The Project Gutenberg eBook of Les kolatiers & les noix de kola
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Title: Les kolatiers & les noix de kola
Author: Auguste Chevalier
Em. Perrot
Release date: August 7, 2026 [eBook #79298]
Language: French
Original publication: Paris: A. Challamel, 1911
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/79298
Credits: Galo Flordelis (This file was produced from images generously made available by the bibliothèque numérique du Cirad (NumBA) and the Biblioteca Digital del Real Jardín Botánico)
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES KOLATIERS & LES NOIX DE KOLA ***
LES VÉGÉTAUX UTILES
DE
L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE
* * * * *
FASCICULE VI
Fascicule VI. Mai 1911.
------------------------------------------------------------------
LES VÉGÉTAUX UTILES
DE
L’AFRIQUE TROPICALE FRANÇAISE
PUBLICATION FAITE SOUS LE PATRONAGE DE MM.
=EDMOND PERRIER= =W. PONTY=
De l’Institut et de Gouverneur général de l’Afrique
l’Académie de Médecine occidentale française
Directeur du Muséum
d’Histoire naturelle
=E. ROUME= =MERLIN=
Gouverneur général honoraire Gouverneur général de l’Afrique
équatoriale française
DIRIGÉE PAR
=M. Aug. CHEVALIER=
Docteur ès-sciences
Chargé de Missions
* * * * *
FASCICULE VI
* * * * *
=LES KOLATIERS & LES NOIX DE KOLA=
PAR
=Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.=
* * * * *
=PARIS=
AUGUSTIN CHALLAMEL, ÉDITEUR,
RUE JACOB, 17
* * * * *
1911
Prix : 20 Fr.
=TABLE DES MATIÈRES.=
* * * * *
Préface (Aug. Chevalier) XV
Introduction (Aug. Chevalier et Em. Perrot) XXI
PREMIÈRE PARTIE.
=Historique général.=
CHAPITRE PREMIER. — Notes historiques et géographiques sur 1
le Kola avant le XIXe siècle
CHAPITRE II. — Le Kola et les Kolatiers au XIXe siècle 12
CHAPITRE III. — Histoire botanique des principaux Kolatiers 31
jusqu’à la création du genre _Cola_
DEUXIÈME PARTIE.
=Les Kolatiers : Etude botanique, géographique et biologique.=
CHAPITRE IV. — Position systématique et divisions du genre 45
_Cola_
_Autocola_ K. Schum, 52. — _Macrocola_ A. Chev., 54. —
_Eucola_ A. Chev., 54.
CHAPITRE V. — Caractères généraux des espèces de la section 53
_Autocola_ (_Eucola_)
Port, 53. — Gemmules, 56. — Feuilles, Répartition, 56. —
Pétiole, 58. — Limbe, 60. — Inflorescences, 62. — Fleurs,
63. — Fruit, 66. — Déhiscence des fruits, 68. — Graines, 70.
CHAPITRE VI. — Caractères histologiques des Kolatiers 72
Racine, 72. — Tige, 73. — Feuille, 77. — Pétiole, 77. —
Renflement basilaire, 79. — Renflement moteur, 83. — Organes
floraux, 87. — Ovaire, 91. — Graine, 92.
CHAPITRE VII. — Révision des anciennes espèces de la section 98
_Eucola_ d’après les types conservés dans les Herbiers
Types des espèces de Ventenat. _Sterculia nitida_ Vent., 99.
— La plante de Michaux, 100. — L’échantillon de l’Herbier de
Lamarck, 100. — de l’Herbier général du Muséum, 102. —
_Sterculia grandiflora_ Vent., 103. — Echantillon de
l’Herbier de Jussieu, 103. — Echantillons de l’Herbier de
Lamarck, 104. — Type du _Sterculia acuminata_ P. Beauv.,
105. — Type du _Sterculia verticillata_ Thonning in
Schumacher, 107. — Type du _Cola macrocarpa_ G. Don, 109. —
Type du _Syphoniopsis monoica_ Karst., 109. — Types des
_Cola_ du Flora of tropical africa, 110. — Type du _Cola
Ballayi_, 110. — Types des espèces décrites par K. Schumann,
O. Warburg et W. Busse, 111.
CHAPITRE VIII. — Etude systématique des espèces de la 119
section _Eucola_
_Cola nitida_ A. Chev., 120. — _Cola rubra_ A. Chev., 123. —
_Cola alba_ A. Chev., 124. — _Cola mixta_ A. Chev., 126. —
_Cola pallida_ A. Chev., 128. — _Cola acuminata_ (Pal.
Beauv.) Schott et Endl., 129. — _Cola verticillata_ Stapf
Mss., 136. — _Cola Ballayi_ Cornu, 139. — _Cola sphærocarpa_
A. Chev., 142.
CHAPITRE IX. — Distribution géographique 146
Guinée française : Rivières du Sud, 146. — Fouta-Djalon,
150. — Kouranko et région du Haut-Niger, 151. — Le Kissi,
153. — Pays des Tomas et des Guerzés, 156. — Haut-Sénégal-
Niger, 159. — Côte d’Ivoire, 159. — Zône au nord du 8e
parallèle, 160. — Le Baoulé, 162. — Zône Nord de la forêt de
6° 30 et 7° 45, 163. — Pays des Dyolas ou Dans, 164. — Pays
des Touras ou Touradougou, 168. — Pays des Bétés, 169. —
Pays des Lôs ou Gouros, 170. — Pays des Ngans, 172. — Zône
sud et moyenne de la Côte d’Ivoire, 175. — Dahomey, 178. —
Afrique équatoriale française, 180. — Colonies étrangères de
l’Afrique occidentale : Sierra-Léone, 188. — République de
Libéria, 189. — Gold-Coast, 190. — Togo, 192. — Nigeria,
194. — Cameroun, 196. — Congo belge, 197. — Fernando-Po,
198. — San-Thomé, 198. — Angola, 199. — Les Kolatiers en
dehors de l’Ouest africain, 199.
CHAPITRE X. — Ecologie et Biologie des Kolatiers 202
Rapports avec les différents milieux, 202. — Milieu
climatique, 202. — Milieu édaphique, 204. — Milieu
biologique, 205. — Rapports des Kolatiers entre eux : les
races, 206. — La vie végétative, 208. — La fonction de
reproduction, 209. — Les races, 213. — Dissémination et
multiplication, 218. — Philogénie des Kolatiers, 218.
TROISIÈME PARTIE.
=Etude chimique et pharmacologique de la noix de Kola.=
CHAPITRE XI. — Composition chimique des noix de Kola 219
Dosages de la caféine dans les noix de Kola, 227. —
Extraction de la Kolatine (Goris), 242. — Préparation de la
matière première, 242. — Conservation, 242. — Procédé à
l’alcool bouillant, 243. — Stérilisation (Procédé Goris et
Arnould), 244. — Extraction de la Kolatine, 245. —
Purification, 246. — Propriétés de la Kolatine, 246.
CHAPITRE XII. — Action physiologique de la noix de Kola 253
Action sur le système nerveux, 257. — Système digestif, 258.
— Appareil circulatoire, 259. — Système musculaire, 259. —
Doses de Kola à ingérer, 260. — Action pharmacodynamique de
la caféine, 262. — Action de la caféine sur le système
nerveux central, 263. — Action de la caféine sur le système
musculaire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil
circulatoire, 264. — Action de la caféine sur l’appareil
respiratoire, 265. — Action de la caféine sur les échanges
nutritifs, 265. — Action physiologique de la Kolatine, 267.
CHAPITRE XIII. — Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques 274
Modes d’emploi, formes pharmaceutiques, 276. — Extrait de
Kola sec, 277. — Extrait de Kola frais stérilisé, 278. —
Kola frais stérilisé, 278. — Comprimés et tablettes de Kola
frais stérilisé, 279. — Préparations alimentaires, 279. —
Masticatoire au Kola, 280. — Granulé au Kola, 280. — Vin de
Kola, 280. — Extrait fluide de Kola, 281. — Emploi du Kola
dans la ration alimentaire des animaux, 283.
QUATRIÈME PARTIE.
=Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.=
CHAPITRE XIV. — La culture des Kolatiers 285
Procédés de culture indigène, 289. — Bouturage, 295. —
Renseignements fournis par les plantations européennes, 296.
— Semis, 297. — Plantation, 297. — Culture rationnelle, 303.
— Choix des graines, 303. — Choix et préparation du terrain,
305. — Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance,
310. — Problèmes à résoudre, rôle des Jardins d’essai, 311.
CHAPITRE XV. — Age de la production et rendement des 313
Kolatiers
Durée de la croissance et âge de la première production,
313. — Rendement, 316. — Nombre des récoltes annuelles, 323.
— Durée des Kolatiers, 326.
CHAPITRE XVI. — Ennemis et maladies du Kolatier et des noix 327
de Kola
Animaux, 327. — Notes sur quelques essais en vue de la
destruction du Charençon de la noix de Kola (P. LESNE et
Joanny MARTIN), 336. — Végétaux, 338.
CHAPITRE XVII. — Récolte, préparation et emballage des noix 343
de Kola
Procédés de récolte, 343. — Extraction des noix, 344. —
Préparation des noix pour le transport, 344. — Conservation
des noix dans les pays de production, 345. — Emballage pour
le transport par caravanes, 345. — Principaux Orofira, 346.
— Soins à donner aux Kolas en cours de route, 351. —
Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe,
351. — Préparation du Kola séché, 353.
CHAPITRE XVIII. — Le commerce et la géographie commerciale 355
des noix de Kola
Le commerce des caravanes. Les Dioulas, 359. — Les
transports par caravanes, 361. — Les transports par eau,
362. — Les transports par chemins de fer, 363. — Monnaies
employées pour les achats de Kola, 363. — Droits de douane
et taxes sur les Kolas dans les Colonies françaises, 366. —
Colonies françaises. Pays producteurs de Kolas : Guinée
française, 367. — Région littorale, 369. — Le Kissi, 370. —
Pays Tômas et Guerzés et frontière libérienne, 372. — Kolas
rouges, 381. — Kolas rosés, 381. — Kolas blancs, 381. —
Haute Côte d’Ivoire, 384. — Bas-Dahomey, 396. — Afrique
équatoriale française, 396. — Principaux pays producteurs
étrangers. Sierra-Léone, 399. — Gold-Coast, 400. — Cameroun,
403. — Togo allemand, 404. — San-Thomé, 404. — Principaux
pays consommateurs : Colonies françaises. Sénégal, 405. —
Haut-Sénégal et Niger, 408. — Haut-Dahomey, 425. —
Territoire du Tchad, 428. — Pays consommateurs étrangers :
Gambie anglaise, 429. — Guinée portugaise, 429. — Nigéria
anglaise, 430. — Importation et consommation des Kolas en
Europe, 483.
CHAPITRE XIX. — Amandes considérées à tort comme remplaçant 436
les Kolas. Substitutions frauduleuses. Succédanés
CHAPITRE XX. — Rôle du Kola dans la vie des Indigènes 448
Croyances, rites, superstitions, usages, régime de la
propriété, 448. — Propriétés réelles attribuées au Kola par
les indigènes, Comme excitant et tonique, 449. — Comme
aphrodisiaque, 452. — Les Kolas dans la vie sociale et
domestique, 453. — Rôle du Kola au point de vue religieux,
456. — Superstitions, 459. — Formes sous lesquelles le Kola
est consommé par les indigènes, 460. — Régime de la
propriété des Kolatiers, 461.
* * * * *
TABLE DES FIGURES.
* * * * *
FIGURE 1. — _Cola nitida_. Un arbre sur une place de la 32 bis
ville Conakry (hors texte)
— 2. — _Cola nitida_. Rameaux, fleurs et amandes
(h. t.)
— 3. — _Cola verticillata_ Stapf. Rameau en fleurs 48 bis
(h. t.)
— 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au 43
Bas-Dahomey
— 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les 57
Bétés de la Côte d’Ivoire (conservé sur
l’emplacement de la forêt défrichée)
— 6. — _Cola Ballayi_. Rameau portant un 40 bis
pseudo-verticille de feuilles. Une partie
des feuilles ont été détachées (h. t.)
— 7. — _Cola Ballayi_. Rameau âgé chargé 41 bis
d’inflorescences (h. t.)
— 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec 59
des lobations
— 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev. Sur le même 61
rameau on voit une feuille à une foliole,
une autre à 3 folioles et enfin une feuille
à 5 folioles
— 10. — _Cola nitida_. Rameau en fleurs, follicules 69
coupés longitudinalement, inflorescences
— 11. — _Cola nitida_. Jeune sujet vivant (h. t.) 56 bis
— 12. — _Cola_ sp. des Serres du Muséum de Paris 56 bis
(h. t.)
— 13. — _Cola acuminata_. Follicules à différents 57 bis
âges
— 14. — Coupe transversale d’un fragment d’écorce 73
du tronc de _C. nitida_, passant par la
région libérienne
— 15. — Coupe transversale du pétiole, à la base du 75
limbe
— 16. — Coupe schématique au niveau du renflement 80
basiliaire, au point d’insertion des
pétioles sur la tige
— 17. — Figures schématiques du système 81
fasciculaire du pétiole, au niveau du
renflement moteur
— 18. — 1. Coupe transversale du limbe de _C. 86
Ballayi_ ; 2, épiderme inférieur vu de face
avec stomate légèrement enfoncé ; 3, coupe
schématique de la nervure médiane vers le
tiers supérieur du limbe chez _C. nitida_
— 19. — 1 et 2, poils étoilés du calice et d’une 88
feuille prise sur un bourgeon ; 3, poils
glanduleux vus de profil
— 20. — Schéma de la coupe transversale de l’ovaire 89
de _C. nitida_
— 21. — Coupe d’un ovule et du placenta 90
— 22. — Portion du tégument de la graine de _Cola 92
nitida_
— 23. — Coupe transversale d’une jeune graine de 93
_C. nitida_, passant au-dessus du point
d’insertion des cotylédons
— 24. — Fleur, fruits et graine de Kola 95
— 25. — _Sterculia acuminata_. Type de l’Herbier du 105
British Muséum. Androcées des fleurs mâles
et poils étoilés (croquis communiqué par M.
le Dr STAPF)
— 26. — _Cola Supfiana_ Busse. Type de l’Herbier de 115
Berlin
— 27. — Fleurs de _C. alba_ et _C. mixta_ 125
— 28. — _Cola mixta_ forma _latifolia_ A. Chev. et 128 bis
_Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev.
(h. t.)
— 29. — Fleurs de _Cola acuminata_ 131
— 30. — _Cola acuminata_. Fruits de la forme de 135
San-Thomé
— 31. — _Cola mixta_ et _C. pallida_. Follicules 136 bis
étalés en étoile (h. t.)
— 32. — _Cola nitida_ des Iles Scherbro. Follicules 137 bis
vus en-dessous (h. t.)
— 33. — _Cola Ballayi_. Follicules (h. t.) 144 bis
— 34. — _Cola sphærocarpa_ A. Chev. Follicules 143
— 35. — Philogénie des _Cola_ de la section _Eucola_ 217
— 36. — Cristaux de Kolatine (GORIS), d’après une 247
microphotographie
— 37. — Cristaux de Kolatéine (GORIS), d’après une 250
microphotographie
— 37 bis. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr. de 268
kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt
du cœur au bout de 18 heures. Cardiographe
VERDIN-VIBERT
— 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale 269
avec le Kymographion de LUDWIG. Injection
intraveineuse d’une solution de kolatine
dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de
kolatine à intervalle de 40 minutes. Survie
du chien
— 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thomps. (coléoptère) 329
— 40. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), état 331
parfait
— 41. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), larve 332
— 42. — _Balanogastris Kolæ_ (coléoptère), nymphe 333
— 43. — _Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum (h. 336 bis
t.)
— 44. — _Clinogyne ramosissima_ K. Schum (h. t.) 344 bis
— 45. — _Sarcophrynium brachystachyum_ K. Schum (h. 445 bis
t.)
— 46. — Panier pour le transport des Kolas par mer 352
— 47. — _Mitragyne macrophylla_ Hiern 352 bis
— 48. — Monnaies servant à l’achat des Kolas 365
— 49. — Couffins préparés pour le transport des 401
Kolas par mer
— 50. — Carte des routes suivies par les 419
caravaniers transportant les Kolas
— 51. — _Garcinia Kola_ Heckel. Rameau (h. t.) 440 bis
— 52. — _Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (h. t.) 441 bis
* * * * *
CARTES.
* * * * *
1. — Cartes des routes suivies par les caravanes Page 419
transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien.
Echelle 1/16.000.000
2. — Distribution géographique du _Cola nitida_ et à la
des _Cola_ à plus de deux cotylédons. Echelle fin de
1/17.800.000 l’ouvrage
3. — Distribution géographique et répartition des à la
plantations de _Cola nitida_ en Guinée françaises et fin de
à la Côte d’Ivoire. Echelle 1/3.000.000 l’ouvrage
* * * * *
PLANCHES
(_Phototypies à la fin de l’ouvrage_).
* * * * *
PLANCHE I. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de Ventenat. (Herb.
Delessert, Genève).
— II. — _Sterculia nitida_ Vent. Type de l’Herbier de Lamarck
cité par Ventenat. (Herb. Mus. Paris).
— III. — _Sterculia nitida_ Vent. Echantillon de Commerson.
(Herb. Mus. Paris).
— IV. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier de
Jussieu. (Herb. Mus. Paris).
— V. — _Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier
Lamarck. (Herb. Mus. Paris).
— VI. — _Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. Type de l’Herbier
de Palisot de Beauvois. (Herb. Delessert, Genève).
— VII. — _Sterculia verticillata_ Thonn. Type de l’Herbier de
Schumacher. (Herb. Mus. Copenhague).
— VIII. — _Cola Ballayi_ Cornu. Type vivant de Maxime Cornu.
(Serres Mus. Paris).
— IX. — _Cola astrophora_ Warb. (= _Cola acuminata_ Schott et
Endl.). Type de Warburg. (Herb. Mus. Berlin).
— X. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. rubra_ A. Chev. Forme
sauvage de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.
(Herb. Aug. Chevalier).
— XI. — _Cola nitida_ Vent. A. Chev. Forme sauvage de la Côte
d’Ivoire, à grandes fleurs et à petites fleurs sur le
même rameau. (Herb. Aug. Chevalier).
— XII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. Forme
sauvage de la Côte d’Ivoire. Rameau d’un arbre ne
portant que des fleurs mâles. (Herb. Aug. Chevalier).
— XIII. — _Cola nitida_ sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. forma
_latifolia_. Plante cultivée par les indigènes à
Conakry, en Guinée française. (Herb. Aug. Chevalier).
— XIV. — _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl. Forme
cultivée par les Kroumen, à Grabo, dans la Côte
d’Ivoire. (Herb. Aug. Chevalier).
— XV. — _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. Différentes formes de
follicules ouverts.
— XVI. — Noix de Kola de différentes espèces.
* * * * *
=PRÉFACE.=
* * * * *
Depuis 1898, il ne s’est guère écoulé d’années sans que nous ayons été
amené, au cours de nos explorations, à faire quelques observations
relatives aux Kolatiers et aux noix de Kola.
En février et mars 1899, nous observions pour la première fois ces
arbres cultivés par les indigènes dans les cercles de Siguiri, Kouroussa
et Kankan, constituant à cette époque la région sud du Soudan français.
Nous fûmes alors frappé de l’intérêt que les indigènes leur attachaient.
Pendant toute l’année 1899 et une partie de l’année 1900, il nous fut
donné aussi d’étudier sur place l’importance commerciale de la noix de
Kola en observant les transactions auxquelles cette amande précieuse
donne lieu sur les grands marchés africains de St-Louis, Dakar, Kayes,
Médine, Bamako, Sikasso, Bobo-Dioulasso, Djenné, Tombouctou, Ségou, etc.
Quelques mois après notre retour en Europe, nous fûmes mis en rapport
par G. SCHWEINFURTH avec le professeur K. SCHUMANN, de Berlin, qui
venait de publier sa belle monographie des Sterculiacées africaines.
Le savant botaniste nous montra dans l’Herbier de Berlin les matériaux
restreints qu’il avait eus à sa disposition pour faire l’étude de la
section _Autocola_. Il nous assura que la lumière était loin d’être
faite sur ce groupe intéressant et nous encouragea à faire des
recherches sur ces plantes au cours du voyage que nous devions effectuer
peu de temps après.
Pendant la _Mission Chari-lac Tchad_ (1902-1904), notre attention fut de
nouveau attirée sur les _Kolatiers_.
A notre passage à Conakry, en juin 1902, les beaux exemplaires de
l’espèce _C. nitida_ qui sont répandus dans toute la ville étaient en
pleine floraison et le marché était bien approvisionné de noix de cette
espèce.
Quelques jours plus tard, nous constations à Porto-Novo (Dahomey) la
présence presque exclusive sur le marché de cette localité d’un Kola
très différent. L’amande était petite, rosée et constamment à 4 ou 5
cotylédons. C’était la graine de l’espèce que nous nommons _C.
acuminata_ Schott et Endl.
Sur les marchés indigènes de Libreville, Matadi, Leopoldville,
Brazzaville, nous revîmes des noix à peu près identiques.
En remontant le Congo et l’Oubangui, en août 1902, nous rencontrions un
Kolatier encore différent de l’espèce côtière et qui s’identifiait
complètement avec le _Cola Ballayi_ Cornu, dont les graines avaient été
rapportées d’abord du Gabon, excellente espèce que le Prof. K. SCHUMANN
avait mal connue.
Malheureusement ce savant allemand venait d’être enlevé à la science au
moment où nous nous proposions de lui communiquer nos matériaux, après
notre retour en France.
Au cours de notre voyage en Afrique centrale, nous avions aussi constaté
que les caravaniers Haoussas continuaient toujours à apporter les noix
de Kola au Baguirmi et au Ouadaï. Ce commerce donnait lieu à des
transactions moins importantes qu’à l’époque des voyages de BARTH et de
NACHTIGAL, le pays ayant été ruiné par des guerres fréquentes ; pourtant
la noix de Kola était toujours un article très recherché des peuplades
musulmanes.
Mais c’est surtout au cours de nos nouveaux voyages effectués durant les
années 1905, 1906 et 1907, puis de 1908 à 1910 que nous avons pu étudier
d’une manière plus approfondie les espèces productrices de noix de Kola,
leur distribution géographique, leur culture et le commerce auquel les
noix donnent lieu.
Pendant un séjour de plus de 10 mois en Guinée française, il nous a été
possible d’examiner en détail et à tous les points de vue l’espèce
cultivée dans cette colonie par les indigènes et de relever sa
distribution géographique.
Un séjour d’un mois en 1905, de 9 mois en 1906-1907, puis de 9 mois
encore en 1909, nous a permis d’effectuer une étude analogue à la Côte
d’Ivoire, colonie particulièrement riche en Kolatiers cultivés et
spontanés.
Dès 1905, nous visitions un certain nombre de colonies étrangères
produisant des Kolas.
Un séjour de près d’un mois à la Gold-Coast nous a permis d’examiner les
intéressants essais de culture entrepris aux jardins d’Aburi et de
Tarkwa.
Continuant notre exploration vers le sud, nous avons été amené à
examiner enfin les Kolatiers qui vivent à Lagos, dans la Nigeria du Sud
(Old-Calabar), enfin à l’île de San-Thomé. En 1909 nous avons en outre
examiné ces arbres dans la partie de Sierra-Leone avoisinant les sources
du Niger.
Les spécimens botaniques du genre _Cola_, recueillis au cours de nos
diverses expéditions, remplissent actuellement plus de six gros cartons
d’herbier. Nous avons en outre pris sur place de nombreuses notes et
nous avons décrit sur le vif les espèces observées.
Mais c’est surtout dans les colonies françaises de l’Ouest africain que
nous avons pu faire au cours de notre voyage 1908-1910, d’importantes
constatations relatives à la distribution des Kolatiers et à leur
culture : la région des sources du Niger, le Kissi, le Kouranko, le Pays
des Tômas et des Guerzés, les hauts bassins de la Nuon, du Cavally et du
Sassandra, habités par les Dans ou Dyolas et par les Touras, enfin le
pays des Ngans sont par excellence les pays producteurs de noix de
Kolas, aussi leur prospection botanique a été des plus intéressantes.
Dans le Bas-Dahomey nous avons visité les plantations indigènes de _Cola
acuminata_ et observé en outre le rare _Cola verticillata_, méconnue
jusqu’aux dernières années.
Enfin, notre voyage s’est terminé par la traversée du Haut-Dahomey et du
Mossi où les noix de Kola donnent lieu à un très grand trafic.
Pour élaborer une monographie complète des Kolatiers et des noix de
Kola, il nous a semblé qu’il ne suffisait pas de coordonner les
résultats de nos études en Afrique.
Il était tout d’abord indispensable de dépouiller une copieuse
bibliographie concernant cette question. L’ouvrage du Professeur E.
HECKEL, qui constituait une mise au point complète en 1893, a été suivi
de la publication de nombreuses notes concernant les Kolas. Dans les
périodiques français ont paru les renseignements de CAZALBOU, SAUSSINE,
TEISSONNIER, SAVARIAU, J. et H. VUILLET, H. FILLOT, etc.
En Allemagne, des observations sur les Kolatiers ou sur les Kolas ont
été publiées par K. SCHUMANN, O. WARBURG, BERNEGAU, W. BUSSE. En
Angleterre, le Dr O. STAPF, conservateur de l’Herbier du Jardin royal de
Kew a apporté aussi d’intéressantes contributions à l’étude des _Cola_.
Enfin d’importantes recherches sur la Chimie, la Pharmacologie et la
Physiologie des Kolas ont été faites dans ces dernières années surtout
en France, notamment par M. GORIS, sous la direction du Professeur
PERROT.
Personne n’était plus qualifié que ce dernier pour présenter les travaux
relatifs à cette branche. Aussi avons-nous accueilli avec joie la
collaboration de notre ami, pour cet ouvrage. Les chapitres VI
(Anatomie), XI (Chimie), XII (Action physiologique), XIII (Usages et
formes pharmaceutiques) ont été entièrement rédigés par lui. Sa
collaboration nous a été aussi précieuse pour nous aider à rechercher
dans les nombreux travaux antérieurs, tous les renseignements qui
paraissaient avoir quelque intérêt. Nous avons donné ainsi à la partie
historique une grande ampleur.
Nous espérons que cet ouvrage apportera des données précises aux
médecins, aux naturalistes, aux colons et aux fonctionnaires coloniaux
qui cherchent de plus en plus à tirer parti des ressources de nos
colonies.
Puisse-t-il contribuer à rendre celles-ci plus prospères, et servir à
faire mieux connaître un produit dont l’Europe ne tire pas suffisamment
parti.
Nous souhaitons aussi qu’il incite les personnes s’occupant
d’agriculture coloniale à élucider certains problèmes relatifs à la
culture et qu’il puisse enfin servir de guide aux administrateurs et les
amener à faire étendre les plantations des indigènes là où elles sont
susceptibles de réussir.
Il nous est agréable d’exprimer nos remerciements à tous ceux qui ont
soutenu ou aidé les missions au cours desquelles ont été accomplis les
travaux exposés ici. Notre gratitude va en outre à M. CLOZEL, ancien
Gouverneur de la Côte d’Ivoire et à son successeur M. ANGOULVANT. Tous
les deux, avec une sollicitude éclairée ont facilité par tous les moyens
nos études dans la belle colonie qu’ils administraient, colonie si riche
en ressources agricoles et forestières de toutes sortes.
Nous remercions aussi tous les fonctionnaires et officiers de l’Afrique
Occidentale qui, par l’autorité dont ils disposent auprès des
populations indigènes, nous ont permis d’étendre beaucoup notre
documentation sur place.
Aug. CHEVALIER.
* * * * *
=INTRODUCTION.=
* * * * *
Avant d’exposer méthodiquement, dans les chapitres qui vont suivre, les
faits acquis concernant l’histoire naturelle et l’histoire économique et
médicale des Kolas, il nous paraît indispensable d’indiquer sommairement
les principales questions qui ont sollicité notre examen et les
problèmes à l’éclaircissement desquels nous avons apporté toute notre
attention.
PREMIÈRE PARTIE.
=Historique général.=
Nombreux sont les auteurs qui ont parlé du Kola et des Kolatiers avant
le XXe siècle, mais beaucoup n’ont fait que citer, sans en contrôler les
sources, les récits plus ou moins fantaisistes rapportés par les
voyageurs. Il nous a paru indispensable de compulser tous les vieux
textes et de reproduire, chaque fois que cela nous a semblé avoir de
l’intérêt, les observations les plus anciennes concernant ce sujet.
Nous avons dû aussi lire toutes les notes des auteurs récents afin de
retenir les renseignements encore nouveaux, chaque fois qu’il nous ont
paru exacts.
DEUXIÈME PARTIE.
=Etude botanique, géographique et biologique.=
Cette partie est incontestablement celle qui nous a fourni le plus
d’études et d’observations inédites, exposées pour la première fois dans
cet ouvrage. Les principaux problèmes abordés sont les suivants :
délimitation de la section _Eucola_ renfermant les vrais Kolatiers ;
étude morphologique, anatomique et systématique de ces espèces. Des
renseignements sur la biologie des Kolatiers — étude de la plus haute
importance pour la culture et qu’aucun auteur n’avait encore abordée —
complètent cette monographie botanique.
Mais c’est surtout à la différenciation des diverses espèces de
Kolatiers que nous avons apporté la plus grande attention. On savait,
depuis la publication de l’ouvrage du célèbre explorateur BARTH, qu’il
existe en Afrique tropicale diverses sortes de Kola auxquelles les
indigènes attribuent des propriétés très différentes, mais les
botanistes qui ont abordé l’étude de ces espèces n’ont fourni jusqu’à ce
jour que des renseignements incomplets ou erronés. A la monographie de
E. HECKEL, qui rapportait à une espèce tous les bons Kolas à deux
cotylédons (espèce inexactement dénommée _Cola acuminata_) et à une
seule autre espèce tous les bons Kolas à plus de deux cotylédons, ont
succédé d’autres études où étaient décrites de nouvelles espèces mal
définies, établies à l’aide de matériaux incomplets et qu’il est
impossible de reconnaître d’après les descriptions. Des questions de
synonymie sont venues s’ajouter à ces difficultés et les botanistes ne
sont plus d’accord, par exemple, sur l’espèce qu’il convient de dénommer
_Cola acuminata_. A l’Herbier de Kew, on appelle _Cola acuminata_
l’espèce produisant le vrai Kola à deux cotylédons (_Cola vera_ K.
Schum.). A l’Herbier de Berlin, on donne le nom de _Cola acuminata_ à un
groupe de deux espèces, dont l’une est le _Cola Ballayi_ et l’autre le
_Cola acuminata_ véritable, c’est à dire le _Sterculia acuminata_ Pal.
Beauv. Problème encore plus complexe : le _Cola acuminata_ var.
_Ballayi_ K. Schum., n’est pas le _Cola Ballayi_ M. Cornu.
Ce dernier doit être identifié au _Cola acuminata_ var. _kamerunensis_
K. Schum.
L’imbroglio est devenu si grand que récemment O. WARBURG a considéré
comme espèce nouvelle, qu’il nomme _Cola astrophora_, une plante qui
nous semble s’identifier au type même de PALISOT DE BEAUVOIS.
Pour faire la lumière sur ce sujet il était indispensable :
1o D’examiner les types mêmes des auteurs qui ont créé des espèces de
_Sterculia_ ou de _Cola_ rentrant aujourd’hui dans notre section
_Eucola_.
2o Etudier de nombreux matériaux en bon état et si possible à l’état
frais, avec des fleurs et des fruits à plusieurs âges de leur
développement, afin de définir clairement les diverses espèces ainsi que
leurs variations.
C’est ce que nous avons fait et nous pensons avoir mis un peu de clarté
dans une question jusqu’alors très confuse.
Enfin, en parcourant plus de 15.000 kilomètres dans les régions où
vivent les Kolatiers, nous avons pu indiquer d’une manière précise
l’aire où vivent les diverses espèces d’_Eucola_ soit à l’état spontané,
soit à l’état cultivé.
TROISIÈME PARTIE.
=Etude chimique et pharmacologique.=
Les travaux publiés sur la composition chimique des Kolas, sont
excessivement nombreux, mais de valeur très inégale. Il était donc
indispensable de les soumettre à une analyse critique très serrée et
d’entreprendre de nouvelles recherches. C’est ce que fit A. GORIS en
1907, à l’instigation de l’un de nous. Cet auteur est parvenu à isoler
des Kolas deux composés cristallisés nouveaux susceptibles de se
combiner avec la caféine en donnant des composés solubles. Les travaux
de GORIS sont dispersés dans plusieurs périodiques scientifiques.
Il nous a donc paru utile de faire ici un exposé méthodique des
découvertes les plus récentes relatives à cette question et nous avons
indiqué toutes les sources bibliographiques concernant les nombreuses
études antérieures.
Les travaux concernant l’action physiologique des Kolas sont eux aussi
extrêmement nombreux et nous avons dû nous borner à exposer les plus
récents, les travaux plus anciens ayant été longuement analysés par
HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN.
Il fallait enfin examiner les formes sous lesquelles le Kola est employé
aujourd’hui et les usages auquel il convient.
QUATRIÈME PARTIE.
=Etude économique.=
Tout ce qui concernera culture, la multiplication, la production et les
maladies des Kolatiers, intéresse au plus haut point l’agronomie
tropicale. A ces questions nous avons consacré des chapitres aussi
documentés que possible.
Le commerce et la géographie commerciale sur lesquels nous avons aussi
recueilli de nombreux renseignements inédits ont été exposés avec un
développement en rapport avec leur importance dans nos colonies de
l’Afrique occidentale.
Quant aux résultats scientifiques et pratiques découlant de notre
travail, nous avons cru utile de les résumer dans des _Conclusions
générales_.
Nous n’ignorons pas que notre étude présente encore des lacunes bien que
nous y ayons travaillé presque sans relâche pendant cinq années.
Nous ne voulons pas en retarder davantage la publication, persuadés
qu’elle suscitera de nouvelles recherches et que si incomplète qu’elle
soit, elle fournira des indications utiles à divers spécialistes et
notamment aux fonctionnaires de l’agriculture coloniale et aux
industriels et commerçants qui voudront contribuer à vulgariser en
Europe un des produits les plus précieux du règne végétal.
Aug. CHEVALIER, Emile PERROT.
Paris, le 24 avril 1911.
* * * * *
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 1. — =Kolatier sur une place de la ville de Conakry= (Guinée
française).]
PREMIÈRE PARTIE.
* * * * *
=Historique général=
* * * * *
CHAPITRE PREMIER.
* * * * *
=Notes historiques et géographiques sur le Kola avant le XIXe siècle.=
* * * * *
Malgré les rapports indiscutables qui existèrent à l’époque romaine
entre les peuples de la Méditerranée et les peuplades vivant au-delà du
Sahara (Æthiopiens et Leucæthiopiens), il semble bien certain que la
noix de Kola fut complètement ignorée du monde civilisé ancien. A notre
connaissance, aucun auteur de l’époque latine n’a fait mention d’un
produit végétal qui puisse lui être assimilé. Les anciens auteurs
arabes, eux aussi, sont tous restés muets sur cette question.
Cependant il est non moins évident qu’à une époque très reculée, le
Kolatier était domestiqué dans certaines régions de l’Afrique tropicale
et ses amandes faisaient déjà l’objet d’un commerce florissant au Soudan
lorsque l’Islam y pénétra.
Les premiers renseignements sur ce produit précieux parvinrent en Europe
au XVIe siècle, peu de temps après le début des grands voyages sur la
côte d’Afrique, voyages inaugurés par les Normands, les Portugais et les
Gênois, plus d’un siècle avant la découverte de l’Amérique.
Du XVIe au XVIIIe siècle, de nombreux voyageurs, ainsi que des
géographes et des naturalistes, ont cité les Kolas au nombre des
productions curieuses rencontrées en Afrique ; mais, à vrai dire, les
renseignements de ces auteurs sont bien vagues : la légende et les
anecdotes racontées aux navigateurs par les indigènes trouvent la plus
grande place dans leurs « Relations ».
LAMARCK, écrivant l’histoire du règne végétal dans l’_Encyclopédie_[1],
pouvait donc dire, avec juste raison, que l’arbre produisant le Kola
était encore totalement inconnu à son époque (1789).
Pour montrer combien étaient incertains les renseignements publiés
jusque-là sur ce produit, nous n’avons pas cru superflu de compulser
tous les textes anciens dans lesquels il en est fait mention.
Nous donnerons ci-après le répertoire bibliographique précis de ces
textes ainsi que la traduction littérale ou la citation de ceux qui nous
ont paru les plus intéressants, afin d’épargner à d’autres une perte de
temps assez sérieuse[2].
Le plus ancien ouvrage édité en Europe, dans lequel il est question de
la plante qui nous intéresse, est le livre de LÉON L’AFRICAIN qui
visita, au commencement du XVIe siècle, une grande partie de l’Afrique
du Nord, du Sahara et du Soudan occidental, entre le Niger et le Tchad.
Fixé plus tard en Europe, il publia, en 1556, une relation de ses
voyages dans laquelle il fit connaître quelques-uns des produits de
l’Afrique. Ce qu’il dit du Kola est si imprécis qu’il serait impossible
de reconnaître la précieuse noix sans l’appellation de _Goro_[3] qu’il
lui donne et qui est encore le nom sous lequel la désignent les
indigènes du Soudan. D’ailleurs, il est certain que LÉON L’AFRICAIN
n’avait pas atteint le pays des Kolatiers et qu’il en avait seulement vu
les amandes apportées par les caravaniers dans la région qu’il a
parcourue.
TEMPORAL donne la traduction suivante du paragraphe relatif à ce
produit :
« Toutes les régions qui sont autour d’icelui (fleuve Niger) ont fort
bonnes terres, qui produisent des graines en grande abondance et du
bétail une infinité ; mais il n’y croît aucune espèce de fruits, hors
quelques-uns que portent certains arbres d’une merveilleuse grandeur, et
leur fruit ressemble aux chataignes tenant quelque peu de l’amer. Ces
arbres croissent assez loin de la mer, en terre ferme et le fruit est
nommé _Goro_. »
Dans la littérature arabe la plus ancienne, on aurait trouvé également
une citation concernant la noix de Kola. C’est ainsi qu’un médecin EL
GHAFFKI vantait déjà ses propriétés reconstituantes, disent certains
ouvrages. Nous avons pu nous assurer qu’il y a là une erreur commise par
le traducteur du célèbre auteur arabe IBN-EL-BEITHAR[4] qui donne en
effet, d’après ce médecin dont les écrits ne sont point parvenus jusqu’à
nous, la description incomplète et invraisemblable d’une plante qui fut
rapportée par le traducteur à un _Sterculia_. Nous n’hésitons pas à nous
inscrire en faux contre cette assertion. Il s’agit sans doute d’une
espèce de Zingibéracée.
Quarante-neuf ans plus tard, DALECHAMPS[5], dans son _Histoire des
plantes_, reprit les notes de LÉON L’AFRICAIN.
C’est au portugais Eduardo LOPEZ[6], qu’est due la première description
exacte du fruit et de l’amande du Kolatier. La relation originale de ce
navigateur n’est malheureusement point parvenue jusqu’à nous, mais, il
en fut fait par PIGAFETTA deux traductions, l’une en italien, l’autre en
latin, qui ont été conservées. Voici la transcription du texte italien :
« .... Il y a d’autres arbres qui produisent des fruits nommés _Cola_.
Ces fruits sont grands comme des pommes de pin et ont à l’intérieur
d’autres fruits semblables à des châtaignes dans lesquels il y a quatre
pulpes séparées de couleur rouge et incarnat. On les met dans la bouche,
on les mâche et on les mange pour éteindre la soif et rendre l’eau
sapide. Ils soutiennent l’estomac et lui sont agréables. Ils sont bons
surtout pour le mal de foie. L’on disait qu’en aspergeant de cette
matière le foie déjà putréfié de poule ou d’un autre oiseau semblable,
le foie recouvre sa fraîcheur et presque son état primitif. Cet aliment
est d’un usage commun à tous, en grande quantité et c’est à cause de
cela une bonne denrée. »
A part la fable de la fin qui est dans le goût de l’époque, cette courte
note renferme des renseignements intéressants dont l’exactitude fut
reconnue par la suite. Les fruits semblables à des pommes de pin dont
parle l’auteur sont des follicules et les autres fruits contenus à
l’intérieur des premiers, semblables à des châtaignes et dans lesquels
« il y a quatre pulpes séparées de couleur rouge » ne sont autres que
les amandes.
Il est curieux de constater que PIGAFETTA faisait ainsi connaître la
noix de _Kola à quatre cotylédons_ qui ne devait être signalée à nouveau
que trois siècles plus tard. C’est en effet cette espèce qui existe dans
la région du Congo où Eduardo LOPEZ avait navigué.
Quelques années seulement après cette publication, Charles DE L’ECLUSE
(CLUSIUS) donnait de nouveaux renseignements sur le Kola.
Il avait en effet reçu d’un médecin hollandais, nommé ROELSIUS, deux
morceaux d’une noix ainsi que la curieuse lettre traduite ci-après,
qu’il publia dans ses _Mémoires_ sur les végétaux exotiques[7].
« Le _Coles_, dit-il, est le fruit d’un arbre, lequel a des feuilles de
poirier, mais plus longues. Toutefois l’arbre qui porte les Coles doit
appartenir aux arbres ou arbustes à silique, car ce fruit ressemble à
nos fèves ou haricots, sauf que les siliques sont plus longues et plus
grandes et de couleur blanche. Il y a dedans quatre ou cinq fruits
semblables aux deux que je vous donne, chacun d’eux est recouvert d’une
écorce blanche ; celle-ci étant enlevée, la partie intérieure du fruit
est rouge incarnat, possédant la couleur du cinabre et du minium, que le
chirurgien qui m’a donné ces noix appelait « vermillon » dans notre
langue. Le fruit, facilement décortiqué, se sépare en deux moitiés,
comme nos fèves.
« Les deux que je vous envoie étaient unis. Le fruit de Cola desséché
est solide et très dur, de sorte que l’on s’étonne d’entendre dire qu’il
convient à l’estomac et qu’étant mâché, il donne de la saveur à
n’importe quelle boisson que l’on prend ensuite. Les habitants de la
région du Cap-Vert les prennent toujours à jeun et, à ce qu’ils disent,
supportent le jeûne un jour entier, dès qu’ils en ont mangé trois ou
quatre.
« Voilà ce que je sais de ce fruit, non par expérience, mais pour
l’avoir entendu dire et que, dans mon musée de Middelburg, vous m’avez
demandé de vous écrire. »
Et CLUSIUS ajoute :
« C’est là tout ce que dit ROELSIUS. J’ai observé que les fruits envoyés
par ROELSIUS étaient troués par le milieu et avaient dû être traversés
d’un fil pour être suspendus et (ainsi que je le suppose) plus
facilement desséchés et facilement conservés. »
Le fruit couleur rouge incarnat qui se sépare en deux moitiés, suivant
l’expression de ROELSIUS, est bien certainement le _Kola à deux
cotylédons_. C’est du reste, encore aujourd’hui, la seule espèce qui
soit importée et consommée par les indigènes de la région du Cap-Vert.
En 1605, les deux groupes d’espèces fournissant de bonnes noix de Kola —
_Cola acuminata_ et _Cola nitida_ — avaient donc déjà été observées,
mais personne ne songea à les différencier tant les renseignements
recueillis à leur sujet étaient imprécis.
Les observations qui suivent concernent le groupe du _Cola acuminata_
lorsqu’elles ont été faites le long de la côte au sud et à l’est du
Golfe de Guinée, et le _Cola nitida_ quand elles se rapportent à la
Sénégambie, au Soudan et aux pays côtiers situés à l’ouest de la Côte
d’Or.
On lit également dans le _Pinax_[8], de G. BAUHIN, publié en 1620, une
courte note se rapportant à ces graines décrites sous la mention
suivante : _X. — Arbor fructu nucis pinæ specie_.
J. BAUHIN, un peu plus tard, en 1651, résume dans son _Histoire
Universelle des Plantes_ ce que l’on sait du Kola, et il en est fait
mention dans plusieurs chapitres. Nous pensons qu’il est inutile de les
reproduire[9].
Dans les relations des missionnaires apostoliques du Congo, le P. CARLI,
en 1668, signale qu’on lui apporta à Bamba « quantité de racines rondes
semblables à des truffes, mais qui croissent sur des arbres et qui sont
de la grosseur des limons. Elles renferment quatre ou cinq noix dont
l’intérieur est rouge. L’usage des nègres est de les couvrir de terre
pour les conserver fraîches. S’ils veulent les manger, ils les lavent
soigneusement et ne manquent point de boire un peu d’eau après les avoir
avalées. Le goût en est amer, mais cette amertume fait trouver l’eau
délicieuse. On les appelle _Kola_ et les Portugais de Loanda les aiment
beaucoup. CARLI envoya une caisse de ces noix à ses amis de l’Europe qui
lui marquèrent leur reconnaissance par divers présens[10] ».
L’_Histoire Générale des Voyages_, d’où provient la citation ci-dessus
publiée par l’abbé PREVOST en 1748, renferme de curieux renseignements
sur les Kolas. L’auteur a rassemblé dans cette encyclopédie à peu près
tout ce que les voyageurs antérieurs ont dit sur ces fruits. Aux
indications de LOPEZ et de ROELSIUS sont jointes celles de MEROLLA,
DAPPER, FUICH, JOBSON, BRÜE, etc...
D’après LOPEZ, « le Kola est d’un usage fort commun au Congo et son
abondance en rend le prix très vil. » Le même auteur met l’arbre qui le
produit au rang des palmiers. MEROLLA dit que la première écorce, ou
plutôt la cosse du Kola renferme plusieurs fruits et que sa couleur est
d’un rouge cramoisi. Les Portugais font tant de cas de cette espèce de
noix, continue-t-il, que s’ils rencontrent une dame dans les rues leur
première civilité consiste à lui offrir du Kola. DAPPER a compté jusqu’à
10 ou 12 noix dans une même cosse. Il ajoute que « ce fruit ne vient
qu’une fois l’année et que si l’on en mange le soir, il trouble le
sommeil[11]. »
Cette collection de Relations de voyages rapporte aussi l’usage du Kola,
d’après MOORE, en 1735. Ce voyageur[12] signale que, chez certains
nègres, les noix de Kola entrent dans la série des cadeaux dus au père
de la fiancée par le fiancé. FUICH, dans son exploration du Sierra
Leone, en 1607, avait déjà signalé des faits analogues que nous
rapportons :
« Plus loin dans l’intérieur des terres, il croît un fruit nommé Cola ou
Kola, dans une coque assez épaisse. Il est dur, rougeâtre, amer, à peu
près de la grosseur d’une noix, et divisé par divers angles. Les nègres
font des provisions de ce fruit et le mâchent, mêlé avec l’écorce d’un
certain arbre. Leur manière de s’en servir n’a rien d’agréable pour les
Européens. Celui qui commence à le mâcher le donne ensuite à son voisin,
qui le mâche à son tour et qui le donne au nègre suivant. Ainsi chacun
le mâche successivement, sans rien avaler de la substance. Ils le
croient excellent pour la conservation des dents et des gencives. Les
chevaux n’ont pas les dents plus fortes que la plupart des nègres. Ce
fruit leur sert aussi de monnoye courante, et le pays n’en a pas
d’autre.
« L’auteur du _Golden Trade_ observe que le Kola est fort estimé des
nègres qui habitent les bords de la Gambie, et que les Anglais ne lui
donnent pas d’autre nom que celui de noix. Elles ressemblent, dit-il,
aux châtaignes de la plus grosse espèce, mais leur coque est moins dure.
Le goût en est amer. On en fait tant de cas parmi les nègres, que dix
noix de Kola font un présent digne des plus grands rois. Après en avoir
mâché, l’eau la plus commune prend le goût de vin blanc et paraît mêlée
de sucre. Le tabac même en tire une douceur singulière. On n’attribue
d’ailleurs aucune autre qualité au Kola. Les personnes âgées, qui ne
sont plus capables de le mâcher, le font broyer pour leur usage. Mais ce
n’est pas le peuple qui peut se procurer un ragoût si délicieux, car 50
noix suffisent pour acheter une femme. On en fit présent de six à
JOBSON, mais il n’eut jamais l’occasion d’en voir croître sur l’arbre.
Les Portugais prétendent que le Kola vient du pays de l’Or, et que les
nègres de la Gambie le reçoivent dans une grande baye au delà de Cachac,
où ils trouvent d’autres nègres qui leur apportent de l’or et quantité
de Kola. Cependant JOBSON remarque qu’on le trouve plus cher à mesure
qu’on descend la rivière et que, plus haut, les nègres l’ont avec plus
d’abondance, sans qu’il ait pu découvrir d’où ils le reçoivent. Ils
paraissaient surpris que les Anglais ne l’estimassent pas autant qu’eux.
JOBSON se proposait d’en apporter quelques noix en Angleterre, mais il
s’aperçut qu’il s’y forme des vers, et qu’elles ne peuvent se conserver.
« BARBOT décrit l’arbre qui produit cette fameuse noix. Il lui donne le
nom de _Frogolo_. Il assure que la région de Sierra Leone en est
remplie ; qu’il est d’une hauteur médiocre ; que la circonférence du
tronc est de 5 ou 6 pieds ; que le fruit ressemble aux châtaignes, et
qu’il croît en pelotons de dix ou douze noix, dont quatre ou cinq sont
sous la même coque, divisées par une peau fort mince ; que le dehors de
chaque noix est rouge avec quelque mélange de bleu ; que si elle est
coupée, le dedans paraît d’un violet foncé. Les nègres et les Portugais
en demandent sans cesse, comme les Indiens ne demandent que leur arrak
et leur bétel. Il ne vient qu’une fois chaque année, continue BARBOT ;
il est d’un goût qui tire sur l’amer ; il fait trouver l’eau fort
agréable ; et il est fort diurétique. Les nègres en font un commerce
considérable dans les terres. Ils en fournissent une race d’hommes
blancs[13] qui viennent le prendre de fort loin ; et le même auteur
apprit des Anglais de l’Isle de Bense, qu’il en passe tous les ans par
terre une fort grosse quantité à Tunis et à Tripoli. »
Le P. LABAT, historiographe du chevalier DE BRÜE, le directeur de la
Compagnie des Indes au Sénégal, dans la relation de voyage de ce
dernier, fournit à plus d’un siècle d’intervalle, un certain nombre de
renseignements qui confirment les dires de FUICH et d’autres qui les
infirment[14].
DE BRÜE remarqua, pour la première fois, des Kolas entre les mains des
indigènes, en 1701, en se rendant de la rivière Gambie au rio Cacheo. Il
s’arrêta au village de Bintan sur la rivière de Saint-Grigou, —
aujourd’hui Songrougou en Casamance.
« Là il fut reçu par la femme d’un capitaine anglais nommé Agis, une
mulâtresse veuve d’un Portugais et après « quelques instants de
conversation, une de ses esclaves, jeune et belle, mais vêtue fort
immodestement, présenta à M. DE BRÜE et à sa compagnie un bassin rempli
de _colles_ ».
