Œuvres complètes de François Villon

By François Villon

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Title: Oeuvres complètes de François Villon
       Suivies d'un choix des poésies de ses disciples

Author: François Villon

Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246]

Language: French


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OEUVRES COMPLÈTES

DE

FRANÇOIS VILLON





SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES
ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE

MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE
PAR M. PIERRE JANNET

[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numéros de pages du document
original ont été conservés pour faciliter l'identification
des nombreuses références qu'on trouve dans les Notes et le
Glossaire-Index, à la fin du texte.]



PRÉFACE                                        [P. V]


On ne sait guère de la vie de François Villon que ce qu'il en
dit lui-même, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser
de décrire, après tant d'autres[1], cette existence peu
édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des
poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa biographie est
la clef de ses oeuvres.

[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de François Villon_, par
Guillaume Colletet, en tête des oeuvres de Villon, édition
de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854,
in-16;--le _Mémoire_ de M. Prompsault, en tête de son édition
de Villon, Paris, 1832, in-8;--_François Villon, Versuch einer
kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von
Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le
plus complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur
ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_François
Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris,
Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon,
excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poètes
Français_, recueil publié sous la direction de M. Eugène Crépet,
Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.]

François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la foi d'une pièce
que Fauchet, dans son traité _de l'Origine des chevaliers_,
imprimé en 1599, dit avoir trouvée dans un manuscrit de sa
bibliothèque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la
naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré à des
conjectures ingénieuses pour concilier les renseignements
fournis par lui-même avec les indications de Fauchet, pour
expliquer comment il pouvait s'appeler à la fois Corbueil et
Villon, être à la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je
crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres,
qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification
maladroite de l'épitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur
une pareille autorité qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_
à celui de _Villon_, que notre poète se donne lui-même en vingt
endroits de ses oeuvres [4].

[Footnote 2: Voici cette pièce, que j'ai cru devoir rejeter des
oeuvres de Villon:

_Je suis Françoys, dont ce me poise, Nommé Corbueil en mon
surnom, Natif d'Auvers emprès Pontoise, Et du commun nommé
Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul
poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point
bel._

L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce
vers de Villon:

_Né de Paris emprès Pontoise;_

C'est pourquoi il le fait gravement naître à Auvers, qui est
en effet près de Pontoise. Mais une preuve certaine de la
composition tardive de cette pièce, c'est qu'on ne trouverait
probablement pas dans la seconde moitié du XVe siècle, et
certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont
les rimes soient distribuées comme dans celui-là. Dans tous les
huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec
le troisième, le second avec le quatrième, le cinquième et le
septième, et le sixième avec le huitième. Les faussaires ne
pensent jamais à tout.]

[Footnote 3: Voy. p. 101.]

[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.]

Les parents de Villon étaient pauvres[5]. Sa mère était          [P. VII]
illettrée[6]; son père était vraisemblablement un homme de
métier, et peut-être, ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un
ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7].

[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.]

[Footnote 6: «Oncques lettre ne leuz.» P. 55, v. 22.]

[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.]

Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition
de ses parents, ou plutôt par ce besoin de savoir qui tourmente
les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les
misères de l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de renseignements
certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les
progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de
maître ès arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus
tard, de sa «nomination qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais
ce legs pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant
d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas
le grade de maître en théologie, but suprême des études du
temps[8].

[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et
LXXII (p. 52.)]

En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés
à bien des tentations. Villon n'y sut pas résister. En contact
avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus
d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et façons de vivre.
Bientôt il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues
franches_, singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un
de ses disciples, nous font connaître par quelles combinaisons
ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de
mener joyeuse vie. Leurs friponneries étaient tout à          [P. VIII]
fait dans les moeurs du temps, et ne dépassaient sans doute pas
les proportions de ce qu'on serait volontiers tenté d'appeler
_des bons tours_; mais ils étaient sur une pente glissante, et
la justice n'entendait pas raillerie.

[Footnote 9: _C'estoit la mère nourricière De ceux qui n'avoient
point d'argent; A tromper devant et derrière Estoit un homme
diligent._ (P. 190.)]

Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec
elle à cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parlé
de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par
ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir
jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une
manière certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.

Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne
l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai,
l'amour naïf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion,
c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers
noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une
femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble
damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle
l'écouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il
s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils
fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et
qui se moquèrent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle,
lui fit des avanies, lui dit des injures, composa          [P. IX]
peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau
bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait
volontiers les choses sacrées[14]. La belle dame se plaignit; la
juridiction ecclésiastique s'en mêla[15], et Villon fut bel et
bien condamné au fouet[16].

[Footnote 10: Page 83.]

[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en
maints endroits des oeuvres de Villon, mêlé à ses regrets et aux
reproches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy.
les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV à LIX du
_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59,
etc.]

[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit
preste d'escouter, etc._ (P. 47.)]

[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et
renié_. (P. 48.)]

[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI à CX du _Grand
Testament_.]

[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je
l'avoye mauldite_. P. 69.]

[Footnote 16: La sentence fut exécutée. La _Double ballade_ de
la page 45 ne laisse aucun doute à cet égard: _J'en fus batu,
comme à ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)]

C'est à la suite de cette sentence que Villon, décidé à quitter
Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donné depuis le
titre de _Petit Testament_.

Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va à Angers.
Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses
relations, sa misère, le retinrent à Paris ou aux environs.
C'était en 1456. Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri
par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui suivit
sa condamnation fut assurément l'époque la plus honteuse de
sa vie. En 1457, il était dans les prisons du Châtelet, et
le Parlement, après lui avoir fait appliquer la question de
l'eau[17], le condamnait à mort. On ignore le motif de cette
condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime commis à
Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns
furent pendus[18]. Cette supposition paraît fondée. Quant au
crime commis, il n'était peut-être pas d'une extrême          [P. X]
gravité. Les lois étaient sévères, et les compagnons de Villon
devaient avoir, comme lui, des antécédents fâcheux.

[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de
la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre à celle
escorcherie_.]

[Footnote 18: Voy. la _Belle leçon aux enfans perduz_, p. 86, et
le _Jargon_, p. 125.]

Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il appela
de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; puis, du
moins ceci paraît certain, à l'occasion de la naissance d'une
princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du
père de cette princesse. Cette démarche lui réussit: le prince
intercéda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
bannissement. Villon se montra pénétré de reconnaissance. Il
adressa une requête au Parlement, pour lui rendre grâces autant
que pour lui demander un délai de trois jours pour quitter
Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naître
des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette
princesse était Marie de Bourgogne, fille de Charles le
Téméraire, née le 13 février 1457; mais c'était une erreur. M.
Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre d'années une édition de
Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orléans, fille du
poète Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, et M. Campeaux
a clairement démontré que cette opinion était fondée.

A partir du moment où Villon quitte Paris, en exécution de
l'arrêt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461.
A cette époque nous le trouvons dans les prisons de
Meung-sur-Loire, où le détient Thibault d'Aussigny, évêque
d'Orléans. Quel nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui
supposent qu'il avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas
pris garde que la punition de ce crime était exclusivement du
ressort des juges séculiers. Dans le _Débat du coeur et du
corps de Villon_, composé dans sa prison, le poète attribue sa
détention à sa _folle plaisance_.

Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être quelque           [P. XI]
propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_
sentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop
scandaleuse, toutes choses dont il était bien capable et dont la
répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de
croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car
Villon, qui n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet,
qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
jugé _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune
contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain que cette
mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses
protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de Bourbon.

Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et à
l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue
contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le
conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis
XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans
l'automne de 1461, et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce,
ainsi que le dit M. Campeaux, par suite «du don de joyeux
avènement qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une
ville où le roi entrait après son sacre?» Je serais plutôt
porté à croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut
personnellement l'objet d'une mesure de clémence de la part du
roi; la façon dont il en témoigne sa reconnaissance me paraît
justifier cette supposition [19].

[Footnote 19: On a dit récemment que le roi qui délivra Villon
était Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans
examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basée,
je me bornerai à faire remarquer que Charles VII mourut
à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461,
précisément au moment où Villon était dans la prison de
Meung-sur-Loire, près d'Orléans, où il passa _tout un été_ (p.
21, v. 14), c'est-à-dire tout l'été de la même année 1461.]

En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins
en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont          [P. XII]
intercalées des pièces qui se rapportent à diverses époques de
sa vie, et dont quelques-unes ont dû être composées beaucoup
plus tard.

Il est probable, en effet, que Villon vécut encore longtemps;
mais on ne sait rien de précis à cet égard. Les conjectures sur
lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480
et 1489 ne sont, en définitive, que des conjectures. Quant
aux voyages qu'on lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai,
Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon,
rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localités
dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit
qu'il les a visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour en
Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite au roi
Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgré mon
respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui
me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de
la France, où semblait l'attirer quelque chose qui nous est
inconnu, peut-être quelque relation de famille. Dans le _Petit
Testament_, il annonce qu'il va à Angers [21]; il en revenait
peut-être lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le _Grand Testament_,
il dit qu'il «parle un peu poictevin [22].» La _Ballade Villon_
(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il séjourna
quelque temps à Blois, à la cour de Charles d'Orléans, et le vers
de la page 111:               [P. XIII]

_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._

autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du prince une de ces
charges qu'on donnait aux poètes de cour. Ainsi, par le _Dit de
la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement échappé au
dernier supplice; il s'était de plus acquis la faveur de Charles
d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque
temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, arrivée en 1465.

[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a relevé
deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se
trouver à la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trône qu'en
1483, et le médecin Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre
que sous les règnes de Henri VII et de Henri VIII.]

[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157,
v. 12: «Ma mère fut née d'Anjou;» mais cela ne prouverait rien,
même quand il serait démontré que ce monologue est de Villon.]

[Footnote 22: Page 62.]

Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui
lui faisait de «gracieux prêts [23].»

Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se retira à
Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien,
abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple,
entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin
[24].» Ce témoignage n'est pas irrécusable; mais pourquoi
ne pas l'accepter? Après une vie aussi agitée, on aime à se
représenter le pauvre poète enfin tranquille, à l'abri du
besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques,
auxquels il avait dû probablement, dans d'autres temps, demander
son pain [25].

[Footnote 23: P. 115, v. 6.]

[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, édition Burgaud des Marets
et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joué au
sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien
son Villon, mais dont le dénoûment cruel a pu être inventé par
Rabelais, qui n'aimait pas les moines.]

[Footnote 25: On croit que Villon donna des représentations
dramatiques à Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de
troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des
Pays-Bas.]

En pénétrant dans les mystères de cette existence misérable, on
est frappé de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerça
pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y
avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection,          [P. XIV]
Villon conserve des sentiments élevés. Il est plein d'amour et
de respect pour sa mère [26], de reconnaissance pour quiconque
l'a secouru [27], de vénération pour ceux qui ont fait de
grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable
qu'elle était rare en ce temps-là [28]; il regrette les erreurs
de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employé [29]; voilà
qui doit lui faire pardonner bien des choses.

[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p.
55, Ballade.]

[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22,
58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orléans,
p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.]

[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34:

_Et Jehanne, la bonne Lorraine,
 Qu'Anglois brulèrent à Rouen_,

lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque où il les écrivit
des gens éclairés regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et
les Anglais avaient en France de nombreux partisans.]

[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.]

Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poète
[30]! Formé, comme on dit aujourd'hui, à l'école du malheur, il
vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie
tout à fait nouvelle. Il rompit en visière à l'Allégorie, qui
régnait alors en souveraine, à toutes les afféteries de la
poésie rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du temps.
Il fut le premier poète _réaliste_. Que l'on compare avec ses
autres oeuvres les quelques pièces qu'il a composées selon la
poétique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la
_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera
point tenté de «regretter, avec Clément Marot, qu'il n'ait     [P. XV]
pas été «nourry en la court des rois et princes, où les jugemens
s'amendent et les langaiges se pollissent,» car il y eût
certainement plus perdu que gagné.

[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme
une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur
Aristote._ (P. 25.)]

M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé le rôle de Villon
dans la poésie française. Je ne puis mieux faire que de lui
emprunter ces quelques lignes:

«... Au moment où parut Villon, la littérature française en
était précisément à cette période de transformation; de la
poésie générale elle passait à la poésie personnelle; ses
contemporains, subissant à leur insu cette phase littéraire,
s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort que de
bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est là,
et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, sous ce rapport,
offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a
été reconnue de tous, et le succès qui l'accueillit ne s'arrêta
pas. François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une édition de
ses poésies par Clément Marot, qui le combla de ses louanges.
Un peu plus tard, il est vrai, l'école de Ronsard protesta.
Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'émerveille que Marot
ait osé «louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne
vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que la force
partiale du préjugé; la Pléiade, qui est en réalité aussi
aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans
se condamner elle-même; mais, ce moment passé, le charme
recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire;
Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe et du XVIIIe
siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbé Massieu, l'abbé
Goujet, parlent de lui comme il convient, en même temps que
Coustelier et Formey le réimpriment, que La Monnoye l'annote, et
que Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. De          [P. XVI]
nos jours, une justice encore plus éclatante lui a été rendue.
L'édition de Prompsault, à laquelle M. Lacroix est venu ajouter,
pourrait être acceptée comme définitive, au moins quant au
texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des
précédentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui
ont parlé incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc
Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres
encore, l'ont bien caractérisé. En même temps qu'eux, M. Daunou
a écrit sur notre poète une longue étude, insérée dans le
_Journal des Savants_, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne
_Revue française_, des pages vives, aussi justes que pleines de
verve, qui ont été recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en
1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel,
ont pris Villon pour sujet d'un travail spécial; l'année
dernière (1859), M. Campeaux lui a consacré un excellent
travail, auquel, pour être meilleur, il ne manque peut-être
qu'une plus ancienne et plus familière connaissance des
alentours. Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître
l'originalité, la valeur aisée et puissante, la force et
_l'humanité_ de la poésie de Villon. Pour eux tous, et ce
jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement
le poète supérieur du XVe siècle, mais il est aussi le premier
poète, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et
il s'est écoulé un long temps avant que d'autres fussent dignes
d'être mis à côté de lui. L'appréciation est maintenant juste et
complète; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus
ou moins solide ou brillante; mais désormais les traits de la
figure de Villon sont arrêtés de façon à ne plus changer, et
ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans
la vérité qu'à la condition de s'en tenir aux mêmes          [P. XVII]
contours.»

Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant légèrement sur le _Petit
Testament_, «qui n'est que spirituel, » et sur quelques pièces
qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute:

«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie
populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez
à quel point le mérite de la pensée et de la forme y est
inestimable. Le sentiment en est étrange, et aussi touchant que
pittoresque dans sa sincérité; Villon peint presque sans le
savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même
des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, mais
dont il ne peut se défendre, il ne les montre que pour en
détourner. Je connais même peu de leçons plus fortes que la
ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie,
dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie,
la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec
mélancolie; le sentiment du néant des choses et des êtres est
mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout
cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style
suit la pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le
vêtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un
peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles,
qui écrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans
les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il
en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique ou si
légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance
et même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la
vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété et
l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait
et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse          [P. XVIII]
et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'éternelle
humanité. Il faut aller jusqu'à Rabelais pour trouver un maître
qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la
science et l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la
grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans
Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...»

On ne connaît certainement pas la totalité des oeuvres de
Villon, du moins sous son nom. Il est évident que le _Petit
Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second
procès, en 1457, il était probablement connu par d'autres
compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orléans
fût intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eût fait
grâce de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit
entrer quelques pièces qui n'en faisaient pas nécessairement
partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
trouve pas une ballade, pas un rondeau composés antérieurement
au _Petit Testament_. Villon ne paraît pas avoir été
très-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans
doute perdues; d'autres sont disséminées dans des recueils
manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de les reconnaître,
soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit
parce qu'elles sont attribuées à d'autres. On ne connaît
pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement
lui appartenir. Les premières éditions, qui furent faites sans
son concours et probablement après sa mort, ne contiennent que
le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit
nombre de pièces détachées. Jean de Calais, l'éditeur présumé du
_Jardin de plaisance_, dont la première édition est de 1499
ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur
testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est qu'on
doive prendre au sérieux les huitains CLX et CLXI du          [P. XIX]
_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses
pièces connues comme étant de Villon et beaucoup d'autres qu'on
lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire
des unes ni des autres qu'elles étaient de lui.

M. Brunet a donné, dans la dernière édition du _Manuel du
Libraire_, une excellente notice des éditions de Villon. La
première avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°.
Il en parut plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au
commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, in-8,
est la première à laquelle on ait joint les _Repues franches_,
le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des
seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31].

[Footnote 31: Il avait été fait antérieurement plusieurs
éditions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux éditions
correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
signatures ou une pagination séparées.]

L'année suivante, le même Galiot Du Pré publia la première
édition des oeuvres de Villon revues par Clément Marot.

En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, avec les
remarques d'Eusèbe de Laurière et une lettre du P. Du Cerceau.

Les oeuvres de Villon furent réimprimées en 1742, à la Haye,
avec les remarques de Laurière, Le Duchat et Formey, des
mémoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du
_Mercure_ de février 1724.

En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues et
laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne méritait
pas le discrédit dont elle a été frappée pendant longtemps.

Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault          [P. XX]
a été revu, notablement amélioré, élucidé par des notes où
brillent l'érudition et la sagacité bien connues de leur auteur.

Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié le texte des
deux _Testaments_ d'après un manuscrit de la bibliothèque
de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intéressante
publication, d'abord parce que l'impression de mon édition
était trop avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne
pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté.

On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, il
avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. Cet exemplaire,
dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a été retrouvé,
en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a
gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye.

En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce
titre, qui nous fait connaître le plan d'une vaste collection
qu'il projetait:

_L'Histoire et les Chefs de la poésie françoise, avec la liste
des poètes provençaux et françois, accompagnée de remarques sur
le caractère de leurs ouvrages._

Puis vient ce titre particulier:

_Poésies de François Villon et de ses disciples, revues sur les
différentes éditions, corrigées et augmentées sur le manuscrit
de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies
d'un grand nombre de pièces, avec des notes historiques et
critiques._

La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière main à son
édition de Villon. Son travail ne porta que sur l'établissement
du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes
éditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait          [P. XXI]
donner d'excellents résultats. J'ai reproduit scrupuleusement,
sauf deux ou trois exceptions indiquées dans les notes, le texte
tel qu'il a été arrêté par lui, et ce texte est assurément le
meilleur qu'on ait donné jusqu'à présent.

La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'édition de
1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas
encore été publiés, et qui ont paru pour la première fois dans
l'édition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies
qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre de
mon mieux à son plan, je donne à la fin du volume dix-sept
pièces tirées du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait
publié un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix,
et si les pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont
au moins de son école, et souvent dignes de lui.

Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, je n'avais
qu'une chose à faire: suivre la leçon adoptée par lui. A
l'égard des pièces dont il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir
autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les éditions
originales.

A défaut des notes historiques et critiques promises par La
Monnoye, et sans avoir la prétention de les suppléer, je donne
à la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru
nécessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tenté
d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur
les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce
travail servira du moins de table.

Une édition de Villon n'est pas facile à faire. J'ai largement
mis à profit les travaux de mes devanciers, et je me plais à le
reconnaître. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis
contenté de les corriger. Je crois que cette édition          [P. XXII]
vaut mieux que celles qui l'ont précédée. D'autres viendront
après moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner
l'exemple de l'indulgence.

P. JANNET.



REMARQUES PHILOLOGIQUES.                          [P. XXIII]


La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
française, riche et simple, claire, naturelle, à l'allure vive
et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie,
mais presque entièrement préservée de l'invasion des mots
pédantesques forgés dans la seconde moitié du XVe siècle. Le
_Glossaire_, dont l'étendue est grande relativement à celle du
livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il
en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.

Villon était très-sévère pour la rime. Aussi, lorsque nous
rencontrons à la fin de ses vers quelque chose qui nous paraît
anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une
négligence du poëte. Il faut chercher d'autres raisons; cela
peut amener des observations intéressantes.

Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve,
ainsi que Marot l'a remarqué, que Villon prononçait, à la
parisienne, _a_ pour _e_.

Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, é_[33], cela prouve
que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononçait _é_ ou
_è_.

S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec           [P. XXIV]
_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononçait
_j_.

[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11
et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14);
_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.]

[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec
_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34),
etc.]

[Footnote 34 Pages 12 et 13.]

S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophètes_ avec
_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation
parisienne.

Il en est de même d'_ancien, Valérien, paroissien, rimant avec
_an_[36].

Lorsqu'il écrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il
entend que les deux _ll_ seront mouillées, et prononcées comme
telles, sans être précédées d'un _i_ comme en espagnol.

Comment faut-il prononcer le nom de Villon?

La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le
_Problème_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun
doute à cet égard. On doit le prononcer comme les deux dernières
syllabes du mot _paVILLON_, c'est-à-dire comme on pourra. En
France, ce n'est guère que dans le Midi qu'on sait prononcer
les _ll mouillées_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards,
_Vilion_....

  _Mais bel est fol et lunaticque
  Qui de ce fait sermon si long;
  Peu nuit à la chose publicque
  Se Brussiens disent_ Filon.
  _Il ne m'en chaut gueres si l'on
  Choisit de ces façons la pire,
  Et bien veuil qu'on dise selon
  Que dès pieça l'on souloit dire_.

[Footnote 35: Pages 26 et 52.]

[Footnote 36: P. 81.]

[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.]




CLÉMENT MAROT DE CAHORS                          [P.1]

Varlet de chambre du Roy

AUX LECTEURS.


_Entre tous les bons livres imprimez de la langue françoise ne
s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy
de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poète parisien
qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de
la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en
rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement,
et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant
ses Oeuvres, j'ai faict à icelles ce que je vouldroys estre
faict aux miennes, si elles estaient tombées en semblable
inconvénient. Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des
coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en
la raison, que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de
l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de ceux
qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys advisé
(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal
imprimé Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand
nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel     [P. 2]
est tel_:

  Or est vray qu'après plainctz et pleurs
  Et angoisseux gemissemens,
  Apres tristesses et douleurs
  Labeurs et griefz cheminemens
  Travaille mes lubres sentemens
  Aguysez ronds, comme une pelote
  Monstrent plus que les commens
  En sens moral de Aristote.

_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement
corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux vieilles
impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant
comment il a esté r'abillé, et en jugez gratieusement_:

  Or est vray qu'après plainctz et pleurs
  Et angoisseux gemissemens,
  Apres tristesses et douleurs,
  Labeurs et griefz cheminemens,
  Travail mes lubres sentements
  Aguysa (ronds comme pelote),
  Me monstrant plus que les comments
  Sur le sens moral d'Aristote.

_Voylà comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous
suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que
puys avoir amendé en mille autres passages, dont les aucuns me
ont esté aisez et les autres très difficiles. Toutesfoys, partie
avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons
vieillards qui en sçavent par cueur, et partie par deviner
avecques jugement naturel, a esté reduict nostre Villon en
meilleure et plus entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages,
et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler, à          [P. 3]
sa façon de rimer, à ses meslées et longues parenthèses, à la
quantité de ses sillabes, ne à ses couppes, tant féminines que
masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observé les
vrayes reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que en
cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, et
qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses
Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et ne fay double
qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier devant tous les
Poètes de son temps, s'il eust esté nourry en la Court des Roys
et des Princes, là où les jugemens se amendent et les langaiges
se pollissent. Quant à l'industrie des lays qu'il feit en ses
Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il
fauldroit avoir esté de son temps à Paris, et avoir congneu
les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire
desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur telles
choses basses et particulières. Le reste des Oeuvres de nostre
Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne
doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le
temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et
moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes
escriptures françoises sont et seront mieulx congneues et
recueillies que jamais.

Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché à son antique
façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avecques les
annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant
le reste à vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_
le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon;          [P. 4]
_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres
incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé d'icelluy
temps.

Après, quand il s'est trouvé faulte de vers entiers, j'ay prins
peine de les refaire au plus près (selon mon possible) de
l'intention de l'autheur, et les trouverez expressément marquez
de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les sçauront en la sorte
que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
vieulx.

Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez,
trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes,
allongées; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys;
les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.

Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a semblé plus
raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament,
d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre.

Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et exposer aux
successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq.

Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons dès maintenant
que, s'il estait autant navré en sa personne comme j'ay trouvé
Villon blessé en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui
le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira
que le labeur qu'en ce j'ay employé soit agréable au Roy mon
souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de
l'exécution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et
par très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui
s'ensuyvent._



MAROT                                         [P. 5]

AU ROY FRANÇOIS Ier.

  Si à Villon on treuve encor à dire,
  S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu,
  A moy tout seul en soit le blasme (Sire),
  Qui plus y ay travaillé qu'entendu;
  Et s'il est mieux en son ordre estendu
  Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,
  Le gré à vous en doyt estre rendu,
  Qui fustes seul cause de l'entreprise.

                                          [P. 7]

  LE
  PETIT TESTAMENT
  DE MAISTRE
  FRANÇOIS VILLON

  FAIT L'AN 1456.

  Mil quatre cens cinquante et six,
  Je, François Villon, escollier,
  Considérant, de sens rassis,
  Le frain aux dents, franc au collier,
  Qu'on doit ses oeuvres conseiller,
  Comme Vegèce le racompte,
  Saige Romain, grand conseiller,
  Ou autrement on se mescompte.

  II.

  En ce temps que j'ay dit devant,
  Sur le Noël, morte saison,
  Lorsque les loups vivent de vent,
  Et qu'on se tient en sa maison,
  Pour le frimas, près du tison:
  Cy me vint vouloir de briser
  La très amoureuse prison
  Qui souloit mon cueur desbriser.

  III.                                         [P.8]

  Je le feis en telle façon,
  Voyant Celle devant mes yeulx
  Consentant à ma deffaçon,
  Sans ce que jà luy en fust mieulx;
  Dont je me deul et plains aux cieulx,
  En requérant d'elle vengence
  A tous les dieux venerieux,
  Et du grief d'amours allégence.

  IV.

  Et, se je pense à ma faveur,
  Ces doulx regrets et beaulx semblans
  De très decepvante saveur,
  Me trespercent jusques aux flancs:
  Bien ilz ont vers moy les piez blancs
  Et me faillent au grant besoing.
  Planter me fault autre complant
  Et frapper en un autre coing.

  V.

  Le regard de Celle m'a prins,
  Qui m'a esté félonne et dure;
  Sans ce qu'en riens aye mesprins,
  Veult et ordonne que j'endure
  La mort, et que plus je ne dure.
  Si n'y voy secours que fouir.
  Rompre veult la dure souldure,
  Sans mes piteux regrets ouir!

  VI.

  Pour obvier à ses dangiers,
  Mon mieulx est, ce croy, de partir.
  Adieu! Je m'en voys à Angiers,                     [P. 9]
  Puisqu'el ne me veult impartir
  Sa grace, ne me departir.
  Par elle meurs, les membres sains;
  Au fort, je meurs amant martir,
  Du nombre des amoureux saints!

  VII.

  Combien que le départ soit dur,
  Si fault-il que je m'en esloingne.
  Comme mon paouvre sens est dur!
  Autre que moy est en queloingne,
  Dont onc en forest de Bouloingne
  Ne fut plus alteré d'humeur.
  C'est pour moy piteuse besoingne:
  Dieu en vueille ouïr ma clameur!

  VIII.

  Et puisque departir me fault,
  Et du retour ne suis certain:
  Je ne suis homme sans deffault,
  Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.
  Vivre aux humains est incertain,
  Et après mort n'y a relaiz:
  Je m'en voys en pays loingtaing;
  Si establiz ce présent laiz.

  IX.

  Premièrement, au nom du Père,
  Du Filz et du Saint-Esperit,
  Et de la glorieuse Mère
  Par qui grace riens ne périt,
  Je laisse, de par Dieu, mon bruit
  A maistre Guillaume Villon,
  Qui en l'honneur de son nom bruit,                     [P. 10]
  Mes tentes et mon pavillon.

  X.

  A celle doncques que j'ay dict,
  Qui si durement m'a chassé,
  Que j'en suys de joye interdict
  Et de tout plaisir déchassé,
  Je laisse mon coeur enchassé,
  Palle, piteux, mort et transy:
  Elle m'a ce mal pourchassé,
  Mais Dieu luy en face mercy!

  XI.

  Et à maistre Ythier, marchant,
  Auquel je me sens très tenu,
  Laisse mon branc d'acier tranchant,
  Et à maistre Jehan le Cornu,
  Qui est en gaige détenu
  Pour ung escot six solz montant;
  Je vueil, selon le contenu,
  Qu'on luy livre, en le racheptant.

  XII.

  Item, je laisse à Sainct-Amant
  Le Cheval Blanc avec la Mulle,
  Et à Blaru, mon dyamant
  Et l'Asne rayé qui reculle.
  Et le décret qui articulle:
  _Omnis utriusque sexus_,
  Contre la Carmeliste bulle,
  Laisse aux curez, pour mettre sus.

  XIII.                                    [P. 11]

  Item, à Jehan Trouvé, bouchier,
  Laisse le mouton franc et tendre,
  Et ung tachon pour esmoucher
  Le boeuf couronné qu'on veult vendre,
  Et la vache qu'on ne peult prendre.
  Le vilain qui la trousse au col,
  S'il ne la rend, qu'on le puist pendre
  Ou estrangler d'un bon licol!

  XIV.

  Et à maistre Robert Vallée,
  Povre clergeon au Parlement,
  Qui ne tient ne mont ne vallée,
  J'ordonne principalement
  Qu'on luy baille legerement
  Mes brayes, estans aux trumellières,
  Pour coeffer plus honestement
  S'amye Jehanneton de Millières.

  XV.

  Pour ce qu'il est de lieu honeste,
  Fault qu'il soit myeulx recompensé,
  Car le Saint-Esprit l'admoneste.
  Ce obstant qu'il est insensé.
  Pour ce, je me suis pourpensé,
  Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,
  De recouvrer sur Malpensé,
  Qu'on lui baille, l'Art de mémoire.

  XVI.

  Item plus, je assigne la vie
  Du dessusdict maistre Robert...                     [P. 12]
  Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!
  Mes parens, vendez mon haubert,
  Et que l'argent, ou la pluspart,
  Soit employé, dedans ces Pasques,
  Pour achepter à ce poupart
  Une fenestre emprès Saint-Jacques.

  XVII.

  Derechief, je laisse en pur don
  Mes gands et ma hucque de soye
  A mon amy Jacques Cardon;
  Le gland aussi d'une saulsoye,
  Et tous les jours une grosse oye
  Et ung chappon de haulte gresse;
  Dix muys de vin blanc comme croye,
  Et deux procès, que trop n'engresse.

  XVIII.

  Item, je laisse à ce jeune homme,
  René de Montigny, troys chiens;
  Aussi à Jehan Raguyer, la somme
  De cent frans, prins sur tous mes biens;
  Mais quoy! Je n'y comprens en riens
  Ce que je pourray acquerir:
  On ne doit trop prendre des siens,
  Ne ses amis trop surquerir.

  XIX.

  Item, au seigneur de Grigny
  Laisse la garde de Nygon,
  Et six chiens plus qu'à Montigny,
  Vicestre, chastel et donjon;
  Et à ce malostru Changon,
  Moutonnier qui tient en procès,
  Laisse troys coups d'ung escourgon,                     [P. 13]
  Et coucher, paix et aise, en ceps.

  XX.

  Et à maistre Jacques Raguyer,
  Je laisse l'Abreuvoyr Popin,
  Pour ses paouvres seurs grafignier;
  Tousjours le choix d'ung bon lopin,
  Le trou de la Pomme de pin,
  Le doz aux rains, au feu la plante,
  Emmailloté en jacopin;
  Et qui vouldra planter, si plante.

  XXI.

  Item, à maistre Jehan Mautainct
  Et maistre Pierre Basannier,
  Le gré du Seigneur, qui attainct
  Troubles, forfaits, sans espargnier;
  Et à mon procureur Fournier,
  Bonnetz courts, chausses semellées,
  Taillées sur mon cordouennier,
  Pour porter durant ces gellées.

  XXII.

  Item, au chevalier du guet,
  Le heaulme luy establis;
  Et aux pietons qui vont d'aguet
  Tastonnant par ces establis,
  Je leur laisse deux beaulx rubis,
  La lenterne à la Pierre-au-Let.,
  Voire-mais, j'auray les _Troys licts_,
  S'ilz me meinent en Chastellet.

  XXIII.                                    [P. 14]

  Item, à Perrenet Marchant,
  Qu'on dit le Bastard de la Barre,
  Pour ce qu'il est ung bon marchant,
  Luy laisse trois gluyons de feurre
  Pour estendre dessus la terre
  A faire l'amoureux mestier,
  Où il luy fauldra sa vie querre,
  Car il ne scet autre mestier.

  XXIV.

  Item, au Loup et à Chollet,
  Je laisse à la foys un canart,
  Prins sous les murs, comme on souloit,
  Envers les fossez, sur le tard;
  Et à chascun un grand tabart
  De cordelier, jusques aux pieds,
  Busche, charbon et poys au lart,
  Et mes housaulx sans avantpiedz.

  XXV.

  Derechief, je laisse en pitié,
  A troys petitz enfans tous nudz,
  Nommez en ce présent traictié,
  Paouvres orphelins impourveuz,
  Tous deschaussez, tous despourveus,
  Et desnuez comme le ver;
  J'ordonne qu'ils seront pourveuz,
  Au moins pour passer cest yver.

  XXVI.

  Premièrement, Colin Laurens,
  Girard Gossoyn et Jehan Marceau,
  Desprins de biens et de parens,                     [P. 15]
  Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,
  Chascun de mes biens ung faisseau,
  Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;
  Ils mangeront maint bon morceau,
  Ces enfans, quand je seray vieulx!

  XXVII.

  Item, ma nomination,
  Que j'ay de l'Université,
  Laisse par résignation,
  Pour forclorre d'adversité
  Paouvres clercs de ceste cité,
  Soubz cest _intendit_ contenuz:
  Charité m'y a incité,
  Et Nature, les voyant nudz.

  XXVIII.

  C'est maistre Guillaume Cotin
  Et maistre Thibault de Vitry,
  Deux paouvres clercs, parlans latin,
  Paisibles enfans, sans estry,
  Humbles, bien chantans au lectry.
  Je leur laisse cens recevoir
  Sur la maison Guillot Gueuldry,
  En attendant de mieulx avoir.

  XXIX.

  Item plus, je adjoinctz à la Crosse
  Celle de la rue Sainct-Anthoine,
  Et ung billart de quoy on crosse,
  Et tous les jours plain pot de Seine,
  Aux pigons qui sont en l'essoine,
  Enserrez soubz trappe volière,
  Et mon mirouer bel et ydoyne,                     [P. 16]
  Et la grace de la geollière.

  XXX.

  Item, je laisse aux hospitaux
  Mes chassis tissus d'araignée;
  Et aux gisans soubz les estaux,
  Chascun sur l'oeil une grongnée,
  Trembler à chière renffrongnée,
  Maigres, velluz et morfonduz;
  Chausses courtes, robbe rongnée,
  Gelez, meurdriz et enfonduz.

  XXXI.

  Item, je laisse à mon barbier
  Les rongneures de mes cheveulx,
  Plainement et sans destourbier;
  Au savetier, mes souliers vieulx,
  Et au fripier, mes habitz tieulx
  Que, quant du tout je les délaisse,
  Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz
  Charitablement je leur laisse.

  XXXII.

  Item, aux Quatre Mendians,
  Aux Filles Dieu et aux Beguynes,
  Savoureulx morceaulx et frians,
  Chappons, pigons, grasses gelines,
  Et puis prescher les Quinze Signes,
  Et abatre pain à deux mains.
  Carmes chevaulchent nos voisines,
  Mais cela ne m'est que du meins.

  XXXIII.                                    [P. 17]

  Item, laisse le Mortier d'or
  A Jehan l'Espicier, de la Garde,
  Et une potence à Sainct-Mor,
  Pour faire ung broyer à moustarde,
  Et celluy qui feit l'avant-garde,
  Pour faire sur moy griefz exploitz,
  De par moy sainct Anthoine l'arde!
  Je ne lui lairray autre laiz.

  XXXIV.

  Item, je laisse à Mairebeuf
  Et à Nicolas de Louvieulx,
  A chascun l'escaille d'un oeuf,
  Plaine de frans et d'escus vieulx,
  Quant au concierge de Gouvieulx,
  Pierre Ronseville, je ordonne,
  Pour luy donner encore mieulx,
  Escus telz que prince les donne.

  XXXV.

  Finalement, en escrivant,
  Ce soir, seullet, estant en bonne,
  Dictant ces laiz et descripvant,
  Je ouyz la cloche de Sorbonne,
  Qui tousjours à neuf heures sonne
  Le Salut que l'Ange prédit;
  Cy suspendy et cy mis bonne,
  Pour pryer comme le cueur dit.

  XXXVI.

  Cela fait, je me entre-oubliai,
  Non pas par force de vin boire,
  Mon esperit comme lié;                          [P. 18]
  Lors je senty dame Mémoire
  Rescondre et mectre en son aulmoire
  Ses espèces collaterales,
  Oppinative faulce et voire,
  Et autres intellectualles.

  XXXVII.

  Et mesmement l'extimative,
  Par quoy prospérité nous vient;
  Similative, formative,
  Desquelz souvent il advient
  Que, par l'art trouvé, hom devient
  Fol et lunaticque par moys:
  Je l'ay leu, et bien m'en souvient,
  En Aristote aucunes fois.

  XXXVIII.

  Doncques le sensif s'esveilla
  Et esvertua fantasie,
  Qui tous argeutis resveilla,
  Et tint souveraine partie,
  En souppirant, comme amortie,
  Par oppression d'oubliance,
  Qui en moy s'estoit espartie
  Pour montrer des sens l'alliance.

  XXXIX.

  Puis, mon sens qui fut à repos
  Et l'entendement desveillé,
  Je cuide finer mon propos;
  Mais mon encre estoit gelé,
  Et mon cierge estoit souflé.
  De feu je n'eusse pu finer.
  Si m'endormy, tout enmouflé,                          [P. 19]
  Et ne peuz autrement finer.

  XL

  Fait au temps de ladicte date,
  Par le bon renommé Villon,
  Qui ne mange figue ne date;
  Sec et noir comme escouvillon,
  Il n'a tente ne pavillon
  Qu'il n'ayt laissé à ses amys,
  Et n'a mais qu'un peu de billon,
  Qui sera tantost à fin mys.


  CY FINE LE TESTAMENT VILLON.


                                          [P. 21]
  CY COMMENCE
  LE
  GRANT TESTAMENT
  DE
  FRANÇOIS VILLON
  FAIT EN 1461.


  I.

  En l'an trentiesme de mon aage,
  Que toutes mes hontes j'eu beues,
  Ne du tout fol, ne du tout sage.
  Nonobstant maintes peines eues,
  Lesquelles j'ay toutes receues
  Soubz la main Thibault d'Aussigny.
  S'evesque il est, seignant les rues,
  Qu'il soit le mien je le regny!

  II.

  Mon seigneur n'est, ne mon evesque;
  Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;
  Foy ne luy doy, ne hommage avecque;
  Je ne suis son serf ne sa biche.
  Peu m'a d'une petite miche
  Et de froide eau, tout ung esté.
  Large ou estroit, moult me fut chiche.                [P. 22]
  Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.

  III.

  Et, s'aucun me vouloit reprendre
  Et dire que je le mauldys,
  Non fais, si bien me sçait comprendre,
  Et rien de luy je ne mesdys.
  Voycy tout le mal que j'en dys:
  S'il m'a esté misericors,
  Jésus, le roy de paradis,
  Tel luy soit à l'âme et au corps!

  IV.

  S'il m'a esté dur et cruel
  Trop plus que cy ne le racompte,
  Je vueil que le Dieu éternel
  Luy soit doncq semblable, à ce compte!...
  Mais l'Eglise nous dit et compte
  Que prions pour nos ennemis;
  Je vous dis que j'ay tort et honte:
  Tous ses faictz soient à Dieu remis!

  V.

  Si prieray Dieu de bon cueur,
  Pour l'âme du bon feu Cotard.
  Mais quoy! ce sera doncq par cueur,
  Car de lire je suys faitard.
  Prière en feray de Picard;
  S'il ne le sçait, voise l'apprandre,
  S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard
  A Douay, ou à Lysle en Flandre!

  VI.                                         [P. 23]

  Combien souvent je veuil qu'on prie
  Pour luy, foy que doy mon baptesme,
  Obstant qu'à chascun ne le crye,
  Il ne fauldra pas à son esme.
  Au Psaultier prens, quand suys à mesme,
  Qui n'est de beuf ne cordoen,
  Le verset escript le septiesme
  Du psaulme de _Deus laudem_.

  VII.

  Si pry au benoist Filz de Dieu,
  Qu'à tous mes besoings je reclame,
  Que ma pauvre prière ayt lieu
  Verz luy, de qui tiens corps et ame,
  Qui m'a préservé de maint blasme
  Et franchy de vile puissance.
  Loué soit-il, et Nostre-Dame,
  Et Loys, le bon roy de France!

  VIII.

  Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,
  De Salomon l'honneur et gloire;
  Quant de prouesse, il en a trop;
  De force aussi, par m'ame, voire!
  En ce monde-cy transitoire,
  Tant qu'il a de long et de lé;
  Affin que de luy soit memoire,
  Vive autant que Mathusalé!

  IX.

  Et douze beaulx enfans, tous masles,
  Veoir, de son très cher sang royal,
  Aussi preux que fut le grand Charles,                [P. 24]
  Conceuz en ventre nuptial,
  Bons comme fut sainct Martial.
  Ainsi en preigne au bon Dauphin;
  Je ne luy souhaicte autre mal,
  Et puys paradis à la fin.

  X.

