The Project Gutenberg eBook of Journal de la société de 1789 - Nº IV
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Title: Journal de la société de 1789 - Nº IV
Author: marquis de Jean-Antoine-Nicolas de Caritat Condorcet
Jean Jacques Joseph de Klinglin
Pierre Samuel du Pont
Release date: June 30, 2026 [eBook #78981]
Language: French
Original publication: Paris: Lejay fils, Libraire, 1790
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/78981
Credits: Claudine Corbasson and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ DE 1789 - Nº IV ***
Au lecteur
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26 JUIN 1790. Nº. IV.
JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
DE 1789.
Nicolas de Condorcet
Pierre Samuel du Pont, député du bailliage de Nemours
M. de Klinglin, lieutenant de roi.
_On s'abonne pour ce Journal, dont il paroît un Numéro chaque semaine._
A la Société de 1789, Nº. 105. }
Chez le Rédacteur, Nº. 59. }
Chez Dessenne, } } au Palais-Royal.
Mad. Vaufleury,} Libraires, }
Denné, } }
Chez Lejay fils, rue de l'Echelle Saint-Honoré.
Et chez tous les Directeurs des Postes, ainsi que chez les principaux
Libraires du royaume et de l'étranger.
Le prix de la souscription est de 24 liv. par an pour Paris, et de 27
liv. pour la province. Franc de port.
ART SOCIAL.
AVERTISSEMENT PRÉLIMINAIRE.
LA Société de 1789, en arrêtant que le mémoire suivant, lu par M. du
Pont, l'un de ses membres, dans la séance du 20 de ce mois, seroit
imprimé dans son journal, n'a point prétendu énoncer une opinion, mais
seulement inviter à la discussion sur un objet dont il est impossible
de se dissimuler l'importance et la difficulté.
Le pacte connu sous le nom de _pacte de famille_, peut-il être ratifié
par une nation libre, par une nation qui connoît les droits naturels de
l'homme, et qui veut les défendre?
Une nation qui a déclaré qu'elle prend la justice pour l'unique base de
sa politique extérieure comme de ses loix, peut-elle faire la guerre
pour soutenir un privilège exclusif, fondé sur une bulle d'Alexandre VI?
Dans le cas où il seroit utile à la France de rester unie avec la
nation Espagnole, ne devroit-elle pas attendre que l'on attaquât les
droits de l'Espagne, et non ses prétentions?
La France ne doit-elle pas, avant de se déclarer pour l'Espagne,
juger si les propositions qui lui sont faites par l'Angleterre, sont
raisonnables ou tyranniques? Avant de proposer un désarmement à
l'Angleterre, ne doit-elle pas se mettre à portée de lui garantir le
consentement de l'Espagne aux propositions regardées comme justes par
la France?
Doit-on prendre un parti à l'égard de l'Angleterre, sans connoître les
véritables intentions de l'Espagne? sans être assuré des dispositions
du roi de Hongrie, de l'impératrice de Russie, sans avoir pénétré les
projets du roi de Prusse, ceux mêmes du roi de Suède?
La ligue de la France, de l'Espagne, de Naples, du roi de Hongrie, de
la Russie et du Danemarck, a-t-elle assez de prépondérance sur celle
de l'Angleterre, de la Hollande, de la Suède, du roi de Prusse, de
la Pologne et des Turcs, pour espérer de contenir par cette réunion
l'ambition de l'Angleterre?
L'existence du roi de Suède et du Stathouder, la souveraineté de Pitt,
ne seroient-elles pas cruellement compromises par le moindre revers?
Les parleurs et les écrivains payés par le ministère Anglois, effrayés
de la liaison de nos patriotes éclairés avec les Stanhope, les Price,
avec les autres véritables amis de la liberté angloise, ne méritent
sans doute que le mépris; mais ne peut-on pas se tromper en faisant
le contraire de ce qu'ils veulent? Il est impossible de ne pas croire
au projet formé par le ministère Anglois de troubler l'Europe; il est
impossible de ne pas le regarder comme l'ennemi de la liberté de tous
les peuples, et surtout de la liberté angloise, de ne pas abhorrer
son avide et hypocrite machiavélisme. Mais parce qu'il veut entraîner
sa nation dans la guerre, s'ensuit-il que nous devions seconder ses
projets?
Les guerres d'un peuple libre peuvent-elles réussir si elles ne sont
pas populaires? Ne vaut-il pas mieux attendre pour faire la guerre
que la nation soit bien convaincue des perfides projets du ministère
Britannique? Que les agens qu'il peut avoir au milieu de nous soient
bien connus? Que cette haine puérile pour l'Espagne, cette imbécille
confiance dans les bonnes intentions des ministres Anglois, ne puisse
plus influer en France, je ne dis pas sur l'opinion publique, mais sur
l'opinion populaire?
Telles sont les questions qu'il faut agiter, le mémoire de M. du Pont
inspirera sans doute le désir de les résoudre.
CONSIDÉRATIONS
_Sur la position politique de la France, de l'Angleterre et de
l'Espagne._
Par M. DU PONT, député du bailliage de Nemours à l'Assemblée Nationale.
AVERTISSEMENT
DE L'AUTEUR.
J'ignore si ce seroit à la tribune de l'Assemblée Nationale qu'il
faudroit exposer les vérités que renfermera cet écrit.
L'Assemblée peut croire que les premières résolutions à prendre à leur
sujet, sont dans la classe de celles qui ont été constitutionnellement
confiées aux soins du gouvernement, et qu'elle n'est obligée de s'en
occuper que sur les propositions que le roi pourroit lui faire.
Quoique l'objet de la délibération fût très-important, il est donc
vraisemblable qu'on trouveroit qu'_il n'y a pas lieu à délibérer_.
J'ignore si ce seroit au roi et à ses ministres que je devrois adresser
mes réflexions.
Il est très-délicat pour un membre du corps législatif de donner des
mémoires au ministère. Je le ferois dans les intentions les plus pures;
et je trouverois des hommes charitables qui, jugeant de mon ame par la
leur, calomnieroient mes intentions.