« Ce sont des fruits qui approchent beaucoup pour la figure, l’odeur, la
grosseur, la couleur et le goût des marrons d’Inde. Ce ne sont pourtant
pas des marrons d’Inde, du moins de l’espèce de ceux que l’on voit si
commun à Paris. Je suis fâché que mes mémoires ne me descrivent pas
assez clairement l’arbre qui les porte, pour en faire part au public. Ce
que j’en sçai, c’est que ces fruits viennent de plus de trois cents
lieues à l’est de Bintan. On en trouve encore à Serre-Lionne, mais en
plus petite quantité, et par cet endroit on les estime plus que ceux qui
viennent de plus loin et qui sont plus rares. Ce fruit est environné de
deux écorces : la première est grise, assez forte, dure et cassante ; la
seconde qui est la plus proche de la chair, n’est qu’une pellicule
blanchâtre, mince et peu adhérente quand le fruit est un peu sec.
« Ce fruit est amer, et n’a, ce me semble, d’autre vertu que d’imprégner
la bouche d’une amertume que les Portugais et les Nègres du païs disent
être excellente pour faire trouver l’eau que l’on boit ensuite des plus
délicieuses. Il est vrai qu’il faut que l’eau soit bien mauvaise pour ne
pas paraître bonne après un tel manger. Les gens sages disent que
l’usage fréquent de ce fruit gâte l’estomac ; je n’en sçai rien de bien
assuré : ce que je sçai et qui est connu de tout le monde, c’est qu’il
rend la salive et les dents toutes jaunes ; on peut tirer de là telle
conjecture qu’on voudra ».
Il est curieux de constater le peu d’intérêt que DE BRÜE et le P. LABAT
attachaient à cette époque à la noix de Kola. Ce produit, bien qu’il fût
consommé dès le XVIe siècle au Cap-Vert, devait être encore relativement
peu apprécié par les indigènes du Sénégal proprement dit, puisque DE
BRÜE, qui vivait depuis longtemps en Afrique occidentale, ne semble pas
l’avoir observé avant son voyage dans les pays colonisés par les
Portugais.
Nous pensons que les colons portugais contribuèrent beaucoup à
développer la consommation de cette denrée, de même qu’ils avaient déjà
contribué à introduire et à développer tant de cultures intéressantes le
long de la côte occidentale d’Afrique.
Lorsque le célèbre botaniste ADANSON parcourut le Sénégal de 1750 à
1755, les noix de Kola étaient encore probablement inconnues au Sénégal,
car il n’y fait aucune allusion dans ses récits de voyage.
Pour compléter cette première partie, il convient de citer encore J.
MATHEWS qui explora Sierra-Leone à la fin du XVIIIe siècle[15] :
« Le fruit par excellence suivant les indigènes, c’est le _Kola_.
L’arbre comme le fruit ressemble beaucoup au noyer. Le fruit se présente
en grappes serrées de 6 ou 8. Il est recouvert au dehors d’une écorce
épaisse et coriace, en dedans d’une écorce plus mince et blanche. Dégagé
de ses enveloppes, il se divise en deux lobes. Sa couleur est pourpre ou
blanche : la première espèce obtient la préférence. Son goût tient de
celui du quinquina et on lui assigne les mêmes vertus. Ceux qui peuvent
s’en procurer en mâchent toute l’année. On l’offre à ses hôtes à leur
arrivée et à leur départ. C’est le présent qu’on fait aux chefs. On
l’envoie aussi dans les grandes occasions, soit pour sceller la paix,
soit pour déclarer la guerre. Aussi en fait-on un très grand commerce
avec l’intérieur de l’Afrique et avec les Portugais de Basson[16]. Le
rivage du Bulland opposé à la Sierra-Leone et les bords de la rivière
Scarcie sont les lieux qui le produisent meilleur et en plus grande
abondance ».
THONNING, conseiller d’Etat au Danemark, qui séjourna à Christianburg,
aujourd’hui Accra (Gold Coast), vers la fin du XVIIIe siècle, recueillit
quelques notes et des échantillons d’un kolatier qui fut décrit en 1827,
par SCHUMACHER, sous le nom de _Sterculia verticillata_. Ces
observations ne portent donc point sur la période qui nous occupe et
nous en reparlerons dans l’un des chapitres suivants.
* * * * *
[Note 1 : DE LAMARCK. — Encycl. méthodique. Bot., III, 1789, p. 370.]
[Note 2 : Nous avons été grandement aidés dans ce travail par M.
DORVEAUX, l’érudit bibliothécaire de l’Ecole supérieure de Pharmacie de
Paris.]
[Note 3 : JOANNIS-LEONIS AFRICANI. — De totius Africæ descriptione. Lib.
IX, Anvers, 1556, p. 29. Voir aussi : _Edition française_ du même auteur
annotée par SCHEFFER, Paris, 1896, I, p. 110 et enfin l’ouvrage
suivant : De l’Afrique, contenant la description de ce pays par LÉON
L’AFRICAIN, édition TEMPORAL, 1830, I, 87-88.]
[Note 4 : IBN-EL-BEITHAR. — Traité des Simples. Notices et Extraits des
manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, 1877, XXIII, p. 383
(Trad. française de L. LECLERC).]
[Note 5 : DALECHAMPS. — Hist. gen. plantarum, Lyon, 1586, liv. XVIII,
chap. LXXII, p. 1838 (Art. _Gor_).
Voici le texte de DALECHAMPS : « Ad fluvium, qui Niger dicitur, nullæ
arbores fructiferæ præter pauces admodum. Interquas una, cujus fructus
castanea similis, sed amarus. _Gor_ vocant incolæ. Joannes Leo (lib. I,
Descriptionis Africæ) tradit has arbores mirandæ esse procoritates,
satis procul a mari, in continente. »]
[Note 6 : Fileppo PIGAFETTA. — Relatione del Reame di Congo et delle
Circonvicine Contrade. Tratta dalli scritti oragionamenti di Odoardo
LOPEZ, portoghese. Roma, 1593, 41.]
[Note 7 : C. CLUSIUS. — Exoticorum, Leyde, lib. III, 1605, p. 65. Avant
le passage que nous traduisons, CLUSIUS dit qu’un nommé Jacob GORETO lui
avait déjà envoyé une sorte de grosse fève, dont il donne le dessin, qui
permet facilement de reconnaître une noix de l’espèce de Kola à deux
cotylédons (fig. V, p. 64) et qui est le _Coles_ de cet auteur.]
[Note 8 : G. BAUHIN. — Pinax, Liv. XII, section VI, p. 507. Dans ce
groupe, il range d’abord un premier arbre : _Melenken Theveti in
necumarc maris Indici insula_ Ludg. Cette phrase ne se rapporte pas au
Cola.
G. BAUHIN continue : Huc referri possunt. Palmæ aliæ, quarum fructus
Cola dicitur nuci pinæ majoris similis..... etc. (D’après PIGAFETTA).]
[Note 9 : J. BAUHIN. — Historia plantarum universalis, voir t. I, 1651 ;
p. 210, chap. XXVI : _Cola fructus ad sitim_... et chap. VII, p. 425,
_Coles, Cacao firmam quodam_.]
[Note 10 : Abbé PREVOST, A. DELEYRE, etc. — Histoire Générale des
Voyages, III, 1746, 224.]
[Note 11 : Abbé PREVOST. — Loc. cit., V, p. 72.]
[Note 12 : id. p. 168.]
[Note 13 : Il est probablement fait allusion aux Maures qui voyagent
parfois avec les dioulas (caravaniers) soudanais.]
[Note 14 : R. P. LABAT. — Nouvelle relation de l’Afrique Occidentale ;
1728, vol. 4 et 8.
Voir aussi LÉMERY. — Dict. univ. des Drogues simples, Paris, 1733, 3e
éd., 259.]
[Note 15 : J. MATHEWS (Trad. BELLART). — Voyage à la rivière de Sierra-
Leone, Paris, 1789, p. 57.]
[Note 16 : Il s’agit vraisemblablement de Bissao (Guinée portugaise).]
CHAPITRE II.
* * * * *
=Le Kola et les Kolatiers au XIXe siècle.=
* * * * *
La connaissance de la noix de Kola à la fin du XVIIIe siècle se
réduisait donc à quelques relations de voyageurs ayant surtout trait aux
qualités hygiéniques et médicinales qu’on attribuait à la noix.
La plante productrice n’était point connue ; on ne soupçonnait même pas
à quel groupe du règne végétal appartenaient les arbres producteurs de
l’amande si renommée en Afrique. C’est au botaniste PALISOT DE BEAUVOIS
qui séjourna aux royaumes d’Oware et de Bénin en 1786 et 1787, que l’on
doit les premiers renseignements précis sur le Kolatier de ce pays,
espèce qu’il dénomma _Sterculia acuminata_[17].
Est-ce à dire qu’il fut le premier à décrire une espèce de _Cola_
comestible ? Cela est extrêmement difficile à établir et nous nous
sommes livrés à ce sujet à des recherches particulièrement délicates que
nous exposerons dans le chapitre suivant, en traitant de l’Histoire
botanique des Kolatiers.
Nous montrerons que c’est le botaniste VENTENAT qui a donné à une espèce
de ce groupe de Kolatiers, les premières dénominations scientifiques de
_Sterculia nitida_ et _S. grandiflora_.
Toutefois VENTENAT n’eût point connaissance des propriétés des graines
des espèces qu’il décrivit et ne soupçonna même point qu’elles pouvaient
être la source des noix de Kola.
En revanche, PALISOT DE BEAUVOIS n’avait pas ignoré les usages du Kola,
puisqu’il rapporte que « les nègres d’Oware mangent ce fruit avec une
sorte de délices, avant leur repas, non pas à cause de son bont goût
puisqu’il laisse dans la bouche une espèce d’apreté acide, mais à raison
de la propriété singulière qu’il a de faire trouver bon tout ce qu’on
mange après en avoir mâché. »
« Il n’y a pas de doute, continue-t-il, que le _Sterculia acuminata_,
dont le fruit et les amandes ressemblent à ceux du Kola dans la
description des anciens voyageurs et botanistes qui croît à Oware où il
porte aussi le nom de _Kola_ et dont les propriétés sont à peu près les
mêmes, ne soit le Cola mentionné dans les ouvrages des deux BAUHIN ;
mais _il faut rejeter le merveilleux qu’on lui attribue_ ».
Il s’attache donc à réfuter les assertions de l’auteur de l’Histoire des
Voyages... « la noix, dit-il, n’est ni rare ni précieuse, j’en ai
échangé plusieurs fois 20 à 30 noix pour une poignée de cauris dont deux
ou trois tonnes pleines n’auraient pas payé la femme la moins
parfaite ».
PALISOT DE BEAUVOIS exagérait le prix des négresses — à moins qu’elles
n’aient beaucoup perdu de leur valeur depuis la suppression de la traite
côtière des esclaves ! — suppression qui, d’après ses prévisions aussi
erronées que celles de Mme de Sévigné en ce qui concernait l’avenir du
café, devait entraîner la ruine de l’Afrique.
Nous reproduirons plus loin ce que raconte cet auteur dont les
assertions furent reprises par POIRET en 1806, pour la rédaction de
l’article _Sterculier_ de l’Encyclopédie botanique qu’il continuait
après LAMARCK[18]. Disons cependant de suite que des erreurs
scientifiques assez importantes sont à relever dans la diagnose
botanique de PALISOT DE BEAUVOIS et qu’il ne faut pas prendre à la
lettre sa critique des récits des voyageurs qui avaient parlé du Kola
avant lui.
C’est qu’en effet, il voyagea dans une région où ne croît pas l’arbre
producteur de la graîne estimée au Soudan, la noix de Kola à deux
cotylédons ; il ne put observer que l’arbre produisant la noix de Kola à
quatre cotylédons que les nègres consomment seulement quand ils n’ont pu
se procurer l’autre espèce qu’ils considèrent comme bien supérieure.
A l’époque où MUNGO-PARK fit son premier (1793-1797) et son deuxième
voyage (1805), les Kolas étaient encore probablement peu connus sur les
marchés de la Sénégambie et du Niger moyen, puisque le célèbre voyageur
ne cite pas cette denrée parmi les produits vendus au marché de
Sansanding[19], ni même dans la mercuriale des produits d’Afrique. Sa
relation ne fait mention qu’une seule fois des fameuses noix : à
Julikunda (dans le Dentilia), le roi lui offrit quelques noix de Kola.
Vers la même époque cependant, DURAND[20] le directeur de la Compagnie
du Sénégal (1784-1785), à l’occasion de son voyage au Serre-Lionne,
parle du commerce du « Colles » fruit « que les Portugais trouvent
excellent, malgré son amertume, parce qu’il a la propriété de faire
trouver une grande saveur à l’eau » et il ajoute plus loin : « Le Cola,
fruit fameux dans ce pays, est très estimé par les naturels et par les
Portugais qui l’emploient comme le quinquina. Ces derniers envoient de
petits navires le long de la côte pour en ramasser le plus possible ».
Le même produit est également signalé par TUCKEY en 1818[21] comme
fréquent sur la côte du Congo, où il porte le nom de Cola (_Sterculia
acuminata_ Pal. de Beauv.).
G. DON, qui explora, en 1822, la côte occidentale d’Afrique, rapporta
des échantillons botaniques nombreux parmi lesquels se trouvait la
plante qu’il décrivit sous le nom de _Sterculia macrocarpa_ et dont il
sera question plus loin.
Avec le grand voyageur R. CAILLIÉ[22], les renseignements, jusqu’ici
très clairsemés, se font un peu plus précis.
Cet explorateur parcourut une grande partie du Soudan, de 1824 à 1828,
et son journal de voyage publié en 1830 renferme de nombreuses citations
concernant le Kola.
Il parle d’abord de cette graine à propos des mœurs des Nalans et des
Landanas de la Guinée française. Pour le mariage (I, 236), « le jeune
homme envoie un dernier présent de rum, de tabac et de _quelques noix de
Colats_[23] très communs sur les bords du Rio-Nunez et qui doivent
toujours être de couleurs différents ». Il raconte ensuite que « le père
de la prétendue prend deux des Colats, l’un blanc, l’autre rouge ; il
les coupe par le milieu et jette en l’air la moitié de chacun pour en
tirer un augure favorable. Après avoir examiné la manière dont ils sont
tombés, s’il est satisfait sur ce point, il appelle sa fille qui n’est
pas encore instruite des demandes qu’on a faites pour l’obtenir et qui
le plus souvent ne connaît point l’amant qui la recherche.
« Il lui fait manger un morceau de chaque moitié des Colats dont il a
tiré un présage et la prévient, en présence des assistants, qu’elle va
devenir l’épouse de celui qui a envoyé les présents et, le jour même,
sans consulter son goût on emmène la malheureuse chez l’époux qu’elle
n’aimera peut-être jamais ».
René CAILLIÉ se servit du Kola, comme monnaie ou comme cadeau, à maintes
reprises au cours de son voyage et le cite comme drogue d’échange
commerciale à Jeinné (Djenné) et aussi chez les piroguiers du Niger.
« Le 5 août, dit-il (II, 5), les marchands mandingues destinés à faire
le voyage de Djenné, mirent des feuilles fraîches à leurs Colats pour
les tenir dans l’humidité ; ils les visitèrent tous et les comptèrent :
ils ont aussi coutume de les humecter avec un peu d’eau pour les
conserver.
« Le 6, la caravanne se mit en route quoiqu’il plût à verse.
« Les voyageurs étaient au nombre de 15 à 20, hommes et femmes emportant
chacun sur sa tête une charge de 3.500 colats, fardeau que je soulevais
à peine. Les habitants m’ont assuré que le produit en sel des 3.500
colats vendus à Timé était le prix de deux esclaves, mais leur bénéfice
comme j’ai pu en juger plus tard, n’est pas considérable, parce qu’ils
sont obligés de faire de grandes dépenses le long de la route, non
seulement pour subvenir à leur subsistance, mais encore pour payer les
droits de passe. La vente de leurs Colats varie beaucoup, comme je l’ai
vu par la suite : ces fruits ne croissent pas dans ce pays... ».
Plus loin (II, p. 17), il ajoute : « Les habitants de Timé sont
mandingues, ils font tous des voyages à Jeinné », mais ils ne peuvent
faire « que deux voyages par année parce qu’ils sont obligés d’aller à
Tenti et à Cani, situés à 15 jours au sud de Timé pour acheter leurs
Colats. Ils me dirent que les habitants de ces villages vont eux-mêmes
bien loin au sud dans un pays appelé Toman[24], pour se les procurer.
« A leur retour, ils enfouissent les Colats, les recouvrent de feuilles
puis de terre, pour les conserver. Ce fruit a la propriété de se
maintenir frais pendant 9 à 10 mois en prenant la précaution de
renouveler les feuilles. L’arbre à Colats est très répandu dans la
partie du sud : il y en a beaucoup dans le Kissi, le Couranco, la
Sangaran et le Kissi-Kissi.
« Ce commerce est généralement répandu dans l’intérieur ; car les
habitants, presque privés de toute espèce de fruits attachent un très
grand prix à celui-ci et mettent une sorte de luxe à en avoir. Les
vieillards qui n’ont plus de dents, se servent, pour le réduire en
poudre, d’une petite râpe, qui est tout uniment un morceau de fer blanc
auquel ils font des trous très rapprochés. Les Bambaras aiment beaucoup
ce fruit ; mais comme ils n’ont pas la facilité d’aller dans le pays où
on le récolte, ils en achètent pour du coton et autres produits de leur
industrie agricole.
« L’arbre à Colats vient à la hauteur d’un prunier et en a le port ; les
feuilles sont alternes et larges deux fois comme celles du prunier ; la
fleur en est petite, blanche, à corolle polypétale.
« Le fruit est couvert d’une première enveloppe, couleur jaune de
rouille ; après l’avoir enlevée, on trouve une pulpe rose, ou d’un blanc
qui devient verdâtre en acquérant sa parfaite maturité : _le même arbre
porte des fruits de deux couleurs_. La noix de Colat a la grosseur du
marron et la même consistance : elle paraît d’abord très amère au goût ;
mais après qu’on l’a mangée, elle laisse une saveur très douce, qui
plaît beaucoup aux nègres ; en buvant un verre d’eau par dessus, il
semble qu’on ait pris soin de le sucrer. La noix se sépare facilement
sans se casser ni changer de couleur, mais si l’on brise l’une des deux
moitiés et qu’on la laisse un instant à l’air, on s’aperçoit que la
pulpe, de rose ou blanche qu’elle était, devient couleur de rouille ».
Parvenu à Tombouctou, le même auteur dit enfin (II, 303) : « J’étais
surpris du peu d’activité, je dirais même de l’inertie qui régnait dans
la ville. Quelques marchands de noix de Colats criaient leur marchandise
comme à Jenné... ».
Le botaniste HEUDELOT, directeur des cultures royales au Sénégal, chargé
de mission par le Muséum d’Histoire naturelle, se rendit de 1836 à 1837,
du Sénégal à la Gambie et au Rio-Nunez puis au Rio-Pongo. C’est dans
cette dernière région qu’il put observer les Kolatiers de la bonne
espèce. Il en rapporta des spécimens botaniques accompagnés d’une
étiquette portant d’excellents renseignements publiées par BAILLON[25].
L’arbre fut inexactement dénommé _Sterculia acuminata_ (no 896), et
voici les renseignements qu’il donne à son sujet :
« Croît en petite quantité sur les bords du Rio-Pongo, la véritable
époque de la floraison est de septembre à novembre. Je n’ai rencontré
qu’un seul arbre qui eut quelques fleurs pendant le mois de mai.
« Cet arbre, qui est désigné sous le nom de _Cola_ par les diverses
peuplades qui habitent le littoral de la mer au-delà de la Casamance, et
sous celui de _Ngourou_ par les habitants du Fouta-Djalon et ceux des
bords de la Gambie, jouit d’une grande célébrité dans toute cette partie
de l’Afrique. Son fruit, d’un goût d’abord amer et laissant à la bouche,
après l’avoir mâché, une saveur semblable à peu près à celle du jus de
réglisse, fait trouver l’eau excellente. Il est l’objet d’un commerce
considérable dans tout l’intérieur de cette partie de l’Afrique. Les
Mahométans le regardent comme un fruit divin apporté par le Prophète,
aussi est-il exhorbitamment cher dans les contrées éloignées de celles
où cet arbre croît, tels que dans le Boundou et le Gabon. Il y aurait
une foule de choses intéressantes à dire au sujet de cet arbre dont il
ne peut être fait mention. Il existe deux variétés, l’une à noix rouges,
l’autre à noix blanches ».
Dans le supplément du remarquable ouvrage de F. V. MÉRAT publié en 1846,
qui complète les renseignements contenus dans son Dictionnaire de
Matière médicale[26], il est simplement fait mention que le Dr BUSSEUIL
lui a remis, « à son retour d’Afrique, des notes manuscrites sur
différents végétaux de ce pays ; ce qui concerne la noix de Gourou,
fruit du _Sterculia acuminata_, diffère par quelques détails de ceux des
autres voyageurs ; ainsi il dit que l’amande, qui se divise en deux
parties, a la saveur du gland et qu’elle est blanche au dedans. Il en a
usé pour rendre la sapidité de l’eau plus agréable, et il a éprouvé
qu’effectivement elle est plus douce après avoir mâché cette amande que
sans cette mastication ».
Ce fut aux explorateurs de la dernière moitié du XIXe siècle qu’il
appartenait de nous faire connaître les principales régions de
croissance des Kolatiers et l’importance commerciale qu’ont acquis les
fruits de ces arbres dans les régions soudanaises, tandis que de leur
côté, après PALISOT DE BEAUVOIS, les botanistes SCHUMACHER, Rob. BROWN,
BARTER, HECKEL, K. SCHUMANN devaient essayer de nous révéler
successivement la véritable place dans la classification et l’histoire
naturelle des arbres produisant les noix de Kola.
Les renseignements les plus précieux furent fournis par le botaniste de
l’expédition de la Pleïade, le Dr BARTER, dans une lettre adressée à Sir
W. J. HOOKER, datée de Fernando-Po, le 2 janvier 1859 et qui fut
communiquée à la Société Linnéenne de Londres[27] :
« J’ai remarqué particulièrement deux espèces de noix de Cola, produites
par deux arbres différents ; les unes avec 4 cotylédons appelés
« _Fatak_ » par les Foulahs, les autres avec 2 cotylédons appelées
« _Gonja_ » par le même peuple. Je n’ai vu aucun arbre producteur de ces
dernières, mais on raconte qu’elles proviennent de la contrée des
Ashantis. La noix que je présente a été prélevée à Rabba, dans le stock
d’une caravane revenant à la côte.
« L’espèce à 4 cotylédons est l’arbre que j’ai précisément mentionné
comme existant à Fernando-Pô. Je l’ai rencontré communément dans
plusieurs endroits du Bas-Niger ; il est abondant à Onitsha ; il
apparaît aussi à l’Ile du Prince et il est évidemment commun sur toute
la côte[28].
« Les fleurs, comme chez les autres Sterculiacées de ce pays, sont de
couleur variable, crême, jaune-verdâtre ou rouge pâle. Chaque fruit
paraît porter un nombre sensiblement égal de graines à l’intérieur, mais
la noix avec 2 cotylédons a plus de valeur. Chaque noix _Gonja_, dans le
pays de Nupe, est évaluée à peu près à 100 cauris tandis le _Fatak_ vaut
seulement 80 cauris en moyenne.
« Une grande quantité de Colas passe pendant la saison chaude des côtes
vers l’intérieur. Les caravanes qui vont à Rabba sur le Kworra, à peu
près pendant la moitié de l’année, emportent chaque mois les charges de
1.000 ânes transportées dans des paniers, un de chaque côté de l’animal
et pesant chacun environ 50 livres (20 à 25 kg.). D’autres routes
existent pour les caravanes dans cette partie de l’Afrique ; la
principale coupe le Kworra (ou Niger) au dessus de Boussa et pénètre
directement dans le pays des Haoussas. Les noix de Cola ne sont pas
transportées dans leur enveloppe, cette méthode serait trop encombrante,
aussi il est nécessaire de les garder humides et de les protéger contre
les vents secs. Pour cela, les paniers sont entourés à l’intérieur de
feuilles d’une espèce de _Phrynium_ qui conservent l’humidité et
empêchent leur dépérissement. Les bateaux navigant sur cette rivière
peuvent transporter quelques tonnes de Colas dans la partie basse du
Niger et les apporter à Rabba avec profit.
« La plante appelée « _Bitter-Cola_ ou _Cola amère_ » est très
différente du Cola ordinaire. J’ai acheté des noix séchées depuis
longtemps sur le marché de Borgou dans le pays de Nupe, mais je ne puis
rien certifier au sujet de leur origine. Ces noix ont une très grande
valeur pour la population à cause de leurs propriétés médicinales et
atteignent un prix plus élevé que celle du Cola ; elles sont très amères
mais non astringentes comme ces dernières. Cet arbre que je n’ai pas vu
croîtrait à Onitsha et à Fernando-Pô ; il porte des fruits à peu près de
la grosseur d’une petite pêche, très jolis et de couleur rouge. »
Cette relation de BARTER est très intéressante, car elle renferme des
renseignements précis non seulement sur le Kola, mais aussi sur son
succédané le Bitter-Cola, sur lequel nous aurons à revenir dans la suite
de ce travail.
Dans la relation des voyages de BARTH[29], on rencontre bon nombre de
notes concernant le Kola. A Kano, dit-il, (II, 15), « tantôt passait la
nombreuse caravane de quelque marchand retournant au lointain pays de
Gondja, chargée de noix de Gouro, ce produit si généralement estimé, qui
est le _café du Soudan_. »
Et plus loin (II, 26), il ajoute : « la noix de Gouro, fruit du
_Sterculia acuminata_, constitue un article des plus importants du
marché de Kano. La valeur moyenne de l’importation qui s’en opère peut
s’élever à 100 millions de Kourdi[30].
« La moitié passe par transit et l’autre moitié se consomme dans la
province où la noix de Gouro est devenue un objet d’usage général, comme
chez nous le café ou le thé. »
Dans l’Adamaoua, « Tibati, situé à l’extrême frontière sud-ouest, paraît
être l’endroit le plus favorisé au point de vue de la végétation ; on y
trouve en effet diverses sortes de Gouro (_Sterculia acuminata_). »
Dans le royaume foulbé de Gando, entre Sokoto et Saï, BARTH rencontre
« une caravane de marchands de Gouro qui se rendaient dans les contrées
du Haoussa, transportant sur quelques centaines d’ânes les noix du
Gondja (la province tributaire la plus septentrionale du royaume
d’Aschanti), ce produit qui remplaçait pour nous le café dans les pays
de l’Afrique centrale. »
Enfin, parlant encore plus loin (VI, p. 103) du commerce de Tombouctou,
il ajoute :
« Un troisième article important pour Tombouctou est la noix de Kola ou
Gouro, qui forme l’un des plus grands objets de luxe en Nigritie. Cette
noix, fort semblable à une châtaigne, tient lieu de café chez les
indigènes, qui l’emploient à l’état brut, ce qui en rend la mastication
assez laborieuse ; tous les gens aisés, pour leur premier déjeuner, et,
comme le disent les Haoussaoua « afin de détruire l’amertume du jeûne »
en prennent une en tout ou en partie. Ils servent ce fruit aux étrangers
en signe de bienvenue et l’offrent le plus fréquemment possible à leurs
hôtes... La sorte de noix de Kola, qui arrive au marché de Tombouctou,
vient des contrées occidentales du Manding, qu’arrosent les affluents
supérieurs du Niger ; celle qui se trouve à Kano se tire de la province
septentrionale de l’Assianti voisin. Les arbres qui produisent ce fruit
appartiennent à diverses espèces telles que le _Sterculia acuminata_,
qui porte la noix rouge qui s’expédie vers l’Orient et le _Sterculia
macrocarpa_, dont le fruit blanc et plus gros est celui que l’on trouve
à Tombouctou ; toutefois la fleur et la feuille de ces deux arbres sont
presque entièrement semblables. On trie les fruits pour la vente en
trois ou quatre catégories. J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de
parler du transport qu’en opèrent du midi vers le Niger moyen les Mossi
idolâtres, à l’aide de leurs excellents ânes. »
SCHWEINFURTH[31], le savant et célèbre explorateur allemand qui de 1868
à 1871 parcourut l’Afrique centrale, eût aussi l’occasion de voir
employer le Kola, chez MOUNZA, le roi des Monbouttous du pays des Niams-
Niams, marchand d’esclaves des plus redoutés, qui le reçut avec une
pompe inaccoutumée. « Près du trône, dit-il, avaient été placés deux
petits guéridons chargés de noix de Kola, de bananes sèches, de
bouteilles de cassave et de farine de banane, soigneusement couvertes de
serviettes en écorce de figuier. » SCHWEINFURTH offrit à ce potentat des
cadeaux variés et après les avoir examinés, MOUNZA revint à ses
friandises « prenant quelques tranches de noix de Kola et les mâchant
après avoir fumé... » Malgré tous ses efforts, le distingué voyageur ne
put obtenir aucun renseignement sur la plante productrice de cette
graine, qu’il savait venir de l’ouest ; il apprit seulement « qu’on
trouvait la noix de Cola dans le pays à l’état sauvage, que les
indigènes l’appelaient _Nangoué_ et qu’ils en mangeaient des tranches
pendant qu’ils fumaient[32]. »
Malgré ces rapports intéressants, le Kola devait rester longtemps encore
inutilisé en Europe, et aucun des auteurs des grands traités classiques
de Matière médicale n’en fait mention : ni GUIBOURT, ni PLANCHON dans
son ouvrage de 1875, ni FLUCKIGER et HANBURY.
Mais, en 1883, le professeur HECKEL, de Marseille, qui depuis quelques
années déjà se préoccupait de l’étude des matières premières des
colonies, fit paraître une Monographie des Kolas africains qui est le
premier travail d’ensemble sur cette drogue. Ce mémoire, publié en
collaboration avec le professeur SCHLAGDENHAUFFEN de Nancy[33], pour la
partie chimique, fut récompensé par l’Institut (Académie des Sciences),
qui leur accorda le Prix Barbier.
C’est véritablement de cette époque et grâce aux efforts du Directeur du
Musée colonial de Marseille, que le Kola s’imposa à l’attention des
thérapeutes.
Dix ans plus tard, le même auteur reprit la question et fit paraître
tout un volume[34], dans lequel on trouve cette fois, non seulement un
résumé détaillé des connaissances acquises sur l’histoire naturelle et
la composition du Kola, mais encore un exposé des recherches
physiologiques et des tentatives d’application qui s’étaient produites
pendant cette période.
Bien que nous ayons plus loin, l’occasion de citer bien fréquemment ce
travail de M. HECKEL, si remarquable pour son époque, il est
indispensable, dans ce chapitre, d’en exposer les lignes principales.
Comme tous les auteurs, jusqu’à K. SCHUMANN, M. HECKEL rapporte au _C.
acuminata_ Pal. Beauv., la plante mère du Kola à deux cotylédons ; il en
donne une description détaillée et il groupe ensuite les rapports qu’il
a pu réunir sur l’usage du Kola et sur l’habitat du Kolatier, d’après
les récits des explorateurs récents, ce qui nous évite de nous étendre
trop longuement sur ces détails qui, répétés en trop grand nombre,
deviendraient fastidieux.
Après description de la noix connue surtout en Europe sous la forme
sèche, il discute les opinions de MM. CHODAT et CHUIT[35] sur les
variétés de Kolas du commerce, qui en effet ne reposent sur aucune base
sérieuse ; les analyses faites par ces derniers auteurs montrent
cependant que la teneur en caféine peut être extrêmement variable et
sans doute avec elle, les qualités de la drogue.
On trouve en outre dans ce livre la description d’une nouvelle espèce de
_Cola_ du Gabon produisant des noix à quatre cotylédons reconnue par
Maxime CORNU et nommée _Cola Ballayi_ dans les serres du Muséum de
Paris. Malheureusement à cette espèce furent rapportés à tort des
échantillons botaniques et des noix du véritable _C. acuminata_.
Ainsi que nous le montrerons par la suite, le _Cola Ballayi_ est
caractérisé surtout par ses feuilles groupées en faux verticelle ; la
graîne possède 3 à 5 cotylédons, mais cette particularité existe aussi
dans les _Cola acuminata_ et _Cola verticillata_, espèces très
différentes.
HECKEL a aussi décrit un certain nombre de graines substituées ou
mélangées aux noix de Kola expédiées en Europe à cette époque,
substitutions accidentelles ou frauduleuses qui ne se renouvellent plus
de nos jours. Au premier rang de ces graines intéressantes, il faut
placer le _Bitter-Kola_, sur lequel nous reviendrons dans un chapitre
spécial, réservé aux succédanés et substitutions du Kola.
Nous ferons plus loin un historique complet de la question chimique
comme de l’étude physiologique ; ce qui nous dispense de résumer le
livre d’HECKEL, pour ce qui concerne ces questions.
Il n’est pas inutile d’ajouter que M. HECKEL, par sa persévérance et sa
foi en l’activité du produit, a amené, depuis la publication de son
livre, une série de travaux dont l’ère n’est pas close.
Il était réservé à BINGER de parcourir le premier les territoires situés
à l’est de la Côte d’Ivoire où certaines peuplades recueillent des Kolas
exportés dans les régions soudanaises. Au cours de la belle exploration
qu’il accomplit de 1887 à 1889, comme lieutenant d’infanterie de marine,
pour se rendre de la boucle du Niger à la Côte d’Ivoire, il traversa le
pays de Kong et y recueillit d’intéressants renseignements sur le
commerce de la noix et sur l’habitat de l’arbre producteur.
« Le Kolatier, écrit-il dans sa relation[36], existe à l’état spontané
sur toute la côte occidentale d’Afrique ; on le trouve jusque par 10° de
latitude nord, mais il reste stérile à cette latitude. Son véritable
habitat est situé entre 6° et 7° 30′, et près de Groumania dans l’Anno
(8°).
« Les premiers arbres en rapport se trouvent à Kamélinso (près Groumania
par 7° 50′) et les derniers près d’Attakrou par 7° ; la zône où l’arbre
est en plein rapport semble donc être très limitée et comprise entre le
7° et le 8° pour l’Anno et le Ouorodougou.
« Bien que je n’aie pas visité ce dernier pays, il m’a été donné de
calculer assez facilement par quelle latitude se trouvait le Kola. De
Tengréla partent des itinéraires bien connus des marchands sur Touté,
Siana, Kani et Sakhala.
« Les deux premières localités se trouvent, d’après les indigènes
voyageant avec des ânes chargés (faisant 16 kilomètres en moyenne par
jour), à environ 25 jours de marche, à peu près 550 kilomètres dans une
direction sud-sud-ouest, ce qui place ces marchés par 7° 40′ de latitude
nord. Sakhala, d’après les mêmes calculs se trouverait par 7° 20′.
« Mais nous avons vu, au chapitre Samory, que ces marchés étaient situés
à une trentaine de kilomètres au nord des lieux de production ; nous
pouvons donc en inférer que les Kolas se trouvent environ à 7° 15′.
« Dans l’Achanti, l’habitat du Kola est sensiblement le même ; les
missionnaires de Bâle et le docteur MOHLY, qui ont exploré la basse
Volta, signalent le Kola dans l’Akam et l’Okouawan ; or ces deux régions
se trouvent précisément entre 6° 30′ et 7° 30′ : on peut donc en déduire
que le Kola se trouve en plein rapport dans une zone comprise entre 6°
30′ et 7° 30′ et, par extension, dans certaines régions du 6° au 8° et
qu’à l’état isolé et stérile, il est rencontré jusque par 10° de
latitude nord. »
Auparavant, dans la région de Sikasso, Binger avait déjà recueilli des
renseignements sur les Kolas exportés par la haute Côte d’Ivoire
occidentale[37]. « Le Ouorodougou (pays des Kolas) et le Ouorocoro (pays
à côté des Kolas) ne sont pas des pays à production du Kola comme le
fait supposer l’étymologie de leur nom. Ces pays ne se trouvent que sur
les confins nord des pays à Kolas...
« Voici comment se fait... le commerce des Kolas dans cette région.
« Arrivés à Tiong-i, Tengréla, Maninian, Sambatiguila, que j’appellerai
marchés à Kolas de la première zône, les marchands font scier leur barre
de sel en douze morceaux de trois doigts de longueur que l’on nomme
_Kokotla_... Cette opération terminée, on achète les paniers et les
nattes à l’aide desquelles on doit emballer les Kolas ; tout ceci est
payé en sel. Là, les caravanes s’informent du cours des Kolas, et, si
leurs ressources ou l’état de leurs animaux le leur permettent, elles
poussent plus au sud pour se procurer ce fruit à meilleur compte.
« Arrivés sur les marchés de la deuxième zône (zône plus proche des
lieux de production), à Odjenné, Touté, Kani, Siana ou Sakhala, les
marchands du nord s’adressent aux indigènes qui font tous le métier de
courtier. Ce sont des Siène-ré ou des Mandé-Dioula ; les premiers
paraissent être les autochtones, les seconds n’y sont venus qu’à une
époque relativement récente, mais leur autorité s’est affirmée au point
que ce sont eux les maîtres réels du pays...
« Ces courtiers conviennent avec les marchands du prix du sel et fixent
la quantité de Kolas qu’ils recevront en échange d’un kokotla (cette
fraction de barre de sel étant devenue depuis Tengréla l’unité
d’échange).
« Le prix du Kola sur les marchés du Ouorodougou varie entre 200 et 600
fruits pour un kokotla. Ce qu’il y a de curieux dans cette partie du
Soudan, c’est que, dès qu’il s’agit de Kolas, la première grosse unité
est 100, tandis que partout dans les états de Samory elle n’est que 80.
Ces deux nombres portent le même nom, on fait précéder la dénomination
commune du mot _Kémé_ (cent) par le mot _Ourou_ (kola) quand il s’agit
de Kolas, de sorte que l’on dit pour cent Kolas, _ourou-kémé_.
« Généralement il y a assez de Kolas en réserve dans ces marchés pour
contenter les acheteurs, mais il arrive quelquefois que pour des raisons
multiples, guerres, pillage, mauvaise saison, il vient une trop grande
quantité d’acheteurs à la fois. Alors il se passe le fait suivant : le
prix convenu, les acheteurs remettent leurs _kokotlas_ aux courtiers,
les femmes de tout le village (les femmes seulement) partent au moment
où le soleil disparaît à l’horizon, sous la conduite de deux ou trois
hommes du village préposés à cet effet et vont chercher plus au sud la
quantité de Kolas nécessaires. Ces femmes ne reviennent que le
surlendemain à la nuit tombante.
« En admettant qu’elles marchent douze heures sur les quarante-huit
qu’elles mettent à faire le trajet, elles parcourraient 60 kilomètres :
donc c’est au maximum à 30 kilomètres au sud de ces marchés que se
trouvent les lieux d’échange entre les femmes des courtiers et les
habitants des lieux de production.
« Kéléba Diara, mon dioula ânier, me dit que les Lô apportent les Kolas
en des lieux d’échange situés en pleine brousse. Jamais, lui, qui est
resté à Sakhala jusqu’à l’âge de vingt-trois ans environ, n’a pu en
savoir plus long. « J’étais bien marabout, mais cela ne suffit pas, il
faut faire partie de cette confrérie et je n’ai jamais été initié. Je
n’ai pas cherché à en savoir davantage, ni à m’aventurer par là, mon
affaire eût été vite réglée, on vous coupe tout bonnement le cou[38]. »
BINGER a publié, tome I, page 143, un excellent dessin du rameau de
Kolatier en fleurs, accompagné du croquis du fruit et d’une noix
recouverte du tégument. Dans tous les pays où il a voyagé, il n’a
certainement rencontré que la noix de l’espèce à deux cotylédons,
désignée par nous sous le nom de _Cola nitida_. S’il a ignoré
l’existence des sortes à plus de deux cotylédons, il a par contre fourni
les seuls renseignements exacts publiés jusqu’à ce jour sur les variétés
commerciales de noix à deux cotylédons. Voilà ce qu’il dit sur ces
variétés :
« Le Kola de Sakhala est le plus gros que l’on connaisse, il est
toujours blanc, se conserve très longtemps, et, de préférence, est porté
à Djenné et à Tombouctou. Ce Kola est aussi le plus cher.
« Le Kola d’une grosseur moyenne, rouge ou blanc, se trouve surtout à
Kani, Siana et Touté ; il est également recherché, particulièrement le
rouge.
« Enfin il existe une autre variété qui s’achète en majeure partie à
Djenné[39] et Tiomakhandougou ; elle est rouge et très petite ; on la
connait dans cette partie du Soudan sous le nom de _Maninian Ourou_
(Kola de Maninian), parce qu’on en trouve beaucoup sur ce marché[40]. »
Plus loin, le même auteur signale les autres sortes de Kolas qu’il
rencontra sur le marché de Kong : le Kola blanc de l’Anno et le Kola
rouge de l’Achanti :
« Le Kola blanc de l’Anno est de deux variétés : l’une d’un blanc jaune
pâle, analogue à la couleur du Kola de Sakhala du Ouorodougou, mais plus
petite que ce dernier ; l’autre de même grosseur, ne diffère que par sa
teinte d’un rose si pâle qu’il n’est pas classé dans le Kola rouge par
les indigènes ; on le vend mélangé aux blancs sans différence de prix,
ce qui n’aurait pas lieu s’il était plus foncé, car le Kola rouge est
toujours plus cher que le Kola blanc de même grosseur.
« Le goût du Kola de l’Anno est bien moins fort que celui du Kola rouge,
mais il renferme une teinture rouge, qui est usitée par l’indigène en
concurrence avec celle du Kola rouge. Comme teinture, le Kola blanc de
l’Anno a donc les mêmes qualités que le Kola rouge de l’Achanti...
Partout le Kola rouge de l’Achanti atteint le prix le plus élevé[41]. »
La seule erreur grave que l’on trouve dans le livre de BINGER (et elle
n’est que la réédition d’une erreur analogue commise par BARTH) est
relative à la détermination botanique des arbres producteurs. Selon ces
auteurs, les noix rouges sont fournies par le _Cola acuminata_ et les
noix blanches de l’Anno par le _Cola macrocarpa_. Nous verrons dans un
autre chapitre : 1o que ces noms correspondent à des plantes très
différentes ; 2o que les noix rouges et les noix blanches sont très
fréquemment fournies par le même arbre, ainsi que l’avait signalé pour
la première fois René CAILLIÉ.
BINGER a le grand mérite d’avoir le premier montré l’importance du Kola
dans les transactions soudanaises et le rôle qu’il joue dans la vie des
indigènes. La plupart des voyageurs ou des fonctionnaires français, qui
ont publié depuis des notes sur les Kolas, n’ont fait que reproduire les
renseignements recueillis par le grand explorateur. RANÇON, en
particulier, qui parcourut les territoires de la Haute Gambie, en 1892,
dans le but d’étudier les produits végétaux utilisables, note seulement
les indications nouvelles suivantes :
« Sur le littoral, les deux principaux marchés sont Gorée et les
établissements de la Gambie ; le prix des Kolas y varie de 225 à 560
francs les 100 kilogs... Saint-Louis qui lui-même les reçoit de la
Gambie et de Sierra-Leone n’en exporte au Soudan, par Bakel et Médine,
que dans de très faibles proportions. C’est surtout par Mac-Carthy que
se fait l’importation pour tous les pays situés au nord de la Gambie :
Ouli, Kalou-Kadougou, Sandougou, Bondou, Bambouck, etc... La seconde
voie importante par laquelle le Kola pénètre au Soudan français est
celle du Fouta-Djalon. La ville où se pratiquent le plus les
transactions commerciales concernant ce produit est Kédougou dans le
Niocolo. De tous les points des régions situées entre le Niger et la
Falémé, les dioulas affluent et vont y faire leurs achats »[42].
RANÇON n’observa pas le Kolatier dans les régions soudanaises qu’il
parcourut, mais il crut qu’il serait possible de l’y cultiver, notamment
dans les environs de Bamako et de Sikasso. Il s’appuyait sur cette
constatation qu’un arbre du même genre le Ntaba (_Cola cordifolia_ R.
Br.) y prospère. Les essais malheureux tentés, notamment à Kati et à
Koulicoro, ont montré combien cette conception était erronée. Les
différentes espèces d’un même genre vivent souvent dans des conditions
très différentes, et si le Ntaba s’accomode du climat soudanais, le
kolatier, au contraire, comme nous le montrerons par la suite ne peut
guère s’éloigner de la zône des grandes forêts tropicales.
La partie nord-ouest de la forêt de la Côte d’Ivoire et le haut Liberia
qui sont par excellence les pays producteurs de bonnes sortes de noix de
Kolas, étaient encore vierges de toute exploration en 1897. La
pénétration commencée, à cette époque, par ESSEYRIC, BLONDIAUX,
WOELFFEL, HOSTAINS, d’OLLONE, THOMANN, SCHIFFER, LAURENT, JOULIA, se
poursuit encore aujourd’hui, mais déjà les régions les plus riches sont
accessibles et l’un de nous a pu les parcourir pendant plusieurs mois en
1909, de sorte que même pour cette partie de nos possessions, où se
trouvent réunies les conditions optima favorables à la culture et à
l’exploitation du Kolatier, nous pourrons donner des renseignements
recueillis sur place.
L’arrivée de nos troupes au Soudan à la lisière nord de la forêt vierge
en 1898, marque donc en quelque sorte le commencement d’une nouvelle
période de recherches relatives aux arbres à Kola. Désormais, ce n’est
plus seulement en questionnant les indigènes, comme l’avaient fait René
CAILLIÉ, BINGER et RANÇON, sur les pays producteurs de Kola qu’on pourra
obtenir de nouveaux renseignements, mais il sera enfin possible d’aller
recueillir des documents sur les lieux même de production, et c’est ce
qui a été fait pour les diverses colonies françaises.
Il n’est pas utile de faire ici un exposé historique de cette troisième
période, puisque nous donnons dans chacun des chapitres suivants des
renseignements bibliographiques détaillés pour les résultats acquis dans
ces dernières années.
Ajoutons seulement que pour les Colonies anglaises des notes
intéressantes ont été publiées à plusieurs reprises dans le _Bulletin de
Kew_ et dans le _Bulletin de l’Impérial Institut_.
En Allemagne on doit citer principalement les noms du Prof. O. WARBURG
et du Dr BERNEGAU comme s’étant plus particulièrement occupés de l’étude
des questions se rapportant au Kola. En 1897, dans la 2e édition du
_Traité d’Agriculture tropicale_ de SEMLER, WARBURG a exposé, en
quelques pages, les connaissances acquises à cette époque ; tout le
chapitre concernant le Kolatier dans cette publication a du reste été
traduit en français[43].
Nous devons enfin mentionner une nouvelle mise au point[44] faite en
1908 par E. DE WILDEMAN à qui l’on doit quelques renseignements
intéressants sur la dispersion des Kolatiers au Congo belge.
* * * * *
[Note 17 : PALISOT DE BEAUVOIS, Flore d’Oware et de Bénin, I, 1804, p.
41. — Cette espèce n’est d’ailleurs pas, comme nous l’établirons plus
loin, le véritable Kolatier fournissant les noix à deux cotylédons, mais
une espèce à graines ayant plus de deux cotylédons.]
[Note 18 : POIRET. — Encyclopédie Bot., Paris VII, 1806, 433.]
[Note 19 : HOUGTON et MUNGO-PARK. — Voyages dans l’intérieur de
l’Afrique (Trad. LALLEMANT), an VI, I, 177, 202 et II, 1820, 51.]
[Note 20 : DURAND. — Voyage au Sénégal en 1784-1785, depuis le Cap-Blanc
jusqu’à Sierra-Leone. Paris, 1802, pp. 137 et 176.]
[Note 21 : TUCKEY. — Relation d’une expédition pour reconnaître le Zaïre
(1816), Paris, 1818, 2 vol. et atlas (Voir ce dernier, p. 78).]
[Note 22 : René CAILLIÉ. — Voyage à Tombouctou. Paris, 1830.]
[Note 23 : C’est le nom, dit en note R. CAILLIÉ, que donnent à ce fruit
les Européens dans les colonies d’Afrique. Les Mandingues l’appellent
_Ourou_.]
[Note 24 : Il s’agit certainement du pays des Tomâs dans la Haute-Guinée
française.]
[Note 25 : _Adansonia_, X, 1871-1872, p. 161-164.]
[Note 26 : F.-V. MÉRAT. — Supplément au Dict. univ. de Mat. médicale et
thérapeutique générale. Paris, 1846. _Art. Sterculia_, p. 676.]
[Note 27 : On the vegetation of tropical Western Africa. _Journal of the
Proceedings of the Linnean Society of London_. Botany, London, IV, 1860,
p. 17-18.]
[Note 28 : L’espèce à 4 cotylédons dont parle BARTER est _Cola
acuminata_.]
[Note 29 : H. BARTH. — Voyages et découvertes dans l’Afrique
septentrionale et centrale, 1849-1855. Edition française, 4 vol., Paris-
Bruxelles, 1861-1863.]
[Note 30 : Soit 120.000 francs. Au temps de BARTH, 2500 Kourdi valaient
1 thaler.]
[Note 31 : G. SCHWEINFURTH. — Au cœur de l’Afrique (1868-1871). Paris,
trad. LOREAU, II, 1875, p. 44-46.]
[Note 32 : Il s’agit probablement de _Cola Ballayi_, que l’un de nous a
observé à Bangui dans le même bassin fluvial.]
[Note 33 : HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN. — Sur les Kolas africains. _J.
Ph. et Ch._ 5e série, VIII, 1883, 81, 177, 289.]
[Note 34 : Les Kolas africains. Monographie botanique, chimique,
thérapeutique et pharmacologique. Paris, 1893. Soc. éd. scient., 1 vol.
in-8o, 406 p. avec nomb. figures et planches.]
[Note 35 : CHODAT et CHUIT. — Etude sur la noix de Kola, _Arch. Sc.
phys. et naturelles_. Genève, 1888, p. 505.]
[Note 36 : BINGER. — Du Niger au Golfe de Guinée, Paris (1892), t. I, p.
311.]
[Note 37 : _L. c._, t. I, p. 141.]
[Note 38 : BINGER. — _L. c._, I, p. 143. C’est seulement 15 ans plus
tard que nos officiers purent enfin pénétrer en pays Lô et voir de près
ces marchés de la première zône, où les commerçants indigènes du
Ouorodougou n’avaient eux-mêmes pas le droit de se rendre. Nous ferons
connaître dans la deuxième partie de cet ouvrage le fonctionnement
actuel de ces marchés.]
[Note 39 : C’est probablement Odjenné qu’il faut lire.]
[Note 40 : BINGER. — _L. c._, I, p. 142.]
[Note 41 : BINGER. — _L. c._, I, p. 312. En réalité, les diverses sortes
de Kolas de ces régions, toujours à deux cotylédons et ne différant que
par le goût et la coloration, blanche, rosée ou rouge, sont toutes fort
appréciées par les indigènes. C’est la grosseur des noix et non la
coloration qui détermine le prix.]
[Note 42 : RANÇON. — Dans la Haute-Gambie, Voyage d’exploration
scientifique, 1891-1892, _Ann. Inst. Colonial Marseille_, II, 1894, p.
