Les trente-six vues de la Tour Eiffel

By Henri Rivière and Arsène Alexandre

The Project Gutenberg eBook of Chroniques de J. Froissart, tome 09/13
    
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Title: Chroniques de J. Froissart, tome 09/13
        1377-1380 (Depuis la prise de Bergerac jusqu'à la mort de Charles V)

Author: Jean Froissart

Editor: Gaston Raynaud


        
Release date: February 28, 2026 [eBook #78074]

Language: French

Original publication: Paris: Vve J. Renouard, 1869

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/78074

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*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUES DE J. FROISSART, TOME 09/13 ***




  Note sur la transcription: L’orthographe d’origine a été conservée,
  mais quelques erreurs clairement introduites par le typographe ou à
  l’impression ont été corrigées, y compris celles indiquées dans
  l'errata.

  Abréviations: rº et vº se lisent recto et verso respectivement;
  V{c} se lit cinq cents, 2{3} se lit 2 avec 3 en exposant.

  Le texte imprimé en gras ou en italiques dans l’original est
  représenté =en gras= ou _en italiques_.

  Les notes de bas de page ont été renumérotées et placées directement
  sous le paragraphe concerné. Les références à ces notes et à celles
  dans les autres volumes des _Chroniques_ ont été adaptées en
  conséquence.




    CHRONIQUES

    DE

    J. FROISSART




    23074--PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE
    Rue de Fleurus, 9




    CHRONIQUES
    DE
    J. FROISSART

    DEUXIÈME LIVRE

    PUBLIÉ POUR LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE
    PAR GASTON RAYNAUD


    TOME NEUVIÈME

    1377-1380

    (DEPUIS LA PRISE DE BERGERAC JUSQU’A LA MORT DE CHARLES V)

    [Logo: SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE.]

    A PARIS
    LIBRAIRIE RENOUARD
    (H. LAURENS, SUCCESSEUR)
    LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE
    RUE DE TOURNON, Nº 6

    M DCCC XCIV




EXTRAIT DU RÈGLEMENT.


ART. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit
les personnes les plus capables d’en préparer et d’en suivre la
publication.

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable
chargé d’en assurer l’exécution.

Le nom de l’Éditeur sera placé en tête de chaque volume.

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans
l’autorisation du Conseil, et s’il n’est accompagné d’une
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui
a paru mériter d’être publié.


_Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome IX
de l’Édition des_ CHRONIQUES DE J. FROISSART, _préparé par_ M.
GASTON RAYNAUD, _lui a paru digne d’être publié par la_ SOCIÉTÉ DE
L’HISTOIRE DE FRANCE.

    _Fait à Paris, le 1er août 1894._

    _Signé_ L. DELISLE.

    _Certifié_,

    Le Secrétaire de la Société de l’Histoire de France,

    A. DE BOISLISLE.




    INTRODUCTION
    AU DEUXIÈME LIVRE
    DES CHRONIQUES
    DE
    J. FROISSART.


M. Siméon Luce, qui en 1888 avait achevé la publication du premier
livre des _Chroniques_ de Froissart, venait de commencer l’impression
du deuxième livre, dont il avait fait tirer les quatre premières
feuilles, quand la mort le surprit le 14 décembre 1892, au grand
dommage de l’érudition française. Pour continuer cette édition, à
laquelle j’avais déjà collaboré, la Société de l’Histoire de France
voulut bien s’adresser à moi, par la bonne entremise de M. Léopold
Delisle. C’était un grand honneur, mais aussi une lourde tâche
à laquelle je n’étais qu’imparfaitement préparé et que j’aurais
certainement hésité à accepter, si je n’y avais été encouragé de divers
côtés.

Une fois décidé, j’avais comme premier travail à passer en revue tous
les manuscrits du deuxième livre des _Chroniques_ et à les classer:
je consacrai à cette étude une partie de l’été de 1893; et, soit
en examinant sur place les manuscrits de Londres, de Cheltenham, de
Cambrai, de Bruxelles et d’Anvers[1], soit en recueillant les copies
et les collations faites par d’obligeants correspondants de France
et de l’étranger, je pus établir le classement auquel est consacrée
cette introduction. Tout en achevant l’impression de ce tome IX, qui
finit à la mort de Charles V et contient le tiers du deuxième livre,
je relevais les variantes du texte, suivant un plan un peu différent
de celui de M. Luce, et rassemblais les éléments des notes destinées
au sommaire. Là encore, je me suis légèrement écarté de la méthode de
mon éminent prédécesseur; et mon annotation, sinon abrégée, du moins
condensée, fera peut-être regretter plus d’une fois les développements
abondants et nourris des précédents volumes.

      [1] A mon retour M. Delisle voulut bien me remettre de la part
      de la famille de M. S. Luce quelques notes relatives aux mss.
      de Paris et un paquet de fiches, dont la plupart faisaient
      malheureusement double emploi avec celles que M. A. Spont avait
      rédigées pour moi d’après les documents des Archives nationales.


CHAPITRE I.

  _La Chronique de Flandre insérée dans le deuxième livre de
    Froissart.--Date de sa composition.--Ses manuscrits._

Avant d’aborder l’étude de la rédaction proprement dite du deuxième
livre, il me faut dire quelques mots de la _Chronique de Flandre_
composée antérieurement par Froissart et insérée dans son deuxième
livre, après l’avoir tout d’abord abrégée et façonnée au cadre général
de ses _Chroniques_. Cette _Chronique de Flandre_, dont on connaît
aujourd’hui trois manuscrits, commence en ces termes:

«Je, Jehan Froissart, prestre de la nation de la conté de Haynnau et
de la ville de Vallenchiennes, et en ce temps tresorier et chanoine de
Chimay, qui du temps passé me suis entremis de traictier et mettre
en prose et en ordonnance les nobles fais et haultes advenues des
grans faiz d’armes qui advenus sont tant des guerres de France et
d’Angleterre comme de ailleurs, me suis advisé de mettre en escript les
grans tribulations et pestillences qui furent en Flandres, et par le
fait de orgueil et de ceulx de Gand, à l’encontre du conte Loys, leur
seigneur, dont moult de maulx vindrent et nasquirent depuis, si comme
vous orrez recorder avant en l’ystoire, et en l’incarnation commenchant
l’an de grace Nostre Seigneur MCCCLXXVIII[2].»

      [2] J’emprunte ce texte au ms. de la Bibl. nat. fr. 5004,
      fol. 1 rº.

Suit un assez long passage relatif aux contestations survenues de
tout temps entre les villes de Gand et de Bruges à propos des eaux de
la Lys; puis commence le corps même de la rédaction de la _Chronique
de Flandre_, qu’à partir du § 101 (p. 158) de la présente édition,
Froissart a intercalée dans son deuxième livre par séries de chapitres,
corrigeant et surtout supprimant beaucoup[3].

      [3] Buchon (t. II, p. 352-364) a comparé le texte des
      _Chroniques_ à celui de la _Chronique de Flandre_ donné par le
      ms. de la Bibl. nat. fr. 5004.

La concordance entre la rédaction des _Chroniques_ et celle des
différents manuscrits de la _Chronique de Flandre_ ne cesse qu’à
l’extrême fin du deuxième livre, à la paix de Tournai, en décembre
1385, après un paragraphe[4] qui dans certains manuscrits de la
rédaction primitive et de la rédaction revisée, clôt le deuxième livre.
Le ms. de Paris (Bibl. nat. fr. 5004) se termine par le récit abrégé
de la mort de François Ackerman (août 1386); un des mss. de Cambrai
(l’autre étant incomplet à la fin) va jusqu’à l’entrée du duc et de la
duchesse de Bourgogne à Bruges en novembre 1386.

      [4] Buchon, t. II, p. 349; Kervyn, t. X, p. 438.

Ces dates donnent la dernière limite à laquelle puisse être reportée
la composition de la _Chronique de Flandre_; peut-être encore faut-il
l’avancer d’un an, en supposant, ce qui est assez probable, que la
narration s’arrêtait primitivement à la paix de Tournai, en décembre
1385, et que les chapitres subséquents ne sont que des additions
postérieures.

Remarquons que, dans le préambule publié plus haut, le chroniqueur se
nomme _tresorier et chanoine de Chimai_. C’est la première mention que
l’on ait de ce titre, qui depuis 1372 était à la nomination de Gui de
Châtillon, comte de Blois. Froissart, qui en juillet 1382 était encore
curé des Estinnes, ne l’était donc plus quand il écrivit sa _Chronique
de Flandre_. Depuis quelque temps déjà il s’éloignait de Robert de
Namur; et quand le 7 décembre 1383 il vit mourir le duc de Brabant
Wenceslas, un de ses protecteurs, il n’eut plus qu’à s’attacher tout
entier à Gui de Blois, son «bon maistre[5]», comme il l’appelle, auprès
duquel il dut achever cette chronique, dont il avait recueilli les
éléments pendant ses fréquents séjours en Flandre.

      [5] Buchon, t. II, p. 654; Kervyn, t. XIII, p. 18.

Des trois manuscrits qui ont conservé la _Chronique de Flandre_, et que
je désigne par les lettres _F 1_, _F 2_ et _F 3_, le premier (_F 1_ =
B. N. fr. 5004) contient 295 chapitres et finit au récit abrégé de la
mort de François Ackerman; le deuxième (_F 2_ = Bibl. de Cambrai, ms.
677, catalogue Molinier nº 746) est incomplet au commencement, et se
divise en 73 chapitres, dont les deux derniers, développés ou ajoutés
postérieurement, se rapportent à la mort de François Ackerman et à
l’entrée du duc de Bourgogne à Bruges; le troisième (_F 3_ = Bibl. de
Cambrai, ms. 700, catalogue Molinier nº 792) n’a pas de rubriques et
est incomplet à la fin.

J’ai absolument écarté ces trois manuscrits pour la constitution du
texte et le relevé des variantes: ils représentent en effet un état
antérieur des _Chroniques_, que Froissart a accommodé plus tard à son
nouveau plan. Ce n’est que tout à fait exceptionnellement, dans le cas
où tous les autres manuscrits faisaient défaut, que les leçons de ces
trois manuscrits ont été adoptées, par exemple à la p. 160, l. 6-7, où
la _Chronique de Flandre_ est seule à fournir la leçon _Jean d’Iorque_,
forme estropiée de _Jean Doncker_, que Froissart se réservait sans
doute de restituer dans une nouvelle revision de ses _Chroniques_.


CHAPITRE II.

  _La rédaction primitive du deuxième livre. Date de sa
    composition.--Classement des manuscrits._

Le deuxième livre des _Chroniques_ n’offre point, comme le premier,
plusieurs rédactions différentes; il n’en présente qu’une seule,
revisée plus tard et quelque peu remaniée dans certains manuscrits.
Cette rédaction, que j’appellerai _primitive_, et qui commence dans le
présent volume au § 83, remonte à une époque où, après des remaniements
successifs, l’auteur avait développé jusqu’en 1378 la fin de la
première rédaction de son premier livre, qu’il faisait finir avec le
§ 82. Le manuscrit de Besançon[6], dont le premier livre se termine
par les mots: «si comme vous orrés recorder avant en l’istoire»,
offre un exemple de cette coupure pour les deux premiers livres des
_Chroniques_[7]. Plus tard cette continuation fut admise dans la
première rédaction revisée du premier livre (représentée par le ms.
de la Bibl. nat. fr. 5006), dont le second livre commence à la prise
de la Roche-sur-Yon (t. VII, p. 163, § 631). Quand enfin Froissart
eut reculé le commencement du second livre à la place qu’il occupe
dans cette édition et remplacé à la nouvelle fin de son premier livre
la continuation par quelques chapitres ajoutés[8], cette continuation
forma tout naturellement la tête de la rédaction primitive du second
livre, qui, une fois revisée, devint la suite de la première rédaction
revisée du premier.

      [6] Contrairement à l’opinion de M. S. Luce (t. I, p. XXVII)
      j’estime que dans le ms. de Besançon la continuation appartient
      non pas à la première rédaction proprement dite, mais à la
      rédaction revisée: la parenté étroite des mss. _B 5_, _B 7_
      du second livre et du ms. de Besançon est prouvée pour cette
      partie du texte par un bourdon qui supprime près de deux pages
      du présent volume (p. 70, l. 19, avoient... Lanclastre, p. 72,
      l. 12).

      [7] Cf. t. I, p. XXVII.

      [8] Cf. t. I, p. XXVIII.

On a vu plus haut que la _Chronique de Flandre_ avait dû être écrite
très vraisemblablement en 1386. C’est à une année plus tard qu’il faut
reporter la date de la composition du deuxième livre des _Chroniques_.
Une allusion en effet au mariage de Jean, fils du duc de Berry, et de
Catherine de France, qui eut lieu le 5 août 1386 (t. IX, p. 47) montre
que la nouvelle œuvre de Froissart ne peut être antérieure à cette
date. D’autre part, l’auteur nous dit lui-même, dans son troisième
livre[9], qu’en 1388 il avait achevé la rédaction du livre précédent.
C’est donc en 1387, alors qu’il était sur les bords de la Loire
auprès de Gui de Blois, qu’il mit au jour la nouvelle partie de ses
_Chroniques_, où il fondit sa _Chronique de Flandre_.

      [9] Buchon, t. II, p. 369; Kervyn, t. XI, p. 2-3.


Les manuscrits de la rédaction primitive du second livre sont peu
nombreux, 9 seulement, et se distinguent en trois familles par leur
fin. Ils ont tous même commencement: «Vous avés bien chi dessus oï
recorder comment li sires de Moucident se tourna françois».

Voici le tableau des mss. que je désigne par la lettre _A_:

MSS. DE LA RÉDACTION PRIMITIVE. = MSS. A.

PREMIÈRE FAMILLE.

  Mss. _A 1_ = ms. Vossius fol. gall. 9 II de la Bibl. de
                   l’Université de Leide.
       _A 2_ = ms. 1277 de la Bibl. de Cheltenham (Th.
                   Phillipps).
       _A 3_ = ms. 148 de la Bibl. de lord Ashburnham, à
                   Ashburnham Place.

DEUXIÈME FAMILLE.

  Mss. _A 4_ = ms. Arundel 67 II du Musée britannique.
       _A 5_ = ms. 206 de la Bibl. de lord Mostyn, à
                   Mostyn Hall (Pays de Galles).

TROISIÈME FAMILLE.

  Mss. _A 6_ = ms. de la Bibl. de Besançon[10], t. II.
       _A 7_ = ms. fr. 2664 de la Bibl. nat.
       _A 8_ = ms. fr. 2658       --
       _A 9_ = ms. 24258 de la Bibl. de Cheltenham (Th.
                   Phillipps).

      [10] On a vu plus haut, p. V, que le tome I de ce ms. contient
      la continuation formant la tête du second livre.

Le ms. _A 1_ qui a servi de base à l’édition à partir du § 83 présente
quelques lacunes: il se recommande par les formes archaïques que seul
parfois il contient.

Les mss. _A 2_ et _A 3_, tous deux œuvres de Raoul Tainguy, le copiste
fantaisiste auquel M. Luce a consacré une notice intéressante[11],
offrent un grand nombre d’interpolations, dont la plupart ne sont
que des injures adressées en une sorte d’argot populaire aux gens du
commun, pour lesquels le copiste professe un souverain mépris. Le
ms. _A 2_, qui se rapproche le plus du ms. _A 1_, est incomplet au
commencement.

      [11] _Œuvres complètes d’Eustache Deschamps_, publiées pour la
      _Société des anciens textes français_, t. II (1860), p. VI-XVI;
      2e édition augmentée, dans _La France pendant la guerre de Cent
      Ans_, 1re série (1890), p. 249-259.

Les trois mss. ajoutent à la fin, après la paix de Tournai, un assez
long passage formant variante avec la _Chronique de Flandre_.

Les mss. _A 4_ et _A 5_ interrompent brusquement leur texte bien avant
la fin ordinaire du second livre[12]: «car Alemant vont volentiers
en pelerinage, et l’ont eu et le tiennent en usage». Je regrette de
n’avoir pu examiner _de visu_ le ms. _A 5_, n’ayant eu à ma disposition
que la reproduction photographique de trois pages du ms., suffisantes
cependant pour constater que les mss. _A 4_ et _A 5_ n’ont pas la même
suite de rubriques.

      [12] Buchon, t. II, p. 319; Kervyn, t. X, p. 348.

Les mss. de la troisième famille offrent parfois certaines omissions
dues à la hâte des copistes, et se terminent à la paix de Tournai, en
1385.


CHAPITRE III.

  _La rédaction revisée du deuxième livre. Date de sa
    composition.--Classement des manuscrits._

Après ce qui a été dit dans le chapitre précédent de la rédaction
primitive du deuxième livre et de la façon dont elle se relie au
premier, je n’ai que peu de mots à ajouter sur la rédaction revisée,
qui ne s’éloigne guère de la rédaction primitive que dans certains mss.
de la troisième famille, rectifiant et surtout augmentant le texte.

Ayant même point de départ que la rédaction primitive, la rédaction
revisée a subi au cours des années, du vivant de Froissart, des
additions et des remaniements qui ont abouti au texte représenté par
le ms. de Breslau (= _B 20_). Le ms. détruit de Johnes, dont nous
connaissons quelques extraits, devait peut-être compléter encore le
travail toujours amélioré de l’auteur.


En y comprenant les fragments que, grâce aux rubriques, on a pu
rapprocher des mss. similaires, et les _abrégés proprement dits_, les
manuscrits de la rédaction revisée sont au nombre de 24, ayant tous un
commencement à peu près semblable[13], avant lequel est reproduit le §
788 du premier livre (voy. plus loin p. 293), et finissant, les uns (_B
1_ à _B 3_ et _B 7_ à _B 19_) comme les mss. _A 1_ à _A 3_, les autres
(_B 5_ et _B 6_, _B 21_ à _B 24_) comme les mss. _A 6_ à _A 9_.

      [13] A l’exception de _B 4_ et de _B 20_, sur lesquels je
      reviendrai tout à l’heure.

En voici le tableau divisé en 3 familles:


MSS. DE LA RÉDACTION REVISÉE. = MSS. B.

PREMIÈRE FAMILLE.

  1re branche: Mss. _B 1_  = ms. fr. 5006 de la Bibl. nat.,
                                 fol. 78 vº.
                    _B 2_  = ms. fr. 20357          --
                                 fol. 81 vº.
                    _B 3_  = ms. nouv. acq. fr. 5213 de la
                                 Bibl. nat. (_anc._ ms.
                                 Mouchy-Noailles), fol. 397 _a_
                                 (_fragment_).
  2e  branche:      _B 4_  = ms. fr. 2660 de la Bibl. nat.

DEUXIÈME FAMILLE.

  1re branche: Mss. _B 5_  = ms. fr. 6472 de la Bibl. nat.
                    _B 6_  = ms. Mailly-Nesles, au château
                                 de la Roche-Mailly (Sarthe).
  2e  branche:      _B 7_  = ms. fr. 2676 de la Bibl. nat.
                    _B 8_  = ms. fr. 2652           --
                    _B 9_  = mss. fr. 2668-2669     --
                    _B 10_ = ms. U 28 de la Bibl. de Rouen
                                 (_fragment_).
                    _B 11_ = ms. 88 (2e série) de la Bibl. de
                                    Bruxelles (_anc._ ms.
                                    Boxmer, _fragment_).

TROISIÈME FAMILLE.

  Mss. _B 12_ = ms. fr. 6476 de la Bibl. nat.
       _B 13_ = ms. fr. 2644           --
       _B 14_ = ms. 5188 de la Bibl. de l’Arsenal (_anc._
                    _H F_ 144).
       _B 15_ = ms. Reg. 14 D IV du Musée britannique.
       _B 16_ = ms. Reg. 18 E I            --
       _B 17_ = ms. 5 du Musée Plantin à Anvers.
       _B 18_ = ms. 132 de la Bibl. de Darmstadt.
       _B 19_ = ms. _A 13_ de la Bibl. de Berne.
       _B 20_ = ms. _R 2_ de la Bibl. de Breslau, fol. 119 _a_.

ABRÉGÉS PROPREMENT DITS.

  Mss. _B 21_ = ms. fr. 5005 de la Bibl. nat.
       _B 22_ = ms. 3839 de la Bibl. de l’Arsenal (_anc._
                    _H F 145_).
       _B 23_ = ms. 20786 de la Bibl. de Bruxelles.
       _B 24_ = ms. de la Bibl. du prince Pückler-Muskau,
                    au château de Branitz (Prusse[14]).

      [14] Je ne connais ce ms. que par les notices de M. Kervyn de
      Lettenhove.

Avec les mss. de la _première famille_, le deuxième livre, comme on
l’a déjà vu, commence à la prise de la Roche-sur-Yon; il se termine au
siège de Bergerac (fin du § 6) dans le ms. _B 3_, n’offrant ainsi qu’un
fragment de quelques pages pour ce qui forme le véritable deuxième
livre adopté par cette édition. Il devait se terminer un peu plus loin,
avec le § 35, dans l’exemplaire complet que représente aujourd’hui
seulement le ms. _B 4_, ne commençant ce qu’il appelle son _troisième_
livre qu’au départ de Grégoire XI pour Rome.

Les mss. de la deuxième famille, dont les deux branches sont
différenciées par la fin seulement, présentent des rapprochements très
grands avec les mss. de la troisième famille de la rédaction primitive.

Les mss. de la troisième famille donnent, tantôt isolément, tantôt par
petits groupes, des variantes et surtout des additions, fournissant la
preuve de retouches multiples. Le ms. de Breslau, _B 20_, qui commence
son deuxième livre au siège de Bourdeille (cf. t. VIII, p. 119),
constitue le dernier état de la rédaction revisée par Froissart.

Les _abrégés proprement dits_ du second livre, bien qu’ils aient la
même fin que les mss. de la deuxième famille, ont été rédigés d’après
les mss. de la troisième.


CHAPITRE IV.

  _Du choix et de l’établissement du texte.--De l’orthographe
    et de l’accentuation.--Des variantes.--Du sommaire._

N’ayant pas à choisir entre deux rédactions différentes, on a adopté
le texte le plus ancien, représenté, pour la continuation du premier
livre, par le ms. _B 1_ et pour la suite, à partir du § 83, par le ms.
_A 1_, ces deux mss. étant corrigés par d’autres, quand il y avait lieu.

L’orthographe des deux mss. a généralement été respectée. A partir
de la feuille 5, on a remplacé les _z_ finaux par les _s_ et les _y_
surmontés du tréma par des _ï_; à partir du § 83, l’_s_ est partout
substituée au _z_ et l’_i_ à l’_y_.

J’ai dû naturellement me conformer à la méthode d’accentuation
adoptée par M. Luce et mettre des accents graves sur des syllabes
qui demanderaient des accents aigus: _commenchièrent_ pour
_commenchiérent_; de même certains mots en _eu_ (_esleu_), comptés pour
deux syllabes dans les poésies de Froissart, auraient pu s’imprimer en
_eü_ (_esleü_).


On a relevé les variantes non pas de tous les manuscrits, comme en
principe voulait le faire M. Luce pour le premier livre, mais seulement
d’un certain nombre d’entre eux, appartenant chacun à une famille
différente. On trouvera donc régulièrement, pour la continuation,
les variantes des mss. _B 1_, _B 5_, _B 7_, _B 12_, auxquelles on
devra ajouter celles des mss. _A 2_ et _A 7_, à partir du § 83. A ces
variantes on a joint aussi celles du ms. de Breslau (= _B 20_), qui
forme le dernier état de la revision de Froissart. Quant aux autres
mss., ce n’est que dans le cas spécial où la leçon à adopter était
douteuse que leurs variantes ont été données, servant aussi parfois à
justifier le classement des manuscrits.


Le sommaire a été fait aussi court que possible, et c’est une
annotation, non pas un commentaire, que je me suis proposé d’y joindre.
En principe je n’ai donné de détails sur les personnages qu’autant
qu’ils apparaissaient pour la première fois, mais les exceptions à
cette règle sont nombreuses. J’ai surtout cherché dans le texte du
chroniqueur à contrôler et à rectifier les faits qu’il avance bien
souvent avec inexactitude.

Dans cette tâche j’ai été très heureusement aidé par mon confrère A.
Spont, qui, pendant que je me réservais les imprimés et les collections
manuscrites de la Bibliothèque nationale, dépouillait les séries des
Archives nationales et du Record Office avec une ardeur scientifique et
une intelligence pénétrante dont je ne saurais trop lui savoir gré.


Ils sont du reste nombreux ceux à qui je dois des remerciements à
l’occasion de l’édition du second livre de Froissart: M. L. Delisle
tout d’abord, qui un des premiers a songé à m’associer au travail de
M. Luce, et qui depuis, comme commissaire responsable, a bien voulu
me faire profiter de sa science et de son érudition inépuisables;
mes anciens collègues du département des mss. de la Bibliothèque
nationale, MM. Deprez, Couderc et particulièrement M. H. Moranvillé,
dont les travaux se rattachent à l’époque de Froissart; mes confrères
des Archives nationales et principalement M. H. Courteault; le Dr Max
Hippe, qui m’a fourni si obligeamment les variantes du ms. de Breslau;
miss L. T. Smith, dont l’aide m’a été précieuse pour les copies et les
collations des mss. de Londres; MM. Fenwick à Cheltenham; le Dr W. N.
du Rieu à Leide; M. Max Rooses à Anvers; M. Ouverleaux à Bruxelles; le
Dr A. Schmidt à Darmstadt; M. Freymond à Berne; M. Beaurain à Rouen;
enfin le Rev{d} Ch. Astley, et Mr. Jones, à Llandudno, à qui je suis
redevable des photographies du ms. de Mostyn Hall. Je m’en voudrais
de ne pas ajouter un nom à cette liste, celui d’un autre éditeur de
Froissart aujourd’hui disparu, M. le baron Kervyn de Lettenhove, dont
l’œuvre, tout en laissant souvent à désirer, n’en a pas moins plus
d’une fois abrégé ou dirigé mes recherches.

    Paris, 15 mai 1894.




SOMMAIRE.


CHAPITRE I.

  _1377, 22 août._ SIÈGE DE BERGERAC.--_1er septembre._
    BATAILLE D’EYMET, CAPTURE DE THOMAS DE FELTON.--_2
    septembre._ PRISE DE BERGERAC.--_Octobre._ PRISE DE
    DURAS.--_Fin de 1377._ SIÈGE DE MORTAGNE-SUR-GIRONDE
    PAR OWEN DE GALLES. (§§ 1 à 20.)


Pendant que le duc de Bourgogne fait sa chevauchée en Picardie, le
duc d’Anjou, séjournant à Toulouse avec la duchesse, décide, pour
remédier aux dommages que font aux habitants les garnisons anglaises
des nombreux châteaux forts de la rivière de Dordogne et des pays de
Rouergue, de Toulousain, de Querci et de Limousin, de mettre le siège
devant Bergerac, la clé de la Gascogne[15]. Sachant que plusieurs
seigneurs gascons tels que les seigneurs de Duras, de Rauzan, de
Mussidan, de Langoiran et autres lui sont hostiles, il appelle auprès
de lui Jean d’Armagnac et le seigneur d’Albret, en même temps que le
connétable de France B. du Guesclin[16], le maréchal Louis de Sancerre,
le seigneur de Couci et autres barons de Picardie, de Bretagne et de
Normandie. P. 1, 2, 293.

      [15] Le duc d’Anjou, qui se trouvait au commencement de juin
      à Paris et avant le 27 à Poitiers (_Arch. Nat._, KK 252, fol.
      137-138), quitta cette dernière ville le 1er août, «que M.
      le duc fist ses ordenances à son partir de Poitiers» (_Arch.
      Nat._, KK 242, fol. 61), pour retourner à Toulouse. Dès le 12
      juillet il faisait ses préparatifs, et son écuyer de cuisine,
      Jean de La Rivière, recevait 100 francs pour acheter plusieurs
      choses «qui lui faisoient besoing pour servir mondit seigneur
      le duc en ceste presente guerre de Guienne» (_Arch. Nat._,
      _ibid._, fol. 52).

      [16] Nous savons, d’après une note empruntée par M. H.
      Moranvillé (_Ét. sur la vie de Jean le Mercier_, 1888, p. 58)
      à la collection De Camps (_Bibl. Nat._, vol. 84, fol. 265 vº),
      que B. du Guesclin, dès le 21 juin, avait été retenu avec 200
      hommes pour servir sous le duc d’Anjou.

Depuis 1375 il y avait grand différend entre la famille des seigneurs
de Pommiers et le grand sénéchal de Bordeaux pour le roi d’Angleterre,
Thomas de Felton, qui avait fait décoller en place publique
Guillaume[17], seigneur de Pommiers, et son clerc Jean Coulon, accusés
d’avoir embrassé le parti français. Aymenion de Pommiers[18], oncle
de Guillaume, quitta le pays et, après un voyage en Terre Sainte, se
déclara sujet du roi de France et fit longtemps la guerre au seigneur
de Lesparre, un des juges de son neveu. Même accusation d’appartenir au
parti français fut portée contre Jean de Plassac, qui, de plus, ayant
livré au roi le château de Fronsac, fut décollé à Bordeaux; contre
Pierre de Landiras et Bertrand de Francs qui, après un mois de prison,
furent relâchés sans preuves; contre Gaillard Vigier enfin, qui put
prouver son alibi, étant en ce temps en Lombardie avec le seigneur de
Couci.

      [17] Guillaume Sans, seigneur de Pommiers, vicomte de Fronsac,
      accusé d’avoir traité avec la France «pour metre dedans ses
      lieux (Fronsac) deus cens hommes d’armes et cent arbalestriers
      pour ferre guerre au roy d’Angleterre» (_Rec. Off., Treas. of
      Rec., Misc._ 38/16), fut emprisonné le 24 mars 1377, jugé les
      10-11 avril (_Ibid._) et condamné à avoir la tête tranchée
      après confiscation de ses biens (_Bibl. Nat., coll. Moreau,
      Bréq._ 30) (Extraits du _Record Office, Vascon Rolls_, fol.
      180-201).

      [18] Aymenion de Pommiers, qui se déclara pour le roi de France
      et reçut de ce chef 1000 livres par an, avait pourtant mis
      comme réserve à son service de ne pas faire la guerre au roi
      d’Angleterre, ni à ses enfants: «promisit esse bonus et fidelis
      vassallus domino regi et successoribus suis et servire contra
      omnes qui possint venire et mori, rege Angliæ et liberis suis
      exceptis». (_Extr. de journaux du Trésor_, dans la _Bibl. de
      l’Éc. des Ch._, t. XLIX, 1888, p. 377.)

Toutes ces poursuites et ces accusations entretenaient en Gascogne des
haines, qui ne pouvaient que mal aboutir. P. 2 à 4, 293, 294.

Quand le duc d’Anjou a auprès de lui le connétable du Guesclin et la
plus grande partie de ses gens d’armes, il marche[19] sur Bergerac
dont le capitaine et gardien, Perducat d’Albret[20], se tenait tout
près de là au château de Montcuq. L’armée du duc d’Anjou est nombreuse;
ce sont le connétable et ses gens d’armes, puis Jean d’Armagnac, Louis
de Sancerre, Jean[21] et Pierre[22] de Bueil, Owen de Galles, Maurice
de Tréséguidi, un des trente Bretons, Alain de Beaumont[23], Alain de
la Houssaye, Guillaume de Moncontour, Pierre de Mornai[24], Jean de
Vergt, Baudouin de Crenon[25], Elyot de Talaye[26], etc. Tout ce monde
s’établit le long de la Dordogne, et les escarmouches commencent. P. 4,
5, 294.

      [19] Le duc d’Anjou ne vint pas directement de Toulouse à
      Bergerac, mais, passant par Nontron et les Bernardières que
      brûlèrent les Anglais, il alla faire le siège de Condac, qu’il
      prit au bout de trois jours, et de Bourdeilles, qui se rendit
      après six jours. C’est sous les murs de cette ville qu’il fut
      rejoint par Jean de Bueil, sénéchal de Beaucaire, lui amenant
      cinq cents hommes d’armes et deux cents arbalétriers (_Grandes
      Chroniques_, t. VI, p. 350-351). Le siège de Bergerac commença
      le 22 août (_Arch. de Périgueux, Petit Livre noir_, fol. 3 vº).
      La nouvelle de la prise de Bourdeille n’arriva au roi qu’assez
      tard: à la date du 19 septembre, Pierre Barrillet, chevaucheur,
      donne quittance de 40 francs d’or à lui donnés par le roi «pour
      les bonnes nouvelles qu’il lui a apportées nouvellement...
      de la prinse du chastel de Bordille». (_Bibl. Nat._, ms. fr.
      26014, nº 2009.)

      [20] Voy. sur Perducat d’Albret la notice d’Em. Labroue dans le
      _Livre de vie_ (1891), p. 111-161.

      [21] Jean de Bueil, chambellan du roi dès 1372, paraît comme
      chambellan du duc d’Anjou dans une pièce datée de Villeneuve
      d’Agenois, 31 juillet 1377; il sert en Picardie en 1380 (_Bibl.
      Nat., Pièces orig._ vol. 549).

      [22] Pierre de Bueil, frère de Jean, chambellan, puis maréchal
      du duc d’Anjou, est retenu pour servir en Guyenne le 1er mars
      1379 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 549).

      [23] Sur Alain de Beaumont, voy. la notice de M. Paul Guérin
      dans les _Archives hist. du Poitou_, t. XIX, p. 297, note 1.

      [24] Pierre de Mornai, sénéchal de Périgord en 1387, a fait
      les guerres de Saintonge, Périgord et Limousin sous Louis de
      Sancerre en 1375 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2057).

      [25] Baudouin de Crenon paraît dans une revue passée à Cléry
      le 5 septembre 1380 et donne quittance de 108 francs d’or à
      Chartres le 10 septembre de la même année (_Bibl. Nat., Clair._
      vol. 36, nos 2748 et 2749).

      [26] Eliot de Talaye, _et non_ Calay comme l’écrit Froissart,
      écuyer, paraît dans une montre du 1er septembre 1375. Une
      quittance du 30 septembre nous le montre prenant part cette
      même année aux expéditions de Saintonge et d’Anjou sous les
      ordres de Louis de Sancerre (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
      2787).

Le sixième jour du siège, arrivent le seigneur d’Albret et Bernard
d’Albret, son cousin, qui sont accueillis avec joie; le huitième, le
duc d’Anjou décide en conseil d’attendre de nouveaux renforts, et
principalement les gens du seigneur de Couci, pour donner l’assaut. P.
5, 294.

Pendant ce temps[27] Thomas de Felton, se sentant menacé à Bordeaux
par le voisinage de l’armée française, avait envoyé demander du secours
en Angleterre par une première ambassade, qui ne réussit pas; il
dépêche alors le seigneur de Lesparre[28], qui se fait prendre dans les
eaux espagnoles et reste prisonnier en Espagne plus d’un an et demi,
toujours poursuivi de la haine des seigneurs de Pommiers. P. 5, 6, 294,
295.

      [27] Dès le mois de juillet Thomas de Felton s’était mis en
      mesure de résister au duc d’Anjou; à la date du 23 juillet
      1377, le comptable de Bordeaux paye à la ville de Libourne 300
      l., à Saint-Emilion 380 l., à Sainte-Foy 260 l., à Bergerac
      400, à la Salvetat 200, à Sauveterre 380, à Montségur 300, «ad
      resistendum malicium et adventum domini ducis Andegavie». A la
      même date des réparations sont faites au château de Bordeaux
      (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/1).
      Le 15 août Thomas de Felton demande de nouveaux secours au
      comptable de Bordeaux (_Ibid._ 470/5).

      [28] Florimont de Lesparre joue un rôle important à Chypre
      avant cette date (voy. la _Prise d’Alexandrie_ par Guillaume
      de Machaut, éd. Mas-Latrie). Pourvu à son retour d’Orient
      d’une rente de 80 livres par le roi d’Angleterre, il se
      rendait en Angleterre avec Jean de Harpedane et Jean de Gerson
      pour presser l’envoi d’un renfort, quand il fut pris par la
      flotte espagnole et conduit en Espagne. Associé dès 1369
      avec le captal de Buch pour les profits de la guerre, il eut
      plus tard avec lui des différends nombreux (Rabanis, _Notice
      sur Florimont de Lesparre_ dans les _Actes de l’Académie de
      Bordeaux_, 5e année, 1843, p. 75-112).

Thomas de Felton est plus heureux en appelant auprès de lui à Bordeaux
les quatre plus puissants et plus vaillants barons du parti anglais
en Gascogne, les seigneurs de Mussidan[29], de Duras, de Rauzan et de
Langoiran[30]: il a ainsi à sa disposition cinq cents lances, dont
trois cents quittent aussitôt la ville pour s’en aller chevaucher en
terrain français, et, passant par la Réole[31], viennent loger, à
l’insu des Français, en la ville d’Eymet[32]. P. 6, 7, 295.

      [29] Sur Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan, voy. la
      notice d’Em. Labroue, dans le _Livre de vie_, p. 247-310.

      [30] Du 1er juin au 31 août 1377 ces quatre seigneurs devaient
      fournir au service du roi d’Angleterre, le premier et le
      dernier 30 hommes, les deux autres 20 hommes, payés par maître
      Richard Rotour, comptable de Bordeaux (_Rec. Off., Queen’s
      Rem., Misc., Realm of France_ 470/2). Un mandement du conseil
      royal de Gascogne attribue le 23 mai 1377 aux seigneurs de
      Rauzan et Montferrand 500 livres, pour ce que «ils ne poent
      leurs lieux et forteresses maintenir et gouverner» par suite de
      «la malice des enemys» (_Rec. Off., Ibid._ 470/5)

      [31] Gironde, ch.-l. d’arr.

      [32] Dordogne, arr. de Bergerac.

Le siège continue sans grand succès pour les Français, qui prennent
parti d’envoyer chercher à la Réole un grand engin de guerre, une
_truie_ qui lançait de grosses pierres et pouvait contenir cent hommes
d’armes. On charge de cette expédition Pierre de Bueil, Jean de Vergt,
Baudouin de Crenon, et les sires de Montcalais et de Quesnes[33],
qui avec trois cents lances passent la Dordogne à gué et arrivent
à la Réole, sans se douter de la présence des Anglais à Eymet. Le
connétable, qui en a connaissance, envoie pour les soutenir une route
de deux cents lances sous la conduite de Pierre de Mornai, d’Owen de
Galles, de Thiébaud du Pont et d’Elyot de Talaye, qui rencontrent les
gens de Pierre de Bueil revenant de la Réole avec la _truie_ et ayant
pris au retour un autre chemin.

      [33] Lirian des Quesnes, chevalier, donne quittance de 180
      fr. pour son service en Picardie sous le duc de Bourgogne, le
      7 octobre 1380 à Chartres (_Bibl. Nat., Clair._, vol. 91, nº
      7111).

Cette armée française, forte de 5 à 600 lances, se trouve à Eymet en
présence des Anglais, et la bataille a lieu, où périt Elyot de Talaye
et où se distingue tout particulièrement un chevalier berrichon, Jean
de Lignac[34]. P. 7 à 10, 295.

      [34] Jean de Lignac avait précédemment été fait prisonnier par
      Florimont de Lesparre (Rabanis, _Actes de l’Acad. de Bordeaux_,
      5e année, 1843, p. 100).

Le choc est terrible; les Gascons perdent un chevalier, le seigneur de
Grignols[35]; les Français, Thiébaud du Pont. La victoire reste enfin
aux Français qui font prisonniers les seigneurs de Mussidan, de Duras,
de Langoiran et de Rauzan, ainsi que Thomas de Felton, pris de la main
même de Jean de Lignac. Le reste des Anglais et des Gascons s’enfuit
pour se réfugier à Bordeaux et rencontre en chemin le sénéchal des
Landes, Guillaume Helmen, et le maire de Bordeaux, Jean de Multon, qui
venaient à leur secours avec cent lances. Apprenant la défaite des
leurs, ils retournent tous à Bordeaux[36]. P. 10, 11, 295, 296.

      [35] Un Jean, seigneur de Grignols, écuyer, qui appartient à
      cette date au parti français, est retenu le 13 mars 1369 au
      service du duc d’Anjou, et figure le 27 dans une montre passée
      à Chastiaulz-Jaloux en Bordelais (_Bibl. Nat., Pièces orig._,
      vol. 1409).

      [36] La bataille d’Eymet eut lieu le 1er septembre (_Grandes
      Chroniques_, t. VI, p. 352). Dès le 3, le conseil de Bordeaux
      envoie demander des secours, «post capcionem Thome de Felton»
      à Lourdes, à Bayonne, à Dax et autres villes des Landes (_Rec.
      Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/1). Le 6, le
      patron de barque Gaston est envoyé en Angleterre, porteur de
      lettres apprenant au roi l’état de la Guyenne après la prise de
      Thomas de Felton (_Ibid._). Le 8 septembre, le roi d’Angleterre
      confirme une charte accordée à la ville de Bordeaux le 26 mars
      1277, et l’autorisant à lever pour deux ans un droit sur les
      marchandises (_Rec. Off., Vasc. Rolls., 1 Rich. II_, m. 14).

Les Français se hâtent de profiter de leur victoire et se disposent
avec leur nouvel engin à donner l’assaut à Bergerac. Malgré l’avis de
leur capitaine, les habitants, se sentant abandonnés, se rendent au
connétable, à condition qu’on ne leur imposera pas de garnison[37].
Perducat d’Albret, à l’insu duquel avaient été faites les négociations,
se réfugie au château de Montcuq[38]. P. 11, 12, 296.

      [37] Bergerac est pris le 2 septembre: «lo dich ii jorns
      de setembre MCCCLXXVII, M. lo duc d’Anjou pres lo luoc de
      Bragayrach e plus d’autres LX forts del pays» (_Le petit
      Thalamus de Montpellier_, 1840, p. 395). Le duc d’Anjou
      confirme les privilèges des habitants de Bergerac, venus de
      leur plein gré à l’obéissance du roi. (_Arch. Nat._, JJ 186,
      fol. 34.)

      [38] Aujourd’hui château en ruines, commune de
      Saint-Laurent-des-Vignes, Dordogne, arr. de Bergerac.

Bergerac pris, le duc d’Anjou se décide à mettre le siège devant
Castillon-sur-Dordogne[39]; il part donc avec le connétable et les gens
d’armes, laissant derrière lui le maréchal de Sancerre, qui attend la
venue du seigneur de Couci[40]. Ce dernier arrive le lendemain avec
Aymenion de Pommiers, Jean[41] et Tristan[42] de Roye, le seigneur
de Fagnolle, Jean de Jeumont[43], Jean de Rosai[44], Robert de
Clermont[45] et autres chevaliers, et rejoint bientôt l’armée du duc,
dont l’avant-garde avait reçu en passant la soumission de la ville de
Sainte-Foy[46]. P. 13, 296.

      [39] Gironde, arr. de Libourne.

      [40] Avant de rejoindre l’armée du duc d’Anjou, le 26 août,
      Enguerrand de Couci avait écrit au roi d’Angleterre cette
      lettre mémorable, publiée d’après Rymer par Kervyn de
      Lettenhove (_Œuvres de Froissart_, t. XXI, p. 41-42) et par M.
      Emile Labroue (_Bergerac sous les Anglais_, 1893, p. 99), où il
      renonce aux domaines qu’il tenait de la couronne d’Angleterre,
      ainsi qu’à l’ordre de la Jarretière, pour embrasser ouvertement
      la cause du roi de France. Cette lettre fut remise au roi le 29
      octobre par un page nommé Jean Pière, sachant parler l’anglais
      (_Rec. Off., Close Rolls, 1 Rich. II_, m. 24 rº). A la date
      du 7 avril 1377, les gages mensuels de guerre d’Enguerrand de
      Couci au service du roi de France étaient de 500 francs d’or
      (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 875).

      [41] Jean de Roye, chevalier, donne quittance à la date du 27
      novembre 1377, à Toulouse, d’une somme de 100 francs d’or au
      duc d’Anjou: il est au service du duc de Bourbon le 12 juillet
      1385. Seigneur d’Aunoy en 1385, chambellan du roi en 1390, il
      est capitaine et garde du chastel et ville de la Ferté-Milon
      le 29 mai 1393 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2584). Un
      mandement de Charles VI daté de Mâcon, 10 février 1390, accorde
      500 livres à J. de Roye (_Musée Britannique, Add. Charters_
      4230).

      [42] Tristan de Roye, frère du précédent, seigneur de Busancy,
      est au service du duc de Bar en 1380 (_Bibl. Nat., Pièces
      orig._, vol. 2584). En février 1380, une querelle éclata dans
      son hôtel de Paris, à propos d’une vilaine (_Arch. Nat._, JJ
      116, fol. 31 vº).

      [43] Jean de Barbenson, dit le Jeumont, est conseiller et
      chambellan du roi et du duc de Bourgogne en 1410. Le 22 juillet
      1377 il était en guerre privée avec Geoffroi de l’Eschielle,
      s{r} de Balaham (_Arch. Nat._, JJ 111, fol. 79).

      [44] Jean de Rosai, chevalier, se retrouve en septembre et
      octobre 1380 «à la poursuite des Anglois en la compaignie
      de monseigneur de la Rivière et soubz le gouvernement de
      monseigneur le duc de Bourgogne». (_Bibl. Nat., Clair._, vol.
      97, nos 141-142.)

      [45] Nous trouvons ce Robert de Clermont, qu’il ne faut pas
      confondre avec le maréchal de Normandie, sous les ordres
      d’Enguerrand de Couci, à Arras, 1er et 3 août 1380, et à
      Corbeil, 1er septembre 1380. A la date du 5 février 1382 nous
      avons la mention d’une guerre privée entre lui et Raoul Poiré
      (_Arch. Nat._, JJ 120, fol. 125).

      [46] Sainte-Foy-la-Grande, Gironde, arr. de Libourne.

Les escarmouches devant Castillon[47] durent environ quinze jours, la
ville étant défendue par quelques Gascons et Anglais qui s’y étaient
réfugiés après la déconfiture d’Eymet. Pendant ce temps on rend la
liberté à Thomas de Felton, moyennant 30,000 francs payés à Jean de
Lignac; quant aux quatre barons prisonniers, les seigneurs de Duras,
de Rauzan, de Mussidan et de Lagoiran, on les décide à se ranger dans
le parti français. Les deux premiers partent pour retourner dans leur
pays; les deux autres restent auprès du duc d’Anjou. P. 14, 296.

      [47] A la date du 12 septembre 1377, sous les tentes ou
      pavillons du duc d’Anjou devant Castillon-sur-Dordogne, Bérard
      d’Albret, seigneur de Lagoiran, prête serment de fidélité à
      Charles V en présence d’Enguerrand de Couci, de B. du Guesclin,
      de Louis de Sancerre, de Jean de Bueil et de Pierre de Villiers
      (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 24).

Mais à peine libres, les seigneurs de Duras et de Rauzan ne peuvent se
résoudre à abandonner la cause anglaise, et se rendent à Bordeaux pour
protester de leur dévouement auprès du sénéchal des Landes et du maire
de la ville[48]. Informé de cette défection, le duc d’Anjou, ayant de
nouveau reçu la promesse des seigneurs de Mussidan et de Lagoiran, jure
de détruire à jamais les terres des seigneurs de Duras et de Rauzan.
P. 14 à 16, 296, 297.

      [48] Jean de Multon, maire de Bordeaux sous la domination
      anglaise, figure dans deux comptes de Bordeaux, datés d’avril
      et de juin 1377, comme fournissant 40 hommes d’armes et 20
      archers (_Record Off., Queen’s Rem., Misc., Army_ 40/96 et
      _Realm of Fr._ 470/2).

Le siège de Castillon durait toujours, au grand détriment des
assiégeants qui ne pouvaient que difficilement se procurer des vivres.
Enfin la ville se rend, et la garnison se retire à Saint-Macaire[49];
elle est remplacée par des hommes du duc d’Anjou, avec Jacques de
Montmartin pour capitaine. Avant de marcher sur Saint-Macaire, le duc
d’Anjou vient assiéger Sauveterre[50]. Là il apprend qu’on ne lui a
pas rapporté bien exactement la conduite des seigneurs de Duras et de
Rauzan, qui se sont rendus effectivement à Bordeaux, mais pour des
motifs inconnus. Sur la prière des seigneurs de Mussidan, de Lagoirant,
de Couci et de Pierre de Bueil, le duc d’Anjou se montre tout disposé
à ne plus douter de la fidélité des seigneurs de Duras et de Rauzan.
Sauveterre est pris après trois jours, puis Sainte-Bazeille[51],
puis Monségur[52], puis Auberoche[53]; l’armée arrive enfin devant
Saint-Macaire[54]. P. 16 à 18, 297.

      [49] Gironde, arr. de la Réole.

      [50] Gironde, arr. de la Réole.--A la date du 12 octobre 1377,
      Sainte-Foy, Sauveterre et la Salvetat (non mentionné par
      Froissart), étaient déjà pris par le duc d’Anjou (_Rec. Off.,
      Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/5).

      [51] Lot-et-Garonne, arr. de Marmande.

      [52] Aujourd’hui ruines près de la Réole.

      [53] Auberoche semble devoir s’identifier avec la localité du
      même nom que Cassini place sur la Vezère (Dordogne). N’étant
      pas sur le chemin de la chevauchée du duc, il faut supposer que
      cette ville fut prise par une expédition partielle comme celles
      dont parle le chroniqueur quelques lignes plus bas.

      [54] Le 12 octobre 1377 Emon Cressewell et William Chaundeler
      sont envoyés pour secourir Saint-Macaire (_Rec. Off., Queen’s
      Rem., Misc., Realm of France_ 470/5).

L’armée du duc s’augmentait toujours de nouvelles recrues; aussi en
profite-t-il pour faire exécuter plusieurs chevauchées par le maréchal
de France, le seigneur de Couci, Owen de Galles, Perceval d’Esneval et
Guillaume de Moncontour, qui prennent ainsi plusieurs villes et petits
forts et mettent le pays en l’obéissance du roi de France. Sur ces
entrefaites les habitants de Saint-Macaire, craignant le sort que leur
réserve la prise de la ville, traitent secrètement avec les Français et
se rendent contre promesse d’avoir saufs leur vie et leurs biens. La
garnison se retire alors dans le château. P. 18 à 20, 297.

La reddition de Saint-Macaire réjouit fort le duc d’Anjou, aussi
bien que la nouvelle, qu’il avait reçue de Toulouse lors du siège
de Monségur, de l’heureux accouchement de la duchesse, lui donnant
un fils. Il apprend en même temps par un héraut la vérité sur les
seigneurs de Duras et de Rauzan, qui bien réellement se sont déclarés
anglais[55]. Aussi, après avoir reçu la soumission de la garnison du
château de Saint-Macaire et l’avoir fait conduire à Bordeaux, le duc se
hâte-t-il de marcher sur Duras[56]. P. 20, 21, 297.

      [55] Les sires de Duras et de Rauzan furent dédommagés de
      cette fidélité à la cause anglaise: un mandement du conseil de
      Bordeaux à la date du 1er novembre 1377 leur alloue 650 livres
      tant pour les indemniser «de la prise de leurs propres cors
      que» de la perte de leurs domaines, «pour ce que ne ont voulu
      estre a la obeïssance du roi de Fraunce». (_Rec. Off., Queen’s
      Rem., Misc., Realm of France_ 470/5.)

      [56] Lot-et-Garonne, arr. de Marmande.

Aussitôt arrivé, le duc ordonne l’assaut, mais le soir on doit sonner
la retraite, sans résultat appréciable, au moment où Alain de la
Houssaye et Alain de Saint-Pol rejoignent l’armée avec une route de
Bretons qui, en chevauchant vers Libourne avaient pris Cadillac[57]. P.
21, 298.

      [57] Gironde, comm. de Fronsac.--Le sénéchal des Landes,
      Guillaume Elmham, capitaine de Libourne et de Saint-Emilion,
      avait été envoyé au secours de Cadillac; cf. à la date du 11
      octobre 1377 un mandat de 200 livres ordonnées à son nom (_Rec.
      Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of France_ 470/5.).

Le lendemain matin, nouvel assaut où se distinguent le seigneur de
Lagoirant, Tristan de Roye, Perceval d’Esneval, Jean de Jeumont, Jean
de Rosai et le seigneur de Mussidan, qui est jaloux de se montrer bon
Français. Après la mort du seigneur de Sorel, la ville est prise[58],
et les gens d’armes se retirent dans le château. P. 21 à 23, 298.

      [58] Le siège de Duras, commencé le 9 octobre, jour de la S.
      Denis (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 355), était fini le 19
      octobre 1377, jour où, _dedans_ Duras, le duc d’Anjou donne 100
      fr. d’or à Pierre de Villers, chevalier, grand maître d’hôtel
      du roi. (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 3021.)

La ville de Duras prise et pillée, on passe au fil de l’épée tous les
habitants qui s’y trouvent. Le lendemain le connétable et le maréchal
vont examiner le château, qu’ils déclarent difficile à prendre. «Peu
importe, dit le duc, j’ai dit et juré que je ne partirai pas d’ici sans
avoir ce château en ma possession!--Soit, répond le connétable, vous
n’en aurez pas le démenti». On se prépare donc à faire le siège, mais
au bout de trois jours, la garnison se rend et est conduite là où elle
veut aller. P. 23, 24, 298.

Après la prise de Duras, le duc d’Anjou laisse dans Landiras[59]
cent lances avec Jean de Jeumont, Jean de Roye et Jean de Rosai pour
garder la frontière contre les gens de Bordeaux, et désireux d’aller
voir à Toulouse la duchesse nouvellement accouchée[60], il licencie
ses autres troupes[61], après avoir chargé Owen de Galles d’aller
assiéger, avec une route de Bretons, de Poitevins et d’Angevins, la
ville de Mortagne-sur-Gironde, occupée par le syndic de Latrau. Owen
part avec cinq cents lances et se dirige vers Saint-Jean-d’Angély; le
duc d’Anjou, le connétable, le seigneur de Couci, le maréchal, Jean et
Pierre de Bueil s’en retournent à Toulouse où ont lieu de grandes fêtes
pour les relevailles de la duchesse. Le connétable et le seigneur de
Couci rentrent ensuite en France, et le maréchal s’en va en Auvergne au
secours du dauphin et des seigneurs du pays qui guerroyaient contre les
Anglais[62]. P. 24 à 26, 298.

      [59] Gironde, com. de Podensac, arr. de Bordeaux.

      [60] La duchesse était accouchée à Toulouse le 7 octobre
      1377, d’un fils qui fut plus tard Louis II, roi de Naples,
      pendant que le duc d’Anjou assiégeait Duras. Sous les murs
      de cette ville, le 10 octobre 1377, le duc mande à Ambroise
      Beth, receveur de Carcassonne, de payer 100 francs d’or au
      messager venu de Toulouse pour lui annoncer la délivrance de
      la duchesse (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 014, nº 2029). Les
      19 et 20 octobre le roi Charles V payait une première somme
      de 1000 francs d’or, puis une seconde de 40, destinées aux
      messagers lui ayant appris la «nativité» de son nouveau neveu
      (L. Delisle, _Mandements de Charles V_, nos 1486 et 1487).

      [61] Dans cette campagne le duc d’Anjou «conquesta jusques
      au nombre de six vint et quatorze que villes que chasteaux
      et autres grosses forteresces et notables» (_Grandes
      Chroniques_, t. VI, p. 355), parmi lesquels il faut citer
      tout particulièrement Sainte-Marguerite (Dom Vaissete, _Hist.
      du Languedoc, nouv. éd._, t. IX, p. 862). Le duc d’Anjou se
      trouvait le 24 septembre sous les murs de la ville, et envoyait
      de là le seigneur de Lagoiran au pays appelé _Entre les deux
      mers_ pour y recevoir la soumission des barons. (Voy. dans les
      _Arch. hist. de la Gironde_, t. III, p. 277-278, un document
      des Archives des Basses-Pyrénées publié par M. P. Raymond.)

      [62] Le maréchal de Sancerre rejoignit le duc de Berry au
      siège de Ravel, où il se trouvait avec lui le 6 octobre 1377
      (_Arch. Nat._, KK 252, fol. 147), puis se rendit à Saint-Flour,
      où nous constatons sa présence le 23 octobre 1377 (_Ibid._,
      fol. 135 vº). L’expédition prit fin peu de jours après, car
      nous voyons le 1er novembre passer à la Chaise deux boulangers
      d’Orléans revenant «de la derrenière chevauchée d’Auvergne»
      (_Arch. nat._, JJ 112, fol. 177 vº). Elle n’avait été du reste
      que médiocrement fructueuse. Le duc, après avoir levé dès le
      20 avril 1377 un subside pour le rachat de plusieurs places
      occupées depuis longtemps par les Anglais (_Bibl. Nat._,
      ms. fr. 26 013, nº 1906), entre autres Carlat, déclaré
      imprenable par B. du Guesclin (_Arch. Nat._ X1a 1471, fol.
      53), était encore à Bourges le 17 juillet (_Arch. Nat._, KK
      252, fol. 138 vº), d’où il partit pour délivrer Carlat, sans y
      réussir. Il fut plus heureux avec Ravel (Puy-de-Dôme), qu’il
      assiégeait dès le 29 août (_Arch. nat._, KK 252, fol. 138 vº)
      et prenait le 29 septembre (_Ibid._, fol. 139).

Owen de Galles arrive à Saintes, où il se repose: il a avec lui
les seigneurs de Pons[63], de Thors[64], de Vivonne, Jacques de
Surgières et autres chevaliers du Poitou; d’autre part les Bretons
et les Normands ont pour capitaines Maurice de Tréséguidi, Alain de
la Houssaye, Alain de Saint-Pol, Perceval d’Esneval, Guillaume de
Moncontour, le seigneur de Montmaur[65] et Morelet[66], son frère.
Quand tout est prêt, l’armée s’en vient mettre le siège devant
Mortagne-sur-Gironde, dont le château domine la Garonne, et qui bien
pourvu de vivres et bien défendu par son capitaine, le syndic de
Latrau, demande pour se rendre un long siège. P. 26, 27, 298.

      [63] Renaud VI, sire de Pons, lieutenant du roi en Poitou,
      Saintonge et Angoumois en 1381, conservateur des trêves de
      Guyenne, vicomte de Turenne et de Carlat, seigneur de Ribérac,
      est né vers 1348. Il épouse en 1365 Marguerite de Périgord,
      et passe au parti anglais, qu’il abandonne définitivement,
      après plusieurs hésitations, en 1371, et est comblé de
      faveurs par Charles V. De 1383 à 1415 il exerce à plusieurs
      reprises les fonctions de conservateur des trêves. Il meurt
      en 1427. Voy. dans les _Positions des thèses soutenues par
      les élèves de la promotion de 1894 pour obtenir le diplôme
      d’archiviste-paléographe_ (p. 1-4), les positions de M. J.
      Chavanon, qui a consacré une étude à ce personnage.

      [64] Sur Renaud de Vivonne, seigneur de Thors, voy. P. Guérin,
      _Arch. hist. du Poitou_, t. XXI, p. 269 et 419.

      [65] Jacques de Montmor, chevalier, seigneur de Briz,
      chambellan du roi, fut successivement gouverneur de La
      Rochelle, gouverneur du Dauphiné, capitaine d’Harfleur, et fut
      souvent chargé par Charles V de missions diplomatiques (_Bibl.
      Nat., Pièces orig._ vol. 2030).

      [66] Sur Morelet de Montmor, chevalier, chambellan du roi,
      capitaine du chastel et de la bastide du Louvre, et en octobre
      1393 capitaine de Harfleur (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
      2030), voy. une note de M. P. Guérin (_Arch. hist. du Poitou_,
      t. XIX, p. 244).




CHAPITRE II.

  REPRISE DES HOSTILITÉS EN ÉCOSSE.--_1378, 25 novembre._
    PRISE DU CHATEAU DE BERWICK PAR LES ÉCOSSAIS.--_Fin de
    1378._ CHEVAUCHÉE DU COMTE DE NORTHUMBERLAND SUR LES MARCHES
    D’ÉCOSSE (§§ 21 à 33).


Le roi de France, sans engager sa propre armée, savait faire harceler
ses ennemis par ses alliés; aussi profite-t-il de l’avènement de
Richard II pour renouveler avec le roi d’Écosse, Robert, les traités
conclus avec ses prédécesseurs[67]. A la suite d’une réunion à
Édimbourgh, la guerre est de nouveau résolue, et le roi d’Écosse divise
son armée en quatre parties sous les ordres des comtes de Douglas,
de Moray, de Mar et de Sutherland; le connétable d’Écosse était
Archibald de Douglas, et le maréchal de l’armée, monseigneur Robert
d’Erskine[68]. Le rassemblement des troupes devait avoir lieu près du
Lammerlaw[69], à la frontière d’Angleterre.

      [67] Le traité d’alliance unissant la France à l’Écosse avait
      été renouvelé entre Charles V et Robert Stuart dès le 30 juin
      1371 (_Mandements de Ch. V_, nº 790). Aussitôt après la mort
      d’Edouard III (12 juin 1377), les Écossais rompirent les trêves
      conclues avec l’Angleterre: notamment une dispute survenue au
      marché de Roxburgh entre Anglais et Écossais est la cause du
      meurtre de quelques Écossais. Leurs compatriotes, voulant les
      venger, brûlent la ville sous les ordres du comte de Dunbar;
      de là des représailles de la part des Anglais, qui, au nombre
      de 10 000, commandés par le comte de Northumberland, entrent
      en Écosse et ravagent le pays (Walsingham, _Hist. angl._, t.
      I, p. 340). La lutte continue ainsi pendant l’année 1378,
      entretenue par un échange constant de correspondances entre
      la France et l’Écosse (_Mandements de Ch. V_, nos 1669, 1688,
      1712 à 1714) «pour certaines besoingnes», jusqu’à la défaite
      des partisans du comte de Northumberland. Intervention d’Edmond
      Mortimer et de Jean, évêque de Hereford, qui quitte son manoir
      de Wytebourne et voyage du 27 mai au 22 juillet «pour la
      reformation» des attentats contre la trêve avec l’Écosse (_Rec.
      Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 8 vº). La trêve est
      renouvelée, mais dure peu; et un nouveau voyage en Écosse de
      l’évêque de Hereford (23 octobre-6 décembre 1378) est rendu
      nécessaire par les événements qui précèdent et suivent la prise
      de Berwick racontée par Froissart (_Rec. Off._, _ibid._).

      [68] Le roi Charles V, sans doute pour gagner à lui les
      principaux chefs écossais, ordonne le paiement, à la date du 23
      décembre 1377, de trois harnais d’or envoyés par lui au comte
      Guillaume de Douglas, à Jacques son fils et à Robert d’Erskine
      (_Mandements de Ch. V_, nº 1564).

      [69] Le Lammerlaw est un des pics faisant partie de la chaîne
      des Lammermoor Hills.

Durant ce temps, un des plus hardis écuyers d’Écosse, Alexandre de
Ramsay, prend avec lui quarante compagnons de sa route et marche sur
Berwick, qui appartenait aux Anglais. Le capitaine de la ville de
Berwick était alors un écuyer du comte de Northumberland[70], nommé
Jean Biset, et celui du château s’appelait Robert Ashton[71]. Le
château est pris par surprise[72] et Robert Ashton se tue en sautant
dans les fossés[73]. Jean Biset, le capitaine de la ville, coupe alors
les ponts reliant le château à la ville (de la sorte les Écossais
restent enfermés dans le château) et envoie demander du secours au
comte de Northumberland, qui était tout près de là, à Alnwick[74], par
Thommelin Friane, un de ses hommes. P. 27 à 31, 297 à 299.

      [70] Henri de Percy, comte de Northumberland, avait touché 500
      livres pour la garde du château de Berwick du 1er décembre 1377
      au 15 juillet 1378 (_Rec. Off., Treas. of the Receipt, Misc._
      43/8, nº 55).

      [71] Robert Ashton, chambellan d’Edouard III, était venu en
      France pour traiter de la paix (30 avril-13 juin 1377) et
      avait reçu 100 L. à cette occasion. Le 12 juin, nous le voyons
      capitaine de Sandgate près Calais. (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
      Misc., Nuncii_ 631/32 et _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 77
      vº.)

      [72] C’est le 25 novembre (le jeudi avant la Saint-André) et
      non le 22 novembre 1378, que le château de Berwick fut pris par
      les bandes écossaises, durant la nuit, _per quoddam foramen
      cujusdam turris_ (Walsingham, _Hist. angl._, t. I, p. 388).

      [73] Le comte de Dunbar, gardien des marches pour l’Écosse,
      n’admettait pas cette rupture de la trêve et voulait faire
      rendre le château aux Anglais: les Écossais répondirent
      qu’ils ne le rendraient ni au roi d’Angleterre, ni au roi
      d’Écosse, mais qu’ils l’occupaient pour le roi de France.
      Huit jours après, grâce à ses machines de guerre, le comte de
      Northumberland reprenait Berwick (Walsingham, _Hist. angl._, t.
      I, p. 389).

      [74] Angleterre, comté de Northumberland.

Alexandre de Ramsay et les siens, maîtres du château, tuent une
partie de leurs prisonniers et gardent l’autre; mais quand ils
veulent pénétrer dans la ville pour la piller et y mettre le feu, les
ponts leur manquent. Ils se renferment alors dans le château et s’y
maintiennent jusqu’à l’arrivée des barons écossais; le comte de Douglas
et Archibald de Douglas avaient déjà quitté Dalkeith[75] et étaient
arrivés à Dunbar[76]. P. 31, 32, 299.

      [75] Écosse, comté de Haddington.

      [76] Écosse, comté de Haddington.

Thommelin Friane se hâte: il arrive à Alnwick auprès du comte de
Northumberland, qui envoie des messagers dans tout le Northumberland
demandant à tous ceux, chevaliers et écuyers, sur l’aide desquels il
croit pouvoir compter, de venir le retrouver sous les murs de Berwick,
pour faire le siège du château occupé par les Écossais. A son appel
répondent aussitôt les seigneurs de Neuville, de Lucy, de Greystok[77],
de Stafford et de Welles, le capitaine de New Castle et le vaillant
Thomas Musgrave[78]. Le comte arrive un des premiers à Berwick; son
armée compte bientôt près de dix mille hommes, et le siège du château
commence. P. 32, 33, 299.

      [77] Ralph, baron de Greystok en 1377 (Rymer, t. VII, p. 159),
      est nommé garde des marches le 10 mars 1381 (_Ibid._, p. 245).

      [78] Thomas Musgrave, gardien du château de Berwick, en juin
      1374 et 1376, était chargé de recevoir les sommes dues pour la
      rançon de David Bruce (Rymer, t. VII, p. 38 et 109); pour 1377,
      voy. _Rotuli Scotiæ_, t. I, p. 982.

Apprenant ces nouvelles, les barons d’Écosse envoient cinq cents lances
sous la conduite d’Archibald de Douglas, cousin d’Alexandre de Ramsay,
au secours du château de Berwick. Le comte de Northumberland, avec
trois mille hommes d’armes et sept mille archers, dispose son armée en
deux batailles et les attend de pied ferme. P. 33 à 35, 299, 300.

Se voyant très inférieurs en nombre, dix contre un, les Écossais,
malgré l’avis de Guillaume de Lindsay[79], oncle d’Alexandre de Ramsay,
ne veulent pas risquer le combat et se retirent sur la montagne de
Lammerlaw près de la Tweed, au delà de Roxburgh[80]. Le comte de
Northumberland, le comte de Nottingham et les autres barons anglais
font quand même bonne garde cette nuit-là. P. 35, 36, 300.

      [79] Un Guillaume de Lindesay figure comme écuyer en 1366 et
      1367 dans les _Rotuli Scotiæ_ (t. I, p. 905a et 916a) et comme
      chevalier en 1398 (t. II, p. 142b).

      [80] Écosse, capitale du comté de même nom, sur le Teviot et la
      Tweed.--Le gardien de Roxburgh pour l’Angleterre était Thomas
      de Percy, qui reçut 300 livres pour cet office du 1er décembre
      1377 au 15 juillet 1378 (_Rec. Off., Treas. of the Receipt,
      Misc. 43/8_, nº 55).

Le lendemain matin, l’assaut est donné au château de Berwick, qui,
grâce aux archers anglais, ne tarde pas à être pris. Tous les
défenseurs sont mis à mort, à l’exception d’Alexandre de Ramsay, qui
devient le prisonnier du seigneur de Percy. Jean Biset est nommé
capitaine du château. P. 36, 37, 300.

Le comte de Northumberland et le comte de Nottingham décident de
poursuivre les Écossais et de leur livrer bataille. Ils prennent
donc le chemin de Roxburgh, en remontant la Tweed; mais bientôt ils
tournent à droite, chevauchant vers les monts de Lammerlaw, et envoient
en reconnaissance sur la gauche, à Melrose[81], où se trouvait une
abbaye de bénédictins, Thomas Musgrave avec trois cents lances et
autant d’archers. Thomas Musgrave, ses fils et ses troupes, arrivent
à l’abbaye, s’y installent pour s’y reposer, et détachent comme
éclaireurs deux écuyers bien montés. P. 37, 38, 300.

      [81] Écosse, comté de Roxburgh.

Ces deux écuyers tombent dans une embuscade d’Écossais, dont Guillaume
de Lindsay est le chef et, sous peine de mort, racontent comment le
château de Berwick a été pris, comment tous ceux qui s’y trouvaient
renfermés ont été tués à l’exception d’Alexandre de Ramsay, comment
les comtes de Northumberland et de Nottingham remontent la Tweed à la
recherche des Écossais, et comment Thomas Musgrave et ses fils, Jean
Ashton et Thomas Barton[82] avec trois cents lances et trois cents
archers sont cantonnés à l’abbaye de Melrose. Guillaume de Lindsay
garde ses prisonniers et envoie annoncer ces nouvelles aux barons
écossais par un écuyer, qui trouve le gros de l’armée au village de
Hondenbray[83]. P. 38, 39, 300.

      [82] On trouve en 1380, dans Rymer (t. VII, p. 258), un Thomas
      Barton qui pourrait s’identifier avec celui-ci.

      [83] Cette localité se trouve, sous le nom de Hondenbrae, sur
      la carte du Lothian de l’atlas de Blaeu, bien au S.-O. de
      Dunbar.

Instruits de ces choses et désireux de profiter de la division de leurs
ennemis, les barons écossais partent la nuit de Hondenbray et marchent
sur l’abbaye de Melrose, pour y surprendre Thomas Musgrave et les
siens. Mais à minuit, la pluie et le froid les arrêtent, et ils sont
obligés de camper dans un bois. P. 39 à 41, 300.

Le matin, entre six heures et neuf heures, une rencontre a lieu entre
les fourrageurs écossais et les fourrageurs anglais de l’abbaye de
Melrose. L’avantage reste aux Écossais, et les fuyards anglais vont
avertir Thomas Musgrave de l’approche des Écossais, qui, prévenus eux
aussi, s’apprêtaient à livrer bataille: ils étaient bien six cents
lances et deux cents valets armés de lances, de bâtons et de haches. P.
41, 42, 300.

Thomas Musgrave et ses gens quittent Melrose et, laissant la Tweed à
main gauche, s’établissent sur une montagne, qu’on appelle Saint-Gille.
C’est là qu’ils sont rencontrés par les éclaireurs écossais, qui
préviennent les leurs. Au cri de Douglas! Saint Gille! les Écossais
s’avancent, et les deux armées se trouvent en présence.

Des deux côtés on arme des chevaliers: plus de trente, du côté des
Écossais, et parmi eux Jacques, fils du comte de Douglas, les deux
fils du roi d’Écosse, Robert et David, et un Suédois du nom de Georges
de Wesmède; du côté des Anglais, le fils de Thomas Musgrave et deux
écuyers appartenant, l’un au seigneur de Stafford, l’autre au seigneur
de Greystock.

Les Anglais placent les archers sur leur aile, et au cri de Notre-Dame!
Ashton[84]! ils commencent l’attaque. Le choc est terrible, et
les archers gênent beaucoup les Écossais, qui ont malgré tout la
supériorité du nombre. Parmi eux, Archibald de Douglas qui a de prime
abord mis pied à terre, assomme les Anglais avec sa lourde épée dont la
lame a bien deux aunes de long. Finalement les Écossais restent maîtres
du champ et font cent vingt prisonniers, entre autres Thomas Musgrave
et ses fils. Les fuyards sont poursuivis jusqu’à la Tweed, et on tue
beaucoup de gens de pied.

      [84] Le texte de Froissart donne _Arleton_, qui semble fautif.

Après cette victoire, les Écossais rentrent dans leur pays et décident
de se replier sur Édimbourgh, pour que le comte de Northumberland, qui
est du côté de Roxburgh, ne puisse leur reprendre leurs prisonniers.
C’était agir prudemment, car ils étaient perdus, s’ils fussent restés à
Hondebray. P. 42 à 44, 301.

A leur départ de Berwick, le comte de Northumberland, le comte de
Nottingham et les barons d’Angleterre se séparent de Thomas Musgrave
et vont camper près de Roxburgh; ils apprennent alors que les Écossais
qu’ils cherchent sont à Hondebray. Ils partent de nuit pour les
surprendre, mais la pluie les arrête eux aussi; et ils arrivent quand
les Écossais sont partis. Ils songent alors à descendre la Tweed
jusqu’à Melrose et à prendre des nouvelles de Thomas Musgrave; ils
apprennent en chemin par des fuyards la défaite des leurs, sans plus
amples détails, et se logent à Melrose. P. 44 à 46, 301.

Ils ne sont pas longtemps sans savoir que Thomas Musgrave, prisonnier
des Écossais, est emmené avec ses fils et 120 prisonniers à Édimbourgh.
Voyant qu’il n’y a plus rien à faire, le comte de Northumberland,
seigneur de Percy, licencie ses troupes et retourne chez lui. Ainsi
finit cette chevauchée.

Les Écossais retournent pour la plupart à Édimbourgh; le comte de
Douglas et ses fils restent à Dalkeith. Heureux de leur succès, les
Écossais se montrèrent courtois pour le payement des rançons de leurs
prisonniers.--Revenons aux affaires de France. P. 46, 47, 301.




CHAPITRE III.

  _1378, 6 février._ MORT DE JEANNE DE BOURBON, REINE DE
    FRANCE.--_1378, 3 novembre._ MORT DE JEANNE DE FRANCE, REINE
    DE NAVARRE.--_1378, 7 et 8 avril._ ÉLECTION DU PAPE URBAIN VI
    (§§ 34 à 39).


En février 1378[85] meurt par son imprudence la reine de France: malgré
l’avis des médecins, elle s’était baignée, étant enceinte de sa fille
Catherine, qui plus tard devait épouser Jean, fils du duc de Berry[86].
P. 47, 301.

      [85] C’est le samedi 6 février 1378 que mourut en couches de
      sa fille Catherine la reine de France, et non _de se coupe_,
      par suite d’un bain, comme le dit Froissart, en la confondant
      avec Jeanne de France, reine de Navarre, dont il parle quelques
      lignes plus loin (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 413). «Ce
      jour de samedi environ mienuit (les _Grandes Chroniques_
      disent: dix heures après midi) madame Jeanne de Bourbon, reine
      de France, trespassa en l’ostel royal de Saint Pol à Paris
      delés «M. Charles dalphin de Viennois, M. Loys, comte de
      Valois, madame Ysabel et mad. Katherine, enfans de elle et du
      roi Charles, nostre sire, son espous. Ladite mad. Ysabel assez
      tost après (le 23 février) ala de vie à trespassement» (_Arch.
      Nat._, X1a 1471, fol. 103 vº). Jeanne de Bourbon fut enterrée
      à Saint-Denis le 16 février, et ses obsèques coûtèrent 8550
      fr. (_Mandements de Ch. V_, nº 1658); son cœur fut déposé aux
      Cordeliers de Paris, qui firent ses obsèques le 18 du même mois
      (_Arch. Nat._, _ibid._).

      [86] La princesse Catherine épousa le 5 novembre 1386 Jean,
      comte de Montpensier, fils du duc de Berry. Ce mariage auquel
      fait allusion Froissart ne permet pas de donner une date
      antérieure à la composition du livre II ou tout au moins de
      cette partie du livre II.

Bientôt après meurt aussi la sœur du roi de France, la reine de
Navarre[87], dont la succession, y compris le comté d’Évreux[88],
revenait à ses enfants, sous la tutelle de leur oncle, le roi de
France. On ne vit pas sans murmure en France que cette succession pût
être administrée par le roi Charles de Navarre, au nom de ses enfants.

      [87] La reine de Navarre, Jeanne de France mourut à Évreux,
      non pas après Jeanne de Bourbon, comme le dit Froissart, mais
      bien avant, le 3 novembre 1373 (_Grandes Chroniques_, t. VI, p.
      341), par suite d’une syncope dont elle fut prise dans un bain,
      où elle était _mal gardée_. C’est ce qui ressort de l’autopsie
      faite après la mort à laquelle se reporte Pierre du Tertre dans
      sa déposition du 14 juin 1378 (Secousse, _Mémoires_, t. I, 2e
      partie, p. 154 et t. II, p. 410).

      [88] Le comté d’Évreux ne faisait point partie de la succession
      de la reine Jeanne; mais le roi de France, connaissant
      l’alliance des Anglais et de Charles le Mauvais, cherchait à
      s’assurer des places de Normandie. La _Chronique des Quatre
      Valois_ (p. 266) met dans la bouche de Charles V une réponse
      bien nette à son neveu Charles de Navarre, qui ne pouvait
      croire que son père voulût livrer aux Anglais ses châteaux de
      Normandie: «Beau nieps, je ne vous vueil pas tollir terre, maiz
      je vueil que les chasteaulx soient mis en ma main.» Le roi,
      comme on le voit, ne cherche pas ici à invoquer le droit des
      héritiers de la reine Jeanne.

Sur ces entrefaites, B. du Guesclin revient de Guyenne[89] après la
campagne du duc d’Anjou et ramène avec lui le sire de Mussidan pour
le présenter au roi[90]. Le roi et le connétable s’entretiennent des
affaires de Navarre, sur lesquelles nous reviendrons plus loin. Pour
l’instant parlons du grand malheur qui affligea l’Église et fut pour la
chrétienté une source de maux. P. 47, 48, 301.

      [89] Le connétable était de retour à Paris avant le 25 novembre
      1377, car à cette date il était présent au Parlement (_Arch.
      Nat._, X1a 1471, fol. 97 vº). Le 1er décembre 1377, il cède au
      duc de Berry, par acte passé au Châtelet, Fontenay-le-Comte en
      Vendée et Montreuil-Bonnin en Poitou contre 25,000 francs (Hay
      du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 458-459).

      [90] Raymond de Montaut, seigneur de Mussidan, qui avait juré
      fidélité au roi de France le 12 septembre 1377 (_Arch. Nat._,
      P. 133418, nº 111), fut bien reçu par Charles V, qui lui donna
      deux douzaines d’écuelles d’argent (_Mandements de Ch. V_, nº
      1679).

On se rappelle que le pape Grégoire XI, qui résidait à Avignon, n’avait
pu réussir à réconcilier le roi d’Angleterre et le roi de France. Il
résolut de retourner à Rome[91], voulant ainsi échapper aux influences
du roi de France et de ses frères[92]. Il fait donc faire tous ses
préparatifs de départ aussi bien sur la rivière de Gênes que sur les
autres chemins, malgré l’opposition des cardinaux qui redoutaient les
Romains.

      [91] Sur le départ de Grégoire, voy. plus haut t. VIII, p.
      CXLI et 228-229. L’itinéraire du pape depuis le jour de son
      départ d’Avignon, 13 septembre 1376, jusqu’à son entrée à Rome
      le samedi 17 janvier 1377, est donné très exactement par le
      _Journal de Bertrand Boysset_ (_Bibl. Nat._, ms. fr. 5728,
      fol. 4 rº à 9 vº). Ce _journal_, publié en 1876-1877 d’après
      un ms. incomplet dans le _Musée_ (_revue arlésienne historique
      et littéraire_, 3e série), a été dernièrement utilisé par M.
      H. Moranvillé dans son édition de la _Chronographia regum
      francorum_.

      [92] Le pape retournait surtout à Rome par crainte d’une
      révolution et pour essayer de ramener à lui les Florentins
      révoltés (Cf. _Chronique des Quatre Valois_, p. 259).

Le roi de France apprend ce dessein, il s’en irrite et écrit aussitôt
au duc d’Anjou d’aller de Toulouse à Avignon pour empêcher ce départ.
Le duc d’Anjou part et arrive à Avignon où les cardinaux le reçoivent
à bras ouverts. Il essaie de détourner le pape de son voyage, mais
rien n’y fait; et Grégoire XI continue ses préparatifs et se dispose
à envoyer à Avignon quatre cardinaux pour s’occuper des affaires
d’outre-monts, se réservant les cas spéciaux sur lesquels le pape seul
peut statuer. Le duc d’Anjou, désespérant de réussir, prend congé du
pape, en lui montrant dans quelle triste position il mettrait l’Église,
si après sa mort, la populace de Rome forçait les cardinaux à élire un
pape de son choix. Malgré tout, le pape veut partir, et s’embarque à
Marseille sur des galères génoises qui étaient venues le chercher. Le
duc d’Anjou retourne à Toulouse. P. 48 à 50, 302.

Les galères, après un court arrêt à Gênes pour s’approvisionner,
arrivent tout près de Rome. Les Romains accueillent le pape avec joie
et le mènent en triomphe jusqu’au Vatican[93]. Peu de temps après,
le 28 mars 1378, Grégoire XI meurt et est enseveli dans l’église
Sainte-Marie-Majeure, où il avait été surpris par la mort[94]. Ses
funérailles furent très belles. P. 50, 51, 302.

      [93] Le pape mourut le samedi 27 (et non le 28) mars 1378, au
      Vatican, «agrevez de maladie de gravelle» (_Arch. Nat._, X1a
      1471, fol. 35). Cette date est donnée aussi par la partie du
      _Journal de Bertrand Boysset_ (_Bibl. Nat._, ms. fr. 5728, fol.
      11 vº) qui, comme l’a prouvé M. P. Meyer (_Romania_, t. XXI,
      p. 565-569), est empruntée à une chronique latine ayant pour
      auteur Jacopo d’Avellino.

      [94] Grégoire XI fut enseveli dans l’église de
      Santa-Maria-Nuova-del-Foro (auj. Sainte-Françoise-Romaine).
      Voy. Noël Valois, _L’élection d’Urbain VI et les origines du
      grand Schisme d’Occident_, p. 11 (tir. à part de la _Revue
      des Questions historiques_, 1890). Nous empruntons au travail
      définitif de M. Valois les rectifications nombreuses que
      demande le récit de Froissart relatif à l’élection d’Urbain VI.

Après la mort de Grégoire XI, les cardinaux se retirent au Vatican[95],
désireux d’obéir dans leur choix à l’intérêt de l’Église; mais les
Romains, au nombre de 30,000, s’assemblent et demandent l’élection
d’un pape romain[96], sous peine pour les cardinaux de perdre la vie;
ils font plus, et envahissent la salle du conclave, d’où les cardinaux
doivent s’enfuir. Sous le coup des menaces, ils se réunissent de
nouveau et élisent, pour apaiser le peuple, un saint homme, romain
d’origine, le cardinal de Saint-Pierre[97].

      [95] L’entrée au conclave eut lieu le mercredi 7 avril.

      [96] Le peuple demandait un pape romain, ou _tout au moins_
      italien.

      [97] Francesco Tibaldeschi, archiprêtre de Saint-Pierre et
      cardinal de Sainte-Sabine, ne fut point fait pape. Après bien
      des hésitations, le conclave avait déjà nommé Barthélemy
      Prignano, depuis Urbain VI, quand les cardinaux, craignant
      d’annoncer ce choix d’un pape _italien_ au peuple de Rome
      qui venait d’envahir le conclave, laissèrent croire pendant
      quelque temps à la nomination du cardinal de Saint-Pierre, qui
      n’accepta jamais ce rôle (Valois, _loc. cit._, p. 52-58).

Les Romains, heureux de ce choix et fiers de leur victoire, font
monter sur une mule le nouveau pape et le promènent en triomphe[98];
le vieillard, usé par l’âge (il avait bien cent ans) et les fatigues,
succombe au bout de trois jours[99]. On l’ensevelit à Saint-Pierre. P.
51, 52, 302.

      [98] Le seul triomphe du cardinal de Saint-Pierre consista
      à s’asseoir de force dans la chaise papale, coiffé d’une
      mitre blanche et revêtu d’une chape rouge, et à être hissé
      sur l’autel, pour donner aux Romains le simulacre de
      l’intronisation.

      [99] Le cardinal de Saint-Pierre mourut le 6 septembre 1378.

Cette mort déroutait les projets des cardinaux, qui avaient espéré
après deux ou trois ans transférer le siège papal à Naples ou à Gênes,
loin des Romains. Le conclave se réunit donc de nouveau; et de nouveau,
le peuple demande un pape romain sous peine de mort pour les cardinaux:
«Donnez-nous un pape romain, qui vive avec nous; ou sinon, vos têtes
seront plus rouges que vos chapeaux.» Ces menaces hâtent l’élection;
et l’archevêque de Bari, Barthélemy Prignano, est nommé pape sous le
nom d’Urbain VI, à la grande joie du peuple romain[100]. A ce moment
il n’était pas à Rome[101], mais à Naples, je crois, où on l’envoya
chercher. Il est reçu triomphalement, et sa nomination est publiée par
toute la chrétienté. Les cardinaux se vantèrent d’avoir fait «bonne et
digne élection»; ils se repentirent plus tard d’avoir tant parlé. Le
nouveau pape révoque les grâces accordées avant lui, et les membres du
clergé de tout pays vinrent à Rome en demander de nouvelles.--Revenons
aux affaires de France. P. 52 à 54, 302, 303.

      [100] Les cardinaux qui avaient fui du Vatican le 8 avril au
      soir, y revinrent le 9, pour introniser le nouveau pape Urbain
      VI, dont le couronnement eut lieu le dimanche 18 avril, jour de
      Pâques.

      [101] Le nouveau pape était à Rome au moment de son élection.




CHAPITRE IV.

  _Commencement de 1378._ ALLIANCE DES ROIS D’ANGLETERRE ET
    DE NAVARRE.--_21 juin._ EXÉCUTION A PARIS DE JACQUES DE RUE
    ET DE PIERRE DU TERTRE.--_20 avril._ PRISE DE POSSESSION
    DE MONTPELLIER PAR CHARLES V.--_1379, 4 février._ TRAITÉ
    ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET DE CASTILLE.--_1378, 27
    juillet._ REMISE DE CHERBOURG AUX ANGLAIS PAR CHARLES LE
    MAUVAIS.--_Avril-juin._ SOUMISSION AU ROI DE FRANCE DES
    VILLES ET CHATEAUX NAVARRAIS EN NORMANDIE.--_Août._ LE DUC
    D’ANJOU MENACE BORDEAUX.--_Fin de 1378._ SIÈGES DE BAYONNE
    ET DE PAMPELUNE PAR LE ROI DE CASTILLE.--_1378, août._ LE
    DUC DE LANCASTRE VIENT ASSIÉGER SAINT-MALO.--_Septembre._
    RAVITAILLEMENT DE CHERBOURG.--_Août._ MEURTRE D’OWEN DE
    GALLES.--_Août et septembre._ RASSEMBLEMENT D’UNE NOMBREUSE
    ARMÉE A SAINT-MALO.--_Septembre._ LEVÉE DU SIÈGE DE MORTAGNE.
    PRISE DES FORTS SAINT-LÉGER ET SAINT-LAMBERT.--_Fin
    décembre._ LEVÉE DU SIÈGE DE SAINT-MALO.--_1379, janvier._
    CAPTURE D’OLIVIER DU GUESCLIN.--_1378, fin d’octobre._ PRISE
    DE BARSAC PAR LES ANGLAIS.--_1378, octobre à janvier 1379._
    CHEVAUCHÉES DE THOMAS TRIVET EN GASCOGNE, EN NAVARRE ET EN
    CASTILLE.--_Commencement de 1379._ TRAITÉ ENTRE LES ROIS DE
    NAVARRE ET DE CASTILLE.--_1379, 30 mai._ MORT DU ROI HENRI DE
    CASTILLE (§§ 40 à 82).


Le roi de Navarre devenu veuf, les hommes de loi du royaume de France
pensaient que ses enfants auraient dû être mis en possession de
l’héritage de leur mère, y compris la Normandie[102], sous la tutelle
de leur oncle, le roi de France, jusqu’à leur majorité. Craignant une
telle chose, le roi de Navarre envoie au roi de France l’évêque de
Pampelune[103] et Martin de la Carre, pour lui demander de lui rendre
ses deux enfants, ou tout au moins Charles, dont le mariage avec la
fille du roi de Castille se préparait[104]. En même temps il fait
partir en Normandie secrètement deux autres ambassadeurs, Pierre le
Basque et Ferrando[105], pour veiller aux moyens de défense de ses
châteaux.

      [102] Comme nous l’avons dit plus haut (p. XXXIV, note 2), le
      comté d’Évreux n’était pas de l’héritage de la reine de Navarre.

      [103] L’évêque de Pampelune était à cette époque Martin de
      Zalva, qui fut nommé cardinal en 1380 par Clément VII et mourut
      en 1403.

      [104] Il y a ici confusion dans la chronologie de Froissart:
      Charles de Navarre, en effet, qui avait épousé Éléonore de
      Castille, fille du roi Henri, le 27 mai 1375, n’arriva en
      Normandie que pendant le carême de 1378 (_Grandes Chroniques_,
      t. VI, p. 432) avec Jacques de Rue, auquel nous voyons
      attribuer à la date du 3 janvier 1378 une somme de 60 florins
      pour un mulet destiné au voyage de France (_Arch. de la Ch. des
      Comptes de Navarre_, caj. 33, nº 2{3} et nº 104). Charles de
      Navarre était à Montpellier le 18 février, et n’en repartait
      que le 1er mars (_Le petit Thalamus_, p. 395-396) pour la
      Normandie. De là il se rendit avec un sauf-conduit, vers la fin
      de mars (E. Petit, _Séjours de Charles V_, p. 64), à Senlis,
      auprès du roi, pour lui demander la délivrance de son familier,
      Jacques de Rue, qui venait d’être arrêté à Corbeil le 25 mars
      (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 432). Après avoir prêté
      serment de remettre en la garde du roi les places de Normandie,
      il accompagne l’armée royale. Pierre de Navarre, son frère,
      tombe entre les mains de Charles V, ainsi que Bonne, sa sœur,
      après la reddition du château de Breteuil, vers la fin d’avril
      1378.

      [105] Ferrando d’Ayens, maître d’hôtel de Charles le Mauvais,
      était déjà en 1372, avant la mort de la reine de Navarre,
      «gouverneur et lieutenant» des terres que le roi de Navarre
      possédait en Normandie (_Mandements de Ch. V_, nº 1841). Il
      était en Normandie, préparant tout pour la défense des châteaux
      navarrais, quand Charles de Navarre y arriva en mars 1378. Il
      accompagna le jeune prince à Senlis auprès du roi de France,
      qui le fit arrêter (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 433 et
      _Chronique du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 9) et bailler «en
      garde à aucuns des officiers du roy, pour mener avecques le
      duc de Bourgoigne en Normendie, afin qu’il luy fist rendre les
      dites forteresses». Ses biens confisqués, Ferrando (_Arch.
      Nat._, JJ 118, fol. 113 vº) fut d’abord enfermé à Caen; après
      la levée du siège de Cherbourg, on le transféra à Rouen (_Chr.
      des Quatre Valois_, p. 278). En 1387, Ferrando était encore
      prisonnier du roi de France (Kervyn, t. XX, p. 228). C’est par
      erreur que Jean Cabaret d’Orville (_Chronique du bon duc Loys
      de Bourbon_, éd. Chazaud, p. 67) le fait mourir à Gavray par
      suite de l’explosion d’un baril de poudre.

La première ambassade ne réussit guère: le roi de France répond qu’il
garde ses neveux auprès de lui.

Pierre le Basque et Ferrando arrivent à Cherbourg avec une grande
quantité de vivres et de munitions qu’ils répartissent entre plusieurs
villes et châteaux de la Normandie et visitent tout le comté d’Évreux,
où ils placent des hommes à eux. Pendant ce temps l’évêque de Pampelune
et Martin de La Carre reviennent trouver le roi de Navarre à Tudela,
pour lui faire part du mauvais résultat de leur mission. Le roi,
n’osant pas se risquer à faire la guerre sans alliances, remet à plus
tard ses projets de vengeance contre le roi de France. P. 54 à 56, 303.

Le roi de France n’était pas sans avoir connaissance des préparatifs
du roi de Navarre en Normandie. De plus les Anglais réunissaient
secrètement une flotte, avec 2000 hommes d’armes et 8000 archers, dont
les chefs étaient le duc de Lancastre et le comte de Cambridge, se
préparant, au dire de bien des gens, à occuper en Normandie les villes
et châteaux du roi de Navarre[106].

      [106] Aux termes d’un traité conclu entre le roi de Navarre
      et le roi d’Angleterre, ce dernier s’engageait à aider
      Charles le Mauvais à s’emparer du Limousin, lui promettait
      le gouvernement de la Guyenne et lui fournissait des troupes
      contre le roi de Castille; par contre le roi de Navarre cédait
      aux Anglais ses châteaux de Normandie (_Grandes Chroniques_,
      t. VI, p. 420-421). C’est pour aller prendre possession de ces
      forteresses que le duc de Lancastre rassemblait dès le mois
      de janvier 1378 une nombreuse flotte et que le roi donnait
      pouvoir à John Merewell, en date du 28 janvier, «d’arrester
      toutes nefs et barges de 20 tonneaux et au dessus... devers le
      south et le west... pour aller en nostre service à noz gages
      en un viage affaire sur la meer en le mois de marcz proschein
      venant.» (_Rec. Off._, _French Rolls, 1 Rich. II_, part 1, m.
      4). Ce «grant viage» devait compter trois mille hommes d’armes
      et trois mille archers (_Ibid._, _Queen’s Rem._, _Misc., Navy
      609/10_), sous le commandement du duc de Lancastre (prenant
      le titre de roi de Castille et de Léon), qui s’engageait
      personnellement à fournir 500 hommes d’armes et 500 archers
      (_Ibid._, _Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 43).

Vers le même temps on prend en France et on amène à Paris deux
secrétaires du roi de Navarre, l’un clerc et l’autre écuyer,
Pierre du Tertre et Jacques de Rue. Convaincus d’avoir voulu
empoisonner le roi de France pour servir les intérêts du roi de
Navarre, ils sont jugés, condamnés à mort et exécutés à Paris[107].

      [107] Pierre du Tertre fut pris à Bernay (voy. p. XLVI,
      note 132); Jacques de Rue fut arrêté à Corbeil le 25 mars 1378.
      Tous deux étaient accusés, entre autres crimes, d’avoir
      voulu empoisonner le jeune prince Charles de Navarre et le
      roi de France. Leur confession est relatée dans les _Grandes
      Chroniques_ (t. VI, p. 419-432 et 435-439) et la clef de la
      correspondance secrète existant entre Charles le Mauvais et
      Pierre du Tertre a été publiée par Secousse (_Mémoires_,
      t. II, p. 414-417), et par M. de Beaurepaire (_Chronique de
      Pierre Cochon_, p. 153-157). La véritable cause de leur procès
      était d’avoir contribué à l’alliance anglo-navarraise et
      voulu «livrer des chasteaulx que le roy de Navarre tenoit en
      Normandie aux Angloiz» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 273).
      Jugés et condamnés par le Parlement (_Arch. Nat._, X1a 1471,
      fol. 54 vº), ils furent décapités à Paris le 21 juin 1378,
      «lundi après le Sacrement» (_Chr. de P. Cochon_, p. 149), la
      «foire du Lendit seant» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 273).
      Les biens de Pierre du Tertre avaient été confisqués dès le 17
      avril et donnés à Jean de Vaudetar et à Gilet Malet. (Secousse,
      _Mémoires_, t. II, p. 369; _Arch. Nat._, JJ 112, fol. 114 vº.)

Le roi de France n’hésite plus, et résout de prendre possession en
Normandie, pour lui et ses neveux, des villes et châteaux du roi de
Navarre, d’autant qu’on répétait partout que le roi de Navarre allait
épouser Catherine, la fille du duc de Lancastre[108], et par contre
abandonner au duc tout le comté d’Évreux. Le roi de France vient donc à
Rouen[109], et rassemble une armée qui, sous les ordres des seigneurs
de Couci et de la Rivière[110], se rend sous les murs d’Évreux avec les
deux fils du roi de Navarre, pour bien montrer que la guerre est faite
dans l’intérêt de ces enfants. Mais la garnison, composée de Navarrais
fidèles à leur roi, ne se laisse guère entamer. P. 56 à 58, 303, 304.

      [108] Catherine, fille du duc de Lancastre et de Constance de
      Castille, épousa en 1393 Henri III, roi de Castille, et mourut
      en 1418.

      [109] Durant tout l’été de 1378, la présence du roi à Rouen
      n’est pas signalée (E. Petit, _Séjours de Ch. V_), mais bien
      celle de Jean le Mercier qui prépare tout pour la guerre
      prochaine (Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p.
      61) et celle de B. du Guesclin, à qui le 8 mars on offre le vin
      (_Arch. de la Seine-Inférieure_, 1, 3, 1re col.).

      [110] L’armée était commandée par le duc de Bourgogne, le duc
      de Bourbon et Bertrand du Guesclin (_Chr. des Quatre Valois_,
      p. 266).

Le roi de France envoie comme commissaires à Montpellier, pour prendre
possession de la terre et de la seigneurie, Guillaume de Dormans
et Jean le Mercier[111]. Les notables de la ville se soumettent,
craignant les gens d’armes du duc d’Anjou et du connétable qui
étaient proches. On garde comme prisonniers deux chevaliers, Gui de
Gauville[112] et Léger d’Orgessin[113], qui représentent le roi de
Navarre à Montpellier; et la ville devient française. P. 58, 59, 304.

      [111] Ce fut Jean de Bueil, sénéchal de Toulouse, qui fut
      chargé par le duc d’Anjou de prendre possession de Montpellier,
      le 20 avril 1378 (_Le petit Thalamus_, p. 396) et non pas Jean
      le Mercier, qui de mars en mai resta en Normandie (voy. H.
      Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p. 62, note 4).

      [112] Gui de Gauville, qui dès 1370 était capitaine du château
      de Chambrais pour le roi de Navarre (L. Delisle, _Collections
      de Bastard_ p. 156), embrassa bien vite en 1378 la cause du
      roi de France et ne resta pas son prisonnier. Il obtient le
      12 juillet, la restitution des biens confisqués à son père,
      Guillaume de Gauville (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 9 vº), le 29
      le paiement par le roi d’une indemnité due à Jean de Meudon
      (_Mandements de Ch. V_, nº 1772) et le 30, des lettres de
      rémission (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 20-21).

      [113] Léger d’Orgessin ne fut pas gardé longtemps prisonnier:
      nous le retrouvons un peu plus tard au siège de Pacy et le
      29 juillet 1378, il obtient des lettres de rémission (_Arch.
      Nat._, JJ 114, fol. 142).

En Normandie les garnisons navarraises sont bien décidées à la
résistance, celle d’Évreux entre autres, qu’assiègent les seigneurs de
Couci et de la Rivière.

Le roi de Navarre, d’un autre côté, apprenant la prise de Montpellier,
se décide à demander secours aux Anglais. Il envoie comme messager un
clerc en qui il avait grande confiance, maître Pascal[114], qui aborde
en Cornouaille et se rend à Sheen[115], puis à Londres, où il est
bien reçu par le roi Richard, en présence du comte de Salisbury et de
Simon Burley. Mais Richard préférait s’entendre directement avec le
roi de Navarre. Pascal retourne donc en Navarre, et Charles le Mauvais
s’embarque pour l’Angleterre, emmenant avec lui Martin de la Carre et
Pascal[116]. P. 59 à 61, 354.

      [114] A Pascal de Ilardia, secrétaire de Richard II, devait
      être adjoint Garcies Arnaud, sire de Garro, car le 8 avril 1378
      nous trouvons la mention d’un paiement fait au patron d’une
      barque bayonnaise par le roi d’Angleterre pour le retour de cet
      ambassadeur (_Rec. Off., Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº
      64).

      [115] Sheen, localité absorbée par Richmond, aux environs de
      Londres.

      [116] A Pascal de Ilardia étaient adjoints Charlot, le neveu du
      roi de Navarre, et Garcies Arnaud (_Rec. Off., Treas. of the
      Rec., Misc. 43/8_, nº 87).

Peu avant le départ de Charles le Mauvais, le roi de France s’était
assuré l’alliance du roi de Castille[117], qui avait déclaré la guerre
à la Navarre. Laissant derrière lui, pour garder ses frontières contre
les Espagnols, le vicomte de Castelbon[118], le seigneur de Lescun,
Pierre de Bearn[119] et Pierre le Borgne, avec de nombreux gens
d’armes, le roi de Navarre aborde en Cornouaille et se rend à Windsor
où bientôt est conclu le traité suivant: le roi de Navarre s’engage
à ne faire aucun accord avec le roi de France ou le roi de Castille,
sans le consentement du roi d’Angleterre; il remet Cherbourg[120] entre
les mains du roi d’Angleterre, qui en aura la garde trois ans durant,
à ses frais; la souveraineté et la seigneurie en demeureront au roi
de Navarre. Quant aux villes de Normandie que les Anglais pourront
prendre, elles deviendront anglaises, la souveraineté en restant
toujours au roi de Navarre. Le roi d’Angleterre doit immédiatement
envoyer mille lances et deux mille archers à Bordeaux ou à Bayonne,
pour guerroyer en Navarre contre le roi de Castille, aux frais du
roi de Navarre. Le duc de Bretagne[121] était présent à la signature
du traité; le duc de Lancastre et le duc de Cambridge reçoivent avis
d’entrer en Normandie. P. 61 à 63, 304.

      [117] La mention d’un messager et d’un chevalier du roi de
      Castille à la cour de France en avril et mai 1378 (_Mandements
      de Ch. V_, nos 1688 et 1728) se rapportent sans doute à la
      conclusion du traité entre les rois de France et de Castille.
      Henri hésita quelque temps à se déclarer pour le roi de France,
      et essaya même de régler un différend antérieur avec le roi de
      Navarre en lui cédant Lagroño moyennant 20 000 _doblas_; mais
      les succès du roi de France en Normandie forcèrent la main
      au roi de Castille, qui finit par entrer en campagne (Lopez
      de Ayala, _Cronicas_, éd. 1780, t. II, p. 90-91). Le traité
      est conclu le 4 février 1379: le roi de Castille s’engage à
      armer pour la saison d’été 20 galées qui doivent se réunir
      à la Rochelle pour de là ravager les îles anglaises; chaque
      galée avec son équipage coûtera 1200 francs par mois au roi de
      France; les profits sont partagés par moitié (Hay du Chastelet,
      _Hist. de du Guesclin_, p. 403-405).

      [118] Mathieu de Foix, vicomte de Castelbon, obtient en 1391 le
      comté de Foix du roi de France, qui en 1390 l’avait acheté cent
      mille francs à Gaston Phébus.

      [119] Pierre de Béarn, frère bâtard de Gaston Phébus.

      [120] Le sauf-conduit donné par Richard II au roi de Navarre
      pour venir en Angleterre avec 500 personnes est valable pour
      un an à la date du 31 mai 1378 (Rymer, t. VII, p. 196).
      Garcies Arnaud, un des ambassadeurs du roi de Navarre, part
      d’Angleterre dès le mois de juin, avec Guillaume de Farington,
      100 hommes d’armes et 50 arbalétriers, pour occuper Cherbourg
      et Mortain au nom du roi d’Angleterre. La remise au roi Richard
      de ces villes, dont la deuxième n’était pas encore au pouvoir
      de Charles V à cette époque, avait été faite par Charles de
      Navarre, dit Charlot, neveu de Charles le Mauvais, le 27
      juillet 1378. Dès le 20 du même mois, le roi d’Angleterre avait
      ordonnancé le premier paiement d’un acompte de 10 000 francs
      sur les 25 000 qu’il prêtait au roi de Navarre; la dernière
      quittance de cette somme est du mois de septembre (_Rec. Off.,
      Treas. of the Rec., Misc. 42/32_, nºs 13, 15, 22; _Ibid._,
      43/8, nºs 87, 88, 99, 103, 123). Cherbourg était cédé pour
      3 ans au roi d’Angleterre, qui promettait de fournir au roi
      de Navarre pendant 4 mois chaque année 500 hommes d’armes
      et 500 archers (Rymer, t. VII, p. 201). Dès le 15 juin, de
      Pont-Audemer, le connétable du Guesclin avait mandé aux vicomte
      et capitaine de Pont de l’Arche de construire un grand _engin_
      qui devait être prêt à la fin du mois pour mener à Cherbourg;
      même ordre avait été donné à Vernon et à Louviers (_Arch.
      Nat._, K 51, nº 32). L’investissement de Cherbourg commence dès
      le mois de juillet (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 39).

      [121] Jean de Montfort, duc de Bretagne, dont l’alliance avec
      la couronne d’Angleterre avait été confirmée dès 1377 par des
      lettres de Richard II (_Bibl. Nat., coll. Moreau 702, Bréq.
      78_, fol. 53-60), avait fait partie d’octobre 1377 à janvier
      1378 d’une expédition de Buckingham sur Brest, dont ne parle
      pas Froissart. Cette expédition, venant après celle de Gui de
      Brian, qu’avait fait échouer la mort d’Edouard III (_Rec. Off.,
      Queen’s Rem., Misc., Army 49/81_), fut décidée le 10 septembre
      1377 (_Ibid._, _Navy 608/2_). Le roi demande des subsides au
      clergé le 29 septembre (_Rec. Off., Close Rolls, 1 Rich. II_,
      m. 3 vº), emprunte sur ses joyaux 5000 livres (_Ibid._, _Patent
      Rolls, 1 Rich. II_, part. 5, m. 22) et ordonne à Buckingham
      d’être prêt à partir le 10 octobre (_Ibid._, _Queen’s Rem.,
      Misc., Navy 608/2_). Le 20 octobre, la flotte part de Londres,
      forte de près de 2000 hommes d’armes et 2000 archers, et
      protégée par des nefs bayonnaises (_Rec. Off., Issue Rolls,
      3 Rich. II_, m. 3), sous le commandement de Buckingham,
      lieutenant du roi, et de Michel de la Pole, amiral du nord. Le
      duc de Bretagne emmenait 200 hommes d’armes et 200 archers;
      Thomas de Percy, 60 hommes d’armes et 60 archers; Robert
      Knolles, 140 hommes d’armes et 140 archers; Jean d’Arundell,
      200 hommes d’armes et 200 archers (_Rec. Off., Issue Rolls,
      1 Rich. II_, m. 2), etc. La flotte entre le 9 janvier 1378
      dans la rade de Brest, et Robert Knolles est nommé gardien du
      château (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 4 vº)
      en place de l’écuyer Jean Clerc, qui avait été fait prisonnier
      par les Français sous les murs de la ville (_Rec. Off., Issue
      Rolls, 1 Rich. II_, m. 10). L’expédition rentre à Southampton
      le 25 janvier 1378 (_Ibid._, m. 38 rº), et, à son retour,
      Buckingham est aussitôt retenu au service de Richard II avec 50
      hommes d’armes et 50 archers. Le 1er mai Richard II lui mande
      d’être à Southampton le 15 juin (_Ibid._, _Queen’s Rem., Misc.,
      Navy 608/2_).

Le roi de France attendant les événements avec prudence, se tenait en
Bretagne avec les seigneurs de Clisson, de Laval, de Beaumanoir et de
Rochefort et le vicomte de Rohan[122], qui avaient mis le siège sous
les murs de Brest, défendu par un écuyer anglais, nommé Jacques Clerc.
Pour éviter que les Anglais ne puissent s’établir dans les villes de
Normandie, le roi ordonne aux seigneurs de Couci et de la Rivière de se
hâter de prendre par force ou en traitant, les villes les plus proches
de la mer; et sachant que Cherbourg n’était pas de prise facile, et
voulant en empêcher le ravitaillement, il envoie à Valognes[123]
des gens d’armes de Bretagne et de Normandie, les Bretons sous les
ordres d’Olivier du Guesclin, les Normands sous les ordres du seigneur
d’Ivry[124] et de Perceval d’Esneval[125]. P. 63, 64, 304.

      [122] Alain de Rohan reçoit à Paris, le 17 décembre 1377,
      mandat de se trouver en Bretagne à la frontière de Brest (Dom
      Morice, _Preuves de l’Histoire de Bretagne_, t. II, p. 184).
      C’est donc après cette date qu’il faut mettre le siège de
      Brest, pendant lequel Jacques Clerc est fait prisonnier (voy.
      la note précédente): on a vu que l’arrivée des renforts anglais
      était de janvier 1378.

      [123] Valognes, commandé par Guillaume de la Haye (_Mandements
      de Ch. V_, nº 1825), se rend le 26 avril 1378 à du Guesclin,
      à Charles de Navarre et au duc de Bourgogne, qui y est encore
      le 28 (_Arch. Nat._, JJ 112, fol. 181). Le château ne fut
      pas démoli (_Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 11), et la
      garde, ainsi que celle de la ville, en fut confiée à Jean de
      Siffrevast, écuyer du roi, aux gages de 500 livres par an
      (_Mandements de Ch. V_, nos 1760 et 1920).

      [124] Charles d’Ivry, enfant servant d’écuelle devant le
      dauphin en avril 1378 (_Mandements de Ch. V_, nº 1691), est
      fait capitaine d’Ivry le 1er juillet 1378 (_Bibl. Nat., Pièces
      orig._ vol. 1561): on le trouve chambellan du roi en avril 1390
      (_Ibid._).

      [125] Perceval d’Esneval, chevalier, est au service du
      connétable le 27 mai 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
      1064), assiste au siège de Gavray le 31 mai 1378 (_Mandements
      de Ch. V_, nº 1731), sert en Picardie en juillet et août 1380
      (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 43, nº 3229 et vol. 40, nº 2995).
      En octobre 1397, on le trouve chambellan du duc d’Orléans et
      sénéchal de Ponthieu (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1064).

Les seigneurs de Couci et de la Rivière avaient mis le siège sous les
murs d’Évreux[126], une grande ville de Cotentin, tout près de la
mer, qui appartenait au comté d’Évreux. Les habitants, après avoir
demandé une trêve de trois jours, entrent en pourparlers, et bientôt
les seigneurs de Couci et de la Rivière prennent possession de la ville
au nom du roi de France, agissant comme procureur du jeune Charles
de Navarre, présent lui-même. Une garnison installée, les Français
viennent assiéger Carentan, belle ville et fort château situés au bord
de la mer. P. 64, 65, 304.

      [126] Le texte de Froissart est ici en contradiction avec
      lui-même, puisque après avoir raconté la prise d’Évreux, il
      en reparle plus loin, p. 67, 79 à 81. Le fait qu’il parle
      d’une grande ville de Cotentin, située près de la mer, montre
      qu’il s’agit d’Avranches. Certains mss., comme _B 1_, ont
      corrigé ici après coup _Évreux_ en _Evrenses_ (_Avranches_);
      d’autres, comme _B 7_, ont supprimé la phrase caractéristique
      d’Avranches, relative au voisinage de la mer, ou comme _B
      12_, ont remplacé plus loin (p. 67, 79 à 81) _Évreux_ par
      _Avranches_. En adoptant la leçon _Avranches_, pour le
      paragraphe 46, Froissart n’en reste pas moins fautif d’avoir
      fait commencer la campagne de Normandie par le siège de cette
      ville, qui fut prise par Bertrand du Guesclin le 29 avril
      1378 (S. Luce, _Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 10, note
      3), alors qu’Évreux s’était rendu le samedi 17 avril (_Arch.
      Nat._, JJ 113, fol. 8 vº à 9 rº). La démolition du château est
      ordonnée par le roi en date du 14 juillet 1378 (_Mandements de
      Ch. V_, nº 1767) et est à peine achevée en 1380 (_Arch. Nat._,
      JJ 116, fol. 87). Le 29 juillet 1378, des lettres de rémission
      sont accordées à des habitants d’Avranches, anciens partisans
      de Charles le Mauvais (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 23). Au siège
      d’Avranches assistaient non seulement le seigneur de Couci et
      Bureau de la Rivière, mais Bertrand du Guesclin et le duc de
      Bourgogne, qui dut partir de là pour faire un pèlerinage au
      Mont-Saint-Michel (É. Petit, _Itinéraires_, p. 138).

Depuis la mort d’Eustache d’Aubrecicourt, les habitants de Carentan
n’avaient plus de capitaine; aussi ne se sentant pas soutenus, et
effrayés par le voisinage des flottes française et espagnole, qui,
sous les ordres de Jean de Vienne et de l’amiral espagnol, menaçaient
Cherbourg, ils traitent bientôt et se mettent en l’obéissance du roi
de France, sous la réserve des droits du jeune héritier, Charles de
Navarre[127].

      [127] Carentan se rendit le 25 avril 1378 à l’amiral Jean
      de Vienne (Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. 119); le
      château ne fut pas abattu (_Chr. du Mont-Saint-Michel_, t. I,
      p. 10-11), mais placé, ainsi que la ville, sous la garde de
      Guillaume de Villers, chevalier, aux gages de 800 francs par an
      (_Mandements de Ch. V_, nº 1758). Jean de Vienne ne devait pas
      être accompagné de la flotte espagnole qui n’arrivait pas en
      France avant le mois de juin (Terrier de Loray, _loc. cit._, p.
      125, note 1).

Le château des Moulineaux se rend de même au bout de trois jours[128];
et tandis que l’armée se repose sur les bords de l’Orne, Couches
ouvre ses portes aussi[129]. Les garnisons ennemies, rendues ainsi
libres, se retirent à Évreux[130], dont Ferrando, un Navarrais, était
capitaine. P. 65, 66, 305.

      [128] Le château des Moulineaux, près de Rouen, était
      certainement rendu avant le 30 juin 1378, époque à laquelle
      des lettres de rémission sont accordées à un Raoulin le Coq,
      «clerc» du capitaine du château (_Arch. Nat._, JJ 114, fol.
      159). Le capitaine, nommé par Charles V, fut Guillaume aux
      Espaulles, chevalier, aux gages de 800, puis de 300 francs par
      an (_Mandements de Ch. V_, nº 1791).

      [129] Conches (Eure, arr. d’Évreux) avait dû se rendre en
      même temps qu’Évreux. Le château ne fut pas démoli (_Chr. du
      Mont-Saint-Michel_, t. I, p. 11), mais confié sans doute à la
      garde d’Olivier Ferron, écuyer du roi (_Mandements de Ch. V_,
      nº 1950).

      [130] Sur le siège d’Évreux, voy. plus loin, p. LII.

Le château de Pacy se rend après deux jours de siège[131]. Les gens du
roi de France conquièrent ainsi tous les châteaux et petits forts qui
appartiennent au roi de Navarre[132], et le pays demeure tout entier
en leur obéissance, excepté Évreux et Cherbourg. Ils mettent alors
le siège devant Évreux, ville toujours fidèle au roi de Navarre et
commandée par Ferrando.

      [131] La reddition du château de Pacy (Eure, arr. d’Évreux),
      commandé par Léger d’Orgessin, est contemporaine de celle
      d’Évreux, étant dû comme elle à l’entremise de Barradaco de
      Barrante (_Arch. Nat._, JJ 120, fol. 78 vº), en tout cas
      antérieure au 30 juin 1378, époque à laquelle des lettres de
      rémission sont accordées à des partisans du roi de Navarre
      (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 11 et 15; Secousse, _Mémoires_,
      t. II, p. 438-439). La démolition du château fut ordonnée par
      Charles V le 2 septembre 1378, en même temps que celle des
      châteaux d’Anet et de Nonancourt (_Arch. Nat._, K 51, nº 36;
      _Mandements de Ch. V_, nº 1782). Le capitaine nommé par le roi
      fut Jean de Saquenville, sire de Blarru (_Ibid._, nº 1752).

      [132] Froissart est très incomplet dans l’énumération des
      villes et châteaux de Normandie reçus en l’obéissance du roi
      de France: il oublie tout d’abord de mentionner ici les sièges
      de Pont-Audemer et de Mortain, dont il parle dans la première
      rédaction proprement dite de son premier livre (cf. Buchon,
      t. I, p. 717-718 et Kervyn, t. IX, p. 78-79). Pont-Audemer,
      assiégé dès le mois d’avril par l’amiral Jean de Vienne et
      défendu par Martin Sans Durete, se rendit à B. du Guesclin le
      13 juin 1378 (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 72 vº et 125 vº; K 51,
      nº 31); le château fut démoli (_Mandements de Ch. V_, nº 1767).
      Le siège de Mortain, commencé par Colart d’Estouteville, sire
      de Torcy, sur l’ordre du roi, le 30 avril 1378 (_Mandements
      de Ch. V_, nº 1705), dura jusqu’à la fin de juillet: B. du
      Guesclin y paraît le 20 mai (_Chr. du Mont-Saint-Michel_,
      t. I, p. 10, note 6); le 20 juillet, l’ordonnancement d’une
      somme payée aux ambassadeurs de Ch. de Navarre par le roi
      d’Angleterre au sujet de Mortain et de Cherbourg, prouve que
      ces deux villes étaient toujours navarraises (_Rec. Off.,
      Treas. of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 87). Une lettre de
      rémission du 30 juillet montre que Mortain était rendu à
      cette date (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 59). Le château dut
      être démoli (_Mandements de Ch. V_, nº 1767). D’autres villes
      et châteaux assez nombreux sont aussi passés sous silence:
      _Bernay_, rendu le 19 avril 1378 par Pierre du Tertre à du
      Guesclin et au duc de Bourgogne; _Pont d’Ouve_; _Breteuil_,
      assiégé dès le 12 avril par le connétable, le duc de Bourgogne
      et Charles de Navarre, rendu avant le 4 mai, Pierre de
      Navarre étant dans cette ville; _Beaumont-le-Roger_ rendu le
      6 mai au connétable et au duc de Bourgogne; _Gavray_ rendu
      avant le 31 mai; _Régnéville_ rendu avant le 8 juin; _Anet_,
      _Chambrais_, _Breval_, _Ivry_, _Orbec_, _Nogent-le-Roy_,
      _Rugles_, _Nonancourt_, _Saint-Sever_, _Tinchebray_ (voy.
      _Arch. Nat._, JJ 112 et 113; L. Delisle, _Mandements de Charles
      V_; Le Prévost, _Mém. et notes pour servir à l’hist. du dép.
      de l’Eure_, t. I, p. 422-423, 215-216; S. Luce, _Chr. du
      Mont-Saint-Michel_, t. I).

Dès le mois d’avril le roi de France confisque les biens des partisans
du roi de Navarre qu’il distribue aux siens, cherche l’apaisement en
accordant un grand nombre de lettres de rémission, nomme de nouveaux
capitaines et gardes des villes et châteaux, et ordonne la démolition
de la plupart des forteresses (_Arch. Nat._, JJ 112, fol. 113;
Secousse, _Mémoires_, t. II, p. 369-373).

Le roi de Navarre était retourné chez lui, comptant sur l’aide des
Anglais, qui se faisait attendre. Le duc de Lancastre et le comte
de Cambridge, avant même que le traité eût été signé avec Charles
le Mauvais, avaient été retardés par les vents contraires et par la
difficulté de rassembler à Southampton 4000 hommes d’armes et 8000
archers. Ce ne fut donc que peu avant la Saint-Jean (24 juin) qu’ils
purent partir. En passant à Plymouth, leur flotte se grossit de celle
du comte de Salisbury et de Jean d’Arondel[133], qui allaient en
Bretagne ravitailler Brest[134] et Hennebont, mais elle doit s’arrêter
à l’île de Wight, pour attendre les nouvelles. On apprend alors que
la flotte française tient la mer. On renvoie donc à Southampton Jean
d’Arondel avec 200 hommes d’armes et 400 archers pour parer à toute
surprise. P. 66 à 68, 305.

      [133] La flotte de Jean d’Arondel, garde de Southampton, forte
      de 200 hommes d’armes et 200 archers était prête à Southampton
      dès le 17 mars. Les armements continuent (_Rec. Off., Treas.
      of the Receipt, Misc. 43/8_, nº 62), et le 13 juin, le duc de
      Lancastre décide que la moitié de cette flotte ira ravitailler
      Cherbourg (_Ibid._, _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 1 vº).

      [134] Le duc de Bretagne avait cédé Brest aux Anglais pour la
      durée de la guerre moyennant la somme de 1000 livres sterling
      le 5 avril 1378 (Rymer, t. VII, p. 190-192), et Robert Knolles
      remit la garde du château aux chevaliers Richard Abberbury et
      Jean Golofre, le 10 juin 1378, qui le 20 mai 1379 le remirent à
      Thomas de Percy et Hugues de Calverley (_Rec. Off., Lord Treas.
      Rem., For. Acc. 4_ m. 11 rº). Dès le commencement de 1378 le
      ravitaillement de Brest fut une des constantes préoccupations
      des Anglais (_Ibid._, _French Rolls, 1 Rich. II_, part. 2, m.
      17; _Ibid._, _Queen’s Rem., Misc., Realm of France 482/26_,
      etc.). Thomas Norwich était gardien des vivres et des munitions
      de Brest jusqu’en 1381 (_Ibid._, _Lord Treas. Rem., For. Acc.
      4_, m. 62 rº).

Le roi de France, craignant un débarquement des Anglais, avait fait
par tout le royaume un mandement général des chevaliers et écuyers.
D’autre part le duc d’Anjou[135] avait retenu un grand nombre de gens
d’armes, voulant assiéger Bordeaux[136] et Blaye[137]; avec lui se
trouvaient le duc de Berry, son frère, le connétable et la fine fleur
de la noblesse de Gascongne, d’Auvergne, de Poitou et de Limousin. Le
duc d’Anjou avait de plus, avec le consentement du roi, levé une aide
qui pouvait bien monter à 1 200 000 francs; mais il ne put agir comme
il voulait[138], car le roi rappela le duc de Berry et le connétable,
ainsi que les barons qui pouvaient l’aider contre les Anglais. La
taille levée par le duc d’Anjou n’en fut pas moins payée. P. 68, 69,
305.

      [135] A la suite de la prise de possession de Montpellier
      par Jean de Bueil, le duc d’Anjou avait fait en mai 1378 un
      voyage dans cette ville, où il avait convoqué les communes des
      sénéchaussées de Carcassonne et de Beaucaire pour leur demander
      de nouveaux subsides; puis il s’était rendu à Nîmes, qui se
      montrait mal disposée à voter la taille demandée. Il était de
      retour à Montpellier le 17 juin et à Toulouse au commencement
      de juillet; il passait à Moissac le 26 juillet et s’arrêtait à
      La Réole le 3 août. C’est là qu’il apprit que le roi de France
      rappelait auprès de lui le connétable et le duc de Berri (Dom
      Vaissete, t. IX, p. 866-868).

      [136] Les préparatifs du duc d’Anjou dataient du mois de mai
      et, le 1er juin, le conseil de Bordeaux prenait des mesures
      pour résister à l’armée du duc, qui avait passé la Gironde et
      s’acheminait vers la ville (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc.,
      Realm of the Fr. 470/5_).

      [137] Gironde, ch.-l. d’arr.

      [138] En s’en retournant, le duc d’Anjou mit le siège devant
      Bazas (19 août 1378), qui avait été ravitaillé dès le 23
      juillet par la ville de Bordeaux (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
      Misc., Realm of Fr. 470/1_); il était de retour à Toulouse le 6
      octobre (Dom Vaissete, t. IX, p. 868).

Pendant ce temps, le roi Henri de Castille avec 20 000 hommes
assiégeait Bayonne par terre, tandis que sur mer[139] deux cents
vaisseaux commandés par Ruy Dias de Rojas, Fernand de Séville, Ambroise
Boccanegra, Pedro de Velasco et Ambroise de Calatrava, bloquaient
le port. Malgré l’habileté de son capitaine anglais, Mathieu de
Gournai[140], la ville aurait succombé à l’attaque des Espagnols,
si une épidémie n’eût éclaté parmi l’armée assiégeante, enlevant
les trois cinquièmes de ses hommes. Le roi Henri, sur le conseil
d’un nécromancien de Tolède, lève le siège et vient se reposer à la
Corogne[141], tandis que les Espagnols et les Bretons se retirent dans
les petits forts qu’ils avaient pris, et que le connétable de Castille
avec 10 000 Espagnols met le siège devant Pampelune, défendu par le
vicomte de Castelbon, le seigneur de Lescun et le Basque, à la tête de
deux cents lances. Le roi de Navarre attendait toujours à Tudela[142]
l’armée anglaise, forte de 1000 hommes d’armes et de 2000 archers qui,
sous les ordres du seigneur de Neuville et de Thomas Trivet, faisait à
Plymouth ses préparatifs pour aller à Bordeaux, sans pouvoir opérer sa
traversée pendant plus de quatre mois, tous les grands bateaux anglais
étant employés par le duc de Lancastre.

      [139] Au 12 mars 1378, la flotte fournie par Bayonne au roi
      d’Angleterre ne comptait guère que 11 nefs et barges sous le
      commandement de l’amiral de Bayonne (_Rec. Off., Treas. of the
      Rec., Misc. 43/8_, nº 36).

      [140] Mathieu de Gournai, sénéchal d’Aquitaine, est nommé
      sénéchal des Landes le 2 août 1378 (_Rec. Off., Vasc. Rolls, 2
      Rich. II_, m. 6).

      [141] En Galice.

      [142] En Navarre.

Le duc de Bretagne vient trouver à cette époque[143] le comte de
Flandre, son cousin, qui, à la grande indignation du roi de France, le
garde auprès de lui plus d’un an et demi. P. 69, 70, 305.

      [143] C’est dans le courant de 1378, sans doute en mai (Kervyn,
      t. XXIII, p. 445), que le duc de Bretagne dut passer en
      Flandre, après l’expédition dont il est parlé plus haut, p.
      XLIII, note 121.