Ce que je sais est, qu'il s'agit de la dignité, de la sûreté, de la
puissance et de l'existence de ma patrie.
Ce sera donc à tous mes concitoyens que je parlerai; et ceux d'entr'eux
qui croiront devoir et pouvoir influer sur son salut y influeront.
Le tems de la politique mystérieuse est passé; celui de la politique
franche, raisonnable et ferme, qui ne cache aucun motif de ses
déterminations, qui démasque ouvertement les combinaisons de ses
adversaires, et qui leur montre loyalement l'intention et les moyens
qu'elle a d'y mettre obstacle: ce tems heureux est enfin venu.
CHAPITRE PREMIER.
_Qu'est-ce que veut l'Angleterre?_
L'Angleterre fait avec la plus grande vivacité un armement formidable.
Elle en fait faire un autre à la Hollande, destiné à intercepter les
approvisionnemens maritimes que nous pourrions tirer du Nord.
Les ministres Anglais semblent passionnés pour la guerre. Ils ont déja
dépensé vingt millions dans leurs ports, et nous ignorons quelle somme
chez leur allié. Ils ralentissent, ils interrompent le commerce de la
Grande-Bretagne, qui lui est si cher; ils enlèvent à ses vaisseaux
marchands leurs matelots. Ils dissolvent un parlement qui ne leur
paroît pas assez _guerrier_, pour en former un autre qui soit disposé
à ne refuser, ni sang, ni argent. Et si on les croit, cet appareil,
ce trouble, ces frais très-réels de guerre n'ont pour objet qu'une
querelle qui n'est d'aucune importance, et dans laquelle il s'agit
seulement de deux vaisseaux contrebandiers arrêtés au nord de la
Californie, sur une côte dont l'Espagne avoit antérieurement pris
possession, et où après un voyage de plus de six mille lieues, et au
prix de six autres mille lieues pour le retour, on ne peut faire qu'un
misérable commerce de pelleteries avec des sauvages. Le sujet même de
la contestation n'existe plus, car l'Espagne a rendu les deux vaisseaux.
La nation Anglaise est cependant fort loin d'être insensée; son
gouvernement est très-éclairé. Elle a pour ministre principal, un homme
d'un grand talent et d'une grande réputation.
L'Angleterre veut donc autre chose que la réparation du dommage
souffert par les propriétaires de ses deux vaisseaux interlopes. Elle
veut même autre chose que la liberté de la navigation à _Nootka_; et
ce que l'on fait vouloir à l'Angleterre ne doit pas être de petite
conséquence, puisqu'on exige d'elle à cette occasion de si grands
sacrifices.
Le ministère Anglais ne disant pas encore nettement ce qu'il veut,
c'est à nous de le deviner dans ses préparatifs; et je vais le dire à
sa place.
L'Angleterre a proposé à l'Espagne un traité de commerce
très-avantageux pour la Grande-Bretagne, et très-nuisible au commerce
de la France et à celui de l'Espagne elle-même.
L'Espagne ne s'y est pas prêtée.
L'Angleterre veut obtenir par la terreur ce traité ou un plus favorable
encore; elle veut s'assurer de fait le commerce à-peu-près exclusif
de l'Espagne, comme elle s'est procuré celui du Portugal. Elle veut
de plus, à la faveur du commerce de la Californie septentrionale, qui
lui importe peu, s'assurer le commerce interlope du Pérou, qui lui
importeroit beaucoup, et le moyen d'y fomenter les séditions qui s'y
sont déja manifestées.
Si l'Espagne ne s'en laisse pas imposer, l'Angleterre veut saisir cette
circonstance pour sonder les dispositions et la politique du nouveau
royaume de France.
Elle y a des amis, qu'elle sait s'attacher par un lien puissant, dans
la capitale, dans les provinces et dans tous les ports. Le châtelet et
la municipalité de Paris, les événemens de Marseille, l'ont certifié à
l'assemblée nationale.
Le change, que la mauvaise administration du commerce et des droits de
traite, la destruction des barrières extérieures du royaume,et sur-tout
le retrait que les étrangers ont fait des sommes qu'ils plaçoient
ordinairement dans nos fonds publics et les opérations forcées pour
procurer de l'argent à la capitale, avoient rendu excessivement
défavorable, s'est un peu relevé par les écus, les louis et les ducats
que l'Angleterre a répandu directement ou fait verser par la Hollande
dans les lieux où elle l'a trouvé EXPÉDIENT _pour ses intérêts_, comme
on le dit au parlement britannique.
Elle veut essayer si l'embarras passager de nos finances, si nos
troubles intérieurs, si l'influence de ses agens, si l'animosité de
nos partis, si le délire d'une philosophie égoïste, vaine et sans
expérience, ne nous feront pas renoncer à nos traités et abandonner nos
alliés. Déja elle a fait répandre que «le _pacte de famille_ n'étoit
point obligatoire, que c'étoit une convention entre les familles des
princes auxquelles les peuples ne peuvent appartenir». Elle a compté
que l'ancienne légèreté françoise qui se dissipe, mais qu'elle croit
encore subsistante, ne permettroit pas de consulter ce traité, le
feroit juger sur l'étiquette, et empêcheroit de remarquer que c'est un
_pacte pour assurer la conservation et l'inviolabilité du territoire
des nations confédérées, qui n'avoient alors aucun autre moyen
d'exprimer leurs volontés publiques et de statuer sur leurs intérêts
respectifs; que c'est un pacte dont l'objet est de ne former ainsi
qu'une famille des quatre peuples_, dont les princes descendent du bon
Henri.
Elle veut, si nous donnons dans le piège, et si malgré notre abandon
l'Espagne ne plie pas, accabler cette puissance généreuse, revenir par
une guerre courte et vive au résultat commercial, qui est le principal
but de son armement; et ensuite retomber sur la France, dénuée à son
tour du secours de l'allié qu'elle auroit laissé perdre; nous enlever
nos colonies de l'Amérique et de l'Inde, détruire notre marine et notre
commerce, ruiner nos ports, nous réduire à n'être qu'une puissance
continentale; appeler sur nous d'autres ennemis, car la foiblesse n'en
manque jamais, et nous mettre dans tous les sens hors d'état de lui
rien disputer.