452-467.]
[Note 43 : O. WARBURG. — La culture du Kolatier, _Rev. Cult. colon._,
VI, 1er sem. 1900, p. 269-275.]
[Note 44 : E. DE WILDEMAN. — Plantes tropicales de grande culture, I,
1908, p. 281-308.]
CHAPITRE III
* * * * *
=Histoire botanique des principaux Kolatiers jusqu’à la création du
genre Cola.=
* * * * *
Si la plante produisant la noix de Kola n’était pas connue à l’époque où
LAMARCK rédigeait l’article _Kola_[45] dans l’_Encyclopédie botanique_,
des rameaux en fleurs existaient déjà dans plusieurs herbiers français,
notamment dans celui de LAURENT DE JUSSIEU et aussi dans celui de
LAMARCK lui-même. Toutefois c’est en 1804 qu’ils furent décrits pour la
première fois par VENTENAT et c’est aussi en 1804 que PALISOT DE
BEAUVOIS révéla la véritable origine du Kola.
Le genre _Sterculia_, dans lequel les botanistes devaient tout d’abord
classer ce végétal, avait été créé en 1747 par LINNÉ[46].
Georg. DON[47] a publié une note curieuse établissant l’étymologie de ce
nom ; en voici la traduction littérale : « _Sterculia_, de Sterculius,
une divinité romaine dont le nom dérive de _stercus_ (excrément). Les
Romains à la fin du paganisme avaient déifié les choses les plus
dégoûtantes et les actions les plus immorales. Ils avaient les dieux
Sterculius, Crépitus et les déesses Caca et Pertunda. Les fleurs et
parfois les feuilles de quelques espèces de _Sterculia_ sont fétides ».
Ajoutons, en effet, qu’un des premiers _Sterculia_ connus fut dénommé
par LINNÉ : _S. fœtida_.
LAURENT DE JUSSIEU, avec beaucoup de perspicacité, plaça ces _Sterculia_
dans son ordre naturel des Malvacées.
VENTENAT, en même temps qu’il décrivait, en 1804, plusieurs espèces
nouvelles de ce genre, notamment le _Sterculia nitida_, produisant les
noix de Kola à deux cotylédons, créa pour elles la famille autonome des
Sterculiacées[48]. Ce botaniste a donc assigné, pour la première fois,
une dénomination binaire conforme à la nomenclature linnéenne, à l’arbre
produisant la bonne noix de Kola, en même temps qu’il constituait la
famille végétale dans laquelle les espèces de ce genre sont encore
classées aujourd’hui.
Disons de suite également qu’en 1832 SCHOTT et ENDLICHER[49], les
premiers, séparèrent ces espèces des _Sterculia_ pour en faire un genre
nouveau sous le nom de _Cola_. Douze ans plus tard, ROBERT BROWN[50]
reprit ce genre qui fut ensuite définitivement adopté par les botanistes
BENTHAM et HOOKER, MASTERS, BAILLON, K. SCHUMANN, etc.
Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, à la côte occidentale
d’Afrique, mais à l’Ile de France (Maurice), où le Kolatier avait été
introduit, que furent récoltés les premiers spécimens botaniques de cet
arbre et c’est au naturaliste-voyageur COMMERSON qu’en revient tout
l’honneur.
L’un des plus grands colonisateurs auxquels la France ait donné le jour,
Pierre POIVRE, intendant aux Iles de France et de Bourbon (1766-1773), à
qui l’on doit l’introduction de presque toutes les plantes à épices dans
les îles de la côté orientale d’Afrique, s’était attaché, comme
collaborateur, COMMERSON (1768). Ce botaniste revenait à cette époque de
faire le tour du monde avec BOUGAINVILLE.
« POIVRE l’avait engagé à rester à l’Ile de France pour en faire
l’histoire naturelle et apprendre aux colons à employer les richesses de
leur territoire »[51].
COMMERSON et POIVRE collaborèrent très activement à l’étude et à
l’extension des cultures tropicales aux Iles de Maurice et de la
Réunion. « COMMERSON, botaniste passionné mettait le même intérêt à
toute plante, pourvu qu’elle fut curieuse et nouvelle. POIVRE,
administrateur et philosophe, ne dédaignait pas la curiosité, mais
fixait principalement ses regards sur l’utilité. C’était aux plantes
utiles qu’il prodiguait ses soins ».
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
32 _bis_.
FIG. 2. — =Cola nitida= A. Chev.
_1_, rameau en fleurs ; _2_, fleur entière vue en dehors ; _3_, fleur
hermaphrodite ; _4, 5_, deux formes de pistil dans la même
inflorescence ; _6_, fleur male ; _7_, amande (Kola) ; _8_, Kola au
début de la germination.]
On sait en effet que POIVRE introduisit ou fit introduire dans les deux
îles, alors françaises, l’Arbre à pain, le Thé de Chine, les Cannelliers
de Ceylan et de Cochinchine, le Muscadier, le Giroflier et quantité
d’autres végétaux économiques. COMMERSON joua un rôle non moins
important en étudiant toutes ces plantes et en les faisant parvenir au
Cabinet du Roy (Jardin des Plantes). Ces spécimens constituent l’un des
plus anciens noyaux de l’Herbier du Muséum de Paris.
Dans le premier fascicule des « Végétaux utiles »[52], nous signalions
la pomme de terre de Madagascar, plante de la famille des Labiées,
produisant des tubercules alimentaires et nous montrions que cette
plante décrite par Maxime CORNU en 1900, comme espèce nouvelle sous le
nom de _Plectranthus Coppini_, existait en réalité dans l’Herbier du
Muséum depuis près de 130 ans. Elle provenait également des envois de
COMMERSON et avait été longtemps après nommée _Germanea rotundifolia_
par POIRET. C’est le _Coleus rotundifolius_ A. Chev.
Est-ce POIVRE qui avait importé le _Coleus_ et le _Cola_ aux Iles
Mascareignes ? Nous l’ignorons, mais cela nous semble très
vraisemblable. On sait qu’il avait visité les Iles Malaises qui sont
probablement la patrie du _Coleus_, et d’autre part les Portugais et les
Hollandais qui avaient des possessions aussi bien sur la côte
occidentale d’Afrique que dans l’Océan Indien avaient probablement
transporté le Kolatier d’une région dans l’autre.
Au cours de ses nombreux voyages, POIVRE mit un zèle d’apôtre à importer
des pays étrangers dans les possessions françaises des graines de toutes
les plantes intéressantes qu’il pouvait recueillir « sentant qu’il peut
être plus utile d’acquérir une plante qu’une province »[53].
Il avait réuni tous ces végétaux dans un magnifique jardin nommé
« Montplaisir, enclos peu distant du port de l’Ile de France ». Le
Kolatier faisait très probablement partie des plantes qu’on y
cultivait[54].
Toujours est-il qu’entre 1768 et 1778, COMMERSON y récoltait des rameaux
en fleurs très ressemblants à ceux ayant servi, comme il a été dit plus
haut, à VENTENAT pour décrire son _Sterculia nitida_ dont le type existe
dans l’Herbier du Musée botanique de Genève (Voir Pl. I).
VENTENAT, ancien abbé, était devenu conservateur à la bibliothèque du
Panthéon, puis également intendant du palais de la Malmaison où vivait
Joséphine, la future impératrice des Français. Il publia, sous ses
auspices, un magnifique atlas de plantes « peintes par REDOUTÉ ». Cet
ouvrage, daté de l’an XI (1803)[55] pour le 1er volume et 1804 pour le
2e volume, est intitulé « Jardin de la Malmaison » et dédié par l’auteur
à « Madame Bonaparte »[56].
Après avoir longuement décrit le _Sterculia monosperma_, VENTENAT expose
que, par la même occasion, il a été conduit à étudier, dans divers
herbiers, six nouvelles espèces de _Sterculia_ qui n’avaient pas encore
reçu de noms et dont il donne une diagnose latine succinte.
Deux de ces plantes, _S. nitida_ et _S. grandiflora_, que l’auteur
considérait comme des espèces distinctes, et qui n’en forment en réalité
qu’une, nous intéressent au plus haut point, car elles sont la source
des bonnes noix de Kola, ce que du reste VENTENAT a complètement ignoré.
Voici les descriptions de cet auteur dans l’ordre où elles se
trouvent[57] :
« _Sterculia nitida_ (6), _Foliis lanceolato-oblongis, acuminatis ;
laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile_ (il s’agit de
l’urcéole formée par les anthères groupées en cupule). _Ex Africa. Culta
in Insula Mauritii_.
« (6) Je présume que cette plante dont MICHAUX m’avait envoyé de beaux
exemplaires est dioïque puisque je n’ai trouvé aucune apparence d’ovaire
dans les fleurs que j’ai analysées. Cette espèce est-elle congénère de
_Sterculia_ ? N’appartiendrait-elle pas à quelque autre genre de la
famille ?
« _Sterculia grandiflora_ (7), _Foliis ovatis, acuminatis, glabris ;
laciniis calicinis patentibus ; urceolo subsessile ; Stylis 5, reflexis.
Isle de France ex. Herb. D. de Jussieu. Ex. India orientali_, juxt. à
Herb. D. de LAMARCK.
« (7) Cette espèce semble s’éloigner du genre par l’absence du pivot et
par les 5 styles qui surmontent l’ovaire. Ces cinq styles ne pourraient-
ils pas être considérés comme les stigmates d’un seul style qui ne
serait pas encore développé ? »
Sans être bien précis, le texte de VENTENAT concorde avec les caractères
des arbres producteurs de Kolas. Ce que l’auteur appelle _urcéole_ est
sans aucun doute l’androcée. Il nous apprend aussi que, dès le XVIIIe
siècle, les Kolatiers étaient déjà cultivés dans les Indes orientales,
et aux îles Mascareignes, ce qui n’est pas fait pour nous surprendre
d’après ce que nous avons dit précédemment.
Une troisième espèce, décrite par VENTENAT le _S. longifolia_, n’est pas
un _Cola_, mais un vrai _Sterculia_, dont nous avons pu voir le type de
VENTENAT conservé dans l’herbier Delessert, à Genève, obligeamment
communiqué par M. J. BRIQUET. C’est donc à tort que l’Index de Kew
identifie les 3 espèces ci-dessus au _Sterculia acuminata_ Palisot de
Beauvois. Deux se rapportent bien à un vrai _Cola_ que nous nommerons
désormais _Cola nitida_ mais aucune n’est identique au _Sterculia
acuminata_.
Il n’y a guère de doute que VENTENAT fut le premier botaniste
descripteur d’un arbre à Kola ; mais il n’en connut ni les fruits ni les
graines et ne soupçonna même pas que les végétaux qu’il venait de
décrire produisaient les fameuses amandes sur lesquelles de nombreux
voyageurs avaient déjà attiré l’attention.
PALISOT DE BEAUVOIS allait bientôt faire la lumière sur cette question ;
mais, en décrivant son _Sterculia acuminata_, il prit l’espèce
produisant les noix à quatre cotylédons, la seule qui existe au Bénin,
comme la source des noix à deux cotylédons recherchées par les noirs et
déjà connues à Sierra-Leone.
PALISOT DE BEAUVOIS était déjà depuis longtemps de retour en France
lorsque parut le travail de VENTENAT. Il avait accompagné dans le delta
du Niger, pour y faire la traite des esclaves, un négrier célèbre, le
capitaine LANDOLPHE[58], et, au cours de cette campagne, il avait
séjourné deux ans (1786-1787) au pays d’Oware (Wari aujourd’hui) et de
Bénin. Il rapporta de ce voyage de nombreuses collections, et, de 1804 à
1807, il publia sa célèbre _Flore des Royaumes d’Oware et de Bénin_ en
Afrique.
La Pl. XXIV, parue en 1804 et très probablement postérieure de quelques
semaines à la livraison du _Jardin de la Malmaison_ où VENTENAT décrit
ses _Sterculia_ est consacrée au _Sterculia acuminata_. Elle est
accompagnée d’un texte assez étendu. Nous croyons utile de reproduire
les parties les plus importantes[59] :
« =Sterculie=. _Sterculia_.
« =Sterculia=, _Linn., Juss., Cavan., Lam., Vent., Schreb., Gmel._ —
Fam. des Malvacées. _Jus., Vent._, Dodecandrie Monogynie. _Linn.,
Schreb., Gmel._
« _Sterculie acuminée_. Fleurs axillaires : calice à six divisions
égales colorées ; capsules monospermes ; feuilles entières, oblongues,
terminées par une longue pointe aigüe et portées sur un long pétiole.
Obs. _Cola_, G. BAUH. _Pin._, p. 507 ; J. BAUH., _Hist. Plant._ Vol. I,
p. 210. Kola ou Cola, LAM. _Dict. Encycl._ Cet arbre croît dans le
royaume d’Oware dans l’intérieur et sur les bords de la mer.
« Cette espèce offre un caractère très particulier, une disparate
(_sic_) qui se trouve rarement parmi les plantes d’un même genre et
d’une même famille. Le nombre des divisions du calice ou de la corolle
est ordinairement égal, double, triple ou quadruple, de celui des autres
organes de la fleur ; mais, dans la _Sterculie acuminée_, le calice
porte six divisions lorsque les anthères, au nombre de dix ou de vingt,
forment le double ou le quadruple de cinq et que les capsules sont
encore au nombre de cinq.
« L’amande est d’un rouge tendre, tirant un peu sur le violet ; on la
nomme, dans le pays, Kola ou Cola ».
Le même naturaliste trouve exagérées la valeur et les propriétés
merveilleuses attribuées à cette graine par quelques-uns des anciens
auteurs, et il ajoute : « J’ignore si, à Sierra-Leona, ce fruit a été et
s’il est encore aussi précieux que le prétend l’auteur de l’_Histoire
des Voyages_ ; j’ignore si, dans ce pays, il sert uniquement de monnaie
et si les nègres qui, partout ailleurs, ne vendent leurs esclaves que
pour des marchandises européennes, dont ils se sont fait un objet de
première nécessité, les prisent assez peu à Sierra-Leona pour changer
une femme contre cinquante noix de Kola ; enfin, j’ignore si, dans cette
partie de l’Afrique, les Cauris (petits coquillage de la famille des
_Cypræa_) ne sont pas, comme dans tout le reste, la seule petite monnaie
courante ; mais je suis assuré qu’à Oware et à Bénin, le Kola estimé en
raison de la propriété qu’il a de faire trouver bonne l’eau la plus
commune après qu’on a mâché de ce fruit, n’est ni aussi précieux, ni
aussi recherché qu’on a voulu le faire croire. Si nous jugeons de tous
ces détails par l’exagération avec laquelle on donne aux nègres de
Sierra-Leona des dents plus fortes que celles des chevaux, nous devons
les regarder comme très apocryphes.
« Mais, d’après toutes les assertions hasardées et controuvées que l’on
a débitées sur l’Afrique, contre le commerce des noirs et contre les
habitants des Antilles, à la fin du dix-huitième siècle, on ne doit pas
s’étonner de l’inexactitude de tous les rapports des anciens sur
l’Afrique Equinoxiale. Ce pays a toujours été et est encore très peu
connu. Il n’a été qu’imparfaitement visité par des capitaines de navires
plus occupés de leur commerce que de recherches sur les mœurs des
habitants et sur les productions du lieu. Nous ne pouvons en avoir que
des relations imparfaites, exagérées, et dont les faits se dénaturent
sous la plume des historiens qui copient et cherchent souvent à faire
briller leur éloquence, la chaleur de leur imagination et leur mauvaise
foi aux dépens de la vérité. Pour donner une preuve récente de cette
assertion, je ne citerai, pour le moment, que le rapport astucieux,
mensonger et calomnieux fait à la Convention Nationale, en l’an IV, et
imprimé en quatre volumes in-8o, en l’an V. Ce rapport est le coup le
plus fatal porté contre Saint-Domingue ; il a décidé sa perte totale ;
il a creusé toutes les sources d’où ont jailli plus de ruisseaux de sang
dans les colonies que l’esclavage n’a fait verser de gouttes de sueur
depuis plus de deux siècles qu’elles sont cultivées. Quoi qu’il en soit,
au surplus, et pour rectifier tout ce qui concerne le Kola, je dirai ce
que j’ai vu et éprouvé par moi-même.
« Les nègres d’Oware mangent ce fruit avec une sorte de délice avant
leur repas, non pas à cause de son bon goût, puisqu’il laisse dans la
bouche une sorte d’âpreté acide, mais en raison de la propriété
singulière qu’il a de faire trouver bon tout ce que l’on mange après en
avoir mâché.
« C’est surtout sur les différentes liqueurs et principalement sur
l’eau, que cet effet se manifeste sensiblement. Si, avant d’en boire, on
a mâché du Kola, elle acquiert une saveur des plus agréables. Pour
vérifier ce fait, j’ai souvent bu de l’eau saumâtre après avoir mâché du
Kola : elle m’a toujours paru bonne et agréable à boire. Mais cet effet
ne dure qu’autant que l’intérieur de la bouche est empreinte de cette
âpreté qu’y laisse le Kola.
« Les naturels ne mâchent pas la même noix alternativement ; elle n’est
ni assez rare ni assez précieuse. Le cas qu’ils en font est bien éloigné
de celui que suppose l’auteur de l’_Histoire des Voyages_ ; j’en ai
échangé plusieurs fois vingt à trente noix pour une poignée de _Cauris_,
dont deux ou trois tonnes pleines n’auraient pas payé la femme la moins
parfaite. Je ne sais pas comment se faisait autrefois le commerce des
noirs à Sierra-Leone ; mais aujourd’hui il ne s’opère dans toute
l’Afrique qu’en échange des marchandises européennes ; encore faut-il
qu’un capitaine soit assorti de toutes celles qu’on est en usage d’y
porter. Un capitaine qui manquerait d’une seule de ces marchandises,
peut faire une fausse traite et un voyage très onéreux, pour ses
armateurs, au lieu du bénéfice qu’ils s’étaient proposé.
« Je traiterai plus au long, dans la Relation de mon voyage, de tout ce
qui a rapport aux idées fausses que l’on a de l’Afrique équinoxiale et
au commerce qu’on y fait. Je dévoilerai toutes les erreurs que l’on a
mises en avant contre ce pays, les mensonges et les calomnies employés
pour faire valoir un système absurde, auquel nous devons la destruction
de nos colonies et les massacres qui s’y sont faits[60]. »
La description et les assertions de PALISOT DE BEAUVOIS ne méritent
certainement pas toute l’admiration que POIRET leur prodigua[61]. De
graves erreurs se sont glissées dans sa diagnose. PALISOT indique
constamment six divisions à la fleur, alors que dans la plupart des
fleurs des échantillons qu’il a récoltés (Herbier Delessert, herbier du
British Museum), elles sont à cinq divisions ; les fleurs à six
divisions sont même exceptionnelles dans les Kolatiers. En outre, il ne
décrit pas de fleurs exclusivement mâles.
Enfin, en indiquant les capsules monospermes, il commet une erreur
sérieuse ; on rencontre bien parfois des follicules ne renfermant qu’une
seule graine par avortement, mais c’est un cas très rare et il est plus
probable que PALISOT n’avait pas vu de fruits ou qu’il a rédigé sa
description d’après des souvenirs qui l’ont trahi.
La planche XXIV, représentant un rameau et les principaux organes de la
reproduction, laisse elle-même beaucoup à désirer. La figure _C_
représente une fleur mâle et dans l’explication de la Planche (p. 43) le
texte indique : _calice avec les anthères et le germe_ (germe est ici
synonyme d’ovaire). La figure _D_ représente une fleur hermaphrodite
dégagée du calice. Les étamines placées dans ces fleurs à la base des
ovaires sont même très exactement figurées ; cependant, comme
explication de cette figure, l’auteur dit : _germe détaché_. La figure
_F_ est mentionnée comme « amande de grosseur naturelle ». Il est
probable que PALISOT DE BEAUVOIS n’ayant pas rapporté de noix de Kola,
le dessinateur a représenté sur ses indications une masse ovoïde, se
rapprochant plus ou moins grossièrement de la forme réelle de la noix ;
en tous cas, la ligne de séparation des cotylédons n’est pas figurée, et
il serait tout aussi impossible d’y voir une noix à deux cotylédons
qu’une noix à quatre lobes.
Cet auteur fut aussi mal inspiré en cherchant à faire passer pour
erronés les récits des voyageurs qui avaient parlé du Kola avant lui.
Ces voyageurs, quoi qu’il ait écrit, n’avaient rien exagéré. Ils avaient
observé les noix de Kola à Sierra-Leone où elles sont très estimées et
d’où on les transporte vers le Soudan. Les caravaniers qui apportaient
des esclaves à la côte troquaient sans aucun doute, comme l’assure le
compagnon de LANDOLPHE, leur troupeau humain surtout contre des
marchandises européennes, mais il est non moins certain que les dioulas
soudanais venaient échanger aussi des esclaves contre des charges de
Kolas, notamment dans les pays situés au sud de Beyla. L’un de nous a
visité le Soudan à l’époque où ce trafic se faisait encore et nous
n’oserions affirmer que de tels échanges ne se pratiquent pas encore
dans le nord de la République de Libéria. La valeur d’un esclave dans
cette région équivaut naturellement aujourd’hui à de nombreuses charges
de Kolas, mais il est très possible qu’après certaines razzias il fut
autrefois aisé de se procurer un esclave pour une faible quantité de
Kolas de l’espèce _C. nitida_.
Au contraire, PALISOT rencontra les noix de l’espèce qui produit
d’ailleurs les amandes de moindre valeur dans une région où, encore
aujourd’hui, les indigènes en font un usage modéré. Enfin, ce botaniste,
en annonçant que la suppression de la traite des noirs entraînerait la
ruine de l’Afrique, fut, nous le répétons, aussi mauvais prophète que
Madame de Sévigné prédisant la faillite du café.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
40 _bis_.
FIG. 6. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau portant un pseudo verticille de
feuilles (une partie des feuilles ont été enlevées). — Moyen Oubangui
(Herb. A. CHEVALIER).]
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
41 _bis_.
FIG. 7. — =Cola Ballayi= Cornu. — Rameau âgé chargé d’inflorescences.
Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).]
Nous avons, après KARL SCHUMANN, acquis la certitude que la plante de
PALISOT DE BEAUVOIS était le Kolatier produisant des noix à 4 ou 5
cotylédons. D’abord, cette espèce est la seule espèce du groupe
_Autocola_ actuellement connue au Bénin ; en outre, l’échantillon de
l’Herbier Delessert, avec ses feuilles alternes luisantes en-dessus,
terminées par un long acumen, ne peut appartenir qu’à cette espèce très
répandue sur la côte depuis le Togo jusqu’à l’Angola. Quant à l’amande
figurée à la planche XXIV de son livre, elle ne représente pas, comme le
pense STAPF[62], une noix à deux cotylédons. Le dessinateur a figuré
grossièrement une masse ovoïde, compacte, sans indication de cotylédons
et dont la forme ne correspond nullement à celle d’une noix de Kola. Il
est probable que ce dessin a été fait d’après les vagues souvenirs du
voyageur.
POIRET se contenta de maintenir dans l’Encyclopédie les _Sterculia
nitida_, _S. grandiflora_ et _S. acuminata_ comme espèces distinctes,
mais de nouveaux noms allaient bientôt être créés.
Avec le _Prodromus_ de A.-P. DE CANDOLLE, la confusion s’accroit en
effet. Dans le volume I, à la famille des _Sterculiacæ_, cet auteur
décrit comme distinctes l’espèce de PALISOT DE BEAUVOIS et les trois
espèces de VENTENAT. Dans le volume II, paru en 1825, il décrit dans la
famille des _Terebinthaceæ_, sous le nom de _Lunanea Bichy_, une plante
signalée par RAFINESQUE, qui l’avait appelée _Edwardia lurida_ ; elle
provenait d’un arbre cultivé à la Jamaïque, qui est certainement un
Kolatier et probablement l’une des races du _C. nitida_ (Vent.) A. Chev.
Sans remonter aux descriptions de RAFINESQUE[63], datant de 1814, et à
celles de LUNAN, nous nous contenterons de reproduire les renseignements
de ces auteurs, rapportés par DE CANDOLLE en créant le genre _Lunanea_,
rejeté à la fin des Térébinthacées (p. 92) :
LIII. _Lunanea_, Petala 0. Stamina 10-13. _Edwardia_ RAFIN. _Specch._,
I, p. 158. Non SAL. _Bichy_ LUNAN, JAM., I, p. 86.
Flores polygami. Calyx coloratus 5-partibus, lobis crassis extus pilosis
erecto-patentibus. Petala 0. Disons concavus 10-dentatus. Stamina 10 e
disco exserta, antheris extus dentibus coalitis. Ovarium subrotundum.
Stigmatibus 5-coronatum. Capsula subovata gibba, 1-locularis evalvis (ex
RAFIN.) ; semilocularis, bivalvis (ex LUN.). Semina dorsa affixa (ex
RAFIN.) ; imbricata angulata (ex LUN.). Genus affine _Poupartiæ_ (ex
RAFIN.). Dicatum cl. LUNAN ob alterum genus _Edwardsia_ dictum.
I. _L. Bichy_. in Guinea unde sub nomine Bichy in ins. Caribæis
introducta. Edwardia lurida RAFIN., _l. c._ Folia alterna petiolata
oblonga acuminata glabra undulata venosa ; Racemi compositi. Flores
flavi purpuro striati, odoris ingrati (Rafin.)[64].
Là ne devrait pas s’arrêter l’imbroglio.
La description erronée de PALISOT entraîna Georg DON à créer encore un
nouveau nom pour désigner l’arbre produisant le Kola.
En 1831, il décrivit un _Sterculia macrocarpa_ avec la diagnose suivante
traduite en français :
« _Sterculia macrocarpa_. Feuilles oblongues acuminées, entières,
lisses, portées sur des longs pétioles ; fleurs axillaires paniculées ;
anthères sur deux rangs sessiles (?) Carpelles à 4 et 6 graines.
Originaire de Guinée. Fleurs blanches ; follicules ordinairement deux
par avortement, opposés. Les graines de cet arbre sont aussi connues
sous le nom de Cola en Guinée. Elles possèdent les mêmes qualités que
celles du _Sterculia acuminata_. Arbre de 40 pieds[65] ».
D’après cette diagnose, il est impossible de savoir si DON a voulu
décrire le _Cola_ à graines à deux cotylédons. L’habitat « Guinée »
qu’il donne à son _S. macrocarpa_ est trop imprécis, car on sait qu’à
Sierra-Leone existe exclusivement l’espèce produisant le Kola à deux
cotylédons et à San-Thomé l’espèce produisant les noix à quatre
cotylédons. Malheureusement l’auteur a omis de noter dans lequel de ces
deux pays il a observé sa plante.
[Illustration : Cliché Noury.
FIG. 4. — _Cola verticillata_ dans un sous-bois au Bas-Dahomey.]
Au British Museum où existe le type de DON qu’a vu STAPF, la plante est
donnée comme provenant de San-Thomé où on n’observe aujourd’hui comme
appartenant au groupe que le _Cola acuminata_. Ce qui paraît bien
probable, c’est que DON a vu les follicules de l’une et l’autre espèces
à _Cola_, et comme PALISOT DE BEAUVOIS avait inexactement attribué à son
_Sterculia acuminata_ des fruits _monospermes_, DON, constatant que
chaque carpelle renfermait quatre ou six graines, ce qui est en effet la
règle dans toutes les espèces fournissant des noix, n’hésita pas à créer
un nom nouveau. Le même auteur donne aussi des détails sur l’arbre
décrit par PALISOT DE BEAUVOIS ; il lui attribue 40 pieds de hauteur et
à chaque carpelle du _Sterculia acuminata_ une ou deux graines. Il
ajoute ensuite au sujet de cette dernière plante :
« Originaire des parties tropicales de l’Afrique, particulièrement de la
côte ouest. Fleurs blanches, avec des segments étalés ; carpelles,
ordinairement deux, opposés par avortement. Il existe deux variétés de
Cola, l’une avec des graines blanches et l’autre avec des graines
rouges. Les graines sont environ de la taille d’un marron d’Inde.
« Les graines de cette espèce sont connues à travers l’Afrique tropicale
sous les noms de Cola ou Kola. Elles ont depuis longtemps été citées par
les voyageurs comme possédant une grande valeur chez les noirs de la
Guinée qui en prennent un fragment avant leur repas parce qu’ils pensent
que cela augmente le bon goût de ce qu’ils mangent ou boivent.
« Autrefois les graines avaient une très haute valeur chez les indigènes
de la Guinée, puisqu’il en suffisait de cinquante pour acheter une
femme ; mais à présent vingt ou trente graines peuvent être obtenues
pour une poignée de cauris. Deux ou trois tonnes de cauris ne seraient
pas aujourd’hui suffisants pour acheter une femme parfaite[66].
« Nous avons goûté des graines : elles ont un goût très amer ; elles ont
environ la taille d’un œuf de pigeon avec une couleur brune. Elles sont
supposées posséder les mêmes propriétés que le Peruvian Bark[67] ».
Enfin DON maintient encore comme espèces distinctes des précédentes les
_S. nitida_, _S. grandiflora_ et _S. longifolia_ et il reproduit les
descriptions publiées par VENTENAT.
Au moment où l’auteur anglais du _General System_ publiait sa revision
des _Sterculia_, il ne connaissait sans doute pas un important travail
danois paru dès 1827 dans les « _Mémoires de l’Académie des Sciences de
Copenhague_ ».
Nous voulons parler de la _Flore de Guinée_, par THONNING et SCHUMACHER,
dans laquelle se trouve décrite une autre espèce de _Sterculia_ (_S.
verticillata_), espèce réelle, négligée par les botanistes et que nous
rétablissons dans ce travail[68].
THONNING, conseiller d’Etat au Danemark, avait séjourné vers la fin du
XVIIIe siècle à la Gold Coast, au poste de Christianburg (près d’Accra)
où les Danois avaient établi un fort et un comptoir. Il avait décrit sur
le vif les plantes qui croissaient dans le voisinage de sa résidence. Il
avait fait aussi des herbiers expédiés fort heureusement en double à
VAHL et à SCHUMACHER, car son propre herbier fut détruit au cours du
bombardement de Copenhague en 1807.
F.-C. SCHUMACHER décrit donc, d’après les notes de THONNING, au tome II,
page 14 de l’ouvrage cité, un _Sterculia verticillata_. Nous donnons la
traduction de la diagnose latine et des notes en suédois qui
l’accompagnent :
=Sterculia verticillata= ; Feuilles verticillées par 4, lancéolées très
entières (TH.).
_Kjælæ_ des indigènes.
Çà et là dans l’Aquapim.
Arbre de taille médiocre, jeunes rameaux tétragones, glabres. Feuilles
verticillées par 4, lancéolées, acuminées, très entières, à nervures
secondaires écartées, les inférieures opposées, rapprochées près de la
base du limbe, parallèles près des bords, réticulées, très glabres, de 5
à 10 pouces de long. Pétiole 3 fois plus court que les feuilles.
Stipules nulles. Inflorescences axillaires, pauciflores en grappes, d’à
peine un pouce de longueur, à pédicelles de deux lignes de long.
Bractées deux, subarrondies, aiguës insérées sur le pédoncule. Périanthe
d’une seule pièce, étalé profondément divisé en 5 lobes aigus, d’un
blanc tomenteux en dehors, pourpre à l’intérieur. Corolle nulle.
Etamines constituées par une petite urcéole très brièvement stipitée,
couverte à l’extérieur par les anthères disposées en deux séries sur
l’urcéole.
Anthères 20, disposées en deux séries de dix, déhiscentes par une seule
fente, plus tard paraissant biloculaires par l’existence d’une cloison
longitudinale.
Ovaire situé au fond de l’urcéole, oblong, petit, présentant à la longue
5 sillons. Style presque nul. Stigmates 5, obtus. Fruit non mûr composé
de 5 follicules oblongs, atténués aux deux extrémités et comprimés
gibbeux en dessous, présentant une suture longitudinale en-dessus,
rugueux-scabres, blancs, fixés au pédoncule commun et étalés
horizontalement.
Graines 3 à 6, fixées aux bords de la suture, subarrondies, déformées
par compression, à amande arrondie, tétragone pourpre avec les angles
blancs, se divisant en quatre lobes cotylédonaires (TH.).
Fruits mangés par les indigènes ; ils ont une saveur amère et
astringente et colorent la salive en rouge carmin[69].
Cette plante, que les auteurs les plus récents ont complètement
méconnue, constitue en réalité une espèce de premier ordre, ainsi que
nous le montrerons par la suite (Fig. 4).
Nous continuerons aux Chapitres IV et V, la suite de cet historique.
Quelques années en effet après la publication de l’ouvrage général de G.
DON, le genre _Cola_ était créé par SCHOTT et ENDLICHER.
Sa véritable place est désormais fixée dans la classification.
C’est à l’étude de cette classification et à l’histoire des espèces
établies postérieurement et qui pour la plupart n’avaient pas leur
raison d’être que nous consacrerons les chapitres suivants.
Disons toutefois que KARSTEN, étudiant en 1862-1868, la flore de la
Colombie, rencontra des spécimens de _Cola_ appartenant probablement à
l’espèce _C. nitida_ et qui provenaient sans doute d’une ancienne
introduction, puisqu’aucune espèce du genre n’est connue en Amérique à
l’état spontané.
Il fit de cette plante un genre nouveau qu’il rattacha à la famille des
Euphorbiacées sous le nom de _Siphoniopsis_ Karst.
La belle planche qui accompagne l’ouvrage de KARSTEN permet de
reconnaitre au premier coup d’œil l’identité du _Siphoniopsis_ avec le
genre _Cola_. Aussi BAILLON, dans son _Histoire des Plantes_, n’hésita
pas à identifier le premier genre au second.
* * * * *
[Note 45 : Encyclopédie méthodique. — Botanique, Paris, III, 1789, p.
370.]
[Note 46 : LINNÉ. — Flora Zeylanica, 1re éd., 1747, p. 166. Voir aussi :
Amænit. I, 1749, p. 412 et Species, 1753.]
[Note 47 : G. DON. — General System of Gardening and Botany, I, 1831, p.
515.]
[Note 48 : VENTENAT. — Jardin de la Malmaison, II, 1804. Pl. 91 adnot. —
Dans Son Tableau du Règne Végétal, an VII, vol. III, p. 202, VENTENAT
maintenait encore les _Sterculia_ dans la famille des Malvacées.]
[Note 49 : SCHOTT et ENDLICHER. — Meletemata bot. (1832), p. 33.]
[Note 50 : Robert BROWN. — In BENN. Pl. jav. rar. (1844), p. 236.]
[Note 51 : DUPONT DE NEMOURS. — Notice sur la vie de POIVRE (1719-1786),
Paris, 1786, in-octavo, p. 27, et Dr HŒFER, Nouvelle biographie
générale, art. POIVRE, Paris, Firmin-Didot, XL. 1862, p. 583.]
[Note 52 : A. CHEVALIER et Em. PERROT. — Les pommes de terre des pays
chauds, in _Vég. ut. Afr. trop._, I, 1905, p. 100.]
[Note 53 : Notice sur la vie de POIVRE, p. 33.]
[Note 54 : Le _Sterculia grandiflora_ existait encore près d’un siècle
plus tard à l’Ile de France « cultivé au Réduit et aux Plaines » (BOJER.
Hortus Mauritianus, 1837, p. 24).]
[Note 55 : Le _Moniteur Universel_, an XI (1803), p. 888 (art. de
JUSSIEU), p. 1222 (n. s.) ; an XII, pp. 166, 978, 1538 ; an XIII, p.
330, renseigne sur les dates d’apparition des livraisons du _Jardin de
la Malmaison_, au nombre de 20, contenant chacune six planches et douze
pages. Le _Sterculia monosperma_ est figuré p. 91, correspondant à la
16e livraison de l’ouvrage et à la 5e du t. II, commençant p. 61 et daté
de 1804. Le livre de PALISOT DE BEAUVOIS qui contient, p. 40-42, le
_Sterculia_, fut publié à partir de 1804, également en 20 livraisons,
mais très lentement, car dans son numéro d’août 1805, le _Magasin
Encyclopédique_ (IV, p. 408) dit que VENTENAT en est à sa 19e livraison,
alors que PALISOT DE BEAUVOIS n’en est encore qu’à sa 5e. On doit donc
déduire de la comparaison de ces dates que la planche 91 de VENTENAT est
probablement antérieure à la description de PALISOT DE BEAUVOIS touchant
le Kolatier.
Nous ne saurions trop remercier M. DE NUSSAC, sous-bibliothécaire du
Muséum, de l’empressement avec lequel il s’est mis à notre disposition
pour nous aider à fixer ce point d’histoire.]
[Note 56 : La préface du livre montre que VENTENAT, qui avait quitté les
ordres pendant la Révolution, était aussi habile à tourner galamment un
compliment qu’à décrire des plantes comme en témoigne le passage suivant
extrait de la préface :
« Si, dans le cours de cet ouvrage, je viens à décrire quelqu’une de ces
plantes modestes et bienfaisantes qui semblent ne s’élever que pour
répandre autour d’elles une influence aussi douce que salutaire, j’aurai
bien de la peine, Madame, à me défendre d’un rapprochement qui
n’échappera point à mes lecteurs ».]
[Note 57 : VENTENAT. — _Jardin de la Malmaison_. Adnot. Tab. 91.]
[Note 58 : P. GAFFAREL. — Le capitaine Landolphe. _Ann. Inst. col.
Marseille_, VIII, 2, 1901, p. 45-74.]
[Note 59 : P. DE BEAUVOIS. — _Flore d’Oware et de Bénin en Afrique_,
Paris, I, p. 40-43.]
[Note 60 : Extrait de PALISOT DE BEAUVOIS, Flore d’Oware et de Bénin,
_loc. cit._ Son Herbier, réuni pendant son séjour en Afrique en 1786 et
1787, fut acheté par DELESSERT en 1820.]
[Note 61 : J.-L.-M. POIRET. — Encycl. Bot., vol. VII (1806), Article
Sterculier, p. 428-434.]
[Note 62 : STAPF. — _Kew Bull._, 1906, p. 90.]
[Note 63 : RAFINESQUE. — _Specchio del Science_, II (no XI), (1er
novemb. 1814), p. 158. Le nom d’_Edwardia_ fut abandonné par A.-P. DE
CANDOLLE, parce qu’il existait déjà un genre _Edwardsia_, ce qui aurait
pu prêter à confusion. O. KUNTZE, se basant sur ce que le genre
_Edwardia_ est antérieur de huit ans au genre _Cola_, a rétabli ce nom,
et il désigne le Kolatier proprement dit, sous le nom de _E. acuminata_
O. Kuntze (Revis., I, p. 79). W.-P. HIERN, partisan également de
l’observation stricte des règles de priorité, mais admettant le plus
ancien binôme et non la plus ancienne dénomination spécifique, a nommé
les Kolatiers de l’Angola recueillis par WELWITSCH, _Edwardia lurida_
Rafinesque — Cf. W.-P. HIERN, _Welwitsch’s Catalogue of the African
Plants_, I (1896), p. 84.]
[Note 64 : A.-P. DE CANDOLLE, _Prodromus_, II (1825), p. 92.]
[Note 65 : G. DON. — General System of Gardening and Botany, I, 1831, p.
515.
Georg. DON avait séjourné un mois et demi à Sierra-Leone, puis quelque
temps à San-Thomé, en 1822-23. Ses plantes existent à l’Université de
Cambridge dans l’Herbier Lindley et aussi au British Museum.]
[Note 66 : Ces notes, il est facile de le remarquer, sont une
compilation très incomplète des renseignements publiés par PALISOT DE
BEAUVOIS.]
[Note 67 : Sans doute l’écorce de quinquina.]
[Note 68 : Le titre exact de l’ouvrage est : Beskrivelse af Guineiske
Planter som ere fundne af danske botanikere især af Etatsraad THONNING,
Copenhagen, 1827. — L’ouvrage est publié sous le nom de SCHUMACHER, mais
il fut rédigé en grande partie à l’aide des notes de THONNING.]
[Note 69 : SCHUMACHER. — _L. c._, II, p. 15.]
DEUXIÈME PARTIE.
* * * * *
=Les Kolatiers : Étude botanique, géographique et biologique.=
* * * * *
CHAPITRE IV.
* * * * *
=Position systématique et divisions du genre Cola.=
* * * * *
Le genre _Cola_ appartient à la famille des Sterculiacées créée par
VENTENAT en 1804. Cette famille comprend aujourd’hui plus de 800 espèces
renfermées dans une cinquantaine de genres, répartis dans les diverses
régions chaudes du globe.
Deux de ces genres : le genre _Theobroma_ (Cacaoyer) et le genre _Cola_
sont les seuls qui contiennent des plantes ayant une grande importance
économique.
Au moment où VENTENAT fit des Sterculiacées une famille autonome,
détachée des Malvacées parmi lesquelles Antoine-Laurent DE JUSSIEU avait
placé les deux ou trois espèces de _Sterculia_ connues de son temps,
elle était réduite à quelques espèces de ce dernier genre.
Les grands voyages d’exploration botanique dans les contrées tropicales
du XIXe siècle, amenèrent la découverte de nombreux représentants de ce
groupe, ce qui entraîna le morcellement de la famille.
Quand le genre _Cola_ fut créé en 1832 par SCHOTT et ENDLICHER, les
quelques espèces alors connues avaient été réunies, jusqu’à cette époque
dans le genre _Sterculia_ établi par LINNÉ en 1737. Les premières
espèces décrites, qui plus tard, devaient devenir des _Cola_, furent le
_Sterculia cordifolia_ CAVANILLES (1799) et les _Sterculia nitida_ et
_S. grandiflora_ de VENTENAT (1804) et le _S. acuminata_ de PALISOT DE
BEAUVOIS (1804), ainsi que le _S. heterophylla_ Pal. Beauv.
Le _S. verticillata_ THONNING (in SCHUMACHER) date seulement de 1827.
A la vérité, comme nous l’avons antérieurement établi, trois
appellations génériques sont antérieures à la dénomination _Cola_ (1832)
et s’appliquent aux plantes qui font l’objet de cette étude.
La première, celle de _Bichy_ ou _Bichea_, est due à STOKES[70] en 1812,
la deuxième fut créée par RAFINESQUE, c’est celle d’_Edwardia_ ; et la
troisième, celle de _Lunanea_, due à A.-P. DE CANDOLLE, date de 1825.
Plusieurs botanistes, et notamment Otto KUNTZE[71] et HIERN[72], ont
récemment substitué au nom de _Cola_ la deuxième de ces appellations
anciennes. En vertu des règles de priorité, en usage dans la
nomenclature botanique, ce n’est nullement le nom admis par ces auteurs,
mais c’est évidemment le terme de _Bichea_ qu’il faudrait adopter aux
lieu et place de celui de _Cola_ ; c’est ce qu’avait fait le savant
botaniste PIERRE dans ses notes manuscrites.
Si toutefois nous nous rangeons à la manière de voir de K. SCHUMANN, en
adoptant le nom de _Cola_ pourtant moins ancien, il n’est pas douteux
que le nom de _Bichea_ s’appliquait bien au _Cola_ et que l’appellation
d’_Edwardia lurida_ Raf. = (_Lunanea Bichy_ P. DC. désignait également
bien un vrai Kolatier (probablement _C. nitida_), cultivé à la Jamaïque
dès le XVIIIe siècle.
D’autre part, les indications de STOKES, de RAFINESQUE et de A.-P. DE
CANDOLLE prêtent trop à confusion. Ce dernier botaniste en particulier,
connaissait en effet si mal la plante en question qu’il la décrivit à la
fin de la famille des Anacardiacées, alors qu’il avait décrit les
_Sterculia_ et en particulier le _S. acuminata_ à leur véritable place,
c’est-à-dire dans la famille des Sterculiacées.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
48 _bis_.
FIG. 3. — =Cola verticillata= Stapf. — Rameau en fleurs. — Gold-Coast
(_Herb. Kew_)]
Mais la substitution d’une des dénominations _Bichea_, _Edwardia_ ou
_Lunanea_ à celles de _Cola_ amènerait un changement trop profond dans
la nomenclature, changement qui risquerait de n’être pas accepté par la
majorité des botanistes. Nous conserverons donc ce dernier nom qui a
reçu la consécration de l’usage.
C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle est arrivée la _Commission
internationale de nomenclature_ au Congrès botanique de Vienne en 1905,
aussi le nom de _Cola_ figure dans la colonne de l’_Index nominum
genericorum utique conservandorum secundum articulum visesimum regularum
nomenclaturæ botanicæ internationalium_.
*
* *
ENDLICHER et SCHOTT, puis Rob. BROWN n’admettent encore que trois
espèces du genre _Cola_ ; MASTERS, dans le tome I du _Flora of tropical
Africa_, paru en 1868, en cite déjà 11, tandis que BAILLON, en 1873,
n’en mentionne que 6 dans son _Histoire des Plantes_.
K. SCHUMANN, en 1900, dans sa _Monographie des Sterculiacées
africaines_, après avoir étudié les matériaux rapportés à l’Herbier de
Berlin par les explorateurs du dernier quart du XIXe siècle, fut amené à
étendre considérablement le nombre des espèces connues. Il en porte le
total à 32 et si l’on y joint les espèces décrites depuis cette époque
par DE WILDEMAN, W. BUSSE, A. ENGLER et par l’un de nous, ce chiffre
s’élève aujourd’hui à 40 espèces environ. Ajoutons enfin que l’intérieur
du continent africain est encore trop mal exploré pour qu’on puisse nier
la possibilité de découvrir encore de nombreuses espèces nouvelles,
dépourvues probablement, il est vrai, d’un réel intérêt économique, car
il est peu probable qu’on découvre encore de nouveaux Kolatiers
produisant des amandes très appréciées par les indigènes.
K. SCHUMANN eut le grand mérite, non seulement de décrire beaucoup
d’espèces nouvelles du genre _Cola_, mais il les groupa encore
méthodiquement en sections en s’appuyant sur des caractères importants
qu’il fut le premier à mettre en relief.
La séparation des _Sterculia_ et des _Cola_ est aujourd’hui admise par
tous les botanistes.
Dans le dernier genre, spécial à l’Afrique occidentale et centrale, les
fleurs mâles ont les _loges des anthères régulièrement disposées_ sur un
ou deux rangs et forment une couronne simple ou double ; de plus, la
graine adulte est _privée d’albumen_.
Dans les _Sterculia_, répandus dans tous les pays tropicaux, les fleurs
mâles ont les _loges des anthères rapprochées irrégulièrement_ et
réunies le plus souvent en boutons ; les graines _présentent toujours un
albumen_.
« On peut facilement, dit K. SCHUMANN, séparer le genre _Cola_ ainsi
défini en deux groupes. Le premier comprendra les espèces dont les
anthères longues et linéaires sont rangées en anneau simple ; le second
renfermera les espèces avec loges des anthères ellipsoïdales
superposées, c’est-à-dire réunies en deux groupes annulaires, situés
l’un au-dessus de l’autre. Dans ce dernier, les botanistes
systématiciens disent _antheris maximi divaricatis_ ; il serait
préférable de dire _antheris superpositis_. »
Le même auteur partage ensuite le premier groupe en quatre sections ou
sous-genres :
La première, comprenant seulement le _Cola caricifolia_ (G. Don) K.
Schum., se différencie facilement par une duplicature des carpelles en
relation avec le nombre des dents du calice ; il y a 8 à 10 feuilles
carpellaires pour un calice à 4 ou 5 lobes. Le savant botaniste de
Berlin voit dans ce caractère un peu anormal, un stade ancestral, d’où
le nom de _Protocola_ qu’il donne à cette section.
La deuxième, qui ne comprend également qu’un seul représentant (_C.
Chlamydantha_ K. Schum.), a aussi un gynécée pléiomère (à feuilles
carpellaires doubles des divisions du calice), mais elle diffère de la
section _Protocola_ par le nombre considérable de loges d’anthères qui
s’élève à 30 au minimum. Dans le genre _Cola_ comme dans la plupart des
Sterculiacées, les anthères sont à deux loges (l’anthère est à trois
loges seulement chez le _Ayenia_) et dès lors le _C. chlamydantha_
aurait donc 15 étamines. L’auteur adopte pour cette section le nom de
_Chlamydocola_, pour rappeler que la fleur est enveloppée d’un grand
involucre à 3 folioles.
Ces deux sous-genres diffèrent encore par les feuilles, lobées chez
_Protocola_ et digitées chez _Chlamydocola_.
Viennent ensuite deux autres sous-genres qui, avec les précédents,
constituent le premier groupe principal ; ils possèdent seulement 3 à 5
carpelles : la section _Haplocola_ est pourvue de feuilles simples,
entières ou lobées ; celles des espèces de la section _Cheirocola_ sont
au contraire digitées.
« Ce dernier sous-genre subira peut-être, par suite d’études plus
approfondies, un nouveau démembrement : les grosses graines du _C.
pachycarpa_ K. Schum. entourées d’un tégument épais et charnu sont bien
particulières et, d’autre part, le _C. digitata_ Mast., avec ses petites
graines renfermées dans des carpelles déhiscentes de bonne heure et
portées sur un long stipe, est aussi très spécial. ».
Le deuxième groupe principal, remarquable par la double rangée de loges
staminales, comprend les deux sections ou sous-genres _Autocola_ et
_Anomocola_.
Dans le premier se rangent les espèces fournissant les vraies noix de
Kola, d’où sa dénomination. Le sous-genre _Anomocola_ en différerait par
les feuilles verticillées ; en outre, les feuilles accompagnant les
fleurs (préfeuilles ou bractées recouvrantes) sont groupées en un organe
en forme de bonnet se détachant par une fente annulaire basale,
caractère qui ne se rencontre chez aucun des autres représentants de la
famille des Sterculiacées. Une seule espèce y est actuellement rangée,
le _C. anomala_ K. Schum. Bien que nous n’ayons pas vu le type, nous
pensons que cette espèce n’est autre que le _Cola verticillata_ et ce
dernier présente des analogies trop grandes avec les autres espèces de
la section _Autocola_ pour que nous l’en séparions.
Les caractères de ces 5 sections ont été résumés par K. SCHUMANN dans un
tableau dont voici la traduction :
=A.= Androcée sur un seul rang, c’est-à-dire avec loges des anthères
étroites, parallèles et placées à côté les unes des autres en formant
une seule couronne qui entoure un rudiment de pistil.
A. Carpelles en nombre double des dents du calice.
α Etamines en même nombre que les carpelles. Feuilles simples,
lobées
1. _Protocola_.
β Etamines (15) plus nombreuses que les carpelles. Feuilles
digitées
2. _Chlamydocola_
B. Seulement de 2 à 5 carpelles.
α Feuilles entières ou lisses
3. _Haplocola_.
β Feuilles digitées
4. _Cheirocola_.
=B.= Androcée sur deux rangs, c’est-à-dire que les loges des anthères,
relativement courtes, sont placées l’une au-dessus de l’autre sur deux
rangs (antheræ maximi divaricantes vel superpositæ).
A. Feuilles parfois verticillées sur les jeunes rameaux, mais plus
tard toujours disposées en spirales. Bractées de l’inflorescence
petites, ouvertes ; de petites préfeuilles
5. _Autocola_.