Le duc de Lancastre attendait toujours à l’île de Wight le vent
favorable pour partir. Avec lui étaient le comte de Salesbury, amiral
de la mer, le comte d’Oxford, connétable de l’armée, le comte Richard
d’Arondel, et autres vaillants écuyers et chevaliers[144]. Quand
le vent est enfin favorable, la flotte anglaise se dirige vers la
France[145]; et ayant appris que l’armée française est devant Évreux
et la flotte française dans les eaux de Cherbourg, le duc de Lancastre
côtoie la Normandie et passe devant Cherbourg. Il ne rencontre
point les vaisseaux français, car l’amiral Jean de Vienne était à
Harfleur[146]. Les Anglais continuent à naviguer vers la Bretagne
jusqu’à Saint-Malo, où ils prennent terre[147]. Le capitaine de la
ville, un Breton du nom de Morfouace[148], s’apprête à soutenir le
siège, avec l’aide de deux cents hommes d’armes que lui amenèrent le
vicomte de la Bellière, Henri de Malestroit et le seigneur de Combourg.
P. 70 à 72, 306.

      [144] Parmi les chevaliers que Froissart ne nomme pas, il faut
      citer Philippe et Pierre de Courtenai, Thomas de Percy, ce
      dernier retenu depuis le 30 janvier 1378 (_Rec. Off., Issue
      Rolls, 1 Rich. II_, m. 20; _Ibid._, _Queen’s Rem., Misc., Navy
      609/10_) et Buckingham, qui emmenait 500 hommes d’armes et 50
      archers (_Ibid._, _Treas. of the Rec., Misc. 43/8_, nº 126). La
      flotte quitte l’île de Wight, le 17 juin (_Ibid._, _Lord Treas.
      Rem., For. Acc. 4_, m. 38 rº).

      [145] C’est sans doute pendant cette expédition, au
      commencement de juillet, que le comte Richard d’Arondel et
      Pierre de Courtenai subirent en mer la défaite sanglante à
      laquelle fait allusion le marquis Terrier de Loray (_Jean de
      Vienne_, p. 125-127).

      [146] En septembre 1378, le capitaine de Harfleur était le
      sire de Torcy, qui avait fait fermer le havre par des chaînes
      (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 112 vº).

      [147] Le duc de Lancastre était devant Saint-Malo en août 1378
      (_Chr. des Quatre Valois_, p. 274-275).

      [148] Guillaume Morfouace, écuyer, que nous retrouverons plus
      tard, lieutenant du capitaine de Saint-Malo en janvier 1374
      (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol. 2050) est en Bretagne sous
      les ordres de Bertrand du Guesclin en juillet, septembre et
      décembre 1379, ayant 10 écuyers avec lui (_Bibl. Nat., Clair._,
      vol. 78, nos 6139-6141).

Jean d’Arondel, apprenant que la mer est libre, part de Southampton
avec ses 200 hommes d’armes et ses 400 archers, arrive à Cherbourg,
où il est bien accueilli, et remplace la garnison navarraise par une
garnison anglaise[149]. Pierre le Basque, l’ancien capitaine, reste
seul avec les Anglais. Au bout de quinze jours Jean d’Arondel retourne
à Southampton, dont il était capitaine; et la garnison de Cherbourg,
bien établie dans la place, n’a plus qu’à guerroyer contre les gens
d’armes français de Valognes. P. 72, 73, 306.

      [149] Le voyage de Jean d’Arondel eut lieu du 1er au 16
      septembre 1378; il transportait avec lui, non seulement des
      hommes d’armes, mais encore des chevaux et des vivres (_Rec.
      Off., Treas. of the Rec., Misc. 42/22_).

Les Anglais avaient mis le siège devant Saint-Malo, et ravageaient le
pays tout à l’entour. Les vivres ne leur manquaient pas; ils avaient
près de 400 canons à leur disposition. Les assauts étaient fréquents et
dans l’un d’eux succomba un chevalier anglais, nommé Pierre l’Estrange,
ce qui mécontenta fort le duc de Lancastre. P. 73, 74, 306.

Revenons à Owen de Galles: depuis un an et demi, il assiégeait la
ville de Mortagne[150], commandée par le syndic de Latrau, quand il
reçut la visite d’un gentilhomme gallois nommé Jacques Lamb, venu
secrètement d’Angleterre pour venger sur lui la mort du captal de Buch,
mort tristement dans la prison du Temple à Paris. Ce gentilhomme se
fit si bien voir d’Owen, en lui parlant la langue de son pays et en
l’assurant que les Gallois désiraient toujours le voir revenir comme
leur seigneur, qu’il le nomma son chambellan et lui accorda toute sa
confiance. On sait que Owen était le fils d’un prince de Galles que le
roi d’Angleterre avait fait mettre à mort. L’enfant dépouillé de ses
terres et chassé de son pays, s’était réfugié à la cour du roi Philippe
de France qui l’éleva avec ses neveux d’Alençon et autres. Owen assista
à la bataille de Poitiers, puis alla guerroyer en Lombardie, et en
France de nouveau, où le roi et tous les barons l’estimaient fort. Nous
allons dire comment il mourut. P. 74 à 77, 306, 307.

      [150] Owen de Galles n’était guère arrivé sous les murs de
      Mortagne qu’à la fin de l’année 1377; et c’est à la fin de
      juillet 1378 que Robert Pfister, écuyer, vint au siège de
      Mortagne s’entendre avec Jean (et non pas Jacques) Lamb au
      sujet du meurtre d’Owen de Galles (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
      Misc., Realm. of Fr. 470/1_). Jean Lamb était arrivé avec deux
      valets et avait reçu 522 livres pour son harnais de guerre
      (_Ibid._).

Owen avait l’habitude pendant le siège de Mortagne de venir le matin,
quand le temps était beau, s’asseoir dehors en face du château et de
se faire peigner. Jacques Lamb l’accompagnait souvent et l’aidait à
s’habiller. Un matin qu’Owen avait envoyé Jacques Lamb lui chercher
son peigne, celui-ci revint avec une petite dague et le poignarda.
Cela fait, il courut à la porte du château, se fit reconnaître et
fut conduit devant le syndic de Latrau, qui accueillit fort mal le
traître[151]. P. 77, 78, 307.

      [151] D’après un compte cité par M. Kervyn (t. XXII, p. 25-26)
      le meurtre d’Owen de Galles fut payé 20 livres, à la date du 4
      décembre 1378. Le même compte nous apprend que Jean Lamb était
      écossais, et non gallois. Quelques mois plus tard, en octobre
      1379, Jean Lamb part de Plymouth pour la Guyenne avec 10 hommes
      d’armes (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Army 50/9_). Il vit
      encore en 1381, et reçoit à cette époque pour ses gages et ceux
      de sept hommes d’armes dans les guerres d’Aquitaine 105 fr.
      (Rymer, t. VII, p. 325).

Owen fut enseveli dans l’église Saint-Léger. Cette mort, que déplora le
roi de France, ne mit pas fin au siège de Mortagne; car, désireux de
venger leur capitaine, les chevaliers bretons, poitevins et français,
comptaient sur le manque de vivres pour faire un jour ou l’autre
capituler la place[152]. Parlons maintenant du siège d’Évreux, poussé
vivement par les seigneurs de Couci et de la Rivière. P. 78, 79, 307.

      [152] La ville de Mortagne avait été ravitaillée à plusieurs
      reprises par les soins du conseil royal de Guyenne à Bordeaux,
      le 31 mars 1378 (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr.
      470/5_) et le 23 juillet (_Ibid._, 470/1).

Le roi de France, qui était alors à Rouen[153], désirait que la ville
fût prise le plus tôt possible, car il avait besoin de tous ses gens
d’armes pour combattre les Anglais en Bretagne. Aussi les assauts
étaient-ils fréquents, et les assiégeants ne manquaient pas non plus de
faire savoir aux habitants qu’ils avaient tort d’écouter les conseils
du Navarrais Ferrando et qu’ils feraient beaucoup mieux de se rendre à
leur seigneur naturel Charles de Navarre, héritier légal de sa mère.
Menaces et raisonnements agirent si bien que les bourgeois traitèrent
avec le seigneur de Couci[154]. Ferrando, retiré dans le château,
essaie de résister; mais bientôt il se rend, et obtient de se retirer
à Cherbourg avec tous ses gens et ses bagages. L’armée française reste
en Normandie, et le seigneur de Couci et autres chefs vont à Rouen
conférer avec le roi au sujet du siège de Saint-Malo. P. 79 à 81, 307,
308.

      [153] Charles V, qui était resté à Senlis jusqu’au 8 avril
      1378, n’était pas à Rouen, mais à Paris du 10 au 28 (É. Petit,
      _Séjours de Charles V_, p. 65).

      [154] La ville d’Évreux se rend le 17 avril 1378 (_Arch. Nat._,
      JJ 113, fol. 8 vº à 9 rº), grâce à la complicité de Barradaco
      de Barrante, navarrais (_Ibid._, fol. 11 vº et JJ 120, fol.
      78 vº). Un nouveau capitaine, Jean de Meudon, est nommé, que
      nous voyons apparaître dès le 24 avril (_Arch. Nat._, JJ 112,
      fol. 111 vº). Quant à Ferrando, qui était alors prisonnier du
      roi de France, sa présence à Évreux et à Gavray, dont il était
      capitaine, doit être reportée au moment où, avant l’arrivée de
      Charles de Navarre en Normandie, il cherchait à préparer contre
      Charles V la défense des places du roi de Navarre. C’est à la
      même époque que nous retrouvons aussi sa trace à Gavray (_Arch.
      Nat._, JJ 118, fol. 52 vº).

La perte de Saint-Malo, c’était l’affaiblissement de la Bretagne.
Aussi le roi de France rassemble-t-il sous les murs de la ville une
nombreuse armée: il mande auprès de lui les ducs de Berri, de Bourgogne
et de Bourbon, le comte de la Marche, le dauphin d’Auvergne, le comte
de Genève, Jean de Boulogne, le connétable Bertrand du Guesclin[155]
et ses routiers angevins, poitevins et tourangeaux, les maréchaux
de Blainville et de Sancerre, Olivier de Clisson, le vicomte de
Rohan[156], les seigneurs de Laval, de Retz, de Rochefort, de Dinan,
de Léon et autres barons bretons. Jamais si grande assemblée n’eut lieu
en Bretagne: dix mille hommes d’armes et cent mille chevaux. Anglais et
Français sont séparés par la rivière, et demandent la bataille; mais le
roi de France, craignant un échec, retarde toujours. P. 81 à 83, 308.

      [155] Le connétable était présent au siège de Saint-Malo en
      août et septembre 1378, au moins du 26 août au 16 septembre, et
      correspondait à cette époque avec le duc de Berry, en ce moment
      à Bourges (_Arch. Nat._, KK 252, fol. 181 vº).

      [156] Le 15 octobre 1378 le seigneur de Rohan figure dans une
      montre, sous le gouvernement d’Olivier de Clisson, passée à la
      bastille de Gouesnou près de Brest (Dom Lobineau, _Histoire de
      Bretagne_, t. II, p. 578).

Une fois le connétable essaie d’attirer le duc de Cambridge de l’autre
côté de la rivière qu’on pouvait traverser à marée basse, mais la mer
montante empêche le combat. P. 83, 84, 308.

Voyant qu’ils ne peuvent surprendre les Français et que la campagne
s’éternise en escarmouches de fourrageurs, les Anglais se décident à
creuser une mine pour entrer dans Saint-Malo. P. 84, 85, 308.

Tandis que Jacques de Montmaur, Perceval d’Esneval, Guillaume de
Moncontour et Jacques de Surgières, à la tête de leurs Bretons et
Poitevins, assiègent Mortagne, voulant venger la mort d’Owen de Galles,
une grande flotte anglaise se rassemble à Plymouth, composée de 120
vaisseaux et de 40 barques, portant mille hommes d’armes et deux mille
archers. Ce sont d’une part les quatre capitaines Thomas Trivet[157],
Guillaume le Scrop, Thomas Abingdon et Guillaume Cendrin, qui doivent
porter secours à la garnison de Mortagne, et à Mathieu de Gournai,
défendant Bayonne; de l’autre, le seigneur de Neuville[158], qui,
nommé sénéchal de Bordeaux, va soutenir le roi de Navarre contre les
Espagnols. La flotte, profitant du vent, part et entre à Bordeaux, la
nuit de la nativité de Notre-Dame, le 8 septembre 1378. P. 85, 86, 308,
309.

      [157] L’engagement de Thomas Trivet de servir en Guyenne sous
      Mathieu de Gournai, sénéchal de Guyenne, avec 80 hommes d’armes
      et 80 archers, est du 10 mars 1378 (_Rec. Off., Treas. of
      the Rec., Misc. 43/8_, nº 30); il emmenait avec lui Geoffroi
      d’Argentan (_Ibid._, _Issue Rolls, 1 Rich. II_, m. 21). Ils
      partirent de Plymouth au commencement de juillet, sur 10 nefs
      de Zélande retenues à cet effet (_Ibid._, _Treas. of the Rec.,
      Misc. 43/8_, nos 51 et 127).

      [158] Jean de Neuville, qui portait depuis peu le titre de
      lieutenant du roi en Guyenne, était accompagné du captal de
      Buch (_Rec. Off., Vasc. Rolls, 1 Rich. II_, m. 2), et apportait
      à Bordeaux des fonds et des munitions (_Ibid._, _Treas. of the
      Rec., Misc. 43/8_, nº 115; _Ibid._, _Lord Treas. Rem., For.
      Acc. 4_, m. 31 vº).

Quand les Bretons et Poitevins qui assiègent Mortagne, voient passer
cette flotte, ils se décident à accepter les conditions du traité que
précédemment leur avait faites le syndic de Latrau; mais celui-ci,
comptant être secouru, refuse à son tour.

Aussitôt installé à Bordeaux, le seigneur de Neuville fait un mandement
de chevaliers et écuyers gascons et en rassemble quatre mille, avec
lesquels il part pour faire le siège de Mortagne. Les Bretons et
Poitevins ne les attendent pas, et se retirent en Poitou, laissant
seulement dans le fort Saint-Léger[159] une route de Bretons et de
Gallois, du parti d’Owen de Galles. P. 87, 88, 309.

      [159] Charente-Inférieure, canton de Pons.

Les barons d’Angleterre et les Gascons descendent la Garonne, et
viennent assaillir le fort de Saint-Léger; mais ce premier assaut ne
réussit pas. P. 88, 89, 309.

Le lendemain, le seigneur de Neuville fait remplir de terre les fossés
qui entourent le fort. Les Bretons se voient perdus et entrent en
pourparlers: ils rendent le fort et peuvent se retirer où ils veulent.
Le syndic de Latrau est alors ravitaillé dans Mortagne, la garnison est
augmentée, et l’armée du seigneur de Neuville retourne à Bordeaux par
la Garonne. P. 89, 90, 309.

Après leur retour, ils apprennent qu’à six lieues de là, en Médoc, les
Bretons occupent le fort de Saint-Lambert[160] et ravagent le pays. Le
seigneur de Neuville, accompagné d’Archambaud de Grailly, de Pierre
de Rauzan, du seigneur de Duras et de Thomas de Curton, part aussitôt
avec trois cents lances gasconnes, pour assiéger le château défendu
par un écuyer breton, nommé Virelion. Après trois jours de siège, les
Bretons traitent et se retirent en Poitou. Le seigneur de Neuville
remet le château en état et y laisse pour le garder un écuyer gascon
nommé Pierre de Pressac[161], puis retourne à Bordeaux, pour attendre
des nouvelles du roi de Navarre, dont la capitale, Pampelune, était
assiégée par l’infant de Castille. P. 90 à 92, 309, 310.

      [160] Gironde, canton de Pauillac.

      [161] De la famille de Preissac, qui comptait parmi ses membres
      Bermond Arnaud, syndic de Latrau en 1364 (_Bibl. Nat., Pièces
      orig._, vol. 2375).

Le siège de Saint-Malo durait toujours, et le capitaine Morfouace
résistait vaillamment aux 400 canons anglais qui tiraient nuit et
jour sur la forteresse. D’autre part les deux armées, séparées par un
bras de mer, ne pouvaient en venir aux mains. Aussi les rencontres se
bornaient-elles à quelques escarmouches entre fourrageurs. Les Anglais
continuaient à creuser leur mine, qu’en une nuit Morfouace et les siens
purent détruire, grâce à la négligence du comte Richard d’Arondel. P.
92 à 94, 310.

Cette résistance fait réfléchir les Anglais qui, ayant perdu leur
saison, songent à rentrer en Angleterre, ne pouvant creuser une
nouvelle mine à l’approche de l’hiver. Le duc de Lancastre et le comte
de Cambridge donnent donc le signal du départ, et l’armée anglaise
arrive bientôt à Southampton, où elle est licenciée. Durant ce temps,
Jean d’Arondel[162], capitaine de Southampton, était parti pour
secourir à Cherbourg Jean de Harleston et sa garnison. P 94, 95, 310.

      [162] Jean d’Arondel, nommé capitaine de Cherbourg dès le 10
      septembre 1378 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.
      8 vº), s’engage le 12 octobre 1378 à garder la ville avec 300
      hommes d’armes, 200 archers et 60 «balistiers», y compris les
      compagnies du roi de Navarre qui y sont déjà (_Ibid._, _Treas.
      of the Rec., Misc. 43/8_, nº 134). Il dut arriver à Cherbourg
      à la fin de novembre ou au commencement de décembre 1378; en
      tout cas il y est présent le 11 (_Ibid._, _Misc. 42/32_, nº 8),
      et un mandement du roi d’Angleterre en date du 12 décembre
      (_Ibid._, nº 4) ordonne le payement d’une somme de 1000 marcs
      pour le ravitaillement de la place.

Après la levée du siège de Saint-Malo[163], l’armée française se
divise: la plus grande partie, les grands barons, les ducs de Berry,
de Bourgogne et de Bourbon, le comte de la Marche, le dauphin
d’Auvergne, renvoient leurs gens dans leurs foyers; plusieurs d’entre
eux viennent vers le roi à Rouen. Quelques Bretons et quelques Normands
s’établissent à Valognes, à sept lieues de Cherbourg, espérant
rencontrer Jean d’Arondel qui venait de ravitailler cette ville et qui
ravageait le pays. Mais dans une reconnaissance que fait Olivier du
Guesclin, frère du connétable, avec quarante lances, il est surpris
dans les bois par Jean d’Arondel et Jean Coq[164], un écuyer navarrais,
et fait prisonnier avec dix ou douze autres[165]. Le reste de ses
hommes peut retourner à Valognes et raconte l’événement à Guillaume des
Bordes et à ses compagnons. P. 95 à 98, 310.

      [163] Le siège de Saint-Malo fut levé à la fin de décembre
      1378: nous trouvons mention, à la date du 27, de personnages
      _revenant_ du siège de Saint-Malo (_Arch. Nat._, JJ 114, fol.
      18). A cette date Charles V n’était pas à Rouen.

      [164] Ce Jean Coq avait été envoyé en juin 1378 à Southampton
      au duc de Lancastre (_Rec. Off., Issue Rolls, 1 Rich. II_, part
      2, m. 8).

      [165] La prise d’Olivier du Guesclin et de ses compagnons
      ne fut qu’un épisode du siège de Cherbourg, qui commencé en
      juillet 1378 (cf. plus haut, p. XLII, note 120) exigea de longs
      préparatifs (_Mandements de Ch. V_, nº 1786) et fut poussé avec
      activité d’octobre à décembre 1378 par Jean le Mercier (H.
      Moranvillé, _Ét. sur la vie de J. le Mercier_, p. 65-66) et
      par Bertrand du Guesclin, logé à l’abbaye hors Cherbourg. Le
      froid obligea l’armée royale à lever le siège, et Guillaume des
      Bordes resta seul avec quelques troupes pour observer l’ennemi
      (_Chr. des Quatre Valois_, p. 276-277). Quant à Olivier du
      Guesclin, transporté à Cherbourg, puis en Angleterre, il fut
      attribué comme prisonnier à Gui de Brian, à Mathieu de Gournai
      et à Richard de Abberbury, le 20 octobre 1379 (Rymer, t. VII,
      p. 230). Le 10 septembre 1380, un sauf-conduit est accordé aux
      porteurs de la rançon (_Ibid._, p. 271) et le 13 juillet 1381
      un autre sauf-conduit est donné à diverses personnes, entre
      autres à Bertrand du Guesclin, fils d’Olivier, qui viennent
      chercher le prisonnier à Calais (_Ibid._, p. 320). Un mandement
      de Charles VI, daté du 16 décembre 1381, est relatif à la
      rançon d’Olivier du Guesclin (_Arch. Nat._, KK 327, fol. 5 vº
      et _Mus. Brit., Add. Charters_ 17 927).

La rançon d’Olivier du Guesclin fixée à 40 000 francs, se partagea
entre Jean Coq et Jean d’Arondel, qui retourna bientôt à Southampton,
laissant à Cherbourg avec le capitaine Jean de Harleston, plusieurs
chevaliers anglais tels que Jean de Copelant, Jean Burley et Thomas
Pickworth.

Parlons maintenant de Jean de Neuville, sénéchal de Bordeaux, de Thomas
Trivet et des autres. P. 98, 99, 310.

Jean de Neuville attendait toujours à Bordeaux des nouvelles de la
guerre de Navarre. Apprenant que quelques gens d’armes bretons et
gascons occupent Barsac[166] et ravagent le pays, il envoie contre eux
le sénéchal des Landes, Guillaume Elmham, et Guillaume le Scrop, avec
deux cents lances et deux cents archers. Cette troupe rencontre à une
lieue de Barsac 120 lances ennemies, commandées par Bertrand Raymond,
qui est vaincu et fait prisonnier: ses hommes sont tous tués ou pris;
et la garnison se rend moyennant la vie sauve. P. 99 à 101, 310, 311.

      [166] Gironde, arr. de Bordeaux.

Le soir de la Toussaint 1378, les Anglais rentrent à Bordeaux, où
est arrivé le même jour, sans prévenir, le roi de Navarre, qui vient
demander à l’armée anglaise de l’aider, suivant le traité passé avec
le roi d’Angleterre, à faire lever le siège de Pampelune assiégé
par Jean de Castille. Les Anglais lui promettent de se joindre à son
armée, quand il l’aura rassemblée. Trois jours après, le roi de Navarre
s’embarque pour retourner à Saint-Jean-Pied-de-Port. P. 101, 102, 311.

Tandis que le roi de Navarre va et séjourne à Bordeaux, Jean de
Castille, fils du roi Henri, et le connétable du royaume, Pierre
Manrique, assiègent Pampelune, avec d’autres barons et chevaliers de
Castille, qui précédemment avaient déjà pris et brûlé les villes de
Lerin et de Viana près de Logroño[167].

      [167] Ces trois villes sont en Navarre.

Le seigneur de Neuville, connaissant le traité qui unit le roi
d’Angleterre et le roi de Navarre, résout d’envoyer au secours de
ce dernier six cents lances et mille archers, commandés par Thomas
Trivet[168]. P. 102, 103, 311.

      [168] Un mandement de Richard II, daté de Westminster 1er août
      1378 et adressé à Jean de Neuville, fait mention de 500 hommes
      d’armes et de 500 archers accordés au roi de Navarre pour 4
      mois à dater de l’arrivée des troupes à Saint-Jean-Pied-de-Port
      _(Rec. Off., French Rolls, 2 Rich. II_, m. 15).

Thomas Trivet fait aussitôt des préparatifs, et, avec ses gens d’armes,
tous Gascons, quitte Bordeaux[169] et prend le chemin de Dax. Arrivés
à Dax, ils apprennent que le roi de Navarre rassemble son armée à
Saint-Jean-Pied-de-Port, et s’en réjouissent. L’idée première de Thomas
Trivet était de marcher droit devant lui et de se joindre au roi de
Navarre. Il en est déconseillé par son oncle, Mathieu de Gournai,
capitaine de Dax, qui l’engage à s’attaquer d’abord aux forts occupés
par les Bretons et les Français entre Dax et Bayonne. C’est ce que fait
Thomas Trivet, qui prend successivement le fort de Montpin[170], occupé
par les Bretons et commandé par Taillardon, un écuyer du comté de Foix,
le fort de Claracq[171], occupé par les Gascons et commandé par un
Breton bretonnant, Yvonnet Apprissidi, et le fort de Bésingrand[172],
commandé par un écuyer gascon, Roger de Morlac[173]. P. 103 à 105, 311.

      [169] Thomas Trivet et ses compagnons ne quittèrent Bordeaux
      qu’après le 12 octobre 1378: à cette date Thomas Trivet, André
      Andax et Monnot de Plaissan s’engagent pour quatre mois au
      service du roi de Navarre, qui doit leur bailler la garde de la
      ville de Tudela (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Army 50/1)_.
      Thomas Trivet avait 300 lances avec lui (Lopez de Ayala, t.
      II, p. 92). Dès le 18 mai 1378, le roi de Navarre achetait
      à Bayonne des arcs et des flèches destinés aux mercenaires
      anglais (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, caj. 36, nº
      6).

      [170] J’ignore quelle est cette localité: peut-être Montfort
      (Landes).

      [171] Basses-Pyrénées, canton de Thèze.

      [172] Basses-Pyrénées, canton de Lagor.

      [173] A cette date, nous ne trouvons qu’un _Gui_ de Morlac, au
      service du connétable en 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._, vol.
      2055).

De là ils arrivent à Tasseghen[174], château situé à trois lieues
de Bayonne. Les Bayonnais, qui avaient eu beaucoup à souffrir de ce
château, accourent au nombre de 500, pour aider au siège et amènent
avec eux la plus grosse machine de siège qui soit dans Bayonne.
Après quinze jours, le château se rend et la garnison est conduite
à Bergerac. Les Bayonnais paient aux Anglais 3000 francs pour être
maîtres du château et le démolir pierre par pierre. P. 105, 106, 311.

      [174] Peut-être Hastingues (Landes, canton de Peyrehorade), qui
      n’est pas loin de Bayonne.

Cependant l’hiver approche, et le roi de Navarre ne voit pas arriver
les Anglais à Saint-Jean-Pied-de-Port. D’une part il peut compter sur
la fidélité de Perducat d’Albret[175] à Tudela, du comte de Pailhas
et de Roger, son frère, à Miranda[176], de Raymond de Bagha à Los
Arcos[177]; mais d’un autre côté, les vivres commencent à manquer
dans Pampelune, malgré l’activité du vicomte de Castelbon et de ses
compagnons; de plus toute la campagne est occupée par les Espagnols.
Le roi envoie donc Pierre le Basque en message vers Thomas Trivet,
qu’il rencontre sous les murs du château de Pouillon[178] en Bayonnais.
Thomas Trivet promet de marcher sur Pampelune, aussitôt après la prise
du château de Pouillon; ce qui a lieu au bout de deux jours. P. 106 à
108, 311, 312.

      [175] Nous retrouvons plus tard (29 décembre 1378) aux Arcos
      «Bertrucat de Labrit», qui reçoit 700 flor. de l’alcade et des
      jurés (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, caj. 36, nº
      54).

      [176] En Navarre, sur l’Èbre.

      [177] En Navarre.

      [178] Landes, arr. de Dax.

Thomas Trivet, Mathieu de Gournai et leurs gens d’armes retournent donc
à Dax et s’y reposent quatre jours. Le cinquième ils partent, Mathieu
pour Bayonne, et Thomas Trivet pour Saint-Jean-Pied-de-Port, où il
trouve le roi de Navarre, qui avait convoqué son armée à Miranda, pour
combattre les Espagnols assiégeant Pampelune.

Ceux-ci, apprenant qu’ils vont avoir devant eux une armée de vingt
mille hommes d’armes, y compris les archers, abandonnés par l’infant de
Castille, que son père rappelle, et redoutant les rigueurs de l’hiver,
renoncent au siège et se retirent à Logroño et à San Domingo[179]. P.
108, 109, 312.

      [179] San Domingo de la Calzada, près de Logroño.

Le roi de Navarre et les Anglais arrivent alors à Pampelune, où ils se
reposent deux ou trois jours; puis chacun prend ses quartiers d’hiver.
Les Anglais vont à Tudela; le comte de Pailhas et son frère, à Corella;
le seigneur de Lescun, à Puente-la-Reyna; le vicomte de Castelbon, à
Miranda et Monnet de Plassac, à Cascante[180]; le roi de Navarre reste
à Pampelune. Les Espagnols étant partis, le roi de Castille se retire à
Séville.

      [180] Toutes ces villes sont en Navarre.

Cependant Thomas Trivet, se reprochant d’être jusque-là resté inactif
en Navarre et voulant profiter de cet hiver exceptionnellement doux,
résout de tenter une chevauchée en Espagne, conjointement avec le
comte de Pailhas et Roger, son frère. Ils se rassemblent donc à
Tudela, et partent la veille de Noël, au nombre de huit cents lances,
douze cents archers et autant d’hommes de pied. Ils arrivent au pied
du Moncayo[181] qui sert de limite à l’Aragon, à la Castille et à la
Navarre. P. 109 à 111, 312.

      [181] Le Moncayo forme la limite des provinces de Soria, de
      Calatayud et de Saragosse.

Ils décident de marcher de nuit et d’aller prendre d’assaut la ville
de Soria[182], avec trois cents lances divisées en trois routes, ayant
à leur tête le comte de Pailhas, le vicomte de Castelbon et Thomas
Trivet. Malheureusement la neige vient à tomber en telle abondance
qu’ils doivent s’arrêter, et perdent leur chemin. P. 111, 112, 312.

      [182] Sur le Douro.

La surprise était manquée. Le jour suivant, après une escarmouche sous
les murs de Soria, où se distingue Raymond de Bagha, les Anglais et les
Navarrais repassent le Moncayo et retrouvent le reste de leurs gens. Le
lendemain, jour de la Saint-Étienne (26 décembre), ils brûlent quelques
villages, entre autres Agreda[183], et entrent à Cascante. P. 112, 113,
312, 313.

      [183] Prov. de Soria, sur le Moncayo.

Résolu de se venger, le roi Henri de Castille écrit à son fils de
convoquer immédiatement ses vassaux, qu’il rejoindra bientôt.

Durant ce temps Thomas Trivet fait une nouvelle pointe sur Alfaro[184],
qu’il ne peut prendre grâce à l’attitude énergique des femmes de la
ville. P. 113 à 115, 313.

      [184] Sur l’Èbre.

Quinze jours après, l’infant de Castille arrive à Alfaro avec 20 000
hommes de pied et de cheval. Le roi de Navarre convoque alors tous ses
gens à Tudela, en attendant la bataille, tandis que Jean de Castille,
quittant Alfaro, va rejoindre à San Domingo l’armée amenée par le roi
Henri, qui se dispose à assiéger Tudela. Le roi de Navarre sent qu’il
va perdre la partie: aussi, malgré l’opposition des troupes anglaises
qui veulent combattre, il consent à traiter. Une trêve de six semaines
est d’abord conclue, pendant laquelle les négociations se font[185].
On pense tout d’abord à marier l’infant de Castille à la fille du roi
de Navarre, mais la chose étant impossible, car l’infant était déjà
fiancé, on songe à donner à Charles de Navarre la fille du roi Henri de
Castille. Pour cela le roi Henri s’engage à demander au roi de France
de laisser Charles revenir en Navarre: ce qu’il fait et obtient. Le
roi de Navarre livre en gages pour dix ans au roi Henri ses villes et
châteaux d’Estella, de Tudela et de la Guardia[186]; le roi Henri rend
aux Anglais Pierre de Courtenai et le seigneur de Lesparre. P. 116 à
118, 313.

      [185] Les préliminaires de la paix eurent lieu à Burgos; elle
      fut signée en 1379 à San Domingo de la Calzada par les deux
      rois là réunis. Lopez de Ayala (t. II, p. 102) cite un plus
      grand nombre de places qui furent livrées comme gages par le
      roi de Navarre: Los Arcos, St-Vincent, Lerin, etc. Le roi de
      Castille se réservait par le traité de rester l’ami du roi de
      France.

      [186] Laguardia, dans les Provinces Basques.

Pour payer les gages des Anglais, le roi de Navarre doit envoyer
le vicomte de Castelbon[187] emprunter 20 000 francs au roi
d’Aragon, qui accorde volontiers le prêt en gardant comme gages
les villes de Pampelune, Miranda, Puente-la-Reyna, Corella et
Saint-Jean-Pied-de-Port. Les Anglais retournent alors à Bordeaux et de
là en Angleterre, et le mariage se fait de Charles de Navarre et de
Jeanne, fille du roi de Castille[188].

      [187] Avant de servir d’intermédiaire entre le roi d’Aragon et
      le roi de Navarre, le vicomte de Castelbon avait déjà en 1378
      prêté de l’argent à ce dernier, comme le montre un compte des
      _Archives de la Chambre des Comptes de Navarre_ (Reg. 161):
      «Otro empriestamo del vizconte de Castelbon para pagar los
      gages de Mossen Thomas Trevet et para Mossen Ramon de Bagas,
      2100 flor.» D’après Lopez de Ayala (t. II, p. 102), c’est le
      roi de Castille, et non le roi d’Aragon qui, prenant comme
      gage le château de la Guardia, prêta au roi de Navarre 20 000
      _doblas_ pour payer ses mercenaires.

      [188] Le mariage entre Charles, fils de Charles le Mauvais, et
      Éléonore (non pas Jeanne) de Castille, avait eu lieu le 27 mai
      1375; voy. plus haut p. XXXVIII, note 104.

La même année meurt[189] le roi Henri de Castille, auquel succède son
fils aîné Jean, qui de l’accord des prélats et des barons est proclamé
roi d’Espagne, de Castille, de Galice, de Séville et de Cordoue. C’est
alors qu’éclate la guerre entre le Portugal et la Castille: nous en
reparlerons plus loin; revenons pour l’instant aux affaires de France.
P. 118, 119, 313.

      [189] Henri de Castille mourut le 30 mai 1379 à San Domingo
      de la Calzada, à l’âge de 46 ans passés: il fut enterré à
      Burgos; Froissart donne plus loin (p. LXII) des détails sur les
      événements qui ont accompagné la mort du roi Henri.




CHAPITRE V.

  1379. PRISE PAR LES FRANÇAIS DU CHATEAU DE
    BOUTEVILLE.--THOMAS TRIVET REVIENT EN ANGLETERRE.--AMBASSADE
    DE PIERRE DE BOURNESEL; IL EST ARRÊTÉ AU PORT DE L’ÉCLUSE
    SUR L’ORDRE DU COMTE DE FLANDRE.--RETOUR DU DUC DE BRETAGNE
    EN ANGLETERRE.--_Juillet._ PAYEMENT DE LA RANÇON DU COMTE DE
    SAINT-POL.--1379. AFFAIRES DE BRETAGNE.--_4 juillet._ PRISE
    PAR LES ANGLAIS DE GUILLAUME DES BORDES.--1378-1379. RAVAGES
    DES GRANDES COMPAGNIES EN AUVERGNE ET EN LIMOUSIN (§§ 83 à
    95).


On sait que le seigneur de Mussidan, fait prisonnier à Eymet, avait
embrassé le parti français et avait séjourné plus d’un an à Paris. Mais
ne trouvant pas auprès du roi l’accueil qu’il attendait, il s’enfuit et
retourna à Bordeaux auprès du sénéchal Jean de Neuville[190]. P. 119,
120, 313, 314.

[190] Dès le 9 février 1377, les biens du seigneur de Mussidan avaient
été confisqués et donnés en partie à Alain de Beaumont (_Arch. Nat._,
JJ 112, fol. 78). Quand après la bataille d’Eymet (1er septembre), il
se fut rallié au parti français, il fut bien accueilli à Paris par
le roi Charles V (voy. plus haut p. XXXIV, note 90), tandis que les
Anglais (4 juin 1378) donnaient à John de Shatton un droit que le
seigneur de Mussidan levait autrefois sur les vins à Bordeaux (_Rec.
Off., Vasc. Rolls, 1 Rich. II_, m. 2), droit qui lui fut rendu le 4
septembre 1378, après son retour au parti anglais (_Rec. Off., Queen’s
Rem., Misc., Realm of Fr. 470/4_).

Des quatre seigneurs dont il a été parlé, les seigneurs de Langoiran,
de Mussidan, de Rauzan et de Duras, le premier seul restait donc
Français, et fortement menacé par les autres qui étaient ses voisins.
Dans une expédition qu’il tente avec 40 lances contre la ville de
Cadillac[191], il est blessé à mort par le capitaine de la place,
Bertrand Courant, qu’il avait provoqué personnellement. P. 120 à 122,
314.

      [191] Gironde, arr. de Bordeaux.

En Saintonge, la garnison anglaise et gasconne, qui occupe le château
de Bouteville[192], placé sous les ordres d’Éliot de Plassac, ne
cesse de venir piller la campagne sous les murs de la Rochelle et de
Saint-Jean-d’Angély. Les seigneurs de Thors, de Pouzauges et autres
seigneurs de Poitou et de Saintonge, résolus d’en finir, attirent les
Anglais devant la Rochelle. Éliot de Plassac est fait prisonnier, et le
château de Bouteville devient français[193]. P. 122 à 124, 315.

      [192] Charente, arr. de Cognac.

      [193] Le château de Bouteville repris aux Anglais en 1379
      ne resta pas longtemps entre les mains des Français: nous
      voyons en effet en octobre 1385 une tentative malheureuse pour
      reprendre la place aux Anglais (P. Guérin, _Arch. hist. du
      Poitou_, t. XXI, p. 254, note 2).

A cette époque Thomas Trivet, Guillaume Elmham et les autres chevaliers
qui étaient allés en Espagne servir le roi de Navarre, retournent en
Angleterre[194]. Reçus à Chertsey[195] par le roi et ses deux oncles,
les ducs de Lancastre et de Cambridge, ils leur donnent des détails sur
les affaires d’Espagne et sur la mort du roi Henri, survenue le jour de
la Pentecôte (29 mai 1379) ainsi que sur le couronnement de son fils
Jean qui a eu lieu à Burgos le 25 juillet; ils parlent aussi des joutes
qui furent données à Las Huelgas[196] et dont le vainqueur fut le comte
de Roquebertin. Les ducs de Lancastre et de Cambridge approuvent le
roi de Portugal d’avoir refusé d’assister à ces fêtes. P. 124 à 127,
315, 316.

      [194] Le départ de Thomas Trivet ne dut avoir lieu qu’après le
      27 juillet 1379, car un document relatif «al confessor de moss.
      Thomas Trevet, cavaillero ingles, capitan de Tudela», porte
      cette date (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, Reg. 161).

      [195] Chertsey, sur la Tamise, comté de Surrey, à 18 kil. de
      Londres.

      [196] Monastère près de Burgos.

Charles V, désirant resserrer son alliance avec le roi d’Écosse et
voulant attaquer les Anglais dans leur pays même, fait partir comme
ambassadeur le seigneur Pierre de Bournesel[197], qui arrive bientôt
en Flandre, à l’Écluse[198], et étonne tout le monde par son faste et
ses dépenses, tandis qu’il attend un vent favorable à sa traversée. Sa
présence est signalée au comte de Flandre par le bailli de l’Écluse,
qui l’arrête et le conduit à Bruges devant le comte. Celui-ci
l’accueille assez mal devant le duc de Bretagne et lui reproche de
n’être pas venu le saluer, étant à l’Écluse si près de Bruges. Malmené
d’autre part par les paroles du duc de Bretagne, le seigneur de
Bournesel retourne à l’Écluse au plus vite et, craignant d’être pris
sur mer par la flotte anglaise, revient à Paris auprès du roi[199]. P.
127 à 130, 316, 317.

      [197] Pierre Conrart, seigneur de Bournesel, chevalier et
      conseiller du roi, que Charles V avait envoyé en ambassade
      en 1377 auprès du roi de Castille (_Mandements de Ch. V_, nº
      1469) reçoit en don le 12 février 1379 les biens de Gui de
      Veyrac, sans doute à son retour de Flandre. Il part ensuite,
      avec Enguerrand de Hesdin et le seigneur de Chevreuse, porteur
      d’un message adressé au duc d’Anjou, que le roi mande auprès de
      lui pour se défendre des griefs formulés par les habitants du
      Languedoc (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126).

      [198] L’Écluse, en holl. Sluis, petit port hollandais, relié à
      Bruges par un canal.

      [199] Le mauvais traitement que le bailli de l’Écluse infligea
      à Pierre de Bournesel donna lieu à une plainte adressée au
      Conseil du roi, conservée aux _Archives de Lille_ et publiée
      par M. Kervyn de Lettenhove (t. IX, p. 511-516). Cette plainte
      communiquée au comte de Flandre ne semble pas avoir été
      accueillie favorablement, à en juger par les réponses qui
      accompagnent chaque paragraphe.

Il lui raconte son aventure et lui fait part de l’hostilité du comte
de Flandre que cherche à atténuer Jean de Ghistelles, cousin du comte,
chambellan du roi. Provoqué en duel par Pierre de Bournesel et bientôt
mal vu à la cour, Jean de Ghistelles se retire en Brabant auprès du duc
Wenceslas. P. 130 à 132, 317.

Outré contre le comte de Flandre, qui vient d’empêcher le voyage
de Pierre de Bournesel en Écosse et garde auprès de lui le duc de
Bretagne, le roi de France écrit au comte plusieurs lettres de
reproches, le considérant comme un ennemi, puisqu’il retient auprès
de lui le duc de Bretagne. Le comte, avant d’aller plus loin, veut
s’assurer du concours des Flandres: il part donc pour Gand avec le
duc de Bretagne, et là, en présence des délégués des bonnes villes,
fait lire par Jean de la Faucille[200] les lettres de menaces que lui
a adressées le roi de France, et obtient d’eux la promesse de l’aider
avec une armée de deux cent mille hommes. Le comte les remercie, et
retourne à Bruges. P. 132 à 134, 317.

      [200] Jean de la Faucille, que l’on voit plus loin jouer dans
      les troubles de Flandre un rôle si prudent, et même présider
      au paiement des gages des hommes d’armes du comte de Flandre,
      ayant servi à Audenarde en 1379 (_Chronique rimée_, p. p. Le
      Glay, 1842, p. 47, en note), ne fut pas moins compromis et
      emprisonné par le duc Aubert à la réquisition du comte: il
      fut libéré le 4 janvier 1382 (Orig. des _Arch. de Lille_,
      mentionné dans la _Chr. rimée_, p. 103). D’autres documents
      relatifs au même personnage sont encore cités par Le Glay: une
      lettre du duc de Bourgogne, du 3 mai 1383, remerciant Jean de
      la Faucille de ses bons services (p. 144); une lettre du roi
      Charles VI, du 18 mai, prenant Jean de la Faucille sous sa
      protection (p. 145); une lettre du duc Aubert, du 9 septembre,
      mandant à Jean de la Faucille qu’il ne pourra se rendre à la
      journée de bataille par lui assignée (p. 146); une lettre de
      Charles VI, du 7 février 1384, renvoyant Jean de la Faucille
      de l’accusation d’avoir participé aux troubles de Flandres (p.
      148). Le combat singulier, retardé comme on l’a vu plus haut,
      eut lieu à Lille le 29 septembre 1384, et Jean de la Faucille
      succomba (Kervyn, t. XXI, p. 182).

Le roi de France, informé de ces nouvelles, en conçoit encore une plus
grande haine contre le comte de Flandre, qui malgré tout soutient le
duc de Bretagne. A la fin ce dernier se décide à rentrer en Angleterre,
et arrive à Gravelines, où vient le chercher le comte de Salisbury avec
500 lances et 1000 archers; de là il le conduit à Calais, dont Hugues
de Calverley était capitaine. Le duc séjourne à Calais cinq jours, puis
s’embarque et arrive à Douvres, où il est reçu avec joie par le roi,
les ducs de Lancastre et de Cambridge, et le comte de Buckingham[201].
P. 134, 135, 317, 318.

      [201] C’est au plus tard au mois d’avril 1379 que le duc de
      Bretagne retourna en Angleterre, puisque le 4 mai suivant, ses
      sujets (Dom Morice, _Histoire de Bretagne_, t. I, p. 364) lui
      écrivaient en Angleterre de revenir.

On sait que le jeune comte de Saint-Pol, Waleran de Luxembourg, avait
été fait autrefois prisonnier par un écuyer de Jean de Gommegnies, puis
mené en Angleterre, et cédé au roi Édouard. Plus d’une fois le roi
d’Angleterre avait proposé d’échanger ce prisonnier contre le captal de
Buch, mais le roi de France avait toujours refusé. Le jeune comte de
Saint-Pol, prisonnier sur parole au château de Windsor, devient tout
à coup amoureux de madame Mathilde[202], sœur du roi. Le mariage est
bientôt décidé, et la rançon du comte de 120 000 francs est abaissée
par le roi à 60 000[203], qui doivent être payés avant le mariage. Le
comte de Saint-Pol s’engage à revenir en Angleterre au bout d’un an,
et s’embarque pour recueillir cette somme. Le comte de Flandre, le duc
de Brabant et le duc Aubert l’accueillent bien, mais le roi de France,
prévenu contre lui[204], et craignant qu’il ne livre aux Anglais son
château de Bohain[205], occupe et garde cette place, puis fait enfermer
à Mons le chanoine de Robersart, Eustache, seigneur de Vertaing,
Jacques du Sart et Gérard d’Obies[206], qu’il accuse d’être les
complices du comte de Saint-Pol dans ses mauvais procédés à son égard.
On ne peut rien prouver contre eux; ils sont rendus à la liberté, et
le comte de Saint-Pol retourne en Angleterre, où il paye les 60 000
francs de sa rançon. Il repasse de nouveau la mer, et, par crainte du
roi de France, s’établit à Ham-sur-Heure[207], chez son beau-frère, le
seigneur de Morialmé[208], où il reste jusqu’à la mort du roi Charles
V[209]. P. 135 à 137, 318.

      [202] Mahaut, fille de Thomas de Holand et de Jeanne de Kent,
      plus tard femme du prince de Galles et mère de Richard II,
      avait épousé en premières noces Pierre de Courtenai.

      [203] Le comte de Saint-Pol, qui était confié à la garde de
      Simon de Burley (_Rec. Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 1),
      ne devait payer que 100 000 francs de rançon d’après Rymer
      (t. VII, p. 224): 50 000, avant son départ de Calais (juillet
      1379), et 50 000 qu’il s’engageait à verser en deux termes, de
      juillet 1379 à juin (Saint-Jean-Baptiste) 1380. Il laissait
      comme otage son frère Pierre de Luxembourg. Il partit le 22
      juillet pour Calais accompagné de John de Codeford et de Robert
      Rous (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 11 rº et
      13 vº).

      [204] Le comte de Saint-Pol avait promis hommage de ses terres
      françaises au roi d’Angleterre, et s’était engagé à lui livrer,
      50 jours après son départ de Calais, la ville de Guise, et à
      défaut son château de Bohain (Rymer, t. VII, p. 225). Charles
      V chargea Bureau de la Rivière et le seigneur de Couci de
      confisquer ses biens, «et fut tout mis en la main du roy de
      France» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 281). Une partie des
      biens du comte de Saint-Pol avait été dès le mois de décembre
      1378 inventoriée et confiée à la garde de Martin de Corbie
      (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 179).

      [205] Aisne, arr. de Saint-Quentin.

      [206] Une lettre de rémission est accordée par le roi Charles
      VI le 18 septembre 1381 à Guérart d’Obies et à Thierry de
      Sommans, partisans du roi d’Angleterre, à la requête du duc de
      Bourgogne et du comte de Saint-Pol (_Arch. Nat._, JJ 119, fol.
      197).

      [207] Belgique, prov. de Hainaut, près de Charleroi.

      [208] Jean de Condé, seigneur de Morialmé, avait épousé Marie
      de Saint-Pol, sœur de Waleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol.

      [209] «En cel an (1380), le duc de Braban, oncle de l’empereur
      et du roy de France, et le duc Aubert vindrent à Paris pour
      faire la paix au conte de Saint Pol, lequel estoit departi de
      avec les Anglois et estoit en l’empire es parties de Henault.
      Eulx disoient que ce que le dit conte de Saint Pol avoit fait
      n’estoit fors pour soy delivrer de prison» (_Chr. des Quatre
      Valois_, p. 286). Ces négociations ne réussirent pas.

A cette date la Bretagne est divisée au plus haut point[210]: d’un côté
les bonnes villes, qui pour la plupart sont du parti du duc et ont
aussi avec elles quelques grands noms comme la duchesse de Penthièvre,
mère de Jean et de Gui de Bretagne; de l’autre, le connétable Bertrand
du Guesclin, les seigneurs de Clisson, de Laval, de Rochefort, le
vicomte de Rohan, qui tiennent le pays en guerre avec des compagnies
formées de gens de toutes nations et occupent Pontorson et Saint-Malo.
Le duc sait tout cela; il connaît aussi les bonnes dispositions de ses
bonnes villes et les funestes entreprises du duc d’Anjou contre ses
gens: il ne peut cependant se résoudre à quitter l’Angleterre et à
retourner en Bretagne, craignant quelque trahison: le roi d’Angleterre
ne l’y engage pas du reste. P. 137, 138, 318.

      [210] Après avoir préalablement consulté le Parlement, Charles
      V, reprochant au duc de Bretagne d’avoir fait partie de
      l’expédition anglaise de 1377-1378 (voy. plus haut p. XLIII,
      note 121), ajourne Jean de Montfort à comparoir devant le roi
      et ses pairs le samedi 4 décembre 1378 (_Arch. Nat._, X1a
      1471, fol. 133 vº); le 9 décembre, le roi vient lui-même au
      Parlement: après les plaidoiries des 10, 11 et 13 décembre,
      le duc est déclaré, le 18 décembre, coupable de félonie; la
      confiscation du duché de Bretagne et sa réunion au domaine de
      la couronne est déclarée. Le roi, malgré la protestation de la
      duchesse de Penthièvre, charge le duc de Bourbon, le maréchal
      de Sancerre, l’amiral Jean de Vienne, Bureau de la Rivière
      et d’autres de prendre en son nom possession des places de
      Bretagne que s’engagent à leur livrer le connétable, Olivier
      de Clisson et les seigneurs de Laval et de Rohan (_Grandes
      chroniques_, t. VI, p. 455-456). Dès le mois de février
      1379, Charles V enrôle à son service de nombreux Bretons et
      renouvelle l’engagement de Clisson (_Mandements de Ch. V_, nº
      1830); le 10 avril, il mande à Paris le connétable, le seigneur
      de Laval, Olivier de Clisson et Jean, vicomte de Rohan, et
      leur énumère ses griefs contre le duc de Bretagne et leur
      demande leur concours, que promettent les barons. Du Guesclin
      reste à Paris, tandis qu’Olivier de Clisson ne peut réussir
      à mettre Nantes entre les mains du duc de Bourbon. De retour
      en Bretagne Jean de Rohan, malgré les bons procédés du roi à
      son égard (_Mandements de Ch. V_, nº 1837), et avec l’aide
      de Jeanne de Penthièvre, organise la résistance à Charles V.
      Des conciliabules se tiennent, des chefs sont nommés, des
      ambassades sont envoyées au duc pour l’engager à revenir en
      Bretagne. La dernière, celle de Jean de Quelen, est du 4 mai
      1379 (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 218). Après avoir
      échoué dans ses tentatives de conciliation auprès de Jeanne
      de Penthièvre (_Arch. Nat._, KK 242, fol. 107) et de son fils
      Henri, en mai 1379, le duc d’Anjou est nommé le 1er juillet
      lieutenant général et spécial en Bretagne avec 1100 hommes
      d’armes. Il commence la campagne de Bretagne.

En Normandie, monseigneur Guillaume des Bordes[211], établi à
Valognes dont il est capitaine, cherche de toute façon à harceler la
garnison de Cherbourg commandée par Jean de Harleston[212]; avec lui
sont le petit sénéchal d’Eu[213], Guillaume Martel[214], Braquet de
Braquemont[215], le seigneur de Torci[216], Perceval d’Esneval[217],
le Bègue d’Ivry, Lancelot de Lorris[218] et autres chevaliers. Dans une
escarmouche, Lancelot de Lorris provoque en bataille personnelle un
chevalier anglais nommé Jean de Copelant, qui le tue; les deux routes
en viennent alors aux mains, et tous les seigneurs français sont faits
prisonniers, et parmi eux Guillaume des Bordes, que prend un écuyer de
Hainaut, Guillaume de Beaulieu[219]. Les prisonniers sont conduits à
Cherbourg[220], où ils retrouvent Olivier du Guesclin[221]. P. 138 à
140, 318, 319.

      [211] Guillaume des Bordes, capitaine général du Cotentin,
      passe le printemps de 1379 à solder les travaux de
      fortification de Montebourg (_Mus. Brit., Addit. Charters_ 10
      701-10 712; Cheltenham 8670).

      [212] Jean de Harleston, après le ravitaillement de Cherbourg
      du 3 au 29 avril 1379, avait retenu 160 hommes d’armes, 106
      archers et 20 arbalétriers; le 29 il arriva à Cherbourg avec
      185 hommes d’armes, 105 archers et 30 arbalétriers. Du 29 avril
      au 30 décembre 1379, il entretient 300 hommes d’armes, 200
      archers et 60 arbalétriers (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For.
      Acc. 4_, m. 16 vº). Il est remplacé le 23 octobre 1379 comme
      capitaine de Cherbourg par William de Wyndesore (_Rec. Off.,
      French Rolls, 3 Rich. II_, m. 19).

      [213] Jean le Sénéchal, sénéchal d’Eu, était en juillet 1375
      capitaine du château des Moulineaux (_Mandements de Ch. V_, nº
      1147) et en août de la même année capitaine de Saint-Sauveur
      (_Ibid._, nº 1155). Il sert en 1385 et 1386 en Normandie sous
      le gouvernement du seigneur de la Ferté (_Bibl. Nat., Clair._
      vol. 45, nos 170-172).

      [214] Guillaume Martel, châtelain de Gaillard en 1369
      (_Mandements de Ch. V_, nº 620), châtelain de Falaise en 1375
      (_Ibid._, nº 1136), chambellan du roi en août 1377 (_Bibl.
      Nat., Pièces orig._ vol. 1868), était en 1414 seigneur de
      Bacqueville et premier chambellan du roi (_Coll. de Bastard_,
      p. 153). Voy. sur ce personnage la notice de M. H. Moranvillé
      (_Mém. de la Soc. de l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 400-403).

      [215] Guillaume, sire de Braquemont, dit Braquet, seigneur de
      Tartigny par sa femme en juin 1380 (_Arch. Nat._, JJ 117, fol.
      84), chambellan du duc d’Orléans, au 10 janvier 1389 (_Coll. de
      Bastard_, p. 16), chambellan du roi au 4 juillet 1391 (_Bibl.
      Nat., Pièces orig._ vol. 494), seigneur du Pont Tranquart,
      capitaine de Chauni-sur-Oise, au 7 avril 1402 (_Coll. de
      Bastard_, p. 185), maréchal d’Orléans, lieutenant général au
      duché de Luxembourg, gardien de Mouron, aux 11-13 avril 1402
      (_Ibid._, p. 190).

      [216] Colart d’Estouteville, seigneur de Torci, est cité comme
      gardien et gouverneur du château d’Arques, le 20 mai 1379
      (_Mandements de Ch. V_, nº 1840); il est nommé capitaine de
      Cherbourg après la reddition de la ville en 1404 (_Chr. de P.
      Cochon_, p. 325-326).

      [217] Sur ce personnage déjà rencontré (cf. p. XLIV, note 3),
      voy. la notice de M. H. Moranvillé (_Mém. de la Soc. de l’Hist.
      de Paris_, t. XVII, p. 341-343).

      [218] Ce _Lancelot_, qu’il faut peut-être identifier avec un
      _Guérin_ de Lorris (cf. H. Moranvillé, _Mém. de la Soc. de
      l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 395-396), se montre au service
      du duc d’Anjou en mars 1371 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol.
      1755).

      [219] Un Guillaume de Beaulieu, cité comme écuyer en 1429 dans
      Rymer (t. X, p. 435), ne semble pas devoir s’identifier avec
      celui-ci.

      [220] L’escarmouche où fut pris Guillaume des Bordes eut lieu
      le 4 juillet 1379 entre Montebourg et Cherbourg; elle est
      racontée avec détails dans la première rédaction adoptée par
      Buchon à la fin du premier livre (t. I, p. 720-721; cf. Kervyn,
      t. IX, p. 137-139). Guillaume des Bordes fut interné à la tour
      de Londres, par un mandement adressé au connétable Alain de
      Buxhull, en date du 12 mai 1380 _(Rec. Off., Close Rolls, 3
      Rich. II_, m. 4). Le 30 août 1380, sa rançon est attribuée à
      Thomas de Felton (_Rec. Off., Patent Rolls, 4 Rich. II_, part
      1, m. 22).

      [221] A la date du 25 mai et du 20 juin 1379, une somme de 100
      sols est accordée à Jean Clewell pour conduire de Weymouth à
      Londres Olivier du Guesclin, deux écuyers et un valet (_Rec.
      Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 8).

En Auvergne et en Limousin le pays souffre des incursions anglaises:
le château de Ventadour[222] est vendu six mille francs à un chef
breton, Geoffroi Tête-Noire[223], par Ponce du Bois, écuyer du
comte de Ventadour, à la condition que le comte pourra se retirer,
avec sa famille et ses armes et bagages, à Montpensier[224], près
d’Aigueperse[225], en Auvergne. Geoffroi prend possession du château,
et s’empare par la suite de nombreuses places en Auvergne, en Rouergue,
en Limousin, en Querci, en Gévaudan, en Bigorre et en Agenois. D’autres
capitaines anglais[226] accompagnent Geoffroi Tête-Noire: Mérigot
Marchès, qui prend le château de Chalusset[227], le bâtard de Carlat,
le bâtard Anglais, le bâtard de Caupenne, Raymond de Sort[228], Gascon,
et Pierre le Béarnais. P. 140, 141, 319.

      [222] Corrèze, commune de Moustier-Ventadour. Le château fut
      remis à Geoffroi Tête-Noire dans les derniers mois de 1378
      (_Dictionnaire statistique... du Cantal_, t. IV, p. 286).

      [223] En 1379, l’année suivante, Tête-Noire prenait Chalus
      (_Dict. statistique... du Cantal_, t. IV, p. 286); nous le
      retrouvons en Nivernais; et Philippe de Jaucourt organise la
      résistance contre lui (J. Finot, _Recherches sur les incursions
      des Anglais_, p. 116).

      [224] Puy-de-Dôme, arr. de Riom.

      [225] Puy-de-Dôme, arr. de Riom.

      [226] Voy. dans Durrieu (_Les Gascons en Italie_, p. 17, note
      1) une liste de villes occupées par les Anglais dans le centre
      de la France.

      [227] Chalusset (Haute-Vienne) est pris par Mérigot Marchès
      dans les derniers mois de 1378 (_Dict. statistique... du
      Cantal_, t. IV, p. 286). Mérigot Marchès, qui doit finir
      tragiquement plus tard, neveu de Pierre le Béarnais, capitaine
      de Chalusset, avait soutenu en 1353-1354 la cause du roi Jean
      (Duplès-Agier, _Rég. crim. du Parlement_, t. II, p. 184, note
      1); en 1378 il est en Angleterre, qu’il ne quitte qu’après le
      16 octobre 1378, date à laquelle ses biens sont confisqués en
      France (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 158 vº). L’année suivante
      Marchès est capitaine au lieu dit Roc de Borde en Limousin; il
      s’empare de l’abbaye de Lartige près de Noailhac (Corrèze);
      mais au bout de huit jours, le sénéchal de Limousin reprend
      l’abbaye et fait prisonnier Mérigot Marchès, qui est enfermé à
      Limoges. Au 2 août 1381, sa captivité dure depuis plus d’un an
      et demi (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 164).

      [228] Ramonet de Sort devient plus tard allié du comte
      d’Armagnac, avec Raymond de Caupène (Dom Vaissete, t. IX, p.
      932, note), accorde une trêve d’un an le 3 avril 1388 (_Ibid._,
      p. 931, note) et traite les 8 et 15 janvier 1389 (Durrieu, _Les
      Gascons en Italie_, p. 21, note 1).

Dans une de ses chevauchées, Mérigot Marchès, avec onze de ses
compagnons, se dirige vers Alleuze, près de Saint-Flour, château qui
appartient à l’évêque de Clermont; il le prend par surprise, puis se
rend à Saint-Flour. Peu de temps après il s’empare par échellement
du château et de la terre de Vallon[229]. De la sorte les garnisons
de Chalusset, de Carlat[230], d’Alleuze[231] et de Ventadour sont
anglaises, et quand elles se réunissent au nombre de cinq à six cents
lances, elles ravagent le pays. Pour les combattre, elles trouvent
devant elles les seigneurs d’Apchier et de Solleriel, le bâtard de
Solleriel et un écuyer de Bourbonnais, Gourdinet[232], qui un beau jour
fait prisonnier Mérigot Marchès et le rançonne à 5000 francs. P. 141 à
143, 319.

      [229] Allier, arr. de Montluçon.

      [230] Cantal, arr. d’Aurillac. En octobre 1379, les
      négociations (voy. plus haut, p. XXVI, note 62) pour le rachat
      de Carlat occupé par Perducat d’Albret (Dom Vaissete, t. IX,
      p. 871) réussirent (_Arch. Nat._, JJ 115, fol. 139 vº): les
      Anglais avaient évacué la ville à la Noël (_Ibid._, JJ 118,
      fol. 228); ils la reprirent depuis et l’occupèrent encore
      longtemps (Kervyn, t. XII, p. 352).

      [231] Cantal, arr. de Saint-Flour. En 1387 Marchès occupait
      encore ce château, qu’il remet au comte d’Armagnac (H.
      Moranvillé, _Bibl. de l’Éc. des Ch._, t. LIII, p. 79). Les
      autres châteaux sont aussi occupés par les chefs de compagnies
      (cf. Kervyn, t. XIII, p. 352).

      [232] Sans doute le même que Gourdinot, capitaine de Tracros en
      1375 pour le roi d’Angleterre, que cite la _Chronique du bon
      duc Loys de Bourbon_ (p. 94-95).




CHAPITRE VI.

  _1378, 21 septembre._ ÉLECTION DU PAPE CLÉMENT A FONDI.--_16
    novembre._ RECONNAISSANCE OFFICIELLE DE CLÉMENT PAR CHARLES
    V, A L’ASSEMBLÉE DE VINCENNES.--_1379, 14 avril._ CLÉMENT
    SE RETIRE A SPERLONGA.--_10 mai._ SON ENTREVUE A NAPLES
    AVEC LA REINE JEANNE.--_22 mai._ CLÉMENT S’EMBARQUE POUR
    MARSEILLE.--_1380, 29 juin._ ADOPTION DU DUC D’ANJOU PAR LA
    REINE JEANNE (§§ 96 à 100).


On sait que, pour contenter le peuple romain, les cardinaux avaient
nommé pape l’archevêque de Bari, Barthélemy Prignano, sous le nom
d’Urbain VI. Dans la pensée de certains d’entre eux, cette élection
n’était que provisoire, car ce pape était d’un caractère trop
autoritaire et trop orgueilleux. Aussitôt qu’il fut reconnu par
quelques princes de la chrétienté, il se montra si outrecuidant et
si mal disposé pour les cardinaux, qu’un grand nombre d’entre eux
n’hésitèrent plus, poussés par le cardinal d’Amiens[233], qui espérait
être élu à sa place.

      [233] Jean de la Grange, ancien évêque d’Amiens,
      cardinal-prêtre le 20 décembre 1375, était rentré à Rome
      le lendemain du couronnement d’Urbain VI, le 19 avril 1378
      (_Chronographia regum francorum_, p. p. H. Moranvillé, t.
      II, p. 366, note 1), de retour d’une négociation avec les
      Florentins.

Pendant que le pape est à Tivoli[234], les cardinaux se rassemblent
après d’assez longs conciliabules hors de Rome, et nomment comme
nouveau pape[235] le fils du comte de Genève, Robert de Genève, désigné
sous le nom de cardinal de Genève, antérieurement évêque de Thérouanne
et de Cambrai, qui prend le nom de Clément.

      [234] Le pape Urbain avait quitté Rome la veille de la
      Saint-Jean (23 juin), et n’y rentra que passé le 8 septembre
      (_Chronographia_, t. II, p. 365).

      [235] C’est en mai et en juin 1378, un ou deux mois à peine
      après la reconnaissance du pape Urbain VI, que les cardinaux
      français mécontents de son caractère fantasque et autoritaire
      se retirèrent à Anagni (Valois, _L’élection d’Urbain VI_, p.
      70-71). Ils déclarèrent nulle l’élection d’Urbain, et bientôt,
      réunis aux cardinaux d’Avignon, le 21 septembre 1378, ils
      élurent à Fondi comme nouveau pape le cardinal Robert de
      Genève, qui fut sacré sous le nom de Clément VII, le jour de la
      Toussaint (_Le petit Thalamus_, p. 397).

Le pays romain était alors occupé par un chevalier breton, Sevestre
Bude, qui avait combattu et vaincu les Florentins pour le pape
Grégoire. Appelé par le pape Clément et les cardinaux de son parti,
il se rapproche de Rome, empêchant ainsi le pape Urbain de quitter
Tivoli[236]. Les Romains de leur côté prennent à leurs gages des
mercenaires allemands et lombards, qui chaque jour escarmouchent
contre les Bretons. Pendant ce temps, Clément notifie son élection aux
princes de la chrétienté. Le roi de France[237] consulte l’Université
de Paris et, après quelques hésitations, de l’avis de ses frères[238]
et des prélats, reconnaît le nouveau pape. Le roi d’Espagne en fait
autant, ainsi que le comte de Savoie, le seigneur de Milan et la reine
de Naples. Quant au roi de Bohême et empereur[239], il ne manifeste
point d’opinion, bien que tout l’empire, à l’exception de l’archevêché
de Trèves, soit du parti d’Urbain. L’Écosse tient pour Clément;
l’Angleterre et le comte de Flandre pour Urbain; le Hainaut avec le duc
Aubert reste neutre, ce qui fait perdre à l’évêque de Cambrai[240] ses
revenus temporels.

      [236] Les bandes de Gascons, entre autres celle de Bernardon
      de la Sale, appelée par le cardinal camérier Pierre de Cros,
      avaient écrasé les Romains au passage du Teverone (juillet
      1378) et étaient accourues se mettre à la disposition du pape
      Clément (Valois, _loc. cit._, p. 71). Sur Bernardon de la Sale
      et son rôle en Italie, voy. Durrieu, _Les Gascons en Italie_,
      p. 105-171.

      [237] Le roi de France considéra d’abord jusqu’en juillet
      1378 l’élection d’Urbain comme très valable, d’accord avec
      l’Université de Paris qui lui resta longtemps fidèle. Après
      cette date il reçoit de Clément une ambassade qui le fait
      hésiter: il convoque alors à Paris, le 11 septembre et jours
      suivants, un concile national, qui conclut à la neutralité en
      attendant plus ample informé. Le roi n’en poursuit pas moins
      sa correspondance avec Clément, et M. Valois a prouvé d’après
      des documents nouveaux, que Charles V était déjà résolu à
      reconnaître Clément depuis longtemps, quand il convoqua à
      Vincennes l’assemblée du 16 novembre qui fit officiellement
      acte de reconnaissance du pape Clément. Le roi avait obtenu du
      pape en échange de son adhésion le droit de lever pendant trois
      ans une subvention sur le clergé de son royaume; la fixation de
      la quotité de cet impôt fut laissée à trois prélats français
      (N. Valois, _Le rôle de Charles V au début du grand schisme_,
      tir. à part de l’_Annuaire-Bulletin de la Soc. de l’Hist. de
      Fr._, année 1887, p. 3-5).

      [238] Le duc d’Anjou avait dès le premier jour été bien
      disposé pour Clément. Quand, en septembre 1378, Jean de Bar,
      ambassadeur, lui apporte la nouvelle que le pape Urbain a
      été déclaré intrus en date du 9 août, il n’hésite plus, et
      embrasse le parti de Clément (29 septembre), auquel il envoie
      de l’argent à plusieurs reprises et pour lequel il cherche à
      provoquer des adhésions.

      [239] Charles IV, empereur et roi de Bohême, mourut le 29
      novembre 1378; son fils Wenceslas, que le duc d’Anjou essaya de
      gagner à la cause de Clément (N. Valois, _Louis Ier duc d’Anjou
      et le grand schisme d’Occident_, p. 13-14), fut confirmé par le
      pape Urbain le 27 juillet (l’abbé L. Gayet, _Le grand schisme
      d’Occident, les origines_, t. II, p. 234).

      [240] L’évêque de Cambrai était alors Jean de Serclaes depuis
      le 26 novembre 1378. L’abbé de Fontenay avait été nommé nonce
      apostolique en Hainaut par le pape Clément, le 2 novembre
      1378 (_Chr. Belges, Cartul. des comtes de Hainaut_, t. II, p.
      282-284).

L’envoyé du pape Clément, Gui de Maillesec, cardinal de Poitiers,
est bien accueilli en France[241], en Hainaut et en Brabant, mais il
renonce à aller à Liège et dans les Flandres, dont le comte soutient le
pape Urbain; il se fixe à Cambrai[242], où il attend les événements. P.
143 à 148, 320.

      [241] L’envoyé du pape Clément en France et en Écosse était le
      cardinal Jean du Cros, évêque de Limoges, qui resta à Paris.
      Le cardinal de Luna et l’évêque d’Amiens étaient envoyés en
      Aragon, Navarre, Castille et Portugal. Le cardinal Gui de
      Maillesec avait dans son département le Hainaut, le Brabant,
      la Flandre, l’Angleterre, l’Irlande, la Norvège, la Frise,
      etc. Après un séjour prolongé à Paris, il arriva le 4 juin
      1379 à Cambrai, où il resta les trois ans de son ambassade,
      se contentant d’envoyer sans succès en Flandre l’évêque de
      Cambrai, Jean Serclaes. Le cardinal Guillaume d’Aigrefeuille,
      envoyé en Allemagne, en Prusse, en Bohême, en Pologne et en
      Hongrie, fut un peu plus heureux et apporta au pape Clément
      l’adhésion des trois évêchés de Lorraine, Metz, Toul et Verdun
      (_Chronographia_, t. II, p. 376-377; cf. _Grandes Chroniques_,
      t. VI, p. 457-458).

      [242] D’après les _Grandes Chroniques_, c’est à Tournai que le
      cardinal de Poitiers s’établit.

L’Église est ainsi divisée: Urbain est reconnu par le plus grand nombre
de royaumes; mais Clément a les revenus les plus importants. Pendant
qu’on lui prépare le palais d’Avignon[243], il se retire à Fondi, où il
est bientôt rejoint par les mercenaires bretons chassés par les Romains
du château Saint-Ange et du bourg Saint-Pierre. A cette nouvelle,
Sevestre Bude marche sur Rome, y entre par la porte de Naples, se
dirige sur le Capitole où sont rassemblés en conseil les notables de
la ville et en massacre plus de deux cents. Cela fait, les Bretons se
retirent, sans être inquiétés par les Romains, qui se vengent en tuant
et blessant plus de trois cents clercs, bien innocents de toutes ces
choses. P. 148 à 150, 320, 321.

      [243] Bien qu’occupant le château Saint-Ange à Rome et ayant à
      sa solde Louis de Montjoie et ses deux lieutenants, Sevestre
      Bude et Bernardon de la Sale, Clément se rend au château de
      Sperlonga, près de Gaëte, le 14 avril 1379. Peu de temps après,
      le château Saint-Ange, assiégé par les Romains, est forcé de
      capituler (27 avril) et est démoli. Louis de Montjoie, attaqué
      par Alberigo de Barbiano, est battu avec ses deux lieutenants
      Sevestre Bude et Bernardon de la Sale; leurs bandes sont
      dispersées. Le pape Clément s’embarque alors à Gaëte le 9 mai
      1379 et se rend à Naples, où il est bien reçu par la reine
      Jeanne, mais assez froidement par la population (Valois, _Louis
      Ier_, p. 20-23, 27-33).

Durant son séjour à Fondi, le pape Clément reçoit la visite de la reine
Jeanne de Naples[244], cherchant un défenseur contre Charles de la
Paix et désirant résigner entre les mains du pape les royaumes qu’elle
tenait de l’héritage de son père Louis[245], roi de Sicile[246] et de
Naples, duc de Pouille et de Calabre, comte de Provence, puisqu’elle
n’avait pas d’héritier mâle pour lui succéder. Une première fois,
dit-elle au pape, elle avait été mariée avec André de Hongrie[247],
frère du roi Louis de Hongrie, qui ne lui donna pas d’enfant[248]
et mourut jeune à Aix en Provence. Elle se remaria ensuite avec
Charles[249], prince de Tarente, et en eut une fille. Ce prince,
attaqué par le roi de Hongrie, fut vaincu, perdit la Pouille et la
Calabre, et mourut prisonnier en Hongrie[250]. Elle conclut alors un
troisième mariage avec Jaime, roi de Majorque[251], et eut la pensée de
marier sa fille avec Louis de Navarre, qui mourut en venant trouver sa
fiancée[252]. Le roi Jaime, s’étant assuré de l’alliance du prince de
Galles et non de celle du roi de France, comme le lui conseillait la
reine Jeanne, va se faire tuer, en cherchant à reconquérir son royaume
sur le roi d’Aragon[253]. Pendant ce temps la reine Jeanne marie sa
fille avec Robert d’Artois[254], cousin du roi de France. Elle épouse
enfin Othon de Brunswick[255], qui est pris avec elle, par Charles de
la Paix, dans le château de l’Œuf: sa fille et son gendre, prisonniers
eux aussi, meurent en captivité. Depuis, un traité est intervenu entre
elle et Charles de la Paix, qui laisse à ce dernier la Pouille et la
Calabre; mais ce prince cherche déjà à s’emparer des autres royaumes:
aussi Jeanne remet-elle au pape toutes ses possessions, pour qu’il
puisse les attribuer à l’héritier qui lui plaira, capable de les
défendre contre Charles de la Paix. Le pape accepte, et les actes
authentiques sont dressés de cette donation[256]. P. 150 à 154, 321.

      [244] Comme on vient de le voir par la note précédente, c’est
      le 10 mai 1379, à Naples et non à Fondi, qu’eut lieu l’entrevue
      entre la reine Jeanne et le pape Clément.

      [245] Le père de Jeanne était Charles de Sicile, duc de
      Calabre, mort en 1328, alors que sa fille avait deux ans.

      [246] Jeanne n’était reine de Sicile que de nom. En 1377, la
      reine de fait était Marie, qui devait épouser en 1391 Martin le
      Jeune, prince d’Aragon.

      [247] Le premier mari de Jeanne, son cousin André de Hongrie,
      qu’elle avait épousé étant en bas âge (26 septembre 1333),
      vécut en mauvaise intelligence avec elle et mourut assassiné
      au château d’Aversa (non pas à Aix), le 18 septembre 1345,
      peut-être à l’instigation de la reine. Le pape, suzerain des
      souverains de Naples, fit faire un procès qui ne frappa que des
      comparses.

      [248] André de Hongrie laissait un enfant posthume, Charles
      Martel, né le 25 décembre 1345, et mort à l’âge de deux ans (P.
      Anselme, t. I, p. 411).

      [249] Le second mariage avec Louis (et non pas Charles) de
      Tarente eut lieu le 20 août 1346; deux filles naquirent de ce
      mariage, mais moururent en bas âge.

      [250] A l’approche des troupes hongroises, la reine se réfugie
      en Provence, et le roi de Hongrie occupe le royaume de Naples,
      qu’il doit abandonner en partie à cause de la peste. La reine
      s’assure, en lui cédant la ville d’Avignon, la protection du
      pape, qui la remet en possession de son royaume en 1352. Louis
      de Tarente meurt en 1362.

      [251] Au mois de décembre 1362, la reine Jeanne épouse Jayme,
      dont le père, Jayme II, roi de Majorque, avait été vaincu et
      tué en 1349 par Pierre IV, roi d’Aragon, qui s’était emparé de
      sa couronne.

      [252] C’est sa nièce (et non sa fille) Jeanne de Sicile, fille
      de Charles de Duras et de Marie de Sicile, que la reine Jeanne
      maria en premières noces en 1366 avec le frère de Charles le
      Mauvais, Louis de Navarre, qui mourut en 1372.

      [253] Jayme mourut en Aragon peu après le 16 février 1375,
      usé par les fatigues et la maladie (Lecoy de la Marche, _Les
      relations politiques de la France avec le royaume de Majorque_,
      t. II, p. 201).

      [254] Robert d’Artois, fils de Jean sans Terre, était comte
      d’Eu; il mourut le 20 juillet 1387.

      [255] En 1376 Jeanne épousa Othon de Brunswick. Cette alliance
      mécontenta Charles de la Paix, qui, par son mariage en 1369
      avec Marguerite de Durazzo, autre nièce de la reine Jeanne,
      pouvait aspirer à sa succession.

      [256] Les événements auxquels Froissart fait ici allusion
      postérieurement au mariage de la reine de Naples et d’Othon
      de Brunswick, se placent bien après le départ du pape Clément
      pour Avignon (22 mai 1379). C’est à l’instigation du pape
      Urbain que Charles de la Paix avait envahi les États de la
      reine Jeanne, déclarée déchue par le pape. C’est alors qu’elle
      adopta le duc d’Anjou, dont elle espérait le secours (_Chr. des
      Quatre Valois_, p. 297); mais, assiégée à son retour dans le
      château de l’Œuf le 17 juillet 1381, elle fut faite prisonnière
      et étranglée le 22 mai 1382; son mari, prisonnier lui aussi,
      avait été remis en liberté; plus tard, il devait servir le duc
      d’Anjou en Italie.

Cela fait, la reine Jeanne et Othon, son mari, retournent à Naples.
Quant au pape Clément[257], s’apercevant que le pape Urbain et les
Romains cherchent à gagner à leur cause Charles de la Paix et les
Napolitains, et craignant, s’il attend plus longtemps, de ne plus
pouvoir s’embarquer pour Avignon, comme il le désire, il hâte son
départ, accompagné du comte de Roquebertin, qui est venu le chercher
avec des bateaux marseillais et aragonais. Clément arrive bientôt à
Marseille, de là à Avignon.

      [257] Trois jours après son entrevue avec la reine de Naples,
      Clément retournait à Sperlonga (13 mai 1379); et le 22, il
      s’embarquait pour Marseille.

Prévenu de son arrivée, le duc d’Anjou accourt[258]; et le pape lui
donne l’investiture des royaumes que la reine Jeanne lui a remis. Le
duc d’Anjou accepte et s’engage à aller combattre bientôt les ennemis
de la reine. Il passe environ quinze jours à Avignon, puis retourne
à Toulouse auprès de la duchesse. Le pape reste à Avignon, laissant
en Italie Sevestre Bude, Bernardon de la Salle et Florimont guerroyer
contre les Romains. P. 154, 155, 321, 322.

      [258] Le duc d’Anjou avait toujours cherché à couvrir ses
      projets ambitieux de la sanction du pape Clément. En payement
      d’une dette contractée autrefois par le Saint-Siège, Clément
      lui avait accordé par une bulle du 20 avril 1379 la levée
      pour trois ans des décimes ecclésiastiques en Languedoc et en
      Guyenne; par une autre bulle du 17 avril, le pape lui avait
      déjà concédé le royaume d’Adria, formé du démembrement d’une
      partie des États de l’Église; il était aussi intervenu à propos
      de l’émeute de Montpellier, dont Froissart ne parle pas. Une
      fois que le pape fut à Avignon, le duc chercha à exploiter la
      difficulté que la reine Jeanne avait à se maintenir à Naples en
      présence de l’hostilité de Charles de la Paix, pour se faire
      adopter par elle. Un premier conciliabule eut lieu à Avignon
      (1er janvier 1380); puis deux bulles du pape (1er février)
      autorisèrent cette adoption. Après de nouvelles négociations
      à Naples (avril 1380), l’adoption eut lieu le 29 juin (_Arch.
      Nat._, J 1043A, nºs 3-4) et fut ratifiée par les bulles des 22
      et 23 juillet 1380, le duc d’Anjou s’engageant à secourir la
      reine Jeanne contre les ennemis (Valois, _Louis Ier_, p. 24,
      40-46).

La marche de Toscane était occupée en ce temps-là par un chevalier
anglais, Jean Hawkwood, qui avait quitté la France au moment du traité
de Brétigni. C’était alors un pauvre bachelier, qui se mit à la tête
d’une compagnie de _Tard-Venus_. Réuni en Bourgogne à d’autres routiers
de diverses nations, Jean Hawkwood assista avec Robert Briquet et
Jean Creswey à la bataille de Brignais et contribua avec Bernard de
Sorges[259] à la prise du Pont-Saint-Esprit. Il partit ensuite pour
le compte du marquis de Montferrat combattre les Milanais et eut pour
sa part dans cette expédition 10 000 francs sur 60 000. Cette guerre
achevée, une partie de ces bandes rentrèrent en France et furent
emmenées en Espagne contre don Pèdre par Bertrand du Guesclin et le
maréchal d’Audrehem[260]. Jean Hawkwood resta en Italie[261], au
service des papes Urbain V et Grégoire XI[262] contre les Milanais,
et secourut le seigneur de Couci contre les Lombards et le comte de
Vertus[263].

      [259] Nous retrouverons plus tard, en 1416, dans l’hôtel et la
      compagnie de Bernard, comte d’Armagnac (_Bibl. Nat., Clair._
      vol. 5, nº 54), ce chef de routiers, que je n’identifie pas,
      comme M. Durrieu, avec Bernardon de la Salle (_Les Gascons en
      Italie_, p. 113, note 3). Froissart, en racontant une première
      fois ces événements (t. VI, p. 69 et suiv.), a mentionné les
      noms de Briquet et de Creswey, mais a oublié celui de Hawkwood:
      il peut à plus forte raison avoir passé sous silence celui de
      Bernardon de la Salle.

      [260] Voy. É. Molinier, _Étude sur la vie d’Arnoul d’Audrehem_
      (dans _Mémoires présentés par divers savants..._ IIe série, t.
      VI, 1re partie), p. 170 et suiv.

      [261] Jean Hawkwood était en Lombardie en février 1370 (L.
      Osio, _Documenti diplomatici tratti dagli Archivi Milanesi_,
      t. I, p. 139), et à Parme le 8 août 1370 (_Ibid._, p. 143).
      Il lutte d’abord contre Louis de Gonzague et Barnabo Visconti
      (_Ibid._, p. 159) en 1372, puis il devient l’allié de Barnabo
      Visconti, qui intercède auprès de lui pour l’empêcher de
      ravager le pays de Mantoue en 1375 (p. 175) et lui donne sa
      fille naturelle en mariage en 1377 (p. 191).

      [262] C’est au service du pape Grégoire XI que, sur l’ordre
      de Robert de Genève, depuis Clément VII, Hawkwood, déjà connu
      par ses excès à Faenza, avait massacré en février 1377 les
      habitants de Césène.

      [263] Voy. Froissart, t. VIII, p. 215.

C’est ce capitaine que le pape Urbain appelle auprès de lui après le
départ de Clément et prend à sa solde. Hawkwood, aidé des Romains,
s’attaque alors à Sevestre Bude et à ses Bretons, qui sont complètement
défaits[264]: Sevestre Bude est fait prisonnier et mené à Rome, puis
relâché avec un écuyer breton, nommé Guillaume Boileau. Tous deux
arrivent à Avignon[265], mais, accusés de vouloir trahir le pape
Clément, ils sont arrêtés sur l’ordre du cardinal d’Amiens, qui ne
pardonnait pas à Sevestre Bude d’avoir autrefois en Romagne laissé
piller ses bagages pour le payement de ses hommes, et ont la tête
tranchée à Mâcon; grand sujet de colère pour Bertrand du Guesclin, qui,
s’il eût vécu, aurait fait payer cher au pape la mort de son cousin.
Parlons maintenant des tristes événements de Flandre. P. 155 à 158, 322.

      [264] On a vu plus haut, p. LXXIII, note 1, la défaite de
      Sevestre Bude.

      [265] Sevestre Bude réclamait au pape Clément une somme de
      30 000 francs pour l’avoir aidé à venir d’Italie à Avignon;
      accusé par le cardinal d’Amiens qui «disoit qu’il l’avoit voulu
      prendre et detenir et qu’il avoit pillié en royaume de France
      et bouté feu et fait bouter», et mandé à Mâcon par le bailli
      Oudard d’Atainville, il y fut décapité. Les routiers indignés
      ravagèrent la campagne de Mâcon (_Chr. des Quatre Valois_, p.
      282).




CHAPITRE VII.

  RIVALITÉ A GAND DES FAMILLES DE JEAN YOENS ET DE GILBERT
    MAHIEU.--_1379, fin de mai._ LE COMTE DE FLANDRE AUTORISE
    LES BRUGEOIS A FAIRE DÉRIVER DE LA LYS UN CANAL D’EAU
    DOUCE.--_Août._ LES GANTOIS FORCENT LES BRUGEOIS A
    INTERROMPRE LEURS TRAVAUX DE CANALISATION.--_6 septembre._
    MEURTRE A GAND DU BAILLI ROGER D’AUTERIVE.--_8 septembre._
    INCENDIE DU CHATEAU DE WONDELGHEM.--MORT DE JEAN YOENS.--_17
    septembre._ PRISE D’YPRES PAR LES GANTOIS.--_Mi-octobre._
    SIÈGE D’AUDENARDE.--_Novembre._ SIÈGE DE TERMONDE.--_1er
    décembre._ PAIX DE ROSNE.--_3 décembre._ LEVÉE DU SIÈGE
    D’AUDENARDE (§§ 101 à 122).


C’est l’envie qui poussa les villes de Flandre les unes contre les
autres, et, malgré les efforts du comte, la division se mit entre
elles. P. 158, 159, 322, 323.

Il y avait alors à Gand un homme instruit, hardi et entreprenant, Jean
Yoens[266], que le comte chargea de le débarrasser d’un bourgeois qui
le gênait. Une querelle s’éleva donc entre Jean Yoens et ce bourgeois,
nommé Jean Doncker[267]; le bourgeois fut tué, et Jean Yoens dut se
réfugier à Douai, bien payé par le comte. Le comte fit plus: il obtint
le consentement de la ville de Gand au retour de Jean Yoens, qu’il
nomma doyen des bateliers.

      [266] Sur la famille de Jean Yoens, voy. l’édition de Kervyn,
      t. IX, p. 530 et t. XXIII, p. 299-301.

      [267] Ce bourgeois, dont le nom défiguré n’est donné que par
      les manuscrits de la _Chronique de Flandre_, avait été échevin
      de Gand en 1338 et 1342 (Kervyn, t. XXI, p. 103): il avait été
      tué antérieurement à 1352, car à cette date intervient entre
      Jean Yoens et la famille Doncker un contrat de paix à partie
      (_Ibid._, XXIII, p. 301).

Une autre famille existait à Gand, les Mahieu[268], composée de sept
frères, dont l’un, Gilbert, jalousait Jean Yoens et ne cherchait qu’à
le supplanter dans les bonnes grâces du comte.

      [268] Sur la famille Mahieu, voy. Kervyn, t. IX, p. 529-530 et
      t. XXII, p. 132.

D’autre part, une même haine existait à Damme[269] entre les familles
de deux riches bateliers, les Jean Pied et les Jean Bard, dont les
uns étaient du parti de Gilbert Mahieu et les autres de celui de Jean
Yoens. Pour perdre Jean Yoens, Gilbert fit savoir au comte, qui aimait
l’argent, qu’il ne tenait qu’à Jean Yoens qu’on pût établir un droit
sur les bateliers, ce qui serait grand profit pour lui. Jean Yoens
appelé ne trouva pas la chose faisable, et tous les bateliers réunis,
parmi eux les Mahieu, furent de son avis. P. 159 à 163, 323, 324.

      [269] Belgique, prov. de Flandre occidentale, au nord de Bruges.

Le comte, furieux de voir lui échapper un profit de six ou sept mille
florins, nomma Gilbert Mahieu doyen des bateliers à la place de Jean
Yoens; et les bateliers n’osèrent pas refuser de payer la redevance au
comte. Gilbert accablait de présents l’entourage du comte et ne donnait
pas à Jean Yoens tout ce qui lui revenait de son gain de batellerie.
Jean Yoens se taisait et attendait. Et Étienne, l’un des frères Mahieu,
n’augurant rien de bon de cette attitude, se demandait s’il ne vaudrait
pas mieux dès lors se débarrasser de leur ennemi.

Les choses en sont là, quand les Brugeois, du consentement du comte,
réveillent une vieille querelle en se mettant à creuser un canal entre
la Lys et la Reye, pour détourner à leur profit les bateaux venant de
l’Artois[270]. C’était la ruine pour Gand. «Ah! disent les Gantois,
cela ne se passerait pas ainsi, si Jean Yoens était encore doyen
des bateliers!» Poussés par le récit d’une femme qui en revenant du
pèlerinage de Boulogne-sur-Mer avait vu les travaux des Brugeois, les
Gantois s’adressent à Jean Yoens pour lui demander conseil. Celui-ci
les invite alors à rétablir la vieille association des _chaperons
blancs_. La chose se fait, Jean Yoens est élu chef[271] des _chaperons
blancs_; et sa bande, forte de plus de 500 hommes, s’apprête à courir
sus aux Brugeois. P. 163 à 167, 324.

      [270] C’est le comte lui-même qui provoqua le dissentiment
      entre Gand et Bruges; il était venu à Gand après la Pentecôte
      (29 mai) de 1379 pour assister à un tournoi. Ayant besoin
      d’argent, il demanda à établir une taxe qui, par l’intervention
      d’un nommé Gossuin Mulaert, ne lui fut pas accordée. Les
      habitants de Bruges au contraire se hâtèrent de fournir de
      l’argent au comte, qui leur permit de creuser un canal entre
      leur ville et Deynse, pour leur apporter l’eau douce dont ils
      manquaient (J. Meyer, _Annales rerum Flandricarum_, Anvers,
      1561, fol. 170 vº). La révolte contre le comte eut lieu, nous
      dit la _Chronographia_ (t. II, p. 373), «quia impositiones
      et subsidia colligere et malas consuetudines in Flandria
      volebat inducere».

      [271] Jean Yoens prit comme lieutenants Gossuin Mulaert, Arnoul
      Declercq et Simon Colpaert (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 170 vº).

Les Mahieu regrettent alors de n’avoir pas écouté l’avis d’Étienne.
Quant à Jean Yoens, il part avec ses _chaperons blancs_ pour Deynse,
mais revient bientôt sans avoir trouvé les Brugeois, qui s’étaient
enfuis[272]. Ils restent à Gand et se tiennent prêts aux événements. P.
167, 168, 324, 325.

      [272] J. Meyer dit au contraire que quelques Brugeois furent
      tués.

Les Gantois avaient un nouveau sujet de plainte contre le comte,
qu’ils accusaient de porter atteinte à leurs franchises, en tenant en
prison à Eecloo[273] un meunier, bourgeois de Gand, que le bailli,
Roger d’Auterive, refusait de rendre sans le consentement du comte.
Les _chaperons blancs_ profitaient des circonstances pour se montrer
partout et se rendre indispensables. P. 168 à 170, 325.

      [273] Belgique, prov. de Flandre orientale.

Les Gantois commencent à murmurer, et Jean Yoens augmente leur
mécontentement en leur faisant remarquer que non seulement les
franchises de Gand sont atteintes, mais aussi son commerce, car les
gens de Douai et de Lille ne veulent plus y venir depuis qu’a été
établie la nouvelle redevance des bateliers. Jean Yoens se défend de
vouloir diminuer en rien le patrimoine du comte, mais il lui semble
qu’il serait bon d’envoyer une ambassade relative à l’emprisonnement du
meunier[274] et aussi aux travaux de canalisation des Brugeois, qui,
dit-on, auraient promis au comte dix à douze mille florins par an pour
avoir son acquiescement. P. 170 à 173, 325, 326.

      [274] Les Gantois réclamaient aussi un autre prisonnier, un
      _chaperon blanc_, que son attitude provocante avait fait
      arrêter (J. Meyer, _ibid._).

Les messagers partent pour Male[275], et parmi eux Gilbert Mahieu; ils
reviennent bientôt, ayant gain de cause: le bourgeois d’Eecloo leur
sera rendu, les Brugeois ne creuseront plus leur canal et combleront
même ce qui a déjà été creusé, le tout à condition que les _chaperons
blancs_ seront dissous[276]. Jean Yoens démontre alors au peuple que
c’en est fait des franchises de Gand, si l’on accepte les conditions du
comte; et, craignant lui-même quelque surprise de la part des Mahieu,
il donne l’ordre à ses gens de veiller et de se tenir sur leur garde.
P. 173 à 175, 326.

      [275] Château près de Bruges.

      [276] Le comte promettait la libération des deux prisonniers et
      s’engageait de plus à abolir l’impôt des bateliers (J. Meyer,
      _loc. cit._, fol. 171 rº).

Peu de temps après, le bailli de Gand, Roger d’Auterive, arrive à
Gand avec 200 chevaux pour exécuter les ordres du comte. Il s’avance
jusqu’au marché du vendredi, la bannière du comte à la main, escorté de
Gilbert Mahieu et de tous les siens. On devait saisir Jean Yoens et six
ou sept de ses gens et leur couper la tête. Jean Yoens, qui se doutait
de la chose, avait rassemblé chez lui 400 _chaperons blancs_. Il marche
alors au milieu d’une troupe qui grossit jusqu’au marché. A sa vue les
Mahieu s’enfuient, et en peu de temps le bailli est saisi et tué[277];
la bannière du comte est mise en pièces et foulée aux pieds. Les gens
du comte à leur tour prennent la fuite. P. 175 à 177, 326, 327.

      [277] Roger d’Auterive fut tué sur le Cauter, le 6 ou le 8
      septembre 1379, d’après la _Chronique rimée_, p. p. Le Glay (p.
      27 et 29, note 1), le lundi 5, d’après J. Meyer.

Les Mahieu cependant quittent la ville, y laissant leurs femmes et
leurs biens, et se réfugient auprès du comte de Flandre, et lui
apportent ces nouvelles qui l’irritent.

Les _chaperons blancs_, maîtres de Gand, donnent la chasse aux
partisans des Mahieu, et font la loi à tous, secrètement soutenus,
disait-on, par les échevins et de puissants personnages de la ville,
car autrement l’audace d’une telle canaille eût été inexplicable. Roger
d’Auterive fut enseveli dans l’église des Frères Mineurs de Gand. P.
177 à 179, 327.

Les gens sages de Gand regrettaient cependant ce qui s’était passé,
mais nul n’osait se mettre en avant pour proposer une réparation au
comte. Jean de la Faucille lui-même, renommé pour sa sagesse, avait
quitté la ville pour ne pas se compromettre, et attendait les nouvelles
à sa maison de campagne. P. 179, 180, 328.

Enfin les notables de la ville se joignent à Jean Yoens et à ses
principaux chefs, et décident d’envoyer au comte dix d’entre eux pour
lui demander pardon du meurtre de son bailli. Jean Yoens, ne pouvant
faire autrement, approuve le projet; et les douze bourgeois arrivent à
Male, où ils trouvent le comte fort irrité et ont bien de la peine à
obtenir la grâce de la ville, moyennant une amende. P. 180 à 182, 328.

Jean Yoens, resté à Gand, comprenait bien que si le comte pardonnait,
c’en était fait de lui; aussi résout-il de l’irriter au point de
refuser tout arrangement. Sous prétexte de passer une revue des
_chaperons blancs_, il emmène toute son armée, plus de six mille
hommes, dans la campagne, près du château de Wondelghem[278],
appartenant au comte. On entre dans le château pour le visiter; bientôt
on le pille, finalement le feu prend... par aventure. «Rien à faire,
dit Jean Yoens; du reste, c’était pour nous dangereux voisinage[279]!»
On rentre à Gand, où les habitants voient encore une fois disparaître
l’espérance qu’ils avaient de faire la paix avec le comte. P. 182 à
185, 328, 329.

      [278] Château près de Gand, aujourd’hui localité assez
      importante.

      [279] Le château fut brûlé le 8 septembre 1379, le jour de la
      Nativité de Notre-Dame (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171 rº).

Le comte, fort irrité de ce nouvel attentat de Jean Yoens, fait venir
les douze bourgeois de Gand et leur jure qu’il n’y aura pas de paix
entre lui et leur ville, tant que les coupables n’auront pas été
châtiés, et cela en dépit de toutes leurs excuses. Les bourgeois
rentrent à Gand, porteurs de ces mauvaises nouvelles, tandis que le
comte se rend à Lille et, rassemblant sa noblesse de Flandre, lui
demande aide et secours pour se venger. P. 185, 186, 329.

Heureux d’avoir provoqué la guerre, Jean Yoens s’occupe des alliances
des Gantois, «L’amitié de Grammont[280] et de Courtrai[281] est sûre;
mais ne serait-il pas bon de s’assurer du concours de Bruges?» Neuf ou
dix mille hommes, choisis par paroisses, partent donc pour Bruges, sous
la conduite de Jean Yoens. On veut parlementer et gagner du temps. Les
Gantois forcent les portes, et Jean Yoens fait son entrée dans la ville
aux côtés du bourgmestre, un bâton blanc à la main. P. 186 à 189, 329,
330.

      [280] Belgique, prov. de Flandre orientale.

      [281] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

Un traité d’alliance et de bonne amitié est alors signé entre les
villes de Gand et de Bruges; et le calme le plus grand et l’union la
plus complète règnent entre les deux partis.

Au bout de trois jours, les Gantois se rendent à Damme, où ils sont
bien accueillis. Tout à coup Jean Yoens tombe malade à la suite d’un
souper: on parle d’empoisonnement, mais on ne sait rien de positif
à cet égard. Transporté de nuit à Ardembourg[282], Jean Yoens y
meurt[283], au grand désespoir des Gantois. P. 189, 190, 330.

      [282] Aardenburg, Pays-Bas, prov. de Zélande.

      [283] «Lectica portatus Rodenburgum _seu, quando variant,
      Ecloniam_, ibi moritur» (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 171
      vº).

Le corps, transporté à Gand, est enseveli dans l’église Saint-Nicolas.
Cette mort ne brise pas l’alliance de Bruges et de Gand (car les
Gantois ont de bons otages leur répondant de la fidélité de leurs
alliés), mais elle réjouit fort le parti Mahieu et aussi le comte de
Flandre, qui envoie à Ypres de nombreux chevaliers de Lille et de
Douai, pour venir à bout promptement des Gantois. Ceux-ci nomment de
leur côté quatre capitaines: Jean Pruneel, Guillaume Boele, Rasse
d’Herzeele et Pierre du Bois[284], qui, à la tête de douze cents
hommes marchent sur Courtrai[285]. La ville leur fait bon accueil. Au
bout de trois jours, marche sur Thourout[286]; mais en chemin, une
avant-garde de trois à quatre mille hommes s’avance jusqu’à Ypres[287].
En vain les chevaliers et, au premier rang, Henri d’Antoing,
veulent défendre la ville; en vain messires de Roubaix et Houart
de la Houarderie[288] se font tuer: le peuple ouvre les portes aux
Gantois[289], qui, comme ils l’ont déjà fait pour les autres villes,
signent un traité, demandent des otages, puis retournent à Gand en
passant par Courtrai. P. 191 à 194, 330, 331.

      [284] Sur les familles de ces quatre personnages, qui figurent
      dans des Comptes municipaux, voy. les renseignements qu’a
      rassemblés M. Kervyn, t. XX, p. 340-341, 362-365; t. XXI, p.
      549-550, et t. XXII, p. 390-391. Les familles Boele et Herzeele
      figurent à l’armorial des nobles _Poorters_ de Gand de 1524 (J.
      Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, entre
      les p. 184 et 185).

      [285] D’après la _Chronique rimée_ (p. 30), c’est le 11
      septembre 1379 qu’eut lieu la marche sur Courtrai.

      [286] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

      [287] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

      [288] Sur ce nom, voy. Kervyn, t. XXI, p. 568-570. Un Thomas et
      un Robert de la Houarderie figurent dans J. Meyer.

      [289] La prise d’Ypres eut lieu le samedi (17 septembre 1379),
      d’après la _Chronique rimée_ (p. 31).

Mécontent d’apprendre la reddition d’Ypres et craignant quelque
surprise des Gantois sur Audenarde, qui leur livrerait le cours de
l’Escaut, le comte, qui se tient à Lille, se hâte de garnir cette ville
et d’y envoyer de nombreux chevaliers et écuyers de Flandre, de Hainaut
et d’Artois. Les capitaines de Gand à cette nouvelle partent pour faire
le siège d’Audenarde[290]; ils sont bientôt rejoints[291] par leurs
alliés de Bruges, d’Ypres, de Poperinghe[292], de Messines[293], du
Franc de Bruges[294], de Grammont: en tout plus de cent mille hommes.
Le comte se jette dans Termonde[295], où il retrouve de nombreux
chevaliers d’Allemagne, de Gueldre et de Brabant, et parmi eux son
cousin, Thierri, comte de Berg[296]. P. 194, 195, 331.

      [290] Belgique, prov. de Flandre orientale.--Le duc n’avait
      plus en son obéissance dans toute la Flandre de langue flamande
      que Audenarde, Alost et Termonde (J. Meyer, _loc. cit._, fol.
      171 vº).

      [291] Vers le milieu d’octobre (J. Meyer, _loc. cit._). Ce
      siège fut le signal d’une levée générale de 100 000 hommes des
      milices flamandes (Kervyn de Lettenhove, _Histoire de Flandre_,
      t. III, p. 438).

      [292] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

      [293] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

      [294] Châtellenie s’étendant sur le territoire des environs de
      Bruges, et dont l’administration, bien que distincte de celle
      de Bruges, était fixée dans la ville même.

      [295] Belgique, prov. de Flandre orientale.

      [296] Froissart le nomme duc des Monts.

Le siège d’Audenarde dura longtemps avec ses assauts et ses
escarmouches[297]. La ville comptait bien huit cents lances, chevaliers
et écuyers[298]. C’étaient, venant de Flandre, Jean de Ghistelles[299],
les seigneurs de Villers et d’Escornay[300]; venant de Hainaut, Gautier
d’Enghien[301], Hugues d’Antoing[302], le seigneur de Briffeuil, le
seigneur de Lens, Jean de Gommegnies, les trois frères Jean, Daniel
et Josse d’Halewin[303], le seigneur d’Estaimbourg[304], Gérard de
Marquillies, Eustache et Rasse de Montigny, d’autres encore: en tout
cent cinq, qui faisaient bonne garde. Après avoir mis à l’abri dans les
églises les femmes et les enfants, ils avaient recouvert les toits de
terre pour résister au feu lancé par les Flamands. P. 195, 196, 331,
332.

      [297] D’après la _Chronique rimée_ (p. 47) le siège d’Audenarde
      dura sept semaines.

      [298] Les noms cités par J. Meyer sont beaucoup plus nombreux
      que ceux donnés par Froissart.

      [299] Dans Meyer (_loc. cit._, fol. 172 vº) un Gui de
      Ghistelles est fait chevalier pendant le siège d’Audenarde.

      [300] Les seigneurs de Villers et d’Escornay sont mentionnés
      dans la _Chronique rimée_ (p. 46) comme ayant reçu pour la
      délivrance des villes assiégées, le premier 518 l., 4 s., et le
      second 919 l., 18 s.

      [301] Gauthier d’Enghien était arrivé à sa majorité au
      commencement de l’année 1377, et par un acte du 3 février
      avait ratifié le traité de paix conclu entre ses oncles et le
      duc Albert de Bavière (_Chr. belges, Cartul. des comtes de
      Hainaut_, t. II, p. 254-255).

      [302] Hugues d’Antoing reçoit, d’après la _Chronique rimée_ (p.
      46), 2810 l., 8 d.

      [303] Outre ces trois Halewin, J. Meyer (_loc. cit._, fol.
      172 vº) nomme encore un Olivier, un Gautier, un Tristan et un
      Girard Halewin.

      [304] Le seigneur d’Estaimbourg est appelé dans Meyer
      _Frossardus_ Staimborgius.

Étant devant Audenarde, les Flamands apprennent que le comte est à
Termonde avec le comte de Berg et de nombreux chevaliers; ils se
dirigent de ce côté au nombre de 6000, sous la conduite de Rasse
d’Herzeele, et arrivent à un village situé sur la Dendre[305], à une
petite lieue de Termonde. Passé minuit, ils se remettent en marche,
espérant surprendre la ville; mais ils sont dénoncés par les gens du
pays et reçus par toute la garnison en armes. C’est d’une part le comte
de Flandre, avec Gossuin de Wilde[306], grand bailli de Flandre, Jean
de Gruthuse, Gérard de Rasseghem[307], Philippe De Jonghe, Philippe de
Masmines[308] et autres, tels que Hugues de Rigni[309]; d’autre part
le comte de Berg, avec Thierri de Brederode[310] et autres; ailleurs
encore Robert d’Assche[311], Jean Vilain et Robert le Maréchal[312].
L’assaut dure longtemps; les blessés sont nombreux; le chevalier
bourguignon Hugues de Rigni est tué. P. 196 à 199, 332.

      [305] Rivière qui se jette dans l’Escaut à Termonde.

      [306] Gossuin De Wilde était en 1369 receveur de Flandre, avant
      d’être grand bailli (Van Duyse et de Busscher, _Invent. anal.
      des chartes... de Gand_, nos 431 et autres).

      [307] Messire Gérard de Rasseghem appartenait à la maison
      du comte de Flandre: au mois de juillet 1379, c’est devant
      lui et les maîtres d’hôtel du comte que sont payés les gages
      des hommes d’armes envoyés pour la défense des villes (_Chr.
      rimée_, p. 46).

      [308] Le nom de Philippe de Masmines est cité en 1376 comme
      celui d’une des plus anciennes familles commerçantes de Gand
      (J. Huyttens, _Recherches sur les corporations gantoises_, p.
      185).

      [309] Hugues de Rigni, chevalier bachelier en 1365, avait
      accompagné à Romans le duc de Bourgogne, envoyé par le roi
      auprès de l’empereur (É. Petit, _Itinéraires_, p. 463); il est
      appelé par le duc à Chalon-sur-Saône, où il séjourne avec 7
      chevaux du 12 au 17 août 1368 (_Ibid._, p. 478).

      [310] Thierri de Brederode est qualifié dans J. Meyer
      (_loc. cit._, fol. 172 rº) de «Hollandus præfectus
      vigiliarum».

      [311] Messire d’Assche reçoit en 1379, d’après la _Chronique
      rimée_ (p. 46), 352 l., 12 s.

      [312] Sur Jean Vilain et Robert le Maréchal, voy. Kervyn, t.
      XXIII, p. 254-255, et t. XXII, p. 86.

A midi passé, Rasse d’Herzeele fait cesser l’assaut et sonner la
retraite. Les Gantois se retirent, et le lendemain retournent au siège
d’Audenarde. Maîtres de la campagne, les Flamands rendent difficile
le ravitaillement de la ville, et le siège se poursuit, coupé par des
assauts et des escarmouches[313], où viennent faire leurs premières
armes les nouveaux chevaliers d’Artois, de Flandre et de Hainaut. P.
199, 200, 332, 333.

      [313] Un assaut des plus sérieux fut donné le vendredi 4
      novembre (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 172 rº).

La prise de la ville n’était qu’une affaire de temps, pouvant
facilement être affamée; d’autre part le comte de Flandre, ainsi que
sa mère la comtesse Marguerite d’Artois, désirant traiter, la comtesse
Marguerite écrit à Philippe, duc de Bourgogne (qui après la mort du
comte Louis pouvait par sa femme Marguerite réclamer l’héritage de
Flandre), de venir la trouver à Arras, où elle était alors. Il s’y
rend, et avec lui Gui de la Trémoïlle[314], Jean de Vienne, amiral de
France, Gui de Pontallier[315] et d’autres. Le duc, après avoir vu la
comtesse, arrive à Tournai et envoie en parlementaire auprès de l’armée
assiégeante d’Audenarde l’abbé de Saint-Martin[316]. Rendez-vous est
donné au duc entre Tournai et Audenarde, à Rosne[317], où pendant
quinze jours ont lieu les conférences. Les prétentions des Gantois sont
grandes[318]; mais, en présence de l’attitude énergique de la garnison
d’Audenarde et des plaintes de ceux de Bruges, du Franc et d’Ypres
qui redoutent l’approche de l’hiver, ils cèdent. Le duc de Bourgogne
donne à Rosne un banquet où la paix est décidée. Le comte pardonne
sans réserve aucune et doit venir habiter Gand, dont les habitants
s’engagent à lui rebâtir son château de Wondelghem[319]. La paix est
publiée partout, le siège est levé, et le comte licencie ses troupes
pour venir à Lille confirmer ce qui a été fait. P. 200 à 204, 333, 334.

      [314] Les archives de la famille de La Trémoïlle ne contiennent
      que trois pièces de 1374, 1386 et 1393, relatives à ce
      personnage (_Chartrier de Thouars. Documents historiques et
      généalogiques_, p. 7-12). Premier chambellan de Philippe le
      Hardi, conseiller et chambellan de Charles VI, il épousa Marie
      de Sully, fut fait prisonnier à Nicopolis et mourut à Rhodes en
      1397.

      [315] Nommé maréchal de Bourgogne aux gages de 300 livres, le
      30 décembre 1364 (_Arch. de la Côte-d’Or_ citées par É. Petit,
      _Itinéraires_, p. 459), Gui de Pontallier, seigneur de Talmay,
      était en 1381 gouverneur de Bourgogne (_Ibid._, p. 150); il
      mourut à Nicopolis.

      [316] Jean Galet, abbé de Saint-Martin de Tournai, de 1367
      à 1387. La _Chronique rimée_ met à la place l’abbé de
      Saint-Pierre et de Saint-Bavon (1340-1394).

      [317] Belgique, prov. de Flandre orientale, sur la rivière qui
      porte le même nom.

      [318] Les Gantois demandaient cinq choses; le respect de leurs
      franchises, la remise en état de tout ce qui avait pu être
      fait contrairement à ces franchises, le pardon des dommages
      faits aux seigneurs, la mise hors la loi de ceux qui avaient
      combattu avec les seigneurs, la démolition du côté de Gand
      des fortifications d’Audenarde et de Termonde (_Chr. rimée_,
      p. 50-51). Le comte acceptait les trois premières conditions,
      et s’engageait à transporter sa cour à Gand. Les conférences
      commencèrent le 18 novembre: le 11, les gens d’Ypres étaient
      allés brûler Cassel. Le 1er décembre, Louis de Male ratifiait à
      Malines le traité de paix conclu avec les Flamands par le duc
      de Bourgogne (Gachard, _Notice hist. et descript. des archives
      de la ville de Gand_, p. 37 et 54, dans les _Mémoires de
      l’Académie royale_ de Belgique, t. XXVII, 1853).

      [319] Les _Antiquités de Flandre_ de Wielant, donnent les
      principales clauses du traité, «en ceste manière qui s’ensuyt:
      Est assçavoir que le conte pardonne tous meffaictz et conferme
      leurs privilèges pour en joyr ainsi qu’ilz jouissoient à sa
      joyeuse entrée et ainsi que on en usoit du temps du conte
      Robert, et osta tous empeschemens faictz au contraire; _item_
      que tous fugitifz pouroient retourner chascun en sa chascune
      si avant qu’ilz veullent prendre sur les informations que
      l’on fera à leur charge; _item_ que tous bailliz, sergeans et
      aultres officiers qui par ceste paix seroient despoinctez de
      leurs offices, seront tenuz de respondre de leurs abuz; et
      s’ilz sont trouvez coulpables, ne pouront jamais avoir office;
      _item_ que les informations seront faictes par gens de bien que
      les trois villes choisiront, et que desormais seront faictes
      samblables informations sur les infractions des privilèges
      desdictz trois villes, par XXV personnes, qui se choisiront,
      est assçavoir: par Gand nœuf, par Bruges VIII et par Ypre VIII,
      et que les loiz seroient renouvellez selon les privilèges et
      coustumes du pays; _item_ que le prevost de Sainct Donas ne
      viendra plus au conseil du conte et sera depoincté de son
      office de chanceillier; avecq pluisieurs aultres articles»
      (_Recueil des Chroniques de Flandre_, p. p. De Smet, t. IV, p.
      305-306). Le comte s’engageait de plus à licencier ses troupes
      allemandes et à venir tenir sa cour à Gand, en attendant que
      son château de Wondelghem ait été rebâti. La paix signée, le
      siège d’Audenarde fut levé le samedi 3 décembre 1379 (J. Meyer,
      _loc. cit._, fol. 173 rº).

Après la levée du siège d’Audenarde, Jean Pruneel va à Tournai échanger
les signatures du traité avec le comte de Flandre et le duc de
Bourgogne, et retourne ensuite à Gand[320]. Le duc de Bourgogne avait
tant fait par ses belles paroles que les Gantois laissaient intacte
la ville d’Audenarde, alors que dans les préliminaires du traité, au
moment de lever le siège, il avait été convenu qu’ils auraient le droit
d’abattre les murs, les tours et deux portes du côté d’Audenarde. Le
duc de Bourgogne part alors pour la France[321], et le comte, après
être resté quelques temps à Lille, vient à Bruges, dont les habitants
cherchent à calmer les mauvaises dispositions du comte et à se faire
pardonner leur hostilité passée, en rejetant la faute sur les _menus
mestiers_ de la ville qu’avait entraînés Jean Yoens. P. 204, 205, 334.

      [320] La nomination des enquêteurs auxquels fait allusion le
      traité cité dans la note précédente eut lieu vers la Noël 1379
      (_Chr. rimée_, p. 58).

      [321] Le 15 décembre, le duc de Bourgogne était à Malines (É.
      Petit, _Itinéraires_, p. 146).




CHAPITRE VIII.

  _1379, 13 juillet._ TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE ROI
    D’ANGLETERRE ET LE DUC DE BRETAGNE.--_3 août._ LE DUC
    DÉBARQUE EN BRETAGNE.--_6 décembre._ NAUFRAGE ET MORT DE
    JEAN D’ARONDEL.--_Commencement de 1380._ PRISE DE DINAN PAR
    OLIVIER DE CLISSON (§§ 123 à 126).


Tandis que le duc de Bretagne est en Angleterre auprès du roi Richard,
le roi de France envoie en Bretagne son connétable, qui occupe
Pontorson et ravage le pays[322]. Les bonnes villes, désirant le retour
du duc, lui députent en ambassadeurs Geoffroi de Karimel et Eustache de
la Houssaye, qui s’embarquent à Conq[323] et arrivent à Southampton,
puis à Londres, et reçoivent la promesse du duc de revenir bientôt dans
son duché. P. 205, 206, 334, 335.

      [322] Depuis la campagne de Normandie, B. du Guesclin avait
      séjourné presque entièrement en Bretagne avec son armée, à
      laquelle s’était joint dans la première quinzaine d’août le
      jeune Charles de Navarre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº
      2613), qui reçut 800 livres parisis pour son voyage en Bretagne
      (_Arch. Nat._, KK 326, fol. 3 vº), où il devait rester jusqu’à
      la fin d’octobre. Du Guesclin occupait Pontorson et allait
      souvent à Saint-Malo pour ravitailler la flotte française,
      qui surveillait la côte; il négociait aussi pour réoccuper la
      Roche-sur-Yon, ce qu’il réussit à faire à des conditions assez
      dures (Kervyn, t. IX, p. 537). Il correspondait régulièrement
      avec le duc d’Anjou, ainsi que Clisson, qui de Redon, le 2
      septembre 1379, demandait des renforts (Hay du Chastelet,
      _Hist. de du Guesclin_, p. 476).

      [323] Écart de la commune de Beuzec-Conq, Finistère, arr. de
      Quimper, canton de Concarneau, dont il faut le distinguer (cf.
      t. VII, p. LXVI, note 207 dans notre édition PG 73967 et t.
      VIII, p. LXXI, note 224 dans notre édition PG 74208).

En effet le duc fait ses adieux à la duchesse, s’assure par traité
de l’appui du roi d’Angleterre, et s’embarque à Southampton[324]
avec Robert Knolles, les deux chevaliers-messagers[325], cent hommes
d’armes et deux cents archers. Le vent les amène à Guérande, où ils
débarquent[326], et se dirigent sur Vannes[327], où le duc est bien
reçu. Au bout de cinq jours, il se rend à Nantes, où les barons
viennent l’assurer de leur obéissance et se plaindre des Français.
Le duc les rassure en leur disant d’attendre pour agir l’arrivée des
renforts anglais[328].

      [324] Rappelé par ses sujets (voy. plus haut., p. LXVI, note
      210), le duc de Bretagne conclut à Londres, le 13 juillet
      1379, un traité d’alliance avec Richard II par l’entremise de
      Thomas de Percy, dont les pouvoirs sont du 9 juillet (Rymer, t.
      VII, p. 223-224). Par ce traité, le roi d’Angleterre s’engage
      à payer les gages de 2000 hommes d’armes et de 2000 archers
      retenus par le duc en vue de l’expédition de Bretagne pour
      4 mois et demi (_Rec. Off., Treas. of the Rec., Misc. 41/5_
      et _Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 16). Le duc s’embarque à
      Southampton le 22 juillet (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p.
      365) sur des bateaux retenus en juin (_Ibid._, _Queen’s Rem.,
      Misc., Navy 610/11_), accompagné d’une partie de ses troupes et
      de Gauthier Skirlawe et Richard de Aberbury en prévision d’un
      traité à venir (_Ibid._, _Nuncii 632/18_).

      [325] De ces deux chevaliers, l’un tout au moins, Geoffroi de
      Kerimel, était rentré en France précédemment, puisque nous
      voyons le duc lui annoncer son retour en passant en mer à la
      hauteur de Caen (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365).

      [326] Le duc de Bretagne débarque, non pas à Guérande, mais
      en face de Saint-Malo, dans l’estuaire de la Rance, le 3 août
      1379 (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365). Ses bateaux
      de transport, laissés en arrière sous le commandement de
      Hugues de Calverley, entrent aussi dans la Rance après un
      combat, victorieux d’après Walsingham (_Hist. angl._, t. I,
      p. 405-407), très disputé d’après le marquis Terrier de Loray
      (_Jean de Vienne_, p. 135). La flotte anglaise, après avoir
      débarqué Jean de Montfort, était encore à Quidallet (auj.
      Saint-Servan) le 10 août, comme l’écrit B. du Guesclin au duc
      d’Anjou (Dom Morice, _Preuves_, t. I, col. 225). D’après une
      autre lettre du connétable, la flotte ennemie partit le 19,
      faisant route vers les îles normandes (Kervyn, t. IX, p. 536);
      elle dut revenir d’Harfleur vers le 8 septembre (Nativité de
      Notre-Dame): Les Anglois, nous dit la _Chronique_ de P. Cochon
      (p. 157), furent bien quinze jours «devant Saint-Maalou... et
      ne firent rien et s’en ralèrent en leur païs».

      [327] A peine débarqué, le duc se rend à Dinan, où le 9 août
      il tient un conseil des barons de Bretagne «en disant qu’il se
      veut gouverner à l’ordonnance desdis barons et autres, et faire
      au roy ce que faire li devra» (Dom Morice, _Preuves_, t. II,
      col. 226), puis il fait le 20 août avec 140 Anglais son entrée
      à Rennes, d’où il doit se rendre à Guingamp (Hay du Chastelet,
      _Hist. de du Guesclin_, p. 473).

      [328] Avant de demander des renforts au roi d’Angleterre,
      le duc de Bretagne avait essayé de traiter. Dès le 19 août,
      Hugues de Calverley faisait des propositions à B. du Guesclin,
      qui les communiquait au duc d’Anjou en le pressant d’arriver
      (Kervyn, t. IX, p. 536-537). Ce dernier n’arrive guère que
      vers la fin de septembre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº
      2613). Les conférences du traité, le 26 à Dinan et le 27 à
      Dol, l’empêchent même de se rendre à l’appel du roi de France
      (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126). Une trêve intervient,
      et le duc de Bretagne demande l’arbitrage du comte de Flandre
      (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 395), qui est
      accepté par le duc d’Anjou à Angers le 26 octobre (Dom Morice,
      _Preuves_, t. II, col. 233-235). D’autre part, «plusieurs
      parlemens» ont lieu à Saint-Omer (_Chr. des Quatre Valois_,
      p. 284) et à Arras (H. Moranvillé, _Et. sur la vie de J. le
      Mercier_, p. 76); les envoyés anglais, comme Gauthier Skirlawe,
      circulent de Calais en Picardie (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
      Misc., Nuncii 632/18_ et _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.
      12 vº); mais le roi se montre trop exigeant, en demandant
      la confiscation du duché de Bretagne, qui serait attribué à
      Henri de Blois (_Chr. des Quatre Valois_, p. 284); et Jean de
      Montfort se tourne définitivement du côté de l’Angleterre.

Vers la Saint-André de cette année (30 novembre), meurt à Prague
Charles de Bohême, roi d’Allemagne et empereur de Rome, qui, avant de
mourir, avait assuré sa succession à son fils Charles, dont l’élection
se fait à Aix-la-Chapelle[329]. P. 206 à 209, 335.

      [329] C’est le 29 novembre 1378 que mourut Charles IV,
      «filium suum primogenitum regem Romanorum, in regno Boemie
      sibi successorem, relinquens» (_Chronographia_, t. II, p.
      372).

A peu près à la même époque ont lieu les pourparlers du mariage du
jeune roi Richard d’Angleterre. On aurait désiré une union avec la
maison de Hainaut, en souvenir de la bonne reine Philippe, mais le
duc Aubert n’avait pas de fille en âge d’être mariée; d’autre part
on ne pouvait songer à Blanche de Lancastre, la cousine du roi, qui
n’apportait pas de nouvelle alliance. On se décide donc pour la sœur
du jeune roi de Bohême, et Simon Burley est envoyé en ambassade pour
négocier ce mariage[330]. Il arrive à Calais, puis à Bruxelles, en
passant par Gravelines, Bruges et Gand; il y trouve la cour de Hainaut
au milieu de fêtes auxquelles assistaient le duc Aubert, le comte de
Blois, le comte de Saint-Pol, Robert et Guillaume de Namur et une foule
de chevaliers. Le duc et la duchesse lui donnent des lettres pour
l’Allemagne, approuvant ce projet de mariage; il se dirige sur Cologne,
en passant par Louvain. P. 208, 209, 335.

      [330] L’évêque de Hereford fut aussi mêlé aux négociations
      de ce mariage, qui ne devait avoir lieu que plus tard; nous
      trouvons en effet mention d’un voyage qu’il fit à cette
      occasion, du 31 décembre 1380 au 28 mars 1381 _(Rec. Off.,
      Queen’s Rem., Misc., Nuncii 632/24_).

Le roi d’Angleterre envoie en même temps en Bretagne deux cents hommes
d’armes et quatre cents archers[331], commandés par Jean d’Arondel,
ayant sous ses ordres Hugues de Calverley, Thomas Banastre, Thomas
Trivet, Gautier Paveley, Jean Bourchier, Robert Ferrers et Raoul
Basset. Le départ a lieu à Southampton, mais le vent contraire oblige
la flotte à suivre les côtes de Cornouaille, puis la pousse dans la
mer d’Irlande, où viennent se briser sur les rochers trois bateaux,
montés par Jean d’Arondel, Thomas Banastre, Hugues de Calverley,
Gautier Paveley et près de cent hommes d’armes. Quatre-vingts d’entre
eux périssent, et dans le nombre Jean d’Arondel[332], Thomas Banastre
et Gautier Paveley. Hugues de Calverley n’échappe qu’à grand-peine
à la mort, car lui et sept marins survivent seuls à tous ceux qui
sont à bord de la nef. Thomas Trivet et les autres retournent alors à
Southampton et racontent leurs aventures. C’est ainsi que le duc de
Bretagne ne put être secouru cette année par les Anglais, à son grand
dommage, car il eut beaucoup à souffrir des Français et des Bretons,
qui menés par Clisson prirent et pillèrent la ville de Dinan[333]. P.
209 à 211, 335, 336.

      [331] Les montres des compagnies de Jean d’Arondel et autres
      sont passées le 4 octobre 1379 (_Rec. Off., French Rolls, 3
      Rich. II_, m. 21); le 26 un dernier paiement de vivres est
      mandaté, tout proche du départ (_Ibid._, _Patent Rolls, 3 Rich.
      II_, part I, m. 19 vº).

      [332] Le naufrage où périt Jean d’Arondel eut lieu vers le 6
      décembre 1379 (propè festum S. Nicolai; le compte des dépenses
      de l’expédition est arrêté au 3 décembre (_Rec. Off., Treas.
      of the Rec., Misc. 41/15_). Th. Walsingham donne de nombreux
      détails sur cet événement et sur les mœurs impies et débauchées
      de Jean d’Arondel, qui avait embarqué de force des nonnes sur
      ses navires (_Hist. angl._, t. I, p. 418-425).

      [333] Après le licenciement presque total de l’armée royale,
      qui avait suivi la trêve, le 18 novembre 1379, Clisson avait
      été laissé en Bretagne pour continuer le siège de Brest, dont
      les amiraux Thomas de Percy et Hugues de Calverley (_Rec.
      Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr. 482/27_) avaient la
      garde, y ayant même fait dernièrement un séjour d’un mois, du
      18 juillet au 14 août 1379 (_Rec. Off., Treas. of the Rec.,
      Misc. 41/10_) et où Thomas de Percy devait retourner après le
      naufrage de Jean d’Arondel (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I,
      p. 370). C’est au commencement de 1380 que Clisson, après avoir
      renoncé à assiéger Guérande, après avoir vu ses terres ravagées
      et avoir assisté à l’échec de la flotte espagnole devant
      Saint-Nazaire, prit et pilla la ville de Dinan (Dom Morice,
      _Histoire de Br._, t. I, p. 368-370).