Dans ce plan, qui me paroît manifeste, et qu'un enfant en politique
verroit comme moi, c'est avec beaucoup de sincérité que l'Angleterre
nous assure, «que son armement actuel n'est pas dirigé contre nous,
et qu'elle désire entretenir (_pour le moment_) la bonne harmonie qui
règne si heureusement entre les deux nations». Notre tour n'est pas
encore venu; et quoique la nation Espagnole soit vaillante, puissante
et respectable, il est tout simple que l'Angleterre aime mieux faire la
guerre avec l'Espagne qu'avec nous. Il est encore plus simple qu'elle
aime mieux faire la guerre avec l'Espagne et nous l'un après l'autre,
qu'avec l'Espagne et nous réunis.
Mais si tel est le vœu de l'Angleterre, ce ne doit pas être le nôtre.
CHAPITRE II.
_Ce que doit vouloir la France?_
Nous devons vouloir ne pas perdre notre commerce avec l'Espagne,
qui est le plus avantageux de tous ceux que fait la France. Nous
devons vouloir qu'il ne passe pas à une puissance rivale. Nous
devons vouloir nous faire un titre de notre fidélité aux conventions
politiques du pacte de famille, pour obliger l'Espagne d'exécuter, plus
ponctuellement qu'elle ne l'a fait, son esprit et ses conventions,
relativement au commerce.
Nous devons vouloir ne pas nous laisser désemparer avant de combattre.
Le succès des guerres maritimes dépend du nombre des vaisseaux et de
celui des matelots avec lesquels on peut les armer. Sous ces deux
aspects, les couronnes de France et d'Espagne, et les états-unis
d'Amérique, leurs alliés, sont supérieurs à l'Angleterre, même jointe
à la Hollande; mais, séparément, aucune de ces puissances ne pourroit
résister seule, par mer, à l'Angleterre seule.
Si nous n'avions donc pas avec l'Espagne une alliance ancienne et
sacrée, il faudroit la faire pour nous assurer l'équilibre des forces
maritimes et la conservation des parties lointaines de notre empire.
Je sais qu'on a dit et qu'on pourra dire encore dans des livres, qu'on
a même dit dans la tribune de l'assemblée nationale «qu'il ne nous est
pas utile d'avoir des possessions lointaines; que nos colonies, de
toute espèce, ne sont qu'un fardeau dispendieux, et que d'ailleurs,
nous n'avons aucun besoin d'alliés», même contre l'Angleterre, dont la
première démarche simultanée avec ces beaux discours, a été d'armer
contre nous le stathouder son allié, qu'elle a fait roi despotique de
Hollande, et la Hollande qu'elle lui a soumise.
Rien de plus raisonnable que ces conseils, s'ils nous étoient donnés
par un ambassadeur d'Angleterre.
Quant aux écrivains et aux orateurs françois qui raisonnent ainsi, et
qui se font applaudir pour raisonner ainsi, oseroient-ils avancer que
nous n'avons pas besoin de Bordeaux, de Marseille, de Nantes, de Rouen,
du Havre-de-Grace, de Saint-Malo, de l'Orient, de la Rochelle, de
Bayonne, de Dunkerque! Perdons nos Colonies, et la plupart de ces ports
seront détruits; et ceux dont la destruction ne sera point totale,
n'auront plus qu'une ombre de leur grandeur et de leur opulence
passée. Les banqueroutes, accumulées sur les banqueroutes, anéantiront
nos capitaux, nos fabriques, nos arts, notre industrie. Toutes ces
sources de puissance, tous ces moyens de richesse, sont l'héritage
que nos pères nous ont transmis, que le peuple a confié à la sagesse
et au courage de l'Assemblée Nationale, et qu'il s'est attendu à voir
prospérer et s'améliorer dans les mains de ses représentans.
Enfin, ce que nous devons vouloir avant tout, c'est d'honorer nos
premiers pas vis-à-vis des nations étrangères par la fidélité, par la
loyauté, par la fermeté, et en montrant qu'il n'est pas vrai qu'il
faille juger les François de France par les François de Londres, ni par
les correspondans qu'ils ont laissés ou envoyés dans leur patrie.
Qu'il n'est pas vrai que notre puissance politique soit détruite, ni
même en souffrance; que quelques désordres intérieurs excités à force
de peines, d'émissaires, de lettres et d'argent, par quelques ennemis
du bien public, n'y font rien; que nous avons au contraire fondé une
puissance vraiment nationale, qui ne souffrira pas qu'aucun peuple
étranger ose nous prescrire des loix, ni troubler arbitrairement la
paix de quiconque a fondé sa sûreté sur notre alliance.
M. de Volney a dit avec beaucoup de noblesse que _nous faisons notre
entrée dans l'univers_. L'opinion qu'on y aura de nous dépend de
nous-mêmes. Quoiqu'il en puisse coûter, il est heureux pour un peuple
nouveau qui a autant d'énergie que le nôtre, d'être appelé par les
événemens et par l'imprudence ambitieuse de ses voisins à déployer et
à fixer, au moment même de sa constitution, le caractère qu'il devra
faire respecter par toutes les nations et dans tous les siècles.
CHAPITRE III.
_Considérations qui doivent achever de fixer la volonté de la France._
Je ne dis pas que la guerre ne soit un horrible fléau. Je ne dis pas
qu'en faisant un très-grand mal à nos ennemis, elle ne doive aussi nous
en faire un très-affligeant. Je ne dis pas qu'elle ne doive faire périr
un grand nombre de citoyens très-estimables; car il y a cela d'affreux
dans la guerre, que c'est tout ce qu'on a de meilleur qu'il faut
exposer, et dont il faut perdre une partie; c'est la fleur des hommes
pour le corps, et sur-tout pour l'ame, qu'il faut envoyer au combat,
à la mort; les autres n'iroient point. Je ne dis pas enfin, que la
guerre ne doive consumer un tiers ou la moitié de nos biens, ci-devant
ecclésiastiques, dont nous pourrions faire un beaucoup meilleur usage,
s'il plaisoit à nos voisins de nous laisser en paix.