B. Feuilles également disposées en verticilles sur les axes
florifères ; bractées relativement grandes réunies entre elles et
formant une sorte de bonnet se détachant par une fente annulaire
6. _Anomocola_.
L’étude de toutes les espèces ainsi réparties nous entraînerait hors du
sujet que nous avons choisi. Nous nous contenterons d’examiner en détail
les espèces qui constituent la section _Autocola_ qui, dans le travail
de K. SCHUMANN, sont au nombre de 5 caractérisées comme il suit :
=AUTOCOLA= K. Schum.
=A.= Feuilles lancéolées ou oblongues, cunéiformes ou arrondies à la
base, jamais lobées, plus ou moins distinctement trinerviées.
A. Feuilles sèches de couleur cuir clair, paucinerviées, calice
glabre (nu) à l’intérieur ; seulement 6 graines par carpelle ;
embryon avec deux cotylédons qui restent fermés pendant la
germination
_Cola vera_ K. Schum.
B. Feuilles sèches la plupart brun sombre, plurinerviées. Calice velu
à l’intérieur ; 10 à 12 semences par carpelle ; embryon avec 4-6
cotylédons qui s’écartent à la germination
_C. acuminata_ (Pal. Beauv.) R. Br
=B.= Feuilles entières, ovales arrondies, jusqu’à former un cercle,
largement aigües à la base ou rétrécies ou arrondies, plurinerviées,
jamais profondément cordiformes.
A. Feuilles glabres ; inflorescences très ramifiées, lâches. Fleurs
ayant au plus 14 loges d’anthères
_C. lateritia_ K. Schum.
B. Feuilles pourvues en-dessous de belles écailles dorées, à rameaux
longs portant de nombreuses fleurs
_C. hypochrysea_ K. Schum.
=C.= Feuilles ovales, d’ordinaire lobées, profondément cordées à la
base
_C. cordifolia_ (Cav.) R. Br.
Tel était l’état de la question à l’époque de la publication de la
remarquable monographie de K. SCHUMANN. Nous n’avons reproduit ce
tableau qu’à titre documentaire, car nous montrerons plus loin qu’il est
tout à fait insuffisant pour différencier les diverses espèces de la
section _Autocola_.
Le sectionnement du genre _Cola_, lui aussi, doit être légèrement
modifié. Nous avons déjà dit que la section _Anomocola_ devait être
fondue avec la section _Autocola_ ce qui réduisait à quatre le nombre
des sections ; mais il devient nécessaire, d’après nos recherches, de
scinder en deux la section _Autocola_, la seule dont nous ayons à nous
occuper ici.
Les deux premières espèces citées dans le tableau ci-dessus
constitueront la nouvelle section _Eucola_, qui comprendra les cinq
espèces étudiées dans un prochain Chapitre. Les trois dernières espèces
du tableau précédent formeront une dernière section que nous nommons
_Macrocola_, ce nom rappelant qu’elle renferme les plus grands arbres du
genre.
Sect. =MACROCOLA= A. Chev.
Tous les représentants connus de cette section sont de très grands
arbres s’élevant parfois de 25 mètres à 40 mètres de hauteur. Feuilles
alternes, grandes ; limbe à contour suborbiculaire, parfois lobé,
souvent plus large que long, arrondi ou cordé à la base. Carpelles 3 ou
4 (rarement 5). Stigmates formant un écusson lobé recouvrant l’ovaire.
Follicules mûrs _rouges_ ou d’un vert-jaune marbré de pourpre, _toujours
déhiscents à maturité_, pubescents à l’intérieur. Graines peu
volumineuses, entourées d’un tégument externe épais devenant à maturité
charnu-mucilagineux et très sucré. Cotylédons 2. Espèces : _Cola
cordifolia_ (Cav.) R. Br., _C. cordifolia_ var. _nivea_ Pierre (A.
Chev.), _C. cordifolia_ var. _Maclaudi_ (Cornu) A. Chev., _C. gigantea_
A. Chev., _C. lateritia_ K. Schum., _C. hypochrysea_ K. Schum., et
d’autres espèces décrites par DE WILDEMANN.
Sect. =EUCOLA= A. Chev.
Arbres de petite taille (le plus souvent de 6 à 15 mètres de hauteur,
dépassant rarement 20 mètres). Feuilles alternes parfois verticillées ou
subverticillées ; limbe lancéolé ou oblong, jamais plus large que long.
Carpelles 5 rarement 6 à 8, stigmates oblongs réfléchis sur les ovaires.
Follicules souvent indéhiscents à maturité, de couleur grisâtre, verte
ou blanchâtre, lisses à l’intérieur. Graines grosses, entourées d’un
tégument externe blanchâtre membraneux et consistant à maturité, non
sucré. Cotylédons presque toujours plus de deux, ou deux dans la seule
espèce _C. nitida_. Amandes comestibles, ordinairement riches en
caféine.
Espèces : _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. et ses races, _C. acuminata_
(Pal. Beauv.) Schott et Endl., _C. verticillata_ (Thonn. in Schum.
Stapf.), _C. Ballayi_ Cornu in Hort. Paris.
Espèce douteuse : _C. sphærocarpa_ A. Chev.
Dans tous les chapitres qui suivront, nous ne nous occuperons plus
désormais que des espèces de cette section.
* * * * *
[Note 70 : STOKES. — Bot. mat. méd., II, 1812, p. 564.]
[Note 71 : O. KUNTZE. — Rev. gen. plant., I, p. 79.]
[Note 72 : W.-P. HIERN. — _Welwitsch’s Catal. of the african Plants_, I,
1896, p. 84.]
CHAPITRE V.
* * * * *
=Caractères généraux des espèces de la section _Eucola_.=
_Port._ — Tous les Kolatiers de la section _Eucola_ sont des arbres de
deuxième grandeur atteignant leur port définitif vers la quinzième ou la
vingtième année. Dans l’ensemble, ils rappellent un peu les Noyers ou
mieux encore peut-être les Pommiers à cidre. Les branches s’étalent à
partir d’une hauteur de 3 à 4 mètres et il est rare que le tronc
atteigne 6 à 8 mètres sans ramifications (Fig. 4). La hauteur totale des
Kolatiers adultes est de 15 à 20 mètres et exceptionnellement dans la
forêt vierge leurs dimensions peuvent s’élever jusqu’à 25 mètres de
hauteur avec un tronc mesurant jusqu’à 60 cm. de diamètre à la base.
Les Kolatiers plantés dans les endroits éclairés, par exemple autour des
villages, restent toujours plus petits et souvent se ramifient à moins
de 2 mètres au-dessus du sol. Au contraire ceux qui croissent dans les
sous-bois de la forêt ont souvent un tronc grêle et lorsque les arbres
environnants sont abattus, ils se présentent avec un tronc élancé (Fig.
5).
L’écorce du tronc est brune et s’enlève par écailles ; sur les jeunes
rameaux, l’épiderme persiste jusqu’à la troisième ou quatrième année ;
ces mêmes rameaux sont pourvus d’une moelle abondante et à l’état frais
sont cylindriques, de couleur brun-verdâtre, luisants, sans trace de
lenticelles. Les cicatrices foliaires produisent des écussons sub-
circulaires, très saillants, au-dessus desquels on observe souvent les
_gemmules_ dont il sera question plus loin.
A l’état sec, les rameaux les plus jeunes sont anguleux et cannelés, par
suite de la course des faisceaux libéro-ligneux des feuilles qui
descendent en cordons apparents à l’extérieur sur un assez long parcours
dans l’écorce avant de se joindre à la couronne libéro-ligneuse de la
tige.
_Gemmules._ — Louis PIERRE, dans les notes manuscrites jointes à son
Herbier, donne ce nom à des organes très particuliers qui ne paraissent
pas avoir été signalés encore et qui existent chez toutes les espèces de
la section _Autocola_ (sensu stricto).
Ce sont de gros bourgeons qui naissent à l’aisselle de certaines
feuilles lorsque celles-ci sont parvenues à l’état adulte. Ces bourgeons
sont protégés extérieurement par un grand nombre d’écailles se
recouvrant les unes les autres. L’extérieure est très brune,
parcheminée, coriace ; ses bords sont soudés de sorte qu’elle affecte la
forme d’un cornet abritant le bourgeon tout entier.
Les gemmules persistent après la chute des feuilles, puis au lieu de
donner naissance à des rameaux ou à des inflorescences, elles se
détachent parfois à leur tour en laissant au-dessus de la cicatrice
foliaire une autre cicatrice circulaire, plus petite et fortement
concave.
L’abondance, la forme et les dimensions de ces gemmules varient d’un
arbre à l’autre. Mais on les trouve particulièrement abondantes sur
certains individus végétant dans des conditions défavorables.
Il s’agit en réalité de bourgeons dormants pouvant produire des
inflorescences ou pouvant tomber avant leur épanouissement pour des
causes encore mal connues.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
56 _bis_.
FIGURE 11.
FIGURE 12.
FIG. 11. — =Cola nitida= A. Chev. — Jeune sujet vivant (Exemplaire du
Muséum de Paris).
FIG. 12. — =Cola= sp. à feuilles pendantes du Congo (Exemplaire cultivé
dans les serres du Muséum).]
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
57 _bis_.
FIG. 13. — =Cola acuminata= Schott. et Endl. — Follécules à différents
âges.
_a_, vues par la face supérieure ; _b_, vues par la face inférieure ;
Gabon (_Herb. Mus. Paris_).]
_Feuilles._ — RÉPARTITION. — Les feuilles sont, après les graines et les
fruits, les parties les plus importantes pour distinguer les espèces de
la section _Eucola_. Les variations, d’une espèce à l’autre, portent
surtout sur leur répartition, leur forme générale, la disposition des
nervures et sur l’acumen. Par contre, des différences individuelles
parfois considérables s’observent souvent dans la même espèce ; elles se
rapportent plus particulièrement aux dimensions du pétiole, longueur et
diamètre, à l’articulation de ce dernier avec le limbe, aux dimensions
et à la consistance de celui-ci, au nombre des nervures. Tous ces
caractères d’ordre secondaire sont fonction de l’âge et de la vigueur
des rameaux sur lesquels sont insérées les feuilles.
[Illustration : (Cliché Schiffer)
FIG. 5. — _Cola nitida_ dans une plantation chez les Bétés à la Côte
d’Ivoire (conservé sur l’emplacement de la forêt défrichée).]
Presque toujours isolées, elles sont cependant, dans le _C.
verticillata_ Stapf, nettement verticillées par 3 ou par 4 à l’extrémité
des rameaux et parfois opposées à leur base (fig. 3). Chez quelques
formes d’autres espèces, on observe parfois de 2 à 6 feuilles insérées
presque à la même hauteur à l’extrémité de certains rameaux et dans ce
cas elles sont très brièvement pétiolées. Un examen plus attentif permet
de constater que ce sont des feuilles isolées en disposition spiralée,
mais sur une spire à tours très rapprochés vers l’extrémité et
s’écartant progressivement au fur et à mesure que l’on se rapproche de
la base du rameau où leur disposition redevient normale.
Le _C. Ballayi_ porte ses feuilles groupées par _faux verticilles_ de 5
à 15 feuilles, formant ainsi des panaches très écartés (Pl. VIII et fig.
6) les uns des autres et donnant à cet arbre un aspect particulier. Un
gros rameau privé de feuilles sur une grande partie de sa longueur se
termine par 2 ou 3 de ces faux verticilles très rapprochés les uns des
autres et les feuilles qui s’y insèrent sont dressées, formant ainsi un
seul gros bouquet à son extrémité. Tout le reste du rameau est
complètement dénudé ou parfois porte deux ou trois bouquets de feuilles
en faux verticilles, espacés de 5 cm. au moins les uns des autres.
_Pétiole._ — Parfois presque nul pour les feuilles terminant les
rameaux, il peut mesurer 15 à 20 cm. chez les feuilles inférieures et
son diamètre est également très variable. Sur les rameaux grêles, le
diamètre n’est guère que de 2 mm., tandis qu’elle atteint 4 mm. sur les
pousses très robustes. Il est toujours presque cylindrique et présente à
ses deux extrémités des renflements moteurs en forme de bourrelet épais
et allongé.
Le rôle de ces renflements est de régler par turgescence l’inclinaison
de la feuille, d’après l’éclairage qu’elle reçoit. Au jour et à la
grande lumière, le limbe est très incliné par rapport au pétiole (Fig.
11) ; dans les parties ombragées, le limbe est disposé de manière à
recevoir le maximum d’éclairage. Dans le chapitre consacré à l’anatomie,
nous montrerons comment s’effectue ce mouvement.
Le pétiole forme souvent un angle de 90° avec l’axe du rameau, sauf dans
le _C. Ballayi_ où il est très ascendant. Au contraire, dans une espèce
encore inédite cultivée dans les Serres du Muséum de Paris, il est
pendant et les rameaux ont ainsi un port très spécial.
[Illustration : FIG. 8. — _Cola acuminata_. Feuilles anormales avec des
lobations.]
Quant au limbe, il est rare qu’il se continue dans la direction du
pétiole. Le plus souvent il est pendant et forme un angle très ouvert
avec ce dernier (Fig. 2) ; seules les feuilles des pousses terminales, à
pétiole court, ont la nervure médiane dans son prolongement et, d’une
façon générale, plus le pétiole est long, plus le limbe est incliné. Le
pétiole semble donc s’allonger de manière à assurer à la feuille un
éclairage suffisant. Il est accompagné à sa base dans les jeunes pousses
de très petites stipules linéaires ou lancéolées tombant bien avant que
les feuilles soient complètement épanouies.
_Limbe._ — Le limbe très entier a un contour oblong, ou oblong-
lancéolé ; rarement il est plus large par rapport à la longueur et dans
ce cas il présente une forme ovale-lancéolée. Très rarement le contour
est assez étroit pour que le limbe soit nettement oblong-linéaire. C’est
le cas pour le _Cola mixta_ forma _angustifolia_ A. Chev.
Presque toujours cunéiforme à la base, il est cependant parfois arrondi,
ainsi qu’on le constate sur le type même du _Sterculia grandiflora_
Ventenat (Pl. IV). Au sommet, il se termine plus ou moins brusquement
par un acumen obtusiuscule mesurant de 5 mm. à 25 mm. de long, assez
étroit, tantôt droit, tantôt incliné d’un côté.
En résumé, toutes les espèces de la section _Eucola_ ont une forme
générale identique et ne présentent point les grandes variations qu’on
observe dans certaines sections du même genre. Nous avons parfois trouvé
sur _Cola acuminata_, parmi un grand nombre de feuilles normales,
quelques feuilles plus ou moins lobées au sommet (Fig. 8). Cette
anomalie permet d’expliquer l’existence à l’état normal, chez certaines
espèces d’autres sections, de feuilles lobées ou même de feuilles
composées-digitées. Enfin, nous avons découvert dans la forêt vierge de
la Côte d’Ivoire, une espèce de la section _Cheirocola_, récemment
décrite (_Cola proteiformis_ A. Chev.)[73], qui réunit, en quelque sorte
à l’état normal, les différentes formes de feuilles qu’il est possible
d’observer dans le genre _Cola_. A côté des feuilles lancéolées
acuminées dont la forme rappelle celles des _Eucola_, on trouve en assez
grand nombre sur le même rameau ou sur des rameaux séparés des feuilles
composées, tantôt à 3, tantôt à 5 folioles. Nous avons cru utile de
figurer un rameau de cette espèce pour montrer les affinités qui peuvent
exister entre des espèces d’apparence parfois très dissemblables, ce qui
est le cas pour les _Eucola_ par rapport aux _Cheirocola_ (Fig. 9).
Le bord du limbe dans les _Eucola_ est un peu épaissi et légèrement
incurvé en dessous.
[Illustration : FIG. 9. — _Cola proteiformis_ A. Chev.
Sur le même rameau on voit une feuille à une foliole, une autre à 3
folioles et enfin une feuille à 5 folioles.]
Mesurant en moyenne 10 cm. à 15 cm. de long sur 3 cm. à 5 cm. de large,
il peut atteindre jusqu’à 25 cm., parfois 30 cm. de longueur et 12 cm.
de largeur et dans des cas exceptionnels (pousses très vigoureuses) il
peut avoir 50 cm. de longueur chez _C. Ballayi_.
La nervure médiane est légèrement saillante en-dessus et très saillante
en-dessous ; les nervures latérales I, au nombre de 5 à 8 paires, sont
ascendantes toujours dépourvues d’acarodomaties à leur aisselle, réunies
à l’extrémité par des arceaux plus ou moins visibles et plus ou moins
réguliers ; elles sont parfois entremêlées de quelques nervures
latérales II. Enfin, entre ces nervures existent des nervilles formant
des réseaux plus ou moins apparents à la face inférieure.
Les feuilles très jeunes sont recouvertes d’un léger tomentum roussâtre
formé de poils étoilés, plus ou moins nombreux, promptement caducs. Les
feuilles adultes sont glabres et coriaces, plus ou moins luisantes en-
dessus ; la face inférieure est d’un vert pâle. La dessiccation change
la coloration : dans les herbiers, le limbe est noirâtre ou d’un brun-
verdâtre en-dessus et d’un brun-fauve en-dessous.
Les feuilles sur les rameaux stériles et les jeunes pousses ont
sensiblement la même forme que sur les rameaux fertiles, mais elles sont
beaucoup plus grandes et terminées par un acumen plus allongé. Sur les
rameaux stériles du _Cola nitida_, on observe assez souvent des feuilles
dont le limbe atteint 30 cm. de long sur 12 cm. de large. Sur _Cola
Ballayi_, ces feuilles sont encore beaucoup plus grandes.
_Inflorescences._ — Elles naissent seulement sur les rameaux de
deuxième, de troisième ou quatrième année et rarement sur les rameaux
plus âgés ayant perdu leurs feuilles depuis longtemps.
Parfois cependant, par exemple dans le _C. Ballayi_, on observe des
inflorescences sur des rameaux non feuillés ; dans ce cas, elles
s’insèrent au-dessus ou sur les côtés des cicatrices foliaires (Fig. 7).
On observe aussi assez fréquemment, notamment chez les _C. verticillata_
et _C. nitida_, des rameaux de l’année fleuris (Pl. III et Pl. IV) ; les
inflorescences sont alors courtes, ramassées et presque toujours
réduites à des fleurs mâles, de sorte que des fruits ne naissent jamais
de ces organes. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu’un jeune
rameau aurait de la peine à supporter une fructification de Kolatier,
puisqu’une seule fleur fécondée peut produire 5 ou 6 carpelles d’un
poids à l’état adulte de deux à trois kilogs.
On sait du reste que, chez la plupart des représentants de la famille
des Sterculiacées, les fleurs naissent non sur les jeunes rameaux, mais
sur les branches déjà assez âgées. Chez le Cacaoyer en particulier,
c’est sur le tronc et sur les vieilles branches latérales que s’insèrent
les cabosses. Les inflorescences sont des grappes composées, pauciflores
ou plus ou moins denses, à rachis un peu comprimé, avec des pédicelles
ayant de 6 mm. à 12 mm. de long, mais pouvant atteindre jusqu’à 18 mm.
et portant des bractées et bractéoles très caduques, ovales, très
concaves, plus ou moins couvertes d’un tomentum roussâtre ou brun-
rouille.
Chaque racème principal atteint de 2 cm. à 6 cm. de long ; il est
souvent accompagné à sa base de deux petits racèmes courts subsessiles.
Les fleurs s’épanouissent successivement et la floraison dure très
longtemps. Il n’est pas rare d’observer certains arbres de ce groupe en
fleurs presque toute l’année.
Du reste le calice est marcescent et persiste longtemps après la
floraison, même si les fleurs ont avorté.
Pendant l’anthèse, les fleurs dégagent un parfum nauséeux.
_Fleurs._ — Les espèces de la section _Eucola_ présentent une
hétérogamie des plus remarquables. Certains arbres ne produisent
exclusivement que des fleurs mâles ; la plupart des individus produisent
un grand nombre d’inflorescences exclusivement mâles, puis quelques
grappes avec des fleurs hermaphrodites à la base et des fleurs mâles au
sommet. Quelques plants ont des fleurs mâles et des fleurs
hermaphrodites entremêlées sur toutes les inflorescences et quelquefois
une grappe de fleurs mâles est surmontée d’une ou plusieurs fleurs
hermaphrodites ; il est très rare de rencontrer des Kolatiers portant
plus de fleurs hermaphrodites que de fleurs mâles. Enfin nous n’avons
jamais rencontré un Kolatier chargé exclusivement de fleurs
hermaphrodites.
Dans toutes les espèces, même avant leur épanouissement, les fleurs
mâles sont faciles à distinguer des hermaphrodites. Le calice, qui a une
préfloraison valvaire dans les deux cas, forme un petit bouton
subglobuleux et blanc tomenteux chez les premières. Chez les secondes,
il est plus gros, nettement obovoïde et un peu apiculé au sommet. Quand
les fleurs s’épanouissent, on constate un dimorphisme encore plus
accusé : les mâles ont un calice de petite taille et rotacé : dans les
hermaphrodites, il est souvent beaucoup plus grand et toujours
campanuliforme.
Les premières, lorsqu’elles sont épanouies, mesurent souvent que 12 à 20
mm. de diam., les secondes peuvent atteindre 30 à 40 mm. Dans les deux
sortes de fleurs et dans toutes les espèces, les lobes sont ovales,
lancéolés, longs ordinairement de 5 à 9 mm., plus ou moins aigüs au
sommet, blancs-tomenteux à l’extérieur, recouverts en dedans de quelques
poils étoilés, jamais complètement glabres sur l’une ou l’autre face.
Un autre caractère de peu d’importance mais d’une constance remarquable
se retrouve chez toutes les espèces de la section : nous voulons parler
de la coloration. Le calice est d’un blanc-crême, mais il présente en
dedans au fond du tube une tache d’un pourpre noirâtre qui se prolonge
jusqu’à mi-hauteur des lobes, le long des 3 nervures, visibles à la face
interne de chaque lobe. Ces stries pourpres n’existent pas à
l’extérieur, mais elles sont constantes à la face interne ; une seule
race en est privée et a les fleurs complètement blanches, c’est le _Cola
nitida_ A. Chev. s.-sp. _C. alba_ A. Chev. du Kissi.
La forme de l’androcée est assez constante dans toutes les espèces, mais
elle varie suivant le degré d’épanouissement de la fleur : du fond du
calice s’élève un petit stipe grêle, pubescent, parfois presque nul,
parfois atteignant 3 mm. de long. Ce stipe se dilate brusquement et se
termine par un écusson orbiculaire, aplati ou même concave en-dessus ;
sur son bord, cet écusson (qui n’est autre qu’un connectif commun adné à
un pistil central avorté réduit à 5 ou 6 petits points faisant saillie
au centre de l’écusson et en-dessus) porte vingt logettes[74]
considérées comme des anthères. Ces logettes sont disposées en deux
séries de 10, superposées.
Chacune constitue une loge à déhiscence longitudinale, mais lorsque
celle-ci est opérée, il reste à l’intérieur un petit dissépiment
longitudinal qui pourrait faire croire à l’existence d’une anthère à
deux loges.
Le sagace observateur qu’était PIERRE, a interprété de la manière
suivante l’androcée des _Eucola_. Il correspondrait à 5 étamines
seulement, ces étamines étant verticales (comme dans d’autres sections
du genre _Cola_) et chacune à deux loges avec déhiscence longitudinale :
les étamines auraient leurs loges écartées ; en outre, il se serait
produit une cloison transversale dans chaque loge amenant ainsi la
constitution d’un thèque supérieur et d’un thèque inférieur, c’est-à-
dire la formation des 20 logettes existantes. Cette transformation a pu
se produire pendant l’évolution des ancêtres des _Eucola_, mais dans les
espèces actuelles, même à l’état très jeune les 20 thèques sont bien
distincts et écartés les uns des autres.
Les logettes staminales de l’étage supérieur font saillie au-dessus du
disque qu’elles entourent ; avant leur déhiscence, elles convergent vers
le centre en formant une masse capitée ; plus tard cette masse s’ouvre
et forme une urcéole, enfin elle s’étale en disque ; la pointe des loges
fait saillie sur les bords du disque en produisant 10 crénelures et 10
dents dont 5 parfois plus profondes. Ainsi que nous l’avons exposé dans
un chapitre précédent, ces dispositions se retrouvent dans toutes les
espèces d’_Eucola_ dont les fleurs sont connues.
Les fleurs hermaphrodites portent un gros gynécée ovoïde formé de 5 ou 6
carpelles (parfois moins et parfois aussi jusqu’à 8) libres, mais
pressés les uns contre les autres, blancs-tomenteux à l’extérieur,
oblongs, surmontés chacun d’un stigmate sessile, étroit, courbé en
crosse dès sa base et descendant le long du carpelle jusqu’à mi-hauteur
de celui-ci, parfois en s’en écartant un peu, le plus souvent en
s’appuyant à sa surface sans lui adhérer ; l’extrémité de chaque
stigmate est subaiguë ou obtusiuscule, mais jamais en large écusson,
comme l’a figuré à tort SCHUMANN pour _C. vera_ (Monographie, fig. 2, C,
p. 125).
A l’intérieur de chaque carpelle, à l’angle interne, c’est-à-dire sur la
face supérieure lorsqu’il sera étalé, s’insèrent 6 à 16 ovules disposés
sur deux lignes et en ordre alternant. Ces ovules sont anatropes,
pendants dans la cavité ovarienne, sessiles et insérés par un large
ombilic.
Quant aux organes mâles des fleurs hermaphrodites, ils se réduisent à 20
logettes (parfois plus ou moins suivant le nombre des carpelles) insérés
sur deux rangs à la base du gynécée. A la partie basale de chaque
carpelle et intimement soudées à lui on observe, en effet, 4 logettes
disposées en X, c’est-à-dire deux supérieures divergentes par le haut et
deux inférieures divergentes par le bas. Ces logettes sont normalement
constituées et renferment des grains de pollen. Cependant TSCHIRCH et
ŒSTERLE ne pensent pas que le pollen soit normal, de sorte que les
fleurs seraient exclusivement femelles.
Ces logettes staminales desséchées persistent longtemps à la base des
jeunes carpelles. Ceux-ci, à mesure qu’ils se développent, s’étalent en
étoile tout autour du réceptacle leur donnant insertion. Le plus souvent
ils sont étalés dans un plan, parfois au contraire ils sont décombants
ou même ascendants.
Fréquemment les poils qui les recouvrent tombent rapidement, mais dans
certaines races, les carpelles restent jusqu’à un âge avancé couverts
d’une pulvérulence d’un blanc de neige.
L’organogénie des ovules après la fécondation mérite d’être signalée :
Lorsque la jeune graine n’a encore que la taille d’un petit pois, sous
un double tégument membraneux existe une poche remplie de mucilage qui
n’est autre que le sac embryonnaire.
La membrane qui le limite est tapissée de petites écailles brunes
paraissant provenir du nucelle résorbé et plus ou moins analogues aux
écailles tapissant la paroi interne des carpelles. Nous reviendrons sur
ces écailles dans l’étude anatomique.
A l’intérieur du sac embryonnaire et dès le jeune âge, on trouve de très
bonne heure l’embryon coloré en rouge (si la noix doit être rouge plus
tard) ; il est ovoïde, plus renflé du côté du hile et dans le _C.
acuminata_ présente une section tetra ou pentagonale correspondant aux
quatre ou cinq cotylédons. Après résorption du sac embryonnaire, la
graine doit encore rester plusieurs mois sur l’arbre avant d’arriver à
complet développement.
_Fruit._ — On sait que chaque fleur femelle fécondée peut donner en
général 5 follicules dérivant des 5 carpelles de l’ovaire, rarement plus
de 5 et assez souvent moins. La forme et les dimensions de ces fruits
varient beaucoup d’une espèce à l’autre, aussi fournissent-ils
d’excellents caractères de classification.
Ces follicules sont insérés en verticille autour du pédoncule de la
fleur devenu ligneux et considérablement accru pendant la maturation.
Les graines s’insèrent sur deux larges lignes placentaires situées
tantôt sur les bords de la feuille carpellaire dans les espèces de la
section _Cheirocola_ ; au contraire, dans les espèces de la section
_Eucola_, elles s’insèrent sur deux lignes rapprochées de part et
d’autre de la crête dorsale qui correspond à la nervure médiane de la
feuille carpellaire ; elles sont par conséquent opposées à la suture
inférieure ou ventrale par où se fait la déhiscence du fruit (Fig. 13).
Chaque follicule presque adulte présente dans les espèces de ce groupe :
1o Une crête dorsale ou interne ou supérieure correspondant à la face
placentaire ; 2o un sillon ventral, externe ou inférieur correspondant à
la ligne de déhiscence, chez les espèces qui s’ouvrent à maturité ; ce
sillon ventral est souvent à son tour bordé par deux rebords ou fausses
crêtes ; 3o les côtés sont tantôt lisses ou grossièrement bombés par la
protubérance des noix ; dans certaines races, ils sont fortement
verruqueux-scoriacés et les verrues s’étendent parfois jusqu’au sillon
ventral.
La forme générale d’un carpelle adulte est ovoïde-allongée avec la face
dorsale ordinairement beaucoup plus bombée que l’autre, la dimension est
de 5 à 12 cm. de long sur 3 à 7 cm. de large. Certains carpelles très
robustes dans _C. acuminata_ et dans _C. Ballayi_, atteignent jusqu’à 15
et 20 cm. de long.
Le follicule, dans la partie basilaire qui ne renferme pas de graines,
s’amincit plus ou moins en stipe ; le sommet se termine par un rostre
(base du stigmate accrescent) qui a souvent dans le jeune âge la forme
d’un bec d’oiseau et qui parfois se prolonge en pointe recourbée vers la
face ventrale.
En outre, la forme de ces fruits varie énormément d’une espèce à l’autre
comme aussi leur disposition par rapport à l’axe du pédoncule : ils sont
parfois étalés horizontalement, parfois réfléchis, rarement un peu
ascendants.
_Déhiscence des fruits._ — Tous les Kolatiers de la section _Eucola_ que
nous avons observés en Afrique tropicale, soit dans les plantations,
soit dans la forêt vierge, produisent des fruits qui nous ont paru
toujours indéhiscents. Les indigènes reconnaissent que les noix sont
mûres quand l’exocarpe prend une teinte vert-jaunâtre ou gris-terreux
dans certaines formes de _C. acuminata_. Ils les cueillent dans cet état
et les ouvrent avec un couteau pour retirer les noix. Les fruits qui ont
passé la maturité restent adhérents à l’arbre, les fourmis creusent
souvent des galeries dans le péricarpe pour se nourrir du mucilage qui
en découle, elles attaquent même le tégument des graines et mettent les
noix à nu ; mais, dans ce cas encore, nous n’avons jamais vu le
follicule s’ouvrir en deux valves, comme cela se produit dans les
espèces de la section _Macrocola_.
Tous les colons et agents de culture que nous avons questionnés nous ont
eux aussi assuré que les fruits des Kolatiers ne s’ouvraient pas à
maturité pour mettre les graines en liberté.
Cependant, d’après d’autres témoignages, la déhiscence peut s’opérer
soit dans certaines races encore mal connues, soit dans des conditions
spéciales que pour notre part nous n’avons pas observées. Pour
l’_Ombéné_ du Gabon, qui n’est autre que _Cola acuminata_, H. BAILLON
rapporte, d’après GRIFFON DU BELLAY, que les follicules s’ouvrent
longitudinalement suivant leur bord interne ou supérieur. Cette
affirmation aurait besoin d’être contrôlée, car l’un de nous a observé,
soit à San-Thomé, soit au Dahomey, des follicules mûrs de cette espèce
qui n’étaient pas ouverts et du reste, dans tous les _Cola_ d’autres
sections à fruits connus, c’est par la suture ventrale que s’opère la
déhiscence.
Enfin, E. HECKEL a publié, en 1898[75], une très belle photographie de
M. GUESDE, montrant une négresse qui vend des Kolas à la Guadeloupe.
Elle tient dans ses mains une corbeille remplie de cabosses (ou
follicules) de Kolatier dont la face ventrale est entrouverte, de sorte
qu’on aperçoit par l’entrebaillement les noix contenues à l’intérieur.
Ces fruits, qui paraissent appartenir à une variété du _Cola nitida_,
sont donc incontestablement déhiscents. Nous n’avons jamais rien vu de
semblable en Afrique, où, même sur les lieux de production, on vend les
noix de Kola sorties de la cabosse et même débarrassées de leur
tégument.
[Illustration : FIG. 10. — _Cola nitida_ A. Chev.
Rameau en fleurs, follicules coupés longitudinalement, inflorescences.]
Dans le _C. sphærocarpa_, la déhiscence s’opère suivant deux lignes
opposées partant du rostre du follicule et se rejoignant peu à peu vers
la base. Il se forme ainsi deux valves et le plan de la déhiscence est
perpendiculaire au plan médian du carpelle.
_Graines._ — Les graines s’insèrent sur deux rangs correspondant aux
deux lignes placentaires de chaque côté de la crête supérieure ou
dorsale du follicule. Comme celui-ci est plus ou moins étalé, elles sont
donc comme suspendues dans sa cavité et fixées à la paroi de l’endocarpe
par un large hile arrondi qui peut avoir jusqu’à 4 à 5 cm. de diamètre.
En dehors du placenta, ce hile présente une légère échancrure et du côté
interne il donne attache à une lame blanche mince, courte, mais large et
qui se soude, d’une part au placenta, et de l’autre à la graine. C’est,
sans aucun doute, une dernière trace du raphé.
Les graines insérées sur les deux lignes placentaires ne sont pas
opposées, mais le plus souvent alternes, de telle sorte que la section
transversale d’un follicule passant par le milieu d’une noix ne fait
qu’effleurer celle qui est placée à côté (Fig. 10).
Dans toutes les espèces de la section _Autocola_ que nous connaissons,
l’amande (embryon) est enveloppée par une membrane blanchâtre,
spongieuse, facile à déchirer, dont l’épaisseur peut atteindre jusqu’à 3
mm. ou 4 mm. Dans cette membrane, on distingue nettement deux parties :
une mince pellicule interne entourant l’embryon sans y adhérer, c’est le
_tégument interne de la graine_, tapissé à l’intérieur de petites
ponctuations provenant des restes du nucelle, et une couche externe plus
épaisse, spongieuse à l’intérieur, entourant toute la graine, très lisse
à la surface, sauf à la hauteur du hile et qui se continue sur la paroi
carpellaire dont elle a l’aspect. C’est, d’après nos observations, _un
tégument externe_ enveloppant toute la graine. Ajoutons que c’est ce
même tégument qui se gélifie et devient très sucré au point d’être
comestible dans _Cola cordifolia_ et dans d’autres espèces de la section
_Macrocola_.
Chez ces espèces, quelques botanistes ont pris à tort pour une arille,
le tégument gélifié. C’est certainement parce qu’il n’avait pas vu de
Kola à l’état naturel que BAILLON assimile « le véritable Kola à la
graine d’une sterculiacée souvent réduite à un gros embryon, plus ou
moins globuleux, charnu, à 2, 3 ou 4 cotylédons épais[76] ». En réalité,
la graine possède toujours un tégument blanc que les indigènes enlèvent
après sa récolte. Ce que nous appelons une noix de Kola est un
_embryon_, c’est-à-dire une graine sans albumen débarrassée de son
tégument.
Le nombre des cotylédons épais et charnus, constituant l’amande, varie
de 2 à 7. Dans le _C. nitida_ et toutes ses variétés, il est constamment
de deux, dans les races cultivées. Dans les formes sauvages de la forêt
de la Côte d’Ivoire, appartenant à la race _C. pallida_, c’est à peine
si on trouve, sur 1.000 graines, une noix à 3 cotylédons.
Dans les quatre autres espèces qui nous sont connues, chaque noix compte
au moins 3 cotylédons, le plus souvent 4 ou 5 et parfois jusqu’à 7 dans
_Cola Ballayi_.
Il serait intéressant de rechercher si les hybrides qui doivent
probablement apparaître là où les _Cola nitida_, _Cola acuminata_ et
_Cola verticillata_ vivent en mélange, ne produisent pas des noix à deux
cotylédons et d’autres noix de 3 à 5 cotylédons sur les mêmes arbres.
Une communication de JOHNSON, ancien directeur du Jardin d’Aburi, faite
au Jardin de KEW, permet de le supposer.
L’embryon, chez toutes les espèces productrices de Kola, est rouge ou
blanc, parfois rose-jaunâtre ou verdâtre. Nous reviendrons sur ces
colorations dans un prochain chapitre.
Ajoutons, pour terminer, que les amandes de Kola sont de taille très
variable dans une même espèce et parfois dans une même variété. Elles
pèsent ordinairement de 8 grammes à 25 grammes, mais on rencontre aussi
des noix qui ne pèsent que 2 ou 3 grammes et quelques-unes atteignent le
poids de 100 grammes.
Nous n’avons observé ces grosses amandes que très rarement et dans
certaines parties de la Côte d’Ivoire seulement.
Le nombre des noix par cabosse est très variable : on en observe de 1 à
12, le plus fréquemment, il en existe 5, 7 ou 9.
Une seule fleur peut produire de 1 à 7 follicules, soit de 30 grammes à
200 grammes de noix fraîches, mais il est rare d’observer sur un même
arbre plus de 20 à 30 groupes de follicules parvenus simultanément à
complet développement.
* * * * *
[Note 73 : CHEVALIER. — _Végét. util._, V (1909), p. 250.]
[Note 74 : Le nombre des logettes est parfois réduit.]
[Note 75 : _Ann. Inst. Colonial, Marseille_, IV, 1898, en face la page
16.]
[Note 76 : BAILLON. — Histoire des Plantes, IV, p. 111. — Voir aussi
_Adansonia_, X, p. 169.]
CHAPITRE VI.
* * * * *
=Caractères histologiques des Kolatiers.=
L’histologie des organes végétatifs des arbres du genre _Cola_ n’a fait
l’objet jusqu’alors d’aucun travail d’ensemble, c’est pourquoi nous
donnerons ici, en résumé, les résultats de l’étude comparée à laquelle
nous nous sommes livrés.
Quelques auteurs ont cependant traité des fruits et des graines et parmi
eux nous citerons : CHODAT et CHUIT[77], ZOHLENHOFER[78], HECKEL[79],
HARTWICH[80] et plus particulièrement une très consciencieuse étude du
fruit et de la graine des _C. vera_ et _Ballayi_ de MM. TSCHIRCH et
ŒSTERLÉ dans leur Atlas classique de Pharmacognosie[81].
Quelques observations générales sont également notées dans l’ouvrage de
SOLEREDER[82], et en ce qui concerne l’appareil gommifère, si
spécialement caractéristique des Sterculiacées, nous renverrons pour la
bibliographie au mémoire de M. DOUSSOT[83]. Nous rappellerons seulement
que ces poches à mucilage ont été tout d’abord étudiées par TRÉCUL en
1867, puis par VAN TIEGHEM en 1884-1885.
=RACINE.=
L’étude histologique de la racine est d’intérêt secondaire, car cet
organe présente la structure normale des racines de Dicotylédons, avec
périderme péricyclique exfoliant l’écorce et poches à mucilage réparties
dans les rayons médullaires de la région libérienne. Plus tard, de
nouvelles formations subérophellodermiques, exfolient successivement les
couches externes précédemment formées en même temps qu’elles donnent de
nouveaux tissus. Dans les jeunes racines, le nombre des poches à
mucilage est variable avec les espèces ou variétés considérées.
=TIGE.=
La tige jeune des Kolatiers étudiés présente un épiderme à cuticule
épaisse sur lequel s’appuient de deux à quatre assises de cellules à
parois minces, limitées en-dedans par une couche de collenchyme à
épaississements caractéristiques, se sclérifiant dans les tiges plus
âgées. Dans le parenchyme cortical sous-jacent, les poches à mucilage
sont nombreuses et réparties généralement sur un seul rang ; la plupart
ont leurs cellules de bordure très régulièrement disposées et entières ;
mais parfois ces poches à mucilage s’agrandissent par gélification et
rupture des cellules de bordure, et il n’est pas rare de trouver deux de
ces éléments confluents l’un avec l’autre. Le liber est partagé par de
larges rayons médullaires en lames minces, coiffées extérieurement par
des amas de fibres correspondant au péricycle ; de très bonne heure, ce
tissu libérien se découpe par l’apparition de bandes transversales
fibreuses formant un liber stratifié dont la structure est typique pour
les plantes du groupe des Malvales. Les tubes criblés se différencient
par un cloisonnement des cellules issues du cambium qui découpe de
petites cellules compagnes, très visibles dans les jeunes tissus. Plus
tard, ces éléments criblés épaississent leurs parois et constituent des
lames de tissu aplati, comprimé entre les bandes fibreuses de soutien
(Fig. 14).
[Illustration : FIG. 14. — =Coupe transversale d’un fragment d’écorce du
tronc de= _C. nitida_, =passant par la région libérienne.= — _Rm_, rayon
médullaire ; _tc_, plages de tubes criblés ; _f_, fibres libériennes ;
_pm_, poche à mucilage ; _pl_, parenchyme libérien ; _cp_, cellules
ponctuées à parois légèrement lignifiées.]
Le bois est riche en vaisseaux rayés ou ponctués, et, de bonne heure, le
parenchyme ligneux, comme celui des rayons médullaires, se lignifie plus
ou moins fortement pour former un cylindre assez compact ; le centre est
occupé par une moelle parenchymateuse ou un peu scléreuse composée de
grands éléments et donnant asile également à de nombreux canaux à
mucilage. Quelques-uns de ces derniers se montrent inclus dans la zone
externe médullaire sclérifiée, mais leurs cellules de bordure restent le
plus souvent parenchymateuses.
L’oxalate de calcium, toujours abondant et cristallisé en mâcles, est
réparti dans les parenchymes, surtout dans l’écorce et la moelle et plus
particulièrement autour du collenchyme externe et des amas fibreux
périlibériens ; cette disposition est surtout facile à observer en coupe
longitudinale.
Des péridermes, dont le premier est sous-épidermique, apparaissent
successivement dans la partie externe de l’écorce et donnent naissance à
des lames subéreuses et à des phellodermes très développés, dans
lesquels de nouvelles formations se développent qui exfolient les
précédentes. Cette écorce secondaire renferme de nombreuses poches à
mucilage.
En même temps, les lames libériennes s’accroissent radialement et leur
tissu conserve la structure stratifiée qu’il affectait dans le début.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 15. — =Coupe transversale du pétiole, à la base du limbe.= — _al_,
amas libérien péridesmique ; _col_, collenchyme ; _hyp_, hypoderme ;
_pm_, poche à mucilage ; _pg_, poil glanduleux. G = 100 d. environ.]
On remarque également des bandes de parenchyme libérien et, dans les
rayons médullaires, des canaux mucilagineux (_pm_, Fig. 15).
Les variations de structure de la tige chez les diverses espèces ou
variétés sont peu importantes et ne paraissent avoir aucune valeur
systématique.
=FEUILLE.=
L’étude anatomique de la feuille est plus intéressante et doit surtout
porter sur les particularités de structure du système conducteur dans le
pétiole et dans le limbe.
1o _Pétiole._ — Le pétiole des Kolatiers est toujours relativement long
et présente à son point d’attache avec la tige, un renflement très
accentué. De même à son extrémité, il se renfle à nouveau pour permettre
au limbe foliaire ses mouvements nyctitropiques, fonction ici de
l’éclairement solaire[84]. L’histologie comparée de cet organe est donc
délicate, car on constate dans la répartition et le développement des
divers tissus, des modifications assez profondes suivant que l’examen
microscopique porte sur telle ou telle de ses parties.
Le système fasciculaire est composé typiquement d’un petit nombre de
faisceaux libéro-ligneux, généralement de cinq à neuf, qui se rallient à
un faisceau détaché du cylindre central de la tige, par de longues
cellules annelées ou réticulées.
Il est à noter aussi que l’examen histologique est rendu plus délicat
par la difficulté éprouvée à faire des coupes minces, sur des
échantillons secs d’herbier, à cause de l’abondance chez certaines
espèces ou variétés, des poches et des cellules à mucilage.
Si l’on peut disposer de matériaux frais, il convient de les placer,
aussitôt leur récolte, dans l’acool assez fort, ce qui rendra la
préparation des coupes beaucoup plus aisée, le mucilage étant ainsi
coagulé.
La caractéristique histologique générale du pétiole devra toujours être
recherchée dans la partie moyenne de cet organe à égale distance des
deux renflements (1, Fig. 17).
La section est alors arrondie, avec un épiderme assez fortement
cuticularisé, interrompu çà et là, par quelques _stomates_ et surtout
par des _poils capités courts_ pluricellulaires, munis d’un pied formé
d’une seule cellule. La membrane de ces poils est assez épaissie et ils
sont toujours très enfoncés dans l’épiderme, dépassant à peine la
surface (_pg._, Fig. 15) ; il n’existe pas de poils tecteurs sur le
pétiole adulte.
Dans la plupart des espèces, le collenchyme de soutien qui forme une
lame circulaire est séparé de l’épiderme par une à trois assises de
cellules parenchymateuses, sorte d’hypoderme nettement apparent ; le
collenchyme à membrane plus ou moins épaissie est naturellement plus
abondant vers la partie qui correspond à la face inférieure du limbe
(_hyp._ et _col._, Fig. 15).
Dans le parenchyme conjonctif qui vient ensuite, il n’y a à signaler que
la présence de poches sécrétrices à mucilage, toujours avec cellules de
bordure bien apparentes ; ces poches sont le plus souvent réparties en
un seul cercle autour du système conducteur central, mais on trouve
parfois quelques-unes de ces mêmes formations en dehors de ce cercle.
Le système fasciculaire débute par une bande de tissu mécanique, formé
de deux séries d’éléments. Les uns, très allongés, fibreux, répartis en
amas irréguliers de forme et de dimension, sont réunis entre eux par
d’autres éléments de diamètre beaucoup plus grand, ponctués, sclérifiés
aussi, mais à peu près isodiamétriques. L’ensemble forme ainsi une bande
fibroscléreuse périlibérienne irrégulière, dont les prolongements
s’avancent vers le corps ligneux pour délimiter extérieurement et
protéger les amas de tissu criblé.
Le liber comprend donc une série de ces amas répartis au milieu du
parenchyme, formant une lame qui peut n’être pas continue par suite de
la pénétration des prolongements de la bande sclérenchymateuse qui vient
d’être décrite.
Quant au bois, il est surtout vasculaire, en anneau complet, mais dans
lequel se distinguent des amas plus ou moins apparents ; l’un de ces
amas vasculaires, toujours plus volumineux, correspond à la face
inférieure et indique la symétrie bilatérale de l’organe.
La région centrale du péridesme, correspondant à la moelle, renferme
toujours soit des îlots de tissu criblé accompagnés de quelques
vaisseaux, soit une ou plusieurs lames libéro-ligneuses, dont il faut
rechercher l’origine dans l’invagination de fragments de l’anneau
libéro-ligneux normal (_al_, Fig. 15 et _fp_, Fig. 17).
Il ne s’agit pas ici de formations surnuméraires analogues à celles qui
sont bien connues chez les plantes des nombreuses familles à tissu
conducteur médullaire surnuméraire ; la tige des Kolatiers ne
renfermant, en effet, jamais de semblables formations dans la
moelle[85], elles ne sauraient donc passer de la tige au pétiole.
Au centre, on trouve enfin dans le parenchyme une, deux ou trois poches
à mucilage.
Quant à l’oxalate de calcium, il est très abondant et toujours en mâcles
cristallines ; quoique réparti çà et là, et en apparence sans ordre, il
se localise cependant de préférence dans deux régions : au pourtour du
sclérenchyme périlibérien et autour du collenchyme externe.
Le mucilage n’est pas non plus uniquement excrété par les poches
caractéristiques des Sterculiacées, mais encore dans des cellules un peu
hypertrophiées dont l’examen permet aisément de se rendre compte de
l’origine de cette formation. De la paroi interne partent, en effet, des
amas laissant apercevoir de fines stries, qui indiquent les couches
successives du dépôt de la matière (_cm_, Fig. 18).
L’amidon est abondant, et l’orcanette acétique décèle dans un très grand
nombre de cellules de gros globules ou un contenu transparent, sur la
nature desquels il est difficile d’émettre une opinion.
_Renflement basilaire._ — Des coupes pratiquées vers le point
d’insertion sur la tige, montrent un certain nombre de modifications
dans la structure type.
On remarque d’abord que la sclérification périlibérienne n’existe pas,
et c’est à peine si des amas cellulaires réagissent à la matière
colorante, de façon différente des éléments du parenchyme qui les
entoure. Néanmoins, les cellules qui le composent sont plus allongées, à
parois plus épaisses, et au fur et à mesure que le renflement diminue,
celles-ci commencent à prendre les colorants ce qui indique que la
sclérification s’opère et bientôt les paquets de fibres apparaissent
nettement différenciés. Plus on s’éloigne de la base, plus le phénomène
s’accentue, et peu à peu, les cellules avoisinantes s’épaississent à
leur tour pour réunir les premières, en formant un anneau de soutien
complet, mais le plus souvent très inégal d’épaisseur (1, Fig. 17).
[Illustration : FIG. 16. — =Coupe schématique au niveau du renflement
basiliaire, au point d’insertion des pétioles sur la tige.= — _m_,
mâcles d’oxalate de calcium ; _fll_, amas libéro-ligneux ; _pm_, poche à
mucilage.]
Le système vasculaire est, à la base du pétiole, divisé en un certain
nombre de faisceaux isolés, formés de lames de vaisseaux, séparées par
des rayons médullaires parenchymateux ; l’un d’entre eux, plus
volumineux, indique le plan de symétrie. Quant au liber, il ne forme pas
une lame homogène, mais se compose des amas de tissu criblé
correspondant aux faisceaux ligneux et répartis au milieu du
parenchyme ; souvent il existe plusieurs îlots de tissu criblé par
faisceau vasculaire.
Si les coupes ont été faites aussi près que possible de la tige, le
pétiole ne présente généralement pas de faisceaux libériens ou libéro-
ligneux dans le péridesme central, mais dès qu’on s’écarte quelque peu
de cette région, on voit apparaître des invaginations de la bande
libérienne qui pénètrent vers le centre et ne tardent pas à y former un
faisceau qui s’isole de l’anneau normal et entraîne avec lui quelques
vaisseaux (Fig. 2, 3, 4, 5, 17).
Le plus généralement, ces faisceaux restent petits et n’acquièrent un
développement véritablement important que plus tard et surtout dans la
zône motrice ; néanmoins, il en existe toujours en nombre variable avec
les espèces ou peut-être aussi avec les individus, sur toute la longueur
du pétiole. Pour affirmer leur valeur systématique, il sera nécessaire
de compléter cette étude par l’examen de nombreux échantillons de
provenances les plus variées.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 17. — =Figures schématiques du système fasciculaire du pétiole, au
niveau du renflement moteur.= — _L_, liber ; _f_, amas fibreux ; _fscl_,
anneau mécanique fibro-scléreux ; _pm_, poches à mucilage ; _s_, gaine
péri-libérienne non sclérifiée mais épaissie et différenciée ; _fp_,
faisceaux péridesmiques. Les coupes vont du pétiole (_1_) vers le limbe
— (_2_) et montrant en _2, 3, 4, 5, 6, 7_, les modifications de
structure facilitant les mouvements de l’organe ; nervure médiane à la
base du limbe.]