CHAPITRE IX.

  _Fin de 1379._ LE COMTE DE FLANDRE A GAND.--_1380, 22
    février._ PRISE D’AUDENARDE PAR JEAN PRUNEEL ET LES CHAPERONS
    BLANCS DE GAND.--_Avril._ EXÉCUTION DE JEAN PRUNEEL; TROUBLES
    EN FLANDRE (§§ 127 à 136).


Une des conditions de la paix faite entre le comte de Flandre et
les Gantois, avait été que le comte viendrait demeurer à Gand. Mais,
installé à Bruges, Louis de Male ne se pressait pas de tenir sa
promesse; aussi les Gantois envoyèrent-ils quatre notables pour essayer
de le ramener. Ces messagers prirent le chemin de Bruges en passant par
Deynse et rencontrèrent en route, entre Deynse et Bruges, le comte qui,
sur le conseil du prévôt de Haerlebeke[334] et de tous les siens, se
rendait à Gand; mais, sans leur prêter attention, il s’arrêta à Deynse
pour dîner. P. 211 à 213, 336.

      [334] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

Après dîner, les messagers de Gand exposent au comte combien leur
ville désire le voir, se réjouissant de sa venue et de son pardon. Le
comte, après avoir rappelé de nouveau tous les griefs qu’il a contre
les Gantois, entre autres le meurtre de son bailli et l’incendie de son
château, dit au seigneur de Reighersvliet d’apporter le vin en signe de
réconciliation. Le lendemain ils chevauchent tous vers Gand. P. 213,
214, 336.

Le lendemain de son arrivée à Gand, le comte convoque les Gantois sur
la place du marché du vendredi et les harangue: comme condition de son
pardon, il demande la dissolution des _chaperons blancs_, mais cette
demande est mal accueillie, et les _chaperons blancs_ ne se gênent pas
pour montrer au comte leur hostilité. P. 214 à 217, 337.

Au bout de cinq jours, le comte quitte Gand pour aller à Lille, où il
se dispose à passer l’hiver[335]. La plupart des Gantois attribuent
la mauvaise humeur du comte à Gilbert Mahieu et aux siens; mais Jean
Pruneel et les autres chefs des _chaperons blancs_ font courir le
bruit que l’été suivant le comte rompra la paix, et qu’il leur faut
faire des provisions en cas de siège. Nouveau sujet de mécontentement
pour le comte. Il est difficile d’affirmer qu’on eût pu empêcher
cette guerre d’éclater, car, sans parler des _chaperons blancs_ qu’on
aurait pu anéantir dès le principe, restait la question des franchises
municipales que les Gantois furent toujours unanimes à défendre. P. 217
à 219, 337, 338.

      [335] J. Meyer (_Annales rerum Flandricarum_, fol. 173 vº)
      place ici, à la fin de 1379, un court voyage à Paris que le
      comte de Flandre aurait fait avec sa mère Marguerite d’Artois;
      cf. Kervyn de Lettenhove, _Hist. de Flandre_, t. III, p. 446.

Le comte de Flandre n’était pas depuis longtemps à Lille qu’Olivier
d’Auterive, cousin germain de Roger d’Auterive, Philippe de Masmimes,
le Gallois de Masmimes et d’autres, envoient délier la ville de Gand
pour le meurtre du bailli; et rencontrant 40 bateliers, bourgeois de
Gand, qui transportent du blé sur l’Escaut, ils les mutilent et leur
crèvent les yeux, pour venger la mort de Roger d’Auterive; après quoi
ils les renvoient à Gand.

Grande colère des Gantois; Jean Pruneel, le vrai capitaine des
_chaperons blancs_, part un soir avec 500 hommes et entre sans coup
férir dans Audenarde[336], dont il démolit immédiatement deux portes,
ainsi que les murs et les tours qui regardent du côté de Gand. Le
comte apprend bientôt ces nouvelles, qui le rendent furieux. Il fait
aussitôt partir pour Gand des commissaires qui reprochent aux habitants
d’avoir rompu la paix obtenue par le duc de Bourgogne. Le maire et
les jurés se plaignent à leur tour des mauvais traitements infligés
aux 40 bateliers, et, tout en désavouant Jean Pruneel, ils justifient
cependant sa conduite en invoquant le témoignage du duc de Bourgogne,
qui sait fort bien que la démolition des murs d’Audenarde était une des
clauses du traité, clause qu’à sa prière ils ont bien voulu abandonner.
Les commissaires partent en menaçant, et retournent à Lille. P. 210 à
223, 338, 339.

      [336] La ville d’Audenarde aurait été prise le 22 février 1380
      (fête de la chaire de Saint Pierre)d’après J. Meyer (_Loc.
      cit._, fol. 173 vº), et rendue au comte 12 jours après (5
      mars), ce qui se rapproche de la date du 12 mars donnée plus
      loin par Froissart. Vers la même époque, du 18 février au 3
      mars 1380, une émeute éclatait à Bruges, où l’échevin, Jean le
      Roux (_Chr. rimée_, p. 64-66), était massacré dans l’église
      Saint-Donat.

Un échange de dépêches a lieu. Enfin le 12 mars 1380, par l’entremise
de Jean de la Faucille, de Gilbert de Grutere[337] et de Simon
Bette[338], un accord se fait: Audenarde est rendu au comte, et Jean
Pruneel est banni de Flandre pour avoir pris Audenarde à l’insu des
Gantois; d’autre part reçoivent même châtiment Philippe de Masmines
et Olivier d’Auterive, pour avoir maltraité les bourgeois de Gand.
Jean Pruneel se retire à Ath[339] en Brabant, Philippe de Mamines à
Valenciennes, puis, sur la plainte des Gantois, à Warlaing[340], près
de Douai; les autres quittent aussi la Flandre et vont en Brabant ou
ailleurs. P. 223 à 225, 339.

      [337] Gilbert de Grutere, cité en 1358 et 1360 dans les
      _Recherches sur les corporations gantoises_ de Huyttens (p. 60
      et 185), était doyen des métiers de Gand en 1381 (Kervyn, t.
      XXI, p. 81); sa famille figure dans l’Armorial de 1524.

      [338] La famille Bette figure à l’Armorial de 1524.

      [339] Belgique, prov. de Hainaut.

      [340] Nord, commune d’Alnes, arr. de Douai.

Le comte fait aussitôt réparer les murs d’Audenarde, malgré la sourde
opposition des Gantois. Jean de la Faucille, ne voulant pas se
compromettre, se retire à Nazareth[341] près de Gand.

      [341] Belgique, prov. de Flandre orientale.

Pendant ce temps, le comte se fait remettre par le duc Aubert, régent
du Hainaut, Jean Pruneel, qu’on décapite à Lille[342]. Nombreuses
exécutions à Ypres[343] parmi ceux qui avaient ouvert les portes aux
Gantois. P. 225, 226, 339, 340.

      [342] La remise de J. Pruneel entre les mains du comte de
      Flandre fut l’occasion de la signature d’une sorte de traité
      d’extradition contre les fauteurs de désordres entre le comte
      de Flandre, le régent de Hainaut et les ducs de Bourgogne et
      de Brabant, 15 avril 1380 (_Chr. belges, Cartul. des comtes de
      Hainaut_, t. II, p. 288-290). A la suite de ce contrat, le duc
      de Bourgogne chargea, le 24 avril 1380, Gérard de Ghistelles,
      son chambellan, de se transporter à Ath avec les gens du comte
      de Flandre, pour y recevoir du duc Albert trois prisonniers
      bannis de Gand (_Chr. belges, Cartul. des comtes de Hainaut_,
      t. II, p. 291); Jean Pruneel devait être un de ces trois
      prisonniers.

      [343] Le comte entre à Ypres le 7 avril 1380 et met à mort 700
      habitants (Kervyn, _Hist. de Flandre_, t. III, p. 448-449).

Toutes ces nouvelles arrivent aux Gantois, qui à leur tour redoutent
les représailles du comte. «Nous aurons tout à craindre du comte et
de ses barons, dit Pierre du Bois, tant que sur notre territoire il
restera debout un seul château! Détruisons donc les châteaux!» Ils
partent au nombre de 1500 et pendant huit jours brûlent et abattent les
châteaux du pays de Gand[344], puis reviennent à la ville.

      [344] Il y eut à ce propos association nouvelle entre les
      trois villes Gand, Bruges et Ypres (_Chr. rimée_, p. 61); les
      seigneurs furent chassés à Courtrai comme à Ypres (p. 62-63).

Les chevaliers et les écuyers de Flandre apprennent à Lille ces
désastres: unis à leurs amis de Hainaut, ils partent aussitôt,
ayant pour chef le Hase de Flandre, l’aîné des bâtards du comte,
et cantonnés soit à Audenarde, soit à Alost[345], à Gavre[346], à
Termonde, ils harcèlent les Gantois, les relancent jusqu’à leurs murs
et détruisent leurs moulins à vent. Le jeune sénéchal de Hainaut,
Jacques de Werchin, est parmi les plus ardents et se distingue entre
tous; malheureusement il mourut jeune au château d’Obies[347], près de
Mortagne[348]. P. 220 à 226, 340, 341.

      [345] Belgique, prov. de Flandre orientale.

      [346] Belgique, prov. de Flandre orientale.

      [347] Nord, arr. d’Avesnes.

      [348] Nord, arr. de Valenciennes.

Les Gantois veulent alors forcer Hugues, seigneur d’Antoing, qui
tenait de la ville de Gand sa châtellenie de Viane[349], à les servir,
sous peine de voir son château de Viane détruit. Refus du seigneur
d’Antoing, qui fortifie son château et harcèle la garnison de Grammont,
alliée des Gantois. D’autre part Gauthier, seigneur d’Enghien, fait
beaucoup de mal aux Gantois. Et la guerre se continue ainsi, avec
d’autant plus d’acharnement, que les capitaines des Gantois n’espèrent
plus pouvoir sauver leurs têtes par un traité quelconque. P. 228 à 230,
341.

      [349] Belgique, prov. de Hainaut, tout près de Grammont.

Pour lutter plus avantageusement contre les _chaperons blancs_, le
comte rappelle alors en Flandre tous ceux qui en avaient été bannis,
leur abandonne le pays; à leur tête il place le Gallois de Masmines et
Pierre de Steenhuyse. Ces deux chefs de routiers pendant trois semaines
tiennent et ravagent la campagne entre Audenarde et Courtrai. Rasse de
Herzeele quitte alors Gand avec les _chaperons blancs_ et marche sur
Deynse, croyant y trouver les gens du comte, qui se retirent à Tournai
et se rassemblent dans la Pevèle[350], aux environs d’Orchies[351],
de Lesdain[352], de Rongy[353] et de Warlaing, empêchant ainsi tout
commerce[354] entre Douai et Lille. On craint alors que les Gantois,
unis à ceux de Courtrai et de Grammont, ne viennent assiéger le comte à
Lille; mais ils ne peuvent vaincre les hésitations des gens de Bruges
et d’Ypres; et le siège n’a pas lieu.

      [350] Pevèle ou Pévelois, région des Flandres ayant Cysoing
      (Nord) comme capitale.

      [351] Nord, arr. de Douai.

      [352] Nord, arr. de Cambrai.

      [353] Belgique, prov. de Hainaut, au sud de Tournai.

      [354] Le comte de Flandre avait fait prévenir les marchands de
      n’avoir plus à compter sur lui pour les défendre (_Chr. rimée_,
      p. 73).

Les Gantois, redoutant l’intervention du roi de France, l’avaient
assuré de leurs bonnes intentions, affirmant qu’ils ne faisaient la
guerre que pour défendre leurs franchises municipales. Le roi et le duc
d’Anjou n’étaient du reste que peu disposés pour le comte de Flandre,
qui avait soutenu le duc de Bretagne; et le pape Clément voyait dans
ces troubles des Flandres un châtiment pour le comte, qui n’avait pas
voulu se déclarer pour lui. P. 230 à 232, 341, 342.




CHAPITRE X.

  _1380, 13 juillet._ MORT DE BERTRAND DU GUESCLIN DEVANT
    CHATEAUNEUF-RANDON.--_Du 23 juillet au 16 septembre._
    CHEVAUCHÉE DU COMTE THOMAS DE BUCKINGHAM EN FRANCE, POUR
    SE RENDRE EN BRETAGNE, A TRAVERS L’ARTOIS, LA PICARDIE,
    LA CHAMPAGNE, LE GATINAIS, LA BEAUCE ET LE MAINE.--_16
    septembre._ MORT DE CHARLES V (§§ 137 à 168).


Le connétable Bertrand du Guesclin assiégeait, entre Mende et le Puy,
Châteauneuf-Randon[355], défendu par des Anglais et des Gascons[356],
quand il tomba malade et mourut. On apporta son corps aux Cordeliers
du Puy, puis on le transporta à Saint-Denis, où le roi le fit enterrer
auprès de son tombeau, après de magnifiques obsèques[357].

      [355] Lozère, arr. de Mende.

      [356] Bertrand du Guesclin avait toujours espéré que la
      campagne de Bretagne finirait par un traité, et l’on peut
      supposer, sans mettre en doute son dévouement à Charles V,
      qu’il préférait cette solution à toute autre, n’ayant pas
      comme Clisson des raisons d’hostilité personnelle contre Jean
      de Montfort. Aussi quand les pourparlers du traité n’eurent
      pas abouti, Jean le Mercier, qui gardait rancune au connétable
      de lui avoir reproché précédemment l’échec du siège de
      Cherbourg (_Chr. des Quatre Valois_, p. 277), ne manqua pas
      de représenter au roi que B. du Guesclin n’avait pas fait son
      devoir dans la campagne de Bretagne et qu’il «estoit de la
      bande du duc» (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 112),
      espérant ainsi faire nommer connétable Olivier de Clisson. La
      manœuvre faillit réussir, car Bertrand, furieux d’avoir été
      desservi auprès du roi, fait entendre bien haut qu’il renonce
      à son épée de connétable français et qu’il va se retirer en
      Espagne. Le roi lui députe à Pontorson les ducs d’Anjou et
      de Bourbon pour lui assurer qu’il n’ajoute pas foi à ces
      calomnies. A en croire Cabaret d’Orville (_Chr. du bon duc
      Loys de Bourbon_, p. 114), du Guesclin aurait alors refusé de
      reprendre son épée de connétable et se serait acheminé vers
      l’Espagne par le gouvernement du duc de Bourbon. Il est plus
      naturel de croire que B. du Guesclin resta comme connétable au
      service du roi, d’autant que les pièces de cette époque portent
      la mention: _sous le gouvernement de Mgr. le connestable de
      France_ (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 248-250), au
      commencement de juin 1380, à la veille de son départ pour le
      Midi, où l’appelaient les réclamations des villes contre les
      compagnies. Au commencement de l’année, Perducat d’Albret avait
      pris en effet Montferrand en Gévaudan (_Le petit Thalamus_,
      p. 400); en avril Chaliers et Châteauneuf-Randon tombaient à
      leur tour au pouvoir des Anglais (_Ibid._). Au mois de juin,
      B. du Guesclin, qui était parti avec 300 hommes d’armes (_Chr.
      du bon duc Loys de Bourbon_, p. 116), arrivait avec le duc de
      Berry devant Chaliers, qui se rendait au mois de juillet (_Le
      petit Thalamus_, p. 400). De là le connétable va mettre le
      siège devant Châteauneuf-Randon; mais il tombe bientôt malade,
      empoisonné, d’après la _Chronique de P. Cochon_ (p. 158), et
      meurt le vendredi 13 juillet (_Grandes Chroniques_, t. VI, p.
      466), remettant au maréchal de Sancerre son épée de connétable
      pour la donner au roi (_Chronographia_, t. II, p. 393).

      [357] Le corps du connétable fut d’abord déposé dans l’église
      des Jacobins (auj. Saint-Laurent) du Puy, où le 23 juillet fut
      célébré un service funèbre (_Le petit Thalamus_, p. 400). Ses
      entrailles restèrent au Puy (Dom Vaissete, t. IX, p. 881); son
      cœur, primitivement placé dans l’église des Jacobins de Dinan,
      fut transporté le 9 juillet 1810 dans l’église Saint-Sauveur de
      la même ville (J. Ogée, _Dict. hist. et géogr. de la prov. de
      Bretagne_, t. I, 1840, p. 223); son corps, d’abord transféré
      à Moulins, fut enterré à Saint-Denis au pied du tombeau de
      Charles V (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 118), après de
      magnifiques funérailles.

Le roi songe alors à nommer connétable le seigneur de Couci, auquel
il vient de donner la terre de Mortagne, en Hainaut[358], dont il
dépouille le jeune Jacques de Werchin; mais le seigneur de Couci refuse
cette charge, dont il croit plus digne Olivier de Clisson. Le jour même
de la mort de du Guesclin, Châteauneuf se rend[359]: la garnison s’en
va en Limousin et les gens du connétable viennent en France[360], où le
roi les accueille bien.

      [358] La donation de Mortagne-sur-l’Escaut (Nord, arr. de
      Valenciennes) n’est datée que du 27 septembre 1380 (_Arch.
      Nat._, JJ 118, fol. 12 vº).

      [359] La garnison anglaise, ignorant la mort de Bertrand
      du Guesclin, se rendit le lendemain de sa mort (_Grandes
      Chroniques_, t. VI, p. 467 et _Chr. du bon duc Loys de
      Bourbon_, p. 118), le 14 juillet 1380, et déposa les clés du
      château sur son lit de mort (_Chronographia_, t. II, p. 393;
      _Chr. des Quatre Valois_, p. 285).

      [360] Les troupes du connétable allèrent faire le siège de
      Montferrand (Lozère, arr. de Marvejols, commune de Banassac),
      ainsi que dit _Le petit Thalamus de Montpellier_ (p. 400): «e
      d’aqui fo seti fo mudat a Montferrant».

Parlons maintenant de monseigneur Thomas, comte de Buckingham, fils
cadet du roi Édouard d’Angleterre, qui se dispose à traverser la
France avec une armée, pour venir en Bretagne. P. 233 à 234, 342.

Les renforts promis par les Anglais au duc de Bretagne n’étaient pas
arrivés: on a vu le triste sort de l’expédition de Jean d’Arondel. Le
duc pressé par Olivier de Clisson, Gui de Laval et autres, envoie en
Angleterre le seigneur de Beaumanoir et Eustache de la Houssaie[361],
qui arrivent à Londres un peu avant la Pentecôte 1380, avant donc le 13
mai. P. 234, 235, 342, 343.

      [361] Le 10 janvier 1380, le duc de Bretagne avait envoyé
      des ambassadeurs en Angleterre, et un traité avait été signé
      (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 236); le roi de France y
      répondait le 4 février par un traité d’alliance avec le roi
      Jean de Castille (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p.
      403-405). Mais le traité conclu avec l’Angleterre n’ayant pas
      stipulé le nombre d’hommes d’armes à fournir, le duc renvoie
      en ambassade au mois de mars Jean de Beaumanoir et Eustache
      de la Houssaye, auxquels il faut joindre Étienne de Guyon,
      Mathieu Raguenel, Jean de la Chapelle et Richard Clerc (_Rec.
      Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 17). Pendant ce temps, les
      États de Bretagne font une tentative auprès du roi de France,
      qui semble disposé à s’en rapporter à l’arbitrage du comte
      de Flandre (Dom Morice, _Hist. de Bret._, t. I, p. 372) et
      continue d’autre part avec l’Angleterre les pourparlers de
      paix commencés en 1379 (Kervyn, t. IX, p. 545), où nous voyons
      intervenir, du 31 mars au 6 juin, Thomas, évêque de Rochester,
      Jean de Cobham et Gauthier Skirlawe (_Rec. Off., Queen’s Rem.,
      Misc., Nuncii 632/19_ et _632/23_; _Lord Treas. Rem., For.
      Acc. 4_, m. 16 rº et 24 vº). L’expédition de Buckingham n’en
      était pas moins décidée dès le mois de mars précédent, après la
      seconde ambassade de Jean de Beaumanoir.

Le roi d’Angleterre reçoit très bien à Windsor les deux ambassadeurs.
Pendant les préparatifs qu’on fait du Parlement qui doit se tenir à
Westminster, meurt, à Londres, Guichard d’Angle, comte d’Huntingdon,
qui est enseveli en grande pompe dans l’église des Augustins[362].

      [362] Contrairement à ce que dit Froissart, ce personnage
      bien connu, qui mourut le 4 avril 1380, fut enterré très
      modestement, comme il le désirait, à Reading (voy. Kervyn, t.
      XX, p. 36).

Le parlement s’assemble, et l’on décide que le comte de Buckingham se
rendra à Calais et traversera la France pour aller en Bretagne, avec
trois mille hommes d’armes et trois mille archers. P. 235, 236, 343.

Les chevaliers bretons repartent alors, porteurs de lettres du roi
Richard.

L’armée anglaise pendant ce temps se rassemble à Douvres, puis
à Calais, et les capitaines de Boulogne, d’Ardres[363], de la
Montoire[364], d’Éperlecques[365], de Tournehem[366], de Hames[367], de
Licques[368] et autres châteaux s’apprêtent à soutenir un siège.

      [363] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

      [364] Ruines dans le parc du château de la Cressonnière, à
      Nielles-lès-Ardres, Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

      [365] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

      [366] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

      [367] Hames-Boucres, Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

      [368] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

Le roi de France apprend à Paris le passage de l’armée anglaise: il
envoie alors en Picardie[369] le seigneur de Couci[370], qui établit
son quartier général à Péronne, en Vermandois. Le capitaine d’Ardres
était alors le seigneur de Sempy[371]; Jean de Longvilliers commandait
à Boulogne et Jean de Fosseux[372] à Montreuil-sur-Mer[373].

      [369] Le roi avait nommé le 2 août le duc de Bourgogne,
      capitaine général du royaume. Il n’arrivait guère à Amiens que
      le 22 juillet (É. Petit, _Itinéraires_, p. 148). Bureau de la
      Rivière avait été retenu pour servir en Picardie le 10 juillet
      aux gages de 1000 francs d’or par mois (_Mandements de Ch. V_,
      nº 1938), ainsi que Jean de Beuil aux gages de 200 francs d’or,
      le 10 août (_Ibid._, nº 1948). Le jeune Charles de Navarre
      était avec le duc de Bourgogne aux gages de 500 francs d’or
      (_Arch. Nat._, KK 326, fol. 15).

      [370] Dès le 20 juin nous trouvons le seigneur de Couci
      commandant en Picardie, à Hesdin (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 14,
      nº 925), puis à Abbeville le 4 juillet (_Ibid._, _Clair._ vol.
      68, nº 5305), à Hesdin, le 22 (_Ibid._, _Clair._ vol. 17, nº
      1131), puis à Chartres le 6 septembre (_Ibid._, _Clair._ vol.
      35, nº 2623); il était aux gages de 600 francs par mois.

      [371] Jean de Sempy paraît à Boulogne le 1er juin 1380 (_Bibl.
      Nat., Clair._ vol. 17, nº 1157), à Thérouanne le 26 (_Ibid._,
      _Clair._ vol. 65, nº 5031), à Hesdin le 2 août (_Ibid._,
      _Clair._ vol. 17, nº 1147).

      [372] Jean de Fosseux, chevalier qui a déjà figuré dans
      Froissart, servait en Picardie sous les ordres d’Enguerrand de
      Couci, et était le 5 juillet à Abbeville et le 19 à Hesdin, où
      sa compagnie était passée en revue (_Bibl. Nat., Clair._ vol.
      49, nos 3647 et 3649).

      [373] Pas-de-Calais, ch.-l. d’arr.

Buckingham arrive à Calais[374] trois jours avant la fête de
Sainte-Madeleine (19 juillet 1380). P. 236 à 238, 343.

      [374] L’expédition de Buckingham fut préparée dès le 17 mars
      1380, date à laquelle les premiers bateaux furent retenus
      (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23; _Ibid._, _4 Rich.
      II_, m. 11) tant pour transporter les troupes que pour protéger
      la flotte (voy. aussi à la date du 18 avril _Rec. Off., Queen’s
      Rem., Misc., Nuncii 632/12_). Mais ce n’est qu’au mois de
      juin qu’on songea réellement à partir. Le roi avait engagé
      ses joyaux à l’archevêque de Cantorbéry et obtenu pour cette
      expédition 10 000 livres sur les dîmes du clergé et 4592 l.,
      14 s., 2 d. sur les droits touchés sur les laines, les cuirs
      et les peaux aux portes de Londres, de Saint-Botolph’s et de
      Kingston-sur-Hull (_Ibid._, _Patent Rolls, 3 Rich. II_, part 2,
      m. 11; voy. aussi Rymer, t. VII, p. 256). Le 18 juin, le maire
      de Londres, John Philippot, se rend à Sandwich pour veiller aux
      préparatifs des barques des Cinq-Ports, qui doivent escorter
      Buckingham (_Ibid._, _Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23); le 20,
      un don de 1000 livres à vie est fait à Buckingham (_Ibid._,
      _Patent Rolls, 4 Rich. II_, part 1, m. 40); le 24, des prières
      solennelles sont dites (_Ibid._, _Close Rolls, 4 Rich. II_, m.
      9); le 26, Buckingham est nommé lieutenant du roi d’Angleterre
      en France (_Bibl. Nat., coll. Moreau 702, Bréq. 78_, fol.
      114-117); enfin l’armée part au mois de juillet, et arrive à
      Calais par fractions: Buckingham y arrive le 19. Primitivement
      la compagnie de Buckingham devait compter 2000 hommes d’armes
      et 2000 archers (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_, m. 23);
      un peu plus tard, au mois de mai, elle n’avait plus que 1200
      hommes d’armes et 1390 archers (_Ibid._, _Lord Treas. Rem.,
      For. Acc. 4_, m. 40 vº); au moment du départ, son effectif
      était réduit à 1000 hommes d’armes et à 1100 archers, auxquels
      il fallait joindre 220 hommes d’armes et 220 archers retenus
      par Robert Knolles, 50 h. d’a. et 30 ar. retenus par Eustache
      de Vertaing; 200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Thomas de
      Percy, 200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Hugues Calverley;
      200 h. d’a. et 200 ar. retenus par Raoul de Basset, 70 h. d’a.
      et 80 ar. retenus par J. de Harleston, 250 h. d’a. et 220
      ar. retenus par Guillaume de Latimer, 100 h. d’a. et 200 ar.
      retenus par Guillaume de Windsor, etc., en tout 2470 hommes
      d’armes et 2590 archers (_Rec. Off., Issue Rolls, 3 Rich. II_,
      m. 17).

Trois jours après, départ pour Marquise[375] de l’armée anglaise,
commandée par le comte de Buckingham, les comtes d’Oxford et
Devonshire, Guillaume de Latimer, connétable de l’armée, et Gautier
Fitz-Walter, maréchal de l’armée, qu’accompagnent de nombreux
chevaliers (longuement énumérés). P. 238 à 240, 343, 344.

      [375] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

Repos de trois jours à Marquise[376]. On passe devant Ardres, pour
aller gîter à Ausque[377]. Le petit castel de Vrolant[378] est pris.
A cette occasion on arme de nouveaux chevaliers, et l’on attend à
Ausque l’arrière-garde de Guillaume de Windsor. Le lendemain gîter à
Éperlecques. P. 240 à 242, 344, 345.

      [376] Pendant leur séjour à Marquise, les Anglais durent faire
      une pointe sur Étaples qu’ils brûlèrent avec d’autres villes,
      comme nous l’apprend la _Chronique des Quatre Valois_ (p.
      285), alors que les négociations de paix entre la France et
      l’Angleterre n’étaient pas interrompues (cf. plus haut, p.
      XCVIII, note 361).

      [377] Nordausque, Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

      [378] Château que Kervyn place tout près de Nordausque, mais
      que je n’ai pas trouvé sur les cartes. [n.d.t.: voir l'article
      Recques-sur-Hem sur Wikipédia]

Le lendemain à six heures, marche sur Saint-Omer. Les gens de la ville
qui avaient veillé toute la nuit de crainte d’une surprise, courent aux
créneaux. Mais le comte de Buckingham se contente de regarder la ville
de loin, du haut d’une colline. Quelques jeunes chevaliers, nommés à
cette occasion, viennent chercher aventure sous les murs de la ville,
mais on ne leur répond pas. Gîter à Esquerdes[379], entre Saint-Omer et
Thérouanne[380]. Le lendemain, marche sur Thérouanne. P. 242 à 244, 345.

      [379] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

      [380] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.--_La Chronique des
      Quatre Valois_ (p. 286) rapporte qu’aux environs de Thérouanne
      les Anglais prirent et abattirent deux petites forteresses.

Quand les gens d’armes de Boulogne, d’Ardres, de Tournehem,
d’Audrehem[381], de la Montoire, de Hames et des châteaux du Boulonnais
et du pays de Guines[382] voient que les Anglais marchent ainsi devant
eux sans s’arrêter, ils se rangent au nombre de deux cents lances sous
les ordres des seigneurs de Sempy et de Fransures[383], et se mettent
à poursuivre et à harceler l’armée anglaise, qui, sans s’arrêter à
Thérouanne, va gîter et se reposer un jour à Wizernes[384]. P. 244,
245, 345.

      [381] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

      [382] Pas-de-Calais, arr. de Boulogne.

      [383] Nous trouvons Jean de Fransures, chevalier banneret, en
      1363 en Anjou et en 1368-1369 en Picardie (_Bibl. Nat., Pièces
      orig._ vol. 1239).

      [384] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Omer.

A Wizernes, le comte de Buckingham reçoit la visite du duc de Tesschen,
l’ambassadeur de l’empereur, qui, accompagné de Simon Burley, se
rend[385] en Angleterre pour négocier le mariage du roi Richard
et d’Anne de Bohême. L’armée passe devant Lillers[386] et gîte à
Bruay[387], toujours poursuivie par les seigneurs de Fransures et de
Sempy. P. 245, 246, 345.

      [385] Nous avons la mention d’une ambassade de Simon de Burley
      vers le roi des Romains pour le mariage de Richard II, du 18
      juin au 31 décembre 1380 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For.
      Acc. 4_, m. 22 vº).

      [386] Pas-de-Calais, arr. de Béthune.

      [387] Pas-de-Calais, arr. de Béthune.

Le lendemain matin, départ pour Béthune[388], où le seigneur de Couci
avait envoyé d’Arras le seigneur d’Hangest, Jean et Tristan de Roye,
Geoffroi de Charni[389], Gui de Honnecourt et autres. Les Anglais
passent en vue de Béthune à neuf heures du matin, mais ne tentent
pas l’assaut, et vont gîter à Souchez[390]. A six heures du soir,
les seigneurs de Sempy et de Fransures se jettent dans Béthune et
renseignent le seigneur de Couci sur la chevauchée des Anglais, qui
continuent leur marche le lendemain, passent devant Arras en ordre
de bataille et vont gîter le jour même à Avesnes-le-Comte[391], le
lendemain à Miraumont[392], puis à Cléry-sur-Somme[393]. Le seigneur
de Couci envoie alors le seigneur de Hangest à Bray-sur-Somme[394],
Jacques de Werchin à Péronne[395], avec le seigneur d’Havré, Jean
de Roye, Gérard de Marquillies et autres; il part lui-même pour
Saint-Quentin[396], et dirige sur Ham[397] en Vermandois le seigneur de
Clary, Tristan de Roye et Gui de Honnecourt. P. 246, 247, 346.

      [388] Pas-de-Calais, ch.-l. d’arr.

      [389] Geoffroi de Charni, chevalier, bailli de Nantes, naguères
      bailli de Caux, au 16 mars 1388 (_Coll. de Bastard_, p. 158).

      [390] Pas-de-Calais, arr. d’Arras.

      [391] Pas-de-Calais, arr. de Saint-Pol.

      [392] Somme, arr. de Péronne.

      [393] Somme, arr. de Péronne.

      [394] Somme, arr. de Péronne.

      [395] Somme, ch.-l. d’arr.

      [396] Aisne, ch.-l. d’arr.

      [397] Somme, arr. de Péronne.

Le seigneur de Brimeu[398] s’étant écarté de la route du seigneur de
Couci, est fait prisonnier, ainsi que ses deux fils Jean et Louis, par
Thomas Trivet et quelques chevaliers. P. 247 à 249, 346.

      [398] David de Brimeu, chevalier banneret, seigneur
      d’Humbercourt, bailli d’Hesdin (É. Petit, _Itinéraires_, p.
      637), figure dans une revue à Hesdin, le 19 juillet 1380
      (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 22, nº 1580); nous le trouvons
      conseiller et chambellan du duc de Bourgogne en 1409 (_Bibl.
      Nat., Pièces orig._ vol. 519). Le 1er mai 1378 il offre des
      chiens au roi (_Mandements de Ch. V_, nº 1706).

Le lendemain a lieu la montre de l’armée anglaise, et dans une
embuscade, au mont Saint-Quentin devant Péronne, Gérard de Marquillies,
Louis de Vertaing, Houard de la Houarderie, Bouchard de Saint-Hilaire
et dix hommes d’armes sont faits prisonniers par les Anglais. P. 249 à
251, 346, 347.

Les Anglais restent trois jours à Cléry-sur-Somme[399]; le quatrième,
ils gîtent à l’abbaye de Vaucelles[400] près de Cambrai. Le lendemain
ils se dirigent vers Saint-Quentin, et dans une escarmouche entre
les gens du duc de Bourgogne, Jean de Mornai[401] est pris avec dix
hommes d’armes de sa compagnie. Le soir le gros de l’armée gîte à
Fervaques[402], et l’avant-garde à Fonsomme[403]. P. 251, 347.

      [399] Les Anglais durent pendant leur séjour à Cléry-sur-Somme
      s’avancer en Vermandois et menacer Villers-aux-Érables (arr. de
      Montdidier), car les habitants de cette ville se réfugient dans
      la forteresse et sont traités de _hurons_ par un charretier,
      se moquant de leur lâcheté (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 151).
      A Cléry-sur-Somme, le comte de Buckingham passe en revue son
      armée, où figurent trois nouveaux chevaliers (_Rec. Off., Lord
      Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 41 vº).

      [400] Abbaye cistercienne, ayant un abbé régulier, située un
      peu au sud de Cambrai.

      [401] Jean de Mornai, seigneur de la Motte-Tilly, déjà
      chambellan du duc de Bourgogne en 1372, reçut 1000 livres de
      pension pour sa bravoure à Roosebeke, d’après un compte d’Amiot
      Armand, cité par M. É. Petit (_Itinéraires_, p. 684).

      [402] Couvent cistercien de femmes, auj. ferme en face de
      Fonsomme, sur la rive droite de la Somme.

      [403] Aisne, arr. de Saint-Quentin.

Le lendemain, départ pour Saint-Quentin, dont la garnison ne répond
pas aux provocations: on gîte à Origny-Sainte-Benoite[404] et dans
les villages voisins. L’abbaye de femmes d’Origny est épargnée, grâce
au seigneur de Vertaing, neveu de l’abbesse; mais, durant la nuit, un
engagement sérieux a lieu à Ribemont[405].

      [404] Aisne, arr. de Saint-Quentin.--Le château de Béthancourt
      (Oise) se met en état de défense à cette date (_Arch. Nat._, JJ
      117, fol. 149 vº).

      [405] Aisne, arr. de Saint-Quentin.

Les jours suivants, on gîte à Crécy-sur-Serre[406], puis à Vaux[407],
devant Laon, après avoir passé la Serre[408], puis à Sissonne[409],
puis à Cormicy[410] et Hermonville[411] tout près de Reims, après avoir
passé l’Aisne à Pontavert[412]. Manquant de vivres, l’armée anglaise
force les Rémois à lui en fournir, passe la Vesle[413] et vient gîter à
Beaumont-sur-Vesle[414]. P. 252 à 254, 347, 348.

      [406] Aisne, arr. de Laon.--Tandis que les Anglais étaient à
      Crécy-sur-Serre, le seigneur de Couci envoya le vicomte de
      Meaux défendre la ville de Laon (_Arch. Nat._, JJ 123, fol. 47).

      [407] Écart de Laon.

      [408] Affluent de l’Oise.

      [409] Aisne, arr. de Laon.

      [410] Marne, arr. de Reims.

      [411] Marne, arr. de Reims.

      [412] Aisne, arr. de Laon.

      [413] Affluent de l’Aisne.

      [414] Marne, arr. de Reims.

Les Anglais trouvent le lendemain le pont de Condé-sur-Marne[415]
détruit; ils le rétablissent, passent la rivière et gîtent ce jour-là
à Cherville[416] et le lendemain à Vertus[417]. La ville, refusant de
payer rançon, est complètement brûlée, à l’exception de l’abbaye où
loge le comte de Buckingham.

      [415] Marne, arr. de Châlons.

      [416] Marne, arr. de Châlons.--Le texte de Froissart porte
      Genville-sur-Marne: Cherville est sinon sur la Marne, du moins
      très proche de la rivière.

      [417] Marne, arr. de Châlons.

Le lendemain, après escarmouche devant le château de Montmort[418]
appartenant à Gauthier de Chatillon, on gîte à la Bailloterie[419], sur
le chemin de Troyes. Le jour suivant, on se dirige sur Plancy[420].
Surpris par un parti d’Anglais, le seigneur de Hangest manque d’être
fait prisonnier et se réfugie à grand’peine, poursuivi par un
homme d’armes nommé Pierre Brochon, dans le château, qui subit un
assaut. L’armée anglaise continue sa route, passe l’Aube, et gîte à
Vallant-Saint-Georges[421]. P. 254 à 258, 348, 349.

      [418] Marne, arr. d’Épernay.

      [419] Ferme près de Germinion, Marne, arr. de Châlons.--Le
      texte de Froissart porte Pelotte.

      [420] Aube, arr. d’Arcis.

      [421] Aube, arr. d’Arcis.

Pendant que les Anglais chevauchaient sur Vallant, leur avant-garde
avait rencontré Jean de Roye, accompagné de 20 lances, se dirigeant sur
Troyes; elle les avait poursuivis et avait fait quatre prisonniers,
entre autres, Gui Gouffier[422], écuyer du duc de Bourgogne.

      [422] Nous ne trouvons qu’un Jean Gouffier figurant dans une
      montre à Corbie, le 1er août 1380 (_Bibl. Nat., Clair._ vol.
      54, nº 4098). Les _Itinéraires_ de M. É. Petit ne mentionnent
      pas cet écuyer.

L’armée quitte Vallant le lendemain, et gîte tout près de Troyes[423],
à Barberey-Saint-Sulpice[424]. P. 258, 259, 349, 350.

      [423] Le 24 août, sous les murs de Troyes, Thomas Trivet
      renouvelle son engagement à raison de 4 s. par jour jusqu’au 31
      décembre 1380 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m.
      40 vº).

      [424] Aube, arr. de Troyes.--Le texte de Froissart porte
      Barnart Saint Siple.

Le duc de Bourgogne était à Troyes[425], désireux de combattre les
Anglais, contrairement aux idées du roi de France, qui craignait un
échec; il avait avec lui de nombreux chevaliers: c’étaient le duc de
Bourbon, le duc de Bar, le comte d’Eu, les seigneurs de Couci et de
Chatillon, Jean de Vienne, amiral de France, Hugues de Vienne, les
seigneurs de la Trémoïlle, de Vergi, de Rougemont, de Sempy et autres,
qui, aux portes de la ville, avaient fait bâtir une bastille en bois,
pouvant bien abriter mille hommes.

      [425] Les _Itinéraires_ de M. É. Petit (p. 148) indiquent la
      présence du duc de Bourgogne à Troyes du 23 au 25 août 1380,
      date à laquelle il part pour aller trouver le roi à Melun.
      Auparavant il s’était occupé à mettre en état de défense le
      château de Montbard (_Arch. de la Côte-d’Or_, B 5314, fol. 19).

Le lendemain de leur arrivée à sept heures, les Anglais, bien équipés
et parés de leurs plus belles armes, s’avancent vers la ville; et
le comte de Buckingham envoie vers les chevaliers français les deux
hérauts, Chandos et Aquitaine, pour leur proposer le combat. P. 259 à
262, 330.

Les chevaliers anglais s’y préparent du reste, surtout les nouveaux
chevaliers, comme Pierre Brochon, Jean et Thomas Paveley, qui brûlent
de faire leurs premières armes. Raoul de Gruyères[426] refuse d’être
armé chevalier dans une campagne où l’on se bat chrétien contre
chrétien; il le devint plus tard dans la croisade de Prusse. P. 262 à
264, 350, 351.

      [426] Nous voyons figurer Raoul de Gruyères dans un différend
      avec Othe de Grantson (1391-1394) dans les _Itinéraires_ (p.
      540 et 551) de M. É. Petit.

Les chevaliers français de leur côté vont prendre leur poste de combat
dans leur bastille, et défilent devant le duc de Bourgogne. P. 264,
265, 351.

Les hérauts anglais, ne pouvant parvenir jusqu’au duc de Bourgogne,
retournent auprès des leurs, pendant que les jeunes chevaliers
commencent à escarmoucher. P. 265, 266, 351.

Un écuyer anglais, Jean Stone[427], fait sauter son cheval par-dessus
les barrières; il est tué presque aussitôt. Le gros de l’armée anglaise
s’ébranle alors; et le duc de Bourgogne, ne se sentant pas en force,
évacue la bastille, protégé dans sa retraite par les archers génois.
Les Anglais, voyant qu’il n’y a pas de bataille à venir, reviennent
gîter à Saint-Lyé[428], et le lendemain vont passer la nuit à
Mâlay-le-Vicomte[429], près de Sens, où ils restent deux jours. P. 266
à 268, 351, 352.

      [427] Le nom de ce chevalier anglais n’est donné tel que par le
      ms. de Breslau; il est laissé en blanc dans le ms. de Leide:
      il devient _Jennequin Boleton_ dans un des mss. de Cheltenham,
      est remplacé par la mention _né de l’évêché de Lincoln_ dans
      certains mss., enfin se transforme en _Lionnet de Northbury_
      dans d’autres (cf. p. 352).

      [428] Aube, arr. de Troyes.--Froissart parle ici d’un Barbon
      près de Saint-Lyé, qui doit être Barberey-aux-Moines.

      [429] Yonne, arr. de Sens.

Les Anglais, dans leur chevauchée vers la Bretagne, ne manquaient pas
de dire qu’en cette occasion ils ne faisaient point la guerre au roi
de France pour leur propre compte, mais étaient simplement aux gages
du duc de Bretagne qui les avait appelés. Le roi Charles profite de la
circonstance pour écrire une lettre secrète aux habitants de Nantes,
la clef de la Bretagne, et, en leur garantissant leurs anciennes
franchises, les invite à ne pas rompre les traités passés, en ouvrant
leurs portes aux Anglais. Les Nantais, à l’insu du duc de Bretagne qui
séjournait à Vannes, lui promettent fidélité.

Revenons aux Anglais, gîtés près de Sens, où leur présence avait attiré
le duc de Bar, les seigneurs de Couci, de Fransures et de Sempy. P. 268
à 270, 352, 353.

Après s’être reposée à Mâlay-le-Vicomte, l’armée anglaise part un
mercredi matin[430], traverse l’Yonne au-dessus de Sens[431], et vient
gîter à Gron[432], à une lieue de Sens; elle gîte le lendemain à
Nemours[433], le surlendemain à Beaune-la-Rolande[434], le jour suivant
à Pithiviers[435], où elle reste trois jours; le quatrième jour, elle
se dirige sur le château de Toury[436], qui est occupé par le seigneur
de Sempy, Olivier de Mauni et Gui le Baveux[437]. Les Anglais tentent
l’assaut, qui est interrompu par la joute de Gauvain Michaille[438] et
de Janekin Cator. P. 270 à 273, 353, 354.

      [430] En suivant jour par jour l’itinéraire très exact de la
      chevauchée de Buckingham, on constate que c’est le mercredi 29
      août que l’armée anglaise traverse l’Yonne.

      [431] C’est entre Sens et Villeneuve-le-Roy (auj.
      Villeneuve-sur-Yonne) que les Anglais traversèrent l’Yonne
      (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 467); ils mirent le feu par
      tout le pays, malgré les 300 hommes d’armes français qui les
      «chevauchoient», et de là menacèrent Villeneuve-la-Guyard
      (_Arch. Nat._, JJ 118, fol. 102).

      [432] Yonne, arr. de Sens.--Le texte de Froissart porte Jenon.

      [433] Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau.--Nous trouvons
      mention d’un Guichard de la Jaille poursuivant les Anglais à
      cette date et gîtant à Machault (S.-et-M.) (_Arch. Nat._, JJ
      119, fol. 22).

      [434] Loiret, arr. de Pithiviers.

      [435] Loiret, ch.-l. d’arr.

      [436] Eure-et-Loir, arr. Chartres.

      [437] Gui le Baveux, qui, en 1357, devant Chartres, paraît
      dans une montre avec 4 autres chevaliers et 25 hommes d’armes
      (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 232), est retenu par le
      roi en juin 1369 (_Mandements de Ch. V_, nos 549, 566, 600
      et 646); il est chambellan du duc de Bourgogne en 1369 (É.
      Petit, _Itinéraires_, p. 479) et prend part à la prise de
      Brive-la-Gaillarde en 1374 (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_,
      p. 58); il est seigneur de Tillières en 1378; il paraît au
      siège de Breteuil le 12 avril 1378 (_Bibl. Nat., Pièces orig._
      vol. 232) et reçoit, outre ses gages, 100 francs le 14 pour ne
      pas piller le château (_Mandements de Ch. V_, nº 1693), ce qui
      prouve que Breteuil se rendait à cette date (cf. plus haut,
      p. XLVI, note 132). Capitaine et garde d’Évreux en septembre
      1378, Gui le Baveux accompagne le jeune Charles de Navarre,
      dont il devient conseiller, au siège de Cherbourg, le 23 juin
      1379 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 232) et paraît au Mans
      le 17 mai 1380, à Saint-Malo le 16 juin et à Caen le 8 juillet
      (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 11, nos 644-645); devenu chambellan
      du roi, il achète le 3 septembre une terre ayant appartenu
      à Pierre du Tertre (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 17); il fait
      partie de la table du roi le jour du couronnement à Reims de
      Charles VI (_Chr. du bon duc Loys de Bourbon_, p. 120).

      [438] Gauvain Michaille, que nous trouvons pour la première
      fois en 1375 écuyer de l’hôtel du duc de Bourbon, est souvent
      cité dans la _Chronique du bon duc Loys de Bourbon_. Il est
      blessé à Roosebeke en 1382, puis en 1386; nous le retrouvons
      le 9 juin 1399, écuyer d’écurie du duc de Bourbon, recevant un
      don de 100 francs du duc d’Orléans (_Coll. de Bastard_, p. 41):
      c’est par erreur que Cabaret d’Orville en fait un chevalier en
      1386 (p. 185).

La fin de la joute est ajournée. P. 273, 274, 354.

Le lendemain, départ pour Janville[439]. L’armée, marchant en trois
batailles, s’attend chaque jour à une attaque, désirée par les
Français, mais toujours différée par le roi Charles. P. 274, 275, 354.

      [439] Eure-et-Loir, arr. de Chartres.

Janville était gardé par plus de 300 lances, avec le Barrois
des Barres[440], Guillaume le Bâtard de Langres[441], le Bègue
de Villaines, Jean de Rély[442], les seigneurs d’Hangest et de
Mauvoisin[443] et autres. L’armée anglaise détruit le moulin de
Janville, brûle la tour du Puiset[444], et, pressée par le manque
d’eau, vient gîter à Ormoy[445] sur la Connie[446], où elle se repose
deux nuits. Le lendemain, elle traverse la Ferté-Villeneuil[447] près
de Châteaudun[448] et gîte dans la forêt de Marchenoir[449], où elle
s’établit pour trois jours. P. 275 à 277, 354, 355.

      [440] Jean des Barres, dit le Barrois, chevalier, apparaît
      comme chambellan du roi en 1383; il est capitaine et garde de
      Châtillon-sur-Indre, pour le duc de Touraine, en 1389 (_Bibl.
      Nat., Pièces orig._ vol. 203).

      [441] Guillaume le Bâtard sert sous le gouvernement du duc de
      Bourgogne le 3 août 1380 à Corbie (_Bibl. Nat., Clair._ vol.
      102, nº 9); voy. aussi É. Petit, _Itinéraires_, p, 514.

      [442] En janvier 1379, Jean de Rély vend des bois près de
      Montlhéry pour fonder une messe à Sainte-Catherine du Val des
      Écoliers (_Arch. Nat._, J 736, nº 16 et JJ 114, fol. 65 vº). Un
      autre Jean de Rély, peut-être le même, est «oubloyer» du roi en
      1384 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2457).

      [443] Sans doute Gui Mauvoisin, chevalier, écuyer du duc
      d’Anjou en 1376 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1902).

      [444] Eure-et-Loir, arr. de Chartres.

      [445] Commune de Courbehaye, Eure-et-Loir, arr. de
      Châteaudun.--Bureau de la Rivière était revenu en hâte mettre
      en état de défense son château d’Auneau (Eure-et-Loir); voy.
      S. Luce, _La France pendant la guerre de Cent Ans_, 2e série
      (1893), p. 84.

      [446] Affluent du Loir.

      [447] Eure-et-Loir, arr. de Châteaudun.

      [448] Eure-et-Loir, ch.-l. d’arr.

      [449] Loir-et-Cher, arr. de Blois.

Dans cette forêt se trouve l’abbaye du Petit Cîteaux, fondée par
le comte Thibaud de Blois[450]. Le comte de Buckingham ordonne de
l’épargner; et les Anglais tentent deux reconnaissances, l’une sur le
château de Marchenoir, défendu par Guillaume de Saint-Martin[451],
l’autre sur le château de Viévy[452], qu’ils se gardent d’assiéger. P.
277, 278, 355.

      [450] Thibaud IV, comte de Blois, puis de Champagne.

      [451] Un Guillaume de Saint-Martin est verdier de Longchamp en
      1377-1380 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2764), sans doute le
      même que celui qui figure ici et se trouve mentionné jusqu’en
      1387 comme «garde du chastel de Marchesnoir», au service du
      comte de Blois (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 2763); son
      sceau fait partie de la _Collection de Bastard_ (p. 212).

      [452] Viévy-le-Rayer, Loir-et-Cher, arr. de Blois.

Le lendemain de la fête de Notre-Dame (9 septembre), on décide de
continuer la joûte de Gauvain Michaille et de Janekin Cator. Gauvain
Michaille, blessé à la cuisse à la première passe, est renvoyé
avec 100 francs, auprès des barons français du pays. Les Anglais
prennent la direction de Vendôme[453], et vont gîter dans la forêt de
Coulommiers[454]. P. 278, 279, 355.

      [453] Loir-et-Cher, ch.-l. d’arr.

      [454] Loir-et-Cher, arr. de Vendôme.

Cependant une action semble s’apprêter contre les Anglais; les
habitants de Nantes, avec lesquels le roi a secrètement traité par
l’entremise du duc d’Anjou[455], demandent des troupes pour les
défendre; le duc d’Anjou à Nantes, le duc de Bourgogne au Mans[456],
partout aux environs les ducs de Bourbon, de Lorraine et de Bar, le
comte d’Eu, le seigneur de Couci s’apprêtent, malgré les ordres du roi,
à empêcher l’armée anglaise de traverser la Sarthe.

      [455] C’est Jean de Beuil, chambellan du duc d’Anjou, qui
      servit d’intermédiaire dans cette négociation (Dom Morice,
      _Hist. de Bret._, t. I, p. 374).

      [456] Le séjour au Mans du duc de Bourgogne vers le 9 septembre
      n’est pas marqué dans les _Itinéraires_ de M. É. Petit.

Le roi tombe gravement malade. On dit qu’autrefois il avait été
empoisonné par le roi de Navarre[457], puis guéri par un médecin que
lui avait envoyé l’empereur. Se sentant mourir, il appelle auprès de
lui ses trois frères, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon,
laissant de côté le duc d’Anjou, dont il connaît les idées ambitieuses;
il leur recommande son fils Charles, leur parle de la gravité des
affaires de Flandre, que lui a prédite un astrologue[458], leur
conseille de lutter contre les tendances anglaises du duc de Bretagne,
de nommer Olivier de Clisson connétable de France, de chercher en
Allemagne une femme pour son fils Charles, et enfin d’alléger le plus
tôt possible les impôts qui écrasent le peuple[459].

      [457] C’est à l’année 1371 qu’il faut reporter les tentatives
      d’empoisonnement attribuées au roi de Navarre; cf. _Grandes
      Chroniques_, t. VI, p. 425-426.

      [458] Jusqu’à sa dernière heure, Charles V montra son goût
      pour l’astrologie et les astrologues; le 20 mai 1380, moins
      de quatre mois avant sa mort, il faisait don à Thomas de
      Pisan d’une place et tour «faisant le coing sur Saine d’entre
      les viez murs et les nouviaux qui passent pardevant nostre
      hostel de Saint Pol, droit au front du fossé de l’ille Nostre
      Dame» (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 56). Un ms. ayant appartenu
      à Charles V, et décrit dans le _Cabinet des mss._ de M. L.
      Delisle (t. III, p. 336, note 1), contient au fol. 158 la table
      des _nativités_ du roi et de ses enfants.

      [459] Dès l’année 1380, Charles V avait diminué un certain
      nombre de feux en France (_Mandements de Ch. V_, nos 1900,
      1901, etc.). A la date même de sa mort, on connaît une
      ordonnance (_Ordonnances des rois de France_, t. VII, p.
      710-711; Kervyn, t. IX, p. 549-550; _Mandements de Ch. V_, nº
      1955), par laquelle le roi faisait «abatre le subcide des feux
      qui couroit par son royaulme sur le peuple, dont le peuple
      estoit moult grandement grevé» (_Chr. des Quatre Valois_, p.
      288). On se demandait jusqu’ici si cette ordonnance avait été
      mise à exécution; M. L. Finot a prouvé dans la _Bibliothèque de
      l’École des Chartes_ (t. L, 1889, p. 164-167) qu’on ne saurait
      le mettre en doute.

Le duc d’Anjou, quoique absent de Paris, était mis au courant de tout
ce qui se passait, et quand le roi mourut, il se tenait dans la pièce
voisine de la chambre mortuaire. P. 279 à 284, 355 à 357.

L’armée de Buckingham cependant avait quitté la forêt de Coulommiers.
Près de Vendôme, elle rencontre les gens du seigneur de Hangest;
Robert de Hangest[460], Jean de Montigny[461], Guillaume de Launai et
cinq ou six autres Français sont faits prisonniers. Un peu plus loin
Robert Knolles s’empare du seigneur de Mauvoisin. L’armée passe devant
Vendôme, traverse le Loir et gîte à Azé[462]; le lendemain elle gîte
à Saint-Calais[463], où elle se repose deux jours; le troisième jour,
elle gîte au Grand-Lucé[464], le lendemain, à Pontvallain[465]. P. 284,
285, 357.

      [460] Robert de Hangest reçoit le 19 mars 1389 certaines sommes
      du duc de Touraine (_Coll. de Bastard_, p. 16).

      [461] Jean de Montigny figure comme écuyer panetier du duc
      d’Orléans en 1406 (_Coll. de Bastard_, p. 56).

      [462] Loir-et-Cher, arr. de Vendôme.

      [463] Sarthe, ch.-l. d’arr.--Les Anglais s’avancèrent jusqu’à
      la Bazoche-Gouet dans l’Eure-et-Loir, arr. de Nogent-le-Rotrou
      (_Arch. Nat._, JJ 118, fol. 102 vº).

      [464] Sarthe, arr. de Saint-Calais.

      [465] Sarthe, arr. de la Flèche.

Le duc d’Anjou ayant quitté Angers, les gens d’armes français,
garnissent le lit de la Sarthe de longs pieux, et creusent de grands
fossés. Ces travaux retardent l’armée anglaise, qui, après de grands
efforts, passe quand même et vient gîter à Noyen[466]. P. 285 à 287,
357, 358.

      [466] Sarthe, arr. de la Flèche.

Le même jour le roi Charles mourait à Paris en l’hôtel Saint-Pol[467].
Le duc d’Anjou se saisit aussitôt de tous les bijoux du roi, qui
pouvaient lui servir pour l’expédition d’Italie qu’il projetait[468].
Le corps du roi traversa Paris, à visage découvert, jusqu’à l’abbaye
de Saint-Denis où il fut enseveli suivant ses instructions, ayant à
ses pieds le connétable Bertrand du Guesclin[469]. Malgré la volonté
du roi, le duc d’Anjou prend la direction du royaume[470]. C’est vers
la Saint-Michel que le roi était mort. On décide que le nouveau roi
Charles serait couronné à Reims à la Toussaint[471]. Ses trois oncles,
les ducs d’Anjou, de Berri et de Bourbon, furent nommés régents du
royaume jusqu’à la majorité du roi, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de vingt
et un ans[472]. Le couronnement futur est annoncé au duc de Brabant,
au duc Aubert, au comte Jean de Blois, au duc de Gueldre, au duc de
Julliers, au comte d’Armagnac et au comte de Foix. On se hâte moins
pour avertir les ducs de Bar et de Lorraine, le dauphin d’Auvergne et
le seigneur de Couci, occupés à la poursuite de l’armée de Buckingham;
mais le comte de Flandre n’est pas oublié.

      [467] «Au jour d’ui (dimanche, 16 septembre 1380), environ
      douze heures, à heure de midi, mon tresredoubté seigneur
      messire Charles le Quint, par la grace de Dieu roy de France,
      est alez de vie à trespassement à _Beauté sur Marne_, près de
      Saint Mor des Fossés, delessez monseigneur Charles, son aisné
      filz, dalphin de Viennois et à present roy de France, messire
      Loys, second et puisné, comte de Valoys, et madame Katherine de
      France, tous meneurs d’ans» (_Arch. Nat._, X1a 1471, fol. 382).
      D’après les _Grandes Chroniques_ (t. VI, p. 470), les jeunes
      princes étaient à Melun, à cause de l’épidémie qui régnait à
      Paris. Christine de Pisan dans son _Livre des faits_ a inséré
      un récit de la mort de Charles V, dont l’original latin,
      retrouvé par M. Hauréau et attribué par M. S. Luce à Philippe
      de Mézières, a été traduit de nouveau dans _La France pendant
      la guerre de Cent Ans_ (seconde série, p. 46-65). Quelques
      heures avant de mourir, Charles V, tourmenté par le souvenir
      du schisme (_Chr. des Quatre Valois_, p. 287), tint à déclarer
      par un procès-verbal notarié, que, tout en considérant Clément
      VII comme le véritable pape, il se conformait dès maintenant à
      l’opinion qu’adopterait plus tard L’Église à ce sujet (Voy. N.
      Valois, _Annuaire-Bulletin de la Société de l’Hist. de France_,
      année 1887, p. 251-255).

      [468] Le duc d’Anjou, qui rêvait une expédition en Italie (voy.
      plus haut p. LXXV, note 258 et LXXVI), s’empara non seulement
      des joyaux de Charles V, mais encore d’une partie du trésor de
      Melun que le roi destinait au paiement de certains legs. Un
      mandement de Charles VI, publié par S. Luce (_Bibl. de l’Éc.
      des Ch._, t. XXXVI, 1875, p. 302-303), ordonne un prélèvement
      sur les aides pour compenser les 32 000 francs pris par le duc
      d’Anjou à la mort du roi.

      [469] Le lundi 17 septembre, le corps fut apporté à
      Saint-Antoine (_Grandes Chroniques_, t. VI, p. 469); il y resta
      jusqu’au lundi 24, où les obsèques eurent lieu à Notre-Dame,
      après une petite émeute des écoliers (_Chr. des Quatre Valois_,
      p. 288); le mardi 25, il fut porté à Saint-Denis, où le
      lendemain de nouvelles obsèques furent faites (_Arch. Nat._,
      X1a 1471, fol. 282). Charles V, alors dauphin, avait vers
      le 25 octobre 1362 choisi sa sépulture dans la chapelle de
      l’église de Saint-Denis qui est à l’entrée du côté du cloître
      (_Arch. Nat._, K 49, nº 74). Son cœur fut porté à Rouen «en la
      mestresse eglise» (_Chr. de P. Cochon_, p. 160).

      [470] Suivant _Le petit Thalamus_ (p. 401), c’est le duc
      d’Anjou qui fut régent, d’après l’ordonnance de 1374
      (_Ordonn._, VI, p. 46); cf. aussi la _Chronique du religieux de
      Saint-Denis_, t. I, p. 16.

      [471] Le sacre de Charles VI eut lieu à Reims, le dimanche 4
      novembre 1380.

      [472] La majorité des rois de France avait été fixée en 1374
      par Charles V (_Ordonn._, t. VI, p. 26-30) à quatorze ans.

Les Gantois sont très affectés de la mort du roi qui leur était
favorable et n’aimait pas le comte de Flandre. P. 287 à 289, 358, 359.




     [1] CHRONIQUES
         DE J. FROISSART.


         LIVRE DEUXIÈME.


         § 1. En ce temps que li dus de Bourgoingne fist son
         armée en Picardie, si comme il est contenu chi dessus,
         li dus d’Ango estoit en le bonne cité de Thoulouse
         dalés madame sa femme, et visoit et soutilloit
      5  nuit et jour comment il porroit porter contraire et
         dommaige les Englès; car il sentoit encores pluisieurs
         villes et castiaus sur la rivière de Dourdonne et les
         frontières de Roerge, de Thoulousain et de Quersin
         et de Limosin [qui contrarioient grandement le païs
     10  et travailloient toutes gens dont il avoit l’obeïssance.
         Si s’avisa qu’il y pourveroit de remède, et jeta son
         advis à aler mettre le siège devant Bergerach pour
         tant qu’elle est la clef de Gascoingne, tant que sur
         la frontière de Rouergue, de Quersin et de Limosin].
     15  Et pour tant que il sentoit pluiseurs grans barons
         de Gascoingne bons Englès et contrairez à lui, tels
     [2] que le seigneur de Duras, le seigneur de Rosem, le
         seigneur de Moucident, le seigneur de Lagurant, le
         seigneur de Gernolz et de Carlès, messire Pière de
         Landuras et pluisieurs aultres, il s’avisa que il feroit
      5  un grant et poissant mandement de toutes bonnes
         gens d’armes pour resister contre les dessus dis, et
         estre si fors que pour tenir les camps. Si escripsi par
         devers messire Jehan d’Armignacq que à che besoing
         il ne lui volsist faillir, et ossi devers le seigneur de
     10  Labreth. Et avoit mandé en France le connestable,
         le marissal de France messire Loys de Sansoirre, et
         ossi le seigneur de Coucy et pluiseurs aultres barons,
         chevaliers et escuiers en Picardie, en Bretaigne et en
         Normendie, qui tous estoient desirant de lui servir
     15  et de leurs corps avanchier; et ja estoient venus dalés
         lui li connestablez et li mareschaux de France. Bien
         sçavoit li dus d’Ango que il y avoit un grant differend
         entre les cousins et proïsmes des seigneurs de Pumiers,
         gascons, et messire Thumas de Felleton, grant
     20  senescal de Bourdiaux et de Bourdeloix: la raison
         pourquoi, je le vous diray.


         § 2. En devant ce temps, en l’an de grace mil trois
         cens et settante et cinc, estoit avenu une cruelle justice
         en la cité de Bourdiaus, emprise, faite et acomplie
     25  de messire Thumas de Felleton, lieutenant dou
         roi d’Engleterre ens es marces de Bourdiaux, sus le
         seigneur de Pommiers, qui s’appielloit messires
         Guillaumes, et tout par amise de traïson, de coi on fu
         mout esmerveilliés. Et furent pris un jour en la cité
     30  de Bourdiaux, au commandement et ordonnance
         dou senescal, chis sires de Pumiers et uns siens clers,
     [3] conseilliers et secretaires [de la nacion de Bourdeaulx],
         qui s’appelloit Jehan Coulon. Et fu prouvé
         sur iaux, si comme je fus adont informés, que li sires
         de Pommiers se devoit rendre, son corps et ses castiaux,
      5  françois; ne onques ne s’en peut escuser ne
         oster que il ne l’en convenist morir. Et furent li sires
         de Pumiers et ses clers publiquement decolés en le
         cité de Bordiaux, en le place, devant tout le pueple,
         dont on fu mout esmerveilliés et tinrent ce fait
     10  à grant blasme chil de son lignage. Et se parti de
         Bourdiaux et de Bourdeloix chis gentilz chevaliers,
         oncles au dessus dit, messires Aymenions de Pumiers,
         et prist ce fait en grant vergoingne, et jura que
         jamais pour le roy d’Engleterre ne s’armeroit; si s’en
     15  alla oultre mer au Saint Sepulcre et en pluisieurs
         aultres voiages. Et quant il fu retournés, il s’ordonna
         françois et se mist, lui et sa terre, en l’obeïssance
         dou roi de France, et deffia tantost le seigneur de
         Lespare, gascon, et li fist grant guerre, pour tant que
     20  il avoit esté au jugement rendre de faire morir sen
         nepveu le seigneur de Pumiers.

         Encores pour ce meïsmes fait et soupechon et pour
         le castel de [Fronsach] qui fu pris et livrés aux
         Franchois, qui estoit de l’eritage le seigneur de Pumiers,
     25  morut et fu decolé en le cité de Bourdiaux
         messires Jehans de Plasac. Et en furent acuset de
         ceste mesme traïson messires Pierres de Landuras
         et messires Bertrans dou Franc, et en tinrent prison
         à Bourdiaux plus de un mois; mais depuis en furent
     30  il delivré par le pourcas de leurs amis, car on ne
         pooit riens prouver sur iaux. Et en demora un lonc
         temps en grant dangier et en telle tache et paroles
     [4] messires Gaillars de Vighiers: dont on estoit moult
         esmerveilliés, pour tant que il n’estoit mies ou païs,
         mais en Lombardie avec le seigneur de Couci et ens
         ou service dou pape Grigoire, qui l’en aidièrent à
      5  escuser, quant la congnoissance leur en fu venue.
         Et en demora li chevaliers sour sen droit. Si se
         engendrèrent et nourrirent en Gascoingne, [pour ces
         besoignes], pluisieurs haynes couvertes, dont pluisieurs
         meschiefs depuis en nasquirent.


     10  § 3. Quant li dus d’Ango vei que temps fu de partir
         de la cité de Thoulouse et que la greigneur partie
         de ses gens d’armes estoient venu et trait sus les
         camps, et par especial le connestable [de France] en
         qui il avoit mout grant fiance, il se parti de Thoulouse
     15  et se mist au chemin tout droit devers Bregerach.
         De Bregerach estoit gardiens et capitaine messires
         Perducas de Labreth, et se tenoit à un castel à
         une lieuwe près de là que on appelle Montcucq. Tant
         se esploitièrent les gens de l’ost dou duc d’Ango que
     20  il vinrent devant Bregerach, et se logièrent [à l’environ],
         au plus près de la rivière qu’il peurent, pour
         avoir l’aise d’iaux et de leurs chevauz. Là estoit,
         avoecq le duc d’Ango, grans gens et nobles,
         premierement messires Jehans d’Armignacq à grant
     25  route, li connestables de France ossi à grant charge,
         messires Loys de Sansoirre, messires Jehans de Bueil
         et messires Pierres de Bueil, Yeuwains de Gales,
         messires Meurisses [de Triseguidi] qui jadis fu en
         Bretaigne de la partie des François Bretons li uns des
     30  Trente, messires Alain de Biaumont, messires Alain
         de la Houssoye, [messires] Guillaume de Moncontour,
     [5] messires Pierre de Mornay, messires Jehan de Vers,
         messires Bauduin de Crenon, Tiebaut dou Pont,
         Aliot de Calay et pluisieurs autres bonnes gens d’armes
         en grans routes. Si se estendirent et firent leurs logeis
      5  sur ces biaux prés au lonc de la rivière de Dourdonne,
         et estoit grant plaisance au regarder. Au plus près
         dou logeis le duc d’Ango estoit logiés li connestables
         de France. Si venoient souvent li compaignon, qui
         desiroient les armes et leurs corps à avanchier,
     10  escarmuchier as barrières: si en y avoit souvent des trais,
         des blechiés et des navrés, ensi comme en telz advenues
         li fait aviennent.


         § 4. Au chief de sis jours que li sièges se fu mis
         devant Bregerach, vinrent en l’ost dou duc, en grant
     15  arroy et bien acompaigniés de gens d’armes et de brigans,
         li sires de Labreth et messires Bernard de
         Labreth, ses cousins. Si y furent receu à grant joye,
         car li hos en fu grandement reconforté et renforchié.
         Au huitime jour dou siège, furent li dus d’Ango
     20  et les cappitaines de l’ost en conseil comment on polroit
         le plus tost et le plus appertement grever chiaux
         de Bregerach. Si heut là plusieurs paroles dictes et
         devisées, et furent sus un estat longement que de
         assaillir la ville. Depuis heurent nouvel conseil que
     25  li assaus leur pooit trop blechier de leurs hommes à
         petit de conquest. Et se departi chis consaus, sans
         avoir nul certain arrest, fors que de tenir le siège;
         car encores attendoit on grant gens d’armes qui venoient
         de France, par especial le seigneur de Couci.


     30  § 5. Vous devés sçavoir que messires Thumas de
     [6] Felleton, qui se tenoit à Bourdiaus et qui sentoit ses
         ennemis à douse lieuwes prez de là et si poissans que
         de poissance il ne pooit resister contre iaux, n’estoit
         mie bien liés, et toute le saison avoit entendu que li
      5  dus d’Ango avoit fait son mandement. Pour coi, l’estat
         des François il avoit mandé en Engleterre au roi
         et à son conseil; mais chil qui envoiiet y avoient
         esté, n’avoient nient esploitiet, car li païs d’Engleterre
         estoit en branle et en different l’un contre l’autre. Et
     10  par especial li dus de Lenclastre n’estoit mie bien en
         la grace dou commun pueple; pour coi, pluisieurs
         incidences perilleuses et hayneuses avinrent puis en
         Engleterre. Et ne se partirent en ce temps nulles gens
         d’armes d’Engleterre pour venir en Gascoingne ne en
     15  Bretaigne: de coi, cil qui les frontières tenoient pour
         le jouene roy, n’en estoient mie plus resjoï. Et estoit
         advenu que messires Thumas de Felleton avoit prié
         le seigneur de Lespare d’aller en Engleterre pour
         mieux enfourmer le roi ses oncles et le païs des besoingnes
     20  de Gascoingne, affin qu’il y pourveissent de
         conseil. Et estoit li sires de Lespare, à le prière de
         messire Thumas, partis de Bourdiaus et entrés en
         mer; mais il heut une fortune [de vent sur mer] qui
         le bouta en le mer d’Espaigne. Si fu rencontré de nefs
     25  espaignolles à qui il heut la bataille, mais il ne peut
         obtenir la place pour li, et fu pris et menés prisonniers
         en Espaigne, et là [fu] plus de an et demi, car
         il estoit tousjours aggrevés dou lignage de chiaux de
         Pumiers.


     30  § 6. Messires Thumas de Felleton, qui mout vaillans
         chevaliers estoit, avoit escript et mandet mout
     [7] especialement au seigneur de Moucident, au seigneur
         de Duras, à celui de Rosem, à celui de Lagurant, qui
         estoient [les quatre barons] li plus vaillant, li plus
         haut et li plus poissant de toute Gascoingne, de le
      5  partie des Englès, que, pour leur honneur et pour
         l’eritage dou roi leur seigneur aidier et deffendre et à
         garder aucunement, il venissent à Bourdiaux à toute
         leur poissance. Chil chevalier, qui en tous cas se voloient
         acquiter envers le roi leur seigneur et ses officiers,
     10  estoient venus à Bourdiaux; et quant il se
         furent tous mis ensamble, il se trouvèrent bien cinc
         cens lances, et se tenoient à Bourdiaux et en Bourdelois
         dou temps que li dus d’Ango estoit à siège
         devant Bregerach. Et heurent avis messires Thumas
     15  de Felleton et chil quatre baron gascon, que il
         chevaucheroient   sur les frontières des Franchois et se
         metteroient en lieu parti, pour sçavoir se sus leur
         avantaige il porroient riens pourfiter. Et se departirent
         de Bourdiaus par routes plus de trois cens
     20  lanches, et se misent sus les camps et prisent le
         chemin de le Riole, et vinrent sus un certain pas et
         une ville que on appielle Ymet, et là se logièrent.
         De ceste embusche et de cest affaire ne sçavoient riens
         li François, dont il heurent près receu un grant
     25  damage.


         § 7. Ensi se tint li sièges devant Bregerach, et y
         heut fait pluisieurs escarmuces et apertises d’armes
         de chiaux de dehors à chiaux de [dedens]; mais petit
         y gaignoient li François, car messires Perducas de
     30  Labreth, qui capitaines en estoit, en songnoit tellement
         que nulz blasmes ne l’en doit reprendre. Or
     [8] heurent conseil chil de l’oost pour leur besoingne
         approchier et pour plus grever leurs anemis, que il
         envoiieroient à le Riole querre un grant engien que
         on appielle une truie, liquels engiens estoit de telle
      5  ordonnance que il gettoit pierres de fais, et se pooient
         bien cent hommes d’armes ordonner dedens et en
         approchant assallir la ville. Si furent ordonné, pour
         aller querre cel engien, messires Pières de Bueil,
         messires Jehan de Vers et messires Bauduins Crenons,
     10  li sires de Moncalais et li sires de Quaines; et
         se partirent de l’ost à tout trois cens lances de bonnes
         gens d’estoffe, et passèrent à gué la rivière de
         Dourdonne, et chevaucièrent devers le Riole et fisent
         tant qu’il y parvinrent. Entre le Riole et Bregerach,
     15  en une place que on dist à Ymet, estoient li Englès
         en enbusce plus de quatre cens combatans, et riens
         ne sçavoient des François. Nouvelles vinrent en l’ost
         et au connestable de France que li Englès chevauchoient;
         mais on ne lui sçavoit point à dire quel
     20  chemin il tenoient. Tantost, et pour la doubtance
         de ces gens qui chevauchoient ossi, il mist sus une
         autre armée de gens d’armes, pour contregarder les
         fourrageurs qui chevauchoient entre la rivière de
         Dourdonne et la rivière de Geronde, desquelz il fist
     25  capitaines messire Pières de Mornay, Yeuwain de
         Galles, Thiebault dou Pont et Aliot de Calay. Si
         estoient bien en celle route deus cens lances de gens
         d’estoffe. Messires Pierre de Bueil et li autre, qui
         estoient allé querre celle truie à le Riole, esploitièrent
     30  tant que il y vinrent, et le fisent sus grans fuisons
         de cars chargier; et puis se misent au retour
         devers l’ost et par un autre chemin que il ne fussent
     [9] venu, car il leur convenoit tenir le plus ample chemin
         pour leur caroy, et passer par Ymet ou assés
         près où li Englès estoient en embusce. Or heurent si
         belle aventure, ainçois qu’il peussent venir jusques à là,
      5  que, à une petite lieuwe de Ymet, y trouvèrent li
         François l’un l’autre; et quant il se furent tous mis
         ensamble, il estoient bien sis cens lances: si cheminèrent
         plus hardiement et à plus grant loisir.

         Nouvelles vinrent à messire Thumas de Felleton
     10  [et aux barons de Gascoingne qui à Ymet se tenoient]
         que li François chevauçoient et venoient ce
         chemin et amenoient un trop grant engien de le Riole
         devant Bregerach. De ces nouvelles furent il tout
         resjoï, et disent que c’estoit ce qu’il demandoient.
     15  Adonc s’armèrent il et montèrent sour leurs chevaux
         et se ordonnèrent dou mieux qu’il peurent. Quant il
         furent tout trait sus les camps, il n’eurent gaires
         atendu quant evous venir les François qui venoient
         en bon arroy et en grant route. Sitost comme il se
     20  porrent congnoistre et appercevoir, comme cil qui se
         tenoient à ennemi li un l’autre et qui se desiroient à
         avanchier et combatre, en esporonnant leurs chevaux
         et en abaissant les glaves, en escriant leurs cris,
         entrèrent l’un en l’autre. Là heut de premiers, je
     25  vous di, fait tamainte belle jouste et grans appertises
         d’armes, et maint chevalier et escuier reversé jus de
         sen cheval à terre. En fais d’armes et en telz poingneys
         perilleux n’est aventure qui ne aviengne. Là fu
         Allios de Callay, qui mout appers escuiers et [bon]
     30  hommes d’armes estoit, conssuis de cop de glave ou
         haterel d’un large fer de Bourdiaus, ossi trenchant et
         affilié que nuls rasoirs. Chis fers lui trencha tout le
    [10] haterel et lui passa oultre et lui coppa toutes les
         vaines, douquel cop il fu porté à terre et là tantost
         mors, dont ce fu damages, quant par telle aventure
         il fina ensi son temps. Là avoit un chevalier de Berri
      5  et de Limosin, qui s’appielloit messire Jehan de Lignac,
         appert hommes d’arme et vaillant durement,
         qui ce jour y fist tant mainte belle proèche.


         § 8. Moult fu chis rencontres durs et fors et bien
         combatus de l’un costé et de l’autre en celle place
     10  que on dist Ymet, assés près dou dit village; et quant
         les lances furent faillies, il sacquièrent les espées,
         dont il se rencontrèrent fierement, et se combatoient
         main à main mout vaillanment. Là heut fait tamaintes
         grandes appertises d’armes, mainte prise et mainte
     15  rescousse. Et là fu mors sus le place, dou costé des
         Englès, uns chevaliers gascons qui s’apeloit li sires
         de Gernolz et de Carlès et, dou costé des François,
         Thiebaut dou Pont. Cheste bataille fu mout bien
         combatue et longement dura, et y heut fait de biaux
     20  fais d’armes; car che estoient toutes gens de fait. Par
         coi la bataille dura plus longement, mais finablement
         li Englès et li Gascon ne peurent obtenir le plache,
         et les conquisent li François par biau fait d’armes.
         Et là prist et fiancha messires Jehans de Lignacq prisonnier
     25  messire Thumas de Felleton, senescal de
         Bourdiaus. Et furent là pris sus le place li sires de
         Mucident, li sires de Duras, li sires de Longheren
         et li sires de Rosem et s’en sauvèrent petit, de la
         part des Gascons et des Englès, qui ne fussent pris ou
     30  mort. Et chil qui se sauvèrent encontrèrent, sour leur
         retour vers Bourdiaus, le senescal [des Landes],
    [11] messire Guillaume Helmen, et le maieur de Bourdiaus,
         messire Jehan de Multon, à tout cent lances, qui s’en
         venoient à Ymet; mais quant ils oyrent ces nouvelles,
         il retournèrent devers Bourdiaux.


      5  § 9. Apriès ceste besoingne faicte et le camp delivré,
         et que tout chil qui prisonnier estoient furent
         mis en ordonnance, on se mist au retour pour revenir
         au siège de Bregerach. Vous devés sçavoir que li
         dus d’Ango fu grandement resjoys de ces nouvelles,
     10  quand il sceut de verité comment ses gens avoient
         esploitié, et que toute la fleur de Gascoingne de ses anemis,
         chevaliers et escuiers, estoient pris, et messires
         Thumas de Felleton qui tant de contraires lui avoit
         portez, ossi. Et ne volsist mie de ceste aventure avoir
     15  cinc cens mil frans. Tant esploitièrent messires Pières
         de Bueil, messire Jehan de Lignac, Yeuwain de Gales
         et les autres qu’il vinrent en l’oost devant Bergerach,
         dont parti il s’estoient. Si furent grandement festiiet
         et conjoy dou duc d’Ango, dou connestable, des
     20  barons et de leurs amis, et tinrent ceste aventure à
         belle, à bonne et à pourfitable pour iaux. A l’endemain,
         la truie, que amenée et achariée avoient, fu
         levée au plus près de Bregerach comme il porent,
         qui grandement esbahi chiaux de la ville. Et heurent
     25  entr’iaux avis et conseil comment il se maintenroient
         et en parlèrent à leur cappitaine, car il veoient
         bien que longuement il ne se pooient tenir; et si
         n’atendoient secours ne confort de nul costé, ou cas
         que messires Thumas de Felleton, leurs senescaux,
     30  estoit pris, et li chevalier de Gascoingne, ens esquelz il
         avoient heu grant esperance. Messires Perducas leur
    [12] dist que il estoient encores fort assés pour iaus tenir
         et bien pourveu de vivres et d’artillerie, par coi il
         ne fesissent nul mauvais marchié. Si demora la chose
         en cel estat jusques à lendemain que on sonna en
      5  l’ost les trompettes d’assault, et se mist cascuns à sa
         livrée. Li connestables de France, qui estoit sus les
         camps en grant arroy avant que on assausist Bregerach
         ne que nulz des leurs fussent blechiet ne traveilliet,
         envoia parlementer à chiaux de le ville, et leur fist
     10  remoustrer comment il tenoient tous leurs cappitaines
         par lesquels confors leur peust estre venus, et que ja
         estoient il en traictiet que de devenir boins François,
         et yaux et leurs terres mettre en l’obeissance
         dou roi de France, par coi nulz secours ne leur
     15  apparoit de nul costé; et, se il se faisoient assallir et
         prendre par force, ensi que il le seroient, on metteroit
         la ville en feu et en flamme et à destruction, sans nul
         prendre à mercy. Ches manaches esbahirent mout
         chiaux de Bregerach, et demandèrent [temps] à avoir
     20  conseil; on leur donna. Adonc se misent li bourgois
         de la ville ensamble et sans appeller leur cappitaine,
         et estoient en volenté et furent que d’iaux rendre
         bons François, affin que paisievlement et doucement
         on les volsist prendre sans mettre nulles gens d’armes
     25  en leur ville. On leur accorda legierement. Quant
         messires Perducas de Labreth entendi ces traictiés,
         il monta à cheval et fist monter ses gens et passa
         les pons et s’en vint bouter au chastel de Moncucq,
         et Bregerac se rendi françoise. Si en prist li connestables
     30  la possession, et y envoia capitaine et gens
         d’armes pour le tenir et garder.


    [13] § 10. Quant Bregerach se fu rendue françoise, li
         dus d’Ango heut conseil que il chevaucheroit plus
         avant et venroit mettre le siège devant Chastillon
         sur la Dourdonne. Ches nouvelles s’espandirent parmi
      5  l’ost, et s’ordonna cascuns à ce faire. Et se partirent
         li dus, li connestables et toutes gens d’armes, exepté
         li marissaulx [de France], qui demora derière pour
         attendre le seigneur de Coucy, car il devoit estre là
         [au soir], ensi qu’il fu. Et alla à tout grant route de
     10  ses gens li marescaux à l’encontre de lui; si se
         recoeillirent mout amiablement, et demorèrent celle
         nuit en le plache dont li dus s’estoit au matin partis.
         Si vint li dus et li host logier ce jour en uns biaux
         prés sur la Dourdonne, ou chemin de Chastillon.
     15  En la route et de la charge le seigneur de Coucy estoient
         messires Aymenions de Pumiers, messires Tristrans
         de Roye, messires Jehans de Roye, li sires de
         Fagnoelles, messires Jehans de Jeumont, messires
         Jehans de Rosoyt, messires Robers de Clermont et
     20  pluisieurs autres chevaliers et escuiers. A l’endemain,
         il se departirent de leurs logeis et chevauchièrent
         tant, en le compaignie dou mareschal de France, que
         il vinrent en l’ost dou ducq, où il furent receu à grant
         joye.

     25  En allant vers Chastillon sciet une ville que on
         appielle Sainte Foy. Li avant garde dou duc, ainçois
         qu’il parvenissent à Castillon, se traisent celle part et
         l’environnèrent et le commenchièrent à assaillir fortement.
         En la ville de Sainte Foy n’avoit fors hommes
     30  de petite deffence, qui ne se fisent point longhement
         assaillir, mais se rendirent, et en yaux rendant
         elle fu toute pillie.


    [14] § 11. Li sièges fu mis devant Castillon. Si se logièrent
         li seigneur et toutes manières de gens d’armes
         devant Castillon et sus la belle rivière de Dourdonne,
         et furent là environ quinse jours. Si y ot pluisieurs
      5  escarmuces et envayes devant les barrières, car il y
         avoit aucuns Englès et Gascons, qui là s’estoient
         retrectz de le desconfiture de Ymet, qui tenoient la
         ville assés vaillanment.

         Encorez estoient li quattre baron gascon, qui à
     10  Ymet avoient esté pris, en l’ost dou duc et en grant
         traictiet d’iaux tourner françois, mais messires Thumas
         de Felleton n’en estoit mie requis, pour tant
         qu’il estoit Englès; et fu mis à finance de son maistre
         messire Jehan de Lignac, à qui il paia trente mil
     15  frans, et puis fu delivrez, mais ce ne fu mies si tost.
         Tant furent menet, traitiet et parlementet li quatre
         baron gascon que il se tournèrent françois, et heurent
         en convent au duc d’Ango, par leurs fois et sour
         leurs honneurs, qu’il demorroient boins François à
     20  tousjours mais, yaux et leurs terres, et parmi tant li
         dus d’Ango les delivra tous quittes. Si se departirent
         dou duc, et sus bon convenant, li sires de Duras et
         li sires de Rosem, en l’entente que pour raller en
         leurs païs; et li sires de Moucident et li sires de Lagurant
     25  demorèrent en l’ost avoec le duc d’Ango, qui
         les tenoit tout aise, et souvent disnoient et soupoient
         en son logeis avoec lui.


         § 12. Chil baron de Gascoingne trouvèrent le
         duc d’Ango mout amiable, quant si legierement il les
     30  laissa passer, dont depuis s’en repenti: [vez ci] pour
         coi. Sur les camps s’avisèrent li sires de Rosem et li
    [15] sires de Duras, et parlementèrent ensamble en disant:
         «Comment porrions nous servir le duc d’Ango et les
         François, quant nous avons tous jours esté loial Englès?
         Il vaut trop mieux à mentir no serement devers le
      5  duc d’Ango que devers le roi d’Engleterre, no naturel
         seigneur, qui nous a tant de biens fais.» Che pourpos
         il tinrent et se ordonnèrent sur che que il
         yroient à Bourdiaus et se remoustreroient au senescal
         des Landes, messire Guillaume Helmen, et lui diroient
     10  que leurs coers nullement ne se pooient [rapporter] à
         che que il deviengnent françois. Dont chevaucièrent
         chil doy baron ensamble, et esploitièrent tant que il
         vinrent à Bourdiaus. Il y furent receu à grant joye,
         car on ne sçavoit encores riens de leur convenant.
     15  Li senescaux des Landes et li maires de Bourdiaux
         leur demandèrent des nouvelles comment il avoient
         finet. Il respondirent que, par constrainte et sour
         manache de mort, li dus d’Ango les avoit fait devenir
         François: «Mais, seigneur, nous vous disons
     20  bien que, au faire le serement, toudis en coer nous
         avons reservé nos fois devers no naturel seigneur le
         roi d’Engleterre; ne pour cose que nous avons dit
         ne fait, nous ne demorrons ja François.» De ces paroles
         furent li chevalier d’Engleterre tout resjoï, et
     25  disent qu’il se acquitoient loiaument envers leur
         seigneur.

         Au chief de cinc jours après, li dus d’Ango estant
         devant Chastillon, vinrent nouvellez en l’ost que li
         sires de Duras et li sires de Rosem estoient tourné
     30  Englès. De ces [nouvelles] furent li dus d’Ango, li
         connestables et les barons de France moult esmerveilliet.
         Adonc manda li dus d’Ango devant li le seigneur
    [16] de Moucident et le seigneur de Lagurant, et leur
         remoustra de coi il estoit enfourmés, et leur demanda
         qu’il en disoient. Chil baron, qui tout courouchiet
         estoient, respondirent: «Monseigneur, se il voellent
      5  mentir leurs fois, nous ne volons pas mentir les
         nostres. Et ce que nous vous avons dit et juret, nous
         vous tenrons loiaument; ne ja ne serons repris dou
         contraire, car par vaillance et biau fait d’armes vos
         gens nous ont conquis. Si demorrons en vostre obeissance.»
     10  --«Je vous en croi bien, respondi li dus
         d’Ango, et je jure à Dieu premierement et à monsigneur
         mon frère que, nous parti de chi, nous n’entendrons
         jamès à autre cose si arons mis le siège
         devant Duras et destruit la terre au seigneur de Duras,
     15  et puis apriès celi de Rosem.» Ensi demora la cose
         en cel estat, li dus d’Ango courouciés pour le defaute
         de ce que il avoit trouvé en ces deux barons de
         Gascoingne, et li sièges de Castillon.


         § 13. La ville de Chastillon sus la Dourdonne
     20  estoit ville et heritage au captal de Buc, que li rois
         de France avoit tenu en prison à Paris. Le siège
         estant devant Chastillon, y eschei une très grant
         famine, ne à paines, pour or ne pour argent, on ne
         pooit recouvrer de vivres. Et convenoit les fourrageurs
     25  sus le païs chevaucier douse ou quinze
         lieuwes pour avitaillier l’ost: et encores alloient il et
         retournoient en grant peril, car il y avoit pluisieurs
         castiaux et garnisons sus les frontières, qui issoient
         hors et faisoient embusches sur iaux. Et les atendoient
     30  as destroix et as passages et, quant il se veoient
         plus fort que li fourrageur n’estoient, il [leur] courroient
    [17] sus; et les mehaignoient et ochioient et affoloient
         et leur tolloient leurs vitailles: pour coi il
         ne pooient ne osoient chevauchier, fors en grans
         routes.

      5  Tant fu li sièges devant Castillon et tant fu constrainte
         par assaulz et par engiens que il ne se peurent
         plus tenir, et se rendirent saulve leur vies et le leur.
         Et s’en partirent toutes gens d’armes qui dedens
         estoient et qui partir s’en volrent, et s’en vinrent à Saint
     10  Malquaire où il y a forte ville et bon castiel. Quant
         Chastillon fu rendue, li dus d’Ango en fist prendre
         la saisine et la possession et le feauté et hommage de
         toutes les gens, et y renouvella officiers; et y mist
         cappitaine de par lui ung chevalier de Touraine, qui
     15  s’appielloit messires Jaques de Montmartin.

         Au departement de Castillon, il jettèrent leur advis
         quelle part il trairoient. Et fu avisé qu’il iroient
         devant Saint Malquaire; mais il y avoit sus le païs,
         ainchois qu’il y peussent venir, aulcuns petis fors
     20  qui n’estoient pas boin à laissier derière pour les
         fourrageurs, et s’en vinrent au departement de Castillon
         mettre le siège devant [Sauveterre]. Là vinrent autres
         nouvelles dou seigneur de Rosem et dou seigneur de
         Duras, que il n’estoit mies ensi que on avoit raporté.
     25  Voirement estoient il allé à Bourdiaus, mais on ne
         sçavoit sus quel traictié. Ches nouvelles s’espardirent
         en l’ost en pluisieurz lieux, tant que li sires de
         Moucident et li sires de Lagurant en furent enfourmé,
         et en parlèrent au seigneur de Coucy et à
     30  messire Pières de Bueil que il vosissent les chevaliers
         aidier à escuser et que c’estoit grant simplesse de
         croire parolles volans si legierement. Il respondirent
    [18] que il le feroient volentiers, et en parlèrent au
         duc, et li dus leur dist que il verroit volentiers tout
         le contraire de ce que il avoit oy dire. Si demora
         la chose en cel estat, et li sièges devant [Sauveterre].
      5  La ville de [Sauveterre] ne les tint que trois jours, car
         li chevaliers qui sires en estoit se rendi au duc, son
         corps, ses hommes et tout le sien. Et parmi tant il
         passèrent oultre, et vinrent devant Sainte Bazille, une
         boine ville fermée, qui se rendi et mist en l’obeissance
     10  dou roi de France. Et puis s’en vinrent devant Montsegur
         et, tantos que il furent là venu, il le assaillirent,
         et point ne l’eurent de ce premier assault; si
         se logièrent et rafresquirent le nuit. Et l’endemain, de
         rechief, il se misent en ordonnance pour assaillir;
     15  et quant chil de le ville veirent que c’estoit acertes,
         si s’esbahirent et conseillièrent entr’iaus. Finalement,
         consaux se porta que il se rendirent, saulve leur
         vies, leurs corps et leurs biens. Il furent ensi receu,
         et puis chevaucièrent oultre devers une autre bonne
     20  ville fremée, qui sciet entre Saint Malquaire et
         le Riole et a à nom Auberoche. Là furent il quatre
         jours, ainçois que il le peussent avoir, et se rendirent
         par traictiet; et puis vinrent devant Saint Malcaire.


         § 14. Tous les jours mouteplioit li hos dou duc
     25  d’Ango, et venoient gens de tous costés, car chevalier
         et escuier qui se desiroient à avanchier le venoient
         veoir et servir. Si fu mis li sièges devant Saint Malcaire
         biaux et fors et bien ordonnés. Et vous di que
         là dedens estoient retrait toutes manières de gens
     30  d’armes, qui estoient parti des garnisons qui rendu
         s’estoient. Si en estoit la ville plus forte et mieux
    [19] gardée. Si y heut là pluisieurs grans assaux et biaux, et
         fait tamainte belle escarmuche devant les barières.

         Adonc fu ordonné dou duc d’Ango et dou connestable
         de France, le siège estant devant Saint Malcquaire,
      5  que les cappitaines et leurs routes chevauçassent
         le païs, li uns chà et l’autre là. Si s’espardirent gens
         d’armes de tous lés: premierement li mareschaus de
         France à grant route, li sires de Coucy ossi à grant
         route, Yeuwains de Galez à grant route, messires
     10  Perchevaux d’Aineval, Normant, et Guillaumes de
         Moncontour à grant route. Si demorèrent ces gens
         d’armes sis jours sus les camps, et prisent pluisieurs
         villes et petis fors, et misent tous le païs de là environ
         en leur subjeccion et en l’obeissance dou roi de
     15  France; ne [nuls ne] leur alloit au devant, car le païs
         estoit tout wis et despourveus de gens d’armes dou
         costé dez Englès. Si s’en alloient li fuiant devers
         Bourdiaux. Quant il heurent fait leurs chevaucies,
         il s’en retournèrent en l’ost. Chil de Saint Malcaire
     20  congneurent bien que longhement il ne se pooient
         tenir que il ne fuissent pris, et on leur prommettoit
         tous les jours, se par force il estoient pris, sans merci
         il seroient tout mort. Si se doubtèrent de le fin
         que elle ne leur fust trop cruelle, et fisent un secret
     25  traictiet devers les François que volentiers il se renderoient,
         saulve le leur et leurs biens. Et les gens
         d’armes qui dedens [Saint Makaire] estoient perchurent
         ce convenant; si se doubtèrent des hommes de
         la ville que il ne fesissent aucun mauvais traictiet
     30  contre iaux. Si se traisent tantost au castiel qui est
         biaus et fors et qui fait bien à tenir, et y boutèrent
         tout le leur et encorez assés dou pillage de le ville.
    [20] Adonc se rendirent chil de Saint Malcaire et se misent
         tout en l’obeissance dou roi de France.


         § 15. Nouvelles estoient venues au duc d’Ango,
         très le siège de devant Monsegur, que la duchoise, sa
      5  femme, estoit [à Thoulouse] ajeute d’un biau fil. Si
         devez savoir que li dus et tout li host en estoient
         plus liet, et li fait d’armes empris plus hardiement.
         Sitost que Sains Malcaires se fu rendue, on entra
         dedens le ville, car là avoit biau logeis et grant. Si se
     10  aisièrent et rafresquirent toutes manières de gens
         d’armes, et bien trouvèrent de coy, car la ville estoit
         bien pourveue. Adonc fu li castiaux environnés, et
         mist on engiens devant, qui ouniement y gettoient
         pières de faix, et che esbahi grandement chiaux de
     15  le garnison.

         Entroes que on estoit là à siège, vinrent les vraies
         nouvelles dou seigneur de Duras et dou seigneur de
         Rosem, par un hiraut qui les apporta, que il estoient
         tourné englès. Dont dist li dus que, lui delivré de
     20  Saint Malcaire, il venroit tout droit mettre le siège
         devant Duras, et fist en ceste instance fortement et
         fierement assaillir chiaux dou castel, car il ne le voloit
         mie laissier derrière. Chil qui ens ou castel estoient,
         veoient que il estoient assaillis de tous costés et que
     25  nuls confors ne leur apparoit, et bien sçavoient que li
         dus ne li connestables ne partiroient jamès de là si
         les aroient ou bellement ou autrement: de coi, tout
         consideré, il se misent en traictiet et rendirent le
         castiel, sauf leurs corps et leurs biens, et furent encorez
     30  avoecq ce conduit jusques à Bourdiaus. Ensi fu
         Saint Macquaire, ville et castiau, françoise. Si en prist
    [21] li dus la possession et y establi capitaine et castelain,
         et puis se deslogièrent toutes gens d’armes et prisent
         le chemin de Duras.


         § 16. Tant esploitièrent les hosts au duc d’Ango
      5  que il vinrent devant Duras, et quant il se deubrent
         approchier, il fu ordonné de tantost assaillir. Dont se
         misent gens d’armes en ordonnance d’assaut et tous
         leurz arbalestriers paveschiés devant, et ensi approchièrent
         le ville. Et vous di que il y avoit là aucuns
     10  varlès dessoubz les seigneurs qui s’estoient pourveus
         d’eschièles pour avoir mieux l’avantaige pour monter
         sus les murs. Si furent en pluisieurs lieux ces esquièles
         drecies et mises contre ces murs; et lors fu li assauls
         grans et orribles. Chil qui montoient se combatoient
     15  main à main à chiaux de dedens, et dura de venue
         chis assaus mout longhement. Si heut là fait sus les
         esquièles pluisieurs grans appertises de armes, et se
         combatoient chil de dehors à chiaux de dedens main
         à main, et dura chiux assaux le plus grant partie
     20  dou jour. Quant il se furent bien combatu et traveilliet,
         par l’ordonnance des marescaux on sonna les
         trompettes de retraite. Si se retrait çascuns en son
         logeis. Che soir arrivèrent en l’ost messires Alains de
         la Houssoye et messires Alains de Saint Pol et une
     25  grant route de Bretons, qui avoient chevaucié vers
         Liebronne et assailli une garnison d’Englès qui s’appielle
         Cadillac. Si l’avoient pris à force et ochis tous
         chiaux qui dedens estoient.


         § 17. Quant ce vint au matin, li dus d’Ango commanda
     30  que on allast à l’assaut et que çascuns s’i
    [22] esprouvast sans faintise, et fist assavoir par un cri et
         par un hirault que li premiers qui enteroit dedens
         Duras, il gaigneroit cinc cens frans. La convoitise de
         gaignier fist avanchier pluisieurs povres compaignons;
      5  dont furent esquielles levées en pluisieurs lieux autour
         des murs. Et là commença li assaulz fiers et grans et
         qui fu bien continués, car li jouene chevalier et
         escuier, qui se desiroient avanchier, ne s’espargnoient
         nient, mais s’abandonnoient et assailloient de grant
     10  volenté.

         Li sires de Lagurant estoit sour une esquièle tout
         premiers, l’espée ou poing, et rendoit grant painne à
         ce que il peust entrer premiers en la ville, non pour
         gaignier les cinq cens frans, mais pour exauchier sen
     15  nom, car il estoit durement courouchiés sus le seigneur
         de Duras pour tant que si legierement il s’estoit
         retournez englès. Et vous di que chis sires de
         Lagurant y fist de la main merveilles d’armes, et tant
         que ses gens et pluisieurs autres estrangiers estoient
     20  esbahi de ce qu’il faisoit. Et tant se avancha que de
         sa vie il se mist en grant aventure, car chil de dedens
         par force li esrachèrent son bachinet à tout le camail
         hors de la teste, et heust esté mort sans remède;
         mais uns siens escuiers, qui de priès le sievoit, le
     25  couvri de se targe et descendi petit à petit jus; mais
         il rechut, en descendant, tamaint dur horion sus sa
         targe. Si fu mout prisiés à cel assaut de tous chiaux
         qui le veirent.

         D’autre part, messires Tristrans de Roye et messires
     30  Perchevaux d’Aineval, sus une eschielle, assalloient
         moult vaillanment; et ossi faisoit messires
         Jehans de Jaimont et messires Jehans de Rosoyt.
    [23] Çascuns à sen endroit y faisoit merveilles d’armes.
         D’autre part, à un autre crestiel, estoit li sires de
         Soriel montés sur une esquielle, et se combatoit main
         à main à chiaux de dedens; et disoient li aucun qui le
      5  veoient que, se nuls pooit avoir l’avantage de entrer
         premiers dedens, il en estoit ou chemin. Li chevaliers
         ne s’aventuroit mies pour le pourfit des cinc cens
         frans, fors que pour son honneur et pour l’avancement
         de son corps; mais, ensi que les fortunes sont
     10  perilleuses et merveilleuses à pluisieurs gens, il fu là
         de chiaux dedens boutez si très roit de cop de glave,
         que il fu reversez ou fons dou fosset, et li rompi li
         colz. Ensi morut li chevaliers, et ossi fist uns escuiers de
         Bretaigne qui s’armoit de gueulez à deux kieuvrons
     15  estreciés d’or et d’asur, et dont li connestables fu
         moult courouchiés. Adonc se resgrami li assauls et
         renforcha de toutes pars plus grant que devant. Et là
         fu boins chevaliers li sires de Moucident, et monstra
         bien, à che qu’il assalloit, qu’il estoit boin françois.
     20  Finablement li ville de Duras fu par force concquise,
         et y entrèrent tout premiers messires Tristans de Roye
         et messires Jehans de Rosoit. Quant les gens d’armes
         qui dedens Duras estoient veirent que leur ville se
         commenchoit à prendre, si se retraisent ou castiel et
     25  laissièrent convenir le demorant.


         § 18. Ensi fu la ville de Duras prise et pillie, et
         chil tout mort qui dedens furent trouvet, et puis se
         retraisent les gens d’armes dedens leur logeis. Si se
         desarmèrent et aisièrent, car il trouvèrent bien de
     30  coi. A l’endemain, li connestables de France monta à
         cheval, et li mareschaux de France avec lui; et en
    [24] allèrent aviser le castiel et veoir par quel costé on le
         porroit assaillir et prendre. Tout ymaginet, il le trouvèrent
         merveilleusement fort, et disent que sans lonc
         siège il n’estoit miez à prendre, et à leur retour il
      5  contèrent tout ce au duc d’Ango. «Ne puet chaloir,
         dist li dus; j’ai dit et juret que jamais de chi
         ne partiray si arai le castel à ma volenté.» Respondi
         li connestables: [«Et vous n’en serés ja
         desdis.»]

     10  Adonc fist on drechier tous les engiens qui là
         estoient au tour dou castel, et mettre en oevre carpentiers
         pour faire et carpenter atournemens d’assaus
         pour esbahir chiaux dou chastiel. Quant chil dou
         fort veirent les atournemens et l’ordonnance de
     15  chiaux [de la ville] et des François, et que li assauls
         leur seroit plus felenés et perilleux, si se avisèrent
         que il se metteroient en traictié. Si traictièrent devers
         le connestable que on les volsist prendre à merci,
         sauf leurs corps et le leur, et il renderoient le castel.
     20  Li dus d’Ango heut conseil, par l’avis dou connestable,
         que il ne voloit plus traveillier ne blechier ses
         gens, et que il les prenderoit par ce parti. Au tierch
         jour, il se partirent et furent conduit là où il voloient
         aller. Et li connestables prist la possession dou castel,
     25  mais il me semble que li dus d’Ango ordonna et
         commanda que il fust abatus.


         § 19. Après le conquès de le ville et dou castel de
         Duras, li dus d’Ango ordonna à demorer en le ville
         de Landuras, car li sires de Landuras estoit devenus
     30  françois de la prise qui fu à Ymet, messire Jehan de
         Jeumont, messire Jehan de Roye et messire Jehan
    [25] de Rosoit, à tout cent lances de bonnes gens, pour
         tenir et garder la frontière encontre les Bourdelois;
         et heut volenté de retourner arrière vers Thoulouse
         et veoir sa femme qui estoit relevée d’un biau fil, et
      5  voloit à ces relevailles à Thoulouse tenir et faire une
         grant feste. Si ordonna par toutes les villes et les
         castiaux, que en celle saison il avoit conquis, gens
         d’armes, et mist en garnison pour resister poissanment
         contre les ennemis; et donna toutes manières
     10  d’autres gens congiet. Et dist à Yeuwain de Gales:
         «Vous prenderés de vostre charge Bretons, Poitevins
         et Angevins, et en irés en Poito mettre le siège
         devant Mortaigne sus mer, que li soudis de l’Estrade
         tient; et ne vous partés, pour mandement que on
     15  vous fache de par le roy, tant que vous en ayés la
         saisine, car c’est une garnison qui moult nous a
         fait de contraires.»--«Monseigneur, respondi
         Yeuwains, à mon loial pooir obeïrai à vostre
         commandement.»

     20  Là furent ordonné en l’ost, de par le duc d’Ango
         et le connestable, tout chil qui avoec Yeuwain de
         Gales devoient aller en Poito. Si se departirent dou
         duc bien cinc cens lances de bonnes gens d’armes et
         prisent le chemin de Saintonge pour venir vers
     25  Saint Jehan d’Angeli; et li dus d’Ango, li connestables,
         li sires de Coucy, li marescaux de France,
         messires Jehans et messires Pierres de Bueil retournèrent
         arière à Toulouse, et trouvèrent que la duchoise
         estoit nouvellement relevée. Si y ot à ces
     30  relevailles grans fiestes et grans joustes. Après ces
         festes, li connestables de France et li sires de Coucy
         retournèrent en France et li marescaux de Sansoirre
    [26] s’en alla en Auvergne en confortant le dauffin d’Auvergne
         et les barons d’Auvergne qui guerrioient as
         Englès qui se tenoient en Limosin et en Roerghe sus
         les frontières d’Auvergne. Or parlerons comment
      5  Yeuwains de Gales mist en celle saison le siège devant
         Mortaigne sus mer et comment il constraindi chiaux
         de le garnison.


         § 20. Ieuwains de Gales qui voloit obeir au
         commandement dou duc d’Ango, car bien sçavoit
     10  que che que li dus faisoit, ch’estoit li ordenance dou
         roi Charle de France, son frère, car il paioit tous les
         deniers dont ces emprises se faisoient, s’en vint à
         Saintez en Poito et là se rafresci. Et ossi firent toutes
         gens d’armes en ce bon païs et cras entour Saintes
     15  et Pons en Poito, sus ces belles rivièrez et praeries
         qui là sont. Si estoient en se compaignie li sires
         de Pons, li sires de Tors, li sires de Vivone, messires
         Jaque de Surgières et grant fuison de chevaliers
         et d’escuiers de Poito. D’autre part, des Bretons
     20  et des Normans estoient cappitaines messires Meurisses
         Trisiguedi, messires Alain de le Houssoye, messires
         Alain de Saint Pol, messires Perchevaux d’Aineval,
         Guillaume de Moncontour, li sires de Montmore et
         Morelet, ses frères. Si se departirent ces gens d’armes
     25  et leurs routes, quant l’ordenance fu; et s’en vinrent
         devant Mortaigne, liquels castiaux est li plus biaux et
         li plus fors seans sour le rivière de Garonne et après
         sour l’embouque de le mer, qui soit sour toutes les
         marces et frontières de Poito, de le Rocèle et de
     30  Saintonge.

         Quant Yeuwains de Gales [fu venus], et chil baron
    [27] et chevalier avoec lui, devant Mortaigne, il bastirent
         leur siège bien et sagement, et se pourveirent petit
         à petit de tout ce que il leur besongnoit. Bien sçavoient
         que par assault jamais le castel ne conquerroient fors
      5  que par famine et par lonc siège. Si ordonna Yeuwains
         quatre bastides à l’environ, par coi nuls ne les peuwist
         avitaillier par mer, par le rivière ne par terre. A le
         fois, li jone chevalier et escuier, qui avanchier se
         voloient et qui les armes desiroient, alloient jusques
     10  as barrières dou chastel, et là escarmuchoient à
         chiaux de dedens, et chil dou fort à yaux. Si y avoit
         fait pluisieurs grans appertises d’armes. Dedens Mortaigne
         estoit uns chevaliers gascons, qui s’appelloit li
         soudis de l’Estrade, vaillant chevalier et boin homme
     15  d’armes durement, par lequel conseil il ouvroient
         ensi comme à leur capitaine. De vins et de vivres
         dedens le castel avoient il assés et largement; mais
         de autres menues coses, le siège durant, heurent il
         grant necessité.


     20  § 21. Li rois Charles de France, coique il se tenist
         à Paris en ses deduis ou où mieux lui plaisoit en
         France, sans ce que de sa personne il s’armast, faisoit
         ensi à tous lés guerriier sez ennemis les Englès, et
         avoit partout ses alliances tant que as roiaumez et
     25  païs voisins, plus que nuls de ses predicesseurs, quatre
         ou cinc rois endevant, n’eussent onques esté ne heu,
         et tenoit grandement à amour chiaux dont il pensoit
         à y estre aidiés. Et pour ce qu’il sentoit le roi Richart
         d’Engleterre jone et le païs en toueil, il avoit envoiiet
     30  en Escoche devers le roi Robert, car li rois David
         estoit mort, amiables traitiez et remonstrances
    [28] d’amour qui dou temps passé avoient esté entre
         les rois de France ses predicesseurs et le roi Robert
         Brus d’Escoce, sen tayon, et le roy David, son
         oncle, pour tousjours entretenir aliances et amour,
      5  et que de leur partie il fesissent bonne guerre et
         aspre as Englès et les ensonniassent tellement que
         il ne heussent poissance de passer la mer. De coi il
         estoit avenu que li rois Robers d’Escoche, en celle
         saison qui li rois Edouwars d’Engleterre estoit mors
     10  et li rois Richars couronnés, assembla sen conseil en
         Haindebourcq. Et là furent la greignour partie des
         barons et des chevaliers d’Escoche, dont il pensoit
         à estre servis et aidiés. Et leur remonstra comment li
         Englès, dou temps passet, leur avoient fait pluisieurs
     15  anois, ars leur païs, abatus leurs castiaux, ochis et
         rançonnés leurz hommes: dont li temps estoit venus
         que de che il se pooient contrevengier, car il y avoit
         un jone roy en Engleterre, et si estoit li rois Edouwars
         mors, qui les belles fortunes avoit heuwes: pour coi,
     20  il en fust respondus de une commune et boine volenté.
         Li baron d’Escoce et li jouene chevalier et escuier,
         qui se desiroient à avanchier et à contrevengier les
         anois et damages que li Englès leur avoient fait dou
         temps passé, respondirent que il estoient tout apresté,
     25  apparilliet et pourveu de chevauchier en Engleterre,
         dou jour à l’endemain, quant on vorroit. Ches nouvelles
         plaisirent grandement au roi d’Escoce, et dist
         à tous grans mercis.

         Là furent ordonnés quatre contes à estre capitaines
     30  de ces gens d’armes, ch’est assavoir: le conte
         de Douglas, le conte de Mouret, le conte de le Mare
         et li contes de Surlant; et connestables d’Escoche,
    [29] messire Archebaut Douglas, et mareschal de toute
         l’ost, monseigneur Robert de Versi. Si fisent leur
         mandement tantost et sans delai à estre à un certain
         jour à la Mourlane. Là est li departemens auques
      5  d’Escoce et d’Engleterre. Che mandement faisant et
         ces gens d’armes assemblant, se parti Alixandre de
         Ramesay, uns moult vaillans escuiers d’Escoce, et se
         avisa de emprendre et achiever à son pooir une
         haulte emprise. Et prist quarante compaignons de sa
     10  route, tous bien montés; et chevauchièrent tant, de
         nuit et par embusces à le couverte, que sus un adjournement
         il vinrent à Bervich, qui se tenoit englesse.

         De la ville de Bervich estoit cappitaines uns escuiers
         au conte de Northombrelant messire Henri de
     15  Persi, qui s’appielloit [Jehans] Bisès, et dou castel de
         Bervich uns mout appers chevaliers qui s’appielloit
         Robers [Asneton]. Quant li Escot furent venu jusques
         à Bervich, il se tinrent tout coi et envoiièrent une
         espiie devant devers le castel pour sçavoir en quel
     20  estat on y estoit. Li espiie entra ens es fossés où point
         d’iauwe n’a ne puet avoir, car il sont sus savelon
         boulant, et regarda desoubz et deseure, et n’y oy ne
         vei ame, et tout cela rapporta il ensi à son maistre.
         Adonc s’avancha Alixandre de Ramesay, et fist avanchier
     25  ses compaignons tout coiement et sans sonner
         mot; et entrèrent ens es fossés, et estoient pourveu
         de bonnes esquielles que il drechièrent contre les
         murs. Alixandres fu tout li premiers qui y monta,
         l’espée en la main, et entra par les murs ens ou chastel,
     30  et tout li sien le sieuwirent que onques n’y heut
         contredit. Quant il furent tout ens, il se traisent
         devers le grosse tour où li cappitaines dormoit, Robert
    [30] [Asneton]; et avoient boines grossez haches, de coi il
         commenchièrent à fraper en l’uis. Et au desrompre
         li capitaine se esvilla soudainement, qui toute nuit
         avoit dormi et fait trop povre gait, tant que il le compara,
      5  et ouvri l’uis de se cambre, et cuida de premiers
         que ce fussent chil de là dedens qui le vosissent
         mourdrir, pour tant que en le sepmaine il avoit heu
         estri à yaux; et ouvri une fenestre sus les fossés et
         salli hors tous eshidés, sans ordenance et sans advis,
     10  et tant que il se rompi le hateriel, et là morut. Li
         gaite dou chastel, qui sus le jour se estoit un petit
         endormi, oy la friente; si s’esvilla et perchut bien
         que li chastiaux estoit eschiellés et emblés. Si commencha
         à sonner en sa trompette: «Trahi! trahi!»
     15  Jehans Bisès, qui estoit capitaine de la ville et qui
         veilloit, entendi celle voix; si s’arma et fist armer
         tous les plus aidables de la ville, et se traisent tout
         devant le castiel, et ooient bien le hustin que li Escot
         faisoient là dedens; mais entrer n’y pooient, car la
     20  porte estoit fermée et li pons levés. Lors s’avisa chis
         Jehans Bisès d’un grant advis, et dist à chiaux de le
         ville qui dalés lui estoient: «Or tos, rompons les
         pons au lés devers nous, par coi chil qui dedens [sont]
         ne puissent issir, fors par no dangier.» On courut
     25  tantost as haches et as cuignies, et fu li pons devers
         la ville rompus. Encorez envoia Jehans Bisès un certain
         homme des siens à [Anwich], à douze petites
         lieuwes de là, devers le seigneur de Persi, que tantost
         et sans delay il venist là à toute sa poissance, et que li
     30  castiaux de Bervich estoit [pris] et emblés des Escos.
         Encores dist il à Thommelin Friane que il y envoia:
         «Ditez à monseigneur de Persi le convenant où
    [31] vous nous laissiés, et comment li Escot sont enclos
         ou chastel et n’en pueent partir, fors au saillir hors
         pardessus les murs. Si se hastera plus tost dou
         venir.»


      5  § 22. Alixandre [de] Ramesay et ses gens, qui eschielet
         avoient le chastel de Bervich et qui trop bien cuidoient
         avoir esploitiet, et ossi avoient il, car il eussent
         esté seigneur de la ville se Jehans Bisès n’y heust
         pourveu de conseil, prisent et ochisent de chiaux
     10  de là dedens desquels qu’il vorrent, et les prisonniers
         enfremèrent en le tour et puis s’ordonnèrent et
         disent ensi: «Alons là jus en la ville, car elle est
         nostre. Nous en prenderons tout l’avoir et ferons
         apporter ceens par les boins hommes et femmes de
     15  la ville, et puis bouterons le feu en la ville, car elle
         ne fait pas à tenir pour nous; et dedens trois ou
         quatre jours venra secours d’Escoche, par coi nous
         sauverons tout no pillage, et au departir nous y bouterons
         le feu. Ensi paierons nous nostre hoste.» A ce
     20  pourpos s’accordèrent tout li compaignon, car il
         desiroient à gaignier. Si restraindirent leur armeures,
         et prist çascuns le lance en son poing, car il en
         avoient là dedens assés trouvés, et ouvrirent le porte
         et puis avalèrent le pont.

     25  A ce que li pons cheï, les cordes qui le portoient
         rompirent; car li pons n’eut point d’arrest ne de
         soustenance, car li baus sur coi il devoit cheoir estoit
         ostés, et les plancques deffaites au lés devers le ville.
         Quant Jehans Bisès et chil de la ville qui en la
     30  plache estoient veirent ce convenant, si commencièrent
         tout d’une voix à huier et à dire: «Tenés
    [32] vous là; tenez vous là, Escot failli. Point n’en partirés
         sans no congiet.» Quant Alixandres [de] Ramessay
         en vei le couvenant, si perchut bien que chil de la
         ville avoient esté bien avisé de eulx mettre ens ou
      5  parti où il se trouvoient. Si refremèrent le porte pour
         le trait, et s’enfremèrent là dedens. Si entendirent à
         garder leur castiel, et misent hors les mors ens es
         fossés, et les prisonniers enfremèrent il en une tour.
         Bien se sentoient en forte place assez pour iaux là
     10  tant tenir que secours leur seroit venus d’Escoche,
         car li baron et li chevalier faisoient leur amas à le
         Mourlane et là environ; et ja estoit li contes de
         Douglas et messires Archebaux Douglas partis de
         Dalquest et venus à Dombare. Or parlerons de l’escuier
     15  Jehan Biset comment il vint à Anwich devers
         le seigneur de Persi et lui segnefia ceste adventure.


         § 23. Tant exploita Thommelin Froiane que il vint
         à Anwich et entra en le porte par le congnissance
         que il y ot, et estoit si matin que li sires de Persi
     20  estoit encorez en sen lit. Tant fist que il parla à lui,
         car besoings le hastoit: «Sire, li Escot ont celle nuit
         pris et emblet le castiel de Bervich; et le capitaine
         de Bervich m’envoye devers vous, affin que vous en
         soiés avisés, car vous estes gardiens de ce païs.»
     25  Quant li contes Henris de Northombrelant, sires de
         Persi, entendi ces nouvelles, si se hasta dou plus tost
         qu’il peut pour conforter et conseillier chiaux de
         Bervich, et envoiia messages et lettres partout en la
         contrée de Northombrelant as chevaliers et escuiers
     30  et à tous hommes dont il pensoit à estre aidiés, en
         iaux mandant et segnefiant que tantost et sans delai il
    [33] venissent à Bervich, car il alloit assegier les Escos qui
         s’estoient bouté ens ou castel. Chis mandemens fu
         sceus parmi la contrée. Dont se partirent de leurs
         hosteux toutes manières de gens d’armes, de chevaliers
      5  et d’escuiers et d’archiers; et vinrent là li sires
         de Noefville, li sires de Lussi, li sires de Grascop, li
         sires de Stafort, li sires de Weles, li capitaine dou
         Noef Chastel et ung mout vaillant chevalier et boin
         homme d’armes, qui s’appielloit messires Thumas
     10  Mousegrave. Et tous premiers li contes de Northombreland
         avoec ses gens s’en vint à Bervich: dont chil
         de la ville de sa venue furent mout resjoy. Ensi se
         fist li sièges des Englès en celle saison devant le
         chastel de Bervich, et tous les jours venoient gens de
     15  toutes pars, et furent bien dis mil. Et environnèrent
         le castel par telle manière et assiegèrent de si près
         que uns oiselès ne s’en fust point partis sans congié;
         et commenchièrent li Englès à faire mine pour plus
         tost venir à leur entente des Escos et de reprendre
     20  le castiel.


         § 24. Nouvelles vinrent à ces barons et chevaliers
         d’Escoce que li contes de Northombrelant et li baron
         et li chevalier de celi contrée avoient assegiet leurs
         gens ens ou chastel de Bervich. Si s’avisèrent l’un par
     25  l’autre que il venroient lever le siège et rafresquir le
         chastel; et tenoient ceste emprise, que Alixandre [de]
         Ramesay avoit faicte, à haulte et belle. Et dist li
         connestables d’Escoce messires Archebaus Douglas:
         «Alixandre est mon cousin, et lui vient de haute gentillesse
     30  d’avoir empris et achievé si haute emprise
         que d’avoir pris le castel de Bervich. Si le devons
    [34] tous à ce besoing conforter; et, se nous poons lever
         le siège, il nous tournera à grant vaillance. Et je voel
         que nous allons celle part.» Dont ordonna il liquel
         seroient de se route et liquel demorroient. Si prist
      5  cinc cens lances à l’eslite tous les milleurs d’Escoce;
         et se partirent tout bien monté et en boin couvenant,
         et chevauchièrent vers Bervich.

         Ches nouvelles vinrent as Englès et as barons de
         Northombrelant qui estoient à Bervich en grant
     10  estoffe, car il estoient bien dis mil hommes parmi les
         archiers, que li Escot venoient pour lever le siège et
         rafresquir le castel. Si heurent tantost conseil comment
         il se maintenroient [et dirent que ilz prendroient
         place et terre et les attendroient et les combatroient],
     15  car ossi les desiroient il à avoir. Et
         fist li sires de Persi toutes manières de gens armer
         et appareillier et traire sus les camps et faire leur
         monstre. Si se trouvèrent bien trois mil homme[s]
         d’armes et sept mil archiers. Quant li contes de
     20  Northombrelant vei que il estoient tant de gens, si
         dist: «Or, nous tenons sur nostre place, car nous
         sommes gens assés pour combatre le poissance d’Escoce.»
         Si se misent en uns biaux plains au dehors
         de Bervich en deux batailles et en bonne ordonnance.
     25  Et n’eurent pas là esté une heure, quant il perchurent
         aulcuns coureurs escos qui chevauçoient devant,
         trop bien montés, pour aviser les Englès. Là heut
         aulcuns chevaliers et escuiers d’Engleterre, qui trop
         volentiers se fussent avanchiet de courir jusques à
     30  ceulx qu’il veoient chevauchier, qui ne leur heust
         rompu leur [propos]; mais li sires de Persi leur
         disoit: «Souffrés vous et laissiés venir leur grosse
    [35] [route]; car, se il ont volenté de nous combatre, il
         nous approceront de plus près.» Ensi se tinrent tout
         coy li Englès, qui bien avisèrent leurs deux batailles
         et quel quantité de gens il pooient [estre].


      5  § 25. Quant li coureur escochois heurent avisé le
         couvenant dez Englès, si retournèrent à leur maistres
         et leur recordèrent tout che que il avoient veu
         et trouvé, et leur disent: «Seigneur, nous avons
         chevaucié si avant, en approchant les Englès, que
     10  nous avons avisé en partie leur couvenant; et vous
         di que il vous attendent en deux belles bataillez
         ordonnées sus uns plains, et pooient estre en çascune
         bataille cinc mil hommes: si aiiés sur ce avis. Nous
         les aprochames de si près que bien congneurent que
     15  nous estions coureur escot; mais il n’en fisent nul
         semblant, ne onques nuls d’iaux ne se deffoucqua
         pour chevauchier sur nous.» Quant messires Archebaus
         de Douglas et li chevalier d’Escoche qui là estoient
         oyrent ces parolles, si furent tout pensieu et
     20  dirent: «Nous ne poons veoir que nostre pourfit
         soit à chevaucier maintenant plus avant sus les Englès,
         car il sont dix contre un de nous, et toutes gens de
         fait. Si polrions plus perdre que gaignier, et folle
         emprise ne fu onques bonne faite.» Là avoit Alixandre
     25  de Ramesay un vaillant chevalier à oncle, qui
         s’apeloit Guillaume de Lindesée, qui mettoit grant
         paine que ses cousins fust confortés, et disoit: «Seigneur,
         mon nepveu, sus le fiance de vous et de vostre
         confort, a fait sa chevaucie et pris le chastel de
     30  Bervich. Si vous tournera à grant blasme, se il est
         perdus; et une autre fois chil de nostre costé ne
    [36] s’aventuront point si volentiers.» Là respondirent li
         autre, et disoient que on ne le pooit amender, et que
         tant de bonnes gens qui là estoient ne se pooient
         pas perdre ne mettre à l’aventure de estre perdu, pour
      5  l’emprise d’un escuier. Et fu acordé entr’iaux dou
         retraire plus avant en leur païs et logier sus les montaignes
         près de la rivière de Tuyde, et là se retraïsent
         tout bellement et par loisir. Quant li contes de
         Northombreland et li contes de Notinghem et li
     10  baron d’Engleterre perchurent que li Escot ne trairoient
         plus avant, si envoièrent leurs coureurs assavoir
         que il estoient devenu. Il rapportèrent que il
         estoient retrait vers la Mourlane oultre Rosebourcq.
         A ces nouvelles, sur le soir, se retraïsent tout bellement
     15  li Englès en leurs logeis, et fisent boin gait jusques
         à l’endemain.


         § 26. Environ heure de prime, furent toutes
         manières de gens d’armes et d’archiers apparilliet
         pour aller assaillir le castel de Bervich. Et lors commencha
     20  li assaus, qui fu grans et fors, et dura tout
         le jour jusques à remontière; ne onques on ne vit peu
         de gens si bien tenir ne deffendre que li Escochois
         faisoient et se deffendoient, ne ossi castel assallir si
         asprement, car on avoit esquielles en pluisieurs lieux
     25  drechies contre les murs, et là montoient gens d’armes
         les targes sus leurs testes, et venoient combatre
         main à main as Escos. Si estoient à le fois rués jus et
         reversés ou fons des fossés. Et ce qui plus ensonnioit
         et traveilloit les Escos, ch’estoient li archier d’Engleterre
     30  qui traioient si ouniement que à paines osoit
         nuls apparoir as deffences. Tant fu chis assaulz
    [37] continués et pourmenés, sans nul chès, que li Englès entrèrent
         de force et de fait ens ou chastel. Si commenchièrent
         à prendre et à ochire tous ceux que il
         trouvèrent; ne onques nus n’en escappa de tous
      5  chiaux qui dedens estoient, qui ne fust mort, exepté
         Alixandre [de] Ramessay qui fu prisonniers au seigneur
         de Persi. Ensi fu li castiaux de Bervich delivrés dez
         Escos. Si en fu capitaine, de par le conte de Northombreland,
         Jehans Bisès, uns mout vaillans escuiers
     10  qui l’avoit aidié à reconquerre, ensi que vous avés
         oy, liquels le fist remparer de tous poins et refaire le
         pont que il avoient romput. Or parlerons nous de
         l’ordenance des Englès comment il perseverèrent.