Je dis, au contraire, qu'il faut éviter la guerre autant qu'il nous
sera possible; mais qu'il faut l'éviter par les moyens propres à la
prévenir, non par ceux qui ne pourroient qu'y conduire irrésistiblement.
Eviter n'est pas fuir. C'est ordinairement par poltronnerie qu'on
plie, qu'on recule, ou qu'on fuit; mais c'est encore plus par bêtise.
La foiblesse et la peur sont des passions stupides qui vont toujours
contre leur objet, qui redoublent toujours l'insolence des adversaires
et le danger réel de la chose.
Il ne faut pas croire que nous ayons la paix en disant aux Anglois,
«qu'ils peuvent faire ce qui leur plaira, qu'ils n'ont rien à craindre
de notre part, et que très-assurément nous ne voulons et ne ferons
point la guerre». S'il étoit possible qu'un peuple comme le nôtre,
qu'une assemblée nationale comme la nôtre, qu'un roi comme le nôtre
livrassent ainsi notre gloire et nos amis, au glaive des usurpateurs,
nous aurions la guerre beaucoup plus certainement, et nous l'aurions
au moment qu'il plairoit à l'Angleterre de choisir, après qu'elle
auroit augmenté ses moyens, après qu'elle auroit diminué les nôtres;
nous l'aurions beaucoup plus redoutable, beaucoup plus funeste, nous
l'aurions nécessairement malheureuse.
Il ne faut pas croire que nous toucherons le ministère britannique par
de la morale. S'il avoit de la morale, joueroit-il le sort de trois
empires, la mort d'un million d'hommes, la perte de trois milliards
pour un sujet aussi futile que celui qui lui met aujourd'hui les armes
à la main? Les joueroit-il même pour l'avantage douteux d'un traité de
commerce?
Il ne faut pas croire que nous l'attendrissions par la pitié. Il riroit
de nos génuflexions philosophiques; et quand il n'en devroit pas rire,
voudrions-nous faire pitié à l'Angleterre?
Il ne faut pas croire que nous déterminions le peuple anglois par
l'estime que lui ont inspiré plusieurs de nos décrets, et par le desir
de laisser finir la grande expérience de notre constitution. C'est
notre constitution qu'il redoute.
Nous déterminerons le peuple anglois à suivre les conseils de sa
magnanimité naturelle, nous donnerons à penser à son ministère, nous
en imposerons aux projets ambitieux que celui-ci médite, en leur
montrant, en leur faisant toucher au doigt qu'il est au-dessus de leur
pouvoir d'arrêter notre marche; qu'au moment où, comme le homard, nous
faisons avec un pénible et douloureux travail une cuirasse nouvelle,
plus grande et plus solide que l'ancienne, que dans l'anxiété même qui
accompagne cette surprenante opération, la main est encore assez forte
pour qu'on ne puisse la braver impunément.
Nous influerons sur leurs résolutions en leur montrant que nous avons
calculé leurs projets, leurs moyens, les nôtres; que nous savons très
bien qu'ils desirent négocier avec nous jusqu'au mois de novembre, afin
de donner à leurs matelots le temps de rentrer; qu'ils ne se soucient
pas que nous prenions part à la querelle au mois de juillet, parce
que leurs navires marchands seroient à notre merci; qu'ils voudront
ensuite nous frapper au bout du monde, afin d'éloigner nos forces de
chez eux; qu'ils ont de la répugnance à recevoir notre visite; et que
de notre côté nous en avons beaucoup à nous diriger par leurs conseils
et par ceux de leurs amis; que nous voulons sincèrement la paix, mais
que s'ils ne nous donnent pas les preuves les plus incontestables du
même desir, et si nous ne pouvons douter de la nécessité de combattre,
nous n'attendrons pas pour cela leur commodité, ni leurs plans; que
nous prendrons et suivrons les nôtres; que nous ferons la guerre avec
intelligence, avec capacité, pour les époques et pour la manière.
Nous les déciderons enfin en les avertissant que s'ils nous forcent à
notre première guerre nationale, que nous n'avons point cherchée, qui
vient attaquer nos alliés et nous, parce qu'elle nous croit séduits et
foibles, une fois l'épée tirée, ils ne nous la feront pas remettre au
fourreau lorsqu'ils le jugeront convenable; que nous ne pourrons pas
oublier que cette guerre est venue de ce qu'ils nous ont crus faciles
à tromper ou à vaincre, et de la confiance qu'ils ont mis dans leurs
richesses, dans leur crédit, dans leurs vaisseaux; que nous voudrons
tarir la source d'un semblable sujet de division et que nous ne ferons
plus la paix que chez eux, lorsque leur banque aura fait banqueroute,
et que tous leurs arsenaux maritimes seront détruits.
Cela nous le pouvons; et cette manière de négocier, très-loyale, sera
en même tems très-efficace.
Il faut l'appuyer des mesures propres à en justifier le style.
Ces mesures et les instructions que la négociation pourroit comporter,
seront exposées avec beaucoup de simplicité dans le chapitre suivant.
CHAPITRE IV.
_Négociation avec la Cour de Londres pour conserver la paix._
CETTE négociation doit avoir deux branches: ce que nous avons à faire
chez nous pour donner le poids convenable à nos discours; ce que nous
avons à dire à Londres.
C'étoit autrefois une règle de politique lorsque l'Angleterre armoit,
que la France armât un nombre de vaisseaux précisément égal. Elle le
peut toujours à la première campagne, parce que l'Angleterre alors a
ses matelots dispersés; comme elle peut toujours aussi rendre cette
première campagne décisive, si elle sait la combiner avec vigueur et
avec sagesse.
J'avois proposé à l'assemblée nationale cette mesure provisoire.
L'amendement qui renfermoit ma proposition fut rejeté, comme traitant
du fait avant que le droit fût décidé.