_Renflement moteur._ — Au sommet du pétiole dans le renflement moteur,
les modifications sont importantes et nous les avons étudiées sur de
nombreux échantillons, provenant soit des serres de l’Ecole supérieure
de Pharmacie, soit de celles du Muséum d’Histoire naturelle, soit enfin
de l’herbier de l’Afrique Occidentale dressé par les soins de l’un de
nous.
A quelques détails près, on peut ramener ces modifications aux points
suivants : augmentation du tissu parenchymateux, disparition du tissu de
soutien, dislocation du cylindre central et augmentation du nombre et du
volume des faisceaux conducteurs dans la région péridesmique.
La série de coupes ci-jointe, choisies au milieu d’une cinquantaine
effectuées dans le renflement moteur du _C. nitida_ montre ces
différentes modifications qu’il n’est pas inutile de décrire un peu plus
en détail. Dans les dessins schématiques reproduits, nous ne nous sommes
occupés que du système fasciculaire, car le parenchyme périfasciculaire
externe ne présente, en dehors de son volume, aucun autre intérêt
histologique (Fig. 17).
La figure 1 montre la structure type décrite plus haut : anneau fibro-
scléreux complet ; liber avec nombreux amas de tissu criblé ; bois en
anneau compact, coupé seulement par des rayons médullaires étroits, et,
vers la face supérieure, une invagination de tissu libérien (1, Fig.
17). Il n’y a pas de faisceaux péridesmiques à cet endroit.
Dès que l’on pénètre dans le renflement, les cellules scléreuses
ponctuées, servant de lien aux îlots fibreux du tissu mécanique externe,
disparaissent ; elles sont restées parenchymateuses, quoique plus
volumineuses en général que leurs voisines.
Les îlots libériens s’allongent, et, dans l’échantillon examiné, deux
d’entre eux pénètrent (2, _tc_) vers le centre. Les éléments lignifiés
du bois n’existent plus, et il ne reste que les rangées radiales de
faisceaux, formant encore une sorte d’anneau régulier.
Dans la coupe suivante (3, Fig. 17), la dislocation fasciculaire s’est
accentuée, des masses de tissu libéro-ligneux, s’écartent et sont
séparées par du parenchyme, en même temps que, dans la zone centrale
péridesmique, on remarque la présence de quatre amas libériens, ayant à
leur centre quelques fibres et à un certain endroit de leur périphérie
quelques vaisseaux ligneux. Le nombre des poches à mucilage est passé de
trois à une.
Remarquons, enfin, que le tissu de soutien périlibérien n’est plus
constitué que par des amas non sclérifiés, sauf dans leur zone externe
où quelques fibres subsistent encore ; néanmoins, comme nous l’avons
dit, ces éléments se différencient de leurs voisins par leur électivité
spéciale pour certaines matières colorantes, mais ils ne prennent plus
le vert d’iode, dans la méthode de double coloration avec cette
substance et le carmin boraté ou aluné.
Dans la figure 4, les fibres ont totalement disparu ; des filaments
libéro-ligneux plus importants ont glissé vers le centre en même temps
que deux masses vasculaires se sont quelque peu rejetées latéralement.
Ces phénomènes qui s’accentuent (Fig. 5 et 6) _persistent sur la plus
grande longueur du renflement_.
On remarquera combien cette disposition est favorable au mouvement de
haut en bas que subit cette portion du pétiole. La masse inférieure
résistante, forme un cordon rigide, mais élastique et la dislocation du
reste de l’anneau libéro-ligneux en amas séparés par de larges espaces
parenchymateux rendent les oscillations du pétiole faciles à
s’effectuer. Grâce à ces modifications dans la structure fasciculaire,
la feuille possède un dispositif mécanique, sorte de véritable
articulation, des mieux adaptées aux nécessités physiologiques de
l’organe.
Le renflement se prolonge presque dans la nervure médiane du limbe et la
figure 6 accuse déjà une disposition nouvelle des différents tissus qui
fait pressentir celle qui se rencontre plus tard dans la nervure
médiane, c’est-à-dire groupements des fragments libéro-ligneux, en deux
arcs, l’un volumineux et inférieur, l’autre plus réduit et supérieur. De
chaque côté se détache un petit faisceau se rendant aux nervures
latérales. A cette hauteur, la coupe ne présente pas encore de tissu
fibreux périlibérien, mais une deuxième poche à mucilage a pris
naissance. Un peu plus loin, la disposition est celle de la nervure ;
l’anneau de tissu de soutien est de nouveau entièrement sclérifié ;
plusieurs faisceaux péridesmiques ont repris leur rang et le nombre des
poches à mucilage est redevenu ce qu’il était avant le renflement.
Telles sont les intéressantes transformations histologiques subies par
les diverses régions constitutives de l’anatomie du pétiole. Dans les
différentes espèces, elles sont du même ordre, c’est ce que l’on
constate, par exemple, dans l’espèce sauvage de la Côte d’Ivoire et dans
le _C. Ballayi_, sur lequel a porté plus spécialement l’étude de ces
particularités ; la complication est parfois plus grande par suite de
l’augmentation du nombre des faisceaux péridesmiques et des variations
dans leur répartition et leur forme. Une étude de chacune des espèces de
Kolatiers dépasserait le cadre de cet ouvrage et ne présenterait sans
doute qu’un intérêt systématique médiocre, nous aurons sans doute
l’occasion de la reprendre ailleurs à bref délai.
_Limbe._ — Il est à noter tout d’abord que les jeunes feuilles du
bourgeon sont recouvertes d’un tomentum apparent formé de nombreux poils
étoilés à la face supérieure, rares à la face inférieure où abondent au
contraire les poils glanduleux. Ce revêtement est comparable à ce que
l’on observe sur les pièces du périanthe floral (Fig. 19).
[Illustration : FIG. 18. — _1_, coupe transversale du limbe de _C.
Ballayi_ : _cm_, cellule à mucilage ; _2_, épiderme inférieur vu de face
avec stomate _sf_ légèrement enfoncé ; _3_, coupe schématique de la
nervure médiane vers le tiers supérieur du limbe chez _C. acuminata_.]
Dans la feuille adulte, le limbe foliaire possède une structure
bifaciale très nette. L’épiderme supérieur à cellules allongées dans le
sens perpendiculaire à l’axe, assez fortement cuticularisées, est
interrompu çà et là par de larges cellules ovoïdes, hypertrophiées
remplies de mucilage (_cm_, Fig. 20) ; il est dépourvu de stomates et de
poils.
Le parenchyme chlorophyllien comprend deux assises, dont la première est
formée d’éléments allongés assez serrés et la deuxième, au contraire, de
cellules à angles plus arrondis et laissant entre elles d’assez larges
méats. Le mésophylle lacuneux se compose de cellules rameuses groupées
en un tissu lâche qui repose à la face inférieure sur un épiderme à
cellules à peu près isodiamétriques, avec parois rectilignes, pourvues
d’une cuticule assez mince ; les stomates sont nombreux, enfoncés, avec
des cellules annexes dont les plus proches s’orientent dans le sens de
l’ostiole (2, Fig. 18) ; les poils glanduleux répartis sans ordre,
paraissent cependant plus nombreux en face des nervures. Les plus
grosses de ces dernières possèdent encore des faisceaux péridesmiques
qui disparaissent dans les plus petites, en même temps que se réduit
beaucoup l’arc supérieur libéro-ligneux ; il en est de même des poches à
mucilage, mais les cellules remplies de cette substance sont nombreuses
et les cellules épidermiques se colorent facilement par l’hématoxyline.
Quant à l’oxalate de calcium, il est particulièrement abondant dans le
tissu chlorophyllien. Ajoutons enfin que le système fasciculaire est
protégé par une bande épaisse de tissu mécanique scléro-fibreux.
=ORGANES FLORAUX=
_Calice._ — L’organogénie et la structure histologique des organes
floraux ont été particulièrement bien étudiés par TSCHIRCH et
ŒSTERLÉ[86]. Toutefois, il restait encore à décrire quelques détails
d’organisation de la fleur mâle et à fixer certains points du
développement du tégument séminal.
L’histologie du verticelle externe (calice) n’a rien de bien saillant.
Les épidermes à cuticule très mince présentent d’assez nombreux poils
étoilés aux deux faces, surtout en face des nervures, et de rares poils
capités. Le mésophylle homogène est rempli de cellules et poches courtes
à mucilage et les faisceaux des nervures sont réduits à quelques amas
libéro-ligneux sans trace de tissu de soutien. Trois nervures sont
toujours très volumineuses et sont fortement apparentes ; entre elles le
limbe forme une sinuosité très accentuée. Le système fasciculaire de ces
grosses nervures est réduit à un cercle de petites lames vasculaires
avec îlots criblés correspondants et sans lignification du parenchyme.
Il n’existe point non plus de tissu mécanique périlibérien.
[Illustration : FIG. 19. — _1_ et _2_, poils étoilés du calice et d’une
feuille prise sur un bourgeon ; _3_, poils glanduleux vus de face ; _4_,
poils glanduleux vus de profil.]
La structure de l’appareil sexuel est un peu variable suivant que l’on
s’adresse aux fleurs mâles ou aux fleurs femelles. Dans les échantillons
que nous avons examinés, ces fleurs ne présentent, en réalité, d’autre
différence qu’un avortement plus ou moins complet des étamines ou des
carpelles, suivant que la fleur donnera ou non des fruits (1, 2, Fig.
24).
Une coupe transversale de la colonne staminale d’une fleur mâle se
présente comme un disque, composé de 5 pièces, rayonnant régulièrement
autour d’une colonne centrale formée des 5 carpelles réduits. Chaque
pièce staminale est divisée plus ou moins profondément en deux loges
renfermant chacune 2 sacs polliniques (thèques) (4, Fig. 24).
La coupe longitudinale montre que l’anthère supérieure est reliée à
l’anthère inférieure par une masse parenchymateuse (connectif),
dépassant à peine la surface de l’organe, et de l’examen de coupes en
série il semble que l’on puisse conclure au groupement de ces anthères
au nombre de 4 par groupe staminal.
[Illustration : FIG. 20. — =Schéma de la coupe transversale de l’ovaire
de= _C nitida_.]
Il s’ensuit que l’androcée pourrait en somme être considéré comme
composé de 5 étamines bifurquées, dont chaque ramification porterait 2
anthères superposées à déhiscence longitudinale.
Dans les fleurs femelles, les anthères persistent, mais sont le plus
souvent de dimension très réduite. Quant au pollen, il est presque
toujours petit, formé de grains d’apparence ridée et il peut même
manquer dans les loges plus ou moins avortées des anthères de la rangée
inférieure. De plus, le groupement par 4 est d’ordinaire très apparent :
les anthères, au lieu d’être parallèles, se rapprochent plus ou moins en
forme d’X.
La coupe demi-schématique (2, Fig. 24), montre un ovaire à carpelles
volumineux avec ovales assez nombreux et au-dessous, des anthères
groupées et de volume réduit.
[Illustration : FIG. 21. — =Coupe d’un ovule et du placenta= ; _pl_,
zone placentaire avec poche à mucilage ; _pm_, poche à mucilage ; _te,
ti_, téguments ovulaires ; _mi_, micropyle ; _eo_, épiderme de l’ovule ;
_E_, épiderme interne de l’ovaire. G = 120 d. environ.]
L’axe de l’inflorescence est occupé par une longue poche sécrétrice
formée de cellules larges, hypertrophiées et fusionnées en un organe
continu de formation lysigène.
L’épiderme externe de tous ces organes est couvert de nombreux poils
étoilés.
_Ovaire._ — L’ovaire est composé généralement de 5 carpelles
indépendants régulièrement rangés autour de l’axe et surmontés chacun
d’un stigmate épais s’insérant le long de la ligne de soudure de la
feuille carpellaire. Ces lames stigmatiques, recourbées sur l’ovaire,
disparaissent de bonne heure.
La coupe transversale d’un _jeune ovaire_ montre un épiderme à cuticule
mince, couvert de poils tecteurs ressemblant à ceux du calice et formés
de cellules en général très allongées, onduleuses et groupées par 3 à 8
en massifs étoilés (Fig. 20). Le tissu du carpelle est parenchymateux,
homogène et parcouru par une rangée de faisceaux conducteurs, dont trois
plus volumineux, correspondant à la nervure dorsale et à la région
placentaire ; on y trouve également quelques poches à mucilage.
L’épiderme interne est normal. La soudure des bords carpellaires est
intime et les cellules des deux épidermes restent accolées, même dans la
suite du développement.
Les ovules, anatropes, bitégumentés, naissent sur un mamelon placentaire
développé normalement sur la ligne de bordure des bords carpellaires et
sont insérés perpendiculairement sur 2 rangs, les raphés dos à dos et en
alternance assez régulière.
Le tégument interne ne recouvre pas entièrement le nucelle ; dans la
région micropylaire ; une assez large surface de ce tissu n’est protégée
que par le tégument externe, plus épais et même encore renflé à cet
endroit (Fig. 21).
Les faisceaux conducteurs du raphé viennent s’épanouir à la chalaze pour
envoyer les ramifications dans tout le tégument.
Quant le fruit mûrit, la paroi ovarienne s’épaissit considérablement,
reste charnue et il s’y développe de vastes poches à mucilage, quelques-
unes visibles à l’œil nu, plusieurs devenant souvent confluentes (Fig.
20). Quant à l’endocarpe, il ne se sclérifie point et bon nombre de ses
cellules se transforment en poils capités ne formant pas toutefois de
revêtement tomenteux, apparent ; ces poils sont de forme identique à
ceux de l’épiderme inférieur des feuilles ou des pétioles antérieurement
décrits. Ces poils ne sont pas indiqués sur les figures données par
ZOHLENHOFER[87] et par PLANCHON et COLLIN[88].
[Illustration : FIG. 22. — =Portion du tégument de la graine de= _Cola
nitida_. — _te, ti_, téguments externe et interne ; _nuc, alb_, tissus
en voie de résorption qui formeront la pellicule papyracée enveloppant
l’embryon. G = 160 d.]
_Graine._ — Une très jeune graine ne mesurant encore que quelques
millimètres de diamètre se montre recouverte d’un tégument charnu assez
épais, avec faisceaux libéro-ligneux et poches à mucilage et enveloppant
entièrement la graine. Il est ici extrêmement difficile de déterminer
même à cet âge, la part qui revient dans cette enveloppe séminale aux
deux téguments et MM. TSCHIRCH et ŒSTERLÉ ont déjà attiré l’attention
sur ce point.
[Illustration : FIG. 23. — =Coupe transversale d’une jeune graine de=
_C. nitida_, passant au-dessus du point d’insertion des cotylédons ;
_pm_, poche à mucilage ; _fll_, faisceaux libéro-ligneux ; _cot_,
cotylédon ; _E_, embryon ; _H_, hile.]
L’examen de nombreuses préparations faites sur des graines à des âges
différents nous permet de corroborer l’opinion de ces observateurs au
sujet de la disparition rapide par résorption directe du tégument
interne.
Toutefois, nous croyons pouvoir affirmer que ce tégument interne est
représenté dans les jeunes fruits par des fragments de tissu imprégné
d’une matière colorante brune, visible à l’œil nu quand on sépare avec
soin l’enveloppe externe charnue, de la membrane translucide incolore
qui recouvre immédiatement les cotylédons (10, Fig. 24).
La coupe ci-contre (Fig. 22), montre en effet que le tégument externe se
termine par une assise épidermique qui, par endroits, se sclérifie et
donne même jusqu’à 3 épaisseurs de cellules scléreuses. Dans les espaces
situés entre ces plages sclérifiées, les cellules de ce tégument sont
intimement soudées à celles du tissu sous-jacent et il reste une lame de
tissu parenchymateux qu’on ne saurait rapporter à autre chose qu’au
tégument interne.
Très rapidement, ce dernier se résorbe, sauf en certains endroits,
correspondant généralement aux plages scléreuses, où les cellules qui le
composent épaississent quelque peu leurs parois, s’imprègnent de matière
colorante brune : c’est ainsi que se constituent ces écailles
roussâtres, dont nous avons parlé. Ce sont ces cellules qu’a également
figurées TSCHIRCH (5, Fig. 35 et 37, Pl. 80 _b_). L’épiderme du
parenchyme nucellaire (_nuc_, Fig. 22), est indiqué seulement par la
disposition régulière de ses éléments et les granulations nombreuses
qu’ils renferment ; il se termine à son tour par une zone de cellules
écrasées, puis par quelques autres de forme encore bien déterminées,
qu’il faut sans doute rapporter à l’albumen[89].
Chez les graines âgées, l’enveloppe séminale externe, blanchâtre,
parenchymateuse, s’épaissit sans changer de caractère et se sépare
facilement de la tunique interne toujours très mince qui enveloppe
intimement l’embryon, auquel elle n’est cependant pas soudée. Cette
tunique représente les restes des tissus nutritifs, nucelle et albumen.
La partie comestible, connue sous le nom de noix ou semence de Kola dans
le commerce, est donc uniquement constituée par un très petit embryon
pourvu de deux ou plus de deux cotylédons relativement énormes.
Même dans le Kola à deux cotylédons seulement, ceux-ci présentent une
fente basale souvent très accentuée.
C’est pourquoi, si l’on fait une coupe transversale dans un plan
perpendiculaire à l’embryon, dans la région de la radicule, on trouve
alors, dans le _C. nitida_, 4 fragments cotylédonaires séparés (Fig.
23).
L’examen d’une germination montre que les feuilles cotylédonaires
d’abord sessiles, ne tardent pas à développer leur pétiole (13, Fig. 24)
et la fente basale se prolonge précisément jusqu’au point d’insertion de
ce dernier. La feuille cotylédonaire présente ainsi l’aspect d’une
feuille cordée ou plutôt hastée.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 24. — =Fleur, fruits et graine de Kola= ; les numéros 2, 3, 5, 6,
7, 8, 10, 11, 12 d’après TSCHIRCH, les autres d’après des dessins
originaux ; _1_, coupe longitudinale de la fleur mâle ; _2_, et _3_,
fleur femelle ; _4_, coupe schématique transversale dans la partie-
supérieure de la colonne staminale d’une fleur mâle ; _5_, ovule ; _6,
7_, embryon privé de ses cotylédons ; _8_, un cotylédon avec son
embryon ; _9_, follicule ouvert montrant les graines coupées, l’embryon
de l’une d’entre elles a été enlevé ; _10_, jeune graine : la membrane
papyracée interne du tégument a été enlevée pour montrer les écailles
brunes restes du tégument interne appliqués au tégument externe épais ;
_11_, graine privée de ses téguments ; _12_, id. en germination ; _13_,
jeune plantule de _Cola nitida_ ; _14_, _C. acuminata_ ; _15_, poils
glanduleux de l’épiderme embryonnaire.]
Le long des fentes, le tissu extérieur du cotylédon se subérifie et ce
fait a été étudié particulièrement par HARTWICH[90]. Les cellules
parenchymenteuses de cet organe sont gorgées de substances de réserve et
surtout d’amidon. L’épiderme de l’embryon est garni de poils étoilés et
porte aussi d’assez nombreux poils sécréteurs unisériés, analogues à
ceux que MITSCHERLICH a signalés le premier sur l’embryon du Cacao (15,
Fig. 24).
Chez le _Cola Ballayi_, ainsi que chez _C. acuminata_ et _C.
verticillata_, les cotylédons sont nombreux, ou mieux fragmentés et
chaque fragment, de forme très irrégulière, est pourvu de son pétiole.
Dans ce cas, la disposition hastée est disparue ; il n’y a plus de fente
basale, mais le pétiole s’insère toujours vers le 1/3 de la longueur du
fragment cotylédonaire (14, fig. 24).
Dans le Kola à 2 cotylédons, nous avons pu observer plusieurs fois la
formation de 3 feuilles cotylédonnaires.
Il ne serait pas téméraire de voir, dans cette disposition à la
fragmentation chez le cotylédon, une disposition spéciale tendant à
donner un verticille, et il faudrait alors admettre que la disposition
verticillée des feuilles chez les Kolatiers est un caractère ancestral.
* * * * *
[Note 77 : CHODAT et CHUIT. — _Loc. cit._]
[Note 78 : HECKEL. — Les Kolas africains, _loc. cit._]
[Note 79 : ZOHLENHOFER. — Die Kolanuss, _Arch. d. Pharm._, 1884, 3e s.,
XXII, p. 344.]
[Note 80 : HARTWICH. — Einige Bernerkunger über die Kolanüsse. _Zeitsch.
d. allg. œst. Apot. Verein_, 1906, XLIV, pp. 119-131.]
[Note 81 : TSCHIRCH et ŒSTERLÉ. — _Anat. Atlas d. Pharmacognosie_.
Leipsig, 1900, 2e partie, p. 347, Pl. 80 a et 80 b.]
[Note 82 : SOLEREDER. — _Syst. Anat. d. Dicotyledonen_. Stuttgart, 1899,
p. 173.]
[Note 83 : J. DOUSSOT. — Contribution à l’étude de l’appareil gommifère
des Sterculiacées. _Thèse Doct. Un. Pharmacie_, Paris, 1902.]
[Note 84 : Voir Chapitre X, _Biologie des Kolatiers_.]
[Note 85 : Em. PERROT. — Sur le tissu conducteur surnuméraire. _J. de
Bot._, XI, 1897, pp. 374-390.]
[Note 86 : Loc. cit., pp. 347-351. Pl. 80 a et 80 b.]
[Note 87 : ZOHLENHOFER. — _Arch. de Pharm._, 1884, 3e série, XXII, p.
314.]
[Note 88 : PLANCHON et COLLIN. — _Hist. nat. des Drogues simples_,
Paris, 1896, p. 717.]
[Note 89 : Les phénomènes de résorption et de transformation qui
s’opèrent dans le tégument séminal sont très rapides et nous nous
réservons de fixer définitivement leur marche quand nous serons en
possession de très jeunes fruits frais.]
[Note 90 : Loc. cit., p. 120.]
CHAPITRE VII.
* * * * *
=Révision des anciennes espèces de la section _Eucola_ d’après les types
conservés dans les Herbiers.=
* * * * *
En exposant, au Chapitre III, l’histoire de la découverte des plus
anciennes espèces de Cola et en présentant un résumé ou une traduction
des descriptions botaniques consacrées à ces espèces par leurs auteurs,
il est apparu qu’il n’était pas toujours possible à l’aide de ces seuls
documents de dire quelles plantes avaient eu en vue les premiers
descripteurs. Il nous a donc semblé indispensable d’examiner en détail
non seulement les descriptions originales publiées, mais aussi chaque
fois que cela était possible les spécimens-types à l’aide desquels ces
descriptions furent élaborées. Nous avons été ainsi amenés à étudier les
matériaux relatifs aux _Cola_ de la section _Eucola_ conservés dans les
principaux herbiers d’Europe.
Au Muséum de Paris, l’Herbier général, l’Herbier de LAMARCK, l’Herbier
de JUSSIEU, l’Herbier du Gabon formé par PIERRE, nous ont fourni de
précieux documents. Dans les serres même du Muséum, nous avons trouvé
les jeunes plantes encore vivantes pour lesquelles Maxime CORNU a créé
l’appellation _Cola Ballayi_. A l’Herbier des Jardins royaux de Kew,
nous avons passé en revue les échantillons étudiés autrefois par MASTERS
pour la _Flora of tropical Africa_ et les annotations inédites récentes
de M. le Dr STAPF, annotations qui nous ont été très aimablement
communiquées. Ce dernier botaniste a bien voulu aussi nous envoyer des
renseignements sur les _Cola_ de PALISOT DE BEAUVOIS et de Georg DON
conservés au British Museum.
M. le professeur A. ENGLER, directeur du Muséum botanique de Dahlem-
Steglitz (Berlin), a eu aussi l’obligeance de nous envoyer en
communication les types des espèces récemment créées par les botanistes
de cet établissement, ce qui nous a permis de voir qu’elles étaient
synonymes d’espèces déjà connues.
Que M. J. BRIQUET, directeur de l’Herbier de Genève et son assistant M.
HOCHREUTINER veuillent bien agréer nos remerciements pour l’empressement
qu’ils ont mis à nous confier les précieux types de VENTENAT et de
PALISOT DE BEAUVOIS conservés dans l’Herbier DELESSERT, propriété de la
ville de Genève.
Enfin nous devons aussi une particulière gratitude à M. le Professeur E.
WARMING, de Copenhague, qui nous a communiqué, par l’intermédiaire de M.
GUIGNARD, de Paris, le type du _Sterculia verticillata_ de SCHUMACHER,
conservé à l’Herbier de l’Université de Copenhague.
Presque toujours les matériaux qui ont servi aux descriptions originales
sont extrêmement incomplets et parfois en mauvais état. En outre, les
organes les plus importants pour distinguer les espèces du genre _Cola_,
c’est-à-dire les fruits développés et les graines, font presque
constamment défaut dans les collections. Mais la très grande quantité de
matériaux en bon état que nous avons recueillis dans les diverses
régions de l’Afrique tropicale, nous ont permis très souvent de
différencier les diverses espèces de Kolatiers par le seul examen des
feuilles. C’est pourquoi nous avons pu, néanmoins, faire
l’identification précise de la plupart des types anciens.
Il nous a semblé utile de publier à la fin de cet ouvrage un atlas
photographique des types les plus intéressants, afin de permettre au
lecteur d’examiner lui-même les documents sur lesquels ont porté nos
études.
=TYPES DES ESPÈCES DE VENTENAT.=
1o =Sterculia nitida= Vent. — L’auteur signale que cette espèce est
cultivée à l’île Maurice ; de beaux spécimens lui ont été envoyés par
MICHAUX. Ce collecteur, connu surtout par son exploration des forêts de
l’Amérique du Nord, visita en effet l’île Maurice. Il faisait partie de
l’Expédition Baudin envoyée à la Nouvelle-Hollande en 1901. MICHAUX
séjourna 6 mois à Maurice et mourut à Madagascar fin 1901[91].
a) _La plante de Michaux_ manque dans les Herbiers de Paris, mais il
existe dans l’Herbier VENTENAT, à Genève, un échantillon très incomplet
(Planche I), portant l’étiquette suivante de l’écriture de VENTENAT :
_Les feuilles sont 2 fois plus
longues dans l’herb. de Mr.
De La Mark_
laurifolia
_à emprunter pour figurer
sous le no 572_
Isle de France. Michaux. HERBIER DE VENTENAT.
Il n’est pas douteux que c’est là le type du _Sterculia nitida_ Vent. ;
la provenance et le nom du collecteur correspondent à ceux mentionnés
dans le _Jardin de la Malmaison_.
D’après le nom porté sur l’étiquette, il semble que VENTENAT ait voulu
nommer la plante _Sterculia laurifolia_. Dans sa publication, il a
changé le nom spécifique en « _nitida_ », et c’est ce nom publié qui
doit être maintenu.
Bien que l’échantillon en mauvais état soit une extrémité de rameau
stérile réduite à 5 feuilles, l’inférieure portant une gemmule à son
aisselle, il est possible de reconnaître, d’après la forme, la nervation
et la consistance des feuilles, que ce rameau appartient à l’espèce
produisant les noix comestibles à 2 cotylédons, nommée plus tard _Cola
vera_ par K. SCHUMANN.
C’est d’ailleurs cette espèce qui est cultivée aujourd’hui encore dans
les îles de l’Océan Indien, notamment à Java (TSCHIRCH).
b) _L’échantillon de l’herbier de Lamarck_, à feuilles deux fois plus
longues, auquel il est fait allusion sur l’étiquette précédente, est
probablement celui dont nous publions la photographie (Planche II).
Il est étiqueté comme provenant des Indes Orientales, mais on sait qu’on
désignait sous ce nom tous les pays tropicaux situés à l’est de
l’Afrique, par opposition à l’appelation « Indes Occidentales », qu’on
appliquait à l’Amérique tropicale et spécialement à l’archipel des
Antilles.
Sur une petite étiquette qui semble être de l’écriture de LAMARCK, on
lit :
_Arbor foliis alternis_
Indes orient. S.
Cette petite étiquette est fixée sur une autre beaucoup plus grande
portant les inscriptions suivantes en trois écritures différentes :
1o _Gynandria decandria-_
Helicteres ?
_Pentagyna, cal. nullus, corolla quinquefida,
nectar. nulla, fructus ?_
2o Sterculia.
3o _C’est le collier du Sénégal_,
le fruit est curieux, mais ne se mange pas ».
_Sterculia_ seul paraît avoir été écrit par LAMARCK.
Ce spécimen de l’Herbier LAMARCK en parfait état pour l’étude est une
extrémité de rameau munie de 5 feuilles et portant à l’aisselle de la
feuille inférieure une grappe de fleurs toutes mâles. Il paraît en effet
bien identique à celui de l’Herbier VENTENAT et il cadre également avec
la description de cet auteur. Dans les deux cas, les feuilles sont bien
_lancéolées-oblongues_ acuminées ; les inférieures ont un pétiole qui
mesure de 5 à 6 cm. et les supérieures sont presque sessiles ; le limbe
atteint 13 cm. à 22 cm. de long sur 4 cm. à 8 cm. de largeur. La fleur
est de petite taille. Les lobes du calice sont étalés en étoile,
glabrescents en dedans, nettement tomenteux en dessous. L’androcée est
une petite cupule (urcéole) subsessile.
En somme, cet échantillon est tout à fait identique à notre no 17.740
(Pl. XII), récolté dans la forêt de la Côte d’Ivoire, à fleurs aussi
toutes mâles et appartenant indubitablement au groupe des bons Kolas à 2
cotylédons.
Conformément aux règles de la nomenclature, l’appellation _Cola nitida_
(Vent.) A. Chev. devra donc être substituée à l’appellation _Cola vera_
K. Schum.
c) _L’Herbier général du Muséum_ renferme un troisième échantillon (Pl.
III), non étiqueté _Sterculia nitida_, mais tellement semblable à celui
de l’Herbier de LAMARCK, qu’il est probable que les deux échantillons
ont été recueillis sur le même arbre et le même jour.
Le spécimen dont il s’agit est accompagné d’une étiquette très
instructive qui nous renseigne sur la provenance et sur un caractère
biologique important. Elle est ainsi libellée :
Bois de Sagaye _vulgo
Indigènes_ de l’Ile de
France. Mâle et femelle
sur des pieds séparés
STERCULIA.
Les quatre premières lignes semblent être de l’écriture de COMMERSON.
_Sterculia_ est probablement de la main de LAURENT DE JUSSIEU.
Enfin l’étiquette du Muséum porte en impression :
_Ile de France_
COMMERSON.
Sur laquelle H. BAILLON a ajouté :
Cola acuminata R. Br.
_Ngourou_ senegalensum.
Le rameau présente à son extrémité 5 feuilles très rapprochées, mais
alternes, portant à leurs aisselles des cymes courtes et denses de
fleurs mâles. Les feuilles sont brièvement pétiolées, le pétiole
mesurant de 10 à 25 mm. au plus. Le limbe de texture assez coriace est
lancéolé-oblong, acuminé et mesure de 11 à 15 c. de longueur sur 3 c. 5
à 5 c. 5 de largeur ; la base est assez fortement cunéiforme et l’acumen
relativement court. La face supérieure de la feuille est un peu luisante
et l’inférieure d’un brun-mat finement réticulée montre 7 à 9 paires de
nervures secondaires. Inflorescences roussâtres, à rachis très
tomenteux. Calice rotacé de 15 à 17 mm. de diamètre à l’état sec, à 5
lobes oblongs-triangulaires, de 6 à 7 mm. de long, très tomenteux et
roussâtres au dehors, beaucoup moins au dedans, principalement dans leur
extrémité supérieure.
Androcée ayant la forme d’une petite cupule fortement concave à l’état
sec.
2o =Sterculia grandiflora= Vent. — Le « Jardin de la Malmaison » indique
cette espèce _a_) à l’Isle de France, d’après l’Herb. de JUSSIEU, _b_)
dans les Indes orientales, d’après l’Herb. de LAMARCK.
a) _Echantillon de l’Herbier de Jussieu_ (Pl. IV). — Le spécimen auquel
VENTENAT fait allusion existe en effet dans l’Herbier LAURENT DE
JUSSIEU ; une petite étiquette écrite probablement par VENTENAT porte
seulement le mot « _grandiflora_ ». Une seconde écrite de la main de
LAURENT DE JUSSIEU est ainsi libellée :
Sterculia grandiflora V.
_Ile de France. — Herb. de Commerson. — Sans étiquette_
« _grandiflora_ » à la suite de _Sterculia_ a été ajouté plus tard avec
une autre encre, sans aucun doute après l’étude de VENTENAT.
L’échantillon qui accompagne cette étiquette est un rameau vigoureux,
muni de 5 feuilles rapprochées, en partie détachées et portant près de
son extrémité une inflorescence dont les fleurs fort grandes sont en
partie mangées par les insectes.
Ainsi que l’indique la description, les feuilles sont bien ovales
acuminées. Le pétiole mesure, de 3cm à 5cm de long ; le limbe est très
coriace, fortement réticulé, arrondi ou à peine cunéiforme à la base,
longuement acuminé au sommet, présentant 7 ou 8 paires de nervures
secondaires. Inflorescence à rachis très robuste, ramifié en panicule
pauciflore, presque glabre dans la partie inférieure, parsemé dans la
partie supérieure de poils étoilés roussâtres. Fleurs toutes
hermaphrodites de 2 à 3cm. environ de diamètre, calice divisé en 5 lobes
pourvus de poils roussâtres étoilés sur les deux faces, mais à poils
plus clairsemés sur la face interne. Ovaire gros, subsphérique, formé de
5 carpelles pubescents portant chacune un petit sillon médian
roussâtre ; stigmates assez longs, aigus, bien détachés de l’ovaire vers
leur extrémité.
b) _Echantillons de l’Herbier de Lamarck_ (Pl. V). — Outre le _Cola_
rattaché au _C. nitida_, dont nous avons parlé plus haut, il existe dans
l’Herbier LAMARCK un autre échantillon accompagné de deux petites
étiquettes. L’une porte l’inscription :
_Sterculia grandiflora_.
J. de Malmaison.
l’autre :
_Sterculia_ ?
Cette dernière inscription est l’écriture de LAMARCK lui-même.
L’échantillon est aussi une extrémité de rameau portant 7 feuilles et à
2 cm. 5 de l’extrémité une cyme axillaire peu rameuse, formée de
quelques grandes fleurs hermaphrodites, la plupart détachées et
renfermées dans un sachet. Ces fleurs présentent les mêmes caractères
que celles du spécimen de l’Herbier de JUSSIEU.
Les feuilles par contre sont moins ovales et plus nettement oblongues,
bien cunéiformes à la base ; le limbe mesure 20 cm. à 25 cm. de long sur
6 cm. 5 à 7 cm. 5 de large. Malgré ces légères différences, ce rameau
qui provient aussi probablement des récoltes de COMMERSON, s’identifie
avec l’échantillon _a_) mentionné ci-dessus.
L’examen attentif que nous avons fait de ces deux spécimens nous a
convaincu que non seulement ils devaient être rapportés au même type
spécifique mais encore ils rentrent dans le même groupe que les
spécimens décrits par VENTENAT sous le nom de _Sterculia nitida_. La
nervation et la consistance des feuilles sont très semblables, quant aux
différences dans la forme et la dimension des feuilles, dans la
dimension des fleurs, on observe parfois ces différences groupées sur un
même arbre. La Planche XI (no 19.849 de notre herbier) représente un
échantillon de cette même espèce que nous avons recueilli dans la forêt
de la Côte d’Ivoire et qui porte à la partie inférieure deux racèmes de
grandes fleurs hermaphrodites semblables à celle de _Sterculia
grandiflora_ et plus haut, sur le même rameau, deux groupes de fleurs
mâles beaucoup plus petites et ayant tous les caractères, ainsi que les
feuilles du _Sterculia nitida_.
Cette planche montre d’une manière irréfutable que les deux espèces n’en
forment qu’une et comme l’appellation de _Sterculia nitida_ précède
l’autre, c’est celle que nous conserverons en nous conformant aux règles
de la nomenclature.
C’est pour cette raison que nous avons adopté le nom de _Cola nitida_
(Vent.) A. Chev. pour désigner l’espèce produisant les noix à deux
cotylédons.
=Type du Sterculia acuminata= P. Beauv.
L’explorateur de la flore de Benin récolta en 1789, plusieurs
échantillons de son _Sterculia acuminata_ qui se trouvent aujourd’hui
dans l’Herbier de Genève et au British Museum. Les caractères que
présentent ces échantillons authentiques ne concordent pas complètement
avec ceux qui sont attribuées à l’espèce dans la flore du royaume
d’Ovare et de Bénin, ainsi que nous l’avons montré dans un Chapitre
précédent.
[Illustration : FIG. 25. — =Sterculia acuminata=, Pal. Beauv. Type de
l’Herbier du British Museum. Androcées des fleurs mâles et poils étoilés
(Croquis communiqué par M. le Dr STAPF).]
Nous reproduisons (fig. 25) le croquis que nous a aimablement communiqué
M. STAPF, croquis représentant les principaux organes du _Sterculia
acuminata_ type du British Museum. Nous avons examiné nous-même les
fleurs du spécimen du Muséum de Genève, contenu dans l’Herbier DELESSERT
(Planche VI), fixé sur une feuille de papier portant la mention :
Herbier Palisot de Beauvois.
C’est ce dernier échantillon que l’on doit considérer comme le type le
plus authentique. Du reste, il paraît bien identique à celui de Londres
que nous connaissons d’après les dessins de STAPF.
Ce type de Genève porte l’étiquette suivante :
_Sterculia nitida_.
_Oware en Afrique,
Envoyé par M. de Beauvois, 1789, no XIV... 5.
sans nom._
Au milieu est épinglé un fragment de papier avec l’inscription :
« nitida »
qui parait avoir été écrit par VENTENAT. Sur l’étiquette même,
_Sterculia_ et _nitida_ sont d’écritures différentes, de sorte que le
nom spécifique n’a été ajouté qu’après la détermination de VENTENAT.
Il ne faut pas s’étonner si VENTENAT ou un autre botaniste de son époque
a cru reconnaître, dans la plante du Bénin, l’espèce de l’Ile Maurice
qui venait d’être décrite. Les matériaux diffèrent par des caractères
très difficiles à discerner, mais il est cependant possible, avec
quelque attention, de différencier le rameau avec fleurs mâles de
l’Herbier LAMARCK rapporté à _Sterculia nitida_ par VENTENAT et les
échantillons recueillis par PALISOT DE BEAUVOIS.
Dans l’Herbier DELESSERT l’échantillon que nous avons photographié
(Planche VI), se compose d’une branche portant deux rameaux repliés et
munis chacun de six feuilles environ. Celles-ci sont peu coriaces, assez
régulièrement écartées et non groupées en rosette terminale ; pétiole
grèle, dressé, long de 1 cm. à 6 cm. Limbe oblong-lancéolé, long de 11
cm. à 18 cm. sur 3 cm. à 6 cm. de large, cunéiforme à la base, terminé
au sommet par un acumen assez long et grèle ; 7 à 8 paires de nervures
secondaires ; nervilles formant des réticules peu apparentes ; surface
supérieure très luisante. Inflorescences courtes, pauciflores, à fleurs
de petite dimension ; les fleurs mâles et les fleurs hermaphrodites
entremêlées. Calice urcéolé-campanuliforme profondément divisé en 5 ou 6
lobes, parsemés de poils étoilés en dedans et en dehors, avec une marge
blanchâtre épaissie. Fleurs mâles à androcée brièvement stipité, le bord
supérieur des loges des anthères faisant un peu saillie au-dessus du
disque un peu pubescent.
En rapprochant la plante que nous venons de décrire de notre no 19.715
(Planche XIV), recueilli à la Côte d’Ivoire où elle est cultivée par les
Kroumen (Bas-Cavally), on verra l’analogie frappante qui existe entre
les deux exsiccata et le no 19.715 appartient indubitablement au _Cola_
produisant des noix à plus de deux cotylédons.
En résumé, le Kolatier découvert par PALISOT DE BEAUVOIS au Bénin est
une espèce bien distincte du Kolatier cultivé à l’Ile Maurice au XVIIIe
siècle. Le premier est le véritable _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.)
Schott et Endl.[92].
Le second devra être nommé désormais, comme nous l’avons déjà dit, _Cola
nitida_ (Vent.) A. Chev. = _Cola vera_ K. Schum.
=Type du Sterculia verticillata= Thonning in Schumacher.
Nous avons pu examiner deux spécimens récoltés par THONNING à la Gold-
Coast, dans le district d’Aquapim. Tous les deux sont certainement
authentiques, mais stériles et réduits à un ou deux verticilles de
feuilles. La description que SCHUMACHER a donnée de cette plante est
suivie de la mention T, indiquant que la description a été faite sur
place par THONNING, or l’on sait que l’herbier de ce voyageur fut
détruit par un incendie lors du bombardement de Christianburg. Il ne
reste donc que les spécimens incomplets adressés probablement à VAHL et
à SCHUMACHER.
Le premier se trouve dans l’herbier des JUSSIEU, au Muséum, et porte
l’étiquette suivante :
Sterculia
verticillata
Nonne Sterculia acuminata
Beauv. Fl. ow. tab. 24
Misit d. Vahl, 1804
e Guinea
Le second (Planche VII), qu’on peut considérer comme le type, se trouve
à Copenhague et provient de l’herbier SCHUMACHER.
Bien qu’ils soient dépourvus de fleurs, ces spécimens se distinguent de
tous les _Cola_ connus aujourd’hui encore par la disposition des
feuilles verticillées par 4. Dans chacun des deux herbiers, on ne trouve
qu’un court rameau réduit à deux verticilles de feuilles, en partie
détachées dans l’herbier des JUSSIEU, mais dont on retrouve les
insertions.
Par suite de la disposition verticillée des feuilles, l’extrémité des
rameaux est subquadrangulaire avec des sillons (à l’état sec) entre
chaque angle sur le dernier entre-nœud. Le bourgeon terminal porte
quelques poils blanchâtres et présente de petites stipules.
Les pétioles longs de 2 cm. à 6 cm. sont grêles et étalés. Le limbe est
mince, lancéolé ou lancéolé-oblong, long de 12 cm. à 20 cm. sur 4 cm. 5
de large, cunéiforme à la base, terminé au sommet par un acumen court
(de 5 à 7 mm. de long), mais très étroit ; texture papyracée-coriace ;
nervures secondaires 6 ou 8 paires régulièrement courbées en arceaux ;
surface supérieure d’un vert mat, l’inférieure brune (à l’état sec),
fortement réticulée.
Par les caractères que nous venons d’énoncer, la plante en question
s’identifie complètement avec un _Cola_ à feuilles verticillées,
recueilli en fleurs et en fruit dans ces dernières années par JOHNSON,
aux environs d’Aburi et nommé dans l’Herbier de Kew _Cola Johnsoni_
Stapf Mss.
Nous avons retrouvé récemment la même plante à l’état spontané, au
Dahomey, où elle est connue sous le nom de _Kola abidan_ ou _Kola
d’eau_.
Cette espèce sera désignée désormais sous le nom de _Cola verticillata_
(Thonn. in Schum.) Stapf.
=Type du Cola macrocarpa= G. Don.
Ce type existerait au British Museum, mais nous ne l’avons pas observé.
D’après STAPF, il provient de San Thomé. Nous connaissons dans cette île
que nous avons parcourue _Cola acuminata_ et _Cola sphærocarpa_ A. Chev.
Or, il ne peut s’agir de cette dernière puisque DON attribue à son
espèce des graines également connues en Guinée sous le nom de Kola et
jouissant des mêmes qualités que le Kola ordinaire.
Il est donc très probable que la plante de ce botaniste doit être
rapportée à _Cola acuminata_. Il la distingue surtout parce qu’elle a 4
à 6 graines, alors que PALISOT DE BEAUVOIS avait, par erreur, attribué à
son espèce des follicules monospermes.
M. RENDLE, directeur du Département botanique au British Museum, nous
écrit que « l’herbier du British renferme divers spécimens de _Cola_
provenant de G. DON et qu’il est difficile de dire quel est celui qui
doit être regardé comme type de son espèce. »
=Type du Syphoniopsis monoica= Karst.
Nous ne connaissons pas le type et nous ignorons s’il se trouve dans
quelque herbier européen. C’est BAILLON qui le premier a rattaché le
_Syphoniopsis_ au _Cola acuminata_. K. SCHUMANN a maintenu ce
rattachement en spécifiant que le _Syphoniopsis monoica_ était identique
à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS à plus de deux cotylédons. Cette
assertion devra être contrôlée, car nous savons au contraire que c’est
ordinairement le _Cola nitida_ à deux cotylédons qui est cultivé dans
l’Amérique tropicale et aux Antilles.
=Types des Cola du Flora of Tropical Africa.=
Ces types existent dans l’Herbier de KEW, où nous les avons examinés.
Aucun ne nous intéresse, tout le groupe _Eucola_ étant fondu en une
seule espèce _Cola acuminata_ R. Brown.
=Type du Cola Ballayi= M. Cornu, in Heckel.
Principal collaborateur de SAVORGNAN DE BRAZZA au Congo depuis 1875, le
Docteur BALLAY fit parvenir vers 1885 au service des Cultures du Muséum,
un lot de noix de Kola, qui furent ensemencées dans les serres de cet
établissement. Le Professeur MAXIME CORNU constata de profondes
différences dans la forme des noix, le mode de germination et la
disposition des feuilles sur les jeunes sujets, entre les plantes venant
des graines de Kolatiers recueillis au Gabon par BALLAY et celles
provenant des graines à deux cotylédons reçues de la côte de Guinée,
considérées alors comme provenant du _Cola acuminata_ alors que ces noix
à deux cotylédons étaient en réalité fournies par le _Cola nitida_.
MAXIME CORNU étiqueta ce nouveau Kolatier des serres du Muséum _Cola
Ballayi_, mais il n’en publia pas la description et le nom serait resté
inédit si le Professeur HECKEL n’avait décrit et figuré la plante de
CORNU[93].
Malheureusement HECKEL a confondu deux espèces et la description qu’il
donne de _Cola Ballayi_ se rapporte à la fois au _Cola Ballayi_ Cornu in
Hort. Mus. et au _Cola acuminata_ P. Beauv. (non Heckel). C’est bien au
_Cola Ballayi_ qu’appartiennent les figures 8 et 9 de la monographie de
HECKEL et la première partie de la description, « Feuilles verticillées
à l’état jeune »[94] et aussi la planche II.
Presque tout le reste de la description se rapporte presque certainement
au _Cola acuminata_ (P. B.) Schott et Endl. (non Heckel) et il ne faut
pas s’en étonner puisque cette espèce donnant aussi des noix à quatre
cotylédons est beaucoup plus commune au Gabon que le véritable _Cola
Ballayi_, ce dernier étant surtout répandu dans la région de l’Oubangui.
On sait d’autre part que HECKEL considérait les noix à deux cotylédons
comme fournies par le _Cola acuminata_ et les noix à plus de deux
cotylédons comme fournies exclusivement par le _Cola Ballayi_.
C’est ce qui explique sans doute pourquoi K. SCHUMANN dans sa
monographie a décrit une plante du Gabon sous le nom de _Cola acuminata_
var. _Ballayi_, qui n’est certainement pas le véritable _Cola Ballayi_
Maxime Cornu et qui n’est probablement qu’une forme insignifiante du
_Cola acuminata_.
Nous avons eu la bonne fortune de retrouver dans les serres du Muséum
quelques exemplaires du vrai _Cola Ballayi_, mis en cultures il y a plus
de 15 ans par le Professeur CORNU. Ce sont des arbustes de 2 à 3 mètres
de haut ; l’un d’eux s’est ramifié. Nous reproduisons (Pl. VIII) la
photographie de l’un de ses rameaux ; il est étiqueté encore _Cola
Ballayi_ ; d’autre part, le véritable _Cola acuminata_ à 3 ou 4
cotylédons ne paraît pas exister dans ces serres. On peut donc
considérer l’exemplaire photographié comme étant le type même de CORNU.
C’est du reste certainement la même plante qui est représentée dans
l’ouvrage d’HECKEL (Fig. 8) et qui est très reconnaissable par ses faux
verticilles de feuilles. Nous avons recueilli exactement la même espèce
en fleurs et en fruits dans l’Oubangui, en 1902, et c’est encore elle
que E. DE WILDEMAN a décrite et figurée en 1907 sous le nom nouveau de
_Cola subverticillata_ De Wild., chose très compréhensible, puisque,
sans l’examen du type vivant de l’espèce créée par CORNU, il était
impossible de la reconnaître dans les descriptions de HECKEL et de K.
SCHUMANN.
=Types des espèces décrites par K. Schumann, O. Warburg et W. Busse.=
La systématique des espèces produisant les noix de Kola était donc très
confuse quand K. SCHUMANN entreprit la monographie du groupe.
Il ne réussit pas à y mettre de l’ordre et O. WARBURG ne fut pas plus
heureux.
En décembre 1902, ce dernier publia une étude sur les noix de Kola du
Togo[95], mais ses recherches basées sur des documents incomplets, loin
de faire la lumière, ne font qu’augmenter la confusion. Il propose la
création d’une appellation nouvelle, _Cola sublobata_ Warb., pour
désigner l’arbre produisant le Kola des Achantis qu’il croit différent
du _Cola vera_ K. Schum., mais la description botanique qu’il donne
s’applique pour les graines au _Cola vera_ et pour les branches
florifères probablement au _Cola acuminata_. Toutefois, d’après BUSSE,
ces rameaux appartiennent à une forme que cet auteur distingue sous le
nom de _Cola vera_ K. Sch. var. _sublobata_ (Warb.) Busse.
Sous le nom nouveau _Cola astrophora_, WARBURG a décrit une seconde
espèce qui n’est elle aussi que le _Cola acuminata_ avec les fleurs
mâles à androcée bien épanoui. Il lui attribue aussi deux cotylédons
(Pl. IX).
WARBURG, ainsi que K. SCHUMANN l’avait tenté avant lui, essaie de
distinguer tous les _Autocola_ (sensu stricto), d’après la disposition
et la forme de l’androcée des fleurs mâles ; suivant ces auteurs :
Dans _Cola acuminata_, l’androcée est une sorte de cupule subsessile.
Dans _Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum., c’est une plaque
divisée en dessus en 5 lobes bifides, subtomenteux.
Dans _Cola sublobata_ Warb., l’androcée est légèrement lobé et le stipe
est à peine ébauché.
Dans _Cola astrophora_ Warb., l’androcée est constitué par une sorte de
plaque longuement et finement stipitée, de sorte que « les anthères
relativement petites sont disposées par paires sur les lobes de
l’androcée, au nombre de 10 environ et de telle façon qu’elles ne
peuvent être aperçues du dessus ; tout l’organe est finement velu ».
Enfin le _Cola vera_ K. Schum. posséderait un androcée constitué par une
masse capitée non divisée et subsessile.