  Pour ce que foible je me sens,
  Trop plus de biens que de santé,
  Tant que je suys en mon plain sens,
  Si peu que Dieu m'en a presté,
  Car d'autre ne l'ay emprunté,
  J'ay ce Testament très estable
  Faict, de dernière voulenté,
  Seul pour tout et irrévocable:

  XI.

  Escript l'ay l'an soixante et ung,
  Que le bon roy me délivra
  De la dure prison de Mehun,
  Et que vie me recouvra,
  Dont suys, tant que mon cueur vivra,
  Tenu vers luy me humilier,
  Ce que feray jusqu'il mourra:
  Bienfaict ne se doibt oublier.


  _Icy commence Villon à entrer en matière
  pleine d'erudition et de bon sçavoir._


  XII.

  Or est vray qu'après plaingtz et pleurs
  et angoisseux gemissemens,
  Après tristesses et douleurs,                     [P. 25]
  Labeurs et griefz cheminemens,
  Travail mes lubres sentemens,
  Esguisez comme une pelote,
  M'ouvrist plus que tous les Commens
  D'Averroys sur Aristote.

  XIII.

  Combien qu'au plus fort de mes maulx,
  En cheminant sans croix ne pile,
  Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus
  Conforta, ce dit l'Evangile,
  Me montra une bonne ville
  Et pourveut du don d'espérance;
  Combien que le pecheur soit vile,
  Riens ne hayt que persévérance.

  XIV.

  Je suys pécheur, je le sçay bien;
  Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,
  Mais convertisse et vive en bien;
  Mieulx tout autre que péché mord,
  Soye vraye voulenté ou enhort,
  Dieu voit, et sa miséricorde,
  Se conscience me remord,
  Par sa grace pardon m'accorde.

  XV.

  Et, comme le noble Romant
  De la Rose dit et confesse
  En son premier commencement,
  Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,
  Quant on le voit vieil en vieillesse,
  Excuser; helas! il dit voir.
  Ceulx donc qui me font telle oppresse,                [P. 26]
  En meurté ne me vouldroient veoir.

  XVI.

  Se, pour ma mort, le bien publique
  D'aucune chose vaulsist myeulx,
  A mourir comme ung homme inique
  Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!
  Grief ne faiz à jeune ne vieulx,
  Soye sur pied ou soye en bière:
  Les montz ne bougent de leurs lieux,
  Pour un paouvre, n'avant, n'arrière.

  XVII.

  Au temps que Alexandre regna,
  Ung hom, nommé Diomedès,
  Devant luy on luy amena,
  Engrillonné poulces et detz
  Comme ung larron; car il fut des
  Escumeurs que voyons courir.
  Si fut mys devant le cadès,
  Pour estre jugé à mourir.

  XVIII.

  L'empereur si l'arraisonna:
  «Pourquoy es-tu larron de mer?»
  L'autre, responce luy donna:
  «Pourquoy larron me faiz nommer?
  «Pour ce qu'on me voit escumer
  «En une petiote fuste?
  «Se comme toy me peusse armer,
  «Comme toy empereur je fusse.

  XIX.                                         [P. 27]

  «Mais que veux-tu! De ma fortune,
  «Contre qui ne puis bonnement,
  «Qui si durement m'infortune,
  «Me vient tout ce gouvernement.
  «Excuse-moy aucunement,
  «Et sçaches qu'en grand pauvreté
  «(Ce mot dit-on communément)
  «Ne gist pas trop grand loyaulté.»

  XX.

  Quand l'empereur eut remiré
  De Diomedès tout le dict:
  «Ta fortune je te mueray,
  «Mauvaise en bonne!» ce luy dit.
  Si fist-il. Onc puis ne mesprit
  A personne, mais fut vray homme;
  Valère, pour vray, le rescript,
  Qui fut nommé _le grand_ à Romme.

  XXI.

  Se Dieu m'eust donné rencontrer
  Ung autre piteux Alexandre,
  Qui m'eust faict en bon heur entrer,
  Et lors qui m'eust veu condescendre
  A mal, estre ars et mys en cendre
  Jugé me fusse de ma voix.
  Nécessité faict gens mesprendre,
  Et faim saillir le loup des boys.

  XXII.

  Je plaings le temps de ma jeunesse,
  Ouquel j'ay plus qu'autre gallé,
  Jusque à l'entrée de vieillesse,                     [P. 28]
  Qui son partement m'a celé.
  Il ne s'en est à pied allé,
  N'a cheval; las! et comment donc?
  Soudainement s'en est voilé,
  Et ne m'a laissé quelque don.

  XXIII.

  Allé s'en est, et je demeure,
  Pauvre de sens et de sçavoir,
  Triste, failly, plus noir que meure,
  Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;
  Des miens le moindre, je n'y voir,
  De me desadvouer s'avance,
  Oublyans naturel devoir,
  Par faulte d'ung peu de chevance.

  XXIV.

  Si ne crains avoir despendu,
  Par friander et par leschier;
  Par trop aimer n'ay riens vendu,
  Que nuls me puissent reprouchier.
  Au moins qui leur couste trop cher.
  Je le dys, et ne croys mesdire.
  De ce ne me puis revencher:
  Qui n'a méfiait ne le doit dire.

  XXV.

  Est vérité que j'ay aymé
  Et que aymeroye voulentiers;
  Mais triste cueur, ventre affamé,
  Qui n'est rassasié au tiers,
  Me oste des amoureux sentiers.
  Au fort, quelqu'un s'en recompense,
  Qui est remply sur les chantiers,                     [P. 29]
  Car de la panse vient la danse.

  XXVI.

  Bien sçay se j'eusse estudié
  Ou temps de ma jeunesse folle,
  Et à bonnes meurs dedié,
  J'eusse maison et couche molle!
  Mais quoy? je fuyoye l'escolle,
  Comme faict le mauvays enfant...
  En escrivant ceste parolle,
  A peu que le cueur ne me fend.

  XXVII.

  Le dict du Saige est très beaulx dictz,
  Favorable, et bien n'en puis mais,
  Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz,
  A ton adolescence; mais
  Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,
  Car jeunesse et adolescence
  (C'est son parler, ne moins ne mais)
  Ne sont qu'abbus et ignorance.»

  XXVIII.

  Mes jours s'en sont allez errant,
  Comme, dit Job, d'une touaille
  Sont les filetz, quant tisserant
  Tient en son poing ardente paille:
  Lors, s'il y a nul bout qui saille,
  Soudainement il le ravit.
  Si ne crains rien qui plus m'assaille,
  Car à la mort tout assouvyst.

  XXIX.                                    [P. 30]

  Où sont les gratieux gallans
  Que je suyvoye au temps jadis,
  Si bien chantans, si bien parlans,
  Si plaisans en faictz et en dictz?
  Les aucuns sont mortz et roydiz;
  D'eulx n'est-il plus rien maintenant.
  Respit ils ayent en paradis,
  Et Dieu saulve le remenant!

  XXX.

  Et les aucuns sont devenuz,
  Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,
  Les autres mendient tous nudz,
  Et pain ne voyent qu'aux fenestres;
  Les autres sont entrez en cloistres;
  De Celestins et de Chartreux,
  Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:
  Voilà l'estat divers d'entre eulx.

  XXXI.

  Aux grans maistres Dieu doint bien faire
  Vivans en paix et en requoy.
  En eulx il n'y a que refaire;
  Si s'en fait bon taire tout quoy.
  Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,
  Comme moy, Dieu doint patience;
  Aux aultres ne fault qui ne quoy,
  Car assez ont pain et pitance.

  XXXII.

  Bons vins ont, souvent embrochez,
  Saulces, brouetz et gros poissons;
  Tartres, flans, oeufz fritz et pochez,                [P. 31]
  Perduz, et en toutes façons.
  Pas ne ressemblent les maçons,
  Que servir fault à si grand peine;
  Ils ne veulent nulz eschançons,
  Car de verser chascun se peine.

  XXXIII.

  En cest incident me suys mys,
  Qui de rien ne sert à mon faict.
  Je ne suys juge, ne commis,
  Pour punyr n'absouldre meffaict.
  De tous suys le plus imparfaict.
  Loué soit le doulx Jésus-Christ!
  Que par moy leur soit satisfaict!
  Ce que j'ay escript est escript.

  XXXIV.

  Laissons le monstier où il est;
  Parlons de chose plus plaisante.
  Ceste matière à tous ne plaist:
  Ennuyeuse est et desplaisante.
  Pauvreté, chagrine et dolente,
  Tousjours despiteuse et rebelle,
  Dit quelque parolle cuysante;
  S'elle n'ose, si le pense-elle.

  XXXV.

  Pauvre je suys de ma jeunesse,
  De pauvre et de petite extrace.
  Mon pere n'eut oncq grand richesse.
  Ne son ayeul, nommé Erace.
  Pauvreté tous nous suyt et trace.
  Sur les tumbeaulx de mes ancestres,
  Les ames desquelz Dieu embrasse,                     [P. 32]
  On n'y voyt couronnes ne sceptres.

  XXXVI.

  De pouvreté me guermentant,
  Souventesfoys me dit le cueur:
  «Homme, ne te doulouse tant
  Et ne demaine tel douleur,
  Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.
  Myeulx vault vivre soubz gros bureaux
  Pauvre, qu'avoir esté seigneur
  Et pourrir soubz riches tumbeaux!»

  XXXVII.

  Qu'avoir esté seigneur!... Que dys?
  Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!
  Selon ce que d'aulcun en dict,
  Son lieu ne congnoistra jamais.
  Quant du surplus, je m'en desmectz.
  Il n'appartient à moy, pécheur;
  Aux théologiens le remectz,
  Car c'est office de prescheur.

  XXXVIII.

  Si ne suys, bien le considère,
  Filz d'ange, portant dyadème
  D'etoille ne d'autre sydère.
  Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame,
  Quant est du corps, il gyst soubz lame...
  J'entends que ma mère mourra,
  Et le sçait bien, la pauvre femme;
  Et le filz pas ne demourra.

  XXXIX.                                    [P. 33]

  Je congnoys que pauvres et riches,
  Sages et folz, prebstres et laiz,
  Noble et vilain, larges et chiches,
  Petitz et grans, et beaulx et laidz,
  Dames à rebrassez colletz,
  De quelconque condicion,
  Portant attours et bourreletz,
  Mort saisit sans exception.

  XL.

  Et mourut Paris et Hélène.
  Quiconques meurt, meurt à douleur.
  Celluy qui perd vent et alaine,
  Son fiel se crève sur son cueur,
  Puys sue Dieu sçait quelle sueur!
  Et n'est qui de ses maulx l'allège:
  Car enfans n'a, frère ne soeur,
  Qui lors voulsist estre son pleige.

  XLI.

  La mort le faict frémir, pallir,
  Le nez courber, les veines tendre,
  Le col enfler, la chair mollir,
  Joinctes et nerfs croistre et estendre.
  Corps féminin, qui tant est tendre,
  Polly, souef, si precieulx,
  Te faudra-il ces maulx attendre?
  Ouy, ou tout vif aller ès cieulx.

                                          [P. 34]

  BALLADE
  DES DAMES DU TEMPS JADIS.

  Dictes-moy où, n'en quel pays,
  Est Flora, la belle Romaine;
  Archipiada, ne Thaïs,
  Qui fut sa cousine germaine;
  Echo, parlant quand bruyt on maine
  Dessus rivière ou sus estan,
  Qui beauté eut trop plus qu'humaine?
  Mais où sont les neiges d'antan!

  Où est la très sage Heloïs,
  Pour qui fut chastré et puis moyne
  Pierre Esbaillart à Sainct-Denys?
  Pour son amour eut cest essoyne.
  Semblablement, où est la royne
  Qui commanda que Buridan
  Fust jetté en ung sac en Seine?
  Mais où sont les neiges d'antan!

  La royne Blanche comme ung lys,
  Qui chantoit à voix de sereine;
  Berthe au grand pied, Bietris, Allys;
  Harembourges, qui tint le Mayne,
  Et Jehanne, la bonne Lorraine,
  Qu'Anglois bruslèrent à Rouen;
  Où sont-ilz, Vierge souveraine?...
  Mais où sont les neiges d'antan!
                                          [P. 35]
  ENVOI

  Prince, n'enquerez de sepmaine
  Où elles sont, ne de cest an,
  Que ce refrain ne vous remaine:
  Mais où sont les neiges d'antan!


  BALLADE
  DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS

  Suyvant le propos précèdent.

  Qui plus? Où est le tiers Calixte,
  Dernier decedé de ce nom,
  Qui quatre ans tint le Papaliste?
  Alphonse, le roy d'Aragon,
  Le gracieux duc de Bourbon,
  Et Artus, le duc de Bretaigne,
  Et Charles septiesme, le Bon?...
  Mais où est le preux Charlemaigne!

  Semblablement, le roy Scotiste,
  Qui demy-face eut, ce dit-on,
  Vermeille comme une amathiste
  Depuys le front jusqu'au menton?
  Le roy de Chypre, de renom;
  Hélas! et le bon roy d'Espaigne,
  Duquel je ne sçay pas le nom?...
  Mais où est le preux Charlemaigne!

  D'en plus parler je me désiste;                     [P. 36]
  Ce n'est que toute abusion.
  Il n'est qui contre mort résiste,
  Ne qui treuve provision.
  Encor fais une question:
  Lancelot, le roy de Behaigne,
  Où est-il? Où est son tayon?...
  Mais où est le preux Charlemaigne!

  ENVOI.

  Où est Claquin, le bon Breton?
  Où le comte Daulphin d'Auvergne,
  Et le bon feu duc d'Alençon?...
  Mais où est le preux Charlemaigne!


  BALLADE

  A ce propos, en vieil françois.

  Mais où sont ly sainctz apostoles,
  D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,
  Qui sont ceincts de sainctes estoles,
  Dont par le col prent ly mauffez,
  De maltalent tout eschauffez?
  Aussi bien meurt tilz que servans;
  De ceste vie sont bouffez:
  Autant en emporte ly vens.

  Voire, où sont de Constantinobles
  L'emperier aux poings dorez,
  Ou de France ly roy tresnobles,
  Sur tous autres roys décorez.
  Qui, pour ly grand Dieux adorez,                     [P. 37]
  Bastist eglises et convens?
  S'en son temps il fut honorez,
  Autant en emporte ly vens.

  Où sont de Vienne et de Grenobles
  Ly Daulphin, ly preux, ly senez?
  Où, de Dijon, Sallins et Dolles,
  Ly sires et ly filz aisnez?
  Où autant de leurs gens privez,
  Heraulx, trompettes, poursuyvans?
  Ont-ilz bien bouté soubz le nez?...
  Autant en emporte ly vens.

  ENVOI.

  Princes à mort sont destinez,
  Et tous autres qui sont vivans;
  S'ils en sont coursez ou tennez,
  Autant en emporte ly vens.


  XLII.

  Puys que papes, roys, filz de roys,
  Et conceuz en ventres de roynes,
  Sont enseveliz, mortz et froidz,
  En aultruy mains passent leurs resnes;
  Moy, pauvre mercerot de Renes,
  Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;
  Mais que j'aye faict mes estrenes,
  Honneste mort ne me desplaist.

  XLIII.

  Ce monde n'est perpetuel,
  Quoy que pense riche pillart;
  Tous sommes soubz coutel mortel.
  Ce confort prent pauvre vieillart,                     [P. 38]
  Lequel d'estre plaisant raillart
  Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,
  Qu'on tiendrait à fol et paillait,
  Se, vieil, à railler se mettoit.

  XLIV.

  Or luy convient-il mendier,
  Car à ce force le contraint.
  Regrette huy sa mort, et hier;
  Tristesse son cueur si estrainct,
  Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,
  Il feroit un horrible faict.
  Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,
  Et que luy-mesmes se deffaict.

  XLV.

  Car, s'en jeunesse il fut plaisant,
  Ores plus rien ne dit qui plaise.
  Tousjours vieil synge est desplaisant:
  Moue ne faict qui ne desplaise.
  S'il se taist, affin qu'il complaise,
  Il est tenu pour fol recreu;
  S'il parle, on luy dit qu'il se taise.
  Et qu'en son prunier n'a pas creu.

  XLVI.

  Aussi, ces pauvres femmelettes,
  Qui vieilles sont et n'ont de quoy,
  Quand voyent jeunes pucellettes
  En admenez et en requoy,
  Lors demandent à Dieu pourquoy
  Si tost nasquirent, n'a quel droit?
  Notre Seigneur s'en taist tout coy,
  Car, au tanser, il le perdroit.

                                          [P. 39]

  LES REGRETS
  DE LA BELLE HEAULMIÈRE

  Jà parvenue à vieillesse.

  Advis m'est que j'oy regretter
  La belle qui fut heaulmière,
  Soy jeune fille souhaitter
  Et parler en ceste manière:
  «Ha! vieillesse felonne et fière,
  Pourquoy m'as si tost abatue?
  Qui me tient que je ne me fière,
  Et qu'à ce coup je ne me tue?

  «Tollu m'as ma haulte franchise
  Que beauté m'avoit ordonné
  Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:
  Car alors n'estoit homme né
  Qui tout le sien ne m'eust donné,
  Quoy qu'il en fust des repentailles,
  Mais que luy eusse abandonné
  Ce que reffusent truandailles.

  «A maint homme l'ay reffusé,
  Qui n'estoit à moy grand saigesse,
  Pour l'amour d'ung garson rusé,
  Auquel j'en feiz grande largesse.
  A qui que je feisse finesse,
  Par m'ame, je l'amoye bien!
  Or ne me faisoit que rudesse,
  Et ne m'amoyt que pour le mien.

  «Jà ne me sceut tant detrayner,                     [P. 40]
  Fouller au piedz, que ne l'aymasse,
  Et m'eust-il faict les rains trayner,
  S'il m'eust dit que je le baisasse
  Et que tous mes maux oubliasse;
  Le glouton, de mal entaché,
  M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!
  Que m'en reste-il? Honte et péché.

  «Or il est mort, passé trente ans,
  Et je remains vieille et chenue.
  Quand je pense, lasse! au bon temps,
  Quelle fus, quelle devenue;
  Quand me regarde toute nue,
  Et je me voy si très-changée,
  Pauvre, seiche, maigre, menue,
  Je suis presque toute enragée.

  «Qu'est devenu ce front poly,
  Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
  Grand entr'oeil, le regard joly,
  Dont prenoye les plus subtilz;
  Ce beau nez droit, grand ne petiz;
  Ces petites joinctes oreilles,
  Menton fourchu, cler vis traictis,
  Et ces belles lèvres vermeilles?

  «Ces gentes espaules menues,
  Ces bras longs et ces mains tretisses;
  Petitz tetins, hanches charnues,
  Eslevées, propres, faictisses
  A tenir amoureuses lysses;
  Ces larges reins, ce sadinet,
  Assis sur grosses fermes cuysses,                     [P. 41]
  Dedans son joly jardinet?

  «Le front ridé, les cheveulx gris,
  Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
  Qui faisoient regars et ris,
  Dont maintz marchans furent attaincts;
  Nez courbé, de beaulté loingtains;
  Oreilles pendans et moussues;
  Le vis pally, mort et destaincts;
  Menton foncé, lèvres peaussues:

  «C'est d'humaine beauté l'yssues!
  Les bras courts et les mains contraictes,
  Les espaulles toutes bossues;
  Mammelles, quoy! toutes retraictes;
  Telles les hanches que les tettes.
  Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
  Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
  Grivelées comme saulcisses.

  «Ainsi le bon temps regretons
  Entre nous, pauvres vieilles sottes,
  Assises bas, à croppetons,
  Tout en ung tas comme pelottes,
  A petit feu de chenevottes,
  Tost allumées, tost estainctes;
  Et jadis fusmes si mignottes!...
  Ainsi en prend à maintz et maintes.»

                                          [P. 42]

  BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE
  AUX FILLES DE JOIE.

  «Or y pensez, belle Gantière,
  Qui m'escolière souliez estre,
  Et vous, Blanche la Savetière,
  Ores est temps de vous congnoistre.
  Prenez à dextre et à senestre;
  N'espargnez homme, je vous prie:
  Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
  Ne que monnoye qu'on descrie.

  «Et vous, la gente Saulcissière,
  Qui de dancer estes adextre;
  Guillemette la Tapissière,
  Ne mesprenez vers vostre maistre;
  Tous vous fauldra clorre fenestre,
  Quand deviendrez vieille, flestrie;
  Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
  Ne que monnoye qu'on descrie.

  «Jehanneton la Chaperonnière,
  Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
  Katherine la Bouchière,
  N'envoyez plus les hommes paistre:
  Car qui belle n'est, ne perpetre
  Leur bonne grace, mais leur rie.
  Laide vieillesse amour n'impetre,
  Ne que monnoye qu'on descrie.

  ENVOI.

  «Filles, veuillez vous entremettre
  D'escouter pourquoy pleure et crie
  C'est que ne puys remède y mettre,                     [P. 43]
  Ne que monnoye qu'on descrie.»


  XLVII.

  Ceste leçon icy leur baille
  La belle et bonne de jadis;
  Bien dit ou mal, vaille que vaille,
  Enregistrer j'ay faict ces ditz
  Par mon clerc Fremin l'estourdys,
  Aussi rassis que je pense estre...
  S'il me desment, je le mauldys:
  Selon le clerc est deu le maistre.

  XLVIII.

  Si apercoy le grand danger
  Là où l'homme amoureux se boute...
  Hé! qui me vouldroit laidanger
  De ce mot, en disant: «Escoute!
  Se d'aymer t'estrange et reboute
  Le barat de celles nommées,
  Tu fais une bien folle doubte,
  Car ce sont femmes diffamées.

  XLIX.

  «S'ils n'ayment fors que pour l'argent,
  On ne les ayme que pour l'heure.
  Rondement ayment toute gent,
  Et rient lors quant bourse pleure.
  De celles n'est qui ne recoeuvre;
  Mais en femmes d'honneur et nom
  Franc homme, se Dieu me sequeure,
  Se doit employer; ailleurs, non.»

  L.                                         [P. 44]

  Je prens qu'aucun dye cecy,
  Si ne me contente-il en rien.
  En effect, je concludz ainsy,
  Et sy le cuyde entendre bien,
  Qu'on doit aymer en lieu de bien.
  Asçavoir-mon se ces fillettes,
  Qu'en parolles toute jour tien,
  Ne furent pas femmes honnestes?

  LI.

  Honnestes, si furent vrayement,
  Sans avoir reproches ne blasmes.
  S'il est vray que, au commencement,
  Une chascune de ces femmes
  Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,
  L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,
  Pour estaindre d'amours les flammes,
  Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.

  LII.

  Or firent selon le decret
  Leurs amys, et bien y appert;
  Elles aymoient en lieu secret,
  Car autre qu'eulx n'y avoit part.
  Toutesfois, ceste amour se part:
  Car celle qui n'en avoit qu'un
  D'icelluy s'eslongne et despart,
  Et ayme myeulx aymer chascun.

  LIII.

  Qui les meut à ce? J'imagine,
  Sans l'honneur des dames blasmer
  Que c'est nature feminine,                          [P. 45]
  Qui tout vivement veult aymer.
  Autre chose n'y sçay rymer;
  Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,
  Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,
  Que six ouvriers font plus que troys.

  LIV.

  Or ont les folz amans le bond,
  Et les dames prins la vollée;
  C'est le droit loyer qu'amours ont;
  Toute foy y est violée,
  Quelque doulx baiser n'acollée.
  De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,
  Chascun le dit à la vollée:
  «Pour ung plaisir mille doulours.»



  DOUBLE BALLADE
  SUR LE MÊME PROPOS.

  Pour ce, aymez tant que vouldrez,
  Suyvez assemblées et festes,
  En la fin jà mieulx n'en vauldrez,
  Et sy n'y romprez que vos testes:
  Folles amours font les gens bestes:
  Salmon en idolatrya;
  Samson en perdit ses lunettes...
  Bien heureux est qui rien n'y a!

  Orpheus, le doux menestrier,
  Jouant de flustes et musettes,
  En fut en dangier du meurtrier                     [P. 46]
  Bon chien Cerberus à troys testes;
  Et Narcissus, _le bel honnestes_,
  En ung profond puys se noya,
  Pour l'amour de ses amourettes...
  Bien heureux est qui rien n'y a!

  Sardana, le preux chevalier,
  Qui conquist le regne de Crètes,
  En voult devenir moulier
  Et filer entre pucellettes.
  David ly roy, saige prophètes,
  Craincte de Dieu en oublya,
  Voyant laver cuisses bien faictes...
  Bien heureux est qui rien n'y a!

  Ammon en voult deshonnorer,
  Feignant de manger tartelettes,
  Sa soeur Thamar, et deflorer,
  Qui fist choses moult deshonnestes;
  Herodes (pas ne sont sornettes)
  Sainct Jean-Baptiste en décolla,
  Pour dances, saultz et chansonnettes...
  Bien heureux est qui rien n'y a!

  De moy, pauvre, je veuil parler;
  J'en fuz batu, comme à ru telles,
  Tout nud, jà ne le quiers celer.
  Qui me feit mascher ces groiselles,
  Fors Katherine de Vauselles?
  Noé le tiers ot, qui fut là.
  Mitaines à ces nopces telles,
  Bien heureux est qui rien n'y a!

  Mais que ce jeune bachelier                          [P. 47]
  Laissast ces jeunes bachelettes,
  Non! et, le deust-on vif brusler,
  Comme ung chevaucheur d'escovettes.
  Plus doulces luy sont que civettes;
  Mais toutesfoys fol s'y fia:
  Soient blanches, soient brunettes,
  Bien heureux est qui rien n'y a!


  LV.

  Si celle que jadis servoye
  De si bon cueur et loyaument,
  Dont tant de maulx et griefz j'avoye,
  Et souffroye tant de torment,
  Se dit m'eust, au commencement,
  Sa voulenté (mais nenny, las!),
  J'eusse mys peine aucunement,
  De moy retraire de ses las.

  LVI.

  Quoy que je luy voulsisse dire,
  Elle estoit preste d'escouter,
  Sans m'accorder ne contredire;
  Qui plus, me souffroit arrester,
  Joignant elle près s'accouter;
  Et ainsi m'alloit amusant,
  Et me souffroit tout racompter,
  Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.

  LVII.

  Abusé m'a, et faict entendre
  Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;
  De farine, que ce fust cendre;
  D'ung mortier, ung chapeau de feautre;                [P. 48]
  De viel machefer, que fust peaultre;
  D'ambesas, que ce fussent ternes...
  Toujours trompant ou moy ou aultre,
  Et vendoit vessies pour lanternes.

  LVIII.

  Du ciel, une poisle d'arain;
  Des nues, une peau de veau;
  Du matin, qu'estoit le serain;
  D'un trongnon de chou, ung naveau;
  D'orde cervoise, vin nouveau;
  D'une truie, ung molin à vent;
  Et d'une hart, ung escheveau;
  D'un gras abbé, ung poursuyvant.

  LIX.

  Ainsi m'ont amours abusé,
  Et pourmené de l'uys au pesle.
  Je croy qu'homme n'est si rusé,
  Fust fin comme argent de crepelle,
  Qui n'y laissast linge et drapelle,
  Mais qu'il fust ainsi manyé
  Comme moy, qui partout m'appelle:
  _L'Amant remys et renyé_.

  LX.

  Je renye Amours et despite;
  Je deffie à feu et à sang.
  Mort par elles me precipite,
  Et si ne leur vault pas d'ung blanc.
  Ma vielle ay mys soubz le banc;
  Amans je ne suyvray jamais;
  Se jadis je fuz de leur ranc,
  Je declaire que n'en suys mais.

  LXI.                                         [P. 49]

  Car j'ay mys le plumail au vent:
  Or le suyve qui a attente;
  De ce me tays dorenevant.
  Poursuyvre je vueil mon entente,
  Et, s'aucun m'interroge ou tente
  Comment d'amours ose mesdire,
  Geste parolle les contente:
  «Qui meurt a ses loix de tout dire.»

  LXII.

  Je cognoys approcher ma soef;
  Je crache, blanc comme cotton,
  Jacobins gros comme ung estoeuf:
  Qu'est-ce à dire? que Jenanneton
  Plus ne me tient pour valeton,
  Mais pour ung vieil usé régnait...
  De vieil porte voix et le ton,
  Et ne suys qu'ung jeune coquart.

  LXIII.

  Dieu mercy et Jaques Thibault,
  Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,
  En ung bas lieu, non pas en hault;
  Manger d'angoisse mainte poire;
  Enferré... Quand j'en ay mémoire,
  Je pry pour luy et _reliqua_,
  Que Dieu luy doint... et voire, voire,
  Ce que je pense... _et cetera_.

  LXIV.

  Toutesfoys, je n'y pense mal,
  Pour luy et pour son lieutenant;
  Aussy pour son official,                          [P. 50]
  Qui est plaisant et advenant,
  Que faire n'ay du remenant;
  Mais du petit maistre Robert?...
  Je les ayme, tout d'ung tenant,
  Ainsi que faict Dieu le Lombart.

  LXV.

  Si me souvient, à mon advis,
  Que je feis, à mon partement,
  Certains lays, l'an cinquante six,
  Qu'aucuns, sans mon consentement,
  Voulurent nommer _Testament_;
  Leur plaisir fut, et non le mien:
  Mais quoy! on dit communement,
  Qu'un chascun n'est maistre du sien.

  LXVI.

  S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas
  Receu les lays que je luy mande,
  J'ordonne que, après mon trespas,
  A mes hoirs en face demande;
  Qui sont-ilz? si on le demande:
  Moreau, Provins, Robin Turgis;
  De moy, par dictez que leur mande,
  Ont eu jusqu'au lict où je gys.

  LXVII.

  Pour le révoquer ne le dy,
  Et y courust toute ma terre;
  De pitié en suys refroidy,
  Envers le bastard de la Barre:
  Parmy ses trois gluvons de foerre,
  Je luy donne mes vieilles nattes;
  Bonnes seront pour tenir serre,                     [P. 51]
  Et soy soustenir sur ses pattes.

  LXVIII.

  Somme, plus ne diray qu'ung mot,
  Car commencer veuil à tester:
  Devant mon clerc Fremin, qui m'ot
  (S'il ne dort), je vueil protester,
  Que n'entends homme detester,
  En ceste presente ordonnance;
  Et ne la vueil manifester
  Sinon au royaulme de France.

  LXIX.

  Je sens mon cueur qui s'affoiblist,
  Et plus je ne puys papier.
  Fremin, siez-toy près de mon lict,
  Que l'on ne me viengne espier!
  Prens tost encre, plume et papier,
  Ce que nomme escryz vistement;
  Puys fais-le partout copier,
  Et vecy le commancement.


  _Ici commance Villon à tester_.

  LXX.

  Au nom de Dieu, Père eternel.
  Et du Filz que Vierge parit,
  Dieu au Père oeternel,
  Ensemble et du Sainct Esperit,
  Qui saulva ce qu'Adam périt,
  Et du pery pare les Cieulx...
  Qui bien ce croyt, peu ne merit:                     [P. 52]
  De gens mortz se font petiz Dieux.

  LXXI.

  Mortz estoient, et corps et ames,
  En damnée perdition;
  Corps pourriz, et ames en flammes,
  De quelconque condition;
  Toutesfoys, fais exception
  Des patriarches et prophètes;
  Car, selon ma conception,
  Oncques grand chault n'eurent aux fesses.

  LXXII.

  Qui me diroit: «Qui te faict mectre
  Si très-avant ceste parolle,
  Qui n'es en Théologie maistre?
  A toy est presumption folle.»
  --C'est de JESUS la parabolle,
  Touchant le Riche ensevely
  En feu, non pas en couche molle,
  Et du Ladre, de dessus ly.

  LXXIII.

  Si du Ladre eust veu le doy ardre,
  Jà n'en eust requis refrigère,
  N'au bout d'icelluy doiz aherdre,
  Pour refreschir sa maschouëre.
  Pions y feront mate chère,
  Qui boy vent pourpoinct et chemise:
  Puys que boyture y est si chère,
  Dieu nous garde de la main mise!

  LXXIV.                                    [P. 53]

  Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,
  Et de sa glorieuse Mère,
  Sans peché soit parfaict ce dict
  Par moy, plus maigre que chimere;
  Si je n'ay eu fièvre effimère,
  Ce m'a faict divine clémence;
  Mais d'autre dueil et perte amère
  Je me tays, et ainsi commence:

  LXXV.

  Premier, je donne ma pauvre ame
  A la benoiste Trinité,
  Et la commande à Nostre Dame,
  Chambre de la divinité;
  Priant toute la charité
  Des dignes neuf Ordres des cieulx,
  Que par eulx soit ce don porté
  Devant le Trosne précieux.

  LXXVI.

  Item, mon corps j'ordonne et laisse
  A nostre grand mère la terre;
  Les vers n'y trouveront grand gresse:
  Trop lui a faict faim dure guerre.
  Or luy soit délivré grand erre;
  De terre vint, en terre tourne.
  Toute chose, se par trop n'erre,
  voulentiers en son lieu retourne.

  LXXVII.

  Item, et à mon plus que père,
  Maistre Guillaume de Villon
  Qui m'a esté plus doulx que mère                     [P. 54]
  D'enfant eslevé de maillon;
  Dejetté m'a de maint boillon,
  Et de cestuy pas ne s'esjoye,
  Si luy requiers à genoillon,
  Qu'il m'en laisse toute la joye.

  LXXVIII.

  Je luy donne ma librairie,
  Et le _Rommant du Pet au Diable_,
  Lequel maistre Gui Tabarie
  Grossoya, qu'est hom véritable.
  Par cayers est soubz une table.
  Combien qu'il soit rudement faict,
  La matière est si très notable,
  Qu'elle amende tout le meffaict.

  LXXIX.

  Item, donne à ma bonne mère
  Pour saluer nostre Maistresse,
  Qui pour moy eut douleur amère,
  Dieu le sçait, et mainte tristesse;
  Autre chastel ou fosteresse
  N'ay où retraire corps et ame,
  Quand sur moy court male destresse,
  Ne ma mère, la povre femme!

                                          [P. 55]

  BALLADE
  QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE,
  POUR PRIER NOSTRE-DAME.

  Dame du ciel, régente terrienne,
  Emperière des infernaulx palux,
  Recevez-moy, vostre humble chrestienne,
  Que comprinse soye entre voz esleuz,
  Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.
  Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,
  Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,
  Sans lesquelz biens ame ne peult merir
  N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.
  En ceste foy je vueil vivre et mourir.

  A vostre Filz dictes que je suis sienne;
  Que de luy soyent mes péchez aboluz:
  Pardonnés moi comme à l'Egyptienne,
  Ou comme il feit au clerc Theophilus,
  Lequel par vous fut quitte et absoluz,
  Combien qu'il eust au diable faict promesse.
  Preservez-moy, que je ne face cesse;
  Vierge, pourtant, me vouilliés impartir
  Le sacrement qu'on celebre à la messe.
  En ceste foy je vueil vivre et mourir.

  Femme je suis povrette et ancienne,
  Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz;
  Au monstier voy dont suis parroissienne
  Paradis painct, où sont harpes et luz,
  Et ung enfer où damnez sont boulluz:                     [P. 56]
  L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.
  La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,
  A qui pecheurs doivent tous recourir,
  Comblez de foy, sans faincte ne paresse.
  En ceste foy je vueil vivre et mourir.

  ENVOI.

  Vous portastes, Vierge, digne princesse,
  JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse.
  Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,
  Laissa les cieulx et nous vint secourir;
  Offrist à mort sa très clère jeunesse;
  Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.
  En ceste foy je vueil vivre et mourir.



  LXXX.

  Item, m'amour, ma chère Rosé,
  Ne luy laisse ne cueur ne foye:
  Elle aymeroit mieulx autre chose,
  Combien qu'elle ait assez monnoye:
  Quoy? une grand bourse de soye,
  Pleine d'escuz, profonde et large:
  Mais pendu soit-il, que je soye,
  Qui luy lairra escu ne targe.

  LXXXI.

  Car elle en a, sans moy, assez.
  Mais de cela il ne m'en chault;
  Mes grans deduictz en sont passez;
  Plus n'en ay le cropion chauld.
  Si m'en desmetz aux hoirs Michault,                     [P. 57]
  Qui fut nommé le bon fouterre.
  Priez pour luy, faictes ung sault:
  A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.

  LXXXII.

  Ce non obstant, pour m'acquitter
  Envers Amours, plus qu'envers elle,
  Car oncques n'y peuz acquester
  D'amours une seule estincelle;
  Ne sçay s'à tous est si rebelle
  Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy;
  Mais, par saincte Marie la belle!
  Je n'y voy que rire pour moy.

  LXXXIII.

  Ceste Ballade luy envoye,
  Qui se termine toute en R.
  Qui la portera? que j'y voye:
  Ce sera Pernet de la Barre,
  Pourveu, s'il rencontre en son erre
  Ma damoyselle au nez tortu,
  Il luy dira, sans plus enquerre:
  «Orde paillarde, d'où viens-tu?»



  BALLADE
  DE VILLON A S'AMYE.

  Faulse beaulté, qui tant me couste cher.
  Rude en effect, hypocrite doulceur;
  Amour dure, plus que fer, à mascher;                     [P. 58]
  Nommer que puis de ma deffaçon soeur,
  Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,
  Orgueil mussé, qui gens met au mourir;
  Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur,
  Sans empirer, ung pauvre secourir?

  Mieulx m'eust valu avoir esté crier
  Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur:
  Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;
  Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur.
  Haro, haro, le grand et le mineur!
  Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,
  Ou pitié veult, selon ceste teneur,
  Sans empirer, ung povre secourir.

  Ung temps viendra, qui fera desseicher,
  Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:
  Je m'en risse, se tant peusse marcher,
  Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)
  Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.
  Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.
  Ne donnez pas à tous ceste douleur,
  Sans empirer, ung povre secourir.

  ENVOI.

  Prince amoureux, des amans le greigneur,
  Vostre mal gré ne vouldroye encourir;
  Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
  Sans empirer, ung povre secourir.


                                          [P. 59]
  LXXXIV.

  Item, à maistre Ythier, marchant,
  Auquel mon branc laissay jadis,
  Donne (mais qu'il le mette en chant),
  Ce lay, contenant des vers dix;
  Et aussi ung _De profundis_
  Pour ses anciennes amours,
  Desquelles le nom je ne dis,
  Car il me herroit à tousjours.



  LAY OU PLUSTOST RONDEAU.

  MORT, j'appelle de ta rigueur,
  Qui m'as ma maistresse ravie,
  Et n'es pas encore assouvie,
  Se tu ne me tiens en langueur.
  Onc puis n'euz force ne vigueur;
  Mais que te nuysoit-elle en vie,
  Mort?

  Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;
  S'il est mort, force est que dévie,
  Voire, ou que je vive sans vie,
  Comme les images, par cueur,
  Mort!



  LXXXV.

  Item, à maistre Jehan Cornu,
  Autres nouveaux lays luy vueil faire,
  Car il m'a tousjours secouru                          [P. 60]
  A mon grand besoing et affaire:
  Pour ce, le jardin luy transfère,
  Que maistre Pierre Bourguignon
  Me renta, en faisant refaire
  L'huys, et redrecier le pignon.

  LXXXVI.

  Par faulte d'ung huys, j'y perdis
  Ung grez, et ung manche de houe.
  Alors, huyt faulcons, non pas dix,
  N'y eussent pas prins une alloüe.
  L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe.
  Pour enseigne y mis ung havet;
  Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe:
  Sanglante nuict et bas chevet!

  LXXXVII.

  Item, et pource que la femme
  De maistre Pierre Sainct Amant
  (Combien, si coulpe y a ou blasme,
  Dieu luy pardonne doulcement!)
  Me meist en reng de caymant,
  Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,
  Luy changeay à une jument,
  Et la Mulle à ung Asne rouge.

  LXXXVIII.

  Item, donne à sire Denys
  Hesselin, Esleu de Paris,
  Quatorze muys de vin d'Aulnis,
  Prins chez Turgis, à mes perilz.
  S'il en beuvoit tant que periz
  En fust son sens et sa raison,
  Qu'on mette de l'eau es barrilz:                     [P. 61]
  Vin perd mainte bonne maison.

  LXXXIX.

  Item, donne à mon advocat,
  Maistre Guillaume Charruau,
  Quoy qu'il marchande ou ait estât,
  Mon branc... Je me tays du fourreau,
  Il aura, avec ce, ung réau
  En change, affin que sa bourse enfle,
  Prins sur la chaussée et carreau
  De la grand closture du Temple.

  Item, mon procureur Fournier
  Aura, pour toutes ses corvées
  (Simple seroit de l'espargner;
  En ma bourse quatre havées),
  Car maintes causes m'a saulvées,
  Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!
  Comme elles ont esté trouvées;
  Mais bon droit a bon mestier d'ayde.

  XCI.

  Item, je donne à maistre Jaques
  Raguyer le grant godet de Grève,
  Pourveu qu'il payera quatre plaques,
  Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,
  Ce dont on ceuvre mol et grève;
  Aller sans chausses et chappin,
  Tous les matins, quand il se liève,
  Au trou de la Pomme de pin.

  XCII.                                    [P. 62]

  Item, quant est de Mairebeuf,
  Et de Nicolas de Louviers,
  Vache ne leur donne ne beuf,
  Car vachers ne sont, ne bouviers,
  Mais gens à porter esperviers,
  Ne cuidez pas que je vous joue,
  Pour prendre perdriz et plouviers,
  Sans faillir, sur la Maschecroüe.

  XCIII.

  Item, vienne Robert Turgis
  A moy, je luy payeray son vin,
  Combien, s'il trouve mon logis,
  Plus fort sera que le devin.
  Le droit luy donne d'eschevin,
  Que j'ay comme enfant de Paris...
  Se je parle ung peu poictevin,
  Ilce m'ont deux dames appris.

  XCIV.

  Filles sont très belles et gentes,
  Demourantes à Sainct-Genou,
  Près Sainct-Julian des Voventes,
  Marches de Bretaigne ou Poictou,
  Mais je ne dy proprement où,
  Or y pensez trestous les jours,
  Car je ne suis mie si fou...
  Je pense celer mes amours.

  XCV.