Par la décision sur celui-ci, l'assemblée nationale a confié à la
prudence du roi tous les préparatifs convenables. Il est possible
que le ministère ait regardé le refus de s'expliquer sur la force de
notre armement comme une indication que l'assemblée desiroit qu'on
se renfermât dans les bornes du premier, auquel elle a donné son
approbation.
S'il a pensé ainsi, je crois que le ministère a eu tort. Je crois que
la nécessité de l'équilibre dans les armemens étoit impérieuse; mais
il est possible aussi, et même vraisemblable en cette occasion, que le
tort du ministère ait été déterminé par un motif louable d'égards et de
respect pour ce qu'il aura cru les vues de l'assemblée Nationale.
Quoiqu'il en soit, un tems très-précieux a été perdu.
Il devient difficile à présent d'avoir un armement de vaisseaux de
guerre égal à celui de l'Angleterre, aussi promptement prêt que le sien.
Mais il reste une ressource très-bonne et très-imposante; c'est d'armer
en toute diligence le plus grand nombre possible de frégates et de
corsaires.
Quand la guerre commence avant l'hiver, l'Angleterre est
très-vulnérable par la France; elle le sait, et c'est pourquoi ses
guerres sont toujours précédées des plus grandes protestations
d'amitié pour nous, et des plus fortes assurances qu'elle a le desir de
la paix.
Ces assurances doivent être mutuelles; mais pour qu'elles soient
sincères de la part de l'Angleterre, il faut qu'elles soient
accompagnées du désarmement; et pour qu'elles fassent impression de la
nôtre, lorsque l'Angleterre ne désarme pas, il faut qu'elles soient
accompagnées d'un armement très-sérieux.
Celui que la nature des choses nous indique actuellement est, comme
on vient de l'exposer, un armement de frégates et de corsaires.
L'Angleterre a sept mille vaisseaux marchands dehors, montés d'environ
_soixante et dix mille matelots_; avec des croisières intelligentes,
nos frégates et nos corsaires peuvent en enlever un tiers: ce sont
_vingt-cinq mille_ matelots; c'est la faculté d'armer _cinquante
vaisseaux de guerre_, dont nous pouvons priver l'Angleterre. Il seroit
absurde, si sa conduite nous montre que nous ne pouvons attendre de sa
part que la guerre, et si elle se refuse à un désarmement réciproque,
de lui laisser les cinquante vaisseaux de guerre de plus.
Il faut bien se garder sans doute ce commencer les hostilités, tant
qu'il y aura espérance de conserver la paix; mais si l'Angleterre, en
se refusant à un désarmement respectif, manifeste sans équivoque ses
intentions hostiles, il faut être en état d'agir aussi-tôt qu'on aura
une connoissance indubitable de sa résolution.
Il faut donc que nos corsaires soient prêts à mettre en mer au moment
où l'espoir de la paix sera totalement dissipé. Pour nous donner ce
moyen de puissance, pour être certains que le zèle de nos armateurs
sera employé avec toute l'activité possible, il faut que ces armateurs
puissent gagner à leurs armemens, et ne puissent pas y perdre: il
faut à cet effet, en les autorisant et les invitant à préparer à la
course les vaisseaux qui sont à leur disposition, leur fournir, des
arsenaux de la nation, les munitions nécessaires, et les assurer que si
la guerre n'a pas lieu, ils seront remboursés de tous leurs frais en
argent, ou en bons assignats sur les domaines nationaux.
Il arrivera deux événemens, l'un: ou nous aurons la paix, et alors
l'argent dépensé dans notre propre pays, aux préparatifs militaires qui
nous l'auront procurée, sera un argent parfaitement employé; ou nous
aurons la guerre, et alors l'avantage d'avoir fait gagner une trentaine
de millions sur l'ennemi à nos armateurs et à nos matelots, et celui
d'avoir affoibli sa puissance de la possibilité d'armer cinquante
vaisseaux, enchaîneront la fortune et décideront la punition que mérite
un peuple qui engage une guerre générale pour des déserts; ou, ce qui
seroit bien plus odieux encore, pour empêcher ses voisins, s'il le
pouvoit, de fonder une constitution libre et de donner un grand exemple
à l'humanité.
Nos mesures prises dans nos ports, et pendant qu'on presseroit nos
armemens avec la plus grande célérité, le roi ordonneroit à son
ministre des affaires étrangères et à l'ambassadeur de France, de
notifier à la cour de Londres nos dispositions pacifiques et nos
précautions prudentes; notre résolution de cesser tout armement
au moment où les Anglois désarmeront eux-mêmes; notre résolution
de profiter de tous nos avantages pour ne pas faire une guerre
malheureuse, si c'est la guerre que désirent les Anglais.
Ces agens du roi et de la nation des François pourroient être
chargés de parler à-peu-près ainsi au roi et au ministère de la
Grande-Bretagne:
«Vous savez seuls quelles sont vos intentions. Les autres nations
ne peuvent en juger que par votre conduite. Voulez-vous la guerre
ou ne la voulez-vous point? Si vous ne la voulez point, vous êtes
parfaitement sûrs qu'elle ne sera point faite; l'univers est aussi
sûr que vous pouvez l'être, que l'Espagne ne viendra pas vous
attaquer; et quant à nous, il est visible que nous avons infiniment
mieux à faire que la guerre.
»Vous ne pouvez dissimuler que vos prétentions sur le commerce, au
nord de la Californie ne sont qu'un vain prétexte, que l'objet est
sans aucun intérêt pour vous, et que si vous n'en aviez pas un autre,
vous n'auriez jamais fait la dixième partie de l'armement que vous
avez commandé pour une si misérable conquête.
»Si c'est donc à la guerre que vous vous déterminez, pour cette
cause, ou pour toute autre cause d'ambition, car vous n'en avez
aucune, de raison, de justice, ni d'intérêt bien entendu, songez à ce
qu'elle coûtera; et ne trouvez pas mauvais que votre peuple y songe.
Permettez à vos voisins, qui sont encore vos amis, de vous en mettre
l'apperçu sous les yeux.