L’examen de très nombreux matériaux vivants appartenant aux espèces :
_Cola nitida_, _Cola Ballayi_ et _Cola acuminata_, étudiés sur place et
avec des fleurs à tous les états d’avancement, nous a montré que les
caractères énumérés n’avaient aucune valeur spécifique. Dans les jeunes
fleurs, alors que les loges des anthères sont encore loin de l’époque de
leur déhiscence, l’androcée forme une masse arrondie sessile, les loges
supérieures sont recourbées sur le disque jusqu’à se toucher, de sorte
que l’androcée est alors subglobuleux et sessile ; plus tard, il
s’épanouit et prend une forme cupuliforme. Enfin, à un âge avancé,
lorsque les loges ont effectué leur déhiscence, le connectif s’étale en
disque plan ou légèrement concave et plus ou moins profondément divisé
par 10 fentes dont 5 plus profondes. La pubescence de l’androcée et
l’allongement du stipe qui le porte quand la fleur est bien épanouie,
sont des caractères qui varient d’une fleur à l’autre, parfois sur le
même arbre, et nous avons observé ces variations sur toutes les espèces
examinées.
SCHUMANN a invoqué d’autres caractères pour distinguer les deux espèces
productives de noix de Kola.
Il attribue au _Cola vera_ un calice à 5 lobes, subpulvérulent-tomenteux
à l’extérieur, glabre en dedans sauf à la base du tube. Le _Cola
acuminata_ aurait un calice à 5 ou 6 lobes et serait subtomenteux à
l’intérieur et à l’extérieur.
Le nombre des lobes est généralement de 5 dans toutes les espèces que
nous avons examinées, mais il peut être accidentellement aussi de 4 ou
de 6 et parfois même de 7 ou de 8.
Quant à la pubescence, elle varie aussi et il n’y a point de différence
notable d’une espèce à l’autre.
K. SCHUMANN croyait aussi pouvoir distinguer _Cola vera_ de _Cola
acuminata_ par la forme et la disposition des stigmates dans les fleurs
femelles. Dans la première espèce, les stigmates seraient courts, obtus
et apprimés « stigmatibus latis, appressis obtusis » ; dans _Cola
acuminata_, ils seraient acuminés et recourbés, et distants de l’ovaire,
« stigmatibus acuminatis, recurvatis ». Et les figures accompagnant le
mémoire de K. SCHUMANN exagèrent encore la description. Elles montrent
en effet, chez _C. vera_ (Fig. 25 de l’ouvrage de SCHUMANN), des
stigmates dilatés à l’extrémité et apprimés sur l’ovaire, comme s’ils
lui étaient soudés dans toute leur longueur. La figure relative à _C.
acuminata_ (Fig. 26 de SCHUMANN), montre au contraire des stigmates
courbés en crochet, effilés, très aigus et bien écartés de l’ovaire. Ces
dessins sont tous les deux certainement inexacts et l’étude de très
abondants matériaux dans les herbiers et à l’état vivant ne nous a
montré aucune différence notable dans la disposition du gynécée de ces
deux espèces.
Enfin le même auteur pensait que, dans _Cola vera_, il existait toujours
6 ovules par loge, tandis que _Cola acuminata_ en posséderait 10 à 12.
Ce caractère différentiel lui-même ne résiste pas à l’examen de nombreux
matériaux et, ainsi que nous le verrons, le nombre des ovules — et des
graines — se rencontrant dans les deux espèces est sensiblement le même
et très variable suivant la robustesse des carpelles et des follicules.
En définitive, le seul caractère valable, mis en relief par le savant
botaniste berlinois, est l’existence constante de deux cotylédons dans
les graines du _C. vera_ et de 4 à 6 cotylédons dans les graines de son
autre espèce. Mais cette différenciation avait déjà été faite par
BARTER, CORNU et HECKEL.
En 1904, W. BUSSE tente aussi l’étude des _Cola_ de la section _Eucola_
vivant au Togo. Il décrit le _Cola Supfiana_ Busse, qu’il considère
comme une nouvelle espèce à plus de 2 cotylédons.
Nous avons pu examiner la plupart des types des espèces dont il vient
d’être question. En 1901, le regretté professeur K. SCHUMANN, nous
montra les matériaux existant alors dans l’Herbier de Berlin et qu’il
venait d’étudier. Il nous encouragea à poursuivre, au cours du voyage
que nous allions entreprendre à travers l’Afrique, de nouvelles
recherches sur les arbres producteurs de noix de Kola. Il estimait, en
effet, que la systématique de ce groupe était encore très confuse.
Comme type de son _Cola vera_, il cite en première ligne le spécimen
récolté par AFZELIUS à Sierra-Leone et un autre spécimen récolté par
GÜRICH, à l’île Tumbo, en face Bulbiné. Cette île n’est autre chose que
la ville actuelle de Conakry, visitée par nous et elle ne renferme à
notre connaissance que des _Cola nitida_ s.-sp. _C. mixta_ A. Chev.
C’est donc cette forme qu’il faudrait considérer comme étant plus
particulièrement le type du _C. vera_ K. Schum. En second lieu, le même
auteur cite le spécimen de CUMMINS provenant de l’Achanti. Il est
probable qu’il appartient à la race _Cola nitida_ s.-sp., _C. rubra_ A.
Chev.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 26. — =Cola Supfiana= Busse. Type de l’Herbier de Berlin.]
K. SCHUMANN considère naturellement comme type du _Cola acuminata_, le
spécimen de PALISOT DE BEAUVOIS qu’il n’a pas vu et qu’il indique à tort
comme existant dans l’Herbier du Muséum de Paris.
A cette espèce il rattache les 5 variétés suivantes :
α. _kamerunensis_ K. Schum., β. _Ballayi_ K. Schum., γ. _grandiflora_ K.
Schum., δ. _latifolia_ K. Schum., ε. _trichandra_ K. Schum.
Nous avons déjà dit ce que nous pensions des variétés _Ballayi_ et
_trichandra_.
La variété _grandiflora_ ne nous parait pas pouvoir être distinguée même
comme simple variété, d’après ce que nous savons sur les variations dans
la forme des feuilles et dans la dimension des fleurs parfois sur un
même rameau. La variété _kamerunensis_ semble pouvoir s’identifier avec
le _Cola Ballayi_ Cornu.
Quant au _Cola acuminata_ var. _latifolia_ K. Schum., récolté par MANN à
Fernando-Pô et dont nous avons vu un bon spécimen à l’herbier de Kew, il
nous paraît mieux caractérisé et nous y reviendrons dans un prochain
chapitre.
K. SCHUMANN n’eut pas connaissance de l’existence du _Cola acuminata_ au
Togo, du moins il ne l’y mentionne pas dans sa monographie. Dans un
rapport du comte ZECH[96], le _Cola vera_ est signalé au Togo en 1901 ;
le _Cola acuminata_, au contraire, qui semble être l’espèce dominante
cultivée dans cette colonie, n’y est pas indiqué.
L’année suivante, WARBURG décrit le _Cola sublobata_ et le _Cola
astrophora_, provenant aussi du Togo et dont nous avons déjà parlé. Dans
les matériaux incomplets qui nous ont été communiqués sous ces noms par
l’Herbier de Berlin, nous avons cru reconnaître seulement le _Cola
acuminata_. Du reste, W. BUSSE identifie le _Cola astrospora_ Warb. au
_Cola acuminata_ var. _trichandra_ K. Schum. Pour le _Cola sublobata_,
il y a doute dans notre esprit, le spécimen que nous avons vu étant très
incomplet.
Le _Cola astrophora_, dont nous donnons la photographie (Pl. IX), est
bien lui-même identique au _Cola acuminata_.
Quant au _Cola Supfiana_ Busse[97], nous n’avons eu en main qu’un rameau
stérile que nous reproduisons (fig. 26). D’après l’aspect et la
nervation des feuilles, il ne nous semble point douteux qu’il s’agit du
_Cola acuminata_ ordinaire. L’espèce de BUSSE aurait les rameaux
retombants et c’est le caractère le plus important invoqué par son
auteur pour la distinguer de celle de PALISOT DE BEAUVOIS. Or, le
véritable _Cola acuminata_ a souvent le port _pleureur_. BUSSE indique
en outre que sa plante donne des Kolas mucilagineux connus sous le nom
de _Wasser Kola_. Ce dernier caractère ferait penser qu’il s’agit de
_Cola verticillata_, nommé _Cola d’eau_ ou _Cola mucilagineux_ au
Dahomey et qui existe probablement aussi au Togo. Toutefois l’exemplaire
d’herbier de BUSSE ne correspond certainement pas à cette dernière
espèce.
Nous n’avons pas eu en main le type du _Cola subverticillata_ De Wild. ;
toutefois la description très précise de M. DE WILDEMAN ainsi que les
deux belles planches qui accompagnent son travail ne laissent aucun
doute sur son identité avec le _Cola Ballayi_ Cornu.
L’Herbier du Gabon, de PIERRE, renferme de nombreux matériaux relatifs
aux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Cette dernière est
étiquetée _Bichea sulcata_ Pierre Mss. Nous nous en occuperons dans un
des prochains chapitres.
* * * * *
[Note 91 : LASÈGUE. — Mus. Bot. Delessert, p. 302.]
[Note 92 : Il est certain qu’en créant le binôme _Cola acuminata_ SCHOTT
et ENDLICHER avaient en vue la plante de PALISOT DE BEAUVOIS. (Voir :
_Kew Bulletin_, 1906, p. 90, une observation de STAPF à ce sujet).]
[Note 93 : _Cola Ballayi_ Cornu in Heckel. nom. emend. Les Kolas
africains. _Annales l’Institut botanico-géologique colonial de
Marseille_, vol. I (1893), p. 104 et fig. 8.]
[Note 94 : Chez les véritables _Cola acuminata_, comme chez les _Cola
nitida_, les jeunes plants de même que les adultes ont les feuilles
éparses ou groupées par paquets de 4 à 6 feuilles assez rapprochées,
mais elles n’ont jamais une apparence verticillée.]
[Note 95 : _Tropenpflanzer_, 1902, p. 626-631. — Voir aussi la même
étude traduite en français : _Rev. Cult. Col._, XII, 1903, 1er sem., p.
141-145.]
[Note 96 : Wissenchaftliche Beihefte zum Deutsch-Kolonialblatt Mittheil.
v. Forschungsreis. u. _Gelehrten an den Deutsch. Schutzgeb._ Bd XIV, h.
I, p. 8-14. Traduit en franç. _Rev. cult. col._ VIII. 1901, 1er sem., p.
366.]
[Note 97 : W. BUSSE. — Beiträge zur Kola (chap. VIII Bericht. über die
Pflanzen pathol. Expedition nach Kamerun und Togo 1904-1905) _Beihefte
z. Tropenpflanzer_ 1906, p. 22-228 et p. 60-66 du tirage à part.]
CHAPITRE VIII.
* * * * *
=Etude systématique des espèces de la section Eucola.=
* * * * *
Tous les _Cola_ de la section _Eucola_ actuellement connus peuvent se
classer de la manière suivante :
=A.= Graines toujours à deux cotylédons
1 =C. nitida= A. Chev
Arbre produisant exclusivement des noix rouges
1 a. sub-sp. _C. rubra_ A. Chev.
Arbre produisant exclusivement des noix blanches
1. b. sub-sp. _C. alba_ A. Chev.
Arbre produisant à la fois des noix rouges et des noix blanches et
parfois aussi des noix roses
1 c. sub-sp. _C. mixta_ A. Chev.
Arbre produisant de petites noix rose-pâle ou des noix blanches et
des petites noix rose-pâle en mélange
1 d. sub-sp. _C. pallida_ A. Chev.
=B.= Graines toujours à plus de deux cotylédons.
○ Follicules oblongs ou oblongs-allongés avec une crête dorsale
bien marquée,
+ Feuilles alternes
2 =C. acuminata= Schott et Endl.
+ Feuilles verticillées par 3 ou par 4, rarement opposées
3 =C. verticillata= Stapf.
+ Feuilles subverticillées par groupes de 5 à 15
4 =C. Ballayi= M. Cornu.
○ Follicules subglobuleux, de la grosseur du poing
5 =C. sphærocarpa= A. Chev.
Les quatre premières espèces sont aujourd’hui complètement connues.
Pour la cinquième, nous ne possédons encore que des documents incomplets
et il n’est pas certain qu’elle doive être maintenue dans la section
_Eucola_, lorsque ses feuilles et ses fleurs seront étudiées.
1. _Cola nitida_ A. CHEV. (comb. nov.).
_Sterculia nitida_ Vent. ! Jard. Malmaison (1804) tab. 91, adnot.
_Sterculia grandiflora_ Vent. ! _loc. cit._, t. 91, adnot.
_Sterculia acuminata_ mult. auct. (non Pal. Beauv.).
_Cola acuminata_ mult. auct. (Masters ! Baillon, etc.), _pro parte_.
_Cola acuminata_ Heckel ! (non Schott et Endl.,). Ann. mus. Marseille, I
(1893), p. 22 et suiv. et fig. 2.
_Cola vera_ K. Schum. ! _Notizbl. bot. Gart. Berl._, III (1900), p. 10,
Monograph. afric. Pflanz. V. Sterculiacæ (1901), p. 124.
_Cola sublobata_ et _C. astrophora_ Warb. _pro parte_, _Tropenpfl._,
1902 (pour la description des noix seulement).
Arbre de moyenne grandeur, ayant de 6 mètres à 15 mètres de haut et
parfois de 20 à 25 mètres au milieu de la forêt, à tronc de 25 cm. à 50
cm. de diam. et de 3 mètres à 12 mètres de long, souvent bifurquée à mi-
hauteur. Branches étalées ou ascendantes.
Jeunes rameaux verts, glabres.
Feuilles grandes, glabres, assez longuement pétiolées, toujours
alternes, rarement subopposées, à insertions souvent rapprochées à
l’extrémité et formant des rosettes terminales, mais non de faux-
verticilles comme dans _C. Ballayi_.
Limbe coriace-parcheminé, d’un vert mat en-dessus, rarement luisant,
oblong, cunéiforme à la base, rarement arrondi, acuminé et obtusiuscule
au sommet (acumen plus ou moins long et ordinairement droit), long de 18
cm. à 28 cm., sur 6 cm. 5 à 10 cm. 5 de large. Nervure médiane très
saillante sur les deux faces ; nervures secondaires de 5 à 8 paires,
très ascendantes. Inflorescences en petites grappes, longues de 2 cm. à
5 cm. pédoncules compris, insérées à l’aisselle des feuilles ou des
cicatrices foliaires. Rachis pulvérulent-blanchâtre par la présence de
poils étoilés.
Les grappes sont composées exclusivement de fleurs mâles ou comprennent
des fleurs mâles et des fleurs hermaphrodites ; parfois les deux sortes
d’inflorescences existent sur un même rameau ; dans ce cas, un rameau
produit des grappes mâles avant de produire des grappes hermaphrodites.
Pédicelles longs de 6 mm. à 12 mm., blancs-tomenteux. Boutons floraux
tomenteux-blanchâtres, subglobuleux. Calice de 15 mm. à 30 mm. de diam.
(et jusqu’à 40 mm. pour quelques fleurs hermaphrodites), à tube urcéolé
ou subcampanulé de 3 à 5 mm. de long, donnant insertion à 5 lobes (très
exceptionnellement 4 ou 6) ovales lancéolés, d’abord soudés par le haut,
ensuite étalés, parsemés de poils blancs-étoilés en dedans, couverts en
dehors de poils analogues, plus nombreux et formant un revêtement
laineux. Toute la fleur est d’un blanc-jaunâtre à l’exception de 15
nervures d’un pourpre noirâtre, très saillantes, s’étendant du fond du
tube jusqu’au milieu des lobes (3 nervures pourpres par lobe) ; seule
une race peu répandue, a les fleurs entièrement d’un blanc-crême sans
stries pourpres.
Fleurs mâles : androcée porté sur un stipe grêle de 0 mm. 5 à 1 mm. 5,
terminé en cupule, d’abord subglobuleux, plus tard étalée en disque un
peu concave avec 10 dents plus ou moins profondes où s’insèrent au
centre 5 stigmates rudimentaires.
Fleurs hermaphrodites : anthères petites sur deux rangs de 10 loges
superposées et souvent divergentes, insérées tout au fond du calice,
autour de la base de l’ovaire ; celui-ci est subsphérique, à 5 (ou
parfois 6) carpelles ovoïdes, blancs ou roux, tomenteux, terminés par
autant de styles linéaires, subulés ou obtusiuscules, réfléchis et
descendant presque au niveau des étamines mais sans être soudés aux
ovaires. Ovules 6 à 12 par carpelle, disposés sur deux rangs.
Jeunes fruits comprenant 4 ou 5 carpelles (rarement 6), ovoïdes, étalés
en étoile, parfois un peu pendants ou au contraire ascendants, verts ou
blanchâtres, glabres de bonne heure.
Fruits adultes formés de 1 à 5 carpelles oblongs, ou ellipsoïdes,
parfois asymétriques, renflés sur les côtés, longs de 8 cm. à 12 cm. sur
4 cm. à 8 cm. de large, d’un vert clair ou lavés de blanc à la base,
parfois d’un roux-ferrugineux, très brièvement stipités à la base,
terminés au sommet en bec court obtus ou émarginé. Surface supérieure
avec crête étroite et très saillante, surface inférieure avec un sillon
ventral plus ou moins profond ; péricarpe épais de 6 à 10 mm., à paroi
externe lisse ou bombée, parfois scoriacée et couverte de grosses
verrues très rapprochées les unes des autres ; paroi interne lisse et
blanche. Graines, 3 à 10 par carpelle (très rarement une ou deux),
ovoïdes ou subglobuleuses, plus ou moins anguleuses par compression,
munies d’un tégument blanc, spongieux, épais de 3 mm. à 5 mm.
Amandes de couleur et de taille très variables suivant les races, mais
toujours à deux cotylédons, pouvant peser à l’état frais, de 3 grammes à
100 grammes, prenant en quelques minutes, dès qu’elles sont brisées, une
couleur jaune safran. Saveur agréable, d’abord un peu amère, puis sucrée
après salivation.
Cette espèce fournit les noix les plus appréciées.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Incontestablement spontané dans la forêt
vierge de la Côte d’Ivoire et du Libéria entre le 5e et le 7e
parallèles. Les diverses races énumérées ci-après (sauf la quatrième)
sont en outre cultivées en grand, non seulement au Libéria et à la Côte
d’Ivoire, mais aussi dans la Guinée française (jusqu’à 1200 mètres
d’altitude), à Sierra-Leone, dans le Gold-Coast, dans quelques villages
de la Nigéria anglaise et au Togo allemand.
Depuis quelques années, l’espèce est en outre introduite dans les
plantations européennes au Togo, au Dahomey, à Lagos, au Cameroun et au
Gabon.
=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 1 (hors texte),
5, 10, 11, 27, 28 (hors texte), 31 et 32 (hors texte).
Planches : I, II, III, IV, V, X, XI, XII, XIII, XV, XVI (3 à 9).
OBSERVATIONS. — Comme toutes les plantes cultivées depuis une époque
très reculée, le _Cola nitida_ présente un très grand nombre de
variétés, l’organe sur lequel portent les variations étant surtout
l’amande. Ces variations sont d’autant plus nombreuses et désordonnées
que les indigènes ne savent pas multiplier les variétés pures les plus
intéressantes et ne pratiquent ni la sélection méthodique des semences,
ni le greffage.
Du reste, ils ne distinguent pas ces variétés et disent que les qualités
qu’ils attribuent aux noix de certains arbres sont dues de la nature du
sol, au climat, etc. Sur les marchés, les amandes sont classées sous les
appellations de _Kolas blancs, Kolas rouges, Kolas roses, Kolas verts,
petits Kolas_, etc. appellations qui ne servent nullement à désigner des
variétés d’arbres producteurs, mais exclusivement la denrée commerciale
vendue. Pour différencier ces variétés, il faudrait en faire sur place
une étude attentive, et encore il serait nécessaire de suivre les mêmes
exemplaires à toutes les étapes de leur développement. Cela n’était pas
possible au cours des voyages que nous avons effectués, mais toutes les
formes que nous avons observées peuvent néanmoins être reparties dans
les quatre sous-espèces décrites ci-après (le mot sous-espèce ayant ici
plutôt le sens de _race culturale_) :
s.-sp. 1 a. =Cola rubra= A. CHEV. (s.-sp. nov.)
_Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis omnibus
purpureis._
Fleurs de taille très variable, à calice constamment strié de pourpre-
noirâtre. Urcéole staminal des fleurs mâles lavé de pourpre. Follicules
ordinairement gros, renflés, dépourvus de tubercules à leur surface,
lisses ou grossièrement bosselés. Amandes, toutes d’un rouge sombre à
maturité, prenant avant complet développement une teinte d’un rouge
cerise ou carmin. Chair rosée non mucilagineuse. Amandes fraîches ayant
un poids variant de 7 grammes à 100 grammes, pesant d’une manière
courante 10 grammes à 25 grammes.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : quelques exemplaires çà
et là dans les plantations du Kissi et des pays Tômas et Manons (région
de Lola).
Côte d’Ivoire : assez répandu dans le nord-ouest de la forêt (Pays
Diola, Pays Bété). Çà et là dans l’intérieur de la forêt : Pays Los ou
Gouros, Pays Abé !
Gold Coast : Pays Achanti où cette race existerait à l’exclusion de
toutes les autres.
NOMS VERNAC. — _Kola rouge_, _noix de Gondja_, _Kola de l’Achanti_
(Colons), _Gonja_ (dans la Nigéria, d’après BARTER).
s.-sp. 1 b. =Cola alba= A. CHEV. (s.-sp. nov).
_Floribus integiter luteo-albidis, sine lineolis purpureis, nucleis
omnibus albidis._
_Cola alba_ A. Chev. _C. R. Acad. Sc._, 7 mars 1910.
_Cola macrocarpa_ Barth ; BINGER, du Niger au Golfe de Guinée, I, p. 312
(non G. Don), pour les noix de l’Anno.
Fleurs de taille moyenne (18 mm. de diam. environ dans les fleurs mâles)
à _calice entièrement d’un blanc-jaunâtre_ sans stries rouges à la base
sur la face interne ; lobes formant un bouton subglobuleux avant
l’anthèse, couverts de poils blancs étoilés en dedans et en dehors.
Fleurs mâles : androcée complètement blanc, porté par un stipe très
court ou presque nul, connectif commun terminé par un disque,
correspondant aux 10 loges supérieures des anthères. Au centre du
disque, le gynécée avorté fait saillie sous forme de 5 petits mamelons
accolés et blanchâtres. Fleurs hermaphrodites inconnues.
Fruits mûrs composés de follicules vert-pâle à maturité, ovoïdes-
ellipsoïdes, brièvement stipités à la base, terminés au sommet par un
bec court et obtus, portant en-dessus un crête dorsale peu saillante et
en-dessous un sillon ventral très peu accusé ; la surface du péricarpe
est légèrement bosselée, mais non profondément scoriacée-tuberculeuse.
Graines 3 à 9 par follicule, assez grosses, avec un tégument peu épais,
noix grosses (pesant 25 à 30 grammes en moyenne), toutes d’un blanc de
neige lorsqu’elles viennent d’être dépouillées du tégument, prenant
longtemps après une teinte blanc sale ou blanc-jaune pâle. _Chair
blanche_ non mucilagineuse, prenant une teinte jaune-safran sitôt brisée
et exposée à l’air.
Saveur un peu moins âpre que dans la race précédente et dans la race
suivante.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Guinée française : Bangadou dans le Kissi !
et dans quelques autres villages de la même région. Cette race est rare
et on en rencontre seulement quelques individus dans un petit nombre de
points.
D’après des renseignements indigènes, elle existerait aussi dans le Samo
et dans le Pays Toma au sud de Diorodougou.
[Illustration : FIG. 27. — =Fleurs de Cola nitida= A. Chev. — A et A¹,
sous-espèce _C. alba_ A. Chev. A, fleur épanouie ; A¹, fleur en bouton ;
B, sous-espèce _C. mixta_ fleur épanouie ; B¹ et B², androcée d’une
fleur mâle vu au dessus et de profil ; B³, le même en coupe
longitudinale.]
Côte d’Ivoire : Daloa dans le Pays Bété (d’après le lieutenant RIPERT).
=Figure relative à cette sous-espèce= : Fig. 27, A et A¹.
OBSERVATION. — Le _Kola blanc_ du pays des Ngans à la Côte d’Ivoire
connu des dioulas soudanais sous le nom de _Kola blanc de l’Anno_, et
sur lequel BINGER a le premier attiré l’attention, est produit par un
arbre que nous avons étudié sur place et qui se différencie assez
sérieusement de la race que nous venons de décrire. Les fleurs ne sont
pas complètement blanches, mais le périanthe est strié de pourpre comme
dans les autres races. Les follicules mûrs ont la forme de ceux du _Cola
alba_ du Kissi et ils renferment aussi de 3 à 9 graines de grosse
taille. Les noix sont extérieurement d’un blanc-jaunâtre, plus ou moins
lavées d’un vert pâle surtout sur les bords des cotylédons et sur les
faces cotylédonaires en contact. Cette teinte verte domine même sur
toute la surface quand les noix ont été cueillies avant maturité. Les
noix non encore mûres contenues dans le fruit sont entièrement _vertes_
à leur surface, mais blanches à l’intérieur. Certaines amandes mûres
sont, à l’état frais, d’un jaune-verdâtre, légèrement lavées de rose.
Dans tous les cas, la chair est blanche et très ferme ; brisée, elle
prend aussitôt une teinte jaune-safran dans la partie déchirée.
L’embryon est constitué par 2 cotylédons légèrement fendus du côté de la
radicule. On rencontre accidentellement des noix à 3 ou même à 4
cotylédons mais à peine dans la proportion de 1 pour 1.000. A l’encontre
du Kola blanc du Kissi (qui est le plus estimé de tous les Kolas) la
noix blanche de l’Anno n’est pas prisée par tous les dioulas et certains
affirment qu’elle ne se conserve jamais plus de 2 à 3 mois. Il ne faut
pas confondre ces noix blanches avec les petites noix roses de l’Anno,
vendues souvent en mélange et dont il sera question à propos du _Cola
pallida_[98].
s.-sp. 1 c. =Cola mixta= A. CHEV. (s.-sp. nov.)
_Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis albidis et
purpureis intermixtis in singulos folliculis._
Mêmes fleurs que _C. rubra_. Follicules ovoïdes, oblongs, tantôt lisses
ou un peu bosselés, tantôt assez fortement tuberculeux à la surface.
Noix rouges et noix blanches (et parfois des noix rosées) sur le même
arbre, ordinairement en mélange dans les mêmes follicules, parfois
portées sur des follicules différents.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Cette race est de beaucoup la plus répandue
dans les cultures de l’Afrique occidentale (à l’exception de la Gold-
Coast où domine _C. rubra_). D’après le rapport officiel publié dans
l’_Agriculture pratique des Pays chauds_, 1907, 1er sem., elle existe, à
l’exclusion de toutes les autres, dans la région littorale de la Guinée
française. C’est aussi la seule que nous ayons observée dans les cercles
de Faranna ! de Kouroussa ! et Kankan ! Enfin elle domine dans le
Kissi ! le pays Tôma ! et dans le Nord-Ouest de la forêt de la Côte
d’Ivoire ! Dans le centre et le nord de la forêt, surtout loin des
villages, c’est _C. pallida_ qui prend sa place, mais _C. mixta_ s’y
rencontre néanmoins.
OBSERVATION I. — Dans le _Cola mixta_, les noix rouges sont en général
dans la proportion de 2/3 ou 3/4 ; les noix blanches ou roses ne formant
que le tiers ou le quart. Ces proportions se rapprochent de celles qui
sont admises pour le retour aux caractères des parents dans les
descendants d’hybrides (_loi de Mendel_). Aussi avons nous récemment
émis l’hypothèse que le _Cola mixta_ était un hybride de _C. rubra_ et
_C. alba_. Cependant il convient d’observer que suivant la loi de
MENDEL, dès la 2e génération, une partie des arbres devraient donner
exclusivement des noix rouges et une partie des autres exclusivement des
noix blanches. Or, il n’en est pas ainsi puisque presque partout c’est
_C. mixta_ qui prédomine. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre
relatif à la biologie.
Les noix rouges et les noix blanches sont disposées sans ordre dans les
follicules. Dans une cabosse comprenant 9 graines, nous avons trouvé,
par exemple, en allant du pédoncule vers l’extrémité : 1re paire, noix
rouge à gauche, noix rouge à droite ; 2e paire, noix rouge à gauche,
noix blanche à droite ; 3e paire, noix rouge à gauche et noix blanche à
droite ; 4e paire, noix blanche à gauche, noix rouge à droite ; 5e une
noix rouge à gauche, rien à droite. Soit 3 noix blanches et 6 noix
rouges.
OBSERVATION II. — La forme des feuilles varie beaucoup d’un arbre à
l’autre. En Guinée française, outre le type (Fig. 2), nous avons
distingué deux variations assez différenciées, mais nous ignorons si
elles sont héréditaires. L’une, _forma angustifolia_ A. Chev. (Fig. 28
hors texte), observée dans le Haut-Niger (cercle de Kouroussa) a les
feuilles étroites, presque oblongues-linéaires ; l’autre, recueillie à
Conakry : _forma latifolia_ A. Chev., a au contraire les feuilles larges
nettement obovales.
Aucun autre caractère ne nous parait distinguer ces formes.
s.-sp. 1 d. =Cola pallida= A. CHEV. (s.-sp. nov.).
_Floribus albo-tomentosis, cum lineolis purpureis ; nucleis minoribus
roseo-pallidis, vel roseis et albidis intermixtis._
Race fréquemment dioïque ou plutôt comprenant des individus ne portant
que des fleurs mâles et d’autres individus portant à la fois des fleurs
mâles et des fleurs hermaphrodites, soit sur les mêmes inflorescences
soit sur des racèmes séparés.
Calice ordinairement de petite taille dans les fleurs mâles. Stipe de
l’androcée court, disque staminal en soucoupe avec 10 crénelures un peu
inégales.
Follicules jeunes presque toujours entièrement couverts d’une
pulvérulence blanchâtre disparaissant rapidement ou persistant presque
jusqu’à maturité. Follicules adultes d’un vert jaunâtre, de 8 cm. à 10
cm. de long sur 5 cm. à 7 cm. de large, ovoïdes ou oblongs, terminés par
un appendice en bec d’oiseau. Les follicules sont ordinairement
ascendants et constituent dans leur ensemble un groupe concave en-
dessus. Suture dorsale formant une crête faisant saillie de 2 mm. à 5
mm., souvent sillonnée au milieu ; suture ventrale plus ou moins
profondément sillonnée au milieu, le sillon étant fréquemment bordé de
deux bourrelets peu proéminents et plus ou moins ondulés et mamelonnés.
En outre, les bords et la face inférieure présentent des tubercules
scoriacés très saillants, réunis les uns aux autres et donnent au
follicule un aspect très spécial. Graines, 1 à 12 par follicule et
parfois jusqu’à 20, d’après des renseignements d’indigènes (le plus
souvent 5 ou 7), à amandes ordinairement d’un rose pâle, parfois rouges
comme dans _Cola rubra_, mais constamment plus petites et dans ce cas
ayant une teinte d’un rose-vif avant maturité ; la chair est également
d’un rose-vif ou d’un rouge-foncé ; enfin on trouve parfois en mélange
de petites noix blanches ou plutôt d’un jaune-verdâtre à l’état frais.
Les noix prennent une teinte jaune-safran dès qu’elles sont brisées ;
elles pèsent le plus souvent de 3 à 12 grammes. Leur saveur est
agréable, mais elles sont pourtant peu estimées par les soudanais.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
128 _bis_.
FIG. 28. — =Cola mixta= A. Chev.
_1_, _forma latifolia_ A. Chev. avec de jeunes fruits ; _2_, _forma
angustifolia_ A. Chev. en fleurs. _3_, Fleur femelle du précédent
grossie.]
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Côte d’Ivoire : Assez commun dans la forêt,
spécialement dans le moyen Sassandra et le moyen Cavally, dans le Pays
Abé, le Morénou et dans la région d’Akouakoumékrou sur le moyen Comoë.
NOM VERNAC. — _Oua na_ (Abé) m. à m. _Kola du sanglier_ (ou du
potamochère), à cause de la couleur des noix.
=Figures et Planches relatives à cette sous-espèce= : Fig. 31 dessins 3
et 4, Planche XII.
2. _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.) Schott et Endl.
_Sterculia acuminata_ Pal. Beauv. ! Fl. Oware et Bénin, I (1804), 41,
Pl. XXIV.
_Sterculia acuminata_ mult. auct. _pro parte_, BAILLON ! _Adansonia_, X,
p. 69, Hist., Pl. IV, MASTERS !
_Sterculia macrocarpa_ G. Don, Syst. I (1831), p. 515-516.
_Cola acuminata_ Schott et Endlicher, Meletemata bot. (1832), p. 33.
_Cola acuminata_ R. Brown., _pro parte_, in BENNETT, Pl. Jav. rar., p.
237[99].
K. Schum. ! (inclus. var. _Ballayi_, _grandiflora_, _trichandra_), in
ENGLER, Monograph. Afrik. Pflanz. Sterculiacæ, p. 125.
_Cola Ballayi_ Heckel, _pro parte_, _l. c._, p. 33, 101 et 104 et Pl.
III.
_Bichea sulcata_ Pierre, Mss. in Herb. Mus. Paris.
_Cola sublobata_ ! et _Cola astrophora_ Warb., _pro parte_ !
_Tropenpflanz._
_Cola Supfiana_ W. BUSSE ! Beiheste _Tropenpflanz._, 1906, no 4 et 5, p.
63 et fig. 5.
_C. thomensis_ A. Chev. in ALMADA NEGREIROS. Colonies portugaises,
études documentaires, Paris, 1906, p. 207.
Arbre de 6 m. à 12 m. de haut, atteignant très exceptionnellement 15 m.
à 20 m., à tronc de 15 cm. à 40 cm. de diamètre, souvent fourchu à 1 m.
ou 2 m. au-dessus du sol ; rameaux étalés irrégulièrement de sorte que
le port n’est pas uniforme ; parfois les branches sont en partie
retombantes. L’aspect rappelle _C. nitida_, mais le feuillage est
beaucoup plus clairsemé ; jeunes rameaux verts ou parfois glauques,
glabres, à entrenœuds courts. Feuilles alternes (ou rarement quelques-
unes subopposées), à limbe subcoriace, oblong, ou parfois oblong-
linéaire ou elliptique, mesurant 7 cm. à 22 cm. de long et 3 cm. à 10
cm. de large ; base tantôt arrondie, tantôt cunéiforme, parfois très
aiguë ; extrémité plus ou moins longuement acuminée (à acumen étroit,
obtusiuscule, long de 8 à 15 mm., presque toujours déjeté d’un côté) ;
surface supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure vert-pâle ou
vert-jaunâtre, également un peu luisante. Nervure médiane saillante des
deux côtés ; nervures latérales I, 6 à 10 paires moyennement ou très
ascendantes, peu en relief, souvent entremêlées avec des nervures
latérales II, _non régulièrement arquées_, mais souvent en zig-zag à
leur extrémité ; réticules assez larges, peu apparents. Inflorescences
débutant par des gemmules globuleuses, enveloppées à l’extérieur par de
nombreuses bractées ovales-concaves, très imbriquées, promptement
caduques ; gemmules disposées à l’aisselle de feuilles inférieures ou
des cicatrices foliaires ou insérées sans ordre le long des entre-nœuds.
Inflorescences épanouies formant de petits racèmes très rameux dès la
base, longs de 4 cm. à 7 cm., à rachis couverts de petits poils blancs
très apprimés. Pédicelles de 4 mm. à 10 mm.
Fleurs ordinairement assez petites, d’un _blanc-jaunâtre, légèrement
verdâtre_, à calice rotacé ou subcampanulé, de 12 à 15 mm. de diamètre
quand il est épanoui, mais pouvant atteindre une taille beaucoup plus
grande, surtout pour les fleurs hermaphrodites, divisé en _5 ou 6 lobes_
profonds, lancéolés, à bords relevés et très amincis vers le dessus,
longs de 5 à 7 mm. portant 3 stries d’un pourpre-noirâtre à la base ;
surface externe couverte de fins poils étoilés, l’interne glabrescente
ou avec quelques poils blancs entremêlés avec des poils étoilés.
Fleurs ♂ à calice rotacé ; stipe staminal adulte long de 1 mm. à 2 mm.,
finement pubescent. Androcée d’abord urcéolé, les dix loges supérieures
groupées 2 à 2 et incurvées en-dessus de manière à limiter une cupule de
2 mm. de diamètre ; après leur déhiscence, les loges supérieures
s’étalent en un disque légèrement concave formé de cinq branches bifides
un peu relevées et limitant un connectif commun orbicuforme, pubérulent,
au centre duquel se trouvent les cinq pistils rudimentaires.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 29. — =Cola acuminata= Schott et Endl.
_1_ à _4_, androcée d’une fleur mâle ; _1_ et _2_, à l’état jeune ; _3_
et _4_ quand la fleur est épanouie ; _5_ et _6_, fleur femelle ; _7_,
disposition des ovules dans une loge carpellaire ; _8_, un carpelle
isolé ; _9_, carpelles ascendants commençant à se développer après la
fécondation d’une fleur ; _10_, un carpelle coupé transversalement ;
_11_, carpelles étalés normalement au pédoncule floral et commençant
aussi à se développer.]
Fleurs hermaphrodites à calice _plus ou moins campanulé_, pouvant
atteindre jusqu’à 25 mm. de diamètre, à 5 (parfois 4) carpelles
pubescents-blanchâtres, surmontés de stigmates recourbés, non adnés,
étroits, aigus, l’ensemble du gynécée formant une masse ovoïde-tronquée.
Etamines composées de 20 loges, à raison de 4 à la base de chaque
carpelle, superposées 2 à 2.
Jeunes fruits composés de 3 à 5 carpelles oblongs-linéaires,
ordinairement redressés et limitant une sorte d’urcéole ; parfois aussi
ils sont étalés dans un plan normal au pédoncule et ils forment ainsi
une étoile à 3 ou 5 branches, mais jamais ils ne sont décombants comme
dans certaines formes de _C. nitida_. Follicules jeunes (longs de 6 cm.
sur 1 cm. 8 de diamètre) étroitement oblongs, non stipités à la base,
plus ou moins atténués au sommet en bec obtus, comprimé, droit, occupant
environ le tiers de la longueur totale du follicule. Face supérieure
munie d’une crête supérieure peu saillante, un peu sillonnée ; face
ventrale avec un sillon évasé peu profond ; faces latérales sans
tubercules, plus ou moins lisses, couvertes jusqu’à un âge avancé d’une
pulvérulence roussâtre ou cendrée formée de petits poils étoilés.
Follicule adulte ovoïde-oblong, pouvant avoir 12 cm. à 20 cm. de long
sur 6 cm. à 8 cm. de large au milieu, étalé ou ascendant, stipité à la
base, terminé au sommet par un bec très allongé, subtriquêtre, pouvant
atteindre 2 cm. à 4 cm. à l’état adulte, d’un vert pâle souvent parsemé
de plaques roussâtres à maturité. Face supérieure et face inférieure
presque toujours profondément sillonnées (d’où le nom _Bichea sulcata_
Pierre Mss.). Faces latérales à peine bosselées, non verruqueuses,
scoriacées. Péricarpe épais de 3 à 5 mm., lisse et d’un blanc légèrement
jaunâtre à l’intérieur.
Graines 1 à 9 (le plus souvent 5 à 8) par follicule, insérées sur deux
rangs par un hile pouvant atteindre 5 cm. de large, les plus grosses
mesurant 5 cm. 5 de long sur 4 cm. de diamètre et pouvant peser de 40 à
60 grammes (tégument compris).
Tégument blanc-jaunâtre à l’extérieur, épais de 3 mm., spongieux.
Amandes ovoïdes, polyédriques par compression, pouvant atteindre 3 cm. à
4 cm. de diamètre et un poids de 5 grammes à 50 grammes, _roses ou d’un
blanc légèrement rosé_ (dans ce cas, la teinte rose est plus accusée à
l’extrémité des cotylédons à l’opposé du hile), les blanches plus ou
moins lavées de vert lorsque les graines sont cueillies depuis longtemps
ou en voie de germination, ayant toutes 4 à 5 cotylédons avec une fente
à leur base de 4 à 8 mm. _Chair rose ou d’un blanc très légèrement rosé_
dans les noix blanches, prenant une teinte violacée quand on les brise
puis tournant au brun ferrugineux. Noix à saveur agréable, mais un peu
mucilagineuses, beaucoup moins appréciées que les noix de _Cola nitida_.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Côte d’Ivoire : cultivé sur la côte de Krou
dans le Bas-Cavally, depuis la mer jusqu’à Taté et Grabo ! (L’espèce a
été introduite depuis quelques années seulement par les Kroumen, retour
de San-Thomé et de Fernando-Pô ; mais dans tout le Bas-Cavally le _Cola
nitida_ prédomine). — Togo (Comte Zech, W. Busse), — Bas-Dahomey :
quelques exemplaires plantés dans la plupart des villages depuis la côte
jusqu’au septième parallèle. — Nigéria anglaise : cultivé autour des
villages depuis Lagos jusqu’à Ibadan. Bénin (Palisot de Beauvois).
Commun depuis le delta du Niger jusqu’à la province de Nupé (Barter !),
Old-Calabar ! — Cameroun : A. C. à travers la forêt, parfois planté. —
Afrique équatoriale française : C. dans presque tout le Gabon :
Libreville ! Mayumbe ! Forme en certains endroits l’essence dominante de
la forêt. Fernando-Pô (Barter !) — Ile de San-Thomé, çà et là dans les
plantations depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude. Y
semble cultivé et naturalisé plutôt que spontané. — Angola
(Welwitsch !).
NOMS INDIGÈNES. — Kola à 4-5 lobes, Petit Kola du Dahomey, _Kola du
Gabon_ (colons), _Hobi_ (nago), _Guiti_ (dahoméen), _Kola mâle_
(indigènes du Dahomey), _Abata Kola_ (Lagos), _Fatak_ (Nigéria, d’après
BARTER), _Ombéné_ (mpongoué), _Abel_ (pahouin).
=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 13 (hors
texte), 25, 26, 29, 30 ; Planches VI, IX, XIV.
OBSERVATIONS. — La plus répandue de toutes les espèces de la section
_Eucola_, elle se rencontre à l’état spontané ou cultivé depuis le 7° de
latitude Nord (au Dahomey et au Togo) jusqu’au 4° de latitude Sud
(Angola). Dans ces régions, elle présente vraisemblablement les races
analogues à celles que nous avons décrites pour le _C. nitida_, mais
elles nous sont encore trop imparfaitement connues pour que nous
cherchions à les différencier ici. Au Dahomey, les arbres produisant
exclusivement des noix d’un rouge vineux sont les plus abondants, mais
on rencontre aussi des Kolatiers dont les follicules renferment des noix
rouges et des noix blanches ou d’un rose très pâle. Nous avons observé à
San-Thomé, à la roça de San-Miguel, un Kolatier, du groupe _C.
acuminata_, produisant exclusivement de grosses noix blanches à peine
rosées. Nous avons figuré deux follicules de cette race (Fig. 30).
D’après le P. KLAINE, il n’y a pas de Kolas blancs à Libreville, mais il
en existe à 15 heures au Nord-Ouest, ainsi que dans le Haut Ogoué (in
litt. ad L. PIERRE).
[Illustration : FIG. 30. — =Cola acuminata= Schott et Endl. Forme de
San-Thomé.
Follicules à deux états de développement vus par la face ventrale ;
celui de gauche est encore jeune, celui de droite est presque mûr.]
3. _Cola verticillata_ STAPF Mss. (comb. nov.).
_Sterculia verticillata_ Thonning in SCHUM. Beskr. Guin., II, 1827, p.
14.
_Cola Johnsoni_ Stapf Mss. in Herb. Kew. (olim).
_Cola anomala_ K. Schum. in ENGLER. Monograph. afrik. Pflanz. v.
Stercul. (1901), p. 134 et pl. XVI, fig. B.
Arbre atteignant une _grande taille_ (jusqu’à 25 m. de hauteur), à tronc
droit, régulier, de 4 m. à 8 m. de hauteur sans branches et de 30 cm. à
50 cm. de diam. ; branches formant une tête arrondie ; rameaux la
plupart pendants. Ramules dressées, vertes, glabres ou présentant de
très rares poils étoilés roussâtres ; entre-nœuds longs de 2 cm. à 12
cm. _Feuilles verticillées, par 3 ou plus souvent par 4_, parfois
opposées aux nœuds inférieurs, à limbe subcoriace, oblong ou oblancéolé,
parfois obovale elliptique, ordinairement très aigu à la base, terminé
au sommet par un acumen très étroit aigu ou rarement obtusiuscule, de 6
à 10 mm. de long, à bords légèrement incurvés en dessous, long de 12 à
25 c., large de 4 cm. 5 à 12 cm., glabre sur les deux faces, à surface
supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure d’un vert-jaunâtre, à
nervure médiane saillante des deux côtés ; nervures latérales I : 5 à 8
paires, saillantes sur les deux faces, _très ascendantes, à courbes
régulières_, en arceaux à l’extrémité, passant tout près des bords ;
nervures latérales II ordinairement absentes ; réticules des nervilles
étroits, très apparents en dessous. Pétioles étalés presque
horizontalement aux nœuds inférieurs, très grêles, longs de 2 cm. à 5
cm. 5, renflés aux deux extrémités formant un angle très obtus avec le
plan du limbe. Stipules linéaires très aiguës, de 5 mm. de long, formant
un bourgeon pointu à l’extrémité des rameaux.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
136 _bis_.
FIG. 31. — =Cola nitida= A. Chev.
_1_, Un follicule de la sous-espèce _C. mixta_ encore fixé à son
pédoncule. _2_, Autre follicule parvenu à maturité et à valves inégales.
_3_ et _4_, Un fruit jeune de _Cola pallida_, vu de profil et vu en-
dessus.]
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
137 _bis_.
FIG. 32. — =Cola nitida= A. Chev. s. sp. ; =C. mixta= A. Chev., forme
des Iles Scherbro (Sierra-Léone).
(Follicules presque mûrs communiqués par M. H. FILLOT).]
Grappes courtes (de 1 cm. à 3 cm. de long), insérées à l’aisselle des
feuilles, isolées ou groupées par deux ou trois, à rachis couvert d’un
tomentum fauve ; fleurs accompagnées jusqu’à un âge avancé de bractées
ovales, aiguës, très concaves ; calice de 12 mm. à 18 mm. de diamètre, à
5 divisions deltoïdes, aiguës, pubescentes des deux côtés. Fleurs mâles
à périanthe formant un bouton subglobuleux avant l’épanouissement ;
androcée subsessile portant deux rangs de 10 anthères, celles du rang
supérieur faisant un peu saillie au dessus du disque en formant 10
petits créneaux. Fleurs femelles à gynécée subglobuleux, pubescent,
formé le plus souvent de 5 carpelles ; jeunes carpelles longs de 11 cm.
sur 5 cm. de large au milieu, finement rugueux et _blanchâtres à la
surface_ par la présence d’un tomentum aranéeux.
Fruits adultes, portés sur des pédoncules de 3 cm. à 4 cm. de long sur
10 mm. de diamètre. Carpelles, 3 à 5, étalés normalement au pédoncule,
_obovoïdes_, ventrus sur les bords, _non tuberculeux-scoriacés à la
surface_, longs de 10 cm. à 14 cm. sur 6 cm. 5 à 8 cm. de large, à peine
stipités à la base, terminés au sommet par un bec comprimé obtus de 15
mm. de long. Chaque carpelle à maturité porte _sur la face supérieure un
sillon très évasé_ ; la face inférieure est aplatie ou légèrement
sillonnée au milieu. Graines 4 à 9 par carpelles, disposées sur deux
rangs, ovoïdes-comprimées, ordinairement plus grosses à l’état adulte
que les graines de _C. acuminata_, croissant dans les mêmes conditions ;
surface externe du tégument luisante, _blanche, marbrée de rose clair.
Amandes d’un rouge-vineux, comprenant 3 à 5 cotylédons_, dont un
cotylédon souvent beaucoup plus court que les autres (parfois atteignant
à peine la moitié de la hauteur de l’amande). Chair d’abord rouge-vif,
puis devenant violacée aussitôt qu’on la brise, enfin prenant à la
longue une teinte d’un brun-ocracé, présentant un liséré blanc sur le
bord externe des cotylédons.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Gold-Coast : dans l’Aquapim (THONNING !),
environs d’Aburi (JOHNSON, no 1051 !). Bas Dahomey : environs de la gare
de Sakété, dans un îlot de forêt vierge où quelques plantes ont été
observées par M. Noury qui nous les a montrées. Forêts de Brouadou et de
Saouro dans la même région ! Au dire des indigènes, la plante existerait
encore dans les forêts du Mono et des environs d’Allada. Cette espèce se
rencontrerait aussi dans la Nigéria du Sud, entre Lagos et la frontière
du Dahomey (renseignements d’indigènes). Au Dahomey, la plante croît à
l’état spontané le long des cours d’eau et dans les parties marécageuses
des forêts. Parfois on rencontre quelques exemplaires plantés par
mégarde au milieu des _Cola acuminata_ ; les indigènes les abattent
fréquemment.
Enfin nous pensons que c’est à cette espèce que se rapporte la plante
nommée par K. SCHUMANN _Cola anomala_, découverte par CONRAU au
Cameroun, station de Bangoué ; l’aire serait donc assez étendue.
NOMS VERNAC. — _Kola d’eau_ (colons). C’est probablement le _Wasser
Kola_ du Togo. _Abidan_ (nago). Ne pas confondre avec _Abidoum_ qui est
le nom de l’amande du _Carapa procera_ au Dahomey. _Holovi_ (dahoméen),
mot à mot _Kola mucilagineux_.
=Figures relatives à cette espèce= : Figures 3 (hors texte) et 4.
OBSERVATIONS. — L’amande fraîche et non complètement mûre a une saveur
qui rappelle la noix de _Cola nitida_ non mûre. Elle est un peu amère,
mais laisse une saveur agréable dans la bouche, de sorte qu’elle
contient sûrement de la _caféine_[100]. D’ailleurs quelques dahoméens
mangent la noix quand ils la rencontrent, mais elle est considérée comme
ayant très peu de valeur et ne se vend pas sur les marchés.
La jeune noix ne paraît pas plus mucilagineuse que les autres sortes de
Kolas.
L’arbre même, dépourvu de fleurs et de fruits, se différencie facilement
de _Cola acuminata_, avec lequel il croît souvent, par les feuilles
verticillées, les nervures secondaires plus ascendantes et mieux
marquées en dessous, à arceaux plus réguliers et plus rapprochés des
bords, les réticules plus fins et beaucoup plus apparents.
4. _Cola Ballayi_ CORNU.
_Cola Ballayi_ M. Cornu ! Mss. in Hort. Mus. Paris ; A. Tschirch et O.
Œsterlé, Anatomisch Atlas der pharmacog. (1900), p. 347.
_Cola Ballayi_ Heckel, _pro parte_, l. c., p. 101, fig. 8 et 9 !
_Cola acuminata_ var. _kamerunensis_ K. Schum., l. c., 1901 ! p. 127.