  Item, à Jehan Raguyer je donne,
  Qui est sergent, voir des Douze,
  Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,                     [P. 63]
  Tous les jours une talemouze,
  Pour brouter et fourrer sa mouse,
  Prinse à la table de Bailly;
  A Maubuay sa gorge arrouse,
  Car à manger n'a pas failly.

  XCVI.

  Item, donne au prince des Sotz
  Pour ung bon sot Michault du Four,
  Qui à la fois dit de bons motz
  Et chante bien: _Ma doulce amour_!
  Avec ce, il aura le bonjour.
  Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,
  Il est ung droit sot de séjour,
  Et est plaisant où il n'est point.

  XCVII.

  Item, aux unze vingtz Sergens
  Donne, car leur faict est honneste,
  Et sont bonnes et doulces gens,
  Denis Richier, et Jehan Vallette,
  A chascun une grand cornette,
  Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre
  J'entendz à ceulx de pied, hohecte!
  Car je n'ay que faire des autres.

  XCVIII.

  Derechef, donne à Périnet,
  J'entendz le bastard de la Barre,
  Pour ce qu'il est beau fils et net,
  En son escu, en lieu de barre,
  Trois detz plombez, de bonne carre,
  Ou ung beau joly jeu de cartes...
  Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre,                [P. 64]
  En oultre aura les fièvres quartes.

  XCIX.

  Item, ne vueil plus que Chollet
  Dolle, trenche, douve ne boyse,
  Relye brocq ne tonnelet,
  Mais tous ses outilz changer voyse
  A une espée lyonnoise,
  Et retienne le hutinet:
  Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,
  Si luy plaist-il ung tantinet.

  C.

  Item, je donne à Jehan le Lou,
  Homme de bien et bon marchant,
  Pour ce qu'il est linget et flou,
  Et que Chollet est mal chassant,
  Par les rues plustost qu'au champ,
  Qui ne lairra poulaille en voye,
  Le long tabart, et bien cachant,
  Pour les musser, qu'on ne les voye.

  CI.

  Item, à l'orfèvre Du Boys,
  Donne cent clouz, queues et testes,
  De gingembre sarazinoys,
  Non pas pour accoupler ses boytes,
  Mais pour conjoindre culz et coettes,
  Et couldre jambons et andoilles,
  Tant que le laict en monte aux tettes,
  Et le sang en devalle aux coilles.

  CII.                                         [P. 65]

  Au cappitaine Jehan Riou,
  Tant pour luy que pour ses archiers,
  Je donne six livres de lou,
  Qui n'est pas viande à porchiers,
  Prins à gros mastins de bouchiers,
  Et cuittes de vin de buffet.
  Pour manger de ces morceaulx chiers,
  On en ferait bien un mau faict.

  CIII.

  C'est viande ung peu plus pesante,
  Que duvet, ne plume, ne liège.
  Elle est bonne à porter en tente,
  Ou pour user en quelque siège.
  Et, s'ilz estoient prins en un piège,
  Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,
  J'ordonne, moy qui suis bon miège,
  Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.

  CIV.

  Item, à Robin Troussecaille,
  Qui s'est en service bien faict;
  A pied ne va comme une caille,
  Mais sur roussin gros et reffaict:
  Je luy donne, de mon buffet,
  Une jatte qu'emprunter n'ose;
  Si aura mesnage parfait:
  Plus ne luy failloit autre chose.

  CV.

  Item, donne à Perrot Girard,
  Barbier juré du Bourg-la-Royne,
  Deux bassins et ung coquemard,                     [P. 66]
  Puis qu'à gaigner mect telle peine.
  Des ans y a demy douzaine,
  Qu'en son hostel, de cochons gras
  M'apastela une sepmaine;
  Tesmoing l'abesse de Pourras.

  CVI.

  Item, aux Frères mendians,
  Aux Devotes et aux Beguines,
  Tant de Paris que d'Orléans,
  Tant Turlupins que Turlupines,
  De grasses souppes jacobines
  Et flans leurs fais oblation;
  Et puis après, soubz les courtines,
  Parler de contemplation.

  CVII.

  Si ne suis-je pas qui leur donne,
  Mais du tout en sont-ce les mères,
  Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,
  Pour qui souffrent peines amères.
  Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères,
  Et mesmement ceulx de Paris.
  S'ilz font plaisir à noz commères,
  Ilz ayment ainsi les maris.

  CVIII.

  Quoy que maistre Jehan de Pontlieu
  En voulsist dire, _et reliqua_,
  Contrainct et en publique lieu,
  Voulsist ou non, s'en revocqua.
  Maistre Jehan de Mehun se moqua
  De leur façon; si feit Mathieu.
  Mais on doit honorer ce qu'a                          [P. 67]
  Honnoré l'Eglise de Dieu.

  CIX.

  Si me submectz, leur serviteur,
  En tout ce que puis faire et dire,
  A les honorer de bon cueur,
  Et servir, sans y contredire.
  L'homme bien fol est d'en mesdire,
  Car, soit à part, ou en prescher,
  Ou ailleurs, il ne fault pas dire
  Si gens sont pour eux revencher.

  CX.

  Item, je donne à frère Baulde,
  Demeurant à l'hostel des Carmes,
  Portant chère hardie et baulde,
  Une sallade et deux guysarmes,
  Que De Tusca et ses gens d'armes
  Ne luy riblent sa Caige-vert.
  Vieil est: s'il ne se rend aux armes,
  C'est bien le diable de Vauvert.

  CXI.

  Item, pour ce que le Scelleur,
  Maint estront de mousche à masché,
  Donne, car homme est de valleur,
  Son sceau davantage craché,
  Et qu'il ait le pouce escaché,
  Pour tout comprendre à une voye;
  J'entendz celluy de l'Evesché,
  Car les autres, Dieu les pourvoye.

  CXII.                                    [P. 68]

  Quant de messieurs les Auditeux,
  Leur chambre auront lembroysée;
  Et ceulx qui ont les culz rongneux,
  Chascun une chaise persée,
  Mais qu'à la petite Macée
  D'Orléans, qui eut ma ceincture,
  L'amende soit bien hault taxée:
  Elle est une mauvaise ordure.

  CXIII.

  Item, donne à maistre Françoys,
  Promoteur de la vacquerie,
  Ung hault gorgerin d'Escossoys,
  Toutesfois sans orfaverie;
  Car, quant receut chevalerie,
  Il maugrea Dieu et saint George.
  Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,
  Comme enragé, à pleine gorge.

  CXIV.

  Item, à maistre Jehan Laurens,
  Qui a les povres yeulx si rouges,
  Par le peché de ses parens,
  Qui beurent en barilz et courges,
  Je donne l'envers de mes bouges,
  Pour chascun matin les torcher...
  S'il fust archevesque de Bourges,
  Du cendal eust, mais il est cher.

  CXV.

  Item, à maistre Jehan Cotard,
  Mon procureur en Court d'Eglise,
  Devoye environ ung patard,                          [P. 69]
  Car à present bien m'en advise,
  Quant chicanner me feit Denise,
  Disant que l'avoye mauldite;
  Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise!
  Ceste Oraison j'ay cy escripte.


  BALLADE ET ORAISON.

  Père Noé, qui plantastes la vigne;
  Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,
  Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,
  De vos filles si vous feit approcher,
  Pas ne le dy pour le vous reprocher,
  Architriclin, qui bien sceustes cest art,
  Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher
  L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!

  Jadis extraict il fut de vostre ligne,
  Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;
  Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,
  Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;
  On ne luy sceut pot des mains arracher,
  Car de bien boire oncques ne fut faitard.
  Nobles seigneurs, ne souffrez empescher
  L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!

  Comme um viellart qui chancelle et trepign
  L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;
  Et une foys il se feit une bigne,
  Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher.
  Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher                [P. 70]
  Meilleur pion, pour boire tost et tard.
  Faictes entrer quand vous orrez hucher
  L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.

  ENVOI.

  Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre cracher;
  Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!
  Et si ne sceut oncq sa soif estancher,
  L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.



  CXVI.

  Item, vueil que le jeune Merle
  Désormais gouverne mon change,
  Car de changer envys me mesle,
  Pourveu que tousjours baille en change,
  Soit à privé, soit à estrange,
  Pour trois escus, six brettes targes;
  Pour deux angelotz, ung grand ange:
  Car amans doivent estre larges.

  CXVII.

  Item, j'ay sçeu, à ce voyage,
  Que mes trois povres orphelins
  Sont creus et deviennent en aage,
  Et n'ont pas testes de belins,
  Et qu'enfans d'icy à Salins
  N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;
  Or, par l'ordre des Mathelins,
  Telle jeunesse n'est pas folle.

  CXVIII.                                    [P. 71]

  Si vueil qu'ilz voysent à l'estude;
  Où? chez maistre Pierre Richer.
  Le _Donnait_ est pour eulx trop rude:
  Jà ne les y vueil empescher.
  Ilz sçauront, je l'ayme plus cher:
  _Ave salus, tibi decus_,
  Sans plus grandes lettres chercher:
  Tousjours n'ont pas clercs le dessus.

  CXIX.

  Cecy estudient, et puis ho!
  Plus procéder je leur deffens.
  Quant d'entendre le grand _Credo_,
  Trop fort il est pour telz enfans.
  Mon grant tabard en deux je fendz:
  Si vueil que la moictié s'en vende,
  Pour eulx en achepter des flans,
  Car jeunesse est ung peu friande.

  CXX.

  Et veuil qu'ilz soyent informez
  En meurs, quoy que couste bature;
  Chapperons auront enfermez,
  Et les poulces soubz la ceincture;
  Humbles à toute créature;
  Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_
  Si diront gens, par adventure:
  «Voycy enfans de lieu de bien!»

  CXXI.

  Item, à mes pouvres clergeons,
  Auxquelz mes titres je resigne,
  Beaulx enfans et droictz comme joncs,                [P. 72]
  Les voyans, je m'en dessaisine,
  Et, sans recevoir, leur assigne,
  Seur comme qui l'auroit en paulme,
  A une certain jour que l'on signe,
  Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.

  CXXII.

  Quoy que jeunes et esbatans
  Soyent, en rien ne me desplaist;
  Dedans vingt, trente ou quarante ans
  Bien autres seront, se Dieu plaist.
  Il faict mal qui ne leur complaist,
  Car ce sont beaux enfans et gents;
  Et qui les bat ne fiert, fol est,
  Car enfans si deviennent gens.

  CXXIII.

  Les bourses des Dix-et-huict clers
  Auront; je m'y vueil travailler:
  Pas ilz ne dorment comme lerz,
  Qui trois mois sont sans resveiller.
  Au fort, triste est le sommeiller
  Qui faict aise jeune en jeunesse,
  Tant qu'enfin luy faille veiller,
  Quant reposer deust en vieillesse.

  CXXIV.

  Cy en escris au collateur
  Lettres semblables et pareilles:
  Or prient pour leur bienfaicteur,
  Ou qu'on leur tire les oreilles.
  Aucunes gens ont grand merveilles,
  Que tant m'encline envers ces deux;
  Mais, foy que doy, festes et veilles,                [P. 73]
  Oncques ne vey les mères d'eulx!

  CXXV.

  Item, et à Michault Culdou,
  Et à sire Charlot Taranne,
  Cent solz: s'ilz demandent prins où?
  Ne leur chaille; ils viendront de manne;
  Et unes houses de basanne,
  Autant empeigne que semelle;
  Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,
  Et autant une autre comme elle.

  CXXVI.

  Item, au seigneur de Grigny,
  Auquel jadis laissay Vicestre,
  Je donne la tour de Billy,
  Pourveu, se huys y a ne fenestre
  Qui soit ne debout ne en estre,
  Qu'il mette très bien tout appoinct:
  Face argent à dextre, à senestre:
  Il m'en fault, et il n'en a point.

  CXXVII.

  Item, à Thibault de la Garde:
  Thibault? je mentz, il a nom Jehan;
  Que luy donray-je, que ne perde?
  Assez ay perdu tout cest an.
  Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_
  Le barillet? par m'ame, voyre!
  Genevoys est le plus ancien,
  Et plus beau nez a pour y boyre.


  CXXVIII.                                    [P. 74]

  Item, je donne à Basanyer,
  Notaire et greffier criminel,
  De giroffle plain ung panyer,
  Prins chez maistre Jehan de Ruel.
  Tant à Mautainct; tant à Rosnel;
  Et, avec ce don de giroffle,
  Servir, de cueur gent et ysnel,
  Le seigneur qui sert sainct Cristofle,

  CXXIX.

  Auquel ceste Ballade donne,
  Pour sa dame, qui tous biens a.
  S'Amour ainsi tous ne guerdonne,
  Je ne m'esbahys de cela;
  Car au Pas conquesté celle a
  Que tint René, roy de Cecille,
  Où si bien fist et peu parla
  Qu'oncques Hector feit, ne Troïle.



  BALLADE

  Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour
  l'envoyer à son espouse, par luy conquise à l'espée.

  Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,
  Meu de plaisir et par noble coustume,
  Bruyt il demaine et de joye s'esbat,
  Reçoit son per et se joint à la plume:
  Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume.
  Joyeusement ce qu'aux amans bon semble.                [P. 75]
  Sachez qu'Amour l'escript en son volume,
  Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

  Dame serez de mon cueur, sans debat,
  Entierement, jusques mort me consume.
  Laurier soüef qui pour mon droit combat,
  Olivier franc, m'ostant toute amertume.
  Raison ne veult que je desaccoustume,
  Et en ce vueil avec elle m'assemble,
  De vous servir, mais que m'y accoustume;
  Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

  Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,
  Par fortune qui sur moy si se fume,
  Vostre doulx oeil sa malice rabat,
  Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
  Si ne perds pas la graine que je sume
  En vostre champ, car le fruict me ressemble:
  Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;
  Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

  ENVOI.

  Princesse, oyez ce que cy vous resume:
  Que le mien cueur du vostre desassemble
  Jà ne sera: tant de vous en presume;
  Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.



  CXXX.

  Item, à sire Jehan Perdryer,
  Riens, n'à Françoys, son second frère.
  Si m'ont-ilz voulu aydier,                          [P. 76]
  Et de leurs biens faire confrère;
  Combien que Françoys, mon compère,
  Contre langues flambans et rouges,
  Sans commandement, sans prière,
  Me recommanda fort à Bourges.

  CXXXI.

  Si aille veoir en Taillevent,
  Ou chapitre de fricassure,
  Tout au long, derrière et devant,
  Lequel n'en parle jus ne sure;
  Mais à Macquaire vous asseure,
  A tout le poil cuysant ung dyable,
  Affin que sentist bon l'arsure,
  Ce _Recipe_ m'escript, sans fable.



  BALLADE.

  En reagal, en arsenic rocher,
  En orpigment, en salpestre et chaulx vive;
  En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;
  En suif et poix, destrampez de lessive
  Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;
  En lavaille de jambes à meseaulx;
  En raclure de piedz et vieulx houseaulx;
  En sang d'aspic et drogues venimeuses;
  En fiel de loups, de regnards et blereaux,
  Soient frittes ces langues envieuses!

  En cervelle de chat qui hayt pescher,
  Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;
  D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher           [P. 77]
  Tout enragé, en sa bave et salive;
  En l'escume d'une mulle poussive,
  Detrenchée menu à bons ciseaulx;
  En eau où ratz plongent groings et museaulx,
  Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
  Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
  Soient frittes ces langues envieuses!

  En sublimé, dangereux à toucher;
  Et au nombril d'une couleuvre vive;
  En sang qu'on mect en poylettes secher,
  Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
  Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,
  En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
  Où nourrices essangent leurs drappeaulx;
  En petits baings de filles amoureuses
  Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx,
  Soient frittes ces langues envieuses!

  ENVOI.

  Prince, passez tous ces friands morceaux,
  S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,
  Parmy le fons d'unes brayes breneuses;
  Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
  Soient frittes ces langues envieuses!



  CXXXII.

  Item, à maistre Jehan Courault,
  Les Contredictz Franc-Gontier mande:
  Quant du Tyrant seant en hault,                     [P. 78]
  A cestuy-là rien ne demande;
  Le saige ne veult que contende,
  Contre puissant, pouvre homme las,
  Affin que ses filez ne tende,
  Et que ne tresbuche en ses laqs.

  CXXXIII.

  Gontier ne crains: il n'a nulz hommes
  Et mieulx que moy n'est herité;
  Mais en ce debat cy nous sommes,
  Car il loue sa pouvreté:
  Estre pouvre, yver et esté,
  A felicité il repute,
  Ce que tiens à malheureté.
  Lequel à tort? Or en dispute.



  BALLADE

  Intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_

  Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
  Lez ung brasier, en chambre bien nattée,
  A son costé gisant dame Sydoine,
  Blanche, tendre, pollie et attaintée:
  Boire ypocras, à jour et à nuyctée,
  Rire, jouer, mignonner et baiser,
  Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser,
  Les vy tous deux, par un trou de mortaise:
  Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
  Il n'est tresor que de vivre à son aise.

  Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine                [P. 79]
  Eussent tousjours tel douce vie hantée,
  D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,
  N'en comptassent une bise tostée.
  Tout leur mathon, ne toute leur potée,
  Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
  S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,
  Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise?
  Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser?
  Il n'est tresor que de vivre à son aise.

  De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
  Et boivent eau, tout au long de l'année.
  Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine
  A tel escot une seule journée
  Ne me tiendroient, non une matinée.
  Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
  Helène o luy, soubz le bel esglantier;
  Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;
  Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,
  Il n'est tresor que de vivre à son aise.

  ENVOI.

  Prince, jugez, pour tous nous accorder.
  Quant est à moy, mais qu'à nul n'en desplaise,
  Petit enfant, j'ay ouy recorder
  Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise.


  CXXXIV.

  Item, pour ce que sçait la Bible,
  Mademoyselle de Bruyères,
  Donne prescher, hors l'Evangile,                     [P. 80]
  A elle et à ses bachelieres,
  Pour retraire ces villotières
  Qui ont le bec si affilé,
  Mais que ce soit hors cymetières,
  Trop bien au marché au filé.




  BALLADE
  DES FEMMES DE PARIS.

  Quoy qu'on tient belles langagières
  Florentines, Veniciennes,
  Assez pour estre messaigières,
  Et mesmement les anciennes;
  Mais, soient Lombardes, Rommaines,
  Genevoises, à mes perilz,
  Piemontoises, Savoysiennes,
  Il n'est bon bec que de Paris.

  De très beau parler tiennent chaires,
  Ce dit-on, les Napolitaines,
  Et que sont bonnes cacquetoeres
  Allemanses et Bruciennes;
  Soient Grecques, Egyptiennes,
  De Hongrie ou d'autre pays,
  Espaignolles ou Castellannes,
  Il n'est bon bec que de Paris.

  Brettes, Suysses, n'y sçavent guères,
  Ne Gasconnes et Tholouzaines;
  Du Petit-Pont deux harangères                     [P. 81]
  Les concluront, et les Lorraines,
  Anglesches ou Callaisiennes,
  (Ay je beaucoup de lieux compris?)
  Picardes, de Valenciennes;
  Il n'est bon bec que de Paris.

  ENVOI.

  Prince, aux dames parisiennes
  De bien parler donnez le prix;
  Quoy qu'on die d'Italiennes,
  Il n'est bon bec que de Paris.



  CXXXV.

  Regarde-m'en deux, trois, assises
  Sur le bas du ply de leurs robes,
  En ces monstiers, en ces eglises;
  Tire t'en près, et ne t'en hobes;
  Tu trouveras là que Macrobes
  Oncques ne fist tels jugemens;
  Entens: quelque chose en desrobes;
  Ce sont tous beaulx enseignemens.

  CXXXVI.

  Item, et au mont de Montmartre,
  Qui est ung lieu moult ancien,
  Je lui donne et adjoincts le tertre.
  Qu'on dit de mont Valerien;
  Et, oultre plus, d'ung quartier d'an
  Du pardon qu'apportay de Romme:
  Sy yra maint bon paroissien,
  En l'abbaye ou il n'entre homme.

  CXXXVII.                                    [P. 82]

  Item, valetz et chambrières
  De bons hostelz (rien ne me nuyst),
  Faisans tartes, flans et goyères,
  Et grant rallias à minuict:
  Riens n'y font sept pintes ne huict,
  Tant que gisent Seigneur et dame;
  Puis après, sans mener grant bruyt,
  Je leur ramentoy le jeu d'asne.

  CXXXVIII.

  Item, et à filles de bien,
  Qui ont pères, mères et antes,
  Par m'ame! je ne donne rien;
  Tout ont eu varletz et servantes;
  Se fussent-ilz de pou contentes,
  Grant bien leur feissent maintz lopins,
  Aux povres filles advenantes,
  Qui se perdent aux Jacopins.

  CXXXIX.

  Aux Célestins et aux Chartreux,
  Quoy que vie meinent estroicte,
  Si ont-ilz largement entre eulx,
  Dont povres filles ont souffrette:
  Tesmoing Jaqueline et Perrette,
  Et Isabeau, qui dit: _Enné!_
  Puis qu'ilz ont eu telle disette,
  A peine en seroit-on damné.

  CXL.

  Item, à la grosse Margot,
  Très doulce face et pourtraicture,
  Foy que doy _Brelare Bigod,_
  Assez devote creature.                          [P. 83]
  Je l'ayme de propre nature,
  Et elle moy, la doulce sade.
  Qui la trouvera d'adventure,
  Qu'on luy lise ceste Ballade.



  BALLADE
  DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.

  Se j'ayme et sers la belle de bon haict,
  M'en devez-vous tenir à vil ne sot?
  Elle a en soy des biens à fin souhaict.
  Pour son amour ceings bouclier et passot.
  Quand viennent gens, je cours et happe un pot:
  Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.
  Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,
  S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_:
  «Retournez cy, quand vous serez en ruyt,
  En ce bourdel où tenons nostre estat!»

  Mais, tost après, il y a grant deshait,
  Quand sans argent s'en vient coucher Margot;
  Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait.
  Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:
  Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.
  Par les costez si se prend, l'Antechrist
  Crie, et jure par la mort Jesuchrist,
  Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,
  Dessus le nez luy en fais ung escript,
  En ce bourdel où tenons nostre estat.

  Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet           [P. 84]
  Plus enflée qu'ung venimeux scarbot.
  Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,
  Gogo me dit, et me fiert le jambot.
  Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;
  Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,
  Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.
  Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;
  De paillarder tout elle me destruict,
  En ce bourdel où tenons nostre estat.

  ENVOI.

  Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!
  Je suis paillard, la paillarde me suit.
  Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.
  L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat.
  Ordure amons, ordure nous affuyt.
  Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,
  En ce bourdel où tenons nostre estat.



  CXLI.

  Item, à Marion l'Ydolle,
  Et la grand Jehanne de Bretaigne,
  Donne tenir publique escolle,
  Où l'escolier le maistre enseigne.
  Lieu n'est où ce marché ne tienne,
  Sinon en la grille de Mehun;
  De quoy je dy: Fy de l'enseigne,
  Puis que l'ouvrage est si commun!

  CXLII.                                    [P. 85]

  Item, à Noë le Jolys,
  Autre chose je ne luy donne,
  Fors plein poing d'osiers frez cueilliz
  En mon jardin; je l'abandonne.
  Chastoy est une belle aulmosne;
  Ame n'en doit estre marry.
  Unze vingtz coups lui en ordonne,
  Par les mains de maistre Henry.

  CXLIII.

  Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu
  Donner, n'aux povres hospitaulx;
  Bourdes n'ont icy temps ne lieu,
  Car povres gens ont assez maulx.
  Chascun leur envoye leurs os.
  Les Mandians ont eu mon oye;
  Au fort, ilz en auront les os:
  A menues gens menue monnoye.

  CXLIV.

  Item, je donne à mon barbier,
  Qui se nomme Colin Galerne,
  Près voysin d'Angelot l'Herbier,
  Ung gros glasson... Prins où? En Marne,
  Affin qu'à son ayse s'yverne.
  De l'estomach le tienne près.
  Se l'yver ainsi se gouverne,
  Il n'aura chault l'esté d'après.

  CXLV.

  Item, rien aux Enfans-Trouvez;
  Mais les perduz fault que console,
  Si doivent estre retrouvez,                          [P. 86]
  Par droict, sur Marion l'Ydolle.
  Une leçon de mon escolle
  Leur liray, qui ne dure guière.
  Teste n'ayent dure ne folle,
  Mais escoutent: c'est la dernière!



  BELLE LEÇON
  DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.

  Beaux enfans, vous perdez la plus
  Belle rose de vo chapeau,
  Mes clers apprenans comme glu;
  Se vous allez à Montpippeau
  Ou à Ruel, gardez la peau:
  Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,
  Cuydant que vaulsist le rappeau,
  La perdit Colin de Cayeulx.

  Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,
  Où va corps, et peut-estre l'ame:
  S'on perd, rien n'y sont repentailles,
  Qu'on ne meure à honte et diffame;
  Et qui gaigne, n'a pas à femme
  Dido la royne de Cartage.
  L'homme est donc bien fol et infame,
  Qui, pour si peu, couche tel gage.

  Qu'ung chascun encore m'escoute:
  On dit, et il est vérité,
  Que charretée se boyt toute,                          [P. 87]
  Au feu l'yver, au bois l'esté.
  S'argent avez, il n'est enté;
  Mais le despendez tost et viste.
  Qui en voyez-vous hérité?
  Jamais mal acquest ne proffite.



  BALLADE
  DE BONNE DOCTRINE,
  A ceux de mauvaise vie.

  Car ou soyes porteur de bulles,
  Pipeur ou hazardeur de dez,
  Tailleur de faulx coings, tu te brusles,
  Comme ceux qui sont eschaudez,
  Traistres pervers, de foy vuydez;
  Soyes larron, ravis ou pilles:
  Où en va l'acquest, que cuydez?
  Tout aux tavernes et aux filles.

  Ryme, raille, cymballe, luttes,
  Comme folz, faintis, eshontez;
  Farce, broille, joue des flustes;
  Fais, ès villes et ès cités,
  Fainctes, jeux et moralitez;
  Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:
  Où s'en va tout? Or escoutez:
  Tout aux tavernes et aux filles.

  De telz ordures te reculles;                          [P. 88]
  Laboure, fauche champs et prez;
  Serz et panse chevaulx et mulles,
  S'aucunement tu n'es lettrez;
  Assez auras, se prens en grez.
  Mais, se chanvre broyes ou tilles,
  Où tend ton labour qu'as ouvrez?
  Tout aux tavernes et aux filles.

  ENVOI.

  Chausses, pourpoinctz esguilletez,
  Robes, et toutes vos drapilles,
  Ains que cessez, vous porterez
  Tout aux tavernes et aux filles.


  CXLVI.

  A vous parle, compaings de galles,
  Qui estes de tous bons accors;
  Gardez-vous tous de ce mau hasles,
  Qui noircist gens quand ils sont mortz;
  Eschevez-le, c'est ung mal mors;
  Passez-vous-en mieulx que pourrez;
  Et, pour Dieu, soyez tous recors
  Qu'une fois viendra que mourrez.

  CXLVII.

  Item, je donne aux Quinze-Vingtz,
  Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens
  De Paris, non pas de Provins,
  Car à eulx tenu je me sens.
  Ilz auront, et je m'y consens,
  Sans les estuis, mes grans lunettes,                     [P. 89]
  Pour mettre à part, aux Innocens,
  Les gens de bien des deshonnestes.

  CXLVIII.

  Icy n'y a ne rys ne jeu.
  Que leur vault avoir eu chevances,
  N'en grans lictz de parement geu,
  Engloutir vin, engrossir panses,
  Mener joye, festes et danses,
  Et de ce prest estre à toute heure?
  Tantost faillent telles plaisances,
  Et la coulpe si en demeure.

  CXLIX.

  Quand je considère ces testes
  Entassées en ces charniers,
  Tous furent maistres des requestes,
  Ou tous de la Chambre aux Deniers,
  Ou tous furent porte-paniers;
  Autant puis l'ung que l'autre dire,
  Car, d'evesques ou lanterniers,
  Je n'y congnois rien a redire.

  CL.

  Et icelles qui s'inclinoient
  Unes contre autres en leur vies;
  Desquelles les unes regnoient,
  Des autres craintes et servies:
  Là les voy toutes assouvies,
  Ensemble en ung tas pesle-mesle.
  Seigneuries leur sont ravies;
  Clerc ne maistre ne s'y appelle.

  CLI.                                         [P. 90]

  Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!
  Quant est des corps, ils sont pourriz.
  Ayent esté seigneurs ou dames,
  Souef et tendrement nourriz
  De cresme, fromentée ou riz,
  Leurs os sont declinez en pouldre,
  Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...
  Plaise au doulx Jesus les absouldre!

  CLII.

  Aux trespassez je fais ce lays,
  Et icelluy je communique
  A regentz, courtz, sieges et plaids,
  Hayneurs d'avarice l'inique,
  Lesquelz pour la chose publique
  Se seichent les os et les corps:
  De Dieu et de sainct Dominique
  Soient absolz, quand ilz seront mortz



  LAYS.

  Au retour de dure prison,
  Où j'ay laissé presque la vie,
  Se Fortune a sur moy envie,
  Jugez s'elle fait mesprison!
  Il me semble que, par raison,
  Elle deust bien estre assouvie,
  Au retour.


  Cecy plain est de desraison,                          [P. 91]
  Qui vueille que de tout desvie;
  Plaise à Dieu que l'ame ravie
  En soit, lassus, en sa maison,
  Au retour!



  CLIII.

  Item, donne à maistre Lomer,
  Comme extraict que je suis de fée,
  Qu'il soit bien amé; mais, d'amer
  Fille en chief ou femme coëffée,
  Jà n'en ayt la teste eschauffée,
  Ce qui ne luy couste une noix,
  Faire ung soir pour soy la fastée,
  En despit d'Auger le Danois.

  CLIV.

  Item, rien à Jaques Cardon,
  Car je n'ay rien pour luy honneste.
  Non pas que le jette à bandon
  Sinon cette Bergeronnette:
  S'elle eust le chant _Marionnette_,
  Faict por Marion la Peau-Tarde,
  D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_,
  Elle allast bien à la moustarde.

  CLV.

  Item donne aux amans enfermes,
  Oultre le lay Alain Chartier,
  A leurs chevetz, de pleurs et lermes
  Trestout fin plain ung benoistier,
  Et ung petit brin d'esglantier,                     [P. 92]
  En tout temps verd, pour gouppillon,
  Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_
  Pour l'ame du pouvre Villon.

  CLVI.

  Item, à maistre Jacques James,
  Qui se tue d'amasser biens,
  Donne fiancer tant de femmes
  Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens
  Pour qui amasse-il? Pour les siens.
  Il ne plainct fors que ses morceaulx;
  Ce qui fut aux truyes, je tiens
  Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.

  CLVII.

  Item, le Camus Seneschal,
  Qui une fois paya mes debtes,
  En recompense, mareschal,
  Pour ferrer oës et canettes.
  Je luy envoye ces sornettes,
  Pour soy desennuyer; combien,
  Si veult, face-en des alumettes.
  De bien chanter s'ennuye-on bien.

  CLVIII.

  Item, au Chevalier du Guet
  Je donne deux beaulx petitz pages,
  Philippot et le gros Marquet,
  Qui ont servy, dont sont plus sages,
  La plus grant partie de leurs aages,
  Tristan, prevost des mareschaulx.
  Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges,
  Aller leur fauldra tous deschaulx!

  CLIX.                                    [P. 93]

  Item, au Chappelain je laisse
  Ma chapelle à simple tonsure,
  Chargée d'une seiche messe,
  Où il ne fault pas grand lecture.
  Resigné luy eusse ma cure,
  Mais point ne veult de charge d'ames;
  De confesser, ce dit, n'a cure,
  Sinon chambrières et dames.

  CLX.

  Pour ce que sçait bien mon entente,
  Jehan de Calays, honnorable homme,
  Qui ne me veit des ans a trente,
  Et ne sçait comment je me nomme,
  De tout ce Testament, en somme,
  S'aucune y a difficulté,
  Oster jusqu'au rez d'une pomme
  Je luy en donne faculté.

  CLXI.

  De le gloser et commenter,
  De le diffinir ou prescripre,
  Diminuer ou augmenter;
  De le canceller ou transcripre
  De sa main, ne sceust-il escripre;
  Interpreter, et donner sens,
  A son plaisir, meilleur ou pire;
  A tout ceci je m'y consens.

  CLXII.

  Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,
  Estoit allé de mort à vie,
  Audict Calais donne puissance,                     [P. 94]
  Affin que l'ordre soit suyvie
  Et mon ordonnance assouvie,
  Que ceste aulmosne ailleurs transporte,
  Sans se l'appliquer par envie;
  A son ame je m'en rapporte.

  CLXIII.

  Item, j'ordonne à Saincte-Avoye,
  Et non ailleurs, ma sepulture;
  Et, affin que chascun me voye,
  Non pas en chair, mais en paincture,
  Que l'on tire mon estature
  D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.
  De tumbel? Rien; je n'en ay cure,
  Car il greveroit le plancher.

  CLXIV.

  Item, vueil qu'autour de ma fosse
  Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,
  Soit escript, en lettre assez grosse;
  Et qui n'auroit point d'escriptoire,
  De charbon soit, ou pierre noire,
  Sans en rien entamer le plastre:
  Au moins sera de moy memoire
  Telle qu'il est d'ung bon folastre.

  CLXV.

  CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,
  QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,
  UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,
  QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON.
  ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.

  TESTAMENT.                                    [P. 95]

  IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:
  TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.
  POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.



  RONDEAU.

  _Repos eternel donne à cil,
  Lumière, clarté perpétuelle,
  Qui vaillant plat ny escuelle
  N'eut oncques, n'ung brin de percil.
  Il fut rez, chef, barbe, sourcil,
  Comme ung navet qu'on ree et pelle.
  Repos éternel donne à cil_.

  _Rigueur le transmit en exil,
  Et luy frappa au cul la pelle,
  Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle!
  _Qui n'est pas terme trop subtil.
  Repos eternel donne à cil_.


  CLXVI.

  Item, je vueil qu'on sonne à branle
  Le gros Beffray, qui n'est de voire;
  Combien que cueur n'est qui ne tremble;
  Quand de sonner est à son erre.
  Saulvé a mainte belle terre,
  Le temps passé, chascun le sçait:
  Fussent gens d'armes ou tonnerre;
  Au son de luy tout mal cessoit.

  CLXVII                                    [P. 96]

  Les sonneurs auront quatre miches;
  Et se c'est peu, demy-douzaine,
  Autant qu'en donnent les plus riches;
  Mais ilz seront de sainct Estienne.
  Vollant est homme de grant peine:
  L'ung en sera. Quand j'y regarde,
  Il en vivra une sepmaine.
  Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.

  CLXVIII.

  Pour tout ce fournir et parfaire,
  J'ordonne mes executeurs,
  Auxquelz faict bon avoir affaire,
  Et contentent bien leurs debteurs.
  Ilz ne sont pas trop grans venteurs,
  Et ont bien de quoy, Dieu mercys!
  De ce faict seront directeurs...
  Escripts: je t'en nommeray six.

  CLXIX.

  C'est maistre Martin Bellefaye,
  Lieutenant du cas criminel.
  Qui sera l'autre? J'y pensoye:
  Ce sera sire Colombel.
  S'il luy plaist et il lui est bel,
  Il entreprendra ceste charge.
  Et l'autre? Michel Jouvenel.
  Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.

  CLXX.

  Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,
  En redoubtant les premiers frais,
  Ou totalement recusassent,                          [P. 97]
  Ceulx qui s'ensuivent cy-après
  J'institue, gens de bien très,
  Philip Bruneau, noble escuyer,
  Et l'autre, son voysin d'emprès,
  Cy est maistre Jacques Raguyer;

  CLXXI.

  Et l'aultre, maistre Jaques James,
  Trois hommes de bien et d'honneur,
  Desirans de saulver leurs âmes,
  Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.
  Plustot y metteront du leur,
  Que ceste ordonnance ne baillent.
  Point n'auront de contrerooleur,
  Mais à leur seul plaisir en taillent.

  CLXXII

  Des testamens qu'on dit le maistre
  De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_;
  Mais ce sera ung jeune prebstre,
  Qui se nomme Colas Tacot.
  Voulentiers beusse à son escot,
  Et qu'il me coustast ma cornette!
  S'il sceust jouer en ung trippot,
  Il eust de moy le Trou Perrette.

  CLXXIII.

  Quant au regard du luminaire,
  Guillaume du Ru j'y commectz.
  Pour porter les coings du suaire,
  Aux executeurs le remectz.
  Trop plus mal me font qu'oncques mais
  Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.
  Mal me presse; est temps désormais                     [P. 98]
  Que crie à toutes gens merciz.



  BALLADE
  Par laquelle Villon crye mercy à chascun.

  A Chartreux, aussi Celestins,
  A mendians et aux devotes,
  A musars et cliquepatins,
  Servantes et filles mignottes,
  Portant surcotz et justes cottes;
  A cuyderaulx d'amours transis,
  Chaussans sans meshaing fauves bottes,
  Je crye à toutes gens merciz!

  A fillettes monstrans tetins,
  Pour avoir plus largement hostes;
  A ribleurs meneurs de butins,
  A basteleurs traynans marmottes,
  A folz et folles, sotz et sottes,
  Qui s'en vont sifflant cinq et six;
  A veufves et à mariottes,
  Je crye à toutes gens merciz!

  Sinon aux trahistres chiens mastins,
  Qui m'ont fait ronger dures crostes
  Et boire eau maintz soirs et matins,
  Qu'ores je ne crains pas trois crottes.
  Je feisse pour eulx petz et rottes;
  Je ne puis, car je suis assis.
  Bien fort, pour éviter riottes,
  Je crye à toutes gens, merciz!

  ENVOI.                               [P. 99]

  Qu'on leur froisse les quinze costes
  De gros mailletz, fortz et massis,
  De plombée et de telz pelottes.
  Je crye à toutes gens merciz!


  BALLADE
  POUR SERVIR DE CONCLUSION.

  Icy se clost le Testament
  Et finist du pouvre Villon.
  Venez à son enterrement,
  Quant vous orrez le carillon,
  Vestuz rouges com vermillon,
  Car en amours mourut martir;
  Ce jura-il sur son coullon
  Quand de ce monde voult partir.

  Et je croy bien que pas n'en ment,
  Car chassié fut comme un soullon
  De ses amours hayneusement,
  Tant que, d'icy à Roussillon,
  Brosses n'y a ne brossillon,
  Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,
  Ung lambeau de son cotillon,
  Quand de ce monde voult partir.

  Il est ainsi, et tellement,
  Quand mourut n'avoit qu'un haillon.
  Qui plus? En mourant, mallement                     [P. 100]
  L'espoignoit d'amours l'esguillon;
  Plus agu que le ranguillon
  D'un baudrier luy faisoit sentir,
  C'est de quoy nous esmerveillon,
  Quand de ce monde voult partir.

  ENVOI.

  Prince, gent comme esmerillon,
  Saichiez qu'il fist, au departir:
  Ung traict but de vin morillon,
  Quand de ce monde voult partir.

  FIN DU GRAND TESTAMENT.


                                        [P. 101]

  POÉSIES DIVERSES

  LE QUATRAIN
  Que feit Villon quand il fut jugé à mourir.

  JE SUIS François, dont ce me poise,
  Né de Paris emprès Ponthoise.
  Or d'une corde d'une toise
  Saura mon col que mon cul poise.


  L'EPITAPHE

  EN FORME DE BALLADE
  Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant
  estre pendu avec eulx.

  Frères humains, qui après nous vivez,
  N'ayez les cueurs contre nous endurciz,
  Car, si pitié de nous pouvres avez,
  Dieu en aura plustost de vous merciz.
  Vous nous voyez cy attachez cinq, six:
  Quant de la chair, que trop avons nourrie,                [P. 102]
  Elle est pieça devorée et pourrie,
  Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
  De nostre mal personne ne s'en rie,
  Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

  Se vous clamons, frères, pas n'en devez
  Avoir desdaing, quoique fusmes occis
  Par justice. Toutesfois, vous sçavez
  Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;
  Intercedez doncques, de cueur rassis,
  Envers le Filz de la Vierge Marie,
  Que sa grace ne soit pour nous tarie,
  Nous preservant de l'infernale fouldre.
  Nous sommes mors, ame ne nous harie;
  Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

  La pluye nous a debuez et lavez,
  Et le soleil dessechez et noirciz;
  Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
  Et arrachez la barbe et les sourcilz.
  Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;
  Puis cà, puis là, comme le vent varie,
  A son plaisir sans cesser nous charie,
  Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.
  Ne soyez donc de nostre confrairie,
  Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

  ENVOI.

  Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,
  Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:
  A luy n'ayons que faire ne que souldre.
  Hommes, icy n'usez de mocquerie
  Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!



  LA REQUESTE DE VILLON                          [P. 103]
  Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade.

  Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,
  Le nez, et vous, le sensitif, aussi;
  Tous mes membres où il y a reprouche,
  En son endroit ung chascun die ainsi:
  «Court souverain, par qui sommes icy,
  Vous nous avez gardé de desconfire;
  Or, la langue ne peut assez suffire
  A vous rendre suffisantes louenges:
  Si prions tous, fille au souverain Sire,
  Mère des bons, et soeur des benoistz anges!»

  Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,
  Et ne soyez, au moins, plus endurcy
  Qu'au desert fut la forte bise roche
  Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;
  Fondez larmes, et venez à mercy,
  Comme humble cueur qui tendrement souspire:
  Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,
  L'heur des Françoys, le confort des estranges,
  Procreée la sus au ciel empire,
  Mère des bons, et soeur des benoistz anges!

  Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;
  Saillez avant, rendez toutes mercy,
  Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,
  Et de mascher n'ayez ores soulcy;
  Considerez que je fusse transy,
  Foye, pommon, et rate qui respire;
  Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire                [P. 104]
  Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,
  Louez la Court, avant qu'il vous empire,
  Mère des bons, et soeur des benoistz anges!

  ENVOI.

  Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,
  Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;
  Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.
  Court triumphant, _fiat_, sans me desdire;
  Mère des bons, et soeur des benoistz anges!




  BALLADE
  DE L'APPEL DE VILLON.