         § 27. Apriès le reconquès dou castiel de Bervich,
     15  li contes de Northombreland et li contes de Nothinghem,
         qui estoient li doi plus grant de l’oost, avisèrent,
         ou cas que il avoient toutes leurs gens mis
         ensemble, que il chevaucheroient vers leurs ennemis
         et, se il les trouvoient, il les combateroient. Ensi fu
     20  il devisés et ordonnés en leur host, et se departirent
         tout un matin et chevaucièrent le chemin de Rosebourcq,
         tout contremont la rivière de Thuyde. Quant il
         heurent chevauchiet ensamble environ trois lieuwes,
         il heurent nouvel conseil. Et avisèrent li doi conte
     25  qui là estoient que il envoiieroient de leur gens devers
         Miauros, une grosse abbaye de noirs moisnes qui
         siet sour la rivière de Thuide et le departement des
         deux roiaulmes, pour sçavoir se il y avoit là nuls
         Escos embuschiés; et iaux et leur plus grosse route
     30  [chevaucheroient] vers la Mourlane. Et, à faire che
         chemin, il ne pooit estre qu’il n’eussent nouvelles dez
    [38] Escos. Si fu ordonnés à cappitaine de ces gens d’armes
         [qui devoient estre trois cens lances et autant
         d’archiers, un moult vaillant chevalier qui s’appelloit
         messires Thomas Mousegrave. Si se departirent ces
      5  gens d’armes] de l’ost, et prisent le chemin [li un] à
         destre et li autre à senestre. Et chevauchièrent tant
         messires Thommas Mousegrave et ses fils, à tout trois
         cens lances et ottant d’arciers, que il vinrent à Miauros,
         et se logièrent de haulte heure pour rafreschir
     10  yaux et leurs chevaux et pour enquerir justement où
         li Escot estoient. Il envoiièrent deux escuiers des leurs,
         bien montés, pour chevauchier sour le païs à savoir
         dou couvenant des Escos ne où il se tenoient.


         § 28. Chil doi escuier, quant il se furent parti de
     15  leurs maistres, chevauchièrent tant qu’il s’embatirent
         sus une embusche des Escos, desquels messires Guillaume
         de Lindesée estoit chiés. Et se tenoit là à l’aventure
         pour oyr nouvelles de Bervich et de son nepveu
         Alixandre [de] Ramesay en quel parti il pooit estre des
     20  Englès, et mout le desiroit à sçavoir; et pooit avoir
         avoec lui environ quarante lances. Si tost que chil
         Englès furent entré en leur embusche, il furent happet,
         dont li chevaliers heut grant joye, et leur demanda
         de quel part il venoient. Envis parloient
     25  pour descouvrir le fait de leurs maistres; mais parler
         les convint, car li chevaliers leur prommist que il leur
         torroit les testes se il ne disoient verité de tout che
         que on leur demanderoit. Quant ce vint au fort et il
         virent que autrement il ne pooient finer, il parlèrent
     30  et recordèrent comment li castiaus de Bervich estoit
         conquis, et tout chil qui dedens avoient esté trouvet,
    [39] mort, exepté Alixandre [de] Ramesay, et après comment
         li contes de Northombrelant et li contes de Notinghem
         chevauchoient amont le Thuyde pour trouver
         les Escos, et comment monseigneur Thumas Mousegrave
      5  et ses fils et monseigneur Jehan Asneton et
         monseigneur Thumas Barton et bien trois cens lances
         et ottant d’archiers estoient logiet et arrestet en
         l’abeye de Miauros; et puis recordèrent comment
         de ces chevaliers il estoient envoiié sur le païs pour
     10  savoir justement où li Escot se tenoient. «Par ma
         foy, respondi Guillaumes de Lindesée, vous nous
         avés trouvez, mais vous demorrez avoec nous.» Lors
         furent trait d’une part et requierquiet as compaignons,
         sus les tiestes, que bien les gardassent. Et puis tantost
     15  il fist partir ung homme d’armes de sa route et
         lui dist: «Chevauciés devers nos gens et leur dites
         tout ce que vous avés oy et le couvenant dez Englès;
         et je me tenray chi jusques au soir pour sçavoir se
         autres nouvelles nous venront.» Chis hommes d’armes
     20  se parti et chevaucha tant que il vint en un gros
         village oultre le Thuyde et la Mourlane, que on dist
         Hondebray, entre les montaignes; et là a bon pays
         et cras et belles praeries, et pour ce s’i tenoient li
         Escot. Sus le soir, vint là li escuiers, et trouva le
     25  conte de Douglas, le conte de Muret, le conte de Surlant,
         messire Archebaut de Douglas et lez aultres. Si
         tost que il fu venus, on sceut bien que il apportoit
         nouvelles. Si fu mené devers les seigneurs asquels il
         recorda tout l’affaire, ensi que vous avés oy.


     30  § 29. Quant li chevalier escochois entendirent que
         li chastiaux de Bervich estoit repris des Englez, si
    [40] furent grandement courouchié; mais che les confortoit
         et raleschoit que monseigneur Thumas Mousegrave
         et li chevalier et escuier dessus la rivière dou
         Hombre estoient logiet à Miauros, assés en jeu parti.
      5  Si se ordonnèrent que sur ces nouvelles il se departiroient
         de là, et iroient deslogier leurs anemis et reconquerir
         aucune cose de leurs damages. Si s’armèrent
         et ensielèrent leurs chevaux, et se partirent tout de
         nuit de Hondebray et chevaucièrent devers Miauros
     10  à l’adrèche, car bien congnissoient le païs. Et furent
         là venu environ mienuit, mais il commencha à plouvoir
         une si grosse [plueve] et si ouniement, et monta
         uns [tel] vens que à paines pooient il tenir leurs
         chevauls et si fors, qui les frapoit parmi les visages,
     15  qu’il n’y avoit tant joli qui ne fussent si vain de le
         pleuve et dou vent que merveilles. Et li page, de froit,
         ne pooient porter leurs lances, mais les laissoient
         cheoir, et se desroutoient li un de l’autre et perdoient
         leur chemin. Adonc s’arrestèrent les ghides,
     20  par le commandement dou conestable, tout coi sur
         les camps, à l’encontre d’un grant bos parmi où il les
         couvenoit passer; car aucun sage chevalier et bien
         usé d’armes, qui là estoient, disoient que il chevauçoient
         folement et que ce n’estoit mies estas de chevauchier
     25  ensi par tel temps et à tel heure, et que
         plus y porroient perdre que gaignier. Si se quatirent
         et esconsèrent, yaux et leurs chevaux, desoubz quesnes
         et grans arbres, tant que li jours fust venus. Et li
         aucun, qui tout engelet estoient et tout hors mouilliet,
     30  faisoient grans feux pour iaux ressuyer et rescauffer;
         mès, ainçois qu’il peussent venir au feu, il
         heurent trop de paine. Touteffois, de fuisilz et de
    [41] secqs bois il en fisent tant qu’il en heurent assés en
         pluisieurs lieux. Et dura ceste plueve et ceste froidure
         jusques à soleil levant, et toudis plouvina il
         jusques à prime.


      5  § 30. Entre prime et tierce se commencha li jours
         à rescauffer, et li sollaux à luire et à monter, et les
         alloes à canter. Adonc se traïsent ensamble les cappitaines
         pour conseillier quel cose il feroient, car il
         avoient failly à leur entente à venir de nuit à Miauros.
     10  Si fu conseillié que il se desjuneroient là sus les
         camps de ce que il avoient, et se rafreschiroient
         yaux et leurs chevaux, et envoiieroient leurs varlès
         fourragier sus le païs. Ensi fu fait qu’il fu ordonné.
         Et se departirent la greigneur partie de leurs varlès
     15  fourrageurs, et s’espardirent ens es villages voisins:
         si rapportèrent li pluisieur fain et avaine pour leurs
         chevaux et vivres assés pour leurs maistres. D’aultre
         part, li fourrageur englez, qui en l’abeye de Miauros
         estoient logiet, pour trouver vivres, avoient ce matin
     20  chevaucié si avant que li aucun fourrageur englès et
         escot se trouvèrent. Et ne l’eurent mie les varlès
         englès d’avantage; mais en y ot en ce rencontre des
         mors, des blechiés et des batus, et leurs fourrages
         perdus, tant que les nouvellez en vinrent à monseigneur
     25  Thumas Mousegrave et as chevaliers d’Engleterre
         qui à Miauros estoient. Dont disent il que li
         Escot n’estoient pas loing de là. Si sonnèrent leurs
         trompettes et fisent ensieller leurs chevaux et s’armèrent
         et heurent conseil que d’iaux traire sus les
     30  camps. Ossi furent aviset d’iaux li chevalier d’Escoce
         par leurs fourrageurs. Si se hastèrent, dou plus tost
    [42] qu’il peurent, de rafreschir yaux et leurs chevaux, et
         puis yaux mettre en ordenance de bataille au lonc
         de ce bois et tout à le couverte. Si estoient bien sis
         cens lances et deux mil aultres gens, que nous appellerons
      5  d’orez en avant gros varlès, à lances, à haches
         et as bastons d’armes. Et disoient ensi messires Archebaus
         de Douglas et li contes de Douglas ses cousins:
         «Il ne puet nullement demorer que nous n’aions
         besoingne, car li Englès chevauchent ou chevaucheront
     10  à ceste remontière. Si soyons sur no garde, et
         les combatons, se nous les veons à jeu parti.» Adonc
         ordonnèrent il deux de leurs hommes d’armes à
         courir, pour descouvrir lez Englès et sçavoir le couvenant,
         et se tinrent tout coi en leur embusche.


     15  § 31. Messires Thumas Mousegrave et li chevalier
         de Northombrelant de sen costé, qui mout
         desiroient à jeu parti à trouver lez Escos, se departirent
         de Miauros et prisent le chemin de Mourlane
         et laissièrent la rivière de Thuyde à le senestre main
     20  et montèrent amont vers une montaigne que on
         claime Saint Gille. Là estoient li doy coureur d’Escoce,
         qui trop bien avisèrent [les Englès] et qui tantost
         se partirent et retournèrent à leurs maistres, et
         leur disent le couvenant comment il chevauçoient, et
     25  n’y avoient veut ne aviset que troix banières et dis
         pennons. De ces nouvelles furent li Escot tout resjoï
         et disent de grant volenté: «Chevauchons vers yaux,
         ou non de Dieu et de saint Jorge, car il sont nostre.»
         Adonc prisent [il un cri, et me samble que tout
     30  devoient criier: «Douglas! Saint Gille!» pour la cause
         de] la montaigne qui s’appelloit Saint Gille. Il
    [43] n’eurent pas chevauchié une demie lieuwe que il veirent
         leurs ennemis, et li Englès yaux; dont congneult li
         une partie et li autre que combatre les couvenoit. Là
         fist li contes de Douglas sen fil messire Jame chevalier
      5  et lui fist lever banière; et là fist il chevaliers
         deux des filz le roi d’Escoche, messire Robert et
         messire David, et tout doi levèrent banière. Et y
         heut fait sus le place environ trente chevaliers de le
         partie des Escos, et uns chevaliers de Suède qui s’appelloit
     10  messires Jorges de Wesmède, et porte d’argent
         à un fier de molin de gheules à une bordure endentée
         de gheules et crie: «Mesonde!» D’autre part, monsigneur
         Thumas de Mousegrave fist sen fil messire
         Thumas chevalier: et li sires de Stafort et li sires de
     15  Grascop ossi en fissent çascun de sen hostel et de sa
         congnissance. Si ordonnèrent leurs archiers et misent
         sus elle. Et fu ce jour li cris des Englès: «Nostre
         Dame! Arleton!»

         Là commencha chis rencontres grans et fors, et
     20  archier à traire et à ensonniier gens d’armes; mais
         toutesfois li Escot estoient grant fuison. Si ne
         pooient mie li archier partout entendre. Là heut fait
         entre ces chevaliers et escuiers, de l’une partie et de
         l’autre, mainte jouste et mainte belle apertise d’armes,
     25  et pluisieurs hommes reversés de leurs chevaux,
         fait mainte prise et mainte rescousse. De premières
         venues, messires Archebaux de Douglas, qui estoit
         grans chevaliers et adurés durement et ressoingniés
         de ses ennemis, quant il deut approchier, mist piet à
     30  terre et prist à son usage une longhe espée qui avoit
         d’alemielle bien deux aulnes. A paines le peust uns
         aultres homs lever ensus de terre; mais elle ne lui
    [44] coustoit nient au masnier, et en donnoit les cops si
         grans que tout ce qu’il aconsieuwoit, il mettoit par
         terre; et n’i avoit si hardi ne si joli, de le partie des
         Englès, qui ne ressoingnast ses cops.

      5  Là heut belle bataille et dure et longhement combatue:
         de ce que elle dura, che ne fu pas plenté, car
         li Escochois estoient troys contre un et toutes
         gens de fait. Je ne di mie que li Englès ne se portassent
         très vaillanment; et y fisent grant fuison de
     10  belles apertises d’armes, mais finablement il furent
         desconfi, et obtinrent li Escot la place, et furent pris
         monseigneur Thumas Mousegrave et ses filz et pluisieurs
         autres chevaliers et escuiers. Et heurent li
         Escot bien sis vins prisonniers boins, et dura la cache
     15  jusques à la rivière de Thuyde, et là en heut de mors
         et d’ochis de chiaux de piet grant plentet.

         Si se retraïsent li Escochoix après celle desconfiture
         sour leur païs, et heurent avis et conseil que il
         s’en iroient tous devers Haindebourcq, car il savoient
     20  par leur prisonniers que li contes de Northombreland
         et li contes de Nothinghem estoient sour le
         païs par delà la Tuyde sus le chemin de Rosebourcq;
         et estoient gens assés pour combatre les Escos et
         toute leur poissance: pour coi leur chevaucie se
     25  pooit bien desrompre, pour iaux traire à sauveté et
         garder leurs prisonniers. De ceste cose faire et dou
         retraire sans sejourner furent il bien conseilliet; car,
         se ce soir il fussent revenu à leurs logeis de Hondebray,
         il heussent esté en aventure de estre tout rué
     30  jus, si comme je vous diray.


         § 32. Li contes de Northombreland et li contes de
    [45] Notinghem et li baron d’Engleterre, quant il se partirent
         de Bervich [et de messire Thumas Mousegrave
         et furent venu sus les camps à l’encontre de
         Rosebourcq], furent enfourmé par leurs espies que li
      5  Escot, que il demandoient à trouver et à combatre,
         estoient logiés à Hondebray: dont il estoient tout
         resjoï, et avoient jetté leur advis que de nuit il les
         venroient escarmuchier. Et venoient là celle propre nuit
         que s’en estoient parti li Escot; mais il pleut si fort
     10  et si ouniement que il ne peurent parfurnir leur
         emprise, et se logièrent ens es bos jusques à l’endemain.
         Et quant il vinrent au jour, de rechief il
         envoièrent leurs espies à savoir où li Escot se tenoient;
         et chil qui envoiiet y furent rapportèrent que li
     15  Escos estoient parti et que il n’en avoient nulles nouvelles.
         Adonc heurent il conseil que il se trairoient
         devers Miauros pour là oyr nouvelles de monseigneur
         Thommas Mousegrave et de leurs compaignons.
         Quant il se furent disné et rafreschi yaux et leurs
     20  chevaux, il chevaucièrent tout contreval la rivière
         de Thuyde en venant vers Miauros, et avoient envoié
         leur coureurs par delà l’iawe assavoir quelles nouvelles
         il en porroient oyr. Droit après la desconfiture
         dou rencontre dou camp Saint Gille que je
     25  vous ay dit, chil coureur trouvèrent leur gens qui
         fuioient ensi que gens desconfis. Si recordèrent de la
         bataille ce qu’il en savoient. Adonc retournèrent chil
         coureur à leurs maistres et amenèrent avoec iaux les
         fuians: si leur recordèrent, au plus priès qu’il peurent,
     30  la verité des Englès et des Escos et de la bataille.
         Bien sçavoient que leurs gens estoient desconfi;
         mais il ne pooient sçavoir liquel y estoient ne
    [46] mort ne pris. Quant chil seigneur de Northombrelant
         [et de Notinghem] entendirent ces nouvelles, si
         furent plus pensieu que devant, à boine cause; car il
         estoient courouchié pour deus afaires, l’un pour ce
      5  que leurs gens avoient perdu, l’autre que point n’avoient
         trouvé les Escos que tant desiroient à combatre.
         Si eurent là sus les camps grant conseil dou poursieuwir;
         mais il ne sçavoient lequel chemin li Escot
         tenoient, et si approchoit li viespres, sique, tout
     10  conseilliet, il se traïsent à Miauros, et là se logièrent.


         § 33. Il ne sceurent onques sitost venir à Miauros
         que les nouvelles leur vinrent veritables de le bataille
         et que messires Thumas Mousegrave et ses filz
         et bien sis vins hommes d’armes estoient pris, et les
     15  enmenoient li Escot et s’en raloient devers Haindebourcq.
         Chil baron de Northombreland veirent bien
         que ce damaige il leur couvenoit porter, et que pour
         le present il ne le pooient amender. Si passèrent la
         nuit au mieux qu’il peurent, et à l’endemain se deslogièrent.
     20  Et donna li sires de Persi, contes de Northombreland,
         congiet à toutes manières de gens de
         retraire çascun en son lieu, et il meismes se retraist
         en sen païs, et tout li autre ou leur. Ensi se desrompi
         ceste chevaucie. Et li Escot ossi s’en retournèrent
     25  à Haindebourcq li aucun; mais li contes de
         Douglas et ses filz demorèrent sour le chemin à Dalquest.
         Si fu grant nouvelle parmi Escoche de ceste
         besoingne et de le belle journée que leur gens
         avoient heuwe. Si goïrent paisiblement, chevalier et
     30  escuier, de leurs prisonniers et les rançonnèrent
         courtoisement, et finèrent au mieux qu’il peurent. Nous
    [47] nous souffrerons à parler des Escos à present et parlerons
         d’autres incidences qui advinrent en France.


         § 34. En ce temps trespassa, ou mois de fevrier, la
         royne de France et de [se coupe], che disoient li medecin;
      5  car elle gisoit d’enfant de madame Catheline
         sa fille, qui puis ce di fu duçoise de Berri, car elle
         heut à mari Jehan de Berry, fil au duc Jehan de
         Berri. Là, si comme je vous dy, en celle gesine, n’estoit
         pas bien haitie, et lui avoient li maistre deffendu
     10  les baings, car il lui estoient contraire et perilleux.
         Nonobstant ce, elle se volt baignier et là conchupt le
         mal de la mort. Si demora li rois Charles de France
         vesves, ne onques puis ne se remaria.


         § 35. Après le trespas de le royne de France trespassa
     15  la royne de Navare, suer germaine au roi de France.
         Cheste roïne de Navare morte, murmurations se eslevèrent
         en France entre les sages et les coustumiers,
         que la conté d’Ewrues, qui sciet en Normendie,
         estoit, par droite hoirrie de succession de leur mère,
     20  revenue as enfans dou roi de Navare, qui estoient
         desoubz eage et ou gouvernement dou roi Charle de
         France, leur oncle. Chis rois Charles de Navare estoit
         soupechonnés dou temps passé d’avoir fait, consenti
         et eslevet ou roiaume de France tant de maux que
     25  de sa personne il n’estoit mie dignes ne tailliés de
         tenir heritage ou roiaume en l’ombre de ses enfans.

         Si revint d’Acquitaines, en ce tamps, en France,
         li connestables, qui s’estoit toute la saison tenus
         avoecq le duc d’Ango, et amena en sa compaignie le
     30  seigneur de Moucident, de Gascoingne, pour veoir
    [48] le roi et acointier de lui, ensi qu’il fist. Si fu li
         connestables receus dou roi à grant joye, et li sires de
         Moucident pour l’amour de lui. Entre le roi et le
         connestable heut pluisieurs paroles et secrés consaux,
      5  qui point si tost ne s’ouvrirent sus l’estat de
         France et de Navare. Nous retournerons assés briefment
         à ceste matère; mais, pour cronisier justement
         toutes les notables advenues qui à ce temps avinrent
         ou monde, je vous parlerai d’un grant commencement
     10  de pestilence qui se bouta en l’Eglise: de coi
         toute chrestienté, pour ce temps, fu en grant branle,
         et mout de maulz en nasquirent et descendirent.


         § 36. Vous avés ci dessus oy recorder comment
         papes Gregoires XIe de ce nom, qui pour le temps
     15  tenoit le saint siège de Romme en la cité d’Avignon,
         quant il vei que il ne pooit trouver nulle paix entre
         le roi de France et le roi d’Engleterre, dont trop lui
         venoit à desplaisir, car mout i avoit traveilliet et fait
         traveillier les cardinaux, se avisa et heut devotion
     20  que il iroit viseter Romme et le Saint Siège que sains
         Pières et sains Pols avoient edefiiet et augmentet. Et
         ossi, très s’enfance, il avoit prommis que, se en son
         vivant il estoit ja prommeus de si haut et de si digne
         degré que à celi de papalité, à son loïal pooir il ne
     25  tenroit son siège ailleurs que là où sains Pières l’avoit
         tenu. Chis papes estoit de petite et povre complection
         et maladieux. Si ressongnoit tant paine que nuls plus
         de lui; et lui, estant en Avignon, il estoit si fort
         quoitiés des besoingnes de France et tant traveilliés
     30  dou roi et de ses frères que à paines pooit il à el
         entendre. Si dist en soi meismes que il les eslongeroit
    [49] pour estre mieus à son repos. Si fist faire et ordener
         ses pourveances grandes et belles sus la rivière de
         Janneues et par tout les cemins, ensi comme à si
         haute personne comme il estoit appertenoit; et dist
      5  à ses frères les cardinaulz que tout s’avisassent, mais
         il voloit là aller et iroit. De celle motion furent tout
         li cardinal esbahi et courouchiet, car il ressongnoient
         trop les Rommains, et l’en heussent volentiers destourné,
         se il peussent; mais onques ne peurent.

     10  Quant li rois de France entendi ce, si en fu durement
         courouchiés, car trop mieux lui estoit il [là] à
         main que autre part. Si escripsi tantost à son frère le
         duc d’Ango, qui estoit à Thoulouse, en lui segnefiant,
         ces lettres veues, il allast en Avignon et parlast au pape
     15  et lui brisast son voiage. Li dus d’Ango fist ce que li
         rois lui mandoit, et vint en Avignon où il fu receus
         des cardinaux à grant joie, et se loga au palaix dou
         pape, pour mieux avoir loisir de parler à lui. Vous
         devez croire et poez savoir que il s’aquita grandement
     20  de parler au pape et de lui remonstrer pluisieurs
         parolles pour lui brisier ce pourpos; mais
         onques li papes n’i volt entendre. Et quoique li dus
         d’Ango sejournast en Avignon, toudis se esploitoient
         les besoingnes et les pourveances dou pape. Si furent
     25  ordonné quatre cardinal à demorer en Avignon pour
         entendre as besoignes de dechà les mons; et leur
         donna li papes plaine poissance de faire ce que
         il pooit faire, reservé aucuns cas papaulx que il ne
         puet donner à nul homme ne hoster de sa main.
     30  Quant li dus d’Ango vei que il n’en venroit point à
         chief, pour raison ne belle parole que il sceut dire
         ne monstrer, si prist congiet au pape et lui dist au
    [50] partir: «Pères saint, vous en allés en ung païs et
         entre gens où vous estes petit amés, et laissiés le
         fontaine de foy et le roiaume où li Eglise a plus de
         voix et d’excellence que en tout le monde; et par
      5  vostre fait porra cheoir l’Eglise en grant tribulacion;
         car, se vous morez par dedelà, che qu’il est bien
         apparant, si comme vos maistres phisiciens le me
         dient, li Rommain, qui sont merveilleux et traïtre,
         seront maistres [et seigneurs] de tous les cardinaulz et
     10  feront pape de force à leur seance.» Nonobstant
         toutes ces parolles et pluisieurs autres belles raisons,
         onques il ne volt arrester que il ne se mesist à chemin,
         et vint à Marceille où les galées de Genneues
         estoient toutez ordonnées pour lui venir querre; et
     15  li dus d’Ango retourna arrière à Thoulouse.


         § 37. Papes Grigoires monta en mer à Marseilles à
         belle compaignie et grant, et ot bon vent pour lui et
         pour ses gens. Et prirent terre à Geneues, et là se
         rafresquirent il, et rechargèrent leurs galées de nouvelles
     20  provisions; puis rentrèrent ens et siglèrent
         tant que sans peril il arrivèrent assés priès de Romme.
         Vous devez sçavoir que li Rommain furent mout liet
         de sa venue, et montèrent tout li capitoles de Romme
         sour chevaus couvers, et l’amenèrent à grant triomphe
     25  à Romme. Si se loga ou palais Saint Pière et visetoit
         souvent une eglise ou clos de Romme, que il avoit
         grandement à grace, et y avoit fait faire des biaus
         ouvraiges, que on appelle Nostre Dame Majour:
         ouquel clos et en laquelle eglise de Nostre Dame,
     30  assés tost après que il fu là venus, il morut [le
         XXVIIIe jour de mars mil trois cens settante et set,
    [51] avant Pasques], et fu ensepvelis là dedens, et là gist.
         Se li fist on son obsèque grandement et bien, ensi
         comme à pape appertient.


         § 38. Tantost apriès la mort dou pape Grigoire,
      5  li cardinal se traïsent en conclave ou palais Saint
         Pierre. Sitost comme il y furent entré pour eslire
         à leur usage [pape], qui fust bons et pourfitables pour
         l’Eglise, li Rommain se queillirent et assemblèrent
         mout efforciement et vinrent ou bourc Saint Pière,
     10  et estoient bien là plus de trente mil, c’uns c’autres,
         tous encoragiés de mal faire, se la cose n’aloit à leur
         volenté. Et vinrent pluisieurs fois devant le conclave
         et disoient ensi: «O vous, seigneur cardinal, delivrés
         de faire pape, car trop vous y mettés; et se le faites
     15  Rommain, car nous ne volons autre. Car, se aultre
         vous le faisiés, li pueples de Romme ne li concille
         ne le tenroient point à pape, et vous metterez tous
         en aventure de estre mort.»

         Li cardinal, qui estoient ou dangier des Rommains
     20  et qui ces paroles entendoient, n’estoient mie bien
         aise ne bien assegur de leurs vies, et les apaisoient et
         abatoient leur ire et mautalent ce qu’il pooient. Et
         tant se mouteplia ceste cose et la felonie des Rommains
         que chil qui le plus prochain estoient dou conclave,
     25  pour doner cremeur as cardinaux et à celle fin
         que il descendissent plus tost à leur volenté, rompirent
         par leur mauvaiseté le conclave où li cardinal
         estoient; et bien cuidièrent lors li cardinal estre
         mort, et s’enfuirent, [pour sauver leurs vies], li uns
     30  chà et l’autre là. Li Rommain ne se tinrent mie atant,
         mais remisent les cardinaux ensamble, volsissent ou
    [52] non, et leur disent que il feroient pape. Li cardinal,
         qui se veoient ou dangier des Rommains et en grant
         peril, s’en delivrèrent pour apaisier le pueple. Nequedent,
         il le fisent par bonne election d’un mout
      5  saint homme cardinal et de la nacion romaine et que
         Urbains Ves avoit fait cardinal, et l’appelloit [on] le
         cardinal Saint Pierre.

         Cheste election plaisi grandement as Rommains,
         et ot li preudons tous les drois de papalité, mais il
     10  ne vesqui que trois jours. Je vous diray pourcoi. Li
         Rommain, qui desiroient à avoir ung pape rommain,
         furent si resjoï de ce pape que il prisent le
         preudomme, qui bien avoit cent ans, et le montèrent
         sur une blanque mulle, et le menèrent et
     15  pourmenèrent tant parmi Romme, en exauchant leur
         mauvaiseté et en monstrant que il avoient vaincu les
         cardinaulz quant il avoient ung pape rommain, que
         il fut tant traveillié de la paine et dou traveil que il
         heut, au tierch jour il s’alita et morut. Si fu ensevelis
     20  en l’eglise Saint Pière de Romme et là gist.


         § 39. De la mort de ce pape furent li cardinal tout
         courouchiet, car il veoient bien que les cosez alloient
         mal; car, ce pape vivant, li cardinal avoient avisé que
         il se dessimuleroient entre les Rommains deux ou
     25  trois ans et metteroient le siège allieurs que à Romme,
         à Naplez ou à Genneuez, hors dou dangier des Rommains;
         et ensi comme il avoient proposé, il en fust
         avenu; mais par sa mort fu tout rompu. Dont se
         remisent en conclave li cardinal en plus grant peril
     30  que devant, car tout li Rommain s’assemblèrent tout
         ou bourcq Saint Pière et devant le conclave; et
    [53] monstroient par semblant que ils vosissent tout tuer
         et brisier, s’il n’aloit à leur volenté. Et disoient as
         cardinalz, en escriant par dehors le conclave: «Avisés
         vous, [avisez vous] seigneur, et nous bailliés ung
      5  pape rommain qui nous demeure; ou autrement
         nous vous ferons les testes plus rouges que vostre
         capel ne soient.»

         Telz parolez et telz manacez esbahissoient bien les
         cardinaux, car il avoient plus chier à morir confès
     10  que martir. Adonc, pour iaux hoster de ce dangier
         et peril, il se delivrèrent de faire pape; mais
         ce ne fu mie de l’un de leurs frères cardinaux; ainchois
         esleurent et nommèrent l’arcevesque de Bar,
         ung grant clercq et qui mout avoit traveilliet pour
     15  l’Eglise.

         A ceste promocion de papalité, pour le romain
         pueple apaisier, li cardinal de Geneues bouta hors sa
         teste par une des fenestres dou conclave et dist tout
         hault au pueple de Romme: «Apaisiés vous, car
     20  vous avez pape rommain, Berthemieu dez Aigles,
         archevesque de Bar.» Li pueples respondi tout
         d’une voix: «Il nous souffist.» A ce jour n’estoit
         pas chilz archevesques à Romme, et croi qu’il estoit
         à Naples: si fu tantost envoiiés querre. De ces nouvelles
     25  fu il grandement resjoïs et vint à Romme
         et s’amoustra as cardenaux. A sa venue, on lui fist
         grant feste, et fu entre les cardinaux pris et eslevés
         et heut toutes les droitures de papalité et ot nom
         Urbain, VIe de ce nom. Si en heurent li Rommain grant
     30  joie, pour le boin Urbain Ve qui mout les avoit amés.
         Sa creacion fu segnefie et publie par toutes lez eglises
         de chrestienté, ossi as empereurs, as rois, as dus et
    [54] as contes; et le mandèrent li cardinal à leurs amis que
         pape avoient par bonne et digne election: dont despuis
         aucun s’en repentirent que parlé en avoient si avant.
         Si [revoca] chis papes toutes gracez en devant faites.
      5  Si se departirent de leurs contrées et de leurs lieux
         [toutes manières de clercs] et se allèrent vers Romme
         pour avoir graces. Nous nous souffrerons ung petit
         à parler de ceste matère, et nous retournerons à
         nostre principal histore et as besoingnes de France.


     10  § 40. Vous avez bien chi dessus oy recorder comment
         li rois de Navarre fu vesves, qui avoit heu à
         femme le suer dou roy de France, et comment li sage
         et li coustumier dou roiaume de France, par l’avis
         l’un de l’autre, disoient et pourposoient que li heritages
     15  as enfans dou roi de Navare, qui leur [venoit]
         de par leur mère, leur estoit escheus, et que li rois de
         France, leurs oncles, par le succession de sa suer, en
         devoit avoir, ou nom de ses nepveus, la mainburnie;
         et devoit y estre toute la terre que li rois de
     20  Navare tenoit en Normendie raportée en la garde
         dou roy de France, tant que si nepveu aroient eage.
         De toutes ches coses se doubtoit bien li rois de
         Navare, car il sçavoit mout des usagez et coustumes
         de France. Si se avisa de deus coses, l’une que il
     25  envoieroit l’evesque de Panpelune et messire Martin
         de le Kare en France devers le roi, en lui priant et
         traictant doucement que par amour il lui volsist renvoiier
         ses deux enfans Charle et Pierre; et, se il venoit
         à plaisance [au roy] que tous deux ne les volsist
     30  renvoiier, à tout le mains il lui renvoiast Charle, car
         mariage se commenchoit à tractiier de lui et de la fille
    [55] le roi Henri de Castille. La seconde cose estoit que,
         nonobstant tout ce que il envoieroit en France, secretement
         ossi il envoieroit en Normendie viseter et
         rafresquir les castiaux, affin que li François n’i peussent
      5  mettre la main; car de fait, s’il n’estoient pourveu,
         il s’i porroient bouter et, se il en avoient pris
         la possession, il ne lez [en] osteroit mie, quant il vorroit.
         Si avisa deux mout vaillans hommes d’armes
         navarois et ens esquels il avoit mout grant fiance.
     10  L’un estoit nommés Pières Bascle, et l’autre Ferrando.
         Li premier message vinrent en France, li
         evesques de Panpelune et messires Martins de la Kare;
         et parlèrent au roi à grant loisir, en yaux mout humiliant
         et recommandant le roi de Navare, et en priant
     15  que ses deux fieux il lui volsist renvoiier. Li rois respondi
         que il en aroit advis. Despuis en furent il respondu,
         ou nom dou roi et present le roi, que les
         deus enfans ses nepveus li rois amoit bien dalés lui
         et que nullement il ne pooient [mieulx estre] et que
     20  mieux les devoit amer le roi de Navare dalés le roi
         leur oncle que aultre part, et que nuls il n’en renvoieroit,
         mais les tenroit dalés lui et leur feroit tenir
         estat bel, grant et souffissant, ensi que à enfans de
         roi et ses nepveus appertenoit. Autre responce il
     25  n’en peurent avoir.

         Vous devés sçavoir, entretant que cil traicteur
         estoient en France, Pierre Bascle et Ferrando arrivèrent
         à Chierebourcq à tout grans pourveances de
         vins, de vivres et d’arteillerie. Si departirent ces
     30  pourveances en pluisieurs lieux ens es villes et ens es
         castiaux dou roi de Navare en Normendie; et visetèrent
         chil doi gouverneur, de par le roi de Navare,
    [56] toute la conté d’Ewrueux et renouvellèrent officiers
         et misent gens à leur plaisance. Entrues retournèrent
         en Navare li evesques de Panpelune et messires Martins
         de le Care, et recordèrent au roi, que il trouvèrent
      5  à Tudelle, tout ce que il avoient trouvé en
         France. Si ne fu mies li rois de Navare trop resjoys
         de ces nouvelles, quant il ne pooit avoir ses enfans
         dalés lui, et en queilla en grant hayne le roy de
         France et lui heust volentiers de fait monstré, se il
     10  peust; mais se poissance ne se pooit mies estendre si
         avant, en grevant et guerriant le royaume de France,
         se il n’avoit alloiances ailleurs. Encores se souffri il de
         toutes ces coses tant que il heut mieux cause de parler
         et que on lui fist plus grant grief que on n’avoit
     15  encores fait.


         § 41. Li rois de France et ses consaulz estoient
         bien enfourmet que li rois de Navare faisoit en Normendie
         ravitaillier et rafresquir les chastiaux et les
         villes que il nommoit estre siens. Si ne savoit à quoy
     20  il voloit penser.

         En ce temps, se faisoit une secrète armée dez Englès
         sus mer, et estoient deus mil hommes d’armes et huit
         mil archiers et n’avoient nuls [d’eulx] chevaux: de
         laquelle armée li dus de Lencastre et li conte de
     25  Cantbruge estoient chief. Et tout ce avoient li Normant
         rapporté sceurement au roi de France que
         ceste armée se mettoit sus allencontre des bendes de
         Normendie. On ne sçavoit mies à dire quelle part il
         se volroient traire, et suposoient li aucuns ou roiaume
     30  de France que li rois de Navare les faisoit mettre sus
         pour rendre et livrer ses castiaus au roi d’Engleterre.
    [57] Si fu ensi dit au roi de France que il allast ou fesist
         aller au devant hasteement, pour coi il fust sires des
         castiaus le roi de Navare, et que trop avoit atendu.
         Car, se li Englès s’i boutoient, il porroient bien trop
      5  grever le roiaume de France; et seroit li une des
         plus belles entrées que il porroient avoir, se il estoient
         seigneur en Normendie des cités, des villes
         et des castiaux que li rois de Navare à ce jour y
         tenoit.

     10  En ce temps furent pris en France doy secretaire
         dou roi de Navare, uns clers et uns escuiers. Li clers
         se nommoit maistre Pière dou Tiertre, et li escuiers
         Jaques de Rue; et furent amené à Paris et là examinet,
     15  et congneurent si avant des secrés du roi de
         Navare qu’ilz avoient volu empoisonner le roy de
         France, en voellant le roiaume de France adamagier,
         que il les convint morir, et furent executet à
         mort à Paris.

         Ches nouvellez et haynes se mouteplioient tellement
     20  sur le roi de Navare, que li rois de France jura
         que jamais n’entenderoit à autre cose, si aroit hosté
         hors de Normendie et attribué à lui et pour ses nepveus
         les villes et chastiaux que li rois de Navare
         tenoit. De jour en jour, venoient durez informacions
     25  et nouvelles, pour le roi de Navare, en France et en
         l’ostel dou roi; car on disoit tout notoirement que li
         dus de Lenclastre devoit donner Katheline sa fille au
         roi de Navare, et parmi tant li rois de Navare devoit
         delivrer au duc de Lenclastre toute la conté d’Ewrueux.
     30  Ches parollez estoient trop bien creuez en France,
         car li rois de Navare y estoit petitement amés. Si s’en
         vint en ce temps li rois de France sejourner à Roem,
    [58] et fist ung grant mandement de gens d’armes, desquelz
         li sires de Coucy et le seigneur de la Rivière
         estoient chief et meneur. Si se traïsent toutes ces gens
         d’armes devant Ewrueux, une cité en Normendie,
      5  qui se tenoit navaroise. Et [avoient] chil doi baron
         avoec yaux les deulx fils au roi de Navare, Charle et
         Pière, pour moustrer à chiaux dou païs de la conté
         d’Ewrueux que la guerre que il faisoient, c’estoit ou
         nom des enfans, que li heritages estoit leur et rescheus
     10  de par leur mère, et que li rois de Navare n’y avoit
         nulle cause dou tenir; mais la greigneur partie des
         gens d’armes estoient si conjoint d’amour au roi de
         Navare que il ne sçavoient partir de son service. Et
         ossi li Navarois, qui y estoient amassé et que li rois
     15  de Navare y avoit envoiiez, lui faisoi[en]t sa guerre
         plus belle.


         § 42. Li rois de France envoia commissaires de par
         lui à Montpellier pour saisir toute la terre et baronnie
     20  de Montpellier que li rois de Navare tenoit. Quant
         chil commissaire de par le roy, messire Guillaume de
         Dormans et messire Jehan le Merchier, furent venu à
         Mon[t]pellier, il mandèrent des plus notables de la ville
         et leur moustrèrent les commissions. Chil de Mon[t]pellier
     25  obeïrent, car faire leur convint. Se il heussent
         desobey, mal pour yaulx; car li dus d’Ango et
         li connestables de France estoient sur le païs à tout
         grans gens d’armes qui ne demandassent mies mieux
         que la guerre à chiaux de Mon[t]pellier. Si furent pris
     30  et prisonnier doi chevalier de Normendie, gouverneur
         et regart à Mon[t]pellier de par le roy de Navare,
         messires Ghis de Gauville et messires Legiers
    [59] d’Orgensi, et demorèrent depuis grant temps en prison.
         Ensi fu toute la ville de Mon[t]pellier et la baronnie
         franchoise.


         § 43. Nous retournerons à l’armée de Normendie
      5  et conterons comment li sires de Couchi et li sires
         de la Rivière y esploitièrent. Il vinrent devant
         Ewrues et misent le siège. Chil de ces garnisons
         dou roy de Navarre estoient tous clos contre les
         Franchois, et n’estoit mie leur entente d’iaux si tost
     10  rendre.

         Quant li rois de Navare entendi que on avoit pris
         et saisi la ville de Montpellier et toute le terre, et que
         grans gens d’armes estoient en le conté d’Ewrueux
         qui lui prendoient et abatoient ses villes et ses maisons,
     15  si veï bien que c’estoit adcertes, et heut pluisieurs
         ymaginacions et consaulz avoecq chiaux où il
         avoit la plus grant fiance. Finablement, il fu regardé
         en sen conseil que il ne pooit nullement estre aidiés
         ne confortés, se ce n’estoit dou costé des Englès; et
     20  heut conseil que il y envoieroit un sien especial
         homme avoec lettres de creance pour sçavoir se li
         jouenes rois d’Engleterre et ses consaulz y vouroient
         point recoellir alliances, et il leur jur[er]oit de ce jour
         en avant et seelleroit à estre boins et loials devers les
     25  Englès, et leur metteroit à main toutes les forteresses
         que il tenoit en Normendie. Pour faire ce message et
         aller en Engleterre, il appella un sien clercq, sage
         homme et bien enlangaigiet, en qui il avoit grant
         fianche, et lui dist: «Maistre Paschal, vous en irés
     30  en Engleterre. Esploitiez si bien que vous en raportés
         boinnes nouvelles. Pour tous jours mais, je me voel
    [60] tenir et alloier avoecq les Englès.» Maistre Pascal fist
         ce dont il estoit chargiés, et apparilla ses besoingnes,
         et monta en un port en Navare, et singla tant que il
         prist terre en Cornuaille, et puis chevaucha tant par
      5  ses journées que il vint à Chenes dalez Londres, où
         li rois se tenoit. Si se traist devers lui et lui recommenda
         le roi de Navare, son seigneur à lui. Li rois lui
         fist boine chière. Et là estoient li conte de Salebrin
         et messire Simon Burlé, qui s’ensonnioient dou
     10  parler et dou respondre, et disent que li rois venroit
         à Londres et là manderoit son conseil, et seroit là
         respondu.

         Maistre Paschal se contenta de ces parolles et vint
         à Londres, et li rois fist là venir son conseil au jour
     15  qui nommez y fu. Là remoustra maistres Pascal au
         roy et à son conseil ce dont il estoit chargiés, et parla
         si bel et si sagement que il fu volentiers oys. Et fu
         respondus par le conseil que li rois heut que les
         offres, que li rois de Navare mettoit avant en termes,
     20  faisoient bien à recoellir et non pas à renonchier.
         Mais bien appartenoit à faire si grans alliances que li
         rois de Navare y venist en personne pour oyr plus
         plainement ce que il voloit dire, car li rois d’Engleterre
         estoit uns jouenes sires, si le verroit volentiers;
     25  et, ou cas que il venroit là, ses besoingnes en
         vaurroient trop grandement mieux. Sur cel estat s’en
         parti maistre Pascal et retourna en Navare, et recorda
         tout ce que il avoit trouvé et comment li jouenes
         rois d’Engleterre et ses consaulz le voloient vëoir.
     30  Adonc respondi li rois de Navare et dist qu’il yroit.
         Si fist apparillier un vaissiel que on appelle lin, qui
         va par mer de tous vens et sans peril. Si entra li rois
    [61] de Navare dedens ce vaissiel à privée maisnie. Toutesfois,
         il enmena messire Martin de la Kare et maistre
         Pascal avoecq lui, et esploitièrent tant qu’il vinrent
         en Engleterre.


      5  § 44. Un petit avant sen partement, li rois de
         France, qui avoit enchargié en grant hayne le roy
         de Navare et qui savoit couvertement par les gens de
         l’ostel de Navare tous les secrés traictiés que il avoit
         as Englès, avoit tant esploitié devers le roi Henri de
     10  Castille, que il l’avoit deffiiet et lui faisoit grant
         guerre. Si avoit, avant son partement, li rois de
         Navare laissiet en son païs le visconte de Castielbon,
         le seigneur de Lescut, Pière de Berne et le Bascle
         et grant gens d’armes, tant de son païs comme de la
     15  conté de Fois, pour garder les frontières contre les
         Espaignars. Quant il fu montés en mer, il heut vent
         à volonté, et prist terre en Cornuaille. Et puis
         esploita tant par ses journées que il vint à Wyndesore,
         où li rois Richard et ses consauls l’atendoient,
     20  qui le rechurent liement; car il en pensoient mieux à
         valoir de sa terre de Normendie, especialement de la
         ville et dou chastel de Chierebourcq, dont li Englès
         desiroient mout à estre seigneur. Li rois de Navare
         remoustra au roi d’Engleterre sagement et doucement
     25  et par biau langaige ses besoingnes et ce pour coi il
         estoit là venus, et tant que mout volentiers il fu là
         oys dou roi et de son conseil, et sour ce conseilliés et
         reconfortés tant que bien s’en contenta. Je vous diray
         comment traictiet se portèrent entre ces deux rois:
     30  que li rois de Navare devoit à tousjours mais demorer
         bons englès et loiaux, et ne pooit ne devoit faire paix
    [62] ne acort au roi de France ne au roi de Castille, sans
         le sceu et consentement dou roi d’Engleterre. Et devoit
         le ville et le chastel de Chierbourcq mettre en la
         main dou roi d’Engleterre ou de ses gens, liquels le
      5  devoit à ses coustenges faire garder trois ans, mais
         tous jours la souverainnité et seignourie demoroit au
         roi de Navare; et, se li rois d’Engleterre ou ses gens
         pooient par leur poissance obtenir les villes et les castiaux,
         que li rois de Navare avoit adonc en Normendie,
     10  contre le roi de France ou les Franchois, elles
         demoroient englesses, mais tous jours la souverainnité
         en retournoit au roi de Navare: laquelle cose li
         Englès prisoient moult pour le cause de che que il
         pooient avoir une belle entrée en Normendie, qui
     15  leur estoit trop bien seant. Et devoit li rois d’Engleterre,
         en celle saison, envoiier mil lances et deux mil
         archiers par la rivière de Geronde à Bourdiaux ou
         à Bayone, et ces gens d’armes entrer en Navare et
         faire guerre au roi de Castille. Et ne se devoient partir
     20  dou roiaume de Navare tant que il y heust point
         de guerre as Espaignolz; mais, ces gens d’armez et
         archiers, yaux entrés en Navare, li rois de Navare
         les devoit [païer] de tous poins [et] estoffer, ensi que à
         yaux appertenoit et que li rois d’Engleterre a coustume
     25  et usage de paiier ses gens. Pluisieurs traictiés,
         ordenances et alliances furent là faictes, escriptes et
         seellées et jurées à tenir entre le roi d’Engleterre et
         le roi de Navare, qui assés bien se tinrent. Et furent
         là nommet dou conseil dou roi d’Engleterre, liquel
     30  iroient en Normendie et liquel en Navare; et pour
         tant que li dus de Lenclastre et li contes de [Cantebruge]
         n’estoient mies à ces traictiés, mais li dus de
    [63] Bretaigne y estoit, fu là dit et parlementet que on
         leur envoieroit tous ces traictiés seellez, affin que il se
         hastassent d’entrer en Normendie.


         § 45. Li rois Charles de France, qui fu sages et
      5  soutieus, et bien le moustra tant que il vesqui,
         estoit tout plainement enfourmés de l’armée d’Engleterre;
         mais mies ne sçavoit ne pooit sçavoir,
         fors par supposicion, là où elle se volroit traire ou
         en Normendie ou en Bretaigne. Et pour ces doubtes
     10  il se tenoit en Bretaigne grans gens d’armes, des
         quels li sires de Clichon, li sires de Laval, li viscontes
         de Rohem, li sires de Biaumanoir et li sires de
         Rochefort en estoient cappitaine et gouverneur; et
         avoient assis Brest par bastides, non autrement, par coi
     15  on ne les peuwist avitaillier. De Brest estoit cappitaine
         uns escuiers englès, vaillant homme, qui s’appielloit
         Jaque Clercq. Et pour ce que li rois de France savoit
         bien que li rois de Navare estoit allés en Engleterre
         et esperoit bien que, ains son retour, il feroit couvenances
     20  et alloiances à son adversaire d’Engleterre, et
         se doubtoit de ceste armée qui se tenoit sus mer que
         de force il ne presissent terre en Normendie et de
         fait il se boutassent ens es castiaux qui se tenoient
         dou roi de Navare, il envoia hasteement devers le
     25  seigneur de Coucy et le seigneur de la Rivière, en
         remoustrant ces besoingnes, que il se delivrassent de
         reconquerir ces castiaux, n’eussent cure comment,
         par traictiés ou par acas, et par especial les plus
         prochains des bordes de le mer. Bien sçavoient que
     30  Chierebourcq n’estoit mies à prendre legierement. Et
         affin que par terre chiaus de Chierebourcq ne se
    [64] peussent ravitailler, li rois de France envoia à Valoingne
         grant gens d’armes des basses marces de Bretaigne
         et de Normendie: desquels, pour les Bretons, estoit
         capitains messires Oliviers de Claiequin et, des Normans,
      5  li sires de Yvery et messires Perchevaus d’Aineval.


         § 46. Li sires de Couci et li sires de la Rivière
         avoient à grant poissance assis la cité d’Evreux, et
         tous jours leur venoient gens de tous costés que li
     10  rois de France leur envoioit. Ewrueux est une cité
         qui est belle et forte et près de le mer ou clos de
         Costentin, qui pour ce temps se tenoit au roi de
         Navare, car elle est de la conté d’Ewreuses. Chil
         d’Evreuses, qui se veoient enclos et assegiés de leur
     15  voisins, qui leur prommettoient que, se de force il
         se faisoient prendre, il seroient sans remède tous
         perdus, hommes et femmes et enfans mors, et la
         ville repueplée d’autres gens, se doubtoient grandement,
         car confort ne leur apparoit de nul costé.
     20  Et vëoient, se vëoir le voloient, leur jone heritier
         Charle de Navare, auquel li heritages de la conté
         d’Evrueux devoit appartenir de par madame sa
         mère et la succession de lui; et ooient par ces
         deux seigneurs, le seigneur de Coucy et le seigneur
     25  de la Rivière, qui bien estoient enlangaigiet
         et qui biel leur savoient remoustrer, toutes les incidences
         où il pooient encourir. Et ossi li evesques dou
         lieu s’enclinoit de la partie dou roi de France. S’avisèrent,
         tout consideret, que mieux leur valloit à rendre
     30  leur cité en amour, puisque requis de leur seigneur
         en estoient, que demorer en peril. Si prisent
    [65] chiaux d’Evreuses une trieuwe à durer trois jours;
         et en celle trieuwe chil d’Evreuses pooient paisiblement
         venir en l’ost et chil de l’ost en Evreuses. En
         ces troix jours furent li traictiet si bien ordonné et
      5  acordé que li sires de Couci et li sires de la Rivière
         entrèrent en la cité et en prisent le possession de
         par le roi de France, comme commissaire autentique
         là envoiiet et procureur général pour l’enfant de Navare,
         qui present estoit à tous ces traictiés. Et renouvellèrent
     10  chil doi seigneur toutes manières d’officiers;
         et, quant il s’en partirent, il le pourveïrent, pour le
         doubte des rebellions, de boines gens d’armes, et
         puis s’en partirent et vinrent mettre le siège devant
         Carenton, une belle ville et fort chastel, seant sur mer
     15  et sus les marces de Kem.


         § 47. Chil de Carenton n’avoient point de cappitaine
         de nom, ne heu despuis la mort messire Eustasse
         d’Aubrecicourt, qui là morut et qui leur capitaine
         avoit esté bien quatre ans, et ne se veoient
     20  conseilliet ne confortet de nullui, fors que d’iaux
         meïsmes, et sentoient sus mer l’amiral de France
         messire Jehan de Viane, et l’amiral d’Espaigne avoec
         lui, gisant à l’ancre à grant gent devant Chierebourcq.
         Et ne sçavoient nul des traictiés dou roi de
     25  Navare ne quel cose il avoit fait ne esploitié en
         Engleterre, et estoient tous les jours assaillis par deux
         manières, les unes par armes, et les aultres par parolles,
         car li sires de Coucy et li sires de la Rivière songnoient
         grandement que il heussent [chiaux] de Carenton.
     30  Et tant en songnièrent que par traictié il [les]
         heurent; et se misent et rendirent en l’obeïssance dou
    [66] roi de France, reservé pour le temps advenir le droit
         que leurs jones heritiers messires Charles de Navare
         y pooit avoir.

         A tous traictiés chil seigneur de France s’enclinoient
      5  pour eux delivrer d’estre en saisine et possession
         des villes et castiaux que il desiroient à avoir.
         Si prisent Carenton, ville et castiel, et le rafresquirent
         de nouvelles gens. Et puis s’en partirent et vinrent
         devant le castel de Mouliniaux, et n’y furent
     10  que trois jours, quant par traictiés il l’eurent; et puis
         vinrent devant Conches. Si se logièrent sus celle
         belle rivière d’Orne qui queurt à Kem, et s’i rafresquirent
         tant que il sceurent la volenté de ceux de
         Conces, liquel par traictiés se rendirent, car che
     15  que li sires de Coucy et li sires de la Rivière avoient
         l’enfant de Navare avoec iaux, enbellissoit grandement
         leur fait. Et ossi en ces forteresses navaroises
         avoit peu de gens dou roiaume de Navare, et che
         que il en y avoit, si n’estoient ce mies seigneurs de
     20  villes ne de castiaux ne de traictiés; mais quant on se
         rendoit au roy de France ou ses commis, il estoient
         ou traictiet par condicion telle que il se departoient,
         se il voloient, et se traioient quelque part qu’il voloient
         et qu’il leur plaisoit. Et tout chil qui s’en partoient,
     25  ne se trayoient aultre part que à Evreux, dont
         Ferrando, uns Navarois, estoit cappitaine.


         § 48. Après le conquès dou castel de Conches qui
         se rendi par traictié, si comme vous avés oï, on s’en
         vint devant Pasci, et là heut assault et des bleciés,
     30  uns et aultres. Au second jour il se rendirent, et demora
         li castiaux au roi de France. Et puis chevaucièrent
    [67] oultre et raquisent finablement tout ce que li
         rois de Navare en devant avoit tenu en Normendie,
         exepté Evreux et Chierebourcq. Et quant il heurent
         tout raquis, castiaux et petits fors, et que tous li païs
      5  fu en leur obeïssance, il s’en vinrent mettre le siège
         devant Ewrueux, là où il a cité, bourcq et chastel, et
         tout separet l’un de l’autre. Et sont et ont tousjours
         esté par usage li plus fort Navarois de Normendie,
         ne n’i amèrent chil d’Ewrues onques parfaitement
     10  seigneur autre que le roi de Navare. Si fu Ewrues
         assiegie mout poissanment, et se tint là li sièges
         longhement, car Ferandos en estoit cappitaines, qui
         pluisieurs apertises d’armes y fist de soy meïsmes et
         fist faire.

     15  En ce [temps] estoit li rois de Navare retournés en
         son païs et cuidoit autrement avoir esté aidiés des
         Englès qu’il ne fu, quoyque li Englès n’y heussent
         point de pourfit, ensi qu’il apparut, car li dus de
         Lenclastre et li conte [de Cantebruge], endevant tous
     20  ces traictiés, avoient heu vent contraire pour arriver
         en Normendie; et ossi ung grant mandement que
         il avoient fait de quatre mil hommes d’armes et de
         uit mil archiers, il n’estoient pas sitost venu à [Hantonne],
         où tout montèrent en leurs nefs chargies
     25  de pourveances. Pour coi il fu ainçois la Saint Jehan
         que tout ensamble, ensi que gens d’armes doivent
         partir, il se partirent des pors d’Engleterre. Et encores,
         quant il se departirent des havenes d’Engleterre,
         il trouvèrent à Plewemoude le conte de Salebrin et
     30  messire Jehan d’Arondiel qui s’en devoient aller en
         Bretaigne pour ravitaillier et rafresquir chiaux de
         Brest et chiaux de Hainbon, qui n’avoient peu avoir
    [68] vent. Et se misent chil doi seigneur en l’armée dou
         duc de Lenclastre et de son frère, le conte [de Cantebruge];
         mais il prisent terre en l’ille de Wisque, et là
         sejournèrent un grant temps pour aprendre des nouvelles
      5  et où il se trairoient, ou en Bretaigne ou en
         Normendie. Là oïrent nouvelles que li armée de
         France estoit sus mer: si fu renvoiiés messires
         Jehans d’Arondiel, à tout deus cens hommes d’armes
         et quatre cens archiers, à Hantonne, pour
     10  esquieuwer les perils qui leur pooient venir sus mer.


         § 49. Pour le cause de ce que li rois de France
         estoit veritablement enfourmés de par les Normans
         que li Englès estoient trop poissant sur mer et ne
         savoient où il voloient traire, avoit il par tout son
     15  roiaume fait un especial mandement que cascuns fust
         apparilliés, chevaliers et escuiers, montés à cheval et
         armés de toutes armes, ensi comme à lui appartenoit,
         pour venir et aller là où il les manderoit. Ossi
         li dus d’Ango, toute celle saison, avoit retenu gens
     20  d’armes de tous costés sus l’intencion que de mettre
         le siège devant Bourdiaux et Blaves, et avoit sen
         frère, le duc de Berry, et le connestable de France en
         se compaignie et toute la fleur de chevalerie de
         Gascoingne, d’Auvergne, de Poito et de Limosin. Et pour
     25  ceste emprise traire à bon chief et pour avoir plus
         grant quantité de gens d’armes, par le consentement
         dou roi de France, sen frère, il avoit en la Langhe
         d’Oc queillie une aide si grande et si grosse que elle
         avoit bien monté douse cens mil frans. Et ne [pot] en
     30  celle saison li dus d’Ango faire sa emprise, car li rois
         de France remanda le duc de Berri, son frère, et le
    [69] connestable de France et tous les hauls barons dont
         il pensoit à yestre aidiés et servis, car bien estoit
         segneffiés que les Englès estoient sus mer, mais il ne
         [sçavoit] où il voloient traire; et quoique ceste emprise
      5  de la Langhe d’Och se rompesist, les povres
         gens qui avoient esté traveilliet de paier le grande
         somme, je vous sçai bien à dire que il ne reurent
         mies leurs deniers.


         § 50. En ce temps tenoit siège, à bien vint mil
     10  Espaignols et Castellans, li rois Henris de Castille
         devant le cité de Bayone, et le assiega très en yvier,
         et y fut toute le saison. Et y ot faites tant maintes
         grandes apiertises d’armes par mer et par terre, car
         dans Radigos de Roulz et dans Ferrans de Sebille et
     15  Ambroise Boukenègre, Pière Walesque et Ambroise
         de Caletrave estoient à l’ancre devant Bayone à
         bien deus cens vaissiaux et donnoient trop à faire à
         chiaux de Bayone, de laquelle ville, pour le temps,
         estoit gardiens et cappitaine uns mout vaillans chevaliers
     20  d’Engleterre, qui s’appelloit messire Mahieu de
         Gournay. Li sens et li proèche de lui reconforta grandement
         la ville. Et voellent li aucun dire, et le sçai
         par chiaux qui dedens furent enclos, que li Espaignol
         fussent venu à leur entente de Bayone, mais
     25  uns si grans mortoires se bouta en l’ost que des cinc
         en moroient les troix; et avoit là li rois Henris avoec
         lui un nigromacien de Toulette, qui disoit que li airs
         estoit tous envenimés et corrompus, et que à ce on
         ne pooit mettre remède que tous ne fussent en peril
     30  de mort. Pour celle doubte, li rois se desloga,
         et se deffist li sièges. Mais li Espaignol et li Breton
    [70] avoient sus le païs conquis grant fuison de castiaux
         et de petis fors; si se boutèrent ens. Et li
         rois s’en vint rafreschir à la [Couroingne] et envoia
         mettre le siège son connestable devant Panpelune
      5  en Navare, à tout bien dis mil Espaignols, en laquelle
         cité li viscontes de Castielbon et li sires de
         Lescut et li Bascles estoient à tout deus cens lances,
         qui grandement de la cité songnoient. Et li rois
         de Navare, qui tout nouvellement estoit revenus
     10  d’Engleterre, se tenoit à Thudèle et atendoit grant
         confort de jour en jour, qui lui devoit venir d’Engleterre.
         Et voirement en estoit il ordené, car de par le
         roi et son conseil li sires de Nuefville et messires Thumas
         Trivès estoient à Plewemoude ou sus le païs là
     15  environ, à tout mil hommes d’armes et deus mil
         archiers, et faisoient leurs pourveances grandes et
         grosses pour venir arriver ou havene de Bourdiaux;
         mais il n’avoient mie passage à leur volenté, car li
         grande armée le duc de Lenclastre avoient presque
     20  tous les grans vassiaux dou roiaume d’Engleterre:
         pour quoi il furent en sejour à Plewemoude ou là
         environ plus de quatre mois.

         En ce temps, s’en vint li dus de Bretaigne en Flandres
         dalés le conte de Flandres, sen cousin, qui le
     25  rechut à grant joie, dont li rois de France heut
         depuis grant indignacion de ce que il le tint dalés lui
         plus d’[un] an et demi, si comme vous orrés recorder
         avant en l’istore.


         § 51. Li dus de Lenclastre et li contes [de Cantebruge]
     30  et leur armée qui estoit grande et grosse,
         car là estoient tout li noble d’Engleterre, séjournèrent
    [71] en l’isle de Wisque, à l’encontre de Normendie
         et d’un païs que on appielle Cauls, et desiroient trop
         à sçavoir l’estat de Franche, car nulle chertainneté
         n’en avoient. Sitost que il peurent perchevoir que il
      5  heurent point de vent, il entrèrent à leurs vassiaux,
         cascuns sires à sa charge. Et estoit amiraux de la mer
         le conte de Salebrin, et connestables de l’ost li contes
         d’Aquesufort; là estoient li contes d’Arondiel, qui
         s’apielloit Richart, [li contes] de Douvesiere, li contes
     10  de Northombrelant, li contes de Notinghem, messires
         Thumas de Hollandes, contes de Quent, messires
         Jehans de Hollandes, ses frères, li contes de Stafort,
         li contes de Suffort, messires Guillaumes de Montagut,
         messires Hue de Cavrelée, messires Robert Canolles,
     15  messires li canonnes de Robersart et pluisieurs vaillans
         chevaliers et escuiers. Si singlèrent de celle marée
         tout coiement au lés devers Normendie; et ne sçavoient
         pas encores arresteement entr’iaux quelle part
         il se trairoient ne où il prenderoient terre, car il
     20  desiroient mout à trouver l’armée dou roi de France
         sus mer; et leur avoit on dit, yaux estans à l’ancre
         en l’isle de Wicq, par une nef balenghière qui s’estoit
         emblée en Normendie, que li sièges des François
         estoit devant Ewrues, et li armée de mer de par le
     25  roi de France gisoit à l’ancre devant Chierebourcq.
         Dont, sus celle entente, il s’en vinrent tout flotant
         les bendes de Normendie et querant les aventures.
         Et passèrent devant Chierebourcq, mais riens n’y
         trouvèrent, car messires Jehans de Viane et son
     30  armée estoient retrait ou havene de Harflues. Pour
         che ne se veurrent mies là arrester la navie d’Engleterre,
         car il avoient vent à volenté pour aller vers
    [72] Bretaigne: si passèrent oultre, et s’en vinrent ferir
         ens ou havene de Saint Malo de l’Ille, et là ancrèrent
         et prisent terre, et yssirent de leurs vaissiaux
         petit à petit et se logièrent. En ce temps,
      5  estoit gardiens et capitaines de la ville de Saint Malo
         uns escuiers bretons, bon homme d’armes durement,
         qui s’apeloit Morfouache. Quant il veï les Englès
         venus et qu’il se apparilloient pour là mettre le
         siège, si ne fu mies trop esbahis; mais se pourveï et
     10  ordonna sagement et vaillanment à l’encontre d’iaux.

         Les nouvelles furent tantost sceues sus le païs que
         li dus de Lenclastre et li armée d’Engleterre avoient
         pris terre et arrest à Saint Malo, car li viscontes de
         le Berlière, messires Henris de Malatrait et li sires de
     15  Combourch s’en vinrent bouter dedens Saint Malo à
         deus cens hommes d’armes, desquels Morfouache
         fu grandement resjoïs et reconfortés, car autrement
         il heust eu fort temps.


         § 52. Messire Jehan d’Arondiel qui se tenoit à
     20  Hantonne à tout deus cens hommes d’armes et quatre
         cens archiers, entendi par gens qui furent pris sur
         mer en une nef normande, que l’armée dou duc de
         Lenclastre avoit nettiet tous les havenes de Normendie
         des Franchois, et que nuls n’en y avoit sur mer.
     25  Si ordonna tantost ses vaisseaux et ses besoingnes et
         quatre nefs chargies de pourveances, et puis entra en
         sa navie. Il heut vent à volenté; si s’en vint ferir ou
         havene de Chierebourcq, où il fut des compaignons
         receus à grant joie. Et demora li castiaux de Chierebourcq
     30  en la garde et ou peril des Englès, et s’en
         [partirent] li Navarois. Mais pour ce ne s’en parti
    [73] mies Pierres Bascles, qui capitaines en avoit esté,
         ainchois demora dalés les Englès, et le tinrent à
         compaignon. Et vous di que Chierebourcq n’est
         point à conquerre, se n’est par famine, car c’est uns
      5  des plus fors chastiaux dou monde et bien confortés
         de le mer de toutes pars. Si fisent chil qui dedens se
         tinrent pluisieurs bielles yssues et emprises sour
         chiaux de [Valoingne], quant messire Jehan d’Arondiel
         s’en fu partis, car il n’y sejourna que quinse
     10  jours depuis que il heut ravitaillié [Chierebourcq],
         et s’en vint arriver à Hamptonne, dont il estoit cappitaine.
         Or parlons dou siège de Saint Malo.


         § 53. Quant li Englès entrèrent premierement ou
         havene de Saint Malo, il trouvèrent grant fuison
     15  de vassiaux de le Rochelle, tous chargiés de bons
         vins. Li marchant heurent tantost tout vendu: li vin
         furent pris et deschargiet et les nefs arses. Or se fist
         li sièges devant Saint Malo grans et biaux, car il
         estoient bien gens pour le faire. Si commenchièrent
     20  à courir li Englès sur le païs et à faire mout de desrois;
         et chil qui estoient le plus souvent sour les
         camps, ce estoient messires Robers Canolles et messires
         Hues Broés, ses nepveus, qui congnissoient le
         païs. Chil doi couroient presque tous les jours, et li
     25  canonnes de Robersart en leur compaignie; une
         fois perdoient, et le plus gaignoient. Si gastèrent et
         ardirent tout le païs environ Saint Malo. Li hos dou
         duc de Lanclastre et dou conte [de Cantebruge], son
         frère, estoit mout plentiveuse de tous vivres, car il
     30  leur en venoit fuison d’Engleterre et des isles prochaines
         qui appendoient à yaux. Si y heut fait devant
    [74] Saint Malo par pluisieurs fois pluisieurs grans assauls
         durs et merveilleux et bien deffendus, car il y avoit
         dedens très bonnes gens d’armes qui n’estoient mies
         legiers à conquerir, mais bien gardant et deffendant
      5  contre les assaillans. Et fisent li seigneur de l’ost
         ouvrer et carpenter manssions d’assault, et avoient
         en l’ost bien quatre cens canons mis et assis tout
         autour de le ville, qui constraindoient durement
         chiaux de le ville. Entre les assauls en y heut un dur
     10  et pesant et merveilleux, car il dura un jour tout
         enthier; et là [furent] ochis et blechiés pluisieurs Englès,
         car chil de dedens se deffendoient si vaillanment
         que nulles gens mieux d’iaux. Et là heut mort à l’assault
         un chevalier d’Engleterre qui s’appielloit messires
     15  Pière l’Estrangne, pour lequel li dus de Lenclastre et
         ses frères furent moult courouchiet. Nous parlerons
         un petit dou siège de Mortaigne sus mer en Poito, et
         de Yeuwain de Galles.


     20  § 54. Ieuwain de Gales avoit durement abstraint
         chiaux de Mortaigne en Poito, dont li soudis
         de l’Estrade estoit cappitaine, et les avoit assiegés
         en quatre lieux et par quatre bastides. La première
         des bastides [seoit] sour le bout d’une
         roche devant le castel, sur le debout de la rivière de
     25  Garone, par où devant il convient toutes nefs passer
         allant de Garone en la mer et de la mer rentrant en
         Garone; et là en ceste bastide estoit Yeuwains de
         Gales. La seconde bastide estoit entre l’yauwe et le
         castel, bas en uns prés et devant une posterne dont
     30  nuls ne pooit yssir ne partir, s’il ne voloit yestre
         perdus. La tierce bastide estoit à l’autre lés dou
    [75] castel. La quatrisme bastide estoit en l’eglise de
         Saint Ligier, à demie lieuwe près dou fort. Ches
         bastides et ches sièges avoient tellement constraint
         chiaux de Mortaigne par là estre longement, car li
      5  sièges dura longement priès d’un an et demi, que il
         n’avoient de coi vivre ne cauche ne sorler en piés;
         et si ne leur apparoit confors ne secours de nul
         costé, dont il estoient tout esbahi.

         Che siège estant devant Mortaigne, yssi hors dou
     10  roiaume d’Engleterre et de la marce de Gales uns
         escuiers galois. Peu fu gentils homs, et bien le demoustra,
         car onques gentil coer ne pensa ne fist traïson;
         et s’appielloit chis Jaque Lambe. A son departement,
         il fu fondés sus maise entente, et voellent li aucun
     15  dire en Engleterre meïsmes que à son departement
         il fu chargiés et enfourmés d’aulcuns chevaliers
         d’Engleterre de faire la traïson et le mauvaistié
         qu’i[l] fist, car Yeuwains de Gales estoit grandement
         haïs en Engleterre et en Gascoingne pour le cause
     20  dou captal de Bues que il prist et aida à ruer jus
         devant Subise en Poito, de laquelle prise on ne le
         pot onques ravoir ne pour escange dou conte de
         Saint Pol ne pour autrui, ne pour or ne pour argent
         que on en sceust offrir ne presenter; et le convint
     25  morir par merancolie en la tour dou Temple à Paris,
         dont grandement desplaisoit à ses amis.

         Chis Jaques Lambes, en ce temps, arriva en Bretaigne
         et fist tant par son esploit que il vint en Poito.
         Et partout passoit, car il se disoit à estre des gens à
     30  chel Yeuwain de Gales, pour tant que il parloit assés
         bon françois et sçavoit galois, et disoit que il venoit
         de la terre de Gales pour parler à Yeuwain. De che
    [76] estoit il assés legierement creus; et fu des gentils
         hommes dou païs, pour l’onneur et amour de
         Yeuwain, aconvoiiés jusques à Mortaigne où li sièges
         se tenoit, et là laissiés. Adonc se traïst sagement et
      5  bellement chis Jaques Lambe devers Yeuwain, quant
         il veï que heure fu, et se engenilla devant lui, et lui
         dist en son langaige que il estoit yssus hors de Gales
         pour lui veoir et servir. Yeuwains, qui nul mal n’i
         pensoit, le crut legierement et l’en sceut bon gré, et
     10  lui dist tantost que son service il voloit bien avoir, et
         puis lui demanda des nouvelles [dou païs]. Il l’en dist
         assés, fussent voires ou bourdes, et lui fist acroire que
         toute li terre de Gales le desiroient mout à ravoir à
         seigneur. Cheste parolle enamoura mout ce Jaque
     15  Lambe de Yeuwain, car cascuns par droit revient
         volentiers au sien, et en fist tantost son cambrelencq.
         Chis Jacques de plus en plus s’acointa [si] bien de
         Yeuwain, que il n’avoit en nullui si grant fiance
         comme il avoit en lui. Tant s’enamoura Yeuwains
     20  de Jaque et tant le creu que il y en mescheï, dont
         ce fu damages, car il estoit grans et haus, gentis
         durement et bon homme et vaillant as armes. Et
         fu jadis fils un prince de Gales que le roi d’Engleterre
         avoit fait decoler, la cause pourcoi je l’ignore;
     25  et avoit li rois d’Engleterre saisi toute la terre et la
         princhauté de Gales et encachié cel enfant, liquels
         en sa jovenesse s’en vint demorer en France et
         remonstra ses besongnes au roi Phelippe de France,
         qui volentiers y entendi et le retint dalés lui; et fu,
     30  tant comme il vesqui, des enfans de sa cambre
         avoecq ses nepveus d’Alenchon et autres, et ossi fist
         li rois Jehans. [Et s’arma toudis du temps du roi
    [77] Jehan], et fu à le bataille à Poitiers, mais point n’y
         fu pris; mieux ou ottant lui vausist à estre mort. Et
         quant la paix fu faicte, il s’en alla en Lombardie, et
         là continua les armes; [et quant la guerre fu renouvelée,
      5  il retourna en France] et s’i porta si bien que
         il fu grandement alosés et amés dou roi de France
         et de tous les seigneurs. Or parlons de sa fin, dont je
         parole envis, fors tant que pour sçavoir ou tamps
         advenir que il devint.


     10  § 55. Yeuwains de Gales avoit en usage, lui estant
         à siège devant Mortaigne, que volentiers dou matin,
         quant il estoit levés, mais que il fesist bel, il s’en
         venoit devant le castel seoir sour une tronche qui là
         avoit esté dou temps passé amenée pour ouvrer au
     15  castel; et là se faisoit pignier et galonner le chief une
         longhe espasse, en regardant le castel et le païs d’environ,
         et n’estoit en nulle doubte de nul costé. Et
         par usage nuls n’aloit là si songneusement avoecq lui
         que chis Jaque Lambe, et mout souvent lui advint
     20  que il s’i parvestoit et apparilloit de tous poins; et
         quant on voloit parler à lui ou besoingnier, on le
         venoit là querre. Avint que le darain jour que il y
         vint, che fu assés matin; et faisoit bel et cler, et avoit
         toute le nuit fait si caut qu’il n’avoit peu dormir.
     25  Tous desboutonnés en une sengle cote et sa chemise,
         affublé [d’]un mantel, il s’en vint là et s’i assist, che
         Jaque Lambe en sa compaignie. Toutes gens en son
         logeis dormoient ne on n’y faisoit point de gait, car
         il tenoient ensi que pour conquis chiaux de le forteresse.
     30  Quant Yeuwains de Gales se fu assis sus celle
         boise et tronche de bois, que nous appellons souche
    [78] en françois, il dist à Jaque Lambe: «Allés querir
         mon pigne. Je me voel ichi un petit rafreschir.»
         --«Monseigneur, respondi chis, volentiers.» En allant
         querir ce pigne et en raportant, li diables alla entrer
      5  ou corps de ce Jaque, car avoec le pigne il apporta
         une petite courte darde espagnolle à un large fer,
         pour acomplir sa mauvaistié. Si très tost que il fu venu
         devant son maistre, sans riens dire, il [l’]entoise
         et l’avise, et li lance celle darde ou corps qu’il avoit
     10  tout nu, et li passe tout oultre et le reverse d’autre
         part: vous poés bien croire que il estoit mort. Quant
         il ot ce fait, il lui lait le darde ou corps, et se part et
         se trait tout le pas à le couverte devers le castiel et
         fait tant que il vint à la barière. Si fu mis ens et
     15  recoellis des gardes, car il s’en fist congnissable, et
         fu amenés devant le soudis de l’Estrade: «Sire, dist il
         au soudis, je vous ay delivret dou plus grant ennemi
         que vous heussiez.»--«De qui?» dist li soudis.
         --«De Yeuwain de Gales,» respondi Jaque.--«Et
     20  comment?» dist li soudis.--«Par telle voie,»
         respondi Jaques. Adonc lui recorda de point en point
         toute l’istoire, ensi que vous avés oï. Quant li soudis
         l’eut entendu, si crolla la teste et le regarda fellement,
         et dist: «Tu l’as mourdry, et saches bien, tout consideré,
     25  que, se je ne veoie nostre plus grant pourfit en
         ce fait, je te feroie trenchier la teste et jetter corps et
         teste ens es fossés; mais puisqu’il est fait, il ne se puet
         deffaire. Mais c’est damaige dou gentil homme, quant il
         est ensi mort; et plus y arons de blasme que de loenge.»


     30  § 56. Ensi alla de la fin Yeuwain de Gales et fu
         ochis par grant mesaventure et par traïson, dont
    [79] chil de l’ost furent durement triste et courouchié,
         quant il le sceurent, et ossi furent toutes manières
         de bonnes gens, quant les nouvelles en furent sceues,
         et par especial li rois Charles de France; et mout le
      5  plaindi, mais amender ne le pot. Si fu Yeuwains de
         Gales ensevelis en l’eglise de Saint Legier, où on avoit
         fait une bastide, à demie lieuwe près dou castel de
         Mortaigne; et là furent tout li gentil homme de l’ost
         à son obsèque, qui lui fu fais mout reveranment.
     10  Pour ce ne se deffist mie li sièges de devant Mortaigne,
         car il y avoit des boins chevaliers et escuiers
         bretons et poitevins et françois, qui jamais ne s’en
         fussent parti, se poissance n’i mettoit remède; et
         furent en plus grant volenté que devant de conquerir
     15  le fort pour yaux contrevengier de la mort Yeuwain
         de Gales, leur boin cappitaine. Et se tinrent là, en ce
         parti que il estoient ordonné, sans faire nuls assaus,
         car bien sçavoient que il les avoient si abstrains que
         vivres de nuls costés ne leur pooient venir ne aultre
     20  pourveance nesune, dont il demoroient en grant
         dangier. Nous nous souffrerons [à parler] tant qu’à
         present dou siège de Mortaigne sus mer, et retournerons
         au siège de Saint Malo, et premierement nous
         parlerons dou siège d’Ewr[e]ux, et comment chil qui
     25  assiegé l’avoient perseverèrent.


         § 57. Le siège estant devant Ewreux, [chiaux qui
         assegié l’avoient, c’estoient] li sires de Couci et li
         sires de la Rivière qui souverain en estoient, ooient
         souvent nouvelles dou roi de France, car il se tenoit
     30  à Roem au plus près de ses gens que il pooit par
         raison, et estoit se intencion que il se delivrassent
    [80] de prendre Ewr[e]ux ou de le avoir par composicion
         au plus tost que il peussent, car il sentoit les Englès
         efforciement en Bretaigne. Si voloit que toutes gens
         d’armes se traïssent de celle part pour lever le siège
      5  de Saint Malo ou pour combatre les Englès. Chil doi
         seigneur, à l’ordonnance dou roi, s’en acquitèrent
         loiaulment et vaillanment, car presque tous les jours
         y avoit assault ou escarmuche, et avoec tout ce grans
         moyens par biaux traictiés que chil seigneur envoioient
     10  as bourgois de la ville, en yaux remonstrant que il se
         faisoient trop guerrier et essillier leurs biens sans
         raison et abatre ou plat païs leur maisons, car il
         avoient leur droit seigneur naturel avoec iaux, messire
         Charle de Navare, auquel, par la succession de
     15  sa dame de mère, toute la conté d’Ewr[e]ux lui estoit
         devolue et rescheue, et ne tenissent mie l’erreur ne
         l’oppinion d’un fol Navarois qui là estoit, Ferrando,
         pour iaux tous perdre, car bien sceussent, avoec le
         bon droit que il avoient en le querelle dou calenge
     20  de icelui pour qui il faisoient la guerre, de là jamais
         ne partiroient si en aroient leur volenté; et, se de
         force il estoient conquis, non par traictiet, il seroient
         tout mort et sans merci, et au mieux la ville repeuplée
         de nouvelles gens. Tels offres et tels parolles et tels
     25  manaches estoient remonstrées à chiaux d’Ewr[e]ux;
         et pour ce ne demoroit mies que il ne fussent tous les
         jours assaillis. Chil d’Ewrues se commenchièrent à
         doubter, car confors ne leur apparoit de nul costé, et
         [si] veoient es requestes des dessus dis seigneurs
     30  pluisieurs [causes] raisonnables, pour tant que li rois
         de France ne calengoit mies la terre pour lui, fors que
         pour son nepveu Charle de Navare: si entrèrent en
    [81] traictiet devers le seigneur de Coucy. Quant Ferandos
         sceut [ce], si se tint ens ou chastel sans partir, et
         ne [voult] estre à nuls des traictiés. Finablement il se
         rendirent, sauf leur corps et tout le leur as camps et
      5  à le ville, et rechurent Charle de Navare à seigneur,
         et puis assisent le castiel. Ferrandos, qui se veoit
         assegiés et ensus de tous confors, commencha à
         traictier devers ces seigneurs de France que, se on le
         voloit laissier partir, les siens et tout le leur, et conduire
     10  sauvement jusques à Chierebourcq, il renderoit
         le chastel. On lui [respondit] oïl. Assés tost après, chil
         dou chastel chargèrent tout [le leur] et se partirent
         d’Ewr[e]ux ou conduit le seigneur de Coucy qui les fist
         mener à Chierebourcq. Ensi fu toute Ewr[e]ux franchoise.
     15  Après ce conquès, li sires de Coucy et li sires
         de la Rivière, messires Jehans Le Merchier et toutes
         les cappitaines de l’ost se traïsent [à Roem], là où li rois
         de France se tenoit, pour sçavoir quel cose il feroient,
         car bien avoient entendu que li siège des Englès
     20  estoit devant Saint Malo en Bretaigne. Si les rechupt
         li rois de France liement, et conjoï especialement le
         seigneur de Coucy et le seigneur de la Rivière de che
         que il avoient si bien esploitié. Si demo[rè]rent ces
         gens d’armes en Normendie, et ne furent nuls des
     25  cappitaines cassés, mais retenus et toudis paiiés
         avant de leurs gaiges.


         § 58. Li rois de France, qui se tenoit pour le temps
         en le cité de Roem, avoit bien entendu comment li
         Englès avoient poissanment assis le ville de Saint
     30  Malo; et presque tous les jours ses gens, qui dedens
         estoient, estoient assaillis et durement abstrains. Si ne
    [82] mies voloit perdre ses gens ne la boine ville de Saint
         Malo, car, se elle estoit englesse, Bretaigne de ce
         costé en seroit trop affoiblie. Si avoit li rois de France
         en celle instance, pour icheux conforter et remedier
      5  contre la poissance des Englès, fait un très especial et
         fort mandement auquel nuls n’avoit osé desobeïr. Et
         s’avalèrent, à tout très grans gens d’armes, si doi
         frère, li dus de Berri et li dus de Bourgoingne, li dus
         de Bourbon, li contes de la Marce, li dauffins d’Auvergne,
     10  li contes de Genèves, messires Jehans de Boulongne
         et ossi grant fuison de chevaliers, de barons et
         de toutes bonnes gens d’armes. Et manda li rois à son
         connestable messire Bertran de Claiequin que nullement
         il ne [de]laiast que il ne fust à celle assemblée.
     15  Li connestables ne volt mies desobeïr, mais vint à
         tout gran[s] gens d’armes d’Ango, de Poito et de
         Thouraine. Ossi fisent li doi maressal de France, li
         maressaux de Blainville et li maressaux de Sansoirre.
         D’autre part, revinrent messires Oliviers de Clichon,
     20  li viscontes de Rohem, li sires de Laval, li sires de
         Rais, li sires de Rochefort, li sires de [Dinant], li sires
         de Lion et tout li baron de Bretaigne, et furent bien
         dis mil hommes d’armes, et estoient sur les champs
         plus de cent mil chevaux. Si se logièrent toutes ces
     25  gens d’armes de France au plus près de leurs anemis
         par raison que il peurent; mais il i avoit entr’iaux et
         les Englès un flueve de mer et une rivière, et, quant
         la mer estoit retraite, je vous dy que aulcun jone chevalier
         et escuier qui aventurer se voloient, se abandonnoient
     30  en celle rivière plate et y faisoient de grans
         apertises d’armes. Onques si grande assamblée de
         bonnes gens d’armes ne fut faicte [en Bretaigne] ne
    [83] de si noble et bonne chevalerie, comme elle fut là,
         car, se li François y estoient poissanment, ossi estoient
         li Englès. Et se cuidoient bien et li un et li autre combatre,
         car il en faisoient tous les jours les apparans,
      5  et s’ordonnoient sus les camps, banières et pennons
         ventelans, et se remonstroient en bataille. De veoir
         la poissance des Franchois et le grant fuison de
         seigneurs, de banières et de pennons qui là estoient,
         estoit grant plaisance; et s’ordonnoient mout souvent
     10  par bataille et venoient sur la rivière et monstroient
         par semblant proprement que il se voloient combatre.
         Et le [cuidoient] li Englès, en disant ensi: «Veci,
         veci nos ennemis qui tantost, à basse euwe, passeront
         la rivière pour nous combatre.» Mais il n’en avoient
     15  nulle volenté, car li rois de France de son temps
         ressoingnoit si les fortunes perilleuses, que nullement il
         ne voloit que ses gens s’aventurassent pour combatre
         par bataille, se il n’en avoient de set les cinc.


         § 59. En ces monstres et en ces assamblées, et ensi
     20  heriant et a[r]doiant l’un l’autre, avint une fois que li
         contes [de Cantebruge] dist ensi et jura, se plus veoit
         de tels ahaities, puisque on ne les venoit combatre,
         il les iroit combatre, quel fin que il en deussent
         prendre; et avoi[t] adonc l’avant garde et grant fuison
     25  de bonnes gens avoecq lui, qui tout se desiroient à
         avanchier. Li connestables de France, qui savoit
         d’armes quanques on en pooit sçavoir et qui sentoit
         les Englès cauls et boulans et aventureux, ordonna
         une fois toutes ses batailles sus le sablon et au plus
     30  près de la rivière comme il pot par raison et tout à
         piés. Li contes [de Cantebruge], qui estoit d’autre
    [84] part, en veï la manière; si dist: «Qui m’aime, si me
         sieuche, car je m’en irai combatre.» Adonc se frappa
         en l’iauwe qui estoit au plat, mais li flueves revenoit,
         et se mist ou droit fil de la rivière, sa banière et
      5  toutes ses gens, et commenchièrent li archier fort à
         traire sus les François. Adonc se retraï li connestables
         de France et fist retraire ses batailles sus les
         camps, qui cuida lors tout veritablement que les
         Englès deuissent passer, et voulentiers heust veu que
     10  il les heust tenus oultre l’iauwe. Li dus de Lenclastre,
         à tout une grosse bataille, estoit de son costé tout
         apparilliés pour servir son frère, se il veïst que besoings
         fust; et dist à Gerart d’Obies, un escuier de Haynnau
         qui estoit dalés lui: «Gerart, regardés mon frère
     15  comment il se aventure. A ce qu’il monstre, il donne
         exemple as François que il se combateroit volentiers,
         mais il n’en ont nulle volenté.» Ensi se porta ceste
         besoingne sans nul fait d’armes qui à recorder fache.
         Li François d’un lés et li Englès d’autre, [estant
     20  priès de combatre], li flos commencha à monter. Si
         se retraïsent li Englès hors de la rivière et s’en
         vinrent à leur logeis, et li François se retraïsent ossi
         au leur.


         § 60. De tels ahaities, de tels affaires et de tels
     25  monstres l’un contre l’autre, le siège estant devant
         Saint Malo, il y heut pluisieurs [faites]. Li François
         gardoient bien et tellement leur frontière que
         li Englès n’osoient passer la rivière. Si avint il par
         pluisieurs fois que amont sus le païs aucun chevalier
     30  et escuier breton qui congnissoient le marche,
         chevauchoient par compaignies et passoient la rivière
    [85] à gué et rencontroient souvent les fourrageurs des
         Englès. Là en y avoit souvent des rués jus: une heure
         perdoient, li autre gaignoient, ensi que en tels fais
         d’armes les aventures aviennent. Le siège durant et
      5  ces envaïes faisant, li seigneur d’Engleterre, pour
         leur besongne approchier, avisèrent que il feroient
         une mine pour entrer dedens Saint Malo, ne autrement
         il ne le pooient avoir, car la ville estoit
         bien pourveue de gens d’armes qui songneux en
     10  estoient; avoec tout ce, il avoient grant fuison de
         toutes pourveances et d’arteillerie qui mout aidoit à
         leur besoingne. Et presque tous les jours il les convenoit
         armer et mettre ensamble pour atendre la
         bataille, se li François traioient avant, pour laquelle
     15  cose il n’avoient pas trop de loisir pour le faire assaillir,
         fors que de leurs canons; mais de ce avoient il très
         grant plenté et qui mout grevoient la ville. Si avisèrent
         lieu et place pour faire leur mine, et furent
         mineur et houilleur mis en oevre. Nous nous tairons
     20  un petit d[ou] siège de Saint Malo, et parlerons dou
         siège de Mortaigne en Poito et comment chil qui
         assis l’avoient perseverèrent.


         § 61. Vous avés bien chi dessus oï recorder la
     25  mort de Yeuwain de Gales et comment il fu mourdris,
         et ossi comment li Breton et li Poitevin estoient
         pardevant [Mortaigne], desquels messires Jaques de
         Monmore, messires Perchevaux d’Aineval, Guillaumes
         de Moncontour et messires Jaques de Surgières
     30  estoient cappitaine; et ne veurent mies pour ce
         brisier leur siège, quoyque il furent mout courouchié
         de la mort Yeuwain de Gales, leur souverain
    [86] cappitaine, car il avoient grant desir de contrevengier
         sa mort sour chiaux de la forteresse. Si avés oï comment
         messires Thommas Trivet, messires Guillaumes
         Scrouip, messires Thumas Abretons [et] messires
      5  Guillaumes Cendrins, à une [compaignie de hommes
         d’armes] et d’archiers, estoient ordonnés de venir à
         Bourdiaux, tant que pour conforter chiaux de Mortaigne
         comme [ossi] messire Mahieu de Gournay qui
         se tenoit à Bayone et qui tous les jours avoit à faire
     10  en celle marce contre les Gascons et les Bretons qui
         y tenoient pluisieurs fors. Cil quatre chevalier dessus
         nommet et leurs routes avoient geu à Plewemoude
         bien un mois, et ne pooient avoir vent qui leur
         durast pour aller en Gascoingne, dont il estoient
     15  mout courouchié, mais amender ne le pooient. Et si
         avés oï comment li sires de Nuefville, d’Engleterre,
         estoit ordonnés à tout gens d’armes et archiers de
         venir conforter contre les Espaignols le roi de
         Navare et pour estre senescal de Bourdiaux et de
     20  Bourdeloix. Si se trouvèrent toutes ces gens d’armes
         à Plewemoude et furent mout resjoï l’un de l’autre.
         Depuis la venue le seigneur de Nuefville, il ne sejournèrent
         point plenté que il heurent vent à volenté: si
         entrèrent en leurs vaisseaus qui chargiet estoient, et
     25  desancrèrent dou havene de Plewemoude et levèrent
         les voilles et singlèrent devers Gascoingne. Et estoient
         d’une flote sis vins vassiaux et quarante barges, et
         pooient estre environ mil hommes d’armes et deus mil
         archiers. Et n’eurent nul empeschement sus [mer]
     30  que chis vens ne leur durast toudis: si entrèrent ou
         havene de Bourdiaux le nuit Nostre Dame en septembre,
         l’an de grace mil trois cens soixante et dix wit.


    [87] § 62. Quant li Breton et li Poitevin, qui tenoient
         le siège devant Mortaigne sus mer, les veïrent passer,
         de une flote si grant quantité de vassiaux trompant,
         cornemusant et faisant grant feste, si furent tout
      5  pensieu, et cil dou fort tout resjoï, car bien pensoient
         que il seroient temprement delivré, ou il y aroit
         bataille, et que pas pour noiant faire il ne venoient
         ou païs que il n’i heust aucun esploit d’armes. Messires
         Jaques de Monmore et les cappitaines de l’ost se
     10  misent ensamble en conseil et parlementèrent longhement
         comment il se maintenroient, et se repentoient
         des traictiés que il avoient laissiet passer, car
         un petit endevant li soudis de l’Estrade avoit volu
         rendre le fort, sauf tant que yaux et le leur s’en peussent
     15  yestre allé à Bourdiaux sauvement; mais li
         Franchois n’i volrent entendre. Si envoiièrent un
         heraut parlementer à iaux que maintenant il seroient
         receu à traictiés. Li soudis leur fist respondre que
         [maintenant] il n’avoient que faire d’entrer en nul
     20  traictié, et que leurs secours estoit venus: ou francement
         s’en partiroient, ou tout en leur volenté demorroient.
         Si demora la chose en ce parti, et li sires de
         Noefville et li Englès s’en vinrent à Bourdiaus. Si
         furent de messire Guillaume Helman, senescal des
     25  Landes, et de messire Jehan de Multon, maire de le
         cité de Bourdiaux, et de l’arcevesque dou lieu et des
         bourgois et des dames grandement et bel conjoï et
         receu. Si se loga li sires de Noefville en l’abeïe de
         Saint Andrieu, et fu et demora senescal de Bourdiaux
     30  et de Bourdeloix. Assés tost après, li sires de Noefville
         fist un mandement de chevaliers et d’escuiers gascons
         qui pour englès se tenoient, et assembla tant de
    [88] toutes manières de gens que il furent bien quatre
         mil. Si ordonnèrent naves et vassiaux sour la rivière
         de Garone, et se departirent de Bourdiaux en instance
         que pour venir lever le siège de Mortaigne.

      5  Ches nouvelles furent sceues en l’ost des Franchois
         que Englès et Gascons, gens d’armes et archiers,
         venoient efforciement contreval la rivière de Garonne
         pour lever le siège et iaux combatre. Si se misent les
         capitaines tout ensamble et se conseillièrent. Si fu
     10  ensi conseilliet que il n’estoient mie poissans ne
         gens assés pour attendre tel host: si leur valoit mieux
         à perdre leur saison dou siège de Mortaigne que
         d’iaux mettre en plus grant peril. Et sonnèrent les
         trompettes de deslogement et boutèrent les feus en
     15  leurs logeis et se deslogièrent sans plus riens faire, et
         se retraïsent en Poito. Mais tout ne se departirent
         mies, ainçois demora une grant route de Bretons et
         de Galois, des gens Yeuwain de Gales, ou fort de
         Saint Ligier, et disent que il faisoit bien à tenir contre
     20  tout homme: si retraïsent toute leur artillerie là
         dedens.


         § 63. Chil chevalier d’Engleterre et chil Gascon,
         qui venoient à plain voile en barges, en [hoquebos]
         et en calans parmi la rivière de Garone, s’arrestèrent
     25  à l’ancre devant Mortaigne, et puis yssirent hors
         petit à petit de leurs vassiaux. Et tout ensi comme il
         yssoient, il se ordenoient pour venir combatre le
         fort de Saint Ligier où chil Breton estoient retrait.
         Là heut de venue grant assault et dur et entroes
     30  que on assalloit, li sires de Noefville envoia un hiraut
         parler au soudis et sçavoir comment il lui estoit. Li
    [89] hiraus fist son message et raporta que tout estoient
         en boin point, mais il estoient si nus que il n’avoient
         sorler en piet.

         Li assauls devant Saint Ligier dura bien trois heures
      5  que riens n’y conquisent, mais en y ot des blechiés
         et des navrés assés. Adonc se logièrent li
         seigneur et toutes manières de gens, et fu leur
         entente que point de là ne partiroient si aroient conquis
         le fort de Saint Ligier. Et estoient trop courouchié
     10  que le seigneur de Monmore [ne le seigneur de
         Montcontour] ne seigneur de nom ne le tenoient,
         et que dedens enclos il n’estoient; mais chil seigneur
         sagement parti s’en estoient et les Bretons laissiés y
         avoient.


     15  § 64. Quant ce vint à l’endemain, li sires de Noefville
         et chil chevalier d’Engleterre ordonnèrent que
         on iroit assaillir. Si sonnèrent leurs trompettes et
         departirent leurs livrées, et puis approchièrent le
         fort de Saint Ligier. Si commencha li assaus durs,
     20  grans et fors merveilleusement. Chis fors de Saint
         Ligier siet sour une roche que on ne puet, fors à
         malaise, approchier; et, au plus foible lés, il y a
         grans fossés qui ne sont mies à passer legierement. Si
         se travilloient li assallant grandement et riens ne faisoient,
     25  mais en y avoit des mors et des blechiés
         grant fuison. Adonc cessa li assaus, et fu aviset pour
         le mieux que on rempliroit les fossés et puis on aroit
         milleur avantage d’assaillir. Si furent les fossés remplis
         à grant paine et tout teret par deseure [telement
     30  que tout homme y pouoit passer]. Quant li Breton,
         qui dedens le fort estoient, veïrent che, si se doubtèrent
    [90] plus que devant, et raison fu, et entrèrent en
         traictiés. Chil seigneur d’Engleterre qui avoient bien
         ailleurs où entendre tant as besoingnes dou roi de
         Navare comme à delivrer pluisieurs fors que li Breton
      5  tenoient en Bourdeloix et en Bayonnois, s’acordèrent
         legierement à ces traictiés; et fu li fors de Saint
         Ligier rendus parmi tant que chil qui le tenoient s’en
         partoient sans peril et damage, yaux et le leur, et
         estoient conduit là où il voloient aller. Ensi demora
     10  li fors de Saint Ligier englès, et vinrent li seigneur
         ou castel de Mortaigne. Si trouvèrent le soudis de
         l’Estrade ou parti que li hiraus avoit dit. Si fu mis
         en arroy, ensi comme il appartenoit, et li fors rafresquis,
         ravitailliés et repourveus de nouvelles gens;
     15  et puis s’en retournèrent par la rivière de Garonne
         à Bourdiaux le cemin que il estoient venu.


         § 65. Quant chil chevalier furent retourné à Bourdiaux,
         entrues que il s’i rafresquissoient, il entendirent
         que à sis lieuwes de là il y avoit Bretons qui
     20  tenoient un fort que on dist Saint Maubiert, en un
         païs que on appielle Madoch, liquel Breton grevoient
         grandement le païs où il sejournoient. Si fisent chargier
         leurs pourveances grandes et belles sus la rivière
         de Garonne et toute leur artillerie; et puis montèrent
     25  as chevaux environ trois cens lances, et s’en vinrent
         par terre jusques à Saint Maubiert. Là estoient des
         Gascons avoec [messire Jehan] de Noefville, messires
         Archebaus de Grailly, [messires Pierres] de Rosem, li
         sires de Duras et [Thomas] de Courton. Quant chil
     30  baron et leurs routes furent venu devant Saint Maubert,
         il se logièrent et tantost allèrent assaillir; et y
    [91] heut de ce premier grant assaut et dur, car li Breton
         qui Saint Maubert tenoient, estoient toutes gens de
         fait et de grant volenté, et avoient un cappitaine breton,
         un escuier allosé et usé d’armes, qui s’appielloit
      5  Virelion, auquel il se ralioient et par qui conseil
         il usoient. Chis premiers assauls ne greva nient les
         Bretons. Adonc se retraïsent Englès et Gascon à leurs
         logeis, et à l’endemain il fisent drechier leurs engiens
         devant le fort, qui jettoient pières et mangonniaux
     10  pour effondrer les thois de le tour où il se tenoient.
         Le tierch jour qu’il furent là venu, il ordonnèrent
         un assaut et disent que telle ribaudaille que chil Breton
         estoient ne leur devoient point longhement tenir
         ne durer. Là heut grant assaut et dur, et tamaint
     15  homme mort et blechié; ne onques gens ne se
         deffendirent si vaillanment que chil Breton faisoient.
         Toutesfois finablement il regardèrent que confort
         ne leur apparoit de nul costé: si entrèrent en traictiés,
         car il veïrent bien que chil seigneur ne les lairoient
     20  point en paix si les aroient conquis, com
         longement qu’il y deussent [demorer]. Traictiés se
         portèrent entre les seigneurs de l’ost et iaux, qu’il
         renderoient Saint Maubert et s’en partiroient, iaux
         et le leur, sans damage, et se retrairoient en Poito
     25  ou quelque part qu’il volroient, et seroient jusques
         à là conduit. Ensi leur fu tenu comme il le traictièrent,
         et se departirent li Breton sans damage et rendirent
         Saint Maubert. Quant li sires de Nuefville le
         reut, il le fist remparer, rafresquir et ravitaillier de
     30  nouvelles pourveances et d’artillerie, et y mist Gascons
         pour le garder et un escuier gascon qui s’appeloit
         Pières de Presiacq, bon homme d’armes et
    [92] vaillant durement; et puis s’en retournèrent à Bourdiaux,
         et là se rafresquirent. Si entendoient tous les
         jours que li sièges estoit devant Panpelune en Navare
         que l’enfant de Castille avoit assegiet, mais il n’ooient
      5  nulles certaines nouvelles dou roi de Navare, dont il
         estoient tout esmerveilliet. Et ossi li rois de Navare
         n’ooit nulles nouvelles d’iaux, dont il lui tournoit
         à grant desplaisir. Nous retournerons as besoingnes
         de Bretaigne et de Normendie, et parlerons dou siège
     10  de Saint Malo et comment il se persevera.


         § 66. Devant la ville de Saint Malo heut grant
         siège et poissant, et fait maint assault et dur, car li
         Englès qui devant se tenoient, avoient bien quatre
         cens canons qui jettoient nuit et jour dedens la forteresse.
     15  Li cappitains qui s’appielloit Morfouace, vaillant
         hommes d’armes durement, songnoit moult
         bien dou deffendre et dou garder, avoec les bons
         consauls de messire Henri de Malatrait, dou seigneur
         de Combor et dou visconte de le Berlière, et tant que
     20  nuls damaiges ne leur estoit encores apparant. Sus
         les plains, ens ou païs, si comme je vous ay dit autreffois,
         estoit toute la fleur de France, tant que de grans
         seigneurs; et se trouvoient bien quinse mil hommes
         d’armes, chevaliers et escuiers, et estoient bien cent
     25  mil chevaux et plus. Et volentiers heussent combatu
         les Englès à leur avantage, se il peussent, et li Englès
         ossi yaux en avoient grant desir, ce poés vous bien
         croire, se il veïssent leur plus biel; mais ce qui leur
         brisoit leur pourpos, et brisa par trop de fois, c’estoit
     30  que il y avoit une rivière grande et grosse, quant li
         mers retournoit, entre [les] deus hos, par coi il ne
    [93] pooient avenir l’un à l’autre. Et toudis se faisoit li
         mine: bien s’en doubtoient chil de Saint Malo.

         Vous devés sçavoir que en tels assemblées et en
         tels fais d’armes comme là avoit, ne pooit yestre
      5  que à le fois li fourrageur ne se trouvassent sour les
         camps ou rencontrassent, car il y avoit des appers
         jovenes chevaliers d’un lés et de l’autre qui se desiroient
         à avanchier. Si en y avoit à le fois des rués jus
         de l’un costé et de l’autre, ensi que en tels fais
     10  d’armes tels aventures aviennent. Li mineur dou
         duc de Lenclastre ouvroient songneusement nuit et
         jour en leur mine pour venir pardesoubs terre dedens
         la ville et faire reverser un pan de mur, affin que
         tout legierement gens d’armes et archiers peussent
     15  entrer ens. De cel affaire se doubtoient grandement
         Morfouache et li chevalier qui dedens estoient, et
         congnissoient assés que par ce point il pooient yestre
         perdu, et n’avoient garde de nul assaut fors de
         cesti là, car leur ville estoit bien pourveue de toute
     20  artillerie et de vivres pour yaux tenir deux ans, se il
         leur besoingnoit, et avoient entr’iaux grant cure et
         grant entente comment il porroient rompre celle
         mine, et estoit le plus grant soing que il avoient dou
         brisier. Tant y pensèrent et traveillièrent que il en
     25  vinrent à leur entente et par grant aventure, ensi
         que les coses doivent avenir merveilleusement.

         Li contes Richars d’Arondiel devoit une nuit faire
         le gait à tout une quantité de ses gens. Chis contes ne
         fu mies bien songneux de faire che où il estoit commis,
     30  et tant que chil de Saint Malo le sceurent, ne
         sçai par leur espies ou autrement. Quant il sceurent
         que heure fu et que, sus le fiance dou gait, toute li
    [94] hos estoit endormie, il partirent secretement de leur
         ville et vinrent à le couverte à l’endroit où li mineur
         ouvroient, qui gaires n’avoient mais à ouvrer pour
         acomplir leur emprise. Morfouache et se route, tout
      5  apparilliet de faire che pour quoi il estoi[en]t là venu,
         tout à leur aise et sans deffence rompirent leur mine,
         de coi il y heut aucuns mineurs là dedens estains
         qui onques ne s’en partirent, car la mine reversa sur
         iaux. Et quant il heurent ce fait, il disent que il
     10  resveillieroient l’ost au lés devers leur ville, affin que
         chil de l’ost sentesissent et congneussent que vaillanment
         il s’estoient porté. Si s’en vinrent ferir en l’un
         des corons, en escriant leur cry et en abatant tentes
         et trefs et logeis et en blechant et ochiant gens, tant
     15  que toute li host se commencha durement à effraer.
         Adonc se commencha à retraire Morfouache et li sien
         dedens Saint Malo sans point de damage. Et chil de
         l’ost s’armèrent et se traïsent devant le tente dou duc
         qui fu grandement esmerveilliés de ceste advenue et
     20  demanda que ce avoit esté. On lui recorda que
         par le faute dou gait on avoit perdu le mine et receu
         ce damaige. Adonc fu mandés li contes d’Arondiel
         devant le duc de Lenclastre et le conte [de Cantebruge].
         Si fu grandement aqueullis de ceste avenue,
     25  mais il s’escusa au plus bel qu’il pot et en fu, si
         comme j’oïch dire adonc, tous honteux et heust
         plus chier avoir perdu cent mille frans.


         § 67. Cheste besoingne avenue et ceste mine perdue,
         li seigneur de l’ost se traïsent ensemble à conseil
     30  pour sçavoir quel cose il feroient. Si regardèrent
         l’un par l’autre que il avoient perdu leur saison,
    [95] lequelle cose n’estoit pas à recouvrer, et que de faire
         nouvelle mine il ne venroient jamais à chief, car la
         saison s’en alloit aval et li yviers approchoit. Si heurent
         conseil, tout consideré pour le meilleur, que il
      5  se deslogeroient et s’en retrairoient en Engleterre.
         Adonc fu ordonné de par le duc et les marescaus
         dou deslogier et de rentrer en leur navie qui gisoit
         à l’ancre ou havene de Saint Malo. Tantost fu deslogiet
         tout et toursé et mis es vassiaux. Il avoient vent
     10  à volenté; si entrèrent en leur navie et siglèrent devers
         Engleterre. Si arrivèrent et prisent terre à Hamptonne,
         et là issirent de leurs vaissiaux et trouvèrent
         que messires Jehans d’Arondiel, la capitaine de
         Hamptonne, estoit allés à Chierebourcq pour rafresquir le
     15  garnison et veoir les compaignons, messire Jehan de
         Harleston et les autres. Ensi se desrompi en celle
         saison li armée des Englès, et se traïsent cascun en
         son lieu; et rapassèrent Alemant et Haynuier le mer
         et retournèrent en leur païs. Si commencièrent à
     20  murmurer les communautés d’Engleterre sus les nobles
         en disant que il avoient en celle saison petit
         esploitié, quant Saint Malo leur estoit ensi eschapée,
         et par especial li contes Ricars d’Arondiel en
         avoit petite grace. Nous nous soufferons à parler de
     25  chiaux d’Engleterre, et parlerons des François et de
         Chierebourcq.


         § 68. Assés tost après le departement de Saint Malo
         et que li François heurent rafresqui le ville et le
         chastel, li connestables de France et li [baron] heurent
     30  conseil que il venroient mettre le siège devant
         Chierebourcq, dont messires Jehans de Harleston estoit
    [96] cappitaine, et avoit dalés lui et desoubz lui pluisieurs
         chevaliers et escuiers, englès et navarois. Mais toute
         ceste grant host ne se traïst mies ceste part, ainchois
         se departirent li dus de Berri, li dus de Bourgoingne,
      5  li dus de Bourbon, li contes de la Marce, li dauffins
         d’Auvergne et tous les chiefs des grans seigneurs, et
         renvoièrent leur gens en leur païs; et li pluisieurs
         vinrent veoir le roi qui se tenoit à Roem, qui liement
         les rechut. Aucun Breton et Normant, environ trois
     10  cens lances, s’en vinrent à Valongne, à sept lieuwes
         de Chierebourcq, et là fisent leurs bastides. Bien
         sçavoient que monseigneur Jehans d’Arondiel avoit
         rafresqui la garnison, et supposoient bien que il y
         estoit encores.

     15  Entre Chierebourcq et Valoingne, de ce costé, ce
         sont tous haus bos et forte forest de une part et
         d’autre jusques à la cité de Coustances. Et [pueent]
         chil de Chierebourc issir et chevauchier sus le païs à
         l’aventure, toutes fois qu’il voellent, car il ont fai
     20  parmi le bois un chemin et si fort haiiet d’un lés et
         d’autre que, quant il sont en leur chevaucie, on ne
         les puet approchier, et est Chierebourcq un des fors
         chastiaux dou monde. Chil qui estoient en garnison
         à Valongne estoient mout courouchiés de ce qu’il
     25  ne pooient porter damage as Englès qui herioient le
         païs. Si s’avisa messires Oliviers de Claiequin, frères
         à messire Bertran, que il venroit à le couverte chevauchier
         parmi les bois et aviser Chierebourq de
         plus près, pour sçavoir se on porroit devant mettre
     30  le siège; à tout le mains, se il pooient prendre la ville
         qui siet bien en sus dou chastiel, il feroient un grant
         esploit, car tantost il l’aroient si fortefiie que chil
    [97] dou chastel ne polroient issir ne saillir hors, qu’il ne
         rechussent damage. Messires Oliviers en ce pourpos
         persevera et prist environ quarante lances et guides
         qui bien le sceurent mener parmi les bois, et se
      5  partirent par un matin de Valoingne et tant chevaucièrent
         que il vinrent oultre les bois à l’encontre de
         Chierebourcq.

         En ce propre jour, estoit messires Jehans d’Arondel
         venus ens ou bourcq esbatre, et [là] avoit amené
     10  [avecques lui] un escuier navarois qui s’appelloit
         Jehan Cocq, pour monstrer la ville. Evous que nouvelles
         vinrent ou bourcq que li François chevauchoient
         et estoient là venu pour aviser la plache:
         «Sire, che dist Jehans Coc à messire Jehan d’Arondiel,
     15  j’ai entendu que messires Oliviers de Claiequin,
         frère dou connestable, a passé le bois pour aviser
         nostre forteresse. Pour Dieu, que il soit poursievis!
         Je vous pense tellement aconduire et mener que il
         ne nous puet escapper que il ne nous viengne ens es
     20  mains. Et d[ou c]onquès tout soit moitié à moitié.»
         --«Par ma foi, ce dist messires Jehans, je le voel.»
         Adonc s’armèrent il secretement et montèrent as
         chevaux, et furent environ cent lances, tous compaignons
         d’eslite; et se partirent de Chierebourcq
     25  et entrèrent ens es bois que onques li Franchois
         n’en sceurent riens, et entrèrent en leur
         chevauchoire.

         Quant messires Oliviers de Claiequin heust avisé le
         plache que il veï durement forte et en lieu impossible
     30  pour assegier ne pour hostoiier, si se retraïst et prist
         le chemin de Valoingne, tout ensi comme il estoit
         venus. Il n’eut pas chevauchié deus lieuwes d’assés,
    [98] quant evous Jehan Coc et messire Jehan d’Arondiel
         et leur route qui avoient esté si justement mené que
         il vinrent droit sur iaux en escriant: «Nostre Dame!
         Arondiel!» Quant messires Oliviers oï ce cri et les
      5  veï de rencontre, si volsist bien yestre à Valongne,
         et monta tantost sus un bon coursier et se cuida
         sauver, car il ne se veoit pas à jeu parti pour combatre.
         Si entrèrent ses gens ou bois, li uns chà et
         l’autre là, et sans deffence; trop peu s’en tinrent
     10  ensamble. Jehans Coc, comme bons hommes d’armes
         et vaillans, poursievi de si près messire Olivier
         que finablement il le prist et fiancha son prisonnier.
         Et en y ot des autres pris dis ou douse; li demorant
         se sauvèrent et se boutèrent ens es bos et retournèrent
     15  à Valongne, quant il peurent, et recordèrent à
         monseigneur Guillaume des Bordes et as compaignons
         qui là estoient, comment il avoient perdu et par embusche,
         et que messires Oliviers de Claiequin estoit
         demorés. Et de che furent li chevalier et escuier bien
     20  courouchiés, mais amender ne le peurent. Si fu messires
         Oliviers de Claiequin de chiaux de le garnison
         de Chierebourcq amenés ou castel, et fu là dit que
         il paieroit bien quarante mil frans. De la prise dou
         chevalier furent grans nouvelles en France et en
     25  Engleterre, et demora la cose un temps en cel estat.


         § 69. Messires Oliviers de Claiequin demora prisonniers
         un temps à Chierebourcq en le garde de
         Jehan Coc, navarois, qui pris l’avoit; mais messire
         Jehan d’Arondiel partoit au pourfit. Depuis fina messires
     30  Oliviers pour lui et pour tous chiaux qui avoecq
         lui furent pris, mais ce ne fu mies si tost.

    [99] Quant la garnison de Chierebourcq fut rafresquie
         et ravitaillie, messires Jehans d’Arondiel s’en parti et
         s’en retourna arrière à Hamptonne dont il estoit
         capitains. Si demorèrent en Chierebourcq avoec messire
      5  Jehan de Harleston, capitaine dou lieu, aucuns
         chevaliers englès, tels que messire Jehan de Coppellant,
         messire Jehan Bourlé, messire Thumas Picourde
         et pluisieurs autres chevaliers et escuiers qui grandement
         ensongnièrent tant qu’il n’i prisent point de
     10  damage. Nous nous soufferons à parler de chiaus de
         Chierebourcq tant que lieux [et temps] venra, et
         parlerons de messire Jehan de Nuefville, senescal de
         Bourdiaus, et de ses compaignons, messire Thomas
         Trivet et des aultres, comment il perseverèrent.


     15  § 70. Bien estoit informés li sires de Noefville, qui
         se tenoit à Bourdiaux, que l’enfant de Castille à tout
         grant poissance d’Espaignols, avoit assegié la bonne
         cité de Panpelune, le visconte de Castielbon et le
         seigneur de Lescut, Raymons de Ramasen et pluisieurs
     20  autres dedens, et si n’ooit nulles certaines nouvelles
         dou roi de Navare où il se tenoit, dont il estoit
         tous esmerveilliés; mès il supposoit que hasteement
         il en orroit nouvelles. Ossi cil dou païs de Bourdelois
         lui prioient trop fort que il ne se volsist mies
     25  departir de la marce de Bourdiaux ne faire vuidier
         ses gens d’armes, tant que gens d’armes bretons ne
         françois tenissent riens sus le païs. Et par especial on
         lui disoit que chiaux de Besacq herioient trop [le
         païs de] Bordiaux; et demanda li sires de Noefville
     30  quel quantité de Bretons il pooit avoir en Besac. On
         lui dist que il pooient estre environ cinc cens combatans.
   [100] Adonc appella il le senescal des Landes, messire
         Guillaume Helman, et messire Guillaume Scromp,
         puis leur dist: «Prendés deux ou troix cens lances
         de nos gens et ottant d’archiers, et allés veoir chiaux
      5  de Besac, et faites tant que vous en delivrés le païs,
         et puis entenderons à plus grant cose.» Li doi
         chevalier ne veurrent mie desobeïr, mais prisent deux
         cens lances des leurs et ottant d’archiers, et passèrent
         le Garonne, et puis chevaucièrent vers Besac.

     10  Che propre jour que li Englès chevauchoient, ossi
         chil de Besach chevauçoient environ sis vins lances,
         tout contremont la rivière de Garonne, pour sçavoir
         se il trouveroient point de navie, et avoient à capitaine
         un chevalier de Pieregorch qui s’appelloit messires
     15  Bertrans Raymons, bon homme d’armes et allosés
         durement. A une petite lieuwe de Besac, li Englès
         et li François trouvèrent li un l’autre. Quant messires
         Bertrans veï que combatre le convenoit, si ne
         fu nient effraés, mais ordonna ses gens et mist en
     20  bon convenant; et estoient presque tout gascon.
         Evous venus les Englès, lances abaissies et ferant
         chevaux des esporons quanques il pooient randonner,
         et se boutèrent en iaux de plains eslais. Là
         en y ot de premièr[e] venue des abatus des uns et
     25  des autres, et fait tant mainte belle appertise d’armes.
         Finablement li François gascoing ne peurent
         souffrir ne porter le fais, car li Englès estoient
         là grant fuison et toute gent d’eslite: si furent tout
         chil de le garnison de Besac mort ou pris; petit s’en
     30  sauvèrent. Et fu pris messires Bertrans Raimons et
         prisonniers à messire Guillaume Helman; et, tantost
         le camp delivré, il chevaucièrent devers Besac. Quant
   [101] chil de la garnison veïrent que leurs gens estoient
         mort et pris, si furent tout esbahi et rendirent le fort,
         sauf leur vies. Ensi fu Besac englesse, et puis retournèrent
         à Bourdiaux sus la Garonne.


      5  § 71. Che propre jour fu la nuit de la Toussains,
         l’an mil trois cens soissante et dis uit, que li Englès
         retournèrent de Besach; et en ce propre jour vint li
         rois de Navare à Bourdiaux, dont on ne se donnoit
         de garde. Si le recheurent li Englès mout honnourablement
     10  et le logièrent, lui et ses gens, à leur
         aise; et lui demandèrent des nouvelles de son païs
         et des Espaignols, car il en estoient chargiés de l’enquerre
         et dou sçavoir. Il leur en dist assés, et respondi
         plainement que Jehan, l’enfant de Castille, avoit
     15  assegié Panpelune à grant puissance, et estoient mout
         constraint chil qui dedens estoient. Si leur requeroit
         et prioit, scelon l’ordonnance et commandement que
         il avoient heu dou roi d’Engleterre et que il savoient
         les grans alloiances que il avoient ensamble, que il
     20  se volsissent prendre priès de conforter ses gens
         et lever le siège. Chil chevalier d’Engleterre respondirent
         que il en estoient en boine volenté et que
         par iaux ne leur negligence ne demorroit pas le siège
         à lever, mès en ordeneroient hasteement. Et disent
     25  encores ensi: «Sire, vous retournerés en vostre païs,
         et ferés un especial mandement et [assamblerés vos
         gens, et nous serons là sur un certain jour; et quant
         tous seront venus, nous en serons de plus forts ensemble],
         car vos gens cognoissent mieux le païs que
     30  nous ne fachons.» Li rois de Navare respondi que il
         parloient bien et que ensi seroit fait. Despuis ces
   [102] parolles ne fu il avoec les Englès que trois jours. Si
         prist congié et se parti de Bourdiaux, et se mist au
         retour et prist le chemin de la marine, car il y avoit
         environ Bayone et le cité de Dax en Gascoingne
      5  pluisieurs [fors] que Breton tenoient; et tant fist li
         rois de Navare qu’il vint en le ville de Saint Jehan
         dou Piet des Pors, et là se tint.


         § 72. Entroes que li rois de Navare fist son voiage
         à Bourdiaux et sejourna là, et que depuis il retourna
     10  en son païs, Jehans de Castille, aisnés fils au roi
         Henri de Castille qui chiés se faisoit de ceste guerre,
         et le connestable dou roiaume de Castille avoec
         [lui], qui s’appelloit dans Pières de Maric, tenoient le
         siège et avoient en devant tenu environ la bonne cité
     15  de Panpelune et grant gent desous iaux. En leur
         compaignie estoient li contes dant Alphons, li contes
         de Medine, li contes de Marions, li contes de Ribède,
         Pières Ferrans de Balesque et Pierres Gonsart de
         Mo[n]desque et pluisieurs autres barons et chevaliers
     20  de Castille et leurs gens. Et avoient cil Espaignol, en
         venant devant Panpelune, pris et ars la ville de Lorinch
         et le cité de Viane dalés Le Groing; et n’i avoit
         seigneur nul en Navare, qui s’osast monstrer contre
         iaux, mais se tenoit cascuns en son fort et ens es
     25  montaignes. Et tout che savoit bien li rois de Navare, car
         tous les jours il avoit messagiers allans et venans;
         mais ils seulx n’y pooit remediier sans le poissance et
         le confort des Englès.

         Li sires de Noefville, qui se tenoit à Bourdiaux et
     30  qui là estoit envoiés de par le roi d’Engleterre et son
         conseil, ensi que vous sçavés, pooit bien savoir les
   [103] nouvelles des grans alliances que li rois ses sires et li
         rois de Navare avoient ensamble, et avoit ja prommis
         au roi de Navare que il les acompliroit à son loial
         pooir. Si pensa sus et appella messire Thomas Trivet,
      5  un moult vaillant chevalier, et lui dist: «Messire
         Thomas, vous savés comment nous sommes envoiié
         par dechà pour regarder as frontières dou païs et bouter
         nos ennemis hors, et pour conforter et conseillier le
         roi de Navare; et ja a il chi esté et nous a remonstré
     10  le grant besoing que il lui touche. Vous fustes presens
         où je li heuch couvenant que il seroit servis et
         aidiés. Il convient que il le soit: autrement, nous y
         ariens blame, siques, chiers amis et compains, je vous
         ordonne à estre chiés de nos gens en ceste guerre, et
     15  voel que vous y allés à tout sis cens lances et mil
         archiers. Et je demorrai en le marce de Bourdiaux,
         pour tant que j’en suis senescaux et regars de par le
         roi d’Engleterre, et entenderay as besoingnes qui y
         demeurent, car encores n’est pas tous li païs bien
     20  nettiés ne delivrés de nos ennemis.»--«Sires, respondi
         messires Thumas, vous me faites plus d’onneur
         que je ne vaille, et je obeïray à vous, car c’est raison,
         et m’en acquiteray à mon loial pooir.»--«Messire
         Thumas, respondi li sires de Noefville, de cela sui je
     25  tous confortés.»


         § 73. Depuis ne demora gaires de temps que messires
         Thommas Trivès ordonna toutes ses besoingnes
         et se departi de la cité de Bourdiaus à toute sa charge
         de gens d’armes et d’archiers, et prist le chemin de
     30  Dax en Gascoingne. En sa compaignie estoient messires
         Guillaumes Cendrins, messires Thumas Abreton,
   [104] messires Jehan Afuselée, messires Henris Paule, messires
         Guillaume Triquelet, messires Loys Malin, messires
         Thumas Foucque, messires Robers Haston, Andrieux
         [Hausdrach] et [Monnet] de Plaisac, gascons.
      5  Quant ces gens d’armes et leur routes furent parvenues
         jusques à Dax en Gascoingne, il oïrent là
         nouvelles que li rois de Navare estoit à Saint Jehan
         dou Piet des Pors et faisoit là son mandement et son
         amas de gens d’armes; si en furent plus resjoï.

     10  De la cité de Dax estoit capitains uns chevaliers
         d’Engleterre, oncles à messire Thomas Trivet, qui
         s’appielloit messire Mahieu de Gournay, liquels rechut son
         [nepveu] et tous les autres moult liement et les aida
         tous à logier. Li intencion de messire Thumas Trivet
     15  estoit telle que d’aler tout droit son chemin et sans
         arrest; mès monseigneur Mahieux de Gournay li dist:
         «Biaux niés, puisque vous estes chi à poissance de
         gens d’armes et d’archiers, il fault delivrer le païs de
         aucuns Bretons et François qui tiennent bien douse fors
     20  entre chi et Bayonne. Autrement, se vous les laissiés
         derrière, il vous porteront en cel yver trop de contraires;
         et, là où vous le ferés, le païs vous en sara
         bon gré, et je vous en prie.»--«Par ma foy, respondi
         messires Thommas, et je le voel.»

     25  Assés tost apriès ces parolles, il fist ordonner ses
         besongnes, et se misent toutes manières de gens
         d’armes et d’archiers sus les camps, et vinrent devant
         un fort que on clamoit Monpin, que Bretons tenoient;
         et en estoit capitaine uns escuiers de la conté de
     30  Fois, que on appeloit Tallardon. Sitost que ces gens
         d’armes furent là venu, il commenchièrent à assaillir
         fort et dur, et fut appertement continués li assauls et
   [105] tant que de force li fors fu pris. Si furent mort tout
         chil qui dedens estoient, exepté Taillardon, mès il
         demora prisonniers. Si fu li castiaux remparés et
         rafreschis de nouvelles gens; et puis passèrent oultre,
      5  et vinrent devant un fort que on clamoit Clarelack,
         et le tenoient Gascons. Quant ces gens d’armes
         furent venu, il assallirent tantost, mais il ne l’eurent
         mie d’assault ne le premier jour; si se logièrent.
         Quant ce vint à l’endemain, il retournèrent tout à l’assaut
     10  et l’assallirent de si grant volenté que de force
         il le prisent. Si furent tout mort chil qui dedens
         estoient, hormis le capitaine qui estoit bretons bretonnans
         et s’appeloit Yvenès Apprissedi. Chis demora
         devers les Englès prisonniers, et fu li castiaus tous
     15  ars. Et puis passèrent oultre, et s’en allèrent devant
         un autre fort que on nommoit Besenghen; et en estoit
         cappitaine uns escuiers gascons qui s’appelloit Rogiers
         de Morelach. Li Englès furent deus jours devant ainchois
         que il le heussent; et quant il l’eurent, ce fu par
     20  traictiet, et s’en partirent tout chil qui dedens
         estoient, sain et sauf et sans damage, et se retraïst
         cascuns où il amoit le mieux.


