tout
retrait en es bonnes villes et ens es fors; et avoit li
rois de France abandonné as gens d’armes de son païs
tout ce que il trouvoient ou plat païs. Si eurent li
5 Englès par pluiseurs fois grant souffraite, et especiaulment
de chars: quant il vinrent en le marce de
Rains, n’avoient il nulles. Si eurent avis, à leur
deslogement de Hiermonville et de Courmissi, que il
envoiieroient un hiraut à Rains, pour tretier deviers
10 les bons hommes dou plat païs qui là estoient retrait,
et deviers les bourgois de Rains qui avoient le leur
aus villages, que il leur vosissent envoiier une quantité
de bestes, de pains et de vins, ou il arderoient
tout le plat païs. Chils avis fu tenus, et envoièrent
15 un hiraut à Rains, qui leur remonstra toutes ces
coses. Il respondirent generaument que il n’en
feroient noient, et que il fesissent che que bon leur
sambloit. Quant li Englès oïrent ceste response, si
furent tout courouchiet: lors envoiièrent il tous leurs
20 coureurs par les villages, et en ardirent en une sepmaine
plus de soissante en le marche de Rains. Encores
de rechief li Englès sceurent que cil de Rains
avoient en leurs fossés de la ville mis à sauf garant
toutes leurs blancques bestes, qui là se quatissoient et
25 paissoient. De ces nouvelles furent il mout resjoï, et
dissent tout chil de l’avant garde: «Alons, alons!
On se doit aventurer pour son vivre.» Lors s’en
vinrent tout cil de l’avant garde à chevauchant jusques
sus les fossés de la citté de Rains, et là descendirent
30 et fissent leurs gens descendre et entrer ens es
fossés et cachier toutes hors ces bestes; ne nuls
n’osoit issir ne aler au devant, ne li amonstrer as
[254] creniaulx ne as deffenses, car li archier, qui estoient
rengiet sus les fossés, traioient si ouniement que nuls
n’osoit venir avant pour deffendre la proie. Enssi fu
elle misse toute hors des fossés, où bien i ot plus de
5 quatre mille bestes, dont il eurent grant largaiche.
Avoec tout che il mandèrent à chiaulx de Rains que
il arderoient tous leurs blés environ Rains, se il ne
les racatoient de vivres, de pains et de vins. Chil de
Rains doubtèrent celle manace et pestillence d’ardoir
10 leurs biens as camps: si envoiièrent en l’oost six
carées de pains et otant de vins. Parmi che, li blés
et les avaines furent respitées d’ardoir. Si passèrent à
l’endemain tout li Englès en ordenance de bataille par
devant la citté de Rains, et vinrent gesir à Biaumont
15 sus Velle, car ja avoient il au desous de Rains passet
la rivière.
§ 151. Au deslogement de Biaumont sus Velle
chevauchièrent li Englès amont pour passer la belle
rivière de Marne, et vinrent à Condet sus Marne, et
20 trouvèrent le pont deffait; mais encores estoient les
[estaches] en l’aige: si trouvèrent plances et bois et
mairiens, et fissent tant que il ordonnèrent un bon pont
par où li hoos passa, et vint che jour logier à Genville
sus Marne, [et] à l’endemain en la ville de Vertus;
25 et là ot grant escarmuce au castiel et grant fuisson de
gens blechiés. Et se loga li contes de Bouquighem en
l’abbeïe de Vertus, et li autre par les villages environ.
Si fu, la nuit, li ville de Vertus toute arse, horsmis
l’abbeïe qui n’eut garde, pour tant que li contes
30 i estoit logiés. Autrement elle euist esté arse sans
deport, car cil de la ville s’estoient retrait ou fort,
[255] qui point ne se voloient racater ne rançonner. Et
ossi li hiraut de l’oost en furent mout coupable,
car il se plaindirent au conte de Bouquighem, que il
portoient et faissoient tous les tretiés des racas des
5 fors à l’avant garde, et si n’en avoient nul pourfit; et,
au voir dire, il en apartenoit à iaulx aucune cose.
Dont li contes, à la complainte de eulx, commanda
que on ardesist tout, se des racas à argent il n’avoient
leurs drois. Par enssi fu la bonne ville de Vertus toute
10 arsse, et li païs d’environ.
A l’endemain, on se desloga, et vint on passer
devant le castiel de Monmer, qui est biaulx et fors et
hiretages au signeur de Castillon. Li castiaulx estoit
bien pourveus d’artellerie et de gens d’armes, chevaliers
15 et escuiers dou païs, que li sires de Castillon i
avoit envoiiés et establis. [Si] ne se peurent aucun
compaignon de l’avant garde astenir, en passant
devant, que il ne l’alaissent veoir et asaillir à la barrière;
et là ot un petit d’escarmuce et aucunes
20 gens blechiés dou trait. Si passèrent oultre et
vinrent logier à Pelotte, en aprochant la citté
de Troies, et là se tinrent un jour; et à l’endemain
il chevauchièrent devers Planssi sus Aube. Et chevauchoit
li avant garde tout devant; et i avoit
25 aucuns compaignons anoieus de ce que il ne trouvoient
armes et aucun pourfit, et [si] savoient bien,
selonc che que on les avoit enfourmés, que en la
citté de Troies avoit grant fuisson de gens d’armes et
qui là venoient de tous lés, car li dus de Bourgongne
30 i estoit à tout grant poissance, et là avoit fait
son mandement.
Si s’avisèrent li sires de Castiel Noef et Jehans de
[256] Castiel Noef, ses frères, et Rammonnès de Saint Marsen,
Gascons et aultres, Englès et Hainnuiers, environ
quarante lances, que il chevaucheroient à l’aventure
pour trouver quelconques cose. Si chevauchièrent
5 che matin de une part et d’autre, et riens ne trouvèrent,
dont il estoient tout anoieus. Enssi que il
retournoient vers lors gens, il regardent et voient sus
les camps une route de gens d’armes qui chevauchoient
vers Troies; et c’estoit li sires de Hangiers,
10 qui voirement aloit che chemin, car li sires de Couchi,
desous qui il estoit, se tenoit à Troies. Sitos que
cil Gascon et Englès veïrent le pennon le signeur de
Hangiers et le route, il congneurent bien que il
estoient françois: si commenchièrent à brochier
15 apriès iaulx chevauls des esperons. Li sires de
Hangiers les avoit bien veus, et doubta que il
n’i euist plus grant route que il ne fuissent; si dist
à ses gens: «Chevauchons ches plains deviers
Plansi, et nous sauvons, car cil Englès nous ont descouvert,
20 et leur grosse route est priès de chi. Nous
ne les poons fuir ne escapper: il sont trop contre
nous, mais mettons nous à requelloite et à sauveté
ou chastiel de Planssi.»
Enssi comme il l’ordonna, il le fissent, et tirèrent
25 celle part. Evous les Englès venant et esperonnant
sus iaulx, qui les sieuoient de priès. Là heut un
homme d’armes de Hainnau et de Valenchiennes, de
le route le signeur de Vertaing, appert homme d’armes,
et s’apelle Pières Bro[chons], qui bien estoit
30 montés, et abaisse son glave et s’en vint sus le signeur
de Hangiers qui fuioit devant li viers Planssi, et li
adrèce son glave ens ou dos par derière, et puis fiert
[257] cheva[l] des esperons, et le cuide mettre hors de la
selle; mais non fist, car onques li sires de Hangiers
n’en perdi selle ne estriers, quoique li homs d’armes
li tenist toudis le fier au dos; et enssi boutant et
5 chevauchant, ils et sa route, s’en vinrent à Planssi. Et
droit à l’entrée dou castiel, li sires de Hangiers, par
grant apertisse de corps, sailli jus de son cheval par
devant sans prendre damage, et se deffiera dou glave,
et entra ens es fossés.
10 Chil dou castiel entendirent à lui sauver et requellier,
et vinrent à la barière, et là eut dure escarmuce,
car li François, qui estoient afui jusques à là, monstrèrent
vissage, et cil dou castiel ossi. Là traioient cil
dou castiel mout aigrement, car il avoient des bons
15 arbalestriers, et là ot fait des belles appertisses d’armes
de une part et d’autre; et à grant painne sauvèrent
il et requellièrent le signeur de Hangiers, qui très
vaillamment, en rentrant ou chastiel, se combati. Et
toudis venoit gens de l’avant garde, messires de Vertaing,
20 messires Thumas Trivès, messires Hues de Cravelée
et li autre, car leurs logeis estoit ordonnés là. Si
i souffrirent très grant painne li François, et ne peurent
mies tout entrer ou castiel, car il estoient si
priès quoitié que il n’osoient ouvrir avant la barrière
25 que il ne fuissent efforchié. Si en i ot, que de mors,
que de pris, environ trente; et dura li escarmuce
priès que trois heures, et fu li basse cours dou castiel
toute arsse, et li castiaulx [fors] asaillis de toutes pars,
mais ossi fu il bien deffendu, et furent li moulin de
30 Planssi ars et abatu. Et passa par là toute li hoos au
pont [et au gué] la rivière d’Aube, et cheminèrent
vers Vallant sus Sainne, pour là venir à la giste.
[258] Enssi fu che jour li sires de Hangiers de estre pris en
grant aventure.
§ 152. Che propre jour que toute li hoos vint
logier à Vallant sus Sainne par dessus Troies, pour
5 là passer à gué la rivière, chevauchoient li fourageur
de l’avant garde, messires Thumas Trivès,
messires Hues de Cravelée, li sires de Vertaing, li
bastars ses frères, Pières Bro[chons] et pluiseur
autre. Et ensi que compaignon qui desirent à pourfiter,
10 il en i avoit aucuns qui chevauçoient devant
à l’aventure: si encontrèrent messire Jehan
de Roie et environ vint lances des gens le duc de
Bourgongne, qui s’en aloient à Troies. Quant chil
Englès les perchurent, il ferirent des esperons apriès
15 eulx, et li François à euls sauver, car il n’estoient
mies gens assés pour les attendre; et se sauvèrent la
grigneur partie, et messires Jehans de Roie et li autre
se boutèrent ens es barrières de Troies: jusques à là
furent il cachiet. Au retour que li Englès fissent, li
20 bastars de Vertaing et ses gens en prissent quatre qui
ne se peurent sauver.
Entre les autres là avoit un escuier dou duch de
Bourgongne, qui s’appelloit Guion Goufer, appert
homme durement, desous qui ses chevaulx estoit
25 estanchiés. Si estoit arrestés as camps et avoit adossé
un noiier, et là se combatoit très vaillanment à deux
Englès qui le coitoient de mout priès, car il ne
savoient riens [de] françois, et li escuiers ne savoit
riens [d’]englès. Bien li disoient chil en englès:
30 «Ren toi! Ren toi!» et ils ne voloit riens faire,
car il ne savoit que il dissoient. Dont il le combatoient
[259] si avant que il l’euissent là occis, quant li bastars
de Vertaing, qui retournoit de la cace, vint sus
iaulx. Si descendi de son coursier, et vint à l’escuier
et dist: «Ren toi!» Chils qui entendi son langage,
5 respondi: «Ies tu gentils homs?» Et li bastars
dist: «Oïl.»--«Donc me rench je à toi.» Et li
bailla son gant et son espée. Enssi fu pris Guion
Gaufier, dont li Englès, qui l’avoient combatu, en
eurent grant engaigne, et le voloient tuer ens es
10 mains dou dit bastart, et dissoient que il n’estoit mies
bien courtois, quant il leur avoit tolut leur prisonnier;
mais li bastars estoit là plus fors que il ne
fuissent: [si] li demora. Nonpourquant, au soir, il
en fu question devant les mareschaux, mais, tout
15 consideré et bien entendu, ils demora au bastart de
Vertaing, qui le rançonna che soir et le recrut sus sa
foi et le renvoia au matin à Troies.
Et toute li hoos se loga à Valant sus Sainne. A
l’endemain, il passèrent tout à gué la rivière de
20 Sainne, et s’en vinrent logier à une petite lieuwe de
Troies en un village que on dist Barnars Saint Siple;
et là se tinrent tout quoi et se aissièrent de che que
il avoient. Et là eurent grant conseil li signeur et
les cappitainnes ensamble.
25 § 153. En la citté de Troies estoit li dus de Bourgongne,
et avoit là fait son mandement especial, très
les Englès venant et cheminant parmi le roiaulme
de France, car il avoit intencion et volenté de eulx
combatre entre la rivière de Sainne et de Yone. Et
30 ossi baron, chevalier et escuier dou roiaulme de
France ne desiroient aultre cose, mais nullement li
[260] rois de France, pour le doubte des fortunes et perils,
ne s’i voloit acorder, car tant resongnoit les grans
pertes et damages que li noble de son roiaulme avoient
eu et recheu dou tamps passet par les victoires des
5 Englès, que nullement il ne voloit que on les combatesist,
se ce n’estoit à leur trop grant avantage. Avoecques
le duck de Bourgongne estoient en la citté de
Troies li dus de Bourbon, li dus de Bar, li contes
d’Eu, li sires de Couchi, li sires de Castillon, messires
10 Jehans de Viane, amiraulx de France, li sires de
Viane et de Sainte Crois, messires Jaquemes de
Viane, messires Gautiers de Viane, li sires de la
Tremoulle, li sires de Vregi, li sires de Rougemont,
li sires de Hanbue, li senecaulx de Hainnau, li
15 sires de Saintpi, li [Barrois] des Barres, li sires de
Roie, messire Jehans de Roie, li viscontes d’Assi,
messires Guillaumes, bastars de Lengres et plus de
mille chevaliers et escuiers. Et me fu dit que li sires
de la Tremoulle estoit envoiiés à Paris, de par les
20 dus et les signeurs, au roi pour savoir son plaisir et
pour impetrer que on les peuist combatre: [si] n’estoit
point encores revenus au jour que li Englès vinrent
devant Troies. Cil signeur de France, qui bien
savoient que li Englès ne passeroient jamais sans
25 iaulx veoir et venir escarmuchier, avoient fait faire
au dehors de la porte de Troies, enssi comme au trait
d’un arck, et carpenter une bastide de gros mairiien
à manière de une requelloite, où bien pooit mille
hommes, et estoient ces bailles faites de bon bois
30 par bonne ordenance.
Au conseil dou soir, en l’oost des Englès furent
appellé toutes les cappitainnes à savoir comment à
[261] l’endemain il se maintenroient. Si fu ordonné et
arresté que tout li signeur, baron et chevalier à
bannière et à pennon, armé de leurs armes, sus chevaulx
couvers de leurs armes, en trois batailles
5 rengies et ordonnées, chevaucheroient devant Troies,
et s’arresteroient sus les camps, et envoiieroient leur
hiraut à Troies as signeurs et leur presenteroient la
bataille. Sus che conseil il souppèrent et se couchièrent,
et fissent la nuit deus gais, à cascun gait de
10 la moitiet de l’oost. Quant che vint au matin au
point de set heures, il fist mout bel et mout cler.
Dont sonnèrent les trompettes parmi l’ost, et s’armèrent
toutes gens de toutes pièches et missent
en arroi et ordenance très convegnable, enssi que
15 pour tantos conbatre. Et estoient li signeur montés
sus chevaulx couvers, parés de leurs armes,
dont les sambues et li houcement aloient jusques
en tière. Enssi estoient il vesti et houcié dessus leurs
armeures et tout paré de leur plainne armoierie,
20 cescuns sires desoulx sa banière ou son pennon,
enssi comme à lui appartenoit et que, pour tantos
entrer en bataille au plus honnourablement et notablement
que cescuns peuist, et pour eulx bien joliier
et quintoier, très estant en Engletière, avoient il mis
25 leur entente.
En celle friceté et en ordenance de bataille, tout
rengié et mout serré, banières et pennons ventelans,
tout le pas, mis en trois batailles, il s’en vinrent
devant Troies en uns biaulx plains, et là s’arestèrent.
30 Et là fu dou conte de Bouquighem appelles Camdos
et Aquitainnes, doi roi d’armes [asquels li contes
dist ensi]: «Vous en irés vers Troies et parlerés as
[262] signeurs, dont il i a grant fuisson, et leur presenterés
de par nous et nos compaignons la bataille; et leur
dirés que nous sommes issu hors d’Engletière pour
faire fait d’armes; et, là où nous les quidons trouver,
5 nous les demandons, ne autre cose nous ne
volons ne requerons, fors à faire fait d’armes contre
nos ennemis. Et pour ce que nous savons que une
partie de la fleur de la chevallerie de France reposse
là dedens, nous sommes venu en che chemin, et, se
10 il nous voellent calengier aucun droit que il dient
que il aient pour eulx, il nous trouveront sus les
camps en le fourme et manière que vous nous laissiés
et que on doit trouver ses ennemis.»--«Monsigneur,
respondirent li doi roi, nous ferons vostre
15 commandement volentiers.» Adonc se partirent li
doi roi dou conte et de lors mestres, et chevauchièrent
viers Troies. [Si] leur fu ouverte la baille de la
bastide, et les barrières ossi, et arrestèrent là, et ne
peurent venir à la porte, car il en issoient grant
20 fuisson de gens d’armes et d’arbalestriers, qui se
mettoient par ordenance en la bastide, dont il avoient
fait leur requelloite; et estoient li doi roi vesti et
paré de cottes d’armes dou conte de Bouquighem. Et
demandèrent li signeur que il voloient: il respondirent:
25 «Nous volons, se nous poons, parler à monsigneur
de Bourgongne.»
§ 154. Entrues que Camdos [et Aquitaine firent leur]
mesage deviers le duck de Bourgongne, entendirent
si signeur et mestre à ordonner leurs batailles et
30 besongnes; et quidoient ce jour pour certain avoir
la bataille, et sus cel estat il s’ordonnoient. Là furent
[263] appellé tout cil qui nouviel chevalier devoient et voloient
estre; et tous premiers messires Thumas Trivès
aporta sa banière toute envollepée devant le conte
de Bouquighem, et li dist: «Monsigneur, se il vous
5 plaist, je desvoleperoie volentiers, à le journée d’ui,
ma banière, car, Dieu merchi, je ai misse assés et
chevance pour parmaintenir l’estat tel comme à la
banière apartient.»--«Il nous plaist bien,» respondi
li contes. Adonc le prist il par l’anste, et li
10 rendi en se main, et li dist: «Messire Thumas,
Dieux vous en laist vostre preu faire chi et aultre
part!» Messire Thumas Trivès prist sa banière et le
desvolepa, et puis le bailla à un sien escuier où il
avoit la grignour fiance, et chevaucha oultre, et vint
15 à l’avant garde, car il en estoit par l’ordenance dou
connestable [le] signeur Latinier et dou mareschal de
l’oost le signeur de Fil Watier. Adonc fist là en present
li contes chevaliers ceulx que je vous nommerai:
et premiers messire Pière B[roch]on, messire
20 Jehan et messire Thumas Paulé, messire Jehan Stinquelée,
messire Thumas d’Ortingue, messire Jehan
Wallekock, messire Thumas Hersie, messire Jehan
Brainne, messire Thumas Bernier, messire Jehan
Colleville, messire Guillaume Evrart, messire Nicolle
25 Stinquelée et messire Huge de [Lume]; et à
fait que cil nouviel chevalier avoient pris l’ordenance
de chevalerie, il se traioient en la première
bataille, pour avenir premiers as fais d’armes.
Adonc fu appellés uns mout gentils escuiers de
30 la conté de Savoie, dou conte de Bouquighem, qui
autrefois avoit esté requis d’enprendre l’ordenance
de chevalerie devant Arde et devant Saint Omer et
[264] tout sus che voiage; et s’appelloit Raoulx de Gruières,
fils au conte de Gruières. Et li dist li contes de
Bouquighem enssi: «Raoul, nous arons hui, se il
plaist à Dieu et à saint Gorge, convenant d’armes:
5 si volons que vous soiiés chevaliers.» Li escuiers
s’escusa enssi que escusé s’estoit autrefois, et dist:
«Monsigneur, Dieux vous puist rendre et merir le
bien et honneur que vous me vollés, mès je ne serai
ja chevaliers, se mes naturés sires li contes de
10 Savoie ne le me fait où bataille de crestiiens operé
ne soit l’un contre l’autre.» On ne l’examina plus
avant: e[n]ssi fu il deportés à estre adonc chevaliers.
Et depuis, l’anée apriès, le fu il en Prusse; et eurent
adonc li crestiien rèse: che fu adonc quant li sires
15 de Mastaing et Jehans d’Obies et li autre de Hainnau
i demorèrent.
§ 155. De veoir l’ordenance des batailles des
Englès comment il estoient rengiet sus les camps et
mis en trois batailles, les archiers sus elle et les gens
20 d’armes ou front, che estoit très grant plaisance au
regarder; et furent, en ordonnant leurs batailles et
faissant les chevaliers nouviaulx, plus de une heure
sans point partir de là. Otant bien se ordonnoient
li François en leur bastide, car bien pensoient li
25 signeur de France que dou mains il i aroit escarmuce,
et que tels gens d’armes que li Englès estoient et
enssi ordonné, ne se partiroient point sans iaulx venir
veoir de priès. Si se mettoient tout sus celle entente
en bonne et convingnable ordenance. Et estoit li
30 dus de Bourgongne au dehors armés de toutes pièces,
une hace en sa main et un blanc baston en l’autre;
[265] et passoient tout baron, chevalier et escuier, qui
aloient vers la bastide, devant lui, et i avoit si grant
presse que on ne pooit passer avant, ne li hiraut ne
pooient oultre [passer ne aler] pour venir jusques
5 au duck et faire leur mesage, enssi que il leur estoit
cargiet.
§ 156. Avoecques les parolles chi dessus dites dou
conte de Bouquighem as deus rois hiraus, Acquitainnes
et Camdos, i avoit bien aultres, car, le
10 soir que li signeur furent à conseil en l’oost d’Engletière,
fu consilliet et dit as hiraus: «Vous ferés
che mesage et dirés au duck de Bourgongne que li
dus de Bretaigne et li païs de Bretaigne conjoins
ensamble, ont envoiiet deviers le roi d’Engletière,
15 pour avoir confort et aide à l’encontre de aucuns
barons et chevaliers de Bretaigne rebelles au duch
et liquel ne voellent obbeïr à leur signeur en la
fourme et manière que li plus sainne partie fait, mais
font guerre au païs et se sont efforcié dou roi de
20 France. Et pour ce que li rois d’Engletière voelt
aidier le duch et le païs et tenir en droit en especialité,
il a envoiiet et envoiie son bel oncle le conte de
Bouquighem et une quantité de gens d’armes pour
aller en Bretaigne et conforter le duc et le païs à leur
25 priière et requeste; et sont arivé à Calais, et ont pris
leur chemin à passer parmi le roiaulme de France,
et sont si avant venu que devant la citté de Troies, là
où il sentent très grant fuisson de signeurs et par
especial le duc de Bourgongne, fil au roi de France
30 et frère au roi de France. [Si] requ[i]ert messires
Thumas, contes de Bouquighem, fils dou roi d’Engletière,
[266] la bataille en le manière com il le voldront
avoir.»
Au baillier ces parolles, li hiraut en demandèrent
lettres, et on leur respondi que il les aroient au
5 matin. Si les demandèrent au matin, et on eut aultre
conseil que on ne leur en donroit nulles; et leur fu
dit: «Alés, et si dites che dont vous estes enfourmés;
vous estes creable assés, et, s’il voellent, il vous
en creront.» Sus cel estat estoient venu à Troies li
10 hiraut, qui ne peurent parler au duc de Bourgongne
ne faire leur mesage, je vous dirai pour quoi: on
estoit tout entouelliet, et estoit li presse si très
grande de gens d’armes alant à la porte où li dus
estoit, que il ne le pooient rompre; et si avoient ja
15 li nouviel chevalier d’Engletière commenchiet
l’escarmuce: pour quoi on estoit tout entouelliet; et
aucun chevalier et gens d’armes asquels li hiraut
parloient, dissoient bien: «Signeur, vous allés en
grant peril, car il i a mauvais commun en ceste
20 ville.» Ceste doubte, et che que il ne peurent passer,
fist retourner les hiraus sans riens faire.
Or, parlons de l’escarmuce, comment elle se porta.
§ 157. Tout dou premiers il i ot un escuier englès
qui s’apelloit [Jehan Ston], liquels estoit mout
25 apers homs d’armes, et là le monstra. Ne sai se
l’apertisse que il fist, il l’avoit de veu, mais il esperonna
son coursier le glave ou poing et la targe au
col, et vint tout fendant le chemin et les cauchies,
et le fist saillir par dessus les bailles des barrières de
30 la porte, et vint jusques à la porte où li dus de Bourgongne
et li seigneur estoient, qui tinrent ceste apertisse
[267] à grande. Li escuiers quida retourner, mais il
ne peut, car au retour ses chevaulx fu lanchiés des
glaves et là abatus, et li escuiers mors. Dont li dus de
Bourgongne fu mout courouchiés que on ne l’avoit
5 pris prisonnier.
Tantos evous les grosses batailles dou conte de
Bouquighem qui s’en viennent, banières et pennons
ventellans, et tout à piet, deviers ces gens d’armes
qui estoient en la bastide, laquelle on avoit faitte de
10 huis et de fenestres et de tables; et n’estoit pas cose,
au voir dire, que contre tels gens d’armes que li
Englès estoient, il peuissent longuement durer. Quant
li dus de Bourgongne les veï avaller si espessement
et de si grant vollenté, et que li signeur, baron et
15 chevalier, qui estoient en celle bastide, n’estoient
mies fort assés pour iaulx attendre, si commanda, et
tantost, que cascuns rentrast en la ville, horsmis les
arbalestriers. Si rentrèrent li signeur en la porte petit
à petit; et, entroes que il rentroient, li Genneuois et
20 li arbalestrier traioient et les Englès ensongnioient.
Là ot bonne escarmuche et dure, et fu tantost celle
bastide conquise, point ne dura longuement as
Englès, et reboutèrent toutes manières de gens à
force en le porte; et enssi comme il rentroient, il
25 s’ordonnoient et rengoient sus les cauchies. Là estoit
li dus de Loraingne en bonne ordenance; ossi estoit
li sires de Couchi, li dus de Bourbon et tout li
autre. Là eut entre la porte et les bailles fait tamainte
apertisse d’armes, des mors et des blechiés et des
30 pris. Quant li Englès veïrent que li François se
retraioient et que point de bataille il ne feroient fors
escarmuce, si se retraïssent tout bellement sus le
[268] place dont il estoient parti, et là furent en ordenance
de bataille plus de deus heures; et, sus la remontière,
il retournèrent en leurs logeis asés priès dou
lieu où il avoient esté logiet la nuit devant, à Saint
5 Lié priès de Barbon, et à l’endemain à Mailliers le
Visconte priès de Sens en Bourgongne. Et là demora
l’oost deus jours pour euls rafresquir et pour rançonner
le plat païs d’environ as vivres, dont il
n’avoient point assés, mès en avoient mout grant
10 deffaute.
§ 158. Vous entendés bien comment li Englès
chevaucoient le roiaulme de France et prendoient
leur chemin pour venir en Bretaigne, et disoient et
maintenoient [que] li dus de Bretaigne et li païs les
15 avoient mandés, quoique autrement il euissent bien
cause de faire guerre pour le matèr[e] et occoisson
dou roi d’Englelière, leur signeur; mais à present il se
nommoient saudoiier[s] au duc et au païs de Bretaigne.