_Cola subverticillata_ De Wild., Etud. fl. Bas et Moy. Congo, II (1908),
p. 306 et Pl. XXXI et XXXII.
Arbre de 8 m. à 20 m. de haut, avec tronc de 3 m. à 5 m. sans
ramifications, à branches étalées, à rameaux terminaux ascendants,
légèrement pubescents à l’état jeune.
Feuilles _très grandes_, (atteignant de 20 cm. à 50 cm. de long),
_subverticillées, à faux verticilles composés de 6 à 15 feuilles et
souvent rapprochés par deux et alternant avec de longs entrenœuds
dénudés_.
Limbe trinervié à la base, très _coriace_, oblong ou oblancéolé,
cunéiforme à la base, brusquement acuminé au sommet (à acumen long de 10
à 15 mm., très étroit et aigu), mesurant habituellement 20 cm. à 30 cm.
de long sur 7 cm. 5 à 15 cm. de large. Nervure médiane saillante sur les
deux faces ; nervures latérales, 7 à 9 paires, assez régulières,
ascendantes et formant des arceaux passant près des bords. Réticules
très fins, visibles sur les deux faces. Pétioles robustes, très inégaux
comme longueur, les uns mesurant 1 cm. à 4 cm., les autres atteignant 10
cm. à 20 cm.
Inflorescences en grappes axillaires robustes, longues de 5 cm. à 12
cm., moyennement florifères, parsemés de poils étoilés roussâtres ;
pédicelles grêles pubescents, longs de 5 à 10 mm. Fleurs grandes, à
parfum nauséeux, à calice campanulé, de 3 cm. à 4 cm. de diamètre à
l’état frais, assez profondément divisé en 5 à 8 lobes, parsemé en
dedans et en dehors de petits poils étoilés roussâtres, d’un _rose clair
en dehors_, plus pâle en dedans, avec une tache pourpre-noirâtre au
fond, s’étendant sur les 3 crêtes très saillantes de chaque lobe du
calice. Fleurs mâles à androcée porté sur un stipe pourpre, grêle et
court portant au centre les rudiments de la fleur femelle composés de 5
petites pointes, les loges des anthères divergentes formant, vues par le
haut, une sorte de _cupule rosée_ à 10 pointes émoussées. Fleurs
hermaphrodites à calice ordinairement plus grand que dans les fleurs
mâles, à ovaire tomenteux subglobuleux, _composé de 5 à 8 carpelles_
(ordinairement 6) surmontés de stigmates linéaires aigus, recourbés en
hameçon.
Fruits _composés de 5 à 7 follicules_ étalés en étoile, non ascendants,
pubescents à l’état jeune, plus tard glabres, dépourvus de revêtement
blanc ou de revêtement ferrugineux, ovoïdes-allongés et de la grosseur
du poing à maturité, mesurant alors 8 cm. à 14 cm. de long, sur 5 cm. à
8 cm. de largeur et 4 cm. à 5 cm. de hauteur. A complète maturité, ils
sont extérieurement verdâtres, plus ou moins teintés de brun-pourpré.
Ils présentent sur la face dorsale une large crête peu saillante et sur
la face ventrale un léger sillon ; faces latérales dépourvues de verrues
ou de tubercules et présentant seulement quelques rides obliques ;
sommet terminé par un bec court formé par le prolongement de la crête
dorsale, non courbé mais brusquement tronqué suivant toute la hauteur du
follicule. Péricarpe vu en section blanc, spongieux, épais de 4 mm. à 12
mm., lisse et d’un blanc légèrement rosé sur la face interne. Chaque
follicule renferme 5 à 15 graines (le plus souvent 10 à 13 dans les
follicules de belle taille). Graines entourées d’un tégument spongieux,
lisse et légèrement jaunâtre (couleur crême) à l’extérieur, avec des
plages rosées, moucheté de points noirs sur la face interne, attachées à
l’endocarpe par un hile très large, pouvant atteindre 3 cm. de long et 2
cm. 5 de large, blanc avec un liseré rose sur le pourtour de
l’insertion. Noix roses à l’extérieur (couleur de radis rose) avec un
liseré blanc sur les bords des cotylédons visible à l’extérieur,
largement ovoïdes, atteignant dans les beaux spécimens 3 cm. 5 de long
sur 2 cm. 5 de diamètre transversal, comprenant 4 à 6 cotylédons un peu
inégaux, ayant chacun une fente médiane dans le tiers inférieur.
Chair des cotylédons rose, à saveur agréable, devenant violacée aussitôt
qu’on la coupe, puis environ deux minutes plus tard prenant une teinte
d’un brun-roussâtre, teinte plus claire (lavée de jaune-roux) près des
faces de contact des cotylédons. Parfois les graines sont avortées et le
tégument ne renferme plus qu’une masse uniforme brune, plus ou moins
sclérifiée.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Afrique équatoriale française : Gabon
(BELLAY !) Région de Libreville (R. P. KLAINE !), mais beaucoup plus
rare que le _C. acuminata_. Pays Batéké (THOLLON ! in Herb. Mus. Paris).
Youmba, sur les rives de l’Oubangui, près du confluent du Congo par 0°
30′ de latitude N. ! Impfondo, sur les rives de l’Oubangui, par 1° 40′
de lat. N., très commun sur les rives du fleuve et au milieu de la
forêt, août 1902 ! Revu en 1910 par M. A. BAUDON, qui nous a fait
parvenir de là des graines et des échantillons botaniques. — Isasa, sur
l’Oubangui par 3° 30′ de lat. N. ! — Bangui, dans le moyen Oubangui, par
4° 20′ et çà et là dans les bouquets de forêts ! Dans les galeries au
sud des Sultanats, près du confluent de la Kotto et du Mbomou (par
renseignements).
Congo belge : Lindende (sur les rives du moyen Congo ?) (BUTAYE in
GILLET sec. DE WILDEMAN !) C’est vraisemblablement aussi cette espèce
qui produit les noix vues par SCHWEINFURTH dans le Haut Ouellé et par
STANLEY, à l’intérieur de la grande forêt congolaise.
NOMS VERNAC. — Kola de l’Oubangui (colons), _Mabérou_ (Basindji
d’Impfondo, d’après BAUDON).
=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figures 6, 7 et 33
(hors texte). Planche VIII et Planche XVI, Figure 2.
OBSERVATIONS. — Les noix ont une saveur assez agréable ; elles sont
cependant moins appréciées que les noix de _C. nitida_ par les
Sénégalais de nos postes du moyen Congo qui les achètent à défaut
d’autres aux Mangala et aux Bondjo. Les Basindji consomment aussi ces
noix (BAUDON).
5. _Cola sphærocarpa_ A. Chev. (_sp. nov._).
_Arbor elata..., folliculis subglobosis breviter acuminatis ; seminibus
2-6 pro folliculo, magnis, subrotundis vel oviformibus, cotyledonis 4-5
perfecte discretis munitis ; nucleis albidis._
Arbre élevé. Fruits : follicules subsphériques, de la taille du poing ou
même atteignant la grosseur d’une tête d’enfant (mesurant 6 cm. à 12 cm.
de diamètre frais et adultes), d’un gris-ocracé, dépourvus de sillons ou
de crêtes à la face supérieure et à la face inférieure, s’ouvrant à
maturité partiellement ou complètement en deux valves ; paroi externe
lisse à l’état frais, puis chagrinée lorsqu’elle se dessèche, paroi
interne glabre. Chaque follicule est brusquement atténué à la base en un
court stipe articulé sur le pédoncule, au sommet il se termine par un
bec aigu droit, long de 8 à 12 mm. Il renferme 2 à 6 grosses graines (le
plus souvent 4) insérées sur deux rangs au sommet du follicule, les
insertions étant opposées et non alternes. Graines grosses, ovoïdes,
arrondies aux extrémités, aplaties sur les faces en contact, entourées
d’un épais tégument lisse et membraneux blanchâtre, roussâtre en
vieillissant, mesurant 6 cm. de long, 4 cm. de large et 2 cm. 5 à 3 cm.
d’épaisseur. Amandes blanches, brunes à l’état sec, formées de 4 à 5
gros cotylédons inégaux, blancs, non comestibles.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Centre de l’île de San-Thomé, à la base du
Pico, dans la forêt vierge, entre San-Pédro et Lagua Amélia (de 1200 à
1400 m. alt.), août 1905 : en fruits !
=Figures et Planches relatives à cette espèce= : Figure 34 et Planche
XVI, Figure 1.
OBSERVATIONS. — La plante n’appartient à aucune des espèces connues du
genre _Cola_.
[Illustration : FIG. 34. — =Cola sphærocarpa= A. Chev. de l’Ile de San-
Thomé.
Deux carpelles adultes (Coll. Aug. Chevalier).]
Les fruits que nous avons décrits étaient tombés sur le sol et l’arbre
les produisant était si élevé qu’il ne nous fut pas possible d’en
examiner un rameau. Les graines sont bien semblables aux graines des
espèces de la section _Eucola_, mais il est pourtant possible que
l’examen des feuilles et des fleurs révèle plus tard d’autres affinités.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
144 _bis_.
FIG. 33. — =Cola Ballayi= Cornu. — Follicules presque mûrs.
_1a_ et _2a_, vus par la face supérieure ; _1b_ et _2b_, vus par la face
inférieure.
Moyen Oubangui (Herb. A. CHEVALIER).]
* * * * *
[Note 98 : Au moment de mettre sous presse, nous recevons une lettre de
M. R. BARTHÉLEMY nous disant, d’après les indigènes, qu’il n’existe pas
chez les Ngans de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Les
cabosses contenant seulement des noix blanches que nous y avons vues
seraient mélangées à quelques cabosses contenant des noix blanches et
des noix rouges.]
[Note 99 : Les _Cola_ cultivés au Jardin de Buitenzorg (Java)
appartiennent, d’après TSCHIRCH, à l’espèce à deux cotylédons ; c’est
probablement ces plantes que BROWN avait en vue et qu’il identifia à
tort à la plante de PALISOT DE BEAUVOIS.]
[Note 100 : Les analyses de graines faites postérieurement à la
rédaction de ces notes l’ont confirmé (voir la 3e partie de cet
ouvrage).]
CHAPITRE IX.
* * * * *
=Distribution géographique.=
* * * * *
Dans le chapitre consacré à la systématique, nous avons énuméré après la
description de chaque espèce et variété, les pays et les localités où
elle avait été observée.
Il convient d’examiner plus en détail la répartition des _Eucola_ dans
les diverses colonies du continent africain, ainsi que dans les autres
pays où certaines espèces ont été introduites.
On sait que toutes les espèces de _Cola_ sont spéciales à l’Afrique
tropicale.
Les cinq espèces de la section _Eucola_ sont localisées dans l’Ouest
africain, mais l’une d’elles pénètre fort loin dans le centre de
l’Afrique, puisque nous l’avons observée sur les rives du moyen Congo et
de l’Oubangui et qu’elle existe probablement beaucoup plus à l’est
encore.
Toutes ces espèces sont connues à l’état spontané ; l’une d’elles, _Cola
nitida_, présente de nombreuses races culturales vivant dans les
plantations indigènes, au delà de l’aire occupée à l’état naturel, mais
elle se rencontre réellement à l’état sauvage dans certaines parties
inhabitées de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire, par exemple, entre le
moyen Sassandra et le moyen Cavally, ainsi que l’un de nous a pu le
constater.
En dehors de la forêt vierge, elle n’est nulle part spontanée.
Il en est de même du _Cola acuminata_. Il est incontestablement spontané
(et même parfois abondant) dans certaines parties de la grande forêt
vierge équatoriale, principalement au Cameroun et au Gabon. Mais dans
les pays de savanes, comme au Togo, au Dahomey, dans la plus grande
partie de la Nigéria, à San-Thomé, dans l’Angola, il existe seulement à
l’état cultivé ou domestiqué.
Les 3 autres espèces : _C. verticillata_, _C. Ballayi_, _C.
sphærocarpa_, peuvent être considérées comme spontanées partout où on
les rencontre, quoique quelques exemplaires de _C. verticillata_ et de
_C. Ballayi_ soient parfois plantés autour des villages, là où manquent
les deux premières espèces.
=I. — GUINÉE FRANÇAISE.=
Tous les Kolatiers observés dans cette colonie, que l’un de nous a
parcourue dans tous les sens, appartiennent à l’espèce _C. nitida_ et la
plupart à sa race _C. mixta_ qui est peut-être d’origine hybride, ainsi
que nous l’avons déjà mentionné.
Ils paraissent n’exister dans cette colonie qu’à l’état cultivé.
Dans les bouquets de forêts où on les entoure de soins, ils peuvent
accidentellement devenir subspontanés, c’est-à-dire que des graines
entraînées par les animaux peuvent germer et donner des arbres dans des
parties de forêts impénétrées, mais de tels cas sont rares et les
Kolatiers ainsi développés sont habituellement presque stériles.
On peut grouper les régions productrices de Kola de la Guinée en cinq
provinces principales :
1o Région maritime ou des Rivières du Sud ; 2o Plateau central ou Fouta-
Djalon ; 3o Chaîne du Kouranko et cercles du Haut-Niger ; 4o Le Kissi ;
5o Massifs boisés des Pays Tomas et Guerzés. Nous les examinerons à tour
de rôle.
1o _Rivières du Sud._ — Cette province géographique très naturelle borde
l’Océan Atlantique depuis la Guinée portugaise jusqu’à la frontière de
Sierra-Leone. Elle s’étend à une cinquantaine de kilomètres à peine dans
l’intérieur. Certains massifs comme le Kakoulima qui s’avancent à
proximité de la mer, appartiennent déjà à la province suivante. La
province des Rivières du Sud doit son nom aux fleuves originaires du
versant occidental du Fouta-Djalon et qui viennent déboucher à la mer
par de larges estuaires : le Rio Compony ou Gogon, le Rio-Nunez, le Rio-
Pongo, le Konkouré ou rivière de Dubreka, le Mellocorée, plus au sud
encore les deux Scarcies qui ont presque tout leur cours sur le
territoire de Sierra-Léone où elles se jettent à la mer.
Le climat est très spécial : la saison des pluies dure de mai à
novembre ; pendant les autres mois, il tombe à peine quelques pluies,
mais en hivernage les averses sont très violentes, puisqu’à Conakry on
enregistre de 3 m. à 5 m. d’eau par an. Les températures moyennes
mensuelles dans cette même localité sont comprises entre 25° 5 et 28°
2 ; les minima descendent rarement au-dessous de 20°.
Toutes ces conditions sont favorables au Kolatier. Par contre, la grande
sécheresse qui sévit dans la journée en saison sèche, surtout lorsque
souffle l’alizé N.-E., lui est défavorable. Aussi pour bien réussir dans
cette zône, il doit être cultivé de préférence dans les vallées
abritées, dans les petits bouquets de forêts, enfin au-dessous des
grands arbres ombrageant les villages. Nous verrons dans un autre
chapitre que c’est ainsi que procèdent les indigènes. Dans ces
conditions, le Kolatier donne de très belles récoltes et sa culture doit
être particulièrement encouragée dans cette province, d’autant plus que
la vente s’effectue le long de la côte pour l’exportation par mer dans
des conditions très rémunératrices.
Dans cette région, nous n’avons pu observer que les Kolatiers existant à
Conakry, à Camayenne et aux îles de Lôs. Ils sont en général robustes,
productifs, mais bien souvent atteints d’une maladie occasionnant la
formation de balais de sorciers. Dans la ville même de Conakry existent
quelques individus donnant de forts rendements, en général tous les deux
ans.
Pour les autres cantons de cette zône, des renseignements intéressants
ont été rassemblés par les soins de l’administration et publiés en
1907[101] :
« Les districts qui possèdent le plus d’arbres sont dans le cercle de
Rio-Nunez : le Mékhiforé, le Bagaforé et le Toubakaye, les deux premiers
principalement. Les chefs Mekhiforés et Kansikaïe et de Sanguia, les
alcalis Landoumans de Doumaya et de Comené ont de belles plantations.
Dans le cercle du Rio-Pongo, tous les villages soussous de Colisakho et
du Pongo et les villages Bagas du Manchou, du Bikoré, du Sobaneh et du
Coyah, sont entourés d’une enceinte de verdure, formée en moyenne partie
par des Kolatiers ; d’après M. l’administrateur BRIÈRE, il en existerait
90.000. Le Colisokho est le grand centre producteur. Larata, Thia et
Khissing sont aussi bien pourvus. Les Kolatiers remontent la vallée du
Fatalla à travers le Lissa jusque dans les Timbis, à moins d’un jour de
marche de Télimélé. Il y a peu d’années, les Portugais de Bissao et
Boulam venaient en goëlette acheter des Kolas à Toboriah, capitale du
Coyah, dont la production n’a baissé que depuis peu de temps.
« Dans le cercle de Dubréka, les Kolatiers existent dans les villages de
Foullacoundgi et du Bacoundgi, mais c’est surtout au Fotenta (Bramaya)
et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les anciens villages Bagas du
Kaloum, des îles de Lôs et de Tumbo en possèdent beaucoup. Sur le
territoire de la commune de Conakry, on compte encore un grand nombre de
Kolatiers sur l’emplacement des villages de Boulbiné et de Conakry,
malgré le nombre de ceux abattus pour le percement des rues de la ville.
« Sur la route de Kakoulina à la Mellacorée, les gros villages de
Manéah, Coïa, Fandia, Forécariah, Farmoréah et Tagbée ont peu de
Kolatiers. Ils sont plus nombreux à Mangata et à Dandaya et deviennent
très abondants au Samoh. Cette province peuplée par les Mendengués,
exporte beaucoup de noix ; les Kolatiers n’y poussent pas à l’état
spontané, mais sont tous plantés et cultivés autour des agglomérations.
Les Soussous et les Timenés du Benna possèdent moins de ces précieux
arbres que leurs voisins Mendengués. On rencontre encore les Kolatiers
en bosquets dans le Lumban, resté français, près de Yomaya (FAMECHON).
« Le Kolatier n’est probablement pas originaire de la côte de Guinée.
Les plaines basses qui la bordent sont de formation récente et furent
longtemps inhabitées. La première émigration Baga eut lieu au début du
XVIIe siècle et seuls les Mendengués s’étaient fixés au Samoh peu de
temps auparavant. Venus du Haut-Niger, ces peuples, dont les coutumes et
les cultures sont identiques, emportèrent les Kolas du Kouranko où ils
se récoltent dans la forêt. Les Mendengués semblent être, comme le
suppose M. FAMECHON, les premiers introducteurs de ces graines ; leur
pays s’étendait jusqu’au Kakoulima, et les Bagas, leurs voisins, arrivés
après eux, peuvent être leurs tributaires.
« Il est certain que les Soussous, population d’origine Malinké, n’ont
pas introduit le Kolatier. Leurs villages, surtout au Colisokho et au
Pongo, où ils se fixèrent en premier, possèdent beaucoup de ces arbres.
« Ce sont d’anciennes agglomérations Bagas qu’ils conquirent lors de
leurs émigrations successives, et les arbres qu’on rencontre au
Calisokho en pleine brousse, occupent certainement l’emplacement de
villages détruits. »
En 1907, à notre demande, M. G. POULET, gouverneur par intérim de la
Guinée, a bien voulu de nouveau adresser aux administrateurs un
questionnaire relatif à la distribution et à la culture des Kolatiers
dans cette région.
Dans le cercle de Rio-Pongo, d’après les renseignements fournis par M.
HAUET, les Kolatiers, principalement dans le Koulissokho, forment des
plantations de 1.500 à 2.000 pieds autour de chaque village ; dans le
Lakhata, le Lisso et la province de Thié, ils sont également nombreux.
Dans le Koba, les graines sont envahies par le _Sangara_, « ver », dont
nous parlerons plus loin, qui détruit très rapidement toute la provision
de noix. Aussi n’en fait-on pas le commerce ; ce fait nous a été
confirmé maintes fois, et malgré cela les indigènes continuent à planter
des Kolatiers.
A Boffa, il existe auprès de la Résidence un Kolatier qui n’a jamais
produit que des Kolas rouges aussi gros que le poing. Dans la grande
majorité des cas, on trouve généralement ensemble, dans une même gousse,
des graines blanches et des graines rouges.
Dans le cercle voisin de Dubreka, les renseignements qui nous ont été
officiellement communiqués sont identiques ; les Kolatiers ne reçoivent
guère de soins et sont peu nombreux, cependant il n’existe guère de
famille indigène qui n’ait en sa possession une centaine de ces arbres.
La production est, en grande partie, dirigée vers le Fouta, achetée par
les caravanes qui descendent la récolte de caoutchouc à la côte. C’est
surtout au Fotenta (Bramaya) et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les
anciens villages Bagas du Kaloum, les îles de Los et de Tumbo (Conakry)
en possèdent encore de nombreux exemplaires.
Pour la Mellacorée, l’administrateur de ce cercle nous écrivait de
Benty, en 1905, que les Kolas font l’objet d’un trafic important, mais
le plus grand nombre des noix dites _Kolas du Samo_ provient de Sierra-
Léone ; elles sont généralement plus petites que celles du pays
Toma[102], mais plus lourdes, plus actives et se conservant bien plus
longtemps.
2o _Fouta-Djalon._ — Bien qu’il existe quelques Kolatiers dans beaucoup
de villages du Fouta-Djalon (rarement plus d’une vingtaine d’individus
par village), la culture du précieux arbre a peu de chances de s’y
développer. Les conditions défavorables que nous énoncions pour la
région littorale (sécheresse depuis novembre jusqu’à mai, et action du
vent d’Est) y sont beaucoup plus prononcées. En outre, par suite de
l’altitude, le climat est beaucoup plus froid.
D’après les observations météorologiques encore très incomplètes faites
à Kindia, à Kouria, à Mamou et à Delaba, il tombe au Fouta de 1 m. 50 à
2 m. 50 d’eau par an ; la moyenne annuelle des températures est très
variable suivant les altitudes ; bien que des observations suivies
n’aient pas encore été faites, nulle part, elle n’est pas inférieure,
croyons-nous, à 20°.
A Dalaba, à 1200 m. d’altitude, il existe encore quelques Kolatiers
produisant des noix de petite taille. A l’Est et au Sud-Est de Timbo,
les Kolatiers sont un peu plus répandus, mais on n’en voit encore que
quelques exemplaires par village, vers l’ouest, notamment dans la région
de Kindia, il en existe aussi mais ils sont peu productifs. En résumé,
le Fouta-Djalon est loin de suffire à sa consommation ; le chemin de fer
de Conakry y déverse aujourd’hui les noix qui étaient autrefois apportée
par les caravaniers du pays soussou ou de Sierra-Léone.
3o _Kouranko et région du Haut-Niger._ — On donne le nom de Kouranko à
un pays très montagneux compris entre 9° 30 et 10° 30 de lat. N. et qui
s’étend du 11° au 14° de long. O. de Paris. C’est un peu au sud que le
Niger prend sa source. Au sud-est, il confine au Kissi dont nous
parlerons plus loin. Les pluies y sont plus précoces qu’au Fouta-Djalon.
Le Kolatier est cultivé dans tous les villages du Kouranko,
principalement dans le Bamaya. Chez les Lélés, il existe au plus
quelques centaines d’arbres par village et un petit nombre seulement
sont vraiment des plants de rapport. Ceux qui croissent dans les basses
vallées très boisées aux alentours des villages, de 400 m. à 500 m.
d’altitude, sont les plus productifs, mais on trouve encore quelques
beaux plants vers 700 m. d’altitude, par exemple à Dandafarra, près du
Mont Kola. Malgré les faibles rendements de ces Kolatiers, les Kourankos
tirent une partie de leurs ressources de la vente des noix de Kola pour
l’exportation vers Bamako. On en tire aussi une certaine quantité du
district de Kérouané.
Au nord du 10e parallèle, les Kolatiers dans les villages deviennent
clairsemés, on en trouve encore çà et là dans le Nord du cercle de
Faranna, surtout dans les petits îlots de forêts avoisinant quelques
villages.
On en signale aussi quelques exemplaires en plusieurs villages du cercle
de Denguiray.
Dans les cercles de Kouroussa et Kankan, des Kolatiers existent dans
beaucoup de villages, mais ils sont peu nombreux et donnent de très
faibles rendements ; ils sont loin de suffire à la consommation locale.
« Au Sankaran, ils n’existent que dans le Sud de la province, un peu au-
dessus du 10°. Les villages des cercles de Kouroussa, compris dans cette
zône, qui possèdent les peuplements les plus importants, sont ceux de
Sikaro, Bassokouria, Simbo, où l’on peut compter de 150 à 200 arbres,
les autres villages n’en possèdent que de 20 à 40. La partie comprise
dans les cercles de Kouroussa n’est guère plus riche, on y compte au
total 950 arbres, dont 600 seulement sont en rapport ; ils se
répartissent ainsi entre les différents districts : Ouroubé 450,
Moussadougou 310, Finamora 120, Bassando 25, Dienné 20, Torodougou 20,
Divers 20. Les arbres sont surtout nombreux dans le territoire compris
entre la frontière du Kissi et l’affluent du Niandan, le Balé. Les
principales plantations sont celles de Gualako, 125 arbres,
Sirékouroumaya 50, Talikoro 40, Mamoria 25, Koudou 20. » (_Rapport du
commandant du cercle de Kouroussa, conservé dans les archives du
Gouvernement à Conakry_ où nous en avons eu communication. Ce rapport,
en partie publié par l’inspection d’Agriculture de l’Afrique
occidentale[103] qui n’en mentionne pas la provenance est probablement
dû à M. POBÉGUIN, qui a rassemblé de 1900 à 1910 de nombreux documents
sur la flore et l’agriculture de la Guinée.)
Au cours du premier voyage que nous avons effectué dans ces cercles en
1899, alors qu’ils constituaient encore la région sud du Soudan
français, nous avons noté la présence des Kolatiers dans d’assez
nombreux villages.
Les premiers que nous ayons vus en venant de Siguiri se trouvaient à
Balato, sur les bords du Niger, par 11° environ ; mais, d’après
POBÉGUIN, on en trouverait encore plus au N., au village de Sansando,
près du confluent du Niger et du Milo, c’est bien là certainement la
limite Nord extrême, non de la culture, car on ne peut dire qu’il y a
culture puisqu’il n’existe dans quelques villages que de rares
exemplaires constituant une curiosité, mais la limite géographique où
peut vivre et fructifier le Kolatier. Plus à l’ouest en effet, à
proximité de la mer, le Kolatier ne dépasse pas le Rio-Nunez, dont
l’embouchure est située un peu en dessous du 11e parallèle. C’est à tort
que POBÉGUIN le mentionne au Casamance[104]. Il y a peut-être été
introduit depuis peu par les Européens, mais il n’y existait pas en
1900.
Plus à l’Est aussi, le Kolatier ne monte pas à cette latitude.
Au sud des pays Sénoufo, Mandé-Dioula et de Kong, on ne le rencontre
plus au N. du 8° et même sous cette latitude on ne cultive que de rares
exemplaires.
Enfin entre le 10° 30 et le 9° de lat., dans la région du Niger, nous
avons encore rencontré des Kolatiers à Babéla (où l’un d’eux est
entretenu avec beaucoup de soins par les indigènes qui ont élevé tout
autour une levée de terre, (no 371 de notre Herbier), à Kouroussa, à
Moussaïa (no 400 Herb. CHEVALIER), à Saréya, à Diaragouéla, à Ouassaïa,
à Kankan, etc. Nous avons rarement vu plus de 4 ou 5 arbres par village.
Ils sont du reste entourés de soins et considérés comme arbres sacrés
par les indigènes. Nulle part ils n’auraient été plantés
intentionnellement, mais sont nés de graines perdues. Du reste, dans
toute cette contrée, les noirs se gardent bien d’en planter d’autres,
car ils sont persuadés que quiconque ensemence un Kolatier meurt l’année
où celui-ci commence à fleurir.
Ces Kolatiers produisent quelques follicules chaque année, surtout si la
plante vit dans un endroit bien abrité, soit à l’ombre des fromagers,
dans les villages, soit dans les galeries forestières voisines. Dans
chaque cabosse, on trouve habituellement des noix blanches et des noix
rouges. Cependant à Diaragouéla on m’a montré un Kolatier qui produirait
exclusivement des noix blanches, d’après les indigènes.
Dans les provinces dont nous venons de parler, le Kolatier ne trouve
plus les conditions climatériques optima favorables à sa croissance,
sauf peut-être dans certains vallons bien abrités du Kouranko ; il n’y a
donc aucun intérêt à le multiplier, d’autant que beaucoup de cultures
plus appropriées et aussi intéressantes peuvent être entreprises dans
ces régions.
4o _Le Kissi._ — Cette province, un des plus beaux coins de notre
domaine colonial africain, est un des pays les plus favorables à la
culture du Kolatier, et un de ceux qui produisent les noix les plus
estimées. Le cercle comprend 65 cantons et 34 villages indépendants. Son
chef-lieu, Kénéma ou Kissidougou, est un gros village situé à proximité
du Niandan (affluent du Niger), par 490 m. d’altitude. Le poste fut créé
par le colonel COMBES, le 24 mars 1893, pour empêcher l’installation des
Sofas de Samory dans le pays ; le premier commandant fut le capitaine
VALENTIN.
Le Kissi proprement dit s’étend depuis le Kouranko jusqu’à la frontière
de Libéria non encore abornée ; il est à cheval sur les hauts affluents
de droite du Niger d’une part et d’autre part sur le bassin de la Makona
(avec son affluent la rivière Méli), fleuve qui pénètre dans le
territoire de Sierra-Léone et tombe à la mer à Soulima. La mission de
délimitation, dirigée par M. RICHAUD en 1908-1909, a adopté une partie
du cours de la rivière Makona comme frontière du Libéria. Cette
frontière qui avait déjà été admise par la convention franco-libérienne
de 1907, ampute malheureusement le Kissi de territoires habités
également par des Kissis et où la France avait incontestablement plus de
droits que les 12.000 ou 15.000 noirs Libériens cantonnés le long de la
côte. Nous voulons espérer que notre pays saura défendre les intérêts et
les droits que nous avons dans cette contrée pleine de promesses pour
l’avenir. Ce qui fait en effet la richesse du Kissi, c’est la variété
des terrains propres à quantité de cultures et l’habileté de ses
habitants comme cultivateurs et commerçants.
C’est un pays de transition entre la forêt dense du Sud et la brousse du
Nord, entre les plaines basses situées à moins de 300 m. au dessus de la
mer dans la vallée de la Makona et les coteaux boisés et souvent habités
dépassant souvent 600 mètres d’altitude et très propres à la culture des
Caféiers. Les trois espèces : Caféier du Libéria, Caféier d’Arabie et
Caféier de Rio Nunez introduites en 1899 par un membre de la mission du
général de TRENTINIAN, M. ROSSIGNOL, forment aujourd’hui des arbustes
superbes au poste de Kissidougou. Au sud de la rivière Makona, la forêt
vierge fait son apparition entre 7° 30 et 8° de lat.
Mais au nord de cette forêt, la savane est constamment coupée par des
îlots de hautes futaies denses souvent reliés les unes aux autres et se
continuant jusqu’au 9° 30 où existent encore de belles galeries
forestières. Les savanes sont utilisées pour la culture des céréales et
en particulier du riz ; les îlots de forêt abritent des plantations de
Kolatiers, de Bananiers, d’ignames, de méléguette ou Graine de Paradis.
Les noix de Kola du Kissi sont exportées vers Siguiri, Bamako et Ségou
où elles sont très appréciées.
Quelques observations météorologiques ont été faites à Kissidougou, ce
qui nous permet de donner un aperçu sur le climat de cette belle
province. Il tombe chaque année de 2 m. à 2 m. 50 d’eau, mais la saison
des pluies est beaucoup plus précoce qu’au Fouta-Djalon, puisqu’il tombe
déjà d’assez nombreuses averses en février et en mars. Les pluies
diminuent un peu soit en mai, soit en juin, mais elles reprennent avec
plus d’intensité en juillet, août et septembre pour continuer parfois
jusqu’en décembre.
La moyenne annuelle de la température est comprise entre 25° et 26°.
Les températures extrêmes constatées sont 9° le 6 janvier 1904 comme
minimum et 38° les 4 et 5 mai 1903 comme maxima. Il n’existe qu’un écart
relativement faible entre les moyennes de maxima et les moyennes de
minima. C’est en somme un climat approprié à presque toutes les cultures
équatoriales.
Les Kolatiers sont cultivés dans les îlots de forêts entourant ou
avoisinant tous les villages. Chaque année, les indigènes plantent
quelques nouveaux arbres. La principale récolte se fait en novembre et
décembre.
La race la plus répandue est le _Cola mixta_, à noix rouges et blanches,
mais on trouve aussi des arbres donnant exclusivement des noix rouges
(_Cola rubra_) et aussi le rare _Cola alba_ à noix et à fleurs
entièrement blancs.
« Chaque forêt du Kissi, écrit judicieusement CASTÉRAN[105], dénonce un
village mystérieusement campé au milieu d’une vaste clairière ; c’est
dans cette forêt vraiment équatoriale, surmontée de palmiers à huile et
des cîmes géantes des Fromagers, que se dressent, bien abrités du
soleil, les Kolatiers élégants avec leurs troncs gris et leurs feuilles
lancéolées ». C’est aussi là qu’on trouve d’assez nombreuses lianes à
caoutchouc des genres _Landolphia_ et _Clitandra_.
Ajoutons que le village de Kissidougou est aujourd’hui à quelques jours
de marche du railway de Conakry au Niger, et il est vraisemblable que
dans un avenir peut-être peu éloigné, il sera relié par une voie ferrée
au rail déjà existant. Nos fonctionnaires coloniaux ayant à charge
l’administration du Kissi ne feront donc jamais trop d’efforts pour
étendre la culture des Kolatiers chez les indigènes, et si une partie
des peuples de race Kissi échappe à notre autorité, nos diplomates
devront veiller à ce que dans les arrangements pris, les dioulas
soudanais continuent à trouver en deçà de la frontière, les avantages
qu’ils s’y sont déjà créés.
On peut évaluer à 300 tonnes la quantité de noix exportées actuellement
chaque année par le Kissi vers notre Soudan.
5o _Pays des Tomas et des Guerzés._ — A l’est du Kissi s’étend le
Konian, territoire également très accidenté et d’altitude élevée, mais
d’aspect très différent, dévasté par les incendies d’herbes depuis des
siècles, dénudé et incultivable sur d’immenses espaces. Les galeries
forestières sont rares, et nulle part le Kolatier n’est cultivé en
grand.
Cette province présente assez d’analogies avec le Fouta-Djalon, et
l’élevage pourrait vraisemblablement y être développé.
Au centre du Konian se trouve la ville de Beyla, avec son faubourg de
Diakolidougou, fondé d’après LIURETTE, dès l’an 1230, par des nomades
venus du nord pour faire le commerce des esclaves et des noix de kola.
Beyla encore aujourd’hui est une place importante pour la précieuse
denrée. On évalue à 400 tonnes de kolas, 400 tonnes de caoutchouc, 2
tonnes d’ivoire, la quantité de denrées principales qui y passent chaque
année. Des traficants, la plupart indigènes de nos territoires, vont
chercher ces produits principalement aux grands marchés de Diorodougou,
Boola, Gouéké, Lola et Nzo, marchés fréquentés par les populations de la
forêt dense (située un peu plus au sud et habitée par deux peuplades
importantes, les Tômas et les Guerzés).
On a représenté ces peuplades comme très sauvages et encore
anthropophages. C’est une erreur. En général, Tômas et Guerzés ont des
mœurs frustes et primitives, mais ils sont beaucoup plus travailleurs et
« administrables » que les peuples du centre de la forêt.
Les Tômas ont fourni de bons manœuvres pour la construction du railway
de la Guinée.
Les Manons de la zône libérienne, qui semblent apparentés aux Guerzés et
aux Dyolas, sont venus de leur propre initiative en 1909 offrir leurs
services pour la construction de la belle route reliant les deux grands
marchés de Kolas, Lola et Nzo et ouverte par M. l’administrateur GUYOT-
JANIN, lors de mon passage dans cette région.
Il suffit de voir comment sont achalandés les deux marchés de Lola et de
Nzô, sur lesquels nous reviendrons dans un autre chapitre, pour juger
des qualités déployées par les Guerzés comme commerçants et comme
cultivateurs. Les Guerzés du Karagoua (entre Lola et Guéaso), placés
sous l’autorité d’un potentat à demi-civilisé, Gargaoulé, chef puissant
et redouté, sont devenus des cultivateurs ou des guerriers disciplinés,
mais souvent pressurés. Ils se sont mis depuis peu à exploiter le
caoutchouc de lianes et surtout celui du _Funtumia elastica_,
généralement commun partout où se trouvent des forêts jusqu’à la
montagne de Boola qui est sa limite Nord extrême.
Les Tômas habitent une contrée étendue située à l’est et au sud-est du
Kissi et à l’ouest de Lola.
Dans la partie nord de ce pays naît la rivière Saint-Paul ou Diani et
ses affluents.
Le peuple Toma s’étendrait jusqu’au cœur du Libéria, mais dans les
territoires qui nous ont été reconnus par le récent arrangement franco-
libérien, ils forment aussi des groupements importants.
C’est surtout au sud du 7° 30 qu’ils cultivent des Kolatiers. Dans les
territoires où s’étend aujourd’hui notre administration militaire,
territoires situés au sud et au sud-est de Sampouyara et de Diorodougou,
les Kolatiers sont en général clairsemés, bien que la forêt s’étende
presque partout et que le climat soit des plus favorables. Les villages
de cette région ont été souvent en guerre les uns contre les autres ou
contre les Sofas de Samory et sont encore mal remis à la culture. En
outre, une taxe exorbitante, plus élevée que la valeur intrinsèque des
Kolas sur place était jusqu’à ces derniers temps prélevée sur les noix
produites dans les régions que nous administrions et il n’était guère
possible d’amener ainsi les indigènes à étendre leurs plantations.
Les noix apportées sur nos marchés viennent donc en partie des
territoires plus au sud, considérés comme relevant du Libéria, mais dont
les Libériens ne s’occupent point et où ils n’ont jamais pénétré[106].
Les Kolas apportés au marché de Boola proviennent de contrées situées à
100 ou 200 kilomètres dans le sud-ouest et occupés par les Tômas et les
Bouziés dans le haut bassin de la rivière St-Paul.
Une grande partie des noix apportées à Boola sont blanches. A Mabouan,
entre Zébéla et Gouéké, c’est-à-dire dans la même région, on ne trouve
aussi, d’après le lieutenant GAUVAIN, que des Kolas blancs.
Notre ami, LIURETTE, l’administrateur qui connait le mieux ces régions
pour les avoir parcourues en tout sens, nous a assuré que le village de
Nsapa où fut massacré, en 1893, le lieutenant LECERF et que les
négociations de la commission de délimitation franco-libérienne ont
réussi à nous conserver, se trouve au centre d’une région riche en
Kolatiers cultivés. Il existe aussi des plantations étendues dans les
territoires situés sur la rive gauche du Diani.
Dans le Kabaradongou, on trouve aussi, d’après LIURETTE, 300 à 400 pieds
par village, soit 1.800 à 3.000, occupant 15 hectares. Il existe aussi
de petites plantations dans le Simandougou.
Les Kolas apportés au marché Lola, presque tous rouges, viennent surtout
des pays Manons situés à quelques heures au sud de ce village, et aussi
de quelques cantons Guerzés.
Ceux vendus au marché de Nzô, rouges aussi pour la plupart, sont en
grande partie originaires des pays Dans ou Dyolas de la haute Côte
d’Ivoire.
A Boola et dans les environs, nous n’avons observé que quelques
Kolatiers autour de chaque village.
Entre Gaéuso et Lola commence la grande forêt qui n’est interrompu que
par le massif montagneux des monts Nimba (environ 1.800 m. d’altitude),
en partie couverts de savane.
Cette forêt que nous avons traversée pour aller de Guéaso à Lola et de
ce point à Nzô, est encore peu riche en arbres de rapport. Au carrefour
des sentiers, on observe seulement quelques Kolatiers qui ont été
sûrement plantés et sont la propriété de quelques familles. Dans cette
région, comme au Kissi, il sera nécessaire que nos administrateurs
agissent sur les indigènes pour leur faire constituer des plantations
étendues de cette précieuse essence.
Dans ces régions, le Kolatier porte les noms suivants :
_Touré_ (toma et guerzé Konomenou), _Tougoulé_ (guerzé gouaka),
_Tougouré_ (guerzé Kono), _Ouoro_ (Koniankévi).
=II. — HAUT-SÉNÉGAL-NIGER.=
Le Kolatier n’est pas cultivé dans cette colonie et ne saurait
certainement y réussir. S’il y est mentionné dans diverses publications
datant de quelques années, cela tient à ce que le vieux Soudan français
possédait autrefois des territoires à Kolatiers, mais au moment de sa
dislocation ces territoires ont été rattachés les uns à la Guinée
française, les autres à la Côte d’Ivoire. On trouve peut-être quelques
exemplaires du précieux arbre dans les villages situés au sud du cercle
de Bougouni, rattaché au Ht-Sénégal-Niger, de même qu’on en trouve
quelques-uns dans ceux d’Odienné et de Kong qui appartiennent à la Côte
d’Ivoire et l’avoisinant, mais ces arbres sont en très petite quantité
et donnent des rendements insignifiants.
Des essais de plantation, faits par l’administration aux stations
agricoles de Kati et de Koulicoro, ont donné de mauvais résultats.
Dans tout le Soudan, les noix de Kola sont connues sous les noms de
_Ouoro, Oro, Gouro, Goro_. C’est toujours la même appellation avec une
prononciation qui varie d’un district à l’autre.
=III. — CÔTE D’IVOIRE.=
Cette riche colonie, grâce à son immense forêt vierge couvrant 120.000
kilomètres carrés et large en certains endroits de 300 kilomètres, est
par excellence le pays de prédilection pour la culture des Kolatiers. Le
_Cola nitida_, qui fournit les noix les plus estimées, croît à l’état
spontané à travers presque toute la forêt à l’exclusion de toutes les
autres espèces.
Il a été presque partout domestiqué par les peuplades forestières et il
est cultivé sur une bande de 50 à 80 kilomètres de large située près de
la limite IV de la forêt, c’est-à-dire là où elle est encore très dense.
Une autre espèce, le _C. acuminata_, a été introduite par les Kroumen
dans la région du Bas-Cavally. Elle a une faible valeur, et c’est
incontestablement le _C. nitida_ qui doit être partout multiplié. Aussi
bien on le trouve presque dans tous les districts forestiers à l’état
sauvage, et, même en pleine forêt, il donne parfois d’aussi belles noix
que dans les plantations.
Nous passerons en revue les principales régions de cette colonie, en
examinant successivement :
1o La zone située au nord du 8e parallèle ;
2o Le Baoulé ;
3o La zone nord de la forêt allant du 6° 30 au 7° 30 de latitude nord ;
4o La zone sud et la zone moyenne de la forêt s’étendant depuis la mer
jusqu’au 6° 30.
1o _Zone au nord du 8e parallèle._ — Cette région présente de grandes
analogies avec le Kouranko et les territoires de la Hte-Guinée,
traversés par le Niger et par ses affluents les plus occidentaux, mais
par suite de l’éloignement de la mer et de la plus faible altitude du
relief, la sécheresse y est beaucoup plus accentuée. Dans les cercles de
Touba et d’Odienné qui confinent à la Guinée, il existe encore,
disséminés de loin en loin à proximité des villages, de rares Kolatiers
plantés appartenant à la race _C. mixta_ ; mais ils sont sans intérêt et
ne doivent être mentionnés qu’à titre de curiosité. Bien plus, si l’on
descend encore au sud en poussant toujours plus à l’est, et en suivant
le 8e degré, en traversant les grands centres qui sont de l’ouest à
l’est : Tonna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa, Dabakala et Bondoukou, on
constate l’absence presque complète des Kolatiers, alors que sous la
même latitude, en Guinée et à Sierra-Léone ils sont très répandus.
Ainsi, à Séguéla et à Marabadiassa, nous n’avons pas vu un seul
Kolatier ; à Mankono, il en existe quelques uns plantés depuis peu par
notre administration, mais les indigènes n’en possèdent point ; à
Bondoukou, on n’en trouve pas.
Au Chapitre II, page 25, nous avons reproduit un passage du récit de
voyage de BINGER, relatif à la limite des Kolatiers dans cette région.
Considérant Tangréla, Maninian et Sambatiguila comme marchés de la
première zône et Touté, Kani, Sakala comme marchés de la seconde zône,
dite du Ouorodougou, l’explorateur estimait que les Kolas devaient
provenir d’une troisième zône située 30 kilomètres plus au sud où « les
Lôs apportent les Kolas en des lieux d’échanges situés en pleine
brousse ».
Les informateurs de BINGER étaient mal renseignés ; d’après les
distances indiquées, cette troisième zône coïnciderait avec les grands
marchés de Touba, Touna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa et on sait
aujourd’hui que ces centres sont encore situés à 60 ou 80 kilomètres des
lieux de production ; il existe encore plus au sud une quatrième et même
une cinquième zône où les Kolas doivent transiter. A Mankono où viennent
les femmes de Sakala, ce sont d’autres femmes mandé-dioulas qui vont les
chercher au sud et là elles rencontrent des femmes Lôs qui elles-mêmes
se sont avancées jusqu’en plein pays Bété pour se procurer ces noix.
Nous étudierons ce trafic avec tout le développement qu’il comporte dans
le chapitre consacré au commerce.
La province du Ouorodougou doit son nom à sa situation sur les routes
suivies par les colporteurs de Kola venant s’approvisionner de noix
récoltées plus au sud, mais elle ne produit pas de Kolas pour
l’exportation.
Il existe bien dans quelques villages mandé-dioulas, avoisinant le pays
des Lôs, quelques Kolatiers plantés, mais le nombre en est faible et ils
produisent peu. Le climat pourrait pourtant convenir à cet arbre
précieux au sud du 9e parallèle et s’il était planté dans les étroites
forêts bordant les rivières ou dans les futaies plus ou moins étendues
qui avoisinent certains villages, notamment dans la région de Séguéla,
il est probable qu’ils donnerait des rendements normaux.
A Mankono même, une quinzaine de Kolatiers plantés depuis 11 ans dans le
jardin du poste, sur les bords d’un ravin où coule l’eau toute l’année
et à l’abri d’une grande plantation de bananiers, forment aujourd’hui de
beaux arbustes vigoureux, hauts de 5 à 8 mètres et n’ayant pas de
maladies. L’un d’eux a produit des cabosses pour la première fois en
1909.
Mais les habitants du Ouorodougou n’ont aucun désir de se livrer à cette
culture, les femmes étant habituées depuis des siècles à aller chercher
des noix au sud chez les Lôs, chez les Ouobés et même chez les Bétés.
2o _Le Baoulé._ — On donne ce nom à une région très naturelle en forme
de triangle, ayant sa base marquée au N. par le 8e parallèle et son
sommet au confluent du Bandama et du Nzi, près de la gare de Nziville,
récemment créée à l’extrémité actuelle du railway de la Côte d’Ivoire.
Les deux rivières forment les côtés du triangle. Cette région très
spéciale est constituée par un pays plat, accidenté seulement à l’est et
au sud, d’une altitude de 100 m. au sud et atteignant progressivement
300 m. au nord. Il est couvert d’une savane parsemée d’arbres rabougris
et çà et là dans le sud de forêts claires de rôniers (_Borassus
æthiopum_) et de plantations étendues d’Ignames constituant la base de
l’alimentation des indigènes ; les îlots de forêt y sont rares ; il n’y
a pas de cours d’eau permanent en dehors des deux grandes artères
limitant le Baoulé ; aussi les galeries forestières font défaut ; la
flore de la savane rappelle celle du moyen Dahomey dans les parties
situées sous la même latitude.
Les habitants, nommés Baoulés, appartiennent à la famille Achanti-Agni
et sont certainement d’origine forestière. Ils ont commencé à envahir le
pays il y a 2 ou 3 siècles et ont absorbé ou refoulé vers le nord les
premiers possesseurs du sol qui devaient être des Gouros au sud et des
Sénoufos au nord. Ils ont conservé les cultures des premiers autochtones
(riz et mil dans le nord) et ont aussi introduit les leurs.
Les plantations de Kolatiers n’existent pas et ne paraissent pas avoir
existé dans ce pays trop découvert. Nous pensons qu’il serait cependant
possible de faire prospérer cette culture dans des terrains choisis aux
abords des villages en plantant préalablement des arbres abris :
fromagers, grandes légumineuses, _Ficus_, _Blighia_.
Les Baoulés qui constituent une population d’environ 200.000 habitants,
consomment actuellement très peu de Kolas, mais dans un avenir peu
éloigné, le railway de la Côte d’Ivoire va traverser leur pays dans
toute son étendue ; d’une part il pourra transporter les noix au cœur du
Soudan, de l’autre il pourra les amener à la Côte.
On trouve des Kolatiers en petit nombre seulement à proximité de
quelques villages. Les noix vendues au marché de Bouaké viendraient de
villages situés à une dizaine de kilomètres à l’ouest.
On en trouve aussi près de Sakassa ; à Mbayakro il en existe dans la
forêt sur la rive gauche du Nzi, mais ils ne sont pas cultivés ; les
noix qu’on consomme dans le pays sont apportées du Pays des Ngans.
3o _Zone Nord de la forêt de 6° 30 et 7° 45._ — Cette bande, large d’une
centaine de kilomètres seulement et interrompue à hauteur du Baoulé, est
la région la plus importante de production des noix de Kola du monde
entier. A l’est, elle se continue à travers la Gold Coast et couvre une
partie du pays Achanti.
A la vérité, les Kolatiers ne sont pas répartis régulièrement sur toute
cette étendue : dans des cantons entiers, ils font presque complètement
défaut et dans d’autres, au contraire, ils foisonnent autour de tous les
villages. On trouve presque partout les quatre races que nous avons
distinguées ; cependant, dans chaque région une race domine sur les
autres ; tantôt c’est _Cola mixta_, tantôt _Cola rubra_, rarement _Cola
alba_ ; le _Cola pallida_ pur, c’est-à-dire bien caractérisé, est rare
dans les plantations. On trouve bien ça et là quelques petites noix
roses sur les marchés, mais elles proviennent des mêmes cabosses que les
trois autres sortes : les arbres produisant exclusivement les petites
amandes roses, ne se trouvent que dans la forêt et parfois dans les
plantations de la zone située plus au sud.
Certaines peuplades de la forêt se sont réellement spécialisées dans la
production des noix de Kola : nous passerons les principales en revue.
a) _Pays des Dyolas ou Dans._ — L’existence de cette importante tribu a
été révélée par l’exploration du lieutenant BLONDIAUX[107] en 1897 et en
1899 par la mission WŒLFFEL-MANGIN, qui y créait en plein sud le poste
de Nouantogloin qu’on dut évacuer en 1900 après la mort du lieutenant
SÉNAC, successeur de WŒLFFEL.
Egalement en 1899, la mission HOSTAINS et D’OLLONE, partie de la Côte,
traversait le même pays à l’ouest pour se rendre au Soudan. C’est de la
publication des travaux de ces missions que datent les premiers
renseignements sur la contrée[108].
Elles apprirent, entre autres choses, qu’une partie des Kolas
transportés dans le Soudan occidental proviennent de cette région.