         § 74. De ce castiel vinrent il devant Tasseghen, un
         castiel seant à trois lieuwes de Bayone, et misent là
     25  le siège. Sitost que li Bayonnois sceurent que li castiaux
         estoit assegiés, il en furent mout resjoï et vinrent
         là au siège bien cinc cens hommes de le ville à
         lances et à pavais, et y firent acariier le plus grant
         engien de Bayone. Chil de le garnison de Tasseghen
     30  avoient porté tant de contraires as Baïonnois que pour
         ce les desiroient il mout à tous destruire; et jamais ne
   [106] les heussent heus, se n’eust été le sens et l’avis des
         Englès. Avoecq encores toute leur force il furent là
         quinse jours, ainchois que il les peussent avoir, et
         quant il l’eurent, ce fu par traictiet. Encores s’en
      5  partirent il sans damage et sus le conduit et sauveté
         de messire Thumas Trivet, qui les fist mener et conduire
         jusqu’à Bregerach qui se tenoit franchoise. Si
         acatèrent le castiel chil de Bayone as Englès trois mil
         frans, et puis l’abatirent et en fisent mener toute la
     10  pière à Bayone, ne onques depuis n’y heut chastel.
         Si s’en vinrent li Englès rafresquir à Bayone, où il
         furent recoellit à grant joie et heurent toutes coses à
         leur volentet parmi leurs deniers païans.


         § 75. Li rois de Navare, qui se tenoit en la ville de
     15  Saint Jehan dou Piet des Pors, estoit durement courouchiés
         de ce que li Englès sejournoient tant à venir,
         car ses païs estoit en très grant peril. Et bien vous di
         que Panpelune eust esté prise et conquise des Espaignols,
         se n’eust esté li sens et la boine garde dou
     20  visconte de Chastielbon, qui en estoit cappitaine à
         tout deus cens lances de Gascons et Foisois; mais li
         sens de lui et la bonne ordonnance le garda de tous
         perils.

         De la ville de [Thudelle] en Navare estoit capitaine
     25  messires Perducas de Labreth. De la cité de Mirande
         estoit cappitains li contes de [Pallas], et avoec lui
         messires Rogiers, ses frères. De une autre forte ville
         en Navare que on appelloit Arques, estoit cappitaines
         uns chevaliers de Casteloingne qui s’appelloit messires
     30  Raymons de Baghes. Sur le fiance de ces cappitains
         se tenoit li rois de Navare à Saint Jehan du Piet
   [107] des Pors, et les laissoit convenir. Mais tous li plas
         païs environ Panpelune estoit rifflés et perdus, ne
         nuls ne tenoit les camps fors li Espaignol, et cuidoient
         bien que par lonc siège la cité de Panpelune
      5  se deuwist rendre, mais il n’en estoient en nulle
         volenté, car li viscontes de Castielbon et li sires de
         Lescut et Guillaumes de Pans et Hortingos ensongnièrent
         grandement et tant que li Espaignol se commenchièrent
         tout à tasner, car li yviers leur venoit
     10  et estoit environ le Saint Andrieu. Si leur commencièrent
         vitailles à faillir, et, se n’eust esté le visconte
         de Rochebertin, qui les rafresqui de gens d’armes et
         de soixante sommiers de vitaille, il se fussent parti
         très le Toussains.

     15  Li rois de Navare envoia un sien chevalier qui
         s’apeloit messires Pierres li Bascles, devers les Englès,
         en priant que il se volsissent delivrer, et que trop
         longhement metoient au venir, scelon ce que besoings
         touchoit et que il avoient heu en convenant. Li chevaliers
     20  esploita si bien qu’il vint en le marce de
         Bayone et trouva les Englès devant un chastel qui
         s’appielle Pouillac. Si fist son message bien et à point
         et tant que messires Thumas Trivès dist que, ce fort
         conquis par traictié ou autrement, il n’entenderoit
     25  jamais à autre cose si seroit allés en Navare, et que,
         sus ceste parole, li chevaliers pooit bien retourner, et
         retourna. Ne demora depuis que deus jours que li
         castiaus se rendi par traictiet, et se partirent chil qui
         dedens estoient, et fu rafresqui de nouvelles gens.
     30  Che castiel pris, le païs demora assés à paix. Encores
         y avoit aulcuns petis fors qui se tenoient, moustiers
         et eglises, et qui heriioient le païs quant il pooient,
   [108] mais il n’avoient nulle poissance grant. Si ne veurent
         mie li Englès plus sejourner, mais disent que il voloient
         aller en Navare et lever le siège de Panpelune
         et com[ba]tre les Espaignols.


      5  § 76. Messires Thommas Trivès et messires Mahieus
         de Gournay et toutes leurs gens s’en retournèrent à
         Dax en Gascongne, et là sejournèrent par quatre
         jours et s’i rafresquirent. Au cinquime jour, il s’en
         partirent et prisent le chemin de Navare; mais messires
     10  Mahieus de Gournay retourna en le cité de
         Bayone avoec chiaux de sa delivrance, pour garder le
         païs et reconquerir cel yvier aucuns petis fors qui se
         tenoient de Bretons.

         Tant esploitièrent messire Thumas Trivès et se
     15  route que il vinrent à Saint Jehan dou Piet des Pors,
         et là trouvèrent le roi de Navare qui les rechut à
         grant joye. Si se logièrent li chevalier en le ville, et les
         gens d’armes et li archier sus le païs au mieux qu’il
         peurent. Li rois de Navare, endevant ce, avoit fait un
     20  très grant mandement par son païs que toutes manières
         de gens, en eage pour porter armes, venissent
         devers lui et se assamblassent devant la cité de Mirande.
         Nuls n’osa desobeïr au commandement dou
         roi, et se pourveïrent et apparillièrent parmi Navare
     25  chevalier et escuier et toutes autres gens as lances et
         as pavais, et [s’ordonnèrent] pour venir devant Panpelune
         combatre les Espaignols.

         Nouvelles vinrent en l’ost que li Englès à tout
         grant poissance estoient avoecq le roi de Navare à
     30  Saint Jehan dou Piet des Pors et que il se trouvoient
         bien vint mil hommes d’armes parmi les archiers
   [109] pour iaux venir combatre. Adonc se misent les capitaines
         ensamble pour conseillier quel cose il feroient
         et comment il se maintenroient, se il attenderoient
         le roi de Navare ou non, ou se il retrairoient. Là
      5  heut en l’ost grant conseil et longhement parlementé.
         Et voloient li aucun des capitaines que li Englès et
         Navarois fussent attendu; et li autre disoient non, et
         que il n’estoient point si fort que pour attendre tel
         poissance encores en l’ivier, et que par lonc siège il
     10  estoient trop travilliet. Chis parlemens fu longhement
         debatus. Toutesfois finablement uns certains
         arriest et consaux fu donnés dou deslogier et retraire
         tout sagement et bellement en leur païs. Et che qui
         plus les inclina à ce faire, car bien disoient li pluisieurs
     15  vaillans hommes, chevalier et escuier usé d’armes,
         que point ne faisoient leur honneur, che fu ce
         que dans Henris de Castille, estans en son païs puis
         quinse jours, avoit remandé son fils et ne voloit plus
         que li sièges se tenist devant Panpelune. Si se deslogièrent
     20  li Espagnol. A leur deslogement, il boutèrent
         les feus dedens leur logeis, et retraïsent devers Le
         Groing et devers Saint Dominique en Castille. Quant
         chil de Panpelune, qui estoient mout abstraint, veïrent
         les deslogemens, si en furent tous resjoïs, car il n’avoient
     25  pas esté toudis à leur aise.


         § 77. Nouvelles vinrent au roi de Navare et as Englès
         qui se tenoient à Saint Jehan dou Piet des Pors
         que li Espaignol estoient deslogiet et retrait en leur
         païs; si en furent par semblant tout courouchiet, car
     30  volentiers les heussent combatus. Nonobstant ce, il
         se deslogièrent de là où il estoient logiet, et s’en
   [110] vinrent vers Panpelune. Si trouvèrent le [vis]conte de
         Chastelbon et le seigneur de Lescut et les autres qui
         les recoeillirent liement. Quant ces gens d’armes et
         leurs routes se furent deux ou trois jours rafresquis
      5  à Panpelune, il heurent conseil que il se partiroient
         et s’en iroient par garnisons pour estre mieux au
         large et pour plus aise passer l’ivier, car les montaignes
         de Navare sont trop dures et trop froides en
         yvier pour hostoyer et trop y a de nège. Si furent ordené
     10  li Englès que de aller à Thudelle, et là allèrent.
         Et li contes de Palas et messires Rogiers, ses frères,
         s’en allèrent à Corelle, et li sires de Lescut au Pont
         la Roïne, li viscomtes de Casti[e]lbon à Mirande, et
         Monnet de Plaisac à Caskain. Ensi se departirent ces
     15  gens d’armes, et li rois de Navare [demora] à Panpelune
         o chiaux de son hostel. Ensi se tenoient ces
         garnisons en Navare tout en paix et sans riens faire,
         et ne monstroient point que en l’ivier il volsissent
         chevauchier. De coi tout li Espaignol ossi se departirent,
     20  et s’en alla li rois dans Henris à Sebille pour là
         sejourner, et y mena sa femme et ses enfans.

         Messires Thumas Trivès et si compaignon qui se
         tenoient à Thudelle et qui encores n’avoient riens fait
         despuis qu’il vinrent en Navare, entendirent par
     25  leurs espies que li Espaignol estoient retrait. Si se
         avisèrent que il chevaucheroient vers Espaigne pour
         emploier leurs gaiges, car li yviers, quoiqu’il fust
         mout avant, estoit si courtois que riens de froit n’y
         faisoit, mais ossi souef que en waïn. Si misent secretement
     30  une chevaucie sus de gens d’armes, d’archiers
         et de pavescheurs, et le segnefièrent au conte de
         Pallas et à monseigneur Rogier, son frère, et y vinrent
   [111] à tout deus cens lances et trois cens pavescheurs.
         Si fisent chargier sus sommiers grant plenté de pourveanches,
         vins et vivres, et s’assemblèrent tous à Thudelle,
         et pooient estre en tout uit cens lances et
      5  douse cens archiers et ottant d’autres gens, brigans
         et pavescheurs. Et puis se departirent et vinrent
         droitement la vegille dou Noël, en une belle praerie
         et sus une rivière au piet de la montaigne de Mont
         Kaieu, laquelle depart les trois roiaumes, Navare,
     10  Castille et Arragon. Et d’autre part la montaigne est
         uns païs en Castille qui s’appielle le Val de Sorie; et
         fist ce jour si bel et si caut que il se disnoient tout
         seant à table ou sus leurs sommiers en purs leurs
         chiefs.


     15  § 78. Quant il heurent disné, toutes les cappitaines
         se traïsent ensamble à conseil pour savoir comment
         il se maintenroient pour celle nuit et se il se
         tenroient là le jour dou Noël, ou se il feroient aucun
         esploit d’armes, car il estoient à l’entrée de le terre
     20  de leur ennemis. Conseillié fu que de nuit il chevauceroient
         et venroient, à l’ajournement dou jour de
         Noël, eschieller la cité dou Val de Sorie. Chis consaus
         fu tenus et arrestés, et s’ordonnèrent toutes manières
         de gens sur che, et ne devoient estre à che faire
     25  que trois cens lances; et demoroient tout li demorant
         et gent de piet et leurs pourveances là où il
         estoient logiet, jusques à l’endemain qu’il leur
         seroit segnefié comment il aroient esploitié. Li contes
         de Palas à tout cent lances, li viscontes de Castelbon
     30  à tout cent lances et messires Thumas Trivès et se
         route avoient guides qui les devoient mener, et
   [112] devoient chevauchier en trois routes et en troix
         agais pour plus secretement faire leur emprise et
         mieux venir et plus aise à leur entente. Environ deus
         heures de nuit, il s’armèrent tout et furent as chevaus,
      5  et n’avoient nulles trompettes, mais les capitaines
         et guides savoient bien les certains lieus où il
         se devoient retrouver pour venir tout et d’un point
         devant le Val de Sorie. Et avoient ja passet le montaigne
         et trespasset, et chevauchoient sur les plains,
     10  quant uns gresis et une grosse nège commencha à
         venir si fort et si roit que merveilles fu; et là dirent
         les ghides qu’il avoient perdu leur chemin, et furent
         en grant destroit de froit et de nège, et chevaucièrent
         à l’endemain jusques à nonne, ainchois qu’il
     15  peussent trouver l’un l’autre. Cheste mesaventure
         des Englès cheï grandement à point pour chiaux dou
         Val de Sorie qui ne se donnoient garde de ceste
         [chevauchée et] embusce, car, se il se fussent tout
         trouvé ensamble à l’heure que ordonnée il avoient,
     20  il l’eussent heu par eschiellement ne ja n’i heussent
         failli.


         § 79. Quant messires Thumas Trivès et chil qui
         ces gens d’armes menoient veïrent que il avoient
         failli à leur entente, si furent durement courouchié;
     25  si se recoellirent et remisent ensamble au mieux
         qu’il peurent, et puis heurent nouvel conseil. Si se
         conseillièrent de boire un cop sus les sommiers et
         puis envoiier courir devant le Val de Sorie. Ensi fu
         fait. Tantost apriès le desjung qui fu mout brief,
     30  messires Raymons de Baghes, navarois, fu esleus à
         quarante lances de faire une course devant la ville
   [113] pour atraire les geniteurs qui le gardoient. Si chevaucha
         li chevaliers et li sien devant le Val jusques as
         barières, et là ot grant escarmuche, car chil geniteur,
         qui estoient bien deus cens, saillirent tantost hors
      5  et commencièrent à traire et à lanchier sus ces gens
         d’armes, qui petit à petit se reculoient pour iaux traire
         plus avant hors de leur ville. Et vous di que il heussent
         vaillanment foulé ces gens d’armes, se li embusche
         ne fust traite avant; mais il vinrent tout esperonnant
     10  jusques à là, abaissant les lances et frapant
         en iaux. Si en y ot de premièr[e]s venues mout d’abatus,
         de mors et de bleciés, et furent rebouté, à
         leur grant damage, dedens leur ville. Si fremèrent
         leurs barrières et leurs portes, et puis montèrent as
     15  cretiaux, car il cuidoient bien avoir l’assaut; mais
         non heurent, car li Englès et li Navarois se retraïsent
         et rappassèrent la montaigne de Mont Kayeu tout
         de jour et revinrent à leurs logeis où il trouvèrent
         leurs gens. Si se tinrent là celle nuit, et l’endemain,
     20  qui fu le jour Saint Estiène, il se retraïsent devers
         une ville prochaine de là, que on dist Cascan, en
         Navare; et là trouvèrent le roi qui y estoit venus
         le vegille dou Noël. Mais, en venant en la ville de
         Cascan, li Englès ardirent le jour Saint Estièvene aucuns
     25  villages ou Val de Sorie, et par especial un gros
         village qui s’appelle Nigrète, et le pillèrent tout.


         § 80. Les nouvelles vinrent au roi dan Henri de
         Castille, qui se tenoit à Sebille ou [cuer] de son
         royaume, que li Englès avoient chevaucié et ars ou
     30  Val de Sorie, en faisant guerre pour le roi de Navare.
         Si en fu durement courouchié et jura que che
   [114] seroit amendé, et escripsi tantost lettres devers son
         fil Jehan de Castille, en lui mandant expressement
         que il fesist un mandement par tout son roiaume
         des nobles, et les assemblast, car il seroit temprement
      5  en Espaigne et se contrevengeroit sur le roi de Navare
         des despis que on lui avoit fais. L’enfant de
         Castille ne volt ne n’osa desobeïr au commandement
         de son père, et fist et intima le mandement, ensi que
         commandé lui fu.

     10  Entroes que ces gens d’armes s’assemblèrent et que
         li rois Henris estoit encores à venir, messires Thumas
         Trivès se avisa que il metteroit sus une petite chevaucie
         de gens d’armes et iroit devant une ville en
         Espaigne que on dist Alphore. Si se parti un soir de
     15  Caskan et dou roi de Navare, et chevaucha; et n’avoit
         en sa compaignie que cent lances, mais c’estoient
         toutes gens d’estoffe. Et chevaucièrent devers Alphore:
         sus l’adjournement, il vinrent à une petite
         lieuwe de le ville et se boutèrent là en embusche. Si
     20  furent envoiiet pour courir devant le ville messires
         Guillaumes Cendrins et Andrieus Hausdrac, et avoient
         en leur compaignie environ dis lances: si vinrent
         jusques à un rieu qui queurt devant la ville, lequel
         on passe oultre à grant meschief. Touteffois il le
     25  passèrent, et fisent Andrieus Hausdrac et Pières
         Mascles, navarois, saillir oultre leurs coursiers, et
         vinrent jusques as barrières. Adonc commencha li
         effrois grans et fors à lever en la ville, et sonnèrent
         leur trompettes les gens d’armes qui dedens estoient.
     30  Si s’assemblèrent et ouvrirent leur portes et les barrières;
         si se misent tout au dehors et commenchièrent
         à traire et à escarmuchier. Des dis lances n’en y
   [115] avoit plus qui heussent passé le rieu, que les deux
         dessus nommés. Si retournèrent, quant il veirent le
         faix venir et fisent rassaillir leurs coursiers oultre.
         Chil d’Alphore veïrent que ces gens n’estoient c’un
      5  petit et riens ne savoient de leur embusche: si les
         sieuwirent caudement de près et passèrent le rieu à
         un pont amont où il savoient bien le passage.
         Ches dis lances se fisent cachier jusques à leur enbusche;
         adonc sallirent avant messires Thumas Trivès et
     10  li aultre, en escriant leur cri, et se boutèrent en ces
         gens qui estoient yssu hors d’Alphore et en portèrent
         à ce commenchement de leurs lances grant fuison
         à terre. Au voir dire, li Espaignol ne peurent
         longhement durer contre les Englès et retournèrent
     15  qui mieux mieux; mais trop petit s’en sauvèrent, qui
         ne fussent mort ou pris. Li effrois fu grans en la
         ville, et le cuidièrent li Englès trop bien avoir de
         venues [pour tant que il veoient que les gens du lieu
         se desconfissoient], mès non heurent, car les femmes
     20  de la ville le sauvèrent et recouvrèrent par leur bon
         convenant. Car entroes que li Englès passoient le rieu,
         elles [s’ensonnièrent] et vinrent clorre et fermer les
         barrières et le porte, et puis montèrent as cretiaux de
         la ville et monstrèrent grant volenté de elles deffendre.
     25  Quant messires Thumas Trivès en veï l’ordenanche,
         si dist en riant: «Velà bonnes femmes! Retournons
         arrière; [nous n’avons riens fait.» Adonc
         retournèrent il et passèrent le rieu où il l’avoient
         passé, et retournèrent] vers Caskan et enmenèrent
     30  leur prisonniers, et tant fisent que il y parvinrent.
         De ceste chevauchie acquist grant grace messires
         Thumas Trivès au roy de Navare.


   [116] § 81. Environ quinse jours après que messires
         Thumas Trivès ot fait ceste chevaucie devant Alphore
         et que il fu retraict en la garnison de Caskan, Jehans,
         fils au roi dant Henri de Castille, qui son mandement
      5  avoit fait par tout le roiaume de Castille au
         commandement et ordonnance de son père, s’en vint
         à Alphore à tout vint mil hommes à cheval et à piet,
         en grant volenté de combatre les Englès et les gens
         le roi de Navare. Quant li rois de Navare sceut ces
     10  nouvelles, il s’en vint à Thudèle, et messires Thumas
         Trivès et li Englès en sa compaignie, et manda tous
         chiaux des garnisons dou roiaume de Navare. A son
         mandement ne volt nuls desobeïr, et vinrent tantost
         devers lui et se logièrent à Thudelle ou là environ,
     15  et n’atendoient autre cose que li Espaignol chevauchassent.
         Ossi li Espaignol n’atendoient aultre cose
         que li rois Henris fust venus, liquels se parti de
         Sebille à grant gent et chevaucha parmi sen roiaume,
         et fist tant que il vint à Saint Dominge, et là s’arresta;
     20  et ses gens se logièrent sus les camps et desoubs
         les oliviers. Quant Jehans, ses fils, sceut que ses pères
         estoit venus à Saint Dominge et là logiés, si se parti
         de Alphore et là se retraïst et toutes ses gens. Et vous
         di que c’estoit li intencions des Espaignols de venir
     25  mettre le siège devant Tudèle, et enclorre le roi de
         Navare là dedens, ou combatre. De tout ce estoit li
         rois de Navare tous enformés, et bien veoit et savoit
         que il n’avoit mie puissance de attendre à bataille le
         roi Henri [si estoffeement acompaigné], car il avoit
     30  plus de quarante mil hommes à cheval et à piet.

         Entre le roi Henri et le roi de Navare avoit aucuns
         sages vaillans hommes de l’un roiaume et de l’autre,
   [117] prelas et barons, qui ymaginoient le grant peril et
         damaige qui entre iaux naistre en porroient, se par
         bataille s’entre encontroient. Si commenchièrent à
         traictier sus une partie et l’autre d’un respit avoir
      5  pour mieux amoiienner les besoingnes. Et convint les
         traicteurs avoir beaucoup de paine et de traveil
         d’aller de l’un à l’autre, ainchois que la besoingne
         se peust entamer, car li Englès, qui se trouvoient bien
         doy mille, se tenoient grant et orgheilleux contre les
     10  Espaignols et conseilloient au roi de Navare la bataille.
         D’autre part, li Espaignol, qui estoient grant
         fuison, amiroient petit les Englès ne les Navarois:
         pour tant estoient li traictié plus dur à conclurre.
         Nequedent tant y traveillèrent chil qui s’en essonnièrent,
     15  que uns respis fu pris entre ces deux rois et
         leurs roiaumes à durer sis sepmaines, et là endedens
         bonne paix, mais que on l’i peust trouver. Et estoit
         li intencion des traicteurs que uns mariages se feroit
         de l’enfant de Castille, aisné fil au roy Henri, à la
     20  fille dou roi de Navare, par coy plus sceure et
         plus ferme pais demorroit et seroit entr’iaux à tousjours.
         A ce entendoit li rois de Navare volentiers, car
         il veoit sa fille hautement mariée et dalés lui. Chis
         premiers traictiés ne se peut tenir, car l’enfant de
     25  Castille estoit obligiés ailleurs par mariage.

         Or fu regardé des prelas et barons de l’un roiaume
         et de l’autre, que Charle de Navare, aisné fils dou
         roi de Navare, aroit la fille dou roi dant Henri. Chis
         traitiés passa oultre, parmi tant que li rois dant
     30  Henri devoit tant faire envers le roi de France, en
         cui garde Charle de Navare estoit, que il devoit
         retourner en Navare, ensi qu’il fist. Car à sa prière li
   [118] rois de France l’i renvoia, et deubt, parmi le mariage
         faisant, li rois de Navare prester dis ans, en cause de
         sceureté, au roi Henri le ville et le castel de l’Estoille,
         le cité et le chastel de Thudelle, le ville et le chastel
      5  de la Garde; et devoit li rois Henris rendre as Englès
         messire Pière de Courtenay qui estoit son prisonnier,
         ensi qu’il fist, et le seigneur de Lespare, gascon.
         Toutes ces coses furent seelées, confermées et
         accordées et jurées à tenir fermes et estables à tousjours
     10  mais entre l’un roi et l’autre et leurs roiaumes;
         et quiconques les brisoit ne rompoit par aucune incidence,
         il se metoit et soubmettoit en la sentence
         dou pape.


         § 82. Entroes que cil traictié se faisoient et composoient,
     15  li rois de Navare, qui estoit tenus devers
         les Englès en le somme de vint mil frans, pour lui
         acquiter envers iaux, [envoya] en Arragon le visconte
         de Chastelbon pour querir ces deniers et emprunter
         au roi d’Arragon, liquels rois lui presta volentiers.
     20  Mais ses bonnes villes en demorèrent en plèges, telles
         que Panpelune, Mirande, le [Pont] le Roïne, Corelle
         et Saint Jehan dou Piet des Pors. Ensi furent li Englès
         paiiés [et delivrés], et se partirent content dou
         roi de Navare et retournèrent arrière à Bourdiaus et
     25  de là en Engleterre. Et li mariage se fist de Charle
         de Navare et de la fille au roi Henri qui s’appielloit
         Jehanne, mout belle dame.

         En cel an, trespassa li rois dans Henris de Castille,
         dont tous ses roiaumes fu durement courouciet.
     30  Tantost après son trespas, li Espaignol et li Castellain
         couronnèrent à roi son aisnet fil dant Jehan. Si
   [119] demora rois par l’acort des prelas et des barons dou
         roiaume d’Espaigne, de Castille, de Galice, de Sebille
         et de Corduan, et li jurèrent tout foi et hommage
         à tenir à tousjours mais. Adonc s’esmut la
      5  guerre entre le roi de Portingal et le roi Jehan de
         Castille, qui dura mout longhement, sicomme vous
         orrés recorder avant en l’istore; mais nous retournerons
         as besoingnes de France.


         § 83. Vous avés bien chi dessus oï recorder comment
     10  li sires de Moucident se tourna françois par le
         prisse où il fu pris à Ymet en Gascongne, et comment
         il vint en France veoir le roi de France et
         sejourna bien un an ou plus à Paris. Et tant i fu
         que il i prist desplaissance, car il cuida au
     15  commenchement et ossi [au] definement trouver au roi de
         France tel cose que il ne trouva mies, dont il se
         merancolia et se repenti grandement de ce que il
         estoit tournés françois; mais il dissoit que ce avoit
         esté par constrainte et non par autre voie. Si s’avisa
     20  que il s’embleroit de Paris, où il avoit trop sejourné,
         et retourneroit en son païs et se renderoit englès,
         car mieux en corage li plaissoit li services dou roi
         d’Engletière que dou roi de France. Si [fist] ensi
         comme il l’ordonna, et donna à entendre à tous
     25  chiaulx dont il avoit la connissance, excepté à chiaux
         de son conseil, que il estoit dehaitiés. Si monta un
         soir à cheval li troisime, tous desconneux, et se
         parti de Paris et chevaucha vers son païs: ses gens
         petit à petit le sievirent. Tant esploita par ses journées
     30  que il vint à Bourdiaux. Si trouva là messire
         Jehan de Nuefville, senescal de Bourdiaulx, à qui il
   [120] recorda son aventure: si se tourna englès et dist que
         il avoit plus chier à mentir sa foi deviers le roi de
         France que enviers son naturel signeur le roi d’Engletière.
         Enssi demora li sires de Moucident englès
      5  tant comme il vesqui. De quoi li dus d’Ango fu
         moult courouchiés et dist bien et jura que, se jamais
         le tenoit, il li toroit la teste. De che estoit li sires de
         Moucident tous enfourmés et avisés: si se gardoit
         dou mieux qu’il pooit.


     10  § 84. Encores se tenoit li sires de Lagurant
         françois, liquels estoit uns moult apers chevaliers, et
         faissoit pluiseurs contraires en la terre les signeurs
         retournés englès qui li marcissoient, tels que le
         signeur de Moucident, le signeur de Rosem et le
     15  signeur de Duras. De quoi chil troi baron estoient
         moult courouchiet, et metoient grant entente à ce
         que il le peuissent ochire ou faire ochire, car il leur
         estoit trop fors ennemis. Li sires de Lagurant, qui
         estoit uns chevaliers de grant volenté, chevauchoit
     20  un jour [et avoit] en se compaignie environ quarante
         lances; et vint assés priès de une garnisson englesche
         que on dist Canillac, qui estoit de l’iretage le captal
         de Bues et à son frère. [Si] fist une embusce de ses
         gens en un bois et dist: «Demorez chi. Je voel aler
     25  tous seulx courir devant che fort pour savoir se nuls
         saudra hors contre nous.» Ses gens demorèrent. Il
         chevaucha oultre montés sur fleur de coursier, et vint
         devant les barrières de Canillac et parla as gardes et
         demanda: «Où est Bernars Courans, vostre cappitaine?
     30  Dites li que li sires de Lagurant li demande
         une jouste. Il est bien si boin homme d’armes et si
   [121] vaillans que il ne le refusera pas pour l’amour de sa
         dame; et, se il le refuse, il li tournera à grant blame,
         et dirai partout où je venrai, que il m’ara refusé
         par couardisse une jouste de fier de lance.» A la
      5  barrière, pour l’eure, estoit uns des varlès Bernart
         Courant, qui li dist: «Sire de Lagurant, j’ai bien
         oï [vostre parole]. Or vous souffrés un petit: je irai
         parler à mon maistre. Ja ne sera reprocié que par
         lasqueté il vous refusse, mais que vous le voelliez
     10  atendre.»--«Par ma foi, respondi li sires de
         Lagurant, oïl.» Li varlès se part[i] et vint en une
         cambre où il trouva son maistre: [si] li recorda les
         parolles que vous avés oïes. Quant Bernars ot che
         entendu, [si] li engroissa li cuers ou ventre, et felenia
     15  grandement et dist: «Çà, mes armes! Ensielés
         moi mon coursier: il n’en ira ja refussés.» Tantos
         fu fait: il s’arma et monta à cheval, et prist sa targe
         et son glave, et fist ouvrir la porte et la barrière, et se
         mist as camps.

     20  Quant li sires de Lagurant le veï venir, si fu tous
         resjoïs et abaissa son glave, et se mist en ordenance
         de bon chevalier, et ossi fist li escuiers; si esperonnèrent
         leurs chevaulx. Tout doi estoient bien monté
         et à volenté; si se consievirent si roidement des
     25  glaves enmi leurs escus que elles vollèrent en pièces.
         Au passer oultre, Bernars Courans consieuwi à meschief
         de l’espaulle le signeur de Lagurant et le bouta
         hors de sa selle et le jetta sus la terre. Quant Bernars
         Courans le veï aterré, il fu tous resjoïs et tourna
     30  tout court son coursier sus li, et à ce que li sires de
         Lagurant se releva, Bernars, qui estoit fors escuiers
         et appers, le prist à deux mains par le bacinet et le
   [122] tira si fort à lui que li esracha hors de la teste et le
         jetta desoulx son cheval. Les gens le signeur de
         Lagurant, qui estoient en l’embusce, veoient bien
         tout ce: si se commenchièrent à desrouter pour
      5  venir celle part et rescoure leur signeur. Bernars
         Courans regarda sus costé et les veï venir: si
         traïst sa dague et dist au signeur de Lagurant:
         «Rendez vous, sire de Lagurant, mon prisonnier,
         rescous ou non rescous; ou autrement vous
     10  estes mors.» Li sires de Lagurant, qui avoit fiance
         en ses gens pour estre rescous, se taissi tous quois
         et riens ne respondi. Quant Bernars Courans veï che
         que il n’en aroit autre cose, si fu tous enflamés d’aïr
         et se doubta que il ne perdesit le plus pour le mains,
     15  et li avalla une dague que il tenoit sus le cief que il
         avoit [tout nut] et li embara là dedens; et puis le
         rasache, et fiert cheval des esperons et se relance ens
         es barrières, et là descent, et se met en bon convenant
         pour li deffendre et garder, se il besongnoit. Quant
     20  les gens le signeur de Lagurant furent venus jusques
         à lui, il le trouvèrent navré à mort. Si furent tout
         courouchié et en ordonnèrent et aparillièrent au
         mieux qu’il peurent, et le raportèrent arrière en son
         chastiel; mais il morut à l’endemain. Enssi avint en
     25  che tamps en Gascongne de che signeur de Lagurant.


         § 85. En che tamps avint uns fais d’armes en Rocelois,
         car Helios de Plaisac, uns moult adurés escuiers
         et vaillans homme as armes, estoit cappitainne de
         Bouteville, un fort englès, et tenoit là en garnisson
     30  environ sis vins lanches de compaignons englès et
         gascons qui moult constraindoient le païs et couroient
   [123] priès que tous les jours en devant la Rocelle
         [et] en devant Saint Jehan l’Angelier, et tenoient ces
         deus villes en tels doubtes que nuls n’ossoit issir fors
         en larcin. Dont li chevalier et li escuier dou païs
      5  estoient moult courouchiet, et s’avisèrent un jour
         qu’il i pourveroient de remède à leur loial pooir,
         car il seroient de leurs ennemis mort ou pris sus les
         camps. Si se quellièrent et asamblèrent en la Rocelle
         environ deus cens lances, car ce estoit la ville où
     10  Helios et li sien couroient le plus souvent devant; et
         là estoient de Poito et de Saintonge, li sires de Tors,
         li sires de Puissances, messires Jaques de Surgières,
         messires Perchevaux de Coulongne, messires Renaulx
         de Touwars, messires Hues de Vivonne et pluiseurs
     15  autres en grant volenté de rencontrer leurs ennemis.
         Et seurent ces cappitainnes par leurs espies que
         Helios de Plaisac chevauceroit et venroit devant la
         Rocelle aquellir le proie. Si se ordonnèrent selonc
         che et se partirent dou soir, tout bien armé et monté
     20  à cheval, et se missent as camps. A leur departement,
         il ordonnèrent que, à l’endemain bien matin,
         on mesist tout le bestail hors as camps à l’aventure.
         Enssi fu fait que ordonné fu.

         Quant che vint au matin, Helios de Plaisac et sa
     25  route s’en vinrent courir devant la Rocelle et ferir
         jusques as barrières. Entrues chil qui commis i
         estoient, asamblèrent toute la proie et le fissent mener
         des hommes dou païs devant iaulx. Il ne l’eurent
         pas mené une lieuwe quant evous les François qui
     30  estoient plus de deus cens lances, qui leur vinrent
         sus elle; et ne s’en donnoient garde li Englès, et se
         boutèrent de plains eslais et as roides lances sus leurs
   [124] ennemis. De premières venues, il en i eut pluiseurs
         rués jus à terre. Là dist Helios de Plaisac: «A piet,
         à piet, tout home! et nuls ne fuie, et lesse cescuns
         aler son cheval. Se la journée est nostre, nous arons
      5  chevaulx assés; et, se elle est contre nous, nous no[u]s
         passerons bien de chevaus!» Là se missent Englès et
         Gascon et cil dou costé Heliot tout à piet et en bon
         convenant. Ossi fissent li François, car il doubtèrent
         à perdre leurs chevaulx dou [fer] des glaves. Là eut
     10  dur rencontre et forte bataille et qui longuement
         dura, car il estoient tout main à main; et pousoient
         de leurs glaves si roit là où il carquoient, que il se
         mettoient jusques à l[e] grosse alainne. Là ot fait pluiseurs
         grans appertises d’armes, mainte prise et
     15  mainte rescouse. Finablement, li Poitevin et li Saintongier
         obtinrent le place, et furent leur ennemi
         desconfi, tout mort et tout pris, petit s’en sauvèrent,
         et toute la proie rescousse, et Helios de Plaisac pris et
         amenés en le Rocelle. Tantos apriès ceste avenue,
     20  on ala devant le castiel de Bouteville qui fu pris; et
         legiers estoit à prendre, car on n’i trouva nullui.
         Enssi fu Bouteville franchoisse, dont tous li païs
         d’environ eut grant joie, et demora Helios de Plaisac
         en prison un lonc tamps.


     25  § 86. En che tamps retournèrent en Engletière
         messires Thumas Trivès, messires Guillaumes Helmen
         et li aucun chevalier et leurs routes qui avoient esté
         en Espaigne et aidiet à faire la guerre le roi de
         Navare. Si se traïssent tantos deviers le roi d’Engletière,
     30  qui pour ce tamps estoit à Cartesée, et si doi
         oncle, li dus de Lancastre et li contes de Cambruge,
   [125] dallés li. Si furent li chevalier liement requelliet
         dou roi et des signeurs, et furent enquis et examiné
         à dire nouvelles. Il en dissent assés, toutes celles que
         il savoient et coument li affaires s’estoit portés en
      5  Espaigne et en Navare, et de la pais qui estoit entre
         le roi de Castille et le roi de Navare, et comment li
         rois de Navare avoit mariet Carle, son ainsnet fil, à
         la fille dou roi dan Henry, et tout de point en point
         comment li traitiet s’estoient porté. Li dus de Lancastre
     10  et li contes de Cambruge estoient durement
         pensieu sus ces parolles, car il se dissoient et tenoient
         ho[i]rs de toute Espaigne de par leurs femmes. Si
         demandèrent en quel tamps li rois Henris bastars
         estoit mors et se li Espagnol avoient couronné à
     15  roi son fil. Messires Thumas Trivès et messires Guillaumes
         Helmen respondirent, et cascuns par soy:
         «Mi chier signeur, à la mort dou roi Henri ne au
         couronnement de son fil ne fumes nous pas, car
         pour che tamps nous estions retrait en Navare; mais
     20  vechi un hiraut qui i fu: si le poés savoir par lui,
         se il vous plaist.» Adonc fu li hiraus apiellés et
         demandés dou duc de Lancastre comment li afaires
         avoit allé. Il en respondi enssi et dist: «Monsigneur,
         à la requeste de vous j’en parlerai. Entrues
     25  que mi signeur qui chi sont, estoient à Panpelune,
         en atendant l’acomplissement des tretiés qui fait
         estoient, par leur congié je demorrai dallés le roi de
         Navare moult honnourés de li et de ses gens. Me parti
         de Panpelune en sa compaignie, et vint li rois à
     30  Saint Dominige. Contre sa venue issi hors li rois
         Henris à grant gent, qui en amour et par bonne pais
         l’attendoit; et fu li rois de Navare moult honnerés
   [126] de li et de ses gens, et li donna che soir à soupper
         moult hautement. Apriès soupper, nouvelles vinrent
         que uns senglers estoit ens es landes asés priès de là.
         Si fu ordonné que à l’endemain on l’iroit cachier.
      5  A celle cache furent li doi roi et leurs veneurs, et fu
         li senglers pris; et retournèrent en grant amour che
         soir à Saint Dominige. A l’endemain, se departi li
         rois Henris et s’en ala à la Pière [Ferrade] pour une
         journée que il avoit là contre ses gens. Là li prist
     10  une maladie dont il morut, et sceut sa mort li rois
         de Navare sus les camps, car il le venoit veoir. Adonc
         retourna il tous courouchiés en son païs, et je pris
         congiet à lui. Si m’en alai en Castille pour veoir et
         aprendre des nouvelles. Et trespassa li rois Henris
     15  le jour de le Pentecouste. Assés tost apriès, le
         XXVe jour de julle, le jour Saint Jaqueme et Saint
         [Cristofle], fu couronnés à roi dans Jehans de Castille,
         ainés fils dou roi Henri, en l’eglise catedral de la
         citté de Burghez, auquel couronnement furent tout
     20  li prelat et li noble de Castille, d’Espaigne, de Galise
         et de Corduwan et de Sebille; et tout li jurèrent sus
         saintes Evangilles à tenir à roi. Et fist che jour deus
         cens et dis chevaliers et donna moult de biauls
         dons. A l’endemain de son couronnement, à grant
     25  compaignie de nobles, il s’en vint en une abbeïe de
         dames au dehors de Burghez, que on dist le Sorghes.
         Là oï la messe et disgna; et là ot grans joustes, et en
         ot le pris li viscontes de Rokebertin d’Arragonne, et
         che soir retourna li rois à Burghez. Et du[rè]rent ces
     30  festes bien quinse jours.»

         Adonc demanda li dus de Lancastre se li rois de
         Portingal avoit point esté priiés d’avoir là esté. Il
   [127] respondi: «Oïl, mais il n’i volt venir. Et fui enfourmés
         que il avoit respondu as mesages qui i estoient
         allé, que ja ne seroit au couronnement dou fil d’un
         bastart qui avoit mourdrit son frère.»--«Par ma
      5  foi, respondi li dus, de ces parolles dire il fu bien
         consilliés, et si l’en sai bon gré; et les coses ne demoront
         pas longuement en cel estat, car moi et mon
         frère li calengerons l’iretage dont il se dist rois.»
         Atant finèrent ces parolles; si demandèrent le vin.
     10  Nous no[u]s soufferons maintenant à parler de ceste
         matère et parlerons des [avenues] de France.


         § 87. Li rois Charles de France, qui pour che
         tamps resgnoit, sicom vous poés savoir par ses
         oevres, fu durement sages et soutils, et bien le monstra
     15  tant comme il vesqui; car, tous quois, estans en
         ses cambres et en ses deduis, il reconqueroit ce que
         si predicesseur avoient perdu sus les camps, la teste
         armée et l’espée en le main, dont il en fait grandement
         à recommander. Et pour ce que li rois de
     20  France savoit que li rois Robers d’Escoce et tous li
         roiaulmes d’Escoce entirement avoient guerre et
         mortelle haïne as Englès, car onques ne peurent chil
         doi royaulme amer l’un l’autre, pour nourir plus
         grant amour entre li et les Escoçois, il s’avissa que
     25  il envoiieroit un sien chevalier secretaire et de son
         conseil deviers le roi d’Escoce et les Escos, pour
         parlementer, traitier et avisser le païs et connoistre
         les barons, et savoir se par Escoce ses gens poroient
         faire une bonne guerre as Englès. Car Yeuwain de
     30  Galles vivant, il l’avoit enfourmé que par Escoche
         ce estoit li païs ou monde par où on pooit mieux
   [128] nuire les Englès. Et sus che pourpos li rois de France
         avoit eu pluiseurs ymaginacions, et tant que il ordonna
         un sien chevalier sage et bien enlangagiet
         qui s’apelloit messires Pière, signeur de Bournesiel,
      5  et li dist: «Vous ferés che message en Escoce et me
         saluerez le roi et tous les barons, et li dirés que
         nous et nostres roiaulmes sommes ouvert et apparilliet
         pour iauls requellier: [si] tretiés deviers
         le roi et iaulx enssi comme à nos bons amis, par
     10  quoi, à la saisson qui vient, nous i puissons envoier
         gens et par là avoir entrée en Engletière, enssi que
         nostre predicesseur dou tamps passé ont eu. Et tenez
         estat, enssi comme à message dou roi de France
         apartient, car nous le vollons, et tout sera paiiet.»
     15  Li chevaliers respondi et dist: «Sire, à vostre
         commandement.» Depuis ne sejourna il gaires longuement,
         quant toutes ses besongnes furent apparillies,
         et se party dou roi et de Paris, et esploita
         tant par ses journées que il vint à l’Escluse en Flandres;
     20  et là s’aresta en attendant vent et passage, et
         i sejourna environ quinse jours, car il avoit vent
         contraire. En che sejour, il tenoit grant estat et
         estoffe de vaisselle d’or et d’argent courant parmi
         sa salle ossi largement que che fust uns petis dus,
     25  et faisoit porter devant lui une espée toute engaïnnée
         et enarmée très ricement d’or et d’argent;
         mais bien estoit paiiet tout ce que ses gens prendoient.

         Dou grant estat que li chevaliers menoit, tant en
     30  son hostel que sus les rues, estoient pluiseurs gens de
         la ville esmervilliet. Si fu avissés et regardés dou
         baillieu de l’Escluse, qui là estoit officiiers de par le
   [129] conte de Flandres, et tant que li baillus, qui ne s’en
         peut taire, dont il fist mal, le vint segnefiier au conte
         qui se tenoit pour celle saisson à Bruges, et le duc de
         Bretaigne, son cousin, dallés lui. Li contes de Flandres,
      5  quant il eut un petit penssé, avoec ce que li
         dus de Bretaigne i rendi painne, ordonna que il fust
         là amenés. Li baillieus retourna à l’Escluse et vint au
         chevalier dou roi mal courtoissement, car il l’aresta
         de main misse de par le conte. De quoi li chevaliers
     10  fu tous esmervilliés que on li demandoit, et dist
         adonc au baillu que il estoit chevaliers et messages
         commissaires au roi de France. «Sire, dist li baillus,
         je le croi bien, mais il vous fault venir parler au
         conte, et m’est commandé que je vous i maine.»
     15  Onques ne se peut li chevaliers escuser que il n’en
         fust menés dou baillu et de ses gens à Bruges. Quant
         il fu venus en la cambre dou conte à Bruges, li contes
         de Flandres et li dus de Bretaigne s’apoioient tout
         doi à une phenestre sus les gardins. Adonc se mist en
     20  genoulx li chevaliers devant le conte, et dist: «Monsigneur,
         veci vostre prisonnier.» De ceste parole fu
         li contes durement courouchiés, et dist par grant
         irour: «Comment, ribaus, dis tu que tu ies mon prisonnier,
         pour ce se je t’ai mandé à venir parler à
     25  moi? Les gens Monsigneur pueent bien venir devant
         moi et parler à moi, et tu ne t’es pas bien acquités,
         quant tu as tant sejourné à l’Escluse et tu me sentoies
         si priès de toi, et tu ne venoies parler à moi.
         Mais tu ne daignoies!»--«Monsigneur, respondi
     30  li chevaliers, salve la vostre grace.» Adonc prist la
         parolle li dus de Bretaigne et dist: «Entre vous,
         bourdeur et langageur et vendeur de bourdes et de
   [130] langages ou palais à Paris et en la cambre de Monsigneur,
         mettés le roiaulme à vostre vollenté et jeués
         dou roi à vostre entente, et en faites bien et mal qui
         que vous volés, ne nuls haus prinches de son sanc,
      5  puis que vous l’avés encargié en haïne, ne puet estre
         oïs! Et on en pendera encores tant de tels gens que
         li gibet en seront raempli.» Li chevaliers qui là estoit
         en genoulx, fu tous honteus, car tels parolles à oïr li
         estoient moult dures, et bien veoit que taire li estoit
     10  plus pourfitables que parler. Si ne respondi onques
         mot à ces parolles et se disimulla au mieux qu’il peut
         et sceut, et se departi de la presense des signeurs en
         prendant congiet, quant il veï que heure fu. Ossi
         aucunes gens de bien qui estoient dallés le conte, li
     15  fissent voie et l’enmenèrent boire. Depuis monta à
         cheval li sires de Bournisel et retourna à l’Escluse à
         son hostel; et vous dirai comment il li cheï. Quoique
         toutes ses pourveances fuissent apparillies et cargies,
         et euist bon vent pour singler viers Escoce, il ne
     20  s’osa partir ne mettre ou dangier de la mer, car il li
         fu segnefiiet que il estoit espiés et avissés d’Englès qui
         sejournoient à l’Escluse, et que, se il se mettoit en
         son voiage, il seroit happés sus mer et menés en
         Engletière. Pour celle doubte, ses voiages fu brissiés,
     25  et se parti de l’Escluse et s’en retourna en France et à
         Paris deviers le roi.


         § 88. Vous devés savoir que li sires de Bournisiel
         ne recorda mies mains au roi de France de l’aventure
         qui li estoit avenue en Flandres que il n’i euist,
     30  mais tout enssi come la cosse avoit alé; et bien li
         besongnoit que il montrast diligensse et escusance, car
   [131] li rois estoit mout esmervilliés de son retour. A ce
         recort que messires Pières fist, estoient pluisieur chevalier
         de la cambre dou roi, et par especial messires
         Jehans de Gistelles, de Haynnau, cousins au conte de
      5  Flandres, i estoit, qui notoit et engorgoit toutes les
         parolles dou chevalier, et tant que finablement il ne
         s’en peut taire pour tant que messires Pières, che li
         sambloit, parloit trop avant sus la partie dou conte;
         si dist: «Je ne puis tant oïr parler dou conte de
     10  Flandres, mon chier signeur, et, se vous vollés dire,
         chevaliers, que il soit tels que vous dites ci ne que il
         ait de son fait empechiet vostre voiage, je vous en
         appelle de camp, et en velà mon gage.» Li sires de
         Bournisiel ne fu pas esbahis de respondre, et dist
     15  enssi: «Messire Jehan, je di que je fui enssi menés
         et pris dou baillieu de l’Escluse et amenés devant le
         conte; et toutes les parolles que j’ai dites, li contes
         de Flandres et li dus de Bretaigne les ont dites. Et
         se vous vollés parler dou contraire qu’il ne soit enssi,
     20  je leverai vostre gage.»--«Oïl,» respondi messires
         Jehans de Gistelles. A ces parolles, se merancollia li
         rois et dist: «Alons, alons, nous n’en volons plus
         oïr.» Si se parti de la place et rentra en sa cambre
         avoecques ses cambriers tant seullement, mout resjoïs
     25  de ce que messires Pières avoit si francement parlé
         et relevé la parolle de messire Jehan de Gistelles, et
         dist enssi en riant: «Leur a il bien masquiet? je
         n’en vauroie pas tenir vint mil frans.» Depuis avint
         que messires Jehans de Gistelles fu si mal de court,
     30  qui estoit cambrelens dou roi, que on l’i veoit envis,
         et bien s’en perchut: si n’en peut souffrir les dangiers
         et prist congiet dou roi et se parti, et s’en
   [132] vint en Braibant, dallés le duch Wincelin de Braibant
         qui le retint. Et li rois de France se tint dur enfourmés
         sus le conte de Flandres tant pour ce que il
         avoit, che sambloit à pluiseurs dou roiaulme, empechiet
      5  le signeur de Bournesiel à faire son voiage en
         Escoce et que il tenoit dalés lui le duc de Bretaigne,
         son cousin, qui estoit grandement en sa malivolense;
         et se perchevoient bien chil qui dallés le roi
         estoient, que li contes de Flandres n’estoit pas bien
     10  en sa grace.


         § 89. Un petit apriès ceste avenue, li rois de
         France escripsi unes letres mout dures deviers le
         conte de Flandres, son cousin, et parloient ces letres
         sus manaces pour tant que il soustenoit avoecques
     15  lui le duc de Bretaigne, lequel il tenoit à ennemi.
         Li contes de Flandres rescripsi au roi et se escusa
         au plus bellement qu’il peut et bien le sceut faire.
         Ceste escusance ne valli noient que li rois de France
         ne li renvoiiast plus dures letres en remonstrant que,
     20  se il n’eslongoit de sa compaignie le duch de Bretaigne,
         son adversaire, il li feroit contraire. Quant li
         contes de Flandres veï que che estoit acertes et que
         li rois de France le poursievoit de si priès, si ot avis
         de soi meïsmes, car il estoit mout imaginatis, que il
     25  remonsteroit ces manaches à ses bonnes villes et par
         especial à chiaulx de le ville de Gand, pour savoir
         que il en responderoient; et envoiia à Bruges, à Ippre
         et à Cou[r]trai, et se parti de Malle, le duch de
         Bretaigne en se compaignie, et s’en vint à Gant et se
     30  loga à le Poterne. Si fu liement recheus des bourgois
         de Gand, car à che jour il l’amoient mout dallés eulx.
   [133] Quant aucun bourgois des bonnes villes de Flandres
         qui envoiiet i furent, enssi que ordonné estoit, furent
         là tout asamblet, li contes les fist venir en une plache
         et là remonstrer par Jehan de le Faucille toute se intencion,
      5  et lire les letres que li rois de France depuis
         deus mois li avoit envoiies. Et quant ces letres eurent
         esté leutes, li contes parla et dist: «Mi enfant et
         bonnes gens de Flandres, par la grace de Dieu, j’ai
         ja esté vos sires un mout lonc tamps et vous ai menés
     10  et gouvernés en paix à mon pooir, ne vous n’avez en
         moi veu nul contraire que je ne vous aie tenu en
         toute prosperité, enssi que uns sires doit tenir ses
         gens; mais il me vient à grant desplaissance, et ossi
         doit il vous faire qui estes mes bonnes gens, quant
     15  mon signeur le roi me herie et voelt heriier pour
         tant que je soustieng en mon païs et tieng en ma
         compaignie le duc de Bretaigne, mon cousin germain,
         qui n’est pas pour le tamps bien clers en
         France, ne bonnement il ne s’ose asseurer en ses
     20  gens en Bretaigne pour le cause de cinc ou de sis
         barons qui le héent; et voelt li rois que je l’eslongne
         et boute hors de mon hostel et de ma terre: che li
         seroit grant estrangnerie. Je ne di mies, se je confortoie
         mon cousin de villes, de castiaulx et de gens
     25  d’armes à l’encontre dou roiaulme de France, que li
         rois n’euist bien cause de [se] plaindre de moi, mais
         nenil, ne nulle volenté n’en ai. Et pour tant je vous
         ai chi asamblés et vous remonstre les perils qui en
         poroient nestre et venir, à savoir se vous vollés demorer
     30  dallés moi.» Il respondirent tout de une vois:
         «Monsigneur, oïl, et ne savons aujourd’ui signeur,
         quels qu’il soit, se il vous voloit faire guerre, que
   [134] vous ne trouvissiés [au bout de vostre terre de Flandres]
         deus cens mil hommes tous armés.» Ceste parolle
         resjoï grandement le conte Loeïs de Flandres,
         et dist: «Mi bel enfant, grant merchis.»
      5  Sus ces parolles se defina parlemens, et se contenta
         li contes grandement de ses gens et leur donna
         congiet de retourner à leurs maisons. Si retourna
         cascuns en pais, et li contes, quant il sceut que
         bon fu, s’en retourna à Bruges, le duc de Bretaigne
     10  en sa compaignie. Si demorèrent les coses
         en cel estat, li contes grandement en la grace de
         ses gens et li païs en pais [et] prosperité, qui depuis,
         et ne demora gaires, par incidenses merveilleuses
         esceï en grant tribulation, sicom vous orés recorder
     15  avant en l’istoire.


         § 90. Vous poés et devés bien croire que li rois
         de France fu enfourmés de toutes ces coses et comment
         li contes de Flandres avoit respondut. Si ne l’en
         ama mies miex, et li convint ce passer et porter:
     20  autre cose n’en peut il avoir, mais bien dissoit que
         li contes de Flandres estoit li plus orgilleus et presumptieus
         princes que on seuist, et encores oultre,
         sicom je fui adonc enfourmés, [on] veoit bien à sa
         manière, que on disoit, que c’estoit li sires que plus
     25  volentiers euist mis à raison ou volentiers euist veu
         [que] qui que fuist li euist porté contraire ou damage,
         par quoi ses grans orguels fust plus abatus. Li contes
         de Flandres, quoique li rois de France euist escript
         à lui que c’estoit grandement à se desplaissance que
     30  il soustenoit le duc de Bretaigne, pour ce ne li
         donna il mies congiet, mais le tint dallés lui tant
   [135] que demorer i volt, et le faisoit tenir son estat bel et
         bon. Et en le fin li dus eut conseil et volenté que il
         se retrairoit en Engletière; si prist congiet au conte,
         son cousin, et s’en vint à Gravelines, et là le vint
      5  querir li contes de Salleberi à cinc cens lances et mil
         archiers, pour le doubte des garnissons françoises, et
         l’amena à Calais dont messires Hues de Cavrelée
         estoit cappitains, qui le rechut liement. Quant li dus
         de Bretaigne eut sejourné à Calais environ cinc
     10  jours, il eut vent à volenté: si monta en mer, et li
         contes de Salleberi en se compaignie. Si arrivèrent
         à Douvres, et de là [il] vinrent deviers le jone roi Richart
         qui le rechut à grant joie, et ossi fissent li dus
         de Lancastre, li contes de Cantbruge et li contes de
     15  Bouquighen et li hault baron d’Engletière.


         § 91. Vous avés bien chi dessus oï recorder comment
         messires Wallerans de Lucembourc, li jones
         contes de Saint Pol, fut pris des Englès par bataille
         entre le bastide d’Arde et Calais, et fu menés en Engletière
     20  prisonniers en la volenté dou roi, car li rois
         Edouwars d’Engletière, lui vivant, l’acata au signeur
         de Goumignies, qui avoit esté ses maistres, car li sires
         de Goumignies avoit mis sus la chevaucie en laquelle
         il fu pris d’un escuier, bon homme d’armes, de la
     25  ducé de Guerles. Si demora grant tamps li jones
         contes de Saint Pol prisonniers en Engletière sans
         avoir sa delivrance. Bien est verités que li rois
         d’Engletière, le captal de Bues vivant, le offri
         pluiseurs fois au roi de France et à ses amis pour
     30  le dit captal, mais li rois Charles ne li consaulx
         de France n’i voloient nullement entendre ne
   [136] donner pour cange, dont li rois d’Engletière avoit
         eu grant indinacion. Si demora la cose longuement
         en cel estat, et li jones contes de Saint Pol prisonniers
         en Engletière ens ou biau castiel de Windesore,
      5  et avoit si courtoisse prison que il pooit partout aler
         jeuer et esbatre et voller des oissaulx environ Windesore:
         de ce estoit il recreus sus sa foi. En ce tamps
         se tenoit ma dame la princesse mère dou roi Richart
         d’Engletère à Windesore, et sa fille dalés lui, ma dame
     10  Mehaut, qui estoit la plus belle dame de toute Engletière.
         Li contes de Saint Pol et celle jone dame
         s’enamourèrent loiaulment li uns de l’autre et estoient
         à le fois ensamble en danses et en carolles et en
         esbatemens tant que on s’en perchut; et s’en descouvri
     15  la dame, qui amoit le conte de Saint Pol ardanment,
         à ma dame sa mère. Si fu adonc tretiés uns mariages
         entre le conte [de Saint Pol] et ma dame Mehaut
         de Hollandes, et fu mis li contes à finance à sis vint
         mil frans, desquels, quant il aroit espousé la dame,
     20  on l’en rabateroit soixante mil, et les autres soixante
         mil il paieroit. Et pour trouver le finance, quant les
         convenances furent prises entre le conte et la dame,
         li rois d’Engletière fist grace au conte de Saint Pol
         de rapaser la mer et de retourner sus sa foi dedens
     25  l’an. Si vint li contes en France veoir le roi et ses
         amis et le conte de Flandres et le duck de Braibant
         et le duck Aubiert, ses cousins, qui le conjoïrent
         liement. Li rois de France en cel an fu enfourmés
         trop dur sus le conte de Saint Pol, car on le mist en
     30  soupechon que il devoit rendre et livrer as Englès le
         fort castiel de Bohain, et le fist li rois saisir de main
         misse et bien garder, et monstra li rois que li contes
   [137] de Saint Pol voloit faire enviers lui aucuns mauvais
         tretiés; ne onques ne s’en peut escuser, et pour ce
         fait furent en prisson ou castiel à Mons en Haynnau
         messires li canonnes de Robertsart, li sires de Vertaing,
      5  messires Jaquemes dou Sart et Gerart d’Obies.
         Depuis se diminuèrent ces coses et alèrent toutes à
         noient, car on ne peut riens prouver sus yaulx, et
         furent delivret; et li jones contes de Saint Pol s’en
         retourna en Engletière pour lui acquiter envers le
     10  roi, et espousa sa femme et fist tant que il paia les
         soixante mil frans en quoi il estoit obligiés; et puis
         [r]apassa la mer, mais point n’entra en France, car li
         rois l’avoit en haïne. Si allèrent demorer li contes
         et la contese sa femme ens ou castiel de Hen sus
     15  Heure, que li sires de Moriaumés qui avoit sa suer
         espousée, leur presta, et là se tinrent tant que li rois
         Charles de France vesqui, car onques li contes, che
         roi de France vivant, ne peut retourner à son amour.
         Nous no[u]s soufferons à parler de ceste matère et
     20  retournerons as besongnes dou roiaulme de France.


         § 92. En che tamps se tenoit toute Bretaigne close
         tant que pour le roi de France que l’un contre l’autre,
         car les bonnes villes de Bretaigne estoient assés
         de l’acort dou duck, et avoient les pluiseur grant
     25  merveille que on demandoit à leur seigneur; et ossi
         estoient de leur acord pluiseur chevalier et escuier
         de Bretaigne et la comtesse de Pentèvre, mère as
         enfans de Bretaigne, par aliance avoecques eulx.
         Mais li connestables de France, messires Bertrans de
     30  Claiekin, li sires de Clichon, li sires de Laval, li
         viscontes de Rohem et li sires de Rochefort tenoient
   [138] le païs en guerre avoecques le poissance qui leur
         venoit de France, car à Pont Orson et à Saint Mallo
         de l’Ille et là environ avoit grant fuisson de gens
         d’armes de France, de Normendie, d’Auviergne et de
      5  Bourgongne, liquel i faisoient mout de desrois. Li
         dus de Bretaigne, qui se tenoit en Engletière, estoit
         bien enfourmés de ces avenues et comment li dus
         d’Ango, qui se tenoit à Angiers, lui faisoit destruire et
         guerriier son païs, et comment les bonnes villes se
     10  tenoient closes ou non de li, et aucun chevalier et
         escuier de Bretaigne, dont il leur savoit grant gret.
         Mais non obstant toutes ces coses, [si] ne s’i osoit il
         bonnement affiier de retourner en Bretaigne sus le
         fiance de ses gens et se doubtoit tousjours de traïson,
     15  et ossi il ne le trouvoit point en conseil deviers le roi
         d’Engletière ne le duch de Lancastre.


         § 93. D’autre part en Normendie se tenoient à
         [Valongne] en garnisson messires Guillaumes des Bordes,
         liquels en estoit cappitains, en sa compaignie li
     20  petis senescaus d’Eu, messires Guillaumes Martiel,
         messires Bracques de [Braquemont], li sires de Troci,
         messires Perchevaulx d’Ainneval, li Bègues d’Iveri,
         messires Lancelos de [Lorris] et pluiseurs autres chevaliers
         et escuiers. Et soutilloient ces gens d’armes
     25  nuit et jour comment il peuissent adamagier et porter
         contraire à chiaulx de Chierebourch, dont messires
         Jehans de Harleston estoit cappitains. Chil de
         la garnisson de Chierebourc issoient souvent hors,
         quant bon leur sambloit, car il pooient, et pueent,
     30  toutes fois que il leur plaissoit, chevauchier à le couverte
         que on ne sot riens de leurs issues pour [les]
   [139] grans bois où il marcissent, car il ont fait une voie
         et tailliet à leur vollenté, que il pueent issir hors et
         chevauchier sur le païs en Normendie sans le dangier
         des François. Et avint en celle saisson que li François
      5  chevauchoient, et euls ossi, et riens ne savoient li
         uns de l’autre, et tant que d’aventure il se trouvèrent
         ens es bois en une plache que on dist Pestor. Lors
         que il se trouvèrent, enssi que chevalier et escuier qui
         se desirent à combatre, il [se] missent tout à piet à
     10  terre, excepté messires Lancelos de Loris. Cils demora
         sus son coursier la glave ou poing et la targe au col,
         et demanda une jouste pour l’amour de sa dame. Là
         estoit qui bien l’entendi: si fu tantos requelliés, car
         otant bien i avoit des chevaliers amoureus avoecques
     15  les Englès que il estoit; et me samble que messires
         Jehans Copelant, uns mout rades chevaliers, se
         mist à lui. Adonc esperonèrent il leurs deus chevaulx
         et se boutèrent l’un sus l’autre de plains eslais
         et se donnèrent sus les targes très grans horions. Là
     20  fu consieuwis messires Lancelos dou chevalier englès
         par tel manière que il li perça le targe et toutes ses
         armeures et li passa tout oultre le corps, et fu navrés
         à mort, dont che fu damages, car il estoit mout
         appers chevaliers, jones, jolis et amoureus, et fu là et
     25  ailleurs depuis mout plains. Adonc se boutèrent François
         et Englès li uns dedens l’autre, et se combatirent
         longuement de leurs glaves et puis des haces,
         et vinrent tout [à] main. Là furent bon chevalier de
         le part des François messires Guillaumes des Bordes,
     30  li petis senescaulx d’Eu, messires Guillaumes Martiel,
         Brakes de Brakemont et tout li autre, et se combatirent
         vaillanment; et ossi fissent li Englès, messires
   [140] Jehans de Harleston, messires Phelippes
         Picourde, messires Jehans Burlé, messires Jehans
         de Copelant et tout li autre. Et avint finablement
         que par bien combattre la journée leur demora,
      5  et obstinrent la place; et furent tout pris li François,
         chevaliers et escuiers, et prist uns escuiers
         de Haynnau, qui s’appelloit Guillaumes de Biaulieu,
         messire Guillaume des Bordes. Si furent chil
         prisonnier menet en Chierebourcq, et là trouvèrent
     10  messire Olivier de Claiekin qui estoit prisonniers
         ossi. Enssi ala de ceste besongne, sicom je fui adonc
         enfourmés.


         § 94. D’autre part en Auviergne et en Limosin
         avenoient priès tous les jours fais d’armes et mervilleuses
     15  emprisses, et par especial, dont ce fu trop
         grans damages pour le païs, li castiaulx de Mont Ventadour
         en Auviergne, qui est uns des fors castiaulx
         dou monde, fu trahis et vendus à un Breton le plus
         cruel et hauster de tous les autres, qui s’appelloit Joffrois
     20  Teste Noire, et je vous dirai comment il l’eut.
         Li contes de Ventadour et de Montpensé estoit uns
         anchiiens et simples preudons qui plus ne s’armoit,
         mais se tenoit tous quois en son castiel. Cils contes
         avoit un escuier à varlet, qui s’apelloit Ponces dou
     25  Bois, liquels l’avoit servi mout longement et trop
         petit avoit pourfité en son service et veoit que nul
         pourfit d’or ne d’argent il n’i pooit avoir: si s’avisa
         d’un mauvais avis que il se paieroit. Si fist un tretiet
         secret à Joffroi Teste Noire, qui se tenoit en
     30  Limosin, et tant que il deubt livrer le castiel de Ventadour,
         enssi qu’il fist, pour sis mille frans. Mais bien
   [141] mist en ses devisses que à son mestre le conte de
         Ventadour on ne feroit ja nul mal, et le meteroient
         hors dou castel deboinairement et li renderoient tout
         son arroi. Il li tinrent ce convenant: onques li Breton
      5  et li Englès qui dedens entrèrent, ne fissent nul
         mal au conte ne à ses gens, et ne retinrent fors les
         pourveances et l’artellerie, dont il i avoit grant fuisson.
         Si s’en vint li contes de Ventadour, sa femme
         et ses enffans, demorer à Montpancier dallés Aigeperse
     10  en Auviergne, et cils Joffrois Teste Noire et ses
         gens tinrent Mont Ventadour, par lequel il adamagièrent
         mout le païs et prissent pluiseurs castiaux
         fors en Auviergne, en Roergue, en Limosin, en Quersin,
         en Chevaldam, en Bigore et en Angenois, tout
     15  venant l’un de l’autre. Avoecq Joffroy Teste Noire
         avoit pluiseurs autres cappitains qui faissoient mout
         de grans apertisses d’armes, et prist Ainmerigos Marcés,
         uns escuiers de Limosin englès, le fort castiel de
         [Calusiel] seant en Auviergne en l’evesquiet de Cleremont.
     20  Chils Ainmerigos avoecques ses compagnons
         couroient le païs à leur vollenté. Si estoient de sa
         route et cappitainnes des autres castiaulx li bours
         [de] Carlat, li bours englès, li bours de Campaigne
         et Raimmons de Sors, gascon, et Piere de Bierne,
     25  [biernois].


         § 95. Ainmerigos Marcel chevauçoit une fois, li
         dousimes de compaignons tant seullement, à l’aventure,
         et prist son chemin pour venir à Aloise, dalés
         Saint Flour, qui est un biaus castiaulx de l’evesque
     30  de Clermont. Bien savoit que li castiaulx n’estoit
         point gardés fors que dou portier seullement. Enssi
   [142] qu’il chevauchoit à le couverte tout quoiement devant
         Aloise, Ainmerigos [regarde] et voit que li portiers
         seoit sus une tronce de bois au dehors dou
         castiel. Adonc dist là uns Bretons qui trop bien
      5  savoit jeuer de l’arbalestre: «Volés vous que je vous
         rende tout mort ce portier et dou premier cop?»--«Oïl,
         ce dist Ainmerigos, je t’en pri.» Chils arbalestriers
         entoisse et trait un quariel et assène le portier
         de droite vissée en la teste et li enbare tout ens.
     10  Li portiers qui estoit navrés à mort, se sent ferus et
         rentre en la porte, et quida refremer le guichet en
         rentrant; mais il ne peut, car il cheï là tous mors.
         Ainmerigos et si compaignon se hastèrent et vinrent
         à le porte et entrèrent ou guichet; si trouvèrent
     15  mort le portier et sa femme dallés lui toute effraée,
         à lequelle il ne fissent nul mal, mais li demandèrent
         où li castelains estoit: elle respondi que il estoit en
         Clermont. Li compaignon assegurèrent la femme de
         sa vie, affin que elle leur baillast les clés dou castiel
     20  et de la mestre tour. Elle le fist, car en li n’i avoit
         point de deffense; et puis le missent hors et li rendirent
         toutes ses coses, voire ce que porter en peut.
         Si s’en vint à Saint Flour, une citté à une lieuwe de
         là; [si furent les gens de la ville bien] esbahi, quant
     25  il sceurent que Aloisse estoit englesce, et ossi furent
         cil dou païs environ.

         Assés tost apriès reprist Ainmerigos Marcel le fort
         castiel de Vallon et l’embla par eschiellement; et
         quant il fu dedens, la cappitaine dormoit en la grosse
     30  tour qui n’estoit mies à prendre de force, car par
         celle tour se pooit tous li castiaulx recouvrer. Adonc
         s’avisa Ainmerigos d’un soutil tour, car il tenoit le
   [143] père et le mère dou cappitainne: si les fist venir devant
         le tour et leur fist samblant que il les feroit là
         decoler, se leurs fils ne rendoit la tour. Les bonnes
         gens doubtoient le mort: si dissent à leur fil [qui]
      5  estoit en la tour, que il l’en presist pité de eulx, et
         plouroient tout doi mout tenrement. Li escuiers se
         ratenri grandement, et n’euist jamais son père ne sa
         mère laissié morir: si rendi tantos le tour, et on les
         bouta hors dou castiel. Enssi fu Vallon englesse, qui
     10  mout greva le païs, car toutes manières de gens qui
         voloient mal faire, s’i retraioient ou en Calusiel, à
         deus lieues de Limoges, ou en Carlat ou en Aloise
         ou en Ventadour ou en pluiseurs autres castiaulx. Et
         quant ces garnissons s’asambloient, il pooient bien
     15  estre cinc cens ou sis cens lances et couroient tout le
         païs et la terre au conte dauffin qui leur estoit vosine,
         ne nuls ne leur aloit au devant tant que il fuissent
         ensamble. Bien est verités que li sires d’Achier
         leur estoit uns grans ennemis. Ossi estoient li sires de
     20  Solleriel et li bastars de Solleriel, ses frères, et uns
         autres escuiers de Bourbonnois qui s’apelloit Gourdinès.
         Chils Gourdinès, par biau fait d’armes et d’un
         rencontre, prist un jour Ainmerigot Marcel et le rançonna
         à cinc mil frans: tant en eut il. Ensi se portoient
         li fait d’armes en Auviergne et en Limosin et
     25  ens es marces par de delà.


         § 96. Je me sui longuement tenus à parler dou fait
         de l’Eglise: si m’i voel retourner, car la matère le
         requiert. Vous avés bien chi dessus oï dire et recorder
     30  comment par l’effort des Roumains li cardinal
         qui pour le tamps resgnoient, et pour le peuple de
   [144] Romme apaisier qui trop fort estoit esmeu sus iaulx,
         fissent pappe et nommèrent l’arcevesque de Bar qui
         s’appelloit en devant Betremieux des [Aigles]. Chils
         rechut la papalité et fu nommés Urbains li sisimes,
      5  et ouvri grasses ensi comme usages est. Li intencions
         de pluiseurs cardinaulx estoit que, quant il verroient
         leur plus biel, il remetteroient leur ellection ensamble
         et ailleurs, car cils pappes ne leur estoit mies
         pourfitables ne ossi à l’Eglise, car il estoit trop feumeus
     10  et trop merancolieus. Quant il se veï en prosperité
         et en poissance de papalité et que pluiseur roi
         crestiien escrisoient à lui et se mettoient en son obeïssance,
         il s’en outrequida et enorgilli, et volt user de
         poissance et de teste et retrenchier as cardinaulx
     15  pluiseurs coses de leur droit et oultre leur acoustumance.
         De quoi il leur desplaissi grandement, et
         en parlèrent ensamble et dissent et imaginèrent que
         il ne le leur feroit ja bien et que il n’estoit pas dignes
         ne merites de gouverner le monde. Si proposèrent li
     20  pluiseur que il en esliroient un autre qui seroit
         sages et poissans et par lequel li Eglise seroit bien
         gouvernée.

         A cette ordenance rendoit grant painne li cardenaulx
         [d’Amiens], et dissent li aucun que il tendoit à
     25  estre pappes. Tout un esté furent il en une variation,
         car cil qui tiroient à faire pappe, n’osoient descouvrir
         ou monstrer leurs secrés generaulment pour
         les Roumains et tant que, sur les [vacations] de court,
         pluiseur cardinal partirent de Romme et s’en allèrent
     30  esbatre environ Romme en pluiseurs lieus à leur
         plaissance. Urbains s’en alla en une citté que on dist
         Tieulle, et là se tint un grant tamps. En ces vacations
   [145] et en che termine qui longement ne pooit demorer,
         car trop grant fuisson de clers des diversses
         parties dou monde estoient à Romme, atendant grasses,
         et ja les pluiseur estoient proumisses et coloquies,
      5  li cardinal qui estoient d’un accord et de une
         volenté, se missent ensamble et fissent pappe. Et cheï
         li sors et li vois à monsigneur Robert de Genève,
         jadis fils au conte de Genève, et fu de ses premières
         promotions evesques de Terewane et puis evesques
     10  de Cambrai, et s’appeloit li cardinaux de Genève. A
         ceste ellection faire furent la grigneur partie des cardinaux,
         et fu appellés Clemens.

         En che tamps avoit en le marce de Romme un
         mout vaillant chevalier de Bretaigne, qui s’apeloit
     15  Selevestre Bude. Chils tenoit desoulx lui plus de deus
         mil Bretons et s’estoit les anées [passées] grandement
         bien portés contre les Florentins, que pappes Grigoires
         avoit guerriiés et escumegniiés pour leur rebellion,
         et avoit cils Selevestre Bude tant fait que il
     20  estoient venu à merci. Pappes Clemens et li cardinal
         qui de son accord estoient, le mandèrent secretement
         et toutes ses gens d’armes. Si s’en vint bouter ou
         bourc Saint Piere et ou fort castiel de l’Angle, dehors
         Romme, pour mieux constraindre les Roumains. Si
     25  ne ossoit Urbains partir de Tieule ne li cardinal qui
         de son accord estoient, granment n’en i avoit mies,
         pour le doubtance de ces Bretons, car il estoient
         grant fuisson et toutes gens de fait qui ruoient jus tout
         ce que il trouvoient ne rencontroient. Quant li Roumain
     30  se veïrent en che parti et en che dangier, si
         mandèrent autres saudoiiers allemans et lombars qui
         escarmuchoient tous les jours contre ces Bretons.
   [146] Clemens ouvri grasses et fist à tous clers qui avoir
         les vorrent, et segnefia son nom par tout le monde.
         Quant li rois de France, qui pour che tamps resgnoit,
         en fu segnefiés, [si] li vint de premiers à grant mervelle,
      5  et manda ses frères et les haus barons de son
         roiaulme et tous les prelas et le recteur et les maistres
         [et] docteurs de le université de Paris, et pour savoir
         à laquelle ellection de ces pappes, ou la première ou
         la daraine, il se tenroit. Ceste cose ne fu pas sitos
     10  determinée, car pluiseur cler varioient; mais finablement
         tout li prelat de France s’enclinoient à Clement,
         et ossi faissoient li frère dou roi et la grigneur partie
         de l’université de Paris. Et fu li rois de France Carles
         en ces jours tellement monstrés et enfourmés par tous
     15  les plus grans clers de son roiaulme que il obbeï à
         pappe Clement et le tint à droit pappe, et fist un
         commandement especial par tout son roiaulme que
         on tenist Clement à pappe et tout obeïssent à lui
         sicom à Dieu en terre. Li rois d’Espaigne tint ceste
     20  oppinion; ossi fist li contes de Savoie, et li sires de
         Mellans et la roïne de Napp[l]es. Che que li rois de
         France creï en Clement, couloura grandement son
         fait, car li roiaulmes de France che est li fontaine
         de creance et de excellense pour les nobles eglises
     25  qui i sont et les hautes prelacions. Encores vivoit
         Charles de Boèsme, rois d’Allemaigne et emperères
         de Romme, et se tenoit à Prage en Behaigne, et estoit
         bien enfourmés de toutes ces choses qui li venoient
         à grant mervelles; et quoique tous ses empires
     30  d’Allemaigne, excepté l’arcevesquiet de Trèves, creïssent
         de fait, de corage et de intencion en Urbain ne
         ne voloient oïr parler d’autre, li emperères se faindi
   [147] et disimula tant qu’il vesqui, et en respondoit, quant
         on en parloit en sa presence, si courtoissement que
         tout prelat et baron de son empire s’en contentoient.
         Non obstant tout che, les eglisses de l’empire obbeïssoient
      5  à Urbain, et ossi fist tous li roiaulmes d’Engletière;
         et li roiaulmes d’Escoce obeï à Clement. Li
         contes Loeïs de Flandres qui pour che tamps resgnoit,
         greva trop grandement Clement ens es parties de
         Braibant, de Haynnau, de Flandres et dou Liège, car
     10  il volt toudis demorer urbanistres, et dissoit que on
         faissoit [à] che pappe tort; et cils contes estoit adonc
         tant creus et renommés ens es parties où il conversoit,
         que pour ce les eglises et li signeur terriien se
         tenoient à son oppinion. Mais cil de Haynnau, les
     15  eglises et li sires conjoins avoecq iaulx, qui s’appelloit
         Aubiers, demorèrent neutre et obeïrent non plus
         à l’un comme à l’autre; de quoi li evesques de Cambrai
         qui pour ce tamps resgnoit, qui s’apelloit Jehans,
         en perdoit [en] Haynnau toutes les revenues de
     20  sa temporalité.

         En ce tamps fu envoiiés ens es parties de France et
         de Haynnau, de Flandre et de Braibant, de par le
         pappe Clement, li cardinaulx de Poitiers, uns mout
         preudons et vaillans homs et sages clers, pour ensaignieir
     25  et preechier le peuple, car il avoit esté à le
         première ellection: si monstroit bien comment par
         constrainte il avoient l’arcevesque de Bar fait pappe.
         Li rois de France, si frère et li prelat de France le
         requeillièrent benignement et entendirent volentiers
     30  à ses parolles, et leur samblèrent toutes veritables:
         pour tant i ajoustèrent il plus grant credense. Et
         quant il ot esté en France à son plaisir, il s’avalla
   [148] en Haynnau où il fu recheus dou duck Aubiert
         liement; ossi fu il en Braibant dou duck et de la
         duchoise, mais autre cose n’i conquesta. Il quida à
         son venir aler ou Liège, mais il en fu si desconsilliés
      5  que point n’i alla. Si retourna à Tournai et là se
         tint, et quidoit aler en Flandres pour parler au conte
         et au païs; mais point n’i ala, car il li fu segnefiiet
         dou conte que il n’i avoit que faire pour ceste
         cause, car il tenoit Urbain à pappe et tousjours le
     10  tenroit, et en cel estat viveroit et morroit. Si se parti li
         cardinaulx de Poitiers, de Tournai, et s’en vint à
         Valenchiennes et de là à Cambrai, et là se tint un
         mout lonc tamps en esperant de oïr toudis bonnes
         nouvelles.


     15  § 97. Enssi estoient li roiaulme crestiien par le
         fait de ces pappes en variacion et les eglises en different.
         Urbains en avoit la grignour partie, mais la plus
         pourfitable tant k’à la cavance, et de plaine obeïssance,
         Clemens le tenoit. Si envoiia Clemens, par
     20  le consentement des cardinaulx, en Avignon pour
         raparillier le lieu et le palais; et estoit bien sen entente
         que là se trairoit au plus tost comme il poroit. Et
         s’en vint sejourner Clemens en la citté de Fondes et
         là ouvri ses grasses: si se traïssent toutes manières
     25  de clers qui ses grasses voloient avoir, celle part; et
         tenoit sus les camps ens es villages grant fuisson de
         saudoiiers qui guerrioient et herioient Romme et
         [les Romains. Et ossi cil qui estoient] ou bourc Saint
         Pierre les travilleient nuit et jour d’assaus et d’escarmuces
     30  grandement, et ossi cil qui estoient ou castiel
         de Saint Angle, au dehors de Romme, faissoient mout
   [149] [de] destourbiers as Roumains. Mais cil de Romme
         se forteffiièrent de saudoiiers alemans et en prissent
         grant fuisson avoec le poissance de Romme que il
         asamblèrent, que un jour il conquissent le bourc
      5  Saint Pière. Adonc se boutèrent li Breton, qui bouter
         se peurent, ou castiel Saint Angle, et là se requellièrent.
         Toutes fois par force d’armes il menèrent
         tels ces Bretons que il rendirent le castiel, salve leurs
         vies. Si s’en partirent li Breton, et se traïssent tout
     10  vers Fondes et là environ sus le plat païs; et li Roumain
         abatirent le castiel de Saint Angle et ardirent
         tout le bourc Saint Pière. Quant messires Selevestre
         Bude, qui se tenoit sus le païs, entendi que ses gens
         avoient enssi perdu le bourc Saint Pière et le castiel
     15  de Saint Angle, si en fu durement courouchiés
         et avisa comment il se poroit sus ces Roumains
         contrevengier. Toutes fois il li fu dit par ses espies que
         li Roumain, tout li plus notable de la citté, devoient
         [une relevée] estre ensamble en Campdole en conseil.
     20  Sitos comme il fu enfourmés de ces nouvelles, il mist
         une chevaucie sus de gens d’armes que il tenoit dallés
         li, et chevauça che jour par voies couvertes tout
         secretement viers Romme, et sus le soir entra ens par le
         porte de Naples. Quant cil Breton furent entré ens,
     25  il prissent le chemin de Campdole, et là vinrent si
         à point que tout li conseil de Romme estoient issu
         hors de le cambre et se tenoient sus le place. Chil
         Breton abaissièrent les glaves et esperonnèrent les
         chevaulx, et se boutèrent en ces Roumains, et là en
     30  ocirent et abatirent trop grant fuisson et tous des plus
         notables de le ville; et i ot mors sus le place set
         banerès et bien deus cens aultres riches hommes et
   [150] grant fuisson de mehaigniés et de navrés. Quant chil
         Breton eurent fait leur emprisse, il se retraïssent sus
         le soir, et tantos fu tart. Si ne furent noient poursievoit
         tant pour le nuit que pour ce qu’il estoient si
      5  effraet dedens Romme, que il ne savoient à quoi
         entendre fors à leurs amis qui estoient mort ou bleciet.
         Si passèrent le nuit en grant angoisse de coer,
         et ensevelirent les mors et missent à point les navrés.
         Quant che vint au matin, pour eulx contrevengier,
     10  s’avisèrent de une grant cruauté, car les povres clers,
         qui en Romme sejournoient et qui nulles couppes à
         ce meffait n’avoient, il asaillirent et en ocirent que
         mehaignèrent plus de trois cens; et par especial nuls
         Bretons qui cheoit en leurs mains, n’estoit pris à
     15  merchi. Ensi estoient les coses en es parties de
         Romme par le fait des pappes en grant tribulacion,
         et le comparoient tous les jours cil qui coupes n’i
         avoient.


         § 98. Entrues que pappes Clemens se tenoit à
     20  Fondes, la roïne de Napples le vint veoir de bon
         corage, et se mist li et le sien en son obeïssance, et le
         volt bien tenir à pappe. Ceste roïne avoit eu en pourpos
         un grant tamps que li roiaulme de Sesille, dont
         elle estoit dame et roïne, et la [conté] de Prouvence,
     25  qui dou roiaulme dependoit, elle [remettroit] en le
         main dou pappe pour faire ent sa pure volenté et
         donner et ahireter un haut prince, quelqu’il fust, dou
         roiaulme de France qui poissance eust de obstenir
         encontre ceuls que elle haioit à mort, qui descendoient
     30  dou roiaulme de Hongueriie, messire Charle
         de la Pais. Quant la roïne de Napples fu venue à
   [151] Fondes, elle se humelia mout envers le pappe et se
         confessa à lui et li remonstra toutes ses besongnes et
         se descouvrit de ses secrés et li dist: «Pères sains, je
         tieng pluisieurs grans hiretages et nobles, tels que le
      5  roiaulme de Naples, le roiaulme de Sesille, Puille et
         Calabre et la [conté] de Provence. Bien est verité que
         li rois Loeïs de Sesille, duc de Puille et de Calabre,
         mon père vivant, il recongnissoit toutes ces terres de
         l’Eglise, et me prist par le main ou lit de la mort et
     10  me dist ensi: «Ma belle fille, vous estez hiretière de
         mout rices et grans païs, et croi bien que pluiseur
         hault signeur presseront à vous avoir à femme pour les
         biaus hiretages et grans que vous tenrés. Si vous
         enjoing et commande que, par le conseil des haulx
     15  princes des hiretages que vous tenrés vous voelliés
         user, et vous mariés à si haut signeur que il soit
         poissans de vous tenir en pais et tous vos hiretages,
         et, se il avient enssi que Dieus le consente que vous
         n’aiiés nuls hoirs de vostre char, si remettés tous
     20  vos hiretages en le main dou Saint Père qui pour ce
         tamps sera, car li rois Robiers, mes pères, ou lit de le
         mort, le me carga enssi: pour quoi, ma belle fille, je
         vous en carge et [si] m’en descarge.» Et adonc, Pères
         Sains, je li euch en convent par ma foi, present tous
     25  ceuls qui en le cambre pooient estre, que je li acompliroie
         son darrain desirier. [Voirs est], Pères Sains,
         que apriès son trespas, par le consentement des
         nobles de Sesille et de Naples, je fui mariée à Andrieu
         de Honguerie, frère au roi Loeïs de Honguerie, dou
     30  quel je n’euch nul hoir, car il morut jones à Ais en
         Prouvence. Depuis sa mort, on me remaria au prince
         de Tarente qui s’apelloit mesires Charles, et en oc une
   [152] fille. Li rois de Honguerie pour le desplaissance que
         il ot [de la mort] dou roi Andrieu, son frère, fist guerre
         à mon marit messire Charle de Tarente, et li vint
         tollir Puille et Calabre, et le prist par bataille et l’enmena
      5  en prison en Honguerie, et là morut. Depuis
         par l’acord des nobles de Sesille et de Naples, je
         me remariai au roi Jame de Maïogres et mandai en
         France messire Loeïs de Navare pour espouser ma
         fille, mais il morut sus le chemin. Li rois de
     10  Maïogres, mes maris, se departi de moi en volenté
         de reconquerir son hiretage de Maïogres, que li rois
         d’Arragon li obtenoit à force, car il l’en avoit deshireté
         et fait morir le roi, son père, en prison. Bien
         disoie au roi, mon marit, que je estoie dame assés de
     15  poissance et de richoisse pour le tenir en tel estat
         comme il vorroit, mais tant me preecha et monstra
         de belles raisons en desirant de recouvrer son hiretage,
         que je m’asenti, enssi que par demie volenté,
         que il fesist son plaisir; et à son departement je li
     20  enjoindi et enortai especiaulment que il alast deviers
         le roi Charle de France et li remonstrast ses
         besongnes et se ordonnast tous par li. De tout ce
         n’a il riens fait, dont il l’en est mesvenu, car il s’alla
         rendre au prince de Galles, qui li ot en convenant
     25  de aidier, et ot grignour fiance au prince de Galles
         que au roi de France à qui je sui de linage. Et
         entrues que il estoit sus son voiage, je escripsi deviers
         le roi de France et envoiai grans mesages em priant
         que il me vosist envoiier un noble homme de son
     30  sanc auqué je peuisse ma fille mariier, par quoi nos
         hiretages ne demorast mies sans hoir. Li rois de
         France entendi à mes parolles, dont je l’en sai bon
   [153] gré, et m’envoia son cousin messire Robert d’Artois,
         liquels ot ma fille espousée. Pères Sains, ens ou
         voiage que li rois de Maïogres, mes maris, fist, il
         morut. Je me sui remarié[e] à mesire Oste de Bresvich,
      5  et pour tant que messires Charles de la Paix a
         veu que j’ai volu ravestir [en] son vivant de mon
         hiretage mesire Hoste, il nous a fait guerre et nous
         prist ou castiel de l’Oef par encantement, car il nous
         sambloit, à nous qui estions ou castiel de l’Uef, que
     10  la mers estoit si haute que elle nous pooit acouvrir.
         Si fumes à celle heure si eshidé que nous no[u]s
         rendesimes à messire Charle de la Pais, tous quatre,
         salve nos vies. Il nous a tenu en prison moi et men
         marit, ma fille et son marit; [et tant est avenu que
     15  madite fille et son marit] i sont mort. Depuis par
         tretié nous sommes delivré parmi tant que Puille et
         Calabre li demeurent, et tent à venir à l’iretage de Naples,
         de Sesille et de Prouvence, et [quiert] aliances
         partout, et efforcera le droit de l’Eglise, sitos comme
     20  je serai morte, et ja moi vivant, il en fait son plain
         pooir. Pour quoi, Pères Sains, je me voel acquiter
         envers Dieu et enviers vous, et acquiter les ames de
         mes predicesseurs; si vous raporte et mech en vostre
         main très maintenant tous les hiretages qui me sont
     25  deu de Sesille, Naples, Puille, Calabre et Prouvence,
         et les vous donne à faire vostre volenté pour donner
         et ahireter qui que vous volés et que bon vous samble,
         qui obstenir les pora contre nostre aversaire,
         mesires Charle de la Pais.» Li pappes Clemens rechut
     30  ces parolles en très grant bien et le don en grant
         reverensse, et dist: «Ma fille de Naples, nous en
         ordenerons temprement tellement que li hiretage
   [154] aront hiretier de vostre sanc, noble et poissant et
         fort assés pour resister contre tous ceulx qui le voldront
         nuire.» De toutes ces parolles, ces dons, ces
         deshiretances et ahiretances on fist instrumens publicques
      5  et autentiques, pour demorer les coses en tamps
         à venir en droit et pour estre plus autentiques et
         patentes à tous ceuls qui en oront parler.


         § 99. Quant la roïne de Naples et messires Ostes
         de Bresvich eurent fait ce pour quoi il estoient venu
     10  à Fondes devers le pappe, et il eurent là sejourné
         à leur volenté et plaisance, il prisent congiet au
         pappe et as cardinaus, et s’en retournèrent à Naples.

         Depuis ne demora gaire de tamps que pappes Clemens
         imagina en lui meïsmes que li trop longement
     15  sejourner ens es parties de Romme ne li estoit point
         pourfitable et que li Roumain et Urbains travilloient
         grandement à avoir l’amour des Neapoliiens et de
         mesire Charle de la Pais; si se doubta que li chemin
         ne fuissent tantos si clos par mer et par terre que il
     20  ne [peust] retourner en Avignon où il desiroit à venir.
         Et la plus principaulx et especiaulx cose qui l’enclinoit
         à retourner, c’estoit ce qu’il voloit donner en
         don, enssi que recheu l’avoit, au duc d’Ango les drois
         que la roïne de Naples li avoit donnés et seelés. Si
     25  ordonna ses besongnes si sagement et secre[t]ement,
         et montèrent en mer ils et li cardinaulx et toutes leurs
         familles en gallées et en vaissaulx qui leur estoient
         venu d’Arragon et de Marselle, le conte de Rokebertin
         en leur compaignie, un vaillant homme
     30  d’armes d’Arragon. Si eurent vent et ordenance de
         mer en volenté, et arivèrent sans peril et sans
   [155] damage à Marselle, dont tout li païs fu grandement
         resjoïs; et de là vint li pappes en Avignon. Si segnefia
         sa venue au roi de France et à ses frères, qui en
         furent tout resjoï.

      5  Adonc le vint veoir li dus d’Ango, qui se tenoit
         pour le tamps à Toulouse; [si] li donna li pappes à
         sa venue tous les dons dont la roïne de Naples l’avoit
         ravesti. Li dus d’Ango qui tendoit tousjours à
         signouries et à hautes honneurs, retint ces dons en
     10  grant magnificensse et les accepta pour li et pour
         ses hoirs, et dist au pappe que dou plus tost que il
         [porroit, il] iroit si fors ens es parties par de delà
         que pour resister contre tous les nuissans à la roïne
         de Naples. Si fu li dus d’Ango avoecques le pappe
     15  environ quinse jours, et puis s’en retourna il à Toulouse,
         dalés la ducoise sa femme, et Clemens demora
         en Avignon. Si laissa ses gens d’armes messire Selevestre
         Bude et messire Bernart de la Salle et Florimont
         gueriier et heriier les Roumains.


     20  § 100. En che tamps avoit en le marce de Toskane
         [en] Italie un vaillant chevalier d’Engletière qui
         s’appelloit messires Jehans Haccoude, qui pluiseurs
         grans apertisses d’armes i fist et avoit faites en
         devant, et estoit issus hors dou roiaulme de France,
     25  quant la pais fu traitie et parlementée des deus rois
         à Bretegni dallés Chartres. En ce tamps, c’estoit uns
         povres baceliers: si regarda que de retourner en son
         païs il ne pooit noient pourfiter, et quant il convint
         toutes manières de gens d’armes vuidier le roiaulme
     30  de France par l’ordenance des tretiés de le pais, il se
         fist chiés de une route de compaignons que on appeloit
   [156] les Tart venus, et s’en vinrent en Bourgongne,
         et là s’asamblèrent grant fuisson de tels routes, Englès,
         Bretons, Gascons et Allemans, et gens de compaignes
         de toutes nations, et fu Haccoude uns [des
      5  chiefs] par especial avoecques Briquet et Carsuelle,
         par qui la bataille de Brinai fu faite, et aida à prendre
         le pont de Saint Esperit avoecq Bernart de Sorges.
         Et quant il eurent assés gueriiet et heriiet le païs, le
         pappe et les cardinaulx, on treta vers eulx et vers le
     10  marquis de [Montferrat], qui en che tamps avoit
         guerre as signeurs de Melans. Cils marquis les enmena
         oultre lez mons, quant on leur heut delivret sissante
         mille frans, dont Haccoude eut en se part diis mille
         pour li et pour sa route. Quant il heurent achievé le
     15  guerre dou marquis, li pluiseur retournèrent en
         France, car messires Bertrans du Claiequin, li contes
         de la Marce, li sires de Biaugeu et li mareschaulx
         d’Audrehem les enmenèrent en Espaigne contre le
         roi dan Piètre pour le roi Henri, et ossi li pappes
     20  Urbains Ves les i envoiia. Messires Jehans Haccoude
         et sa route demorèrent en Italie, et l’ensonnia tous[jours]
         pappes Urbains, tant que il vesqui, contre les
         signeurs de Mellans: ossi fist pappes Grigoires [regnans]
         apriès lui. Et fist cils messires Jehans Haccoude
     25  avoir le signeur de Couci contre le conte de
         Vertus et les Lombars une très belle journée, et
         dient, et de verité, li pluiseur que li sires de Couci
         euist esté rués jus des Lombars et dou conte de
         Vertus, se n’euist esté Haccoude qui le vint aidier à
     30  cinc cens combatans, pour la cause de che que li
         sires de Couchi avoit à femme la fille dou roi d’Engletière,
         et non pour nulle autre cose.

   [157] Chils messires Jehans Haccoude estoit uns chevaliers
         mout adurés et renommés en es marces de
         Italie, et i fist pluiseurs grans apertisses d’armes. Si
         s’avisèrent li Roumain et Urbains qui se nommoit
      5  pappes, quant Clemens fu partis de [Fondes], que il
         le manderoient et le feroient mestre et gouverneur de
         toute leur guerre. Si le mandèrent et li offrirent grant
         pourfit et le retinrent li et sa route as saulx et as
         gages; et ils s’en acquita loiaulment, car ils, avoecques
     10  les Roumains, desconfi un jour messire Selevestre
         Bude et une grant route de Bretons, et furent
         sus le place tout mort ou pris, et Selevestre Bude
         amenés à Romme prisonniers et en grant peril de
         estre decollés. A voir dire, trop mieulx vausist que,
     15  pour l’onneur de li et de ses amis, il l’euist esté au
         jour que il fu amenés à Romme, car depuis le fist li
         pappes Clemens decoller en la cité de Mascons, et
         un autre escuier breton avoecques lui, qui s’appeloit
         Guillaume Boilewe; et furent soupechonné de traïson
     20  pour tant que il estoient issu hors de le prison des
         Roumains, et ne pooit on savoir par quel tretiet,
         et vinrent en Avignon, et là furent il pris. De leur
         prisse fu coupables li cardinaulx d’Amiens, car il les
         haioit pour tant que, [dou temps] que il faissoient
     25  guerre en Roumagne pour le pappe, il avoient sus
         les camps rués jus les sonmiers le cardinal d’Amiens
         ens es quels il avoit grant finance de vaisselle d’or et
         d’argent, et l’avoient toute departie as compaignons
         qui ne pooient estre paiiet de leurs gages, dont li
     30  cardinaulx tint che fait à grant despit et les accusa
         couvertement de traïson. Quant il furent venu en
         Avignon et furent amis que il estoient là trait
   [158] cauteleusement pour trahir le pappe, si furent pris et
         envoiiet à Mascons et là decollé. Ensi se portoient
         li affaire en che tamps ens es parties par de delà,
         et vous di que messires Bertrans de Claiequin fu
      5  durement courouchiés de la mort messire Selevestre
         Bude, son cousin, sus le pappe et les cardinaulx, et,
         se il euist vesqui longuement, il leur euist remonstré
         ou fait remonstrer que la mort de li li estoit desplaissans.
         Nous no[us] soufferons à parler presentement
     10  de ces matères, et entrerons ens es matères des
         guerres de Flandres qui commenchièrent en celle
         saisson, qui furent dures et cruelles, et de quoi grant
         fuisson de peuple furent mort et essilliet, et li païs
         contournés en tel violensse que on dissoit adonc que
     15  cent ans à venir il ne faissoit mies à recouvrer ne
         à remettre ou point où les guerres le prisent, et
         remonsterons et recorderons par quelle incidensse
         ces maleoites guerres commenchièrent.


         § 101. Quant les haïnnes et tribulacions vinrent
     20  premierement en Flandres, li païs estoit si plains et
         si raemplis de tous biens que merveilles seroit à considerer,
         et tenoient les gens ens bonnes villes si
         grans estas que merveilles estoit à regarder. Et devés
         savoir que toutes ces guerres et haïnnes meurent par
     25  orguel et par envie que les bonnes villes de Flandres
         avoient l’un[e] sus l’autre, chil de Gand sus la ville de
         Bruges, et cil de Bruges sus ceulx de Gand, et enssi
         les autres villes les unes sus les autres. Mais tant i
         a de resort que nulles guerres entre elles principaument
     30  ne se pooient mouvoir ne eslever, se leurs sires
         li contes ne le consentoit, car il i estoit tant cremus
   [159] et tant amés que nuls ne l’osoit courouchier. Enssi li
         contes, qui estoit sages et soutieus, resongnoit si la
         guerre et le mautallent entre ses gens et li, que oncques
         nuls sires feïst plus de li, et fu premierement si
      5  frois et si durs à esmouvoir la guerre que nullement
         il ne s’i voloit bouter, car bien sentoit en ses imaginacions
         que, quant li differens seroit entre li et son
         païs, il en seroit plus foibles et mains doubtés de ses
         voisins. Encore resongnoit il la guerre pour un autre
     10  cas, quoi que en le fin il li convenist prendre:
         guerres sont destrucions de misse, de corps et
         de chavance, et en son tamps il avoit vesqui et
         resgné en grant prosperité et en grant pais et eu otant
         de ses deduis que nuls sires terriiens pooit avoir eu.
     15  Et ces guerres qui li sourdirent sus le main
         commenchièrent par si petite incidence que, au justement
         considerer, se sens et avis s’en fuissent ensongniiet,
         il n’i deuist avoir eu point de guerre; et pueent dire
         et poront cil qui ceste matère liront ou lire feront,
     20  que ce fu oevre de diable, car vous savés ou
         avés oï dire les sages que li diables soutille et atisse
         nuit et jour à bouter guerre et haïnne là où il voit
         pais, et qu[i]ert au lonch et de petit à petit comment
         il puist venir à ses ataintes. Et ensi fu et avint en
     25  Flandres en che tamps, sicom vous porés clerement
         veoir et cognoistre par les tretiés de l’ordenance de
         la matère qui s’ensieut.


         § 102. En che tamps que li contes Loeïs de Flandres
         estoit en sa grignour prospérité, avoit un bourgois
     30  à Gand, qui s’appelloit Jehan Lion, sage homme,
         soutil, hardit, cruel et entreprenant et froit au
   [160] besoing assés. Cils Jehans Lions fu si très bien dou
         conte qu’il aparut, car li contes l’ensonnia de faire
         ochire un homme en Gand, qui li estoit contraires
         et desplaissans; et au commandement dou conte,
      5  couvertement Jehans Lions prist parolles de debat à
         celi et l’ocist. Le bourgois mort qui s’apelloit [Jehan
         d’Iorque], il s’en vint demorer à Douai, et là fu
         priès de trois ans, et tenoit bon estat et grant, et tout
         paiioit li contes. Pour celle occision, Jehan Lion en
     10  la ville de Gand perdi un jour tout ce que il i avoit,
         et fu banis de le ville de Gand à cinquante ans [et un
         jour]. Depuis li contes de Flandres esploita tant que
         il li fist pais avoir à partie et ravoir la ville de Gand
         et le francisse, che que on n’avoit onques mais veu,
     15  dont pluiseurs gens en Gand et en Flandres furent
         mout esmervilliet; mais enssi fu et avint. Avoecques
         tout ce, li contes, pour [le] recouvrer en chavanche
         et pour tenir son estat, le fist doiien des naviieurs.
         Chils offisses li pooit bien valoir mil livres l’an,
     20  à aler droiturierement avant. Chils Jehan Lion
         estoit si très bien dou conte que nuls mieux de li.

         En che temps avoit un autre linage à Gand que
         on appelloit les Mahieus, et estoit cil set frères, et les
         plus grans de tous les naviieurs. Entre ces set frères
     25  en i avoit un qui s’apelloit Gisebrest Mahieu, riche
         homme, sage, soutil et entreprendant grandement
         trop plus que nuls de ses frères. Chils Ghisebrest
         avoit grant envie sus Jehan Lion couvertement de ce
         que il le veoit si bien dou conte de Flandres, et
     30  soutilloit nuit et jour comment il le poroit oster de
         sa grace. Pluiseurs fois eut en pensée que il le feroit
         ocire par ses frères, mais il ne parosoit pour le
   [161] doutance dou conte. Tant soutilla, visa et imagina que
         il i trouva le chemin. Et la cause pour quoi principaulment
         il s’entre haioient, je le vous dirai pour
         mieux venir à la fondacion de ma matère.

      5  Anciiennement avoit eu en le ville dou Dan une
         guerre mortel de deus rices hommes navieurs et de
         leurs linages, qui s’appelloient li uns sire Jehan Piet
         et l’autre sire Jehan Barde: de celle guerre, d’amis estoient
         mort [d’]eulx dis et uit. Ghisebrest Mahieu et si
     10  frère estoient dou linage de l’un; Jehan Lion estoit
         de l’autre. Ces haïnnes couvertes estoient enssi de
         lonc tamps nouries entre ces deus, quoique il parlaissent,
         buissent et mengassent à le fois ensamble;
         et trop plus grant compte en faissoient li Mahieu
     15  que Jehan Lion ne fesist. Ghisebrest Mahieu, qui
         soutilloit à destruire Jehan Lion sans cop ferir, avisa
         un soutil tour. Et sejournoit une fois li contes de
         Flandres à Gand. Ghisebrest s’en vint à l’un des plus
         prochains cambrelens dou conte et [s’acointa] de li,
     20  et li dist: «Se messires de Flandres voloit, il aroit
         un grant pourfit tous les ans sus les naviieurs, dont
         il n’a maintenant riens; et ce pourfit li estraingnier
         navieur paieroient, voires mais que Jehan Lion, qui
         doiiens est et mestres des navieurs, s’en vosist loiaulment
     25  acquiter.» Chils cambrelens dist que il remonsteroit
         ce au conte, enssi que il fist. Li contes, enssi
         que pluiseur signeur par nature sont enclin à leur
         pourfit et ne regardent mies loiaulment à le fin où
         les coses pueent venir, [fors] à avoir le misse et le
     30  chevance, et ce les deçoit, respondi à son varlet:
         «Faites moi venir Gisebrest Mahieu, et nous orrons
         quel cose il voelt dire.» Chils le fist. Ghisebrest
   [162] parla et remonstra au conte pluiseurs raisons raisonnables,
         ce sambloit il au conte, par quoi li contes
         respondi: «C’est bon que enssi soit, et on face venir
         Jehan Lion.» Jehans Lions fu appellés en la presence
      5  dou conte et de Ghisebrest, qui riens ne savoit
         de ceste matère, quant li contes li entama et li dist
         enssi: «Jehan, se vous vollés, nous arons grant
         pourfit à ceste cose.» Jehans qui estoit loiaulx, en
         ceste ordenance regarda que ce n’estoit pas une cose
     10  raisonnable, et si n’osoit dire dou non; et respondi:
         «Monsigneur, ce que vous demandés et que Ghisebrest
         met avant, je ne le puis pas faire tous seuls, et
         dur sera à l’esvoiturer.»--«Jehan, respondi li contes
         qui s’enclinoit à son pourfit, se vous vo[u]s en volés
     15  loiaulment aquiter, il [se] fera.»--«Monsigneur,
         respondi Jehans, j’en ferai mon plain pooir.» Enssi
         se departi leurs parlemens. Ghisebrest Mahieu, qui
         tiroit à mettre mal Jehan Lion dou conte de Flandres,
         ne n’entendoit à autre cose, s’en vint à ses
     20  frères tous siis, et leur dist: «Il est jours mais que
         vous me voelliés aidier en ceste besongne, enssi que
         frère doient aidier l’un l’autre, car c’est pour vous
         que je me combas. Je desconfirai Jehan Lion sans
         cop ferir, et le meterai si mal dou conte que onques
     25  n’en fu si bien que il en sera mal. Quoi que je die ne
         monstre en ce parlement, quant tout li naviieur
         seront venu [et que Jehans Lions fera sa demande],
         si le debatés; et je me fainderai, et dirai et maintenrai
         à Monsigneur que, se Jehans Lions voloit
     30  et se loiaulment s’en acquitast, ceste ordenance se
         feroit. Je congnois bien de tant Monsigneur: anchois
         qu’il n’en viegne à son entente, Jehans Lion perdera
   [163] toute sa grace, et li ostera son office, et me sera
         donnés; et quant je l’arai, vous l’acorderés. Nous
         sommes fort et poissant en celle ville entre les navieurs:
         nuls ne nous contredira nos volentés, et puis
      5  de petit en petit je menrai tel Jehan Lion que il sera
         tous rués jus. Enssi en serons nous vengiet soutieument
         et sans cop ferir.» Tout si frère li accordèrent.
         Li parlemens vint; li navieur furent tout apparilliet
         et là remonstrèrent Jehans Lion et Ghisebrest
     10  Mahieu le vollenté dou conte et de ce nouvel estatut
         que il voloit eslever sus le navire dou Lis et de l’Escaut,
         laquelle cose sambla à tous trop dure et trop
         nouvelle, et especiaulment li siis frère Ghisebrest
         tout de une oppinion i estoient plus dur et plus contraire
     15  que tout li autre, dont Jehans Lions, qui tous
         souverains estoit de iaulx et qui les voloit tenir à son
         loial pooir as francisses anchiennes, en estoit tous
         liés et quidoit que che fust pour li, et c’estoit contre
         li du tout.


     20  § 103. Jehan Lion raporta le responsse des naviieurs
         au conte, et li dist: «Monsigneur, c’est une
         cose que nullement ne se puet faire et dont uns trop
         grans maulx poroit venir. Laissiés les coses en leur
         estat anciien, et ne faites riens de nouvel.» Ceste
     25  response ne plaissi mies bien au conte, car il veoit
         que, [à] chela eslever dont il estoit enfourmés, il pooit
         tous les ans avoir siis ou sept mille florins de pourfit.
         Si se teut adonc, et pour ce ne pensa il mies mains,
         et fist songneussement poursieuwir par parolles et
     30  tretiés ces naviieurs, lesquels Jehans Lions trouvoit
         tous rebelles. De costé, Ghisebrès Mahieus venoit au
   [164] conte et à son conseil, et dissoit que Jehans Lions
         s’aquittoit trop mollement en ceste besongne et que,
         se il avoit son office, il aroit tels tous les naviieurs que
         li contes de Flandres aroit hiretablement che pourfit.
      5  Li contes qui n’i veoit mies bien cler, car la convoitise
         de la chevance l’aveulissoit, eut conseil, et de
         li meiismes il osta Jehan Lion de son office, et i
         mist Ghisebrest Mahieu. Quant Ghisebrès fu doiiens
         des navieurs, il tourna tous ses frères à sa volenté
     10  et fist venir le conte à son entente et à ce pourfit,
         dont il n’estoit mies le mieux amés de la grignour
         partie des navieurs; mais il leur convenoit souffrir,
         car li set frère estoient trop grant avoecques l’aide
         dou conte: si les convenoit taire et souffrir. Enssi
     15  vint par soutieue voie Ghisebrest Mahieu en le
         grace et amour dou conte, et Jehans Lions en fu dou
         tout planés et ostés, et donnoit Ghisebrès Mahieus
         as gens dou conte, as cambrelens et officiiers, grans
         dons et biaux jeuiaux, par quoi il avoit l’amour
     20  d’iaulx, et ossi au conte, dont il l’aveulissoit tout.
         Et [tous ses] dons et ses presens faissoit il paiier as
         navieurs, dont li pluiseur ne s’en contentoient mies
         trop bien, mais il n’osoient mot sonner. Jehans
         Lions qui estoit tous hors de la grace et de l’amour
     25  dou conte, se tenoit en sa maison et vivoit dou sien
         biellement, et souffroit trop bellement tout ce que on
         li faissoit; car Ghisebrès Mahieu, qui doiiens des
         navieurs estoit et qui ce Jehan couvertement haioit,
         li retrencoit au tierch ou au quart les pourfis que il
     30  deuist avoir de sa navie. Jehans souffroit tout ce et
         ne sonnoit mot, et se dissimuloit sagement et prendoit
         en gré tout ce que on li faissoit, de quoi Piètres
   [165] dou Bos, qui estoit li uns de ses varlès, s’esmervilloit
         grandement et li remonstroit à le fois comment
         il pooit souffrir les tors que on li faissoit, et Jehans
         respondoit: «Or tout quoi; il est heure de taire et
      5  s’est heure de parler.»

         Ghisebrès Mahieu avoit un frère que on appielloit
         Estievenart, soutil homme et visseus durement, et
         disoit à ses frères et sortissoit bien tout ce que il leur
         avint: «Chertes, signeur, Jehan Lion se sueffre
     10  maintenant et baisse la teste bien bas; mais il le fait
         tout par sens et par malise, car encores nous honnira
         il tous et nous metera plus bas que nous ne soions
         maintenant haut. Mais je consilleroie une cose,
         entrues que nous sommes en le grace de Monsigneur
     15  et ils en est tous hors, que nous l’ocisiièmes.
         Je l’ocirai trop aisse, se j’en sui cargiés; et
         enssi serons nous hors de peril, et trop legierement
         nous venrons [sus] de la mort de li.» Si autre
         frère nullement ne le voloient consentir, et disoient
     20  que il ne leur faisoit nul mal et que point on ne
         doit homme occire, se il ne l’a trop grandement
         deservi.

         Si demora la cose en cel estat un tamps et tant
         que li diable, qui onques ne dort, resvilla chiaulx de
     25  Bruges à faire fosser pour avoir l’aissement de la
         rivière dou Lis, et en avoient assés le conte de leur
         accord, et i envoiièrent grant quantité de fosseurs et
         de gens d’armes pour eulx garder. En devant autres
         anées, avoient il enssi fait; mais chil de Gaind par
     30  poissance leur avoient toudis brissiet leur pourpos.
         Ches nouvelles vinrent à Gaind que de rechief chil de
         Bruges faissoient efforciement fosser pour avoir le
   [166] cours de le rivière dou Lis, qui leur estoit trop grandement
         à leur prejudice. Si commenchièrent à murmurer
         mout de gens parmi la ville de Gaind, et especiaulment
         li navieur asquels la cose touchoit trop
      5  mallement, [disant] que on ne devoit mies souffrir à
         ceuls de Bruges de fosser enssi à l’encontre de la
         rivière pour avoir le cours et le fil de l’aige, dont leur
         ville serait deffaitte. Et dissoient encores li aucun
         tout quoiement: «Or Dieus gart Jehan Lion! Se ce
     10  fust nos doiiens, la besongne ne se portast pas enssi.
         Chil de Bruges ne fuissent si ossé que de venir si
         avant sur nous.» Jehans Lions estoit bien enfourmés
         de toutes ces parolles, et se commencha un petit à
         resvillier, et dist en soi meïsmes: «J’ai dormi un
     15  tamps; mais il appert à petit d’affaire que je me resvillerai,
         et meterai un tel tourble entre celle ville
         chi et le conte, qu’il coustera cent mille vies.» Ceste
         cose de ces fosseurs commença à augmenter et à enflamer,
         et avint que une femme qui revenoit de
     20  pelerinage de Nostre Dame de Boulongne, toute
         lassée et escauffée, s’asist enmi le marchié là où il
         avoit le plus de gens, et fist mout grandement l’esbahie.
         On li demanda dont elle venoit; elle respondi:
         «De Boulongne. Si ai veu et trouvé sus
     25  mon chemin le plus grant meschief qui onques avenist
         à le bonne ville de Gaind, car il sont plus de cinc
         cens fosseurs qui nuit et jour oevrent au devant dou
         Lis, et aront tantos la rivière, se on ne leur debat.»

         Les parolles de la femme furent bien oïes et
     30  entendues et recordées en pluiseurs lieus en la ville.
         Adonc s’esmurent cil de Gaind, et dissent que ce ne
         faissoit mies à soustenir [ne] à consentir: si se traïssent
   [167] li pluiseurs deviers Jehan Lion, et li demandèrent
         conseil de ceste cose et comment on en pooit user.
         Quant Jehans Lions se veï appelés de chiaulx dont
         il desiroit à avoir le grace et l’amour, si fu en coer
      5  grandement resjoïs, mais nul [samblant] de sa joie il
         ne fist, car il n’estoit pas encores heure tant que la
         cose fust encores mieux entouellie, et se fist priier et
         requerre trop durement anchois que il en vosist
         riens dire ne monstrer; et quant il parla, il dist:
     10  «Signeur, se vous volés ceste cose esvoiturer et
         mettre sus, il faut en la ville de Gaind que uns anciiens
         usages qui jadis i fu soit recouvrés et renouvellés:
         c’est que li blanc cappron soient remis avant,
         et cil blanc cappron aient un chief auquel il se
     15  puissent tout retraire et raloiier.» Ceste parolle fu
         très volentiers oïe et entendue, et dissent tout de
         une vois: «Nous le volons! nous le volons! Or
         avant as blans capprons!» Là furent fait li blanc
         cappron, donnet et delivret plus de cinc cens, et as
     20  compaignons qui trop plus chier avoient la guerre
         que la pais, car il n’avoient riens que pierdre. Et fu
         Jehans Lions esleus à estre chiés de ces blans capprons,
         lequel office il rechut assés liement pour li
         contrevengier de ses ennemis et pour entouellier la
     25  ville de Gaind encontre ceulx de Bruges et le conte
         son signeur; et fu ordonnés à aler contre ces fosseurs
         de Bruges comme souverains cappitains, et li doiiens
         des blans capprons en sa compaignie. Chil doi avoecques
         leurs gens avoient plus chier assés guerre que
     30  pais [ne] amour.


         § 104. Quant Ghisebrès Mahieus et si frère veïrent
   [168] la contenance de ces blans capprons, si n’en furent
         pas trop resjoï, et dist Estievenins, li uns des frères:
         «Je le vous dissoie bien: certes cils Jehans Lion nous
         desconfira par sa soutieuté. Mieux vausist que on m’en
      5  euist laissiet convenir de li occire que dont que il fust
         en l’estat où il est et où il venra, et tout par ces
         blans capprons que il a remis sus.»--«Nenil, dist
         Ghisebrest, mais que je aie parlé à Monsigneur, on
         le metera tout jus. Je voel bien que il facent leur enprisse
     10  de aler contre ces fosseurs de Bruges pour le
         pourfit de nostre ville, car, au voir dire, autrement
         nostre ville seroit perdue.»

         Jehans Lions et sa route tout à blans capprons se
         departirent de Gaind en volenté et en pourpos que
     15  de tous occire ces fosseurs et ceuls qui les gardoient.
         Les nouvelles vinrent à ces fosseurs et à leurs gardes,
         que les Gantois venoient là efforciement; si se doubtèrent
         de tout perdre et laissièrent leur ouvrage et
         se retraïssent à Bruges tout effraé; onques puis ne
     20  s’ahatirent de fosser. Quant Jehan Lion et li blanc
         cappron veïrent que nuls il n’en avoient trouvés, si
         furent courouchiet et se retraïssent en Gaind. Pour
         che ne cessèrent il mies de leur office, mais aloient
         li blanc cappron tous wisseux parmi la ville; et les
     25  tenoit Jehan Lion en cel estat et dissoit bien as aucuns
         tout secreement: «Tenés vous tout aisse, buvés
         et mengiés, et ne vous effraés de cose que vous
         despendés. Tels paiera temprement votre escot,
         qui maintenant ne vous donroit point un disner.»


     30  § 105. Che terme pendant et en celle meïsmes sepmaine
         que Jehans Lions et li blanc cappron furent à
   [169] [Deinse] pour trouver les fosseurs de Bruges, estoient
         venues nouvelles à Gaind et requestes pour ceulx qui
         des francisses de Gaind se voloient aidier, en dissant
         à ceuls qui le loi maintenoient pour la saison: «Signeur,
      5  on tient prisonnier à Erclo, chi dallés nous,
         qui est en le francise de Gaind, en la prison dou
         conte, un nostre bourgois, et en avons sommé le
         baillieu de monsigneur de Flandres; mais il dist que
         il n’en rendera point. Enssi se desrompent petit à
     10  petit et afoiblissent vos francisses qui dou tamps
         passé ont esté si hautes, si nobles et si prisies, et avoec
         che si bien tenue[s] et gardées que nuls ne les osoit
         enfraindre ne brisier; [et] li plus nobles chevaliers de
         Flandres s’en tenoient à bien paret quant il estoient
     15  bourgois de Gaind.» Chil de la loi respondirent à
         chiaulx de la partie dou bourgois que on tenoit en
         prison: «Nous en escriprons volentiers deviers le
         baillu de Gaind et li manderons que il le nous renvoiie,
         car voirement ses offices ne s’estent mies si
     20  avant que il puist tenir nostre bourgois en la prison
         dou conte en la paix de la ville.» Sicom il le dissent,
         il le fissent, et escripsirent au baillieu, pour ravoir che
         prisonnier, à Erclo. Li baillieus fu tantos consilliés
         dou respondre et dist: «Que nous oons de parolles
     25  pour un mounier! Dites, ce dist li baillieus, à chiauls
         de Gaind, qui s’apielloit Rogiers d’Auterive, que, se
         c’estoit uns bien riches homs diis fois plus qu’il ne
         soit, ne sera il jamais hors de nostre prison, se monsigneur
         de Flandres ne le commande. J’ai bien poissance
     30  de l’arrester, mais je n’ai nulle poissance dou
         delivrer.» Les parolles et responses de Rogier d’Auterive
         furent enssi recordées à chiaulx de Gaind, dont
   [170] il furent tout courouchiet, et dissent que orgilleusement
         il avoit respondu. Pour tels responses, pour
         telles incidenses que des fosseurs de Bruges qui
         fosser voloient sus l’iretage de ciaulx de Gaind, et pour
      5  tels coses samblables dont on voloit ou pooit de force
         blecier les franchisses de Gaind, souffroient li rice
         homme et li sage de Gaind à courir parmi la ville et
         sus le païs celle pendaille et ribaudaille que on nommoit
         les blans capprons, pour estre plus cremu et
     10  renommé, car il besongne bien à un linage que il i
         ait des fols et des outrageus pour soustenir les
         paisibles.


         § 106. Les nouvelles de ce mounier, bourgois de
         Gaind, que on tenoit en la prison dou conte à Erclo,
     15  que li baillieus ne voloit rendre, s’espardirent parmi
         la ville de Gaind, et en commenchièrent pluiseurs
         gens à murmurer et à dire que che ne faisoit mies à
         souffrir, et que par estre trop mols, les francisses de
         Gaind se poroient perdre, qui estoient si nobles.
     20  Jehan Lion qui ne tendoit que à une cose, ce estoit
         de entouellier tellement la ville de Gaind envers le
         signeur que on ne le peuist ne seuist destouellier sans
         trop grant damage, n’estoit mies courouciés de tels
         avenues, mais vosist bien que tous les jours il en venist
     25  trente; [si] boutoit parolles de costé et semoit couvertement
         aval la ville de Gaind, et disoit: «Oncques
         puis que office furent accaté en une ville, les juriditions
         ne furent plainement gardées.» Et mettoit ces
         parolles avant pour Ghisebrest Mahieu, et voloit dire
     30  que il avoit mieux que accaté l’office des rivières et
         dou naviage, car il avoit bouté le navie en une nouvelle
   [171] debte qui estoit grandement contre le francise
         de Gaind et [les privilèges anchiens]; car li contes de
         Flandres rechevoit tous les ans trois ou quatre mille
         florins hors de la coustumance anchienne, dont li
      5  marcheant et li naviieur anchiien se plaindoient
         grandement. Et resongnoient ja à venir à Gaind chil
         de Valenchiennes, de Douai, de Lille, de Bietune et
         de Tournai; et estoit une cose par quoi li ville de
         Gaind poroit estre encore perdue, car petit à petit on
     10  leur torroit leurs francisses, et [si] n’i avoit homme
         qui en osast parler.

         Ghisebrès Mahieu et li doiiens des menus mestiers,
         qui estoit de son aliance, ooient tous les jours tels
         parolles à leurs oreilles et les reconnissoient que elles
     15  venoient de Jehan Lion, mais il n’i pooient ne
         osoient remediier, car Jehan Lions avoit ja tant semés
         de blans capprons aval la ville et donnés as compaignons
         hardis et outrageus, que on ne l’osoit asaillir.
         Et ossi Jehan Lion n’aloit mies seus, car, quant il
     20  issoit de sa maisson, il avoit dou mains deus cens
         ou trois cens blans capprons autour de li. Et ossi il
         n’aloit point aval la ville, se trop grans besoings n’estoit,
         et se faissoit très grandement priier pour avoir
         son conseil des incidensses et avenues qui avenoient
     25  en Gaind et au dehors contre les francisses de le ville.
         Et quant il estoit en conseil où il remonstroit une
         parolle en general au peuple, il parloit de si biau retorique
         et par si grant art, que cil qui le ooient estoient
         tout resjoï de son langage, et dissoient communement
     30  et de une vois de quanqu’il disoit: «Il dist
         voir! Il dist voir!» Bien disoit Jehan Lion par
         grant prudensse: «Je ne di mies que nous afoiblissons
   [172] ne amenrissons l’iretage de monsigneur de Flandres,
         et, se faire le volions, [si] ne porions nous, car
         raisons ne justice ne le poroit souffrir, ne ossi que
         nous querons ne cautelons nulle incidense par quoi
      5  nous soions mal de li ne en se indination, car on
         doit tousjours estre bien de son seigneur. Et mesires
         de Flandres est nos bons sires et uns hauls princes,
         cremus et renommés, qui nous a tousjours tenus en
         grant pais et en grande prosperité, lesquels coses
     10  nous devons bien recongnoistre, et en devons plus
         souffrir, et tenu i somes, que dont que il nous
         euist guerriiet et herriiet, travilliet et proposé pour
         avoir le nostre; et, se à present il est fourconsiliés
         ou enfourmés contre nous et les francisses de la
     15  bonne ville de Gaind, et que cil de Bruges soient
         mieux en sa grace que nous ne soions, enssi comme
         il appert par les fosseurs, lui estant à Bruges, qui sont
         ve[n]u pour brissier nostre hiretage et tollir nostre
         rivière dont la bonne ville de Gaind seroit deffaite
     20  et perdue, et que il voelt faire faire, sicomme renommée
         queurt, un castiel à [Deinse] à l’encontre de nous
         pour nous tenir en dangier et en foiblèce, et que cil
         de Bruges li proumettent et ont proumis dou tamps
         passé, chela savons nous tout clerement, que, se il
     25  avoient l’aissement et le cours de la rivière dou Lis,
         il li donroient par an dis ou douse mille [florins], je di
         et conseille que la bonne ville de Gaind envoie deviers
         li sages hommes bien avissés et endotrinés de
         parleure, qui li remonstrent hardiement et par avis
     30  toutes ces coses, tant dou bourgois de Gaind qui est
         en sa prison à Erclo que ses baillieus ne voelt rendre,
         que autres coses avenues dont la bonne ville de Gaind
   [173] ne se contente mies bien, et incidensses qui tous les
         jours avenir pueent toutes encloses ens, par quoi il
         ne pensse mies ne ses consaulx que nous soions si
         mort que, se besoings est, nous ne no[u]s puissons et
      5  volons [resusciter]; et, ses responses oïes, la bonne
         ville de Gaind ara avis de punir le meffait sus ceuls
         qui seront trouvé couppable envers li.»