Li rois Charles de France, qui [regnoit] pour
20 ce tamps, comme tous enfourmés de ces matères et
comme sages et visseux que il estoit, doubta les perils
et incidensses qui de ce pooient naistre et venir, [et]
regarda que, se li païs de Bretaigne avoec les Englès
li estoit contraires, sa guerre as Englès en seroit plus
25 fele et plus dure; et par especial il ne voloit mies,
quoique il fust dou duch, que les bonnes villes
de Bretaigne li fuissent ennemies et ouvertes à ses
ennemis, car, ou cas que che se feroit, che li seroit
uns trop grans prejudices. Si envoiia moiiennement
30 et secretement lettres closes, douces et gracieusses
deviers chiaulx de Nantes, qui est la clef et li chiefs
[269] de toutes les villes de Bretaigne, en remonstrant que
il s’avisaissent, et que li Englès qui cheminoient parmi
son païs, se vantoient et affremoient que il les
avoient mandés, et se tenoient leurs saudoiiers; et,
5 ou cas que il avoient che fait et voloient perseverer
en che meffait, il estoient enceu et ata[i]nt de foi
mentie, de obligacion brissie, de sentensse de pappe
encourue sus iaulx de deus cens mille florins de
paine que il pooit loiaulment ataindre sus iaulx,
10 [ou cas que il voloient brisier] les tretiés jadis fais,
accordés et seellés, requis et priés par iaulx, desquels
il avoient les coppies, et eulx ossi, c’est à entendre
li roiel; et que tous jours leur avoit esté
doulx, propisses et amis, et aidiés et confortés à
15 leurs besoings, et que il ne fesissent pas tant que il
euissent tort, car il n’avoient nul certain title ne
article de eulx trop avant plaindre de li pour eulx
bouter si avant en une guerre que de rechepvoir ses
ennemis, mais bien s’avisaissent et consillaissent
20 loiaulment; et que, se il avoient esté mal enorté et
consillié par foible conseil, che leur pardonnoit
il[s] bonnement, ou cas que il ne se vosissent mies
ouvrir contre ses ennemis les Englès; et les voloit
tenir en toutes leurs francisses jurées et renouveller
25 en tout bien, se il besongnoit.
Quant ces parolles et offres que li rois de France
offroit et presentoit à ciaulx de Nantes, furent leues
et entendues, si regardèrent sus, et dissent bien li
plus notable de la ville que li rois de France avoit
30 droit et cause de remonstrer tout ce que il dissoit, et
que voirement avoient il juret, proumis et escript et
seellé que ja ne seraient ennemi au roi de France ne
[270] aidant à ses ennemis. Si coumenchièrent à estre sus
leur garde et renvoiièrent secretement deviers le roi
de France que de ce il ne s’en sousiast en riens, car
ja les Englès à main armée, pour grever ne guerriier
5 le roiaulme de France, il ne metteroient ne soustenroient
en leur ville, mais il voloient, se il besongnoit,
estre aidiet et conforté des gens le roi, et à ceulx il
ouveroient leur ville, et as aultres non. Li rois de
France, qui ooit tous ces tretiés, s’en tenoit bien à
10 leur parolle, car voirement en Nantes ont il tousjours
esté bon et loial François; et de tout ce ne savoit encores
riens li dus de Bretaigne, qui se tenoit à Vennes,
mais quidoit bien que cil de Nantes deuissent
demorer dallés li et ouvrir leur ville as Englès,
15 quant il venroient.
Or retournons as Englès qui estoient logiet assés
priès de Sens en Bourgongne, en laquelle citté, pour
la doutance de eulx, avoit grant garnisson de gens
d’armes; et s’i tenoit li dus de Bar, li sires de Couchi,
20 li sires de Saintpi et li sires de Fransures et
leurs routes.
§ 159. Quant li contes de Bouquighem et leurs
routes se furent repossé et rafresqui à Mailliers le Visconte
assés priès de Sens en Bourgongne, il eurent
25 conseil dou deslogier et de eulx traire en ce bon païs
et cras de Gastinois. Si se deslogièrent un merquedi
au matin, et che jour il passèrent au pont deseure
Sens la rivière d’Yone, et vinrent ce jour logier à
Jenon à une lieue de Sens; et vinrent leur fourageur
30 courir jusques ens es fourbours de Sens, et puis s’en
retournèrent, ne il n’i ot fait nul esploit d’armes
[271] che jour ne le soir ensieuant, qui face à ramentevoir.
A l’endemain, il se deslogièrent, et vinrent logier à
Saint Jehan de Nemousses et là environ, et l’autre
jour apriès à Biane en Gastinois, et l’autre jour à
5 Peuviers en Gastinois; et demora l’oost là trois jours
pour le bon païs et cras que il trouvèrent. Et eurent
là conseil ensamble quel chemin il tenroient, ou la
plainne Biause, ou se il sieuroient la rivière de Loire:
consillié fu que il chevaucheraient la Biausse. Si se
10 deslogièrent de Peuviers au quatrime jour, et
chevauchièrent vers Tori en Biause.
Ens ou castiel de Thori estoient li sires de Saintpi,
messires Oliviers de Mauni, messires Guis li Baveus
et grant fuisson de gens d’armes. Oultre, en Ianville
15 en Biausse estoient en garnisson li Bèges de [Vilaines],
li [Barois] des Bares et pluiseurs autres, environ trois
cens lances. Par tout les fors et les castiaulx de
Biausse estoient gens d’armes mis et bouté pour garder
le païs encontre les Englès. Chils de l’avant garde
20 de l’oost d’Engletière, quant il furent venut à Thori,
ne se peurent astenir, ne ossi il ne vorrent, que il
n’alaissent veoir chiaulx dou fort et escarmuchier à
eulx. Et vinrent as barrières dou castiel li sires de
Saintpi, messires Guis li Baveus et li chevalier et li
25 escuier qui là dedens estoient en[s], cascuns sus sa
garde, enssi que ordonné devant estoient; et là ot
bonne escarmuche et dure, lanciet, trait et ferut,
navrés [et] blechiés des uns et des aultres, et fais pluiseurs
grans appertisses d’armes. Si estoit li contes de
30 Bouquighem, li avant garde et li arriere garde, logiet
à Thori en Biausse et là environ; si trouvoient li
fourageur des vivres à grant plenté, et ossi il avoient,
[272] [ou] païs de Gastinois dont il estoient issut, abbeïes et
belles maisons rançonnées à vins, que il avoient mis
sus leurs carios en tonniaulx et en grans flascons et
baris, dont il se tenoient tout aisse.
5 A l’escarmuce de Thori en Biausse eut là un escuier
de Biausse, gentil homme et de bonne vollenté, qui
s’avança de son fait sans mouvement d’autrui et vint
à la barrière tout en escarmuchant, et dist as Englès:
«A là nul gentil homme qui, pour l’amour de sa
10 dame, voldroit faire aucun fait d’armes? Se ils en
i a nuls, vés me chi tout aparilliet pour issir hors
armés de toutes pièces, montés à chevaulx, jouster
trois cops de glave, ferir trois cops de hache et trois
cops de dage. Si en ait qui puet, et tout pour
15 l’amour de sa dame. Or vera on entre vous, Englès,
se il i a nul amoureux.» Et on appeloit l’escuier françois
Gauwain Micaille. Ceste parolle et requeste fu
tantos espandue entre les Englès. Adonc se traïst
avant uns escuiers englès, appert compaignon et bien
20 joustant, qui s’appeloit Janekin Kator, et dist: «Oïl,
oïl, je le voel delivrer, et tantos faictes le traire
hors dou castiel.» Li sires de Fil Watier, qui
estoit mareschaulx de l’oost, vint aus barrières et
dist à messire Gui le Baveus, qui là estoit: «Faites
25 vostre escuier venir hors: il a trouvé qui le delivera
très volentiers, et l’asseurons en toutes coses.» Gauwains
Micaille fut mout resjoïs de ces parolles et
s’arma incontinent; et l’aidièrent li signeur à armer
de toutes pièces mout bien, et monta sus un bon
30 cheval que on li delivra. Si issi hors dou chastiel, li
troisime; et portoient si varllet trois lances, trois
dages et trois haces. Et sachiés que il fu mout regardés
[273] des Englès, quant il issi hors; et li tenoient celle
emprisse à grant outrage, car il ne quidoient mies
que nuls François cors à cors se osast combatre. Encores
en ceste emprise i avoit trois cops d’espée, et
5 toutes trois Gauwains les fist porter avoecques li,
pour l’aventure dou brissier.
§ 160. Li contes de Bouquighem, qui estoit ja à son
logeis, fu enfourmés par les hiraus de ceste ahatie:
si dist qu’il le volloit veoir, et monta à cheval, le
10 conte d’Askesufort et le conte de Douvesciere [et
pluisieurs autres barons et chevaliers] dallés li; et
par ceste ahatie cessa li assaulx à Thori, et se retraïssent
tout li Englès pour veoir le jouste. Quant li contes
de Bouquighem et li signeur furent là venu, on fist
15 venir avant l’Englès qui devoit jouster, qui s’appelloit
Janekins Cator, armés de toutes pièches et montés
sus un bon cheval. Quant il furent en la place où li
jouste devoit estre, tout se rengièrent de une part et
d’autre, et leur fist on voie, et leur bailla on cascun
20 sa lance bien enfierée. Il se joindirent en leurs targes
et abaissièrent leurs lances et esperonnèrent les chevaulx;
et vinrent l’un sus l’autre, au plus droit que
il peurent, sans iaulx espargnier au samblant que il
monstroient. Ceste première jouste, il faillirent par
25 le desroiement de lors chevaulx; à la seconde jouste,
il se consieuirent, mais che fu en vuidant. Adonc dist
li contes de Bouquighem pour tant que il estoit sus
le plus tart: «Hola! ho!» Et dist au connestable, le
signeur Latinier, et au mareschal: «Faictes les cesser:
30 il en ont fait assés meshui. Nous leur ferons faire et
acomplir leur emprisse d’aultre part, à plus grant
[274] loisir que nous n’aions ores, et gardés bien que li
escuiers françois n’ait nulle faute que il ne soit ossi
bien gardés que li nostres; et dictes ou faites dire à
ceulx dou castiel que il ne soient en nul soussi de
5 leur homme, et que nous l’enmenons avoecques nous
pour parfurnir son emprise, non pas comme prisonnier,
et, li delivré, se il en puet escaper vifs, nous leur
renvoierons sans nul peril.» La parolle dou conte fu
acomplie, et fu dit à l’escuier françois dou mareschal:
10 «François, vous chevaucherés avoecques nous
sans peril; et, quant il plaira à Monsigneur, on vous
delivera.» Gauwains dist: «Dieux i ait part!»
Tantos fu tart, on ala soupper. On envoiia un hiraut
à chiaulx dou castiel, qui leur dist les parolles que
15 vous avés oïes. Enssi se porta ceste journée, ne il n’i
ot plus riens fait.
§ 161. A l’endemain, on sonna mout matin les
tromppètes de deslogement: si se missent en arroi et
au chemin toutes manières de gens, et chevauchièrent
20 en bonne ordonnance tout enssi comme il
avoient en devant fait, vers Ianville en Biausse. Si
fist che jour mout bel et mout cler, et estoient en
trois batailles, la bataille dou connestable et dou mareschal
devant, et puis, le conte de Bouquighen, le
25 conte d’Asquesufort et le conte de Douvesciere et
leur bataille, et puis, aloit tous leurs carois; et puis,
venoit l’arriere garde, dont messires Guillaume de
Widesore estoit chiés. Et vous di que il ne furent
onques si asseuré, en cheminant parmi le roiaulme
30 de France, que il n’euissent espoir tous les jours de
estre combatu, car bien savoient que il estoient
[275] poursieuwi des François et costiiet de otant de gens ou
plus que il ne fuissent. Et voirement li signeur, duc,
conte, baron, chevalier et escuier et gens d’armes dou
roiaulme de France, qui les poursieuoient, en estoient
5 en grant vollenté et les desiroient mout à combatre,
et dissoient entre iaulx li pluiseur, sus les camps et
en leurs logeis, que ce estoit grans blasmes et grant
virgongne, quant on ne les combatoit. Et tout ce dou
non combatre se brissoit par le roi de France, qui tant
10 doubtoit les fortunes que nuls rois plus de li, car
li noble dou royaulme de France, par les batailles que
il avoient donnet as Englès, avoient tant perdu dou
tamps passet que à painnes faissoient il à recouvrer.
Et quant on l’emparloit de che voiage, il respondoit:
15 «Laiiés leur faire leur chemin: il se degasteront
et perderont par eulx meïsmes, et tout sans bataille.»
Ches parolles dou roi rafrenoient de non
combattre les Englès, liquel aloient toudis avant, sus
l’intencion d’entrer en Bretaigne, car à che faire il
20 avoient enssi premierement empris leur chemin en
Engletière, comme vous avés oï.
§ 162. Ens ou fort de Ianville en Biausse avoit
plus de trois cens lances de François; et là dedens
estoient li Barois des Bares, li [Bèges de Vilaines],
25 messires Guillaumes li Bastars de Lengres, messires
Jehan de Relli, li sires de Hangiers, li sires de Mauvoisin
et pluiseur autre chevalier et escuier. Si passèrent
li avant garde et li arriere garde et tout cil de
l’oost pardevant Ianville, et ot as barrières un petit
30 d’escarmuce; mais li arriere garde et tout cil de
l’oost pardevant Ianville passèrent tout oultre, car
[276] tantos li assaus se cessa, car li Englès i perdoient
leur painne. Au dehors de Ianville a un bel moulin
à vent; si fu abatus et tout deschirés. Assés priès de
là a un gros village que on dist à Puisset, et là vinrent
5 cil de l’avant garde disner, et li contes de Bouquighem
se disna à Iterville et descendi à le maison
des Templiers. Cil qui estoient au Puisset entendirent
que il avoit une grosse tour qui là siet sus une
motte, [en laquelle avoit] environ soissante compaignons.
10 Si ne se peurent astenir cil de l’avant garde
que il ne les alaissent veoir et asaillir, et l’environnèrent
tout autour, car elle siet en plainne terre
à petit de deffensse. Là eut grant assault, mais il
ne dura point longuement, car cil archier traioient
15 si ouniement que à painnes ne s’osoit nuls mettre
ne apparoir aus garittes ne aus deffensses. Si fu
la tour prisse, et cil dedens mort et pris, qui le gardoient;
et puis boutèrent li Englès le feu dedens,
de quoi tous li carpentages ceï, et puis passèrent
20 oultre. Et se hastoient li Englès de passer delivrement
celle Biausse, pour le dangier des aiges dont il
estoient à grant meschief pour euls et lors chevaulx,
car il ne trouvoient que puis moult parfons, et à ces
puis n’avoient nuls seaulx. Si avoient, à trop grant
25 dangier, de l’aige et eurent tant que il vinrent à
Ourmoi, et là se logièrent sur la rivière de la
Kenie; et là se reposèrent et rafresquirent deus
nuis et un jour. A l’endemain, il se deslogièrent et
s’en vinrent à Villenuefve la Freté, en la conté de
30 Blois, à la veue dou Chastiel Dun, et s’en vinrent
logier en la forest de Marceaunoi en Blois; et là s’arresta
toute l’oost, pour le plaissant lieu et bel que
[277] il i trouvèrent, et s’i repossèrent et rafresquirent
trois jours.
§ 163. Dedens la forest de Marceaunoi a une très
belle et bonne abbeïe de monnes de l’ordene de Chistiaux,
5 et properment on appelle celle abbeïe Cistiaux.
Et est l’abbeïe raemplie de mout grans et biaux edefisses,
et le fist jadis fonder et edefiier uns mout
vaillans et preudons qui s’appella li contes Tiebaus de
Blois, et i laissa et ordonna grans revenues et bielles;
10 mais les guerres les ont mout amenries et afoiblies
depuis. Li monne qui pour le tamps estoient en
l’abbeïe furent souspris des Englès, car il ne quidoient
mies que il deuwisent faire che chemin. Si
leur tourna à contraire, quoique li contes de Bouquighem
15 fesist faire un bant sus la teste que nuls ne
fourfesist à l’abbeïe ne de feu ne d’autre cose, car le
jour Nostre Dame en septembre il i oï messe, et fu
là tout le jour, et i tint son estat et cour ouverte as
chevaliers de son hoost. Et là fu ordonné que Gauwains
20 Micaille, françois, et Jankeins Cator parferoient
à l’endemain leur emprise.
Che jour vinrent li Englès veoir le castiel de Marceaunoi,
qui est en la conté de Blois, et i a un très
bel fort et de belle veue. Pour le tamps, en estoit
25 cappitains et gardiiens uns chevaliers dou païs au
conte de Blois, qui s’appelloit messires Guillaumes de
Saint Martin, sage homme et vaillant as armes; et
estoit tous pourveus et avissés avoecques ses compaignons
de deffendre le castiel, se on les euist asaillis,
30 mais nennil. Quant li Englès en veïrent le manière,
il passèrent oultre, et retournèrent en leurs logeis, en
[278] la forrest de Marceaunoi. D’autre part, li sires de
Vievi en Blois estoit en son castiel au dehors de la
forrest, qui siet sus le chemin de Dun et de Blois; et
avoit li sires de Vievi grant fuisson de chevaliers et
5 escuiers avoecques li, qui tout s’estoient obligiet au
bien deffendre et garder le lieu, se il estoient asailli.
Et les vint veoir li sires de Fil Watier, mareschaulx
de l’ost, et sa route, non pour asaillir, mais pour parler
au chevalier à la barrière, car bien le connissoit,
10 car il s’estoient veu tout doi en Prusse. Li sires de
Fil Watier se fist connissables au signeur de Vievi et
li pria que il li envoiiast de son vin par sa courtoisie;
et toute sa terre en seroit respitée de non
ardoir et de estre courue. Li sires de Vievi l’en envoiia
15 bien et largement, et trente blances mices
avoecq, dont li sires de Fil Watier li sceut grant gret
et li tint bien son convenant.
§ 164. A l’endemain dou jour Nostre Dame, on fist
armer Gauwain Micaille et Janekin Kator et monter
20 sur leurs chevaulx, pour parfaire devant les signeurs
leur ahatie. Si s’en[tren]contrèrent de fiers de glaves
mout roidement et jousta li escuiers françois à la puissance
dou conte mout bien. Et li Englès le feri trop
bas en la quisse, tant que il li bouta son fier de glave
25 tout oultre le quisse: de ce que il le prist si bas, fu
li contes de Bouquighem tous courouchiés; ossi furent
li signeur, et dissent que c’estoit mal honnerablement
jousté. Depuis furent ferut li troi cop
d’espée, et feri cascuns les siens. Adonc dist li contes
30 que il en avoient assés fait, et voloit que il n’en fesissent
plus, car il veoit l’escuier françois fort sanner.
[279] A ceste ordenance se tinrent tout li signeur. Si fu
Gauwains Micaille desarmés et remués et mis à point;
et li envoiia li contes de Bouquighem par un hiraut
en son logeis cent frans, et li donnoit congiet de
5 retraire sainnement deviers ses gens, et li mandoit
que il s’estoit bien acquités. Si s’en retourna Micaille
deviers les signeurs de France, qui se tenoient amassé
sus le païs en pluiseurs lieus; et li Englès se departirent
de Marcheaunoi et prissent le chemin de Vendome,
10 mais avant il se logièrent en la forrest dou
Coulembier.
§ 165. Vous savés comment li rois Charles de
France, qui se tenoit à Paris, traitoit quoiement et
secretement deviers les bonnes villes de Bretaigne à
15 le fin que il ne se vosissent mies ouvrir pour requellier
les Englès, et là où il le feroient, il se fourferoient
trop grandement, et seroit cils fourfais impardonnables.
Chil de Nantes, qui est la clef des cittés et
bonnes villes de Bretaigne, li remandèrent secretement
20 que il n’en fust en nulle doubte, que ossi ne
feroient il, quel samblant ne quel tretiet que il euissent
enviers leur signeur; mais il voloient, se li
Englès aprochoient, que on leur envoiiast gens d’armes,
tant que pour bien tenir et garder la ville et les
25 bonnes gens contre leurs ennemis. De che faire estoit
li rois de France en grant vollenté, et l’avoit recargiet
à son conseil. De tous ces tretiés estoit enssi que
tous mestres et souverains messires Jehans de Buel,
de par le duc d’Ango qui se tenoit à Angiers. Li dus
30 de Bourgongne se tenoit en le citté del Mans; par
toutes les villes et les castiaulx de là environ se
[280] tenoient li signeur, li dus de Bourbon, li dus de
Lorrainne, li dus de Bar, li contes d’Eu, li sires de
Couchi et tant de gens d’armes que il estoient plus
de six mille hommes d’armes; et dissoient bien entre
5 iaulx, vosist ou non li rois, que il combateroient les
Englès, anchois que il euissent passet la rivière de
Sartre, qui depart [le Maine] et Ango.
En che tamps, prist une maladie au roi de France,
dont ils principaulment et tout cil qui l’amoient
10 furent mout esbahi et desconforté, car on n’i veoit
point de retour ne de remède, que il ne convenist
dedens briefs jours passer oultre et morir. Et bien en
avoit il meïsmes la connissance: ossi avoient si
surgiien et si medechin, je vous dirai pourquoi et
15 comment. Veritez fu, selonc le fame qui adonc courut,
que li rois de Navare, dou tamps que il se tenoit
en Normendie et que li rois de France estoit dus de
Normendie, il le volt faire enpuissonner; et rechut
li rois de France le venin, et fu si avant menés que
20 tout li cheviel dou chef li cheïrent et toutes les ongles
des mains et des piés, et devint ossi secks que uns
bastons, et n’i trouvoit on point de remède. Ses
oncles, li emperères de Romme, oï parler de sa maladie:
[si] li envoiia tantos et sans delai un maistre
25 medechin que il avoit dallés [lui], le meilleur maistre
et le plus grant en sience qui fust en che tamps ou
monde ne que on seuist ne conneuist, et bien le
veoit on par ses oevres. Quant chils maistres medechins
fu venus en France dallés le duc de Normendie
30 et il ot la connissance de sa maladie, il dist que il
estoit enpuissonnés et en grant peril de mort; si fist
adonc, en che tamps, de celi qui puis fu li rois de
[281] France, la plus belle cure que on euist onques oï
parler, car il amorti tout ou en partie le venin que
il avoit pris et rechu sur li, et li fist recouvrer
cheviaulx et ongles et santé, et le remist en point et
5 en force d’omme, parmi tant que cils venins petit à
petit li issoit parmi une petite pistoule que il avoit
ou brach; et à son departement, car on ne peut le
retenir en France, il donna une rechepte dont on
useroit, tant comme il viveroit. Et bien dist adonc au
10 roi de France et à cheulx qui dallés li estoient: «Si
tretos que ceste petite pistoulle laira le couller et
seccera, vous morrés sans point de remède, mais vous
arés quinse jours ou plus de loisir, pour vous avisser
et penser à l’ame.» Bien avoit li rois de France
15 retenu toutes ces parolles, et porta ceste pistoulle
vint et trois ans, laquelle cose par pluiseurs fois l’avoit
mout eshidé. Et les gens ou monde pour sa santé
où il avoit la grignour fiance, ce estoit en bons mestres
medecins; et cil medecin le confortoient et resjoïssoient
20 mout souvent, et li dissoient, parmi les
bonnes recceptes que il avoient, il le feroient tant
vivre par nature que bien deveroit souffire. De ces
parolles se contemptoit et contempta li rois mout
d’anées et vivoit en joie à le fois sus leur fiance.
25 Avoecq tout ce, d’autres maladies dedentrainnes
estoit li rois trop durement grevés et bleciés, et par
especial dou mal des dens: de che mal avoit il si
grant grief et si grant rage que on ne l’adiroit à nul
homme.
30 Et bien sentoit li rois par ses maladies dont il
estoit tant bleciés que il ne pooit longement vivre;
et la cause del monde, sus la fin de son terme, qui
[282] plus le reconfortoit et resjoïssoit, c’estoit que Dieux
li avoit donné trois biaux enffans vivans, deus fieulx
et une fille, Charlle, Loïs et Kateline. Siques, quant
ceste pistoulle comenchia à sechier et non à couller,
5 les doutes de le mort le commenchièrent à aprochier:
si ordonna, comme sages et vaillans homs que il estoit,
toutes ses besongnes, et manda ses trois frères ens
esquels il avoit la grignour fiance, le duc de Berri, le
duc de Bourgongne et le duc de Bourbon, et laia
10 derrière le duc d’Ango, son second frère, pour tant
que il le sentoit convoiteus; et dist as trois dessus dis:
«Mi biau frère, par ordenance de nature, je sench
bien et congnois que je ne puis longuement vivre: si
vous remande et recarge Charle, mon fil, et usés en
15 enssi que bon oncle doient user de leur nepveut, et
vous en acquittés loiaulment et [le] couronnés à roi
au plus tost apriès ma mort que vous poés, et li consilliés
en tous ses affaires loiaulment, car toute ma
fiance en gist en vous. Et li enffes est jones et de
20 legier esprit: si ara mestier que il soit menés et gouvrenés
de bonne doctrine; et li ensengniés et faites
ensengnier tous les poins et les estas roiaulx qu’il
doit et devera tenir; et le mariés en lieu si hault que
li roiaulmes en vaille mieux. Je ai eu lonc tamps un
25 mestre astronomiien, qui dissoit et affermoit que en
sa jonèce il aroit mout à faire et isteroit de grans perils
et de grans aventures: pour quoi, sus ces termes,
je ai eu pluiseurs imaginacions et mout penssé coment
che poroit estre, se che ne vient et naist de la
30 partie de Flandres; car, Dieu merchi, les besongnes
de nostre roiaulme sont en boin point. Li dus de Bretaigne
est uns cauteleux homs et diviers, et a eu tousjours
[283] le corage plus englès que françois: pour quoi
tenés les nobles de Bretaigne et les bonnes villes à
amour, et par ce point vous li briserés ses ententes:
je me lo des Bretons, car il m’ont toudis servi
5 loiaument et aidiet à garder et à deffendre contre
mes ennemis mon roiaulme. Et faittes le signeur de
Cliçon connestable de France, car, tout consideré, je
n’i sai nul [plus] propise de li. Enquerés pour le mariage
de Charle, mon fil, en Allemaigne, par quoi les
10 aliances i soient plus fortes. Vous avés entendu comment
nostre aversaire s’i doit et voelt mariier: ce est tout
pour avoir plus d’alliances. De ces aides dou roiaulme
de France, dont les povres gens sont tant travilliet
et grevés, usés ent à vostre consience, et les hostés
15 dou plus tost que vous poés, car che sont coses, quoique
je les aie soustenues, qui mout me grèvent et
poissent en corage; mès les grandes guerres et les
grans aliances que nous avons eu à tous lés, pour la
cause de ce pour avoir le misse, m’i ont fait entendre.»
20 Pluiseurs parolles telles et aultres, lesquelles je ne
peusse pas toutes oïr ne savoir, remonstra li rois
Charlles de France à ses frères, present Carle le
dauffin, son fil, et le duc d’Ango absent; car bien volloit
li rois de France que li autre s’ensonniaissent en
25 chief des besongnes dou roiaulme de France et li dus
d’Ango, ses frères, en fust assentés, car il le doubtoit
mervilleusement, et convoiteux le sentoit: [si] resongnoit
che peril. Mais, quoique li rois de France le
absentast ou lit de le mort et eslongast des besongnes
30 de France, li dus d’Ango ne s’en absenta ne eslonga
pas trop, car il avoit mesagiers allans et venans toudis
songneusement entre Angiers et Paris, qui li raportoient
[284] le certainneté dou roi; et avoit li dus d’Ango
gens secretaires [dalés] le roi, par lesquels, de jour
en jour, il savoit tout son estat; et au destroit jour
que li rois de France trespassa de che siècle, il estoit
5 à Paris et assés priès de sa cambre et i entendi
pour li, enssi que vous orés tamprement recorder.
Mais nous poursieurons la matère des Englois, et
recorderons petit à petit comment il cheminèrent et
quel chemin il tinrent et fissent, anschois que il venissent
10 en Bretaigne.
§ 166. Quant li contes de Bouquighem et toutes
ses routes se departirent de la forrest de Marceaunoi,
en la conté de Blois, il cheminèrent vers Vendosme
et vers le foriest dou Coulembier; et estoient
15 cil de l’avant garde trop courouchié de ce que il ne
trouvoient mais nulles aventures. Che propre jour
que il se deslogièrent de la foriest dou Colombier et
que il chevauchoient priès de Vendome, li avant
garde chevauchoit tout devant, enssi que raissons
20 est: si chevauchoient ensamble messires Thumas
Trivès et messires Guillaumes Clinthon, environ quarante
lances. Si encontrèrent sus leur chemin d’aventure
le signeur de Hangiès qui s’en venoit à Vendome
et avoit en sa route environ trente lances. Li Englès
25 congneurent tantos que ce estoient François: si
esperonnèrent caudement sus iaulx et abaissièrent
les glaves. Li François, qui ne se veoient pas à jeu
parti, n’eurent tallent d’atendre, car il estoient priès
de Vendome: si esperonnèrent celle part pour eulx
30 mettre à sauveté, et Englès apriès, et François devant.