  Que dites-vous de mon appel,
  Garnier? Feis-je sens ou follie?
  Toute beste garde sa pel;
  Qui la contrainct, efforce ou lye,
  S'elle peult, elle se deslie.
  Quand à ceste peine arbitraire
  On me jugea par tricherie,
  Estoit-il lors temps de me taire?

  Se fusse des hoirs Hue Capel,
  Qui fut extraict de boucherie,
  On ne m'eust, parmy ce drapel,
  Faict boyre à celle escorcherie:
  Vous entendez bien joncherie?
  Ce fut son plaisir voluntaire
  De me juger par fausserie.                          [P. 105]
  Etoit-il lors temps de me taire?

  Cuydez-vous que soubz mon cappel
  N'y eust tant de philosophie
  Comme de dire: «J'en appel?»
  Si avoit, je vous certifie,
  Combien que point trop ne m'y fie.
  Quand on me dit, présent notaire:
  «Pendu serez!» je vous affie,
  Estoit-il lors temps de me taire?

  ENVOI.

  Prince, si j'eusse eu la pepie,
  Pieça je fusse où est Clotaire,
  Aux champs debout comme ung espie.
  Estoit-il lors temps de me taire?


  LE DIT

  DE LA NAISSANCE MARIE.
  Jam nova progenies celo demittitur alto.
  _Virg._, (ecl. 4, v.7.)

  O louée Conception,
  Envoiée sà jus des cieulx;
  Du noble Lys digne syon;
  Don de Jhésus très précieux,
  MARIE, nom très gracieux,
  Font de pitié, source de grace,
  La joye confort de mes yeulx,                     [P. 106]
  Qui nostre paix batist et brasse!

  La paix, c'est assavoir, des riches,
  Des povres le substantement,
  Le rebours des felons et chiches,
  Très necessaire enfantement,
  Conceu, porté honnestement,
  Hors le pechié originel,
  Que dire je puis sainctement
  Souverain bien, Dieu éternel!

  Nom recouvré, joye de peuple,
  Confort des bons, de maulx retraicte;
  Du doux Seigneur première et seule
  Fille, de son cler sang extraicte,
  Du dextre costé Clovis traicte,
  Glorieuse ymage en tous fais,
  Ou hault ciel créée et pourtraicte,
  Pour esjouyr et donner paix!

  En l'amour et crainte de Dieu,
  Es nobles flans Cesar conceue;
  Des petis et grans, en tout lieu,
  A très grande joye receue;
  De l'amour Dieu traicte, tissue,
  Pour les discordez ralier,
  Et aux enclos donner yssue,
  Leurs lians et fers delier.

  Aucunes gens, qui bien peu sentent,
  Nourriz en simplesse et confiz,
  Contre le vouloir Dieu attentent,
  Par ignorance desconfiz,
  Désirans que feussiez ung filz;                     [P. 107]
  Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,
  Je croy que ce soit grans proufiz;
  Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.

  Du Psalmiste je prens les dictz:
  _Delectasti me, Domine,
  In factura sua_! Je diz:
  «Noble enfant, de bonne heure né,
  A toute doulceur destiné,
  Manna du Ciel, celeste don,
  De tous bienfais le guerdonné,
  Et de nos maulx le vray pardon!»



  DOUBLE BALLADE.

  Combien que j'ay leu en ung Dit:
  _Inimicum putes_, y a,
  _Qui te presentem laudabit_,
  Toutesfois, non obstant cela,
  Oncques vray homme ne cela
  En son courage aucun grant bien,
  Qui ne le monstrast çà et là:
  On doit dire du bien le bien.

  Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,
  Quand l'Aignel de Dieu descela.
  En ce faisant pas ne meffist,
  Dont sa voix ès tourbes vola;
  De quoy saint André Dieu loua,
  Qui de luy cy ne sçavoit rien,
  Et au Fils de Dieu s'aloua:                          [P. 108]
  On doit dire du bien le bien.

  Envoyée de Jhesucrist,
  Rappelles sà jus, par deçà,
  Les povres que Rigueur proscript
  Et que Fortune betourna.
  Cy sçay bien comment y m'en va!
  De Dieu, de vous, vie je tien...
  Benoist celle qui vous porta!
  On doit dire du bien le bien.

  Cy, devant Dieu, fais congnoissance,
  Que creature feusse morte,
  Ne feust vostre doulce naissance,
  En charité puissant et forte,
  Qui ressuscite et reconforte
  Ce que Mort avoit prins pour sien.
  Vostre présence me conforte:
  On doit dire du bien le bien.

  Cy vous rens toute obéissance,
  A ce faire raison m'exorte,
  De toute ma povre puissance;
  Plus n'est deul qui me desconforte,
  N'autre ennuy de quelque sorte.
  Vostre je suis et non plus mien;
  Ad ce droit et devoir m'enhorte:
  On doit dire du bien le bien.

  O grace et pitié très immense,
  L'entrée de paix et la porte,
  Some et benigne clemence,
  Qui noz faultes toult et supporte,
  Sy de vous louer me deporte,                          [P. 109]
  Ingrat suis, et je le maintien,
  Dont en ce refrain me transporte:
  On doit dire du bien le bien.

  ENVOI.

  Princesse, ce loz je vous porte,
  Que sans vous je ne feusse rien.
  A vous et à vous m'en rapporte.
  On doit dire du bien le bien.

  Euvre de Dieu, digne, louée
  Autant que nulle créature,
  De tous biens et vertuz douée,
  Tant d'esperit que de nature,
  Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,
  Plus nobles que rubis balais;
  Selon de Caton l'escripture:
  _Patrem insequitur proles_.

  Port assuré, maintien rassiz,
  Plus que ne peut nature humaine,
  Et, eussiez des ans trente-six,
  Enfance en rien ne vous demaine.
  Que jour ne le die et sepmaine,
  Je ne sçay qui me le deffend...
  A ce propos ung dit ramaine:
  De saige mère saige enfant.

  Dont résume ce que j'ay dit:
  _Nova progenies coelo_
  Car c'est du poëte le dit:                          [P. 110]
  _Jamjam demittitur alto_.
  Saige Cassandre, belle Echo,
  Digne Judith, caste Lucresse,
  Je vous congnois, noble Dido,
  A ma seule dame et maistresse.

  En priant Dieu, digne pucelle,
  Que vous doint longue et bonne vie;
  Qui vous ayme, MADEMOISELLE,
  Jà ne coure sur luy envie.
  Entière dame et assouvie,
  J'espoir de vous servir ainçoys,
  Certes, se Dieu plaist, que devie
  Vostre povre escolier FRANÇOYS.




  BALLADE VILLON.

  Je meurs de soif auprès de la fontaine,
  Chauld comme feu, et tremble dent à dent,
  En mon païs suis en terre loingtaine;
  Lez un brazier friçonne tout ardent;
  Nu comme ung ver, vestu en president;
  Je ris en pleurs, et attens sans espoir;
  Confort reprens en triste desespoir;
  Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;
  Puissant je suis sans force et sans povoir,
  Bien recueilly, debouté de chascun.

  Rien ne m'est seur que la chose incertaine,
  Obscur, fors ce qui est tout evident;
  Doubte ne fais, fors en chose certaine;                [P. 111]
  Science tiens à soudain accident;
  Je gaigne tout, et demeure perdent;
  Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon soir!»
  Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;
  J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;
  Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,
  Bien recueilly, debouté de chascun.

  De riens n'ay soing, si metz toute ma paine
  D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;
  Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,
  Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;
  Mon ami est qui me fait entendant
  D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;
  Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir.
  Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un.
  Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir,
  Bien recueilly, debouté de chascun.

  L'ENVOI.

  Prince clement, or vous plaise savoir
  Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir;
  Parcial suis, à toutes lois commun.
  Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,
  Bien recueilly, debouté de chascun.



  EPISTRE
  EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.

  Ayez pitié, ayez pitié de moy,
  A tout le moins, si vous plaist, mes amis!
  En fosse giz, non pas soubz houx ne may,                [P. 112]
  En cest exil ouquel je suis transmis
  Par fortune, comme Dieu l'a permis.
  Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;
  Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,
  Vifs comme dars, aguz comme aguillon;
  Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,
  Le lesserez là, le povre Villon?

  Chantres chantans à plaisance, sans loy;
  Galans, rians, plaisans en faictz et diz,
  Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;
  Gens d'esperit, ung petit estourdiz;
  Trop demourez, car il meurt entandiz.
  Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,
  Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.
  Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon;
  De murs espoix on luy a fait bandeaux:
  Le lesserez là, le povre Villon?

  Venez le veoir en ce piteux arroy,
  Nobles hommes, francs de quars et de dix,
  Qui ne tenez d'empereur ne de roy,
  Mais seulement de Dieu de Paradiz:
  Jeuner lui fault dimanches et mardiz
  Dond les dens a plus longues que ratteaux,
  Après pain sec, non pas après gasteaux;
  En ses boyaulx verse eau à gros bouillon;
  Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx:
  Le lesserez là, le povre Villon?

  ENVOI.

  Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,
  Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,
  Et me montez en quelque corbillon.                     [P. 113]
  Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux,
  Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux.
  Le lesserez là, le povre Villon?




  LE DEBAT
  DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,
  En forme de Ballade.

  Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur,
  Qui ne tient mais qu'à ung petit filet,
  Force n'ay plus, substance ne liqueur,
  Quand je te voy retraict ainsi seulet,
  Com pouvre chien tappy en recullet.
  --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance.
  --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance.
  --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray.
  --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance.
  --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.

  --Que penses-tu?--Estre homme de valeur.
  --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet.
  --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur
  Qui te saisit?--Par où?--Par le collet.
  Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict:
  L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.
  --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?
  Si n'est assez, je recommenceray.
  --Tu es perdu!--J'y mettray resistance.
  --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.

  --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur.                [P. 114]
  Si fusse ung povre ydiot et folet,
  Au cueur eusses de t'excuser couleur:
  Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,
  Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,
  Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!
  Que respondras à ceste conséquence?
  --J'en seray hors quand je trespasseray.
  --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence!
  --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.

  --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur.
  Quand Saturne me feit mon fardelet,
  Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur:
  Son seigneur es, et te tiens son valet.
  Voy que Salmon escript en son roulet:
  «Homme sage, ce dit-il, a puissance
  Sur les planètes et sur leur influence.»
  --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.
  --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma créance.
  Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.

  ENVOI.

  --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance!
  --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience;
  Lire sans fin.--Et en quoy?--En science;
  Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray.
  --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance.
  --N'attends pas tant que tourne à desplaisance.
  Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.



  LA REQUESTE                                    [P. 115]
  Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.

  Le mien seigneur et prince redoubté,
  Fleuron de Lys, royale geniture,
  Françoys Villon, que travail a dompté
  A coups orbes, par force de batture,
  Vous supplie, par cette humble escripture,
  Que luy faciez quelque gracieux prest.
  De s'obliger en toutes cours est prest;
  Si ne doubtez que bien ne vous contente.
  Sans y avoir dommage n'interest,
  Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

  A prince n'a ung denier emprunté,
  Fors à vous seul, vostre humble créature.
  Des six escus que lui avez presté,
  Cela pieça, il mist en nourriture;
  Tout se payera ensemble, c'est droicture,
  Mais ce sera légèrement et prest:
  Car, se du gland rencontre en la forest
  D'entour Patay, et chastaignes ont vente,
  Payé serez sans delay ny arrest:
  Vous n'y perdrez seulement que l'attente.

  Si je pensois vendre de ma santé
  A ung Lombard, usurier par nature,
  Faulte d'argent m'a si fort enchanté,
  Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.
  Argent ne pend à gippon ne ceincture;
  Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,
  Que devant moy croix ne se comparoist,
  Sinon de bois ou pierre, que ne mente;
  Mais s'une fois la vraye m'apparoist,
  Vous n'y perdrez seulement que l'attente.                [P. 116]

  ENVOI.

  Prince du Lys, qui à tout bien complaist,
  Que cuydez-vous, comment il me desplaist
  Quand je ne puis venir à mon entente?
  Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:
  Vous n'y perdrez seulement que l'attente.



  SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE

  _Allez, Lettres, faictes un sault,
  Combien que n'ayez pied ne langue:
  Remonstrez, en vostre harengue,
  Que faulte d'argent si m'assault._



  BALLADE

  DES PROVERBES.

  Tant grate chèvre que mal gist;
  Tant va le pot à l'eau qu'il brise;
  Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;
  Tant le maille-on qu'il se debrise;
  Tant vault l'homme comme on le prise;
  Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;
  Tant mauvais est qu'on le desprise;
  Tant crie l'on Noel qu'il vient.

  Tant raille-on que plus on ne rit;
  Tant despend-on qu'on n'a chemise;
  Tant est-on franc que tout se frit;                     [P. 117]
  Tant vault tien que chose promise;
  Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;
  Tant donne-on qu'emprunter convient;
  Tant tourne vent qu'il chet en bise;
  Tant crie l'on Noel qu'il vient.

  Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;
  Tant court chanson qu'elle est apprise;
  Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;
  Tant bat-on place qu'elle est prise;
  Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise;
  Tant se haste-on que mal advient;
  Tant embrasse-on que chet la prise;
  Tant crie l'on Noel qu'il vient;

  ENVOI.

  Prince, tant vit fol qu'il s'advise;
  Tant va-t-il qu'après il revient;
  Tant le matte-on qu'il se radvise;
  Tant crie l'on Noel qu'il vient.




  BALLADE

  DES MENUS PROPOS.

  Je congnois bien mouches en laict;
  Je congnois à la robe l'homme;
  Je congnois le beau temps du laid;
  Je congnois au pommier la pomme;
  Je congnois l'arbre à veoir la gomme;
  Je congnois quand tout est de mesme;
  Je congnois qui besongne ou chomme;
  Je congnois tout, fors que moy-mesme.                [P. 118]

  Je congnois pourpoinct au collet;
  Je congnois le moyne à la gonne;
  Je congnois le maistre au valet;
  Je congnois au voyle la nonne;
  Je congnois quand piqueur jargonne;
  Je congnois folz nourriz de cresme;
  Je congnois le vin à la tonne;
  Je congnois tout, fors que moy-mesme.

  Je congnois cheval du mulet;
  Je congnois leur charge et leur somme;
  Je congnois Bietrix et Bellet;
  Je congnois gect qui nombre et somme;
  Je congnois vision en somme;
  Je congnois la faulte des Boesmes;
  Je congnois filz, varlet et homme:
  Je congnois tout, fors que moy-mesme.

  ENVOI.

  Prince, je congnois tout en somme;
  Je congnois coulorez et blesmes;
  Je congnois mort qui nous consomme;
  Je congnois tout, fors que moy-mesme.



  BALLADE                                    [P. 119]
  DES POVRES HOUSSEURS.

  On parle des champs labourer,
  De porter chaulme contre vent,
  Et aussi de se marier
  A femme qui tance souvent;
  De moyne de povre couvent,
  De gens qui vont souvent sur mer;
  De ceulx qui vont les bleds semer,
  Et de celluy qui l'asne maine;
  Mais, à trestout considérer,
  Povres housseurs ont assez peine.

  A petis enfans gouverner,
  Dieu sçait se c'est esbatement!
  De gens d'armes doit-on parler?
  De faire leur commandement?
  De servir Malchus chauldement?
  De servir dames et aymer?
  De guerrier et bouhourder
  Et de jouster à la quintaine?
  Mais, à trestout considérer,
  Povres housseurs ont assez peine.

  Ce n'est que jeu de bled soyer,
  Et de prez faulcher, vrayement;
  Ne d'orge battre, ne vanner,
  Ne de plaider en Parlement;
  A danger emprunter argent;
  A maignans leurs poisles mener;
  Et à charretiers desjeuner,                          [P. 120]
  Et de jeusner la quarantaine;
  Mais, à trestout considérer,
  Povres housseurs ont assez peine.



  PROBLÈME OU BALLADE
  AU NOM DE LA FORTUNE.

  Fortune fuz par clercz jadis nommée,
  Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.
  S'il y a hom d'aucune renommée
  Meilleur que toy, faiz user en plastrière,
  Par povreté, et fouyr en carrière,
  S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?
  Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.
  Regarde et voy de mes faitz de jadis,
  Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,
  Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,
  Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:
  Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

  Contre grans roys je me suis bien armée,
  Le temps qui est passé; car, en arrière,
  Priame occis et toute son armée;
  Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.
  Et Hannibal, demoura-il derrière?
  En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;
  Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;
  Julius César au sénat je vendiz;
  En Egipte Pompée je perdiz;
  En mer noyay Jazon en ung boullon;                     [P. 121]
  Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....
  Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

  Alexandre, qui tant fist de hamée,
  Qui voulut voir l'estoille poucynière,
  Sa personne par moy fut inhumée.
  Alphasar roy, en champ, sous la bannière,
  Ruay jus mort; cela est ma manière.
  Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;
  Autre cause ne raison n'en rendray.
  Holofernes, l'ydolastre mauldiz,
  Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)
  De son poignart, dedens son pavillon;
  Absallon, quoy! en fuyant suspendis....
  Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

  ENVOI.

  Povre Françoys, escoute que tu dis:
  Se rien peusse sans Dieu de paradiz,
  A toy n'aultre ne demourroit haillon:
  Car pour ung mal lors j'en feroye dix:
  Par mon conseil prends tout en gré, Villon!




  BALLADE
  CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.

  Rencontré soit de bestes feu gectans,
  Que Jason vit, querant la Toison d'or;
  Ou transmué d'homme en beste, sept ans,
  Ainsi que fut Nabugodonosor;                          [P. 122]
  Ou bien ait perte aussi griefve et villaine
  Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;
  Ou avallé soit avec Tantalus
  Et Proserpine aux infernaulx pallus,
  Ou plus que Job soit en griefve souffrance,
  Tenant prison en la court Dedalus,
  Qui mal vouldroit au royaume de France!

  Quatre mois soit en un vivier chantant,
  La teste au fons, ainsi que le butor;
  Ou au Grand-Turc vendu argent contant,
  Pour estre mis au harnois comme ung tor;
  Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,
  Sans vestir drap de linge ne de laine;
  Ou noyé soit, comme fut Narcisus;
  Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,
  Ou comme fut Judas par desperance,
  Ou puist mourir comme Simon Magus,
  Qui mal vouldroit au royaume de France!

  D'Octovien puisse venir le temps:
  C'est qu'on luy coule au ventre son trésor;
  Ou qu il soit mis entre meules flotans;
  En un moulin, comme fut saint Victor;
  Ou transgloutis en la mer, sans haleine,
  Pis que Jonas au corps de la baleine;
  Ou soit banny de la clarté Phoebus,
  Des biens Juno et du soulas Venus,
  Et du grant Dieu soit mauldit à outrance,
  Ainsi que fut roy Sardanapalus,
  Qui mal vouldroit au royaume de France!

  ENVOI.                                    [P. 123]

  Prince, porté soit des clers Eolus,
  En la forest où domine Glocus,
  Ou privé soit de paix et d'espérance,
  Car digne n'est de posséder vertus,
  Qui mal vouldroit au royaume de France!



  LE JARGON OU JOBELIN                               [P. 124]
  DE MAISTRE
  FRANÇOIS VILLON.


  BALLADE I.

  A Parouart, la grand Mathe Gaudie,
  Où accollez sont duppez et noirciz,
  De par angels suyvans la paillardie,
  Sont greffiz et prins cinq ou six.
  Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis
  Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.
  Escevez-moy tost ces coffres massis!
  Ces vendengeurs, des ances circoncis,
  S'embrouent du tout à néant...
  Eschec, eschec, pour le fardis!

  Brouez-moy sur ces gours passans,
  Advisez-moy bien tost le blanc,
  Et pictonnez au large sur les champs:
  Qu'au mariage ne soyez sur le banc
  Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.
  Si gruppez estes des carireux,                     [P. 125]
  Rebignez-moy tost ces enterveux,
  Et leur montrez des trois le bris:
  Que clavés ne soyez deux et deux...
  Eschec, eschec, pour le fardis!

  Plantez aux hurmes vos picons,
  De paour des bisans si très-durs,
  Et, aussi, d'estre sur les joncs,
  En mahe, en coffres, en gros murs.
  Escharricez, ne soyez durs,
  Que le grand Can ne vous fasse essorer.
  Songears ne soyez pour dorer,
  Et babignez tousjours aux ys
  Des sires, pour les debouser...
  Eschec, eschec, pour le fardis!

  ENVOI.

  Prince Froart, dit des Arques Petis,
  L'un des sires si ne soit endormis,
  Levez au bec, que ne soyez griffis,
  Et que vous n'en ayez du pis...
  Eschec, eschec, pour le fardis!




  BALLADE II.

  Coquillars, narvans à Ruel,
  Men ys vous chante que gardez
  Que n'y laissez et corps et pel,
  Com fist Colin de l'Escaillier,
  Devant la roe babiller
  Il babigna, pour son salut.                          [P. 126]
  Pas ne sçavoit oingnons peller,
  Dont Lamboureur lui rompt le suc.

  Changez, andossez souvent,
  Et tirez tout droit au tremble,
  Et eschicquez tost en brouant.
  Qu'en la jarte ne soyez ample.
  Montigny y fut, par exemple,
  Bien estaché au halle-grup,
  Et y jargonnast-il le temple,
  Dont Lamboureur lui rompt le suc.

  Gailleurs, bien faitz en piperie,
  Pour ruer les ninars au loing,
  A l'assault tost, sans suerie!
  Que les mignons ne soient au gaing,
  Tout farcis d'un plumas à coing,
  Qui griefve et garde le duc,
  Et de la dure si très loing,
  Dont Lamboureur luy rompt le suc.

  ENVOI.

  Prince, arrière de Ruel,
  Et n'eussiez vous denier ne pluc,
  Que au giffle ne laissez la pel,
  Pour Lamboureur, qui rompt le suc.



  BALLADE III.                                    [P. 127]

  Spélicans,
  Qui, en tous temps,
  Avancez dedans le pogois,
  Gourde piarde,
  Et sur la tarde,
  Desboursez les pauvres nyais,
  Et pour soustenir vostre pois,
  Les duppes sont privez de caire,
  Sans faire haire,
  Ne hault braiere,
  Mais plantez ils sont comme joncz,
  Pour les sires qui sont si longs.

  Souvent aux arques,
  A leurs marques,
  Se laissent tous desbouser
  Pour ruer,
  Et enterver
  Pour leur contre que lors faisons.
  La fée aux Arques vous respond,
  Et rue deux coups, ou bien troys,
  Aux gallois.
  Deux, ou troys
  Mineront trestout aux frontz,
  Pour les sires qui sont si longs.

  Et pour ce, benards,
  Coquillars,
  Rebecquez-vous de la montjoye,
  Qui desvoye                                    [P. 128]
  Votre proye,
  Et vous fera de tout brouer;
  Par joncher
  Et enterver,
  Qui est aux pigeons bien cher:
  Pour rifler
  Et placquer
  Les angels de mal tous rondz,
  Pour les sires qui sont si longs.

  ENVOI.

  De paour des hurmes
  Et des grumes,
  Rassurez-vous en droguerie
  Et faerie,
  Et ne soyez plus sur les joncz,
  Pour les sires qui sont si longs.



  BALLADE IV.

  Saupicquetz frouans des gours arques,
  Pour deshouser, beau sire dieux,
  Allez ailleurs planter vos marques!
  Benards, vous estes rouges gueux.
  Berard s'en va chez les joncheux
  Et babigne qu'il a plongis.
  Mes frères, soiez embrayeux
  Et gardez les coffres massis.

  Se gruppez estes, des grappes
  De ces angels si graveliffes;
  Incontinent, manteaulx et cappes,                     [P. 129]
  Pour l'emboue ferez eclipses;
  De vos sarges serez besifles,
  Tout debout et non pas assis.
  Pour ce, gardez d'estre griffes
  Dedens ces gros coffres massis.

  Nyais qui seront attrapez,
  Bientost s'en brouent au Halle,
  Plus ne vault que tost ne happez
  La baudrouse de quatre talle.
  Des tires fait la hairenalle,
  Quand le gosser est assiegis,
  Et si hurcque la pirenalle,
  Au saillir des coffres massis.

  ENVOI.

  Prince des gayeulx, à leurs marques,
  Que voz contres ne soient griffis.
  Pour doubte de frouer aux arques,
  Gardez-vous des coffres massis.



  BALLADE V.

  Joncheurs, jonchans en joncherie,
  Rebignez bien où joncherez;
  Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,
  Où acollez sont vos ainsnez.
  Poussez de la quille et brouez,
  Car tost seriez roupieux.
  Eschet qu'acollez ne soyez.
  Par la poe du marieux.

  Bendez-vous contre la faerie,                     [P. 130]
  Quanques vous aurez desbousez,
  N'estant à juc la riflerie
  Des angelz et leurs assosez.
  Berard, se povez, renversez,
  Si greffir laissez voz carieux;
  La dure bientost renversez,
  Pour la poe du marieux.

  Entervez à la floterie,
  Chantez-leur trois, sans point songer.
  Qu'en artes ne soyez en surie,
  Blanchir vos cuirs et essurger.
  Bignez la mathe, sans targer;
  Que vos ans ne soyent ruppieux!
  Plantez ailleurs contre assiéger,
  Pour la poe du marieux.

  ENVOI.

  Prince Benard en Esterie,
  Querez coupans pour Lamboureux
  Et autour de vos ys tuerie,
  Pour la poe du marieux.



  BALLADE VI

  Contres de la gaudisserie,
  Entervez tousjours blanc pour bis,
  Et frappez, en la hurterie,
  Sur les beaulx sires bas assis.
  Ruez de feuilles cinq ou six,
  Et vous gardez bien de la roe,
  Qui aux sires plante du gris,                     [P. 131]
  En leur faisant faire la moe.

  La giffle gardez de rurie,
  Que vos corps n'en ayent du pis,
  Et que point, à la turterie,
  En la hurme ne soyez assis.
  Prenez du blanc, laissez du bis,
  Ruez par les fondes la poe,
  Car le bizac, à voir advis,
  Faict aux Beroars faire la moe.

  Plantez de la mouargie,
  Puis ça, puis là, pour l'artis,
  Et n'espargnez point la flogie
  Des doulx dieux sur les patis.
  Vos ens soyent assez hardis,
  Pour leur avancer la droe;
  Mais soient memorandis,
  Qu'on ne vous face la moe.

  ENVOI.

  Prince, qui n'a bauderie
  Pour eschever de la soe,
  Danger du grup, en arderie,
  Faict aux sires faire la moe.

  FIN DES OEUVRES DE MAISTRE
  FRANÇOIS VILLON.



  POÉSIES                                    [P. 132]
  ATTRIBUÉES A VILLON



  I RONDEL.

  Les biens dont vous estes la dame
  Ont mon cueur si très fort espris,
  Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris
  De vous aymer plus que nul âme.

  Quant à moy, point je ne l'en blasme,
  Pour ce qu'ilz ont de tous le pris
  Les biens dont vous estes la dame.

  De ce qu'il fault que je vous ayme,
  Je sçay trop bien que j'ay mespris;
  Mais qui en doit estre repris?
  Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,
  Les biens dont vous estes la dame.


  II. RONDEL.

  A bien juger mon propre affaire
  Et piteux cas, sans riens en taire,
  Plus qu'autre croire me debvez,                     [P. 134]
  Se par adventure n'avez
  Information de contraire.

  Celle ou celluy qui m'a brassé
  Ce maulvais los et pourchassé
  Me het et ne vous ayme pas;
  Mais il quiert que soye chacié
  De vostre amour et effacié.
  Je congnois bien telz advocas.

  Se vous avez voulu refaire
  Leur voulenté pour me deffaire,
  Vous faictes mal et me grevez.
  Considerez que vous sçavez
  Qu'onc vers vous ne voulus meffaire
  A bien juger.


  III. RONDEL.

  Une fois me dictes ouy,
  En foy de noble et gentil femme;
  Je vous certifie, ma Dame,
  Qu'oncques ne fuz tant resjouy.

  Veuillez le donc dire selon
  Que vous estes benigne et doulche,
  Car ce doulx mot n'est pas si long
  Qu'il vous face mal en la bouche.

  Soyez seure, si j'en jouy,
  Que ma lealle et craintive ame
  Gardera trop mieulx que nul ame
  Vostre honneur. Avez-vous ouy?
  Une fois me dictes ouy.


  IV. RONDEL.                                    [P. 135]

  Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;
  Une j'en sers qui est bien suffisante
  Pour contenter un grant duc ou un roy.
  Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;
  Il n'est besoing que de ce je me vante.

  Combien qu'elle est de taille belle et gente,
  De m'en louer pour ceste heure presente
  Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;
  Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.

  Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,
  Et cueur et corps et biens je luy presente,
  Pour tout cela remède je n'y voy.
  Deliberé suis, sçavez-vous de quoy?
  De luy quicter et le jeu et l'actente.
  Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.


  V. RONDEL.

  De mon faict je ne sçay que dire;
  Par tout où je vois je m'adire,
  Et des yeulx voy moins que du coute.
  En danger suis qu'il ne me couste
  La vie, tant suis remply d'ire.

  De mon faict je ne sçay que dire,
  Car ma dame si ne tient compte
  De mon martyre, quant luy compte,
  Mais me dit que trop aise suis,
  Et qu'en ce royaulme n'a conte
  Qui ait de nulle meilleur compte
  Que j'ay d'elle, quant je la suis,

  Nullement, de paour de mesdire,                     [P. 136]
  Jamais je ne l'ose desdire;
  A son gré parler je l'ecoute,
  Puis emprès elle je m'accoute,
  Sans luy vouloir riens contredire.
  De mon faict je ne sçay que dire.


  VI. RONDEL.

  Pour entretenir mes amours
  Colorer me fault maints fins tours;
  Car ma bourse est très mal garnie
  Pour fourrer le poignet tousjours.

  Ung jour demande haults atours,
  Et l'autre ung grant bort de velours,
  Et je respons: «Or bien, m'amye,»
  Pour entretenir mes amours.

  Veez-vous ce donneur de bonjours?
  Il a faict en el tant de cours,
  Practiqué l'art de baverie,
  Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,
  Dire sa pensée à rebours.
  Pour entretenir mes amours
  Colorer me fault maints fins tours.


  VII. RONDEL.

  Tu te brusles à la chandelle!
  Helas! mon cueur, ne vois tu pas
  Que danger est tousjours au pas,
  Qui fait à tous guerre mortelle?

  Soyes seur que tu l'auras belle                     [P. 137]
  Se tu n'y vas bien par compas;
  Tu te brusles à la chandelle.

  Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,
  A ton advis, pour ton repas?
  Nennil. Retrais toy tout le pas,
  Ains qu'on te frape au cul la pelle.
  Tu te brusles à la chandelle.


  VIII. RONDEL.

  Adieu vous dy la lerme à l'oeil;
  Adieu, ma très gente mignonne,
  Adieu, sur toutes la plus bonne,
  Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.

  Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;
  Mon povre cueur vous laisse et donne.
  Adieu vous dy la lerme à l'oeil.

  Adieu, par qui du mal recueil
  Mille fois plus que mot ne sonne;
  Adieu, du monde la personne
  Dont plus me loue et plus me dueil.
  Adieu vous dy la lerme à l'oeil.


  IX. BALLADE.

  Las! je me plains d'amours et de ma dame,
  Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté;
  Et oultre plus, je me plains d'une femme
  Qui contre moy a le conseil donné
  Dont j'ay déjà tant de mal enduré                     [P. 138]
  Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,
  Aller criant, comme tout forcené:
  Je hez ma dame que tant aymer souloye.

  Car se pitié son très doulx cueur n'entame
  A me donner ce que j'ay desiré,
  J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.
  Tout hors de sens et si desespéré
  Qu'après ma mort il en sera parlé
  Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,
  Et lors diray pour plus estre blasmé:
  Je hez ma dame que tant aymer souloye

  Se je le dy, je jure sur mon ame
  Que ce sera contre ma voulenté.
  Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame
  A celle fin qu'il ne soit raporté.
  Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé
  Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye
  Avant que j'eusse ne dit ne proferé:
  Je hez ma dame que tant aymer souloye.


  X. RONDEL.

  Quelque chose qu'Amours ordonne,
  Force m'est que vous habandonne
  Pour pourchasser ailleurs mon bien;
  Car, sur ma foy, je congnois bien
  Que vous m'estes pire que bonne.

  Trop a de cueur qui vous en donne:
  Pour ce jà Dieu ne me pardonne
  Se vous avez jamais le mien,                          [P. 139]
  Quelque chose qu'Amours ordonne.

  Si n'aymeray je jà personne
  Que vous, quoy que l'on me sermonne,
  En tout ce monde terrien;
  Mais maintenant je n'en fais rien,
  Et sers selon qu'on me guerdonne.
  Quelque chose qu'Amours ordonne,
  Force m'est que vous habandonne.



  XI. RONDEL.

  Hahay! estes vous rencherie,
  Dieux y ait part, puis devant hier?
  Ma dame, c'est pour enrager!
  Le faictes-vous par mocquerie?

  Mais venez çà, je vous en prie:
  Est le cuir devenu si cher?
  Hahay! estes vous rencherie?

  Et dea! et ne sçavez-vous mie
  Que mon père est cordouennier;
  Vous voulez bazanne priser
  Plus que cordouen la moitié.
  Hahay! estes-vous rencherie?



  XII. RONDEL.

  Au plus offrant ma dame est mise
  Et dernier encherisseur.
  Je ne sçay se c'est par honneur,
  Mais je n'en prise pas la guise.

  Elle m'avoit sa foy promise,                          [P. 140]
  Mais je voy qu'elle a mis son cueur
  Au plus offrant.

  Et pour ce je quitte la prinse
  D'estre nommé son serviteur,
  Car donner me porte malheur.
  Ainsi j'ay laissé l'entreprise
  Au plus offrant.


  XIII. RONDEL.

  Entens à moy, vray dieu d'amours,
  Et faiz que la mort ait son cours
  Hastivement,

  Car j'ay mal employé mes jours.
  Je meurs en aymant par amours
  Certainement.

  Languir me fault en griefs doulours.


  XIV. BALLADE
  _Pour ung prisonnier._

  S'en mes maulx me peusse esjoyr
  Tant que tristesse me feust joye
  Par me doulouser et gemir,
  Voulentiers je me complaindroye;
  Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,
  J'ay espoir qu'au temps advenir
  A grant honneur venir pourroye
  Une fois avant que mourir.

  Pourtant, s'ay eu moult à souffrir                     [P. 141]
  Par fortune, dont je larmoye,
  Et que n'ay pas peu obtenir
  N'avoir ce que je pretendoye,
  Au temps advenir je vouldroye
  Voulentiers bon chemin tenir
  Pour acquerir honneur et joye
  Une fois avant que mourir.

  Sans plus loin exemple querir,
  Par moy mesme juger pourroye
  Que meschief nul ne peult fouyr,
  S'ainsi est qu'advenir luy doye.
  C'est jeunesse qui tout desvoye;
  Nul ne s'en doit trop esbahyr.
  Si juste n'est qui ne fourvoye
  Une fois avant que mourir.

  Prince, s'aucun povoir avoye
  Sur ceulx qui me font cy tenir,
  Voulentiers vengeance en prendroye
  Une fois avant que mourir.


  XV. RONDEL.

  Comme moy vous aurez voz gages.
  J'en fuz bien payé au partir:
  Plain de dueil jusques au partir,
  Ne sont-ce plaisans advantages?

  Servez amours entre vous sages:
  Il vous en fera repentir;
  Comme moy vous aurez vos gages.

  Repeuz serez de doulx langaiges                     [P. 142]
  Pour vous garder de departir.
  Quant est à moy, j'en suys martir.
  Bien tard congnoistrez telz ouvrages;
  Comme moy vous aurez vos gages.


  XVI. BALLADE.

  Il n'est danger que de vilain,
  N'orgueil que de povre enrichy,
  Ne si seur chemin que le plain,
  Ne secours que de vray amy,
  Ne desespoir que jalousie,
  N'angoisse que cueur convoiteux,
  Ne puissance où il n'ait envie,
  Ne chere que d'homme joyeulx;

  Ne servir qu'au roy souverain,
  Ne lait nom que d'homme ahonty,
  Ne manger fors quant on a faim,
  N'emprise que d'homme hardy,
  Ne povreté que maladie,
  Ne hanter que les bons et preux,
  Ne maison que la bien garnie,
  Ne chère que d'homme joyeulx;

  Ne richesse que d'estre sain,
  N'en amours tel bien que mercy,
  Ne de la mort rien plus certain,
  Ne meilleur chastoy que de luy;
  Ne tel trésor que preudhommye,
  *****************************
  Ne paistre qu'en grant seigneurie,
  Ne chère que d'homme joyeulx;

  ENVOI.                                    [P. 143]

  Que voulez-vous que je vous die?
  Il n'est parler que gracieulx,
  Ne louer gens qu'après leur vie,
  Ne chère que d'homme joyeulx


  XVII. BALLADE MORALE.

  D'une dague forte et aigüe
  Soit-il frappé parmy l'eschine,
  Et ait tousjours une sansue
  Attachée à sa poitrine,
  Et attainct d'une coulevrine
  Entre le nez et le menton,
  Ou qu'en prison vive en famine,
  Qui autruy blasme sans raison.

  Son giste soit emmy la rue,
  Tout nud quand il fera bruyne,
  Sur pel de heriçon pointue,
  Couvert d'une chère estamine;
  De vent de bise sa courtine,
  Et soit mors d'ung escorpion,
  Ou qu'en prison vive en foraine,
  Qui autruy blasme sans raison.

  Sa chair soit detrenchée menue
  Plus qu'au moulin n'est la farine,
  Ou de gros nerfz soit bien batue,
  Ou couche nud sur tas d'espine:
  Et affin que plus tost il fine,
  Son corps soit remply de poison,
  Ou qu'en prison vive en famine,                     [P. 144]
  Qui autruy blasme sans raison.

  ENVOI.

  Prince, soit mis en la gehaine
  Dix fois le jour comme ung larron,
  Ou qu'en prison vive en famine,
  Qui autruy blasme sans raison.



  XVIII. BALLADE.

  J'ay ung arbre de la plante d'amours,
  Enraciné en mon cueur proprement,
  Qui ne porte fruits, sinon de dolours,
  Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;
  Mais, puis qu'il fut planté premièrement,
  Il est tant creu, de racine et de branche,
  Que son umbre, qui me porte nuysance,
  Fait au dessoubs toute joye seichier,
  Et si ne puis, pour toute ma puissance,
  Autre planter, ne celuy arrachier.

  De si long-temps est arrosé de plours
  Et de lermes tant douloureusement,
  Et si n'en sont les fruits de rien meillours:
  Ne je n'y truys guères d'amendement.
  Je les recueille pourtant soigneusement.
  C'est de mon cueur l'amère soustenance,
  Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance
  Que porter fruits qui le dussent blecier;
  Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,
  Autre planter, ne celuy arrachier.

  S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs           [P. 145]
  Et arbrynceaux percent nouvellement,
  Amours vouloit moy faire ce secours,
  Que les branches qui font empeschement
  Il retranchast du tout entierement,
  Pour y enter ung rynceau de plaisance,
  Il gecteroit bourgeons de souffisance;
  Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;
  Et ne fauldroit jà, par desesperance,
  Autre planter, ne celuy arrachier.

  ENVOI.

  Ma princesse, ma première esperance,
  Mon cueur vous sert en dure penitence.
  Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,
  Et ne souffrez en vostre souvenance
  Autre planter, ne celuy arrachier.



  XIX. BALLADE.

  Plaisant assez, et des biens de fortune
  Ung peu garny, me trouvay amoureux,
  Voire si bien, que, tant aymay fort une,
  Que nuit et jour j'en estois langoureux.
  Mais tant y a, que je fus si heureux
  Que, moyennant vingt escus à la rose,
  Je fis cela que chacun bien suppose.
  Alors je dis, connoissant ce passage:
  «Au fait d'amours, babil est peu de chose;
  Riche amoureux a tousjours l'advantage.

  Or est ainsy que, durant ma pecune,
  Je fus traite comme amy precieux;
  Mais, tost après, sans dire chose aucune,
  Cette vilaine alla jetter les yeulx                     [P. 146]
  Sur un vieillard riche, mais chassieux,
  Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.
  Ce neantmoins, il en jouit sa pose,
  Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,
  Dessus ce texte allay bouter en glose:
  Riche amoureux a tousjours l'advantage.

  Or elle a tort, car noyse ny rancune
  N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,
  Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune»
  J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;
  Et, nonobstant, son corps tant vicieux
  Au service de ce vieillard expose.
  Dont, ce voyant, un rondeau je compose,
  Que luy transmets; mais, en pou de langage,
  Me respond franc: «Povreté te depose:
  Riche amoureux a tousjours l'advantage!»

  ENVOI.

  Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,
  Si vous n'avez toujours bourse desclose,
  Vous abusez: car Meung, docteur très sage,
  Nous a descrit que, pour cueillir la rose,
  Riche amoureux a tousjours l'advantage.



  XX. BALLADE.

  Qui en amours veut estre heureux,
  Faut tenir train de seigneurie,
  Estre prompt et advantureux
  Quand vient à monstrer l'armarie:
  Porter drap d'or, orfaverie,
  Car cela les dames esmeut.
  Tout sert; mais, par saincte Marie!                     [P. 147]
  Il ne fait pas ce tour qui veult.

  Je fus naguères amoureux
  D'une dame cointe et jolie,
  Qui me dit, en mots gracieux:
  «Mon amour est en vous ravie;
  Mais il faut qu'el soit desservie
  Par cinquante escus d'or, s'on peut.
  --Cinquante escus! Bon gré ma vie!
  Il ne fait pas ce tour qui veult.»

  Alors luy donnay sur les lieux
  Où elle feisoit l'endormie:
  Quatre venues, de coeur joyeux,
  Luy fis en moins d'heure et demie.
  Lors me dit, à voix espasmie:
  «Encore un coup! le coeur me deult.
  --Encore un coup! Hélas! m'amye,
  Il ne fait pas ce tour qui veult!»

  ENVOI.