»Vous la commencerez chargés de dettes, sur les seules ressources
d'un crédit épuisé; vous la commencerez contre deux nations, dont
l'une ne doit presque rien, et dont l'autre vient de mettre à sa
disposition _deux ou trois milliards_ de capitaux en très-bons fonds
de terre, qu'au besoin vos propres capitalistes s'empresseroient
d'acheter. Où avez-vous l'équilibre de cette puissance? Quel est le
clergé dont vous avez les biens à vendre? et vos domaines nationaux
que valent-ils?
»Si la guerre est courte, elle se fera chez vous mêmes avec toute
l'impétuosité françoise; calculez-en les malheurs.
»Si elle est longue, la victoire sera pour le dernier écu. Où sont
les écus que vous avez à y employer, qui égalent le quart seulement
des biens nationaux que nous y pouvons consumer?
»Il vous faut du crédit; nous n'en avons que faire. Votre richesse
est dans la main des prêteurs que vous pourrez déterminer; la nôtre
est dans notre main. Vous donnerez à vos fournisseurs d'argent des
_promesses_ de les payer, que vous réaliserez peut-être, si votre
banque peut résister à l'inspection de nos grenadiers. Nous donnerons
aux nôtres en échange effectif, de la main à la main, la valeur même
de leur monnoie, et à quelques égards une valeur supérieure; nous
leur donnerons des héritages susceptibles d'amélioration.
»Voilà pour les moyens d'agir; voyons à présent la manière. Vous
saviez ce que c'étoit qu'une guerre royale avec la France, et
quelquefois vous vous en êtes mal trouvés; vous n'avez aucune idée
d'une guerre nationale, de son activité, de son opiniâtreté, de
son acharnement, de la réunion de volontés, et d'efforts que doit
y porter l'enthousiasme excité par une nouvelle patrie; de ce dont
sont capables nos anciens guerriers qui chercheront à justifier leur
gloire, nos nouveaux guerriers qui auront à montrer qu'ils peuvent
mériter une gloire plus grande encore.
»Nous ne disons point cela par jactance; nous devons vous vaincre,
parce que nous sommes plus nombreux que vous, parce que nous avons
aujourd'hui plus de richesses libres que vous, parce que notre empire
est essentiellement et encore accidentellement plus puissant que le
vôtre; nous ne nous flattons pas de vous effrayer. Vous pouvez être
les amis les plus estimables et les plus utiles; vous êtes les plus
respectables ennemis que l'on puisse avoir.
»Mais si l'une des deux nations ne doit pas prétendre à inspirer de
la terreur à l'autre, pourquoi le prétendriez-vous?
»Nous ne sommes plus livrés aux intrigues de cour et aux incertitudes
ministérielles. Vous pouvez avoir chez nous quelques stipendiaires;
dès qu'ils sont soupçonnés, ils sont sans pouvoir. Vous ne séduirez
ni notre assemblée nationale, chargée du dépôt de la confiance de
tout un peuple; ni notre cabinet, qui voit tous les regards fixés sur
lui.
»Vous nous trouverez donc également prêts à l'un et à l'autre
événement, également sûrs dans l'un et dans l'autre d'obtenir votre
estime et celle de toutes les nations.
»Voulez-vous la paix? jurons-la; elle sera sacrée. Mais prouvez que
vous la voulez réellement; désarmez, désarmons tous.
»Voulez-vous la guerre et vous réserver de la faire à votre tems, en
parlementant sous les armes? cela ne convient ni à notre loyauté, ni
à notre intérêt, ni à la vivacité de notre caractère. Nous courrons
au-devant de vos vœux: nous regarderons le refus du désarmement
comme une déclaration formelle, et nous prendrons d'ici à la fin de
l'année, autant qu'il nous sera possible, de vos navires marchands.
Nos armateurs y gagneront sans doute, mais ce n'est point une
vile cupidité qui nous fera commencer par cette opération; c'est
principalement afin que vous n'ayez pas les matelots de ces navires
pour armer vos vaisseaux de guerre.
»Aussitôt ensuite que, par nous et nos alliés, nous aurons
rassemblé une force suffisante pour assurer notre passage, nous
irons chez vous. Les nouvelles d'Amérique et de l'Inde s'attendent
trop longtems. C'étoit à faire aux ministres, de se livrer à des
combinaisons pour les immenses préparatifs d'expéditions éloignées.
Nous sommes convaincus que la puissance doit rester à ceux qui seront
les maîtres en Europe. Nous aimons la paix; elle nous est infiniment
chère; nous sommes pressés d'en jouir; si vous ne la donnez pas
aujourd'hui, et visiblement solide, à nous, à nos alliés, lorsque
nous vous en demandons l'assurance avec une sincère affection,
sur notre honneur nous irons la chercher à Londres, et nous l'y
trouverons.
»Répondez vîte; car il faut que les désarmemens commencent dans
la huitaine, ou les hostilités dans un mois. Mais au nom du ciel,
répondez comme des sages, comme nos instructeurs, comme des amis du
genre humain.»
Si après que nous aurons agi et parlé ainsi, les Anglois persévèrent à
vouloir la guerre, c'est que leurs dispositions la rendent inévitable;
nous ne pourrons les corriger de cette persévérance que par la guerre
elle-même. Alors il vaut mieux la faire prompte et bonne que de la
retarder trois mois, et de la faire mauvaise et malheureuse. En la
commençant en tems opportun nous la ferons bonne, brève, et la plus
avantageuse qu'il soit possible.
Si au contraire les Anglois méritent leur réputation, s'ils sont aussi
profonds penseurs qu'ils passent pour l'être, la guerre n'aura pas lieu.
S'il y a un moyen de la prévenir, ce sont cette conduite et ces
discours: il n'en est, il ne peut en être aucun autre.
Heureuse négociation, si convenable à mon pays, où l'on ne peut espérer
de succès que par la franchise, la loyauté et le courage!
Certainement ce n'est pas sans quelque battement de cœur, quand on
porte une ame humaine, qu'on se décide à ces grands partis. Mais ce
n'est point un malheur pour une société naissante d'être obligée, dès
ses premiers instans, de se déployer toute entière. Il faut alors
bénir la nécessité qui l'y contraint. Si le jeune Hercule n'eût pas
été attaqué par deux serpens dans son berceau, vingt ans peut-être se
seroient écoulés sans que sa mère eût eu la douceur de savoir ce que
devoit un jour être Hercule.