Là furent ruet jus de cops de glaves Robers de Hangiers,
[285] cousins au signeur, et Jehans de Mon[t]igni et
Guillaume de Launai et encores cinq ou six; et
furent tantos enclos, et les convint rendre prisonniers
ou pis finer. Li sires de Hangiers vint si à
5 point à la barière que elle estoit ouverte: si descendi,
et entra dedens, et puis prist son glave, et se mist
vaillanment à deffensse; et furent petit à petit tout si
compaignon requelliet, et enssi que il venoient, il
descendoient et se mettoient à deffensse. Toutesfois, il
10 en i ot des prisonniers jusques à douse, et puis
retournèrent li Englès. Enssi alla de ceste aventure.
Che propre jour aussi chevauchoient Robiers Canolles
et sa route: si encontra et trouva le signeur
de Mauvoisin et sa route. Si se ferirent li un dedens
15 l’autre, Englès et François, car il estoient assés à jeu
parti. Et ne daigna li sires de Mauvoisin fuir, mais
se combati à piet mout vaillanment; mais finablement
messires Robiers Canolles le prist de sa main,
et fu son prisonnier. Et che jour passa l’oost devant
20 Vendome et la rivière de Lar, et vint logier et gesir
à Ausie, en la conté de Vendome, et l’endemain à
Saint Callais; et là se repossa l’oost deus jours. Au tier
jour, il se deslogièrent et vinrent à Lussé, et l’endemain
au Pont Volain.
25 § 167. Enssi cheminoient li Englès et ne savoient
à qui parler, car nuls ne leur aloit au devant ne au
devant de leur chemin. Si estoit tous li païs cargiés
et raemplis de gens d’armes, et en i avoit à
merveilles grant fuisson en la citté del Mans et
30 en la citté d’Angiers. Et s’en vint adonc li dus
d’Ango par Tours en Tourainne et par Blois et par
[286] Orliiens à Paris, car il entendi que li rois, ses frères,
agrevoit mout et que il n’i avoit point de retour; si
voloit estre à son trespas. Et pour ce ne se departoient
mies les gens d’armes de leurs garnissons, mais
5 poursieuoient et costioient les Englès à leur loial
pooir, sans euls abandonner entre iaulx trop avant.
Et ordonnèrent les gens d’armes de France, qui
connissoient les passages des rivières, que, sus la rivière
de Sartre, laquelle il convenoit les Englès passer, car
10 [si] il faissoient ce chemin, il les ensonnieroient mallement
et les encloroient, se il pooient, ou païs: par
quoi il les afameroient, et puis les aroient à volenté
et les combateroient à leur avantage, vosist li rois de
France ou non. Si fissent li signeur de France, qui le
15 plus estoient usé d’armes, sus le passage par où il
convenoit les Englès passer, en la rivière de Sartre,
avaler gros mairiiens aguissiés et ferir à force en la
rivière, par quoi eulx ne leurs carois ne peuissent
passer; et encores, au descendement de la rivière, au
20 prendre tière, il fissent fosser grans fossés et parfons,
par quoi on ne peuist ariver. Enssi ordonnèrent il
leur besongne, pour donner grant empecement as
Englès.
Or cheminoient li contes de Bouquighem et ses
25 routes, quant il se partirent dou Pont Volain; et passèrent
la forrest del Man[s] et vinrent sus la rivière de
Sartre, et là s’aresta toute li hoos, car il ne trouvoient
ne veoient point de passage, car la rivière est grosse
et parfonde et trop malle à passer, se ce n’est sus les
30 certains pas là où on le passe sans pons. Li avant
garde, qui chevauchoit devant, avoit quis et cargiet
desous et desus la rivière à tout lé; [mais] on n’i
[287] trouvoit point de passage fors en che lieu où li mairiien
estoient mis et planté à force dedens la rivière.
Adonc descendirent li signeur et imaginèrent le passage,
et dissent: «Par ci, se nous volons [aler] oultre,
5 nous faut passer, car ailleurs ne trouvons nous point
de passage.»--«Or, avant! dissent toutes manières
de gens d’armes; il ne nous fault point espargnier:
il nous faut à force [oster] et traire hors ces mairiiens
de l’aige, qui nous tollent le passage.» Là veïssiés
10 barons, chevaliers et escuiers entrer en la rivière qui
estoit rade et courans, et iaulx mettre en grant aventure
d’aler aval, car il estoient armé de toutes pièces
horsmis leurs bachinès, et là s’aherdoient à ces mairiiens
traire hors à force; et eurent, je vous di, mout
15 de painne anchois que il les peuissent avoir hors, si
parfont i estoient il fichiet. Toutesfois, finablement
il les eurent et traïssent tous hors, et laissièrent aler
aval l’aige; et quant il eurent che fait, encores eurent
il mout de painne à ravaler [et] ouniier le rivage,
20 pour passer ouniiement leur carroi: onques gens
n’eurent tant de painne. Or regardés se les François qui
les poursieuoient et qui les desiroient à combatre,
seuissent che convenant, se il ne leur euissent porté
grant damage, car li premier ne peuissent avoir aidiet
25 ne conforté les daarrains ne li darrains les premiers,
pour les grans marescages que il i avoient à passer.
Toutesfois, tant fissent li Englès et tant esploitièrent
que il furent tout oultre, carroi et tout, et vinrent
che jour logier à Noion sus Sartre.
30 § 168. Che propre jour que li Englès passèrent
le rivière de Sartre à si grant painne, comme
[288] vous avés oï, trespassa de che siècle, à son ostel
à Saint Pol sus Saine, li rois de France Charles. Si
tretos que ses frères, li dus d’Ango, sceut que il
avoit clos les iex, il fu saisis de tous les jeuiaulx dou
5 roi, son frère, dont il avoit sans nombre, et fist tout
mettre en sauf lieu à garant pour li; et esperoit que
il li venroient bien à point à faire son voiage où il tendoit
aller, car ja s’escripsoit il rois de Sesille, de Puille
et de Calabre et de Jherusalem. Li rois Charles de
10 France, selonc l’ordenance des roiaulx, fu aportés
tout parmi la citté de Paris à viaire descouvert, ses
frères et si doi fil derrière li, jusques à l’abbeïe de
Saint Denis, et là fu ensepvelis mout honnerablement,
enssi comme en devant, lui vivant, il l’avoit
15 ordonné; et gist messires Bertrans de Claiekin, qui
fu ses connestables, à ses piés. Et vous di, quoique
li rois Charles, ou lit de le mort, euist ordonné ses
aultres frères à avoir le gouvrenement du roiaulme
de France dessus le duc d’Ango, [si] n’en fu riens fait,
20 car il se mist tantost en posession et en resgne par
dessus tous, reservé ce que il voloit que Charles, ses
biaux nepveux, fu couronnés à roi; mais il voloit avoir
le gouvrenement dou roiaulme ossi avant que li autre
ou plus, pour la cause de ce que il estoit ainnés:
25 nuls, ou roiaulme de France, ne li osoit ne voloit
debattre son pourpos. Et trespassa li rois de France
environ le Saint Michiel.
Tantos apriès son trespas, li per et li baron de
France regardèrent et avissèrent que, à le Tousains
30 apriès, on couronneroit le roi à Rains. A che pourpos
se tinrent bien li troi oncle, Ango, Berri et Bourgongne,
mès que il euissent le gouvrenement dou
[289] roiaulme tant et si longuement que li enffes aroit
son eage, c’est à entendre vint et un ans. Et tout
che fissent il jurer les haus barons et prelas dou
roiaulme de France. Adonc fu segnefiiés li couronnemens
5 dou jone roi ens es païs lontains, au duc de
Braibant, au duc Aubiert, au conte de Savoie, au
conte de Blois, le conte Jehan, au duck de Gerlles,
au duc de Jullers, au conte d’Erminach, au conte de
Fois. Li dus de Bar, li dus de Lorraine, li dauffins
10 d’Auviergne, li sires de Couchi estoient en le poursieute
des Englès: si ne furent mies si trestos remandé,
mais li contes de Flandres en fu priiés et
segnefiiés de estre en la citté de Rains au jour qui
assignés i estoit expresseement; on le nommoit le
15 jour de la Tousains, qui devoit estre en diemenche.
De le mort dou roi de France furent cil de Gaind
grandement courouchiet, car bien sentoient que il
aroient plus dur tamps, pour le nouviel conseil que
cils jones rois aroit, que il n’avoient eu, car li rois
20 Carles, de bonne [memoire], leur guerre durant, il
leur avoit esté mout propisses, pour tant que il
n’amoit c’un petit le conte de Flandres.
Or parlons des Englès, et puis nous retournerons
au couronnement dou jone roi Charle, et recorderons
25 petit à petit les termes de son resgne et
quels coses li avinrent.
FIN DU TEXTE DU TOME NEUVIÈME.
VARIANTES.
_Les manuscrits de la rédaction revisée_[473]_, ainsi que le manuscrit
de Besançon (qui à la fin de son tome premier contient le commencement
du second livre), placent en tête de ce livre le paragraphe 788 du
premier livre, avec quelques variantes, entre autres le changement de_
Quant li dus de Bourgongne (t. VIII, p. 251, l. 19) _en_ Vous avez bien
cy dessus ouy recorder comment le duc de Bourgongne, _dans les mss.
de la seconde famille, et le remplacement de_ Pikardie (Ibid., l. 20)
_par_ Artois, _dans les mss. de la troisième famille_.
[473] A l’exception du _ms. B 4_, qui commence au § 36 de notre
édition.
§ =1.= P. 1, l. 1.: _Le ms. B 1 sert de base au texte, du § 1 au § 82
inclus._
P. 1, l. 2: Picardie.--_Mss. B 12, 20_: Artois.
P. 1, l. 9-14: qui contrarioient... Limosin.--_Leçon des mss. B 5,
7.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 2, l. 18: cousins et proïsmes.--_Mss. B 5, 7_: cousins et
amis.--_Mss. B 12, 20_: parens.
P. 2, l. 21: diray.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: et esclarciray cy
après.--_Mss. B 12, 20_: esclarciray.
§ =2.= P. 2, l. 28: amise de.--_Mss. B 5, 7_: manière de.--_Ms. B 12_:
advisée.
P. 2, l. 28-29: fu mout esmerveilliés.--_Mss. B 12, 20_: eut grant
merveille.
P. 3, l. 1-2: de la nacion de Bourdeaulx.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 3, l. 9: fu mout esmerveilliés.--_Ms. B 20_: eut grant pitié.
P. 3, l. 12: Aymenions.--_Mss. B 5, 7_: Aymons.
P. 3, l. 17: lui et sa terre, en l’obeïssance.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12, 20.--Mss. B 1, 2_: en l’obeïssance, lui et sa terre.
P. 3, l. 23: Fronsach.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
Fronsart.
P. 3, l. 25: morut et.--_Manquent aux mss. B 12, 20._
P. 3, l. 32: en telle tache et paroles.--_Leçon du ms. B 7.--Mss. B 1,
2_: en telle cache et p.--_Ms. B 5_: en grant dangier et en tel tache
et parolles.--_Ms. B 6_: en très grant dangier et en telz taiches de
paroles.--_Ms. B 12_: en grant dangier et peril.--_Mss. B 13, 14_: en
grant dangier et entechié et en paroles.
P. 4, l. 1: Gaillars de Vighiers.--_Mss. B 5, 7_: Gaillars
Vighiers.--_Ms. B 12_: Gaillart Vigier.
P. 4, l. 7-8: pour ces besoignes.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
§ =3.= P. 4, l. 13: de France.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 4, l. 18: Montcucq.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: ung moult bel fort.
P. 4, l. 20-21: à l’environ.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B
1, 2_: au Louvion.
P. 4, l. 28: de Triseguidi.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2_:
Triquedi.
P. 4, l. 31: messires.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux mss. B 1,
20._--Moncontour _manque aux mss. B 5, 7_.
P. 5, l. 2: de Crenon.--_Mss. B 5, 7_: Cremoux.--_Mss. B 12, 20_:
Crenol.--_Ms. B 14_: Crevol.
§ =4.= P. 5, l. 18: li hos.--_Mss. B 12, 20_: le siège.
§ =5.= P. 6, l. 3-4: n’estoit mie bien liés.--_Ms. B 2_: dont il
n’estoit pas bien joieulx.--_Mss. B 12, 20_: n’estoit guères joyeux.
P. 6, l. 16: pour le jouene roy.--_Mss. B 5, 7_: à l’instance du jeune
roy d’Angleterre.--_Mss. B 12, 20_: en instance du roy d’Angleterre.
P. 6, l. 23: de vent sur mer.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux
mss. B 1, 2.--Mss. B 12, 14_: sur mer.--_Ms. B 20_: en la mer.
P. 6, l. 27: et là fu.--_Leçon des mss. B 5, 7, 20._--fu _manque aux
mss. B 1, 2.--Ms. B 12_: où il fut.
§ =6.= P. 6, l. 31: chevaliers.--_Mss. B 5, 7_: homs.
P. 7, l. 3: les quatre barons.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 7, l. 7: il venissent à Bourdiaux.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: ilz ne
laissassent point que ilz ne venissent à Bourdeaulx sur Gironde.
P. 7, l. 18: pourfiter.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: conquester.
P. 7, l. 25: damage.--_Les mss. B 12, 20 ajoutent_: comme vous porrez
oyr raconter à present.
§ =7.= P. 7, l. 28: dedens.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._
P. 8, l. 9-10: Crenons.--_Ms. B 2_: de Crenon.--_Mss. B 5, 7_: de
Cremoux.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: messire Alain de Beaumont.
P. 8, l. 30-31: sus grans fuisons de cars.--_Ms. B 20_: sur plusieurs
chariotz.
P. 9, l. 10: et aux barons... tenoient.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 9, l. 22: esporonnant.--_Mss. B 5, 7_: esprouvant.--_Ms. B 12_:
piquant des esperons.
P. 9, l. 29: bon.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque au ms. B 1.--Ms.
B 2_: grant.--_Ms. B 13_: vaillant.
P. 9, l. 32: trencha tout le haterel.--_Ms. B 20_: entra ou col.
P. 10, l. 5: et de Limosin.--_Mss. B 5, 7_: ou de Limosin.--_Manquent
aux mss. B 12, 20._
P. 10, l. 2: cop.--_Ms. B 20_: horion.
§ =8.= P. 10, l. 25: prisonnier.--_Les mss. B 5, 7, 20 ajoutent_: de sa
main.
P. 10, l. 27: Longheren.--_Mss. B 5, 7_: Langurant.--_Ms. B 12_:
Langurat.--_Ms. B 20_: Lagurant.
P. 10, l. 31: des Landes.--_Leçon des mss. B 5, 7, 20.--Ms. B 1_: de
Flandres.--_Ms. B 12_: de Landas.
§ =9.= P. 11, l. 20: barons.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: des
chevaliers.
P. 11, l. 31: grant.--_Le ms. B 20 ajoute_: fiance et.
P. 12, l. 18: manaches.--_Mss. B 12, 20_: nouvelles.
P. 12, l. 19: temps.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Manque aux mss. B 1,
5, 7._
P. 12, l. 26: de Labreth.--_Ms. B 2_: d’Albret.
P. 12, l. 30: envoia.--_Mss. B 5, 7_: ordonna.
§ =10.= P. 13, l. 5: Et se partirent.--_Mss. B 5, 7_: Et se ordonna.
P. 13, l. 7: de France.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent aux
mss. B 1, 2._
P. 13, l. 9: au soir.--_Leçon des mss. B 5, 7, 20.--Manquent aux mss. B
1, 2._
P. 13, l. 10-11: si se recoeillirent.--_Mss. B 5, 7_: et le
recueilli.--_Ms. B 12_: si le recueillirent.
P. 13, l. 18: messires Jehans de Jeumont.--_Mss. B 1, 2_: messires
Jehans de Reumont.--_Mss. B 5, 7_: le sire de Jumont.--_Mss. B 12, 20_:
le seigneur de Jeumont.
P. 13, l. 32: pillie.--_Ms. B 12_: pilliée et robée.--_Ms. B 13_:
courue et pillée.--_Ms. B 14_: toute pillée.
§ =11.= P. 14, l. 9: li quattre baron gascon.--_Ms. B 2_: là quatre
barons gascons.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: les autres barons gascoings.
P. 14, l. 16: Tant... li.--_Mss. B 12, 20_: Tant fut traitté et parlé
aux.
P. 14, l. 18: eurent en convent.--_Mss. B 2, 20_: promirent.
P. 14, l. 26-27: disnoient... lui.--_Mss. B 12, 20_: mengoient en son
logeis et à sa table.
§ =12.= P. 14, l. 30: vez ci pour coi.-_-Mss. B 5, 7_: vez ci
comment.--_Ms. B 12_: et vous diray pour quoy.--_Mss. B 13, 14, 20_: et
vecy pourquoy.
P. 15, l. 4: à mentir no serement.--_Ms. B 2_: aneantir nostre
serement.--_Ms. B 12_: à faillir de promesse et de serement.
P. 15, l. 10: rapporter.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Ms. B 1_:
aporter.--_Mss. B 12, 20_: adonner.
P. 15, l. 15: Bourdiaux.--_Ms. B 20_: Londres.
P. 15, l. 30: nouvelles.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_: barons.
P. 16, l. 7: repris.--_Mss. B 5, 7, 12_: reprouchiez.
§ =13.= P. 16, l. 24-25: fourrageurs.--_Mss. B 5, 7_: les François.
P. 16, l. 28: garnisons.--_Les mss. B 5, 7, 12 ajoutent_:
angloiches.--_Le ms. B 20 ajoute_: anglois sus le pays et.
P. 16, l. 31: leur.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: les.
P. 17, l. 9-10: Saint Malquaire.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: Saint Makaire.
P. 17, l. 22: Sauveterre.--_Ms. B 1_: Sainte Terre.
P. 18, l. 6: sires.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: et capitaine.
P. 18, l. 21: Auberoche.--_Ms. B 20_: Amberoche.
§ =14.= P. 19, l. 2: barières.--_Mss. B 5, 7_: la ville aux barrières.
P. 19, l. 6: s’espardirent.--_Ms. B 2_: s’espandirent.--_Mss. B 5, 7,
20_: se departirent.--_Ms. B 12_: se partirent.
P. 19, l. 15: nuls ne.--_Leçons des mss. B 5, 7, 12.--Manquent au ms. B
1._
P. 19, l. 24-25: un secret traictiet.--_Mss. B 5, 7_: en secret
traictier.--_Mss. B 12, 20_: secretement traictier.
P. 19, l. 27: Saint Makaire.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._
§ =15.= P. 20, l. 4: très.--_Mss. B 2, 12_: dès.
P. 20, l. 5: à Thoulouse.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._
P. 20, l. 5: ajeute.--_Mss. B 2, 5, 7, 12_: acouchée.
P. 20, l. 13: ouniement.--_Mss. B 20_: routièrement.
P. 20, l. 18: un hiraut qui les apporta.--_Mss. B 5, 7_: deux heraulx
qui les apportèrent.
P. 20, l. 27: ou tellement ou autrement.--_Mss. B 2_: par traictié ou
autrement.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: ou bellement ou laidement.
§ =16.= P. 21, l. 26: Liebronne.--_Mss. B 5, 7_: Liborne.
§ =17.= P. 22, l. 12: ou poing.--_Mss. B 5, 7_: à la main.
P. 22, l. 20: de ce qu’il faisoit.--_Ms. B 20_: de ses vaillances.
P. 22, l. 25: et.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: le chevalier.
P. 23, l. 16: se resgrami.--_Mss. B 2, 5, 7_: se rengrega.--_Ms. B 20_:
se remforça.
§ =18.= P. 24, l. 8-9: Et vous n’en serés ja desdis.--_Leçon des mss. B
5, 7, 12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 24, l. 11: au tour.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: à tour.--_Mss. B
5, 7_: devant.
P. 24, l. 11-13: et mettre... chastiel.--_Manquent au ms. B 20._
P. 24, l. 14-15: de chiaux... François.--_Manquent au ms. B 20._
P. 24, l. 15: de la ville.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss.
B 1, 2, 12._
§ =19.= P. 24, l. 30: à Ymet.--_Le ms. B 20 ajoute_: et depuis anglois,
comme dit est.
P. 24, l. 31: Jehan de Roye.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: Tristran de Roye.
§ =20.= P. 26, l. 26: devant.--_Ms. B 20_: mettre le siège par devant.
P. 26, l. 28: l’embouque.--_Mss. B 2, 5, 7, 12_: l’emboucheure.
P. 26, l. 31: fu venus.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent aux
mss. B 1, 2._
§ =21.= P. 27, l. 29: en toueil.--_Mss. B 2, 5, 7_: entoullié.--_Mss. B
12, 20_: en trouble.
P. 27, l. 30 à p. 28, l. 2: car li... Robert.--_Manquent aux mss. B 5,
7, 12, 20._
P. 29, l. 4: auques.--_Mss. B 2, 20_: quasi.
P. 29, l. 15: Jehans Bisès.--_Mss. B 1, 2, 5_: Guillaume Bissès.--_Ms.
B 7_: messire Bissez.--_B 12_: Jehan de Bissès.--_Ms. B 20_: Guillemme
Bise.
P. 29, l. 17: Asneton.--_Mss. B 1, 7_: Abreton.--_Ms. B 2_:
Abeton.--_Ms. B 5_: Aberton.--_Ms. B 12_: Aboreton.--_Ms. B 20_:
Avoeton.
P. 30, l. 2: fraper.--_Ms. B 12_: rompre.
P. 30, l. 9: eshidés.--_Ms. B 7_: effraiés.--_Ms. B 20_: esbahis.
P. 30, l. 9-10: salli... morut.--_Ms. B 12_: saillit de hault en bas
tant qu’il se rompit le col et là morut.
P. 30, l. 22: rompons.--_Mss. B 5, 7, 12_: rompez.
P. 30, l. 23: sont.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque au ms. B
1._
P. 30, l. 27: à Anwich.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. B 1_: au mich.--_Ms.
B 7_: à Ammuich.
P. 30, l. 30: pris.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
partis.
P. 31, l. 3: murs.--_Le ms. B 12 ajoute_: Si ne doubte point qu’il ne
s’en hastera de plus tost pour nous venir secourir et aidier en ces
besoignes.
§ =22.= P. 31, l. 5: de.--_Manque aux mss. B 1, 2, 5, 7, 12._
P. 31, l. 27: baus.--_Mss. B 5, 7, 12_: bancs.
P. 31, l. 31: huier.--_Ms. B 12_: mocquier.
P. 32, l. 10: d’Escoche.--_Le ms. B 12 ajoute_: et de là entour.
P. 32, l. 12: Mourlane.--_Ms. B 12_: Montelane.
P. 32, l. 14: Dombare.--_Ms. B 20_: Doubate.
P. 32, l. 15: Anwich.--_Ms. B 12_: Anduich.
§ =23.= P. 32, l. 17: Froiane.--_Ms. B 12_: Friant.
§ =24.= P. 34, l. 13-15: et dirent... combatroient.--_Leçon des mss. B
5, 7, 12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 34, l. 31: leur propos.--_Leçon des mss. B 7, 12.--Ms. B 12_: leurs
repos.--_Manque au ms. B 20._
P. 35, l. 1: route.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque au ms. B
1.--Ms. B 2_: armée.
P. 35, l. 3: Englès qui.--_Ms. B 20_: Et ces Escots vindrent de si près
sur les Anglois que.
P. 35, l. 4: estre.--_Leçon des mss. B 2, 7, 12.--Manque au ms. B 1._
§ =25.= P. 35, l. 16: deffoucqua.--_Ms. B 2_: transporta.--_Mss. B 5,
7, 20_: desrouta.--_Ms. B 12_: desroutèrent.
§ =26.= P. 36, l. 21: à remontière.--_Mss. B 5, 7, 12_: à
remontée.--_Ms. B 20_: vers le soir.
P. 37, l. 4-5: ne onques... mort _manquent au ms. B 12_.
P. 37, l. 4-5: ne onques... exepté.--_Ms. B 20_: et n’en respitoient
nulz de mort fors.
§ =27.= P. 37, l. 30: chevaucheroient.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Mss. B 1, 2_: chevauchièrent.
P. 38, l. 2-5: qui... d’armes.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 38, l. 5: li un.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1, 2,
12._
§ =28.= P. 38, l. 17: Lindesée.--_Mss. B 12, 20_: Lindesore.
P. 39, l. 6: Thumas Barton.--_Mss. B 5, 7, 20_: Richart Breton.--_Ms. B
12_: Richart Bertin.
P. 39, l. 21: le Thuyde et.--_Manquent aux mss. B 5, 7, 12, 20._
P. 39, l. 22: Hondebray.--_Les mss. B 5, 7, 12, 20 ajoutent_: et siet
sus le Tuide.
§ =29.= P. 40, l. 12: plueve.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._
P. 40, l. 13: tel vens.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: vens.--_Mss. B
5, 7_: vent si froit.--_Ms. B 12_: vent si fort.
P. 40, l. 15: vain.--_Ms. B 5_: abatu.--_Mss. B 7, 12_: batu.
P. 40, l. 16: froit.--_Les mss. B 5, 7, 12, 20 ajoutent_: et de malaise.
§ =30.= P. 41, l. 15: s’espardirent.--_Les mss. B 5, 7, 12, 20
ajoutent_: sur le pays et.
P. 42, l. 3: sis.--_Mss. B 5, 7_: set.--_Ms. B 20_: cinq.
§ =31.= P. 42, l. 22: les Englès.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 42, l. 29-31: il un cri... la cause de.--_Leçon du ms. B
20.--Manquent aux mss. B 1, 2.--Mss. B 5, 7_: ung cry et me semble que
tous devoient crier: «Douglas! Saint Gille!»--_Ms. B 12_: ung cry et
signe les Escoçois; et me semble que devoient cryer: «Douglas! Saint
Gille!» pour cause de la place et de.
P. 42, l. 30-31: pour... Gille.--_Manquent aux mss. B 5, 7._
P. 43, l. 11-12: molin... Mesonde!»--_Mss. B 5, 7_: molin de gueules et
de Triemesonde.--_Ms. B 12_: molin et une bordure endentée de geules de
Tremesonde.
P. 43, l. 12: Mesonde.--_Ms. B_: Mesuede.
P. 43, l. 18: Arleton.--_Ms. B 20_: Arlton.
P. 44, l. 16: d’ochis... plentet.--_Ms. B 12_: occiz grant nombre de
pietons.
§ =32.= P. 45, l. 2-4: et de... Rosebourcq.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 45, l. 8: celle propre nuit.--_Ms. B 20_: ce propre jour.
P. 45, l. 15: nulles nouvelles.--_Mss. B 12, 20_: nulz trouvez.
P. 46, l. 2: et de Notinghem.--_Leçon du ms. B 12.--Manquent aux mss. B
1, 2, 5, 7, 20._
§ =34.= P. 47, l. 3: fevrier.--_Le ms. B 7 ajoute_: M. CCC. LXXVII.
P. 47, l. 4: et de se coulpe, che.--_Ms. B 2_: ceste royne fut fille
au gentil duc de Bourbon, messire Pierre, qui mourut à la bataille de
Poitiers, laquelle trespassa de roupture ainsi que.
P. 47, l. 4: de se coulpe.--_Ms. B 1_: et de roupe.--_Mss. B 5, 7, 12_:
par sa coulpe.
P. 47, l. 11: baignier.--_Les mss. B 12, 20 ajoutent_: et se baigna.
§ =35.= P. 47, l. 26: en l’ombre.--_Ms. B 12_: soubz umbre.--_Ms. B
20_: ou Lombardie.
P. 48, l. 5: s’ouvrirent.--_Ms. B 20_: sourvindrent.
§ =36.= P. 49, l. 6: là.--_Ms. B 12_: à Romme.
P. 49, l. 11: là.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7.--Manque aux mss. B 1, 12._
P. 50, l. 7: maistres phisiciens.--_Mss. B 5, 7, 12_: maistres de
phisique.
P. 50, l. 8: merveilleux.--_Ms. B 2_: malicieux.
P. 50, l. 9: et seigneurs.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._
P. 50, l. 10: seance.--_Ms. B 2_: vouloir.--_Mss. B 5, 7_:
feaulté.--_Ms. B 12_: plaisance.
§ =37.= P. 50, l. 22: liet.--_Mss. B 2, 12_: joieux.
P. 50, l. 23: tout li capitoles.--_Ms. B 2_: tous les chapitres.--_Mss.
B 5, 7_: tous les capitolz.--_Ms. B 12_: tous ou capitole.