  Prince d'amours, je te supplie,
  Si plus ainsi elle m'accuelt,
  Que ma lance jamais ne plie:
  Il ne fait pas ce tour qui veult!



  XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.

  D'ung gect de dart, d'une lance asserée,
  D'ung grant faussart, d'une grosse massue,
  D'une guisarme, d'une flèche ferrée,
  D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,
  D'ung grand penart et d'une bisagüe,
  D'ung fort espieu et d'une saqueboute;                [P. 148]
  De maulx briguans puissent trouver tel route
  Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,
  Le cueur fendu, desciré par monceaulx,
  Le col couppé d'ung bon branc acherin,
  Descirez soient de truye et de pourceaulx
  Les taverniers qui brouillent nostre vin.

  D'ung arc turcquois, d'une espée affilée
  Ayent les paillars la brouaille cousue,
  De feu gregoys la perrucque bruslée,
  Et par tempeste la cervelle espandue,
  Au grand gibet leur charongne pendue,
  Et briefvement puissent mourir de goutte,
  Ou je requiers et pry que l'on leur boute
  Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;
  Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
  Et puis bouillir en huille le matin,
  Desmembrez soient à quatre grans chevaux,
  Les taverniers qui brouillent nostre vin.

  D'un gros canon la tête escarbouillée
  Et de tonnerre acablez en la rue
  Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée,
  De gros mastins bien garnye et pourvue,
  De forz esclers puissent perdre la veue,
  Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,
  Avecques ce ilz aient la pluye toute
  Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,
  Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,
  Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;
  Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx
  Les taverniers qui brouillent nostre vin.

  Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx,           [P. 149]
  Et crever puissent par force de venin
  Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,
  Les taverniers qui brouillent nostre vin



  XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU                     [P. 150]
  FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET

  AVEC SON EPITAPHE.

  C'est à meshuy! J'ay beau corner!
  Or ça, il s'en fault retourner,
  Maulgré ses dentz, en sa maison
  Si ne vis-je pieça saison
  Où j'eusse si hardy couraige
  Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige
  Que je n'ay à qui me combatre...
  Y a-il homme qui à quatre,
  Dy-je, y a-il quatre qui vueillent
  Combatre à moy? Se tost recueillent
  Mon gantelet; vela pour gaige!
  Par le sang bieu! je ne crains paige,
  S'il n'a point plus de quatorze ans.
  J'ay autresfoys tenu les rencz,
  Dieu Mercy! et gaigné le prix
  Contre cinq Angloys que je pris,
  Povres prisonniers desnuez,                          [P. 151]
  Si tost que je les euz ruez.
  Ce fust au siège d'Alençon.
  Les troys se misrent à rançon,
  Et le quatriesme s'enfuyt.
  Incontinent que l'autre ouyt
  Ce bruit, il me print à la gorge.
  Se je n'eusse crié: Sainct George!
  Combien que je suys bon Françoys,
  Sang bieu! il m'eust tué ançoys
  Que personne m'eust secouru.
  Et quand je me senty feru
  D'une bouteille, qu'il cassa
  Sur ma teste: «Venez ça, ça!
  Dis-je lors. Que chascun s'appaise!
  Je ne quiers point faire de noise,
  Ventre bieu! et buvons ensemble.
  Posé soit ores que je tremble,
  Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»

  _Cy dit ung quidem, par derrière les gens_:
  Coquericoq.

  Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille
  Chanter chez quelque bonne vieille;
  Il convient que je la resveille.
  Poullaille font icy leurs nidz!
  C'est du demourant d'Ancenys,
  Par ma foy! ou du Champ-Toursé...
  Helas! que je me vis coursé
  De la mort d'ung de mes nepveux!
  J'euz d'ung canon par les cheveux,
  Qui me vint cheoir tout droit en barbe;
  Mais je m'escriay: «Saincte Barbe!                     [P. 152]
  Vueille-moy ayder à ce coup,
  Et je t'ayderay l'autre coup!»
  Adonc le canon m'esbranla,
  Et vint ceste fortune-là
  Quand nous eusmes le fort conquis.
  Le Baronnet et le Marquis,
  Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,
  Accoururent pour veoir l'histoire;
  La Rochefouquault, l'Amiral,
  Aussi Beuil et son attirail,
  Pontièvre, tous les capitaines,
  Y deschaussèrent leurs mitaines
  De fer, de paour de m'affoler,
  Et si me vindrent acoler
  A terre, où j'estoye meshaigné,
  De paour de dire: «Il n'a daigné!»
  Combien que je fusse malade,
  Je mis la main à la salade,
  Car el m'estouffoit le visaige.
  «Ha! dist le Marquis, ton oultraige
  Te fera une foys mourir!»
  Car il m'avoit bien veu courir,
  Oultre l'ost, devant le chasteau.
  Hélas! j'y perdy mon manteau,
  Car je cuidoye d'une poterne
  Que ce fust l'huys d'une taverne.
  Et moy tantost de pietonner,
  Car, quand on oyt clarons sonner,
  Il n'est courage qui ne croisse.
  Tout aussitost: «Où esse? Où esse?
  Et, à brief parler, je m'y fourre,
  Ne plus ne moins qu'en une bourre.
  Si ce n'eust esté la brairie
  Du costé devers la prairie,                          [P. 153]
  De nos gens, qui crioient trestous,
  Disant: «Pierre, que faictes-vous?
  N'assaillez pas la basse court
  Tout seul!» je l'eusse prins tout court,
  Certes; mais c'eust esté outraige.
  Et se ce n'eust esté ung paige
  Qui nous vint trencher le chemin,
  Mon frère d'armes Güillemin
  Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!
  Car, quoy? il nous en pend autant
  A l'oeil, eussions, sans nulle faille,
  Frappé au travers la bataille
  Des Bretons; mais nous apaisames
  Nos couraiges et recullames...
  Que dy-je? non pas reculer,
  Chose dont on ne doibt parler...
  Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.
  Je ne craignoye que les dangiers,
  Moy; je n avoye paour d'aultre chose.
  Et quand la bataille fut close,
  D'artillerie grosse et gresle
  Vous eussez ouy, pesle-mesle:
  _Tip, tap, sip, sap_, à la barrière,
  Aux esles, devant et derrière.
  J'en eus d'ung parmy la cuirace.
  Les dames qu'estoient en la place
  Si ne craignoyent que le couillart.
  Certes, j'estoye ung bon paillart;
  J'en avoye ung si portatif,
  Se je n'eusse esté si hastif
  De mettre le feu en la pouldre,
  J'eusse destruit et mis en fouldre
  Tout quanqu'avoit de damoiselles.
  Il porte deux pierres jumelles,                     [P. 154]
  Mon couillart: jamais n'en a meins.
  Et dames de joindre les mains,
  Quand ilz virent donner l'assault.
  Les ungs se servoyent du courtault
  Si dru, si net, si sec que terre.
  Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,
  Eussez ouy sonner trompilles,
  Pour faire dancer jeunes filles
  Au son du courtault, haultement.
  Quand j'y pense, par mon serment!
  C'est vaine guerre qu'avec femmes;
  J'avoye toujours pitié des dames.
  Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,
  Ilz auroyent le ventre bien dur,
  S'il ne passoit oultre... Pensez
  Qu'on leur eust faict du mal assez,
  Se l'en n'eust eu noble couraige;
  Mesmes ces pehons de villaige,
  J'entens pehons de plat pays,
  Ne se fussent point esbahis
  De leur mal faire; mais nous sommes
  Tousjours, entre nous gentilz hommes,
  Au guet dessus la villenaille.
  J'estoye par deçà la bataille,
  Tousjours la lance ou la bouteille
  Sur la cuisse: c'estoit merveille,
  Merveille de me regarder.
  Il vint ung Breton estrader,
  Qui faisoit rage d'une lance;
  Mais il avoit, de jeune enfance,
  Les reins rompus; c'estoit dommaige.
  Il vint tout seul, par son oultraige,
  Estrader par mont et par val;
  Pour bien pourbondir ung cheval                     [P. 155]
  Il faisoit feu et voire flambe.
  Mais je lui trenchay une jambe,
  D'ung revers, jusques à la hanche;
  Et fis ce coup-là ung dimenche,
  Que dy-je? ung lundy matin.
  Il ne s'armoit que de satin,
  Tant craignoit à grever ses reins.
  Voulentiers frappoit aux chanfrains
  D'ung cheval, quand venoit en jouste,
  Ou droit à la queue, sans doubte.
  Point il ne frappoit son roussin,
  Pource qu'il avoit le farcin,
  Que d'ung baston court et noailleux,
  Dessus sa teste et ses cheveulx,
  De paour de le faire clocher.
  Aussi, de paour de tresbucher,
  Il alloit son beau pas, _tric, trac_,
  Et ung grant panon de bissac
  Voulentiers portoit sur sa teste.
  D'ung tel homme fault faire feste
  Autant que d'ung million d'or.
  Gens d'armes! c'est ung grant tresor;
  S'il vault riens il ne fault pas dire.
  J'ay fait raige avecques La Hire:
  Je l'ay servy trestout mon aage.
  Je fus gros vallet, et puis page,
  Archier, et puis je pris la lance,
  Et la vous portoye sur la panse,
  Tousjours troussé comme une poche.
  Et puis, monseigneur de la Roche,
  Que Dieu pardoint, me print pour paige.
  J'estoye gent et beau de visaige,
  Je chantoye et brouilloye des flustes,
  Et si tiroye entre deux butes.                     [P. 156]
  A brief parler, j'estoye ainsi
  Mignon comme cest enfant-cy;
  Je n'avoys pas gramment plus d'aage...
  Or ça, ça, par où assauldray-je
  Ce cocq que j'ay ouy chanter?
  A peu besongner bien vanter;
  Il fault assaillir cest hostel.

  _Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de_
  chenevière, faict en façon d'ung gendarme,
  croix blanche devant et croix noire
  derrière, en sa main tenant
  une arbaleste_.

  (A part.)

  Ha! le Sacrement de l'autel!
  Je suis affoibly! Qu'esse-cy?

  (A l'espoventail.)

  Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!
  Hault le trait, qu'aye la vie franche!
  Je voy bien, à vostre croix blanche,
  Que nous sommes tout d'ung party.

  (A part.)

  D'ond, tous les diables! est-il sorty,
  Tout seul et ainsi effroyé?

  (A l'espoventail.)

  Comment! Estes-vous desvoyé?
  Mettez jus, je gage l'amende.
  Et, pour Dieu, mon amy, desbende
  Au hault ou au loing ton baston!
  _Adonc il advise sa croix noire_.                     [P. 157]
  Par le sang bieu! c'est ung Breton,
  Et je dy que je suis Françoys!...
  Il est fait de toy, ceste fois,
  Perrenet; c'est ung parti contraire!

  (A l'espoventail.)

  Hen, Dieu! et où voulez-vous traire?
  Vous ne sçavez pas que vous faictes.
  Dea! je suis Breton, si vous l'estes.
  Vive sainct Denis ou sainct Yve!
  Ne m'en chault qui, mais que je vive!
  Par ma foi! Monseigneur mon maistre,
  Se vous voulez sçavoir mon estre,
  Ma mère fut née d'Anjou,
  Et mon père je ne sçay d'où,
  Sinon que j'ouy reveler
  Qu'il fut natif de Lantriquer.
  Comment sçauray-je vostre nom?
  Monseigneur Rollant, ou Yvon,
  Mort seray quand il vous plaira!

  (A part.)

  Et comment! il ne cessera
  Meshuy de me persecuter,
  Et si ne me veult escouter!

  (A l'espoventail.)

  En l'honneur de la Passion
  De Dieu, que j'aye confession,
  Car je me sens jà fort malade!
  Or, tenez, vela ma salade,
  Qui n'est froissée ne couppée;
  Je la vous rens, et mon espée,                     [P. 158]
  Et faictes prier Dieu pour moy.
  Je vous laisse, sur vostre foy,
  Ung voeu que je doibs à sainct Jacques.
  Pour le faire, prendrez mon jacques,
  Et ma ceinture et mon cornet.

  (A part.)

  Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,
  Voire maulgré toi et à force!

  (Au public.)

  Puis qu'endurer fault et à force,
  Priez pour l'ame, s'il vous plaist,
  Du Franc Archier de Baignolet,
  Et m'escripvez, à ung paraphe,
  Sur moy ce petit epitaphe:

  _Cy gist Pernet le Franc Archier,
  Qui cy mourut sans desmarcher,
  Car de fuyr n'eut onc espace,
  Lequel Dieu, par sa saincte grace,
  Mette ès cieulx, avecques les ames
  Des francs archiers et des gens d'armes,
  Arrière des arbalestriers.
  Je les hay tous: ce sont meurdriers!
  Je les congnois bien de pieça.
  Et mourut l'an qu'il trespassa._

  Velà tout; les mots sont très beaux.
  Or, vous me lairrez mes houseaulx,
  Car, se j'alloye en paradis
  A cheval, comme fist jadis
  Sainct Martin, et aussi sainct George,
  J'en seroye bien plus prest... Or je                     [P. 159]
  Vous laisse gantelet et dague:
  Car, au surplus, je n'ay plus bague
  De quoy je me puisse deffendre.

  (A l'espoventail.)

  Attendez! me voulez-vous prendre
  En desaroy? Je me confesse
  A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,
  A la Vierge et à tous sainctz.

  (A part.)

  Or meurs-je les membres tous sains
  Et tout en bon point, ce me semble.
  Je n'ay mal, sinon que je tremble
  De paour et de malle froidure,
  Et de mes cinq sens de nature...
  Cinq cens! Où prins, qui ne les emble?
  Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,
  Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.
  Pour néant m'en confesseroye:
  Oncques ensemble n'en veiz deux.
  Et de mes sept pechez morteux
  Il fault bien que m'en supportez:
  Sur moy je les ay trop portez;
  Je les metz jus, avec mon jacques.
  J'eusse attendu jusques à Pasques,
  Mais vecy ung advancement.
  Et du premier commendement
  De la Loy, qui dit qu'on doibt croire
  (Non pas l'estoc quand on va boire,
  Cela s'entend) en ung seul Dieu,
  Jamais ne me trouvay en lieu
  Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure,
  Mais qu'à ce besoing me sequeure.

  (A l'espoventail.)                               [P. 160]

  Ne desbendez? Je ne me fuys!

  (A part.)

  Hélas! je suis mort où je suis.
  Je suis aussi simple, aussi coy
  Comme une pucelle; car, quoy
  Dit le second commendement?
  Qu'on ne jure Dieu vainement.
  Non ay-je en vain, mais très ferme,
  Ainsi que fait ung bon genderme,
  Car il n'est rien craint, s'il ne jure.
  Le tiers nous enjoingt et procure,
  Et advertist et admoneste,
  Que l'en doit bien garder la feste,
  Autant en hyver qu en esté:
  J'ay tousjours voulentiers festé,
  De ce ne mentiray-je point;
  Et le quatriesme nous enjoint
  Qu'on doit honnorer père et mère:
  J'ay tousjours honoré mon père,
  En moy congnoissant gentilhomme
  De son costé, combien qu'en somme
  Sois villain et de villenaille.

  (A l'espoventail.)

  Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille
  Jusques amen; miséricorde!
  Relevez ung peu vostre corde;
  Ferez que le traict ne me blesse.

  (A part.)

  Item, morbieu! je me confesse
  Du cinquiesme, sequentement:
  Deffend-il pas expressément                          [P. 161]
  Que nul si ne soit point meurtrier?

  (A l'espoventail.)

  Las! Monseigneur l'arbalestrier,
  Gardez bien ce commendement;
  Quant est à moy, par mon serment,
  Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.

  (A part.)

  L'aultre commendement nous baille
  Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,
  Car en lieu n'en place quelconque
  Je n'euz loysir de rien embler.
  J'ay assez à qui ressembler
  En ce point; je n'ay point meffait,
  Car, se l'en m'eust pris sur le fait,
  Dieu scet comme il me fust mescheu!

  _Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy qui
  le tient_.

  (A l'espoventail.)

  Las! monseigneur! vous estes cheu!...
  Jésus! et qui vous a bouté,
  Dictes? Ce n'ay-je pas esté,
  Vrayement, ou diable ne m'emporte,
  Au cas, dictes? Je m'en rapporte
  A tous ceulx qui sont cy, beau sire,
  Affin que ne vueillez pas dire
  Que c'est demain ou pour demain.
  Au fort, baillez-moy vostre main,
  Je vous ayderay à lever.
  Mais ne me vueillez pas grever:
  J'ai pitié de vostre fortune.

  _Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que      [P. 162]
  ce n'est pas ung homme_.

  Par le corps bieu! j'en ay pour une!
  Il n'a pié ne main; il ne hobe;
  Par le corps bieu! c'est une robe
  Plaine, de quoy? charbieu! de paille!
  Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,
  Ce cuiday-je, des gens de guerre...
  Que la fièvre quartaine serre
  Celluy qui vous a mis icy!
  Je le feray le plus marry,
  Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.
  Se mocque on de moy quelconques?
  Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!
  Qu'espoventail de chenevière,
  Que le vent a cy abatu!...
  La mort bieu! vous serez batu,
  Tout au travers, de ceste espée...
  Quand la robbe seroit couppée,
  Ce seroit ung très grand dommaige.
  Je vous emporteray pour gaige,
  Toutesfoys, après tout hutin.
  Au fort, ce sera mon butin,
  Que je rapporte de la guerre.
  On s'est bien raillé de toi, Pierre,
  La charbieu saincte et beniste!
  Vous eussiez eu l'assault bien viste,
  Se j'eusse sceu vostre prouesse:
  Vous eussiez tost eu la renverse,
  Voir, quelque paour que j'en eusse.
  Or pleust à Jésus que je fusse,
  A tout cecy, en ma maison!
  Qu'il poise! Mengié a foison                          [P. 163]
  De paille: elle chiet par derrière.
  C'est paine pour la chamberière,
  De la porter hors de ce lieu.

  (Au public.)

  Seigneurs, je vous commande à Dieu;
  Et se l'on vous vient demander
  Qu'est devenu le Franc Archier,
  Dictes qu'il n'est pas mort encor,
  Et qu'il emporte dague et cor,
  Et reviendra par cy de brief.
  Adieu; je m'en vois au relief.

  FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER
  DE BAIGNOLLET.



  XXIII.                                    [P. 164]

  DIALOGUE DE MESSIEURS
  DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.

  M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy
  De neuf? M. On nous tient en aboy,
  Comme despourveuz, malureux.
  B. Si j'avoye autant que je doy,
  Sang bieu! je seroye chez le Roy,
  Un page après moy! M. Voire deux!

  B. Nous sommes francs... M. Adventureux.
  B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.
  M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.
  M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.
  B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux
  Heritiers. B. De gaiges cassez.

  M. Nous sommes, puis troys ans passez
  Si minces. B. Si mal compassez.
  M. Si simples. B. Legiers comme vent.
  M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez,                     [P. 165]
  De donner pour Dieu dispensez,
  Car nous jeusnons assez souvent.

  M. Hée, monsieur de Baillevent,
  Qui peult trouver, soubz quelque amant,
  Deux ou troys mille escus, quel proye!
  B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.
  B. Le quartier en vault l'arpent,
  Pardieu! Monsieur de Mallepaye!

  M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,
  Puis de charbon et puis de craye.
  M. Je raille. B. Je fays chère à tous.
  M. Nous avons beau coucher en raye,
  L'oreille au vent, la gueulle baye,
  On ne faict point prochas de nous.

  B. Helas! serons-nous jamais soulx?
  M. Il ne fault que deux ou trois coups
  Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.
  M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.
  M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?
  M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.
  M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.

  B. De serjens sommes tous recreux,
  Et si n'avons nulz bien acreuz.
  M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.
  B. Entretenus. M. Comme poux creux.
  B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:
  Arrière, piettons de village!

  M. Ne suis-je pas beau personnaige?                     [P. 166]
  B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.
  B. Ressourdant. M. Comme bel alun.
  B. Pathelin en main. M. Dire raige.
  B. Et, par la mort bien! c'est dommage,
  Que ne mettons vilains eu run.

  M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun.
  M. Quand j'en ay j'en offre à chascun,
  Et suis bien aise quand j'en preste.
  B. Mes rentes sont sur le commun;
  M. Mais povres gens n'en ont pas ong;
  B. J'y romproye pour néant la teste.

  M. S'il povoyt venir quelque enqueste,
  Quelque mandement ou requeste,
  Ou quelque bonne commission!
  B. Mais en quelque banquet honneste,
  Faire accroire à cest ou à ceste
  La Pragmatique Sanction!

  M. Et si elle y croit? B. Promision.
  M. Se elle promet? B. Monition.
  M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.
  M. Se on faict marché? B. Fruiction.
  M. Se on fruict? B. La Petition
  En façon de belle demande

  D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!
  B. Qui l'auroit quand on la demande,
  On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!
  B. On tauxeroit bien grosse amende
  Sur le faict de ceste demande,                     [P. 167]
  Se j'en quictoye le petitoire.

  M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!
  B. Je me raffroichiz la mémoire
  Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!
  B. Se on nous bailloit par inventaire
  Deux mil escuz en une armoire,
  Ilz n'auroient garde d'y moysir.

  M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!
  M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!
  Nous serions partout bienvenuz.
  B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.
  M. Nous prendrons si bien le loisir
  De compter ne sçay quantz escuz.

  B. Nous sommes bien entretenuz.
  M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...
  B. De nos parens. M. De bonne race.
  B. Rentes assez et revenuz,
  Et s'a présent n'en avons nulz,
  Ce n'est que malheur qui nous chasse.

  M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.
  M. Je volle par coups. B. Je tracasse,
  Puis au poil et puis à la plume.
  M. Je gaudis, et si je rimasse,
  Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce
  Que je ne l'ay pas de coustume.

  B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.
  B. Je destains le feu. M. Je l'allume.
  B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil.                [P. 168]
  B. Le plus souvent, quand je me fume,
  Je batteroye comme fer d'enclume,
  Si je me trouvoye tout seul.

  M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.
  M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil.
  B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.
  M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.
  M. On me fait tout ce que je vueil,
  Quand nous sommes mon paige et moy.

  B. Je ne demande qu'avoir dequoy,
  Belle amye, et vivre à requoy,
  Faire tousjours bonne entreprise,
  Belles armes, loyal au Roy.
  M. Mais trois poulx rempans en aboy
  Pour le gibier de la chemise!

  B. Je porteroye pour ma devise
  La marguerite en or assise
  Et le houx partout estandu.
  M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.
  M. Riens en recepte, tant en mise,
  Et, toute somme, item perdu.

  B. Je vous seroye, au residu,
  Gorgias sur le hault verdi
  Le bel estomac d'alouette.
  M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,
  Bien emprunté et mal rendu,
  Payé d'une belle estiquette.

  M. Puis la chaine d'or, la baguette,
  Le lacqs de soye, la cornette...                     [P. 169]
  B. De velours. M. C'est bel affiquet.
  B. Quand nous aurions fait nostre emplète,
  La porte seroit bien estroicte
  Se ne passions jusqu'au ticquet.

  M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.
  B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.
  B. Selon la saison de l'année.
  M. Et de paige? B. Quelque naquet.
  M. S'il vient hasart en ung banquet?
  B. Le prendre entre bond et vollée.

  M. Aux survenans? B. Chère meslée.
  M. Aux povres duppes? B. La havée.
  M. Et aux rustes? B. Le jobelin.
  M. Aux mignons de court? B. L'accollée.
  M. Aux gens de mesmes? B. La risée.
  M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.

  M. D'entretenir? B. Damoiselin.
  M. Et saluer? B. Bas comme lin.
  M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.
  Pour contenter le femynin.
  Nous ferions plus d'ung esclin
  Qu'ung aultre de quinze royaulx.

  M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs loyaulx!
  M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.
  B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.
  M. Nous devrions passer aux sceaulx
  Envers les officiers royaulx,                     [P. 170]
  Comme messieurs les despourveuz.

  B. De congnoissance bien pourveuz
  Et de sagesse. M. On nous a veuz
  Si gentilz et si francs. B. Si doulx.
  M. Helas! cent escuz nous sont deubz.
  B. Au fort, si nous les eussions euz,
  On en tint plus compte de nous.

  M. Nous avons faict plaisir à tous.
  B. Chère à dire: D'ond venez-vous?
  M. Esmerillonnez. B. Advenans.
  M. Cent escus, et juger des coups.
  On auroit beau mettre aux deux bouts,
  Se nous ne tenions des gaignans.

  B. Nous sommes deux si beaulx gallans.
  M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.
  M. Esmeuz de franche volunté.
  B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.
  B. Bien gays. M. Assez rescéans.
  B. Porres d'argent. M. Prou de santé.

  B. Chascun de nous est habité.
  M. Maison à Paris. B. Bien monté,
  Aussi bien aux champs qu'en la ville.
  M. Il y a ceste malheurté
  Que de l'argent qu'avons presté
  Nous n'en arrons ne croix ne pille.

  B. Où sont les cens et deux cens mille
  Escus que nous avions en pile,
  Quand chascun avoit bien du sien?                     [P. 171]
  M. Au fort, se nous n'en avons mille,
  Nous sommes, selon l'Évangile,
  Des bienheureux du temps ancien.

  B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.
  M. Trouvons en par quelque moyen.
  B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay.
  B. Hé, ung engin parisien....
  M. Art lombard. B. Franc praticien,
  Pour faire à present ung essay!

  M. Je vis le temps que j'avançay
  L'argent de chose, et adressay
  Tel et tel et tel benefice.
  B. Et, pour moy, quand je compassé
  Monseigneur tel, et pourchassé
  Moy mesmes tout seul son office.

  M. J'estois tousjours à tous propice;
  Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice
  Nous surprint, si devenions riches.
  B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,
  Pauvreté, nous tient en sa lice.
  M. C'est ce qui nous faict estre chiches.

  B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.
  B. Rebondis... M. Comme belles miches.
  B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons.
  B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,
  B. Adventureux. M. Comme Suysses
  A Nancy, sur les Bourguygnons.

  B. Entre les gallans. M. Compaignons.
  B. Entre les gorgias. M. Mignons.                     [P. 172]
  B. Entre gens d'armes. M. Courageux.
  B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.
  B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.
  Mis sus en ung jour ou en deux,

  B. Nous sommes les adventureux
  Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.
  M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.
  M. Pour servir princes. B. Curieux.
  M. Et pour les mignons. B. Gracieux.
  M. Et pour le commun. B. Tant à tant.

  M. Hée, monsieur de Baillevent,
  Quand reviendra le bon temps?
  B. Quand chascun aura ses souhaits.
  M. Cent mille escus argent comptant,
  Sur ma foy, je seroye content
  Qu'on ne parlast plus que de paix.

  B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.
  B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.
  B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.
  M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais
  Faulte d'argent et les grans prestz...
  M. Nous ont ung peu appaillardis.

  B. Abandonnez. M. Comme hardis.
  B. Requis. M. Comme les gras mardis.
  B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.
  B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys
  Soient d'or et d'argent si garnis,                     [P. 173]
  Et mignons en ont tant besoing.

  M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.
  B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. Près. B. Loing.
  M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.
  M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing,
  Nous serions pour faire à ung coing
  Nostre prouffit d'aultruy dommage.

  Avez-vous tousjours l'heritaige
  De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige
  Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.
  B. Cent francs de rente et ung fromaige,
  Vous m'orriez dire de couraige:
  Vive le roy! M. Ronfflez, villains!

  B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.
  B. Gré de dames? M. Amoureux craints.
  B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.
  B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?
  M. Nous prenons escus pour douzains,
  Franchement, et bourse pour bource.

  B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse
  M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource.
  B. Hay! hay! tout est mal compassé.
  M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.
  M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;
  Autant vauldroit ung arc cassé.

  M. Monsieur mon pere eust amassé                     [P. 174]
  Plus d'escus qu'on eust entassé
  En ung hospital de vermine.
  B. Mais nous avons si bien sassé,
  Le sang bieu! que tout est passé,
  Gros et menu, par l'estamyne.

  M, Si vient guerre, mort ou famine,
  Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne
  Ferons nous pour gaigner le broust?
  B. Quant à moy, je me determine
  D'entrer chez voisin et voisine
  Et d'aller voir si le pot bout.

  M. Mais regardons, à peu de coust,
  Quel train nous viendroit mieulx à goust
  Pour amasser biens et honneurs.
  B. Le meilleur est prendre partout.
  M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,
  Pour cinq solz, à ces pardonneurs.

  M. Allons servir quelques seigneurs.
  B, Aucuns sont si petitz d'honneurs
  Qu'on n'y a que peine et meschance.
  M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;
  Mais entre nous, ans estradeurs,
  Il nous fault esplucher la chance.

  M. Servons marchans pour la pitance,
  Pour _fructus ventris_, pour la pance.
  B. On y gaigneroit ses despens.
  M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,
  Petite foy, large conscience;
  Tu n'y scez riens et y aprens.

  M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens,                [P. 175]
  Je veulx estre mis sur les rangs,
  S'ilz ont argent, si je n'en crocque.
  M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,
  Qui se font bien servir des gens;
  Mais de payer, querez qui bloque!

  M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:
  L'ung pourchasse, l'autre desroque,
  Et semble que tout soit pour eulx.
  B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque.
  Il n'est point de pire defroque
  Que de malheur à malheureux.

  B. Pour despourveuz adventureux
  Comme nous, encor c'est le mieulx
  De faire l'ost et les gens d'armes.
  M. En fuite je suis couraigeux.
  B. Et à frapper? M. Je suis piteux;
  Je crains trop les coups, pour les armes.

  B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes,
  Et prenons leurs bissacs à fermes,
  Car il n'y a pas grand débit.
  M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,
  Et pleureroyent maintes lermes
  Devant que nous prinssions l'habit.

  B. Se en cest malheur et labit
  Nous mourions, par quelque acabit,
  Ame n'y a qui bien nous face.
  M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,
  Sur lequel je fonde ung obit,                     [P. 176]
  Et du surplus, Dieu le parface!

  B. Hée, fault-il que Fortune efface
  Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;
  Mais il n'a nul bien qui n'endure,
  B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.
  B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:
  A loups ravis grosse pasture.

  M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure.
  B. Qui nous admoneste? M. Nature.
  B. Pour aller? M. Où on nous attend.
  B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.
  B. Logez où? M. Près de la clousture
  De monsieur d'Angoulevent.

  B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent
  ***************************
  Et passerons par Mallepaye.
  B. Brief, c'est le plus expédient
  Que nous jetons la plume au vent:
  Qui ne peult mordre, si abaye.

  M. Où ung franc couraige s'employe,
  Il treuve à gaigner. B. Querons proye.
  M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.
  M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,
  Que la plume au vent on envoye.
  B. Puis après? M. Alors comme alors.

  B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors!
  B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps.           [P. 177]
  Je me tiendray des mieulx venuz.
  B. On n'yra point, quand serons mors,
  Demander au roy les tresors
  De messieurs les despourveuz.

  La plume au vent! M. Je le concluz.
  ****************************
  Pour les povres de ceste année.
  B. Ne demeurons plus si confuz.
  ****************************
  Au grat, la terre est degelée!

  M. Allons, suyvons quelque traînée.
  Devant! vostre fièvre est tremblée,
  Car nous sommes tous estourdiz.
  B. Dieu doint aux riches bonne année!
  M. Aux despourveuz grasse journée!
  B. Et aux femmes pesans mariz!

  Prenez en gré, grans et petiz.

  FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE
  ET DE BAILLEVENT.


                                          [P. 178]


  XXIV.
  LES REPEUES FRANCHES
  DE FRANÇOIS VILLON
  ET DE SES COMPAGNONS.

  Vous qui cerchez les repeues franches,
  Et, tant jours ouvriers que dimenches,
  N'avez pas planté de monnoye,
  Affin que chascun de vous oye
  Comment on les peut recouvrer,
  Vueillez vous au sermon trouver
  Qui est escript dedans ce livre.
  Mettez tous peine de le lire,
  Entre vous, jeunes perrucatz,
  Procureurs, nouveaulx advocatz,
  Aprenans aux despens d'aultruy.
  Venez-y tost, sans nul estrif,
  Clercz, de praticque diligens,
  Qui congnoissez si bien vos gens;
  Sergens à pied et à cheval,
  Venez-y d'amont et d'aval,
  Les hoirs du deffunct Pathelin,                     [P. 179]
  Qui sçavez jargon jobelin;
  Capitaine du pont-à-Billon;
  Tous les subjetz Francoys Villon,
  Soyez, à ce coup, reveillez.
  Pas ne devez estre oubliez,
  Tous gallans à pourpointz sans manches,
  Qui ont besoing de repeues franches,
  Et tous ceulx, tant yver qu'esté,
  Qui en ont grant nécessité.
  Venez vous apprendre comment
  Les maistres anciennement
  Sçavoyent tous les tours de ce faire:
  Messire Chascun Poicdenaire,
  Qui de livres sçait les usaiges,
  Et veult lire tous les passaiges,
  De celuy en prins appetis;
  Venez-y donc, grans et petis,
  Car, de la science sçavoir,
  Vous ne povez que mieulx valoir.
  Venez, chevaucheurs d'escuyrie,
  Serviteurs de grant seigneurie,
  Venez-y sans dilation,
  Tous gens sotz et toutes gens sottes;
  Venez-y, bigotz et bigottes;
  Venez-y, povres Turlupins
  Et Cordeliers et Jacopins;
  Venez aussi, toutes prestresses,
  Qui sçavez piecà les adresses
  Des presbitaires hault et bas;
  Gardez que vous n'y faillez pas!
  Venez, gorriers et gorrières,
  Qui faictes si bien les manières;
  Que c'est une chose terrible.
  Pour bien faire tout le possible;                     [P. 180]
  Toutes manières de farseurs,
  Anciens et jeunes mocqueurs;
  Venez-y tous, vrays macquereaulx
  De tous estatz, vieulx et nouveaulx;
  Venez-y toutes, macquerelles,
  Qui, par vos subtilles querelles,
  Avez tousjours en vos maisons
  Pour avoir, en toutes saisons,
  Tant jours ouvriers que dimenches,
  Souvent les bonnes repeues franches.
  Venez-y tous, bons pardonneurs,
  Qui sçavez faire les honneurs,
  Aux villages, de bons pastez,
  Avecques ces gras curatez,
  Qui ayment bien vostre venue
  Pour avoir la franche repeue;
  Affin que chascun d'eulx enhorte
  Les paroissiens, qu'on apporte
  Des biens aux pardons de ce lieu,
  Et qu'on face du bien pour Dieu.
  Tant que le pardonneur s'en aille,
  Le curé ne despendra maille,
  Et aura maistre Jehan Laurens
  Fermement payé les despens
  Et quarte de vin, simplement,
  Au curé, à son parlement.
  De tout estât, soit bas ou hault,
  Venez-y, qu'il n'y ait deffault;
  Venez-y, varletz, chamberières,
  Qui sçavez si bien les manières,
  En disant mainte bonne bave,
  D'avoir du meilleur de la cave,
  Et puis joyeusement preschez,
  Après que vos gens sont couchez.                     [P. 181]
  Ceulx qui cerchent banquets ou festes
  Pour dire quelques chansonnettes,
  Affin d'atrapper la repeue,
  Que chascun de vous se remue
  D'y venir bien legièrement;
  Et vous pourrez ouyr comment
  Ung grant tas de bonnes commères
  Sçavent bien trouver les manières
  De faire leurs marys coqus.
  Venez-y, et n'attendez plus,
  Entre vous, prebstres sans séjour,
  Qui dictes deux messes par jour
  A Sainct-Innocent, ou ailleurs;
  Venez-y, pour sçavoir plusieurs
  Des passaiges et des adresses
  De maintes petites finesses
  Que l'en faict facillement
  Qu'advient, par faulte d'argent,
  En maint lieu, la franche repeue,
  Qui ne doit à nul estre teue.
  Par tel, cil qui veue ne l'aura,
  Paiera, et celuy qui fera
  De ceste repeue le présent,
  De l'escot s'en yra exempt,
  Moyennant qu'il monstre ce livre:
  Par ce moyen sera delivre;
  En lieu où n'aura esté veu
  Il sera franchement repeu,
  Ainsi qu'on orra plus à plain,
  Qui de l'entendre prendra soing.


                                          [P. 182]
  BALLADE DE L'ACTEUR.

  Quant j'euz ouy ce présent mandement:
  Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,
  Le dessusdict, j'ay pensé lermement
  De moy trouver, et en prins l'adventure,
  Comme celuy qui, de droicte nature,
  Vouloit de ce faire narration,
  A celle fin qu'il en fust mention,
  A ung chascun, pour le temps advenir,
  Qui s'attendent et ont intention
  Que les respeues les viendront secourir.

  Mais ce secours est d'anciennement
  De tous repas le chief, et par droicture;
  Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,
  Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,
  Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,
  Mais font du leur si grant destruction,
  Qu'ilz en entrent en la subjection,
  De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,
  En attendant, pour toute production,
  Que les repeues les viendront secourir.

  J'en ay congneu, qui souvent largement
  Donnoyent à tous repeues outre mesure;
  Qui depuis ont continuellement
  Servy le Pont-à-Billon, par droicture,
  Dont la façon a esté à maint dure,
  En leur grant dueil et tribulation;
  Mais lors n'avoyent nulle remission,
  Combien que ce leur fist le cueur frémir,
  Ilz n'attendoyent aultre succession,                     [P. 183]
  Que les repeues les viendront secourir.

  ENVOI.

  Prince, pour ce que ne me puis tenir
  Que de telz faitz ne face mention,
  Puisque à mon temps les ay veu avenir,
  J'en vueil faire quelque narration,
  Et escripre, soubz la correction
  Des escoutans, affin d'en souvenir,
  La présente nouvelle invention,
  Que les repeues les viendront secourir.



  BALLADE DES ESCOUTANS.

  Qui en a est Le bien venu;
  Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,
  Cil qui en a est bien congneu,
  Cil qui n'en a point vit à honte.
  Qui paye l'on exauce et monte
  Jusque au tiers ciel, pour en prester:
  Son honneur tout aultre surmonte,
  Par force de bien acquester.

  Quant entendismes les estatz
  De telz dissimulations,
  Congnoissant les hauts et les bas,
  Par toutes abreviations,
  Nous mismes, sans sommations,
  Aux champs, par bois et par tailllis.
  Pour congnoistre les fictions,                     [P. 184]
  Qui se font souvent à Paris.

  Pource que chacun maintenoit
  Que c'estoit la ville du monde
  Qui plus de peuple soustenoit,
  Et où maintz estranges abonde,
  Pour la grant science parfonde
  Renommée en icelle ville,
  Je partis, et veulx qu'on me tonde,
  S'à l'entrée avois croix ne pille.

  Il estoit temps de se coucher,
  Et ne sçavoye où heberger;
  D'ung logis me vins approcher,
  Sçavoir s'on m'y vouldroit loger,
  En disant: «Avez à menger?»
  L'hoste me respondit: «Si ay.»
  Lors luy priay, pour abréger:
  «Apportez-le donc devant moy.»

  Je fus servy passablement,
  Selon mon estat et ma sorte,
  Et pensant, à part moy, comment
  Je cheviroye avec l'hoste,
  Je m'avisé que, soubz ma cotte,
  Avois une espée qui bien trenche:
  Je la lairray, qu'on ne me l'oste,
  En gaige de la repeue franche.

  L'espée estoit toute d'acier,
  Il ne s'en failloit que le fer;
  Mais l'hoste la me fist machier,
  Fourreau et tout, sans fricasser;                     [P. 185]
  Puis, après, me convint penser
  De repaistre, se faim avoye;
  Rien n'y eust valu le tencer:
  De leans partis sans monnoye.



  L'ACTEUR.

  Lendemain, m'aloye enquerant
  Pour encontrer Martin Gallant.
  Droit en la Salle du Palays
  Rencontray, pour mon premier mès,
  Tout droit soubz la première porte,
  Plusieurs mignons d'estrange sorte,
  Que sembloit bien à leur habit
  Qu'ilz fussent gens de grant acquit.
  Lors vins pour entrer en la Salle:
  L'ung y monte, l'aultre devalle.
  Là me pourmenoye, de par Dieu,
  Regardant l'estat de ce lieu,
  Et quand je l'euz bien regardée,
  Tant plus la voys tant plus m'agrée;
  Je vis là tant de mirlificques,
  Tant d'ameçons et tant d'afficques,
  Pour attraper les plus huppez.
  Les plus rouges y sont happez;
  A l'ung convient vendre sa terre;
  Maint, sans sainctir, là se detterre,
  Partie ou peu en demourra
  De tout ce que vaillant aura;
  Cuydant destruyre son voysin
  De Poytou, ou de Lymousin,
  Ou de quelque aultre nation,
  Maint en est en destruction,
  Et fault, ains partir de léans,                     [P. 186]
  Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.
  On emprunte, qui a credit,
  Tout ainsi que devant est dict.
  Quand leur argent fort s'appetiese,
  Lors leur est la repeue propice,
  Et lors cerchent (plus n'en doubtez),
  Hault et bas et de tous costez,
  Comme on verra par demomstrances
  En ce traicté des Repeues franches.
  Et quant au regard de plusieurs
  Aultres repeues, sont escriptes
  Affin qu'on preigne les meilleurs,
  En lisant, grandes ou petites.
  Vous orrez maintz moyens licites
  Comment ilz ont esté happez,
  Hault et bas, par bonnes conduictes
  De ceulx qui les ont attrapez.


  LA REPEUE
  DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.

  «Qui n'a or, ny argent, ny gaige,
  Comment peult-il faire grant chère?
  Il fault qu il vive d'avantaige:
  La façon en est coustumière.
  Sçaurions-nous trouver la manière
  De tromper quelqu'ung, pour repaistre?
  ********************************
  Qui le fera sera bon maistre!»

  Ainsi parloyent les compaignons                     [P. 187]
  Du bon maistre Françoys Villon,
  Qui n'avoient vaillant deux ongnons,
  Tentes, tapis, ne pavillon.
  Il leur dit: «Ne nous soucion,
  Car, aujourd'huy, sans nul deffault,
  Pain, vin, et viande, à grant foyson,
  Aurez, avec du rost tout chault.»