J'ajouterai quelques mots sur les questions dont l'éditeur a cru devoir
faire précéder mon ouvrage.
Je propose de demander à l'Angleterre un désarmement respectif.
Un désarmement mutuel ne peut compromettre les droits de personne, et
garantit la sûreté de tous.
Si les prétentions de l'Angleterre sont justes, elle pourra prouver
leur justice, et nous engagerons notre allié à y avoir égard.
Soixante vaisseaux de guerre sont un moyen, et ne sont pas une raison.
Nous ne devons pas souffrir qu'on emploie ce moyen, tant que la raison
n'est pas constatée. Qui s'y obstineroit, annonceroit qu'il ne compte
pas sur la bonté de sa cause, mais sur la puissance de ses armes; il ne
voudroit pas discuter, il voudroit combattre.
Cela n'est pas juste en soi; cela ne le seroit pas relativement à nous.
Nous devons songer à notre sûreté: il est juste que la France subsiste
et qu'elle ne puisse, en aucun cas, être opprimée ou dépouillée de
quelque partie de son empire. Il est donc juste qu'elle ne laisse pas
détruire les voisins dont la puissance et les engagemens garantissent
l'intégrité de ses possessions.
Si l'Espagne avoit tort, la France devroit dire à l'Angleterre:
«j'emploierai ma médiation à vous faire rendre justice; mais je ne
consentirai point que vous prétendiez vous-même vous la faire».
Lorsqu'on a un ami, et qu'il a une mauvaise querelle, on le ramène à la
raison; mais on ne laisse point assassiner son ami; ce seroit lâcheté,
ce seroit imprudence. Celui qui auroit frappé votre ami, fût-ce avec
raison, pourroit vous frapper à votre tour sans raison quand vous
n'auriez plus d'ami. Où il y a menace, l'homme de sens, l'homme de
bien, l'homme de cœur et de force interdit les voies de fait. Ensuite
il juge et concilie.
Voilà le rôle qui convient à la France. Et ce rôle de la raison, de
la prudence, de la puissance, l'oblige d'_exiger_ un désarmement
respectif.
CORRESPONDANCE NATIONALE.
_Discours prononcé par M. de Klinglin, lieutenant de roi à
Strasbourg, et commandant à présent en Alsace, à une confédération
de douze mille hommes, tant de gardes nationales de haute et basse
Alsace, que de troupes réglées, réunies dans la plaine des Bouchers
près de Strasbourg, qui a eu lieu le 12 de ce mois. L'union, la
fraternité, l'ordre ont régné à cette fête civique._
Citoyens françois, et vous mes compagnons d'armes! c'est sur
l'autel de la patrie, c'est devant l'Être-Suprême qui voit le fond de
mon cœur; devant les respectables magistrats dont la vertu justifiant
si bien notre choix, que je viens jouir du bonheur précieux de voir
pour la première fois réunis, les drapeaux des citoyens militaires, et
des militaires citoyens.
Ralliés autour de ces signes éclatans du civisme qui ne fait de nous
qu'une seule et même famille, quel bonheur cette union promet à la
patrie! C'est sur elle que vont poser les fondemens de cette liberté,
d'autant plus chère à tout François, qu'elle est soumise à la loi,
et que la loi veillera sans cesse pour le bonheur de tous à sa
conservation. C'est elle qui consacre à la postérité les vertus d'un
roi qui s'en est montré le si digne restaurateur, et qui lui assure
notre amour et les bénédictions de nos descendans. C'est par cette
réunion enfin, qu'attentifs à écarter les ennemis de la nation, nous
verrons naître les beaux jours du premier empire du monde.
Né dans le département, je joins à l'honneur d'y commander en ce
moment, le droit de citoyen actif; je ne cesserai d'en remplir les
devoirs avec le zèle et la fidélité la plus constante. Je viens donc
renouveler ici, et comme citoyen et comme militaire, le serment
fédératif qui doit nous unir, et rendre nos nœuds indissolubles,
malgré tous les efforts qu'on voudroit faire pour les rompre. Attaché
comme vous, mes amis et mes frères, au succès de la constitution, sur
laquelle la nation qui l'a adopté fonde sa _prospérité et son bonheur,
je viens jurer avec vous_ etc., _la formule du serment_.
SOCIÉTÉ DE 1789.
La Société de 1789, toujours occupée de son objet principal, qui est
de développer les principes d'une constitution libre a célébré d'une
manière particulière le retour annuel de l'époque où les représentans
du peuple françois se constituèrent en assemblée nationale, et
décidèrent ainsi du sort de la France.
Le 17 juin, 200 membres de la Société, réunis dans un repas civique,
ont rappelé la mémoire de ce beau jour. MM. Bailly, la Fayette, Sieyes,
le Chapelier, avoient au milieu d'eux le général Paoli, ce généreux
martyr de la liberté qui avoit été invité au nom de la Société.
Ce n'étoit point une fête de luxe, c'étoit une commémoration
patriotique de l'époque de la liberté françoise, l'assemblée nationale
elle même en avoit fait une pareille, et son président étoit M. Sieyes.
Il présida aussi au dîné de la Société, dont il est membre.
M. Bailly y porta les santés suivantes.
1º. A la constitution de la chambre des communes, le 17 juin, en
assemblée nationale, et celui qui en a conçu l'idée.
2º. Celui qui a provoqué l'institution des gardes nationales, et de
ceux qui l'ont propagée.
3º. A la grande fédération du 14 juillet.
4º. A tous ceux qui ont voulu la liberté de leur pays et qui ont
souffert pour elle.
5º. Hommage aux mânes de _Franklyn_, compagnon imprimeur, ministre
plénipotentiaire en France, et principal fondateur de la liberté
américaine.
6º. A ceux qui ont le courage de faire respecter les loix établies par
les représentans d'un peuple libre.
7º. A tout ami de l'humanité.