P. 50, l. 30 à p. 51, l. 1: le XXVIIIe... Pasques.--_Leçon du ms. B
7.--Manquent aux mss. B 1, 2, 5, 12, 20._
§ =38.= P. 51, l. 7: pape.--_Placé après_ eslire _dans les mss. B 5, 7,
12_.--_Manque au ms. B 1._
P. 51, l. 11: encoragiés.--_Ms. B 2_: erragez.
P. 51, l. 23: mouteplia.--_Mss. B 5, 7, 12_: monta.
P. 51, l. 29: pour sauver leurs vies.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 52, l. 6: on.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. B 1, 2._
P. 52, l. 6-7: et l’appelloit on le cardinal.--_Manquent aux mss, B 5,
7._
P. 52, l. 18: traveillié.--_Ms. B 2_: moulu et debatu.
P. 52, l. 18: de la paine et dou traveil.--_Ms. B 12_: de la
paine.--_Manquent aux mss. B 5, 7._
P. 52, l. 19-20: Si fu... gist.--_Manquent au ms. B 2._
§ =39.= P. 52, l. 22: alloient.--_Ms. B 12_: yroient.
P. 52, l. 26: Genneuez.--_Ms. B 2_: Geneve.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_:
Jennes.
P. 53, l. 1: monstroient.--_Mss. B 5, 7, 12_: monstrèrent.
P. 53, l. 4: avisez vous.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7, 12, 20.--Manque
au ms. B 1._
P. 53, l. 17: apaisier, li cardinal.--_Manquent au ms. B 20._
P. 53, l. 29: Si en.--_Manquent aux mss. B 5, 7._
P. 54, l. 4: revoca.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
renoncha.
P. 54, l. 6: toutes manières de clercs.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
§ =40.= P. 54, l. 14: pourposoient.--_Ms. B 2_: semoient.
P. 54, l. 15: venoit.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._
P. 54, l. 18: de ses nepveus.--_Mss. B 5, 7_: des enffans.
P. 54, l. 18-19: mainburnie.--_Mss. B 2, 20_: gouvernement.--_Ms. B
12_: main garnie.
P. 54, l. 27: traictant.--_Ms. B 2_: suppliant.
P. 54, l. 29: au roy.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1,
2, 12._
P. 55, l. 7: en.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7.--Manque aux mss. B 1, 12._
P. 55, l. 10: Pières Bascle.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B
1, 2_: Pières de Bascle.
P. 55, l. 15: deux fieus.--_Ms. B 2_: damoiseaulx.
P. 55, l. 18: enfans.--_Le ms. B 20 ajoute_: de Navarre.
P. 55, l. 19: mieulx estre.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Ms. B 2_:
eslongner.
P. 55, l. 20: Navare.--_Le ms. B 20 ajoute_: en France.
P. 55, l. 26: entretant que cil traicteur.--_Ms. B 2_: pendant que ces
ambaxadeurs.
P. 56, l. 12: se souffri il de.--_Ms. B 2_: endura il.
§ =41.= P. 56, l. 22-23: huit mil.--_Mss. B 5, 7_: sept mil.
P. 56, l. 23: d’eulx.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1,
2, 12.--Ms. B 20_: de leurs.
P. 57, l. 2: fust sires des.--_Ms. B 20_: presist en sa main icelles
villes et.
P. 57, l. 13-14: et furent... examinet.--_Manquent au ms. B 20._
P. 57, l. 15-16: qu’ilz... France.--_Manquent au ms. B 20._
P. 57, l. 29: delivrer.--_Mss. B 5, 7_: donner.--_Ms. B 12_: livrer.
P. 58, l. 5: avoient.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_:
avoec.--_Ms. B 2_: avecques.
P. 58, l. 9: rescheus.--_Mss. B 5, 7_: restant.
P. 58, l. 15: faisoient.--_Leçon des mss. B 2, 12, 20.--Mss. B 1, 5,
7_: faisoit.
§ =42.= P. 58, l. 19: baronnie.--_Mss. B 5, 7_: seigneurie.
P. 58, l. 32: Gauville.--_Mss. B 5, 7_: Graville.--_Ms. B 12_: Jenville.
§ =43.= P. 59, l. 12: Montpellier.--_Les mss. B 12, 17 ajoutent_: de
par le roy de France.
P. 59, l. 14-15: maisons.--_Mss. B 5, 7_: chasteaulx.
P. 59, l. 23: jureroit.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Mss. B 1, 2, 5, 7_:
juroit.
P. 60, l. 31 à p. 61, l. 1: un vaissiel que on... dedens ce.--_Manquent
au ms. B 12._
§ =44.= P. 61, l. 13: Lescut.--_Mss. B 5, 7_: l’Estat.--_Ms. B 12_:
Leschin.
P. 61, l. 16: Espaignars.--_Mss. B 5, 7_: Espaignolz.
P. 62, l. 5: coustenges.--_Ms. B 2_: propres coustz.--_Mss. B 5, 7_:
coustages.--_Ms. B 12_: despens.
P. 62, l. 23: païer.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss.
B 1, 2._
P. 62, l. 23: et.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss. B
1, 2._
P. 62, l. 31: de Cantebruge.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7, 12, 20.--Ms. B
1_: d’Escambruges.
§ =45.= P. 63, l. 29: bordes.--_Ms. B 12_: bondes.--_Ms. B 20_: bendes.
P. 64, l. 4: Oliviers de Claiequin.--_Mss. B 5, 7_: Olivier de Cliçon.
§ =46.= P. 64, l. 8: Evreux.--_Ms. B 1_: Evreuses, _corrigé en_ Evreux.
P. 64, l. 11-12: et près... Costentin.--_Manquent au ms. B 7._
P. 64, l. 12: ou clos de Costentin.--_Manquent au ms. B 12._
P. 65, l. 15: de Kem.--_Ms. B 4_: de Rouem.
§ =47.= P. 65, l. 29: chiaux.--_Ms. B 1_: chil.--chiaux de _manquent
aux mss. B 5, 7, 12_.
P. 65, l. 30-31: les heurent.--_Mss. B 1, 2, 7_: heurent.--_Mss. B 5,
12_: l’eurent.
P. 66, l. 13: rafresquirent.--_Le ms. B 5 ajoute_: jusques à troys
jours.
P. 66, l. 24-25: Et tout chil... Evreux.--_Ms. B 12_: mais qu’ilz ne se
tireroient autre part que à Avrenches.
§ =48.= P. 67, l. 3 _et dans tout le paragraphe_: Evreux.--_Mss. B 12,
15, 16_: Avrenches.
P. 67, l. 10: Si.--_Leçon du ms. B 2.--Ms B 1_: Se.
P. 67, l. 15: En ce temps.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 2_:
Ainsi.
P. 67, l. 19 _et ailleurs_: de Cantebruge.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7,
12, 20.--Ms. B 1_: d’Escanbruge.
P. 67, l. 23: Hantonne.--_Leçons des mss. B 5, 7, 12.--Mss. B 1, 2_:
Plewmoude.--_Ms. B 20_: Hantonne ne à Plemunde.
§ =49.= P. 68, l. 21: et Blaves.--_Manquent au ms. B 7._
P. 68, l. 28: queillie.--_Mss. B 5, 7_: amassé bien environ.
P. 68, l. 29: pot.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_: peut.
P. 69, l. 4: sçavoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_:
sçavoient.--_Ms. B 20_: pouoit savoir.
§ =50.= P. 69, l. 11: très en yvier.--_Ms. B 12_: dès l’yver devant.
P. 69, l. 14: Radigos.--_Ms. B_: Radighaus.
P. 69, l. 15: Boukenègre.--_Mss. B 5, 7_: Bouchenoire.
P. 69, l. 27: nigromacien.--_Mss. B 5, 7_: nigromateur.
P. 70, l. 3: Couroingne.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. B 1_:
Quenouille.--_Ms. B 5_: Coloigne.--_Mss. B 7, 20_: Caloigne.
P. 70, l. 7: Lescut.--_Mss. B 5, 7_: Lestat.--_Ms. B 12_: Leschin.
P. 70, l. 25-28: heut... l’istore.--_Ms. B 20_: fut mal content pour
tant qu’il le tint emprès luy plus de XVIII mois, comme cy après sera
bien au long declairé.
§ =51.= P. 70, l. 31: leur armée.--_Ms. B 12_: leurs routes.
P. 71, l. 9: li contes.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Manquent au ms. B
1._
P. 71, l. 13: Guillaumes de M.--_Ms. B 12_: Jehan de M.
P. 71, l. 24: Ewrues.--_Ms. B 12_: Avrences.
P. 72, l. 13: Saint Malo.--_Les mss. B, 5, 7 ajoutent_: de l’Isle, car
nouvelles furent tantost sceuez en Bretaigne: si se departirent de
leurs maisons.
§ =52.= P. 72, l. 31: partirent.--_Leçon du ms. B 7.--Mss. B 1, 2, 20_:
deportèrent.
P. 73, l. 8 _et ailleurs_: Valoingne.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Mss. B 1, 20_: Avalongne.
P. 73, l. 10: heut ravitaillié Chierebourcq.--_Leçon des mss. B 5,
7.--Ms. B 1_: heut ravitailliés.--_Ms. B 20_: l’eut ravitaillié.
§ =53.= P. 73, l. 29: plentiveuse.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: plentureux.
P. 74, l. 4: conquerir.--_Ms. B 5_: courir.
P. 74, l. 6: manssions.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: mantiaulx.
P. 74, l. 11: furent.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. B 5, 7, 12, 20_: eut.
P. 74, l. 16: courouchiet.--_Le ms. B 20 ajoute_: et bien y avoit cause.
P. 74, l. 18: Yeuwain.--_Ms. B 12_: Yvain.
§ =54.= P. 74, l. 22: bastides.--_Ms. B 12_: bastilles.
P. 74, l. 23: seoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss.
B 1, 2._
P. 75, l. 2: Saint Ligier.--_Ms. B 12_: Saint Pierre.
P. 75, l. 5: d’un an et demi.--_Ms. B 20_: de XVIII moiz.
P. 75, l. 18: qu’il.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: qui.
P. 75, l. 31: et sçavoit galois.--_Manquent aux mss. B 5, 7, 12._
P. 76, l. 11: dou païs.--_Leçon des mss. B 7, 12.--Manquent aux mss. B
1, 2._
P. 76, l. 17: si.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._
P. 76, l. 23: Gales que le roi d’Engleterre.--_Mss. B 5, 7, 12_: qui
avoit esté en Galles, lequel le roy Edouart d’Angleterre.--_Ms. B 20_:
lequel avoit esté decolé par l’ordonnance du roy Edouard d’Angleterre.
P. 76, l. 32 à p. 77. l. 1: Et s’arma... Jehan.--_Leçon des mss. B 5,
7, 12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 77, l. 4-5: et quant... France.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
§ =55.= P. 77, l. 13-15: sour une... castel.--_Manquent au ms. B 20._
P. 77, l. 25-26: en une sengle... mantel.--_Ms. B 20_: en une simple
robe affublée sur sa chemise.
P. 77, l. 26: d’un.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: un.
P. 77, l. 30 à p. 78, l. 1: sus celle... françois.--_Ms. B 20_: sur une
pièce de bois.
P. 78, l. 6: une petite courte darde.--_Ms. B 12_: un petit court dart.
P. 78, l. 8: l’entoise.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: entoise.
§ =56.= P. 79, l. 21: à parler.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 5, 7._
P. 79, l. 24: Ewreux.--_Ms. B 12_: Avrenches.
§ =57.= P. 79, l. 26 _et plus loin_: Ewreux.--_Mss. B 12, 15, 16, 17_:
Avrenches.
P. 79, l. 26-27: chiaux... c’estoient.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Ms. B 20_: et comment ceulz qui... c’estoient.--_Manquent aux mss.
B 1, 2._
P. 80, l. 15: la conté d’Ewreux.--_Ms. B 12_: la contrée d’Avrenches.
P. 80, l. 29: si.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: se.
P. 80, l. 30: causes.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. B 1, 2, 5, 20_:
raisons.--_Ms. B 7_: moyens.
P. 81, l. 2: ce.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._
P. 81, l. 3: voult.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: veult.
P. 81, l. 11: respondit.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7, 12, 20.--Ms. B 1_:
responderoit.
P. 81, l. 12: le leur.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux mss. B 1,
2, 12, 20._
P. 81, l. 17: à Roem.--_Leçon des mss. B 12, 17, 20.--Mss. B 5, 7_:
vers Rouen.--_Manquent aux mss. B 1, 2._
§ =58.= P. 82, l. 9: li dauffins d’Auvergne.--_Ms. B 20_: le dalphin de
Vienne.
P. 82, l. 14: delaiast.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: laiast.--_Mss. B
12, 20_: laissast.
P. 82, l. 21: Dinant.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
Durant.
P. 82, l. 32: en Bretaigne.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._
P. 83, l. 12: cuidoient.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. B 1, 2, 5, 7, 12,
20_: disoient.
P. 83, l. 15: li rois de France.--_Ms. B 7_: le connestable.
P. 83, l. 18: de set les cinc.--_Mss. B 5, 7_: contre six les
cinq.--_Ms. B 12_: de cinc les six.--_Ms. B 20_: de VI les V.
§ =59.= P. 83, l. 20: ardoiant.--_Ms. B 1_: adoiant.--_Ms. B 2_:
abaiant.--_Mss. B 5, 7_: ardaiant.--_Ms. B 20_: adaiant.--_Manque au
ms. B 12._
P. 83, l. 24: avoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
avoir.
P. 84, l. 12: servir.--_Mss. B 5, 7_: suivir.--_Ms. B 12_: suir.--_Ms.
B 20_: siewir.
P. 84, l. 13: d’Obies.--_Mss. B 5, 7_; de Viez.--_Ms. B 12_: du Biez.
P. 84, l. 19-20: estant... combatre.--_Leçon du ms. B 14.--Manquent aux
mss. B 1, 2, 5, 7, 12, 20._
§ =60.= P. 84, l. 26: faites.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Ms. B
1_: affaires.--_Après_ pluisieurs _le ms. B 2 ajoute_: en semonnant
l’un l’autre à bataille, mais c’estoit sans effect.
P. 85, l. 20: dou.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: de.
§ =61.= P. 85, l. 27: Mortaigne.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux
mss. B 1, 2, 20._
P. 85, l. 28: d’Aineval.--_Ms. B 1_: d’Ainelval.
P. 86, l. 4: Abretons.--_Mss. B 1, 4, 5, 7, 12, 20_: Breton.--_Ms. B
2_: Berton.
P. 86, l. 4: et.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._
P. 86, l. 5-6: compaignie de hommes d’armes.--_Leçon du ms. B
2.--Manquent au ms. B 1._
P. 86, l. 8: ossi.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque aux mss. B 1,
2, 20._
P. 86, l. 20: Bourdeloix.--_Ms. B 12_: Blaye.
P. 86, l. 29: mer.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. B 1.--Ms. B 20_:
sur la mer.--sus mer _manquent au ms. B 2._
P. 86, l. 32: 1378.--_Ms. B 5_: 1477.--_Ms. B 7_: 1377.
§ =62.= P. 87, l. 3-4: si grant... si.--_Ms. B 20_: si grant nombre de
groz bateaulx faisans grant sonnerie de leurs instrumens, ilz.
P. 87, l. 18-19: que maintenant il.--_Ms. B 20_: par le herault qu’ilz.
P. 87, l. 19: maintenant.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux mss. B
1, 2, 12._
P. 87, l. 25: Multon.--_Ms. B 12_: Milton.
P. 88, l. 7: Garonne.--_Ms. B 12_: Gironde.
§ =63.= P. 88, l. 23: hoquebos.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Mss. B 1,
2_: hoquecos.--_Manque aux mss. B 5, 7._
P. 89, l. 3: sorler en piet.--_Ms. B 12_: sorlers ne chausses.
P. 89, l. 10: de Monmore ne... ne le.--_Ms. B 20_: chief des assiegans
et les autres ilz ne.
P. 89, l. 10-11: ne le seigneur de Montcontour.--_Manquent aux mss. B
1, 2, 12._
P. 89, l. 11: ne seigneur de nom.--_Manquent aux mss. B 5, 7._
§ =64.= P. 89, l. 29: tout teret par deseure.--_Manquent aux mss. B 5,
7, 12, 14._
P. 89, l. 29-30: telement que tout homme y pouoit passer.--_Leçon du
mss. B 14._
§ =65.= P. 90, l. 27: messire Jehan.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B
1, 2, 12, 20_: le seigneur.
P. 90, l. 28: messires Pierres.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2,
12, 20_: li sires.
P. 90, l. 29: Thomas.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12, 20_:
celui.
P. 91, l. 21: demorer.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12, 20_:
mettre.
§ =66.= P. 92, l. 18: Malatrait.--_Mss. B 5, 12_: Malestroit.
P. 92, l. 19: Combor.--_Ms. B 5_: Combours.--_Ms. B 12_: Combourges.
P. 92, l. 31: les.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss. B
1, 2._
P. 93, l. 18: perdu.--_Ms. B 20_: souprins.
P. 94, l. 5: estoient.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: estoit.
§ =67.= P. 95, l. 3: s’en alloit aval.--_Ms. B 20_: d’esté leur
failloit.
§ =68.= P. 95, l. 29: baron.--_Leçon du ms. B 7.--Mss. B 1, 2, 5, 12,
20_: bretons.
P. 96, l. 10 _et ailleurs_: Valongne.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. B 1, 5,
7, 20_: Avaloingne.
P. 96, l. 17: pueent.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12_:
pooient.
P. 97, l. 9-10: et là avoit... navarois.--_Leçon du mss. B 7.--Ms. B
1_: et lui avoit amené uns escuiers navarois.
P. 97, l. 11: Cocq.--_Ms. B 12_: Cour.--_Ms. B 20_: Kor.
P. 97, l. 15 _et_ 27: Claiequin.--_Ms. B 20_: Clichon.
P. 97, l. 20: dou conquès.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. B 1, 2_: donques.
§ =69.= P. 99, l. 4-5: Si demorèrent... lieu.--_Ms. B 12_: et où il
avoit laissié.
P. 99, l. 11: et temps.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B
1, 2, 12, 20._
§ =70.= P. 99, l. 17: Espaignols.--_Le ms. B 12 ajoute_: et Chastellans.
P. 99, l. 19: Raymons de Ramasen.--_Manquent au ms. B 12._
P. 99, l. 28-29: le païs de.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux
mss. B 1, 2, 12, 20._
P. 100, l. 9 _et ailleurs_: Garonne.--_Ms. B 12_: Gironde.
§ =71.= P. 101, l. 20: prendre.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: et estre.
P. 101, l. 26-29: assamblerés... ensemble.--_Ms. B 1_: assemblée.
P. 102, l. 1: avoec les Englès.--_Ms. B 20_: en Bourdeaulx.
P. 102, l. 5: fors.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: fois.
§ =72.= P. 102, l. 12-13: avoec... Marie.--_Manquent au ms. B 12._
P. 102, l. 13: lui.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 102, l. 17: Medine.--_Mss. B 7, 12_: Nidine.
P. 102, l. 18: Balesque.--_Mss. B 12, 20_: Falesque.
§ =73.= P. 103, l. 31: Abreton.--_Mss. B 1, 2, 5, 7, 12, 20_: Breton.
P. 104, l. 1: Afuselée.--_Ms. B 12_: Afulée.
P. 104, l. 2: Guillaume.--_Ms. B 20_: Jehan.
P. 104, l. 2: Triquelet.--_Ms. B 7_: Croquet.--_Mss. B 12, 20_:
Treliquet.
P. 104, l. 4: Hausdrach.--_Leçon donnée plus bas, p. 114, l. 25.--Mss.
B 1, 12_: Handesach.--_Ms. B 2_: Houdesach.--_Ms. B 20_: Mondesac.
P. 104, l. 4: Monnet.--_Leçon donnée plus bas p. 110, l. 14.--Ms. B 1_:
Mourot.
P. 104, l. 4: Plaisac.--_Ms. B 12_: Plaisanc.
P. 104, l. 13: nepveu.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1, 2_:
cousin.
P. 104, l. 32: appertement.--_Ms. B 20_: asprement.
§ =74.= P. 105, l. 23: Tasseghen.--_Mss. B 5, 7_: Tassegon.--_Ms. B
12_: Tasseurgnon.--_Ms. B 20_: Tassegnon.
P. 106, l. 7: Bregerach.--_Mss. B 5, 7_: Bregeulx.
§ =75.= P. 106, l. 24: Thudelle.--_Leçon donnée plus bas, p. 110,_ _l.
23.--Mss. B 1, 12, 20_: Toulette.--_Ms. B 2_: Tolette.--_Mss. B 5, 7_:
Tollette.
P. 106, l. 26: Pallas.--_Ms. B 1_: Paillans.
P. 107, l. 7: Pans.--_Mss. B 1, 2_: Paws.--_Ms. B 20_: Pauz.
P. 107, l. 32: eglises.--_Ms. B 20_: passages.
P. 108, l. 4: combatre.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
contre.
§ =76.= P. 108, l. 26: s’ordonnèrent.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Mss. B 1, 2_: s’ordonnoient.
P. 108, l. 29: estoient.--_Le ms. B 20 ajoute_: venuz fort puissans.
§ =77.= P. 110, l. 1: visconte.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Mss. B 1,
2_: conte.
P. 110, l. 13: Castielbon.--_Ms. B 12_: Chastillon.
P. 110, l. 14: Plaisac.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12, 20_:
Plaisanc.
P. 110, l. 15: demora.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque aux mss. B
1, 2._
P. 110, l. 27-29: car li... waïn.--_Manquent aux mss. B 5, 7._
P. 110, l. 29: que en waïn.--_Ms. B 12_: comme en temps de juing.--_Ms.
B 20_: que en temps de gaïn.
P. 111, l. 4: uit cens.--_Mss. B 5, 7_: set cens.
P. 111, l. 11: Sorie.--_Ms. B 12_: Soire.
§ =78.= P. 111, l. 24: gens.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: d’armes.
P. 112, l. 10-11: et une... venir.--_Mss. B 5, 7_: et une neige va
commencier à venir.
P. 112, l. 11-12: et là... perdu.--_Mss. B 5, 7, 20_: et la terre à
estre toute couverte de neige, par quoi les guides perdirent tout.
P. 112, l. 18: chevauchée et.--_Leçon des mss. B. 5, 7.--Manquent aux
mss. B 1, 2, 12, 20._
§ =79.= P. 113, l. 1: geniteurs.--_Ms. B 12_: ceulx du guet.
P. 113, l. 3: geniteur.--_Ms. B 12_: ces guetteurs.
P. 113, l. 18: de jour.--_Ms. B 1_: de jours.
§ =80.= P. 113, l. 28: cuer.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: cor.
P. 114, l. 14: Alphore.--_Mss. B 5, 7, 12_: Alpharo.--_Ms. B 20_:
Arphoro.
P. 114, l. 21: Hausdrac.--_Ms. B 12_: Hansdrach.--_Ms. B 20_: Masdrac.
P. 114, l. 26: Mascles.--_Ms. B 12_: Maches.
P. 115, l. 7: à un pont amont.--_Mss. B 5, 7_: amont un petit pont.
P. 115, l. 18-19: pour... desconfissoient.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 115, l. 22: s’ensonnièrent.--_Ms. B 1_: les ensonnioient.--_Ms. B
12_: les ensonnièrent.--_Ms. B 20_ les occupoient.
P. 115, l. 27-29: nous... retournèrent.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._
§ =81.= P. 116, l. 21: ses pères.--_Mss. B 5, 7, 12_: le roy son père.
P. 116, l. 26: dedens.--_Ms. B 1_: devens.
P. 116, l. 29: Henri.--_Le ms. B 12 ajoute_: de Castille.
P. 116, l. 29: si estoffeement acompaigné.--_Leçon du ms. B 14._
P. 117, l. 14-15: Nequedent... que.--_Mss. B 5, 7_: Nonobstant ce,
ceulx qui s’en ensonnièrent firent tant par leur traveil et leur
diligence que.
P. 117, l. 16: endedens.--_Ms. B 1_: endevens.
P. 117, l. 22-25: car... mariage.--_Manquent aux mss. B 12, 20._
§ =82.= P. 118, l. 17: envoya.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Mss. B 1,
2_: emmena.
P. 118, l. 21: Pont.--_Leçon donnée plus haut p. 110, l. 12.--Ms. B 1_:
Bour.--_Mss. B 2, 5_: Bourc.--_Mss. B 7, 12, 20_: Bourg.
P. 118, l. 23: et delivrés.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._
§ =83.= P. 119, l. 9.--_Le ms. A 1 sert de base au texte jusqu’à la fin
du volume._
P. 119, l. 11: Ymet.--_Mss. A 4, B 12, 17_: Aymet.
P. 119, l. 15: au.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: o.
P. 119, l. 22: li plaissoit li services dou.--_Ms. B 12_: lui estoit
servir le.
P. 119, l. 23: fist.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2, 5, 7, 12, 20.--Ms. A
1_: dist.
P. 119, l. 27: troisime.--_Ms. B 7_: quatriesme.
P. 120, l. 7: toroit.--_Ms. B 12_: feroit trenchier.
§ =84.= P. 120, l. 10: Lagurant.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: Langurant.
P. 120, l. 12: les signeurs.--_Ms. B 20_: des trois chevaliers.
P. 120, l. 15: troi.--_Ms. B 1_: doi.--_Ms. B 2_: deux.
P. 120, l. 17: ou faire ochire.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._
P. 120, l. 20: et avoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manquent aux
mss. A 1, 7, B 20._
P. 120, l. 22: Canillac.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Carvillac.--_Mss. B 1,
12, 20_: Cavillac.
P. 120, l. 23: Si.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. A 1, 7, B
20.--Mss. B 1, 5, 7_: Et.
P. 121, l. 7: vostre parole.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. A 1_:
vostrez parlers.--_Ms. B 1_: voz paroles.--_Ms. B 20_: voz parlers.
P. 121, l. 11: parti.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: part.
P. 121, l. 12 et 14: si.--_Leçon du ms. A 7.--Manque au Ms. A 1._
P. 121, l. 14: felenia.--_Mss. A 7, B 5, 7_: affellonny.--_Ms. B 12_:
fremit.
P. 121, l. 15: mes.--_Répété dans le ms. A 1._
P. 121, l. 24: se consieuirent si roidement.--_Mss. A 1, 2_: se
assenèrent tellement.
P. 121, l. 25: que elles vollèrent en pièces.--_Ms. B 20_: qu’ilz
tronchonèrent en l’air.
P. 122, l. 16: tout nut.--_Leçon du ms. A 7.--Mss. A 1, B 20_: toute
nue.
P. 122, l. 17: rasache et fiert.--_Ms. A 7_: resacha et fery.
P. 122, l. 24: chastiel.--_Ms. B 12_: hostel.
§ =85.= P. 122, l. 29: fort.-_-Ms. B 20_: chastel.
P. 123, l. 2: et en.--_Leçon du ms. B 7.--Ms. A 1, B 12, 20_:
et.--_Mss. B 1, 2_: ou.
P. 123, l. 2: l’Angelier.--_Mss. A 7, B 2, 7, 12_: d’Angeli.
P. 123, l. 4: en larcin.--_Ms. B 12_: à la couverte.--_Ms. B 20_: à
l’emblée.
P. 123, l. 7-8: sus les camps.--_Ms. B 20_: ou ilz les ru[e]roient jus.
P. 123, l. 14: Touwars.--_Mss. B 5, 7_: Couvers.
P. 123, l. 21: à l’endemain bien matin.--_Mss. B 1, 20_: le bon
matin.--_Ms. B 2_: de bon matin.--_Ms. B 12_: de bonne heure.
P. 124, l. 9: dou fer.--_Leçon du ms. A 7.--Mss. A 1, 4, B 1, 2_: du
fait.--_Ms. B 20_: de l’estoc.
P. 124, l. 12: carquoient.--_Ms. A 4_: touchoient.--_Ms. B 1_:
se atacoient.--_Ms. B 2_: s’atachoient.--_Mss. B 5, 7_: se
attaignoient.--_Ms. B 12_: aconsieuoient.
P. 124, l. 12: là où il carquoient.--_Remplacés après_ alainne _dans le
ms. B 20 par_: lors que ilz prendroient sur leurs harnoiz.