  _La manière d'avoir du Poisson._

  Adoncques il leur demanda
  Quelles viandes vouloyent macher:
  L'ung de bon poysson souhaita;
  L'autre demanda de la chair.
  Maistre Françoys, ce bon archer,
  Leur dist: «Ne vous en souciez;
  Il vous faut voz pourpointz lascher,
  Car nous aurons viandes assez.»

  Lors partit de ses compaignons,
  Et vint à la Poyssonnerie,
  Et les laissa delà les pontz,
  Quasy plains de melencolie.
  Il marchanda, à chère lye,
  Ung pannier tout plain de poysson,
  Et sembloit, je vous certiffie,
  Qu'il fust homme de grant façon.

  Maistre Françoys fut diligent
  D'achapter, non pas de payer,
  Et dist qu'il bailleroit l'argent
  Tout comptant au porte-pannier.
  Ils partent sans plus plaidoyer,
  Et passèrent par Nostre-Dame,
  Là où il vit le Penancier,                          [P. 188]
  Qui confessoit homme ou bien femme.

  Quant il le vit, à peu de plait,
  Il luy dist: «Monsieur, je vous prie
  Que vous despechez, s'il vous plaist,
  Mon nepveu; car, je vous affie
  Qu'il est en telle resverie:
  Vers Dieu il est fort negligent;
  Il est en tel merencolie,
  Qu'il ne parle rien que d'argent.

  --Vrayment, ce dit le Penancier,
  Très voulentiers on le fera.»
  Maistre Francoys print le pannier,
  Et dit: «Mon amy, venez ça;
  Velà qui vous depeschera,
  Incontinent qu'il aura faict.»
  Adonc maistre Françoys s'en va,
  Atout le pannier, en effect.

  Quand le Penancier eut parfaict
  De confesser la créature,
  Gaigne-denier, par dit parfaict,
  Accourut vers luy bonne alleure,
  Disant: «Monsieur, je vous asseure,
  S'il vous plaisoit prendre loysir
  De me depescher à ceste heure,
  Vous me feriez ung grant plaisir.

  --Je le vueil bien, en verité,
  Dist le Penancier, par ma foy!
  Or, dictes _Benedicite,_
  Et puis je vous confesseray,
  Et, en après, vous absouldray,                     [P. 189]
  Ainsy comme je doy le faire;
  Puis penitence vous bauldray,
  Qui vous sera bien necessaire.

  --Quel confesser! dist le povre homme:
  Fus-je pas à Pasques absoulz?
  Que bon gré sainct Pierre de Romme!
  Je demande cinquante soulz.
  Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?
  Ma maistresse est bien arrivée!
  A coup, à coup, depeschez-vous,
  Payez mon panier de marée.

  --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,
  Dist le Penancier, seurement:
  Il vous fault bien penser à Dieu
  Et le supplier humblement.
  --Que bon gré en ayt mon serment!
  Dist cet homme, sans contredit,
  Depeschez-moy legierement,
  Ainsi que ce seigneur a dit.»

  Adonc le Penancier vit bien
  Qu'il y eut quelque tromperie;
  Quand il entendit le moyen,
  Il congneut bien la joncherie.
  Le povre homme, je vous affie,
  Ne prisa pas bien la façon,
  Car il n'eut, je vous certifie,
  Or ne argent de son poysson.

  Maistre François, par son blason.
  Trouva la façon et manière
  D'avoir marée à grant foyson,                     [P. 190]
  Pour gaudir et faire grant chère.
  C'estoit la mère nourricière
  De ceulx qui n'avoyent point d'argent;
  A tromper devant et derrière,
  Estoit ung homme diligent.

  _La manière d'avoir des Trippes pour diner._

  Que fist-il? A bien peu de plet,
  S'advisa de grant joncherie:
  Il fist laver le cul bien net
  A ung gallant, je vous affie,
  Disant: «Il convient qu'on espie:
  Quand seray devant la trippière,
  Monstre ton cul par raillerie,
  Puis, après, nous ferons grant chière.»

  Le compaignon ne faillit pas,
  Foy que doy sainct Remy de Rains!
  A Petit-Pont vint par compas,
  Son cul descouvrit jusque aux rains.
  Quand maistre Françoys vit ce train,
  Dieu sçet s'il fit piteuses lippes,
  Car il tenoit entre ses mains
  Du foye, du polmon et des trippes.

  Comme s'il fust plain de despit,
  Et courroucé amèrement,
  Il haulsa la main ung petit,
  Et le frappa bien rudement,
  Des trippes, par le fondement;
  Puis, sans faire plus long caquet,
  Les voulut, tout incontinent,                     [P. 191]
  Remettre dedans le baquet.

  La trippière fut courroucée
  Et ne les voulut pas reprendre.
  Maistre Françoys, sans demourée,
  S'en alla, sans compte luy rendre:
  Par ainsi, vous povez entendre,
  Qui'ilz eurent trippes et poisson.
  Mais, après, il faut du pain tendre,
  Pour ce disner de grant façon.

  _La manière d'avoir du Pain._

  Il s'en vint chez an boulengier
  Affin de mieulx fornir son train,
  Contrefaisant de l'escuyer
  Ou maistre d'hostel, pour certain,
  Et commanda que, tout souldain,
  Cy pris, cy mis; on chappellast
  Cinq ou six douzaines de pain,
  Et que bien tost on se hastast.

  Quand la moytié fut chappellé,
  En une hotte le fist mettre,
  Comme s'il fust de près hasté,
  Il pria et requist au maistre
  Qu'aucun se voulsist entremettre
  D'apporter, après luy courant,
  Le pain chappellé en son estre,
  Tandis qu'on fist le demourant.

  Le varlet le mist sur son col;
  Après maistre François le porte,                     [P. 192]
  Et arriva, soit dur ou mol,
  Emprès une grant vielle porte.
  Le varlet deschargea sa hotte
  Et fut renvoyé, tout courant,
  Hastivement, tenant sa hotte,
  Pour requerir le demourant.

  Maistre Françoys, sans contredit,
  N'attendit pas la revenue.
  Il eut du pain, par son édit,
  Pour fournir sa franche repeue.
  Le boulengier, sans attendue,
  Revint, mais ne retrouva point
  Son maistre d'hostel; il tressue,
  Qu'on l'avoit trompé en ce point.

  _La manière d'avoir du Vin._

  Après qu'il fut fourny de vivres,
  Il fault bien avoir la mémoire
  Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,
  Il falloit qu'ils eussent à boire.
  Maistre Françoys, debvez le croire,
  Emprunta deux grans brocs de boys,
  Disant qu'il estoit necessaire
  D'avoir du vin par ambagoys.

  L'ung fist emplir de belle eaue clère,
  Et vint à la Pomme de Pin,
  Atout ses deux brocs, sans renchère,
  Demandant s'ils avoient bon vin,
  Et qu'on luy emplist du plus fin,
  Mais qu'il fust blanc et amoureux.                     [P. 193]
  On luy emplist, pour faire fin,
  D'ung très bon vin blanc de Baigneux.

  Maistre Francoys print les deux brocs,
  L'un emprès l'autre les bouta;
  Incontinent, par bons propos,
  Sans se haster, il demanda
  Au varlet: «Quel vin est ce là?»
  Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.
  --Ostez cela, ostez cela,
  Car, par ma foy, point je n'en veulx.

  «Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?
  Vuidez-moy mon broc vistement.
  Je demande du vin de Beaulne,
  Qui soit bon, et non aultrement.»
  Et, en parlant, subtillement
  Le broc qui estoit d'eaue plain
  Contre l'aultre legierement
  Luy changea, à pur et à plain.

  Par ce point, ils eurent du vin
  Par fine force de tromper;
  Sans aller parler au devin,
  Ils repeurent, per ou non per.
  Mais le beau jeu fut au souper,
  Car maistre Françoys, à brief mot,
  Leur dit: «Je me vueil occuper,
  Que mangerons ennuyt du rost.»

  _La manière d'avoir du Rost._                     [P. 194]

  Il fut appointé qu'il yroit
  Devant l'estal d'ung rotisseur,
  Et de la chair marchanderoit,
  Contrefaisant du gaudisseur,
  Et, pour trouver moyen meilleur,
  Faignant que point on ne se joue,
  Il viendroit un entrepreneur,
  Qui luy bailleroit sur la joue.

  Il vint à la rostisserie,
  En marchandant de la viande;
  L'autre vint, de chère marrie:
  «Qu'est-ce que ce paillart demande?»
  Luy baillant une buffe grande,
  En luy disant mainte reproche.
  Quand il vit qu'il eut ceste offrande,
  Empoigna du rost pleine broche.

  Celuy qui bailla le soufflet
  Fuist bien tost et à motz exprès.
  Maistre Françoys, sans plus de plet,
  Atout son rost, courut après,
  Ainsi, sans faire long procès,
  Ils repeurent, de cueur devot,
  Et eurent, par leur grant excès,
  Pain, vin, chair, et poisson, et rost.

                                          [P. 195]

  SECONDE REPEUE

  DE L'EPIDEMIE.

  Et pour la première repeue
  Dont après sera mention,
  Bien digne d'estre ramenteue
  Et mise en revelation,
  Et pourtant, soubs correction,
  Affin que l'en en parle encore,
  Comme nouvelle invention,
  Redigé sera par memoire.

  Or advint, de coup d'aventure,
  Que les suppostz devant nommez,
  Ne cherchoyent rien par droicture.
  Qu'en richesse gens renommez.
  Ung jour qu'ilz estaient affamez,
  En la porte d'ung bon logis
  Virent entrer, sans estre armez,
  Ambassadeurs de loing pays.

  Si pensèrent entre eux comment
  Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,
  Et, selon leur entendement,
  L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre
  D'hostel, et se fit acongnoistre,
  Disant qu'il luy enseigneroit
  Le haut, le bas marché, pour estre
  Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.

  Je croy bien que monsieur le maistre,
  Qui du bas mestier estoit tendre,                     [P. 196]
  Fit ce gallant très bien repaistre,
  Et luy commenda charge prendre
  De la cuysine, d'y entendre,
  Tant que leur train departira,
  Et bien payera, sans attendre,
  A son gré, quand il s'en yra.

  Lors s'en vint à ses compaignons,
  Dire: «Nostre escot est payé;
  Je suis jà l'ung des grans mignons
  De léans et mieulx avoyé,
  Car le maistre m'a envoyé
  Par la ville, pour soy sortir;
  Mais, se mon sens n'est desyoyé,
  Bien brief l'en feray repentir.

  --Va, lui dirent ses compaignons,
  Et esguise tout ton engin
  A nous rechauffer les rongnons
  Et nous faire boire bon vin.
  Passe tous les sens Pathelin,
  De Villon et Pauquedenaire,
  Car se venir peux en la fin,
  Passé seras maistre ordinaire.»

  Ce gallant vint en la maison
  Où estoyt logé l'ambassade,
  Où les seigneurs, par beau blason,
  Devisoyent rondeau ou ballade.
  Il estoit miste, gent et sade,
  Bien habitué, bien en point,
  Robbe fourrée, pourpoint d'ostade;
  Il entendoit son contrepoint.

  Le principal ambassadeur                          [P. 197]
  Aymoit une peu le bas mestier,
  Dont le gallant fut à honneur,
  Car c'estoyt quasi son mestier,
  Et luy conta que, à son quartier,
  Avoit de femmes largement,
  Qui estoyent, s'il estoit mestier,
  A son joly commandement.

  Le gallant fut entretenu
  Par ce seigneur venu nouveau,
  Et léans il fut retenu,
  Pour estre fin franc macquereau.
  Le jeu leur sembla si très beau;
  Aussi, il fit si bonne mine,
  Qu'il fut esleu, sans nul appeau,
  Pour estre varlet de cuysine.

  Les ambassadeurs convoyèrent
  Seigneurs et bourgeois à disner,
  Lesquels voulentiers y allèrent
  Passer temps, point n'en faut doubter.
  Toutesfoys, vous debvez sçavoir,
  Quelque chose que je vous dye,
  Que l'ambassadeur, pour tout veoir,
  Craignoit moult fort l'Epidemie.

  Ce gallant en fut adverty,
  Qui nonobstant fist bonne mine,
  Et quand il fut près de midi,
  A l'heure qu'il est temps qu'on disne,
  Il entra dedans la cuysine,
  Manyant toute la viande,
  Comme docteur en médecine                          [P. 198]
  Qui tient malades en commande.

  Tous les seigneurs là regardèrent
  Son train, ses façons et manières;
  Mais, après luy, pas ne tastèrent,
  Aussi ne luy challoit-il guères.
  Après il print les esguières,
  Le vin, le claire, l'ypocras,
  Darioles, tartes entières:
  Il tasta de tout, par compas.

  Et, pour bien entendre son cas,
  Quand il vit qu'il estoit saison,
  A bien jouer ne faillit pas,
  Pour faire aux seigneurs la raison,
  Si bien que dedans la maison
  Demeura tout seul pour repaistre,
  Soustenant, par fine achoison,
  Qu'il se douloit du cousté destre.

  Lors y avoit une couchette
  Où il failloit la feste faire,
  Et n'a dent qui ne luy cliquette;
  Là se mist, commençant à braire
  Que l'on s'en fuyt au presbytaire,
  Pour faire le prebstre acourir,
  Atout Dieu et l'autre ordinaire
  Qu'il fault pour ung qui veult mourir.

  Quand les seigneurs virent le prebstre
  Avec ses sacremens venir,
  Chacun d'eulx eust bien voulu estre
  Dehors, je n'en veulx point mentir:
  Si grant haste eurent d'en sortir,                     [P. 199]
  Que là demeurèrent les vivres,
  Dont les compaignons du martir
  Furent troys jours et troys nuyts yvres.

  Par ce point eurent la repeue
  Franche chascun des compaignons.
  La finesse le prebstre a teue,
  Affin de complaire aux mignons;
  Mais les seigneurs dont nous parlons
  Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:
  Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,
  De la grant paour troys jours malade.



  LA TROISIEME REPEUE

  DES TORCHECULS.

  Un Lymousin vint à Paris,
  Pour aulcun procès qu'il avoit.
  Quand il partit de son pays
  Pas gramment d'argent il n'avoit,
  Et toutefoys il entendoit
  Son fait, et avoit souvenance
  Que son cas mal se porteroit
  S'il n'avoit une repeue franche.
  Ce Lymousin, c'est chose vraye,
  Qui n'avoit vaillant ung patac,
  Se nommoit seigneur de Combraye,
  Sans qu'on le suivist à son trac.
  Plus rusé estoit qu'ung vieil rat,                     [P. 200]
  Et affamé comme un vieil loup,
  Avec monsieur de Penessac,
  Et le seigneur de Lamesou.
  Les troys seigneurs s'entretrouvèrent;
  Car ilz estoyent tous d'ung quartier
  Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent,
  Ainsi qu'il en estoit mestier;
  Toutesfoys, ce bon escuyer
  De Combraye, propos final,
  Fut esleu leur grant conseillier,
  Et le gouverneur principal.
  Ils conclurent, pour le meilleur,
  Que ce bon notable seigneur
  Yroit veoir s'il pourroit trouver
  Quelque bon lieu pour s'y loger,
  Et, selon qu'il le trouverait,
  Aux aultres le raconteroit.
  Or advint, environ midy,
  Qu'il estoit de faim estourdy,
  S'en vint à une hostellerie,
  Rue de la Mortellerie,
  Où pend l'enseigne du Pestel:
  _A bon logis et bon hostel,_
  Demandant s'on a que repaistre:
  «Ouy, vrayment, ce dist le maistre;
  Ne soyez de rien en soucy,
  Car vous serez très bien servy
  De pain, de vin et de viande.
  --Pas grand chose je ne demande,
  Dist le bon seigneur de Combraye:
  Il n'y a guère que j'avoye                          [P. 201]
  Bien desjuné; mais, toutesfoys,
  Si ai-je disné maintes foys
  Que n'avoye pas tel appetit.»
  Ce seigneur menga ung petit,
  Car il n'avoit guère d'argent,
  Commendant qu'on fust diligent
  D'avoir quelque chose de bon,
  Pour son soupper: ung gras chapon;
  Car il pensoit bien que, le soir,
  Il devoit avec luy souper
  Des gentilzhommes de la cour.
  L'hostesse fut bien à son gourt,
  Car, quand vint à compter l'escot,
  Le seigneur ne dist oncques mot,
  Mais tout ce qu'elle demanda
  Ce gentilhomme luy bailla,
  Disant: «Vous comptez par raison!»
  Puis il sortit de la maison,
  Bouta son sac soubs son esselle,
  Et vint raconter la nouvelle
  A ses compaignons, et comment
  Il failloit faire saigement.
  Il fut dit, à peu de parolles,
  Pour eviter grans monopolles,
  Que le seigneur de Penessac
  Yroit devant louer l'estat
  Et blasonner la suffisance
  De ce seigneur, car, sans doubtance,
  La chose le valoit très bien,
  Et, pour trouver meilleur moyen,
  Il menroit en sa compaignie,
  Lamesou; et n'y faillit mye.                          [P. 202]
  Si vint demander à l'hostesse
  S'ung seigneur remply de noblesse
  Estoit logé en la maison.
  L'hostesse respondit que non,
  Et que vrayement il n'y avoit
  Qu'ung Lymousin, lequel debvoit
  Venir au soir souper léans.
  «Ha! dist-il, dame de céans,
  C'est celuy que nous demandons;
  Par ma foy! c'est le grant baron,
  Qui est arrivé au matin.
  --Je n'entens point vostre latin,
  Dist l'hostesse; vous parlez mal:
  Il n'a ne jument ne cheval;
  Il va à pied, par faulte d'asne.»
  Lors Penessac respondit: «Dame,
  Il vient icy pour ung procès;
  Il est appellant des excès
  Qu'on luy a faictz en Lymousin,
  Et va ainsi de pied, affin
  Que son procès soit plus tost faict.»
  L'hostesse le creut, en effet.
  Alors, le seigneur de Combraye
  Arrive, et Dieu sçait quelle joye
  Ces deux seigneurs icy lui firent;
  Et le genoil en bas tendirent
  Aussi tost comme il fut venu,
  Et par ce point il fut congneu
  Qu il estoit seigneur honorable.
  Le bon seigneur se sist à table,
  En tenant bonne gravité.
  Vis-à-vis, de l'autre costé,
  S'assit le seigneur de l'hostel,
  Et eurent du vin, Dieu sçait quel!                     [P. 203]
  Il ne le fault point demander.
  Quand ce vint à l'escot compter
  L'hostesse assez hault comptoit,
  Mais au seigneur il n'en challoit,
  Feignant qu'il fust tout plain d'argent.
  Lors il dist qu'on fust diligent
  De penser à faire les litz,
  Car il vouloit en ce logis
  Coucher; puis après, par exprès,
  Il print son grand sac à procès,
  Et le bailla léans en garde,
  Disant: «Qu'on me le contregarde.
  Si de l'argent voulez avoir,
  Il ne faut que le demander.»
  L'hostesse ne fut pas ingrate,
  En disant: «Je n'en ay pas haste.
  N'espargnez rien qui soit céans.»
  Ces seigneurs couchèrent léans
  L'espace de cinq ou six moys,
  Sans payer argent, toutesfoys,
  Non obstant ce qu'il demandoit
  A l'hostesse s'elle vouloit
  Avoir de l'argent, bien souvent;
  Mais il n'estoit point bien content
  De mettre souvent main en bourse.
  L'hostesse n'estoit point rebourse,
  Et dist: «Ne vous en soucyez;
  Dieu mercy! j'ay argent assez,
  A vostre bon commandement.»
  Ces mignons pensèrent comment
  Ilz pourroyent retirer leur sac;
  Et lors monsieur de Penessac
  Dist à ce baron de Combraye
  Qu'il se boutast bientost en voye,                     [P. 204]
  Jugeant qu'il fust embesongné.
  Ce seigneur vint, tout refrongné,
  Vers l'hostesse, par bon moyen,
  Et lui dit: «Mon cas va très bien;
  Mon procès est ennuyt jugé.
  A coup, qu'il n'y ait plus songé,
  Baillez-moy mon sac, somme toute,
  Car j'ay paour et si fays grant doubte,
  Que les seigneurs soyent departis.»
  Il print son sac: «Adieu vous dis!
  Je reviendray tout maintenant.»
  Il s'en alla diligemment,
  A tout ses procès et son sac;
  Et les seigneurs de Penessac
  Et de Lamesou l'attendoyent;
  Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,
  A recueillir les torcheculz
  Des seigneurs qui estoyent venus
  Aux chambres, et bien se pensoyent
  Qu'à quelque chose serviroyent
  Ilz ostèrent tous ces procès
  De ce sac, et, par motz exprès,
  L'emplirent de ces torcheculz;
  Puis, au soir, quand furent venuz
  A leur logis, fut mis en garde,
  Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,
  Il fut bouté, par grant humblesse,
  Avec les robbes de l'hostesse,
  Qui sentoyent le muguelias.
  Au soir, firent grant ralias;
  Le lendemain il fut raison
  De departir de la maison
  Pour s'en aller sans revenir.
  On cuydoit qu'ilz deussent venir                     [P. 205]
  Lendemain soupper et disner,
  Pour leurs offices resiner,
  Maiz ilz ne vindrent oncques puis.
  Ils faillirent cinq ou six nuitz,
  Dont l'hostesse fut eschec et mac.
  Elle n'osoit ouvrir le sac
  Sans avoir le congé du juge,
  Auquel avoit piteux deluge;
  Tellement qu il fut necessaire
  Qu'on envoyast ung commissaire
  Pour ouvrir ce sac, somme toute.
  Quand il fust là venu sans doubte,
  Il lava ses mains à bonne heure,
  De paour de gaster l'escripture,
  Car à cela estoit expert.
  Toutesfoys, le sac fut ouvert;
  Mais, quand il le vit si breneux,
  Il s'en alla tout roupieux,
  Cuydant que ce fust mocquerie,
  Car il n'entendoit raillerie.
  Ainsi partirent ces seigneurs
  De Paris, joyeux en couraige.
  De tromper furent inventeurs:
  Cinq moys vesquirent d'avantaige;
  De blasonner ilz firent raige;
  Leur hoste fut par eulx vaincu.
  Ils ne laissèrent, pour tout gaige
  Qu'un sac tout plain de torchecu.

                                          [P. 206]
  LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE

  DU SOUFFRETEUX.

  «Où pris argent, qui n'en a point?
  Remède est vivre d'avantaige.
  Qui n'a ne robbe ne pourpoint,
  Que pourroit-il laisser pour gaige?
  Toutesfoys, qui aurait l'usaige
  De dire quelque chansonnette
  Qui peust deffrayer le passaige,
  Le payement ne seroit qu'honneste.»

  L'ACTEUR.

  Ainsi parloit le Souffreteux,
  Qui estoit fin de sa nature;
  Moytié triste, moytié joyeux.
  Du Palays partit, bonne alleure,
  En disant: «Qui ne s'adventure,
  Il ne fera jamais beau fait,»
  Pour pourchasser sa nourriture,
  Car il estoit de faim deffaict.

  Pour trouver quelque tromperie,
  Le gallant se voulust haster:
  En la meilleure hostellerie
  Ou taverne s'alla bouter,
  Et commença à demander
  S'on avoit rien pour luy de bon;
  Car il vouloit léans disner,                          [P. 207]
  Et faire chère de façon.

  Lors on demanda quelle viande
  Il falloit à ce pèlerin.
  Il respondit: «Je ne demande
  Qu'une perdrix ou un poussin,
  Avec une pinte de vin
  De Beaulne, qui soit frais tirée.
  Et puis après, pour faire fin,
  Le cotteret et la bourrée.»

  Tout ce qui luy fut convenable
  Le varlet luy alla quérir.
  Le gallant s'en va mettre à table,
  Affin de mieulx se resjouyr,
  Et disna là, tout à loisir,
  Maschant le sens, trenchant du saige;
  Mais il fallut, ains que partir,
  Avoir ung morceau de formaige.

  «Adonc dit le clerc: Mon amy,
  Il fault compter, car vous devez,
  Tout par tout, sept solz et demy,
  Et convient que les me payez.
  --Je ne sçay comment les aurez,
  Dist le gallant, car, par sainct Gille!
  Je veulx bien que vous le saichez,
  Je ne soustiens ne croix ne pille.

  --Qui n'a argent si laisse gaige;
  Ce n'est que le faict droicturier.
  Vous voulez vivre d'avantaige,
  Et n'avez maille ne denier!
  Estes-vous larron ou meurtrier?                     [P. 208]
  Par Dieu, ains que d'icy je hobe,
  Vous me payerez, pour abréger,
  Ou vous y laisserez la robbe.

  --Quant est d'argent, je n'en ay point,
  Affin de le dire tout hault.
  Comment! m'en iray-je en pourpoint,
  Et desnué comme ung marault?
  Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;
  Mais, s'il vous plaisoit m'employer,
  Je vous serviray, sans deffault,
  Jusques à mon escot payer.

  --Et comment? Que sçavez-vous faire?
  Dites-le moy tout plainement.
  --Quoy? toute chose nécessaire.
  Point ne fault demander comment;
  Je gaige que, tout maintenant,
  Je vous chanteray ung couplet,
  Si hault et si cler, je me vant,
  Que vous direz: «Cela me plaist!»

  L'ACTEUR.

  Lors, le varlet, voyant cecy,
  Fut content de ceste gaigeure,
  Et pensa en luy-mesme ainsi,
  Qu'il attendroit ceste adventure;
  Et s'il chantoit bien d'adventure,
  Il lui dirait, pour tous desbats,
  Qu'il payast l'escot, bon alleure,
  Car son chant ne lui plaisoit pas.

  L'accord fut dit, l'accord fut faict,                [P. 209]
  Devant tous, non pas en arrière.
  Lors le gallant tire, de faict,
  De dedens sa gibecière
  Une bourse, d'argent legière,
  Qui estoit pleine de mereaulx,
  Et chanta, par bonne manière,
  Haultement, ces mots tout nouveaulx:

  De sa bourse dessus la table
  Frappa, affin que je le notte,
  Et, comme chose convenable,
  Chanta ainsi à haulte notte:
  «Faut payer ton hoste, ton hoste!»
  Tout au long chanta ce couplet.
  Le varlet, estant coste à coste,
  Respondit: «Cela bien me plaist!»

  Toutesfoys, il n'entendoit pas
  Qu'il ne fust de l'escot payé,
  Parquoy il failloit sur ce pas.
  De son sens fut moult desvoyé.
  Devant tous fut notiffié
  Qu'il estoit gentil compaignon,
  Et qu'il avoit, par son traicté,
  Bien disné pour une chanson.

  C'est bien disné, quand on eschappe
  Sans desbourser pas ung denier,
  Et dire adieu au tavernier
  En torchant son nez à la nappe.

                                          [P. 210]

  LA CINQUIESME REPEUE

  DU PELLETIER.

  Ung jour advint qu'ung Pelletier
  Espousa une belle femme
  Qui appetoit le bas mestier,
  En faisant recorder sa game.
  Le Pelletier, sans penser blasme,
  Ne s'en soucioit qu'ung petit:
  Mieulx aymoit du vin une dragme,
  Que coucher dedens ung beau lict.

  Ung curé, voyant cest affaire,
  De la femme fut amoureux,
  Et pensa qu'à son presbytaire
  Il maineroit ce maistre gueux.
  Il s'en vint à luy tout joyeux,
  A celle fin de le tromper,
  En disant: «Mon voysin, je veux
  Vous donner ennuyt à soupper.»

  Le Pelletier en fut content,
  Car il ne vouloyt que repaistre,
  Et alla tout incontinent
  Faire grant chère avec le prestre,
  Qui luy joua d'un tour de maistre,
  Disant: «Ma robbe est deffourrée;
  Il vous y convient la main mettre,
  Affin qu'elle soit reffourrée.

  --Et bien, ce dist le Pelletier,                     [P. 211]
  Monseigneur, j'en suis bien content,
  Mais que vous m'en vueillez payer;
  Je suis tout vostre, seurement.»
  Ils firent leur appoinctement
  Qu'il auroit, pour tout inventoire,
  Dix solz tournois entièrement,
  Et du vin largement pour boire,

  Pourvu qu'il la despecheroit,
  Car il luy estoit necessaire,
  Et que toute nuyt veilleroit,
  Avec son clerc, au presbitaire.
  Il fut content de cest affaire.
  Mais le Curé les enferma
  Soubs la clef, sans grant noyse faire,
  Puis hors de la maison alla.

  Le Curé vint en la maison
  Du Pelletier, par ses sornettes,
  Et trouva si bonne achoyson
  Qu'il fist très bien ses besongnettes.
  Ilz firent cent mille chosettes,
  Car, ainsi comme il me semble,
  Il contenta ses amourettes,
  Et puis hors de la maison emble.

  Ce fourreur, pour la repeue franche
  Fut fait coqu bien fermement;
  Et luy chargea la dame blanche
  Qu'il y retournast hardiment,
  Et que, par son sainct sacrement,
  Jamais nul jour ne l'oubliera,
  Mais luy fera hébergement,                          [P. 212]
  Toutes les foys qu'il luy plaira.

  Et pourtant, donne soy bien garde
  Chascun qui aura belle femme
  Qu'on ne lui joue telle aubade
  Pour la repeue: c'est grant diffame;
  Quant il est sceu, ce n'est que blasme
  Et reproche, au temps advenir.
  Vela des repeues la grant game;
  Pourtant, ayez-en souvenir!



  SIXIESME REPEUE FRANCHE

  DES GALLANTS SANS SOULCY.

  Une assemblée de compaignons,
  Nommez les _Gallans sans soucy_,
  Se trouvèrent entre deux pontz,
  Près le Palays, il est ainsi;
  D'aultres y en avoit aussi,
  Qui aymoient bien besoigne faîcte,
  Et estoient, de franc cueur transi,
  A l'abbé de Saincte Souffrette.

  Ces compaings ainsi assemblez
  Ne demandèrent que repas;
  D'argent ilz n'estoyent pas comblez,
  Non pourtant ne faillirent pas.
  Ilz se boutèrent, c'est le cas,                     [P. 213]
  A l'enseigne du Plat d'estaing,
  Où ilz repeurent par compas,
  Car ilz en avoient grant besoing.

  Quant ce vint à l'escot compter,
  Je crois que nully ne s'en cource;
  Mais le beau jeu est au payer,
  Quant il n'y a denier en bourse.
  Nul d'eulx n'avoit chère rebourse:
  «Pour de l'escot venir au bout,
  Dist ung gallant, de plaine source,
  Il n'en faut qu'ung pour payer tout.»

  Ilz appointèrent tous ensemble,
  Que l'ung d'iceulx on banderait:
  Par ainsi, selon qui me semble,
  Le premier qu'il empoigneroit,
  Estoit dit que l'escot payeroit.
  Mais ilz en eurent grand discord:
  Chascun bandé estre vouloit,
  Dont ne peurent estre d'accord.

  Le varlet, voyant ces desbas,
  Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye;
  Je suis content que, par compas,
  Tout maintenant bandé je soye.»
  Les gallans en eurent grand joye,
  Et le bandèrent en ce lieu,
  Puis chascun d'eux si print la voye
  Pour s'en aller sans dire adieu.

  Le varlet, qui estoit bandé,
  Tournoyoit parmy la maison.
  Il fut de l'escot prébendé                          [P. 214]
  Par ceste subtile achoison.
  Affin d'avoir provision
  De l'escot, l'hoste monte en hault:
  Quand il vit ceste intention,
  A peu que le cueur ne lui fault.

  En montant, l'hoste fut happé
  Par son varlet, sans dire mot,
  Disant: «Je vous ay attrapé,
  Il faut que vous payez l'escot,
  Ou vous laisserez le surcot.»
  De quoy il ne fut pas joyeux,
  ****************************
  Cuydant qu'il fust mathelineux.

  Quand le varlet se desbanda,
  La tromperie peut bien congnoistre:
  Fut estonné quand regarda,
  Et vit bien que c'estoit son maistre.
  Pensez qu'il en eut belle lettre,
  Car il parla lors à bas ton,
  Et, pour sa peine, sans rien mettre,
  Il eut quatre coups de baston.

  Ainsi furent, sans rien payer,
  Les povres gallans délivrez
  De la maison du tavernier,
  Où ilz s'estoyent presque enyvrez
  Des vins qu'on leur avoit livrez
  Pour boire à plain gobelet,
  Que paya le povre varlet.

  Et que ce soit vray ou certain,                     [P. 215]
  Ainsi que m'ont dit cinq ou six,
  Le cas advint au Plat d'estain
  Près Sainct-Pierre-des-Arsis.
  Bien eschéoit ung grant mercis,
  A tout le moins, pour ce repas,
  Et si ne le payèrent pas.

  Aussi fut si bien aveuglé,
  Le povre varlet malheureux,
  Qui fut de tout l'escot sanglé,
  Et fallust qu'il payast pour eulx;
  Et s'en allèrent tous joyeux
  Les mignons, torchant leur visaige,
  Qui avoyent disné d'advantaige.



  LA SEPTIESME REPEUE

  FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON.

  Pour passer temps joyeusement,
  Raconter vueil une repeue
  Qui fut faicte subtillement
  Près Montfaulcon, c'est chose sceue,
  Et diray la desconvenue
  Qu'il advint à de fins ouvriers;
  Aussi y sera ramenteue
  La finesse des escolliers.

  Quand compaignons sont desbauchez,
  Ilz ne cherchent que compaignie;
  Plusieurs ont leurs vins vendangez                     [P. 216]
  Et beu quasy jusqu'à la lye.
  Or advint qu'une grant mesgnie
  De compaignons se rencontrèrent.
  ******************************
  ******************************

  Et, sans trouver la saison chère,
  Chascun d'eulx se resjouyssoit
  Disant bons motz, faisant grant chère;
  Par ce point le temps se passoit.
  Mais l'ung d'iceulx promis avoit
  De coucher avec une garce,
  Et aux aultres le racontoit,
  Par jeu, en manière de farce.

  Tant parlèrent du bas mestier,
  Que fut conclud, par leur façon,
  Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher
  Près le gibet de Montfaulcon,
  Et auroyent pour provision
  Ung pasté de façon subtile,
  Et meneroyent, en conclusion,
  Avec eulx chascun une fille.

  Ce pasté, je vous en respons,
  Fut faict sans demander qu'il couste,
  Car il y avoit six chapons,
  Sans la chair, que point je n'y boute.
  On y eust bien tourné le coute,
  Tant estoit grant, point n'en doubtez.
  Le Prince des Sots et sa routte
  En eussent esté bien souppez.

  Deux escolliers voyant le cas,                     [P. 217]
  Qui ne sçavoyent rien que tromper,
  Sans prendre conseil d'advocatz,
  Ilz se voullurent occuper,
  Pensant à eux, comme atrapper
  Les pourroyent d'estoc ou de trenche;
  Car ilz voulloyent ce soir soupper
  Et avoir une repeue franche.

  Sans aller parler au devin,
  L'ung prist ce pasté de façon,
  L'autre emporta un broc de vin,
  Du pain assez, selon raison,
  Et allèrent vers Montfaulcon,
  Où estoit toute l'assemblée.
  Filles y avoit à foyson,
  Faisant chère desmesurée.

  Aussi juste comme l'orloge,
  Par devis et bonne manière,
  Ilz entrèrent dedans leur loge,
  Espérant de faire grant chière,
  Et tastoient devant et derrière
  Les povres filles, hault et bas.
  *****************************
  *****************************

  Les escolliers, sans nulle fable.
  Voyant ceste desconvenue,
  Vestirent habitz de diable,
  Et vindrent là, sans attendue:
  L'ung, ung croc, l'autre, une massue,
  Pour avoir la franche repue,
  Vindrent assaillir les gallans.
  *****************************

  Disant: «A mort! à mort, à mort!                     [P. 218]
  Prenez, à ces chaisnes de fer,
  Ribaulx, putains, par desconfort,
  Et les amenez en enfer;
  Ilz seront avec Lucifer,
  Au plus parfond de la chauldière,
  Et puis, pour mieulx les eschauffer,
  Gettez seront en la rivière!»

  L'ung des gallans, pour abbreger,
  Respondit: «Ma vie est finée!
  En enfer me fault heberger.
  Vecy ma dernière journée;
  Or suis-je bien ame dampnée!
  Nostre peché nous a attains,
  Car nous yrons, sans demourée,
  En enfer avec ces putains!»

  Se vous les eussiez veu fouyr,
  Jamais ne vistes si beau jeu,
  L'ung amont, l'autre aval courir;
  Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu.
  Ilz s'en fouyrent de ce lieu,
  Et laissèrent pain, vin et viande,
  Criant sainct Jean et sainct Mathieu,
  A qui ilz feroyent leur offrande.

  Noz escolliers, voyant cecy,
  Non obstant leur habit de diable,
  Furent alors hors de soulcy,
  Et s'assirent trestous à table;
  Et Dieu sçait si firent la galle                     [P. 219]
  Entour le vin et le pasté,
  Et repeurent, pour fin finalle,
  De ce qui estoit appresté.

  C'est bien trompé, qui rien ne paye,
  Et qui peut vivre d'advantaige,
  Sans desbourser or ne monnoye,
  En usant de joyeux langaige.
  Les escolliers, de bon couraige,
  Passèrent temps joyeusement,
  Sans bailler ny argent ny gaige,
  Et si repeurent franchement.

  Si vous vouliez suyvre l'escolle
  De ceulx qui vivent franchement,
  Lisez en cestuy prothocolle,
  Et voyez la façon comment;
  Mettez-y vostre entendement
  A faire comme ilz faseyent,
  Et, s'il n'y a empeschement,
  Vous vivrez comme ilz vivoyent.

  FIN DES REPEUES FRANCHES
  ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON.



NOTES.

_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers;
_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.)

P. 1. _Clément Marot aux Lecteurs._ Cette préface, avec le
huitain qui l'accompagne, est en tête de l'édition de _Paris,
Galiot du Pré,_ 1533, la première donnée par Marot.

P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a
pas consulté un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les
yeux toutes les éditions du XVe siècle.

P. 4, lig. 5. _Après _... Les vers que Marot dit avoir refaits
sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulière,
on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes
éditions. (P. L.)

P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas
eu l'intention de donner à ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se
trouve en tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres.

P. 8-9. Les huitains IV à IX ont été publiés pour la première
fois par Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas
connus.

P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son
Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas
là qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux.

P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publié pour la première fois par
Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de
La Monnoye.

P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publiés pour la première
fois par M. Prompsault, n'étaient pas connus de La Monnoye.
C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas
certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes
des corrections introduites dans ce texte par M. P. L.

P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon
eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente
ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas
d'être plus exact; mais dans le _Débat du corps et du coeur_ (p.
113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: «Tu as
trente ans.» Il était donc réellement né en 1431.

P. 22, huit. V. La leçon de l'édition Prompsault est meilleure
que celle de La Monnoye. La voici:

  _Si prieray pour lui de bon cueur,
  Par l'ame du bon feu Cotard..._

C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son procureur Cotard
(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault
d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par là.

P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon
parlait de lui-même; c'est évidemment une erreur. Pour le
reconnaître, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente
ans, et n'était pas un «pauvre vieillart.»

P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopté la correction de La
Monnoye, qui termine ainsi ce huitain:

  _C'est pure vérité decellée:
  Pour une joye cent doulours_.

P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche
le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier.
Il a découvert aussi que le premier huitain de la _Ballade
de Villon à s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de
_Françoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par
l'effet du hasard.

P. 90. _Lays._ Publié pour la première fois par Prompsault. En
manuscrit dans La Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII,
p. 91.

P. 99. «_Et je croy bien que pas n'en ment._» Le huitain qui
commence par ce vers et le reste de la ballade ont été publiés
pour la première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
dans La Monnoye.

P. 101. _Poésies diverses_. Le titre de plusieurs éditions
annonce un _Codicille_, ce qui a préoccupé quelques éditeurs
plus que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une
autre édition du XV'siècle (la troisième décrite par M. Brunet),
disent ce qu'il faut entendre par là. Dans celle de Pierre Levet
on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre
François Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament
et Codicille de maistre François Villon._ Le _Codicille_ n'est
donc autre chose que le _Grand Testament,_ postérieur de cinq
ans au _Petit Testament._

Les _poésies diverses_ ont été classées de différentes
façons, selon le gré des éditeurs. J'ai cherché à les ranger
chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'épitaphe_ (p. 101), la
_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p.
104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double
ballade_ (p. 107) se rapportent au procès de 1457. Je parlerai
des autres pièces plus tard.

P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pièce et les deux
suivantes se trouvent dans un très-beau manuscrit des Poésies de
Charles d'Orléans, conservé à la Bibliothèque impériale. Elles
ont été publiées pour la première fois par M. Prompsault.

P. 107. _Double ballade_. Cette pièce, adressée à Marie
d'Orléans, fut composée longtemps après la précédente, et
lorsque la princesse était déjà grande, et avait «port assuré,
maintien rassis» (p. 109, v. 17).

P. 110. _Ballade Villon._ Cette pièce est incontestablement de
Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poésies
de Charles d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux
autres pièces tirées du même manuscrit soient de lui, mais c'est
on ne peut plus vraisemblable.

Cette ballade fut composée sur un sujet donné par le duc
d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses poésies celles qui
furent composées à la même occasion par onze autres poëtes.

P. 111 _Epistre_, Cette pièce fut composée dans la prison de
Meung. Elle a été publiée pour la première fois par Prompsault,
mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La
Monnoye.

P. 112. _Le Débat du cueur et du corps_. Composé dans la prison
de Meung. Les précédents éditeurs n'ont pas remarqué que le nom
de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non
compris le refrain, forment l'_envoi_.

P. 113. _La, Requeste à Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se
trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade.
On le trouve dans les éditions du XVe siècle tel qu'il est
reproduit ici.

Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce ne
pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, à l'époque
précisément où Villon, peu connu comme poëte, se faisait
fouetter publiquement.