         Quant Jehan Lion eut remonstré ceste parolle en
         le place que on dist ou marchiet des devenres, cascuns
     10  dist: «Il dist, il dist bien!» Adonc se retraïst
         cascuns en sa maison. A ces parolles que Jehans
         Lions avoit remonstrées, Ghisebrest Mahieu n’avoit
         point esté, car ja doubtoit il les blans capperons;
         mais Estievenins, ses frères, i fu, qui toudis sortissoit
     15  leur tamps à venir. Si dist, quant il fu revenus: «Je
         le vous disoie bien et ai toudis dit, par Dieu, Jehan
         Lion nous destruira tous. A mal heure fu, quant vous
         ne m’en laiastes convenir, car, se je l’euisse occis,
         j’en fuisse trop legierement venus [sus]. Or n’est il pas
     20  en no poissance que nous le puissions ne osions occire:
         il est plus fors en le ville que li contes n’i soit.» Ghisebrès
         respondi et dist: «Tès toi, soteriaux. Quant
         je vorrai bien acertes, avoecques le poissance de
         Monsigneur, tout cil blanc cappron seront ruet jus, et
     25  tés les porte maintenant, qui temprement n’ara que
         faire de cappron.»


         § 107. Or furent ordonné et cargiet et enditté pour
         aller en mesage deviers le conte aucun sage et notable
         homme de la ville de Gaind; et me samble que
     30  Ghisebrest Mahieus, doiiens des navieurs, fu uns de
         chiaux qui i furent esleu d’aler, pour tant que il estoit
   [174] bien dou conte. Et ce bont li donna Jehans Lions
         tout par cautelle affin que, se il raportoient riens de
         contraire contre les francisses de Gaind, il en fust
         plus demandés que li autre. Il se partirent et trouvèrent
      5  le conte à Malle. Je ne sçai mies comment il les
         rechut, ou bellement ou laidement, mais finablement
         il esploitièrent si bien que li contes leur accorda
         toutes leurs requestes: dou bourgois prisonnier que
         on tenoit à Erclo rendre à chiaulx de Gaind, de
     10  voloir tenir toutes les francisses de Gaind sans
         nulle brisier et deffendre à chiaulx de Bruges que
         plus ne se hatesissent de fosser sus l’iretage de Gaind;
         et ot là en convent, pour mieulx complaire à chiaulx
         de Gaind, que il commanderoit à chiaulx de Bruges
     15  que ce que fosset avoient remplesissent. Et se partirent
         li Gantois sur cel estat amiablement dou conte, et
         retournèrent à Gaind et recordèrent tout ce que il
         avoient trouvé ou conte leur signeur, comment il
         voloit tenir toutes les francisses sans nulle enfraindre
     20  ne brissier; mais il requeroit par douceur que cil
         blanc cappron fuissent mis jus. En ces parolles les
         gens dou conte ramenèrent le prisonnier de Erclo, et
         le rendirent par voie de restablissement, enssi que
         ordonné estoit, à le ville de Gaind, dont on ot grant
     25  joie. A ces responsses faire estoient Jehan Lion et li
         doiien des blancs capprons et diis ou douse des plus
         notables de leurs routes. Quant il eurent oï comment
         li contes requeroit que li blanc cappron fuissent
         mis jus, si se teurent, mais Jehan Lion parla et
     30  dist: «Bonnes gens de Gaind qui chi estes, vous
         savés et avés veu et veés maintenant se li blanc
         cappron ne vous gardent mieulx vos franchisses et
   [175] remettent sus que li vermel et li noir et li cappron
         d’autres couleurs. Bien ait qui on crient. Soiiés tout
         seur et dites que je l’ai dit: sitos que li blanc cappron
         seront jus par l’ordenance que Monsigneur les
      5  voelt abattre, je ne donroie de vos francisses trois
         deniers.» Ceste parolle aveula si le peuple que tout
         partirent sans response, mais la grigneur partie, en
         rallant en leurs maisons, disoient: «Il dist voir!
         Laissons le convenir. Encores n’avons nous veu en
     10  lui que tout bien et pourfit pour nostre ville.» Si
         demora la cose en cel estat, et Jehans Lions en plus
         grant cremeur de sa vie que en devant, et imagina
         tantos l’afaire enssi que il avint, car bien veoit que
         Ghisebrest Mahieu avoit en che voiage aucune cose
     15  brasset contre lui au conte et contre ses compaignons,
         pour tant que li contes avoit fait si amiables
         responses. Si contrepenssa sus les penseurs, et
         ordonna secretement à tous les cappitainnes des blans
         capprons, à centeniers, chienquanteniers et diseniers:
     20  «Dites à vos gens que il soient toudis nuit et jour
         pourveu et sus leur garde, et, sitretos que il sentent ne
         voient nul esmeutin, que il se traient tout deviers
         moi. Encores vault mieulx que nous occions que
         nous soions occis, puisque nous avons mis les coses
     25  si avant.» Tout enssi comme il l’ordonna, il le fissent,
         et se tint cascuns sus se garde.


         § 108. Ne demora gaires de tamps puisse di que
         li baillus de Gaind, Rogiers d’Auterive, vint à Gaind
         à bien deus cens chevaulx, et s’ordonna pour faire
     30  ce que commandé li estoit et que ordonné estoit entre
         le conte et Ghisebrest Mahieu et ses frères. Li baillus,
   [176] atout ses deus cens hommes que amenés avoit, s’en
         vint tout fendant les rues, la banière dou conte en
         sa main, jusques ou marquiet des devenres, et là
         s’arresta et mist la banière devant li. Tantost se
      5  traïssent deviers lui Ghisebrès Mahieus et si frère et
         li doiiens des petis mestiers. Il estoit ordonné que
         ces gens d’armes devoient aler de fait en le maison
         Jehan Lion et le devoient prendre et enssi le doiien
         des blans capprons et siis ou siept de leur sexte des
     10  plus notables, et les devoient amener ou castiel de
         Gaind, et là tantost copper les testes. Jehans Lions, qui
         ne pensoit mies mains et qui tous avisés estoit de
         cel afaire, et qui avoit ses gettes et ses escoutes semés
         aval la ville, sceut la venue dou baillieu; il veï bien
     15  que c’estoit acertes. Ossi fissent tout cil qui blans
         capprons portoient et que la journée [estoit] assisse
         pour iaulx. Tous pourveus de leur fait et sur leur
         garde, il se requellièrent et missent ensamble derrière
         l’ostel Jehan Lion, qui les attendoit devant
     20  sa maison, et là venoient chi diis, chi vint; et,
         à fait que il venoient, il se rengoient sus la rue.
         Quant il se furent asamblé, il furent bien quatre
         cens. Jehans Lions se parti plus fiers que uns lions,
         et dist: «Alons, alons sus les traïtours qui voellent
     25  le bonne ville de Gaind trahir. Je pensoie bien que
         toutes ces douces parolles que Ghisebrest Mahieu
         nous rapporta l’autre jour, che n’estoit que dechevanche
         et destrucion pour nous, mais je leur ferai
         comparer.» Adonc s’en vint, il et sa route, le grant
     30  pas, et toudis li croisoient gens, car tels n’avoient
         mies encores blans capprons, qui se boutoient par
         faveur en sa compaignie, et crioient en venant:
   [177] «Trahi! trahi!» Et vinrent au tour par une estroite
         rue ens ou marquiet des devenres, où li baillus
         de Gaind, qui representoit la personne dou conte,
         estoit, la banière dou conte devant lui et le banière
      5  des navieurs et le banière des menus mestiers.
         Ossitretos que Ghisebrest Mahieu et si frère
         veïrent entrer ou marchiet Jehan Lion et les blans
         capprons, il laissièrent le baillieu et se desroutèrent,
         et s’enfuirent cascuns à qui mieux mieux, li
     10  uns chà et li autres là, et li pluiseur des autres
         ossi, ne nuls ne tint arroi ne ordenance, fors que
         ceulx que li baillieus avoit amenés. Assés tost apriès
         che que Jehans Lions fu venus sus le place, li doiiens
         des blans capprons et une grosse route de eulx se
     15  traïssent viers le baillieu, et sans sonner mot, il fu
         pris et aterés, et là fu presentement occis, et la
         banière dou conte rué[e] par terre et toute depechie;
         ne onques à homme qui là fust, il n’atouchièrent,
         fors que seullement au baillieu, et puis se remissent
     20  dallés Jehan Lion tout ensamble. Les gens dou conte,
         quant il veïrent leur cappitainne le baillieu atierret
         et mort, et le banière dou conte toute deschirée, furent
         tout esbahi et enssi que gens desconffis, et tout s’enfuirent
         et espardirent, et montèrent sus leurs chevaulx
     25  au plus appertement qu’il peurent, et vuidièrent
         la ville de Gaind, et prisent les camps.


         § 109. Vous devés savoir que li enffant sire Jehan
         Mahieu, Ghisebrest et si frère, qui se sentoient
         fourfait enviers Jehan Lion et ennemit à lui et as
     30  blans capprons, ne furent mies bien asegur en leurs
         maisons; mais se departirent au plus tost qu’il peurent,
   [178] li un par devant et li autre par derière, et
         vuidièrent le ville de Gaind, et [laissièrent] femmes
         et enffans et hiretages, et se traïssent au plus tost qu’il
         peurent deviers le conte de Flandres, auquel il recordèrent
      5  ceste aventure et de son baillieu qui mors
         estoit et sa banière toute deschirée. Li contes de
         ces nouvelles fu trop durement courouchiés et à
         bonne cause, car on li avoit fait un trop grant despit,
         et dist adonc et jura que il seroit si grandement
     10  amendé, enchois que jamais rentrast en Gaind ne
         que la ville euist pais à lui, que toutes autres gens
         i prenderoient example. Si demorèrent li enffant
         Mahieu dallés lui, et Jehans Lion et li blanc cappron
         perseverèrent en leur outrage.

     15  Quant Rogiers d’Auterive fu occis, enssi que vous
         savés, et tout li autre esparpilliet, et que nuls ne
         s’amonstroit contre les blans capprons pour contrevengier,
         Jehan Lion, qui tendoit à courre les Mahieus,
         car il les haioit à mort, dist tout hault: «Avant,
     20  avant as traïteurs mauvais, qui voloient aujourd’ui
         destruire les francisses de la bonne ville de Gaind!»
         Enssi s’en allèrent il tout criant parmi les rues jusques
         en leurs maisons, mais nuls n’en trouvèrent,
         car il estoient ja parti. Si furent il quis et trachiet
     25  dedens leurs hostels de trau en trau, et quant Jehan
         Lion veï que nuls n’en aroient, si fu grandement
         courouchiés. Adonc abandonna il tout le leur à ses
         compaignons. Là furent toutes leurs maisons fustées,
         ne oncques riens n’i demora, et tantos abatues
     30  et jettées par terre, enssi comme il fuissent traïteur à
         tout le corps de le ville. Quant il eurent chela fait,
         il se retraïssent en leurs maisons, ne onques puis ne
   [179] trouvèrent eskevin ne officiier de par le conte ne le
         ville, qui leur desist: «Vous avez mal fait!» Et ossi
         pour l’eure on n’euist [osé], car cil blanc cappron
         estoient ja tant montepliiet en la ville que nuls ne les
      5  osoit courouchier. Et aloient par les rues à si grans
         routes que nuls ne se metoit au devant d’iaulx, et
         disoit on en pluiseurs lieus en la ville et au dehors
         aussi, que il avoient aliances à aucuns eskevins et
         riches hommes de linage en Gaind; et ce fait bien à
     10  croire, car, de commenchier, tel ribaudaille que il
         estoient, n’euissent jamais ossé [emprendre] d’avoir
         occis si hault homme, le banière dou conte leur
         signeur en sa main et faissant son office, que Rogier
         d’Auterive, baillieu de Gaind, se il n’euissent des
     15  coadjousteurs et soutoiteurs en leur emprise. Et
         depuis, sicom je vous recorderai ensievant, il
         montepliièrent tant et furent si fort en le ville, que il
         n’eurent que faire de nulle aide que de la leur, ne on
         ne les euist [osé] courouchier ne desdire de cose que
     20  il vosissent entreprendre ne faire. Rogiers d’Auterive
         des Frères Meneurs de Gaind fu pris et levés de
         tière et aportés en leur eglise, et là ensepvelis.


         § 110. Quant ceste cose fu avenue, pluiseurs
         bonnes gens de la ville de Gaind, li sage homme
     25  et li riche homme, en furent courouchiet et en
         commenchièrent à parler et à murmurer ensamble,
         et à dire qu’on avoit fait un trop grant outrage,
         quant on avoit occis le baillieu dou conte faissant
         son office, et que leurs sires, et de droit,
     30  en seroit si courouchiés que on n’en venroit
         jamais à pais, et que mescheans gens avoient bouté
   [180] la ville en grant peril de estre encores toute
         destruite, se Dieus proprement n’i pourveoit de
         remède. Nonobstant toutes ces parolles, il n’estoit
         nuls qui en vausist faire fait ne osast, pour lever ne
      5  prendre amende ne corigier ceuls qui ces outrages
         avoient fait. Jehans de le Faucille, qui pour che
         tamps en la ville de Gaind estoit uns mout renommés
         homs et sages tenus, quant il veï que li affaires
         estoit allés si avant que on avoit outrageusement
     10  ocis le baillieu dou conte, senti bien que les coses
         venroient à mal, et affin que il n’en fust demandés
         ne de la ville ne dou conte, il se departi de Gaind
         au plus quoiement que il peut, et s’en vint en une
         mout belle maisson que il avoit au dehors de Gaind,
     15  et là se tint, et fist dire que il estoit dehaitiés; ne
         nuls ne parloit à lui, fors que ses gens; mais tous
         les jours il ooit nouvelles de Gaind, car encores i
         avoit il la grignour partie dou sien, sa femme, ses
         enffans. Ensi se dissimula il un grant tempore.


     20  § 111. Les bonnes gens de Gaind, li riche homme
         et li notable, qui avoient là dedens leurs femmes et
         leurs enffans et leurs marcheandisses, leurs hiretages
         ens et hors, et qui avoient apris à vivre honnerablement
         et sans dangier, n’estoient mies bien aisse de
     25  ce que il veoient les coses en che parti, et se sentoient
         trop grandement fourfait enviers leur signeur.
         Si regardèrent entre iaulx que il i convenoit pourveïr
         de remède et amender che fourfait ores ou autre
         fois, et euls mettre en le merchi dou conte: si valoit
     30  mieux tempre que tart. Si eurent conseil et parlement
         ensamble assavoir comment il en poroient user
   [181] au pourfit et à l’onneur de eulx et de la ville de
         Gaind. A ce conseil et parlement furent appellé Jehan
         Lion et les cappitainnes des blans capprons: autrement
         on ne l’euist point oset faire. Là eut pluiseurs
      5  parolles retournée[s] et pluiseurs pourpos avissés;
         finablement consaulx se porta tout de un accord et
         de une vois et de une aliance que on esliroit en conseil
         douse hommes notables et sages, liquel iroient
         deviers le conte et li requerroient merchi et pardon
     10  de le mort de son baillu que on avoit occis, et se
         parmi tant on pooit venir à pais, che seroit bon,
         mais que tout fuissent en le paix et que jamais riens
         n’en fust demandé. Chils consaulx fu tenus et accordés,
         et li bourgois esleu qui en che voiage devoient
     15  aler. Et toudis dissoit Jehan Lion: «Il fait bon estre
         [bien] de son signeur;» mais il voloit tout le contraire,
         et le pensoit, et bien dissoit en li meïsmes
         que la cose n’estoit point encores ou point où il le
         meteroit. Chils consaulx s’espardi, li douse bourgois
     20  partirent et chevauchièrent tant que il vinrent
         à Malle dallés Bruges, et là trouvèrent le conte,
         lequel il trouvèrent à l’aprochier [felon] et cruel et
         durement courouchiet sus ceuls de Gaind. Chil douse
         bourgois fissent mout le piteux envers le conte et li
     25  priièrent à mains jointes que il vosist avoir pité de
         iaulx, et escusoient de la mort de son baillieu toute
         la loi et les hommes notables de la ville, et li dissoient:
         «Chiers sires, accordés que nous reportons
         pais à la bonne ville de Gaind qui tant vous ainme,
     30  et nous vous proumettons que, ou tamps avenir,
         cils outrages sera si grandement amendés sus ceulx
         qui [l’ont fait et esmeu] affaire, que vous vo[u]s
   [182] en contenterés et que à toutes autres bonnes villes
         il sera exemples. Tant priièrent et supplièrent et
         de si grant affection chil douse bourgois de Gaind
         le conte, que il se rafresna grandement de son aïr,
      5  avoecques les bons moiiens qu’il eurent. Et fut la
         cose en tel parti que toute accordée et pardonnée sus
         article de pais; et pardonnoit li contes ses mautalens
         à chiaux de Gaind parmi une amende qui
         devoit estre faite, quant autres nouvelles vinrent,
     10  lesquelles je vous recorderai.


         § 112. Jehans Lion, qui estoit demorés à Gaind et
         qui pensoit tout le contraire de ce qu’il avoit dit en
         parlement: que on devoit toudis estre bien de son
         signeur, il savoit tout de certain que il avoit ja tant
     15  courouchiet le conte que jamais ne venroit à pais, et,
         se il i venoit par voie de disimulacion, bien savoit il
         que il en morroit: si avoit plus chier à tout parhonnir,
         puisque commenchiet avoit, que de estre ou
         peril ne en l’aventure de la mort tous les jours. Je
     20  vous dirai qu’il fist. Che terme pendant que li consauls
         de la ville estoient deviers le conte, il avisa que
         il couroucheroit le conte si acertes que cil qui
         estoient deviers li alé pour le pais avoir, ne raporteroient
         nul tretié de paix. Il prist tous ceuls dont il
     25  estoit souverains, les blans capprons et de tous les
         mestiers de Gaind gens lesquels il avoit le mieux de
         son accord, et vint à ses ataintes par soutieue voie;
         et dist, quant il furent tout asamblé: «Signeur, vous
         savés comment nous avons courouchiet monsigneur
     30  de Flandres, et sur quel estat nous avons envoiiet
         devers lui. Nous ne savons que nos gens raporteront,
   [183] ou paix ou guerre, car il n’est mies legiers à
         rapaisier et si a dallés li qui bien li esmouvera en
         courous: Ghisebrest Mahieu et ses frères: s’est cent
         contre un que venons à pais. Si seroit bon que nous
      5  regardissons en nous meïsmes, se nous avons guerre,
         de qui nous no[u]s aiderons et comment ossi nous
         sommes armet. Et entre vous, doiien et disenier de
         tels mestiers et de tels, regardés à vos gens, et si en
         faites demain venir sus les camps une quantité:
     10  si verrés comment il sont abilliet. Il se fait bon
         aviser, anchois que on soit soupris. Tout ce ne
         nous coustera riens, et si en serons plus cremu.»
         Tout respondirent: «Vous dites bien.» Chils consauls
         fu tenus: à l’endemain il vuidièrent tout par le
     15  porte de Bruges et se traïssent sus les camps et en
         uns biaus plains au dehors de Gaind, enssi comme
         au quart de une lieuwe à l’encontre d’un trop bel
         hostel et castiel que li contes de Flandres avoit au
         dehors de Gaind, que on dist Ondreghien. Quant il
     20  furent là tout venu, Jehans Lions les regarda mout
         volentiers, car il estoient bien siis mille, et tout
         bien armés; si leur dist: «Veci belle compaignie.»
         Quant il eut là esté une espasse et ala autour, il leur
         dist: «Je loroie que nous alissons veoir l’ostel de
     25  Monsigneur, puisque nous sommes si priès. On m’a
         dit que il le fait trop grandement pourveïr: si poroit
         estre uns grans prejudisses à le bonne ville de
         Gaind.» Tout s’i accordèrent et vinrent à Ondreghien,
         qui adonc estoit sans garde et sans deffense. Si
     30  entrèrent ens, et le commenchièrent à cherquier
         desouls et deseure. Li blanc cappron et [li] ribaudaille
         qui dedens entrèrent, l’eurent tantos despoulliet,
   [184] et pris et levé tout che que il i trouvèrent. Si i
         avoit il de bons jeuiaulx et de rices, car li contes
         en faissoit sa garde reube. Jehans Lions fist samblant
         que il en fust mout courouchiés, mès non estoit,
      5  enssi que il apparut, car, quant il furent partit doudit
         castiel et retrait sus les camps, il regardèrent de
         derière iaulx. Si virent que il ardoit tous et que li
         feus i estoit boutés en plus de vint lieus, et n’estoit
         mies en poissance de gens que il le peuissent estaindre,
     10  et ossi il n’en estoient mies en volenté. Dont
         demanda Jehans Lions qui fist mout l’esmervilliet:
         «Et dont vient cils feus en l’ostel de Monsigneur?»
         On li respondi: «D’aventure.»--«Or, dist il, on
         ne le puet amender. Encores vault mieux que aventure
     15  l’ait ars que nous, et ossi, tout consideré, che
         nous estoit uns perilleus voisins: Monsigneur en peuist
         avoir fait une garnison qui nous euist porté grant
         contraire.» Tout li autre respondirent: «Vous
         dites voir.» Lors s’en retournèrent il en la ville de
     20  Gaind, et n’i eut plus rien fait pour la journée.
         Mais elle fu grande assés et malle, car elle cousta puisedi
         deus cens mille vies, et fu une des coses principaulment
         dont li contes de Flandres s’enfelenia
         le plus; et pour che le fist Jehan Lion, qui ne voloit
     25  venir à nulle pais, car bien savoit, quel tretié ne quel
         accord que il i euist, il i meteroit la vie. Chils
         castiaulx de Ondreghien avoit bien cousté au conte de
         Flandres, au faire ouvrer et edeffiier, deus cens mille
         frans, et l’amoit sur tous ses hostels. Les bonnes gens
     30  de Gaind qui pais desiroient à avoir, furent de ceste
         avenue durement courouchiet, mais amender ne le
         peurent ne nul samblant n’en osèrent faire, car li
   [185] blanc cappron dissoient que li castiaulx estoit ars
         par mescheance et non autrement.


         § 113. Ches nouvelles vinrent au conte de Flandres
         qui se tenoit à Malle, et li fu dit: «Sire, vous ne
      5  savés? Vostre belle maison de Ondreghien, que tant
         amiés et qui tant vous a cousté à faire, est arsse.»
         --«Arsse!» dist li contes qui fu de ces nouvelles mout
         courouchiés et mout esmervilliés.--«Mes Dieus,
         sire, voire.»--«Et comment?»--«De feu de mescheance,
     10  sicom on dist.»--«Ha! dist li contes, c’est
         fait! Jamais n’ara pais en Flandres, tant que Jehans
         Lions vive. Il le m’a fait ardoir couvertement, mais
         che sera chier comparé!» Adonc fist il venir les
         bourgois de Gaind devant lui et leur dist: «Malle
     15  gent, vous me priiés l’espée en le main, et vous
         avoie accordé toutes vos requestes, enssi que vous
         voliés; et vos gens m’ont ars l’ostel ou monde que
         je amoie le mieux! Ne leur sambloit il pas que il
         m’euissent fait des despis assés, quant il m’avoient
     20  occis mon baillieu faissant son office, et deschiret
         ma banière et pifflée as piés? Sachiés, se che
         n’estoit pour men honneur et que je vous euisse
         donné sauf conduit, je vous fesisse tous trenchier les
         testes. Partés de ma presensse, et dites bien à vos
     25  malles gens et orgilleus de Gaind, que jamais pais il
         n’aront ne à nul tretiet je n’entenderai, tant que
         j’en arai desquels que je voldrai, et tous les ferai
         decoller, ne nuls n’i sera pris à merchi.»

         Chil bourgois, qui estoient mout esbahi et courouchiet
     30  de ces nouvelles, comme cil qui nulles coupes n’i
         avoient, se commenchièrent à escuser et à escuser les
   [186] bonnes gens de Gaind, mais escusance n’i valoit riens,
         car li contes estoit tant courouchiés que il n’en voloit
         nulle oïr. On les fist partir de sa presence; il montèrent
         as chevaulx et retournèrent à Gaind sans riens
      5  faire, et recordèrent comment il avoient bien esploitiet,
         et fuissent venu à pais et à apointement envers
         le conte, se chils diables de castiel n’euist esté ars.
         Outre li contes les manechoit grandement et leur
         mandoit que jamais paix n’aroient si en aroit li contes
     10  tant à sa volenté que bien li souffiroit. Les bonnes
         gens de la ville veoient bien que les coses aloient
         mal et que li blanc cappron avoient tout honnit, mais
         il n’i avoit si hardit qui en osast parler.

         Li contes de Flandres se parti de Malle et tous
     15  ses ostels, et s’en vint à Lille et là se loga, et manda
         là tous les chevaliers de Flandres et les gentils hommes
         qui de li tenoient, pour avoir conseil comment
         il se poroit tenir de ces besongnes et contrevengier
         de chiaulx de Gaind, qui li avoient fait tant de despis.
     20  Tout li gentil homme de Flandres li jurèrent à
         estre bon et loial, enssi que on doit estre à son signeur
         sans nul moiien. De che fu li contes grandement resjoïs.
         Si envoiia gens par tout ses castiaulx, à Tenremonde,
         à Ripeumonde, à Alos, à Gauvre, à Audenarde,
     25  et partout fist grandes garnissons.


         § 114. Or fu Jehans Lions trop grandement resjoïs,
         quant il veï que li contes de Flandres voloit ouvrer acertes
         et que il estoit si enfeleniiés que cil de Gaind ne
         poroient venir à pais, et que il avoit par ses soutieux
     30  ars bouté la ville de Gaind si avant en la guerre, que
         il convenoit, vosissent ou non, que il guerriaissent.
   [187] Adonc dist il tout hault: «Signeur, vous veés et entendés
         comment nos sires li contes se pourvoit contre
         nous, et ne nous voelt requellier à paix. [Si] lo et
         conseil pour le mieux que, anchois que nous soions
      5  plus grevé ne apressé, nous sachons liquel de Flandres
         demoront dallés nous. Je respons pour ceulx de
         Granmont; il ne nous feront nul contraire, mais
         seront volentiers dallés nous. Ossi seront cil de Courtrai,
         car c’est en nostre castelerie, et s’est Courtrai
     10  nostre cambre. Mais velà chiaulx de Bruges qui sont
         grant et orgilleus, et par eulx toute ceste felonnie est
         esmeue. S’est bon que nous alons deviers yaulx et si
         fort que, bellement ou laidement, il soient de nostre
         accord.» Cascuns respondi: «Il est bon, il est bon.»
     15  Adonc furent ordonné par paroces tout cil qui iroient
         en ceste legacion: si se pourveïrent et ordonnèrent
         et tout par monstre, ensi que à iaulx appartenoit, et
         se partirent de Gaind entre noef et diis mille hommes,
         et enmenèrent grant carroi et grans pourveances,
     20  et vinrent che premier jour jesir à [Deinse]. A l’endemain,
         il aprocièrent Bruges à une petite lieue priès.
         Adonc se rengièrent il tous sus les camps et se missent
         en ordenance de bataille, et leur carroi derière
         iaulx. Là furent ordonné de par Jehan Lion aucun
     25  doiien des mestiers, et leur dist: «Alés vous ent à
         Bruges et dites que je et la bonne ville de Gaind
         venons chi, non pour guerre ne iaulx grever, se il
         ne voellent, ou cas que il nous ouveront deboinairement
         les portes; et nous raportés se il nous voldront
     30  estre ami ou ennemi, et sur ce arons avis.» Chil se
         departirent de la grose route, qui ordonné i furent,
         et s’en vinrent as bailles de Bruges et les trouvèrent
   [188] fremées et bien gardées. Il parlèrent as gardes et leur
         remonstrèrent ce pour quoi il estoient là venu. Les
         gardes respondirent que volentiers il en iroient parler
         au bruguemestre et as jurés qui là les avoient establis,
      5  enssi qu’il fissent. Li bruguemestre et li juret
         respondirent: «Dittes leur que nous en arons avis et
         conseil.» Il retournèrent, et fissent ceste response.
         Adonc se departirent des bailles li commis Jehan Lion
         et retournèrent viers leurs gens qui toudis tout bellement
     10  aprochoient Bruges. Quant Jehan Lion oï la
         response, si dist: «Avant! avant! alons de fait à
         Bruges. Se nous atendons tant que il soient consilliet,
         nous n’i enterons point fors à painne: si vault
         mieux que nous les asaillons avant que il se conseillent
     15  que apriès, par quoi soudainement il soient soupris.»
         Chils pourpos fu tenus, et vinrent li Gantois
         jusques as barrières de Bruges et as fossés, Jehan Lion
         tout devant montés sus un noir moriel, et mist tantos
         piet à terre et prist sa hache en sa main. Quant cil
     20  qui gardoient le pas, qui n’[estoit] point si fors adonc
         comme il est ores, veïrent venus les Gantois en convenant
         pour asaillir, si furent tout effraé, et s’en
         alèrent li aucun parmi le grant rue jusques au marchiet,
         [criant]: «Vé les ci! Vé les chi, les Gantois! Or
     25  tos as deffenses! il sont ja devant nos portes.» Chil de
         Bruges qui s’asambloient ou marchiet pour eulx consillier,
         furent tout effraé, et n’eurent li grant mestre
         nul loisir de parler ensamble ne de ordonner nulles de
         leurs besongnes, et voloient la grigneur partie de la
     30  communaulté que tantos on leur alast ouvrir les
         portes. Il convint que cils consaulx fust tenus; autrement
         la cose euist mal alé sus les rices hommes de la
   [189] ville, et s’en vinrent li bruguemestre et tout li eschevin
         et mout d’aultre peuple à le porte où li Gantois
         estoient, qui grant apparant d’asaillir faissoient. Li
         bruguemestre et li signeur de Bruges qui l’avoient à
      5  gouverner pour che jour, fissent ouvrir le guichet et
         vinrent as bailles parlementer à Jehan Lion. En che
         parlement il furent si bien d’accord que par grant
         amour on leur ouvri les bailles et le porte, et entrèrent
         tout ens; et chevauchoit Jehans Lions dalés le
     10  brughemestre, qui bien se monstroit à estre hardis
         et outrageus homs, et toutes ses gens armés au cler
         le sievoient par derière. Et fu adonc très belle cose
         de eulx veoir entrer par ordenance à Brughes, et s’en
         vinrent ens ou marchiet; et enssi comme il venoient,
     15  il s’ordonnoient et rengoient sus le place; [si] tenoit
         Jehans Lions un blanc baston en sa main.


         § 115. Entre ceuls de Gaind et de Bruges furent
         là faites aliances, jurées et convenanchies, que il
         devoient demorer toudis li un dallés l’autre enssi
     20  comme bon amie et voisin; et les pooient cil de Gaind
         semonre, mander, avoir et mener avoec eulx partout
         où il voloient aler. Assés tost apriès que tout li Gantois
         furent venu et rengiet sus le marchiet, Jehans
         Lions et aucunes cappitainnes de ses gens montèrent
     25  hault en la halle. Et là fist on un banc de par le
         bonne ville de Gaind et un commandement que cascuns
         se traisist à hostel bellement et doucement et se
         desarmast, et ne fesist noise ne esmeutin, sus la teste
         à perdre, et que cescuns, selonc se ordenance, fesist
     30  son ensaigne à son ostel et que nuls ne se logast l’un
         sus l’autre ne fesist le maistre au logier, par quoi
   [190] noise ne estris peuissent mouvoir, et sus la teste, et
         que nuls ne presist riens de l’autrui que il ne le
         paiast tantos et sans delai, et tout sus la teste. Che
         banc fait, on en fist un autre de par le ville de Brughes
      5  que cascuns et cascune receuist bellement et
         doucement en ses hostels les bonnes gens de Gaind
         et que on leur amenistrast vivres et pourveances,
         selonc le fuer commun de la ville, ne nulle cose ne
         fust rencierie ne que nuls n’esmeuist noise, debath
     10  ne esmeutin, et toutes ces coses sus la teste. Adonc
         se retraïssent cescuns as hostels, et furent en cel estat
         chil de Gaind en Bruges deus jours mout amiablement,
         et se loiièrent et obligièrent li un à l’autre
         moult grandement.

     15  Ches obligacions prisses et faites, escriptes et seellées,
         au tierch jour chil de Gaind se partirent et s’en
         alèrent deviers la ville dou Dan, où on leur ouvri les
         portes tantos et sans dangier. Et i furent li Gantois
         requelliet mout courtoisement, et là sejournèrent
     20  deus jours. En che sejour, et mout soudainement,
         prist une maladie à Jehan Lion, dont il fu tous enflés.
         Et la propre nuit que la maladie le prist, il avoit
         souppet en grant reviel avoecques damoisselles de la
         ville, pour quoi li aucun voellent dire et maintenir
     25  que il fu là enpuisonnés. De chela je ne sai riens,
         je n’en volroie pas parler trop avant, mès je sai bien
         que, à l’endemain que la maladie le prist, de nuit il
         fu mis en une litière et aportés à Ardembourch. Il
         ne peut aler plus avant, et là morut, dont cil de
     30  Gaind furent mout courouchiet et trop grandement
         desbareté.


   [191] § 116. De la mort Jehan Lion furent tout si ennemi
         resjoï, et si ami courouchiet. Si fu aportés à Gaind,
         et pour la mort de li retourna toute leur hoost. Quant
         les nouvelles de sa mort furent venues à Gaind, toutes
      5  gens en furent très grandement courouchiet,
         car mout i estoit amés, excepté cil qui estoient de
         le partie dou conte. Si vuidièrent les eglisses à l’encontre
         dou corps, et fu amenés en la ville à ossi
         grant solempnité que dont que ce fust li contes de
     10  Flandres, et fu ensevelis mout reveranment en
         l’eglise de Saint Nicollai, et là gist.

         Pour che, se Jehans Lions fu mors, ne se brisèrent
         mies adonc les convenances que cil de Gaind avoient
         à chiaulx de Bruges, car li Gantois avoient de ceulx
     15  de Bruges pris bons ostages et tenoient en le ville
         de Gaind, pour quoi les obligances ne se pooient
         desrompre. De la mort Jehan Lion fu li contes de Flandres
         grandement resjoïs; ossi furent Ghisebrest Mahieu
         et si frère et li doiiens des menus mestiers de
     20  Gaind et tout cil de le partie dou conte. Si fist li
         contes de Flandres plus fort que devant pourveïr ses
         villes et ses castiaulx, et envoiia en le ville de Ippre
         grant fuisson de bons chevaliers de le castelerie de
         Lille et de Douai, et dist que il aroit temprement
     25  sa raison de chiaulx de Gaind.

         Tantos apriès le mort Jehan Lion, chil de Gaind
         regardèrent que il ne pooient longuement estre sans
         cappitainnes. Si en ordonnèrent li doiien des mestiers
         et li chiencquantenier des portes quatre, à leur
     30  avis les plus outrageus, hardis et entreprendans de
         tous les autres: tout premiers Jehan Prouniau, Jehan
         [Boule], Rasse de Harselle et Piètre dou Bos. Et
   [192] jurèrent toutes manières de autres gens à obeir à ces
         cappitainnes sans nulle excepcion et sus la teste; et
         les cappitainnes jurèrent à garder l’onneur et les francisses
         de le ville.

      5  Ces quatre cappitainnes esmeurent chiaulx de Gaind
         à aler à Ippre et ou Franc de Bruges pour avoir
         l’obbeïssance d’iauls ou tout ocire. Si se departirent de
         Gaind ces cappitainnes et leurs gens en grant arroi,
         et estoient bien douse mille tout armé au cler. Si
     10  cheminèrent tant que il vinrent à Courtrai. Chil de
         Courtrai les laissièrent entrer en leur ville sans dangier,
         car elle sciet en la castelleriie de Gaind, et se
         tinrent là tout aisse et s’i rafresquirent, et furent deus
         jours. Au tierch jour, il s’en partirent et s’en allèrent
     15  viers Ippre, et enmenèrent avoec eulx douse cens
         [hommes] tous armés au cler, parmi les arbalestriers
         de la ville de Courtrai, et prissent le chemin
         de Tourout. Quant il furent venu à Tourout, là
         s’arestèrent, et eurent conseil les cappitainnes de
     20  Gaind que il envoieroient trois ou quatre mille de
         leurs gens devant et le cappitainne des blans capprons,
         pour traitiier à chiaulx de Ippre, et la grosse
         bataille les sievroit par derière pour iaulx conforter,
         se mestier faissoit. Ensi que il fu ordonné, il fu fait,
     25  et s’en vinrent cil à Ippre. Quant li communs de
         Ippre et cil des menus mestiers sceurent la venue de
         chiaulx de Gaind, si s’armèrent et se ordonnèrent
         tout sus le marchiet, et estoient là bien cinq mille.
         Là n’avoient li rice homme et li notable de le ville
     30  nulle poissance. Li chevalier, qui estoient en garnison
         de par le conte en le ville de Ippre, s’en vinrent
         mout ordonneement à le porte de Tourout là où li
   [193] Gantois estoient arresté devant les bailles et requeroient
         que on les laissast [entrer] ens. Chil chevalier
         et leurs gens estoient tout rengiet devant le porte et
         monstroient bonne deffensse, ne jamais li Gantois
      5  n’i fuissent entré sans asaut et sans trop grant damage,
         mais li menut mestier de la ville, vosissent ou
         non li gros, se partirent dou marchiet et s’en vinrent
         deviers le porte que li chevalier gardoient, et dissent:
         «Ouvrés, ouvrés à nos bons amis et voisins de
     10  «Gaind. Nous volons que il [entrent] en no ville.»
         Li chevalier respondirent que non feroient et que il
         estoient là establi de par le conte de Flandres et
         avoient à garder la ville: si le garderoient à leur loial
         pooir, et n’estoit mies en la poissance de chiauls de
     15  Gaind que il i peuissent entrer, se ce n’estoit par
         traïson. Parolles montepliièrent tant entre les gentils
         hommes et les doiiens des menus mestiers, que on
         escria à eulx: «A le mort! Vous ne serés pas signeur
         de no ville.» Là furent il asailli radement et recullé
     20  contreval la rue, car la force n’estoit pas leur,
         et en i eut mors cinq chevaliers, desquels messires
         de Roubais et messires Houars de le Houarderie
         furent là ateret, dont che fu damages. Et i fu en trop
         grant peril messires Henris d’Antoing: à painnes le
     25  peurent aucun rice homme de la ville sauver. Toutesfois
         on le sauva, et en i ot sauvés grant fuisson d’autres.
         Mais la porte fu ouverte, et i entrèrent li Gantois
         et furent mestre et signeur de la ville, sans ce
         que nul mal i fesissent. Et quant il i eurent esté deux
     30  jours et il eurent pris la seurté de chiaulx de la
         ville, qui leur jurèrent en le fourme et manière que
         chiaulx de Bruges, de Courtrai, de Granmont et
   [194] dou Dam avoient fait, il le tenroient, et de che il
         livrèrent bons ostages, il s’en partirent tout courtoisement,
         et s’en retournèrent parmi Courtrai à Gaind.


         § 117. Li contes de Flandres, qui se tenoit à Lille,
      5  entendi que cil de Ippre estoient tourné [gantois] et
         que tout che avoient fait li menut mestier: si fu durement
         courouchiés, tant pour le mort de ses chevaliers
         qui dedens avoient esté occis, que pour autres
         coses. Toutesfois il se reconforta et dist: «Se nous
     10  avons perdu Ippre ceste fois, une autre fois nous le
         recouverons à leur malle mescheance; car j’en ferai
         encores [à] tant trenchier les testes et là et ailleurs,
         que li autre s’en esbahiront.» Li contes entendi par
         especial mout grandement à pourveïr la ville d’Audenarde
     15  de pourveances et de bonnes gens pour le
         garder, car il supposoit assés que li Gantois o leur
         effort le venroient assegier; et che li seroit uns trop
         grans contraires, se il en estoient signeur, car il
         aroient la bonne rivière d’Escaut et le navire à leur
     20  aisse et volenté. S[i] i envoia pourveuement grant fuisson
         de chevaliers et d’escuiers de Flandres, de Hainnau
         et d’Artois, qui tout s’i boutèrent et amasèrent,
         et en furent mestre, vosissent les gens de la ville
         ou non.

     25  Les cappitainnes de Gaind, qui estoient retrait en
         leur ville, entendirent coument li contes pourveoit
         grandement la ville d’Audenarde. Si eurent conseil
         que il le venroient asegier et ne s’en partiroient si
         l’aroient conquisse et tous mors chiaulx qui dedens
     30  estoient, et les portes et les murs abatus. Si fissent
         un commandement en Gaind que cascuns fust pourveus
   [195] bien et souffissanment, enssi comme à lui appertenoit,
         pour partir et aler là où on les voldroit mener.
         A che banc ne desobeï nuls, et se ordonnèrent, et
         cargièrent tentes et trés et pourveances; et partirent
      5  de Gaind et s’en vinrent logier devant Audenarde sus
         ces biaus prés contreval l’Escaut. Trois jours après,
         vinrent chil de Bruges qui furent mandé, et se logièrent
         au lés deviers leur ville, et amenèrent grant carroi
         et grosses pourveances. Puis vinrent cil de Ippre
     10  ossi en grant arroi, chil de Poperinghe, chil de Meschines
         et dou Franc de Bruges; et ossi cil de Granmont
         estoient en conte. Li Flament devant Audenarde
         estoient plus de cent mille, et avoient fait pons
         de nefs et de cloies sus l’Escaut où il aloient de l’un
     15  à l’autre. Li contes de Flandres, qui se tenoit à
         Lille, eut en pourpos que il venroit à Tenremonde,
         car il avoit mandé en Allemaigne, en Guerles et en
         Braibant grant fuisson de chevaliers et d’escuiers et
         par especial son cousin le duc des Mons, qui le vint
     20  servir à grant fuison de chevaliers et d’escuiers; et
         se boutèrent à Tenremonde, et i trouvèrent le conte
         de Flandres, qui ja i estoit venus par les frontières de
         Hainnau et de Braibant, qui fu mout resjoïs de leur
         venue.


     25  § 118. Enssi se tint li sièges devant Audenarde des
         Flamens mout longement. Si i eut fait, le siège
         estant, pluiseurs grans assaulx et escarmuces; et priès
         que tous les jours i avoit fais d’armes as barrières
         et gens mors et blechiés, car cil Flament s’aventuroient
     30  follement et outrageusement, et venoient
         jusques as bailles lanchier et escarmuchier: si en
   [196] i avoit souvent des mors et des bleciés par leur
         outrage.

         En la ville de Audenarde avoit bien uit cens
         lances, chevaliers et escuiers, et mout vaillans hommes
      5  là dedens. En che tamps estoient uit baron, tels
         que le signeur de Gistelle, le signeur de Villers et de
         Hullut, le signeur d’Escornay, Flamens; et Hainnuiers,
         le signeur d’Enghien Watier, le signeur d’Antoing,
         le signeur de Brifuel, le signeur de Lens et le
     10  signeur de Goumignies, les trois frères de Haluin,
         messire Jehan, messire Daniel et messire Josse, le
         signeur d’Estainbourcq, le signeur de Crane, messire
         Gerart de Marquellies, le signeur de Cohem, le signeur
     15  de Montegni en Hainnau, messire Rasse de
         Montegni, messire Theri de le Hamaide, messire
         Jehan de Grées et tant de chevaliers que il estoient
         cent et cinq. Et si faissoient bons gais et grans, et
         n’avoient nulle fiance en ceulx de la ville, et avoient
         fait retraire les femmes et les enffans de la ville ens
     20  es moustiers, et là se tenoient; et cil signeur et
         leurs gens se tenoient en leurs maisons. Et pour le
         trait des canons et dou feu, que li Flament lançoient
         et traioient songneusement en la ville pour tout ardoir,
         on avoit fait couvrir les maisons de tière, par
     25  quoi li feus ne s’i peuist prendre.


         § 119. Le siège estant devant Audenarde, li Flament
         et les cappitainnes qui là estoient, entendirent
         que li contes, leurs sires, estoit à Tenremonde, et
         avoit le duc des Mons, son cousin, et grant fuisson de
     30  chevaliers et d’escuiers dalés lui: si eurent conseil que
         il envoiieroient là siis mille de leurs gens pour veoir
   [197] que c’estoit et pour livrer un assault en Tenremonde.
         Sicom il le consillièrent, il le fissent, et se departirent
         un jour de l’oost tout cil qui ordonné i furent
         de l’aler, et avoient à cappitaine Rasse de Harselle.
      5  Tant esploitièrent cil Flament que il i vinrent un
         joeudi au soir en un village à une petite lieue de
         Tenremonde, sus la rivière de Tenre, et là se logièrent.
         Cil Flament avoient pourveu grant fuisson de
         nefs et fait venir aval sus le rivière, pour entrer ens
     10  et assaillir par l’ague et par le tière. Un petit apriès
         mienuit, il se levèrent et armèrent et aparillièrent de
         tous poins, enssi que pour tantos asaillir que il
         seroient là venu, et sousprendre les chevaliers en leurs
         lis, et puis se missent au chemin. Aucunes gens dou
     15  païs, qui seurent che convenant, s’en vinrent de nuit
         à Tenremonde et enfourmèrent les gardes de cel
         afaire, et leur dissent: «Soiés sus vo garde, car
         grant fuisson de Gantois gissent anuit mout priès
         de chi, et ne savons que il voellent faire.» Les
     20  gardes des portes recordèrent tout che au chevalier
         dou gait, qui s’appelloit messires Theris de Brederode,
         de Hollandes. Lors que il en fu avissés, il fu sus sa
         garde et le fist segnefiier ou chastel et par tout les
         ostels en la ville où li chevalier se logoient. Droitement
     25  sus le point dou jour, vinrent li Flament par
         tière et par aigue sus leurs nefs, et avoient si bien
         aparilliet leur besongne que pour tantos asaillir.
         Quant cil dou castiel et de la ville sentoient que il
         aprochoient, si commenchièrent à sonner leurs trompettes
     30  et à resvillier toutes gens; et ja estoient la grignour
         partie des chevaliers et des escuiers tous armés.
         Li contes de Flandres, qui dormoit ens ou castel,
   [198] entendi ces nouvelles que li Flament estoient venu
         et ja asailloient: tantos il se leva et arma, et issi hors
         dou castiel, sa banière devant lui. Dalés luy, à ce
         jour, estoient messires Gossuins de Wille, grant baillieu
      5  de Flandres, li sires de Grutus, messires Gerars
         de Rasenghien, messires Phelippes li Jones, messires
         Phelippes de Mamines et autres, tels que messires
         Huge de Regni, bourgignon. Si se traïssent tout cil
         chevalier desoulx la banière dou conte, et allèrent à
     10  l’asaut qui estoit ja commenchiés durs et oribles; car
         cil Flament avoient aportés en leurs nefs canons dont
         il traioient les kariaus si grans et si fors que qui en
         estoit consieuwis il n’avoit point de remède que il ne
         fust mors; mais à l’encontre de ces kariaus on estoit
     15  mout fort pavesciet, et avoient les gens dou conte
         grant fuisson de bons arbalestriers qui donnoient par
         leur trait mout affaire as Flamens. D’autre part, en
         son ordenance et à sa deffense estoit li dus des
         Mons, sa banière devant lui. En sa compaignie
     20  estoient li sires de Brederode, messires Guillaumes
         Joie, messire Thieris de Le Naire, messire Winans
         de Clinperoie et pluiseurs autres; et faisoit cascuns
         bien son devoir dou deffendre. A une autre porte
         estoient messires Robers d’Aske, messires Jehans Villains,
     25  li sires de Widescot et messires Robiers Marescaulx.
         Et vous di que cils assauls fu grans et fors, et
         asailloient mout ouniement par tière et par aigue en
         leurs nefs li Flament; et en i ot grant fuisson de bleciés
         de une partie et de l’autre, et plus des Flamens
     30  que des gentils hommes, car il s’abandonnoient trop
         folement. Si dura cils assaulx, sans point cesser, dou
         point dou jour jusques à haute nonne; et là eut mort
   [199] un chevalier de le partie dou conte, qui s’apelloit
         messires Huges de Regni, bourgignon; dont che fu
         damages, et ot grant plainte, car par son hardement
         et li trop abandonner il fu ochis. Là estoit Rasse de
      5  Harselle qui ossi se portoit vaillanment, et de sa
         parolle avoecques son fait rafresquisoit grandement
         les Gantois.


         § 120. Quant che vint apriès nonne, li assaulx
         cessa, car Rasse veï bien que il se travilloient en vain
     10  et que dedens Tenremonde il i avoit trop bonnes
         gens, par quoi la ville n’estoit mies à prendre, et se
         commenchoient ses gens fort à lasser: si fist sonner
         de la retraite. Adonc se retraïssent li Gantois tout
         bellement selonc la rivière, et en remenèrent toute
     15  leur navie, et s’en vinrent che soir logier dont il estoient
         au matin parti; et à l’endemain il s’en retournèrent
         en l’oost devant Audenarde.

         Si demora depuis Tenremonde en pais tant que
         pour celle saisson, mais li sièges se tint devant Audenarde
     20  mout longuement. Et estoient li Flament, qui
         là seoient, signeur des camps et de la rivière, ne
         nulles pourveances n’entroient en Audenarde, se ce
         n’estoit en grant peril au lés deviers Haynnau; mais à
         le fois aucun vitaillier, qui s’aventuroient pour gaaignier,
     25  quant on dormoit en l’oost, s’embloient et se
         boutoient ens es bailles d’Audenarde, et puis on les
         metoit en la ville. Entre les assauls qui furent fais à
         Audenarde, il en i eut un trop durement grant et
         qui dura un jour toute jour; et là furent fait li nouviel
     30  chevalier de Haynnau, de Flandres et d’Artois qui
         estre le vaurent, et en leur nouvelle chevalerie on
   [200] ouvri le porte deviers Gaind. Et s’en vinrent cil nouviel
         chevalier combatre as Gantois as baillies, et là ot
         bonne escarmuche, et fait des grans appertisses d’armes,
         et pluiseurs Flamens mors et bleciés; mais il en
      5  faissoient si peu de conte et si petit resongnoient le
         mort que il s’abandonnoient trop hardiement. Et
         quant cil qui devant se tenoient, estoient mort ou
         blechiet, li autre, qui estoient derière, les tiroient
         hors, et puis se remetoient devant et monstroient
     10  grant visage. Enssi se continua cils assaulx qui dura
         jusques au soir que cil d’Audenarde rentrèrent en leur
         ville et fremèrent portes et barières, et li Flament
         ralèrent à leurs logeis; si entendirent à ensevellir les
         mors et à aparillier les navrés.


     15  § 121. Chil Flament de Flandres, qui seoient à
         siège devant Audenarde, esperoient bien par lonc
         siège à conquerre la ville et ceuls qui dedens estoient,
         ou par afamer ou par assaut, car bien savoient que
         il l’avoient si bien environnée que par le rivière ne
     20  par tière riens ne leur pooit venir; et li sejourners
         là ne leur grevoit riens, car il estoient en leur païs
         et dallés leurs maisons; si avoient tout che que il
         leur besongnoit, vivres et autres coses, plus largement
         et à milleur marchiet que dont que il fuissent à
     25  Bruges ou au Dam.

         Li contes de Flandres, qui sentoit en le ville de
         Audenarde grant fuisson de bonne chevalerie, se
         doubtoit bien de ce point que par lonc siège il ne
         fuissent là dedens afamet, et euist volentiers veu
     30  que aucuns tretiés honnerables pour li se fust entamés,
         car, au voir dire, la guerre à ses gens le hodoit
   [201] trop, ne onques ne l’encarga volentiers. Et ossi sa
         dame de mère, la contesse Margherite d’Artois, en
         estoit trop courouchie et l’em blamoit trop fort, et
         volentiers i euist mis pais par moiien, se elle peuist,
      5  et enssi qu’elle fist.

         Ceste contesse se tenoit en la cité d’Arras. Si
         escripsi deviers le duc Phelippe de Bourgongne, auquel
         li hiretages de Flandres de par madame Marguerite,
         sa femme, devoit parvenir apriès le mort dou
     10  conte, que il vosist traire avant et venir en Artois.
         Li dus, qui bien estoit avissés de ces besongnes,
         car tous les jours il en ooit nouvelles, vint [à] Arras,
         et son conseil avoecques li, messires Guis de la Tremoulle,
         messires Jehan de Viane, amiraut de France,
     15  messires Guis de Pontarliés et pluiseurs autres. La
         contesse d’Artois les veï mout volentiers et leur
         remonstra mout sagement comment ceste guerre
         entre son fil et son païs estoit mal appartenant et li
         desplaissoit grandement et devoit desplaire à toutes
     20  bonnes gens qui amoient raison, et comment ossi cil
         vaillant homme, baron, chevalier et escuier, quoique
         il geuissent honnerablement en le ville de Audenarde,
         i estoient en grant peril, et que pour Dieu on i vosist
         pourveïr de conseil et de remède. Li dus de Bourgongne
     25  respondi que à ce faire estoit il tenus et que
         il en feroit son plain pooir. Assés tost apriès che, il
         se departi de Arras, et s’en vint à Tournai, où il fu
         recheus à grant joie, car cil de Tournai desiroient
         ossi mout à avoir la pais pour la cause de la marcandisse
     30  qui leur estoit close sus la rivière d’Escaut.
         Li dus de Bourgongne envoiia l’abbet de Saint Martin
         en l’oost devant Audenarde pour savoir comment
   [202] ces cappitainnes de Gaind voldroient entendre as
         tretiés. Si raporta li abbes au duc de Bourgongne
         que pour l’onneur de li il i entenderoi[en]t volentiers.
         Si leur donnoit li dus sauf conduit jusques au Pont à
      5  Rosne; et ossi li Flament li donnoient et à ses gens
         jusques à là. Si vint li dus au Pont à Rosne parlementer
         as Flamens, et li Flament à lui; et duroient li
         parlement dou matin jusques au soir que li dus retournoit
         en Tournai, le prouvos de Tournai en sa compaignie,
     10  qui là l’amenoit et remenoit. Chil parlement
         durèrent quinse jours que à painnes i pooit
         on trouver nul moiien, car li Flament voloient avoir
         Audenarde abatue, et li dus et ses consaulx ne s’i
         pooit assentir. Li Flament, qui se tenoient grant et
     15  orgilleus par samblant, ne faissoient nul conte de
         pais, car il maintenoient que Audenarde et cil qui
         dedens estoient, ne pooient partir fors que par leur
         dangier, et les tenoient pour conquis. Li dus de
         Bourgongne, qui veoit ces Flamans grans et orgilleus
     20  contre ses tretiés avoit grant merveille à quoi il tendoient,
         et enpetra un jour un sauf conduit pour son
         mareschal aler veoir les chevaliers de Audenarde; on
         li donna trop legie[re]ment. Li mareschaulx de Bourgongne
         vint à Audenarde et trouva les compaignons
     25  en bon convenant, mais de aucunes coses il avoient
         grans defautes. Toutesfois il dissent mout vaillanment:
         «Sire, dites de par nous à monsigneur de
         Bourgongne que il ne face pour nous nul mauvais
         traitié, car, Dieu merchi, nous sommes en bom
     30  point et n’avons garde de nos ennemis.» Ces responses
         plaisirent mout bien au duck qui se tenoit au
         Pont à Rosne, mais toutesfois il n’en laissa mies pour
   [203] ce à poursievir ses tretiés. Au voir dire, cil de Bruges
         et de Ippre estoient enssi que tout tanet, et ossi
         estoient cil dou Franc, et resongnoient l’ivier qui
         leur aprochoit. Si remonstrèrent ces coses en conseil,
      5  ou cas que li dus de Bourgongne, qui pour bien
         s’ensongnoit de ceste afaire, s’estoit tant travilliés que
         venus deviers eulx, et que il leur offroit à tout faire
         pardonner et le conte amiablement retourner à Gaind
         et là demorer, et que de cose qui fust avenue il ne
     10  monsteroit jamais samblant: che estoient bien coses
         où on se devoit bien encliner et que voirement on
         devoit reconnoistre son signeur, ne on ne li pooit
         tolir son hiretage. Ces parolles amolièrent mout ceulx
         de Gaind et s’acordèrent. Et donna un jour [li dus
     15  de Bourgongne] à disner au Pont à Rosne mout
         grandement les cappitainnes de Gaind et chiaulx de
         Bruges et Ippre et de Courtrai; et en che jour fu tout
         conclut que li sièges se devoit lever, et bonne paix,
         devoit estre en Flandres entre le conte et ses gens;
     20  et pardonnoit li contes tout sans nulle reservacion,
         excepcion ne disimulacion; et devoit li contes venir
         demorer à Gaind, et dedens l’an, chil de Gaind li
         devoient faire refaire son castiel de Ondreghien que
         li Gantois avoient ars, sicom renommée couroit. Et
     25  pour toutes ces coses plus plainement confremer,
         Jehans Prouniaulx devoit venir à Tournai avoec le
         duch de Bourgongne, et là devoient les lettres
         autentiquement estre faites, escriptes et seellées. Sus cel
         estat, retourna li dus de Bourgongne à Tournai, et
     30  Jehans Prouniaulx et Jehans Boulle retournèrent en
         l’oost. A l’endemain, la pais fu criiée tout partout
         entre ces parties. Si se deffist li sièges, et s’en ralla
   [204] cascuns en son lieu. Et li contes de Flandres donna
         tout partout ses saudoiiers congiet, et remerchia les
         estraingniers grandement des biaus services que il li
         avoient fais; et puis s’en vint à Lille pour mieux
      5  confermer les ordenances que ses fils de Bourgongne
         avoit faittes. Et disoient enssi li aucun ens es païs
         voisins et lontains que ce estoit une paix à deux visages
         et qui se resbouleroit temprement, et que li contes
         ne s’i estoit acordés fors que pour ravoir la grant
     10  fuisson de nobles chevaliers et escuiers, qui gissoient
         en grant peril en Audenarde.


         § 122. Jehans Prouniel, apriès le departement dou
         siège de Audenarde, vint à Tournai mout estoffeement,
         et li fist li dus de Bourgongne très bonne
     15  chière. Et là furent parfaites toutes les obligances et
         les ordenances de la pais, et les saiielèrent li dus de
         Bourgongne et li contes de Flandres. Et puis retourna
         Jehans Prouniaulx à Gaind, et monstra che que il avoit
         esploitiet. Et tant avoit priiet li dus de Bourgongne
     20  et remonstré de douces parolles à chiaulx de Gaind
         que Audenarde demoroit entire, car, au tretiet de la
         paix et au lever le siège, li Gantois, se il voloient,
         pooient, au lés deviers iaulx, abatre deux portes, les
         tours et les murs, affin que elle leur fust à toute heure
     25  ouverte et apparillie. Quant li contes de Flandres
         eut esté une espasse à Lille, et li dus de Bourgongne
         s’en fu rallés en France, il s’en vint à Bruges, et là se
         tint, et remonstra couvertement, sans autre pugnision,
         grant mautalent à aucuns bourgois de Bruges de ce
     30  que si tos l’avoient relenqui, et s’estoient mis ou service
         de chiaulx de Gaind. Chil bourgois s’escusèrent
   [205] et dissent, et verités estoit, que ce n’avoit pas esté leur
         coupe, mais la couppe des menus mestiers de Bruges,
         qui se voloient prendre et mesler à iaulx, quant Jehan
         Lion vint devant Bruges. Li contes passa son mautalent
      5  au plus bel qu’il peut, mès pour ce ne pensa il
         mies mains.

         Nous no[u]s soufferons un petit à parler de li et de
         chiaulx de Flandres, et retournerons as besongnes
         de Bretaigne.


     10  § 123. Vous savés comment li dus de Bretaigne
         estoit en Engletière dalés le roi Richart et ses oncles,
         qui li faissoient bonne chière; et ses païs estoit en
         tourble et en guerre, car li rois de France i avoit
         envoiiet son connestable à grant gent d’armes qui se
     15  tenoient à Pontorson et vers le Mont Saint Michiel,
         et guerioient le païs. Les cités et les bonnes villes de
         Bretaigne se tenoient tout clos et desiroient mout
         que leurs sires li dus retournast ou païx, et ja l’avoient
         mandé par lettres et par mesages, mais il ne s’i osoit
     20  encores assegurer, et tant que li prelat et li baron de
         Bretaigne et les bonnes villes en murmurèrent et dissent:
         «Nous mandons par lettres toutes les sepmainnez
         le duc, et point ne vient, mais s’escuse.»--«En
         non Dieu, dissent li aucun, il i a bien cause, car
     25  nous le mandons trop simplement. Bien apartenroit
         que nous i envoisions un ou deux chevaliers de
         creance, ens esquels il se peuist confiier et qui li
         remonstraissent plainement l’estat dou païs.» Chils
         pourpos fu mis avant et consaulx tenus: si en furent
     30  priiet d’aller en Engletière doi mout vaillant chevalier,
         messires Joffrois de Karesmiel et messires Ustasses
   [206] de la Housoie, à le priière et requeste des prelas,
         des barons et des bonnes villes de Bretaigne.
         Chil doi chevalier s’aparillièrent pour aler en Engletière,
         et entrèrent en un vaissel à Konce, et eurent
      5  vent à volenté, et singlèrent tant que il vinrent à
         Hantonne, et là prisent il tière. Si issirent de leurs
         vaissaulx et chevauchièrent tant que il vinrent à Londres.
         Là trouvèrent il le duc de Bretaigne, et le ducoise
         et messire Robert Canolles, qui les rechut à grant
     10  joie. Li chevalier recordèrent au duck tout l’estat de
         son païs et comment on l’i desiroit à ravoir, et monstrèrent
         lettres de creance des barons, des prelas, des
         cittés et des bonnes villes. Li dus creï mout bien les
         chevaliers et les lettres ossi, et en ot grant joie; et
     15  dist que il en parlerait au roi et à ses oncles, enssi
         que il fist. Quant li rois d’Engletière fu enfourmés et
         si oncle ossi comment li païs de Bretaigne, excepté
         Claiekin, Cliçon, Rohem, Laval, Rocefort, mandoient
         leur signeur, [si] li dissent: «Vous en irés par delà,
     20  [puis]que on vous mande, et vous raquiterés de vo
         païs; et tantos nous vous envoierons gens et confort
         assés pour tenir et garder vos frontières contre vos
         ennemis; et nous lairés vostre femme la ducoise par
         dechà avoecques sa mère et ses frères, et vous entenderés
     25  par delà au guerriier.» De ces parolles fu li
         dus tous resjoïs, et se ordonna sur ce.


         § 124. Ne demora depuis gaires de tamps que li
         dus de Bretaigne ordonna toutes ses besongnes à Hantonne,
         et prist congiet au roi et à ses oncles, à madame
     30  la princesse et à sa femme, et ordonna à son
         departement, et seella grans aliances au roi d’Engletière
   [207] et jura par foi et sus son scellé, là où il seroit
         hasteement confortés des Englès, il demoroit tousjours
         dalés eulx et feroit son loial pooir de tourner
         son païs englès, et le trouveroient cil d’Engletière
      5  ouvert et aparilliet en quelconques manière que il i
         voldroient venir. Sus cel estat, il se parti d’Engletière,
         messires Robers Canolles en sa compaignie et
         les deux chevaliers qui l’estoient venu querre, et environ
         chent hommes d’armes et deux cens archiers. Si
     10  vinrent à Hantonne, et là attendirent vent. Quant il
         l’eurent bon, il entrèrent ens es vaissaulx, et singlèrent
         tant par mer que il vinrent au port de Guerlande.
         Là prissent il tière et chevauchièrent vers Vennes.
         Chil de la citté de Vennes rechurent le duc Jehan à
     15  grant joie; et ossi fist tous li païs, quant il seurent sa
         venue. Si se rafresqui à Vennes li dus cinq jours ou
         environ, et puis s’en vint à Nantes. Là le vinrent veoir
         baron et prelat, chevalier et dames, et se offrirent et
         missent tout en se obeïssance, et se complaindirent
     20  grandement des François et dou connestable de France
         qui avoit courut au lés deviers Rennes sus son païs.
         Li dus les apaissa bellement, et dist: «Bonnes gens,
         je doi temprement avoir confort d’Engletière, car,
         sans l’aide des Englès, je ne me puis bonnement deffendre
     25  contre les François, car il sont trop fort contre
         nous, ou cas que en ce païx nous sommes en different
         ensamble. Et quant cil seront venu que li rois
         d’Engletière me doit envoiier, se on nous a fait des
         tors, nous en ferons ossi.» De ces parolles se contemptèrent
     30  grandement chil de Bretaigne, qui estoient
         de la partie dou duck.

         En che tamps, environ le Saint Andrieu, trespassa
   [208] de che siècle, à Prage en Behaigne, messires Charles de
         Boësme, rois d’Allemaigne et emperères de Romme.
         Le roi Charle vivant, il avoit tant fait par son or et
         par son argent et par grans aliances, que li eslisseur
      5  de l’empire d’Allemaigne avoient juret et seelet à
         tenir roi son fil de toute Alemaigne apriès sa mort et
         faire leur loial pooir de tenir siège devant Ais, et de
         demorer dalés lui contre ceulx qui i voldroient debatre,
         siques, tantost apriès le mort de l’empereur,
     10  messires Charles, ses fils, s’escripsi rois de Behaigne
         et d’Alemaigne et rois des Rommains.


         § 125. En celle saisson eut grans consaulx en Engletière
         des oncles dou roi, des prelas et des barons
         dou païs pour le jone roi Richart d’Engletière mariier,
     15  et euissent volentiers li Englès veu que il se
         fuist mariiés en Hainnau pour l’amour de la bonne
         roïne Phelippre, leur dame, qui leur fu si bonne, si
         large et si honnerable, qui avoit esté de Hainnau;
         mais li dus Aubiers en che tamps n’avoit nulle fille
     20  en point pour mariier. Li dus de Lancastre euist volentiers
         veu que li rois, ses [nepveus], euist pris sa fille
         que il eut de madame Blance de Lancastre, sa première
         femme; mais li païs ne le voloit mies consentir
         pour deus raisons: li une estoit que la dame estoit sa
     25  cousine giermainne, che par estoit trop grant proïsmetté;
         et li autre que on voloit que li rois se mariast
         oultre le mer pour avoir plus de aliances. Si fu misse
         avant la soer dou jone roi Charle de Boësme et
         d’Allemaigne, fille à l’empereur de Romme qui avoit esté:
     30  à tel avis se tinrent tout li consaulx d’Engletière. Si
         en fu cargiés pour aller en Allemaigne et pour tretier
   [209] che mariage uns mout vaillans chevaliers dou roi,
         qui avoit esté ses maistres et fu toudis mout prochains
         dou prince de Galles, son père. Si estoit nommés li
         chevaliers messires Simons Burllé, sage homme et
      5  grant tretieur durement. Si fu à messire Simon ordonné
         tout che que à li appartenoit, tant de misses
         comme de autres coses. Si se parti d’Engletière en
         bon arroi, et ariva à Callais, et de là vint il à Gravelines
         et à Bruges, et de Bruges à Gaind, et de Gaind à
     10  Brouselles; et là trouva le duck Wincelin de Braibant et
         le duck Aubiert, le conte de Blois, le conte de Saint Pol,
         messire Robert de Namur, messire Guillaume de Namur
         et grant fuisson de chevaliers de Hainnau et de Braibant,
         car là avoit une grosse feste de joustes et de
     15  behourt: pour ce i estoient tout cil signeur asamblé.
         Li dus de Braibant et la ducoise rechurent, pour
         l’onneur dou roi d’Engletière, le chevalier mout liement;
         et quant il sceurent la cause pour quoi il aloit
         en Allemaigne, si en furent tout resjoï et dissent que
     20  ce estoit une cose bien prise dou roi d’Engletière et
         de leur nièce. Si cargièrent à messire Simon Burlé, à
         son departement, lettres especiaulx adrechans au roi
         d’Allemaigne, en remonstrant que il avoient grant
         affeccion en che mariage. Si se parti de Brouselles li
     25  chevaliers, et prist le chemin de Louvain pour aler à
         Coulongne.


         § 126. Encores en celle saisson furent ordonné d’aller
         en Bretaigne dou conseil de Engletière deux cens
         hommes d’armes et quatre cens archiers, desquels
     30  messires Jehans d’Arondiel devoit estre souverains
         menères et cappitaine. En celle armée furent esleu et
   [210] nommé messires Hues de Cavrelée, messires Thumas
         Bonnestre, messires Thumas Trivès, messires Gautiers
         Paule, messires Jehans de Boursier, li sires de Ferrières
         et li sires de Basset. Chil chevalier s’ordonnèrent
      5  et aparillièrent et se traïssent tout à Hantonne,
         et fissent cargier leurs vaissaulx de tout che que il
         leur besongnoit. Quant il peurent sentir qu’il eurent
         vent pour partir, il croisièrent leurs nefs et entrèrent
         en leurs vaissaulx, et desancrèrent et partirent. Che
     10  premier jour, li vens leur fu assés bons: sus le soir,
         li vens les retourna et leur fu tous contraires, et les
         bouta, vosissent ou non, ens es bendes de Cornuaille; et
         avoient vent si fort que il ne pooient ancrer ne osoient.
         A l’endemain, cils vens contraires les bouta en la mer
     15  d’Irlande, et là ne furent il mies bien assegur, enssi
         que il apparut, car il allèrent frotter as roches d’Irlande,
         et là rompirent trois de leurs vaissaulx, ens
         esquels messires Jehan d’Arondiel, messires Thumas
         Bonnestre, messires Hues de Cavrelée, messires Gautiers
     20  Paule estoient et bien cent hommes d’armes.
         Des cent en i eut les quatre vins peris, et furent perit
         messires Jehans d’Arondiel, li cappitainne de tous,
         dont che fu damages, car il estoit vaillans chevaliers,
         hardis, courtois et amoureux et entreprendans, et
     25  messires Thumas Bonnestre et messires Gautiers Paulle
         et pluiseurs autres. Et fu messires Hues de Cavrelée
         en si grant peril que onques ne fu ou pareil ne si
         priès de le mort, car tout cil qui en sa nef estoient,
         excepté sept maronnier et li, autre furent noiiet. Mais
     30  messires Hues et li autre qui se sauvèrent, s’aherdirent
         au cable et au mas, et li vens les bouta sus le sablon;
         mais il burent assés et en furent grandement mesaissiet.
   [211] De che peril escapèrent messires Thumas Trivès
         et pluiseurs autres qui en furent ewireus. Si furent il
         mout tourmenté sus le mer, et retournèrent, quant il
         peurent, à Hantonne, et s’en vinrent deviers le roi et
      5  ses oncles, et recordèrent leur aventure. Et tenoient
         que messires Hues de Cavrelée estoit peris, mais non
         fu, enssi que il apparut, et retourna à Londres à son
         pooir. Enssi, pour celle saisson, se desrompi ceste
         chevauchie et armée de Bretaigne, et ne peust estre
     10  li dus confortés des Englès, dont il li vint à grant
         contraire, car, toute celle saisson et l’ivier, li François
         li fissent grant guerre; et prisent li Breton, messires
         Olivier de Clichon et ses gens, la ville de Dignant
         en Bretaigne par nacelles: si fu toute pillie [et] robbée,
     15  et le tinrent depuis un grant temps contre le duck
         et le païs. Or nous retournerons nous au besongnes
         de Flandres.


         § 127. Vous savés que, quant li paix fu accordée
         dou conte de Flandres à chiaux de Gaind par le
     20  moiien dou duck de Bourgongne, dont il acquist grant
         grace de tout le païs, li intencion et plaissance très
         grande de chiaulx de Gaind estoit que li contes de
         Flandres venroit demorer à Gaind et tenir son hostel:
         ossi li contes estoit bien consilliés dou prouvost de
     25  Harlebecque et de tous ses plus prochains de chela
         faire pour nourir plus grant amour entre chiaux de
         Gaind et li. Li contes se tenoit à Bruges, et point ne
         venoit à Gaind, dont chil de Gaind estoient tout
         courouchiet, voire les bonnes gens, li riche et li sage,
     30  qui ne demandoient que pais; mais li pendaille et li
         blanc cappron et cil qui ne couvoitoient que le hustin
   [212] et l’avantage, n’avoient cure de sa venue, car bien
         savoient que, se il i venoit et s’i amasast, que tout coiement
         et sagement il seroient corrigiet des maulx que
         il avoient fait. Non obstant, quoique il fuissent en
      5  celle doute, cil qui gouvrenoient la loi de la ville et
         li consaulx et les bonnes gens voloient outreement
         que il i venist et que on l’alast querre; et leur sambloit
         que il n’avoient point d’estable pais ne ferme
         ne seure, se li contes ne venoit à Gaind. Et furent
     10  ordonné [de par] eulx vint quatre hommes notables
         pour aler à Bruges li querir et remonstrer la grant
         affeccion que cil de Gaind avoient à lui. Et se departirent
         de Gaind chil qui esleu i furent mout honnerablement,
         enssi que on doit aller vers son signeur,
     15  et leur fu dit: «[Ne] retournés jamais en la ville de
         Gaind, se vous ne nous ramenés le conte, car vous
         trouveriés les portes closes.» Sus cel estat, se missent
         au chemin chil bourgois de Gaind, et chevauchièrent
         vers [Deinse]. Entre [Deinse] et Bruges, il entendirent
     20  que li contes venoit: de che furent il mout resjoï. Enssi
         que une lieue apriès que il eurent encontre des officiiers
         dou conte qui chevauchoient devant pour aministrer
         leur office, il regardèrent, et voient sus les
         camps le conte et se route. Quant chil bourgois
     25  l’aprochièrent, il se traïssent tout sus les camps, et se
         ouvrirent tout en deux parties, et passèrent li contes
         et tout si chevalier parmi iaulx. Chil bourgois, en
         passant, s’enclinèrent mout bas et fissent le conte
         et ses gens à leur pooir grant reverence. Li contes
     30  chevaucha tout droit oultre, sans euls regarder, et
         mist un petit [sa] main à son cappel, ne onques sus
         tout le chemin il ne fist samblant de parler à eulx.
   [213] Et chevauchièrent enssi li contes de une part, et li
         Gantois d’autre, tant que il vinrent à [Deinse], et là
         s’arestèrent, car li contes i devoit disner, ensi qu’il
         fist; et li Gantois prissent hostels pour iaulx, et là
      5  disnèrent.


         § 128. Quant che vint apriès disner, cil Gantois
         se traïssent mout bellement et en bon arroi deviers
         le conte, leur signeur, et s’engenoullièrent tout devant
         lui, car li contes seoit sus un siège; et là li representèrent
     10  mout humblement l’afeccion et le service
         de le ville de Gaind, et li remonstrèrent comment
         par grant amour chil de Gant, qui tant le desiroient
         à ravoir dallés eulx, les avoient là envoiiés: «Et au
         partir, monsigneur, il nous dissent que nous n’aviens
     15  que faire de retourner en Gaind, se nous ne vous
         amenions en no compaignie.» Li contes, qui trop
         bien entendi toutes leurs parolles, se teut une espasse
         tous quois et, quant il parla, il dist: «Je croi bien
         que il soit tout che que vous dites et que li pluiseur
     20  en Gaind me desirent à ravoir, mais je m’esmervel
         de che que il ne leur souvient mies ne n’a volu souvenir
         dou tamps passé, à che que il m’ont monstré,
         comment je leur ai esté propisces, courtois et debonaires
         en toutes leurs requestes, et ai souffert à bouter
     25  hors de mon païx mes gentils hommes, quant il
         se plaindoient d’eus, pour garder leur loi et leur
         justice. J’ai ouvert mes prisons par trop de fois pour
         eulx rendre leurs bourgois, quant il le me requeroient;
         je les ai amés, portés et honnerés plus que
     30  nuls de mon païs: et il m’ont fait tout le contraire,
         ocis mon baillu, abatu les maisons de mes gens,
   [214] banis et escaciés mes officiiers, ars l’ostel ou monde
         que je amoie le mieux, efforchiet mes villes et mis à
         leur entente, ocis mes chevaliers en la ville de Ippre,
         fait tant de malefisses contre moi et ma signourie
      5  que je sui tous tanés dou recorder, et voldroie que
         il ne m’en souvenist jamès! Mès si fera, voelle ou
         non.»--«Ha! monsigneur, respondirent cil de
         Gaind, ne recovrés jamais à cela: vous nous avés
         tout pardonné.»--«C’est voirs, dist li contes, je
     10  ne voel pas pour mes parolles ou tamps à venir que
         vous en vailliés mains, mais je les vous remonstre
         pour les grans cruaultés et felonnies que j’ai trouvé
         en ceuls de Gaind.» Adonc s’apaissa li contes et se
         leva et les fist lever, et dist au signeur de Rainseflies,
     15  qui estoit dallés lui: «Faites aporter le vin.» On
         l’aporta: si burent chil de Gaind, et puis se partirent
         et se retraïssent à leurs hostels; et furent
         là toute la nuit, car li contes i demora ossi, et
         l’endemain tout ensamble il chevauchièrent viers
     20  Gaind.


         § 129. Quant chil de Gaind entendirent que leurs
         sires li contes venoit, si furent mout resjoï et vuidièrent
         à l’encontre de li à piet et à cheval; et chil qui
         l’encontroient, s’enclinoient tout bas à l’encontre de
     25  li et li faissoient toute l’onneur et reverence que il
         pooient. Il passoit oultre sans parler, et les enclinoit
         un petit dou chief. Enssi s’en vint il jusques à son
         hostel, que on dist à le Posterne, et là disna; et li
         furent fait de par la ville tamaint present, et le vinrent
     30  veoir li juret de la ville, che fu raisons, et se humeliièrent
         mout envers lui. Là leur requist li contes et
   [215] dist que en bonne paix ne doit avoir que paix, mais
         il volloit que li blanc cappron fussent ruet jus et que
         li mors de son baillieu fust amendée, car il en estoit
         requis de son linage. «Monsigneur, respondirent li
      5  juret, c’est bien nostre entente, et nous vous prions
         que, [par] vostre grant humelité, vous voelliés demain
         venir en le place et remonstrer deboinairement vostre
         entente au peuple; et, quant il vous verront, il
         seront si resjoï que il feront tout che que vous voldrés.»
     10  Li contes leur accorda. Che soir sceurent
         trop grant fuisson des gens aval la ville que li contes
         seroit à uit heures ou marchiet des devenres et que
         là il precheroit. Les bonnes gens en furent tout
         resjoï, mais li fol et li outrageus n’en fissent compte,
     15  et dissent que il estoient tout prechiet et que bien
         savoient quel cose il avoient à faire. Jehan Prouniel,
         Rasse de Harselle, Piètre dou Bos, Jehan Boulle et
         les cappitainnes des blans capprons se doubtèrent
         que che ne fust sus leur carpent, et parlementèrent
     20  che soir ensamble, et [si] mandèrent aucuns de leurs
         gens, tous les plus outrageus et pieurs de leur compagnie,
         et leur dissent: «Entendés, tenés vous anuit
         et demain tout pourveu de vos armeures, ne, pour
         cose que on vous die, n’ostés point vos capprons.
     25  Et soiiés tout ou marchiet des devenres à set
         heures; mais ne faites nul esmeutin, se on ne le
         commence premierement sur vous, et dites enssi à
         vos gens, ou vous leur faites savoir par qui que soit.»
         Il respondirent: «Volentiers.» Et enssi fu fait. Le
     30  matin à [set] heures, il vinrent tout ou marchiet, enssi
         que ordonné leur fu, et ne se missent mies tout
         ensamble, mais dis ou vint ensamble se tenoient
   [216] tout en un mont, et là estoient entre iaulx leurs
         cappitainnes. Li contes vint ou marchiet tout à
         cheval, acompaigniés de ses gens, chevaliers et
         escuiers, et des jurés de le ville; et là estoit Jehans
      5  de le Faucille dallés li et bien quarante des plus
         rices et plus notables de le ville. Li contes, en fendant
         le marchiet, jettoit communement ses ieulx sus
         ces blans capprons qui se mettoient en sa presence,
         et ne veoit autres gens, che li estoit avis, que blans
     10  capprons: si en fu tous merancolieus. Si descendi de
         son cheval, et ossi fissent tout li autre, et monta sus
         à unes phenestres, et s’apoia là, et avoit on estendu
         un drap vermeil devant lui. Là commencha li contes
         à parler mout sagement. Tout se teurent, quant
     15  il parla. Là leur remonstra il de point en point l’amour
         et l’affeccion que il avoit à iaulx, avant que il l’euissent
         courouchié; là leur remonstra il comment uns
         sires devoit estre amés, cremus, servis et honnerés
         de ses gens; là remonstra il comment il avoient fait
     20  tout le contraire; là remonstra il comment il les avoit
         tenus, gardés et deffendus contre tout homme; là
         leur remonstra il comment il les avoit tenus en
         paix et en pourfit et en toutes prosperités, depuis
         que il estoit venus à tière, ouviers les passages de
     25  mer qui leur estoient clos en son jone avent. Là
         leur remonstroit il pluiseurs poins raisonnables que
         li sage concevoient, et entendoient bien clerement
         que de tout il dissoit verité. Pluiseurs l’ooient volentiers,
         et li aucun non, qui ne demandoient que
     30  l’enredie. Quant il eut là esté une heure et plus, et
         que il leur ost remonstrées toutes ses intencions
         bellement et douchement, en le fin il dist que il
   [217] voloit demorer leurs bons sires en le fourme et manière
         que il avoit esté par devant, et leur pardonnoit
         rancunes, haïnnes et mautalens que il avoit eu à
         iaulx et aussi malefisces fais, ne plus n’en volloit oïr
      5  nouvelles, et les voloit tenir en droit et en signourie,
         enssi que tousjours avoit fait; mais il leur prioit que
         riens ne fesissent de nouviel et que cil blanc cappron
         fuissent [mis] jus. A toutes ces parolles on se taissoit
         et teut ossi quoit que dont que il n’i euist nullui;
     10  mais, quant il parla des blans capprons, on
         commencha à murmurer, et bien se perchut que
         c’estoit pour cheli cause. Adonc leur pria il que il se
         traïssissent tout b[el]lement et en pais en leurs maisons.
         A ces cols il descendi, et toutes ses gens partirent
     15  dou marchiet et retraïssent à leurs hostels;
         mais je vous di que li blanc cappron furent cil qui
         premiers vinrent ou marchiet et qui darrainement
         s’en partirent. Et quant li contes passa parmi iaulx,
         il s’ouvrirent, mais fellement le regardèrent, che li
     20  sambla, et ne le daignèrent onques encliner, dont il
         fu mout merancolieus. Et dist depuis à ses chevaliers,
         quant il fu retrais à son hostel à le Posterne:
         «Je ne venrai pas aisse à men entente de ces blans
         capprons: che sont male gent et fourconsilliet. Li
     25  cuers me dist que la cose n’est pas encores où elle
         sera; à che que je puis perchevoir, elle se taille bien
         que mout de maux en naissent encores. Pour tout
         pierdre, je ne les poroie veoir ne souffrir en leur
         orguel.»


     30  § 130. Enssi fu li contes de Flandres à Gaind en
         celle sepmainne quatre jours, et au cinquime s’en
   [218] parti à celle fois que onques depuis n’i rentra, et s’en
         vint à Lille, et là s’ordonna pour ivrener. A son
         departement de Gaind, à painnes prist il congiet à
         nullui, et s’en parti par mautalent, dont li plus de
      5  chiaulx de le ville s’en contentèrent mal et dissent
         que il ne leur feroit jamais bien ne jamais ne les ameroit
         parfaitement enssi que il avoit fait autrefois, et
         que Ghisebrès Mahieu et si frère et li doiiens des
         menus mestiers les honnissoient et le fourconsilloient
     10  de che que si soudainement et sans amour il estoit
         partis de Gaind. Jehans Prouniaulx, Rasse de Harselle,
         Piètre dou Bos, Jehans Boulle et les cappitainnes
         des mauvais estoient tout liet [et] semoient
         parolles et faissoient semer aval la ville, mais que li
     15  estés revenist, li contes ou ses gens brisseroient le
         paix, et que on avoit bien mestier que on fust sus
         sa garde et pourveu de blés, d’avainnes, de chars,
         de sels et de toutes pourveances, car il ne veoient en
         leur paix nul seur estat. Si se pourveïrent cil de
     20  Gaind grandement de blés et de toutes autres coses
         appartenans à iaulx, dont li contes, qui en fu enfourmés,
         avoit grant mervelles, ne de qui il se doubtoient.
         Au voir considerer, on se puet de ces parolles que je
         dis et ai dites en devant esmervillier comment cil
     25  de Gaind se disimulloient et estoient dissimullé très
         le commenchement. Li riche, li sage et li notable
         homme de le ville ne se pueent mies escuser que, au
         commenchement de ces ahaties, se il vosissent bien
         acertes, il n’euissent mis remède, car, quant Jehans
     30  Lion commencha à mettre les blans capprons avant,
         il l’euissent bien debatu, se il vosissent, et envoiié
         contre les fosseurs de Bruges autres gens qui euissent
   [219] ossi bien esploitiet que li blanc cappron. Mais
         il les souffrirent, pour tant que il n’en voloient point
         estre nommé ne renommé, et se voloient bouter
         hors de le presse, et tout il faissoient et consentoient,
      5  dont chierement le comparèrent puisedi
         tout li plus rice et li plus sage, car tant laissièrent
         ces folles gens convenir, que il furent signeurit et
         menet par iaulx, ne il n’osoient parler de cose que il
         vosissent dire ne faire. La raison que cil de Gaind i
     10  mettent, il dient que pour Jehan Lion ne pour Ghisebrest
         Mahieu ne pour leurs linages ne pour leurs
         guerres ne envies il ne se fuissent jamais ensonniiet
         ne bouté si avant en la guerre fors que pour garder
         leurs francisses tant des bourghesies que d’autres
     15  coses; et quoique en guerre, en haïnne et en mautallent
         il fuissent l’un contre l’autre, si voloient il
         estre tout un au besoing pour tenir, garder et deffendre
         les francisses [et] bourghesies de Gaind, enssi
         que depuis il le monstrèrent, car il furent, leur
     20  guerre durant qui dura priès de set ans, si bien d’accord
         que onques n’eurent entre iaulx estri dedens la
         ville; et ce fu ce qui plus les soustint et garda que
         autre cose: ens et hors, il estoient si en unité que
         point de diferent n’i avoit, mès metoient avant or
     25  et argent, jeuiaulx et chavance, et qui le plus en
         avoit, il l’abandonnoit, enssi comme vous orés recorder
         ensiewant en l’istoire.


         § 131. Ne demora depuis gaires de tamps que li
         contes de Flandres fu partis de Gaind et revenus à
     30  Lille, que messires Oliviers de Hauterive, cousins germains
         à Rogier d’Auterive que cil de Gaind avoient
   [220] ocis, envoiia deffier le ville de Gaind pour la mort
         de son cousin: ossi fissent messires Phelippres de
         Mamines, li Gallois de Mamines, [li bastars de
         Weldinghes] et pluiseurs autres. Et, tantos ces deffiances
      5  faites, il trouvèrent environ quarante navieurs, bourgois
         de Gaind, qui amenoient par le rivière d’Escaut
         bleds à Gaind: si se contrevengièrent de le mort de
         leur cousin sus ces navieurs et les decoppèrent trop
         villainnement et crevèrent les ieulx, et les renvoiièrent
     10  enssi à Gaind afollés et mehaigniés: lequel
         despit cil de Gaind tinrent à grant. Li juret, qui
         estoient en le loi pour ce tamps, asquels ces plaintes
         vinrent, furent tout courouchiet et n’en seurent
         bonnement que dire ne qui encouper, fors que les
     15  faisseurs. Murmurations monta aval la ville; et
         disoient li grigneur partie des gens de Gaind que li
         contes de Flandres avoit che fait, ne à paines l’osoit
         nuls homs de bien escuser.

         Sitos que Jehans Prouniaux entendi ces nouvelles,
     20  qui estoit pour le tamps des blans capprons li plus
         grans mestres et cappitains, sans sonner mot ne parler
         as jurés de la ville, ne sai se il en parla as autres
         cappitains, je croi bien que oïl, il prist la grignour
         partie des blans capprons et encores assés de poursieuwans
     25  entalentés de mal faire, et se parti sus un
         soir de Gaind, et s’en vint bouter en Audenarde.
         Quant il i entra premierement, il n’i avoit ne garde ne
         gait, car on ne se doubtoit de nulli, et se saissi de le
         porte, et puis i entrèrent toutes ses gens, et estoient
     30  plus de cinq cens. Quant che vint au matin, il mist
         ouvriers [en oevre], maçons, carpentiers et autres gens
         qu’il eut tous aparilliés à son commandement et pour
   [221] malfaire. Si ne cessa si eut fait abatre deus portes, les
         tours et les murs, et reversés ou fosset au lés deviers
         Gaind. Or regardés comment cil de Gaind se pueent
         escuser que il ne consentirent ce fourfait, car il furent
      5  en Audenarde abatans portes et murs plus d’un
         mois. [Se] il euissent remandé leurs gens sitos que il
         en sceurent les nouvelles, on les euist escusés, mès
         nennil; anschois clignièrent il leurs ieulx et souffrirent
         tant que les nouvelles vinrent au conte qui se
     10  tenoit à Lille, comment Jehans Prouniaulx estoit
         larecineusement venus de nuit en Audenarde et s’estoit là
         boutés et avoit abatu et fait abatre deux portes, les
         tours et les murs. De ces nouvelles fu li contes durement
         courouchiés, et bien i eut cause, et dist: «Ha!
     15  des maleoites gens! li diables les tient bien! je n’arai
         jamais paix tant que cil de Gaind soient en poissance.»
         Adonc envoia il deviers iaulx de son conseil
         en iaulx remonstrant le grant outrage que il avoient
         fait, et que ce n’estoient mies gens que on deuist
     20  croire ne tenir en nulle pais, quant la paix que li dus
         de Bourgongne leur avoit à grant painne fait avoir, il
         avoient enfraint et brissiet. Li maieur et li juret de le
         ville de Gand s’escusèrent et respondirent que, salve
         leur grace, il ne pensèrent onques à brissier la pais,
     25  ne volenté n’en eurent; et, se Jehans Prouniaulx
         avoit fait un outrage de soi meïsmes, la ville de
         Gaind ne le voloit mies avoer, mais s’en escusoit
         loiaument et plainement: «mais li contes a consenti;
         et sont issu de son hostel cil ou aucun qui ont fait si
     30  grant outrage que il ont mort, mehaigniet et afollet
         nos bourgois, qui est uns grans inconveniens à tout
         le corps de le ville.»--«Dont dites vous, signeur,
   [222] répliquèrent li commissaire dou conte, que vous
         estes contrevengiet?»--«Nennil, respondirent li juret,
         nous ne dissons pas que ce que Jehans Prouniaux a
         fait à Audenarde, que ce soit contrevengance, car,
      5  par les tretiés de le pais, nous le poons monstrer et
         prouver, se nous vollons, et de ce nous en prendons
         en tesmongnage monsigneur de Bourgongne, que
         Audenarde estoit à abatre, ou point où elle est, toutes
         fois que nous volions; et à priière de monsigneur de
     10  Bourgongne nous le mesimes en souffrance.»
         --«Dont, respondirent li commis dou conte, enssi
         appert par vos parolles que vous l’avez fait faire, ne
         vous ne vo[u]s poés escuser. Quant vous sentiés que
         Jehans Prouniaux estoit alés en Audenarde, qui i
     15  entra à main armée, larechineusement et en boine pais,
         et que il abatoit portes et murs et reversoit ens es
         fossés, vous deuissiez estre alé au devant et li deffendu,
         que il n’euist point fait cel outrage tant que
         vous euissiez remonstré vos plaintes au conte. Et, se de
     20  le navrure ou bleceure de vos bourgois il ne vous euist
         fait adrèce, vous deuissiez estre trait deviers monsigneur
         de Bourgongne qui les tretiés de la pais mena,
         et li remonstré vostre afaire. Enssi euissiés vous
         embelli vostre querelle, mais nenil: ore et autrefois,
     25  che vous mande messires de Flandres, li avés vous
         fais des despis, priiet l’espée en le main et plaidiet
         saissi; che set Dieux qui tout voit et congnoist, et qui
         un jour em prendera sur vous si cruel vengance, que
         tout li mondes en parlera.» Atant se departirent il
     30  des maieur et jurés de le ville, et issirent apriès
         disner de Gaind, et s’en retournèrent par Courtrai
         à Lille et recordèrent au conte comment il avoient
   [223] besongniet et les escusances que cil de Gaind mettaient
         en ces besongnes.


         § 132. On se puet esmervillier, qui ot parler et tretier
         de ceste matère, des pourpos estraignes et mervilleus
      5  que on i tre[u]ve et voit, qui tous les list et bien
         les entent. Li aucun en donnent le droit de la guerre,
         qui fu en che tamps si grande et si cruelle en Flandres
         à chiaux de Gaind, et dient que il eurent juste
         cause de guerriier; mais il me semble jusques à chi
     10  que n’en ont point eu, ne je ne puis veoir ne entendre
         ne concevoir que li contes n’euist toudis plus
         amet le pais que la guerre, reservé se hauteur et sen
         honneur. Ne leur renvoiia il mies le bourgois de
         Gaind qui estoit en sa prison à Erclo? Me[s]
     15  Dieux, si fist, et il li ocirent son baillieu. Encores de
         rechief, il leur pardonna cel outrage pour eulx tenir
         en paix, et sur che il esmeurent toute Flandres un
         jour sur li, et ocirent en le ville de Ippre, voires chil
         de Ippre meïsmement, cinq de ses chevaliers, et vinrent
     20  assieger Audenarde, et se missent en painne de
         l’avoir et dou destruire. Encores en vinrent il à chief
         et à paix, et ne voloient amender le mort de Rogier
         d’Auterive, dont ses linages l’avoient pluiseurs fois
         remonstré au conte de Flandres; et, se il contrevengièrent
     25  le mort de leur cousin sus aulcuns navieurs,
         par lesquels de premierement toutes ces haïnnes
         estoient esmeutes et eslevées, convenoit il pour ce
         que Audenarde en fust abatue? Il m’est avis, ossi
         est il à pluiseurs, que nennil. Encores avoit li contes
     30  assés à sorre enviers chiaux de Gaind, che dissoient
         il, et voloient que il leur fust amendé li
   [224] affaires des navieurs, anchois que il rendesissent
         Audenarde.

         Li contes, qui se tenoit à Lille, et son conseil
         dallés li, estoit courouchiés de che que li Gantois
      5  tenoient Audenarde, et ne le savoit comment ravoir,
         et se repentoit trop fort, quelque pais que il euist
         juret ne donnet as Gantois, que il ne l’avoit toudis
         bien fait garder. Si escrisoit souvent à ceulx de Gaind
         et mandoit que on li rendesist, ou il leur feroit
     10  guerre si cruelle que à tous jours il s’en sentiroient.
         Chil de Gaind nullement ne le voloient avoer che fait
         que il euissent le pais brissie. Finablement, aucunes
         bonnes gens de Gand, rice homme et sage homme,
         qui ne voloient que bien et pais, alèrent tant au
     15  devant de ces besongnes, tels que Jehans de le Faucille,
         sire Ghisebrest de Grute et sire Simons Bette
         et pluiseurs autres, que le dousime jour de march,
         chil qui estoient en le ville d’Audenarde s’en partirent,
         et fu rendue as gens dou conte. Et parmi tant,
     20  pour apaissier le conte, Jehans Prouniaulx estoit
         banis de Gaind et de Flandres; pour ce estoit devissé
         en sa banissure que il estoit allés prendre Audenarde
         sans le sceu de chiaulx de Gaind. Et estoient banit
         de la conté de Flandres à tousjours et sans rapiel
     25  messires Phelippres de Mamines, messires Oliviers
         d’Auterive, li Gallois de Mamines, li bastars de
         [Weldinghes] et tout cil qui avoient esté à decopper
         les navieurs bourgois de Gaind. Et parmi ces banissures
         s’apaissoient li une partie et li autre; si vuidièrent
     30  tout Flandres. Et vint Jehans Prouniaux demorer
         à Ath en Braibant, qui siet en le conté de Hainnau.
         Messires Phelippres de Mamines vint à Valenchiennes,
   [225] mais, quant cil de Gaind le seurent, il
         esploitièrent tant deviers les prouvos et jurés de
         Valenchiennes [qu’il en fissent partir le chevalier]. Et
         estoit pour che tamps prouvos Jehans Partis, qui
      5  bellement et doucement en fist partir le chevalier;
         et issi de la ville de son bon gré, et s’en vint demorer
         à Warlaing dalés Douai, et là se tint tant que il
         oï autres nouvelles. Et li autre chevalier et escuier
         vuidièrent Flandres, et allèrent en Braibant ou ailleurs
     10  tant ossi que il oïrent autres nouvelles.


         § 133. Sitos que li contes de Flandres fu revenus
         en posession de le ville de Audenarde, il manda ouvriers
         à force et le fist remparer, portes, tours et murs,
         plus fort que devant, et relever tous les fossés. Che
     15  savoient bien li Gantois que li contes i faissoit
         ouvrer, mais nul semblant n’en faissoient, car il ne
         voloient point estre repris de enfraindre le pais, et
         dissoient li fol et li outrageus: «Laissons ouvrer: se
         Audenarde estoit toute d’achier, [si] ne poroit elle
     20  durer contre nous, quant nous voldrions.» Et quoique
         il i euist adonc pais en Flandres, li contes estoit
         en soupechon et en doubte toudis de chiaulx de
         Gaind, car tous les jours, on li rapportoit dures
         nouvelles, et cil de Gaind enssi dou conte, et n’estoient
     25  mies bien asseguret. Jehans de le Faucille s’en
         vint demorer à Nazaret, une trop belle maison et
         assés fort lieu que il avoit à une grande lieue de
         Gaind, et là fist son atrait tout bellement. Et venoit
         trop peu à Gaind, et se disimulloit che qu’il pooit;
     30  et ne voloit point estre as consaulx de chiaulx de
         Gaind, par quoi il n’en fust demandés dou conte. Ossi
   [226] dou conte il se mettoit arrière che que il pooit, pour
         tenir chiaulx de Gaind à amour: enssi nooit il entre
         deux aiges, et se faisoit neutres à son pooir.

         Entrues que li contes de Flandres faissoit remparer
      5  la ville de Audenarde et [en] estoit tout au dessus,
         il procuroit par lettres et par mesages deviers son
         cousin le duck Aubert, bail de Haynnau, que il peuist
         avoir Jehan Prouniaul, qui se tenoit à Ath. Tant
         esploita que on li delivra, et fu amenés à Lille.
     10  Quant li contes le tint ens ou castiel de Lille, il le
         fist decoller, et puis mettre sus une [roe] comme un
         traïteur. Enssi fina Jehans Prouniaulx.

         Encores en celle saisson, li contes de Flandres s’en
         vint à Ippre, et là fist il faire grant fuisson de justices et
     15  decoller mescheans gens, tels que foullons [et] tisserans
         qui avoient mors ses chevaliers et ouvert les
         portes à l’encontre de chiaulx de Gaind, affin que li
         aultre i presissent exemple.


         § 134. De toutes ces coses estoient enfourmé li
     20  Gantois: si se doubtèrent trop plus que devant, et
         par especial les cappitainnes qui avoient esté en ches
         chevaucies et devant Audenarde, et dissoient bien
         entre iaulx: «Certes, se li contes puet, il nous destruira
         tous. Il nous aime bien: il n’en voelt que les
     25  vies. N’a il mies fait morir Jehan Prouniel? Certes,
         au voir dire, nous avons fait à Jehan Prouniel
         grant tort, quant nous l’avons enssi escachiet et
         eslongiet de nous; nous sommes coupable de sa
         mort, et à celle fin venrons nous tout, se on nous
     30  puet atrapper. [Si] soions sus no garde.» Che dist
         Piètres dou Bos: «Se j’en estoie creus, il ne
   [227] demor[r]oit en estant forte maison de gentil homme
         en le païs de Gaind, car, par les maisons des gentils
         hommes qui i sont, porions nous [estre] et serons
         encores tout destruit, se nous n’i pourveons de remède.»
      5  Respondirent li autre: «Vous dites voir. Or
         tos avant, abatons tout.» Adonc s’ordonnèrent ces
         cappitainnes Piètres dou Bos, Jehan Boulle, Rasses
         de Harselle, Jehans de Lannoit et pluiseurs autres;
         et se partirent un jour de Gaind bien quinse cens,
     10  et allèrent en celle sepmainne tout environ Gaind
         en le païs de Gaind, et abatirent et ardirent toutes
         les maisons des gentils hommes; et tout che que il
         trouvèrent ens, il le departirent entre iaulx au
         butin. Et puis, quant il eurent enssi esploitiet, il
     15  rentrèrent en Gaind, ne onques ne trouvèrent qui
         desist: «Vous avés mal fait.»

         Quant li gentil homme, chevalier et escuier, qui
         se tenoient à Lille dallés le conte et ailleurs, entendirent
         ces nouvelles, si en furent durement courouchiet,
     20  et à bonne cause; et dissent au conte que il
         convenoit que cils despis fu amendés, et li orgueils
         de chiaulx de Gaind abatus. Adonc abandonna li
         contes as chevaliers et escuiers à faire guerre as Gantois
         et à contrevengier leurs damages. Si se requellièrent
     25  et missent ensamble pluiseurs chevaliers et
         escuiers de Flandres, et priièrent leurs amis en Hainnau
         pour eulx aidier à contrevengier; et fissent leur
         cappitainne dou Hasse de Flandres, ainnet fil bastart
         dou conte, un mout appert chevalier. Chils Hasses
     30  de Flandres et si compaignon se tenoient une fois en
         Audenarde, l’autre à Gauvres, puis à Alos, puis à
         Tenremonde, et herioient grandement les Gantois,
   [228] et couroient jusques as barières de le ville, et abatirent
         priès que tous les moulins à vent qui estoient
         environ Gaind, et fissent en celle saisson mout de
         despis à chiaulx de Gaind. Et estoit en leur compaignie
      5  uns jones chevaliers de Hainnau, et de grant
         volenté, qui s’appelloit messires Jaquemes de Werchin,
         senescal de Hainnau. Chils en celle saisson fist
         pluiseurs grans apertisses d’armes environ Gaind, et
         s’aventuroit, tels fois estoit, mout follement et
     10  mout outrageusement, et venoit lanchier et combattre
         as barrières, et conquist par deux ou par trois
         fois de leurs bacinès et de leurs arbalestres. Chils
         messires Jaquemes de Werchin, senescal de Hainnau,
         fu uns chevaliers de grant volenté et qui mout amoit
     15  les armes, et euist fait sans faulte de lui vaillant
         homme, se il euist longhement vesqui; mais il
         morut jones, et sus se[n] lit, ou chastiel d’Oubies
         dallés Mortaigne, dont che fu damages.


         § 135. Li Gantois qui se veoient heriiet des gentis
     20  hommes dou païs de Flandres et d’ailleurs, estoient
         courouchiet et eurent en pensé de envoiier et de
         priier au duc Aubert que il vosist retraire et rappeller
         ses gentils hommes qui les guerriioient; mais, tout
         consideré, il veïrent bien que il perderoient leur
     25  painne, car li dus Aubiers n’en feroit riens. Et ossi
         il ne le voloient mies courouchier, ne mettre sus ne
         avant cose par quoi il le courouchaissent ne
         merancoliaissent, car il ne pooient sans lui ne ses païs;
         et ou cas que Hainnau, Hollandes et Zellandes leur
     30  seroi[en]t clos, il se contoient pour perdus. Si ne tinrent
         mies che pourpos, mais eurent un autre, que il
   [229] manderoient as chevaliers et as escuiers de Hainnau
         qui tenoient aucuns hiretages ou rentes en Gaind et
         en le castelerie de Gaind, que il les vosissent servir,
         ou il perderoient leurs revenues. Ils le fissent, mais
      5  nuls n’en fist compte de leur mandement. Et par
         especial il mandèrent au signeur d’Antoing, messire
         Hues, qui est chastelains et hiretiers de Gaind, que il
         les venist servir de sa chastelerie, ou il perderoit ses
         drois et li abateroient son castel de Vianne, qui sciet
     10  [dalés Gramont]. Li sires d’Antoing leur remanda que
         volentiers il les serviroit à leur destruction, et que il
         n’euissent en lui nulle fiance, car il leur seroit contraires
         et fors ennemis, ne il ne tenoit riens de iaulx
         ne voloit tenir, fors de son signeur le conte de Flandres,
     15  auquel il devoit service et obeïssance. Li sires
         d’Antoing leur tint bien tout che que il leur proumist,
         car il leur fist guerre mortelle, et leur porta
         mout de damages et de contraires, et fist garnir et
         pourveïr son castiel de Vianne, de laquelle garnison
     20  chil de Grammont estoient fort heriiet et travilliet.
         D’autre part, li sires d’Enghien, qui estoit encores
         uns jones escuiers et de grant volenté, et s’appelloit
         Wautiers, leur faissoit mout de contraires et de despis.
         Enssi se continua toute celle saisson [la guerre],
     25  et n’osoient li Gantois issir hors de leur ville, fors en
         grant route, liquel, quant il trouvoient leurs anemis,
         il ne avoient nulle merchi tant que il fuissent li plus
         fort, mais ocioient tout. Enssi s’enfelenia et monteplia
         ceste guerre entre le conte de Flandres et chiaulx
     30  de Gaind, qui cousta depuis cent mille vies deus fois,
         ne à grant painne puet on trouver fin ne paix,
         car les cappitainnes de Gaind si se sentoient si
   [230] meffait envers leur signeur le conte et puis le duch
         de Bourgongne, que il n’esperoient mies que, pour
         seellet ne pour tretiet que on leur jurast ne fesist,
         il peuissent jamais venir à paix que il n’i mesissent
      5  les vies. Celle doubte leur faissoit tenir leur
         oppinion et guerriier hardiement et outrageusement.
         Si leur cheï bien par pluiseurs fois de leurs
         emprisses, enssi comme vous orés recorder avant
         en l’istoire.


     10  § 136. Li contes de Flandres, qui se tenoit à Lille,
         ooit tous les jours dures nouvelles de chiaulx de
         Gaind, et comment il abatoient et ardoient tous les
         jours ses maissons et les maissons des gentils hommes.
         Si en estoit tous courouchiés, et dissoit que il
     15  en prenderoit encores si cruel vengance que il meteroit
         Gaind en feu et en flame et tous les rebelles ossi.
         Si rappella li contes, pour estre plus fors contre ces
         Gantois, tous les banis de Flandres, et leur abandonna
         son païs pour resister contre les blans capprons,
     20  et leur bailla deus gentils hommes à cappitainnes,
         le Gallois de Mamines et Pière de Stienehus.
         Chil doi, avoecques leurs routes, portèrent le banière
         dou conte, et se tinrent environ trois sepmainnes
         entre Audenarde et Courtrai, sus le Lis, et i fissent
     25  mout de damages.

         Quant Rasses de Harselle en sceut le convenant, il
         vuida hors de Gaind à tout les blans capprons, et s’en
         vint à [Deinse], et quida trouver les gens dou conte;
         mais, quant cil banit sceurent que li Gantois venoient,
     30  il se retraïssent vers Tournai et s’amasèrent
         [en le Pèvle], et se tinrent un grant tamps entours
   [231] Orchies et le Daing et Rongi et Warlain. Et n’osoient li
         marceant aler de Tournai à Douai et à Lille pour ces
         banis, et disoit on adonc que li Gantois venroient
         assegier Lille et le conte de Flandres dedens et tretoient
      5  à chiaux de Bruges et de Ippre pour faire ceste
         emprisse, et avoient Granmont et Courtrai de leur
         acord. Mais cil de Ippre et de Bruges varioient, car li
         gros et li rice bourgois, en ces deus villes, n’estoient
         mies bien d’accord as menus mestiers, et disoient
     10  que che seroit grans follie de aller si lonc mettre siège
         que devant Lille, et que li contes, leurs sires, poroit
         avoir aliances grandes au roi de France, enssi que
         autrefois il a heu, dont il poroit estre aidiés et confortés.
         Ces doubtes ratinrent les bonnes villes de
     15  Flandres en celle saisson que nuls sièges ne se fist ne
         mist devant Lille.

         Bien se doubtoient li Gantois que li rois de France
         ne confortast par linage son cousin le conte de Flandres
         ou par le pourcach et tretié de son cousin
     20  et fil le duc de Bourgongne, et avoient envoiiet
         lettres mout amiables devers le roi, en remonstrant
         que pour Dieu il ne se vosist mies laissier consillier
         contre euls à leur damage, car il ne voloient au roi
         ne au roiaulme que amour, pais, obeïssance et service,
     25  et que leurs sires, à tort et à grant pechiet, les
         travilloit et grevoit; et que ce que il faissoient, che
         n’estoit fors que pour soustenir leurs francisses, lesquelles
         leurs sires leur voloit oster et abatre, et que il
         leur estoit trop cruels. Li rois moiienement s’enclinoit
     30  assés à euls, et n’en faissoit enssi que nul compte,
         ossi ne faissoit ses frères, li dus d’Ango, car li contes
         de Flandres, quoique che fust leurs cousins, n’estoit
   [232] mies bien en leur grace pour le cause dou duc
         de Bretaigne, que il avoit soustenu et tenus dallés
         li en son païs, oultre leur volenté, un grant
         tamps: [si] ne faissoit compte de ses anois. Ossi ne
      5  faissoit pappes Clemens, et disoit que Dieux li envoiioit
         ceste verghe, pour tant que il li avoit esté
         contraires.


         § 137. En che tamps, se tenoit li connestables de
         France en Auvergne, messires Bertrans de Claiekin, à
     10  grant gent d’armes, et se tenoit à siège devant Chastel
         Noef de Randon, à trois lieues de la citté de Mende et
         à quatre lieues dou Pui; et avoit enclos en che castiel
         Englès et Gascons, ennemis au roiaulme de France,
         qui estoient issut hors de Limosin, où grant fuisson de
     15  forterèce[s englesses] avoit. Si fist, le siège durant
         devant, faire pluiseurs assaulx, et dist et jura que de
         là ne partiroit si aroit le castiel. Une maladie prist au
         connestable, de laquelle il acoucha au lit: pour che,
         ne se deffist mies li sièges, mais furent ses gens plus
     20  aigre que devant. De ceste maladie messires Bertrans
         morut, dont che fu damages pour ses amis et pour
         le roiaulme de France. Si fu aportés en l’eglise des
         Cordeliers au Pui en Auvergne, et là fu une nuit. A
         l’endemain, on l’embausuma et apparilla, et fu mis
     25  en sarcu et aportés à Saint Denis en France, et là fu
         ensepvelis asés priès de la tombe et ordenance dou
         roi Charle de France, laquel il avoit fait faire très son
         vivant; et fist le corps de son connestable mettre et
         couchier [à ses piés], et puis fist faire en l’eglise de
     30  Saint Denis son obsèque ossi reveranment et ossi
         notablement que dont que che fust ses fils; et i furent
   [233] tout si troi frère et li noble dou roiaulme de France.

         Enssi vaca par le mort dou connestable de France
         li offices de le connestablie: si fu avissé et ordonné
         et regardé de qui on le feroit. Si en estoient nommet
      5  pluiseur hault baron dou roiaulme, et par especial li
         sires de Couchi et li sires de Cliçon. Et volt li rois
         de France que li sires de Couchi fust regars de toute
         Picardie; et adonc li donna il toute la terre de Mortaigne,
         qui est uns biaux hiretages seant entre Tournai
     10  et Valenchiennes, et en fu deportés messires
         Jaquemes de Werchin, li jones senescaulx de Hainnau,
         qui le tenoit de la sucession son père, qui en fu
         sires un grant tamps. Et vous di que cils sires de
         Couchi estoit grandement en la grace et amour dou
     15  roi de France, et voloit li rois que il fust connestables,
         mais li gentils chevaliers s’escusoit par pluiseurs
         raisons, et ne voloit mies encores emprendre si
         grant fais que de la connestablie, mais dissoit que
         messires Oliviers de Cliçon en estoit bien merites et
     20  mieulx tailliés de l’iestre que nuls, car il estoit vaillans
         homs et sages et amés et congneus des Bretons. Si
         demora la cose en cel estat encores une espasse de
         tamps, et les gens messire Bertram de Claiekin retournèrent
         en France, car li castiaulx se rendi à iaulx le
     25  propre jour que li connestables morut. Et s’en rallèrent
         cil qui le tenoient, en Limosin, en la garnison de
         Caluisiel et de Ventadour. Quant li rois de France veï
         les gens dou connestable, si se ratenri pour le cause
         de ce que mout l’avoit amet, et fist à cascun selonc
     30  son estat grant pourfit.

         Nous no[u]s soufferons à parler de euls, et recorderons
         comment messires Thumas, contes de Bouquighem,
   [234] mainés fils dou roi Edouwart d’Engletière,
         mist sus en celle saisson une grant armée de gens
         d’armes et d’archiers, et passa parmi le roiaulme de
         France et vint en Bretaigne.


      5  § 138. Vous avés bien oï recorder que, quant li
         dus de Bretagne issi hors d’Engletière, que li rois
         Richars et si oncle li eurent en convenant que il le
         conforteroient de gens d’armes et d’archiers. Et li
         tinrent che convenant, comment que il ne leur en
     10  cheïst pas bien, car il li envoiièrent messire Jehan
         d’Arondiel à tout deux cens hommes d’armes et
         otant d’archiers. Et cil eurent une si dure fortune sus
         mer que il furent peri, et se sauvèrent à grant malaisse
         messires Hues de Cavrelée et messires Thumas
     15  Trivès; et i ot bien peris quatre vins hommes d’armes
         et otant ou plus d’archiers, et fu par celle dure
         fortune celle armée route. Dont li dus de Bretaigne
         s’esmervilloit trop grandement, et ossi faissoient cil
         de son costé, de che que il n’ooient nulles nouvelles
     20  d’Engletière, et ne pooit penser ne imaginer à quoi
         il tenoit; et veïst volentiers que il fust confortés, car
         il estoit asprement guerriés de monsigneur Olivier
         de Cliçon, de messire Gui de Laval, de messire Olivier
         de Claiekin, conte de Longueville, dou signeur
     25  de Rochefort et des Franchois qui se tenoient sus les
         frontières de son païs: si eut conseil li dus que il
         envoiieroit souffissans hommes en Engletière pour savoir
         pour quoi il perissoit, et pour avoir confort hasteesment,
         car il leur besongnoit. Si en furent priiet dou
     30  duch et de chiaulx dou païs qui avoecques le duc se
         tenoient, pour aler en ce mesage, li sires de Biaumanoir
   [235] et messires Ustasses de la Houssoie: il l’acordèrent
         et respondirent que il iroient volentiers. Si
         leur furent lettres baillies, escriptes et seellées de par
         le duc et de par le païs. Si partirent de Bretaigne et
      5  montèrent en mer assés priès de Vennes: si eurent
         vent à volenté, et arivèrent sans peril et sans damage
         à Hantonne. Si issirent dou vaissiel et montèrent as
         chevaus et chevauchièrent tant que il vinrent à Londres.
         Che fu environ la Pentecouste, l’an de grace mil
     10  trois cens et quatre vins.


         § 139. De la venue le signeur de Biaumanoir et le
         signeur de la Houssoie furent tantos segnefiiet li
         rois et si troi oncle. La feste de le Pentecouste vint:
         li rois [alla] tenir sa feste à Widesore, et là furent si
     15  oncle et grant fuisson de barons et de chevaliers
         d’Engletière; et là vinrent li doi chevalier dessus nommé,
         qui furent bellement recheu dou roi et des barons. Et
         baillièrent li chevalier de Bretaigne leurs lettres et au
         roi et à ses oncles: si les lissirent et congnurent
     20  comment li dus de Bretaigne et ses païs prioient
         afectueusement que il fuissent conforté. Adonc sceurent
         li doi chevalier de Bretaigne la mort à messire Jehan
         d’Arondiel et des autres qui estoient peri sus mer, en
         cheminant vers Bretaigne; et s’escusa bien li dus de
     25  Lancastre que che n’estoit mies la couppe dou roi ne
         de son conseil, mais la fortune de mer contre qui
         nuls ne puet resister, quant Dieux voelt. Li chevalier
         à ces parolles tinrent bien le roi et son conseil pour
         escussé, et plaindirent grandement le mort des bons
     30  chevaliers et escuiers qui estoient peri sus mer. La
         feste de la Pentecouste passée, uns parlemens fu assignés
   [236] à estre à Westmoustier, et i furent mandé tout
         cil dou conseil dou roi. A ce parlement vinrent prelat,
         baron et chevalier d’Engletière et tout chil qui dou
         conseil estoient.

      5  Entrues que ces cosses s’aprochoient et ordonnoient,
         trespassa de che siècle chils gentils et vaillans
         chevaliers en le citté de Londres messires Guichars
         d’Angle, contes de Hostindonne. Si fu ensepvelis en
         l’eglisse des Augustins à Londres, et là li fist li rois
     10  faire son obsèque très reveranment; et i eut grant
         fuisson de prelas et de barons d’Engletière, et canta la
         messe che jour li evesques de Londres.

         Tantost apriès commenchièrent li parlement. Si
         fu adonc ordonné que messires Thumas, maisnés fils
     15  dou roi d’Engletière, passeroit la mer et venroit
         prendre tière à Callais, et passeroit, se Dieux l’ordonnoit,
         parmi le roiaulme de France, trois mille
         hommes d’armes en se compaignie et trois mille
         archiers, et venroit en Bretaigne, et seroit acompaigniés
     20  de contes, de barons et de chevaliers, enssi
         comme à fil de roi apartenoit et qui entreprent un si
         haut voiage que de passer parmi le roiaulme de France,
         qui est si grant et si nobles et où tant a de bonne
         chevalerie.


     25  § 140. Quant ces coses furent consillies et arestées
         et li voiages dou tout accordés, li rois d’Engletière
         et si oncle escripsirent lettres et seellèrent au
         duck de Bretaigne et au païs, et leur mandèrent une
         grant partie de leur entente et dou conseil parlementé
     30  et arresté à Londres, et que à ce n’i aroit nulle
         deffaute que li contes de Bouquighem en celle saison
   [237] passeroit. Li rois d’Engletière honnoura mout les
         chevaliers et leur donna des biaux dons, et ossi fissent
         si oncle; et puis partirent et retournèrent arrière
         en Bretaigne, et donnèrent leurs lettres au duck
      5  qui les ouvri et lissi, et veï tout ce que elles contenoient;
         si les monstra au païs, liquel se contentèrent
         de ces responses et se ordonnèrent sur che. Et li rois
         d’Engletière et si oncle ne missent mies en oubli le
         voiage qui estoit empris; mais furent escript, segnefiiet
     10  et mandé tout cil qui esleu estoient d’aller oultre
         avoecques le conte de Boukinghem, li baron d’un lés
         et li chevalier d’autre. Et furent paiiet et delivret à
         Londres pour trois mois; et commenchoient leurs
         gages à entrer sitos comme il estoient arivet à Calais,
     15  tant de gens d’armes comme d’archiers, et leur delivroit
         li rois passage à ses [frès]. Si vinrent à Douvres,
         et passèrent petit à petit, et arivèrent à Callais, et
         missent plus de quinse jours à passer, anchois que il
         fuissent venut.

     20  Bien veoient cil de Boulongne que grant gent
         d’armes issoient hors d’Engletière et passoient le
         mer et arivoient à Callais. Si les segnefiièrent sus le
         païs et par toutes les garnissons, affin que il ne fuissent
         soupris. Lors que les nouvelles furent sceues en
     25  Boulenois, en Ternois et en le conté de Ghines, si se
         avisèrent chevalier et escuier dou païs, et fissent
         traire ens es fors tout ce que leurs gens avoient, se il
         ne le voloient perdre; et les cappitainnes telles que
         le cappitainne de Boulongne, le cappitainne d’Arde,
     30  de le Montoire, d’Esprelecque, de Tournehem, de
         Hames, de Lisques et des castiaulx sus les frontières
         entendirent à pourveïr grandement leurs lieus, car
   [238] bien savoient, puisque li Englès passoient à tel flote,
         que il aroient l’assaut.

         Les nouvelles dou passage furent segnefiies au roi
         Charle de France, qui se tenoit à Paris; si envoiia
      5  tantos deviers le signeur de Couchi qui estoit à Saint
         Quentin, que il se pourveïst de gens d’armes et s’en
         alast en Picardie, et reconfortast les villes, les cittés
         et les castiaulx. Li sires de Couchi obbeï au mandement
         dou roi, che fu raisons, et resvilla chevaliers et
     10  escuiers d’Artois, de Vermendois et de Picardie, et
         fist son mandement à Pieronne en Vermendois. Et
         estoit pour che tamps cappitainne d’Arde li sires de
         Saintpi, et de Boulongne messire Jehans de Lonvillers,
         et de Monstruel sur le mer messires Jehans de
     15  Fosseux. Si ariva à Callais trois jours devant le
         Madalaigne, ou mois de julle, li contes de Boukinghem,
         en l’an de grace Nostre Signeur mil trois cens et quatre
         vins.


         § 141. Quant li contes de Boukinghem fu arivés à
     20  Callais, li compaignon en eurent grant joie, car bien
         savoient que point longhement ne sejourneroient là
         que il n’alaissent en leur voiage. Li contes se rafresqui
         deus jours à Callais, et au tierch jour partirent et
         se missent sus les camps, et prissent le chemin de
     25  [Marquigue].

         Or est il drois que je vous nomme les bannerès et
         les pennonchiers qui là estoient: premierement, le
         conte Thumas de Boukinghem, le conte d’Asquesufort,
         qui avoit sa nièce espousée, fille au signeur de Couchi;
     30  apriès, le conte de Devesciere. Apriès chevauchoit,
         banière desploïe, li sires Latiniers qui estoit
   [239] connestables de l’ost, et puis li sires de Fil Wattier,
         mareschaulx; après, le signeur de Basset, le signeur
         de Boursier, le signeur de Ferrières, le signeur de
         Morlais, le signeur d’Arsi, messire Guillaume de
      5  Windesore, messire Hue de Cavrelée, messires Robers
         Canolles, messires Hues de Hastingues, messire Huge
         de la Souce. A pennon, messires Thumas de Persi,
         messires Thumas Trivet, messires Guillaume Cl[i]nton,
         messires Yon de Fil Warin, messires Huges Toriel, le
     10  signeur de Vertaing messires Ustasse, messires Jehan
         de Harleston, messires Guillaume de Ferinton, messires
         Guillaume de Briane, messires Guillaume Draiton,
         messires Guillaume Franke, messires Nicolle et
         messires Jehan d’Aubrecicourt, messires Jehan Masse,
     15  messires Thumas Camois, messires Raoul, fil le signeur
         de Noefville, messires Henri de Ferrières, le bastart,
         messires Huge Broe, messires Joffroi Ourselée, messires
         Thumas West, le signeur de Saint More, David
         Hollegrave, Hugekin de Cavrelée, bastart, Bernart de
     20  Cederières et pluiseurs autres.

         Si chevauchoient ces gens d’armes en bonne ordenance
         et en grant arroi, et n’alèrent le jour que
         il issirent de Callais plus avant que à Marquigue, et
         là s’arestèrent pour entendre à leurs besongnes et
     25  avoir conseil entre iaulx lesquels chemins il tenroient
         pour acomplir à leur certain pooir leur voiage, car il
         en i avoit pluiseurs en la route qui onques mais
         n’avoient esté en France, especiaulment li fils dou
         roi et pluiseur baron et chevalier. Si estoit bien cose
     30  raisonnable que cil qui connissoient le roiaulme et
         qui autrefois l’avoient passet et chevauchiet, euissent
         cel avis et gouvrenement que à leur honneur il
   [240] l’acomplesissent. Voirs est que, quant li Englès dou tamps
         passet sont venu en France, il ont eu tel ordenance
         entre iaulx que les cappitaines jurent entre le main
         dou roi d’Engletière et son conseil trois coses: elles
      5  sont telles que à creature dou monde, fors entre
         iaulx, il ne reveleroient leurs secrés ne leur voiage,
         ne là où il tendent à aler; la seconde cose est que [il
         acompliront leur voiage à leur pooir; la tierce cose
         est que] il ne pueent faire nul trettiet à leurs ennemis,
     10  sans le sceu et volenté dou roi et de son conseil.


         § 142. Quant cil baron, chevalier et escuier et leurs
         gens se furent repossé et arresté à Marquigue trois
         jours, et que tout furent venu et issu de Callais qui
         ou voiage devoient aller, et que les cappitainnes
     15  eurent avissé à leur besongne et quel chemin il tenroient,
         au quatrime jour il se partirent et missent au
         chemin en très bonne ordenance. Et passèrent tout
         pardevant Arde, et là boutèrent hors leurs banières
         li doi conte, li contes d’Asquesufort et li contes de
     20  Douvesciere, et arresta toute li hos devant la bastide
         d’Arde, pour euls monstrer as gens d’armes qui dedens
         estoient. Et là fu fais chevalier dou conte de
         Bouquighem li contes de Douvesciere et li sires de
         Morlas; et missent cil doi signeur là premierement
     25  hors leurs banières. Encores fist là li contes de
         Boukinghem chevaliers cheus qui s’ensieuent: le fil dou
         signeur de Fil Watier, messire Rogier d’Estragne,
         messire Jehan d’Ippre, messire Jehan Collé, messire
         Jame de Citelée, messire Thumas Roumeston, messire
     30  Jehan de Noefville, messire Thumas Roselée, et
         vint l’ost gesir à Hosque, sus une mout belle rivière;
   [241] et furent fait cil chevalier nouvel pour la cause de
         che que li avant garde s’en allèrent che jour par
         deviers une forte maison seant sus le rivière, que on
         dist Flolant, où dedens avoit un escuier à qui le maison
      5  appartenoit, que on clamoit Robert. Chils escuiers
         estoit bons homs d’armes: si avoit garni et
         pourveu sa maison de bons compaignons que il avoit
         pris et requelliés là environ, et estoient environ quarante,
         et monstrèrent bon samblant de iaulx deffendre.
     10  Cil baron et chil chevalier, en leur nouvelle
         chevalerie, vinrent jusques à là et environnèrent le
         tour de Flolant et le commenchièrent à asaillir de
         grant volenté, et cil qui dedens estoient, à eulx deffendre.
         Là eut fait par assaut tamainte belle apertisse
     15  d’armes; et traioient cil dou fort mout asprement,
         dont il navrèrent et blechièrent aucuns des asaillans,
         qui s’abandonnoient trop avant; car il avoient
         des bons arbalestriers que li cappitainne de Saint
         Omer, messires Bauduins de le Boure, leur avoit envoiiés
     20  à le requeste de l’escuier, car bien pensoit que
         li Englès passeroient devant sa maison: [si] le voloit
         tenir et garder à son pooir, enssi que il fist, car il se
         porta vaillanment. Englès asailloient, et chil dedens
         se deffendoient mout aigrement. Là dist une parolle
     25  li contes de Douvesciere, qui estoit sus les fossés, sa
         banière en present que ce jour avoit premierement
         mis hors, qui mout encoraga les compaignons: «Et
         comment, signeur, en nostre nouvelle chevalerie nous
         tenra meshui chils coulombiers! Bien nous deveroient
     30  tenir li fort chastel et les fortes places qui sont
         ou roiaulme de France, quant une telle platte maison
         nous tient. Avant! avant! monstrons chevalerie.»