P. 124, l. 13: à le.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: al.
P. 124, l. 15: li Poitevin et li Saintongier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: les
François.--_Ms. B 12_: les François Poitevins.
P. 124, l. 19: avenue.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: les seigneurs
dessus nommez s’en alèrent.
§ =86.= P. 124, l. 30: Cartesée.--_Ms. A 7_: Cartasée.--_Ms. B 1_:
Courtesée.--_Ms. B 2_: Courteste.
P. 125, l. 6: de Castille.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: d’Espaigne.
P. 125, l. 12: hoirs.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: hors.
P. 125, l. 16: cascuns par soy.--_Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 125, l. 22: demandés dou.--_Mss. B 5, 7_: interroguez dou.--_Ms. B
12_: demanda le.
P. 125, l. 23: allé.--_Le ms. B 20 ajoute_: de point en point.--_Les
ms. B 1, 2 ajoutent ce qu’on lit déjà plus haut, l. 4-10_: en Espaigne
et en Navare et de la paix qui estoit entre le roi d’Espaigne et le
roi de Navare et comment li rois de Navare avoit mariet Charles, son
fils aisnet, à la fille dou roi dant Henri, et tout de point en point
comment li traictiez s’estoit portés. Li dus de Lenclastre et li contes
d’Escambruges et (_les derniers mots_ Li dus... et _ne sont pas dans le
ms. B 2_).
P. 125, l. 28: moult... gens.--_Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 125, l. 30: Dominige.--_Ms. A 4_: Dimanche.
P. 126, l. 2: hautement.--_Mss. A 7, B 5, 7_: honnestement.
P. 126, l. 8: Ferrade.--_Leçon du ms. A 7.--Mss. A 1, B 20_: Ferarde.
P. 126, l. 17: Cristofle.--_Leçon des mss. A 4, 7, B 1, 2, 5, 7, 12,
20.--Ms. A 1_: Phelippe.
P. 126, l. 23: dis.--_Ms. B 20_: quarante.
P. 126, l. 26: Sorghes.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Sorchez.
P. 126, l. 29: durèrent ces.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: durent sez.
P. 126, l. 31: Lancastre.--_Le ms. B 20 ajoute_: au herault.
P. 127, l. 3-4: que ja... frère.--_Ms. A 7_: au couronnement dou fil
d’un bastart n’yrai je point.--_Mss. B 5, 7_: au couronnement du fil
d’un bastart ne yroit il point.
P. 127, l. 4: qui... frère.--_Ms. B 20_: qui par sa dempnée voulenté
avoit mourdri son propre père.
P. 127, l. 8: calengerons.--_Ms. A 1_: calengeront.--_Ms. B 2_:
debatrons.
P. 127, l. 11: avenues.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12, 20.--Mss. A 1, 6,
7, 9_: ennemis.--_Ms. B 5_: avantures.--_Ms. B 7_: advenemens.
§ =87.= P. 127, l. 25: chevalier.--_Mss. B 5, 7_: clerc.
P. 128, l. 7: ouvert et apparilliet.--_Mss. A 7, B 5, 7_: tous
prestz.--_Ms. B 12_: tous appareilliez.
P. 128, l. 8: si.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. A 1.--Mss. A 7, B
5, 7_: d’avoir.
P. 128, l. 16: commandement.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: je obeïray.
P. 128, l. 20: s’aresta.--_Mss. B 1, 2_: se rafreschi.
P. 128, l. 27: gens.--_Le ms. B 20 ajoute_: despendoient et.
P. 129, l. 2: segnefiier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: dire.
P. 129, l. 18: s’apoioient.--_Ms. B 20_: se acontoient.
P. 129, l. 28-29: venoies... daignoies.--_Ms. A 7_: daignoies venir
vers moy.--_Mss. B 5, 7_: daignoies venir parler à moi.
P. 129, l. 32: bourdes.--_Le ms. B 20 ajoute_: decevables.
P. 130, l. 9: taire.--_Ms. A 1_: tairez.
P. 130, l. 25: retourna.--_Le ms. B 12 ajoute_: le sire de Bournesel à
Paris, où il trouva le roy de France, auquel il recorda tout au long
les avantures qu’il avoit eues et aussi la cause de son retour.
§ =88.= P. 130, l. 27: Bournisiel.--_Le ms. B 20 ajoute_: venu à Paris.
P. 131, l. 4: conte.--_Ms. B 20_: conte Loys.
P. 131, l. 15: menés.--_Mss. B 5, 7_: pris et menés.
P. 131, l. 16: amenés.--_Le ms. B 20 ajoute_: à Bruges.
P. 131, l. 23: Si... cambre.--_Ms. B 12_: Si se departit de sa chambre
et alla en une autre.
P. 132, l. 2: qui.--_Le ms. B 20 ajoute_: le rechut doulcement et.
§ =89.= P. 132, l. 25: à ses.--_Ms. B 1_: à gens de ses.
P. 132, l. 28: Courtrai.--_Leçon des mss. A 7, B 1.--Ms. A 1_:
Coutray.--_Ms. B 5_: Coutay.--_Ms. B 1_: Courtay.
P. 133, l. 18: bien clers.--_Mss. A 7, B 5, 7_: bien amé.--_Ms. B 2_:
bien luisant.
P. 133, l. 26: se.--_Leçon du ms. B 2.--Manque aux mss. A 1, B 1.--Mss.
A 7, B 5, 7_: soy.
P. 134, l. 1: au bout de vostre terre de Flandres.--_Leçon du ms. B
1.--Ms. A 1_: de debout de vostre royaulme.--_Mss. A 7, B 5_: dedens
vostre conté.--_Ms. B 7_: debout de vostre conté.--_Ms. B 17_: de
vostre pays.--_Ms. B 20_: sur piés en vostre terre de Flandres.
P. 134, l. 2: armés.--_Le ms. B 14 ajoute_: bien en point pour eulx
defendre.--_Le ms. B 20 ajoute_: bien et bel et embastonnez.
P. 134, l. 12: et.--_Ms. A 1_: en.
§ =90.= P. 134, l. 20: avoir.--_Le ms. B 12 ajoute_: si fut mout pensif.
P. 134, l. 23: on.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: en.
P. 134, l. 26: que.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._
P. 134, l. 29: desplaissance.--_Le ms. A 1 ajoute_: et.
P. 135, l. 11: Salleberi.--_Ms. B 1_: Salebrin.--_Mss. B 12, 20_:
Salsebery.
P. 135, l. 12: il.--_Ms. A 1_: y.
§ =91.= P. 135, l. 24-25: bon... Guerles.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de la
conté de Guerlez.
P. 135, l. 28: Bues.--_Ms. A 1_: Buef.
P. 136, l. 17: de Saint Pol.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manquent
aux mss. A 1, B 1, 2, 12, 20._
P. 136, l. 22: convenances.--_Ms. B 20_: promesses.
P. 136, l. 27: Aubiert.--_Le ms. B 12 ajoute_: de Bavière.
P. 137, l. 5: d’Obies.--_Ms. B 12_: de Bies.--_Ms. B 20_: du Bies.
P. 137, l. 12: rapassa.--_Ms. A_: apassa.
P. 137, l. 15: Moriaumés.--_Ms. B 12_: Morliane.
§ =92.= P. 137, l. 22: tant... l’autre.--_Ms. B 12_: tant pour le roy
de France que pour le duc de Bretaigne.--_Ms. B 20_: tant que contre le
roi de France comme à l’encontre du duc de Bretaigne.
P. 137, l. 27: Pentèvre.--_Ms. B 12_: Pontièvre.
P. 138, l. 12: si.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. A 1_: se.
P. 138, l. 16: Lancastre.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne les autres barons
et chevaliers.
§ =93.= P. 138, l. 17-18: se tenoient à Valongne.--_Ms. A 1_: se
tenoient et en Avalongne.--_Mss. A 7, B 7_: et en Bouloingne se
tenoient.--_Mss. B 1, 20_: se tenoient en Avalongne.--_Ms. B 12_: A
Valoigne se tenoient.
P. 138, l. 21: Braquemont.--_Leçon donnée plus loin p. 139, l. 31.--Ms.
A 1, B 20_: Braisnemont.
P. 138, l. 23: Lorris.--_Ms. A 1_: Lornis.
P. 138, l. 31: les.--_Ms. A 1_: leurs.
P. 139, l. 7: Pestor.--_Mss. A 7, 9, B 7_: Prestor.
P. 139, l. 9: se.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque au ms. A 1._
P. 139, l. 16: Copelant.--_Ms. B 1_: Hokelant.--_Ms. B 2_: Hoquelant.
P. 139, l. 28: à.--_Manque au ms. A 1.--Ms. B 20_: main à.
P. 140, l. 1: Phelippres.--_Ms. A 7_: Philippars.--_Mss. B 1, 2_:
Pièrez.--_Mss. B 12, 20_: Phelippe.
P. 140, l. 6-8: et prist... Bordes.--_Mss. A 7, B 20_: et fu pris
messire Guillaume des Bordes d’un escuier de Haynault, nommé Guillaume
de Beaulieu.
§ =94.= P. 140, l. 19: hauster.--_Ms. B 7_: austère.--_Ms. B 11_:
haultain.--_Ms. B 12_: austre.--_Ms. B 20_: terrible.
P. 140, l. 21: Montpensé.--_Ms. B 12_: Montpesar.
P. 141, l. 3-4: tout son arroi.--_Ms. B 20_: tous ses meubles.
P. 141, l. 11: Mont Ventadour.--_Ms. B 1_: Montadour.
P. 141, l. 19: Calusiel.--_Leçon donnée plus loin, p. 143, l.
11.--Mss. A 7, B 7, 11_: Casusiel.--_Ms. B 1_: Cartusiel.--_Ms. B 2_:
Cartusel.--_Ms. B 12_: Caluset.--_Ms. B 20_: Casusel.
P. 141, l. 19: l’evesquiet.--_Ms. B 12_: la conté.
P. 141, l. 20: compagnons.--_Les mss. B 12, 15, 16 ajoutent_: si print
et eschella le fort chastel de Loybeuf et.
P. 141, l. 23: de.--_Manque au ms. A 1._
P. 141, l. 25: biernois.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. A 1_: de
Bernais.--_Ms. B 1_: de Biernais.--_Ms. B 2_: le bearnois.--_Mss. A 7,
B 7_: et plusieurs autres.
§ =95.= P. 141, l. 26 _et ailleurs_: Marcel.--_Ms. A 7_: Marchis.
P. 142, l. 2: regarde.--_Ms. A 1_: regarda.
P. 142, l. 8: entoisse.--_Ms. B 20_: charge et prent sa visée.
P. 142, l. 24: si furent... bien.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
liquel furent mout.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ceulx de Saint Flour furent
tous.
P. 143, l. 4: qui.--_Manque au ms. A 1._
P. 143, l. 18: d’Achier.--_Mss. A 7, B 7_: d’Apchier.--_Mss. B 2, 5_:
d’Apcher.
P. 143, l. 20: Solleriel.--_Mss. A 7, B 11_: Sollertel.
§ =96.= P. 144, l. 3: des Aigles.--_Leçon des mss. A 7, B 1.--Ms. A 1_:
des Englez.
P. 144, l. 24: d’Amiens.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Manque au ms. A
1._
P. 144, l. 28: vacations.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, B 20_:
variations.
P. 145, l. 9: Terewane.--_Ms. B 12_: Thouraine.
P. 145, l. 15: Selevestre.--_Mss. B 5, 7_: Sevestre.
P. 145, l. 16: passées.--_Ms. A 1_: posseez.
P. 146, l. 4: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.
P. 146, l. 4-5: à grant mervelle.--_Ms. B 20_: à trop grant contraire.
P. 146, l. 6: le recteur.--_Ms. B 12_: les recteurs.
P. 146, l. 7: et.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manque aux mss. A 1, B
1, 2._
P. 146, l. 21 _et ailleurs_: Mellans.--_Ms. B 1_: Milan.--_Ms. B 12_:
Millan.
P. 146, l. 21: Napples.--_Ms. A 1_: Nappes.
P. 146, l. 25: prelacions.--_Ms. B 20_: decorations.
P. 146, l. 30: l’arcevesquiet de Trèves.--_Mss. A 7, B 7_: l’evesque
d’Utrec.--_Ms. B 5_: l’evesque du Trait.
P. 147, l. 11: à.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. A 1._
P. 147, l. 12: renommés.--_Ms. B 12_: amé.
P. 147, l. 18-19: Jehans.--_Le ms. B 12 ajoute_: estoit mout
courrouchié.
P. 147, l. 19: en.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 148, l. 14: nouvelles.--_Ms. B 1_: villes.
§ =97.= P. 148, l. 17-18: mais la... cavance.--_Ms. B 20_: mais la plus
utile partie prouffitable au regard de la peccune.
P. 148, l. 18: tant k’a la cavance.--_Mss. A 7, B 5, 7_: tant comme à
revenue.
P. 148, l. 28: les... estoient.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manquent aux
mss. A 1, 7, B 5, 7, 12, 20._
P. 149, l. 1: de.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. A 1._
P. 149, l. 19: une relevée.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A
1._
P. 149, l. 19: Campdole.--_Ms. A 7_: Cappitolle.--_Ms. B 5, 12_:
Capitolle.--_Ms. B 7_: Capitole.
P. 149, l. 25: Campdole.--_Ms. A 7_: Chandoille.--_Ms. B 5_:
Champdoille.
P. 150, l. 16: grant tribulacion.--_Ms. A 1_: grant tribulacions.
§ =98.= P. 150, l. 24: conté.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1,
B 1, 2, 12, 20_: ducé.
P. 150, l. 25: remettroit.--_Ms. A 1_: revenroit.--_Mss. B 1, 2_:
resigneroit.
P. 151, l. 6: conté.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1, B 1, 2,
12, 20_: ducé.
P. 151, l. 23: si.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Ms. A 1_: se.
P. 151, l. 26: Voirs est.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, 7, B 5,
7, 20_: Vous estes.
P. 152, l. 2: de la mort.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. A 1, 7,
B 1, 2, 5, 7, 20._
P. 152, l. 5: en prison.--_Manque au ms. B 20._
P. 152, l. 7: Maïogres.--_Ms. B 12_: Mallogres.
P. 153, l. 4: remariée.--_Ms. A 1_: remarie.
P. 153, l. 4-5: Bresvich.--_Ms. B 1_: Bronsuwich.--_Ms. B 2_:
Bronsvich.--_Ms. B 12_: Brusewich.
P. 153, l. 6: en.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7, 12.--Manque au ms. A 1._
P 153, l. 14-15: et tant... marit.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manquent
au ms. A 1._
P. 153, l. 18: quiert.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: cuert.
§ =99.= P. 154, l. 17: Neapoliiens.--_Mss. B 5, 7_: Puillians.
P. 154, l. 20: peust.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: peuissent.
P. 154, l. 27: familles.--_Mss. B 5, 7_: familliers.
P. 155, l. 6: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.
P. 155, l. 12: porroit, il.--_Leçon du ms. B 1.--Manquent au ms. A 1._
P. 155, l. 18: et Florimont.--_Manquent au ms. B 20.--Le ms. B 12
ajoute_: et pluiseurs autres hommes d’armes et compaignons.
§ =100.= P. 155, l. 21: en.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1,
9_: et de.
P. 156, l. 1: vinrent.--_Le ms. B 1 ajoute_: bouter.
P. 156, l. 4-5: des chiefs.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Ms. A 1_: de
chiaulx.
P. 156, l. 5: Carsuelle.--_Ms. B 1_: Caruesle.
P. 156, l. 6: Brinai.--_Mss. A 7, B 5_: Brunay.--_Ms. B 7_: Brimay.
P. 156, l. 10: Montferrat.--_Mss. A 1, 7, B 5, 7, 12_:
Montferrant.--_Ms. B 1_: Montferare.
P. 156, l. 16: Claiequin.--_Le ms. B 12 ajoute_: connestable de France.
P. 156, l. 17: mareschaulx.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: de France,
messire Ernoul.
P. 156, l. 18: enmenèrent.--_Mss. B 5, 7_: envoyèrent.
P. 156, l. 22: jours.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. A 1._
P. 156, l. 23-24: regnans.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Resgnaulx.
P. 157, l. 5: Fondes.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 7, B 5, 7, 12,
20_: Romme.
P. 157, l. 19: Boilewe.--_Mss. A 7, B 20_: Boileme.--_Ms. B 12_:
Bodleme.
P. 157, l. 24: dou temps.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 157, l. 32: et furent amis.--_Ms. B 5_: ilz fut advis.--_Ms. B 7_:
il fut admis.--_Ms. B 20_: et furent chargiés.
P. 158, l. 3: par de delà.--_Ms. B 20_: de Ytalie et de Prouvence.
P. 158, l. 12-13: et de quoi... essilliet.--_Ms. B 20_: et par icelles.
Il s’en ensieuvy et plusieurs foiz grant effusion de sang et grant
essillement de pueple.
§ =101.= P. 158, l. 26: l’une.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, B 7, 12_:
l’un.
P. 159, l. 6: en ses.--_Ms. A 1_: ensses.
P. 159, l. 10-11: quoi que... sont.--_Ms. B 12_: c’est assavoir la
guerre, combien que c’estoit.
P. 159, l. 23: quiert.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: quert.--_Mss. A
7, B 5, 7_: court.
§ =102.= P. 160, l. 6-7: Le bourgois... demorer.--_Mss. A 6, 7, 9, B 5,
7_: Le bourgois ot grans plaintes de tous, et pour doubtance de ce, il
s’en vint demorer.--_Ms. B 12_: Quant il eut occis le bourgois, il s’en
vint demorer.--_Mss. B 13, 14_: Le bourgois mort, le dit Jehan Lyon
s’en vint demorer.
P. 160, l. 6-7: Jean d’Iorque.--_Leçon des mss. F 1, 3.--Ce nom est
resté en blanc dans les mss. A 1, 4, B 1, 2, 4, 15, 16, 20._
P. 160, l. 11: cinquante.--_Mss. A 7, 9, B 5, 7_: quarante.
P. 160, l. 11-12: et un jour.--_Leçon des mss. F 1, B 1, 2.--Manquent
au mss. A 1._
P. 160, l. 17: le.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 160, l. 18: naviieurs.--_Mss. A 7, B 5, 7_: maieurs.
P. 160, l. 23: Mahieus.--_Mss. A 7, B 5, 7_: maieurs.
P. 160, l. 25: Gisebrest.--_Ms. B 12_: Ghisbert.
P. 161, l. 7: Piet.--_Mss. B 5, 7_: Pierre.
P. 161, l. 8: Barde.--_Ms. B 1_: Bar.
P. 161, l. 9: d’eulx.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1, B 1_:
eulx.
P. 161, l. 12: entre.--_Ms. A 1_: entrez.
P. 161, l. 12: deus.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: parties.
P. 161, l. 14: li Mahieu.--_Ms. A 7_: le lignage Mahieu.--_Mss. B 5,
7_: le lignage de Gibresest.
P. 161, l. 19: cambreleus dou conte et.--_Ms. F 1_: conseilliers du
conte, c’estoit le prevost de Harlebecque, son cousin, et.
P. 161, l. 19: s’acointa.--_Leçon des mss. A 7, B 1.--Ms. A 1_: quinta.
P. 161, l. 29: fors.--_Ms. A 1_: fore.
P. 162, l. 4-5: en la presence... Ghisebrest.--_Mss. B 5, 7_: en la
chambre en presence de G.
P. 162, l. 15: se.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: le.--il se
fera.--_Mss. A 7, B 5, 7_: il sera fait.
P. 162, l. 19: à ses.--_Ms. A 1_: asses.
P. 162, l. 26-27: quant... venu.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._
P. 162, l. 27: et que... demande.--_Leçon du ms. B 12.--Manquent aux
mss. A 1, 7, B 1, 2, 5, 7, 20._
P. 163, l. 14: oppinion.--_Le ms. B 1 ajoute_: et d’une sieulte.--_Le
ms. B 2 ajoute_: et d’une siute.
§ =103.= P. 163, l. 26: à.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 7, B 5, 7_: cela
eslevé.--_Ms. B 12_: ce eslevé.--_Manque aux mss. A 1, B 20._
P. 164, l. 17: planés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: privé.
P. 164, l. 21: tous ses.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: tout sez.
P. 164, l. 29: retrencoit.--_Mss. B 5, 7_: retraioit.
P. 165, l. 7: Estievenart.--_Ms. B 12_: Estienne.
P. 165, l. 13: haut.--_Ms. B 12_: en prosperité.
P. 165, l. 18: sus.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. F 1, A 1, B 1,
2, 12, 20_: jus.
P. 165, l. 23: en cel estat.--_Mss. A 7, B 5, 7_: en telle balance.
P. 165, l. 25: fosser.--_Mss. B 5, 7_: fossez.
P. 166, l. 5: disant.--_Leçon du ms. F 1.--Ms. B 12_: et
disoient.--_Manque aux mss. A 1, 7, B 1, 2, 5, 7._
P. 166, l. 13: commencha.--_Les mss. B 1, 2, 20 ajoutent_: couvertement.
P. 166, l. 32: ne.--_Leçon du ms. B 7.--Ms. A_: ny.
P. 166, l. 32: ne à consentir.--_Manquent aux mss. B 1, 2, 12._
P. 167, l. 5: samblant.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: sambloit.
P. 167, l. 7: entouellie.--_Ms. B 5, 7_: enterinée.
P. 167, l. 24: entouellier.--_Mss. B 5, 7_: entroubler.
P. 167, l. 30: ne amour.--_Manquent aux mss. B 1, 2, 12, 20.--Ms. A 1_:
ny amour.
§ =104.= P. 167, l. 31: Ghisebrès.--_Ms. A 2_: Gillebert.
P. 168, l. 2: Estievenins.--_Ms. A 2_: Estiennes.--_Ms. B 1_:
Estevenès.--_Ms. B 2_: Estevenart.--_Mss. B 5, 7_: Estiennart.
P. 168, l. 11-12: autrement... perdue.--_Ms. A 2_: anciennement nostre
ville par tele manière de fossez en fut pire et en valut moins. Et
maintenant, se ilz nous tolloient le fil de l’eaue du Lis, nostre ville
seroit à moitié perdue.
P. 168, l. 21: il.--_Ms. A 1_: ilz.
P. 168, l. 29: un disner.--_Ms. A 2_: un disner ou souper.--_Ms. B 12_:
un denier ou ung disner.
§ =105.= P. 169, l. 1 _et ailleurs_: Deinse.--_Leçon du ms. B 12.--Ms.
A 1_: Donse.--_Ms. A 2_: donc.
P. 169, l. 12: tenues.--_Ms. A 1_: tenue.
P. 169, l. 13: et.--_Leçon des mss. F 1, B 1, 2, 5, 7.--Mss. A 1, 2_:
ne.--_Ms. A 7_: neis.--_Ms. B 12_: non plus.
P. 169, l. 14: Flandres.--_Le ms. A 2 ajoute_: ne les desprisoient pas,
mais.--_Le ms. B 12 ajoute_: que les autres et.
P. 169, l. 21: en.--_Ms. A 2_: qui est contre.
P. 169, l. 21: en la paix.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ou prejudice.
P. 169, l. 23: prisonnier.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: qui estoit en
prison.
P. 169, l. 25 _et ailleurs_: mounier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: navieur.
P. 169, l. 26: qui... d’Auterive.--_Manquent au ms. B 20._
P. 169, l. 26: d’Auterive.--_Mss. A 6, B 15, 17_: d’Auterme.
P. 169, l. 31: de Rogier.--_Ms. A 2_: du bailli faictes à Rogier.
P. 170, l. 12: paisibles.--_Le ms. B 12 ajoute_: et autres bonnes gens.
§ =106.= P. 170, l. 17-18: à souffrir.--_Ms. A 1_: assouffrir.
P. 170, l. 21: entouellier.--_Ms. A 2_: troubler.
P. 170, l. 25: si.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque au ms. A 1._
P. 170, l. 27: office furent accaté.--_Ms. A 2_: officiers de seigneur
furent ataichiez et eurent offices.
P. 170, l. 27: juriditions.--_Ms. A 1_: jujuriditions.
P. 170, l. 29-31: et voloit... naviage.--_Manquent aux mss. B 1, 2._
P. 170, l. 30: mieux que.--_Ms. A 7_: mieulx amer que.--_Mss. B 5, 7_:
mieulx enamer que.--_Manquent au ms. B 12._
P. 170, l. 30: accaté.--_Ms. A 2_: atachié.
P. 171, l. 2: les privilèges anchiens.--_Leçon des mss. A 7, B 1,
2, 5, 7.--Ms. A 1_: le prejudisse anchiien.--_Ms. A 2_: ou prejudice
anchien.--_Ms. B 12_: le privilège ancien.
P. 171, l. 3: trois ou quatre.--_Ms. A 2_: IIII ou VI.
P. 171, l. 4: florins.--_Mss. A 2, 7, B 1, 2, 5, 7_: frans.
P. 171, l. 10: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.
P. 171, l. 19: seus.--_Le ms. B 12 ajoute_: avant la ville ne à
l’eglise.
P. 171, l. 25: ville.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: estoit Jehans Lyon
bien joyeulx.
P. 172, l. 2: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.
P. 172, l. 18: venu.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: veu.
P. 172, l. 26: florins.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Mss. A 1, 2, 7, B
5, 7, 20_: frans.
P. 173, l. 2: encloses ens.--_Ms. A 2_: glozées dedans.
P. 173, l. 5: resusciter.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, 7, B 5,
7, 12_: resister.--_Ms. A 2_: resister à toutes fortunes.--_Ms. B 20_:
monstrer.
P. 173, l. 9 _et ailleurs_: devenres.--_Mss. A 2, B 5, 7, 12, 20_:
denrées.
P. 173, l. 12: remonstrées.--_Le ms. A 1 ajoute_: à.
P. 173, l. 19: sus.--_Mss. F 1, A 1, B 1, 2, 12_: jus.--_Ms. A 2_: à
fin.--_Ms. A 7, B 5, 7_: au dessus.
P. 173, l. 26: cappron.--_Le ms. A 2 ajoute_: car il n’aura point de
teste à bouter dedans.
§ =107.= P. 173, l. 27: cargiet et enditté.--_Ms. B 20_: esleuz.
P. 174, l. 1: bont.--_Mss. A 2, 7, B 5, 7_: bout.
P. 174, l. 15: que... remplesissent.--_Mss. B 1, 2_: de raemplir che
que fossé avoient.--_Ms. B 12_: que tout le fossé fust raemply.
P. 174, l. 20: douceur.--_Ms. A 2_: la doubtance.
P. 175, l. 2: Bien... crient.--_Ms. B 12_: Je ne voy pas que voz
besoingnes voisent mal.
P. 175, l. 6: deniers.--_Ms. B 12_: gros.
P. 175, l. 22: nul esmeutin.--_Ms. A 2_: aucun esmouvoir.-_-Mss. A 7, B
5, 7_: nul esmouvement.
§ =108.= P. 176, l. 1-2: s’en vint.--_Ms. B 20_: entra en Gand et si
chevaucha.
P. 176, l. 9: sexte.--_Ms. B 7_: sorte.
P. 176, l. 11: Gaind.--_Ms. B 20_: Gavres.
P. 176, l. 13: gettes.--_Mss. A 2, B 1, 2_: gens.
P. 176, l. 16: estoit.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 176, l. 16: assise.--_Ms. A 2_: assignée.--_Ms. B 20_: prinse.
P. 176, l. 17: tous.--_Le ms. B 20 ajoute_: ruer juz, mais ilz estoient.
P. 176, l. 20: vint.--_Le ms. A 2 ajoute_: et là XVIII.--_Les mss. B 1,
2 ajoutent_: chi XV, chi XXX.
P. 176, l. 29: comparer.--_Ms. B 20_: chier comparer.
P. 176, l. 30: li croisoient.--_Ms. A 2_: le suivoient.
P. 177, l. 8-9: desroutèrent.--_Mss. B 5, 7_: destournèrent.
P. 177, l. 16: presentement.--_Ms. B 20_: prestement.
P. 177, l. 17: ruée.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: rué.
P. 177, l. 26: camps.--_Le ms. B 20 ajoute_: et le large.
§ =109.= P. 178, l. 2: laissièrent.--_Leçon de ms. B 1.--Ms. A 1_:
laissiez.