P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pièce a été tirée
du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien
prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce
que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par
_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_;
Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M.
Campeaux, par écoliers portant des _housses_, comme ceux du
collège de Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à
moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il
y a un rapprochement à faire entre cette supposition et,
d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement à la
profession du père de Villon; d'autre part, l'affirmation
très-nette de la onzième des pièces attribuées à Villon, que je
publie, p. 139. «...Mon père est cordouennier.» Malheureusement
ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade
des povres housseurs_.

P. 120. _Problème ou Ballade_. Publié pour la première fois par
Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye.

P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault
a cru publier cette pièce pour la première fois; mais il en
existe une édition en caractères gothiques, reproduite par M. A.
de Montaiglon dans les _Anciennes Poésies françoises_, t. V,
p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
annoté, avec le titre qu'elle porte ici.

P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les éditeurs de Villon ont
reculé devant l'explication de ces ballades en argot. Je
suis leur exemple; mais cela ne doit pas décourager ceux qui
voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes
les variantes des anciennes éditions, en rapprochant les
ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage
qui nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on
arriverait probablement à quelque chose de satisfaisant.

P. 133. _Poésies attribuées à Villon_. J'ai choisi ce titre à
cause de son élasticité. Je ne suis pas convaincu que ces pièces
soient de notre poëte; mais je n'ai pas voulu, en les donnant
comme émanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui
peuvent lui appartenir.

P. 133-143. Dix-sept pièces choisies parmi celles que M.
Campeaux a tirées du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son
travail sans être tenté d'admettre que plusieurs de ces pièces
sont réellement de Villon.

P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont été réunies pour
la première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723.
Je ne crois pas qu'elles soient de lui.

P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pièce se trouve
dans toutes les éditions de _la Chasse et le Départ d'Amours,_
d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. Je
dois cette indication à mon ami M. Louis Moland.

P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Réuni pour
la première fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une
édition de Galiot du Pré. Il existe de ce monologue une édition
gothique, format d'agenda, qui a été reproduite dans l'_Ancien
théâtre françois_, t. II, p. 326. J'en ai tiré quelques
variantes.

P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_.
De même que le _Monologue du franc archer_, cette pièce fut
réunie pour la première fois aux oeuvres de Villon dans
l'édition de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a
remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en strophes de six
vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de telle façon que la
rime placée dans une strophe au troisième et au sixième vers
se répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers,
c'est-à-dire au premier, au second, au quatrième et au cinquième.»
Je l'ai divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
y a beaucoup gagné.

Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, p. 172, et
l'autre de deux, p. 177.

P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprimé plusieurs
fois dans le XVe siècle et la première moitié du XVIe. Il n'est
pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle qu'on ne peut se
dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste,
depuis plus de trois cents ans. Il est écrit presque tout
entier en strophes de huit vers, ce que les précédents éditeurs
n'avaient pas assez remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon.
Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter,
bien que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y compris
celle de Jean Trepperel, que je crois la première.

P. 187. _La Manière d'avoir du poisson_. Le moyen employé par
Villon pour se débarrasser du _porte-pannier_ rappelle le
fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir
aussi les _Aventures de Til Ulespiègle_, chap. LXXI (_Nouvelle
collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facétieuses
Nuits de Straparole_, édition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p.
liv.

P. 190. _La Manière d'avoir des trippes_. Voir un expédient
analogue dans les _Aventures de Til Ulespiègle_, édition citée,
chap. LXXII.

P. 191. _La Manière d'avoir du pain_. Imité par l'auteur des
_Aventures de Til Ulespiègle_, chap. VI.

P. 192. _La Manière d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til
Ulespiègle_, chap. LVII.

P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imité par l'auteur
de _Til Ulespiègle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Périers.
Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122.





GLOSSAIRE-INDEX.

----------A----------

_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12.

_A coup_, vite, tout de suite.

_A tout_, avec.

_Abandonné_, libéral, prodigue. 172.

_Abayer_, aboyer.

_Aboluz_, abolis, absous. §§.

_Aboy_ (en), aux abois, abaissé.--«Trois poulx rampans en aboy»,
c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont
les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son ami
Baillevent, P. 168.

ABSALON, 121, 122.

_Absoluz, absolz_, absous.

_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35,
v. 2.)

_Acabit_, accident (?). 175.

_Accollèe, acollée_, accolade.

_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136.

_Acherin_, acéré, d'acier.

_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse.

_Acongnoistre_, connaître. 195.

_Accueillir_, tenir. 145.

_Acquester_, acquérir.

_Acreuz_, acquis, augmentés. 165.

_Acteur_ (l'), l'auteur. 182.

_Adextre_, adroit, habile.

_Adirer_, absenter, supprimer. 135.

_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25.

_Adonc, adoncques_, alors.

_Advantaige_, voy. _avantaige_.

_Affier_, assurer, certifier.

_Affiques_, affiquets. 185.

_Affoler_, blesser. 152.

_Affuyt_, suit.

_Aguet (aller d')_, marcher avec précaution et sans bruit, c'est
ce que faisaient sans doute les soldats de police à pied dont
parle Villon, p. 13, v. 21.

_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de
toucher, prendre.

_Ahonti_, déshonore, couvert de honte. 142.

_Aid_, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» P. 26, v. 6.

_Aignel_, agneau. 107.

_Ainçoys_, avant.

_Ains_, avant.

_Aist_, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» 107.

_Aiz_, planche. 84.

ALENÇON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois
par les Anglais et les Français pendant les guerres du XVe
siècle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiégea pour la
dernière fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres
places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alençon
dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier,
tué à la bataille d'Azincourt, en 1415.

ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare
Diomédès est, suivant Formey, rapportée par Cicéron, dans un
fragment du traité _De Republica_, liv. III, que nous a conservé
Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121.

ALLEMANSES, allemandes, 80.

_Alleure_ (_bonne_), promptement.

ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariée en 1160 à Louis
le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.)

_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se dévouer. 108.

ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Mèdes.

ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en
1458.

_Amant_, 165, amendement.

_Amathiste_, améthyste. 35.

_Ambagoys_, ambages, finesses. 192.

_Ambesas_, doubleas. P. 48.

_Ameçons_, hameçons. Employé au figuré, p. 185.

AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Prégent, seigneur
de Coetivy et de Retz, créé amiral en 1439, et tué en 1450, au
siège de Cherbourg.

AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour sa soeur
Thamar. (P. 46, v. 15.)

_Amoureux_, agréable, bon. 195, v. 1.

_Amys_, amicts. 36.

_Ance_, anse. 15.

ANCENYS, 151.

_Ançoys_, avant.

_Ancre_, encre.

_Andoilles_, andouilles. 64.

_Ange, Angelot_, (p. 70), étaient des monnaies d'or. Deux
_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune
merle agisse consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas
dans ses habitudes. (Pr.)

ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85.

ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) était sans doute
l'enseigne d'une hôtellerie.

ANGLAIS, p. 151.

ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3.

_Angoisseux_, plein d'angoisse.

ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nommé Angoulevent vivait
à la fin du XVIe siècle et se fit connaître par un procès qu'il
soutint pour défendre les privilèges de sa principauté. Mais ce
passage prouve que le nom d'Angoulevent était générique parmi
les gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. L.)

ANJOU, 157.

_Antan_, l'an passé.

_Ante_, tante. 82.

_Apasteler_, nourrir.

_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, évêque, et
peut-être prêtre.

_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172.

_Appeau_, appel. 197.

_Appoinct_, à point. 73.

_Appointé_, convenu.

_Appoinctement_, accord.

_Aprins_, appris.

_Arain_, airain, cuivre. 48

_Arbrynceaux_, arbrisseaux.

ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de
Sophocle. (Pr.)

ARCHITRICLIN (p. 69). Le maître d'hôtel des noces de Cana, qui
conseilla de boire le bon vin le premier.

_Ardiz_, brûlai. 121, v. 2.

_Ardre_, brûler.

_Argeutis_, arguties. 18.

ARISTOTE, 18, 25.

_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraître armé dans un tournoi.
(P. L)

_Arquemie_, alchimie. «Faire l'arquemie aux dens» (p. 182 et
186), c'est vivre de vent, n'avoir rien à manger.

_Arraisonner_, interroger.

_Arrons_, aurons.

_Ars_. brûlé. 17.

_Arsure_. brûlure. 76.

_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2.

_Art de mémoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage
didactique souvent réimprimé au XVe s. avec des figures
singulières. (P. L.)

ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le
Justicier, mort en 1458.

_Asçavoir-mon_, c'est à savoir.

ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne?

_Assier_, acier. 9.

_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110.

_Atout_, avec.

_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.)

_Attaintée_, 78, bien parée (Pr.),-fardée (P. L.).

_Attendue_, attente, retard.

_Attente_, intention. 49.

_Aubade_, peur. 199.

_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120.

_Aucunement_, en quelque façon.

_Auditeux_, auditeurs.

AUGER LE DANOIS, 91.

_Aulmoire_, armoire.

AULNIS (vin d'), 60.

AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21.

AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche héréditaire
fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.)

_Avaller_, descendre, précipiter en bas.

_Avantage (vivre d')_, vivre aux dépens d'autrui. 206, 208, etc.

_Avenir_, advenir.

AVERROYS, Averrhoès. 25.

_Avoyé_, en voie, bien venu. 196.

_Ayser (s')_, se mettre à son aise, se servir librement. P. 78,
v. 21.

----------B----------

BABYLOINE, Babylone. 79.

_Bachelette_, jeune fille. 47.

_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47.

_Bague_, bagage, arme.

BAIGNEUX, 193

BAIGNOLET, 150.

_Bailler_, donner.

BAILLY, 3.

_Bandon (à),_ à l'abandon.

_Barat_, tromperie.

_Barbiers_, étaient les chirurgiens du temps. 77.

_Barguigner_, marchander, hésiter.

_Barre_ (p 63), pièce du blason qui indique la bâtardise. Au
lieu de cela, Villon donne au bâtard de La Barre trois dés pipés
pour mettre dans son écusson.

BASANYER, 74.

_Bas mestier_, acte amoureux.

_Baston_, 156. Nom des armes portatives en général. On a dit
plus tard «baston à feu».

_Batture_, action de battre. 71, 115.

BAULDE (_frère_). 67.

_Baulde_, réjouie. 67.

_Bauldray_, donnerai.

_Bave_, bavardage. 180.

_Baver_, bavarder.

_Baverie_, bavardage, vaines promesses.

Baye, ouverte. 165.

BEAULNE. 193, 207.

_Beffray_, beffroi.

BÉGUINES, 66.

_Béjaulne_, niais. 193.

_Belin_, mouton. 70.

BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, à qui Villon donne le titre de
lieutenant criminel, était conseiller au Parlement de Paris.

BELLET, 118.

_Benoist_, béni.

_Benoistier_, bénitier.

_Bergeronnette_, chanson rustique. 91.

_Berlan_, brelan. 87.

BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mère de Charlemagne.

_Besongner_, travailler. 118.


_Besongnettes_, affaires d'amour.

_Betourner_, dompter, abattre. 108.

_Bière_ (en), mort, enseveli.

BIETRIS (p. 34, v. 19), Béatrix de Provence, mariée à Charles de
France, fils de Louis VIII. (Pr.)

BIETRIX, 118.

_Billart_, bâton recourbé avec lequel on jouait à la crosse.

BILLY (_la tour de_), 73.

_Bisagüe_, besaiguë.

_Bise_, brune. 79.

_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon,
valait douze deniers.

BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
question p. 34, v. 17, était Blanche de Bourbon, mariée en 1352
à Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche
de Castille, mère de saint Louis.

BLANCHE LA SAVETIÈRE, 42.

_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196.

_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206.

_Bloquer_, donner de l'argent. 175.

BOESMES, p. 118. «La faute des Boesmes», c'était l'hérésie des
Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague.

_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de
la rivière où l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le
langage trivial, _boire un bouillon_, c'est à dire: courir le
risque d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)

_Boiture_, boisson 52.

_Bonne_. «Cy suspendy et cy mis bonne», p.17. Prompsault
interprète _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette
expression équivaut à _mettre en panne_.

_Bonne alleure_, promptement.

_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77.

_Bort_, bordure. 136.

_Bouffé_, soufflé, emporté par un souffle. (P. 36, v. 19.)

_Bouges_, chausses, culottes.

_Bouhourder_, lutter à armes courtoises. 119.

_Boullon_, bouillon, tourbillon.

_Boulluz_, bouillis. 56.

BOULOGNE, 9.

BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier,
mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223.

_Bourde_, mensonge, 111.

_Bourder_, mentir.

BOURG-LA-ROYNE, 65.

BOURGES, 68, 76.

BOURGUIGNON (Pierre),60.

BOURGUYGNONS. 171.

_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33.

_Bourse_. «Les bourses des dix-et-huit clers» (p. 72). Le
collège des _Dix-huit_, où l'on recevait les étudiants trop
pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était situé, suivant M.
P. L, devant le collège de Clugny, sur l'emplacement actuel de
l'église de la Sorbonne.

_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161.
_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire.

_Boyser_, travailler le bois. 64.

_Bracquemart_, épée courte et large.

_Braire_, crier. 198.

_Brairie_, cris. 152.

_Branc_, sorte d'épée.

_Brayes,_ chausses, culottes.

_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu:
_Verloren, bey Gott!_

BREAAOIRE, Bressuire. 152.

BRETAIGNE, 62.

BRETONS, 153, 154, 157.

_Brettes_, Bretonnes. 80.

_Brief_, brièvement. 196.

_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des
_imbroglios_, des scènes comiques.

_Broillerie_, désordre.

_Broises, brossillons_, broussailles. 99.

_Brouaille_, 148, me paraît synonyme de _brodier, broudier_,
anus.

_Brouillez_, en désordre, embrouillés. 2

_Broust_, nourriture, subsistance. 174.

_Brouter_, manger. 63.

BROYER à moustarde, mortier. 17.

BRUCIENNES, Prussiennes. 80.

BRUNBAU (_Philip_), 97.

_Bruire_, faire du bruit.

_Bruit, bruyt_, renommée, réputation 9, 176.

BRUYÈRES (Mlle de), 79.

BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de
Sanceire, qui succéda comme amiral à Prégent de Coëtivy.

_Buffe_, soufflet. 194.

_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DÉCRET. Les porteurs de bulles (p.
87) étaient des ecclésiastiques ou des officiers du Saint-Siège,
qui venaient quêter et vendre des indulgences au nom du pape
dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus être admis
en France sans un ordre du roi; les privilèges de l'Église
gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces
collectes papales, qui avaient tant appauvri la chrétienté an
moyen âge. (P.L.)

_Bureaux_, vêtements de bure. 32.

BURIDAN, 34. C'était une tradition bien établie parmi les
écoliers de l'Université de Paris, qu'une reine de France
avoit fait de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine,
sur l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de ses
débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants,
et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice
satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la rivière.
Buridan eut le bonheur d'échapper à la mort, et il inventa
ce fameux sophisme, qui devait être sa vengeance et sa
justification: «Il est permis de tuer une reine si c'est
nécessaire.» Villon est le plus ancien auteur qui ait parlé de
cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de
France, l'a rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il
en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées
d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de
Louis le Hutin, fut étranglée dans sa prison, en 1314, par
ordre du roi. Quant à Buridan, il devint un des plus célèbres
professeurs de l'Université de Paris, et fut exilé de France
comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua
de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)

_Butor_, p. 122. Espèce de héron, oiseau aquatique. On croyait
au moyen âge qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de
l'eau, durant l'hiver. (P. L.)

----------C----------

_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80.

_Cadès_, juge, cadi. 26.

_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'était un nom donné aux
filles publiques M. P. L. rappelle, à l'appui de cette opinion,
qu'une célèbre maison de débauche, à Toulouse, était appelée
Châtel-vert.

CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, élu pape le 8 avril 1455,
siégea trois ans et quatre mois. (Pr.)

CALLAISIENNES, 8l.

_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, légaliser.
(P. L.)

_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est
quelque chose comme «mener les poules pisser.»

_Capitaine du Pont à Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et
mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient
alors le _pont à Billon_. (Pr.)

_Cappel_, chapeau. 105.

CARDON (_Jacques_), 91.

CARMES, 175.

CARMES (_l'hostel des_), 67.

_Carre_, dimension. «Trois detz plombez de bonne carre.» (P. 63,
v. 27.)

CARTAIGE, Carthage, 120.

CARTES _à jouer_, 63.

CASSANDRE, 110.

CASTELLANES, Castillanes, 80.

CATON, 109.

_Caut_, habile, prudent. 172.

_Caver_, creuser. 102.

_Caymant_, mendiant. 60.

_Céans,_ ici dedans.

_Ceau_, seau. 15.

CECILLE, Sicile. 74.

_Ceincture_, virginité. 68.

CELESTINS, 30, 82, 98.

_Celle_, cette. 104.

_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P.
L.)

_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers.

CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des enfers. 46.

_Cervoise_, 48.

CÉSAR (_Jules_), 120.

_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquiètent pas. P. 73.

_Chambres, privés_. 204.

CHAMBRE AUX DENIERS, 89.

CHAMP-TOURCÉ, 151. Chantocé ou Champtocé, village du département
de Maine-et-Loire.

_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112.

CHANGON, voy. _moutonnier_.

_Chapeau de laurier_, couronne. 2.

CHAPPELAIN (_le_), p. 93, était quelque ami de Villon qui
portait ce surnom. Villon lui lègue sa chapelle à simple tonsure
(p. 93, v. 2). Le bénéfice à simple tonsure, selon Pr., était
destiné à des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup
d'instruction.

_Chappin_, savate (?). 61.

CHARLEMAGNE, 35.

CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24.

CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le séjour de
Villon dans la prison de Meung, p. 35.

CHARRUAU (_Guillaume_),61.

CHARTIER (_Alain_), 91.

CHARTREUX, 31, 82, 98.

_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui
n'ont pas d'argent.

_Chastoy_, correction, châtiment. 85, 142.

_Chat_ «qui hayt pescher», qui a horreur de l'eau. P. 76.

_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157.

_Chef_, tête. 94.

_Chenu_, vieux, blanchi par l'âge. 40.

_Cheoir_, tomber. 111.

_Chère, chière_, mine, visage.--_Chère lye_, 187, mine
joyeuse.--_Chère marrie_, 194, air de mauvaise humeur.--
_Chère meslée_, 169, visage renfrogné.--_Chère rebourse_, mine
refrognée.

_Cherme_, charme, 58.

_Chet_, tombe. 117.

_Cheu_, tombé.

CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60.

CHEVALIER DU GUET. 92.

_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89.

_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16.

_Chevaucheur_, celui qui va à cheval. 47.

_Chevir_, venir à bout, se tirer d'affaire. 184.

_Chière_, voy. _Chère_.

_Chiet_, tombe.

CHOLLET, 64.

_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses.

CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné p. 36, v. 17, serait, selon
Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siècle.
Pr. croit qu'il s'agit plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194.

_Cil_, celui, 95, 111.

_Clamer_, appeler, crier. 102.

_Claqdent_, 176. Pays des gueux, à qui le froid fait claquer les
dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par
le mercure. Leur itinéraire obligé était par _Surie, Bavière_ et
_Claquedent_.

CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guésclin, mort en
1380.

_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--écoliers,
étudiants, 15, 86;--garçons de divers métiers. Les _clers
Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garçons d'hôtellerie
sont appelés clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc
de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est
pas nouvelle.

_Cler_, clair, pur. 56, 106.

_Clergeon_, écolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71

_Cliquepatins_, 98, traîne-savates. (LeDuchat.)

_Clorre_, clore, fermer.

CLOTAIRE, 105.

CLOVIS, 106.

_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot paraît être employé ici
dans un autre sens.

_Coing_, le coin qui sert à battre monnaie. 8.

_Cointe_, jolie, gentille. 147.

COLIN DE CAYEULX, 86.

COLIN GALERNE, 85.

_Collatérales (espèces)_, 18. Termes d'école, qui signifient les
facultés dépendantes de la mémoire. (P. L.)

COLOMBEL, 96.

_Com_, comme.

_Combien que_, bien que, quoique.

COMBRAYE (_le seigneur de_). 199.

_Commander_, recommander. 163.

_Commens_, Commentaires. 25.

_Compaings_, compagnons.

_Compasser_ (?). 171.

_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140.

_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre à bout d'arguments.
8l, v. 2.

_Congnoistre (soy)_, se reconnaître 160.

_Conjoindre_, réunir. 64.

_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5.

CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings
dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr.,
l'empereur Basile, souverain très-libéral.

_Conte_, comte. 135.

_Contemplation_, employé dans un sens équivoque. 66.

_Contendre_, disputer. 78.

_Contraict_, déformé, recourbé, _contracté_. 41.

_Contregarder_, garder. 203.

_Contrepoint (entendre le)_, être habile. 196.

_Convenir_, falloir. 38, 185.

_Convint_, couvent. 37.

_Convoyer_, convier. 197.

_Coquart_, coq. 49.

_Corbillon_, panier. 113.

CORDELIERS, 175, 179.

_Cordoen_, cuir. 23, 139.

_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier.

CORNU (_Jean_), 59.

COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Église qui
défendit Villon lors de son premier procès, en 1456.

_Cotteret_, cotret. 207.

_Coucher_, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche tel gage.» P.
86.

_Couiltart_, coulart, canon à main, long et mince. Employé dans
un sens équivoque. 153.

_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce
qui donne assez clairement le sens du mot et la façon dont se
prononçait le nom du poëte.

_Courage_, coeur. P. 107, v. 18.

COURAULT (Jehan), 77.

_Courre_, courir. P. 65.

_Coursé_, fâché, courroucé. 37, 151.

_Courtault_, 154. Canon portatif. Employé dans un sens
équivoque.

_Courtissain_, courtisan. 173.

_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armés.

_Coute_, coude. 135.

_Coutel_, couteau.

CRAON, 152.

_Créance_, croyance, opinion. 114.

_Crepelle_, coupelle. «Argent de crepelle» (p. 48), argent
épuré.

CRÈTE, 46.

_Creu_, grandi, accru. 70.

_Croire_, faire crédit, prendre à crédit, parfois en donnant un
gage. P. 159, v. 26-27.

_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irrévérencieusement _la
vraie croix_ (p. 115-116), c'était la marque empreinte sur la
plupart des monnaies du temps, et qui a été depuis remplacée par
l'effigie du prince. _Pile_ désignait le revers. On joue encore
à _pile ou face._ «Sans croix ne pile», sans argent.

_Croppetons (à)_, accroupi. 41.

CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence.

_Crostes_, croûtes. 98.

_Cry_, 168, cri d'armes.

CUEUR (_Jacques_), 32.

_Cuider_, croire.

CULDOU (_Michault_), 72.

_Curatez_, curés. 180.

_Cure_, soin, souci.

CURES, 152.

_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77.

_Cuyder_, croire.

_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L.
rapproche de cette locution celle de «cuydeurs de vendanges»,
employée par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25).

_Cy_, ici.

_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191.

_Cymballer_, jouer des cymbales. 87.

----------D----------

_Damoiselin_, de damoiseau.

_Danger_ 119. «A danger emprunter argent», c'était, si je ne me
trompe, emprunter à dix pour cent.

_Dangier_, danger, péril. 8.

DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de
Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas âge.

DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de
Viennois résidait à Grenoble. (Pr.)

DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion à son amour pour Bethsabée.

_Dea!_ exclamation: Dame!

_Débouté_, rebuté. 110.

_Debteur_, débiteur. 96. Villon, comme on le fait encore
souvent, emploie ce mot dans le sens de _créancier_.

_Debuer_, laver, lessiver. 102.

_Déchasse_, banni, chassé, 10.

DÉCRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce décret a été porté par le
quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne à tous les
chrétiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs péchés
à leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les
religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datée de
Pisé, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
préjudice des droits des curés, établis par le canon que nous
venons de citer. L'Université se leva contre, tint plusieurs
assemblées, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus
de son sein. Les évêques de France se joignirent à elle. Des
députés furent envoyés à Rome, et en rapportèrent une bulle de
Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. Cette affaire
était à peine terminée, ou même ne l'était pas encore, quand
Villon composait son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux
des curés de Paris, il leur lègue le canon _Omnis_ pour le
remettre en vigueur. (Pr.)

DEDALUS, Dédale. Sa «court» (p. 122, v. 7) était son célèbre
labyrinthe, où il fut enfermé lui-même.

_Dedans_, d'ici à... «Dedans ces Pasques.» (P. 12, V. 4.)

_Dédié_, consacré. «Et à bonnes moeurs dédié» (p. 29, v. 5).

_Deffaçon_, ruine, destruction. 8, 58.

_Deffuyr_, éviter, négliger. 84.

_Dejeter_, retirer. 54.

_Delivre_, quitte, libéré. 181.

_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109.

_Demonstrance_, démonstration. 186.

_Demourant (le)_ le reste.

_Demourée_, retard, séjour. 191.

_Demourra_, restera. 32.

_Demourroit_, resterait. 121.

_Demy-ceinct_, p. 33 «Ceinture d'argent avec des pendants
auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc.» (P. L.)

_De par_, au nom de. 9.

_Departir_, départ. P. 100, v. 8.

_Departir_, partir, se séparer. 9, 142, 196, 204, 205.

_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3.

_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109.

_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7.

_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92

_Desclos_, ouvert.

_Desconfire_, ruiner, détruire. 103, 106.

_Descrier_, décrier, 42, est dit des monnaies dont on
interdisait la circulation par un cri public.

_Descrire_, écrire, rapporter. 146.

_Deshait_, 83, dispute, désappointement.

_Desmarcher_, reculer. 158.

_Desnué_, dépouillé. 14, 208.

_Despartir (se)_, se séparer. 44.

_Despendre_, dépenser.

_Despendu_, dépensé. 28.

_Desperance_, désespoir. 122.

_Despiter_, défier. 48.

_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31.

_Despourveu_, dépourvu. 14.

_Desprins_, dépourvu, 15.

_Despriser_, déprécier. 116.

_Desplaisance_, déplaisir.

_Desroquer_, 175, pour _dérocher_, terme de fauconnerie, qui
signifie forcer la bête. (P. L.)

_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72.

_Dessiré_, déchiré. 148.

_Destaindre_, éteindre. 167.

_Destourbier_, trouble, embarras. 16.

_Destre_, droit. 198.

_Desveillé_, réveillé, ravivé. 18.

_Desvier_, dévier. 91.

_Desvoyé_, 156, égaré, écarté de votre bannière. (P. L.)

_Detrayner_, maltraiter. 40.

_Détrenché_, coupé, haché. 143.

_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185.

_Detz_, doigts. 26.

_Detz_, dés. 63.

_Deul_, chagrin, deuil. 108.

_Deul (je me)_, je me plains. 8.

_Devaller_, descendre 185.

_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9.

_Dévier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110.

_Dextre_, droit, droite.

DIDO, Didon. 86, 110.

_Die_, dise. 103.

_Diffame_, déshonneur. 44, 86.

_Diffinir_, définir, expliquer. 93.

DIJON, 37.

_Dilation_, retard, délai. 179.

DIOMEDÈS, 26

_Discordez_, désunis. 106.

_Ditz_, propos, discours. 43.

_Diviser_, causer, parler. 169.

DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_.

_Doint_, donne.

_Doller_, travailler de la dojoire. 64.

_Doncques_, donc.

_D'ond_, d'où. 114, 156.

DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire
d'Aelius Donatus, intitulée _De octo partibus orationis_,
laquelle était en usage dans toutes les universités de l'Europe,
et surtout dans celles de France. (P. L.)

DOUAY, 22.

_Doubtance_, doute. 201.

_Double_, supposition, crainte. 43, 204.

_Doubler_, craindre, redouter. 97.

_Doulche_, douce. 134.

_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140.

_Douver_, faire des douves. 64.

_Douzain_, petite monnaie. 173.

DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents étaient particulièrement
attachés au prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.)

_Doye_, doive. 141.

_Drapel_, linge. 104.

_Drapelle_, linge, habits. 48.

_Drapilles_, linge, hardes. 88.

DU BOYS. 64.

DU RU (_Guillaume_). 97.

_Du tout_, entièrement, complètement. 16, 21.

----------E----------

ECHO, nymphe, 34, 110.

_Edit_, adresse, invention. 192.

_Effimère_, éphémère. 53.

_Efforcer_, contraindre. 104.

_Effroyé_, 156, effarouché, avec un air menaçant. (Pr.)

EGIPTE, Egypte. 120.

EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15.

_El_, elle. 9, 84.

_Embattre_ (s'), s'abattre. 75.

_Embesongné_, occupé, affairé. 204.

_Embler_, voler. 159, 161. Se dérober, 211.

_Embroché (vin)_, mis en perce. 30.

_Emmy_, au milieu de.

_Empescher_, 71, occuper, embarrasser.

_Emperier_, empereur. 36.

_Emperière_, impératrice, souveraine. 55.

_Empire (ciel)_, l'empyrée. 103.

_Emprès_, auprès de.

_Emprise_, entreprise.

_Enchanter_, ensorceler. 117.

_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72.

_Enclos_, enfermé. 106.

_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144.

ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon.

ENFANS-TROUVEZ, 85.

_Enferma_, infirmes. 91.

_Enfondu_, 16. Creux et décharnez, dit Marot.--Ne pouvant se
soutenir. (Pr.)

_Engigner_, tromper. 68.

_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse.
171.

_Engrillonné_, attaché avec des menottes. 26.

_Enhort_, exhortation. 25.

_Enhorter_, exhorter.

_Enmouflé_, chaussé de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M.
P. L, Je croirais que cela signifie plutôt _emmitouflé_.

_Enné_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_
(par mon âme).

_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204.

_Enquerir_, rechercher. 35.

_Enserré_, enfermé. 15.

_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2.

_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121.

_Entendre_, connaître, savoir: «J'entends que ma mère mourra.»
(P. 32, v. 25.)

_Entente_, intention, projet. 49.

_Entour_, autour de.

_Entrepreneur_, survenant qui se mêle des affaires de quelqu'un,
qui _l'entreprend._ 194.

_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40.

_Envers_, à l'envers, renversé. 111, v. 5.

_Envys_, malgré soi. 70.

EOLUS. 123. Les «clerc Eolus» sont les sujets de ce dieu, les
vents.

ERACE, père de Villon, 31.

_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement,
tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95.

_Ès_, aux, dans les.

ESBAILURT, Abailard. 34.

_Esbatans_, joyeux, aimant à s'amuser, à s'ébattre. 72.

_Esbatement_, amusement. 119.

_Esbaudiz_, privés de joie. 164.

_Escaché_, écrasé. 67.

_Escarbouillé_, écrasé. 148.

_Eschec et mac (être)_, échec et mat. Terme du jeu d'échecs. 205.

_Eschever_, éviter. 88.

_Eschoicte_, échéance, héritage, 111.

_Esclat_, 83, bâton, échalas.

_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_.

_Escollier_, étudiant, jeune homme qui suit les cours de
l'Université.

_Escondire_, refuser. 104.

ESCOSSOYS, 68.

_Escourgeon_, sorte de fouet. 13.

_Escoutans_, auditeurs. 183.

_Escouvillon_, balai de four. 19.

_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les «chevaucheurs
d'escovettes» (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au
sabbat à cheval sur un balai.

_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr.

_Escriptures_, écrits, ouvrages. 2.

_Escuz_, écus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses,
p. 56, 70, 145, 147.--Prendre écus pour douzains, p. 173, c'est
ne pas regarder à l'argent.--«Escuz telz que prince les donne,»
p. 17, peut s'entendre des armoiries.

_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.)

_Esguière_, vase à mettre de l'eau. 198.

_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis
d'aiguillettes.

_Esguisé_, aiguisé. «Esguisez comme une pelote» (p. 25, v. 4),
obtus.

_Esjouir, esjoir_, réjouir.

_Esles_, ailes, 153.

_Eslocher_, ébranler. 103.

ESMAUS (les pèlerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap.
XXIV.

_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.)

_Esmerillon_, 100. L'émérillon est le plus petit des oiseaux de
proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)

_Esmérillonné_, gai, vif. 170.

_Esmolu_, émoulu, aiguisé. 147.

_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76.

_Esmoyer (s')_, s'inquiéter.

ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poëte ne savait pas le nom.
(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de
Léon, qui régna jusqu'en 1454.

_Espani_, épanoui. 58.

_Espasmie_, pamée. 147.

_Espartir_, épandre, répartir, 18.

_Especiaulx_, 169. D'un mérite tout particulier. (P. L.)

_Esperviers (gens à porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit
de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un
filet de braconnier.

_Espie_, espion, guetteur. «Aux champs debout comme ung espie»
(p. 105), veut dire pendu.

_Espoindre_, piquer, exciter. 100.

_Espoir (j')_, j'espère, 110.

_Espois_, épais. 112.

_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34.

_Estaux_, étaux. 16.

_Estable_, stable. 24.

_Establis_, étaux des marchands. 13.

_Estaing_, étain. 9.

_Estamine_, étoffe claire.

_Estan_, étang. 34.

_Estature_, stature, portrait. 94.

_Estoeuf_, éteuf. 49.

_Estomac d'alouette_ (?). 168.

ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154.

_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174.

_Estrange_, étranger. 70, v. 15; 103, 184.

_Estranger_, éloigner. 43, v. 15.

_Estre_, demeure, hôtel. 191.

_Estre_, état, existence, manière d'être. 42, 157.--_En estre_,
p. 73, en état.

_Estrenes_, étrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot
de Rennes, se compare à un marchand qui désire étrenner avant de
fermer boutique. (P. L.)

_Estrif, estry_, débat, querelle, dispute, 15, 178.

_Exaucer_, élever, monter. 183.

_Estimative_, qui juge, qui apprécie. 18

_Extrace_, extraction, lignée. 31.

----------F----------

_Fable_, mensonge. 76.

_Faictisses_, jolies, bien faites. 40.

_Faille_, faute. 153.

_Faillent_, manquent. 8.

_Faillir_, manquer.

_Failly_, découragé, abattu. 28.

_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L.

_Faintis_, trompeur, 87.

_Faitard_, paresseux, 22, 69.

_Fantasie_, imagination. 18.

_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87.

_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne préparait le fardeau que
chaque mortel devait porter pendant sa vie.

_Fastée (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: «faire
ung soir pour soy la fastée» (p. 91). D'autres éditions portent
_la saffée_, ce que je ne comprends pas davantage.

_Faulse_, méchante. 57.

_Fault, faut_, manque.

_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde.

_Fausserie_, fausseté, fausse accusation. 105.

_Feautre_, feutre, 48, 63.

_Fenestres_. Les fenêtres servaient de montre aux marchands pour
étaler leurs marchandises. «Et pain ne voient qu'aux fenêtres»
(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas
de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique.

_Ferir_, frapper.

_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184.

_Fière_, frappe. 39.

_Fiert_, frappe.

_Filetz_, bouts de fil, 29.

_Finablement_, finalement, enfin. 2

_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. «De feu je n'eusse
pu finer» (p. 18, v. 28).

_Fix, fics_, terme de médecine. 77.

_Flambans_, enflammés. 76.

_Flambe_, flamme, 155.

_Flans_, sorte de patisserie. 71.

FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom.
La plus célèbre est la plus ancienne, à qui l'on attribue
Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maîtresse du
grand Pompée. (P. L.)

_Flou_, mince, fluet. 64.

_Flours_, fleurs. 145.

_Foleur_, folie. 58, 113, 114.

_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174.

_Font_, fontaine, source. 105.

_Forclorre_, délivrer, mettre hors. «Pour forclorre
d'adversité», p. 15.

_Formative (faculté)_, faculté d'inventer. 12.

_Fors_, excepté, hormis.

_Fort (au)_, au fond, après tout. 161, 170.

_Fouir_, fuir. 8.

FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait «sauvé
maintes causes justes».

_Fourrer le poignet_ à la bourse, tirer de l'argent. 136.

_Fouterre_, voy. MICHAULT.

_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120.

FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publié récemment, à la
suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il
regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés les
_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la
jeunesse de Villon.

FRANCE, 36, 121. Le très noble roi de France, «sur tous autres
roys decorez», dont parle Villon (p. 36, v. 23), était, selon M.
Pr., saint Louis.

_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9).

_Franchy_, affranchi, délivré. 23.

FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. 68.

FREMIN, 51.

_Frez_, frais. 85.

_Friquet_, élégant, fringant. 169.

_Fromentée_, sorte de gâteau dont Baillevent donne la recette.
90

_Fruiction_, bénéfice, profit. 166.

_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166.

_Fume, fumée_. 75.

_Fumer (se)_, se mettre en colère, s'emporter.

_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26.

----------G----------

_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons.

_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-être les Enfants sans
souci, écoliers et basochiens, qui s'étaient mis en société à la
fin du XVe siècle pour jouer des farces et des soties. Clément
Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.)

_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties.

_Galler_, se réjouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27.

GARNIER, 104.

_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit
par grelots. J'ai suivi la leçon de La Monnoye.

_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194.

_Gect_, 118. Jetons servant à compter.

_Gehaine_, instrument de torture. 144.

_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes.

GENEVOIS, 73.

_Genoillon (à)_, à genoux. 54.

_Geu_, couché. 89.

_Gippon_, jupon, robe. 117.

GIRARD _(Perrot)_. 65.

_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16.

_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87.

GLOCUS, 123. La forêt où règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)

_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50.

_Godet de grève_, 6l. Grand pot de grès à mettre du vin. (P. L.)
Je crois qu'il s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de
Grève.

_Gogo_, 84. «Il semblerait que _gogo_ ait été synonyme de
_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de là _vivre à
gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot
_goguette_ est resté.» (P. L.)

_Gonne_, vêtement de moine, tunique, froc. 118.

_Gorgerin_, 68. C'était une pièce de l'armure destinée à
protéger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon
appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.)

_Gorgias_, élégant, richement vêtu. 168, 169, 172.

_Gorriers, gorrières_, 179, hommes et femmes élégants, vêtus
richement et à la mode.

_Gourt (être à son)_, p. 201, être à son affaire, être content.

GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.

_Goyères_, sorte de gâteaux. 81.

_Grâce (par qui)_, par la grâce de qui. 9.

_Grafignier_, déchirer avec les ongles. (Pr.)

_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199.

GRAND-TURC, 122.

_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose,
comme les poules. «Au grat, la terre est dégelée!» P. 177.

_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58.

GRENOBLE, 37.

_Grève_, jambe. 61.

_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161.

_Grez_, 60, pierre à aiguiser. (Pr.)

_Grez_, gré. «Prendre en gré», avoir agréable, savoir se
contenter (p. 88).

GRIGNY, 73.

_Grille_, prison. 84.

_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures.

_Grivelé_, marqueté, moucheté comme les grives. 41.

_Groiselles_, groseilles. «Mascher des groiselles (p. 46, v.
26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule.»

_Grongnée_ sur l'oeil, emplâtre ou meurtrissure. 16.

GROS VALLET, 155. C'était un des servants de l'homme d'armes.
Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_,
c'est-à-dire les trois ou quatre combattants qui devaient
accompagner un homme d'armes et marcher à ses côtés dans la
bataille. (P. L.)

_Guerdonner_, récompenser.

_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave.

_Guerrier_, guerroyer. 119.

GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le même que Guillaume Gueuldry, p.
15. M. P. L. pense que «la maison Guesdry Guillaume» était le
pilori ou la maison du bourreau.

_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au
capitaine du guet, parce qu'il était resté peut-être seul en
possession de l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. (Pr.)

GUILLEMETTE _la tapissière_. 42.

GUILLEMIN, 153.

GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY.

_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168.

_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espèce de hache à deux
tranchants. (P. L.)

_Guise_, mode, façon, manière. 139, 168.

----------H----------

_Habité_, 170, ayant maison, habitation.

_Habitué (bien)_, ayant de belles manières. 196.

_Hahay_! exclamation. 139.

_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement.
p. 83.

_Hamée_ (?), 121.

HANNIBAL, Annibal. 120.

_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours
sous Philippe le Hardi.

HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique
héritière d'Elie de la Flèche, comte du Maine, mort en 1110.
(Pr.)

_Harier_, tracasser. 102.

_Hasles_, hâle. 88.

_Havée,_ poignée, poignée de main. 61, 169.

_Haiet_, 60, croc. (Pr.)

_Hayneurs_, qui détestent. 90.

_Hayter_, profiter, réussir. «Riens ne hayt que persévérance.»
(P. 25, v. 14.)

_Heaulmière,_ marchande de heaumes. 39.

_Hébergement,_ accueil.

HECTOR, 74.

HÉLÈNE, HELEINE, 53, 112.

HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, amante d'Abailard

HENRY (maistre), 85--«Henri Cousin était alors bourreau et
tourmenteur-juré de la prévôté de Paris.» (P. L.)

HERODE (p. 46) fit décapiter saint Jean Baptiste, sur la demande
de la danseuse Hérodiade.

_Herroit_, haïrait. 59.

HESSELIN (_Denys_). 60.

_Hez_, hais. 138.

_Histoire_, ornement. «Sans autre histoire», 94. Au quinzième
siècle et au commencement du seizième, on appelait _histoires_
les gravures dont les livres étaient ornés.

_Ho_! assez! halte là! P. 71, v. 9.

_Hober_, remuer, bouger.

_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est
incompréhensible.

_Hoirs_, héritiers.

HOLOFERNES, 121.

_Hom_, homme, on. 18, 120.

_Hostel_, maison. 82.

HOTEL-DIEU de Paris, 85.

_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158.

_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223.

_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines
ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux
à l'écurie. (P. L.)

_Hucher_, crier, appeler à haute voix. 70.

_Hucque_, 12, camail à capuchon, que les hommes de toute
condition portaient au XVe siècle (P. L.)

HUE CAPET, Hugues Capet. 104.

_Humblesse_, humilité. 205.

_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162.

_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64.

_Huy_, aujourd'huy. 38.

_Huys_, porte.

----------I----------

_Icelle_, cette.

_Idolatryer_, tomber dans l'idolâtrie. 45.