   [242] Quant li contes eut dist ceste parolle, bien le nottèrent
         cil qui l’entendirent, et se vaurent mains espargnier
         que devant, et entrèrent tout abandonneement
         ens es fossés; et passèrent li aucun sus pavais, affin
      5  que la bourbe ne les engloutesist, et vinrent jusques
         au mur. Et là traioient archier si ouniement que à
         painnes se ossoit nuls amonstrer as deffenses: si en
         i ot dou trait des archiers pluiseurs blechiés et navrés.
         La basse cours fu prise et arsse, et li tours fort
     10  asaillie. Finablement, il furent tout pris, mais mout
         vaillant se vendirent, ne il n’i eut onques homme qui
         ne fust bleschiés. Enssi fu la maison de Flolant prise,
         et Robert Flolant dedens et prisonniers au conte de
         Douvescière, et li autre à ses gens. Et toute li hos
     15  se loga sus le rivière de Hosque, en attendant messire
         Guillaume de Widesore, qui menoit l’arierre
         garde, qui point n’estoit encores venus; mais il vint
         che soir. Et à l’endemain se deslogièrent tout ensamble,
         et partirent en ordenance et cheminèrent ce jour
     20  jusques à Esprelesque, et là se logièrent. La cappitaine
         de Saint Omer, qui sentoit les Englès si priès
         de li, renforcha les gais et fist toute la nuit villier
         plus de deux mille hommes, par quoi la ville de Saint
         Omer ne fust sousprise des Englès.


     25  § 143. A l’endemain, ensi que à six eures, se deslogièrent
         li Englès de Esprelesque, et chevauchièrent
         en ordenance de bataille deviers Saint Omer. Chil de
         la ville de Saint Omer, quant il seurent que li Englès
         venoient, s’armèrent tout enssi que commandé leur
     30  estoit, et se ordonnèrent ou marchiet, et puis allèrent
         as portes, as tours et as crestiaulx mout estoffeement,
   [243] car on leur dissoit que li Englès les asaudroient.
         Mais il n’en avoient nulle volenté, car li ville est trop
         forte, et plus i pueent gens d’armes pierdre à l’asaillir
         que gaaignier. Toutefois, li contes de Bouquighem,
      5  qui onques mais n’avoit esté ou roiaulme de France,
         volt veoir Saint Omer, pour tant que elle li sambloit
         belle de murs, de portes et de tours et de biaux clochiers.
         Si s’en vint arrester sus une montaigne enssi
         que à une petite demi lieue priès; et là fu li hos
     10  toute rengie et ordonnée en bataille plus de trois
         heures; et là eut aucuns jones chevaliers et escuiers,
         montés sus fleurs de coursiers, qui esperonnèrent
         jusques as barières et demandèrent joustes de fiers
         de glaves as chevaliers ou escuiers qui dedens Saint
     15  Omer estoient; mais il ne furent point respondu. Si
         retournèrent arrière, en esperonnant leurs coursiers
         et en faissant grant samblant de voloir faire fait d’armes.
         Che jour que li contes de Bouquighem vint
         devant Saint Omer, à le veue de chiaulx de la ville,
     20  il fist chevaliers nouviaulx chiaulx qui s’ensieuent:
         et premiers, messire Raoul de Noefville, fil au signeur,
         messire Betremieu Boursier, fil au signeur, messire
         Thumas Camois, messire Fouke Courbet, messire Thumas
         d’Angain, messire Raoul de Pippes, messire Loeïs
     25  de Saint Obin et messire Jehan Paullé. Chil nouviel
         chevalier, en leur chevalerie, courirent là sus les
         camps, montés sus bons coursiers et vinrent courir
         jusques as barrières et demandèrent joustes, et point
         ne furent respondu, et retournèrent pour le doute
     30  dou trait, car il ne voloient mies perdre leurs chevaulx.
         Quant li contes de Bouquighem et li signeur
         eurent veu que nuls ne se metteroit as camps à
   [244] l’encontre d’eus, si passèrent oultre mout ordonneement
         et tout le pas, et s’en vinrent che jour logier as Esquelles
         en mi chemin de Saint Omer et de Thierewane,
         et là se tinrent toute la nuit; et à l’endemain
      5  il partirent, et s’acheminèrent vers Tierewane.


         § 144. Quant chil de le garnisson de Boulogne, de
         Arde, de Tournehem, d’Audrehem, de le Montoire,
         de Hames et des castiaulx de le conté de Boulongne
         et d’Artois et de Ghingnes veïrent le convenant des
     10  Englès, que il aloient toudis devant iaulx sans arrester,
         si segnefiièrent l’un à l’autre leurs volentés en
         dissant que il les feroit bon et honnerable poursieuir,
         et que on i poroit bien gaaignier, et que gens d’armes
         se doivent aventurer, quant il sentent leurs
     15  ennemis sur les camps et en leur païs. Si se quellièrent
         tout et asamblèrent desoubs les pennons dou
         signeur de Fransures et dou signeur de Saintpi, deus
         mout vaillans et entreprendans chevaliers, et se trouvèrent
         bien deux cens lances. Si commench[i]èrent à
     20  costiier, à frontiier et à poursieuir les Englès; mais li
         Englès se tenoient tout ensamble, qui point ne se
         desroutoient, ne on ne s’ossoit bouter en iaulx, qui
         ne voloit trop pierdre. Toutesfois chil chevalier et
         escuier françois rataindoient à le fois, et ruoient jus
     25  les fourageurs englès, par quoi il estoient plus resongnié,
         et n’osoient mais li fourageur chevauchier ne
         aller en fourage, fors en grant route. S’en i avoit à
         le fois des rués jus et pris des uns et des autres, et
         puis fait escanges [et] pareçons telles que li fait d’armes
     30  demandent. Quant li contes de Bouquighem et
         son hoost furent parti d’Esquelles, il chevauchièrent
   [245] che jour vers Thierouane, et passèrent oultre sans riens
         faire, car li sires de Saintpi et li sires de Fransures i
         estoient et leurs routes. Si vinrent logier à [Wicerne],
         et là se rafresquirent un jour et reposèrent, je vous
      5  dirai pourquoi.


         § 145. Vous savés, sicom il est chi dessus contenu
         en l’istoire, comment li rois Richars d’Engletière,
         par le promotion de ses oncles et de son conseil,
         avoit envoiiet en Allemaigne son chevalier messire
     10  Simon Burllé deviers le roi des Roumains, pour avoir
         sa suer en mariage. Li chevaliers avoit si bien esploitié
         que li rois des Roumains li avoit acordé par le
         bon conseil des haus barons de sa court, et envoiiet
         li rois des Roumains en Engletière, avoecques messire
     15  Simon Burllé, le duc de Tassen, pour avisser le
         roiaulme d’Engletière pour savoir comment il plairoit
         à sa suer, et pour parconfremer là les ordenances;
         car li cardinaulx de Ravane estoit en Engletière, qui
         se tenoit Urbanistres, et convertissoit les Englès à
     20  l’oppinion d’Urbain, et attendoit la venue dou duc
         dessus nommé, liquels, à la priière dou roi d’Allemaigne
         et dou duc de Braibant et de madame de Braibant,
         ils et toute sa route, avoient sauf conduit de
         passer parmi le roiaulme de France et d’aller à Callais.
     25  Si estoient venu par Tournai, par Lille et par
         Biethune, et vinrent à Wicerne pour veoir le conte
         de Bouquighem et les barons, liquel requellièrent le
         duch de Tassen et ses gens mout honnerablement;
         et leur donna li contes à disner et à soupper en son
     30  logeis, et l’endemain il prissent congiet li un de l’autre.
         Si passèrent li Allemant oultre, et vinrent à Aire
   [246] et à Saint Omer, et puis à Callais; et li contes de
         Bouquighem et toute li hoos chevauchièrent leur chemin,
         et passèrent devant Lillers, et vinrent che jour
         logier à Bruais lés [la] Buissière. Si se tinrent tout aise
      5  de che qu’il avoient; et tous les jours les poursieuoient
         li sires de Saintpi et li sires de Fransures et
         leurs routes, mais toutes les nuis il gissoient en villes
         fremées.


         § 146. Quant che vint au matin, dont la nuit toute
     10  li hoos avoit jeu à Bruai, il se levèrent et aparillièrent.
         Si sonnèrent leurs trompètes de departement;
         si s’aroutèrent sus les camps et chevauchièrent vers
         Bethune. En la ville de Bethune avoit grant garnison
         de gens d’armes, chevaliers et escuiers, que li sires
     15  de Couchi, qui se tenoit à Arras, i avoit envoiiés, tels
         que le seigneur de Hanget, messire Jehan et messire
         Tristram de Roie, messire Joffroi de Cargni, messire
         Gui de Honcourt et mout d’autres. Si passa toute li
         hoos des Englès à la veue de Bethune à heure de
     20  tierce tout oultre: onques ne fissent samblant d’assaillir,
         et vinrent gesir à [Sauchières]. A heure de vespres,
         vinrent li sires de Saintpi et li sires de Fransurez,
         et se boutèrent en Bethune, et à l’endemain bien
         matin il s’en partirent et chevauchièrent vers Arras;
     25  et là trouvèrent le signeur de Couchi, qui les rechut
         liement et leur demanda des nouvelles et quel
         chemin li Englès tenoient. Li chevalier l’en respondirent
         ce qu’il en savoient et que il avoient
         jeu à Sauchières et chevauchoient trop sagement,
     30  car point ne se desroutoient, mais se tenoient toudis
         ensamble. Dont dist li sires de Couchi: «Il
   [247] cheminent par l’apparant enssi que gens qui demandent
         la bataille: [si] l’aront, se li rois, nos sires, me
         voelt croire, anchois que il aient paracompli leur
         voiage.» Enssi dissoit li sires de Couchi. Et li contes
      5  de Bouquighem et toute li hoos cheminèrent che
         jour, depuis que il furent parti de Sauchières, et passèrent
         au dehors d’Arras mout arre[e]ment en ordenance
         de bataille, banières et pennons ventelans, et
         tant que cil qui estoient monté es portes et es clochiers,
     10  les pooient bien avisser.

         Si passèrent che jour tout oultre sans riens faire,
         et vinrent logier à A[ves]nes, et l’endemain à Miraumont,
         et puis à Clari sus Somme, car il poursieuoient
         les rivières. Quant li sires de Couchi, qui se tenoit à
     15  Arras, entendi que il prendroient che chemin, si
         envoiia le signeur de Hangiet à Brai sus Somme, et
         en sa compaignie trente lances, chevaliers et escuiers,
         et à Pieronne messire Jaqueme de Werchin, senescal
         de Hainnau, et le signeur de Haverech et messire
     20  Jehan de Roie, messire Gerart de Markelies et
         des aultres chevaliers et escuiers dou païs là environ;
         et il s’en ala vers Saint Quentin, et envoiia le
         signeur de Clari et messire Tristram de Roie et messire
         Gui de Honcourt à Hen en Vermendois, dont il
     25  se tenoit enssi que sires, pour entendre à la ville et
         remparer, car elle est grande et estendue et mal fremée.
         Si ne voloit mies que par se negligense elle
         recheuist nul damage des Englès.


         § 147. La nuit que li Englès se logièrent à Clari sus
     30  Somme, s’avissèrent aucun chevalier de leur costé,
         tels que messires Thumas Trivet, messires Guillaumes
   [248] Clinton, messires Yon Fil Warin, par l’esmouvement
         le signeur de Vertaing qui congnissoit le païs
         et qui sentoit le signeur de Couchi à grant gent d’armez
         en la citté d’Arras, que il chevaucheroient au
      5  matin avoecques les fourageurs de l’ost, assavoir se il
         trouveroient jamais cose qui bonne leur fust, car il
         desiroient à faire fait d’armes. Enssi comme il l’avisèrent,
         il le fissent, et se partirent au matin environ
         trente lances, et fissent les fourageurs chevauchier
     10  devant, et chevauchièrent à l’aventure.

         Ce propre jour au matin, parti et issi d’Arras à
         grant route li sires de Couchi, et prist le chemin de
         Saint Quentin. Quant il furent sus les camps, li sires
         de Brimeu et si enffant, environ trente lances, issirent
     15  hors de la route le signeur de Couchi, enssi que
         cil qui desiroient les armes et qui demandoient aventures.
         Si se trouvèrent sus les camps Englès et François,
         et veïrent bien et parchurent que il convenoit
         que il se veïssent de plus priès: si esperonnèrent tantos
     20  li un contre l’autre, en escriant leur cri. De premières
         venues, il en i ot rués jus des mors et des
         bleciés, de l’une partie et de l’autre; et là, selonc
         leur quantité, i ot fait belles appertisses d’armes, et
         se missent tantos tout à piet l’un contre l’autre, et
     25  commenchièrent à pouser des lances. Là veït on les
         plus fors et les plus appers et les mieux combatans,
         et mout bien se portèrent et li une partie et li autre.
         Et furent en cel estat environ une heure, toudis combatant
         et poussant, et faissant d’armes ce que on en
     30  pooit par raison faire, que on ne seuist à dire ne
         imaginer, qui les veïst, liquel en aroient le milleur;
         mais finablement la place demora as Englès et le
   [249] obtinrent. Et prist de sa main messires Thumas Trivès
         le signeur de Brimeu et ses deus fils Jehan et Loïs,
         et en i ot là pris sus le place environ seise hommes
         d’armes: li demorant se sauvèrent ou furent mort.
      5  Enssi alla de ceste aventure as [gens] le signeur de
         Couchi, et retournèrent messires Thumas Trivès et sa
         route en l’oost à tout leur gaaing, et furent li bien
         venu dou conte de Bouquighem et des aultres: che
         fu raisons.

     10  Si sejourna li hoos sus la rivière de Somme, en
         venant de Pieronne, un jour et une nuit, pour tant
         que che jour il fissent leur monstre, car il entendirent
         par leurs prisonniers que li sires de Couchi estoit à
         Pieronne et aroit bien mille lanches, chevaliers et
     15  escuiers. [Si] ne savoient se il les voldroient
         combatre.


         § 148. Che propre jour que on fist la monstre, se
         boutèrent hors de l’oost avoec les fourageurs et
         de l’avant garde li sires de Vertaing et Fier à Bras li
     20  bastars, ses frères, messires Yon Fil Warin et pluiseur
         autre, et s’en vinrent courir jusques au Mont Saint
         Quentin. Et là se tinrent en enbusce, car bien savoient
         que en Pieronne, qui estoit droit dallés, estoient li
         senescaulx de Hainnau, li sires de Haverech et
     25  grant gent d’armes, chevaliers et escuiers, dou païs;
         et sentoient le jone senescal de Hainnau de grant
         volenté et outrequidiet: si esperoient bien que il
         isteroit hors, enssi qu’il fist. Chil de l’avant garde
         envoiièrent courir dix hommes d’armes devant Peronne,
     30  Thieri de Soumaing, le bastart de Vertaing,
         Hugekin de Cavrelée, Hopekin Hai et des aultres,
   [250] liquel, monté sus fleurs de coursiers, s’en vinrent à
         l’esperon jusques as barrières de Pieronne. Li senescaulx
         de Hainnau et ses gens, qui là se tenoient,
         estoient tout apparilliet, et fissent ouvrir les barrières,
      5  et estoient bien cinquante lances, et quidièrent ces
         compaignons coureurs atrapper, car il se missent en
         cache sus les camps apriès iaulx, et cil à fuir vers leur
         enbusque, et iaulx après. Là chevaucoit li senescaulx
         de Hainnau, son pennon devant lui, montés sus fleur
     10  de coursier. Quant cil de l’embusque veïrent comment
         li François cachoient, si en furent tout resjoï
         et descouvrirent leur enbusque; mais che fu un peu
         trop tempre, car, quant li senescaulx de Hainnau,
         li sires de Haverech et li autre les veïrent venir et
     15  une grosse route, et tous bien montés, il jeuèrent de
         le retraite. Et là sceurent cheval que esperon valloient,
         car, quanque il pooient estekier, il ne cessèrent
         jusques il furent sus le cauchie, et trouvèrent
         bien à point li signeur les barrières ouvertes. Toutefois
     20  il furent de si priès poursieuoit que il convint
         demorer prisonniers deviers les Englès des gens le
         senescal: messire Gerart de Marquillies, messire Loïs
         de Vertaing, cousin au signeur de Vertaing qui là
         estoit, Houart de le Houarderie, Boulhart de Saint
     25  Ylaire et bien dix hommes d’armes; et tout li autre
         se sauvèrent. Quant li Englès sceurent que li senescaulx
         de Hainnau, li sires de Haverech, li sires de
         Clari, messires Robers de Cleremont, li sires de
         Saint Digier et bien vint chevaliers avoient esté sus les
     30  camps et tout s’estoient sauvet, si dissent: «Dieux!
         quel rencontre! Se nous les euissons tenus, il nous
         euissent paiiet quarante mille frans!» Si retournèrent
   [251] chil fourageur en l’oost, et n’i eut plus riens
         fait pour l’eure ne pour le journée.


         § 149. Trois jours fu li hoos à Clari sus Somme,
         et là environ. Au quatrime, il se partirent, et
      5  et s’en vinrent logier en l’abbeïe de Vaucelles, à trois
         petites lieues de Cambrai; et l’endemain il s’en partirent,
         et chevauchièrent vers Saint Quentin, et fist ce
         jour mout bel. On dist, et voirs est, que li premier
         chevauchant ont toudis les aventures soit à perte ou
     10  à gaaing. Je le di pour ceuls de l’avant garde qui
         chevauchoient avoecques les fourageurs. Che propre
         jour, chevauchoient les gens le duc de Bourgongne,
         environ trente lances, et venoient d’Arras à
         Saint Quentin, car là estoit li dus de Bourgongne.
     15  Messires Thumas Trivès, messires Yon Fil Warin, li
         sires de Vertaing, messires Guillaume Clinton, qui
         estoient à l’avant garde et avoec les fourageurs, enssi
         que il venoient à Farvakes pour prendre les logeis, il
         encontrèrent ces Bourgignons. Là convint il avoir
     20  hustin, et i ot bataille; mais elle ne dura point longuement,
         car cil Bourgignon furent tantos esparpilliet,
         li uns chà et li autres là, et se sauva qui sauver se
         peut. Toutesfois messires Jehans de Mornai ne se sauva
         pas, mais demora sus la place en bon convenant, son
     25  pennon devant lui, et se combati ce que durer pot,
         mout vaillanment; mais finablement il fu pris et dix
         hommes d’armes en se compaignie. Et souppèrent
         celle nuit en es logeis des compaignons à [Fonsomme],
         à deux lieuwes de Saint Quentin, où li avant garde se
     30  loga; et il quidoient, au disner, soupper à Saint Quentin.
         Enssi va des aventures.


   [252] § 150. A l’endemain, au matin, quant li contes de
         Bouquighem et li signeur orent oï la messe en
         l’abbeïe de Farvacques, et il eurent mengié et beu un
         cop, il s’ordonnèrent et apparillièrent, et missent au
      5  chemin pour venir vers Saint Quentin, en laquelle
         ville avoit grant gent d’armes, mais point n’issirent.
         Si i eut aucuns coureurs englès qui allèrent courir
         jusques as barrières et escarmuchier à eulx; mais
         tantos s’en partirent, car toute li hoos passa oultre
     10  sans arrester, et vint che jour logier à Oregni Sainte
         Benoite et ens es villages d’environ. En la ville
         d’Oregni a une mout belle abbeïe de dames, et
         pour ce tamps en estoit abbesse la ante le signeur de
         Vertaing, qui estoit en l’avant garde. A la priière de li,
     15  l’abbeïe et toute la ville furent sauvées d’ardoir et de
         pillier. Et se loga li contes en l’abbeïe, mais che soir
         et toute la nuit ensieuant il i ot à Ribeumont, qui
         est mout priès de là, grant escarmuce d’Englès et
         de François; et en i ot des mors et des blechiés, de
     20  une part et d’autre.

         Au matin, on se desloga de Orgny, et s’en vint li
         hoost logier che jour à Creci sus Selle, et [là loga l’ost
         un jour tout enthier; et au deslogement, on passa la
         rivière de Selle, et] vint on [logier] devant la citté
     25  de Laon, et passa l’oost à Vaulx desoulx Laon;
         et ot escarmuce des fourageurs de l’avant garde
         à Bruières; et vint che jour logier l’ost à Sisone; et
         à l’endemain passa l’oost la rivière d’Ainne au Pont
         à Vaire, et vinrent logier à Hermonville et à Courmissi,
     30  à quatre lieuwes de la citté de Rains. Et vous
         di, che chemin faissant, quoique il fuissent en
         bon païs et cras et plentiveux de vins et de vivres,
   [253] il ne trouvoient riens, car les gens avoient tout
         retrait en es bonnes villes et ens es fors; et avoit li
         rois de France abandonné as gens d’armes de son païs
         tout ce que il trouvoient ou plat païs. Si eurent li
      5  Englès par pluiseurs fois grant souffraite, et especiaulment
         de chars: quant il vinrent en le marce de
         Rains, n’avoient il nulles. Si eurent avis, à leur
         deslogement de Hiermonville et de Courmissi, que il
         envoiieroient un hiraut à Rains, pour tretier deviers
     10  les bons hommes dou plat païs qui là estoient retrait,
         et deviers les bourgois de Rains qui avoient le leur
         aus villages, que il leur vosissent envoiier une quantité
         de bestes, de pains et de vins, ou il arderoient
         tout le plat païs. Chils avis fu tenus, et envoièrent
     15  un hiraut à Rains, qui leur remonstra toutes ces
         coses. Il respondirent generaument que il n’en
         feroient noient, et que il fesissent che que bon leur
         sambloit. Quant li Englès oïrent ceste response, si
         furent tout courouchiet: lors envoiièrent il tous leurs
     20  coureurs par les villages, et en ardirent en une sepmaine
         plus de soissante en le marche de Rains. Encores
         de rechief li Englès sceurent que cil de Rains
         avoient en leurs fossés de la ville mis à sauf garant
         toutes leurs blancques bestes, qui là se quatissoient et
     25  paissoient. De ces nouvelles furent il mout resjoï, et
         dissent tout chil de l’avant garde: «Alons, alons!
         On se doit aventurer pour son vivre.» Lors s’en
         vinrent tout cil de l’avant garde à chevauchant jusques
         sus les fossés de la citté de Rains, et là descendirent
     30  et fissent leurs gens descendre et entrer ens es
         fossés et cachier toutes hors ces bestes; ne nuls
         n’osoit issir ne aler au devant, ne li amonstrer as
   [254] creniaulx ne as deffenses, car li archier, qui estoient
         rengiet sus les fossés, traioient si ouniement que nuls
         n’osoit venir avant pour deffendre la proie. Enssi fu
         elle misse toute hors des fossés, où bien i ot plus de
      5  quatre mille bestes, dont il eurent grant largaiche.
         Avoec tout che il mandèrent à chiaulx de Rains que
         il arderoient tous leurs blés environ Rains, se il ne
         les racatoient de vivres, de pains et de vins. Chil de
         Rains doubtèrent celle manace et pestillence d’ardoir
     10  leurs biens as camps: si envoiièrent en l’oost six
         carées de pains et otant de vins. Parmi che, li blés
         et les avaines furent respitées d’ardoir. Si passèrent à
         l’endemain tout li Englès en ordenance de bataille par
         devant la citté de Rains, et vinrent gesir à Biaumont
     15  sus Velle, car ja avoient il au desous de Rains passet
         la rivière.


         § 151. Au deslogement de Biaumont sus Velle
         chevauchièrent li Englès amont pour passer la belle
         rivière de Marne, et vinrent à Condet sus Marne, et
     20  trouvèrent le pont deffait; mais encores estoient les
         [estaches] en l’aige: si trouvèrent plances et bois et
         mairiens, et fissent tant que il ordonnèrent un bon pont
         par où li hoos passa, et vint che jour logier à Genville
         sus Marne, [et] à l’endemain en la ville de Vertus;
     25  et là ot grant escarmuce au castiel et grant fuisson de
         gens blechiés. Et se loga li contes de Bouquighem en
         l’abbeïe de Vertus, et li autre par les villages environ.
         Si fu, la nuit, li ville de Vertus toute arse, horsmis
         l’abbeïe qui n’eut garde, pour tant que li contes
     30  i estoit logiés. Autrement elle euist esté arse sans
         deport, car cil de la ville s’estoient retrait ou fort,
   [255] qui point ne se voloient racater ne rançonner. Et
         ossi li hiraut de l’oost en furent mout coupable,
         car il se plaindirent au conte de Bouquighem, que il
         portoient et faissoient tous les tretiés des racas des
      5  fors à l’avant garde, et si n’en avoient nul pourfit; et,
         au voir dire, il en apartenoit à iaulx aucune cose.
         Dont li contes, à la complainte de eulx, commanda
         que on ardesist tout, se des racas à argent il n’avoient
         leurs drois. Par enssi fu la bonne ville de Vertus toute
     10  arsse, et li païs d’environ.

         A l’endemain, on se desloga, et vint on passer
         devant le castiel de Monmer, qui est biaulx et fors et
         hiretages au signeur de Castillon. Li castiaulx estoit
         bien pourveus d’artellerie et de gens d’armes, chevaliers
     15  et escuiers dou païs, que li sires de Castillon i
         avoit envoiiés et establis. [Si] ne se peurent aucun
         compaignon de l’avant garde astenir, en passant
         devant, que il ne l’alaissent veoir et asaillir à la barrière;
         et là ot un petit d’escarmuce et aucunes
     20  gens blechiés dou trait. Si passèrent oultre et
         vinrent logier à Pelotte, en aprochant la citté
         de Troies, et là se tinrent un jour; et à l’endemain
         il chevauchièrent devers Planssi sus Aube. Et chevauchoit
         li avant garde tout devant; et i avoit
     25  aucuns compaignons anoieus de ce que il ne trouvoient
         armes et aucun pourfit, et [si] savoient bien,
         selonc che que on les avoit enfourmés, que en la
         citté de Troies avoit grant fuisson de gens d’armes et
         qui là venoient de tous lés, car li dus de Bourgongne
     30  i estoit à tout grant poissance, et là avoit fait
         son mandement.

         Si s’avisèrent li sires de Castiel Noef et Jehans de
   [256] Castiel Noef, ses frères, et Rammonnès de Saint Marsen,
         Gascons et aultres, Englès et Hainnuiers, environ
         quarante lances, que il chevaucheroient à l’aventure
         pour trouver quelconques cose. Si chevauchièrent
      5  che matin de une part et d’autre, et riens ne trouvèrent,
         dont il estoient tout anoieus. Enssi que il
         retournoient vers lors gens, il regardent et voient sus
         les camps une route de gens d’armes qui chevauchoient
         vers Troies; et c’estoit li sires de Hangiers,
     10  qui voirement aloit che chemin, car li sires de Couchi,
         desous qui il estoit, se tenoit à Troies. Sitos que
         cil Gascon et Englès veïrent le pennon le signeur de
         Hangiers et le route, il congneurent bien que il
         estoient françois: si commenchièrent à brochier
     15  apriès iaulx chevauls des esperons. Li sires de
         Hangiers les avoit bien veus, et doubta que il
         n’i euist plus grant route que il ne fuissent; si dist
         à ses gens: «Chevauchons ches plains deviers
         Plansi, et nous sauvons, car cil Englès nous ont descouvert,
     20  et leur grosse route est priès de chi. Nous
         ne les poons fuir ne escapper: il sont trop contre
         nous, mais mettons nous à requelloite et à sauveté
         ou chastiel de Planssi.»

         Enssi comme il l’ordonna, il le fissent, et tirèrent
     25  celle part. Evous les Englès venant et esperonnant
         sus iaulx, qui les sieuoient de priès. Là heut un
         homme d’armes de Hainnau et de Valenchiennes, de
         le route le signeur de Vertaing, appert homme d’armes,
         et s’apelle Pières Bro[chons], qui bien estoit
     30  montés, et abaisse son glave et s’en vint sus le signeur
         de Hangiers qui fuioit devant li viers Planssi, et li
         adrèce son glave ens ou dos par derière, et puis fiert
   [257] cheva[l] des esperons, et le cuide mettre hors de la
         selle; mais non fist, car onques li sires de Hangiers
         n’en perdi selle ne estriers, quoique li homs d’armes
         li tenist toudis le fier au dos; et enssi boutant et
      5  chevauchant, ils et sa route, s’en vinrent à Planssi. Et
         droit à l’entrée dou castiel, li sires de Hangiers, par
         grant apertisse de corps, sailli jus de son cheval par
         devant sans prendre damage, et se deffiera dou glave,
         et entra ens es fossés.

     10  Chil dou castiel entendirent à lui sauver et requellier,
         et vinrent à la barière, et là eut dure escarmuce,
         car li François, qui estoient afui jusques à là, monstrèrent
         vissage, et cil dou castiel ossi. Là traioient cil
         dou castiel mout aigrement, car il avoient des bons
     15  arbalestriers, et là ot fait des belles appertisses d’armes
         de une part et d’autre; et à grant painne sauvèrent
         il et requellièrent le signeur de Hangiers, qui très
         vaillamment, en rentrant ou chastiel, se combati. Et
         toudis venoit gens de l’avant garde, messires de Vertaing,
     20  messires Thumas Trivès, messires Hues de Cravelée
         et li autre, car leurs logeis estoit ordonnés là. Si
         i souffrirent très grant painne li François, et ne peurent
         mies tout entrer ou castiel, car il estoient si
         priès quoitié que il n’osoient ouvrir avant la barrière
     25  que il ne fuissent efforchié. Si en i ot, que de mors,
         que de pris, environ trente; et dura li escarmuce
         priès que trois heures, et fu li basse cours dou castiel
         toute arsse, et li castiaulx [fors] asaillis de toutes pars,
         mais ossi fu il bien deffendu, et furent li moulin de
     30  Planssi ars et abatu. Et passa par là toute li hoos au
         pont [et au gué] la rivière d’Aube, et cheminèrent
         vers Vallant sus Sainne, pour là venir à la giste.
   [258] Enssi fu che jour li sires de Hangiers de estre pris en
         grant aventure.


         § 152. Che propre jour que toute li hoos vint
         logier à Vallant sus Sainne par dessus Troies, pour
      5  là passer à gué la rivière, chevauchoient li fourageur
         de l’avant garde, messires Thumas Trivès,
         messires Hues de Cravelée, li sires de Vertaing, li
         bastars ses frères, Pières Bro[chons] et pluiseur
         autre. Et ensi que compaignon qui desirent à pourfiter,
     10  il en i avoit aucuns qui chevauçoient devant
         à l’aventure: si encontrèrent messire Jehan
         de Roie et environ vint lances des gens le duc de
         Bourgongne, qui s’en aloient à Troies. Quant chil
         Englès les perchurent, il ferirent des esperons apriès
     15  eulx, et li François à euls sauver, car il n’estoient
         mies gens assés pour les attendre; et se sauvèrent la
         grigneur partie, et messires Jehans de Roie et li autre
         se boutèrent ens es barrières de Troies: jusques à là
         furent il cachiet. Au retour que li Englès fissent, li
     20  bastars de Vertaing et ses gens en prissent quatre qui
         ne se peurent sauver.

         Entre les autres là avoit un escuier dou duch de
         Bourgongne, qui s’appelloit Guion Goufer, appert
         homme durement, desous qui ses chevaulx estoit
     25  estanchiés. Si estoit arrestés as camps et avoit adossé
         un noiier, et là se combatoit très vaillanment à deux
         Englès qui le coitoient de mout priès, car il ne
         savoient riens [de] françois, et li escuiers ne savoit
         riens [d’]englès. Bien li disoient chil en englès:
     30  «Ren toi! Ren toi!» et ils ne voloit riens faire,
         car il ne savoit que il dissoient. Dont il le combatoient
   [259] si avant que il l’euissent là occis, quant li bastars
         de Vertaing, qui retournoit de la cace, vint sus
         iaulx. Si descendi de son coursier, et vint à l’escuier
         et dist: «Ren toi!» Chils qui entendi son langage,
      5  respondi: «Ies tu gentils homs?» Et li bastars
         dist: «Oïl.»--«Donc me rench je à toi.» Et li
         bailla son gant et son espée. Enssi fu pris Guion
         Gaufier, dont li Englès, qui l’avoient combatu, en
         eurent grant engaigne, et le voloient tuer ens es
     10  mains dou dit bastart, et dissoient que il n’estoit mies
         bien courtois, quant il leur avoit tolut leur prisonnier;
         mais li bastars estoit là plus fors que il ne
         fuissent: [si] li demora. Nonpourquant, au soir, il
         en fu question devant les mareschaux, mais, tout
     15  consideré et bien entendu, ils demora au bastart de
         Vertaing, qui le rançonna che soir et le recrut sus sa
         foi et le renvoia au matin à Troies.

         Et toute li hoos se loga à Valant sus Sainne. A
         l’endemain, il passèrent tout à gué la rivière de
     20  Sainne, et s’en vinrent logier à une petite lieuwe de
         Troies en un village que on dist Barnars Saint Siple;
         et là se tinrent tout quoi et se aissièrent de che que
         il avoient. Et là eurent grant conseil li signeur et
         les cappitainnes ensamble.


     25  § 153. En la citté de Troies estoit li dus de Bourgongne,
         et avoit là fait son mandement especial, très
         les Englès venant et cheminant parmi le roiaulme
         de France, car il avoit intencion et volenté de eulx
         combatre entre la rivière de Sainne et de Yone. Et
     30  ossi baron, chevalier et escuier dou roiaulme de
         France ne desiroient aultre cose, mais nullement li
   [260] rois de France, pour le doubte des fortunes et perils,
         ne s’i voloit acorder, car tant resongnoit les grans
         pertes et damages que li noble de son roiaulme avoient
         eu et recheu dou tamps passet par les victoires des
      5  Englès, que nullement il ne voloit que on les combatesist,
         se ce n’estoit à leur trop grant avantage. Avoecques
         le duck de Bourgongne estoient en la citté de
         Troies li dus de Bourbon, li dus de Bar, li contes
         d’Eu, li sires de Couchi, li sires de Castillon, messires
     10  Jehans de Viane, amiraulx de France, li sires de
         Viane et de Sainte Crois, messires Jaquemes de
         Viane, messires Gautiers de Viane, li sires de la
         Tremoulle, li sires de Vregi, li sires de Rougemont,
         li sires de Hanbue, li senecaulx de Hainnau, li
     15  sires de Saintpi, li [Barrois] des Barres, li sires de
         Roie, messire Jehans de Roie, li viscontes d’Assi,
         messires Guillaumes, bastars de Lengres et plus de
         mille chevaliers et escuiers. Et me fu dit que li sires
         de la Tremoulle estoit envoiiés à Paris, de par les
     20  dus et les signeurs, au roi pour savoir son plaisir et
         pour impetrer que on les peuist combatre: [si] n’estoit
         point encores revenus au jour que li Englès vinrent
         devant Troies. Cil signeur de France, qui bien
         savoient que li Englès ne passeroient jamais sans
     25  iaulx veoir et venir escarmuchier, avoient fait faire
         au dehors de la porte de Troies, enssi comme au trait
         d’un arck, et carpenter une bastide de gros mairiien
         à manière de une requelloite, où bien pooit mille
         hommes, et estoient ces bailles faites de bon bois
     30  par bonne ordenance.

         Au conseil dou soir, en l’oost des Englès furent
         appellé toutes les cappitainnes à savoir comment à
   [261] l’endemain il se maintenroient. Si fu ordonné et
         arresté que tout li signeur, baron et chevalier à
         bannière et à pennon, armé de leurs armes, sus chevaulx
         couvers de leurs armes, en trois batailles
      5  rengies et ordonnées, chevaucheroient devant Troies,
         et s’arresteroient sus les camps, et envoiieroient leur
         hiraut à Troies as signeurs et leur presenteroient la
         bataille. Sus che conseil il souppèrent et se couchièrent,
         et fissent la nuit deus gais, à cascun gait de
     10  la moitiet de l’oost. Quant che vint au matin au
         point de set heures, il fist mout bel et mout cler.
         Dont sonnèrent les trompettes parmi l’ost, et s’armèrent
         toutes gens de toutes pièches et missent
         en arroi et ordenance très convegnable, enssi que
     15  pour tantos conbatre. Et estoient li signeur montés
         sus chevaulx couvers, parés de leurs armes,
         dont les sambues et li houcement aloient jusques
         en tière. Enssi estoient il vesti et houcié dessus leurs
         armeures et tout paré de leur plainne armoierie,
     20  cescuns sires desoulx sa banière ou son pennon,
         enssi comme à lui appartenoit et que, pour tantos
         entrer en bataille au plus honnourablement et notablement
         que cescuns peuist, et pour eulx bien joliier
         et quintoier, très estant en Engletière, avoient il mis
     25  leur entente.

         En celle friceté et en ordenance de bataille, tout
         rengié et mout serré, banières et pennons ventelans,
         tout le pas, mis en trois batailles, il s’en vinrent
         devant Troies en uns biaulx plains, et là s’arestèrent.
     30  Et là fu dou conte de Bouquighem appelles Camdos
         et Aquitainnes, doi roi d’armes [asquels li contes
         dist ensi]: «Vous en irés vers Troies et parlerés as
   [262] signeurs, dont il i a grant fuisson, et leur presenterés
         de par nous et nos compaignons la bataille; et leur
         dirés que nous sommes issu hors d’Engletière pour
         faire fait d’armes; et, là où nous les quidons trouver,
      5  nous les demandons, ne autre cose nous ne
         volons ne requerons, fors à faire fait d’armes contre
         nos ennemis. Et pour ce que nous savons que une
         partie de la fleur de la chevallerie de France reposse
         là dedens, nous sommes venu en che chemin, et, se
     10  il nous voellent calengier aucun droit que il dient
         que il aient pour eulx, il nous trouveront sus les
         camps en le fourme et manière que vous nous laissiés
         et que on doit trouver ses ennemis.»--«Monsigneur,
         respondirent li doi roi, nous ferons vostre
     15  commandement volentiers.» Adonc se partirent li
         doi roi dou conte et de lors mestres, et chevauchièrent
         viers Troies. [Si] leur fu ouverte la baille de la
         bastide, et les barrières ossi, et arrestèrent là, et ne
         peurent venir à la porte, car il en issoient grant
     20  fuisson de gens d’armes et d’arbalestriers, qui se
         mettoient par ordenance en la bastide, dont il avoient
         fait leur requelloite; et estoient li doi roi vesti et
         paré de cottes d’armes dou conte de Bouquighem. Et
         demandèrent li signeur que il voloient: il respondirent:
     25  «Nous volons, se nous poons, parler à monsigneur
         de Bourgongne.»


         § 154. Entrues que Camdos [et Aquitaine firent leur]
         mesage deviers le duck de Bourgongne, entendirent
         si signeur et mestre à ordonner leurs batailles et
     30  besongnes; et quidoient ce jour pour certain avoir
         la bataille, et sus cel estat il s’ordonnoient. Là furent
   [263] appellé tout cil qui nouviel chevalier devoient et voloient
         estre; et tous premiers messires Thumas Trivès
         aporta sa banière toute envollepée devant le conte
         de Bouquighem, et li dist: «Monsigneur, se il vous
      5  plaist, je desvoleperoie volentiers, à le journée d’ui,
         ma banière, car, Dieu merchi, je ai misse assés et
         chevance pour parmaintenir l’estat tel comme à la
         banière apartient.»--«Il nous plaist bien,» respondi
         li contes. Adonc le prist il par l’anste, et li
     10  rendi en se main, et li dist: «Messire Thumas,
         Dieux vous en laist vostre preu faire chi et aultre
         part!» Messire Thumas Trivès prist sa banière et le
         desvolepa, et puis le bailla à un sien escuier où il
         avoit la grignour fiance, et chevaucha oultre, et vint
     15  à l’avant garde, car il en estoit par l’ordenance dou
         connestable [le] signeur Latinier et dou mareschal de
         l’oost le signeur de Fil Watier. Adonc fist là en present
         li contes chevaliers ceulx que je vous nommerai:
         et premiers messire Pière B[roch]on, messire
     20  Jehan et messire Thumas Paulé, messire Jehan Stinquelée,
         messire Thumas d’Ortingue, messire Jehan
         Wallekock, messire Thumas Hersie, messire Jehan
         Brainne, messire Thumas Bernier, messire Jehan
         Colleville, messire Guillaume Evrart, messire Nicolle
     25  Stinquelée et messire Huge de [Lume]; et à
         fait que cil nouviel chevalier avoient pris l’ordenance
         de chevalerie, il se traioient en la première
         bataille, pour avenir premiers as fais d’armes.

         Adonc fu appellés uns mout gentils escuiers de
     30  la conté de Savoie, dou conte de Bouquighem, qui
         autrefois avoit esté requis d’enprendre l’ordenance
         de chevalerie devant Arde et devant Saint Omer et
   [264] tout sus che voiage; et s’appelloit Raoulx de Gruières,
         fils au conte de Gruières. Et li dist li contes de
         Bouquighem enssi: «Raoul, nous arons hui, se il
         plaist à Dieu et à saint Gorge, convenant d’armes:
      5  si volons que vous soiiés chevaliers.» Li escuiers
         s’escusa enssi que escusé s’estoit autrefois, et dist:
         «Monsigneur, Dieux vous puist rendre et merir le
         bien et honneur que vous me vollés, mès je ne serai
         ja chevaliers, se mes naturés sires li contes de
     10  Savoie ne le me fait où bataille de crestiiens operé
         ne soit l’un contre l’autre.» On ne l’examina plus
         avant: e[n]ssi fu il deportés à estre adonc chevaliers.
         Et depuis, l’anée apriès, le fu il en Prusse; et eurent
         adonc li crestiien rèse: che fu adonc quant li sires
     15  de Mastaing et Jehans d’Obies et li autre de Hainnau
         i demorèrent.


         § 155. De veoir l’ordenance des batailles des
         Englès comment il estoient rengiet sus les camps et
         mis en trois batailles, les archiers sus elle et les gens
     20  d’armes ou front, che estoit très grant plaisance au
         regarder; et furent, en ordonnant leurs batailles et
         faissant les chevaliers nouviaulx, plus de une heure
         sans point partir de là. Otant bien se ordonnoient
         li François en leur bastide, car bien pensoient li
     25  signeur de France que dou mains il i aroit escarmuce,
         et que tels gens d’armes que li Englès estoient et
         enssi ordonné, ne se partiroient point sans iaulx venir
         veoir de priès. Si se mettoient tout sus celle entente
         en bonne et convingnable ordenance. Et estoit li
     30  dus de Bourgongne au dehors armés de toutes pièces,
         une hace en sa main et un blanc baston en l’autre;
   [265] et passoient tout baron, chevalier et escuier, qui
         aloient vers la bastide, devant lui, et i avoit si grant
         presse que on ne pooit passer avant, ne li hiraut ne
         pooient oultre [passer ne aler] pour venir jusques
      5  au duck et faire leur mesage, enssi que il leur estoit
         cargiet.


         § 156. Avoecques les parolles chi dessus dites dou
         conte de Bouquighem as deus rois hiraus, Acquitainnes
         et Camdos, i avoit bien aultres, car, le
     10  soir que li signeur furent à conseil en l’oost d’Engletière,
         fu consilliet et dit as hiraus: «Vous ferés
         che mesage et dirés au duck de Bourgongne que li
         dus de Bretaigne et li païs de Bretaigne conjoins
         ensamble, ont envoiiet deviers le roi d’Engletière,
     15  pour avoir confort et aide à l’encontre de aucuns
         barons et chevaliers de Bretaigne rebelles au duch
         et liquel ne voellent obbeïr à leur signeur en la
         fourme et manière que li plus sainne partie fait, mais
         font guerre au païs et se sont efforcié dou roi de
     20  France. Et pour ce que li rois d’Engletière voelt
         aidier le duch et le païs et tenir en droit en especialité,
         il a envoiiet et envoiie son bel oncle le conte de
         Bouquighem et une quantité de gens d’armes pour
         aller en Bretaigne et conforter le duc et le païs à leur
     25  priière et requeste; et sont arivé à Calais, et ont pris
         leur chemin à passer parmi le roiaulme de France,
         et sont si avant venu que devant la citté de Troies, là
         où il sentent très grant fuisson de signeurs et par
         especial le duc de Bourgongne, fil au roi de France
     30  et frère au roi de France. [Si] requ[i]ert messires
         Thumas, contes de Bouquighem, fils dou roi d’Engletière,
   [266] la bataille en le manière com il le voldront
         avoir.»

         Au baillier ces parolles, li hiraut en demandèrent
         lettres, et on leur respondi que il les aroient au
      5  matin. Si les demandèrent au matin, et on eut aultre
         conseil que on ne leur en donroit nulles; et leur fu
         dit: «Alés, et si dites che dont vous estes enfourmés;
         vous estes creable assés, et, s’il voellent, il vous
         en creront.» Sus cel estat estoient venu à Troies li
     10  hiraut, qui ne peurent parler au duc de Bourgongne
         ne faire leur mesage, je vous dirai pour quoi: on
         estoit tout entouelliet, et estoit li presse si très
         grande de gens d’armes alant à la porte où li dus
         estoit, que il ne le pooient rompre; et si avoient ja
     15  li nouviel chevalier d’Engletière commenchiet
         l’escarmuce: pour quoi on estoit tout entouelliet; et
         aucun chevalier et gens d’armes asquels li hiraut
         parloient, dissoient bien: «Signeur, vous allés en
         grant peril, car il i a mauvais commun en ceste
     20  ville.» Ceste doubte, et che que il ne peurent passer,
         fist retourner les hiraus sans riens faire.

         Or, parlons de l’escarmuce, comment elle se porta.


         § 157. Tout dou premiers il i ot un escuier englès
         qui s’apelloit [Jehan Ston], liquels estoit mout
     25  apers homs d’armes, et là le monstra. Ne sai se
         l’apertisse que il fist, il l’avoit de veu, mais il esperonna
         son coursier le glave ou poing et la targe au
         col, et vint tout fendant le chemin et les cauchies,
         et le fist saillir par dessus les bailles des barrières de
     30  la porte, et vint jusques à la porte où li dus de Bourgongne
         et li seigneur estoient, qui tinrent ceste apertisse
   [267] à grande. Li escuiers quida retourner, mais il
         ne peut, car au retour ses chevaulx fu lanchiés des
         glaves et là abatus, et li escuiers mors. Dont li dus de
         Bourgongne fu mout courouchiés que on ne l’avoit
      5  pris prisonnier.

         Tantos evous les grosses batailles dou conte de
         Bouquighem qui s’en viennent, banières et pennons
         ventellans, et tout à piet, deviers ces gens d’armes
         qui estoient en la bastide, laquelle on avoit faitte de
     10  huis et de fenestres et de tables; et n’estoit pas cose,
         au voir dire, que contre tels gens d’armes que li
         Englès estoient, il peuissent longuement durer. Quant
         li dus de Bourgongne les veï avaller si espessement
         et de si grant vollenté, et que li signeur, baron et
     15  chevalier, qui estoient en celle bastide, n’estoient
         mies fort assés pour iaulx attendre, si commanda, et
         tantost, que cascuns rentrast en la ville, horsmis les
         arbalestriers. Si rentrèrent li signeur en la porte petit
         à petit; et, entroes que il rentroient, li Genneuois et
     20  li arbalestrier traioient et les Englès ensongnioient.
         Là ot bonne escarmuche et dure, et fu tantost celle
         bastide conquise, point ne dura longuement as
         Englès, et reboutèrent toutes manières de gens à
         force en le porte; et enssi comme il rentroient, il
     25  s’ordonnoient et rengoient sus les cauchies. Là estoit
         li dus de Loraingne en bonne ordenance; ossi estoit
         li sires de Couchi, li dus de Bourbon et tout li
         autre. Là eut entre la porte et les bailles fait tamainte
         apertisse d’armes, des mors et des blechiés et des
     30  pris. Quant li Englès veïrent que li François se
         retraioient et que point de bataille il ne feroient fors
         escarmuce, si se retraïssent tout bellement sus le
   [268] place dont il estoient parti, et là furent en ordenance
         de bataille plus de deus heures; et, sus la remontière,
         il retournèrent en leurs logeis asés priès dou
         lieu où il avoient esté logiet la nuit devant, à Saint
      5  Lié priès de Barbon, et à l’endemain à Mailliers le
         Visconte priès de Sens en Bourgongne. Et là demora
         l’oost deus jours pour euls rafresquir et pour rançonner
         le plat païs d’environ as vivres, dont il
         n’avoient point assés, mès en avoient mout grant
     10  deffaute.


         § 158. Vous entendés bien comment li Englès
         chevaucoient le roiaulme de France et prendoient
         leur chemin pour venir en Bretaigne, et disoient et
         maintenoient [que] li dus de Bretaigne et li païs les
     15  avoient mandés, quoique autrement il euissent bien
         cause de faire guerre pour le matèr[e] et occoisson
         dou roi d’Englelière, leur signeur; mais à present il se
         nommoient saudoiier[s] au duc et au païs de Bretaigne.
         Li rois Charles de France, qui [regnoit] pour
     20  ce tamps, comme tous enfourmés de ces matères et
         comme sages et visseux que il estoit, doubta les perils
         et incidensses qui de ce pooient naistre et venir, [et]
         regarda que, se li païs de Bretaigne avoec les Englès
         li estoit contraires, sa guerre as Englès en seroit plus
     25  fele et plus dure; et par especial il ne voloit mies,
         quoique il fust dou duch, que les bonnes villes
         de Bretaigne li fuissent ennemies et ouvertes à ses
         ennemis, car, ou cas que che se feroit, che li seroit
         uns trop grans prejudices. Si envoiia moiiennement
     30  et secretement lettres closes, douces et gracieusses
         deviers chiaulx de Nantes, qui est la clef et li chiefs
   [269] de toutes les villes de Bretaigne, en remonstrant que
         il s’avisaissent, et que li Englès qui cheminoient parmi
         son païs, se vantoient et affremoient que il les
         avoient mandés, et se tenoient leurs saudoiiers; et,
      5  ou cas que il avoient che fait et voloient perseverer
         en che meffait, il estoient enceu et ata[i]nt de foi
         mentie, de obligacion brissie, de sentensse de pappe
         encourue sus iaulx de deus cens mille florins de
         paine que il pooit loiaulment ataindre sus iaulx,
     10  [ou cas que il voloient brisier] les tretiés jadis fais,
         accordés et seellés, requis et priés par iaulx, desquels
         il avoient les coppies, et eulx ossi, c’est à entendre
         li roiel; et que tous jours leur avoit esté
         doulx, propisses et amis, et aidiés et confortés à
     15  leurs besoings, et que il ne fesissent pas tant que il
         euissent tort, car il n’avoient nul certain title ne
         article de eulx trop avant plaindre de li pour eulx
         bouter si avant en une guerre que de rechepvoir ses
         ennemis, mais bien s’avisaissent et consillaissent
     20  loiaulment; et que, se il avoient esté mal enorté et
         consillié par foible conseil, che leur pardonnoit
         il[s] bonnement, ou cas que il ne se vosissent mies
         ouvrir contre ses ennemis les Englès; et les voloit
         tenir en toutes leurs francisses jurées et renouveller
     25  en tout bien, se il besongnoit.

         Quant ces parolles et offres que li rois de France
         offroit et presentoit à ciaulx de Nantes, furent leues
         et entendues, si regardèrent sus, et dissent bien li
         plus notable de la ville que li rois de France avoit
     30  droit et cause de remonstrer tout ce que il dissoit, et
         que voirement avoient il juret, proumis et escript et
         seellé que ja ne seraient ennemi au roi de France ne
   [270] aidant à ses ennemis. Si coumenchièrent à estre sus
         leur garde et renvoiièrent secretement deviers le roi
         de France que de ce il ne s’en sousiast en riens, car
         ja les Englès à main armée, pour grever ne guerriier
      5  le roiaulme de France, il ne metteroient ne soustenroient
         en leur ville, mais il voloient, se il besongnoit,
         estre aidiet et conforté des gens le roi, et à ceulx il
         ouveroient leur ville, et as aultres non. Li rois de
         France, qui ooit tous ces tretiés, s’en tenoit bien à
     10  leur parolle, car voirement en Nantes ont il tousjours
         esté bon et loial François; et de tout ce ne savoit encores
         riens li dus de Bretaigne, qui se tenoit à Vennes,
         mais quidoit bien que cil de Nantes deuissent
         demorer dallés li et ouvrir leur ville as Englès,
     15  quant il venroient.

         Or retournons as Englès qui estoient logiet assés
         priès de Sens en Bourgongne, en laquelle citté, pour
         la doutance de eulx, avoit grant garnisson de gens
         d’armes; et s’i tenoit li dus de Bar, li sires de Couchi,
     20  li sires de Saintpi et li sires de Fransures et
         leurs routes.


         § 159. Quant li contes de Bouquighem et leurs
         routes se furent repossé et rafresqui à Mailliers le Visconte
         assés priès de Sens en Bourgongne, il eurent
     25  conseil dou deslogier et de eulx traire en ce bon païs
         et cras de Gastinois. Si se deslogièrent un merquedi
         au matin, et che jour il passèrent au pont deseure
         Sens la rivière d’Yone, et vinrent ce jour logier à
         Jenon à une lieue de Sens; et vinrent leur fourageur
     30  courir jusques ens es fourbours de Sens, et puis s’en
         retournèrent, ne il n’i ot fait nul esploit d’armes
   [271] che jour ne le soir ensieuant, qui face à ramentevoir.
         A l’endemain, il se deslogièrent, et vinrent logier à
         Saint Jehan de Nemousses et là environ, et l’autre
         jour apriès à Biane en Gastinois, et l’autre jour à
      5  Peuviers en Gastinois; et demora l’oost là trois jours
         pour le bon païs et cras que il trouvèrent. Et eurent
         là conseil ensamble quel chemin il tenroient, ou la
         plainne Biause, ou se il sieuroient la rivière de Loire:
         consillié fu que il chevaucheraient la Biausse. Si se
     10  deslogièrent de Peuviers au quatrime jour, et
         chevauchièrent vers Tori en Biause.

         Ens ou castiel de Thori estoient li sires de Saintpi,
         messires Oliviers de Mauni, messires Guis li Baveus
         et grant fuisson de gens d’armes. Oultre, en Ianville
     15  en Biausse estoient en garnisson li Bèges de [Vilaines],
         li [Barois] des Bares et pluiseurs autres, environ trois
         cens lances.  Par tout les fors et les castiaulx de
         Biausse estoient gens d’armes mis et bouté pour garder
         le païs encontre les Englès. Chils de l’avant garde
     20  de l’oost d’Engletière, quant il furent venut à Thori,
         ne se peurent astenir, ne ossi il ne vorrent, que il
         n’alaissent veoir chiaulx dou fort et escarmuchier à
         eulx. Et vinrent as barrières dou castiel li sires de
         Saintpi, messires Guis li Baveus et li chevalier et li
     25  escuier qui là dedens estoient en[s], cascuns sus sa
         garde, enssi que ordonné devant estoient; et là ot
         bonne escarmuche et dure, lanciet, trait et ferut,
         navrés [et] blechiés des uns et des aultres, et fais pluiseurs
         grans appertisses d’armes. Si estoit li contes de
     30  Bouquighem, li avant garde et li arriere garde, logiet
         à Thori en Biausse et là environ; si trouvoient li
         fourageur des vivres à grant plenté, et ossi il avoient,
   [272] [ou] païs de Gastinois dont il estoient issut, abbeïes et
         belles maisons rançonnées à vins, que il avoient mis
         sus leurs carios en tonniaulx et en grans flascons et
         baris, dont il se tenoient tout aisse.

      5  A l’escarmuce de Thori en Biausse eut là un escuier
         de Biausse, gentil homme et de bonne vollenté, qui
         s’avança de son fait sans mouvement d’autrui et vint
         à la barrière tout en escarmuchant, et dist as Englès:
         «A là nul gentil homme qui, pour l’amour de sa
     10  dame, voldroit faire aucun fait d’armes? Se ils en
         i a nuls, vés me chi tout aparilliet pour issir hors
         armés de toutes pièces, montés à chevaulx, jouster
         trois cops de glave, ferir trois cops de hache et trois
         cops de dage. Si en ait qui puet, et tout pour
     15  l’amour de sa dame. Or vera on entre vous, Englès,
         se il i a nul amoureux.» Et on appeloit l’escuier françois
         Gauwain Micaille. Ceste parolle et requeste fu
         tantos espandue entre les Englès. Adonc se traïst
         avant uns escuiers englès, appert compaignon et bien
     20  joustant, qui s’appeloit Janekin Kator, et dist: «Oïl,
         oïl, je le voel delivrer, et tantos faictes le traire
         hors dou castiel.» Li sires de Fil Watier, qui
         estoit mareschaulx de l’oost, vint aus barrières et
         dist à messire Gui le Baveus, qui là estoit: «Faites
     25  vostre escuier venir hors: il a trouvé qui le delivera
         très volentiers, et l’asseurons en toutes coses.» Gauwains
         Micaille fut mout resjoïs de ces parolles et
         s’arma incontinent; et l’aidièrent li signeur à armer
         de toutes pièces mout bien, et monta sus un bon
     30  cheval que on li delivra. Si issi hors dou chastiel, li
         troisime; et portoient si varllet trois lances, trois
         dages et trois haces. Et sachiés que il fu mout regardés
   [273] des Englès, quant il issi hors; et li tenoient celle
         emprisse à grant outrage, car il ne quidoient mies
         que nuls François cors à cors se osast combatre. Encores
         en ceste emprise i avoit trois cops d’espée, et
      5  toutes trois Gauwains les fist porter avoecques li,
         pour l’aventure dou brissier.


         § 160. Li contes de Bouquighem, qui estoit ja à son
         logeis, fu enfourmés par les hiraus de ceste ahatie:
         si dist qu’il le volloit veoir, et monta à cheval, le
     10  conte d’Askesufort et le conte de Douvesciere [et
         pluisieurs autres barons et chevaliers] dallés li; et
         par ceste ahatie cessa li assaulx à Thori, et se retraïssent
         tout li Englès pour veoir le jouste. Quant li contes
         de Bouquighem et li signeur furent là venu, on fist
     15  venir avant l’Englès qui devoit jouster, qui s’appelloit
         Janekins Cator, armés de toutes pièches et montés
         sus un bon cheval. Quant il furent en la place où li
         jouste devoit estre, tout se rengièrent de une part et
         d’autre, et leur fist on voie, et leur bailla on cascun
     20  sa lance bien enfierée. Il se joindirent en leurs targes
         et abaissièrent leurs lances et esperonnèrent les chevaulx;
         et vinrent l’un sus l’autre, au plus droit que
         il peurent, sans iaulx espargnier au samblant que il
         monstroient. Ceste première jouste, il faillirent par
     25  le desroiement de lors chevaulx; à la seconde jouste,
         il se consieuirent, mais che fu en vuidant. Adonc dist
         li contes de Bouquighem pour tant que il estoit sus
         le plus tart: «Hola! ho!» Et dist au connestable, le
         signeur Latinier, et au mareschal: «Faictes les cesser:
     30  il en ont fait assés meshui. Nous leur ferons faire et
         acomplir leur emprisse d’aultre part, à plus grant
   [274] loisir que nous n’aions ores, et gardés bien que li
         escuiers françois n’ait nulle faute que il ne soit ossi
         bien gardés que li nostres; et dictes ou faites dire à
         ceulx dou castiel que il ne soient en nul soussi de
      5  leur homme, et que nous l’enmenons avoecques nous
         pour parfurnir son emprise, non pas comme prisonnier,
         et, li delivré, se il en puet escaper vifs, nous leur
         renvoierons sans nul peril.» La parolle dou conte fu
         acomplie, et fu dit à l’escuier françois dou mareschal:
     10  «François, vous chevaucherés avoecques nous
         sans peril; et, quant il plaira à Monsigneur, on vous
         delivera.» Gauwains dist: «Dieux i ait part!»
         Tantos fu tart, on ala soupper. On envoiia un hiraut
         à chiaulx dou castiel, qui leur dist les parolles que
     15  vous avés oïes. Enssi se porta ceste journée, ne il n’i
         ot plus riens fait.


         § 161. A l’endemain, on sonna mout matin les
         tromppètes de deslogement: si se missent en arroi et
         au chemin toutes manières de gens, et chevauchièrent
     20  en bonne ordonnance tout enssi comme il
         avoient en devant fait, vers Ianville en Biausse. Si
         fist che jour mout bel et mout cler, et estoient en
         trois batailles, la bataille dou connestable et dou mareschal
         devant, et puis, le conte de Bouquighen, le
     25  conte d’Asquesufort et le conte de Douvesciere et
         leur bataille, et puis, aloit tous leurs carois; et puis,
         venoit l’arriere garde, dont messires Guillaume de
         Widesore estoit chiés. Et vous di que il ne furent
         onques si asseuré, en cheminant parmi le roiaulme
     30  de France, que il n’euissent espoir tous les jours de
         estre combatu, car bien savoient que il estoient
   [275] poursieuwi des François et costiiet de otant de gens ou
         plus que il ne fuissent. Et voirement li signeur, duc,
         conte, baron, chevalier et escuier et gens d’armes dou
         roiaulme de France, qui les poursieuoient, en estoient
      5  en grant vollenté et les desiroient mout à combatre,
         et dissoient entre iaulx li pluiseur, sus les camps et
         en leurs logeis, que ce estoit grans blasmes et grant
         virgongne, quant on ne les combatoit. Et tout ce dou
         non combatre se brissoit par le roi de France, qui tant
     10  doubtoit les fortunes que nuls rois plus de li, car
         li noble dou royaulme de France, par les batailles que
         il avoient donnet as Englès, avoient tant perdu dou
         tamps passet que à painnes faissoient il à recouvrer.
         Et quant on l’emparloit de che voiage, il respondoit:
     15  «Laiiés leur faire leur chemin: il se degasteront
         et perderont par eulx meïsmes, et tout sans bataille.»
         Ches parolles dou roi rafrenoient de non
         combattre les Englès, liquel aloient toudis avant, sus
         l’intencion d’entrer en Bretaigne, car à che faire il
     20  avoient enssi premierement empris leur chemin en
         Engletière, comme vous avés oï.


         § 162. Ens ou fort de Ianville en Biausse avoit
         plus de trois cens lances de François; et là dedens
         estoient li Barois des Bares, li [Bèges de Vilaines],
     25  messires Guillaumes li Bastars de Lengres, messires
         Jehan de Relli, li sires de Hangiers, li sires de Mauvoisin
         et pluiseur autre chevalier et escuier. Si passèrent
         li avant garde et li arriere garde et tout cil de
         l’oost pardevant Ianville, et ot as barrières un petit
     30  d’escarmuce; mais li arriere garde et tout cil de
         l’oost pardevant Ianville passèrent tout oultre,  car
   [276] tantos li assaus se cessa, car li Englès i perdoient
         leur painne. Au dehors de Ianville a un bel moulin
         à vent; si fu abatus et tout deschirés. Assés priès de
         là a un gros village que on dist à Puisset, et là vinrent
      5  cil de l’avant garde disner, et li contes de Bouquighem
         se disna à Iterville et descendi à le maison
         des Templiers. Cil qui estoient au Puisset entendirent
         que il avoit une grosse tour qui là siet sus une
         motte, [en laquelle avoit] environ soissante compaignons.
     10  Si ne se peurent astenir cil de l’avant garde
         que il ne les alaissent veoir et asaillir, et l’environnèrent
         tout autour, car elle siet en plainne terre
         à petit de deffensse. Là eut grant assault, mais il
         ne dura point longuement, car cil archier traioient
     15  si ouniement que à painnes ne s’osoit nuls mettre
         ne apparoir aus garittes ne aus deffensses. Si fu
         la tour prisse, et cil dedens mort et pris, qui le gardoient;
         et puis boutèrent li Englès le feu dedens,
         de quoi tous li carpentages ceï, et puis passèrent
     20  oultre. Et se hastoient li Englès de passer delivrement
         celle Biausse, pour le dangier des aiges dont il
         estoient à grant meschief pour euls et lors chevaulx,
         car il ne trouvoient que puis moult parfons, et à ces
         puis n’avoient nuls seaulx. Si avoient, à trop grant
     25  dangier, de l’aige et eurent tant que il vinrent à
         Ourmoi, et là se logièrent sur la rivière de la
         Kenie; et là se reposèrent et rafresquirent deus
         nuis et un jour. A l’endemain, il se deslogièrent et
         s’en vinrent à Villenuefve la Freté, en la conté de
     30  Blois, à la veue dou Chastiel Dun, et s’en vinrent
         logier en la forest de Marceaunoi en Blois; et là s’arresta
         toute l’oost, pour le plaissant lieu et bel que
   [277] il i trouvèrent, et s’i repossèrent et rafresquirent
         trois jours.


         § 163. Dedens la forest de Marceaunoi a une très
         belle et bonne abbeïe de monnes de l’ordene de Chistiaux,
      5  et properment on appelle celle abbeïe Cistiaux.
         Et est l’abbeïe raemplie de mout grans et biaux edefisses,
         et le fist jadis fonder et edefiier uns mout
         vaillans et preudons qui s’appella li contes Tiebaus de
         Blois, et i laissa et ordonna grans revenues et bielles;
     10  mais les guerres les ont mout amenries et afoiblies
         depuis. Li monne qui pour le tamps estoient en
         l’abbeïe furent souspris des Englès, car il ne quidoient
         mies que il deuwisent faire che chemin. Si
         leur tourna à contraire, quoique li contes de Bouquighem
     15  fesist faire un bant sus la teste que nuls ne
         fourfesist à l’abbeïe ne de feu ne d’autre cose, car le
         jour Nostre Dame en septembre il i oï messe, et fu
         là tout le jour, et i tint son estat et cour ouverte as
         chevaliers de son hoost. Et là fu ordonné que Gauwains
     20  Micaille, françois, et Jankeins Cator parferoient
         à l’endemain leur emprise.

         Che jour vinrent li Englès veoir le castiel de Marceaunoi,
         qui est en la conté de Blois, et i a un très
         bel fort et de belle veue. Pour le tamps, en estoit
     25  cappitains et gardiiens uns chevaliers dou païs au
         conte de Blois, qui s’appelloit messires Guillaumes de
         Saint Martin, sage homme et vaillant as armes; et
         estoit tous pourveus et avissés avoecques ses compaignons
         de deffendre le castiel, se on les euist asaillis,
     30  mais nennil. Quant li Englès en veïrent le manière,
         il passèrent oultre, et retournèrent en leurs logeis, en
   [278] la forrest de Marceaunoi. D’autre part, li sires de
         Vievi en Blois estoit en son castiel au dehors de la
         forrest, qui siet sus le chemin de Dun et de Blois; et
         avoit li sires de Vievi grant fuisson de chevaliers et
      5  escuiers avoecques li, qui tout s’estoient obligiet au
         bien deffendre et garder le lieu, se il estoient asailli.
         Et les vint veoir li sires de Fil Watier, mareschaulx
         de l’ost, et sa route, non pour asaillir, mais pour parler
         au chevalier à la barrière, car bien le connissoit,
     10  car il s’estoient veu tout doi en Prusse. Li sires de
         Fil Watier se fist connissables au signeur de Vievi et
         li pria que il li envoiiast de son vin par sa courtoisie;
         et toute sa terre en seroit respitée de non
         ardoir et de estre courue. Li sires de Vievi l’en envoiia
     15  bien et largement, et trente blances mices
         avoecq, dont li sires de Fil Watier li sceut grant gret
         et li tint bien son convenant.


         § 164. A l’endemain dou jour Nostre Dame, on fist
         armer Gauwain Micaille et Janekin Kator et monter
     20  sur leurs chevaulx, pour parfaire devant les signeurs
         leur ahatie. Si s’en[tren]contrèrent de fiers de glaves
         mout roidement et jousta li escuiers françois à la puissance
         dou conte mout bien. Et li Englès le feri trop
         bas en la quisse, tant que il li bouta son fier de glave
     25  tout oultre le quisse: de ce que il le prist si bas, fu
         li contes de Bouquighem tous courouchiés; ossi furent
         li signeur, et dissent que c’estoit mal honnerablement
         jousté. Depuis furent ferut li troi cop
         d’espée, et feri cascuns les siens. Adonc dist li contes
     30  que il en avoient assés fait, et voloit que il n’en fesissent
         plus, car il veoit l’escuier françois fort sanner.
   [279] A ceste ordenance se tinrent tout li signeur. Si fu
         Gauwains Micaille desarmés et remués et mis à point;
         et li envoiia li contes de Bouquighem par un hiraut
         en son logeis cent frans, et li donnoit congiet de
      5  retraire sainnement deviers ses gens, et li mandoit
         que il s’estoit bien acquités. Si s’en retourna Micaille
         deviers les signeurs de France, qui se tenoient amassé
         sus le païs en pluiseurs lieus; et li Englès se departirent
         de Marcheaunoi et prissent le chemin de Vendome,
     10  mais avant il se logièrent en la forrest dou
         Coulembier.


         § 165. Vous savés comment li rois Charles de
         France, qui se tenoit à Paris, traitoit quoiement et
         secretement deviers les bonnes villes de Bretaigne à
     15  le fin que il ne se vosissent mies ouvrir pour requellier
         les Englès, et là où il le feroient, il se fourferoient
         trop grandement, et seroit cils fourfais impardonnables.
         Chil de Nantes, qui est la clef des cittés et
         bonnes villes de Bretaigne, li remandèrent secretement
     20  que il n’en fust en nulle doubte, que ossi ne
         feroient il, quel samblant ne quel tretiet que il euissent
         enviers leur signeur; mais il voloient, se li
         Englès aprochoient, que on leur envoiiast gens d’armes,
         tant que pour bien tenir et garder la ville et les
     25  bonnes gens contre leurs ennemis. De che faire estoit
         li rois de France en grant vollenté, et l’avoit recargiet
         à son conseil. De tous ces tretiés estoit enssi que
         tous mestres et souverains messires Jehans de Buel,
         de par le duc d’Ango qui se tenoit à Angiers. Li dus
     30  de Bourgongne se tenoit en le citté del Mans; par
         toutes les villes et les castiaulx de là environ se
   [280] tenoient li signeur, li dus de Bourbon, li dus de
         Lorrainne, li dus de Bar, li contes d’Eu, li sires de
         Couchi et tant de gens d’armes que il estoient plus
         de six mille hommes d’armes; et dissoient bien entre
      5  iaulx, vosist ou non li rois, que il combateroient les
         Englès, anchois que il euissent passet la rivière de
         Sartre, qui depart [le Maine] et Ango.

         En che tamps, prist une maladie au roi de France,
         dont ils principaulment et tout cil qui l’amoient
     10  furent mout esbahi et desconforté, car on n’i veoit
         point de retour ne de remède, que il ne convenist
         dedens briefs jours passer oultre et morir. Et bien en
         avoit il meïsmes la connissance: ossi avoient si
         surgiien et si medechin, je vous dirai pourquoi et
     15  comment. Veritez fu, selonc le fame qui adonc courut,
         que li rois de Navare, dou tamps que il se tenoit
         en Normendie et que li rois de France estoit dus de
         Normendie, il le volt faire enpuissonner; et rechut
         li rois de France le venin, et fu si avant menés que
     20  tout li cheviel dou chef li cheïrent et toutes les ongles
         des mains et des piés, et devint ossi secks que uns
         bastons, et n’i trouvoit on point de remède. Ses
         oncles, li emperères de Romme, oï parler de sa maladie:
         [si] li envoiia tantos et sans delai un maistre
     25  medechin que il avoit dallés [lui], le meilleur maistre
         et le plus grant en sience qui fust en che tamps ou
         monde ne que on seuist ne conneuist, et bien le
         veoit on par ses oevres. Quant chils maistres medechins
         fu venus en France dallés le duc de Normendie
     30  et il ot la connissance de sa maladie, il dist que il
         estoit enpuissonnés et en grant peril de mort; si fist
         adonc, en che tamps, de celi qui puis fu li rois de
   [281] France, la plus belle cure que on euist onques oï
         parler, car il amorti tout ou en partie le venin que
         il avoit pris et rechu sur li, et li fist recouvrer
         cheviaulx et ongles et santé, et le remist en point et
      5  en force d’omme, parmi tant que cils venins petit à
         petit li issoit parmi une petite pistoule que il avoit
         ou brach; et à son departement, car on ne peut le
         retenir en France, il donna une rechepte dont on
         useroit, tant comme il viveroit. Et bien dist adonc au
     10  roi de France et à cheulx qui dallés li estoient: «Si
         tretos que ceste petite pistoulle laira le couller et
         seccera, vous morrés sans point de remède, mais vous
         arés quinse jours ou plus de loisir, pour vous avisser
         et penser à l’ame.» Bien avoit li rois de France
     15  retenu toutes ces parolles, et porta ceste pistoulle
         vint et trois ans, laquelle cose par pluiseurs fois l’avoit
         mout eshidé. Et les gens ou monde pour sa santé
         où il avoit la grignour fiance, ce estoit en bons mestres
         medecins; et cil medecin le confortoient et resjoïssoient
     20  mout souvent, et li dissoient, parmi les
         bonnes recceptes que il avoient, il le feroient tant
         vivre par nature que bien deveroit souffire. De ces
         parolles se contemptoit et contempta li rois mout
         d’anées et vivoit en joie à le fois sus leur fiance.
     25  Avoecq tout ce, d’autres maladies dedentrainnes
         estoit li rois trop durement grevés et bleciés, et par
         especial dou mal des dens: de che mal avoit il si
         grant grief et si grant rage que on ne l’adiroit à nul
         homme.

     30  Et bien sentoit li rois par ses maladies dont il
         estoit tant bleciés que il ne pooit longement vivre;
         et la cause del monde, sus la fin de son terme, qui
   [282] plus le reconfortoit et resjoïssoit, c’estoit que Dieux
         li avoit donné trois biaux enffans vivans, deus fieulx
         et une fille, Charlle, Loïs et Kateline. Siques, quant
         ceste pistoulle comenchia à sechier et non à couller,
      5  les doutes de le mort le commenchièrent à aprochier:
         si ordonna, comme sages et vaillans homs que il estoit,
         toutes ses besongnes, et manda ses trois frères ens
         esquels il avoit la grignour fiance, le duc de Berri, le
         duc de Bourgongne et le duc de Bourbon, et laia
     10  derrière le duc d’Ango, son second frère, pour tant
         que il le sentoit convoiteus; et dist as trois dessus dis:
         «Mi biau frère, par ordenance de nature, je sench
         bien et congnois que je ne puis longuement vivre: si
         vous remande et recarge Charle, mon fil, et usés en
     15  enssi que bon oncle doient user de leur nepveut, et
         vous en acquittés loiaulment et [le] couronnés à roi
         au plus tost apriès ma mort que vous poés, et li consilliés
         en tous ses affaires loiaulment, car toute ma
         fiance en gist en vous. Et li enffes est jones et de
     20  legier esprit: si ara mestier que il soit menés et gouvrenés
         de bonne doctrine; et li ensengniés et faites
         ensengnier tous les poins et les estas roiaulx qu’il
         doit et devera tenir; et le mariés en lieu si hault que
         li roiaulmes en vaille mieux. Je ai eu lonc tamps un
     25  mestre astronomiien, qui dissoit et affermoit que en
         sa jonèce il aroit mout à faire et isteroit de grans perils
         et de grans aventures: pour quoi, sus ces termes,
         je ai eu pluiseurs imaginacions et mout penssé coment
         che poroit estre, se che ne vient et naist de la
     30  partie de Flandres; car, Dieu merchi, les besongnes
         de nostre roiaulme sont en boin point. Li dus de Bretaigne
         est uns cauteleux homs et diviers, et a eu tousjours
   [283] le corage plus englès que françois: pour quoi
         tenés les nobles de Bretaigne et les bonnes villes à
         amour, et par ce point vous li briserés ses ententes:
         je me lo des Bretons, car il m’ont toudis servi
      5  loiaument et aidiet à garder et à deffendre contre
         mes ennemis mon roiaulme. Et faittes le signeur de
         Cliçon connestable de France, car, tout consideré, je
         n’i sai nul [plus] propise de li. Enquerés pour le mariage
         de Charle, mon fil, en Allemaigne, par quoi les
     10  aliances i soient plus fortes. Vous avés entendu comment
         nostre aversaire s’i doit et voelt mariier: ce est tout
         pour avoir plus d’alliances. De ces aides dou roiaulme
         de France, dont les povres gens sont tant travilliet
         et grevés, usés ent à vostre consience, et les hostés
     15  dou plus tost que vous poés, car che sont coses, quoique
         je les aie soustenues, qui mout me grèvent et
         poissent en corage; mès les grandes guerres et les
         grans aliances que nous avons eu à tous lés, pour la
         cause de ce pour avoir le misse, m’i ont fait entendre.»

     20  Pluiseurs parolles telles et aultres, lesquelles je ne
         peusse pas toutes oïr ne savoir, remonstra li rois
         Charlles de France à ses frères, present Carle le
         dauffin, son fil, et le duc d’Ango absent; car bien volloit
         li rois de France que li autre s’ensonniaissent en
     25  chief des besongnes dou roiaulme de France et li dus
         d’Ango, ses frères, en fust assentés, car il le doubtoit
         mervilleusement, et convoiteux le sentoit: [si] resongnoit
         che peril. Mais, quoique li rois de France le
         absentast ou lit de le mort et eslongast des besongnes
     30  de France, li dus d’Ango ne s’en absenta ne eslonga
         pas trop, car il avoit mesagiers allans et venans toudis
         songneusement entre Angiers et Paris, qui li raportoient
   [284] le certainneté dou roi; et avoit li dus d’Ango
         gens secretaires [dalés] le roi, par lesquels, de jour
         en jour, il savoit tout son estat; et au destroit jour
         que li rois de France trespassa de che siècle, il estoit
      5  à Paris et assés priès de sa cambre et i entendi
         pour li, enssi que vous orés tamprement recorder.

         Mais nous poursieurons la matère des Englois, et
         recorderons petit à petit comment il cheminèrent et
         quel chemin il tinrent et fissent, anschois que il venissent
     10  en Bretaigne.


         § 166. Quant li contes de Bouquighem et toutes
         ses routes se departirent de la forrest de Marceaunoi,
         en la conté de Blois, il cheminèrent vers Vendosme
         et vers le foriest dou Coulembier; et estoient
     15  cil de l’avant garde trop courouchié de ce que il ne
         trouvoient mais nulles aventures. Che propre jour
         que il se deslogièrent de la foriest dou Colombier et
         que il chevauchoient priès de Vendome, li avant
         garde chevauchoit tout devant, enssi que raissons
     20  est: si chevauchoient ensamble messires Thumas
         Trivès et messires Guillaumes Clinthon, environ quarante
         lances. Si encontrèrent sus leur chemin d’aventure
         le signeur de Hangiès qui s’en venoit à Vendome
         et avoit en sa route environ trente lances. Li Englès
     25  congneurent tantos que ce estoient François: si
         esperonnèrent caudement sus iaulx et abaissièrent
         les glaves. Li François, qui ne se veoient pas à jeu
         parti, n’eurent tallent d’atendre, car il estoient priès
         de Vendome: si esperonnèrent celle part pour eulx
     30  mettre à sauveté, et Englès apriès, et François devant.
         Là furent ruet jus de cops de glaves Robers de Hangiers,
   [285] cousins au signeur, et Jehans de Mon[t]igni et
         Guillaume de Launai et encores cinq ou six; et
         furent tantos enclos, et les convint rendre prisonniers
         ou pis finer. Li sires de Hangiers vint si à
      5  point à la barière que elle estoit ouverte: si descendi,
         et entra dedens, et puis prist son glave, et se mist
         vaillanment à deffensse; et furent petit à petit tout si
         compaignon requelliet, et enssi que il venoient, il
         descendoient et se mettoient à deffensse. Toutesfois, il
     10  en i ot des prisonniers jusques à douse, et puis
         retournèrent li Englès. Enssi alla de ceste aventure.

         Che propre jour aussi chevauchoient Robiers Canolles
         et sa route: si encontra et trouva le signeur
         de Mauvoisin et sa route. Si se ferirent li un dedens
     15  l’autre, Englès et François, car il estoient assés à jeu
         parti. Et ne daigna li sires de Mauvoisin fuir, mais
         se combati à piet mout vaillanment; mais finablement
         messires Robiers Canolles le prist de sa main,
         et fu son prisonnier. Et che jour passa l’oost devant
     20  Vendome et la rivière de Lar, et vint logier et gesir
         à Ausie, en la conté de Vendome, et l’endemain à
         Saint Callais; et là se repossa l’oost deus jours. Au tier
         jour, il se deslogièrent et vinrent à Lussé, et l’endemain
         au Pont Volain.


     25  § 167. Enssi cheminoient li Englès et ne savoient
         à qui parler, car nuls ne leur aloit au devant ne au
         devant de leur chemin. Si estoit tous li païs cargiés
         et raemplis de gens d’armes, et en i avoit à
         merveilles grant fuisson en la citté del Mans et
     30  en la citté d’Angiers. Et s’en vint adonc li dus
         d’Ango par Tours en Tourainne et par Blois et par
   [286] Orliiens à Paris, car il entendi que li rois, ses frères,
         agrevoit mout et que il n’i avoit point de retour; si
         voloit estre à son trespas. Et pour ce ne se departoient
         mies les gens d’armes de leurs garnissons, mais
      5  poursieuoient et costioient les Englès à leur loial
         pooir, sans euls abandonner entre iaulx trop avant.
         Et ordonnèrent les gens d’armes de France, qui
         connissoient les passages des rivières, que, sus la rivière
         de Sartre, laquelle il convenoit les Englès passer, car
     10  [si] il faissoient ce chemin, il les ensonnieroient mallement
         et les encloroient, se il pooient, ou païs: par
         quoi il les afameroient, et puis les aroient à volenté
         et les combateroient à leur avantage, vosist li rois de
         France ou non. Si fissent li signeur de France, qui le
     15  plus estoient usé d’armes, sus le passage par où il
         convenoit les Englès passer, en la rivière de Sartre,
         avaler gros mairiiens aguissiés et ferir à force en la
         rivière, par quoi eulx ne leurs carois ne peuissent
         passer; et encores, au descendement de la rivière, au
     20  prendre tière, il fissent fosser grans fossés et parfons,
         par quoi on ne peuist ariver. Enssi ordonnèrent il
         leur besongne, pour donner grant empecement as
         Englès.

         Or cheminoient li contes de Bouquighem et ses
     25  routes, quant il se partirent dou Pont Volain; et passèrent
         la forrest del Man[s] et vinrent sus la rivière de
         Sartre, et là s’aresta toute li hoos, car il ne trouvoient
         ne veoient point de passage, car la rivière est grosse
         et parfonde et trop malle à passer, se ce n’est sus les
     30  certains pas là où on le passe sans pons. Li avant
         garde, qui chevauchoit devant, avoit quis et cargiet
         desous et desus la rivière à tout lé; [mais] on n’i
   [287] trouvoit point de passage fors en che lieu où li mairiien
         estoient mis et planté à force dedens la rivière.
         Adonc descendirent li signeur et imaginèrent le passage,
         et dissent: «Par ci, se nous volons [aler] oultre,
      5  nous faut passer, car ailleurs ne trouvons nous point
         de passage.»--«Or, avant! dissent toutes manières
         de gens d’armes; il ne nous fault point espargnier:
         il nous faut à force [oster] et traire hors ces mairiiens
         de l’aige, qui nous tollent le passage.» Là veïssiés
     10  barons, chevaliers et escuiers entrer en la rivière qui
         estoit rade et courans, et iaulx mettre en grant aventure
         d’aler aval, car il estoient armé de toutes pièces
         horsmis leurs bachinès, et là s’aherdoient à ces mairiiens
         traire hors à force; et eurent, je vous di, mout
     15  de painne anchois que il les peuissent avoir hors, si
         parfont i estoient il fichiet. Toutesfois, finablement
         il les eurent et traïssent tous hors, et laissièrent aler
         aval l’aige; et quant il eurent che fait, encores eurent
         il mout de painne à ravaler [et] ouniier le rivage,
     20  pour passer ouniiement leur carroi: onques gens
         n’eurent tant de painne. Or regardés se les François qui
         les poursieuoient et qui les desiroient à combatre,
         seuissent che convenant, se il ne leur euissent porté
         grant damage, car li premier ne peuissent avoir aidiet
     25  ne conforté les daarrains ne li darrains les premiers,
         pour les grans marescages que il i avoient à passer.
         Toutesfois, tant fissent li Englès et tant esploitièrent
         que il furent tout oultre, carroi et tout, et vinrent
         che jour logier à Noion sus Sartre.


     30  § 168. Che propre jour que li Englès passèrent
         le rivière de Sartre à si grant painne, comme
   [288] vous avés oï, trespassa de che siècle, à son ostel
         à Saint Pol sus Saine, li rois de France Charles. Si
         tretos que ses frères, li dus d’Ango, sceut que il
         avoit clos les iex, il fu saisis de tous les jeuiaulx dou
      5  roi, son frère, dont il avoit sans nombre, et fist tout
         mettre en sauf lieu à garant pour li; et esperoit que
         il li venroient bien à point à faire son voiage où il tendoit
         aller, car ja s’escripsoit il rois de Sesille, de Puille
         et de Calabre et de Jherusalem. Li rois Charles de
     10  France, selonc l’ordenance des roiaulx, fu aportés
         tout parmi la citté de Paris à viaire descouvert, ses
         frères et si doi fil derrière li, jusques à l’abbeïe de
         Saint Denis, et là fu ensepvelis mout honnerablement,
         enssi comme en devant, lui vivant, il l’avoit
     15  ordonné; et gist messires Bertrans de Claiekin, qui
         fu ses connestables, à ses piés. Et vous di, quoique
         li rois Charles, ou lit de le mort, euist ordonné ses
         aultres frères à avoir le gouvrenement du roiaulme
         de France dessus le duc d’Ango, [si] n’en fu riens fait,
     20  car il se mist tantost en posession et en resgne par
         dessus tous, reservé ce que il voloit que Charles, ses
         biaux nepveux, fu couronnés à roi; mais il voloit avoir
         le gouvrenement dou roiaulme ossi avant que li autre
         ou plus, pour la cause de ce que il estoit ainnés:
     25  nuls, ou roiaulme de France, ne li osoit ne voloit
         debattre son pourpos. Et trespassa li rois de France
         environ le Saint Michiel.

         Tantos apriès son trespas, li per et li baron de
         France regardèrent et avissèrent que, à le Tousains
     30  apriès, on couronneroit le roi à Rains. A che pourpos
         se tinrent bien li troi oncle, Ango, Berri et Bourgongne,
         mès que il euissent le gouvrenement dou
   [289] roiaulme tant et si longuement que li enffes aroit
         son eage, c’est à entendre vint et un ans. Et tout
         che fissent il jurer les haus barons et prelas dou
         roiaulme de France. Adonc fu segnefiiés li couronnemens
      5  dou jone roi ens es païs lontains, au duc de
         Braibant, au duc Aubiert, au conte de Savoie, au
         conte de Blois, le conte Jehan, au duck de Gerlles,
         au duc de Jullers, au conte d’Erminach, au conte de
         Fois. Li dus de Bar, li dus de Lorraine, li dauffins
     10  d’Auviergne, li sires de Couchi estoient en le poursieute
         des Englès: si ne furent mies si trestos remandé,
         mais li contes de Flandres en fu priiés et
         segnefiiés de estre en la citté de Rains au jour qui
         assignés i estoit expresseement; on le nommoit le
     15  jour de la Tousains, qui devoit estre en diemenche.

         De le mort dou roi de France furent cil de Gaind
         grandement courouchiet, car bien sentoient que il
         aroient plus dur tamps, pour le nouviel conseil que
         cils jones rois aroit, que il n’avoient eu, car li rois
     20  Carles, de bonne [memoire], leur guerre durant, il
         leur avoit esté mout propisses, pour tant que il
         n’amoit c’un petit le conte de Flandres.

         Or parlons des Englès, et puis nous retournerons
         au couronnement dou jone roi Charle, et recorderons
     25  petit à petit les termes de son resgne et
         quels coses li avinrent.


FIN DU TEXTE DU TOME NEUVIÈME.




VARIANTES.


_Les manuscrits de la rédaction revisée_[473]_, ainsi que le manuscrit
de Besançon (qui à la fin de son tome premier contient le commencement
du second livre), placent en tête de ce livre le paragraphe 788 du
premier livre, avec quelques variantes, entre autres le changement de_
Quant li dus de Bourgongne (t. VIII, p. 251, l. 19) _en_ Vous avez bien
cy dessus ouy recorder comment le duc de Bourgongne, _dans les mss.
de la seconde famille, et le remplacement de_ Pikardie (Ibid., l. 20)
_par_ Artois, _dans les mss. de la troisième famille_.

      [473] A l’exception du _ms. B 4_, qui commence au § 36 de notre
      édition.


§ =1.= P. 1, l. 1.: _Le ms. B 1 sert de base au texte, du § 1 au § 82
inclus._

P. 1, l. 2: Picardie.--_Mss. B 12, 20_: Artois.

P. 1, l. 9-14: qui contrarioient... Limosin.--_Leçon des mss. B 5,
7.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 2, l. 18: cousins et proïsmes.--_Mss. B 5, 7_: cousins et
amis.--_Mss. B 12, 20_: parens.

P. 2, l. 21: diray.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: et esclarciray cy
après.--_Mss. B 12, 20_: esclarciray.


§ =2.= P. 2, l. 28: amise de.--_Mss. B 5, 7_: manière de.--_Ms. B 12_:
advisée.

P. 2, l. 28-29: fu mout esmerveilliés.--_Mss. B 12, 20_: eut grant
merveille.

P. 3, l. 1-2: de la nacion de Bourdeaulx.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 3, l. 9: fu mout esmerveilliés.--_Ms. B 20_: eut grant pitié.

P. 3, l. 12: Aymenions.--_Mss. B 5, 7_: Aymons.

P. 3, l. 17: lui et sa terre, en l’obeïssance.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12, 20.--Mss. B 1, 2_: en l’obeïssance, lui et sa terre.

P. 3, l. 23: Fronsach.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
Fronsart.

P. 3, l. 25: morut et.--_Manquent aux mss. B 12, 20._

P. 3, l. 32: en telle tache et paroles.--_Leçon du ms. B 7.--Mss. B 1,
2_: en telle cache et p.--_Ms. B 5_: en grant dangier et en tel tache
et parolles.--_Ms. B 6_: en très grant dangier et en telz taiches de
paroles.--_Ms. B 12_: en grant dangier et peril.--_Mss. B 13, 14_: en
grant dangier et entechié et en paroles.

P. 4, l. 1: Gaillars de Vighiers.--_Mss. B 5, 7_: Gaillars
Vighiers.--_Ms. B 12_: Gaillart Vigier.

P. 4, l. 7-8: pour ces besoignes.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._


§ =3.= P. 4, l. 13: de France.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 4, l. 18: Montcucq.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: ung moult bel fort.

P. 4, l. 20-21: à l’environ.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B
1, 2_: au Louvion.

P. 4, l. 28: de Triseguidi.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2_:
Triquedi.

P. 4, l. 31: messires.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux mss. B 1,
20._--Moncontour _manque aux mss. B 5, 7_.

P. 5, l. 2: de Crenon.--_Mss. B 5, 7_: Cremoux.--_Mss. B 12, 20_:
Crenol.--_Ms. B 14_: Crevol.


§ =4.= P. 5, l. 18: li hos.--_Mss. B 12, 20_: le siège.


§ =5.= P. 6, l. 3-4: n’estoit mie bien liés.--_Ms. B 2_: dont il
n’estoit pas bien joieulx.--_Mss. B 12, 20_: n’estoit guères joyeux.

P. 6, l. 16: pour le jouene roy.--_Mss. B 5, 7_: à l’instance du jeune
roy d’Angleterre.--_Mss. B 12, 20_: en instance du roy d’Angleterre.

P. 6, l. 23: de vent sur mer.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux
mss. B 1, 2.--Mss. B 12, 14_: sur mer.--_Ms. B 20_: en la mer.

P. 6, l. 27: et là fu.--_Leçon des mss. B 5, 7, 20._--fu _manque aux
mss. B 1, 2.--Ms. B 12_: où il fut.


§ =6.= P. 6, l. 31: chevaliers.--_Mss. B 5, 7_: homs.

P. 7, l. 3: les quatre barons.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 7, l. 7: il venissent à Bourdiaux.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: ilz ne
laissassent point que ilz ne venissent à Bourdeaulx sur Gironde.

P. 7, l. 18: pourfiter.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: conquester.

P. 7, l. 25: damage.--_Les mss. B 12, 20 ajoutent_: comme vous porrez
oyr raconter à present.


§ =7.= P. 7, l. 28: dedens.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._

P. 8, l. 9-10: Crenons.--_Ms. B 2_: de Crenon.--_Mss. B 5, 7_: de
Cremoux.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: messire Alain de Beaumont.

P. 8, l. 30-31: sus grans fuisons de cars.--_Ms. B 20_: sur plusieurs
chariotz.

P. 9, l. 10: et aux barons... tenoient.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 9, l. 22: esporonnant.--_Mss. B 5, 7_: esprouvant.--_Ms. B 12_:
piquant des esperons.

P. 9, l. 29: bon.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque au ms. B 1.--Ms.
B 2_: grant.--_Ms. B 13_: vaillant.

P. 9, l. 32: trencha tout le haterel.--_Ms. B 20_: entra ou col.

P. 10, l. 5: et de Limosin.--_Mss. B 5, 7_: ou de Limosin.--_Manquent
aux mss. B 12, 20._

P. 10, l. 2: cop.--_Ms. B 20_: horion.


§ =8.= P. 10, l. 25: prisonnier.--_Les mss. B 5, 7, 20 ajoutent_: de sa
main.

P. 10, l. 27: Longheren.--_Mss. B 5, 7_: Langurant.--_Ms. B 12_:
Langurat.--_Ms. B 20_: Lagurant.

P. 10, l. 31: des Landes.--_Leçon des mss. B 5, 7, 20.--Ms. B 1_: de
Flandres.--_Ms. B 12_: de Landas.


§ =9.= P. 11, l. 20: barons.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: des
chevaliers.

P. 11, l. 31: grant.--_Le ms. B 20 ajoute_: fiance et.

P. 12, l. 18: manaches.--_Mss. B 12, 20_: nouvelles.

P. 12, l. 19: temps.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Manque aux mss. B 1,
5, 7._

P. 12, l. 26: de Labreth.--_Ms. B 2_: d’Albret.

P. 12, l. 30: envoia.--_Mss. B 5, 7_: ordonna.


§ =10.= P. 13, l. 5: Et se partirent.--_Mss. B 5, 7_: Et se ordonna.

P. 13, l. 7: de France.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent aux
mss. B 1, 2._

P. 13, l. 9: au soir.--_Leçon des mss. B 5, 7, 20.--Manquent aux mss. B
1, 2._

P. 13, l. 10-11: si se recoeillirent.--_Mss. B 5, 7_: et le
recueilli.--_Ms. B 12_: si le recueillirent.

P. 13, l. 18: messires Jehans de Jeumont.--_Mss. B 1, 2_: messires
Jehans de Reumont.--_Mss. B 5, 7_: le sire de Jumont.--_Mss. B 12, 20_:
le seigneur de Jeumont.

P. 13, l. 32: pillie.--_Ms. B 12_: pilliée et robée.--_Ms. B 13_:
courue et pillée.--_Ms. B 14_: toute pillée.


§ =11.= P. 14, l. 9: li quattre baron gascon.--_Ms. B 2_: là quatre
barons gascons.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: les autres barons gascoings.

P. 14, l. 16: Tant... li.--_Mss. B 12, 20_: Tant fut traitté et parlé
aux.

P. 14, l. 18: eurent en convent.--_Mss. B 2, 20_: promirent.

P. 14, l. 26-27: disnoient... lui.--_Mss. B 12, 20_: mengoient en son
logeis et à sa table.


§ =12.= P. 14, l. 30: vez ci pour coi.-_-Mss. B 5, 7_: vez ci
comment.--_Ms. B 12_: et vous diray pour quoy.--_Mss. B 13, 14, 20_: et
vecy pourquoy.

P. 15, l. 4: à mentir no serement.--_Ms. B 2_: aneantir nostre
serement.--_Ms. B 12_: à faillir de promesse et de serement.

P. 15, l. 10: rapporter.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Ms. B 1_:
aporter.--_Mss. B 12, 20_: adonner.

P. 15, l. 15: Bourdiaux.--_Ms. B 20_: Londres.

P. 15, l. 30: nouvelles.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_: barons.

P. 16, l. 7: repris.--_Mss. B 5, 7, 12_: reprouchiez.


§ =13.= P. 16, l. 24-25: fourrageurs.--_Mss. B 5, 7_: les François.

P. 16, l. 28: garnisons.--_Les mss. B 5, 7, 12 ajoutent_:
angloiches.--_Le ms. B 20 ajoute_: anglois sus le pays et.

P. 16, l. 31: leur.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: les.

P. 17, l. 9-10: Saint Malquaire.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: Saint Makaire.

P. 17, l. 22: Sauveterre.--_Ms. B 1_: Sainte Terre.

P. 18, l. 6: sires.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: et capitaine.

P. 18, l. 21: Auberoche.--_Ms. B 20_: Amberoche.


§ =14.= P. 19, l. 2: barières.--_Mss. B 5, 7_: la ville aux barrières.

P. 19, l. 6: s’espardirent.--_Ms. B 2_: s’espandirent.--_Mss. B 5, 7,
20_: se departirent.--_Ms. B 12_: se partirent.

P. 19, l. 15: nuls ne.--_Leçons des mss. B 5, 7, 12.--Manquent au ms. B
1._

P. 19, l. 24-25: un secret traictiet.--_Mss. B 5, 7_: en secret
traictier.--_Mss. B 12, 20_: secretement traictier.

P. 19, l. 27: Saint Makaire.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._


§ =15.= P. 20, l. 4: très.--_Mss. B 2, 12_: dès.

P. 20, l. 5: à Thoulouse.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._

P. 20, l. 5: ajeute.--_Mss. B 2, 5, 7, 12_: acouchée.

P. 20, l. 13: ouniement.--_Mss. B 20_: routièrement.

P. 20, l. 18: un hiraut qui les apporta.--_Mss. B 5, 7_: deux heraulx
qui les apportèrent.

P. 20, l. 27: ou tellement ou autrement.--_Mss. B 2_: par traictié ou
autrement.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: ou bellement ou laidement.


§ =16.= P. 21, l. 26: Liebronne.--_Mss. B 5, 7_: Liborne.


§ =17.= P. 22, l. 12: ou poing.--_Mss. B 5, 7_: à la main.

P. 22, l. 20: de ce qu’il faisoit.--_Ms. B 20_: de ses vaillances.

P. 22, l. 25: et.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: le chevalier.

P. 23, l. 16: se resgrami.--_Mss. B 2, 5, 7_: se rengrega.--_Ms. B 20_:
se remforça.


§ =18.= P. 24, l. 8-9: Et vous n’en serés ja desdis.--_Leçon des mss. B
5, 7, 12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 24, l. 11: au tour.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: à tour.--_Mss. B
5, 7_: devant.

P. 24, l. 11-13: et mettre... chastiel.--_Manquent au ms. B 20._

P. 24, l. 14-15: de chiaux... François.--_Manquent au ms. B 20._

P. 24, l. 15: de la ville.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss.
B 1, 2, 12._


§ =19.= P. 24, l. 30: à Ymet.--_Le ms. B 20 ajoute_: et depuis anglois,
comme dit est.

P. 24, l. 31: Jehan de Roye.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: Tristran de Roye.


§ =20.= P. 26, l. 26: devant.--_Ms. B 20_: mettre le siège par devant.

P. 26, l. 28: l’embouque.--_Mss. B 2, 5, 7, 12_: l’emboucheure.

P. 26, l. 31: fu venus.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent aux
mss. B 1, 2._


§ =21.= P. 27, l. 29: en toueil.--_Mss. B 2, 5, 7_: entoullié.--_Mss. B
12, 20_: en trouble.

P. 27, l. 30 à p. 28, l. 2: car li... Robert.--_Manquent aux mss. B 5,
7, 12, 20._

P. 29, l. 4: auques.--_Mss. B 2, 20_: quasi.

P. 29, l. 15: Jehans Bisès.--_Mss. B 1, 2, 5_: Guillaume Bissès.--_Ms.
B 7_: messire Bissez.--_B 12_: Jehan de Bissès.--_Ms. B 20_: Guillemme
Bise.

P. 29, l. 17: Asneton.--_Mss. B 1, 7_: Abreton.--_Ms. B 2_:
Abeton.--_Ms. B 5_: Aberton.--_Ms. B 12_: Aboreton.--_Ms. B 20_:
Avoeton.

P. 30, l. 2: fraper.--_Ms. B 12_: rompre.

P. 30, l. 9: eshidés.--_Ms. B 7_: effraiés.--_Ms. B 20_: esbahis.

P. 30, l. 9-10: salli... morut.--_Ms. B 12_: saillit de hault en bas
tant qu’il se rompit le col et là morut.

P. 30, l. 22: rompons.--_Mss. B 5, 7, 12_: rompez.

P. 30, l. 23: sont.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque au ms. B
1._

P. 30, l. 27: à Anwich.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. B 1_: au mich.--_Ms.
B 7_: à Ammuich.

P. 30, l. 30: pris.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
partis.

P. 31, l. 3: murs.--_Le ms. B 12 ajoute_: Si ne doubte point qu’il ne
s’en hastera de plus tost pour nous venir secourir et aidier en ces
besoignes.


§ =22.= P. 31, l. 5: de.--_Manque aux mss. B 1, 2, 5, 7, 12._

P. 31, l. 27: baus.--_Mss. B 5, 7, 12_: bancs.

P. 31, l. 31: huier.--_Ms. B 12_: mocquier.

P. 32, l. 10: d’Escoche.--_Le ms. B 12 ajoute_: et de là entour.

P. 32, l. 12: Mourlane.--_Ms. B 12_: Montelane.

P. 32, l. 14: Dombare.--_Ms. B 20_: Doubate.

P. 32, l. 15: Anwich.--_Ms. B 12_: Anduich.


§ =23.= P. 32, l. 17: Froiane.--_Ms. B 12_: Friant.


§ =24.= P. 34, l. 13-15: et dirent... combatroient.--_Leçon des mss. B
5, 7, 12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 34, l. 31: leur propos.--_Leçon des mss. B 7, 12.--Ms. B 12_: leurs
repos.--_Manque au ms. B 20._

P. 35, l. 1: route.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque au ms. B
1.--Ms. B 2_: armée.

P. 35, l. 3: Englès qui.--_Ms. B 20_: Et ces Escots vindrent de si près
sur les Anglois que.

P. 35, l. 4: estre.--_Leçon des mss. B 2, 7, 12.--Manque au ms. B 1._


§ =25.= P. 35, l. 16: deffoucqua.--_Ms. B 2_: transporta.--_Mss. B 5,
7, 20_: desrouta.--_Ms. B 12_: desroutèrent.


§ =26.= P. 36, l. 21: à remontière.--_Mss. B 5, 7, 12_: à
remontée.--_Ms. B 20_: vers le soir.

P. 37, l. 4-5: ne onques... mort _manquent au ms. B 12_.

P. 37, l. 4-5: ne onques... exepté.--_Ms. B 20_: et n’en respitoient
nulz de mort fors.


§ =27.= P. 37, l. 30: chevaucheroient.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Mss. B 1, 2_: chevauchièrent.

P. 38, l. 2-5: qui... d’armes.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 38, l. 5: li un.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1, 2,
12._


§ =28.= P. 38, l. 17: Lindesée.--_Mss. B 12, 20_: Lindesore.

P. 39, l. 6: Thumas Barton.--_Mss. B 5, 7, 20_: Richart Breton.--_Ms. B
12_: Richart Bertin.

P. 39, l. 21: le Thuyde et.--_Manquent aux mss. B 5, 7, 12, 20._

P. 39, l. 22: Hondebray.--_Les mss. B 5, 7, 12, 20 ajoutent_: et siet
sus le Tuide.


§ =29.= P. 40, l. 12: plueve.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._

P. 40, l. 13: tel vens.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: vens.--_Mss. B
5, 7_: vent si froit.--_Ms. B 12_: vent si fort.

P. 40, l. 15: vain.--_Ms. B 5_: abatu.--_Mss. B 7, 12_: batu.

P. 40, l. 16: froit.--_Les mss. B 5, 7, 12, 20 ajoutent_: et de malaise.


§ =30.= P. 41, l. 15: s’espardirent.--_Les mss. B 5, 7, 12, 20
ajoutent_: sur le pays et.

P. 42, l. 3: sis.--_Mss. B 5, 7_: set.--_Ms. B 20_: cinq.


§ =31.= P. 42, l. 22: les Englès.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 42, l. 29-31: il un cri... la cause de.--_Leçon du ms. B
20.--Manquent aux mss. B 1, 2.--Mss. B 5, 7_: ung cry et me semble que
tous devoient crier: «Douglas! Saint Gille!»--_Ms. B 12_: ung cry et
signe les Escoçois; et me semble que devoient cryer: «Douglas! Saint
Gille!» pour cause de la place et de.

P. 42, l. 30-31: pour... Gille.--_Manquent aux mss. B 5, 7._

P. 43, l. 11-12: molin... Mesonde!»--_Mss. B 5, 7_: molin de gueules et
de Triemesonde.--_Ms. B 12_: molin et une bordure endentée de geules de
Tremesonde.

P. 43, l. 12: Mesonde.--_Ms. B_: Mesuede.

P. 43, l. 18: Arleton.--_Ms. B 20_: Arlton.

P. 44, l. 16: d’ochis... plentet.--_Ms. B 12_: occiz grant nombre de
pietons.


§ =32.= P. 45, l. 2-4: et de... Rosebourcq.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 45, l. 8: celle propre nuit.--_Ms. B 20_: ce propre jour.

P. 45, l. 15: nulles nouvelles.--_Mss. B 12, 20_: nulz trouvez.

P. 46, l. 2: et de Notinghem.--_Leçon du ms. B 12.--Manquent aux mss. B
1, 2, 5, 7, 20._


§ =34.= P. 47, l. 3: fevrier.--_Le ms. B 7 ajoute_: M. CCC. LXXVII.

P. 47, l. 4: et de se coulpe, che.--_Ms. B 2_: ceste royne fut fille
au gentil duc de Bourbon, messire Pierre, qui mourut à la bataille de
Poitiers, laquelle trespassa de roupture ainsi que.

P. 47, l. 4: de se coulpe.--_Ms. B 1_: et de roupe.--_Mss. B 5, 7, 12_:
par sa coulpe.

P. 47, l. 11: baignier.--_Les mss. B 12, 20 ajoutent_: et se baigna.


§ =35.= P. 47, l. 26: en l’ombre.--_Ms. B 12_: soubz umbre.--_Ms. B
20_: ou Lombardie.

P. 48, l. 5: s’ouvrirent.--_Ms. B 20_: sourvindrent.


§ =36.= P. 49, l. 6: là.--_Ms. B 12_: à Romme.

P. 49, l. 11: là.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7.--Manque aux mss. B 1, 12._

P. 50, l. 7: maistres phisiciens.--_Mss. B 5, 7, 12_: maistres de
phisique.

P. 50, l. 8: merveilleux.--_Ms. B 2_: malicieux.

P. 50, l. 9: et seigneurs.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._

P. 50, l. 10: seance.--_Ms. B 2_: vouloir.--_Mss. B 5, 7_:
feaulté.--_Ms. B 12_: plaisance.


§ =37.= P. 50, l. 22: liet.--_Mss. B 2, 12_: joieux.

P. 50, l. 23: tout li capitoles.--_Ms. B 2_: tous les chapitres.--_Mss.
B 5, 7_: tous les capitolz.--_Ms. B 12_: tous ou capitole.

P. 50, l. 30 à p. 51, l. 1: le XXVIIIe... Pasques.--_Leçon du ms. B
7.--Manquent aux mss. B 1, 2, 5, 12, 20._


§ =38.= P. 51, l. 7: pape.--_Placé après_ eslire _dans les mss. B 5, 7,
12_.--_Manque au ms. B 1._

P. 51, l. 11: encoragiés.--_Ms. B 2_: erragez.

P. 51, l. 23: mouteplia.--_Mss. B 5, 7, 12_: monta.

P. 51, l. 29: pour sauver leurs vies.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 52, l. 6: on.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. B 1, 2._

P. 52, l. 6-7: et l’appelloit on le cardinal.--_Manquent aux mss, B 5,
7._

P. 52, l. 18: traveillié.--_Ms. B 2_: moulu et debatu.

P. 52, l. 18: de la paine et dou traveil.--_Ms. B 12_: de la
paine.--_Manquent aux mss. B 5, 7._

P. 52, l. 19-20: Si fu... gist.--_Manquent au ms. B 2._


§ =39.= P. 52, l. 22: alloient.--_Ms. B 12_: yroient.

P. 52, l. 26: Genneuez.--_Ms. B 2_: Geneve.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_:
Jennes.

P. 53, l. 1: monstroient.--_Mss. B 5, 7, 12_: monstrèrent.

P. 53, l. 4: avisez vous.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7, 12, 20.--Manque
au ms. B 1._

P. 53, l. 17: apaisier, li cardinal.--_Manquent au ms. B 20._

P. 53, l. 29: Si en.--_Manquent aux mss. B 5, 7._

P. 54, l. 4: revoca.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
renoncha.

P. 54, l. 6: toutes manières de clercs.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._


§ =40.= P. 54, l. 14: pourposoient.--_Ms. B 2_: semoient.

P. 54, l. 15: venoit.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._

P. 54, l. 18: de ses nepveus.--_Mss. B 5, 7_: des enffans.

P. 54, l. 18-19: mainburnie.--_Mss. B 2, 20_: gouvernement.--_Ms. B
12_: main garnie.

P. 54, l. 27: traictant.--_Ms. B 2_: suppliant.

P. 54, l. 29: au roy.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1,
2, 12._

P. 55, l. 7: en.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7.--Manque aux mss. B 1, 12._

P. 55, l. 10: Pières Bascle.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B
1, 2_: Pières de Bascle.

P. 55, l. 15: deux fieus.--_Ms. B 2_: damoiseaulx.

P. 55, l. 18: enfans.--_Le ms. B 20 ajoute_: de Navarre.

P. 55, l. 19: mieulx estre.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Ms. B 2_:
eslongner.

P. 55, l. 20: Navare.--_Le ms. B 20 ajoute_: en France.

P. 55, l. 26: entretant que cil traicteur.--_Ms. B 2_: pendant que ces
ambaxadeurs.

P. 56, l. 12: se souffri il de.--_Ms. B 2_: endura il.


§ =41.= P. 56, l. 22-23: huit mil.--_Mss. B 5, 7_: sept mil.

P. 56, l. 23: d’eulx.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1,
2, 12.--Ms. B 20_: de leurs.

P. 57, l. 2: fust sires des.--_Ms. B 20_: presist en sa main icelles
villes et.

P. 57, l. 13-14: et furent... examinet.--_Manquent au ms. B 20._

P. 57, l. 15-16: qu’ilz... France.--_Manquent au ms. B 20._

P. 57, l. 29: delivrer.--_Mss. B 5, 7_: donner.--_Ms. B 12_: livrer.

P. 58, l. 5: avoient.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_:
avoec.--_Ms. B 2_: avecques.

P. 58, l. 9: rescheus.--_Mss. B 5, 7_: restant.

P. 58, l. 15: faisoient.--_Leçon des mss. B 2, 12, 20.--Mss. B 1, 5,
7_: faisoit.


§ =42.= P. 58, l. 19: baronnie.--_Mss. B 5, 7_: seigneurie.

P. 58, l. 32: Gauville.--_Mss. B 5, 7_: Graville.--_Ms. B 12_: Jenville.


§ =43.= P. 59, l. 12: Montpellier.--_Les mss. B 12, 17 ajoutent_: de
par le roy de France.

P. 59, l. 14-15: maisons.--_Mss. B 5, 7_: chasteaulx.

P. 59, l. 23: jureroit.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Mss. B 1, 2, 5, 7_:
juroit.

P. 60, l. 31 à p. 61, l. 1: un vaissiel que on... dedens ce.--_Manquent
au ms. B 12._


§ =44.= P. 61, l. 13: Lescut.--_Mss. B 5, 7_: l’Estat.--_Ms. B 12_:
Leschin.

P. 61, l. 16: Espaignars.--_Mss. B 5, 7_: Espaignolz.

P. 62, l. 5: coustenges.--_Ms. B 2_: propres coustz.--_Mss. B 5, 7_:
coustages.--_Ms. B 12_: despens.

P. 62, l. 23: païer.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss.
B 1, 2._

P. 62, l. 23: et.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss. B
1, 2._

P. 62, l. 31: de Cantebruge.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7, 12, 20.--Ms. B
1_: d’Escambruges.


§ =45.= P. 63, l. 29: bordes.--_Ms. B 12_: bondes.--_Ms. B 20_: bendes.

P. 64, l. 4: Oliviers de Claiequin.--_Mss. B 5, 7_: Olivier de Cliçon.


§ =46.= P. 64, l. 8: Evreux.--_Ms. B 1_: Evreuses, _corrigé en_ Evreux.

P. 64, l. 11-12: et près... Costentin.--_Manquent au ms. B 7._

P. 64, l. 12: ou clos de Costentin.--_Manquent au ms. B 12._

P. 65, l. 15: de Kem.--_Ms. B 4_: de Rouem.


§ =47.= P. 65, l. 29: chiaux.--_Ms. B 1_: chil.--chiaux de _manquent
aux mss. B 5, 7, 12_.

P. 65, l. 30-31: les heurent.--_Mss. B 1, 2, 7_: heurent.--_Mss. B 5,
12_: l’eurent.

P. 66, l. 13: rafresquirent.--_Le ms. B 5 ajoute_: jusques à troys
jours.

P. 66, l. 24-25: Et tout chil... Evreux.--_Ms. B 12_: mais qu’ilz ne se
tireroient autre part que à Avrenches.


§ =48.= P. 67, l. 3 _et dans tout le paragraphe_: Evreux.--_Mss. B 12,
15, 16_: Avrenches.

P. 67, l. 10: Si.--_Leçon du ms. B 2.--Ms B 1_: Se.

P. 67, l. 15: En ce temps.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 2_:
Ainsi.

P. 67, l. 19 _et ailleurs_: de Cantebruge.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7,
12, 20.--Ms. B 1_: d’Escanbruge.

P. 67, l. 23: Hantonne.--_Leçons des mss. B 5, 7, 12.--Mss. B 1, 2_:
Plewmoude.--_Ms. B 20_: Hantonne ne à Plemunde.


§ =49.= P. 68, l. 21: et Blaves.--_Manquent au ms. B 7._

P. 68, l. 28: queillie.--_Mss. B 5, 7_: amassé bien environ.

P. 68, l. 29: pot.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_: peut.

P. 69, l. 4: sçavoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1_:
sçavoient.--_Ms. B 20_: pouoit savoir.


§ =50.= P. 69, l. 11: très en yvier.--_Ms. B 12_: dès l’yver devant.

P. 69, l. 14: Radigos.--_Ms. B_: Radighaus.

P. 69, l. 15: Boukenègre.--_Mss. B 5, 7_: Bouchenoire.

P. 69, l. 27: nigromacien.--_Mss. B 5, 7_: nigromateur.

P. 70, l. 3: Couroingne.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. B 1_:
Quenouille.--_Ms. B 5_: Coloigne.--_Mss. B 7, 20_: Caloigne.

P. 70, l. 7: Lescut.--_Mss. B 5, 7_: Lestat.--_Ms. B 12_: Leschin.

P. 70, l. 25-28: heut... l’istore.--_Ms. B 20_: fut mal content pour
tant qu’il le tint emprès luy plus de XVIII mois, comme cy après sera
bien au long declairé.


§ =51.= P. 70, l. 31: leur armée.--_Ms. B 12_: leurs routes.

P. 71, l. 9: li contes.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Manquent au ms. B
1._

P. 71, l. 13: Guillaumes de M.--_Ms. B 12_: Jehan de M.

P. 71, l. 24: Ewrues.--_Ms. B 12_: Avrences.

P. 72, l. 13: Saint Malo.--_Les mss. B, 5, 7 ajoutent_: de l’Isle, car
nouvelles furent tantost sceuez en Bretaigne: si se departirent de
leurs maisons.


§ =52.= P. 72, l. 31: partirent.--_Leçon du ms. B 7.--Mss. B 1, 2, 20_:
deportèrent.

P. 73, l. 8 _et ailleurs_: Valoingne.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Mss. B 1, 20_: Avalongne.

P. 73, l. 10: heut ravitaillié Chierebourcq.--_Leçon des mss. B 5,
7.--Ms. B 1_: heut ravitailliés.--_Ms. B 20_: l’eut ravitaillié.


§ =53.= P. 73, l. 29: plentiveuse.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: plentureux.

P. 74, l. 4: conquerir.--_Ms. B 5_: courir.

P. 74, l. 6: manssions.--_Mss. B 5, 7, 12, 20_: mantiaulx.

P. 74, l. 11: furent.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. B 5, 7, 12, 20_: eut.

P. 74, l. 16: courouchiet.--_Le ms. B 20 ajoute_: et bien y avoit cause.

P. 74, l. 18: Yeuwain.--_Ms. B 12_: Yvain.


§ =54.= P. 74, l. 22: bastides.--_Ms. B 12_: bastilles.

P. 74, l. 23: seoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss.
B 1, 2._

P. 75, l. 2: Saint Ligier.--_Ms. B 12_: Saint Pierre.

P. 75, l. 5: d’un an et demi.--_Ms. B 20_: de XVIII moiz.

P. 75, l. 18: qu’il.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: qui.

P. 75, l. 31: et sçavoit galois.--_Manquent aux mss. B 5, 7, 12._

P. 76, l. 11: dou païs.--_Leçon des mss. B 7, 12.--Manquent aux mss. B
1, 2._

P. 76, l. 17: si.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._

P. 76, l. 23: Gales que le roi d’Engleterre.--_Mss. B 5, 7, 12_: qui
avoit esté en Galles, lequel le roy Edouart d’Angleterre.--_Ms. B 20_:
lequel avoit esté decolé par l’ordonnance du roy Edouard d’Angleterre.

P. 76, l. 32 à p. 77. l. 1: Et s’arma... Jehan.--_Leçon des mss. B 5,
7, 12, 20.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 77, l. 4-5: et quant... France.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._


§ =55.= P. 77, l. 13-15: sour une... castel.--_Manquent au ms. B 20._

P. 77, l. 25-26: en une sengle... mantel.--_Ms. B 20_: en une simple
robe affublée sur sa chemise.

P. 77, l. 26: d’un.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: un.

P. 77, l. 30 à p. 78, l. 1: sus celle... françois.--_Ms. B 20_: sur une
pièce de bois.

P. 78, l. 6: une petite courte darde.--_Ms. B 12_: un petit court dart.

P. 78, l. 8: l’entoise.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: entoise.


§ =56.= P. 79, l. 21: à parler.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 5, 7._

P. 79, l. 24: Ewreux.--_Ms. B 12_: Avrenches.


§ =57.= P. 79, l. 26 _et plus loin_: Ewreux.--_Mss. B 12, 15, 16, 17_:
Avrenches.

P. 79, l. 26-27: chiaux... c’estoient.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Ms. B 20_: et comment ceulz qui... c’estoient.--_Manquent aux mss.
B 1, 2._

P. 80, l. 15: la conté d’Ewreux.--_Ms. B 12_: la contrée d’Avrenches.

P. 80, l. 29: si.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: se.

P. 80, l. 30: causes.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. B 1, 2, 5, 20_:
raisons.--_Ms. B 7_: moyens.

P. 81, l. 2: ce.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._

P. 81, l. 3: voult.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: veult.

P. 81, l. 11: respondit.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7, 12, 20.--Ms. B 1_:
responderoit.

P. 81, l. 12: le leur.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux mss. B 1,
2, 12, 20._

P. 81, l. 17: à Roem.--_Leçon des mss. B 12, 17, 20.--Mss. B 5, 7_:
vers Rouen.--_Manquent aux mss. B 1, 2._


§ =58.= P. 82, l. 9: li dauffins d’Auvergne.--_Ms. B 20_: le dalphin de
Vienne.

P. 82, l. 14: delaiast.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: laiast.--_Mss. B
12, 20_: laissast.

P. 82, l. 21: Dinant.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
Durant.

P. 82, l. 32: en Bretaigne.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._

P. 83, l. 12: cuidoient.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. B 1, 2, 5, 7, 12,
20_: disoient.

P. 83, l. 15: li rois de France.--_Ms. B 7_: le connestable.

P. 83, l. 18: de set les cinc.--_Mss. B 5, 7_: contre six les
cinq.--_Ms. B 12_: de cinc les six.--_Ms. B 20_: de VI les V.


§ =59.= P. 83, l. 20: ardoiant.--_Ms. B 1_: adoiant.--_Ms. B 2_:
abaiant.--_Mss. B 5, 7_: ardaiant.--_Ms. B 20_: adaiant.--_Manque au
ms. B 12._

P. 83, l. 24: avoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
avoir.

P. 84, l. 12: servir.--_Mss. B 5, 7_: suivir.--_Ms. B 12_: suir.--_Ms.
B 20_: siewir.

P. 84, l. 13: d’Obies.--_Mss. B 5, 7_; de Viez.--_Ms. B 12_: du Biez.

P. 84, l. 19-20: estant... combatre.--_Leçon du ms. B 14.--Manquent aux
mss. B 1, 2, 5, 7, 12, 20._


§ =60.= P. 84, l. 26: faites.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Ms. B
1_: affaires.--_Après_ pluisieurs _le ms. B 2 ajoute_: en semonnant
l’un l’autre à bataille, mais c’estoit sans effect.

P. 85, l. 20: dou.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: de.


§ =61.= P. 85, l. 27: Mortaigne.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux
mss. B 1, 2, 20._

P. 85, l. 28: d’Aineval.--_Ms. B 1_: d’Ainelval.

P. 86, l. 4: Abretons.--_Mss. B 1, 4, 5, 7, 12, 20_: Breton.--_Ms. B
2_: Berton.

P. 86, l. 4: et.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. B 1._

P. 86, l. 5-6: compaignie de hommes d’armes.--_Leçon du ms. B
2.--Manquent au ms. B 1._

P. 86, l. 8: ossi.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque aux mss. B 1,
2, 20._

P. 86, l. 20: Bourdeloix.--_Ms. B 12_: Blaye.

P. 86, l. 29: mer.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. B 1.--Ms. B 20_:
sur la mer.--sus mer _manquent au ms. B 2._

P. 86, l. 32: 1378.--_Ms. B 5_: 1477.--_Ms. B 7_: 1377.


§ =62.= P. 87, l. 3-4: si grant... si.--_Ms. B 20_: si grant nombre de
groz bateaulx faisans grant sonnerie de leurs instrumens, ilz.

P. 87, l. 18-19: que maintenant il.--_Ms. B 20_: par le herault qu’ilz.

P. 87, l. 19: maintenant.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque aux mss. B
1, 2, 12._

P. 87, l. 25: Multon.--_Ms. B 12_: Milton.

P. 88, l. 7: Garonne.--_Ms. B 12_: Gironde.


§ =63.= P. 88, l. 23: hoquebos.--_Leçon des mss. B 12, 20.--Mss. B 1,
2_: hoquecos.--_Manque aux mss. B 5, 7._

P. 89, l. 3: sorler en piet.--_Ms. B 12_: sorlers ne chausses.

P. 89, l. 10: de Monmore ne... ne le.--_Ms. B 20_: chief des assiegans
et les autres ilz ne.

P. 89, l. 10-11: ne le seigneur de Montcontour.--_Manquent aux mss. B
1, 2, 12._

P. 89, l. 11: ne seigneur de nom.--_Manquent aux mss. B 5, 7._


§ =64.= P. 89, l. 29: tout teret par deseure.--_Manquent aux mss. B 5,
7, 12, 14._

P. 89, l. 29-30: telement que tout homme y pouoit passer.--_Leçon du
mss. B 14._


§ =65.= P. 90, l. 27: messire Jehan.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B
1, 2, 12, 20_: le seigneur.

P. 90, l. 28: messires Pierres.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2,
12, 20_: li sires.

P. 90, l. 29: Thomas.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12, 20_:
celui.

P. 91, l. 21: demorer.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12, 20_:
mettre.


§ =66.= P. 92, l. 18: Malatrait.--_Mss. B 5, 12_: Malestroit.

P. 92, l. 19: Combor.--_Ms. B 5_: Combours.--_Ms. B 12_: Combourges.

P. 92, l. 31: les.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manque aux mss. B
1, 2._

P. 93, l. 18: perdu.--_Ms. B 20_: souprins.

P. 94, l. 5: estoient.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: estoit.


§ =67.= P. 95, l. 3: s’en alloit aval.--_Ms. B 20_: d’esté leur
failloit.