P. 178, l. 3: enffans.--_Le ms. B ajoute_: maisons, meubles.
P. 178, l, 20: avant... au jourd’ui.--_Ms. B 12_: avant aux Mahieus qui
sont faulx traïtres mauvais et desloiaulz à la bonne ville de Gand et
qui au jour d’huy ont voulu.
P. 178, l. 25: de trau en trau.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de rue en rue et
de chambre en chambre.
P. 179, l. 1: ne le.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ne en.
P. 179, l. 3: osé.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: ossi.
P. 179, l. 11: estoient.--_Le ms. A 2 ajoute_: comme villains, tuffes,
guieliers, bomules, termulons, tacriers, craffeurs, marrados et austres
crastinaz.
P. 179, l. 11: emprendre d’avoir occis.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_:
entrepris d’avoir occis.--_Mss. B 12, 20_: d’avoir entrepris d’occire.
P. 179, l. 19: osé.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: ossi.
P. 179, l. 20-22.--Rogiers... ensepvelis.--_Ms. B 12_: Les Frères
Meneurs de Gand vindrent querir le corps de Rogier d’Auterive qui
estoit à terre et le portèrent en leur eglise, où il fut enteré ou
enseveli.--_Ms. B 20_: Rogier d’Auterive ainsi mort fut approchié par
les Frères Mineurs de Gand, et levés... ensepvelis.
§ =110.= P. 179, l. 23: Quant ceste chose fu avenue.--_Ms. B 20_: Quant
la mort du bailly de Gand et autres besongnes furent ainsi que dit est
advenues.
P. 180, l. 11: demandés.--_Mss. B 5, 7_: souspeçonnez.
P. 180, l. 19: tempore.--_Mss. A 7, B 2, 5, 7, 12_: temps.
§ =111.= P. 180, l. 26: fourfait.--_Mss. B 1 (en marge), 2_: avoir
fourfait.
P. 181, l. 2: Gaind.--_Le ms. B 12 ajoute_: Et y estoit un très saige
homme et moult renommé, Jehan de la Faucille, qui y fut appellé; mais,
comme vous avez oy, s’estoit lors retrait hors de la ville: si fist
dire qu’il estoit malade et que pas n’y pouoit venir.
P. 181, l. 5: retournées.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: retournée.
P. 181, l. 16: bien.--_Leçon du ms. B 2.--Manque aux mss. A 1, B 1._
P. 181, l. 22: felon.--_Ms. A 1_: felle.--_Ms. B 20_: trop ayré.
P. 181, l. 24: le piteux.--_Mss. B 7, 12_: les piteux.
P. 181, l. 32: l’ont fait et esmeu affaire.--_Ms. A 1_: les ont fais et
esmeus affaire.--_Ms. B 20_: l’ont commis et cause de ce et d’autres
esmouvemens.
P. 182, l. 6: pardonnée.--_Ms. B 20_: ordonnée.
§ =112.= P. 182, l. 20-21: li consauls de la ville.--_Ms. B 20_: les
douze bourgois pour impetrer grace et pardon.
P. 182, l. 26: gens.--_Ms. A 2_: villains et tuffes.
P. 183, l. 10: abilliet.--_Ms. B 20_: en point.
P. 183, l. 14: vuidièrent.--_Mss. B 5, 7_: vindrent.
P. 183, l. 19 _et plus loin_: Ondreghien.--_Ms. A 7_: Oudreghien.--_Ms.
B 1_: Andreghen.--_Ms. B 12_: Andrehem.--_Ms. B 20_: Oudreghem.
P. 183, l. 21: siis.--_Mss. B 5, 7_: dix.
P. 183, l. 31: li.--_Leçon du ms. B 1.--Manque aux mss. A 1, B 12._
P. 184, l. 11: l’esmerveilliet.--_Le ms. A 2 ajoute_: Agar! Argar!
P. 184, l. 23-24: s’enfelenia le plus.--_Ms. B 20_: fut plus dolant et
ayré.
P. 185, l. 2: mescheance et non autrement.--_Ms. B 20_: mesadventure.
§ =113.= P. 185, l. 4: Malle.--_Ms. A 2_: Aumalle.
P. 185, l. 10-11: c’est fait.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ce fait.
P. 185, l. 13: les.--_Ms. B 20_: les douze.
P. 185, l. 20: son.--_Mss. B 1, 2_: mon.
P. 185, l. 21: pifflée.--_Mss. A 2, B 12, 20_: pillée.--_Mss. A 7, B 5,
7_: foulée.
P. 186, l. 18: tenir.--_Mss. A 2, B 12, 20_: chevir.--_Mss. A 7, B 5,
7_: maintenir.
P. 186, l. 24: à Alos.--_Mss. B 5, 7_: à Los.
§ =114.= P. 187, l. 3: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.
P. 187, l. 11-12: toute... esmeue.--_Ms. B 20_: et à leur cause toute
ceste guerre s’est esmue et toute la felonnie procède à leur cause.
P. 187, l. 15: paroces.--_Mss. B 5, 7_: procès de temps.
P. 187, l. 20: Deinse.--_Ms. A 2_: Dultein.
P. 187, l. 23: carroi.--_Ms. A 7_: convoi.--_Mss. B 5, 7_: conroy.
P. 187, l. 26-32: et dites... et s’en.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et sachiez
leur intencion: si.
P. 187, l. 32: as bailles de Bruges et les trouvèrent.--_Ms. A 2_: au
bailli et aux bourgois de Bruges, et trouvèrent les portes.--_Ms. B
20_: as barrières des portes de Bruges et les trouvèrent.
P. 188, l. 7: Il.--_Ms. B 20_: Les doiens.
P. 188, l. 18: noir.--_Ms. A 2_: gros roncin.--_Ms. A 7_: noir
cheval.--_Mss. B 5, 7_: cheval.--_Ms. B 20_: moult beau cheval.
P. 188, l. 20: n’estoit.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. A 1_: n’estoient.
P. 188, l. 21: comme il est ores.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._
P. 188, l. 24: criant.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 189, l. 9-11: dalés le... au cler.--_Ms. A 2_: de coste le
burgemaistre, qui bien se monstroit à estre felon et oultrageux
homme et plein de grant cruaulté, et après lui venoient toutes ses
ribaudailles et tuffailles, tous armez au cler.
P. 189, l. 11: cler.--_Les mss. F 1, A 1 ajoutent_: et.
P. 189, l. 15: place.--_Le ms. A 2 ajoute_: comme se ilz de fait
puissent tantost combatre.
P. 189, l. 15: si.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2.--Ms. A 1_: se.--_Ms. B
5, 7_: et.--_Ms. B 12_: et si.
P. 189, l. 16: main.--_Le ms. A 2 ajoute_: ainsi comme un connestable
ou le mareschal d’un grand host.
§ =115.= P. 189, l. 28: esmeutin.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
esmouvement.--_Ms. B 1_: hustin.--_Ms. B 2_: hutin.--_Ms. B 12_:
esmeutinerie.
P. 189, l. 31: maistre.--_Mss. A 7, B 5, 7_: noise.
P. 190, l. 10: ne esmeutin.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ne esmouvement
quelconquez.
P. 190, l. 17: dou Dan.--_Ms. A 2_: de Gand, mais ilz alèrent premier
au Dain.
P. 190, l. 18: dangier.--_Mss. A 7, B 5, 7, 20_: delay.
§ =116.= P. 191, l. 3: la mort.--_Mss. B 1, 2, 5_: l’amour.
P. 191, l. 6: cil.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: de ceulx.--_Mss. B 1, 2_:
de cil.
P. 191, l. 11: Nicollai.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: et là fist
on ses obsèques.--_Le ms. B 20 ajoute_: en Gand.
P. 191, l. 14-16: car li... de Gaind.--_Ms. B 20_: car ceulx de Gand
avoient prins des Briguelins plusieurs qui tenoient en Gand hostage et
des plus grans.
P. 191, l. 23: chevaliers.--_Le ms. A 7 ajoute_: et d’escuiers.--_Les
mss. B 5, 7, 20 ajoutent_: et escuiers.
P. 191, l. 25: Gaind.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui tant de injures et de
despiz lui avoient fait.
P. 191, l. 32: Boule.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, 2, 7, B 5, 7,
12, 20_: Foule.
P. 192, l. 15: cens.--_Ms. B 2_: mille.
P. 192, l. 16: hommes.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7, 12.--Mss. A 1, 2,
B 20_: homicides.--_Manque aux mss. B 1, 2._
P. 192, l. 28: cinq mille.--_Ms. B 20_: VIII mille.
P. 193, l. 2: entrer.--_Leçon du ms. B 2.--Manque aux mss. A 1, 7, B 1,
5, 7, 12._
P. 193, l. 10: entrent.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: entretent.
P. 193, l. 22: Roubais.--_Ms. B 20_: Roulays.
P. 193, l. 22: Houarderie.--_Mss. B 5, 7_: Hourderie.
P. 193, l. 23: damages.--_Le ms. A 2 ajoute_: quant ilz furent ainsi
occis de tele meschante gent et pour garder leur ville et l’onneur du
conte, leur droit seigneur.
P. 193, l. 28: furent.--_Le ms. B 20 ajoute_: à leur bandon.
P. 194, l. 2: livrèrent.--_Mss. B 1, 2_: livreroient.
§ =117.= P. 194, l. 5: gantois.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. A
1, 7, B 1, 2, 5, 7.--Ms. A 2_: contre lui.
P. 194, l. 12: à tant.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 12_: autant.--_Manque
aux mss. A 1, 7, B 1, 5, 7._
P. 194, l. 19: navire.--_Le ms. B 20 ajoute_: delà en la mer.
P. 194, l. 20: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.
P. 194, l. 30: Si.--_Le ms. A 2 ajoute_: furent tous de ceste oppinion.
P. 195, l. 5: Audenarde.--_Le ms. A 2 place ici le passage de la page
suivante (l. 3-25)_: En la ville de Audenarde... et pour le trait des
cannons et du feu que les Flamens gettoient et traioient, qui estoient
logiez en Audenarde.
P. 195, l. 10: Poperinghe.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Propinghe.
P. 195, l. 11: Meschines.--_Mss. B 1, 2_: Messines.
P. 195, l. 17: avoit.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: l’avoit.
P. 195, l. 18: Braibant.--_Le ms. A 2 ajoute_: et en la conté de
Hainault.
P. 195, l. 19: des Mons.--_Mss. B 1, 2_: de Mons.
§ =118.= P. 196, l. 3-25: En la ville de Audenarde... prendre.--_Ce
passage placé plus haut (p. 195, l. 5) dans le ms. A 2 est remplacé
ici par_: Car ces vaillans chevaliers, le seigneur de Ghistelles, le
seigneur d’Anthoing et les autres cy dessus nommez, se combattoient et
deffendoient si vaillamment que bien fait à ramentevoir, et estoient
environ VIII{c} lances, tous chevaliers et escuiers et bonnes gens
d’armes; et firent couvrir les maisons de terre pour doutte du feu que
les Flamens gettoient nuit et jour par leurs cannons pour tout ardoir
en la ville. Si entendoient ceuls de la ville moult songneusement aux
maisons, pour quoi le feu ne s’y peust prendre, ne nullement ceuls,
chevaliers et escuiers, ne se fièrent en ceuls de Audenarde.
P. 196, l. 5: uit.--_Mss. B 5, 7_: sept.
P. 196, l. 12: d’Estainbourcq.--_Ms. A 7_: d’Escambourc.
P. 196, l. 12-13: messire Gerart de Marquellies.--_Ms. B 1_: le
seigneur de Marqueillies.--_Ms. B 2_: le seigneur de M. en Ostrevant.
P. 196, l. 14: en Hainnau.--_Ms. B 1_: en Ostrevant.
P. 196, l. 25: feus.--_Le ms. B 20 ajoute_: volant.
P. 196, l. 25: prendre.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne alumer.
§ =119.= P. 196, l. 26: Le siège.--_Ms. A 2_: Ce siège.
P. 197, l. 7: Tenre.--_Ms. A 2_: Eure.
P. 197, l. 13: seroient là venu.--_Ms. B 20_: seroient abordez en la
ville.
P. 197, l. 21: Brederode.--_Ms. A 7_: Brodorode.--_Mss. A 2, B 5, 7_:
Bredore.
P. 197, l. 27: que.--_Ms. B 12_: comme.
P. 198, l. 4: Gossuins.--_Mss. B 5, 7_: Gossinos.
P. 198, l. 5: Grutus.--_Ms. B 1_: Grutehus.--_Ms. B 12_: Gruuthuse.
P. 198, l. 8: Regni.--_Ms. A 7_: Rogny.--_Ms. B 12_: Teigny.
P. 198, l. 21: Joie.--_Mss. B 1, 2, 20_: Quoye.
P. 198, l. 21: Le Naire.--_Mss. B 1, 2_: Le Vaire.--_Ms. B 12_: La Vere.
P. 198, l. 22: Clinperoie.--_Ms. A 7_: Chaperoyes.
P. 198, l. 25: Widescot.--_Mss. A 7, B 12_: Windescot.
P. 198, l. 30: il.--_Ms. A 2_: les villains tuffes.
P. 199, l. 2: Regni.--_Mss. A 7, B 7_: Rogny.--_Ms. B 5_: Roigny.
P. 199, l. 5: Harselle.--_Le ms. A 2 ajoute_: capitaine des Flamens.
P. 199, l. 6: rafresquisoit.--_Le ms. B 20 ajoute_: et encouragoit.
§ =120.= P. 199, l. 10-11: trop bonnes gens.--_Ms. B 20_: vaillant gent
et sans nombre.
P. 200, l. 3: escarmuche.--_Les mss. B 1, 2, 12 ajoutent_: et dure.
P. 200, l. 6: hardiement.--_Le ms. A 2 ajoute_: et follement comme
villains desesperés et tous enrragiez que le diable gouverne et conduit
à leur derrenière fin.
P. 200, l. 14: navrés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: moult songneusement les
navrez, les bleciez et les mutilez.--_Le ms. B 20 ajoute_: et blechiez.
§ =121.= P. 200, l. 25: au Dam.--_Mss. A 7, B 5, 7_: à Gand.
P. 200, l. 31: le hodoit trop.--_Ms. A 2_: lui ennuioit trop.--_Mss. A
7, B 5_: le hourdoit trop.--_Ms. B 7_: se hordoit trop.--_Ms. B 12_: ne
lui plaisoit point.
P. 201, l. 1: volentiers.--_Le ms. A 2 ajoute_: et moult en estoit
penos et merancolieux.
P. 201, l. 12: nouvelles.--_Le ms. A 2 ajoute_: partit de Paris où il
estoit, et.
P. 201, l. 12: à.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 201, l. 20: amoient.--_Mss. B 1, 2, 12, 20_: avoient.
P. 202, l. 1-2: as tretiés.--_Mss. B 1, 2_: à la paix.
P. 202, l. 3: entenderoient.--_Ms. A 1_: entenderoit.
P. 202, l. 7: duroient li.--_Ms. A 2_: dura ce premier.
P. 202, l. 8: soir.--_Le ms. A 2 ajoute_: tout tant.
P. 202, l. 9: le prouvos de Tournai.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Ms.
A 1_: les prouvos de T.--_Ms. A 2_: et les Flamens et leur hox et
estoit le prevost.--_Mss. B 1, 2_: les prevostz de T.
P. 202, l. 10: l’amenoit et remenoit.--_Leçon des mss. A 7, B 5,
7.--Mss. A 1, B 1, 2_: l’amenoient et ramenoient.
P. 202, l. 18: conquis--_Le ms. A 2 ajoute_: mais resistèrent encores.
P. 202, l. 20: grant merveille.--_Ms. A 1_: granz merveille.
P. 202, l. 28: pour nous.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: nul mauvais
marchié ne.
P. 202, l. 31: qui se tenoit au Pont à Rosne.--_Ms. B 2_: quant il
sceut et fut veritablement informé comment ceuls de Audenarde n’avoient
garde et qu’ilz estoient tous sains et en bon point.
P. 203, l. 3: resongnoient.--_Ms. B 12_: doubtoient.
P. 203, l. 6-7: que venus.--_Mss. A 7, B 5, 7_: qu’il estoit
venus.--_Mss. B 1, 2_: que de venir.--_Ms. B 12_: à venir.
P. 203, l. 14: et s’acordèrent.--_Mss. A 7, B 12_: et s’i
acordèrent.--_Mss. B 1, 2_: et s’acordèrent à la paix.--_Mss. B 5, 7_:
et acordèrent.
P. 203, l. 14-15: li duc de Bourgongne.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Ms. B
12_: le duc.--_Manquent aux mss. A 1, B 1, 2, 20._
P. 203, l. 17: Courtrai.--_Ms. A 2_: Tournay.
P. 203, l. 24: couroit.--_Le ms. A 2 ajoute_: c’est assavoir Jehan Lion
et les blans chaperons.
P. 204, l. 1-2: donna... congiet.--_Mss. A 7, B 5, 7_: donna tout par
tout congié à ses soudoiers.--_Mss. B 1, 2_: pardonna tout, renvoia
tous ses saudoiers.--_Ms. B 12_: donna congié à tous souldoiers.
P. 204, l. 4: fais.--_Le ms. A 2 ajoute_: et donna aux grans seigneurs
et capitaines de beaux dons et tant qu’ilz s’en contentèrent
grandement, et prist congié d’eulx.
P. 204, l. 5: fils.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: beau filz.
P. 204, l. 8: et qui se resbouleroit.--_Ms. A 2_: et qui se
renouveleroit.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et qu’ils se rebelleroient.--_Mss.
B 1, 2_: et qu’elle s’esbourbeleroit.
§ =122.= P. 204, l. 21-25: que Audenarde... apparillie.--_Ms. A 2_:
que Audenarde fust abatue, mais nullement ne s’i est voulu consentir,
et m’a remonstré tant de doulces parolles et tant de belles raisons et
la grant amour qu’il a au païs de Flandres et par especial à ceuls de
Gand, ses bons amis, que il a convenu que Audenarde demeure entière
parmi le traictié de la paix, combien que je lui aie bien dit que
durant le traictié de la paix les Gantois, se ilz vouloient, pouoient
aler devers eulx abatre deux portes, les tours et les murs, afin que
elle leur fust à toute heure ouverte et appareillée. Mais non obstant
toutes ces demonstrances, je lui ay accordé de par vous toute sa
requeste.--Or avant! respondirent ceuls de Gand. Dieux y ait part! Nous
sommes tenus plus pour lui que tout.
§ =123.= P. 205, l. 20: encores.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: bonement
fier ne.--_Le ms. B 12 ajoute_: bonnement venir ne soy.
P. 205, l. 23-24: En non Dieu.--_Mss. B 20_: Certes.
P. 205, l. 31: Karesmiel.--_Ms. A 7_: Kaermiel.--_Mss. B 5, 7_:
Kaermel.--_Ms. B 12_: Carnel.
P. 206, l. 4: Konce.--_Ms. A 2_: Quimper Corantin.--_Ms. B 7_:
Conke.--_Ms. B 20_: Conque.
P. 206, l. 14: chevaliers.--_Le ms. A 2 ajoute_: Messire Geoffroi de
Karrismel, breton bretonnant, et messire Eustace de la Houssoye, breton
galois, nez à trois lieues de la bonne cité de Saint Malo de l’Isle.
P. 206, l. 18: Claiekin... Rocefort.--_Mss. A 2_: messire Bertran du
Guesclin, messire Olivier de Cliçon, le seigneur de Rohan, le seigneur
de Laval, le seigneur de Rochefort, le seigneur de Montfort.
P. 206, l. 19: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.
P. 206, l. 20: puis.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: plus.
§ =124.= P. 207, l. 12: Guerlande.--_Mss. A 7, B 5, 12_:
Guerrande.--_Ms. B_: Guerrende.
P. 207, l. 16: cinq.--_Ms. A 2_: VIII.
P. 207, l. 27: ensamble.--_Le ms. A 2 ajoute_: mais se nous fussions
tous d’un accord et d’une volunté, nous n’eussions d’euls garde.
P. 208, l. 2: à Prage en.--_Le ms. B 12 ajoute_: Allemaigne ou.
P. 208, l. 11: rois.--_Ms. B 12_: empereur.
§ =125.= P. 208, l. 21: nepveus.--_Mss. A 1, B 20_: cousins.
P. 209, l. 6: appartenoit.--_Le ms. A 2 ajoute_: pour faire son voiage.
P. 209, l. 9: et à Bruges... de Gaind.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et fist
tant par ses journées qu’il vint.
P. 209, l. 9: à Bruges.--_Le ms. A 2 ajoute_: par les dunes.
P. 209, l. 25: aler.--_Le ms. A 2 ajoute_: vers Treth, puis.
§ =126.= P. 210, l. 1: Cavrelée.--_Ms. A 2_: Cawelay.
P. 210, l. 2: Bonnestre.--_Mss. B 12, 20_: Bennestre.
P. 210, l. 11: les retourna.--_Mss. B 5, 7_: si se tourna.--_Ms. B 12_:
il se tourna.
P. 210, l. 16: frotter.--_Ms. A 2_: fraper.
P. 210, l. 22: d’Arondiel.--_Le ms. B 20 ajoute_: messire Thomas
Bonnestre, messire Hues de Cavrelée. Messire Jehan d’Arondel estoit.
P. 210, l. 25: et.--_Le ms. B 20 ajoute_: fut.
P. 210, l. 26: et pluiseurs... Cavrelée.--_Manquent au ms. B 20._
P. 210, l. 30: Hues.--_Ms. B 20_: Gaultier.
P. 210, l. 31: au cable.--_Ms. A 7_: au telle.--_Ms. B 7_: aux
telles.--_Ms. B 12_: aux toiles.
P. 211, l. 6: Hues de Cavrelée.--_Ms. B 20_: Gaultier Paule.
P. 211, l. 6: peris.--_Ms. A 1_: perilz.
P. 211, l. 7-8: à son pooir.--_Ms. B 12_: en son hostel.
P. 211, l. 14: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
§ =127.= P. 211, l. 25: Harlebecque.--_Mss. B 5, 7_: Hardebeque.
P. 211, l. 30: pendaille.--_Le ms. A 2 ajoute_: tuffaille.
P. 212, l. 1: l’avantage.--_Ms. A 2_: vivre d’avantage.--_Ms. B 12_:
l’avant garde.
P. 212, l. 10: de par.--_Ajouté pour le sens._
P. 212, l. 10: eulx.--_Manque aux mss. A 7, B 1, 2, 5, 7, 12._
P. 212, l. 15: Ne.--_Manque au ms. A 1._
P. 212, l. 31: sa.--_Ms. A 1_: son.
§ =128.= P. 213, l. 12: le desiroient.--_Ms. B 12_: l’amoient et
desiroient.
P. 213, l. 17: teut.--_Ms. B 1_: taist.--_Ms. B 5_: tint.
P. 213, l. 28: leurs bourgois.--_Mss. B 5, 7_: mes bourgois et les leur.
P. 214, l. 2: mieux.--_Le ms. A 2 ajoute_: et qui plus de II{c} mil
frans m’avoit cousté à faire ediffier.
P. 214, l. 6: jamès.--_Le ms. A 2 ajoute_: tant en suis dolant.
P. 214, l. 8: recovrés.--_Ms. A 7_: recordez.--_Mss. B 1, 2, 12_:
retournez.--_Mss. B 5, 7_: regardez.
P. 214, l. 14: Rainseflies.--_Ms. B 12_: Rameslus.
§ =129.= P. 215, l. 2: ruet.--_Mss. B 1, 2_: mis.
P. 215, l. 6: par.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 215, l. 12: devenres.--_Mss. A 7, B 5, 7_: denrées.--_Ms. B 12_:
vendredis.
P. 215, l. 19: carpent.--_Ms. A 2_: escharge.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
charge.
P. 215, l. 20: si.--_Ms. A 1_: se.
P. 215, l. 30: set.--_Leçon des mss. F 1, B 5, 12.--Mss. A 1, 7, B 1,
2, 7, 20_: uit.
P. 215, l. 32: vint.--_Mss. A 7, B 5, 7_: XII.
P. 216, l. 1: en un mont.--_Ms. B 20_: par tropeaulx.
P. 216, l. 30: l’enredie.--_Ms. F 1_: l’enrederie.--_Ms. A 2_: la
riote.--_Ms. A 7_: guerre.--_Ms. B 1_: le tourble et l’enrederie.--_Ms.
B 2_: le trouble et le hutin.--_Mss. B 5, 7_: guerre et avoir
noise.--_Mss. B 12, 20_: le hustin.
P. 217, l. 8: mis.--_Manque aux mss. A 1, B 1, 2._
P. 217, l. 14: A ces cols.--_Ms. A 2_: A ce coup.--_Ms. B 20_: Atant.
P. 217, l. 25: cose.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: ne demorra pas ensi
et qu’elle.
§ =130.= P. 217, l. 31: et au cinquime.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ou V et
puis.
P. 218, l. 9: menus mestiers.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: qui dalés
lui se tenoient.
P. 218, l. 11: Rasse.--_Ms. B 12_: Phelippe.
P. 218, l. 13: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 218, l. 17: chars.--_Le ms. A 2 ajoute_: de farines, de fèves, de
pois.
P. 218, l. 18: sels.--_Le ms. A 2 ajoute_: de buche.
P. 218, l. 28: ahaties.--_Ms. A 2_: rancunes, injures et haines.--_Mss.
A 7, B 5, 7_: haynes.--_Ms. B 20_: envahies et entreprises.
P. 219, l. 3: nommé ne renommé.--_Ms. A 2_: renommez ne accusez.--_Ms.
B 12_: demandez.--_Ms. B 20_: renommé.
P. 219, l. 6: laissièrent.--_Le ms. B 20 ajoute_: celle pendaille.
P. 219, l. 7: gens.--_Le ms. A 2 ajoute_: mauvaise ribaudaille.
P. 219, l. 7: signeurit.--_Ms. B 1, 2_: maistriés.--_Ms. B 12_: si
nourriz.
P. 219, l. 8: iaulx.--_Le ms. A 2 ajoute_: là où ilz vouloient ordonner
et commander.
P. 219, l. 12: ensonniet.--_Ms. A 2_: embesongnez.--_Mss. B 5, 7_:
esloigniez.
P. 219, l. 18: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 219, l. 25: jeuiaulx.--_Ms. B 12_: anneaulx.
§ =131.= P. 219, l. 30: Hauterive.--_Mss. B 1, 2, 12_: Auterme.
P. 220, l. 3-4: li bastars de Weldinghes.--_Leçon des mss. F 1, B
12.--Mss. B 1, 2_: li bastars de Weldure.--_Manquent au ms. A 2._
P. 220, l. 4: autres.--_Le ms. A 2 ajoute_: chevaliers tous d’un linage.
P. 220, l. 5-7: navieurs... à Gaind.--_Mss. A 7, B 5, 7_: navires de
Gand (qui estoient aux bourgois de Gand), qui les amenoient par la
rivière de l’Escault à Gand plaines de bledz (_les mots placés entre
parenthèses manquent au ms. B 5_).
P. 220, l. 17: fait.--_Les mss, B 1, 2 ajoutent_: faire.
P. 220, l. 30: cinq cens.--_Mss. B 5, 7_: cinq mil.
P. 220, l. 31: en oevre.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1.--Ms. B
2_: en besongne.
P. 221, l. 2: reversés.--_Ms. A 7, B 2, 5, 7_: renverser.
P. 221, l. 6: Se.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 221, l. 15: maleoites gens! li.--_Ms. A 2_: malostrutes gens! le
grant.
P. 221, l. 16: que cil de Gaind.--_Ms. A 2_: comme ces chaperons blans.
P. 221, l. 22: Li maieur et li juret.--_Mss. B 2, 12_: Le mayeur et les.
P. 222, l. 17-18: deffendu.--_Mss. A 7, B 5, 7_: avoir defendu.--_Mss.
B 2, 12_: defendre.
P. 222, l. 23: remonstré.--_Mss. A 7, B 2, 5, 7_: remonstrer.--_Ms. B
12_: avoir remonstré.
P. 222, l. 26: main.--_Le ms. A 2 ajoute_: à manière non d’amis, mais
d’ennemis.
P. 222, l. 26-27: plaidiet saissi.--_Ms. A 7_: et de plaidier
saisis.--_Mss. B 5, 7_: et estes de plaidier saisiz.--_Ms. B 12_:
saisi ses places.
P. 222, l. 30: des maieur et jurés.--_Leçon des ms. B 12._-_-Mss. A 1,
7, B 1, 2, 5, 7_: des maieurs et des.