_Ilce_, cela. P. 62, v. 16.

_Istroit_, sortirait, 145.

_Ils, ilz_, elles. «S'ils n'ayment fors que pour l'argent.» (P.
43, v. 19).

_Impartir_, accorder, donner. 9, 55.

_Impêtrer_, obtenir. 42.

_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14.

_Informé_, instruit. «Informez en meurs» (p. 71), bien élevés.

INNOCENS (les), cimetière de Paris, 89.

_Inventaire_, compte fait.

ISABEAU, 82.

ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45.

----------J----------

_Jà, déjà, certainement.

_Jacobins_, glaires, flegmes. 49.

_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66.

JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179.

_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_
ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il
y avait des _jacques_ de toutes sortes d'étoffes. Nous disons
encore _jaquette_.

JACQUELINE, 82.

_Jalet_, galet, caillou. 114.

_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril.

JAMES, (_Jacques_), 92,97.

_Jargon jobelin_, argot, 179.

_Jargonner_, p. 118. «Je congnois quand pipeur jargonne», veut
dire: je connais l'artifice du chasseur à la pipée.

_Jasoit_, quoique, 138.

JASON, _Jazon_, 121.

JEHAN de CALAYS, 93.

JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait
de l'argent aux _pardons_, ou peut-être un nom donné aux
_pardonneurs_.

JEHANNE, 173.

JEHANNE DE BRETAIGNE, 84.

JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc.

JEHANNETON, 49.

JEHANNETON _la Chaperonnière_, 42.

_Jengleresse_, menteuse, 55.

_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on
devrait lire le jeu de dame. C'est la même chose.

_Jeux_, pièces dramatiques, 87.

JOB, 29, 122.

_Jobelin_, argot. 169, 179.

_Joinctes_, jointures, articulations 33.

JONAS, 122.

_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189,
190.

JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitième fils de Jean Jouvenel des
Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470.

JUDAS, 122.

JUDIC, _Judith_. 110, 121.

JUIFS, 103.

JUNO, Junon. 122.

_Jus_, bas, à bas. 76, 136, 159.

JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il.

----------K----------

KATHERINE _la Bouchière_, 42.

KATHERINE DE VAUSELLES, 46.

----------L----------

_L'en_, on, l'on.

_Là sus_, là haut. 103.

LA BARRE, 50, 57, 63.

_Labit_, 175, décadence, de _labes_ (P.L.).

_Labour_, travail, labeur. 88.

_Laboureux mestier_, état de laboureur. 79.

LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96.

LA HIRE. 155. Étienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus
braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les
guerres contre les Anglais, et mourut à Montauban en 1442.
(P.L.)

_Laidanger_, injurier, railler. 43.

L'AIGLE, 152.

_Lairra_, laissera.

_Lairray_, laisseray.

_Lait_, laid.

_Laiz_, laïques. 33.

_Lame_, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il gyst soubz
lame» (32, v. 23).

LAMESOU (_le seigneur de_), 200.

LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans
ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tué à la
bataille de Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne,
la Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
_Lancelot_ ne ressemble guère à _Ladislas_.

LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157.

_Laqs_, filets, pièges. 78.

_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141.

LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche était un des bons
capitaines de Charles VII. Il s'attacha à la personne du Dauphin
Louis, et le suivit dans ses révoltes contre son père. On le
voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent
nouvelles du bon roy Louis XI_, où il est toujours nommé
«monseigneur de La Roche». (P. L.)

LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut être que Foucauld, 3e du nom
seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller
et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de
bataille, en 1461. (P. L.)

_Las_, lacs, filets. 47.

_Lasse!_ hélas. 32.

_Lassus_, là haut. 91.

_Latin_, langage, parler quelconque. «Je n'entends point vostre
latin.» 202.

LAURENS (_Jehan_), 68.

_Lavaille_, eau qui a servi à laver. 76.

_Lay_, laïque 44.

_Lay_, pièce de vers. «Ce lay contenant des vers dix.» P. 59, v.
4.

_Lays_ est employé, dans la préface de Marot et dans les deux
Testaments, dans le sens de legs.

_Lé_, large «Tant qu'il a de long et de lé» (23, v. 22).

_Lealle_, loyale. 134.

_Léans_, là dedans.

LE CAMUS SENESCHAL, 92.

_Lectry_, lutrin, 15.

_Légèrement_, vivement, promptement.

LE LOU (_Jehan_), 64.

_Lembroysé_, lambrissé, 68.

_Lermes_, larmes.

_Lerz_, loirs. 72.

_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer à sa
gourmandise. 28.

_Lettres_, savoir, connaissances. «Sans plus grandes lettres
chercher» (p. 71, v. 7).

_Lez_ auprès, à côté de.

_Lians_, liens. 106.

_Librairie_, bibliothèque. 54.

_Lice_, lisière, laisse. 171, v. 21.

_Lit de parement_, 89. C'était un grand lit d'honneur, avec
dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied,
chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.)

_Ligne_, 69, lignée, race.

_Linget_, mince, délié. 64.

_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20

LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs
banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent
s'établir à Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils
prêtaient à gros intérêts, le peuple donna le nom de _lombards_
aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art
d'attraper de l'argent.

LOMER, 91.

LORRAINES, 8l.

_Los_, lot. 134.

LOTH, 69.

LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit
qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut à remettre la
ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait
conseiller à la Chambre des comptes par Louis XI.

_Loyaument_, loyalement.

_Loyer_, récompense. 45.

LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23.

_Loz_, louange. 109.

_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr.

LUCRESSE. Lucrèce. 118.

_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila aux
Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que Villon
rapporte ainsi p. 45, 2. 21: «Samson en perdit ses lunettes.»

_Lutter_, faire le métier de baladin. 87.

_Luz_, luths. 55.

_Ly_, le, les. 36.

LYMOUSINS, 185, 199, 202.

LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22.

_Lysses_, lices, luttes: «à tenir amoureuses lysses» (p. 40, v.
29).

----------M----------

_M'_, mon, ma. «Par m'ame.» 73.

MACÉE _d'Orléans_. 68.

_Macher_, manger. 187.

MACQUAIRE, 76.

MACROBE, 81.

MAGDELAINE (_la_), 122.

_Maignan_, chaudronnier. 119.

_Maille_, petite pièce de monnaie. 86, 180, 208.

_Maille_, pas du tout. «Je ne vous crains pas maille», 151.

_Mailler_, battre à coups de marteau, de maillet. 116.

_Maillon_, maillot. 54.

_Main mise_, 52. «Dieu nous garde de la main mise», nous
préserve d'être pris.

MAIREBEUF. 17, 62.

_Mais_, plus. «Il n'a mais qu'un peu de billon.» (P. 19, v. 9.)

_Mais que_, pourvu que.

_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'était.

_Maistrie_, domination. 102.

_Mal, male_, mauvais, mauvaise.

MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'était, selon M. P. L., servir un
homme d'épée à la guerre, porter un épieu, une guisarme ou un
coutelas, appelé _Malchus_, du nom de celui à qui saint Pierre
coupa une oreille.

_Mal gré_, disgrâce. 58.

_Malheureté_, infortune, malheur, misère.

_Mallement_, méchamment, durement.

MALPENSÉ, 11. Personnage imaginaire, aux idées peu nettes.

_Maltalent_, méchanceté, colère. 36.

_Mander_, envoyer. 77.

_Manna_, manne. 107.

_Manne_. «Venir de manne» (73), venir du ciel, comme la manne.

_Marché au filè_ (?), 80.

_Marché (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y
compris les affaires d'amour.

_Marchesens_ (?), 175.

MARGOT (_la grosse_), 82, 83.

MARIE (_d'Orléans_), 105.

MARION LA PEAU TARDE, 91.

MARION L'YDOLLE, 84, 86.

MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91.

_Mariottes_, femmes mariées (?), 98.

MARQUET. 92.

MARTIN GALLANT, 185.

MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosées par
la Crou, petite rivière qui passe à Gonesse et à Saint-Denis.

_Maschouère_, mâchoire, 52.

_Mate chère_, triste mine. 52.

_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insensés.
Peut-être la confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette société
joyeuse de poëtes et de comédiens, qui était alors la rivale de
la Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.)

_Mathelineux_, fou.

MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de
Gand, trouvère du XIIIe siècle, qui a écrit contre les moines.

_Mathon_, fromage mou.

(P. L.)

MATHUSALÉ, Mathusalem, 23.

_Mau_, mauvais, 65, 84.

MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuée (c'est-à-dire malpropre)
était située à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors
que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. L.).
Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine Maubuée, 1.

_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le
prêtre, exorcisant les possédés, prend le diable par le col avec
son étole (p. 36).

_Mauldite_, injuriée avec blasphème. (P. L.)

_Maulgré_, malgré. 158.

_Maulx_, mauvais. 106, v. 12.

MAUTAINCT, 74.

MEHUN, 24, 84.

MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66.

_Meins_, moins. 154.

_Meist_, mit. 60.

MENDIANS (_frères_), 66, 98.

_Menestrier_, musicien. 45.

_Menroit_, mènerait. 201.

_Mercerot_, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de Rennes» (p.
37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-à-dire
comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui
étaient affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens.

_Merciz_, miséricorde.

_Mereaulx_, jetons qui servaient à faire les comptes.

_Mérencolie_, mélancolie, folie. 188.

_Merir_, mériter. 55, v. 8.

_Merit_, mérite. 52, v. 1.

MERLE, 70.

_Meschance_, misère, malheur.

_Meschief_, malheur, accident, 141.

_Meschoir_, arriver du mal.

_Mescompter (se)_, s'exposer à des mécomptes. 7.

_Mesdire_, mentir. «Je le dys et ne croys mesdire.» (P. 28, v.
20.)

_Meseaulx_, lépreux. 76.

_Meshaigné_, blessé, en mauvais état. 152.

_Meshaing_, peine. 98.

_Meshuy_, p. 150. «C'est à meshuy!» C'est maintenant, pour le
coup!--Aujourd'hui. 157.

_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133.

_Masprins_, mal agi, 8.

_Messaigières_, entremetteuses. P. 80, v. 9.

_Messe (seiche)_, 93, messe sans consécration.

_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200.

_Mestier (bas)_, affaires d'amour.

MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_,
Jehan de Meung. Voy. MEHUN.

_Meurdri_, meurtri. 16.

_Meure_, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir que meure.» (P. 28,
v. 9.)

_Meurté_, maturité. 26.

MICHAULT DU FOUR, 63.

MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publié par
Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le héros du conte n'est
pas nommé.

_Mie_, pas du tout. 62.

_Miege_, mégissier. 65.

_Mignon_, favori. 196.

_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98.

_Mineur_, petit. «Haro, haro, le grand et le mineur!» (p 58, v
11.) A l'aide, grands et petits!

_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.)

_Misericors_, indulgent, miséricordieux 22.

_Miste_, joli, aimable. 196.

_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion à
l'usage, qui n'est pas encore complètement perdu, de donner des
gants aux convives d'une noce.

_Mitaines de fer_, gantelets. 152.

_Mocque_, moquerie. 175.

_Mol_ mollet. 61.

MONFAULCON, 215.

_Monopolles_, cabales, complots. 205.

_Monstier_, couvent.

MONTMARTRE, 8l.

MONTPIPPEAU, 86.

MONT-VALÉRIEN, 81.

_Moralitez_ (p. 87), pièces dramatiques dont les vertus, les
vices, etc., sont les personnages.

MOREAU, 50.

_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge

_Mors_, mordu. 143, v. 18.

_Mort_. «Aller de mort à vie», p. 91, est un jeu de mots,
l'inverse d'aller de vie à trépas.

MORTELLERIE (_Rue de la_), à Paris. 200.

_Morteux_, mortels. 159.

MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne de Jehan de la Garde,
l'épicier. (P. 17, v. 1.)

_Moulier_, femme, 46.

_Moult_, très, beaucoup.

_Mouse_, museau. 63.

_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _moût_ dans le sens
de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais
faits pour paraître, pour se faire _mousser_.

_Moustarde (aller à la)_, 91, faire grand bruit d'une chose,
s'en vanter, en parler à tout propos.

_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon était un _mouton_
ou faux compagnon que Villon avait rencontré dans les prisons,
pour son malheur. C'est assez vraisemblable.

_Muer_, changer. 27.

_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum.

MULLE, 60, probablement une enseigne.

_Musars_, fainéants, 98.

_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79

_Musser_, cacher. 58.

_Mye_, point, pas du tout. 202.

----------N----------

_N'_, ni 108.

NABUGODONOZOR, 122.

NANCY. P. 171. Ce souvenir du siège et de la bataille de
Nancy, où les Suisses défirent le duc de Bourgogne, Charles
le Téméraire, prouve, ainsi que l'a remarqué M. P. L., que
le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a été composé après
l'année 1477.

_Naquet_, 169, jeune garçon, d'où _laquais_ (P. L.). On appelait
particulièrement _naquets_ les garçons des jeux de paume.

NARCISSUS, Narcisse, 46, 122.

_Natté_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. «En chambre
bien nattée», 78.

_Naveau_, navet. 48.

_Navrer_, blesser.

_Ne_, ni.

_Ne que_, pas plus que.

_Nectelet_, 169. Propret, bien vêtu.

_Nennil, nenny_, non.

_Noailleux_, noueux. 155.

NOÉ, 69.

NOÉ LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de
Villon, qui le chargea dans son premier procès pour se disculper
lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine infligée à
Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il écrivit
le grand Testament. (Huitain CXLII.)

_Noise_, bruit, querelle.

_Nombrer_, compter. 118.

NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187.

_Nourri_, élevé, 2.

_Noyse_, bruyt, querelle.

_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79.

_Nully_, nul, aucun, personne. 213.

_Nuyctée_, durée de la nuit. 78.

_Nuysance_, préjudice. 144.

----------O----------

_O_, avec. 69, 79.

_Obstant_, malgré, nonobstant.

OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius
Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste.

_Oës_, oies. 92.

_Onc, oncques_, jamais.

_Oppresse_, oppression. 26.

_Ord_, sale.

_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L.

_Ores_, maintenant.

_Orfaverie_, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146.

ORLÉANS, 66.

ORPHEUS, Orphée, 45.

_Orrez_, entendrez.

_Ost_, armée.

_Ostade_, étoffe précieuse. 196.

_Ot_, entend, 51.--Eut, 46.

_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17.

_Oubliance_, oubli. 18.

_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154.

_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1.

_Ouquel_, auquel, dans lequel.

_Ouvrer_, travailler. 87.

_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de
chanson. 91.

_Oy_, entends, 113.

_Oystres_, huîtres. 30.

_Oyt_, entend. 64, 68.

----------P----------

_Paillart_, gueux. 194.

_Palais_ (le), à Paris, 185, 206.

_Pallus, palux_, marais. 55, 122.

_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou bannière de toile grise
(P. L.).

_Paour_, peur.

_Paouvre_, pauvre. 9.

_Papaliste_, papauté. 35.

_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler.

_Par tel_, de telle façon. Peut-être le vers 22 de la page 181
devrait être ainsi: «Par tel si, qui veue ne l'aura.»

_Pardoint_, pardonne. 153.

_Pardons_, 180. Prières publiques, processions et autres
pratiques pieuses auxquelles étaient attachées des indulgences
particulières. (P. L.)

_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180.

_Parfaict_, achevé. 188.

_Parfond_, profond.

PARIS, 33.

PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_.

_Parit_, engendra, 51, v. 20.

_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104.

_Partement_, départ.

PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes
tenu par René d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile.

_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une épée
courte.

PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199.

PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la
remarque qu'il n'y a pas de forêt dans cette localité, et qu'il
n'y vient pas de châtaignes.

PATHELIN, 179, 196. Le héros d'une farce bien connue, qu'on a
attribuée à Villon.

_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices.

_Paulme (en)_, dans la main. «Seur comme qui l'auroit en
paulme», p. 72.

PAUQUEDENAIRE, p. 196, est présenté comme un homme expert en
tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement
connu. Voy. POICDENAIRE.

_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail
d'un navire. Dans _l'Ancien théâtre français_, t. II, p. 155, on
trouve _battu comme peaultre_, ce qui équivaut à _battu comme
plâtre_.

_Peaussa_, couvert d'une peau épaisse et ridée. 41.

_Pehon_, piéton, fantassin. 154.

_Pel_, peau. 143.

_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31.

_Penancier_, Pénitencier, confesseur. 188.

_Penart_, lance ornée d'un pennon. 147.

PENESSAC (_monsieur de_), 200.

_Per_. «Reçoit son per et se joint à la plume», p. 74, v. 20.

_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193.

PERDRYER (_Jehan et Françoys_), 75.

PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du
franc archer de Bagnolet.

_Perpétrer_, obtenir, acquérir. 42.

PERRETTE, 82.

_Perrucatz_, 178. Gens à perruque. On appelait perrucats tous
les gens de la Basoche (P. L.)

_Pery_, perdu, 51, v. 23.

_Pesle_, poêle, s. m. 48.

PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200.

_Petiote_, petite. 26.

PETIT-PONT, à Paris. 81, 190.

_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.)

PHILIPPOT, 92.

PHOEBUS, 122. La clarté Phoebus, c'est, on le sait, la lumière
du jour.

PICARDS, 122. C'étaient des hérétiques qui ne faisaient aucune
prière pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à Thibault
d'Aussigny une _prière de Picard_.

PICARDES, 81.

_Pieça_, il y a longtemps.

_Piétonner_, courir à pied. 152.

_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M.
P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux.

_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112.

_Pigne_, peigne, 69.

_Pigon_, pigeon. «Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez
sous trappe volière» (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers
enfermez dans une prison grillée.

_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70.

_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _dés
pipés_.

_Piteux_, porté à la pitié. 175.

_Plain_, uni 142;--entier. «Tant que je suis en mon plain sens»
(p 24, v. 9).

_Plaindre_, regretter. «Je plaings le temps de ma jeunesse.» (P.
27, v. 25.)

_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt affaires
d'amour.

_Plaisant_, agréable. 63.

_Plait_, plaid, plaidoyer. «A peu de plaît», sans grands
discours.

_Planté_, abondance, 178.

_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquée sous Charles VII, à
l'imitation des Pays-Bas.

PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215.

_Pleige_, caution, répondant. 33.

_Plet_, voy. _Plait_.

_Plombée_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.)

_Plours_, pleurs. 144.

_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter
résolument dans un parti.

POICTOU, 62.

_Poirre_, peter. 64, v. 1.

_Poise_, pèse, tourmente, 101, 163, 179.

_Poisle_, poêle, 48.

PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182.

PONTHOISE, 101.

PONTHIÈVRE. Penthièvre. 152.

PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de
Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe
siècle. Il avait écrit plusieurs ouvrages qui furent condamnés
par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses
hérésies et faire amende honorable. (P. L.)

POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir était au bout du Pont-Neuf,
vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a démoli de nos jours une
voûte qui conduisait à cet abreuvoir, où les truands et les
mauvais garçons se réunissaient, au moyen âge, avec les ribaudes
et les bohémiennes. (P. L.)

POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192.

POMPÉE, 120.

_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89.

_Pou_, peu, 82, 146.

_Poulaille_, volaille. 64, 151.

_Poulce_, 173. «Jouer du poulce», donner de l'argent.

_Pour-demain_, après-demain. 161.

_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154.

_Pour ce que_, parce que.

_Pourchasser_, poursuivre, procurer.

_Pourmener_, promener. «Pourmené de l'uys au pesle» (p. 48),
promené de la porte au poêle, du froid au chaud; lanterné.

_Pourpenser (se)_, penser, décider à par soi.

POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, je
pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
hôtellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une
maquerelle publique qui avait été rasée au pilori, fouettée et
chassée de la ville. (P.L.)

_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'était un
des premiers grades de la chevalerie. (P.L.)

_Pourtraicte_, formée. 106.

_Pourtraicture_, portrait, visage. 82.

_Poylette_, petite poêle. 77.

POYSSONNERIE (la), à Paris. 187.

POYTOU, 185. voy. POICTOU.

PRAGMATIQUE SANCTION. 166.

_Prébendé_, chargé, comme d'une prébende.

_Premier_, premièrement, d'abord, 53, v. 9.

_Prescheur_, celui qui prêche, prédicateur. 32.

_Prescripre_, transcrire (?). 93.

_Preudhommye_, prud'homie. 142.

PRIAME, Priam, roi de Troie. 120.

PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'était le chef électif de la confrérie
joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maître des jeux_ de cette
association dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de
mai, et ses suppôts étaient tenus de lui obéir pendant toute la
durée de ses pouvoirs. (P.L.)

_Procès_, actes, pièces de procédure. 204.

_Prochas_, recherche. 165.

PROSERPINE, 122.

Prou, assez. 170.

PROVINS, 50, 88.

_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remède.

_Prunier_ «En qu'en son prunier n'a pas creu» (p. 38, v. 23),
qui n'est pas de son invention, de son cru.

PSALMISTE (_le_) David. 107.

Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem
meam_, etc. Le verset septième, qui servait de prière à Villon
quand il faisait des voeux pour l'évêque d'Orléans, est ainsi
conçu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat
alter_. «Que les jours de sa vie soient réduits au plus petit
nombre, et que son évêché passe à un autre. «C'est le sens que
le poëte donne au mot _episcopatum_. (Pr.)

_Puis_, depuis.

----------Q----------

_Quanque_, ce que, 153.

_Quant de, quant est de_, à l'égard de, quant à. 23, 32, 102.

_Quantz_, combien de. 167.

_Ouars et dix_ (112), taxes et dîmes. (P.L.)

_Que_, à, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12.

_Queloingne_, quenouille. «Autre que moy est en queloingne» (p.
9, v. 10), signifie que Villon a été supplanté auprès de sa
maîtresse.

_Querir, querye_, chercher.

_Qui_, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand saigesse.» (P. 39, v.
18.)

_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30.

_Quiers_, veux, cherche à. P. 46.

_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hôpital fondé par
Saint-Louis pour trois cents aveugles.

_Quoy_, tranquille, en repos. 30.

----------R----------

_R'abiller_, réparer, remettre en état, 1.

_Racoustré_, raccoutré, réparé. 2.

RAGUYER (_Jacques_), 61, 97.

RAGUYER (_Jean_), 61, 97.

_Raillart_, railleur, bon vivant, 38.

_Railler_, faire le métier de bouffon, 87.

_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon était une espèce de flèche
triangulaire. (P.L.)

_Raimasser_ (?), 167.

_Raine_, rainette. 77.

_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le
traduit par _rameaux, fagots_. «Les fagots, dit-il, étaient
empilés de chaque côté des vastes cheminées du XVe siècle. On
s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des
pieds.»

_Ralias, rallias, ralyas_, festin, régal. 82, 205.

_Ramenteu_, rappelé, remémoré.

_Ramentevoir_, rappeler. 82.

_Ranguillon_, ardillon. 100.

_Rappeau_, nouvel appel. 86.

_Ravis_, enragés. «A loups ravis grosse pasture», 176, v. 8.

_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en évidence.

_Réau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en
1470. (P. L.)

_Réagal_, 76. Espèce d'arsenic rouge. (P. L.)

_Rebours_, 106, ce qui rebute.

_Rebourse_, revêche, 203.

_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15.

_Rebrassès colletz_, 33, collets fort hauts et bien plissés
(Pr.).--Collets bordés de fourrures. (P. L.)

_Recipe_, 76, ordonnance de médecin.

_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23

_Recorder_, rappeler, 79.

_Recors (être)_, se rappeler. 88.

RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» 24, v. 18.

_Recreu_, fatigué, lassé. 38, l65.

_Recueil_, accueil, 137.

_Recullet (en)_, dans un coin, acculé. 113.

_Réer_ (95, v. 9), raser, râcler.

_Refrigère_, rafraîchissement. 52.

REIMS, 45.

_Relaiz_, ressource. 9.

_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui
autorisait un officier à toucher ses appointements échus pendant
son absence. (P. L.)

_Remaine_, reste. «Que le refrain ne vous remaine.» (P. 35, v.
3.)

_Remain_ reste, 10

_Remenant (le)_, le reste. 30, 50.

_Reminer_, considérer. 17.

_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.)

_Renchère_, 192. Pr. suppose que c'est le bâton dont on se sert
pour porter deux sceaux, un à chaque bout.

RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. 74.

RENES, Rennes, 37.

_Repaistre_, manger, se régaler.

_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86.

_Reprouche_, chose répréhensible. 103.

_Repues franches_, repas qui ne coûtent rien.

_Requérir_, quérir, chercher à nouveau. 192.

_Requoy (en), à requoy_, en repos, tranquille, 30, 168.

_Résceans_ (?), 170.

_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.)

_Rescrire_, écrire, rapporter, 27.

_Résiner_, résigner. «Pour leurs offices résiner» (p. 205), pour
prendre congé et régler leurs comptes.

_Respit_, répit, repos. 30.

_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.)

_Retraict_, retiré. 41, 113.

_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137.

_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prévaloir. 28--_Eux
revencher_, se venger. 67.

_Revenue_, retour. 192.

_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'épluchure.

_Rez_, rasé. 95, v. 8.

_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds,
_ribaldi_. (P.L.)

_Ribleur_, voleur de nuit. 98.

RICHER (_Pierre_), 71.

RICHIER (_Denis_), 63.

_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22.

_Riotte_, querelle, dispute. 98.

RIOU (_Jean_), 65.

_Risse_, rirais. 58.

ROBERT, 50.

ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.

ROLLANT, 157.

ROMAN DE LA ROSE, 25.

ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon
s'attribue.

ROME, _Romme_. 81, 121.

RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une
localité de ce nom dans le département de l'Oise.

ROSE, 56.

ROSNEL, 74.

_Rottes_, vents qui s'échappent de l'estomac. 98.

_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185.

_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres étaient
roulés. (P.L.)

_Roupieux_, désappointé, avec un pied de nez. 205.

ROUSSILLON, 99.

_Route_, bande, troupe. 148.

_Royaulx_, p. 169, Écus d'or.

_Royne_, reine.

_Ru_, ruisseau. Battu «comme à ru telles» (p. 46), comme le
linge qu'on lave.

_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis légués par Villon
aux soldats du guet (13, v. 23) étaient des rubis de taverne.

RUEL, 86.

RUEL (_Jehan de_), 74.

_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121.

_Run_, ruine. 166.

_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169.

_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83.

_Rymer_, 87, faire des vers.

_Rynceau_, rameau, rainceau. 145.

----------S----------

_Sà jus_, ici bas. 105, 108.

_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196.

_Sadinet_, la nature de la femme. 40.

_Saillir_, sortir. 27, 103.

_Sainctir_, devenir saint. 185.

SAINT-AMANT, 60.

SAINT ANDRÉ, 107.

SAINT ANTOINE (feu), 17, 44.

S. CRISTOFLE, 74.

S. DENIS, p. 157. Le cri des Français était _Montjoie S. Denis_;
celui des Bretons était _Bretagne et S. Yves_. (P.L.)

S. DOMINIQUE. 90. «Les Frères Prêcheurs, ordre institué par
saint Dominique, étaient chargés de l'inquisition en France.»
(Pr.)

S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96.

SAINCT-GENOU, 62.

S. GEORGES, 68, 151, 158.

S. GILLE, 207.

S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181.

S. JACQUES, 158.

S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12.

S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166.

SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62.

S. MARTIAL, 24.

S. MARTIN, 158.

S. MATHIEU, 218.

SAINCT OMER, 45.

S. PIERRE, 162.

S. PIERRE DE ROME, 189.

S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la Cité. 215.

S. REMY DE RAINS, 190.

SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57.

S. VICTOR, 122.

S. YVES, voy. S. Denis.

SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut être enterré dans cette
église parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au
rez-de-chaussée. Elle était au second étage.

Ste BARBE, 152.

_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212.

_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crête,
espèce de pot de fer. (P.L.)

SALINS, 37, 70.

SALMON, Salomon, 45, 114.

SAMSON, 45.

_S'amye_, son amie, sa maîtresse.

SANCERRE, 57.

SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et autres
breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77,
v. 11 et 12.

_Sans_, cens, c'est-à-dire rente, revenu. P. 72, v. 3.

_Saqueboute_, sorte d'épieu. 148.

_Sarazinoys_, d'Orient. «Gingembre sarazinois.» 64.

SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au
sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crète, et
plus tard vécut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de
satisfaisante.

SARDANAPALUS, 122.

SATURNE, 14.

_Saulsoye_, lieu planté de saules, arbres qui ne portent point
de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon lègue «le
gland d'une saulsoye». (P. 12, v. 10).

_Scarbot_, escarbot. 84.

_Scotiste_, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi
d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, c'est-à-dire
une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), était Jacques II, mort en
1460.

SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120.

_Se_, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque il est, seignant les
rues» (21 v. 7).

_Seigner_, bénir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7).

_Seigneurier_, dominer. 102.

_Séjour_ «Prebstre sans séjour» (p. 186) peut s'entendre de deux
façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et sans repos.
(P. L.)

_Senestre_, gauche.

_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37.

_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siège du sentiment. (P. L.)

_Sensitif_, le tact, le toucher. 103.

_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25.

_Sequentement_, en suivant. 160.

_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159.

_Serain_, soir. 48.

_Sereine_, Sirène. 34.

_Serf_. Ce mot sert de prétexte à une équivoque. «Je ne suis son
serf ne sa biche» (21. V 12).

SERGENTS, 63. Le prévôt de Paris avait deux compagnies de
sergents à pied et à cheval, composées de 110 hommes chacune, et
ayant leurs corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.)

_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire.

_Servans_, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt filz que
servans» (p. 36, v. 18) signifie: Les maîtres meurent aussi
bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les
serfs.

_Ses_, ces. 8.

_Seur_, sûr. 71, 142.

_Si_, ainsi, oui, en effet.

_Similative (faculté)_, faculté d'imiter. 18.

SIMON MAGUS, 122.

_Simplesse_, simplicité, ignorance. 106.

_Sires_, seigneurs. 37.

_Sist_, assit, 202.

_Sollier_, plancher. 94.

_Some_, auguste[1]. 108

_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16.

_Somme_, en somme. 51.

_Somme_, compter, 118.

_Sommet_, tête. 84.

SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (p. 17, v. 20).
Ce vers ne prouve pas que Villon était dans les prisons de
l'Université, puisqu'il est certain qu'il était libre lorsqu'il
composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans
le voisinage de la Sorbonne.

_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196.

_Sot_, bouffon, comédien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_.

_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90.

_Sonffrette_, disette. 82.

_Souffreteux_, pauvre diable, misérable. 206.

_Soulas_, plaisir, joie. 122.

_Souldre_, régler, résoudre. 102.

_Souldure_, liaison, union. 8.

_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'était un ballon avec lequel
on jouait à la _soulle_. Le mot doit être prononcé _souillon_,
et n'a pas besoin d'être expliqué. On le retrouve p. 120.

_Souloir_, avec coutume.

_Soustenance_, soutien. 144.

_Soustenir_, porter. 208.

_Souventesfoys_, souvent. 32.

_Soyer_, scier. 119.

_Submectre_, soumettre. 67.

_Substantement_, nourriture, soutien. 106.

_Sumer_, semer. 74, v. 16.

_Sur_, chez, 13, v. 17.

_Surcot_, manteau.

_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L.

_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10.

_Sus (mis)_, surgis, venus. 172.

SUYSSES, 171.

_Sydère_, astre. 32.

----------T----------

TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54.

_Tabart_, manteau.

_Tachon_, instrument servant à chasser les mouches. 11.

TACOT (_Colas_), 97.

_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87.

TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, «grand cuisinier du roy
de France», eut plusieurs éditions au quinzième siècle et au
commencement du seizième.

_Talemouze_, sorte de pâtisserie. 63.

_Tancer, tencer_, disputer.

TANTALUS, Tantale. 122.

TARANNE (_Charlot_), 72.

_Targe_, 70. La targe était une ancienne monnaie de Bretagne,
ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le
revers portait une _targe_, ou bouclier échancré. (P.L.)

_Tarny_, terni, usé. 172.

_Tauxer_, taxer, imposer. 166.

_Tayon_, oncle. 36.

_Telles_, toiles. 46, v. 24.

TEMPLE (_la closture du_), à Paris. 61.

_Tencer_, v. _tancer_.

_Tenir_, posséder des biens sous la suzeraineté de quelqu'un:
«Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche» (21, v. 10).

_Tenné_, 37, ennuyé, tourmenté. Cette expression s'emploie
encore dans le langage familier.

_Terrien, terrienne_, terrestre.

_Tettes_, mamelles. 41.

THAÏS, 34. Courtisane célèbre, qui vivait à Athènes vers le
milieu du quatrième siècle. (Pr.)

THAMAR, 46.

THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Théophile_, par Gautier de
Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8.


THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY.

_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80.

_Ticquet_, loquet (?), 169.

_Tieulx_, tels. 16.

_Tocquer_, toucher. 175.

_Tollu_, pris, ôté. 39.

_Tor_, taureau. 122.

_Tostée_, pain trempé dans du vin. 79.

_Touaille_, serviette, pièce de toile. 29.

_Toult_, ôte, enlève. 108.

_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien.

_Tourbes_, foule. 107.

_Toute jour_, toute la journée. 44.

_Trac_, trace, train. 199.

_Tracer_, suivre à la piste. 31.

_Trahistre_, traître, méchant. 98.

_Traicte_, tirée, extraite. 106.

_Traictis_, joli. 40.

_Traire_, tirer. 157.

_Transglouti_, englouti. 122.

_Transmué_, changé. 121.

_Transy_, trépassé. 103.

_Trasse_, trace, piste. 176.

_Trasser_, suivre à la piste, poursuivre. 176.

_Travail_, souffrance, peine, adversité. 25, 115.

_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72.

_Tresbucher_, tomber, l55.

_Trespercer_, transpercer. 8, 154.

_Tressuer_, tressaillir. 192.

_Trestous_, tous.

_Trestout_, tout, entièrement.

_Tretisses_, voy. _traictiss_.

_Treuver_, trouver. 36.

TRISTAN, prévost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan
l'Ermite, prévôt de l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)

TROÏLE (74), fils de Priam et d'Hécube, fut tué par Achille au
siège de Troie. (P.L.)

_Trompille_, trompe, trompette. 154.

_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22.

TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que
c'était un jeu de paume.

_Trousse_, carquois. 173.

TROUSSECAILLE (_Robin_), 65.

_Trousser au col_, emporter sur les épaules. 11.

TROYENS, 122.

TROYS, Troyes. 45.

TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Châtelet un peu plus
commode que les autres, peut-être. (Pr.)

_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39.

_Trumellières_, porte-manteau, accroché au _trumeau_, partie de
mur entre deux fenêtres, 11.

_Truys_, trouve. 144.

_Tumbel_, tombeau. 94.

TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62.

TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, hérétiques du treizième et du
quatorzième siècle, qui s'appelaient eux-mêmes la _Confrérie des
pauvres_, et qui n'étaient pas plus orthodoxes en matière de
morale qu'en matière de religion. On a désigné quelquefois sous
ce nom les ordres mendiants des deux sexes.

TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67.

_Tyran_, tyran. 78.

----------U----------

_Unes_, une paire de. «Et unes houses de basane.» P. 73. v. 7.--«Unes
brayes breneuses.» P. 77.

_Uys_, porte. 48.

----------V----------

_Vacquerie_, vicairie. 68.

VALENCIENNES, 81.

VALERE LE GRAND, Valère Maxime. 27.

_Valeton_, serviteur, amoureux. 49.

VALLETTE (_Jehan_), 63.

_Varlet_, garçon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208.

_Vaulsist_, valait, 26.

VAUSELLES (_Katherine de_), 46.

VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les diables
habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait
rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)

_Vecy_, voici.

_Veez_, voyez. 136.

_Vela_, voilà.

_Venerieux_, relatif à l'amour. «A tous les Dieux venerieux.»
(P. 8, v. 7.)

_Vent (avoir le)_, 173, être favorisé de la fortune. On dit
aujourd'hui: Avoir vent en poupe.

_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers.

VENUS, 122

_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197.

_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-être faut-il lire: «Gorgias,
sur le hault vestu.»

_Vers_, envers. 24.

VICESTRE, 12, 73. Le château de Bicêtre. Il était en ruines du
temps de Villon.

_Viellart_, vieillard. 69.

_Vielle_. «Ma vielle ay mys soubz le banc», p. 48, veut dire:
j'ai renoncé au jeu, j'ai quitté la partie.

VIENNE en Dauphiné. 37.

VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon
n'était pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle
son «plus que père», parle de lui, dans le _Grand Testament_
(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui lègue sa
bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son père
est mort, M. Nagel s'est attaché à prouver qu'il n'était même
pas son parent, d'où la conclusion que le poëte aurait adopté le
nom de Villon pour faire honneur à son maître et protecteur.
Il se fonde particulièrement sur le huitain IX du _Petit
Testament_, où François dit que sa renommée _bruit_ en faveur du
nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, où
il se plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde
pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue à
Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On
pourrait objecter néanmoins qu'en se disant abandonné du moindre
des siens, tout en parlant comme il le fait des bontés que
Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que
l'exception confirme la règle. Quant à l'honneur que sa renommée
devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume
fût ou non de la famille du poëte: le résultat était le même
pour lui.

_Villotières_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave.

_Vin de buffet_, vin commun et frelaté. 65.

_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin
qu'on emporte dans l'endroit où il doit être bu. C'est ainsi
qu'on s'en procurait généralement au moyen âge. Voy. _Ancien
théâtre français_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au
vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_.

Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193,
207.--Morillon (rouge). 100.

_Vis_, visage. 40.

_Vivre d'avantage_, vivre sans rien débourser, aux dépens
d'autrui.

_Vo_, votre. 86.

_Voir_, vrai. 28.

_Voire_ (95, v. 17), verre.

_Voire_, vraiment. 23, 145, 164.

_Volse_, aille. 22.

VOLLANT, 196.

_Vouilliés_, veuillez 55.

_Voulenté_, volonté.

_Voulsisse_, voulusse. 147.

_Voulsist_, voulût. 33, 191.

_Voult_, voulut. 99

_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arqués, bien plantés. (P. 40.)

_Voyse_, aille. 64.

_Vueil_, voeu. 75, v. 9.

_Vueil_, veux. 22.

----------Y----------

Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» 108.

_Ydoine_, propre, _idoneus_.

_Ypocras_, vin sucré et épicé. 78, 198

_Ysnel_. prompt, alerte. 74.

YTHIER, 59.

Yver, hiver. 85.

YVON, prénom commun en Bretagne. 157.




TABLE DES MATIÈRES

                                        Pages

PRÉFACE....                                    V

REMARQUES PHILOLOGIQUES....                          XXIII

CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS....                           1

MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier....                           5

LE PETIT TESTAMENT....                                7

LE GRAND TESTAMENT....                               21

Ballade des Dames du temps jadis....                     34

Ballade des Seigneurs du temps jadis....                35

Ballade en vieil françois....                          36

Les Regrets de la belle Heaulmière....                     39

Ballade de la belle Heaulmière....                     42

Double Ballade sur le même propos....                     45

Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, pour prier
Nostre Dame....                               55

Ballade de Villon à s'amye....                          57

Lay ou plustost Rondeau....                          59

Ballade et oraison....                               69

Ballade que Villon bailla à un gentilhomme ....           74

Ballade....                                    76

Ballade intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_....      78

Ballade des femmes de Paris....                     80

Ballade de Villon et de la Grosse Margot....                83

Belle leçon de Villon aux enfans perduz....                86

Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie ....           87

Lays....                                    90

Rondeau....                                    95

Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun....           98

Ballade pour servir de conclusion....                     99

POÉSIES DIVERSES:

Le quatrain que feit Villon quand il fut jugé à mourir....      101

L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses
compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx....           101

La requeste de Villon à la Cour de Parlement ....           103

Ballade de l'appel de Villon....                     104

Le Dit de la naissance Marie....                     105

Double Ballade....                               107

Ballade Villon....                               110

Epistre en forme de Ballade, à ses amis....                111

Le Débat du cueur et du corps de Villon....                113

La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon....      115

Ballade des proverbes....                          116

Ballade des menus propos....                          117

Ballade des povres housseurs....                     119

Problème ou Ballade au nom de la Fortune ....                120

Ballade contre les mesdisans de la France....                121

Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon....           124

POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON:

I. Rondel....                                    133

II. Rondel....                                    133

III. Rondel....                               134

IV. Rondel....                                    135

V. Rondel....                                    135

VI. Rondel....                                    136

VII. Rondel....                               136

VIII. Rondel....                               136

IX. Rondel....                                    137

X. Rondel....                                    138

XI. Rondel....                                    139

XII. Rondel....                               139

XIII. Rondel....                               140

XIV. Ballade pour ung prisonnier....                     140

XV. Rondel....                                    141

XVI. Ballade....                               142

XVII. Ballade morale....                          143

XVIII. Ballade....                               144

XIX. Ballade....                               145

XX. Ballade....                               146

XXI. Ballade joyeuse des Taverniers....                147

XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet....           150

XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent....     164

XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses
compagnons....                                    178

_Ballade de l'Acteur_....                          182

_Ballade des Escoutans _....                          183

_La Repeue de Villon et de ses compaignons_....           186

La manière d'avoir du poisson....                     187

La manière d'avoir des trippes....                     190

La manière d'avoir du pain....                          191

La manière d'avoir du vin....                          192

La manière d'avoir du rost....                          194

_Seconde Repeue, de l'Epidémie_ ....                     195

_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ ....                199

_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_...                206

_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_....                210

_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_...                212

_La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon_....      215

NOTES....

GLOSSAIRE-INDEX....



ADDITIONS ET CORRECTIONS.

Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur CAMPEAUX.

Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en
acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être le nom du gentilhomme
pour qui cette pièce fut composée.

L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en
acrostiche le nom de Villon.

_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffée de ses cheveux.

Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des
contusions, des _bleus_.

_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: «à
côtes, comme des pois chiches».





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by François Villon

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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
[email protected].  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     [email protected]

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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