§ =68.= P. 95, l. 29: baron.--_Leçon du ms. B 7.--Mss. B 1, 2, 5, 12,
20_: bretons.

P. 96, l. 10 _et ailleurs_: Valongne.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. B 1, 5,
7, 20_: Avaloingne.

P. 96, l. 17: pueent.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12_:
pooient.

P. 97, l. 9-10: et là avoit... navarois.--_Leçon du mss. B 7.--Ms. B
1_: et lui avoit amené uns escuiers navarois.

P. 97, l. 11: Cocq.--_Ms. B 12_: Cour.--_Ms. B 20_: Kor.

P. 97, l. 15 _et_ 27: Claiequin.--_Ms. B 20_: Clichon.

P. 97, l. 20: dou conquès.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. B 1, 2_: donques.


§ =69.= P. 99, l. 4-5: Si demorèrent... lieu.--_Ms. B 12_: et où il
avoit laissié.

P. 99, l. 11: et temps.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B
1, 2, 12, 20._


§ =70.= P. 99, l. 17: Espaignols.--_Le ms. B 12 ajoute_: et Chastellans.

P. 99, l. 19: Raymons de Ramasen.--_Manquent au ms. B 12._

P. 99, l. 28-29: le païs de.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux
mss. B 1, 2, 12, 20._

P. 100, l. 9 _et ailleurs_: Garonne.--_Ms. B 12_: Gironde.


§ =71.= P. 101, l. 20: prendre.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: et estre.

P. 101, l. 26-29: assamblerés... ensemble.--_Ms. B 1_: assemblée.

P. 102, l. 1: avoec les Englès.--_Ms. B 20_: en Bourdeaulx.

P. 102, l. 5: fors.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: fois.


§ =72.= P. 102, l. 12-13: avoec... Marie.--_Manquent au ms. B 12._

P. 102, l. 13: lui.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 102, l. 17: Medine.--_Mss. B 7, 12_: Nidine.

P. 102, l. 18: Balesque.--_Mss. B 12, 20_: Falesque.


§ =73.= P. 103, l. 31: Abreton.--_Mss. B 1, 2, 5, 7, 12, 20_: Breton.

P. 104, l. 1: Afuselée.--_Ms. B 12_: Afulée.

P. 104, l. 2: Guillaume.--_Ms. B 20_: Jehan.

P. 104, l. 2: Triquelet.--_Ms. B 7_: Croquet.--_Mss. B 12, 20_:
Treliquet.

P. 104, l. 4: Hausdrach.--_Leçon donnée plus bas, p. 114, l. 25.--Mss.
B 1, 12_: Handesach.--_Ms. B 2_: Houdesach.--_Ms. B 20_: Mondesac.

P. 104, l. 4: Monnet.--_Leçon donnée plus bas p. 110, l. 14.--Ms. B 1_:
Mourot.

P. 104, l. 4: Plaisac.--_Ms. B 12_: Plaisanc.

P. 104, l. 13: nepveu.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. B 1, 2_:
cousin.

P. 104, l. 32: appertement.--_Ms. B 20_: asprement.


§ =74.= P. 105, l. 23: Tasseghen.--_Mss. B 5, 7_: Tassegon.--_Ms. B
12_: Tasseurgnon.--_Ms. B 20_: Tassegnon.

P. 106, l. 7: Bregerach.--_Mss. B 5, 7_: Bregeulx.


§ =75.= P. 106, l. 24: Thudelle.--_Leçon donnée plus bas, p. 110,_ _l.
23.--Mss. B 1, 12, 20_: Toulette.--_Ms. B 2_: Tolette.--_Mss. B 5, 7_:
Tollette.

P. 106, l. 26: Pallas.--_Ms. B 1_: Paillans.

P. 107, l. 7: Pans.--_Mss. B 1, 2_: Paws.--_Ms. B 20_: Pauz.

P. 107, l. 32: eglises.--_Ms. B 20_: passages.

P. 108, l. 4: combatre.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Mss. B 1, 2_:
contre.


§ =76.= P. 108, l. 26: s’ordonnèrent.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Mss. B 1, 2_: s’ordonnoient.

P. 108, l. 29: estoient.--_Le ms. B 20 ajoute_: venuz fort puissans.


§ =77.= P. 110, l. 1: visconte.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Mss. B 1,
2_: conte.

P. 110, l. 13: Castielbon.--_Ms. B 12_: Chastillon.

P. 110, l. 14: Plaisac.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Mss. B 1, 2, 12, 20_:
Plaisanc.

P. 110, l. 15: demora.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manque aux mss. B
1, 2._

P. 110, l. 27-29: car li... waïn.--_Manquent aux mss. B 5, 7._

P. 110, l. 29: que en waïn.--_Ms. B 12_: comme en temps de juing.--_Ms.
B 20_: que en temps de gaïn.

P. 111, l. 4: uit cens.--_Mss. B 5, 7_: set cens.

P. 111, l. 11: Sorie.--_Ms. B 12_: Soire.


§ =78.= P. 111, l. 24: gens.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: d’armes.

P. 112, l. 10-11: et une... venir.--_Mss. B 5, 7_: et une neige va
commencier à venir.

P. 112, l. 11-12: et là... perdu.--_Mss. B 5, 7, 20_: et la terre à
estre toute couverte de neige, par quoi les guides perdirent tout.

P. 112, l. 18: chevauchée et.--_Leçon des mss. B. 5, 7.--Manquent aux
mss. B 1, 2, 12, 20._


§ =79.= P. 113, l. 1: geniteurs.--_Ms. B 12_: ceulx du guet.

P. 113, l. 3: geniteur.--_Ms. B 12_: ces guetteurs.

P. 113, l. 18: de jour.--_Ms. B 1_: de jours.


§ =80.= P. 113, l. 28: cuer.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 1_: cor.

P. 114, l. 14: Alphore.--_Mss. B 5, 7, 12_: Alpharo.--_Ms. B 20_:
Arphoro.

P. 114, l. 21: Hausdrac.--_Ms. B 12_: Hansdrach.--_Ms. B 20_: Masdrac.

P. 114, l. 26: Mascles.--_Ms. B 12_: Maches.

P. 115, l. 7: à un pont amont.--_Mss. B 5, 7_: amont un petit pont.

P. 115, l. 18-19: pour... desconfissoient.--_Leçon des mss. B 5, 7,
12.--Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 115, l. 22: s’ensonnièrent.--_Ms. B 1_: les ensonnioient.--_Ms. B
12_: les ensonnièrent.--_Ms. B 20_ les occupoient.

P. 115, l. 27-29: nous... retournèrent.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12,
20.--Manquent aux mss. B 1, 2._


§ =81.= P. 116, l. 21: ses pères.--_Mss. B 5, 7, 12_: le roy son père.

P. 116, l. 26: dedens.--_Ms. B 1_: devens.

P. 116, l. 29: Henri.--_Le ms. B 12 ajoute_: de Castille.

P. 116, l. 29: si estoffeement acompaigné.--_Leçon du ms. B 14._

P. 117, l. 14-15: Nequedent... que.--_Mss. B 5, 7_: Nonobstant ce,
ceulx qui s’en ensonnièrent firent tant par leur traveil et leur
diligence que.

P. 117, l. 16: endedens.--_Ms. B 1_: endevens.

P. 117, l. 22-25: car... mariage.--_Manquent aux mss. B 12, 20._


§ =82.= P. 118, l. 17: envoya.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Mss. B 1,
2_: emmena.

P. 118, l. 21: Pont.--_Leçon donnée plus haut p. 110, l. 12.--Ms. B 1_:
Bour.--_Mss. B 2, 5_: Bourc.--_Mss. B 7, 12, 20_: Bourg.

P. 118, l. 23: et delivrés.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12, 20.--Manquent
aux mss. B 1, 2._


§ =83.= P. 119, l. 9.--_Le ms. A 1 sert de base au texte jusqu’à la fin
du volume._

P. 119, l. 11: Ymet.--_Mss. A 4, B 12, 17_: Aymet.

P. 119, l. 15: au.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: o.

P. 119, l. 22: li plaissoit li services dou.--_Ms. B 12_: lui estoit
servir le.

P. 119, l. 23: fist.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2, 5, 7, 12, 20.--Ms. A
1_: dist.

P. 119, l. 27: troisime.--_Ms. B 7_: quatriesme.

P. 120, l. 7: toroit.--_Ms. B 12_: feroit trenchier.


§ =84.= P. 120, l. 10: Lagurant.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: Langurant.

P. 120, l. 12: les signeurs.--_Ms. B 20_: des trois chevaliers.

P. 120, l. 15: troi.--_Ms. B 1_: doi.--_Ms. B 2_: deux.

P. 120, l. 17: ou faire ochire.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._

P. 120, l. 20: et avoit.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Manquent aux
mss. A 1, 7, B 20._

P. 120, l. 22: Canillac.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Carvillac.--_Mss. B 1,
12, 20_: Cavillac.

P. 120, l. 23: Si.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. A 1, 7, B
20.--Mss. B 1, 5, 7_: Et.

P. 121, l. 7: vostre parole.--_Leçon des mss. B 5, 7, 12.--Ms. A 1_:
vostrez parlers.--_Ms. B 1_: voz paroles.--_Ms. B 20_: voz parlers.

P. 121, l. 11: parti.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: part.

P. 121, l. 12 et 14: si.--_Leçon du ms. A 7.--Manque au Ms. A 1._

P. 121, l. 14: felenia.--_Mss. A 7, B 5, 7_: affellonny.--_Ms. B 12_:
fremit.

P. 121, l. 15: mes.--_Répété dans le ms. A 1._

P. 121, l. 24: se consieuirent si roidement.--_Mss. A 1, 2_: se
assenèrent tellement.

P. 121, l. 25: que elles vollèrent en pièces.--_Ms. B 20_: qu’ilz
tronchonèrent en l’air.

P. 122, l. 16: tout nut.--_Leçon du ms. A 7.--Mss. A 1, B 20_: toute
nue.

P. 122, l. 17: rasache et fiert.--_Ms. A 7_: resacha et fery.

P. 122, l. 24: chastiel.--_Ms. B 12_: hostel.


§ =85.= P. 122, l. 29: fort.-_-Ms. B 20_: chastel.

P. 123, l. 2: et en.--_Leçon du ms. B 7.--Ms. A 1, B 12, 20_:
et.--_Mss. B 1, 2_: ou.

P. 123, l. 2: l’Angelier.--_Mss. A 7, B 2, 7, 12_: d’Angeli.

P. 123, l. 4: en larcin.--_Ms. B 12_: à la couverte.--_Ms. B 20_: à
l’emblée.

P. 123, l. 7-8: sus les camps.--_Ms. B 20_: ou ilz les ru[e]roient jus.

P. 123, l. 14: Touwars.--_Mss. B 5, 7_: Couvers.

P. 123, l. 21: à l’endemain bien matin.--_Mss. B 1, 20_: le bon
matin.--_Ms. B 2_: de bon matin.--_Ms. B 12_: de bonne heure.

P. 124, l. 9: dou fer.--_Leçon du ms. A 7.--Mss. A 1, 4, B 1, 2_: du
fait.--_Ms. B 20_: de l’estoc.

P. 124, l. 12: carquoient.--_Ms. A 4_: touchoient.--_Ms. B 1_:
se atacoient.--_Ms. B 2_: s’atachoient.--_Mss. B 5, 7_: se
attaignoient.--_Ms. B 12_: aconsieuoient.

P. 124, l. 12: là où il carquoient.--_Remplacés après_ alainne _dans le
ms. B 20 par_: lors que ilz prendroient sur leurs harnoiz.

P. 124, l. 13: à le.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: al.

P. 124, l. 15: li Poitevin et li Saintongier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: les
François.--_Ms. B 12_: les François Poitevins.

P. 124, l. 19: avenue.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: les seigneurs
dessus nommez s’en alèrent.


§ =86.= P. 124, l. 30: Cartesée.--_Ms. A 7_: Cartasée.--_Ms. B 1_:
Courtesée.--_Ms. B 2_: Courteste.

P. 125, l. 6: de Castille.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: d’Espaigne.

P. 125, l. 12: hoirs.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: hors.

P. 125, l. 16: cascuns par soy.--_Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 125, l. 22: demandés dou.--_Mss. B 5, 7_: interroguez dou.--_Ms. B
12_: demanda le.

P. 125, l. 23: allé.--_Le ms. B 20 ajoute_: de point en point.--_Les
ms. B 1, 2 ajoutent ce qu’on lit déjà plus haut, l. 4-10_: en Espaigne
et en Navare et de la paix qui estoit entre le roi d’Espaigne et le
roi de Navare et comment li rois de Navare avoit mariet Charles, son
fils aisnet, à la fille dou roi dant Henri, et tout de point en point
comment li traictiez s’estoit portés. Li dus de Lenclastre et li contes
d’Escambruges et (_les derniers mots_ Li dus... et _ne sont pas dans le
ms. B 2_).

P. 125, l. 28: moult... gens.--_Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 125, l. 30: Dominige.--_Ms. A 4_: Dimanche.

P. 126, l. 2: hautement.--_Mss. A 7, B 5, 7_: honnestement.

P. 126, l. 8: Ferrade.--_Leçon du ms. A 7.--Mss. A 1, B 20_: Ferarde.

P. 126, l. 17: Cristofle.--_Leçon des mss. A 4, 7, B 1, 2, 5, 7, 12,
20.--Ms. A 1_: Phelippe.

P. 126, l. 23: dis.--_Ms. B 20_: quarante.

P. 126, l. 26: Sorghes.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Sorchez.

P. 126, l. 29: durèrent ces.--_Leçon du ms. A 7.--Ms. A 1_: durent sez.

P. 126, l. 31: Lancastre.--_Le ms. B 20 ajoute_: au herault.

P. 127, l. 3-4: que ja... frère.--_Ms. A 7_: au couronnement dou fil
d’un bastart n’yrai je point.--_Mss. B 5, 7_: au couronnement du fil
d’un bastart ne yroit il point.

P. 127, l. 4: qui... frère.--_Ms. B 20_: qui par sa dempnée voulenté
avoit mourdri son propre père.

P. 127, l. 8: calengerons.--_Ms. A 1_: calengeront.--_Ms. B 2_:
debatrons.

P. 127, l. 11: avenues.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12, 20.--Mss. A 1, 6,
7, 9_: ennemis.--_Ms. B 5_: avantures.--_Ms. B 7_: advenemens.


§ =87.= P. 127, l. 25: chevalier.--_Mss. B 5, 7_: clerc.

P. 128, l. 7: ouvert et apparilliet.--_Mss. A 7, B 5, 7_: tous
prestz.--_Ms. B 12_: tous appareilliez.

P. 128, l. 8: si.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. A 1.--Mss. A 7, B
5, 7_: d’avoir.

P. 128, l. 16: commandement.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: je obeïray.

P. 128, l. 20: s’aresta.--_Mss. B 1, 2_: se rafreschi.

P. 128, l. 27: gens.--_Le ms. B 20 ajoute_: despendoient et.

P. 129, l. 2: segnefiier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: dire.

P. 129, l. 18: s’apoioient.--_Ms. B 20_: se acontoient.

P. 129, l. 28-29: venoies... daignoies.--_Ms. A 7_: daignoies venir
vers moy.--_Mss. B 5, 7_: daignoies venir parler à moi.

P. 129, l. 32: bourdes.--_Le ms. B 20 ajoute_: decevables.

P. 130, l. 9: taire.--_Ms. A 1_: tairez.

P. 130, l. 25: retourna.--_Le ms. B 12 ajoute_: le sire de Bournesel à
Paris, où il trouva le roy de France, auquel il recorda tout au long
les avantures qu’il avoit eues et aussi la cause de son retour.


§ =88.= P. 130, l. 27: Bournisiel.--_Le ms. B 20 ajoute_: venu à Paris.

P. 131, l. 4: conte.--_Ms. B 20_: conte Loys.

P. 131, l. 15: menés.--_Mss. B 5, 7_: pris et menés.

P. 131, l. 16: amenés.--_Le ms. B 20 ajoute_: à Bruges.

P. 131, l. 23: Si... cambre.--_Ms. B 12_: Si se departit de sa chambre
et alla en une autre.

P. 132, l. 2: qui.--_Le ms. B 20 ajoute_: le rechut doulcement et.


§ =89.= P. 132, l. 25: à ses.--_Ms. B 1_: à gens de ses.

P. 132, l. 28: Courtrai.--_Leçon des mss. A 7, B 1.--Ms. A 1_:
Coutray.--_Ms. B 5_: Coutay.--_Ms. B 1_: Courtay.

P. 133, l. 18: bien clers.--_Mss. A 7, B 5, 7_: bien amé.--_Ms. B 2_:
bien luisant.

P. 133, l. 26: se.--_Leçon du ms. B 2.--Manque aux mss. A 1, B 1.--Mss.
A 7, B 5, 7_: soy.

P. 134, l. 1: au bout de vostre terre de Flandres.--_Leçon du ms. B
1.--Ms. A 1_: de debout de vostre royaulme.--_Mss. A 7, B 5_: dedens
vostre conté.--_Ms. B 7_: debout de vostre conté.--_Ms. B 17_: de
vostre pays.--_Ms. B 20_: sur piés en vostre terre de Flandres.

P. 134, l. 2: armés.--_Le ms. B 14 ajoute_: bien en point pour eulx
defendre.--_Le ms. B 20 ajoute_: bien et bel et embastonnez.

P. 134, l. 12: et.--_Ms. A 1_: en.


§ =90.= P. 134, l. 20: avoir.--_Le ms. B 12 ajoute_: si fut mout pensif.

P. 134, l. 23: on.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: en.

P. 134, l. 26: que.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._

P. 134, l. 29: desplaissance.--_Le ms. A 1 ajoute_: et.

P. 135, l. 11: Salleberi.--_Ms. B 1_: Salebrin.--_Mss. B 12, 20_:
Salsebery.

P. 135, l. 12: il.--_Ms. A 1_: y.


§ =91.= P. 135, l. 24-25: bon... Guerles.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de la
conté de Guerlez.

P. 135, l. 28: Bues.--_Ms. A 1_: Buef.

P. 136, l. 17: de Saint Pol.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manquent
aux mss. A 1, B 1, 2, 12, 20._

P. 136, l. 22: convenances.--_Ms. B 20_: promesses.

P. 136, l. 27: Aubiert.--_Le ms. B 12 ajoute_: de Bavière.

P. 137, l. 5: d’Obies.--_Ms. B 12_: de Bies.--_Ms. B 20_: du Bies.

P. 137, l. 12: rapassa.--_Ms. A_: apassa.

P. 137, l. 15: Moriaumés.--_Ms. B 12_: Morliane.


§ =92.= P. 137, l. 22: tant... l’autre.--_Ms. B 12_: tant pour le roy
de France que pour le duc de Bretaigne.--_Ms. B 20_: tant que contre le
roi de France comme à l’encontre du duc de Bretaigne.

P. 137, l. 27: Pentèvre.--_Ms. B 12_: Pontièvre.

P. 138, l. 12: si.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. A 1_: se.

P. 138, l. 16: Lancastre.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne les autres barons
et chevaliers.


§ =93.= P. 138, l. 17-18: se tenoient à Valongne.--_Ms. A 1_: se
tenoient et en Avalongne.--_Mss. A 7, B 7_: et en Bouloingne se
tenoient.--_Mss. B 1, 20_: se tenoient en Avalongne.--_Ms. B 12_: A
Valoigne se tenoient.

P. 138, l. 21: Braquemont.--_Leçon donnée plus loin p. 139, l. 31.--Ms.
A 1, B 20_: Braisnemont.

P. 138, l. 23: Lorris.--_Ms. A 1_: Lornis.

P. 138, l. 31: les.--_Ms. A 1_: leurs.

P. 139, l. 7: Pestor.--_Mss. A 7, 9, B 7_: Prestor.

P. 139, l. 9: se.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque au ms. A 1._

P. 139, l. 16: Copelant.--_Ms. B 1_: Hokelant.--_Ms. B 2_: Hoquelant.

P. 139, l. 28: à.--_Manque au ms. A 1.--Ms. B 20_: main à.

P. 140, l. 1: Phelippres.--_Ms. A 7_: Philippars.--_Mss. B 1, 2_:
Pièrez.--_Mss. B 12, 20_: Phelippe.

P. 140, l. 6-8: et prist... Bordes.--_Mss. A 7, B 20_: et fu pris
messire Guillaume des Bordes d’un escuier de Haynault, nommé Guillaume
de Beaulieu.


§ =94.= P. 140, l. 19: hauster.--_Ms. B 7_: austère.--_Ms. B 11_:
haultain.--_Ms. B 12_: austre.--_Ms. B 20_: terrible.

P. 140, l. 21: Montpensé.--_Ms. B 12_: Montpesar.

P. 141, l. 3-4: tout son arroi.--_Ms. B 20_: tous ses meubles.

P. 141, l. 11: Mont Ventadour.--_Ms. B 1_: Montadour.

P. 141, l. 19: Calusiel.--_Leçon donnée plus loin, p. 143, l.
11.--Mss. A 7, B 7, 11_: Casusiel.--_Ms. B 1_: Cartusiel.--_Ms. B 2_:
Cartusel.--_Ms. B 12_: Caluset.--_Ms. B 20_: Casusel.

P. 141, l. 19: l’evesquiet.--_Ms. B 12_: la conté.

P. 141, l. 20: compagnons.--_Les mss. B 12, 15, 16 ajoutent_: si print
et eschella le fort chastel de Loybeuf et.

P. 141, l. 23: de.--_Manque au ms. A 1._

P. 141, l. 25: biernois.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. A 1_: de
Bernais.--_Ms. B 1_: de Biernais.--_Ms. B 2_: le bearnois.--_Mss. A 7,
B 7_: et plusieurs autres.


§ =95.= P. 141, l. 26 _et ailleurs_: Marcel.--_Ms. A 7_: Marchis.

P. 142, l. 2: regarde.--_Ms. A 1_: regarda.

P. 142, l. 8: entoisse.--_Ms. B 20_: charge et prent sa visée.

P. 142, l. 24: si furent... bien.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
liquel furent mout.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ceulx de Saint Flour furent
tous.

P. 143, l. 4: qui.--_Manque au ms. A 1._

P. 143, l. 18: d’Achier.--_Mss. A 7, B 7_: d’Apchier.--_Mss. B 2, 5_:
d’Apcher.

P. 143, l. 20: Solleriel.--_Mss. A 7, B 11_: Sollertel.


§ =96.= P. 144, l. 3: des Aigles.--_Leçon des mss. A 7, B 1.--Ms. A 1_:
des Englez.

P. 144, l. 24: d’Amiens.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Manque au ms. A
1._

P. 144, l. 28: vacations.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, B 20_:
variations.

P. 145, l. 9: Terewane.--_Ms. B 12_: Thouraine.

P. 145, l. 15: Selevestre.--_Mss. B 5, 7_: Sevestre.

P. 145, l. 16: passées.--_Ms. A 1_: posseez.

P. 146, l. 4: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.

P. 146, l. 4-5: à grant mervelle.--_Ms. B 20_: à trop grant contraire.

P. 146, l. 6: le recteur.--_Ms. B 12_: les recteurs.

P. 146, l. 7: et.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manque aux mss. A 1, B
1, 2._

P. 146, l. 21 _et ailleurs_: Mellans.--_Ms. B 1_: Milan.--_Ms. B 12_:
Millan.

P. 146, l. 21: Napples.--_Ms. A 1_: Nappes.

P. 146, l. 25: prelacions.--_Ms. B 20_: decorations.

P. 146, l. 30: l’arcevesquiet de Trèves.--_Mss. A 7, B 7_: l’evesque
d’Utrec.--_Ms. B 5_: l’evesque du Trait.

P. 147, l. 11: à.--_Leçon du ms. B 2.--Manque au ms. A 1._

P. 147, l. 12: renommés.--_Ms. B 12_: amé.

P. 147, l. 18-19: Jehans.--_Le ms. B 12 ajoute_: estoit mout
courrouchié.

P. 147, l. 19: en.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 148, l. 14: nouvelles.--_Ms. B 1_: villes.


§ =97.= P. 148, l. 17-18: mais la... cavance.--_Ms. B 20_: mais la plus
utile partie prouffitable au regard de la peccune.

P. 148, l. 18: tant k’a la cavance.--_Mss. A 7, B 5, 7_: tant comme à
revenue.

P. 148, l. 28: les... estoient.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manquent aux
mss. A 1, 7, B 5, 7, 12, 20._

P. 149, l. 1: de.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. A 1._

P. 149, l. 19: une relevée.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A
1._

P. 149, l. 19: Campdole.--_Ms. A 7_: Cappitolle.--_Ms. B 5, 12_:
Capitolle.--_Ms. B 7_: Capitole.

P. 149, l. 25: Campdole.--_Ms. A 7_: Chandoille.--_Ms. B 5_:
Champdoille.

P. 150, l. 16: grant tribulacion.--_Ms. A 1_: grant tribulacions.


§ =98.= P. 150, l. 24: conté.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1,
B 1, 2, 12, 20_: ducé.

P. 150, l. 25: remettroit.--_Ms. A 1_: revenroit.--_Mss. B 1, 2_:
resigneroit.

P. 151, l. 6: conté.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1, B 1, 2,
12, 20_: ducé.

P. 151, l. 23: si.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Ms. A 1_: se.

P. 151, l. 26: Voirs est.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, 7, B 5,
7, 20_: Vous estes.

P. 152, l. 2: de la mort.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. A 1, 7,
B 1, 2, 5, 7, 20._

P. 152, l. 5: en prison.--_Manque au ms. B 20._

P. 152, l. 7: Maïogres.--_Ms. B 12_: Mallogres.

P. 153, l. 4: remariée.--_Ms. A 1_: remarie.

P. 153, l. 4-5: Bresvich.--_Ms. B 1_: Bronsuwich.--_Ms. B 2_:
Bronsvich.--_Ms. B 12_: Brusewich.

P. 153, l. 6: en.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7, 12.--Manque au ms. A 1._

P 153, l. 14-15: et tant... marit.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manquent
au ms. A 1._

P. 153, l. 18: quiert.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: cuert.


§ =99.= P. 154, l. 17: Neapoliiens.--_Mss. B 5, 7_: Puillians.

P. 154, l. 20: peust.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: peuissent.

P. 154, l. 27: familles.--_Mss. B 5, 7_: familliers.

P. 155, l. 6: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.

P. 155, l. 12: porroit, il.--_Leçon du ms. B 1.--Manquent au ms. A 1._

P. 155, l. 18: et Florimont.--_Manquent au ms. B 20.--Le ms. B 12
ajoute_: et pluiseurs autres hommes d’armes et compaignons.


§ =100.= P. 155, l. 21: en.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1,
9_: et de.

P. 156, l. 1: vinrent.--_Le ms. B 1 ajoute_: bouter.

P. 156, l. 4-5: des chiefs.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Ms. A 1_: de
chiaulx.

P. 156, l. 5: Carsuelle.--_Ms. B 1_: Caruesle.

P. 156, l. 6: Brinai.--_Mss. A 7, B 5_: Brunay.--_Ms. B 7_: Brimay.

P. 156, l. 10: Montferrat.--_Mss. A 1, 7, B 5, 7, 12_:
Montferrant.--_Ms. B 1_: Montferare.

P. 156, l. 16: Claiequin.--_Le ms. B 12 ajoute_: connestable de France.

P. 156, l. 17: mareschaulx.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: de France,
messire Ernoul.

P. 156, l. 18: enmenèrent.--_Mss. B 5, 7_: envoyèrent.

P. 156, l. 22: jours.--_Leçon du ms. B 12.--Manque au ms. A 1._

P. 156, l. 23-24: regnans.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Resgnaulx.

P. 157, l. 5: Fondes.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 7, B 5, 7, 12,
20_: Romme.

P. 157, l. 19: Boilewe.--_Mss. A 7, B 20_: Boileme.--_Ms. B 12_:
Bodleme.

P. 157, l. 24: dou temps.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 157, l. 32: et furent amis.--_Ms. B 5_: ilz fut advis.--_Ms. B 7_:
il fut admis.--_Ms. B 20_: et furent chargiés.

P. 158, l. 3: par de delà.--_Ms. B 20_: de Ytalie et de Prouvence.

P. 158, l. 12-13: et de quoi... essilliet.--_Ms. B 20_: et par icelles.
Il s’en ensieuvy et plusieurs foiz grant effusion de sang et grant
essillement de pueple.


§ =101.= P. 158, l. 26: l’une.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, B 7, 12_:
l’un.

P. 159, l. 6: en ses.--_Ms. A 1_: ensses.

P. 159, l. 10-11: quoi que... sont.--_Ms. B 12_: c’est assavoir la
guerre, combien que c’estoit.

P. 159, l. 23: quiert.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: quert.--_Mss. A
7, B 5, 7_: court.


§ =102.= P. 160, l. 6-7: Le bourgois... demorer.--_Mss. A 6, 7, 9, B 5,
7_: Le bourgois ot grans plaintes de tous, et pour doubtance de ce, il
s’en vint demorer.--_Ms. B 12_: Quant il eut occis le bourgois, il s’en
vint demorer.--_Mss. B 13, 14_: Le bourgois mort, le dit Jehan Lyon
s’en vint demorer.

P. 160, l. 6-7: Jean d’Iorque.--_Leçon des mss. F 1, 3.--Ce nom est
resté en blanc dans les mss. A 1, 4, B 1, 2, 4, 15, 16, 20._

P. 160, l. 11: cinquante.--_Mss. A 7, 9, B 5, 7_: quarante.

P. 160, l. 11-12: et un jour.--_Leçon des mss. F 1, B 1, 2.--Manquent
au mss. A 1._

P. 160, l. 17: le.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 160, l. 18: naviieurs.--_Mss. A 7, B 5, 7_: maieurs.

P. 160, l. 23: Mahieus.--_Mss. A 7, B 5, 7_: maieurs.

P. 160, l. 25: Gisebrest.--_Ms. B 12_: Ghisbert.

P. 161, l. 7: Piet.--_Mss. B 5, 7_: Pierre.

P. 161, l. 8: Barde.--_Ms. B 1_: Bar.

P. 161, l. 9: d’eulx.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. A 1, B 1_:
eulx.

P. 161, l. 12: entre.--_Ms. A 1_: entrez.

P. 161, l. 12: deus.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: parties.

P. 161, l. 14: li Mahieu.--_Ms. A 7_: le lignage Mahieu.--_Mss. B 5,
7_: le lignage de Gibresest.

P. 161, l. 19: cambreleus dou conte et.--_Ms. F 1_: conseilliers du
conte, c’estoit le prevost de Harlebecque, son cousin, et.

P. 161, l. 19: s’acointa.--_Leçon des mss. A 7, B 1.--Ms. A 1_: quinta.

P. 161, l. 29: fors.--_Ms. A 1_: fore.

P. 162, l. 4-5: en la presence... Ghisebrest.--_Mss. B 5, 7_: en la
chambre en presence de G.

P. 162, l. 15: se.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: le.--il se
fera.--_Mss. A 7, B 5, 7_: il sera fait.

P. 162, l. 19: à ses.--_Ms. A 1_: asses.

P. 162, l. 26-27: quant... venu.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._

P. 162, l. 27: et que... demande.--_Leçon du ms. B 12.--Manquent aux
mss. A 1, 7, B 1, 2, 5, 7, 20._

P. 163, l. 14: oppinion.--_Le ms. B 1 ajoute_: et d’une sieulte.--_Le
ms. B 2 ajoute_: et d’une siute.


§ =103.= P. 163, l. 26: à.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 7, B 5, 7_: cela
eslevé.--_Ms. B 12_: ce eslevé.--_Manque aux mss. A 1, B 20._

P. 164, l. 17: planés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: privé.

P. 164, l. 21: tous ses.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: tout sez.

P. 164, l. 29: retrencoit.--_Mss. B 5, 7_: retraioit.

P. 165, l. 7: Estievenart.--_Ms. B 12_: Estienne.

P. 165, l. 13: haut.--_Ms. B 12_: en prosperité.

P. 165, l. 18: sus.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Mss. F 1, A 1, B 1,
2, 12, 20_: jus.

P. 165, l. 23: en cel estat.--_Mss. A 7, B 5, 7_: en telle balance.

P. 165, l. 25: fosser.--_Mss. B 5, 7_: fossez.

P. 166, l. 5: disant.--_Leçon du ms. F 1.--Ms. B 12_: et
disoient.--_Manque aux mss. A 1, 7, B 1, 2, 5, 7._

P. 166, l. 13: commencha.--_Les mss. B 1, 2, 20 ajoutent_: couvertement.

P. 166, l. 32: ne.--_Leçon du ms. B 7.--Ms. A_: ny.

P. 166, l. 32: ne à consentir.--_Manquent aux mss. B 1, 2, 12._

P. 167, l. 5: samblant.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: sambloit.

P. 167, l. 7: entouellie.--_Ms. B 5, 7_: enterinée.

P. 167, l. 24: entouellier.--_Mss. B 5, 7_: entroubler.

P. 167, l. 30: ne amour.--_Manquent aux mss. B 1, 2, 12, 20.--Ms. A 1_:
ny amour.


§ =104.= P. 167, l. 31: Ghisebrès.--_Ms. A 2_: Gillebert.

P. 168, l. 2: Estievenins.--_Ms. A 2_: Estiennes.--_Ms. B 1_:
Estevenès.--_Ms. B 2_: Estevenart.--_Mss. B 5, 7_: Estiennart.

P. 168, l. 11-12: autrement... perdue.--_Ms. A 2_: anciennement nostre
ville par tele manière de fossez en fut pire et en valut moins. Et
maintenant, se ilz nous tolloient le fil de l’eaue du Lis, nostre ville
seroit à moitié perdue.

P. 168, l. 21: il.--_Ms. A 1_: ilz.

P. 168, l. 29: un disner.--_Ms. A 2_: un disner ou souper.--_Ms. B 12_:
un denier ou ung disner.


§ =105.= P. 169, l. 1 _et ailleurs_: Deinse.--_Leçon du ms. B 12.--Ms.
A 1_: Donse.--_Ms. A 2_: donc.

P. 169, l. 12: tenues.--_Ms. A 1_: tenue.

P. 169, l. 13: et.--_Leçon des mss. F 1, B 1, 2, 5, 7.--Mss. A 1, 2_:
ne.--_Ms. A 7_: neis.--_Ms. B 12_: non plus.

P. 169, l. 14: Flandres.--_Le ms. A 2 ajoute_: ne les desprisoient pas,
mais.--_Le ms. B 12 ajoute_: que les autres et.

P. 169, l. 21: en.--_Ms. A 2_: qui est contre.

P. 169, l. 21: en la paix.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ou prejudice.

P. 169, l. 23: prisonnier.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: qui estoit en
prison.

P. 169, l. 25 _et ailleurs_: mounier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: navieur.

P. 169, l. 26: qui... d’Auterive.--_Manquent au ms. B 20._

P. 169, l. 26: d’Auterive.--_Mss. A 6, B 15, 17_: d’Auterme.

P. 169, l. 31: de Rogier.--_Ms. A 2_: du bailli faictes à Rogier.

P. 170, l. 12: paisibles.--_Le ms. B 12 ajoute_: et autres bonnes gens.


§ =106.= P. 170, l. 17-18: à souffrir.--_Ms. A 1_: assouffrir.

P. 170, l. 21: entouellier.--_Ms. A 2_: troubler.

P. 170, l. 25: si.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Manque au ms. A 1._

P. 170, l. 27: office furent accaté.--_Ms. A 2_: officiers de seigneur
furent ataichiez et eurent offices.

P. 170, l. 27: juriditions.--_Ms. A 1_: jujuriditions.

P. 170, l. 29-31: et voloit... naviage.--_Manquent aux mss. B 1, 2._

P. 170, l. 30: mieux que.--_Ms. A 7_: mieulx amer que.--_Mss. B 5, 7_:
mieulx enamer que.--_Manquent au ms. B 12._

P. 170, l. 30: accaté.--_Ms. A 2_: atachié.

P. 171, l. 2: les privilèges anchiens.--_Leçon des mss. A 7, B 1,
2, 5, 7.--Ms. A 1_: le prejudisse anchiien.--_Ms. A 2_: ou prejudice
anchien.--_Ms. B 12_: le privilège ancien.

P. 171, l. 3: trois ou quatre.--_Ms. A 2_: IIII ou VI.

P. 171, l. 4: florins.--_Mss. A 2, 7, B 1, 2, 5, 7_: frans.

P. 171, l. 10: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.

P. 171, l. 19: seus.--_Le ms. B 12 ajoute_: avant la ville ne à
l’eglise.

P. 171, l. 25: ville.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: estoit Jehans Lyon
bien joyeulx.

P. 172, l. 2: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.

P. 172, l. 18: venu.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: veu.

P. 172, l. 26: florins.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Mss. A 1, 2, 7, B
5, 7, 20_: frans.

P. 173, l. 2: encloses ens.--_Ms. A 2_: glozées dedans.

P. 173, l. 5: resusciter.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, 7, B 5,
7, 12_: resister.--_Ms. A 2_: resister à toutes fortunes.--_Ms. B 20_:
monstrer.

P. 173, l. 9 _et ailleurs_: devenres.--_Mss. A 2, B 5, 7, 12, 20_:
denrées.

P. 173, l. 12: remonstrées.--_Le ms. A 1 ajoute_: à.

P. 173, l. 19: sus.--_Mss. F 1, A 1, B 1, 2, 12_: jus.--_Ms. A 2_: à
fin.--_Ms. A 7, B 5, 7_: au dessus.

P. 173, l. 26: cappron.--_Le ms. A 2 ajoute_: car il n’aura point de
teste à bouter dedans.


§ =107.= P. 173, l. 27: cargiet et enditté.--_Ms. B 20_: esleuz.

P. 174, l. 1: bont.--_Mss. A 2, 7, B 5, 7_: bout.

P. 174, l. 15: que... remplesissent.--_Mss. B 1, 2_: de raemplir che
que fossé avoient.--_Ms. B 12_: que tout le fossé fust raemply.

P. 174, l. 20: douceur.--_Ms. A 2_: la doubtance.

P. 175, l. 2: Bien... crient.--_Ms. B 12_: Je ne voy pas que voz
besoingnes voisent mal.

P. 175, l. 6: deniers.--_Ms. B 12_: gros.

P. 175, l. 22: nul esmeutin.--_Ms. A 2_: aucun esmouvoir.-_-Mss. A 7, B
5, 7_: nul esmouvement.


§ =108.= P. 176, l. 1-2: s’en vint.--_Ms. B 20_: entra en Gand et si
chevaucha.

P. 176, l. 9: sexte.--_Ms. B 7_: sorte.

P. 176, l. 11: Gaind.--_Ms. B 20_: Gavres.

P. 176, l. 13: gettes.--_Mss. A 2, B 1, 2_: gens.

P. 176, l. 16: estoit.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 176, l. 16: assise.--_Ms. A 2_: assignée.--_Ms. B 20_: prinse.

P. 176, l. 17: tous.--_Le ms. B 20 ajoute_: ruer juz, mais ilz estoient.

P. 176, l. 20: vint.--_Le ms. A 2 ajoute_: et là XVIII.--_Les mss. B 1,
2 ajoutent_: chi XV, chi XXX.

P. 176, l. 29: comparer.--_Ms. B 20_: chier comparer.

P. 176, l. 30: li croisoient.--_Ms. A 2_: le suivoient.

P. 177, l. 8-9: desroutèrent.--_Mss. B 5, 7_: destournèrent.

P. 177, l. 16: presentement.--_Ms. B 20_: prestement.

P. 177, l. 17: ruée.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: rué.

P. 177, l. 26: camps.--_Le ms. B 20 ajoute_: et le large.


§ =109.= P. 178, l. 2: laissièrent.--_Leçon de ms. B 1.--Ms. A 1_:
laissiez.

P. 178, l. 3: enffans.--_Le ms. B ajoute_: maisons, meubles.

P. 178, l, 20: avant... au jourd’ui.--_Ms. B 12_: avant aux Mahieus qui
sont faulx traïtres mauvais et desloiaulz à la bonne ville de Gand et
qui au jour d’huy ont voulu.

P. 178, l. 25: de trau en trau.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de rue en rue et
de chambre en chambre.

P. 179, l. 1: ne le.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ne en.

P. 179, l. 3: osé.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: ossi.

P. 179, l. 11: estoient.--_Le ms. A 2 ajoute_: comme villains, tuffes,
guieliers, bomules, termulons, tacriers, craffeurs, marrados et austres
crastinaz.

P. 179, l. 11: emprendre d’avoir occis.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_:
entrepris d’avoir occis.--_Mss. B 12, 20_: d’avoir entrepris d’occire.

P. 179, l. 19: osé.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: ossi.

P. 179, l. 20-22.--Rogiers... ensepvelis.--_Ms. B 12_: Les Frères
Meneurs de Gand vindrent querir le corps de Rogier d’Auterive qui
estoit à terre et le portèrent en leur eglise, où il fut enteré ou
enseveli.--_Ms. B 20_: Rogier d’Auterive ainsi mort fut approchié par
les Frères Mineurs de Gand, et levés... ensepvelis.


§ =110.= P. 179, l. 23: Quant ceste chose fu avenue.--_Ms. B 20_: Quant
la mort du bailly de Gand et autres besongnes furent ainsi que dit est
advenues.

P. 180, l. 11: demandés.--_Mss. B 5, 7_: souspeçonnez.

P. 180, l. 19: tempore.--_Mss. A 7, B 2, 5, 7, 12_: temps.


§ =111.= P. 180, l. 26: fourfait.--_Mss. B 1 (en marge), 2_: avoir
fourfait.

P. 181, l. 2: Gaind.--_Le ms. B 12 ajoute_: Et y estoit un très saige
homme et moult renommé, Jehan de la Faucille, qui y fut appellé; mais,
comme vous avez oy, s’estoit lors retrait hors de la ville: si fist
dire qu’il estoit malade et que pas n’y pouoit venir.

P. 181, l. 5: retournées.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: retournée.

P. 181, l. 16: bien.--_Leçon du ms. B 2.--Manque aux mss. A 1, B 1._

P. 181, l. 22: felon.--_Ms. A 1_: felle.--_Ms. B 20_: trop ayré.

P. 181, l. 24: le piteux.--_Mss. B 7, 12_: les piteux.

P. 181, l. 32: l’ont fait et esmeu affaire.--_Ms. A 1_: les ont fais et
esmeus affaire.--_Ms. B 20_: l’ont commis et cause de ce et d’autres
esmouvemens.

P. 182, l. 6: pardonnée.--_Ms. B 20_: ordonnée.


§ =112.= P. 182, l. 20-21: li consauls de la ville.--_Ms. B 20_: les
douze bourgois pour impetrer grace et pardon.

P. 182, l. 26: gens.--_Ms. A 2_: villains et tuffes.

P. 183, l. 10: abilliet.--_Ms. B 20_: en point.

P. 183, l. 14: vuidièrent.--_Mss. B 5, 7_: vindrent.

P. 183, l. 19 _et plus loin_: Ondreghien.--_Ms. A 7_: Oudreghien.--_Ms.
B 1_: Andreghen.--_Ms. B 12_: Andrehem.--_Ms. B 20_: Oudreghem.

P. 183, l. 21: siis.--_Mss. B 5, 7_: dix.

P. 183, l. 31: li.--_Leçon du ms. B 1.--Manque aux mss. A 1, B 12._

P. 184, l. 11: l’esmerveilliet.--_Le ms. A 2 ajoute_: Agar! Argar!

P. 184, l. 23-24: s’enfelenia le plus.--_Ms. B 20_: fut plus dolant et
ayré.

P. 185, l. 2: mescheance et non autrement.--_Ms. B 20_: mesadventure.


§ =113.= P. 185, l. 4: Malle.--_Ms. A 2_: Aumalle.

P. 185, l. 10-11: c’est fait.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ce fait.

P. 185, l. 13: les.--_Ms. B 20_: les douze.

P. 185, l. 20: son.--_Mss. B 1, 2_: mon.

P. 185, l. 21: pifflée.--_Mss. A 2, B 12, 20_: pillée.--_Mss. A 7, B 5,
7_: foulée.

P. 186, l. 18: tenir.--_Mss. A 2, B 12, 20_: chevir.--_Mss. A 7, B 5,
7_: maintenir.

P. 186, l. 24: à Alos.--_Mss. B 5, 7_: à Los.


§ =114.= P. 187, l. 3: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.

P. 187, l. 11-12: toute... esmeue.--_Ms. B 20_: et à leur cause toute
ceste guerre s’est esmue et toute la felonnie procède à leur cause.

P. 187, l. 15: paroces.--_Mss. B 5, 7_: procès de temps.

P. 187, l. 20: Deinse.--_Ms. A 2_: Dultein.

P. 187, l. 23: carroi.--_Ms. A 7_: convoi.--_Mss. B 5, 7_: conroy.

P. 187, l. 26-32: et dites... et s’en.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et sachiez
leur intencion: si.

P. 187, l. 32: as bailles de Bruges et les trouvèrent.--_Ms. A 2_: au
bailli et aux bourgois de Bruges, et trouvèrent les portes.--_Ms. B
20_: as barrières des portes de Bruges et les trouvèrent.

P. 188, l. 7: Il.--_Ms. B 20_: Les doiens.

P. 188, l. 18: noir.--_Ms. A 2_: gros roncin.--_Ms. A 7_: noir
cheval.--_Mss. B 5, 7_: cheval.--_Ms. B 20_: moult beau cheval.

P. 188, l. 20: n’estoit.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. A 1_: n’estoient.

P. 188, l. 21: comme il est ores.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._

P. 188, l. 24: criant.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 189, l. 9-11: dalés le... au cler.--_Ms. A 2_: de coste le
burgemaistre, qui bien se monstroit à estre felon et oultrageux
homme et plein de grant cruaulté, et après lui venoient toutes ses
ribaudailles et tuffailles, tous armez au cler.

P. 189, l. 11: cler.--_Les mss. F 1, A 1 ajoutent_: et.

P. 189, l. 15: place.--_Le ms. A 2 ajoute_: comme se ilz de fait
puissent tantost combatre.

P. 189, l. 15: si.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2.--Ms. A 1_: se.--_Ms. B
5, 7_: et.--_Ms. B 12_: et si.

P. 189, l. 16: main.--_Le ms. A 2 ajoute_: ainsi comme un connestable
ou le mareschal d’un grand host.


§ =115.= P. 189, l. 28: esmeutin.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
esmouvement.--_Ms. B 1_: hustin.--_Ms. B 2_: hutin.--_Ms. B 12_:
esmeutinerie.

P. 189, l. 31: maistre.--_Mss. A 7, B 5, 7_: noise.

P. 190, l. 10: ne esmeutin.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ne esmouvement
quelconquez.

P. 190, l. 17: dou Dan.--_Ms. A 2_: de Gand, mais ilz alèrent premier
au Dain.

P. 190, l. 18: dangier.--_Mss. A 7, B 5, 7, 20_: delay.


§ =116.= P. 191, l. 3: la mort.--_Mss. B 1, 2, 5_: l’amour.

P. 191, l. 6: cil.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: de ceulx.--_Mss. B 1, 2_:
de cil.

P. 191, l. 11: Nicollai.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: et là fist
on ses obsèques.--_Le ms. B 20 ajoute_: en Gand.

P. 191, l. 14-16: car li... de Gaind.--_Ms. B 20_: car ceulx de Gand
avoient prins des Briguelins plusieurs qui tenoient en Gand hostage et
des plus grans.

P. 191, l. 23: chevaliers.--_Le ms. A 7 ajoute_: et d’escuiers.--_Les
mss. B 5, 7, 20 ajoutent_: et escuiers.

P. 191, l. 25: Gaind.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui tant de injures et de
despiz lui avoient fait.

P. 191, l. 32: Boule.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, 2, 7, B 5, 7,
12, 20_: Foule.

P. 192, l. 15: cens.--_Ms. B 2_: mille.

P. 192, l. 16: hommes.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7, 12.--Mss. A 1, 2,
B 20_: homicides.--_Manque aux mss. B 1, 2._

P. 192, l. 28: cinq mille.--_Ms. B 20_: VIII mille.

P. 193, l. 2: entrer.--_Leçon du ms. B 2.--Manque aux mss. A 1, 7, B 1,
5, 7, 12._

P. 193, l. 10: entrent.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: entretent.

P. 193, l. 22: Roubais.--_Ms. B 20_: Roulays.

P. 193, l. 22: Houarderie.--_Mss. B 5, 7_: Hourderie.

P. 193, l. 23: damages.--_Le ms. A 2 ajoute_: quant ilz furent ainsi
occis de tele meschante gent et pour garder leur ville et l’onneur du
conte, leur droit seigneur.

P. 193, l. 28: furent.--_Le ms. B 20 ajoute_: à leur bandon.

P. 194, l. 2: livrèrent.--_Mss. B 1, 2_: livreroient.


§ =117.= P. 194, l. 5: gantois.--_Leçon du ms. B 12.--Manque aux mss. A
1, 7, B 1, 2, 5, 7.--Ms. A 2_: contre lui.

P. 194, l. 12: à tant.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. B 12_: autant.--_Manque
aux mss. A 1, 7, B 1, 5, 7._

P. 194, l. 19: navire.--_Le ms. B 20 ajoute_: delà en la mer.

P. 194, l. 20: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.

P. 194, l. 30: Si.--_Le ms. A 2 ajoute_: furent tous de ceste oppinion.

P. 195, l. 5: Audenarde.--_Le ms. A 2 place ici le passage de la page
suivante (l. 3-25)_: En la ville de Audenarde... et pour le trait des
cannons et du feu que les Flamens gettoient et traioient, qui estoient
logiez en Audenarde.

P. 195, l. 10: Poperinghe.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Propinghe.

P. 195, l. 11: Meschines.--_Mss. B 1, 2_: Messines.

P. 195, l. 17: avoit.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: l’avoit.

P. 195, l. 18: Braibant.--_Le ms. A 2 ajoute_: et en la conté de
Hainault.

P. 195, l. 19: des Mons.--_Mss. B 1, 2_: de Mons.


§ =118.= P. 196, l. 3-25: En la ville de Audenarde... prendre.--_Ce
passage placé plus haut (p. 195, l. 5) dans le ms. A 2 est remplacé
ici par_: Car ces vaillans chevaliers, le seigneur de Ghistelles, le
seigneur d’Anthoing et les autres cy dessus nommez, se combattoient et
deffendoient si vaillamment que bien fait à ramentevoir, et estoient
environ VIII{c} lances, tous chevaliers et escuiers et bonnes gens
d’armes; et firent couvrir les maisons de terre pour doutte du feu que
les Flamens gettoient nuit et jour par leurs cannons pour tout ardoir
en la ville. Si entendoient ceuls de la ville moult songneusement aux
maisons, pour quoi le feu ne s’y peust prendre, ne nullement ceuls,
chevaliers et escuiers, ne se fièrent en ceuls de Audenarde.

P. 196, l. 5: uit.--_Mss. B 5, 7_: sept.

P. 196, l. 12: d’Estainbourcq.--_Ms. A 7_: d’Escambourc.

P. 196, l. 12-13: messire Gerart de Marquellies.--_Ms. B 1_: le
seigneur de Marqueillies.--_Ms. B 2_: le seigneur de M. en Ostrevant.

P. 196, l. 14: en Hainnau.--_Ms. B 1_: en Ostrevant.

P. 196, l. 25: feus.--_Le ms. B 20 ajoute_: volant.

P. 196, l. 25: prendre.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne alumer.


§ =119.= P. 196, l. 26: Le siège.--_Ms. A 2_: Ce siège.

P. 197, l. 7: Tenre.--_Ms. A 2_: Eure.

P. 197, l. 13: seroient là venu.--_Ms. B 20_: seroient abordez en la
ville.

P. 197, l. 21: Brederode.--_Ms. A 7_: Brodorode.--_Mss. A 2, B 5, 7_:
Bredore.

P. 197, l. 27: que.--_Ms. B 12_: comme.

P. 198, l. 4: Gossuins.--_Mss. B 5, 7_: Gossinos.

P. 198, l. 5: Grutus.--_Ms. B 1_: Grutehus.--_Ms. B 12_: Gruuthuse.

P. 198, l. 8: Regni.--_Ms. A 7_: Rogny.--_Ms. B 12_: Teigny.

P. 198, l. 21: Joie.--_Mss. B 1, 2, 20_: Quoye.

P. 198, l. 21: Le Naire.--_Mss. B 1, 2_: Le Vaire.--_Ms. B 12_: La Vere.

P. 198, l. 22: Clinperoie.--_Ms. A 7_: Chaperoyes.

P. 198, l. 25: Widescot.--_Mss. A 7, B 12_: Windescot.

P. 198, l. 30: il.--_Ms. A 2_: les villains tuffes.

P. 199, l. 2: Regni.--_Mss. A 7, B 7_: Rogny.--_Ms. B 5_: Roigny.

P. 199, l. 5: Harselle.--_Le ms. A 2 ajoute_: capitaine des Flamens.

P. 199, l. 6: rafresquisoit.--_Le ms. B 20 ajoute_: et encouragoit.


§ =120.= P. 199, l. 10-11: trop bonnes gens.--_Ms. B 20_: vaillant gent
et sans nombre.

P. 200, l. 3: escarmuche.--_Les mss. B 1, 2, 12 ajoutent_: et dure.

P. 200, l. 6: hardiement.--_Le ms. A 2 ajoute_: et follement comme
villains desesperés et tous enrragiez que le diable gouverne et conduit
à leur derrenière fin.

P. 200, l. 14: navrés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: moult songneusement les
navrez, les bleciez et les mutilez.--_Le ms. B 20 ajoute_: et blechiez.


§ =121.= P. 200, l. 25: au Dam.--_Mss. A 7, B 5, 7_: à Gand.

P. 200, l. 31: le hodoit trop.--_Ms. A 2_: lui ennuioit trop.--_Mss. A
7, B 5_: le hourdoit trop.--_Ms. B 7_: se hordoit trop.--_Ms. B 12_: ne
lui plaisoit point.

P. 201, l. 1: volentiers.--_Le ms. A 2 ajoute_: et moult en estoit
penos et merancolieux.

P. 201, l. 12: nouvelles.--_Le ms. A 2 ajoute_: partit de Paris où il
estoit, et.

P. 201, l. 12: à.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 201, l. 20: amoient.--_Mss. B 1, 2, 12, 20_: avoient.

P. 202, l. 1-2: as tretiés.--_Mss. B 1, 2_: à la paix.

P. 202, l. 3: entenderoient.--_Ms. A 1_: entenderoit.

P. 202, l. 7: duroient li.--_Ms. A 2_: dura ce premier.

P. 202, l. 8: soir.--_Le ms. A 2 ajoute_: tout tant.

P. 202, l. 9: le prouvos de Tournai.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Ms.
A 1_: les prouvos de T.--_Ms. A 2_: et les Flamens et leur hox et
estoit le prevost.--_Mss. B 1, 2_: les prevostz de T.

P. 202, l. 10: l’amenoit et remenoit.--_Leçon des mss. A 7, B 5,
7.--Mss. A 1, B 1, 2_: l’amenoient et ramenoient.

P. 202, l. 18: conquis--_Le ms. A 2 ajoute_: mais resistèrent encores.

P. 202, l. 20: grant merveille.--_Ms. A 1_: granz merveille.

P. 202, l. 28: pour nous.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: nul mauvais
marchié ne.

P. 202, l. 31: qui se tenoit au Pont à Rosne.--_Ms. B 2_: quant il
sceut et fut veritablement informé comment ceuls de Audenarde n’avoient
garde et qu’ilz estoient tous sains et en bon point.

P. 203, l. 3: resongnoient.--_Ms. B 12_: doubtoient.

P. 203, l. 6-7: que venus.--_Mss. A 7, B 5, 7_: qu’il estoit
venus.--_Mss. B 1, 2_: que de venir.--_Ms. B 12_: à venir.

P. 203, l. 14: et s’acordèrent.--_Mss. A 7, B 12_: et s’i
acordèrent.--_Mss. B 1, 2_: et s’acordèrent à la paix.--_Mss. B 5, 7_:
et acordèrent.

P. 203, l. 14-15: li duc de Bourgongne.--_Leçon des mss. B 5, 7.--Ms. B
12_: le duc.--_Manquent aux mss. A 1, B 1, 2, 20._

P. 203, l. 17: Courtrai.--_Ms. A 2_: Tournay.

P. 203, l. 24: couroit.--_Le ms. A 2 ajoute_: c’est assavoir Jehan Lion
et les blans chaperons.

P. 204, l. 1-2: donna... congiet.--_Mss. A 7, B 5, 7_: donna tout par
tout congié à ses soudoiers.--_Mss. B 1, 2_: pardonna tout, renvoia
tous ses saudoiers.--_Ms. B 12_: donna congié à tous souldoiers.

P. 204, l. 4: fais.--_Le ms. A 2 ajoute_: et donna aux grans seigneurs
et capitaines de beaux dons et tant qu’ilz s’en contentèrent
grandement, et prist congié d’eulx.

P. 204, l. 5: fils.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: beau filz.

P. 204, l. 8: et qui se resbouleroit.--_Ms. A 2_: et qui se
renouveleroit.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et qu’ils se rebelleroient.--_Mss.
B 1, 2_: et qu’elle s’esbourbeleroit.


§ =122.= P. 204, l. 21-25: que Audenarde... apparillie.--_Ms. A 2_:
que Audenarde fust abatue, mais nullement ne s’i est voulu consentir,
et m’a remonstré tant de doulces parolles et tant de belles raisons et
la grant amour qu’il a au païs de Flandres et par especial à ceuls de
Gand, ses bons amis, que il a convenu que Audenarde demeure entière
parmi le traictié de la paix, combien que je lui aie bien dit que
durant le traictié de la paix les Gantois, se ilz vouloient, pouoient
aler devers eulx abatre deux portes, les tours et les murs, afin que
elle leur fust à toute heure ouverte et appareillée. Mais non obstant
toutes ces demonstrances, je lui ay accordé de par vous toute sa
requeste.--Or avant! respondirent ceuls de Gand. Dieux y ait part! Nous
sommes tenus plus pour lui que tout.


§ =123.= P. 205, l. 20: encores.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: bonement
fier ne.--_Le ms. B 12 ajoute_: bonnement venir ne soy.

P. 205, l. 23-24: En non Dieu.--_Mss. B 20_: Certes.

P. 205, l. 31: Karesmiel.--_Ms. A 7_: Kaermiel.--_Mss. B 5, 7_:
Kaermel.--_Ms. B 12_: Carnel.

P. 206, l. 4: Konce.--_Ms. A 2_: Quimper Corantin.--_Ms. B 7_:
Conke.--_Ms. B 20_: Conque.

P. 206, l. 14: chevaliers.--_Le ms. A 2 ajoute_: Messire Geoffroi de
Karrismel, breton bretonnant, et messire Eustace de la Houssoye, breton
galois, nez à trois lieues de la bonne cité de Saint Malo de l’Isle.

P. 206, l. 18: Claiekin... Rocefort.--_Mss. A 2_: messire Bertran du
Guesclin, messire Olivier de Cliçon, le seigneur de Rohan, le seigneur
de Laval, le seigneur de Rochefort, le seigneur de Montfort.

P. 206, l. 19: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.

P. 206, l. 20: puis.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: plus.


§ =124.= P. 207, l. 12: Guerlande.--_Mss. A 7, B 5, 12_:
Guerrande.--_Ms. B_: Guerrende.

P. 207, l. 16: cinq.--_Ms. A 2_: VIII.

P. 207, l. 27: ensamble.--_Le ms. A 2 ajoute_: mais se nous fussions
tous d’un accord et d’une volunté, nous n’eussions d’euls garde.

P. 208, l. 2: à Prage en.--_Le ms. B 12 ajoute_: Allemaigne ou.

P. 208, l. 11: rois.--_Ms. B 12_: empereur.


§ =125.= P. 208, l. 21: nepveus.--_Mss. A 1, B 20_: cousins.

P. 209, l. 6: appartenoit.--_Le ms. A 2 ajoute_: pour faire son voiage.

P. 209, l. 9: et à Bruges... de Gaind.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et fist
tant par ses journées qu’il vint.

P. 209, l. 9: à Bruges.--_Le ms. A 2 ajoute_: par les dunes.

P. 209, l. 25: aler.--_Le ms. A 2 ajoute_: vers Treth, puis.


§ =126.= P. 210, l. 1: Cavrelée.--_Ms. A 2_: Cawelay.

P. 210, l. 2: Bonnestre.--_Mss. B 12, 20_: Bennestre.

P. 210, l. 11: les retourna.--_Mss. B 5, 7_: si se tourna.--_Ms. B 12_:
il se tourna.

P. 210, l. 16: frotter.--_Ms. A 2_: fraper.

P. 210, l. 22: d’Arondiel.--_Le ms. B 20 ajoute_: messire Thomas
Bonnestre, messire Hues de Cavrelée. Messire Jehan d’Arondel estoit.

P. 210, l. 25: et.--_Le ms. B 20 ajoute_: fut.

P. 210, l. 26: et pluiseurs... Cavrelée.--_Manquent au ms. B 20._

P. 210, l. 30: Hues.--_Ms. B 20_: Gaultier.

P. 210, l. 31: au cable.--_Ms. A 7_: au telle.--_Ms. B 7_: aux
telles.--_Ms. B 12_: aux toiles.

P. 211, l. 6: Hues de Cavrelée.--_Ms. B 20_: Gaultier Paule.

P. 211, l. 6: peris.--_Ms. A 1_: perilz.

P. 211, l. 7-8: à son pooir.--_Ms. B 12_: en son hostel.

P. 211, l. 14: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._


§ =127.= P. 211, l. 25: Harlebecque.--_Mss. B 5, 7_: Hardebeque.

P. 211, l. 30: pendaille.--_Le ms. A 2 ajoute_: tuffaille.

P. 212, l. 1: l’avantage.--_Ms. A 2_: vivre d’avantage.--_Ms. B 12_:
l’avant garde.

P. 212, l. 10: de par.--_Ajouté pour le sens._

P. 212, l. 10: eulx.--_Manque aux mss. A 7, B 1, 2, 5, 7, 12._

P. 212, l. 15: Ne.--_Manque au ms. A 1._

P. 212, l. 31: sa.--_Ms. A 1_: son.


§ =128.= P. 213, l. 12: le desiroient.--_Ms. B 12_: l’amoient et
desiroient.

P. 213, l. 17: teut.--_Ms. B 1_: taist.--_Ms. B 5_: tint.

P. 213, l. 28: leurs bourgois.--_Mss. B 5, 7_: mes bourgois et les leur.

P. 214, l. 2: mieux.--_Le ms. A 2 ajoute_: et qui plus de II{c} mil
frans m’avoit cousté à faire ediffier.

P. 214, l. 6: jamès.--_Le ms. A 2 ajoute_: tant en suis dolant.

P. 214, l. 8: recovrés.--_Ms. A 7_: recordez.--_Mss. B 1, 2, 12_:
retournez.--_Mss. B 5, 7_: regardez.

P. 214, l. 14: Rainseflies.--_Ms. B 12_: Rameslus.


§ =129.= P. 215, l. 2: ruet.--_Mss. B 1, 2_: mis.

P. 215, l. 6: par.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 215, l. 12: devenres.--_Mss. A 7, B 5, 7_: denrées.--_Ms. B 12_:
vendredis.

P. 215, l. 19: carpent.--_Ms. A 2_: escharge.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
charge.

P. 215, l. 20: si.--_Ms. A 1_: se.

P. 215, l. 30: set.--_Leçon des mss. F 1, B 5, 12.--Mss. A 1, 7, B 1,
2, 7, 20_: uit.

P. 215, l. 32: vint.--_Mss. A 7, B 5, 7_: XII.

P. 216, l. 1: en un mont.--_Ms. B 20_: par tropeaulx.

P. 216, l. 30: l’enredie.--_Ms. F 1_: l’enrederie.--_Ms. A 2_: la
riote.--_Ms. A 7_: guerre.--_Ms. B 1_: le tourble et l’enrederie.--_Ms.
B 2_: le trouble et le hutin.--_Mss. B 5, 7_: guerre et avoir
noise.--_Mss. B 12, 20_: le hustin.

P. 217, l. 8: mis.--_Manque aux mss. A 1, B 1, 2._

P. 217, l. 14: A ces cols.--_Ms. A 2_: A ce coup.--_Ms. B 20_: Atant.

P. 217, l. 25: cose.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: ne demorra pas ensi
et qu’elle.


§ =130.= P. 217, l. 31: et au cinquime.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ou V et
puis.

P. 218, l. 9: menus mestiers.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: qui dalés
lui se tenoient.

P. 218, l. 11: Rasse.--_Ms. B 12_: Phelippe.

P. 218, l. 13: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 218, l. 17: chars.--_Le ms. A 2 ajoute_: de farines, de fèves, de
pois.

P. 218, l. 18: sels.--_Le ms. A 2 ajoute_: de buche.

P. 218, l. 28: ahaties.--_Ms. A 2_: rancunes, injures et haines.--_Mss.
A 7, B 5, 7_: haynes.--_Ms. B 20_: envahies et entreprises.

P. 219, l. 3: nommé ne renommé.--_Ms. A 2_: renommez ne accusez.--_Ms.
B 12_: demandez.--_Ms. B 20_: renommé.

P. 219, l. 6: laissièrent.--_Le ms. B 20 ajoute_: celle pendaille.

P. 219, l. 7: gens.--_Le ms. A 2 ajoute_: mauvaise ribaudaille.

P. 219, l. 7: signeurit.--_Ms. B 1, 2_: maistriés.--_Ms. B 12_: si
nourriz.

P. 219, l. 8: iaulx.--_Le ms. A 2 ajoute_: là où ilz vouloient ordonner
et commander.

P. 219, l. 12: ensonniet.--_Ms. A 2_: embesongnez.--_Mss. B 5, 7_:
esloigniez.

P. 219, l. 18: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 219, l. 25: jeuiaulx.--_Ms. B 12_: anneaulx.


§ =131.= P. 219, l. 30: Hauterive.--_Mss. B 1, 2, 12_: Auterme.

P. 220, l. 3-4: li bastars de Weldinghes.--_Leçon des mss. F 1, B
12.--Mss. B 1, 2_: li bastars de Weldure.--_Manquent au ms. A 2._

P. 220, l. 4: autres.--_Le ms. A 2 ajoute_: chevaliers tous d’un linage.

P. 220, l. 5-7: navieurs... à Gaind.--_Mss. A 7, B 5, 7_: navires de
Gand (qui estoient aux bourgois de Gand), qui les amenoient par la
rivière de l’Escault à Gand plaines de bledz (_les mots placés entre
parenthèses manquent au ms. B 5_).

P. 220, l. 17: fait.--_Les mss, B 1, 2 ajoutent_: faire.

P. 220, l. 30: cinq cens.--_Mss. B 5, 7_: cinq mil.

P. 220, l. 31: en oevre.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1.--Ms. B
2_: en besongne.

P. 221, l. 2: reversés.--_Ms. A 7, B 2, 5, 7_: renverser.

P. 221, l. 6: Se.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 221, l. 15: maleoites gens! li.--_Ms. A 2_: malostrutes gens! le
grant.

P. 221, l. 16: que cil de Gaind.--_Ms. A 2_: comme ces chaperons blans.

P. 221, l. 22: Li maieur et li juret.--_Mss. B 2, 12_: Le mayeur et les.

P. 222, l. 17-18: deffendu.--_Mss. A 7, B 5, 7_: avoir defendu.--_Mss.
B 2, 12_: defendre.

P. 222, l. 23: remonstré.--_Mss. A 7, B 2, 5, 7_: remonstrer.--_Ms. B
12_: avoir remonstré.

P. 222, l. 26: main.--_Le ms. A 2 ajoute_: à manière non d’amis, mais
d’ennemis.

P. 222, l. 26-27: plaidiet saissi.--_Ms. A 7_: et de plaidier
saisis.--_Mss. B 5, 7_: et estes de plaidier saisiz.--_Ms. B 12_:
saisi ses places.

P. 222, l. 30: des maieur et jurés.--_Leçon des ms. B 12._-_-Mss. A 1,
7, B 1, 2, 5, 7_: des maieurs et des.


§ =132.= P. 223, l. 10: que n’en ont point eu.--_Ms. B 20_: qu’ilz n’en
avoient nulle cause ne raison.

P. 223, l. 14-15: Mes Dieux.--_Ms. A 1_: Me Dieux.--_Ms. A 2_: M’aïst
Dieux.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Se m’aist Dieus.--_Mss. B 1, 2_: Mi
Dieus.--_Mss. B 12, 20_: Certes.

P. 223, l. 15: baillieu.--_Le ms. A 2 ajoute_: faisant son office et
tenant la bannière du conte en sa main.

P. 223, l. 21: destruire.--_Le ms. A 2 ajoute_: et tous ceuls qui
dedens se tinrent, V{c} chevaliers et escuiers.

P. 223, l. 24: et, se.--_Ms. A 2_: et comment mal il s’en acquitoit,
que dreit et justice il n’en faisoit, et pour ce.

P. 223, l. 30: sorre.--_Ms. B 12_: absoudre.

P. 224, l. 8: escrisoit.--_Ms. B 12_: escripvoit.

P. 224, l. 16: de Grute.--_Mss. A 7, B 7_: de Guise.--_Ms. B 5_: de
Guyse.

P. 224, l. 18: s’en partirent.--_Mss. B 5, 7_: retournèrent à Gand.

P. 224, l. 27: Weldinghes.--_Ms. F 1_: Windighes.--_Ms. B 1_:
Weldurez.--_Ms. B 2_: Weldures.--_Ms. B 12_: Weldigues.--_Ms. B 20_:
Windinges.

P. 225, l. 2: les prouvos et jurés.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
les prouvos et jurés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: le prevost et jurez.

P. 225, l. 3: qu’il en fissent partir le chevalier.--_Leçon du ms. B
12.--Manque aux mss. F 1, A 1, 2, B 20._

P. 225, l. 4: Partis.--_Ms. A 2_: Petit.--_Ms. B 12_: Pertris.


§ =133.= P. 225, l. 19: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.

P. 225, l. 28: tout bellement.--_Ms. B 20_: petit à petit.

P. 226, l. 4: remparer.--_Mss. B 1, 2_: rappareillier.

P. 226, l. 5: en.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: on.

P. 226, l. 11: roe.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. A 1_: ruez.--_Ms. B 1_:
roez.

P. 226, l. 13-14: li contes... Ippre.--_Ms. A 2_: Jehan Bette, qui fut
trouvé à Yppre, fut admené au conte de Flandres qui tantost commanda
qu’il fust decolé.

P. 226, l. 15: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._


§ =134.= P. 226, l. 25: vies.--_Le ms. A 2 ajoute_: et il a très grant
droit, car nous lui avons fait trop de maulx et de despiz.

P. 226, l. 27: grant tort.--_Ms. B 20_: une mauvaise compaignie.

P. 226, l. 29: fin.--_Le ms. B 20 ajoute_: ou pire.

P. 226, l. 30: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.

P. 227, l. 1: demorroit.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: demoroit.

P. 227, l. 3: porions nous estre.--_Ms. A 2_: nous pourrons.--_Ms. B 5,
7_: pourrons nous.--_Ms. B 20_: pouvons nous estre.

P. 227, l. 3-4: porions... destruit.--_Mss. B 1, 2_: porrions nous
encore estre destruis.--_Ms. B 12_: nous serons encores tous destruitz.

P. 227, l. 4: n’i.--_Les mss. B 5, 7 ajoutent_: prenons garde et.

P. 227, l. 7: Rasses.--_Ms. B 12_: Jaques.

P. 227, l. 8: Lannoit.--_Ms. B 5_: Lannay.

P. 227, l. 26: Flandres.--_Le ms. A 2 ajoute_: annet filz bastard du
conte, qui avoit nom la Haze. De cellui ilz firent leur capitaine, car
ilz estoit appert chevalier et vaillant homme d’armes durement. Si
mandèrent.

P. 227, l. 27-29: et... chevalier.--_Manquent au ms. A 2._

P. 227, l. 28: Hasse.--_Ms. A 2_: Haze.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
Hasle.--_Mss. B 1, 2_: Hazele.--_Ms. B 12_: Hazle.--_Ms. B 20_: Halze.

P. 227, l. 29: Hasses.--_Ms. A 1_: Hasles.

P. 227, l. 31: Gauvres.--_Mss. B 5, 7_: Grauves.--_Ms. B 20_: Gavres.

P. 228, l. 12: arbalestres.--_Le ms. A 2 ajoute_: que ilz pendoient à
leur porte.

P. 228, l. 14-16: de grant... homme.--_Ms. B 20_: puissant de corps,
hardi, entrependant et asseuré en armes et plus entesté.

P. 228, l. 17: sen.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.


§ =135.= P. 228, l. 22: Aubert.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui pour lors
estoit bail de Henault.

P. 228, l. 30: seroient.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: seroit.--_Ms. B
12_: furent.

P. 229, l. 5: compte.--_Le ms. A 2 ajoute_: et se moquèrent.

P. 229, l. 7: Hues.--_Ms. A 2_: Henrry.

P. 229, l. 7: est.--_Mss. B 5, 7_: estoit.

P. 229, l. 9: drois.--_Le ms. A 2 ajoute_: et la donrroient à un autre
qui voulentiers les serviroient, et avecques ce ilz.

P. 229, l. 10: dalés Gramont.--_Leçon des ms. B 1, 2.--Manquent au ms.
A 1.--Ms. A 2_: assez près de Gand.--_Mss. B 5, 7_: tout jus.--_Ms. B
12_: emprès Grantmont.

P. 229, l. 11: destruction.--_Le ms. A 2 ajoute_: comme mauvais
traitres, villains rebelles qu’ilz estoient envers le conte, leur
naturel seigneur.

P. 229, l. 15: obeïssance.--_Le ms. A 2 ajoute_: et non à eulx.

P. 229, l. 20: Grammont.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Gand.

P. 229, l. 21: d’Enghien.--_Ms. A 2_: d’Antoing.

P. 229, l. 24: la guerre.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manquent aux
mss. A 1, B 1, 2, 12, 20._

P. 229, l. 30: cent mille.--_Ms. B 20_: deux cens mil.

P. 229, l. 31: grant painne.--_Mss. A 1_: grant painnez.

P. 229, l. 31: ne paix.--_Ms. B 12_: de paix.

P. 229, l. 32: de Gaind.--_Ms. A 2_: des blans chaperons de Gand.

P. 229, l. 32: si.--_Ms. B 20_: avoir si.

P. 230, l. 2: Bourgongne.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui avoit sa fille
espousée.


§ =136.= P. 230, l. 18: banis.--_Mss. A 7, B 5, 7_: barons.

P. 230, l. 21: de Stienehus.--_Mss. A 7, B 5, 7_: d’Estrevelins.--_Ms.
B 12_: de Steenhus.

P. 230, l. 30: Tournai.--_Ms. B 12_: Courtray.

P. 230, l. 31: en le Pèvle.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 2_:
Peulle.--_Ms. B 2_: en rouele.--_Ms. B 12_: en Penèle.

P. 231, l. 1: le Rongi.--_Manquent au ms. A 2._

P. 231, l. 2: et à Lille.--_Mss. B 1, 2_: ne de Douay à Lille.

P. 231, l. 2: Lille.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne à Bethune.

P. 231, l. 6: et Courtrai.--_Ms. B 2_: de ceuls de Tournay.

P. 231, l. 14-15: de Flandres.--_Ms. B 12_: de Gand, d’Ypre, de Bruges
et d’ailleurs.

P. 231, l. 15-20: ne mist... duc de Bourgongne, et.--_Mss. A 7, B 5,
7_: et à celle fin que le conte n’eust aucun pourchas et traictié de
son cousin et filz le duc de Bourgongne, ilz.

P. 232, l. 4: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.

P. 232, l. 5-6: faissoit... disoit.--_Mss. B 5, 7_: faisoient papes
Clemens et les cardinaulx et disoient.


§ =137.= P. 232, l. 10: à siège.--_Ms. A 1_: assiège.

P. 232, l. 10-11: Chastel... Randon.--_Ms. B 12_: le fort chastel de
Randon.

P. 232, l. 11: Randon.--_Ms. B 20_: Landon.

P. 232, l. 15: englesses.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque aux mss. A
1, 2, 7._

P. 232, l. 22: France.--_Le ms. A 2 ajoute_: car je crey bien que
jamais n’y avra son pareil.

P. 232, l. 29: à ses piés.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2, 5, 7, 12,
20.--Mss. A 1, 2_: assés priès.

P. 233, l. 7: regars.--_Ms. A 2_: souverain et garde.--_Mss. B 5, 7_:
regent.

P. 233, l. 19: merites.--_Ms. B 20_: propice.

P. 233, l. 22-23: encores une espasse de tamps.--_Mss. B 1, 2_: jusques
à une autre fois.

P. 233, l. 27: Caluisiel.--_Ms. A 2_: Chanlucet.--_Mss. B 1, 2_:
Coursiel.--_Ms. B 12_: Caluset.


§ =138.= P. 234, l. 12: otant.--_Ms. B 12_: quatre cens.

P. 234, l. 14-15: messires Hues... Trivès.--_Ms. B 20_: messires Thumas
Trivès et petit d’autres.

P. 234, l. 25: Rochefort.--_Le ms. A 2 ajoute_: du seigneur de Montfort.

P. 234, l. 25: et des.--_Ms. B 20_: et d’autres capitaines.

P. 234, l. 28: pour quoi il perissoit, et.--_Mss. A 7, B 5, 7_: pour
quoi ilz ne venoient.--_Ms. B 12_: à quoy il tenoit et.--_Ms. B 20_: de
l’estat de par delà et.

P. 234, l. 29: leur.--_Mss. A 7, B 5, 7_: lui.

P. 234, l. 31: mesage.--_Ms. B 5, 7_: voyage.


§ =139.= P. 235, l. 11: De la venue.--_Ms. A 2_: Quant.

P. 235, l. 12: furent.--_Ms. A 2_: furent venuz à Londres.

P. 235, l. 14: alla.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque aux mss. A 1,
2.--Mss. A 7, B 5, 7_: si volt le roy tenir.--_Ms. B 12_: le roi tint.

P. 235, l. 14: Widesore.--_Ms. A 2_: Westmouster.

P. 235, l. 24-25: li dus de Lancastre.--_Ms. B 5_: le roy.--_Ms. B 7_:
li dus de Bretaigne.

P. 236, l. 1: Westmoustier.--_Ms. B 12_: Windesore.

P. 236, l. 8: Hostindonne.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Hastindonne.--_Ms. B
2_: Hontiton.--_Mss. B 12, 20_: Hostidonne.

P. 236, l. 17: trois mille.--_Mss. B 5, 7_: quatre mille.


§ =140.= P. 237, l. 1: passeroit.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: ne
passast.--_Le ms. A 2 ajoute_: la mer.

P. 237, l. 6: païs.--_Le ms. B 20 ajoute_: et bonnes villes.

P. 237, l. 16: frès.--_Ms. A 1_: frèrez.

P. 237, l. 22: les.--_Ms. B 1_: le.

P. 237, l. 25: Ternois.--_Ms. B 5_: Therouennoys.--_Ms. B 7_:
Therrenoyes.

P. 237, l. 27: fors.--_Ms. B 12_: portz.

P. 237, l. 30: d’Esprelecque.--_Ms. B 1, 2_: d’Esproloque.

P. 237, l. 31: Hames.--_Ms. B 1_: Havres.--_Mss. B 5, 7_: Harnes.--_Ms.
B 12_: Haynes.

P. 238, l. 13: Saintpi.--_Mss. A 2, B 2_: Sempy.--_Ms. B 1_: Sempi.


§ =141.= P. 238, l. 25: Marquigue.--_Leçon donnée plus loin p. 239, l.
23.--Ms. A 1_: Marqhingue.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Maligue.--_Ms. B 20_:
Marghingue.

P. 238, l. 27: pennonchiers.--_Ms. B 7_: jouvenceaulx.

P. 238, l. 28: d’Asquesufort.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de Stanfort.

P. 238, l. 30: de Devesciere.--_Ms. A 2_: de Dulvestre.--_Ms. B 1_: de
Deuveciere.--_Ms. B 2_: de Deuveziere.--_Mss. B 5, 7_: Dunestre.--_Ms.
B 12_: Denesiere.--_Ms. B 20_: de Denestiere.

P. 239, l. 1: Fil Watier.--_Ms. A 7_: Fillatier.--_Mss. B 5, 7_:
Silvatier.

P. 239, l. 7: de la Souce.--_Mss. A 7, B 5, 7_: la Sente.--_Mss. B 1,
2_: la Soute.--_Mss. B 12_: Lascouce.

P. 239, l. 8: Clinton.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 7, B 5, 7, 20_:
Cluton.

P. 239, l. 9: Fil Warin.--_Ms. B 1_: Fil Watier.

P. 239, l. 9: Toriel.--_Ms. A 2_: Troiel.--_Mss. B 1, 2_: Tretiel.

P. 239, l. 10: de Vertaing.--_Mss. B 5, 7_: Warchin.

P. 239, l. 11: Ferinton.--_Mss. A 2, B 20_: Fermiton.--_Ms. B 12_:
Freneton.

P. 239, l. 12-13: Draiton.--_Ms. A 2_: Drachon.--_Ms. B 12_:
Dariton.--_Ms. B 20_: Traiton.

P. 239, l. 13: Franke.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Faubre.--_Ms. B 12_: Fouque.

P. 239, l. 18: Saint More.--_Ms. A 2_: Saincte Memoire.

P. 239, l. 19: Hugekin.--_Ms. A 2_: Hennequin.--_Ms. B 1_:
Hughelin.--_Mss. B 2, 5, 7, 12_: Huquelin.

P. 239, l. 23: Marquigue.--_Mss. B 1, 2_: Mortaigne.

P. 240, l. 3: jurent.--_Mss. A 7, B 5, 7_: juroient.--_Ms. B 12_:
jurèrent.

P. 240, l. 4: trois.--_Mss. A 7, B 5, 7_: deux.

P. 240, l. 7: aler.--_Le ms. B 12 ajoute_: si comme cy est declairé
(_la fin du paragraphe manque_).

P. 240, l. 7-9: il... que.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manquent aux mss.
A 1, 2, B 5, 7, 12, 20._


§ =142.= P. 240, l. 29: Citelée.--_Ms. B 20_: Tichelée.

P. 240, l. 29: Roumeston.--_Mss. B 1, 2_: Jonneston.--_Ms. B 12_:
Romescoton.

P. 240, l. 30: Roselée.--_Le ms. A 2 ajoute_: et plusieurs autres que
je ne puis mie tous nommer.

P. 241, l. 4: Flolant.--_Mss. B 1, 2_: Frolant.--_Ms. B 12_: Floant.

P. 241, l. 12: tour.--_Ms. B 12_: maison.

P. 241, l. 19: Bauduins de le Boure.--_Ms. B 1_: d’Ennequin.--_Ms. B
2_: d’Ennequins.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7._

P. 241, l. 21: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.

P. 241, l. 26: present.--_Le ms. A 2 ajoute_: devant lui.

P. 241, l. 31: une telle platte maison.--_Ms. B 20_: si petit de chose.

P. 242, l. 1-3: Quant li... espargnier.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Bien
nottèrent ceulx qui entendirent ceste parole, et s’espargnièrent moins.

P. 242, l. 11-12: se vendirent... bleschiés.--_Ms. B 20_: se
deffendirent, car tous furent blechiés ceulx du fort.


§ =143.= P. 243, l. 23: Thumas Canois.--_Manquent au ms. B 12._

P. 243, l. 28: joustes.--_Le ms. A 2 ajoute_: de fer de lance.

P. 244, l. 2-3: Esquelles.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Esquilles.

P. 244, l. 3: Thierewane.--_Ms. A 2_: Chiennevaire.


§ =144.= P. 244, l. 17: Fransures.--_Mss. B 1, 2_: Fransières.--_Ms. B
5_: Fransuerez.--_Ms. B 7_: Fransueres.

P. 244, l. 29: et pareçons.--_Ms. A 1_: as pareçons.--_Ms. A 2_: aux
parçons.--_Ms. B 1_: et parchons.--_Ms. B 2_: et particions.--_Ms. B
12_: pareil à autre.--_Ms. B 20_: aux parchons.

P. 245, l. 3: Wicerne.--_Leçon donnée plus bas, l. 26.--Mss. A 1, 2,
7_: Vitrone.--_Mss. B 1, 2, 20_: Vitrene.--_Mss. B 5, 7, 12_: Viterne.


§ =145.= P. 245, l. 15: Tassen.--_Ms. A 2_: Casson.--_Mss. A 7, B 12,
20_: Tasson.--_Ms. B 1, 2_: Cassem.--_Mss. B 5, 7_: Tansson.

P. 245, l. 21: d’Allemaigne.--_Mss. A 7, B 5, 7_: d’Angleterre.--_Ms. B
12_: des Rommains.

P. 245, l. 22: madame de Braibant.--_Mss. B 1, 2_: la duchoise.

P. 245, l. 26: Wicerne.--_Mss. B 5, 7_: Vicreno.

P. 246, l. 3: Lillers.--_Ms. A 2_: Liflers.--_Ms. A 7_: Lisle.--_Mss. B
5, 7_: Lisque.

P. 246, l. 4: Bruais.--_Mss. B 5, 7_: Bouais.

P. 246, l. 4: la.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: li.--_Mss. A 7, B
7_: lez.--_Manque au ms. A 2.--Ms. B 12_: la Bruisière.

P. 246, l. 7: gissoient.--_Ms. B 20_: se retraioient.


§ =146.= P. 246, l. 16: le seigneur.--_Ms. B 20_: messire Pierre.

P. 246, l. 17: Cargni.--_Ms. B 1_: Charni.--_Ms. B 2_: Charny.

P. 246, l. 18: Honcourt.--_Ms. A 7_: Haricourt.--_Mss. B 5, 7_:
Harcourt.

P. 246, l. 21: à Sauchières.--_Leçon donnée plus bas, l. 29.--Ms. A 1_:
as Auchière.--_Ms. A 2_: à Anchière.

P. 246, l. 29: Sauchières.--_Mss. A 7, B 1, 2_: Douchières.

P. 246, l. 29: chevauchoient.--_Le ms. B 12 ajoute_: tous jours
ensemble et moult ordonneement.

P. 247, l. 2: si.--_Leçon du ms. B 1._--Ms. A 1: se.

P. 247, l. 4: voiage.--_Le ms. A 2 ajoute_: lequel ilz ont
honourablement emprins et commancié, mais comment il leur en prendra en
la fin, je ne le sçay.

P. 247, l. 12: Avesnes.--_Leçon des mss. B 1, 2, qui ajoutent_: le
conte.--_Mss. A 1, 7, B 7_: Anes.--_Mss. A 2, B 5_: Anez.--_Ms. B 20_:
Nevesle.

P. 247, l. 24: Gui.--_Ms. B 20_: Guillemme.


§ =147.= P. 247, l. 29: La nuit.--_Ms. A 2_: Si avint.

P. 248, l. 6: fust.--_Le ms. B 12 ajoute_: et prouffitable.

P. 248, l. 19: si esperonnèrent.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_:
s’esprouvèrent.

P. 249, l. 5: as gens le.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: as Englez
le.--_Ms. B 20_: au.

P. 249, l. 15: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.

P. 249, l. 16: combatre.--_Le ms. A 2 ajoute_: ou non.


§ =148.= P. 249, l. 24: Haverech.--_Le ms. A 2 ajoute_: le sires de
Marquelies.

P. 249, l. 26: sentoient.--_Ms. A 2_: se tenoient ainsi comme tout.

P. 249, l. 30: de Soumaing.--_Mss. B 5, 7_: et soubz main.

P. 249, l. 31: Cavrelée.--_Le ms. B 20 ajoute_: Jehan d’Arnon.

P. 249, l. 31: Hai.--_Ms. A 2_: Gay.

P. 250, l. 17-18: car... cessèrent.--_Ms. B 20_: tant que au ferir, car
ilz brocquoient de randon.

P. 250, l. 17: estekier.--_Ms. A 2_: courir.--_Ms. B 12_: estocquier.

P. 250, l. 24: Boulhart.--_Ms. B 16_: Houlart.

P. 250, l. 29: Digier.--_Ms. B 20_: Ligier.

P. 251, l. 2: l’eure ne pour le journée.--_Ms. B 12_: ce
jour.--_Ms. B 20_: le journée.


§ =149.= P. 251, l. 3: li hoos.--_Ms. B 20_: l’armée du conte de
Bonquighem.

P. 251, l. 13: trente.--_Ms. B 12_: de trente à quarante.

P. 251, l. 18: à Farvakes.--_Ms. B 12_: du fouraige.

P. 251, l. 26: dix.--_Ms. B 20_: douze.

P. 251, l. 27: compaignie.--_Le ms. B 20 ajoute_: qui vaillament
s’estoient deffenduz à leur pouoir.

P. 251, l. 28-30: en es... loga.--_Ms. A 2_: dedans les logeis de leurs
maistres qui les avoient prins à Foursonne.

P. 251, l. 28: Fonsomme.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
Foursome.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Foursoms.--_Ms. B 12_: Foursomme.--_Ms.
B 20_: Foursene.

P. 251, l. 29: Saint Quentin.--_Mss. A 7, B 5, 7_: d’Amiens.

P. 251, l. 31: va des.--_Ms. B 20_: va de la guerre et de ses.

P. 251, l. 31: aventures.--_Le ms. A 2 ajoute_: des armes; à l’un
emprant bien, et à l’autre maisement.


§ =150.= P. 252, l. 10: Oregni.--_Ms. B 12_: Orgnies.

P. 252, l. 11: Benoite.--_Ms. A 2_: Marie.

P. 252, l. 13: ante.--_Mss. A 7, B 5, 7_: bellante.

P. 252, l. 21: Orgny.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Thorigny.

P. 252, l. 22: Creci.--_Mss. B 5, 7_: Torcy.

P. 252, l. 22-24: là loga... Selle, et.--_Leçon des mss. B 1,
2.--Manquent aux mss. A 1, 2._

P. 252, l. 22-25: là loga... Laon, et.--_Ms. B 20_: vindrent coureurs
jusques aux barières de Laon, mais.

P. 252, l. 24: logier.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque aux mss. A 1,
2._

P. 252, l. 29-30: Courmissi.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: Tourmissy.

P. 252, l. 32: plentiveux.--_Ms. A 2_: plantureux.

P. 253, l. 5: souffraite.--_Mss. B 5, 7_: souffrance.--_Le ms. B 20
ajoute_: et grant famine.

P. 253, l. 20-21: sepmaine.--_Mss. B 1, 2_: empainte.

P. 253, l. 21: soissante.--_Mss. B 5, 7_: quarante.

P. 253, l. 23: garant.--_Le ms. B 20 ajoute_: comme il leur estoit
adviz.

P. 253, l. 25: paissoient.--_Le ms. A 2 ajoute_: l’erbe qu’ilz
trouvoient avoir.

P. 254, l. 5: largaiche.--_Manque au ms. B 1.--Ms. B 2_: joie.

P. 254, l. 11: carées.--_Ms. A 2_: charretées.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
charges.

P. 254, l. 12: respitées d’ardoir.--_Ms. A 2_: garantiz d’ardoir.--_Ms.
B 1_: respites de non ardoir.--_Ms. B 2_: respitez d’ardoir.

P. 254, l. 16: rivière.--_Le ms. B 20 ajoute_: à guez, car le pont
estoit rompu.


§ =151.= P. 254, l. 22: estaches.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1, B
5, 7_: estages.--_Ms. A 7_: estaiches.--_Ms. B 12_: estaces.

P. 254, l. 21: plances et.--_Ms. A 2_: plenté de.

P. 254, l. 24: et.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._

P. 255, l. 12: Monmer.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Moyemer.

P. 255, l. 16: Si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: Se.

P. 255, l. 21: Pelotte.--_Ms. A 2_: Pelotre.--_Ms. A 7_: Pelage.--_Mss.
B 1, 2_: Pallote.--_Mss. B 5, 7_: Plage.

P. 255, l. 26: si.--_Leçon du ms. B 12.--Ms. A 1_: se.--_Manque au ms.
B 1._

P. 256, l. 15: esperons.--_Le ms. A 2 ajoute_: qui mieulx mieulx.

P. 256, l. 17: si.--_Le ms. B 20 ajoute_: fut ung petit pensif et.

P. 256, l. 29: Brochons.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
Brotone.--_Mss. A 2, B 12_: Brocons.--_Ms. A 7_: Bretons.--_Mss. B 5,
7_: Breton.

P. 256, l. 31: fuioit.--_Ms. B 1_: sieuoit.--_Ms. B 2_: aloit.

P. 257, l. 1: cheval.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: chevaulx.

P. 257, l. 2-3: car... estriers.--_Ms. B 20_: car le seigneur Hangiers
demoura sur la selle.

P. 257, l. 7: de corps.--_Mss. B 1, 2, 12_: d’armes et de corps.

P. 257, l. 24: quoitié.--_Ms. A 2_: costiez.--_Ms. B 20_: poursiewiz et
tant oppressez.

P. 257, l. 24: barrière.--_Le ms. B 20 ajoute_: doubtant.

P. 257, l. 28: fors.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: fort.

P. 257, l. 31: et au gué.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: à
Augré.--_Mss. B 5, 7_: Auwe.--_Ms. B 12_: au gré.

P. 258, l. 1-2: de estre... aventure.--_Ms. B 20_: en moult grant peril
d’estre prins de ses ennemis.


§ =152.= P. 258, l. 8: Brochons.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_:
Brocons.--_Ms. A 2_: Bracons.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Bretons.

P. 258, l. 12: vint.--_Ms. B 7_: trente.

P. 258, l. 15: à euls sauver.--_Ms. B 20_: après eulx.--_Les mss. A 7,
B 5, 7 ajoutent_: entendoient.

P. 258, l. 23: Goufer.--_Mss. A 2, B 20_: Goufier.--_Mss. B 1, 2_:
Gonsée.--_Mss. B 5, 7_: Geuffroy.--_Ms. B 12_: Coufer.

P. 258, l. 25: estanchiés.--_Mss. A 7, B 5, 7_: eshauchiez.

P. 258, l. 27: coitoient.--_Ms. B 20_: convoitoient.

P. 258, l. 28: riens.--_Mss. B 1, 2_: mot.

P. 258, l. 28: de.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 2, B 12_: des.

P. 258, l. 29: d’englès.--_Leçon du ms. B 1.--Mss. A 1, 2, B 12_: des
englès.

P. 259, l. 13: si.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Ms. A 1_: se.

P. 259, l. 21: Barnars.--_Mss. A 2, B 1, 2, 12_: Barnare.--_Mss. A 7, B
5, 7_: Bernare.

P. 259, l. 21: Siple.--_Ms. A 2_: Supplice.--_Ms. B 2_: Simple.

P. 259, l. 24: ensamble.--_Le ms. A 2 ajoute_: pour sçavoir comment ilz
se maintenrroient.

P. 259, l. 28: avoient.--_Leçon du ms. A 1, à corriger en_ avoit,
_d’après le ms. A 2_.


§ =153.= P. 259, l. 31: nullement li.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Charles.

P. 260, l. 10: de France.--_Mss. A 7, B 5, 7_: de la mer.

P. 260, l. 14: de Hanbue.--_Mss. B 1, 2, 12_: Haubue.--_Ms. B 5_:
Hambie.

P. 260, l. 15: li Barrois.--_Mss. A 1, 7_: li baron.

P. 260, l. 15-16: li sires de Roye.--_Manquent au ms. B 12._

P. 260, l. 16: messire Jehans de Roie.--_Manquent aux mss. B 5, 7._

P. 260, l. 16: Assi.--_Mss. B 1, 2_: Arsi.

P. 260, l. 21: si.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: se.

P. 261, l. 3: armes.--_Répété dans le ms. A 1._

P. 261, l. 5-28: rengies... batailles.--_Manquent aux mss. A 7, B 5, 7
par suite d’un bourdon._

P. 261, l. 17: les sambues et li houcement aloient.--_Ms. B 12_:
l’embouchement pendoit.

P. 261, l. 17: houcement.--_Ms. A 2_: boutonnemens.

P. 261, l. 26: friceté.--_Ms. B 20_: faiticeté.

P. 261, l. 31-32: asquels li contes dist ensi.--_Leçon des mss. B 1,
2.--Manquent au ms. A 1.--Ms. A 2_: puis leur dist.--_Mss. A 7, B 5,
7_: et leur dist le conte de Bonqueghen.--_Les mss. B 1, 2, 5, 7, 12
ajoutent_: Rois d’armes.

P. 262, l. 8: fleur.--_Le ms. B 7 ajoute_: de lys et.

P. 262, l. 17: Si.--_Leçon des mss. A 7, B 12.--Mss. A 1, B 1, 2_: Se.


§ =154.= P. 262, l. 27: Entrues... leur.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss.
A 1, B 20_: Entruez que Camdos ly hiraus fist son.--_Ms. A 2_: Ainsi
que Camdos fist son.--_Ms. A 7_: Endementiers que les heraulx firent
leur.

P. 263, l. 17: Adonc fist.--_Ms. A 2_: Adonc lui dist: «Messire, vecy
plusieurs bons escuiers qui voulsissent bien qu’il vous pleust à eulx
faire chevaliers». Adonc le conte fist.

P. 263, l. 19: Brochon.--_Ms. A 1_: Boucon.--_Ms. A 2_: Benton.--_Ms. A
7_: Bretons.--_Mss. B 1, 2, 20_: Bouton.--_Mss. B 5, 7_: Breton.

P. 263, l. 21: Stinquelée.--_Le ms. A 1 ajoute_: et messire Huge de
Bince.--_Le ms. A 2_: messire Hugues de Luyne.--_Le ms. B 12_: et
messire Hugue de Hume (_cf. l. 25_).--_Le ms. B 20_: et messire Hugue
de Lume.

P. 263, l. 21: Ortingue.--_Mss. B 1, 2_: Artingue.

P. 263, l. 22: Wallekock.--_Mss. B 12_: Willecocq.

P. 263, l. 23: Brainne.--_Ms. B 12_: Bruyne.

P. 263, l. 23: Bernier.--_Ms. A 7_: Vernier.--_Ms. B 20_: Bernient.

P. 263, l. 25: Lume.--_Ms. A 1_: Lunce.--_Ms. A 2_: Luyne.

P. 263, l. 25: Huge de Lume.--_Manquent au ms. B 12.--Ms. B 20_:
Witasse de la Boule.

P. 264, l. 10-11: de crestiiens... l’autre.--_Manquent dans les mss. A
7, B 5, 7.--Mss. B 1, 2_: contre Sarrasins.

P. 264, l. 12: enssi.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: essi.

P. 264, l. 14: rèse.--_Ms. B 20_: estour.


§ =155.= P. 265, l. 4: passer ne aler.--_Leçon des mss. A 7, B 5,
7.--Manquent aux mss. A 1, B 1.--Ms. B 2_: passer oultre ne aler.


§ =156.= P. 265, l. 19: efforcié.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: et
efforcent.

P. 265, l. 21: en especialité.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et en especialité.

P. 265, l. 30: et frère au roi de France.--_Manquent au ms. B 20._

P. 265, l. 30: Si.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: Se.

P. 265, l. 30: requiert.--_Ms. A 1_: requert.

P. 266, l. 1: Engletière.--_Les mss. B 1, 2, 12 ajoutent_: et oncle du
roi à present.--_Le ms. B 20 ajoute_: et oncle à present du roy Richart
d’Angleterre.

P. 266, l. 7-8: enfourmés.--_Ms. B 1_: chargiet.--_Ms. B 2_: chargez.


§ =157.= P. 266, l. 22: porta.--_Le ms. A 2 ajoute_: d’un costé et
d’autre.

P. 266, l. 24: qui s’appelloit Jehan Ston.--_Mss. A 6, 7, 9, B 5, 7_:
nez de l’eveschié de Lincolle.--_Manquent aux mss. B 12, 13, 15, 16._

P. 266, l. 24: Jehan Ston.--_Leçon du ms. B 20.--Blanc laissé dans
le ms. A 1.--Ms. A 2_: Jennequin Boleton.--_Mss. B 1, 4_: Lyonet de
Northberi.--_Ms. B 2_: Lionnet de Norbery.

P. 267, l. 2: des.--_Ms. A 2_: de plus de X.

P. 267, l. 27: Bourbon.--_Le ms. A 2 ajoute_: le conte de Harrecourt.

P. 268, l. 2: sus la remontière.--_Ms. B 20_: entour vespres tous.

P. 268, l. 5: Barbon.--_Ms. B 12_: Bourbon.--_Ms. B 20_: Barlion.

P. 268, l. 5: Mailliers.--_Mss. A 7, B 7_: Maillières.--_Ms. B 5_:
Maillères.

P. 268, l. 9: n’avoient... mout.--_Ms. B 20_: avoient.


§ =158.= P. 268, l. 11-12: li Englès... France.--_Ms. B 20_: le conte
de Bouquighem chevauchoit et raenchonnoit parmy France à grosse route
de gens d’armes d’Angleterre.

P. 268, l. 14: que.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 268, l. 18: saudoiiers.--_Leçon du ms. B 2.--Ms. A 1_: saudoiier.

P. 268, l. 18-19: au duc et au païs de Bretaigne.--_Ms. A 2_: car le
duc de Bretaigne et son païs s’en les avoient mandez.

P. 268, l. 19: qui regnoit.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Ms. A 1_: qui
resongnoit.--_Ms. A 2_: qui moult resongnoit les fortunes.--_Ms. A 7, B
5, 7_: resoingnoit.

P. 268, l. 21: visseux.--_Mss. A 2, B 20_: advisé.

P. 268, l. 22: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 268, l. 26: fust.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: mal.

P. 268, l. 27: et.--_Mss. A 7, B 5, 7_: ne.

P. 269, l. 3: il.--_Ms. A 1_: ilz.

P. 269, l. 10: ou cas... brisier.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Mss. A 1,
7, B 5, 7_: desquels il avoient les coppiez et.--_Ms. B 20_: desquelles
choses ainsi prommises ilz avoient les copies et.

P. 269, l. 10-13: ou cas... et que.--_Ms. A 2_: desquels convenances
et traittiés ilz avoient les coppies et accors jadis fais, accordez
et sellez, requis et priez par eulx meismes, desquels ils avoit bons
originauls royaulx; et ainsi il leur mandoit comment.--_Ms. B 12_: par
bonnes chartres desquelles avoient les copies et il l’original.

P. 269, l. 13: roiel.--_Ms. B 20_: vidimus.

P. 269, l. 22: ils.--_Ms. A 1_: il.

P. 270, l. 1: aidant à ses ennemis.--_Ms. B 20_: aidans, confortans ne
favourisans à ses ennemis ne adversaires.

P. 270, l. 20: Fransures.--_Ms. B 1_: Fransièrez.--_Ms. B 2_:
Fransières.--_Mss. B 5, 7_: Fransueres.


§ =159.= P. 270, l. 22: Bouquighem.--_Le ms. B 20 ajoute_: et les
barons d’Angleterre.

P. 270, l. 26: merquedi.--_Ms. B 20_: mardi.

P. 270, l. 29: Jenon.--_Ms. A 2_: Renon.

P. 271, l. 2-3: S. J. de Nemousses.--_Mss. A 7, B 5, 7_: S. J. de
Nemours.--_Mss. B 1, 2_: S. J. Deunemousses.--_Ms. B 12_: Sainte
Venisse de N.

P. 271, l. 4: Biane.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Beaune.--_Mss. B 1, 2_: Viane.

P. 271, l. 4-5: et l’autre jour... Gastinois.--_Manquent au ms. A 2._

P. 271, l. 5: Peuviers.--_Ms. B 1_: Pemmiers.--_Mss. B 2, 12, 20_:
Penniers.

P. 271, l. 10: de Peuviers.--_Manquent au ms. A 2._

P. 271, l. 13: li Baveus.--_Mss. B 5, 7_: de Baigneux.

P. 271, l. 14: Ianville.--_Ms. B 5_: Ganville.--_Ms. B 7_: Granville.

P. 271, l. 15: Vilaines.--_Leçon des mss. B 5, 12.--Ms. A 1_:
Velines.--_Ms. B 1_: Velainez.

P. 271, l. 16: li Barois.--_Mss. A 1, 7_: li barons.

P. 271, l. 28: et.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._

P. 272, l. 1: ou.--_Leçon du ms. B 12.--Mss. A 1, B 1, 2_: le.

P. 272, l. 9: A là nul.--_Ms. A 7_: A il nul.--_Mss. B 1, 2_: Y a il là
nul.--_Ms. B 5_: Y a il aucun.--_Ms. B 7_: Y a il nul.--_Ms. B 12_: A
il là nul.

P. 272, l. 12: de toutes pièces.--_Ms. B 20_: de mon harnaz.

P. 272, l. 17: Micaille.--_Ms. A 7_: Michaille.--_Ms. B 5_:
Nycaille.--_Mss. B 7, 12_: Nicaille.

P. 272, l. 20: Janekin.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Jouvelin.

P. 272, l. 20: Kator.--_Mss. A 2, B 12_: Castor.

P. 272, l. 24: le Baveus.--_Ms. B 5_: de laveux.--_Ms. B 7_: le laveux.

P. 272, l. 25: delivera.--_Ms. B 12_: recueillera.

P. 273, l. 3: combatre.--_Le ms. B 12 ajoute_: contre ung Anglois.


§ =160.= P. 273, l. 10: de Douvesciere.--_Ms. A 2_: d’Ostidionne.

P. 273, l. 10-11: et pluisieurs... chevaliers.--_Leçon des mss. B 2,
12, 20.--Manquent aux mss. A 1, 2._

P. 273, l. 25: desroiement.--_Ms. A 2_: destournement.--_Ms. A 7_:
detriement.

P. 274, l. 2-3: nulle... nostres.--_Ms. B 20_: nul dangier de son corps
et qu’il soit à son aise et aussi bien pensé comme le nostre.


§ =161.= P. 274, l. 21: Ianville.--_Ms. B 5_: Jehanville.

P. 274, l. 25: de Douvesciere.--_Ms. A 2_: d’Ostidonne.

P. 275, l. 20: avoient.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Ms. A 1_:
l’avoient.

P. 275, l. 20: en Engletière.--_Ms. B 20_: au partir d’Engl.

P. 275, l. 21: comme vous avés oï.--_Manquent aux mss. B 1, 2, 12, 20._


§ =162.= P. 275, l. 24: li Bèges de Vilaines.--_Leçon adoptée plus
haut_ p. 271, l. 15.--_Mss. A 1, 2, B 20_: li sires de Velines.

P. 275, l. 26: Jehan de Relli.--_Manquent au ms. B 12._

P. 275, l. 30: d’escarmuce.--_Le ms. B 12 ajoute_: qui ne durra guerres.

P. 275, l. 30-31: mais li... oultre.--_Ms. B 20_: sans gaires arrester.

P. 276, l. 1: car li Englès i perdoient.--_Ms. B 20_: pour tant que
Angloiz veoient bien qu’ilz y perdroient.

P. 276, l. 4: à Puisset.--_Mss. A 2, B 2_: le Puiset.

P. 276, l. 6: Iterville.--_Mss. B 1, 2_: Ycerville.

P. 276, l. 9: en laquelle avoit.--_Leçon des mss. B 2, 5, 7,
12.--Manquent aux mss. A 1, B 1.--Mss. A 2_: et avoit dedans.--_Ms. B
20_: non pas moult haute.

P. 276, l. 9: soissante.--_Mss. B 1, 2, 12_: quarante.

P. 276, l. 19: carpentages.--_Le ms. B 20 ajoute_: et le comble.

P. 276, l. 24: seaulx.--_Le ms. B 20 ajoute_: ne corde.

P. 276, l. 27: Kenie.--_Ms. A 2_: Queue.--_Ms. B 1_: Keyne.--_Ms. B
12_: Quiere.--_Ms. B 20_: Cane.

P. 276, l. 29: Freté.--_Mss. B 1, 2_: Fracté.--_Mss. B 5, 7_: forte.

P. 277, l. 2: jours.--_Le ms. A 2 ajoute_: tout à leur aise.


§ =163.= P. 277, l. 4: monnes.--_Mss. B 1, 2_: nonnains.

P. 277, l. 8: Tiebaus.--_Manque aux mss. A 2, 7, B 5, 7._

P. 277, l. 11-16: Li monne... car.--_Mss. A 7, B 5, 7_: et se y loga le
conte de Bonqueghan et.

P. 277, l. 26: Blois.--_Le ms. B 20 ajoute_: grant terrien.

P. 277, l. 29: deffendre.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: le fort et.

P. 278, l. 2: Vievi en Blois.--_Ms. A 2_: Vervi.--_Ms. B 1_: Brebièrez
lors.--_Ms. B 2_: Brebières lors.--_Mss. B 12, 20_: Verby.

P. 278, l. 17: convenant.--_Le ms. A 2 ajoute_: car en toute sa terre
n’ot nul dommaige qui face à compter.--_Le ms. B 2 ajoute_: et sa
promesse.


§ =164.= P. 278, l. 21: leur.--_Ms. A 2_: le demeurant de leurs armes
qu’ilz avoient commencié par.

P. 278, l. 21: s’entrencontrèrent.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1,
20_: s’encontrèrent.

P. 279, l. 5: sainnement.--_Mss. A 2, B 1, 2, 5, 7, 12, 20_: sauvement.

P. 279, l. 11: Coulembier.--_Le ms. B 20 ajoute_: pour tant que ilz la
passèrent et pareillement tout leur charroy.


§ =165.= P. 280, l. 3: Couchi.--_Le ms. A 2 ajoute_: le conte de
Harecourt, messire Olivier du Guesclin, [le] conte de Longueuille, le
sire de Hambuie, le sire de Tournebus, le sire de Thorigny, messire
Olivier de Mauny, son frère.

P. 280, l. 4: six.--_Ms. A 2_: VII.

P. 280, l. 7: Sartre.--_Ms. B 12_: Chartres.

P. 280, l. 7: le Maine.--_Leçon des mss. A 7, B 2, 5, 7, 12, 20.--Mss.
A 1, B 1_: Humaine.

P. 280, l. 18: enpuisonner.--_Ms. B 7_: emprisonner.

P. 280, l. 24: si.--_Leçon du ms. B 2.--Mss. A 1, B 1_: se.

P. 280, l. 25: lui.--_Leçon des mss. A 7, B 1, 2, 5 7.--Manque au ms. A
1._

P. 280, l. 25: le.--_Ms. A 1_: lo.

P. 280, l. 29: dallés le.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: roy qui
lors estoit.

P. 280, l. 29: le duc.--_Le ms. A 2 ajoute_: Charles.

P. 281, l. 6: issoit.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: et couloit.--_Ms. B
12_: couloit et issoit.

P. 281, l. 6: pistoule.--_Ms. A 2_: pistule.--_Mss. A 7, B 2_:
fistule.--_Mss. B 1, 5, 7_: fisture.--_Ms. B 12_: fistulle.

P. 281, l. 11-12: seccera.--_Mss. B 1, 2_: cessera.

P. 281, l. 13: avisser.--_Le ms. A 2 ajoute_: comment vous avez vescu
et regné en ce monde.

P. 281, l. 20: souvent.--_Le ms. A 2 ajoute_: car maint beau flourin
ilz en avoient.

P. 281, l. 25: dedentrainnes.--_Manque aux mss. A 7, B 5, 7, 12.--Ms.
B 1_: deventraines.--_Ms. B 2_: de torcions de ventre.--_Ms. B 20_: de
venue.

P. 281, l. 26: trop... bleciés.--_Ms. B 20_: aucuneffoiz trop malement
mené et foulé.

P. 281, l. 26-31: et par... bleciés.--_Manquent aux mss. B 1, 2 (par
suite d’un bourdon)._

P. 281, l. 28-29: que on ne l’adiroit à nul homme.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
que merveilles estoit.--_Ms. B 12_: que on ne le savroit dire.--_Ms. B
20_: que merveilles.

P. 282, l. 9-10: laia derrière.--_Mss. A 7, B 5, 7, 12_: laissa son
second frère.

P. 282, l. 16: le.--_Leçon du ms. B 1.--Ms. A 1_: la.

P. 282, l. 25: astronomiien.--_Mss. B 1, 2_: astrologien.

P. 283, l. 6: roiaulme.--_Le ms. A 2 ajoute_: et au voir dire, ce sont
gens de grant fait et qui endurent moult de travail.

P. 283, l. 8: plus.--_Leçon des mss. B 1, 2_ (plus propre),
_12_.--_Manque au ms. A 1._

P. 283, l. 8: li.--_Le ms. A 2 ajoute_: et l’aiment moult les Bretons
qu’il ara tous jours prests, quant il volra.

P. 283, l. 11: aversaire.--_Les mss. B 1, 2, 12 ajoutent_: d’Engleterre.

P. 283, l. 14: hostés.--_Le ms. A 2 ajoute_: ces tailles et autres
males tostes.

P. 283, l. 21: peusse.--_Ms. B 1_: peus.--_Ms. B 2_: peuz.

P 283, l. 27: si.--_Leçon des mss. B 2, 12.--Ms. A 1, B 1_: se.

P. 284, l. 1-2: et avoit... lesquels.--_Ms. B 12_: et si avoit le duc
d’Anjou des secretaires pour lui par lesquelz.

P. 284, l. 2: dalés.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Manque au ms. A 1._

P. 284, l. 2: le roi.--_Mss. A 7, B 5, 7_: du roy.


§ =166.= P. 284, l. 21: Clinthon.--_Mss. A 7, B 5, 7_: Cluton.--_Ms. B
12_: Clinchon.

P. 284, l. 24: trente.--_Ms. B 12_: quarante.

P. 284, l. 26: esperonnèrent.--_Ms. B 1_: esprouvèrent.

P. 285, l. 1: signeur.--_Le ms. B 12 ajoute_: Robert.

P. 285, l. 1: Montigni.--_Ms. A 7_: Mondigus.--_Mss. B 5, 7_: Mondigas.

P. 285, l. 2: de Launai.--_Ms. A 2_: d’Aunay.

P. 285, l. 16: Mauvoisin.--_Ms. B 12_: Maunoy.

P. 285, l. 20: Lar.--_Mss. B 1, 2, 12_: Loire.


§ =167.= P. 286, l. 9: Sartre.--_Ms. B 12_: Chartres.

P. 286, l. 9-10: car si.--_Ms. B 1_: pour ce qu’il.

P. 286, l. 10: si.--_Ms. A 1_: se.

P. 286, l. 10: il les ensonnieroient mallement.--_Ms. A 2_: il lez
alongneroit malement.--_Ms. B 20_: que ilz les destourberoient et
attargeroient fort.

P. 286, l. 31-32: qui chevauchoit... mais on.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
chevauchoit amont et aval et.

P. 286, l. 31: cargiet.--_Ms. B 1, 12_: serchié.--_Ms. B 2_: cerché.

P. 286, l. 32: à tout lé; mais.--_Ms. A 2_: à tout le mains.--_Ms. B
12_: à tout le moins.

P. 287, l. 4-5: Par ci... passer.--_Ms. B 12_: Nous voulons par cy
passer oultre.

P. 287, l. 4: aler.--_Leçon des mss. A 7, B 5, 7.--Manque aux mss. A 1,
B 1, 2.--Ms. B 20_: estre.

P. 287, l. 8: oster.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Manque aux mss. A 1,
2._

P. 287, l. 13: là.--_Le ms. B 20 ajoute_: par grant courage.

P. 287, l. 14: force.--_Le ms. B 20 ajoute_: de corps et de bras.

P. 287, l. 19: et.--_Leçon du ms. B 1.--Manque au ms. A 1._

P. 287, l. 26: marescages.--_Ms. A 2_: cariage.--_Mss. A 7, B 5, 7_:
marez.

P. 287, l. 26: marescages... passer.--_Ms. B 12_: mesaises qu’ilz
avoient à passer la rivière.

P. 287, l. 28: furent tout oultre.--_Ms. B 20_: se trouvèrent oultre la
rivière.

P. 287, l. 29: Noion.--_Ms. A 2_: Nogent.


§ =168.= P. 287, l. 31: Sartre.--_Ms. B 12_: Chartre.

P. 288, l. 2: sus Saine.--_Mss. A 7, B 5, 7_: à Paris.

P. 288, l. 19: si.--_Leçon des mss. B 1, 2.--Ms. A 1_: se.

P. 288, l. 21: tous.--_Le ms. A 2 ajoute_: sauvé et.

P. 288, l. 27: Michiel.--_Les mss. A 7, B 5, 7 ajoutent_: Dieux en ait
l’ame!

P. 289, l. 2: c’est à entendre vint et un ans.--_Manquent aux mss. B 5,
7._

P. 289, l. 7: le conte Jehan.--_Manquent aux mss. A 2, 7, B 5, 7._

P. 289, l. 9-10: Li... li... li... li.--_Mss. B 1, 2, 12_: Au... au...
au... au.

P. 289, l. 10: Couchi.--_Les mss. B 1, 2 ajoutent_: qui.

P. 289, l. 12: remandé; mais.--_Ms. A 2_: dont ce fut dommaige pour
le povre peuple qui avoit à soustenir Anglois et François, et riens
de proufit ne faisoient, ne les Anglois ilz ne dommageoient, mais les
Anglois, eulx bien souvent, ilz prenoient et occioient, ainsi que sur
les champs à la foiz ilz s’encontroient. Ainsi.

P. 289, l. 13: segnefiées.--_Ms. B 20_: lui fut le jour signiffié.

P. 289, l. 20: memoire.--_Leçon des mss. B 1, 2, 12.--Manque au ms. A
1._

P. 289, l. 22: Flandres.--_Le ms. A 2 ajoute_: Pour tant qu’il avoit
tous jours soustenu le duc de Bretaingne, son cousin germain, contre sa
voulonté.--_Le ms. B 20 ajoute_: comme dessus est dit.

P. 289, l. 25: coses.--_Ms. B 20_: adventures et fortunes.

P. 289, l. 26: avinrent.--_Le ms. A 9 ajoute_: en son temps.


FIN DES VARIANTES DU TOME NEUVIÈME.




TABLE.


CHAPITRE I.

  _1377, 22 août._ Siège de Bergerac.--_1er septembre._
    Bataille d’Eymet, capture de Thomas de Felton.--_2
    septembre._ Prise de Bergerac.--_Octobre._ Prise de
    Duras.--_Fin de 1377._ Siège de Mortagne-sur-Gironde par Owen
    de Galles.--_Sommaire_, p. XVII à XXVII.--_Texte_, p. 1 à
    27.--_Variantes_, p. 293 à 298.

CHAPITRE II.

  Reprise des hostilités en Écosse.--_1378, 25 novembre._
    Prise du château de Berwick par les Écossais.--_Fin de
    1378._ Chevauchée du comte de Northumberland sur les marches
    d’Écosse.--_Sommaire_, p. XXVIII à XXXIII.--_Texte_, p. 27 à
    47.--_Variantes_, p. 298 à 301.

CHAPITRE III.

  _1378, 6 février._ Mort de Jeanne de Bourbon, reine de
    France.--_1373, 3 novembre._ Mort de Jeanne de France, reine
    de Navarre.--_1378, 7 et 8 avril._ Élection du pape Urbain
    VI.--_Sommaire_, p. XXXIII à XXXVII.--_Texte_, p. 47 à
    54.--_Variantes_, p. 301 à 303.

CHAPITRE IV.

  _Commencement de 1378._ Alliance des rois d’Angleterre et
    de Navarre.--_21 juin._ Exécution à Paris de Jacques de Rue
    et de Pierre du Tertre.--_20 avril._ Prise de possession
    de Montpellier par Charles V.--_1379, 4 février._ Traité
    entre les rois de France et de Castille.--_1378, 27
    juillet._ Remise de Cherbourg aux Anglais par Charles le
    Mauvais.--_Avril-juin._ Soumission au roi de France des
    villes et châteaux navarrais en Normandie.--_Août._ Le duc
    d’Anjou menace Bordeaux.--_Fin de 1378._ Sièges de Bayonne
    et de Pampelune par le roi de Castille.--_1378, août._ Le
    duc de Lancastre vient assiéger Saint-Malo.--_Septembre._
    Ravitaillement de Cherbourg.--_Août._ Meurtre d’Owen de
    Galles.--_Août et septembre._ Rassemblement d’une nombreuse
    armée à Saint-Malo.--_Septembre._ Levée du siège de Mortagne.
    Prise des forts Saint-Léger et Saint-Lambert.--_Fin
    décembre._ Levée du siège de Saint-Malo.--_1379, janvier._
    Capture d’Olivier du Guesclin.--_1378, fin d’octobre._ Prise
    de Barsac par les Anglais.--_1378, octobre à janvier 1379._
    Chevauchées de Thomas Trivet en Gascogne, en Navarre et en
    Castille.--_Commencement de 1379._ Traité entre les rois de
    Navarre et de Castille.--_1379, 30 mai._ Mort du roi Henri
    de Castille.--_Sommaire_, p. XXXVII à LXI.--_Texte_, p. 54 à
    119.--_Variantes_, p. 303 à 313.

CHAPITRE V.

  _1379._ Prise par les Français du château de
    Bouteville.--Thomas Trivet revient en Angleterre.--Ambassade
    de Pierre de Bournesel; il est arrêté au port de l’Écluse
    sur l’ordre du comte de Flandre.--Retour du duc de Bretagne
    en Angleterre.--_Juillet._ Paiement de la rançon du comte
    de Saint-Pol.--_1379._ Affaires de Bretagne.--_4 juillet._
    Prise par les Anglais de Guillaume des Bordes.--_1378-1379._
    Ravages des grandes compagnies en Auvergne et en
    Limousin.--_Sommaire_, p. LXI à LXX.--_Texte_, p. 119 à
    143.--_Variantes_, p. 313 à 319.

CHAPITRE VI.

  _1378, 21 septembre._ Élection du pape Clément à Fondi.--_16
    novembre._ Reconnaissance officielle de Clément par Charles
    V, à l’assemblée de Vincennes.--_1379, 14 avril._ Clément
    se retire à Sperlonga.--_10 mai._ Son entrevue à Naples
    avec la reine Jeanne.--_22 mai._ Clément s’embarque pour
    Marseille.--_1380, 29 juin._ Adoption du duc d’Anjou par la
    reine Jeanne.--_Sommaire_, p. LXX à LXXVII.--_Texte_, p. 143
    à 158.--_Variantes_, p. 320 à 322.

CHAPITRE VII.

  Rivalité à Gand des familles de Jean Yoens et de Gilbert
    Mahieu.--_1379, fin de mai._ Le comte de Flandre autorise
    les Brugeois à faire dériver de la Lys un canal d’eau
    douce.--_Août._ Les Gantois forcent les Brugeois à
    interrompre leurs travaux de canalisation.--_6 septembre._
    Meurtre à Gand du bailli Roger d’Auterive.--_8 septembre._
    Incendie du château de Wondelghem.--Mort de Jean Yoens.--_17
    septembre._ Prise d’Ypres par les Gantois.--_Mi-octobre._
    Siège d’Audenarde.--_Novembre._ Siège de Termonde.--_1er
    décembre._ Paix de Rosne.--_3 décembre._ Levée du siège
    d’Audenarde.--_Sommaire_, p. LXXVII à LXXXVII.--_Texte_, p.
    158 à 205.--_Variantes_, p. 322 à 334.

CHAPITRE VIII.

  _1379, 13 juillet._ Traité d’alliance entre le roi
    d’Angleterre et le duc de Bretagne.--_3 août._ Le duc
    débarque en Bretagne.--_6 décembre._ Naufrage et mort de
    Jean d’Arondel.--_Commencement de 1380._ Prise de Dinan par
    Olivier de Clisson.--_Sommaire_, p. LXXXVIII à XCI.--_Texte_,
    p. 205 à 211.--_Variantes_, p. 334 à 336.

CHAPITRE IX.

  _Fin de 1379._ Le comte de Flandre à Gand.--_1380, 22
    février._ Prise d’Audenarde par Jean Pruneel et les chaperons
    blancs de Gand.--_Avril._ Exécution de Jean Pruneel; troubles
    en Flandre.--_Sommaire_, p. XCI à XCVI.--_Texte_, p. 211 à
    232.--_Variantes_, p. 336 à 342.

CHAPITRE X.

  _1380, 13 juillet._ Mort de Bertrand du Guesclin devant
    Châteauneuf-Randon.--_Du 23 juillet au 16 septembre._
    Chevauchée du comte Thomas de Buckingham en France, pour
    se rendre en Bretagne, à travers l’Artois, la Picardie,
    la Champagne, le Gâtinais, la Beauce et le Maine.--_16
    septembre._ Mort de Charles V.--_Sommaire_, p. XCVI à
    CXI.--_Texte_, p. 232 à 289.--_Variantes_, p. 342 à 359.


FIN DE LA TABLE DU TOME NEUVIÈME.




ERRATA.

  P. 8, l. 23, _au lieu de_: chcvauchoient,--_lisez_: chevauchoient.
  P. 53, l. 8, _au lieu de_: eshahissoient,--_lisez_: esbahissoient.
  P. 58, l. 5, _au lieu de_: avoicnt,--_lisez_: avoient.
  P. 102, l. 17, _au lieu de_: Ribedé,--_lisez_: Ribède.
  P. 125, l. 12, _au lieu de_: Espaignc,--_lisez_: Espaigne.
  P. 197, l. 13, _au lieu de_: seroit,--_lisez_: seroient.
  P. 219, l. 30, _au lieu de_: consins,--_lisez_: cousins.
  P. 259, l. 28, _au lieu de_: avoient,--_corrigez_: avoit.
  P. 279, l. 5, _au lieu de_: de retraire,--_lisez_: retraire.




    PARIS
    IMPRIMERIE GÉNÉRALE LAHURE
    9, RUE DE FLEURUS, 9






*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK CHRONIQUES DE J. FROISSART, TOME 09/13 ***


    

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