8º. Aux amis de la constitution et de la tranquillité publique.
9º. Aux mesures bienfaisantes qui conduiront à la destruction de la
mendicité.
Un membre proposa qu'on fît, sur-le-champ, une contribution pour
la délivrance des prisonniers détenus pour mois de nourrice. Une
acclamation générale accueillit ce vœu, et on remit entre les mains de
M. le maire la somme destinée à cet acte de bienfaisance.
Les prisonniers délivrés seront rendus à leurs familles, dans le sein
desquelles ils sont nécessaires, sans être montrés en procession au
peuple: les secours à l'humanité doivent être dégagés de tout apareil
affligeant pour la sensibilité des infortunés qui les reçoivent.
Les dames de la halle ont demandé à être introduites, et elles ont
présenté, avec des bouquets, l'adresse suivante.
MESSIEURS,
«Dans ce jour qui nous rappelle une des plus belles époques de la
nation françoise, permettez à de bonnes citoyennes de vous faire
agréer et leurs hommages et leurs respects.
»Quoique nous soyons dans la saison des fleurs, nous n'aurions pu en
trouver suffisamment, s'il avoit fallu donner une couronne à tous
ceux d'entre vous qui en ont mérité. Nous n'en avons qu'une; nous la
placerons sur la tête de M. l'abbé Sieyes, président de l'assemblée
nationale, et nous croirons ainsi couronner l'assemblée entière.
»Nous avons, en outre, un bouquet à lui offrir, comme au père de
notre constitution.
»Nous en avons un pour notre bon maire, qui, par son génie et son
patriotisme, a préparé, a aidé la formation de cette constitution.
»Nous en avons un pour notre bon général, à qui cette constitution
doit une nouvelle vie. Sans lui, sans son activité, de belles loix
n'auroient pas été exécutées.
»Nous avons un bouquet pour M. de Mirabeau; il parle trop bien, il
dit tous les jours de trop belles choses, pour que nous ne soyons
pas intimidées quand nous cherchons à faire son éloge.
»Nous en avons un pour M. le Chapellier, qui, sans cesser d'être
Breton, est devenu bon Parisien, et a fait souvent des demandes
utiles en faveur du bon peuple de Paris.
»Nous en avons un pour M. l'évêque d'Autun, le seul de sa classe qui
se soit rappelé que nous étions ses frères, et qui a su sacrifier son
intérêt particulier à l'intérêt général.
»Nous en avons un pour ce général étranger, qui ne l'est pas parmi
vous; toute sa vie a été un combat pour la liberté, contre le
despotisme; et le général Paoli, sous ce rapport, figure bien auprès
du général de la Fayette.
»Nous en avons un.... Hélas! non, messieurs, je me trompe, nous n'en
avons plus, nos fleurs sont épuisées avant que nous ayons pu vous
exprimer les sentimens de nos cœurs.
»Jamais vos noms ne seront oubliés; nous les rappellerons à nos
enfans, comme celui de leurs plus grands bienfaiteurs; il ne sortira
jamais de notre mémoire le souvenir agréable d'avoir vu réunir dans
un même jour, dans un même lieu, à la société de 1789, tous les
illustres membres de l'assemblée nationale, à qui nous devons une
constitution que nous bénirons tous les jours de notre vie».
Une chanson patriotique a été chantée d'abord dans la grande salle du
club, et répétée ensuite à la fenêtre, d'après la demande d'un peuple
immense rassemblé dans le Palais-Royal. Cette chanson, pleine de traits
saillans et analogues à la circonstance, a eu le plus grand succès.
AIR _des Dettes_.
Les traîtres à la nation
Craignent la fédération,
C'est ce qui les désole;
Mais aussi depuis plus d'un an
La liberté poursuit son plan,
C'est ce qui nous console.
L'instant arrive où pour jamais
Vont s'éclipser tous leurs projets,
C'est ce qui les désole;
Et l'homme enfin va pour jamais
Rétablir l'homme dans ses droits,
C'est ce qui nous console.
Il arrive souvent qu'au bois
On va deux pour revenir trois,
Dit la chanson frivole;
Trois ordres s'étoient assemblés,
Un sage abbé les a mêlés,
C'est ce qui nous console.
Quelques-uns regrettent leurs rangs,
Leurs croix, leurs titres, leurs rubans,
C'est ce qui les désole;
Ne brillons plus, il en est tems,
Que par les mœurs et les talens,
C'est ce qui nous console.
Sans doute on fera moins de cas
Et des cordons et des crachats,
C'est ce qui les désole;
Mais les lauriers, mais les épis,
Les feuilles de chêne ont leur prix,
C'est ce qui nous console.
On en a vu qui, tristement,
N'ont fait qu'épeler leur serment,
C'est ce qui nous désole;
On va le faire à haute voix,
De bouche et de cœur à la fois,
C'est ce qui nous console.
La veille de ce dîner, la Société a arrêté que ceux de ses membres qui
pourroient donner des logemens aux députés à la fédération générale,
s'inscriroient sur un registre, et que ce registre seroit ensuite
envoyé à l'hôtel de la mairie, pour que les districts qui ont tous
montré le même zèle, fussent soulagés d'autant. Le concours des
citoyens de toutes les parties du royaume sera sûrement plus grand
qu'on ne croit; le patriotisme des membres de la société, dans cette
occasion, a déjà formé une liste assez considérable de logemens à
donner.
Les discussions les plus intéressantes sur les différens objets de la
constitution, ont lieu plusieurs fois la semaine dans les assemblées de
la société; nous nous proposons d'en donner incessamment le précis à
nos lecteurs.
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK JOURNAL DE LA SOCIÉTÉ DE 1789 - Nº IV ***
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to date contact information can be found at the Foundation’s website
and official page at www.gutenberg.org/contact
Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation
Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread
public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.
The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
visit www.gutenberg.org/donate.
While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.
International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate.
Section 5. General Information About Project Gutenberg electronic works
Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg eBooks with only a loose network of
volunteer support.
Project Gutenberg eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.
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facility: www.gutenberg.org.
This website includes information about Project Gutenberg,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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