§ =132.= P. 223, l. 10: que n’en ont point eu.--_Ms. B 20_: qu’ilz n’en
avoient nulle cause ne raison.
P. 223, l. 14-15: Mes Dieux.--_Ms. A 1_: Me Dieux.--_Ms. A 2_: M’aïst
Dieux.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Se m’aist Dieus.--_Mss. B 1, 2_: Mi
Dieus.--_Mss. B 12, 20_: Certes.
P. 223, l. 15: baillieu.--_Le ms. A 2 ajoute_: faisant son office et
tenant la bannière du conte en sa main.
P. 223, l. 21: destruire.--_Le ms. A 2 ajoute_: et tous ceuls qui
dedens se tinrent, V{c} chevaliers et escuiers.
P. 223, l. 24: et, se.--_Ms. A 2_: et comment mal il s’en acquitoit,
que dreit et justice il n’en faisoit, et pour ce.
P. 223, l. 30: sorre.--_Ms. B 12_: absoudre.
P. 224, l. 8: escrisoit.--_Ms. B 12_: escripvoit.
P. 224, l. 16: de Grute.--_Mss. A 7, B 7_: de Guise.--_Ms. B 5_: de
Guyse.
P. 224, l. 18: s’en partirent.--_Mss. B 5, 7_: retournèrent à Gand.
P. 224, l. 27: Weldinghes.--_Ms. F 1_: Windighes.--_Ms. B 1_:
Weldurez.--_Ms. B 2_: Weldures.--_Ms. B 12_: Weldigues.--_Ms. B 20_:
Windinges.
P. 225, l. 2: les prouvos et jurés.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
les prouvos et jurés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: le prevost et jurez.
P. 225, l. 3: qu’il en fissent partir le chevalier.--_Leçon du ms. B
12.--Manque aux mss. F 1, A 1, 2, B 20._
P. 225, l. 4: Partis.--_Ms. A 2_: Petit.--_Ms. B 12_: Pertris.
§ =133.= P. 225, l. 19: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.
P. 225, l. 28: tout bellement.--_Ms. B 20_: petit à petit.
P. 226, l. 4: remparer.--_Mss. B 1, 2_: rappareillier.
P. 226, l. 5: en.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: on.
P. 226, l. 11: roe.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. A 1_: ruez.--_Ms. B 1_:
roez.
P. 226, l. 13-14: li contes... Ippre.--_Ms. A 2_: Jehan Bette, qui fut
trouvé à Yppre, fut admené au conte de Flandres qui tantost commanda
qu’il fust decolé.
P. 226, l. 15: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
§ =134.= P. 226, l. 25: vies.--_Le ms. A 2 ajoute_: et il a très grant
droit, car nous lui avons fait trop de maulx et de despiz.
P. 226, l. 27: grant tort.--_Ms. B 20_: une mauvaise compaignie.
P. 226, l. 29: fin.--_Le ms. B 20 ajoute_: ou pire.
P. 226, l. 30: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.
P. 227, l. 1: demorroit.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: demoroit.
P. 227, l. 3: porions nous estre.--_Ms. A 2_: nous pourrons.--_Ms. B 5,
7_: pourrons nous.--_Ms. B 20_: pouvons nous estre.
P. 227, l. 3-4: porions... destruit.--_Mss. B 1, 2_: porrions nous
encore estre destruis.--_Ms. B 12_: nous serons encores tous destruitz.
P. 227, l. 4: n’i.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: prenons garde et.
P. 227, l. 7: Rasses.--_Ms. B 12_: Jaques.
P. 227, l. 8: Lannoit.--_Ms. B 5_: Lannay.
P. 227, l. 26: Flandres.--_Le ms. A 2 ajoute_: annet filz bastard du
conte, qui avoit nom la Haze. De cellui ilz firent leur capitaine, car
ilz estoit appert chevalier et vaillant homme d’armes durement. Si
mandèrent.
P. 227, l. 27-29: et... chevalier.--_Manquent au ms. A 2._
P. 227, l. 28: Hasse.--_Ms. A 2_: Haze.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
Hasle.--_Mss. B 1, 2_: Hazele.--_Ms. B 12_: Hazle.--_Ms. B 20_: Halze.
P. 227, l. 29: Hasses.--_Ms. A 1_: Hasles.
P. 227, l. 31: Gauvres.--_Mss. B 5, 7_: Grauves.--_Ms. B 20_: Gavres.
P. 228, l. 12: arbalestres.--_Le ms. A 2 ajoute_: que ilz pendoient à
leur porte.
P. 228, l. 14-16: de grant... homme.--_Ms. B 20_: puissant de corps,
hardi, entrependant et asseuré en armes et plus entesté.
P. 228, l. 17: sen.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.
§ =135.= P. 228, l. 22: Aubert.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui pour lors
estoit bail de Henault.
P. 228, l. 30: seroient.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: seroit.--_Ms. B
12_: furent.
P. 229, l. 5: compte.--_Le ms. A 2 ajoute_: et se moquèrent.
P. 229, l. 7: Hues.--_Ms. A 2_: Henrry.
P. 229, l. 7: est.--_Mss. B 5, 7_: estoit.
P. 229, l. 9: drois.--_Le ms. A 2 ajoute_: et la donrroient à un autre
qui voulentiers les serviroient, et avecques ce ilz.
P. 229, l. 10: dalés Gramont.--_Leçon des ms. B 1, 2.--Manquent au ms.
A 1.--Ms. A 2_: assez près de Gand.--_Mss. B 5, 7_: tout jus.--_Ms. B
12_: emprès Grantmont.
P. 229, l. 11: destruction.--_Le ms. A 2 ajoute_: comme mauvais
traitres, villains rebelles qu’ilz estoient envers le conte, leur
naturel seigneur.
P. 229, l. 15: obeïssance.--_Le ms. A 2 ajoute_: et non à eulx.
P. 229, l. 20: Grammont.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Gand.
P. 229, l. 21: d’Enghien.--_Ms. A 2_: d’Antoing.
P. 229, l. 24: la guerre.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manquent aux
mss. A 1, B 1, 2, 12, 20._
P. 229, l. 30: cent mille.--_Ms. B 20_: deux cens mil.
P. 229, l. 31: grant painne.--_Mss. A 1_: grant painnez.
P. 229, l. 31: ne paix.--_Ms. B 12_: de paix.
P. 229, l. 32: de Gaind.--_Ms. A 2_: des blans chaperons de Gand.
P. 229, l. 32: si.--_Ms. B 20_: avoir si.
P. 230, l. 2: Bourgongne.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui avoit sa fille
espousée.
§ =136.= P. 230, l. 18: banis.--_Mss. A 7, B 5, 7_: barons.
P. 230, l. 21: de Stienehus.--_Mss. A 7, B 5, 7_: d’Estrevelins.--_Ms.
B 12_: de Steenhus.
P. 230, l. 30: Tournai.--_Ms. B 12_: Courtray.
P. 230, l. 31: en le Pèvle.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 2_:
Peulle.--_Ms. B 2_: en rouele.--_Ms. B 12_: en Penèle.
P. 231, l. 1: le Rongi.--_Manquent au ms. A 2._
P. 231, l. 2: et à Lille.--_Mss. B 1, 2_: ne de Douay à Lille.
P. 231, l. 2: Lille.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne à Bethune.
P. 231, l. 6: et Courtrai.--_Ms. B 2_: de ceuls de Tournay.
P. 231, l. 14-15: de Flandres.--_Ms. B 12_: de Gand, d’Ypre, de Bruges
et d’ailleurs.
P. 231, l. 15-20: ne mist... duc de Bourgongne, et.--_Mss. A 7, B 5,
7_: et à celle fin que le conte n’eust aucun pourchas et traictié de
son cousin et filz le duc de Bourgongne, ilz.
P. 232, l. 4: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.
P. 232, l. 5-6: faissoit... disoit.--_Mss. B 5, 7_: faisoient papes
Clemens et les cardinaulx et disoient.
§ =137.= P. 232, l. 10: à siège.--_Ms. A 1_: assiège.
P. 232, l. 10-11: Chastel... Randon.--_Ms. B 12_: le fort chastel de
Randon.
P. 232, l. 11: Randon.--_Ms. B 20_: Landon.
P. 232, l. 15: englesses.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque aux mss. A
1, 2, 7._
P. 232, l. 22: France.--_Le ms. A 2 ajoute_: car je crey bien que
jamais n’y avra son pareil.
P. 232, l. 29: à ses piés.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2, 5, 7, 12,
20.--Mss. A 1, 2_: assés priès.
P. 233, l. 7: regars.--_Ms. A 2_: souverain et garde.--_Mss. B 5, 7_:
regent.
P. 233, l. 19: merites.--_Ms. B 20_: propice.
P. 233, l. 22-23: encores une espasse de tamps.--_Mss. B 1, 2_: jusques
à une autre fois.
P. 233, l. 27: Caluisiel.--_Ms. A 2_: Chanlucet.--_Mss. B 1, 2_:
Coursiel.--_Ms. B 12_: Caluset.
§ =138.= P. 234, l. 12: otant.--_Ms. B 12_: quatre cens.
P. 234, l. 14-15: messires Hues... Trivès.--_Ms. B 20_: messires Thumas
Trivès et petit d’autres.
P. 234, l. 25: Rochefort.--_Le ms. A 2 ajoute_: du seigneur de Montfort.
P. 234, l. 25: et des.--_Ms. B 20_: et d’autres capitaines.
P. 234, l. 28: pour quoi il perissoit, et.--_Mss. A 7, B 5, 7_: pour
quoi ilz ne venoient.--_Ms. B 12_: à quoy il tenoit et.--_Ms. B 20_: de
l’estat de par delà et.
P. 234, l. 29: leur.--_Mss. A 7, B 5, 7_: lui.
P. 234, l. 31: mesage.--_Ms. B 5, 7_: voyage.
§ =139.= P. 235, l. 11: De la venue.--_Ms. A 2_: Quant.
P. 235, l. 12: furent.--_Ms. A 2_: furent venuz à Londres.
P. 235, l. 14: alla.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque aux mss. A 1,
2.--Mss. A 7, B 5, 7_: si volt le roy tenir.--_Ms. B 12_: le roi tint.
P. 235, l. 14: Widesore.--_Ms. A 2_: Westmouster.
P. 235, l. 24-25: li dus de Lancastre.--_Ms. B 5_: le roy.--_Ms. B 7_:
li dus de Bretaigne.
P. 236, l. 1: Westmoustier.--_Ms. B 12_: Windesore.
P. 236, l. 8: Hostindonne.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Hastindonne.--_Ms. B
2_: Hontiton.--_Mss. B 12, 20_: Hostidonne.
P. 236, l. 17: trois mille.--_Mss. B 5, 7_: quatre mille.
§ =140.= P. 237, l. 1: passeroit.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: ne
passast.--_Le ms. A 2 ajoute_: la mer.
P. 237, l. 6: païs.--_Le ms. B 20 ajoute_: et bonnes villes.
P. 237, l. 16: frès.--_Ms. A 1_: frèrez.
P. 237, l. 22: les.--_Ms. B 1_: le.
P. 237, l. 25: Ternois.--_Ms. B 5_: Therouennoys.--_Ms. B 7_:
Therrenoyes.
P. 237, l. 27: fors.--_Ms. B 12_: portz.
P. 237, l. 30: d’Esprelecque.--_Ms. B 1, 2_: d’Esproloque.
P. 237, l. 31: Hames.--_Ms. B 1_: Havres.--_Mss. B 5, 7_: Harnes.--_Ms.
B 12_: Haynes.
P. 238, l. 13: Saintpi.--_Mss. A 2, B 2_: Sempy.--_Ms. B 1_: Sempi.
§ =141.= P. 238, l. 25: Marquigue.--_Leçon donnée plus loin p. 239, l.
23.--Ms. A 1_: Marqhingue.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Maligue.--_Ms. B 20_:
Marghingue.
P. 238, l. 27: pennonchiers.--_Ms. B 7_: jouvenceaulx.
P. 238, l. 28: d’Asquesufort.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de Stanfort.
P. 238, l. 30: de Devesciere.--_Ms. A 2_: de Dulvestre.--_Ms. B 1_: de
Deuveciere.--_Ms. B 2_: de Deuveziere.--_Mss. B 5, 7_: Dunestre.--_Ms.
B 12_: Denesiere.--_Ms. B 20_: de Denestiere.
P. 239, l. 1: Fil Watier.--_Ms. A 7_: Fillatier.--_Mss. B 5, 7_:
Silvatier.
P. 239, l. 7: de la Souce.--_Mss. A 7, B 5, 7_: la Sente.--_Mss. B 1,
2_: la Soute.--_Mss. B 12_: Lascouce.
P. 239, l. 8: Clinton.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 7, B 5, 7, 20_:
Cluton.
P. 239, l. 9: Fil Warin.--_Ms. B 1_: Fil Watier.
P. 239, l. 9: Toriel.--_Ms. A 2_: Troiel.--_Mss. B 1, 2_: Tretiel.
P. 239, l. 10: de Vertaing.--_Mss. B 5, 7_: Warchin.
P. 239, l. 11: Ferinton.--_Mss. A 2, B 20_: Fermiton.--_Ms. B 12_:
Freneton.
P. 239, l. 12-13: Draiton.--_Ms. A 2_: Drachon.--_Ms. B 12_:
Dariton.--_Ms. B 20_: Traiton.
P. 239, l. 13: Franke.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Faubre.--_Ms. B 12_: Fouque.
P. 239, l. 18: Saint More.--_Ms. A 2_: Saincte Memoire.
P. 239, l. 19: Hugekin.--_Ms. A 2_: Hennequin.--_Ms. B 1_:
Hughelin.--_Mss. B 2, 5, 7, 12_: Huquelin.
P. 239, l. 23: Marquigue.--_Mss. B 1, 2_: Mortaigne.
P. 240, l. 3: jurent.--_Mss. A 7, B 5, 7_: juroient.--_Ms. B 12_:
jurèrent.
P. 240, l. 4: trois.--_Mss. A 7, B 5, 7_: deux.
P. 240, l. 7: aler.--_Le ms. B 12 ajoute_: si comme cy est declairé
(_la fin du paragraphe manque_).
P. 240, l. 7-9: il... que.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manquent aux mss.
A 1, 2, B 5, 7, 12, 20._
§ =142.= P. 240, l. 29: Citelée.--_Ms. B 20_: Tichelée.
P. 240, l. 29: Roumeston.--_Mss. B 1, 2_: Jonneston.--_Ms. B 12_:
Romescoton.
P. 240, l. 30: Roselée.--_Le ms. A 2 ajoute_: et plusieurs autres que
je ne puis mie tous nommer.
P. 241, l. 4: Flolant.--_Mss. B 1, 2_: Frolant.--_Ms. B 12_: Floant.
P. 241, l. 12: tour.--_Ms. B 12_: maison.
P. 241, l. 19: Bauduins de le Boure.--_Ms. B 1_: d’Ennequin.--_Ms. B
2_: d’Ennequins.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._
P. 241, l. 21: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.
P. 241, l. 26: present.--_Le ms. A 2 ajoute_: devant lui.
P. 241, l. 31: une telle platte maison.--_Ms. B 20_: si petit de chose.
P. 242, l. 1-3: Quant li... espargnier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Bien
nottèrent ceulx qui entendirent ceste parole, et s’espargnièrent moins.
P. 242, l. 11-12: se vendirent... bleschiés.--_Ms. B 20_: se
deffendirent, car tous furent blechiés ceulx du fort.
§ =143.= P. 243, l. 23: Thumas Canois.--_Manquent au ms. B 12._
P. 243, l. 28: joustes.--_Le ms. A 2 ajoute_: de fer de lance.
P. 244, l. 2-3: Esquelles.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Esquilles.
P. 244, l. 3: Thierewane.--_Ms. A 2_: Chiennevaire.
§ =144.= P. 244, l. 17: Fransures.--_Mss. B 1, 2_: Fransières.--_Ms. B
5_: Fransuerez.--_Ms. B 7_: Fransueres.
P. 244, l. 29: et pareçons.--_Ms. A 1_: as pareçons.--_Ms. A 2_: aux
parçons.--_Ms. B 1_: et parchons.--_Ms. B 2_: et particions.--_Ms. B
12_: pareil à autre.--_Ms. B 20_: aux parchons.
P. 245, l. 3: Wicerne.--_Leçon donnée plus bas, l. 26.--Mss. A 1, 2,
7_: Vitrone.--_Mss. B 1, 2, 20_: Vitrene.--_Mss. B 5, 7, 12_: Viterne.
§ =145.= P. 245, l. 15: Tassen.--_Ms. A 2_: Casson.--_Mss. A 7, B 12,
20_: Tasson.--_Ms. B 1, 2_: Cassem.--_Mss. B 5, 7_: Tansson.
P. 245, l. 21: d’Allemaigne.--_Mss. A 7, B 5, 7_: d’Angleterre.--_Ms. B
12_: des Rommains.
P. 245, l. 22: madame de Braibant.--_Mss. B 1, 2_: la duchoise.
P. 245, l. 26: Wicerne.--_Mss. B 5, 7_: Vicreno.
P. 246, l. 3: Lillers.--_Ms. A 2_: Liflers.--_Ms. A 7_: Lisle.--_Mss. B
5, 7_: Lisque.
P. 246, l. 4: Bruais.--_Mss. B 5, 7_: Bouais.
P. 246, l. 4: la.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: li.--_Mss. A 7, B
7_: lez.--_Manque au ms. A 2.--Ms. B 12_: la Bruisière.
P. 246, l. 7: gissoient.--_Ms. B 20_: se retraioient.
§ =146.= P. 246, l. 16: le seigneur.--_Ms. B 20_: messire Pierre.
P. 246, l. 17: Cargni.--_Ms. B 1_: Charni.--_Ms. B 2_: Charny.
P. 246, l. 18: Honcourt.--_Ms. A 7_: Haricourt.--_Mss. B 5, 7_:
Harcourt.
P. 246, l. 21: à Sauchières.--_Leçon donnée plus bas, l. 29.--Ms. A 1_:
as Auchière.--_Ms. A 2_: à Anchière.
P. 246, l. 29: Sauchières.--_Mss. A 7, B 1, 2_: Douchières.
P. 246, l. 29: chevauchoient.--_Le ms. B 12 ajoute_: tous jours
ensemble et moult ordonneement.
P. 247, l. 2: si.--_Leçon du ms. B 1._--Ms. A 1: se.
P. 247, l. 4: voiage.--_Le ms. A 2 ajoute_: lequel ilz ont
honourablement emprins et commancié, mais comment il leur en prendra en
la fin, je ne le sçay.
P. 247, l. 12: Avesnes.--_Leçon des mss. B 1, 2, qui ajoutent_: le
conte.--_Mss. A 1, 7, B 7_: Anes.--_Mss. A 2, B 5_: Anez.--_Ms. B 20_:
Nevesle.
P. 247, l. 24: Gui.--_Ms. B 20_: Guillemme.
§ =147.= P. 247, l. 29: La nuit.--_Ms. A 2_: Si avint.
P. 248, l. 6: fust.--_Le ms. B 12 ajoute_: et prouffitable.
P. 248, l. 19: si esperonnèrent.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_:
s’esprouvèrent.
P. 249, l. 5: as gens le.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: as Englez
le.--_Ms. B 20_: au.
P. 249, l. 15: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.
P. 249, l. 16: combatre.--_Le ms. A 2 ajoute_: ou non.
§ =148.= P. 249, l. 24: Haverech.--_Le ms. A 2 ajoute_: le sires de
Marquelies.
P. 249, l. 26: sentoient.--_Ms. A 2_: se tenoient ainsi comme tout.
P. 249, l. 30: de Soumaing.--_Mss. B 5, 7_: et soubz main.
P. 249, l. 31: Cavrelée.--_Le ms. B 20 ajoute_: Jehan d’Arnon.
P. 249, l. 31: Hai.--_Ms. A 2_: Gay.
P. 250, l. 17-18: car... cessèrent.--_Ms. B 20_: tant que au ferir, car
ilz brocquoient de randon.
P. 250, l. 17: estekier.--_Ms. A 2_: courir.--_Ms. B 12_: estocquier.
P. 250, l. 24: Boulhart.--_Ms. B 16_: Houlart.
P. 250, l. 29: Digier.--_Ms. B 20_: Ligier.
P. 251, l. 2: l’eure ne pour le journée.--_Ms. B 12_: ce
jour.--_Ms. B 20_: le journée.
§ =149.= P. 251, l. 3: li hoos.--_Ms. B 20_: l’armée du conte de
Bonquighem.
P. 251, l. 13: trente.--_Ms. B 12_: de trente à quarante.
P. 251, l. 18: à Farvakes.--_Ms. B 12_: du fouraige.
P. 251, l. 26: dix.--_Ms. B 20_: douze.
P. 251, l. 27: compaignie.--_Le ms. B 20 ajoute_: qui vaillament
s’estoient deffenduz à leur pouoir.
P. 251, l. 28-30: en es... loga.--_Ms. A 2_: dedans les logeis de leurs
maistres qui les avoient prins à Foursonne.
P. 251, l. 28: Fonsomme.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
Foursome.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Foursoms.--_Ms. B 12_: Foursomme.--_Ms.
B 20_: Foursene.
P. 251, l. 29: Saint Quentin.--_Mss. A 7, B 5, 7_: d’Amiens.
P. 251, l. 31: va des.--_Ms. B 20_: va de la guerre et de ses.
P. 251, l. 31: aventures.--_Le ms. A 2 ajoute_: des armes; à l’un
emprant bien, et à l’autre maisement.
§ =150.= P. 252, l. 10: Oregni.--_Ms. B 12_: Orgnies.
P. 252, l. 11: Benoite.--_Ms. A 2_: Marie.
P. 252, l. 13: ante.--_Mss. A 7, B 5, 7_: bellante.
P. 252, l. 21: Orgny.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Thorigny.
P. 252, l. 22: Creci.--_Mss. B 5, 7_: Torcy.
P. 252, l. 22-24: là loga... Selle, et.--_Leçon des mss. B 1,
2.--Manquent aux mss. A 1, 2._
P. 252, l. 22-25: là loga... Laon, et.--_Ms. B 20_: vindrent coureurs
jusques aux barières de Laon, mais.
P. 252, l. 24: logier.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque aux mss. A 1,
2._
P. 252, l. 29-30: Courmissi.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: Tourmissy.
P. 252, l. 32: plentiveux.--_Ms. A 2_: plantureux.
P. 253, l. 5: souffraite.--_Mss. B 5, 7_: souffrance.--_Le ms. B 20
ajoute_: et grant famine.
P. 253, l. 20-21: sepmaine.--_Mss. B 1, 2_: empainte.
P. 253, l. 21: soissante.--_Mss. B 5, 7_: quarante.
P. 253, l. 23: garant.--_Le ms. B 20 ajoute_: comme il leur estoit
adviz.
P. 253, l. 25: paissoient.--_Le ms. A 2 ajoute_: l’erbe qu’ilz
trouvoient avoir.
P. 254, l. 5: largaiche.--_Manque au ms. B 1.--Ms. B 2_: joie.
P. 254, l. 11: carées.--_Ms. A 2_: charretées.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
charges.
P. 254, l. 12: respitées d’ardoir.--_Ms. A 2_: garantiz d’ardoir.--_Ms.
B 1_: respites de non ardoir.--_Ms. B 2_: respitez d’ardoir.
P. 254, l. 16: rivière.--_Le ms. B 20 ajoute_: à guez, car le pont
estoit rompu.
§ =151.= P. 254, l. 22: estaches.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, B
5, 7_: estages.--_Ms. A 7_: estaiches.--_Ms. B 12_: estaces.
P. 254, l. 21: plances et.--_Ms. A 2_: plenté de.
P. 254, l. 24: et.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._
P. 255, l. 12: Monmer.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Moyemer.
P. 255, l. 16: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.
P. 255, l. 21: Pelotte.--_Ms. A 2_: Pelotre.--_Ms. A 7_: Pelage.--_Mss.
B 1, 2_: Pallote.--_Mss. B 5, 7_: Plage.
P. 255, l. 26: si.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. A 1_: se.--_Manque au ms.
B 1._
P. 256, l. 15: esperons.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui mieulx mieulx.
P. 256, l. 17: si.--_Le ms. B 20 ajoute_: fut ung petit pensif et.
P. 256, l. 29: Brochons.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
Brotone.--_Mss. A 2, B 12_: Brocons.--_Ms. A 7_: Bretons.--_Mss. B 5,
7_: Breton.
P. 256, l. 31: fuioit.--_Ms. B 1_: sieuoit.--_Ms. B 2_: aloit.
P. 257, l. 1: cheval.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: chevaulx.
P. 257, l. 2-3: car... estriers.--_Ms. B 20_: car le seigneur Hangiers
demoura sur la selle.
P. 257, l. 7: de corps.--_Mss. B 1, 2, 12_: d’armes et de corps.
P. 257, l. 24: quoitié.--_Ms. A 2_: costiez.--_Ms. B 20_: poursiewiz et
tant oppressez.
P. 257, l. 24: barrière.--_Le ms. B 20 ajoute_: doubtant.
P. 257, l. 28: fors.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: fort.
P. 257, l. 31: et au gué.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: à
Augré.--_Mss. B 5, 7_: Auwe.--_Ms. B 12_: au gré.
P. 258, l. 1-2: de estre... aventure.--_Ms. B 20_: en moult grant peril
d’estre prins de ses ennemis.
§ =152.= P. 258, l. 8: Brochons.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
Brocons.--_Ms. A 2_: Bracons.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Bretons.
P. 258, l. 12: vint.--_Ms. B 7_: trente.
P. 258, l. 15: à euls sauver.--_Ms. B 20_: après eulx.--_Les mss. A 7,
B 5, 7 ajoutent_: entendoient.
P. 258, l. 23: Goufer.--_Mss. A 2, B 20_: Goufier.--_Mss. B 1, 2_:
Gonsée.--_Mss. B 5, 7_: Geuffroy.--_Ms. B 12_: Coufer.
P. 258, l. 25: estanchiés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: eshauchiez.
P. 258, l. 27: coitoient.--_Ms. B 20_: convoitoient.
P. 258, l. 28: riens.--_Mss. B 1, 2_: mot.
P. 258, l. 28: de.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 2, B 12_: des.
P. 258, l. 29: d’englès.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 2, B 12_: des
englès.
P. 259, l. 13: si.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Ms. A 1_: se.
P. 259, l. 21: Barnars.--_Mss. A 2, B 1, 2, 12_: Barnare.--_Mss. A 7, B
5, 7_: Bernare.
P. 259, l. 21: Siple.--_Ms. A 2_: Supplice.--_Ms. B 2_: Simple.
P. 259, l. 24: ensamble.--_Le ms. A 2 ajoute_: pour sçavoir comment ilz
se maintenrroient.
P. 259, l. 28: avoient.--_Leçon du ms. A 1, à corriger en_ avoit,
_d’après le ms. A 2_.
§ =153.= P. 259, l. 31: nullement li.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Charles.
P. 260, l. 10: de France.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de la mer.
P. 260, l. 14: de Hanbue.--_Mss. B 1, 2, 12_: Haubue.--_Ms. B 5_:
Hambie.
P. 260, l. 15: li Barrois.--_Mss. A 1, 7_: li baron.
P. 260, l. 15-16: li sires de Roye.--_Manquent au ms. B 12._
P. 260, l. 16: messire Jehans de Roie.--_Manquent aux mss. B 5, 7._
P. 260, l. 16: Assi.--_Mss. B 1, 2_: Arsi.
P. 260, l. 21: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.
P. 261, l. 3: armes.--_Répété dans le ms. A 1._
P. 261, l. 5-28: rengies... batailles.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7
par suite d’un bourdon._
P. 261, l. 17: les sambues et li houcement aloient.--_Ms. B 12_:
l’embouchement pendoit.
P. 261, l. 17: houcement.--_Ms. A 2_: boutonnemens.
P. 261, l. 26: friceté.--_Ms. B 20_: faiticeté.
P. 261, l. 31-32: asquels li contes dist ensi.--_Leçon des mss. B 1,
2.--Manquent au ms. A 1.--Ms. A 2_: puis leur dist.--_Mss. A 7, B 5,
7_: et leur dist le conte de Bonqueghen.--_Les mss. B 1, 2, 5, 7, 12
ajoutent_: Rois d’armes.
P. 262, l. 8: fleur.--_Le ms. B 7 ajoute_: de lys et.
P. 262, l. 17: Si.--_Leçon des mss. A 7, B 12.--Mss. A 1, B 1, 2_: Se.
§ =154.= P. 262, l. 27: Entrues... leur.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss.
A 1, B 20_: Entruez que Camdos ly hiraus fist son.--_Ms. A 2_: Ainsi
que Camdos fist son.--_Ms. A 7_: Endementiers que les heraulx firent
leur.
P. 263, l. 17: Adonc fist.--_Ms. A 2_: Adonc lui dist: «Messire, vecy
plusieurs bons escuiers qui voulsissent bien qu’il vous pleust à eulx
faire chevaliers». Adonc le conte fist.
P. 263, l. 19: Brochon.--_Ms. A 1_: Boucon.--_Ms. A 2_: Benton.--_Ms. A
7_: Bretons.--_Mss. B 1, 2, 20_: Bouton.--_Mss. B 5, 7_: Breton.
P. 263, l. 21: Stinquelée.--_Le ms. A 1 ajoute_: et messire Huge de
Bince.--_Le ms. A 2_: messire Hugues de Luyne.--_Le ms. B 12_: et
messire Hugue de Hume (_cf. l. 25_).--_Le ms. B 20_: et messire Hugue
de Lume.
P. 263, l. 21: Ortingue.--_Mss. B 1, 2_: Artingue.
P. 263, l. 22: Wallekock.--_Mss. B 12_: Willecocq.
P. 263, l. 23: Brainne.--_Ms. B 12_: Bruyne.
P. 263, l. 23: Bernier.--_Ms. A 7_: Vernier.--_Ms. B 20_: Bernient.
P. 263, l. 25: Lume.--_Ms. A 1_: Lunce.--_Ms. A 2_: Luyne.
P. 263, l. 25: Huge de Lume.--_Manquent au ms. B 12.--Ms. B 20_:
Witasse de la Boule.
P. 264, l. 10-11: de crestiiens... l’autre.--_Manquent dans les mss. A
7, B 5, 7.--Mss. B 1, 2_: contre Sarrasins.
P. 264, l. 12: enssi.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: essi.
P. 264, l. 14: rèse.--_Ms. B 20_: estour.
§ =155.= P. 265, l. 4: passer ne aler.--_Leçon des mss. A 7, B 5,
7.--Manquent aux mss. A 1, B 1.--Ms. B 2_: passer oultre ne aler.
§ =156.= P. 265, l. 19: efforcié.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: et
efforcent.
P. 265, l. 21: en especialité.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et en especialité.
P. 265, l. 30: et frère au roi de France.--_Manquent au ms. B 20._
P. 265, l. 30: Si.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: Se.
P. 265, l. 30: requiert.--_Ms. A 1_: requert.
P. 266, l. 1: Engletière.--_Les mss. B 1, 2, 12 ajoutent_: et oncle du
roi à present.--_Le ms. B 20 ajoute_: et oncle à present du roy Richart
d’Angleterre.
P. 266, l. 7-8: enfourmés.--_Ms. B 1_: chargiet.--_Ms. B 2_: chargez.
§ =157.= P. 266, l. 22: porta.--_Le ms. A 2 ajoute_: d’un costé et
d’autre.
P. 266, l. 24: qui s’appelloit Jehan Ston.--_Mss. A 6, 7, 9, B 5, 7_:
nez de l’eveschié de Lincolle.--_Manquent aux mss. B 12, 13, 15, 16._
P. 266, l. 24: Jehan Ston.--_Leçon du ms. B 20.--Blanc laissé dans
le ms. A 1.--Ms. A 2_: Jennequin Boleton.--_Mss. B 1, 4_: Lyonet de
Northberi.--_Ms. B 2_: Lionnet de Norbery.
P. 267, l. 2: des.--_Ms. A 2_: de plus de X.
P. 267, l. 27: Bourbon.--_Le ms. A 2 ajoute_: le conte de Harrecourt.
P. 268, l. 2: sus la remontière.--_Ms. B 20_: entour vespres tous.
P. 268, l. 5: Barbon.--_Ms. B 12_: Bourbon.--_Ms. B 20_: Barlion.
P. 268, l. 5: Mailliers.--_Mss. A 7, B 7_: Maillières.--_Ms. B 5_:
Maillères.
P. 268, l. 9: n’avoient... mout.--_Ms. B 20_: avoient.
§ =158.= P. 268, l. 11-12: li Englès... France.--_Ms. B 20_: le conte
de Bouquighem chevauchoit et raenchonnoit parmy France à grosse route
de gens d’armes d’Angleterre.
P. 268, l. 14: que.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 268, l. 18: saudoiiers.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. A 1_: saudoiier.
P. 268, l. 18-19: au duc et au païs de Bretaigne.--_Ms. A 2_: car le
duc de Bretaigne et son païs s’en les avoient mandez.
P. 268, l. 19: qui regnoit.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Ms. A 1_: qui
resongnoit.--_Ms. A 2_: qui moult resongnoit les fortunes.--_Ms. A 7, B
5, 7_: resoingnoit.
P. 268, l. 21: visseux.--_Mss. A 2, B 20_: advisé.
P. 268, l. 22: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 268, l. 26: fust.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: mal.
P. 268, l. 27: et.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ne.
P. 269, l. 3: il.--_Ms. A 1_: ilz.
P. 269, l. 10: ou cas... brisier.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1,
7, B 5, 7_: desquels il avoient les coppiez et.--_Ms. B 20_: desquelles
choses ainsi prommises ilz avoient les copies et.
P. 269, l. 10-13: ou cas... et que.--_Ms. A 2_: desquels convenances
et traittiés ilz avoient les coppies et accors jadis fais, accordez
et sellez, requis et priez par eulx meismes, desquels ils avoit bons
originauls royaulx; et ainsi il leur mandoit comment.--_Ms. B 12_: par
bonnes chartres desquelles avoient les copies et il l’original.
P. 269, l. 13: roiel.--_Ms. B 20_: vidimus.
P. 269, l. 22: ils.--_Ms. A 1_: il.
P. 270, l. 1: aidant à ses ennemis.--_Ms. B 20_: aidans, confortans ne
favourisans à ses ennemis ne adversaires.
P. 270, l. 20: Fransures.--_Ms. B 1_: Fransièrez.--_Ms. B 2_:
Fransières.--_Mss. B 5, 7_: Fransueres.
§ =159.= P. 270, l. 22: Bouquighem.--_Le ms. B 20 ajoute_: et les
barons d’Angleterre.
P. 270, l. 26: merquedi.--_Ms. B 20_: mardi.
P. 270, l. 29: Jenon.--_Ms. A 2_: Renon.
P. 271, l. 2-3: S. J. de Nemousses.--_Mss. A 7, B 5, 7_: S. J. de
Nemours.--_Mss. B 1, 2_: S. J. Deunemousses.--_Ms. B 12_: Sainte
Venisse de N.
P. 271, l. 4: Biane.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Beaune.--_Mss. B 1, 2_: Viane.
P. 271, l. 4-5: et l’autre jour... Gastinois.--_Manquent au ms. A 2._
P. 271, l. 5: Peuviers.--_Ms. B 1_: Pemmiers.--_Mss. B 2, 12, 20_:
Penniers.
P. 271, l. 10: de Peuviers.--_Manquent au ms. A 2._
P. 271, l. 13: li Baveus.--_Mss. B 5, 7_: de Baigneux.
P. 271, l. 14: Ianville.--_Ms. B 5_: Ganville.--_Ms. B 7_: Granville.
P. 271, l. 15: Vilaines.--_Leçon des mss. B 5, 12.--Ms. A 1_:
Velines.--_Ms. B 1_: Velainez.
P. 271, l. 16: li Barois.--_Mss. A 1, 7_: li barons.
P. 271, l. 28: et.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._
P. 272, l. 1: ou.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. A 1, B 1, 2_: le.
P. 272, l. 9: A là nul.--_Ms. A 7_: A il nul.--_Mss. B 1, 2_: Y a il là
nul.--_Ms. B 5_: Y a il aucun.--_Ms. B 7_: Y a il nul.--_Ms. B 12_: A
il là nul.
P. 272, l. 12: de toutes pièces.--_Ms. B 20_: de mon harnaz.
P. 272, l. 17: Micaille.--_Ms. A 7_: Michaille.--_Ms. B 5_:
Nycaille.--_Mss. B 7, 12_: Nicaille.
P. 272, l. 20: Janekin.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Jouvelin.
P. 272, l. 20: Kator.--_Mss. A 2, B 12_: Castor.
P. 272, l. 24: le Baveus.--_Ms. B 5_: de laveux.--_Ms. B 7_: le laveux.
P. 272, l. 25: delivera.--_Ms. B 12_: recueillera.
P. 273, l. 3: combatre.--_Le ms. B 12 ajoute_: contre ung Anglois.
§ =160.= P. 273, l. 10: de Douvesciere.--_Ms. A 2_: d’Ostidionne.
P. 273, l. 10-11: et pluisieurs... chevaliers.--_Leçon des mss. B 2,
12, 20.--Manquent aux mss. A 1, 2._
P. 273, l. 25: desroiement.--_Ms. A 2_: destournement.--_Ms. A 7_:
detriement.
P. 274, l. 2-3: nulle... nostres.--_Ms. B 20_: nul dangier de son corps
et qu’il soit à son aise et aussi bien pensé comme le nostre.
§ =161.= P. 274, l. 21: Ianville.--_Ms. B 5_: Jehanville.
P. 274, l. 25: de Douvesciere.--_Ms. A 2_: d’Ostidonne.
P. 275, l. 20: avoient.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Ms. A 1_:
l’avoient.
P. 275, l. 20: en Engletière.--_Ms. B 20_: au partir d’Engl.
P. 275, l. 21: comme vous avés oï.--_Manquent aux mss. B 1, 2, 12, 20._
§ =162.= P. 275, l. 24: li Bèges de Vilaines.--_Leçon adoptée plus
haut_ p. 271, l. 15.--_Mss. A 1, 2, B 20_: li sires de Velines.
P. 275, l. 26: Jehan de Relli.--_Manquent au ms. B 12._
P. 275, l. 30: d’escarmuce.--_Le ms. B 12 ajoute_: qui ne durra guerres.
P. 275, l. 30-31: mais li... oultre.--_Ms. B 20_: sans gaires arrester.
P. 276, l. 1: car li Englès i perdoient.--_Ms. B 20_: pour tant que
Angloiz veoient bien qu’ilz y perdroient.
P. 276, l. 4: à Puisset.--_Mss. A 2, B 2_: le Puiset.
P. 276, l. 6: Iterville.--_Mss. B 1, 2_: Ycerville.
P. 276, l. 9: en laquelle avoit.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7,
12.--Manquent aux mss. A 1, B 1.--Mss. A 2_: et avoit dedans.--_Ms. B
20_: non pas moult haute.
P. 276, l. 9: soissante.--_Mss. B 1, 2, 12_: quarante.
P. 276, l. 19: carpentages.--_Le ms. B 20 ajoute_: et le comble.
P. 276, l. 24: seaulx.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne corde.
P. 276, l. 27: Kenie.--_Ms. A 2_: Queue.--_Ms. B 1_: Keyne.--_Ms. B
12_: Quiere.--_Ms. B 20_: Cane.
P. 276, l. 29: Freté.--_Mss. B 1, 2_: Fracté.--_Mss. B 5, 7_: forte.
P. 277, l. 2: jours.--_Le ms. A 2 ajoute_: tout à leur aise.
§ =163.= P. 277, l. 4: monnes.--_Mss. B 1, 2_: nonnains.
P. 277, l. 8: Tiebaus.--_Manque aux mss. A 2, 7, B 5, 7._
P. 277, l. 11-16: Li monne... car.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et se y loga le
conte de Bonqueghan et.
P. 277, l. 26: Blois.--_Le ms. B 20 ajoute_: grant terrien.
P. 277, l. 29: deffendre.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: le fort et.
P. 278, l. 2: Vievi en Blois.--_Ms. A 2_: Vervi.--_Ms. B 1_: Brebièrez
lors.--_Ms. B 2_: Brebières lors.--_Mss. B 12, 20_: Verby.
P. 278, l. 17: convenant.--_Le ms. A 2 ajoute_: car en toute sa terre
n’ot nul dommaige qui face à compter.--_Le ms. B 2 ajoute_: et sa
promesse.
§ =164.= P. 278, l. 21: leur.--_Ms. A 2_: le demeurant de leurs armes
qu’ilz avoient commencié par.
P. 278, l. 21: s’entrencontrèrent.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1,
20_: s’encontrèrent.
P. 279, l. 5: sainnement.--_Mss. A 2, B 1, 2, 5, 7, 12, 20_: sauvement.
P. 279, l. 11: Coulembier.--_Le ms. B 20 ajoute_: pour tant que ilz la
passèrent et pareillement tout leur charroy.
§ =165.= P. 280, l. 3: Couchi.--_Le ms. A 2 ajoute_: le conte de
Harecourt, messire Olivier du Guesclin, [le] conte de Longueuille, le
sire de Hambuie, le sire de Tournebus, le sire de Thorigny, messire
Olivier de Mauny, son frère.
P. 280, l. 4: six.--_Ms. A 2_: VII.
P. 280, l. 7: Sartre.--_Ms. B 12_: Chartres.
P. 280, l. 7: le Maine.--_Leçon des mss. A 7, B 2, 5, 7, 12, 20.--Mss.
A 1, B 1_: Humaine.
P. 280, l. 18: enpuisonner.--_Ms. B 7_: emprisonner.
P. 280, l. 24: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.
P. 280, l. 25: lui.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2, 5 7.--Manque au ms. A
1._
P. 280, l. 25: le.--_Ms. A 1_: lo.
P. 280, l. 29: dallés le.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: roy qui
lors estoit.
P. 280, l. 29: le duc.--_Le ms. A 2 ajoute_: Charles.
P. 281, l. 6: issoit.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: et couloit.--_Ms. B
12_: couloit et issoit.
P. 281, l. 6: pistoule.--_Ms. A 2_: pistule.--_Mss. A 7, B 2_:
fistule.--_Mss. B 1, 5, 7_: fisture.--_Ms. B 12_: fistulle.
P. 281, l. 11-12: seccera.--_Mss. B 1, 2_: cessera.
P. 281, l. 13: avisser.--_Le ms. A 2 ajoute_: comment vous avez vescu
et regné en ce monde.
P. 281, l. 20: souvent.--_Le ms. A 2 ajoute_: car maint beau flourin
ilz en avoient.
P. 281, l. 25: dedentrainnes.--_Manque aux mss. A 7, B 5, 7, 12.--Ms.
B 1_: deventraines.--_Ms. B 2_: de torcions de ventre.--_Ms. B 20_: de
venue.
P. 281, l. 26: trop... bleciés.--_Ms. B 20_: aucuneffoiz trop malement
mené et foulé.
P. 281, l. 26-31: et par... bleciés.--_Manquent aux mss. B 1, 2 (par
suite d’un bourdon)._
P. 281, l. 28-29: que on ne l’adiroit à nul homme.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
que merveilles estoit.--_Ms. B 12_: que on ne le savroit dire.--_Ms. B
20_: que merveilles.
P. 282, l. 9-10: laia derrière.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: laissa son
second frère.
P. 282, l. 16: le.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: la.
P. 282, l. 25: astronomiien.--_Mss. B 1, 2_: astrologien.
P. 283, l. 6: roiaulme.--_Le ms. A 2 ajoute_: et au voir dire, ce sont
gens de grant fait et qui endurent moult de travail.
P. 283, l. 8: plus.--_Leçon des mss. B 1, 2_ (plus propre),
_12_.--_Manque au ms. A 1._
P. 283, l. 8: li.--_Le ms. A 2 ajoute_: et l’aiment moult les Bretons
qu’il ara tous jours prests, quant il volra.
P. 283, l. 11: aversaire.--_Les mss. B 1, 2, 12 ajoutent_: d’Engleterre.
P. 283, l. 14: hostés.--_Le ms. A 2 ajoute_: ces tailles et autres
males tostes.
P. 283, l. 21: peusse.--_Ms. B 1_: peus.--_Ms. B 2_: peuz.
P 283, l. 27: si.--_Leçon des mss. B 2, 12.--Ms. A 1, B 1_: se.
P. 284, l. 1-2: et avoit... lesquels.--_Ms. B 12_: et si avoit le duc
d’Anjou des secretaires pour lui par lesquelz.
P. 284, l. 2: dalés.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._
P. 284, l. 2: le roi.--_Mss. A 7, B 5, 7_: du roy.
§ =166.= P. 284, l. 21: Clinthon.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Cluton.--_Ms. B
12_: Clinchon.
P. 284, l. 24: trente.--_Ms. B 12_: quarante.
P. 284, l. 26: esperonnèrent.--_Ms. B 1_: esprouvèrent.
P. 285, l. 1: signeur.--_Le ms. B 12 ajoute_: Robert.
P. 285, l. 1: Montigni.--_Ms. A 7_: Mondigus.--_Mss. B 5, 7_: Mondigas.
P. 285, l. 2: de Launai.--_Ms. A 2_: d’Aunay.
P. 285, l. 16: Mauvoisin.--_Ms. B 12_: Maunoy.
P. 285, l. 20: Lar.--_Mss. B 1, 2, 12_: Loire.
§ =167.= P. 286, l. 9: Sartre.--_Ms. B 12_: Chartres.
P. 286, l. 9-10: car si.--_Ms. B 1_: pour ce qu’il.
P. 286, l. 10: si.--_Ms. A 1_: se.
P. 286, l. 10: il les ensonnieroient mallement.--_Ms. A 2_: il lez
alongneroit malement.--_Ms. B 20_: que ilz les destourberoient et
attargeroient fort.
P. 286, l. 31-32: qui chevauchoit... mais on.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
chevauchoit amont et aval et.
P. 286, l. 31: cargiet.--_Ms. B 1, 12_: serchié.--_Ms. B 2_: cerché.
P. 286, l. 32: à tout lé; mais.--_Ms. A 2_: à tout le mains.--_Ms. B
12_: à tout le moins.
P. 287, l. 4-5: Par ci... passer.--_Ms. B 12_: Nous voulons par cy
passer oultre.
P. 287, l. 4: aler.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manque aux mss. A 1,
B 1, 2.--Ms. B 20_: estre.
P. 287, l. 8: oster.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Manque aux mss. A 1,
2._
P. 287, l. 13: là.--_Le ms. B 20 ajoute_: par grant courage.
P. 287, l. 14: force.--_Le ms. B 20 ajoute_: de corps et de bras.
P. 287, l. 19: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._
P. 287, l. 26: marescages.--_Ms. A 2_: cariage.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
marez.
P. 287, l. 26: marescages... passer.--_Ms. B 12_: mesaises qu’ilz
avoient à passer la rivière.
P. 287, l. 28: furent tout oultre.--_Ms. B 20_: se trouvèrent oultre la
rivière.
P. 287, l. 29: Noion.--_Ms. A 2_: Nogent.
§ =168.= P. 287, l. 31: Sartre.--_Ms. B 12_: Chartre.
P. 288, l. 2: sus Saine.--_Mss. A 7, B 5, 7_: à Paris.
P. 288, l. 19: si.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: se.
P. 288, l. 21: tous.--_Le ms. A 2 ajoute_: sauvé et.
P. 288, l. 27: Michiel.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: Dieux en ait
l’ame!
P. 289, l. 2: c’est à entendre vint et un ans.--_Manquent aux mss. B 5,
7._
P. 289, l. 7: le conte Jehan.--_Manquent aux mss. A 2, 7, B 5, 7._
P. 289, l. 9-10: Li... li... li... li.--_Mss. B 1, 2, 12_: Au... au...
au... au.
P. 289, l. 10: Couchi.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: qui.
P. 289, l. 12: remandé; mais.--_Ms. A 2_: dont ce fut dommaige pour
le povre peuple qui avoit à soustenir Anglois et François, et riens
de proufit ne faisoient, ne les Anglois ilz ne dommageoient, mais les
Anglois, eulx bien souvent, ilz prenoient et occioient, ainsi que sur
les champs à la foiz ilz s’encontroient. Ainsi.
P. 289, l. 13: segnefiées.--_Ms. B 20_: lui fut le jour signiffié.
P. 289, l. 20: memoire.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Manque au ms. A
1._
P. 289, l. 22: Flandres.--_Le ms. A 2 ajoute_: Pour tant qu’il avoit
tous jours soustenu le duc de Bretaingne, son cousin germain, contre sa
voulonté.--_Le ms. B 20 ajoute_: comme dessus est dit.
P. 289, l. 25: coses.--_Ms. B 20_: adventures et fortunes.
P. 289, l. 26: avinrent.--_Le ms. A 9 ajoute_: en son temps.
FIN DES VARIANTES DU TOME NEUVIÈME.
TABLE.
CHAPITRE I.
_1377, 22 août._ Siège de Bergerac.--_1er septembre._
Bataille d’Eymet, capture de Thomas de Felton.--_2
septembre._ Prise de Bergerac.--_Octobre._ Prise de
Duras.--_Fin de 1377._ Siège de Mortagne-sur-Gironde par Owen
de Galles.--_Sommaire_, p. XVII à XXVII.--_Texte_, p. 1 à
27.--_Variantes_, p. 293 à 298.
CHAPITRE II.
Reprise des hostilités en Écosse.--_1378, 25 novembre._
Prise du château de Berwick par les Écossais.--_Fin de
1378._ Chevauchée du comte de Northumberland sur les marches
d’Écosse.--_Sommaire_, p. XXVIII à XXXIII.--_Texte_, p. 27 à
47.--_Variantes_, p. 298 à 301.
CHAPITRE III.
_1378, 6 février._ Mort de Jeanne de Bourbon, reine de
France.--_1373, 3 novembre._ Mort de Jeanne de France, reine
de Navarre.--_1378, 7 et 8 avril._ Élection du pape Urbain
VI.--_Sommaire_, p. XXXIII à XXXVII.--_Texte_, p. 47 à
54.--_Variantes_, p. 301 à 303.
CHAPITRE IV.
_Commencement de 1378._ Alliance des rois d’Angleterre et
de Navarre.--_21 juin._ Exécution à Paris de Jacques de Rue
et de Pierre du Tertre.--_20 avril._ Prise de possession
de Montpellier par Charles V.--_1379, 4 février._ Traité
entre les rois de France et de Castille.--_1378, 27
juillet._ Remise de Cherbourg aux Anglais par Charles le
Mauvais.--_Avril-juin._ Soumission au roi de France des
villes et châteaux navarrais en Normandie.--_Août._ Le duc
d’Anjou menace Bordeaux.--_Fin de 1378._ Sièges de Bayonne
et de Pampelune par le roi de Castille.--_1378, août._ Le
duc de Lancastre vient assiéger Saint-Malo.--_Septembre._
Ravitaillement de Cherbourg.--_Août._ Meurtre d’Owen de
Galles.--_Août et septembre._ Rassemblement d’une nombreuse
armée à Saint-Malo.--_Septembre._ Levée du siège de Mortagne.
Prise des forts Saint-Léger et Saint-Lambert.--_Fin
décembre._ Levée du siège de Saint-Malo.--_1379, janvier._
Capture d’Olivier du Guesclin.--_1378, fin d’octobre._ Prise
de Barsac par les Anglais.--_1378, octobre à janvier 1379._
Chevauchées de Thomas Trivet en Gascogne, en Navarre et en
Castille.--_Commencement de 1379._ Traité entre les rois de
Navarre et de Castille.--_1379, 30 mai._ Mort du roi Henri
de Castille.--_Sommaire_, p. XXXVII à LXI.--_Texte_, p. 54 à
119.--_Variantes_, p. 303 à 313.
CHAPITRE V.
_1379._ Prise par les Français du château de
Bouteville.--Thomas Trivet revient en Angleterre.--Ambassade
de Pierre de Bournesel; il est arrêté au port de l’Écluse
sur l’ordre du comte de Flandre.--Retour du duc de Bretagne
en Angleterre.--_Juillet._ Paiement de la rançon du comte
de Saint-Pol.--_1379._ Affaires de Bretagne.--_4 juillet._
Prise par les Anglais de Guillaume des Bordes.--_1378-1379._
Ravages des grandes compagnies en Auvergne et en
Limousin.--_Sommaire_, p. LXI à LXX.--_Texte_, p. 119 à
143.--_Variantes_, p. 313 à 319.
CHAPITRE VI.
_1378, 21 septembre._ Élection du pape Clément à Fondi.--_16
novembre._ Reconnaissance officielle de Clément par Charles
V, à l’assemblée de Vincennes.--_1379, 14 avril._ Clément
se retire à Sperlonga.--_10 mai._ Son entrevue à Naples
avec la reine Jeanne.--_22 mai._ Clément s’embarque pour
Marseille.--_1380, 29 juin._ Adoption du duc d’Anjou par la
reine Jeanne.--_Sommaire_, p. LXX à LXXVII.--_Texte_, p. 143
à 158.--_Variantes_, p. 320 à 322.
CHAPITRE VII.
Rivalité à Gand des familles de Jean Yoens et de Gilbert
Mahieu.--_1379, fin de mai._ Le comte de Flandre autorise
les Brugeois à faire dériver de la Lys un canal d’eau
douce.--_Août._ Les Gantois forcent les Brugeois à
interrompre leurs travaux de canalisation.--_6 septembre._
Meurtre à Gand du bailli Roger d’Auterive.--_8 septembre._
Incendie du château de Wondelghem.--Mort de Jean Yoens.--_17
septembre._ Prise d’Ypres par les Gantois.--_Mi-octobre._
Siège d’Audenarde.--_Novembre._ Siège de Termonde.--_1er
décembre._ Paix de Rosne.--_3 décembre._ Levée du siège
d’Audenarde.--_Sommaire_, p. LXXVII à LXXXVII.--_Texte_, p.
158 à 205.--_Variantes_, p. 322 à 334.
CHAPITRE VIII.
_1379, 13 juillet._ Traité d’alliance entre le roi
d’Angleterre et le duc de Bretagne.--_3 août._ Le duc
débarque en Bretagne.--_6 décembre._ Naufrage et mort de
Jean d’Arondel.--_Commencement de 1380._ Prise de Dinan par
Olivier de Clisson.--_Sommaire_, p. LXXXVIII à XCI.--_Texte_,
p. 205 à 211.--_Variantes_, p. 334 à 336.
CHAPITRE IX.
_Fin de 1379._ Le comte de Flandre à Gand.--_1380, 22
février._ Prise d’Audenarde par Jean Pruneel et les chaperons
blancs de Gand.--_Avril._ Exécution de Jean Pruneel; troubles
en Flandre.--_Sommaire_, p. XCI à XCVI.--_Texte_, p. 211 à
232.--_Variantes_, p. 336 à 342.
CHAPITRE X.
_1380, 13 juillet._ Mort de Bertrand du Guesclin devant
Châteauneuf-Randon.--_Du 23 juillet au 16 septembre._
Chevauchée du comte Thomas de Buckingham en France, pour
se rendre en Bretagne, à travers l’Artois, la Picardie,
la Champagne, le Gâtinais, la Beauce et le Maine.--_16
septembre._ Mort de Charles V.--_Sommaire_, p. XCVI à
CXI.--_Texte_, p. 232 à 289.--_Variantes_, p. 342 à 359.
FIN DE LA TABLE DU TOME NEUVIÈME.
ERRATA.
P. 8, l. 23, _au lieu de_: chcvauchoient,--_lisez_: chevauchoient.
P. 53, l. 8, _au lieu de_: eshahissoient,--_lisez_: esbahissoient.
P. 58, l. 5, _au lieu de_: avoicnt,--_lisez_: avoient.
P. 102, l. 17, _au lieu de_: Ribedé,--_lisez_: Ribède.
P. 125, l. 12, _au lieu de_: Espaignc,--_lisez_: Espaigne.
P. 197, l. 13, _au lieu de_: seroit,--_lisez_: seroient.
P. 219, l. 30, _au lieu de_: consins,--_lisez_: cousins.
P. 259, l. 28, _au lieu de_: avoient,--_corrigez_: avoit.
P. 279, l. 5, _au lieu de_: de retraire,--_lisez_: retraire.
PARIS
IMPRIMERIE GÉNÉRALE LAHURE
9, RUE DE FLEURUS, 9
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUES DE J. FROISSART, TOME 09/13 ***
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