Un poste fut créé à Danané (Fort-Hittos) en 1905, en plein pays dyola,
dans le bassin de la Nuon ou Rio-Cestos ; il est aujourd’hui le chef-
lieu de la circonscription de Danané. Plus à l’est, notre administration
a constitué une seconde circonscription ayant pour chef-lieu Man, poste
créé en 1907.
Des renseignements géographiques et ethnographiques importants ont été
publiés[109] sur cette contrée copieusement arrosée par la Nuon, par le
Haut Cavally et ses affluents et surtout par un important éventail de
rivières tributaires du Bafing, principal affluent du Sassandra. Plus au
sud, d’autres rivières et notamment le Zô vont directement au Sassandra.
Dans les grandes vallées le pays est plat, et son altitude ne dépasse
pas 200 à 300 mètres, mais entre le Moyen Sassandra et le Haut Cavally
se dressent d’une manière presque ininterrompue des pâtés de montagnes
dont les pics, en nombre incalculable, s’élèvent de 800 m. à 1400 m. au-
dessus du niveau de la mer, sur un ruban large de plus de 50 km. (allant
du 7° 20 au 7° 50 de lat. N. et couvrant une superficie de 6.000 km². La
forêt vierge couvre une grande partie de cette contrée et ne fait défaut
que sur certaines crêtes de montagnes.
Au sud de 7° 30, elle s’étend d’une manière ininterrompue, et c’est
surtout sous cette latitude, dans les régions peu élevées, que le
Kolatier est cultivé en grand. La saison des pluies y est de longue
durée et pendant les mois secs, de novembre à mars d’une part, en mai ou
juin d’autre part, il est rare qu’il ne tombe pas au moins une averse
par semaine.
Presque tout le pays est habité par les Dans, encore nommés Dioulas ou
Dyolas, ou Yapoubas. (L’appellation de Dioulas ou Dyolas, aujourd’hui
employée dans les rapports administratifs et dans la littérature
géographique devrait, à notre avis, être proscrite, car elle prête à une
trop grande confusion. Le mot _dioula_ devrait être réservé pour
désigner les colporteurs soudanais ordinairement d’origine Mandé, mais
pouvant appartenir aussi à un autre peuple et qui circulent aujourd’hui
à travers toute l’Afrique occidentale).
Ces Dans s’étendent dans la forêt et à sa lisière, depuis le 6° de lat.
N. jusqu’au Bafing, sur les rives duquel ils sont mélangés aux
Soudanais. _Dan_ est le nom qu’ils portent dans leur langue même. Les
Guerzés et les Mandés du Karagoua les nomment _Kerrés_ ou _Guerrés_,
mais ce nom qui signifie _sauvages_ est aujourd’hui appliqué pour
désigner les peuplades d’origine _Bakoué_ qui vivent dans le bassin du
Cavally au sud du 6e parallèle. Les Tômas les appellent _Manons_. A
l’est, ils s’étendent presque jusqu’à la rive droite du Sassandra. A
l’ouest, on les trouve très loin dans le cœur du Libéria et d’après Sir
HARRY JOHNSTON, ils iraient jusqu’au fleuve St-Paul. Tous ceux qui
vivent dans le bassin du Cavally et dans le bassin de la Nuon sont
encore anthropophages.
Les Dans auxquels se rattachent les _Touras_ et peut-être les _Ouobés_
seraient, d’après LAURENT, venus de pays situés plus au N., au delà de
Bafing, constituant le canton actuel du Mahou, au S.-E. de Touba.
DELAFOSSE admet l’existence d’une race Mandé-Fou qui renfermerait ces
peuplades et quelques autres de la Côte d’Ivoire : les _Gbins_, au S. de
Bondoukou, les _Ngans_ du Mango, les _Monas_, au S. de Mankono, les
_Lôs_, les _Gourôs_, au S.-O. de Séguéla. Toutes ces peuplades se
livrent à la culture du Kolatier.
Le district de Danané, que nous avons traversé de l’ouest à ’est en
1909, est une des régions de nos possessions produisant le plus de noix
de Kola.
Nous avons recueilli sur place d’assez nombreux renseignements sur cette
question, mais nous avons surtout puisé de précieuses données dans les
archives du poste rassemblées par le capitaine LAURENT, qui a parcouru
depuis 1905 toute la contrée et visité les moindres villages et a aussi
pénétré fort loin à l’ouest dans les pays rattachés au Libéria.
Le lieutenant GAUVAIN qui l’avait remplacé à Danané lors de notre
voyage, continuait avec le même zèle et la même compétence l’occupation
et l’étude de la région ; il nous a aussi fourni d’intéressants
renseignements :
« Les Dyolas, écrit LAURENT, sont attachés au sol par la culture des
Kolatiers. Ces Kolatiers, on les rencontre partout où il y a des
villages, aussi bien sur les sommets ou sur les flancs dénudés des
montagnes, que sous la galerie verdoyante de la forêt plate. Leur
culture atteint son maximum d’intensité sous le 7e degré, dans les
cantons de Lolé, Blossé, Hyré, Blouno, Oua sud. Ils ne poussent pas au
hasard dans la forêt qui est beaucoup trop dense et où ils
étoufferaient. Tous ont été plantés. Si une noix perdue arrive à germer
en pleine forêt, l’arbre qui en résulte ne rapporte pas, la forêt des
régions inhabitées étant trop épaisse.
« Les innombrables Kolatiers des Mandé-Fou ont donc été plantés et sont
régulièrement entretenus comme le sont en France les arbres de nos
vergers. La tradition rapporte que le Kolatier est originaire du Sud. Ce
sont les gens de Koulinlé qui, les premiers, en ont connu la culture
sans jamais s’y donner beaucoup, sans doute à cause du manque de
débouchés. Les Kolatiers sont de trois espèces : ceux à fruits blancs,
ceux à fruits rouges et ceux à fruits par moitié blancs et rouges. Lolé,
Houné, Blossé apprécient davantage et cultivent les rouges, Oua les
blancs ».
Les principaux centres de production sont Té, Dioandougou, Togouapolé,
Oua, Flampleu, Bounda, Fineu, Danané, sur lesquels nous reviendrons à
propos du commerce.
D’après GAUVAIN, Kahounien, dans le moyen Cavally, par 6° 57 de lat.,
est le marché limite des Kolas vers le Sud. Les _Guerrés_ de race
Bakoué, vivant du 6° au 6° 30, c’est-à-dire plus au sud et qui ne
cultivent pas les Kolatiers, viennent, paraît-il, y faire des achats.
De son côté, D’OLLONE dit qu’en venant du sud il n’a trouvé les
Kolatiers en abondance qu’à partir du pays Kopo, par 6° 40.
Bounda, par 7° 7, est aussi un marché important pour les Kolas qui
iraient de là à Flampleu.
Vers le nord nous les avons observés encore abondants à Sampleu, près
des sources de la Nuon et à Oua par 7° 45 environ.
A l’époque où nous avons effectué notre voyage, en avril et mai,
beaucoup de Kolatiers étaient en pleine floraison, mais il y en avait
très peu à porter quelques fruits. La grande floraison dans cette région
commence vers le 15 mai et se continue jusqu’au 15 juin. A cette époque,
on ne voit que très rarement des cabosses sur les arbres, 2 ou 3
bouquets au maximum par arbre et les 19/20 des Kolatiers n’en ont pas.
La principale récolte se fait en octobre et novembre en même temps que
la récolte du riz, mais les indigènes conservent plusieurs mois des
réserves de noix dans leurs cases ou même dans la forêt et ne les
vendent qu’au fur et à mesure de leurs besoins.
C’est entre 250 m. et 350 m. d’altitude que les Kolatiers sont plus
nombreux. On les observe habituellement en plein massif forestier, le
long des sentiers de la forêt aboutissant à chaque village et surtout
dans les carrefours de ces sentiers. Il est rare d’en rencontrer à plus
de 500 mètres des villages.
Ces Kolatiers sont généralement en très bon état, mais ils supportent
une végétation d’épidendres très abondante : orchidées, fougères,
_Calvoa_, _Begonia_, _Urera_ ; les branches sont fréquemment chargées
d’une chevelure de mousses et de lichens.
Les Kolatiers se nomment _Go_[110] (en dyola), _Hié_ (en guerré).
b) _Pays des Touras ou Touradougou._ — Le Touradougou est situé à l’est
et au nord-est du pays Dan. Il est extrêmement montagneux et la plupart
des villages sont bâtis au sommet de dômes granitiques très escarpés,
dressés souvent de plusieurs centaines de mètres au-dessus des villages.
Il forme avec la partie orientale du Pays Dyola le district de Man, que
nous avons traversé dans presque toute sa longueur en 1909. Ce district
était alors administré par le lieutenant RIPERT, qui eut l’amabilité de
nous accompagner durant notre voyage. Observateur attentif, il nous a
fourni aussi des renseignements précieux sur les Kolatiers de ce
district et sur ceux des régions comprises entre le moyen Sassandra et
le Bandama, qu’il avait aussi parcourues.
Dans le district du Man, il y a relativement peu de Kolatiers. La ligne
des marchés du sud : Man, Gouékangoui, Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé,
Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien (en pays Ouobé) est alimentée de
noix récoltées au sud.
Au marché de Sémien en particulier, on vend des Kolas récoltés dans les
pays Dyolas, Ouobés, Bétés, Ouayas et Lôs.
La presque totalité des Kolas sont rouges. On ne trouve que de rares
Kolas blancs sur les marchés[111]. D’après RIPERT, on trouverait dans
ces régions un nombre relativement élevé de noix à trois cotylédons,
appartenant néanmoins à l’espèce _C. nitida_.
Dans le Touradougou proprement dit, il n’existe que quelques Kolatiers
dans chaque village et il est rare que les Touras sédentaires fassent le
trafic des noix. Certains _Cola rubra_ encore vigoureux et productifs
s’observent dans des villages perchés dans les rochers jusqu’à 900
mètres d’altitude.
c) _Pays des Bétés._ — Le pays Bété proprement dit comprend presque
toute la partie moyenne du bassin du Sassandra et les parties les plus
occidentales du bassin moyen du Bandama. Au sud, il commence vers 5° 30′
à hauteur de Boutoubré. Au nord, il s’étend jusque vers le 7° 45,
puisque, d’après THOMANN, les _Ouayas_ ou _Bobouas_ proviendraient du
croisement des Bétés et des Bakoués. A l’ouest, ce pays est bien limité
par le cours du Sassandra qui sépare les Bétés des _Bakoués_ ou
_Guerrés_. A l’est et au sud-est, les Bétés confinent aux _Lôs_ ou
_Gourôs_. La pénétration du pays par nos soldats est toute récente.
C’est seulement en 1903 que l’administrateur THOMANN réussit à se rendre
de la Côte jusqu’à Séguela en suivant la vallée du Sassandra ; il quitta
le fleuve à partir de Soubré et s’enfonça dans la forêt des Bétés d’où
il ne sortit qu’à hauteur de Vavoua, pour venir déboucher chez les
Mandé-Dioulas au Soudan. Des postes furent établis par la suite en Pays
Bété à Guidéko, à Issia et à Daloa, mais ce n’est en réalité qu’en 1906,
après la première révolte des Bétés, que la pénétration européenne a
commencé. Au commencement de 1907, les officiers qui sillonnèrent toute
la partie nord de cette province purent constater l’importance donnée
par les Bétés à la culture des Kolatiers.
En 1907, nous avons visité Soubré et Guidéko dans la partie sud de la
région, c’est-à-dire celle qui n’exporte pas de noix de Kolas. Les _Cola
pallida_ sont communs à travers la forêt, mais les indigènes n’en tirent
aucun parti. La culture du précieux arbre commence seulement à hauteur
d’Issia, par 6° 30 environ et c’est entre ce village et Daloa qu’elle
atteint son plus grand développement.
D’intéressants renseignements nous ont été communiqués par le capitaine
SCHIFFER et par le lieutenant RIPERT, qui ont, le premier surtout,
beaucoup circulé entre la Sassandra et le Bandama.
Les races de Kolatiers qui dominent sont le _C. mixta_ et le _C. rubra_.
D’après RIPERT, on trouve aussi dans les environs de Daloa un certain
nombre de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Ces arbres
sont toujours cultivés dans la forêt dense, à proximité des villages, le
long des sentiers et sur les terrains occupés autrefois par les cultures
de bananiers, de manioc et d’aroïdées. D’après les notes obligeamment
communiqués par le capitaine SCHIFFER, au nord de la forêt, dans le pays
de transition où les îlots de forêts alternent avec de grandes
clairières, les Kolatiers sont peu abondants. On le constate en
particulier dans le Yokolo, appelé par les _Bétés_ Sokuya ou Sokuea, par
les _Gouros_ : Kuya-Fla, par les _Los_ et les _Dioulas_ : Ouaya ou Wuya.
Les Kolas ne font qu’y transiter pour aller dans le nord. En réalité,
ces noix proviennent des cantons du Leblé, du Balo, du Yokolo et du
Bogué qui sont les seuls du pays Bété se livrant à la culture et à la
récolte du Kola. La culture doit être très développée dans ces régions,
puisque RIPERT qui a parcouru presque tous les pays à Kolas de la Côte
d’Ivoire n’hésite pas à assurer que c’est dans ces cantons qu’il a vu
les Kolatiers en plus grande abondance et c’est là qu’il a observé les
plus belles noix : certaines, en très faible quantité il est vrai,
atteindraient et même dépasseraient le poids de 100 grammes. Il ne
serait pas rare de voir des lots entiers renfermant des amandes pesant
de 20 à 40 grammes, avec lesquelles sont mélangées quelques autres
encore plus lourdes.
Vers le nord, d’après SCHIFFER, les Kolatiers deviennent déjà rares dans
le Balogué ; de même vers le sud la véritable culture du Kolatier
s’arrête au 6me degré, c’est-à-dire à hauteur de Bitri.
De son côté, THOMANN dit n’avoir pas vu de Kolatiers dans le moyen
Sassandra, ni chez les Los, ni chez les Babouas, mais seulement dans le
Bogué et le Bala.
d) _Pays des Lôs ou Gouros._ — Les Gouros, auxquels DELAFOSSE[112]
attribue le nom de _Koueni_ et qui sont nommés _Lôs_ par les Mandés et
_Gouros_ par les Agnis, habitent une région forestière située à la
bordure ouest du Baoulé, par conséquent sur la rive droite du Bandama,
principalement entre la Marahoué ou Bandama rouge et le Bandama blanc
(rivière de Marabadiassa). Ils s’étendent en longueur du 6e au 8e
parallèle. A l’ouest, ils sont limités par les Bétés, au nord par les
Mandés-Dioulas, à l’est par les Baoulés avec lesquels ils sont mélangés
sur la frontière.
J. EYSSERIC[113] le premier a pénétré dans ce pays en 1897. Quelques
années plus tard, en 1901, le capitaine SCHIFFER en commençait
l’occupation. Divers postes militaires : Béoumi, Zuénoula, Bouaflé,
Sinfra, Oumé, sont aujourd’hui installés dans cette contrée. L’état
troublé dans lequel elle se trouvait en 1907 et 1909 ne nous a pas
permis d’y pénétrer.
Depuis longtemps, BINGER a fait connaître qu’une grande partie des Kolas
transportés par les Dioulas du Soudan proviennent de cette contrée.
D’après le lieutenant BEIGBEDER, ancien chef de poste de Sinfra, la
principale province productive est le Koyaradougou. Les tribus qui se
livrent à la récolte des Kolas sont les _Lôs Sia_ au sud et les _Lôs
Mona_ au nord. Les Kolatiers sont plantés aux abords des villages, le
long des chemins de la forêt et surtout aux carrefours, ces carrefours
étant souvent l’emplacement d’anciens lieux habités. On ne les rencontre
jamais en véritables plantations. Les arbres sont la propriété de la
communauté du village. La principale récolte se fait en novembre et
décembre. Il y aurait aussi une petite récolte en avril et mai.
Le lieutenant RIPERT qui a parcouru aussi cette région assure qu’il y a
peu de Kolatiers dans le pays Lô proprement dit ; des cantons entiers
n’en produisent pas et dans toute la partie sud du pays Gouro, les noix
de Kola sont inconnues comme produit d’échange. En réalité, les noix de
Kola, considérées comme venant du pays Lô, viennent du pays des Bétés.
Les Lôs sont des intermédiaires qui vont chercher les noix chez les
Bétés pour les vendre sur leurs marchés aux femmes Mandé-Dioulas. Nous
nous étendrons davantage sur cette question dans le chapitre consacré au
commerce.
Selon SCHIFFER, dans la partie septentrionale du pays des Lôs, il
n’existe encore que quelques arbres isolés vers Kamalo, Koussana,
Diorolé, Mankoro, Goaka. En pays Lô, le canton de Lueno ne possède
qu’une cinquantaine d’arbres ; on en compte une centaine dans le canton
de Mieole, quelques centaine dans ceux de Karagnian, Digougou, Naté.
Ceux de Boromo, Gokomo n’en ont que quelques pieds. C’est seulement dans
le canton de Niogor que les Kolatiers deviennent nombreux, mais ils ne
sont véritablement abondants que dans le pays des Ouayas, principalement
au sud, dans le nord du pays des Bétés et chez les Gouros vivant sur la
rive droite de la Marahoué.
e) _Pays des Ngans._ — Dans le récit de son exploration BINGER rapporte
qu’une partie des Kolas exportés sur Kong et sur Bobo-Dioulasso
proviennent de l’Anno ou Mango. Cette province que nous avons traversée
est située au sud-ouest du grand centre de Bondoukou, mais les Agnis qui
l’habitent ne produisent qu’une faible quantité d’amandes. En réalité,
les noix de Kola dites de l’Anno proviennent en majeure partie du pays
des Ngans situé au nord-est du Baoulé, entre 7° 30 et 8° de lat. N.
d’une part et entre le moyen Nzi et le moyen Comoë, d’autre part. Dans
le pays des Ngans, on distingue deux régions : 1o les Ngans du Guiamala,
rattachés au cercle de Kong ; 2o les Ngans du Mango, dépendant du cercle
du Nzi-Comoé, secteur d’Akouakoumékrou. Au N.-E., ils confinent au
Bini ; plus au N. encore, vers le 8e parallèle commence le pays Barabo
qui ne produit pas de Kolas. Les Ngans parlent presque tous la langue
mandé-dioula ; au contact du Mango proprement dit, ils parlent aussi
agni. D’après DELAFOSSE, ils seraient apparentés aux Lôs ou Gouros.
Notre itinéraire de Bongouanou à Akouakoumékrou nous a conduit à
proximité des Ngans du Mango et nous avons pu nous procurer des
spécimens de rameaux en fleurs, de cabosses et de noix des Kolatiers de
cette région. On y trouve des _Cola mixta_, des _Cola pallida_ et
probablement aussi des _Cola_ ne produisant que des noix blanches mais
non complètement identiques au _Cola alba_ du Kissi, car ce dernier a
les fleurs entièrement blanches, tandis que le Kola blanc des Ngans
aurait des fleurs rayés de pourpre. Ses noix ne sont pas du reste
complètement blanches, mais d’un blanc-verdâtre à l’état frais, d’où le
nom de _Biguendé oro_ (_Kola vert_) que lui donnent quelques soudanais.
Dans les lots de Kolas achetés dans le pays par les dioulas, on trouve
ordinairement mélangées aux noix blanches, un cinquième de noix rouges
et de noix roses, tout à fait semblables à celles du Haut-Cavally ou de
l’Achanti.
Toutefois les arbres produisant exclusivement des noix rouges ou
exclusivement des noix blanches n’existeraient pas au dire des
indigènes. Mais cette assertion aurait besoin d’être contrôlée, car un
Agni nous a montré aux environs d’Akouakoumékrou, où existent peu de
Kolatiers, un arbre qui donnerait exclusivement des noix blanches.
C’est cet arbre dont les fleurs présentaient trois raies pourpres sur
chaque sépale en dedans du calice.
Le passage du livre de BINGER que nous avons reproduit au 2e chapitre
page 27 et qui assure que le Mango ne produit que des noix blanches et
des noix rosées n’est en tout cas pas tout à fait exact.
Dans une cabosse fraiche et parvenue à maturité, cabosse à forte crête
dorsale et tuberculeuse-scoriacée à la face inférieure nous avons trouvé
quatre noix rouges et une noix blanche. Par contre, nous avons examiné
cinq cabosses qui ne renfermaient que des noix blanches.
Les indigènes assurent que sur les arbres qui les produisent on trouve
aussi quelques cabosses contenant des amandes blanches et roses en
mélange, mais nous sommes loin d’en avoir la certitude.
Les Ngans ne paraissent point disposés à fournir beaucoup de
renseignements sur un végétal qui fait, en somme, toute leur richesse.
Ils assurent qu’il n’existe qu’une seule race de Kolatiers dans leur
pays, donnant des noix blanches, rouges et roses. Les variations
constatées dans la taille des fruits, la coloration et la dimension des
amandes, tiendraient seulement aux différences de sol, d’abri, de soins
culturaux. Bien plus, ils assurent que des différences dans la
coloration des amandes d’un arbre se produiraient parfois d’une année à
l’autre : ainsi un Kolatier qui ne donne que des noix blanches et des
noix rosées pourra produire aussi une autre année quelques noix rouges.
Contrairement à l’assertion de BINGER, les dioulas que nous avons
interrogés assurent que les Kolas des Ngans ne sont pas inférieurs à
ceux des Achantis. Ils se vendent aujourd’hui aussi cher sur les marchés
et se conservent aussi longtemps s’ils sont bien emballés.
Seuls les Kolas blancs très lavés de vert, seraient de médiocre qualité
et ne se conserveraient pas longtemps. Nous nous demandons si cette
coloration ne proviendrait pas de ce que les amandes auraient été
récoltées avant maturité.
Les noix du Kissi, qu’on laisse mûrir sur les arbres, sont les plus
estimées.
La principale récolte des Ngans se fait en septembre et octobre. En
décembre, il ne reste plus de cabosses sur les arbres ; une deuxième
récolte, plus faible a lieu en juin. En dehors de ces périodes, les
Kolatiers donnent quelques fruits tout au long de l’année. Ils sont
presque constamment en fleurs.
M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a communiqué d’intéressants
renseignements sur les Ngans du Guiamala dont nous n’avons pu visiter le
pays et sur la manière dont ils cultivent les Kolatiers :
« Les Ngans sont arrivés dans le pays depuis trois ou quatre
générations. Ils venaient des rives d’un grand fleuve (Comoë ou
Volta ?), fuyant devant des voisins envahisseurs. Ils s’établirent sur
la rive gauche du Nzi, là où le plateau central, qui sépare les deux
bassins Comoë et Nzi, vient mourir en croupes peu élevées. A l’origine,
ils étaient, sans nul doute, peu nombreux puisqu’ils ne purent fonder
que deux villages, mais vivant dans la paix la plus complète ils se
multiplièrent, si bien qu’à l’heure actuelle le pays des Ngans du
Guiamala renferme 24 villages et plus de 2.500 habitants. A l’encontre
de tous leurs voisins, ils échappèrent, vers 1895, aux ruines et aux
massacres accumulés par les Sofas (soldats) de Samory et c’est surtout
parce qu’ils étaient les producteurs des noix de Kola qu’ils furent
épargnés.
« Ils feraient trois récoltes de Kolas par an : la principale en
octobre-novembre, une autre en février et mars et enfin une troisième en
juin et juillet. Les cabosses sont de taille très variable : elles
renferment 4, 6, parfois 10 noix ; on m’a affirmé en avoir vu qui en
contenaient jusqu’à 20. La noix est blanche ou rouge ; la même cabosse
peut contenir des noix de différentes couleurs, mais chez les Ngans, les
Kolas blancs dominent. Les arbres sont ordinairement groupés en petites
plantations de 250 à 300 Kolatiers espacés sans aucune symétrie ».
Nous reviendrons plus loin sur ces plantations.
4o _Zône sud et moyenne de la Côte d’Ivoire._ — Bien que le Kolatier n’y
soit l’objet d’aucune exploitation et que la culture en soit
rudimentaire, il existe partout dans la partie méridionale de la Côte
d’Ivoire, depuis la mer jusqu’au 6° 30 de latitude. Non seulement on le
trouve à l’état spontané à travers la forêt — et par endroits il
constitue environ 1/100 des peuplements — mais presque toujours aussi on
observe quelques Kolatiers plantés aux abords des villages.
La consommation des noix de Kolas dans cette zone est très restreinte.
Les autochtones en font rarement usage et en mâchent en petite
quantité ; les sénégalais et soudanais employés de l’administration ou
des maisons de commerce, recueillent souvent eux-mêmes sur les arbres
existant aux abords des postes, les noix dont ils ont besoin.
Depuis quelques années seulement, des dioulas soudanais achètent çà et
là dans les villages de la forêt, des charges de noix de Kola et vont
les vendre dans les principaux centres côtiers ou bien remontent dans le
nord par les routes créées par l’administration ou même par le chemin de
fer. C’est ainsi que nous avons constaté en 1909 que des achats assez
sérieux de Kolas se faisaient déjà dans le Morenou, dans l’Attié, dans
le pays Abé et ce trafic était tout à fait inconnu les années
précédentes. Il est bien certain qu’en multipliant les routes, dont un
beau réseau a déjà été créé depuis peu à travers la forêt, on
développera de plus en plus l’exportation des Kolas, soit vers la côte,
soit vers les régions soudanaises ; mais, sans se contenter d’exploiter
les arbres sauvages qui donnent généralement des rendements faibles, il
deviendra très utile de faire effectuer aux indigènes des plantations
autour de chaque village. C’est à cette condition qu’on pourra suffire à
la consommation qui se développe de plus en plus au Soudan.
Il n’est probablement pas un canton dans toute la partie forestière de
la basse Côte d’Ivoire où les Kolatiers ne se rencontrent déjà plantés
en petite quantité. Les formes les plus fréquentes sont _Cola mixta_ et
_Cola pallida_.
Dans les forêts comprises entre le moyen Sassandra et le moyen Cavally,
ainsi que dans tout le bas Cavally, nous avons remarqué fréquemment des
Kolatiers à travers la forêt. On en trouve également à l’état cultivé
chez les Tébo, les Trépo, les habitants de Grabo, et chez les Kroumen de
la Côte.
Dans ces régions, en juin, les Kolatiers ne portent pas de fleurs ; une
abondante floraison commence vers le 15 juillet et continue pendant tout
le mois d’août. C’est probablement cette floraison qui donne la grande
récolte d’octobre et novembre.
Dans les langues de ces régions, le Kola porte les noms suivants : _Oué_
(trépo), _Houré_ (plabo, langue de Bériby), _Gouéré_ (néyau, langue du
bas Sassandra).
Il a été aussi signalé dans le cercle de Grand-Lahou et dans celui de
Tiassalé.
Le Kolatier est commun dans le grand massif forestier constituant le
cercle des Lagunes et il y porte les noms suivants :
_Bouessé_ (langue de Mbonoi), _Hapo_ (ébrié), _Halou_ (adioukrou), _Na_
(abé), _Hahouessé_ (agni), _Lô_ (attié).
De Dabou, M. JOLLY avait envoyé à PIERRE des spécimens d’un _Kola
nitida_, qu’il considérait comme la source des Kolas blancs de la
région ; ces spécimens sont conservés dans l’herbier du Muséum. Plus au
N., dans la vallée de l’Agniéby et sur tout le parcours de la voie
ferrée depuis Abidjan jusqu’à Nziville, nous avons observé partout des
Kolatiers, soit à travers la forêt, soit plantés à proximité des
villages. Très souvent ces arbres donnent de petites noix rosées, mais
aux environs d’Agboville en pays _Abé_, on nous a apporté aussi des noix
rouges pesant de 60 grammes à 100 grammes[114] et considérées par les
soudanais comme étant de toute première valeur.
Dans cette région les indigènes distinguent :
1o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes rouges, atteignant
parfois une très grosse taille, nommé _Na hé_ (_Kola_ rouge). Assez
commun.
2o Un Kolatier donnant à la fois des amandes rouges et des amandes
blanches. Assez commun à l’état cultivé.
3o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes blanches. _Na fo_
(_Kola blanc_). Très rare et vraisemblablement importé.
4o Un Kolatier donnant exclusivement des petites noix rosées. Assez
rare. Les Abés le nomment _Oua Na_, Kola du sanglier. Il croît dans la
forêt et les sangliers (potomochères) en seraient friands. D’autres
indigènes assurent qu’on le nomme ainsi parce que sa couleur rappelle la
robe fauve de ce sanglier.
Les Abés laissent perdre encore beaucoup de Kolas dans la forêt.
Cependant ils commencent à en recueillir les noix pour les vendre aux
caravaniers soudanais circulant sur la voie ferrée.
Dans le Morénou et spécialement dans la région de Sahoua, les Kolatiers
sont assez répandus autour des villages. Nous y avons observé :
1o des Kolas d’un beau rouge-brun (bons Kolas du Soudan) ;
2o des Kolas moyens d’un jaune-rosé, parfois d’un blanc-jaune au
sommet ;
3o des Kolas d’un blanc-jaunâtre, légèrement verdâtres au sommet. Ces
dernières noix sont dans la proportion d’un tiers environ et paraissent
identiques aux _Kolas verts_ du Pays des Ngans. Certains soudanais ne
les mangent pas, prétendant qu’ils donneraient la fièvre.
Dans l’Indenié, le Sanwi, l’Attié, les Kolatiers existent çà et là le
long des sentiers à l’entrée des villages. Dans ces provinces très
boisées et fort humides ils sont souvent couverts d’épiphytes ; c’est
ainsi qu’aux environs d’Alepé, leurs branches sont chargées d’une belle
cactée, le _Rhipsalis Cassytha_ Gaertn. dont les rameaux verts sans
feuilles rappellent des touffes de gui.
Il n’est pas douteux que ces provinces remplissent les meilleures
conditions pour la réussite de la culture du Kolatier.
=IV. — DAHOMEY.=
« La Kolah du Dahomey, écrivait J. FONSSAGRIVES[115], est facilement
reconnaissable à ce que chaque fruit se divise en quatre ou cinq
parties. Elle est principalement récoltée à Abomey-Calavi et dans les
environs, en septembre et octobre. Les plus gros fruits sont d’une
couleur rose, les petits sont rouge vif ; on en trouve même quelques-uns
blancs. »
L’espèce donnant des noix à deux cotylédons (_C. nitida_) n’existait pas
en effet au Dahomey jusqu’à ces dernières années, mais elle a été
introduite depuis par le Service d’agriculture.
Celle qui se rencontre dans tout le Bas-Dahomey jusqu’à hauteur de la
bande marécageuse nommée Lama est le _C. acuminata_ (Pal. Beauv.) Schott
et Endl. ; c’est du reste à une faible distance plus à l’est dans la
province du Bénin, dépendant aujourd’hui de la Nigéria anglaise, que
PALISOT DE BEAUVOIS avait découvert son espèce. Ce _Cola acuminata_ ne
nous paraît exister qu’à l’état cultivé au Dahomey. Nous l’avons observé
à Porto-Novo même, à Adjara, aux environs de Sakété, à Ouidah, aux
environs d’Allada, à Zagnanado où il est à sa limite nord extrême. Il
croît soit sur la bordure des palmeraies d’_Elæis_, soit dans les rues
des villages, ou dans les cours-vergers avoisinant souvent les cases des
indigènes, soit encore dans de petits bouquets de forêts où les
Kolatiers sont souvent plantés en lignes et ombragent des Méléguettes
(_Aframomum Melegueta_ K. Schum) également cultivés.
Nous empruntons à SAVARIAU[116], qui lui-même les tenait des
administrateurs du Dahomey, les renseignements suivants sur la
répartition des Kolatiers :
Les principaux peuplements se rencontrent :
1o Dans le cercle de Porto-Novo, au voisinage de la rivière Iguidi, de
la lagune d’Adjara, du Bas-Ouémé, existent toujours quelques pieds
autour des nombreux petits villages du cercle ; on y rencontre aussi
parfois des _Garcinia Kola_ Heckel.
2o Dans le cercle de Cotonou, les plantations sont, d’après PROCHE,
presque toutes localisées dans une bande de terrain nord-sud bordant les
parties marécageuses à proximité de la rive droite de la rivière Sô,
entre Agassa-Godomey et Abomey-Calavi. Sur 20.000 arbres environ, 15.000
étaient en rapport, il y a cinq ou six ans. Il existe encore de nombreux
Kolatiers près de la lagune qui s’étend à l’est de la voie ferrée depuis
Pahou jusqu’à Arané.
3o Dans le cercle de Ouidah, les plus importants des peuplements se
rencontrent à Adjara, sur la lagune Toho (7.000 pieds) et à Domé
(1.000), et quelques centaines de pieds se rencontrent à Savi et sur la
rive du lac Ahémé de Segborouhé à Pomassi et Nazoumé.
Dans le cercle de Grand-Popo, il n’y a pas de Kolatiers ou un petit
nombre seulement ; on en rencontrerait toutefois encore un assez grand
nombre dans les bas-fonds du cercle d’Allada et dans presque tous les
thalvegs fortement boisés. Le cercle de Zagnanado n’en posséderait qu’à
Gbaouté sur la rive gauche de l’Ouémé et à Dori-Cogbé dans le canton de
Coyé.
Avec le _Cola acuminata_, on rencontre parfois dans les petits bouquets
de forêts du Bas Dahomey quelques exemplaires de _Cola verticillata_,
qui ne paraissent pas avoir été plantés et seraient spontanés dans le
pays. SAVARIAU qui avait observé le premier cette espèce dans un petit
bois près de la gare de Sakété, désignait l’espèce sous le nom de _Kola
fade du Dahomey_. M. NOURY nous a montré ces arbres que nous avons pu
identifier avec les spécimens de la Gold-Coast du _C. verticillata_. Les
noix sont ordinairement dédaignées des indigènes qui nomment l’espèce
_Vigpô_ en dahoméen et _Abidan_ en nago.
Nous avons donné la répartition géographique de cette espèce à la suite
de sa description botanique.
_Cola nitida_ ferait complètement défaut au Dahomey d’après des
renseignements verbaux du regretté E. POISSON, qui avait exploré tout le
Bas Dahomey au point de vue agricole. Quelques graines de cette espèce
furent ensemencées, il y a environ sept années, au Jardin d’essai de
Porto-Novo. Les plants qui en sont sortis sont aujourd’hui de petits
arbres ayant pour la première fois porté des fruits en 1910.
D’autres Kolatiers, ensemencées en divers points de la colonie,
notamment à Cabolé, n’ont pas réussi.
Peu de temps avant sa mort, SAVARIAU avait fait planter des Kolatiers de
l’espèce _C. nitida_ dans divers bouquets de la forêt, notamment à
Sakété et à Bokoutou dans le cercle de Porto-Novo, enfin à Niaouli, près
Allada. Ces jeunes plantations, quand nous les avons vues en 1910,
étaient en bonne voie.
Il nous paraît toutefois peu probable qu’une essence aussi nettement
adaptée à la vie des sous-bois des grandes forêts tropicales que l’est
le _Cola nitida_ puisse prospérer au Dahomey. Il arrivera peut-être à
vivre dans les bouquets de forêts qui existent çà et là jusqu’au 7me
parallèle, mais il est douteux qu’il donne des rendements rémunérateurs.
Il ne faut pas espérer le voir croître dans les villages du nord, comme
Abomey, Savalou ou Djougou, où l’administration locale, mal renseignée,
a tenté vainement de l’acclimater.
Le Dahomey a d’autres essais agricoles beaucoup plus intéressants à
poursuivre.
=V. — AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.=
Les Kolatiers de la grande forêt congolaise sont encore très mal connus.
On ne peut y signaler pour le moment, d’une manière certaine, que les
deux espèces _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_, que nous y avons
observées en 1902-1904 et qui sont généralement confondues par les
indigènes de la région gabonaise sous les noms de _Ombéné_ ou _Abèl_.
Quelques voyageurs, dont nous rapportons les observations plus loin,
auraient rencontré d’autres sortes de Kolatiers, mais rien ne prouve
qu’il s’agit de plantes de la section _Eucola_, et ce point restera
obscur tant que la question n’aura pas été étudiée sur place par un
botaniste. Notre propre expérience nous a appris en effet qu’il était
presque impossible de différencier des échantillons d’herbiers de ce
groupe, à moins d’avoir une connaissance approfondie des espèces qu’on
étudie : c’est la raison pour laquelle _Cola acuminata_ et _Cola nitida_
ont été confondus dans les Herbiers jusqu’à nos jours par presque tous
les botanistes.
L’espèce la plus répandue dans tout le Gabon et probablement jusqu’au
Moyen-Congo est le _Cola acuminata_. La forme de cette région,
complètement identique avec celle de San-Thomé, que nous avons étudiée
plus en détail, paraît différer un peu de la forme typique du Bénin et
du Dahomey. C’est pour cette forme du Gabon que le savant PIERRE avait
créé l’appellation de _Bichea carinata_[117]. Nous ne pensons pas pour
notre part qu’on puisse les séparer spécifiquement.
Le _Cola acuminata_ a été depuis longtemps découvert au Gabon par
GRIFFON DU BELLAY, AUBRY-LECOMTE, le P. DUPARQUET ainsi qu’en témoignent
les exemplaires conservés à l’Herbier du Muséum. C’est une espèce qui
doit être très répandue au Gabon si l’on en juge par le nombre des
spécimens de cet Herbier. Le P. KLAINE en particulier en a récolté
beaucoup dans toute la région de Libreville.
Nous avons vu nous-même la plante très abondante autour de Mayumbe où
elle vit à travers la forêt.
G. BERTHELOT DU CHESNAY a donné des renseignements intéressants sur la
dispersion dans la région côtière du Gabon et spécialement près de
Kakamoéka de cet arbre nommé _Makenso_ par les indigènes de race fiote
et qu’il rapporte inexactement au _Cola Ballayi_[118] :
« Il est une des essences constitutives des brousses de haute futaie
dans tout le Gabon-Congo.
« On le trouve poussant toujours avec une très grande vigueur, aussi
bien sur les pentes fortes que sur les terrains plats, sur les bords des
cours d’eau comme sur les sommets des montagnes (lesquels ne sont jamais
situés au-dessus de 450 mètres), enfin dans les sous-bois très fourrés
et les futaies clairsemées.
« Il ne parait exiger que deux choses : d’abord un sol profond, argilo-
ferrugineux, ensuite un bon drainage qui laisse ses racines en dehors de
l’eau stagnante. Sa présence dans un endroit est un criterium certain
que ce terrain n’est pas inondé lors des crues ; sur les bords du
Kouilou-Niari, ils peuvent servir à indiquer les limites d’inondation du
fleuve.
« On conçoit dans ces conditions les indications précieuses que la
simple vue de l’arbre donne au colon qui cherche dans la brousse un
endroit à défricher.
« Enchevêtré de lianes, privé de lumière et d’air dans la forêt, il
donne une récolte relativement faible, à peine trois cents fruits à cinq
noix par gousse, ce qui ferait trois mille noix de Kola pesant 45 à 50
kilogs. »
Le Kolatier a été aussi signalé dans beaucoup d’autres régions de
l’Afrique équatoriale, mais les renseignements fournis par les voyageurs
sont très imprécis pour qu’on puisse dire s’il s’agit toujours du _Cola
acuminata_ ou aussi du _Cola Ballayi_ dont nous nous occuperons plus
loin. C’est la première espèce qui domine au Gabon ; dans la région du
moyen Congo où le _Cola Ballayi_ est fréquent, on observerait aussi,
d’après BAUDON, mais plus rarement, une seconde espèce qui est très
probablement le _Cola acuminata_.
Casimir MAISTRE signale le Kolatier aux environs de Loudima, au
confluent des rivières Niari et Loudima. « Le chef des Bakounis, dit-il,
offrit des Kolas aux européens et aux sénégalais de la mission[119] ».
LECOMTE a vu aussi des Kolatiers dans la région du Mayumbe et du
Kouilou.
Le docteur VOULGRE, en 1877, notait le Kolatier comme existant sur les
plateaux du Pays Batéké[120].
Le docteur SPIRE, qui a parcouru la grande forêt congolaise pendant la
mission FOURNEAU-FONDÊRE, depuis l’Ogoué jusqu’à la Sangha, signale
aussi l’existence de ces arbres. « Comme fruits comestibles, écrit-il,
il faut encore parler de certaines variétés de Kolas, le _Ngoafou_, le
_Ngoma_ des Pahouins. Je n’ai pas rencontré sur le sentier le Kolatier ;
il existe cependant dans le pays des Ossyébas où les indigènes nous en
apportaient incessamment des gousses[121] ».
AUTRAN indique que le Kolatier est très abondant dans le Congo français
et surtout dans le Como, l’Ogoué et le Fernan-Vaz. Il recherche surtout
les endroits humides et le plus souvent le bord des ruisseaux[122]. Aux
localités déjà citées, CAMBIER ajoute comme habitat : la Likouala-
Mossaka, la Sangha, la Likouala-aux-Herbes. L’arbre vit, dit-il, non
seulement dans les endroits humides, mais aussi sur les plateaux[123].
Remarquons enfin que toutes les régions que nous venons de mentionner
sont comprises dans les parties de l’Afrique équatoriale occupées par la
forêt Vierge.
_Cola Ballayi_ Cornu. — Quoique moins fréquente que la précédente, cette
espèce existe aussi au Gabon et l’Herbier du Muséum en possède plusieurs
exemplaires provenant du Mayumbe et de la forêt intérieure, mais c’est
surtout dans le Moyen Congo et dans l’Oubangui qu’elle est répandue.
C’est sans nul doute à cette espèce que DYBOWSKI[124] et FOUREAU[125]
font allusion dans leur récit de voyage.
En remontant de Brazzaville à Bangui, nous l’avons rencontrée aux abords
de presque tous les villages à partir du 2° de lat. S. et elle remonte
jusqu’à 4° 15 N., un peu plus haut que Bangui. Quelques-uns de ces
arbres, vivant au carrefour des sentiers de forêt, à l’entrée et parfois
même à l’intérieur des villages, paraissent avoir été plantés.
_Kolatiers d’espèces indéterminées._ — En dehors des deux espèces
énumérées, la forêt équatoriale recèle d’autres espèces du genre _Cola_
à noix utilisables, mais il est impossible, en l’absence de documents,
de dire si ces arbres appartiennent à des espèces ou des races étudiées
plus haut ou s’il s’agit d’espèces nouvelles.
Nous devons d’abord mentionner un Kolatier à larges feuilles
retombantes, à limbe elliptique, arrondi à la base, présentant 7 ou 8
paires de nervures secondaires. Il existe dans les serres du Muséum un
exemplaire de cette plante obtenu de semences originaires du Congo et
dont nous avons publié la photographie.
Il semble que c’est à cette même plante qu’il faut rattacher le no 1209
du P. KLAINE, recueilli aux environs de Libreville et conservé dans
l’Herbier PIERRE au Muséum.
En 1908, BUCHET a signalé au Gabon l’existence d’une espèce de Kolatier
donnant des noix à deux cotylédons dont on peut faire usage. Cette
espèce serait spontanée dans la région du moyen Como, à environ 150
kilomètres du littoral de Libreville. Les noix sont de belle dimension,
aplaties sur les deux faces et de couleur rose, parfois d’un rouge assez
vif, mais jamais blanches.
Elles germent comme celles du _Cola nitida_ et chaque cotylédon porte
aussi une légère fente. La principale récolte a lieu de janvier à mars ;
une petite récolte survient probablement vers septembre ou octobre. Les
Pahouins en font à peine usage ; ils confondent l’espèce avec le
Kolatier ordinaire[126].
D’autre part, BAUDON écrit à l’un de nous qu’il a observé 3 espèces de
Kolatiers sauvages au Congo : l’une produit des amandes à deux
cotylédons, une seconde donne des graines volumineuses et presque
toujours à quatre cotylédons, enfin une troisième fournit des noix à 5
ou 6 cotylédons, qui sont couramment consommées par les indigènes. Nous
avons vu des spécimens de cette dernière : c’est sans nul doute le _Kola
Ballayi_.
Enfin, le P. TRILLES signale aussi une grande variété de Kolatiers dans
la partie du Gabon qu’il a explorée. La lettre qu’il nous écrivait en
1909 à ce sujet doit être publiée :
« Dans tout le pays que l’on pourrait appeler région de l’Ogowé, située
tout au long de ce fleuve et allant jusqu’aux Monts de Cristal où la
végétation devient différente et se rapproche de celle du Cameroun, on
trouve en assez grande abondance le _Cola acuminata_. Ainsi, dans les
forêts qui s’étendent de Libreville au cap Esterios, il est fréquent
sauf au bord de la mer. Les Mpongoués le désignent sous le nom
d’_Ombéné_. A cette occasion, il est fort regrettable que l’on donne
presque toujours à propos de la flore gabonaise, les noms indigènes
mpongoués ; cette tribu est presque éteinte et de nulle importance, à
peine 400 à 500 individus mâles aujourd’hui.
« Les Fang lui donnent le nom d’_Abel_. Il présente toujours de 4 à 6
cotylédons.
« De cet _Abèl_ ils distinguent deux variétés, d’après le goût du fruit
âcre et moins âcre ; la première porte le nom d’_Abelayôl_ — ou _Abèl_
qui fait vomir ; l’autre le nom d’_Abèl_ simplement.
« L’_Abèl_ simple n’est pas employé ; l’_Abèlayol_, au contraire, est
très recherché, non pour son fruit, aucune de nos populations de la
région de l’Ogowé ne s’en servant — mais pour les racines et l’enveloppe
du fruit, employés dans la gonorrhée et la syphilis. On donne également
l’enveloppe du fruit broyée aux femmes enceintes pour faciliter
l’enfantement.
« L’_Abèl_ est, je crois, le _Cola acuminata_ ; avec sa variété, c’est
le seul _Cola_ de ce groupe connu dans la région de l’Ogowé.
« Lorsqu’on remonte un peu plus haut et que l’on atteint la région
montagneuse, on trouve outre l’_Abèl_, deux autres espèces de _Cola_ :
l’une porte le nom de _Nkork_, l’autre de _Ngwang_.
« Le _Nkork_ est à deux cotylédons. On en compte 3 variétés qui doivent,
je crois, tenir plutôt à la station. La première a deux gros cotylédons
blancs qui bleuissent au contact de l’air. La saveur est sucrée, puis
amère. Les Sénégalais qui étaient avec moi l’estimaient peu.
« L’arbre est _très fréquent_ sur le bord des ruisseaux, marais, etc.
« Une deuxième espèce de _Nkork_ a des fruits roses beaucoup moins gros,
mais très abondants sur le tronc qui en était parfois entièrement
recouvert.
« Ces fruits ne changeaient guère au contact de l’air. On le trouvait à
flanc de colline, dans les terrains pierreux. Les Sénégalais
l’appréciaient beaucoup.
« Enfin une troisième variété dite _Nkorketshork_, porte des fruits
tantôt rouges, tantôt blancs, tantôt les deux réunis sur le même arbre.
« Cette dernière forme est fréquente et dans ce cas les Fangs disent que
_l’arbre est marié_, ou « _alongha_ » ; c’est le seul dont ils emploient
la racine contre la syphilis.
« Enfin une troisième espèce est connue sous le nom de _Ngwang_. C’est
un bel arbre à bois blanc très dur et dont les Fangs du Nord estiment
beaucoup les fruits. J’ai expliqué dans mon récit « _Mille lieues dans
l’Inconnu_ », les accidents nerveux, tics de la face, etc.,
caractéristiques des mangeurs de ce Kola. Le _Ngwang_ comprend également
deux variétés assez distinctes. Il vous sera d’ailleurs facile de le
retrouver, car j’en ai envoyé un échantillon complet de la rivière Ebé,
au regretté PIERRE qui l’a nommé _Cola Trillesiana_[127] ». (P. TRILLES,
in litt.).
D’autre part CHALOT, a signalé qu’il existait dans la forêt de Mayumbe
et dans les environs de Brazzaville un arbre à Kola donnant des fruits
plus gros que le Kolatier ordinaire du Gabon. Ce dernier est connu entre
Loango et Brazzaville sous le nom de _Makassou_[128].
Nous ne savons presque rien sur les Kolatiers des territoires de la
haute Sangha, situés en bordure de l’Adamaoua et où les caravaniers
haoussas et foulbés viennent depuis longtemps (ce commerce était déjà
ancien à l’époque du voyage de BARTH) acheter des Kolas. Le seul
document de quelque valeur sur les noix de cette région est la lettre de
A. GOUJON, publiée par HECKEL. « On trouve les Kolas, écrit-il, dans
tous les pays situés entre Brazzaville et Koundé (Adamaoua), mais ce
sont surtout les forêts qui bordent les ruisseaux de la contrée entre
Kadou et Mambéré qui semblent être leur pays d’élection.
J’en ai trouvé dans tous les villages ou à peu près et lorsque j’en
demandais, on allait chercher quelques amandes enterrées dans un endroit
humide pour les conserver, mais ce n’est que dans les pays en relations
avec l’Adamaoua qu’ils font l’objet d’un grand commerce. Là ils sont
classés par crus, comme les grands vins, portent les noms de leurs lieux
de provenance et se vendent à des cours qui résultent de la qualité et
des quantités existantes sur le marché.
« J’ai vu à Gaza le prix de l’amande varier de 15 à 60 cauris. Le Kola
le plus estimé est celui de Bayanda, dit _Kola Bafio_. Il doit cette
préférence à la durée de sa conservation à l’état frais qui dépasse 3
mois et à l’absence d’âpreté. A partir de Bem-Nasoury, le Kola n’est
plus exporté vers le nord, parce qu’il ne se conserve pas. Celui de
Koundé est même à peine consommé dans le pays à cause de son âcreté qui
tient, je suppose, à ce que, à l’altitude de ce point, il ne mûrit
qu’imparfaitement[129]. Je n’ai rencontré à Bania que la grosse variété
de Libreville qui, lorsqu’elle est parfaitement mûre, est d’un rose
assez vif. Je n’ai pas vu de Kola blanc[130] ».
Le lieutenant P. CHARREAU, qui a séjourné aussi dans la Haute-Sangha,
écrit que « c’est avec les noix de Kola venant de Nola, Bania, Cambé,
que les Haoussas achètent à Ngaoundéré leurs bestiaux ».[131]
D’après ce même auteur, les noix de Kola monteraient par Carnot et
Koundé vers le Nord, en paiement des importations.
Tout à l’est de nos possessions, d’après quelques voyageurs, il
existerait encore des Kolatiers dans le haut Oubangui, notamment chez
les Yakomas, entre Mobaye et Les Abiras. De là les noix sont
transportées dans les Sultanats du Haut-Oubangui où les caravaniers
islamisés venus du Ouadaï et du Darfour s’en approvisionnent. Récemment
P. PRINS a signalé l’existence d’un Kolatier à noix rouges à Rafaï sous
le 5me parallèle, près du confluent du Mbomou et de la Chinko[132].
Il est possible qu’il existe encore quelques Kolatiers dans le sultanat
de Tamboura, au sud duquel le Mbomou prend sa source. On sait que c’est
tout près de là, mais légèrement au S.-E., chez les Monbouttous ou
Mangbettous, que SCHWEINFURTH observa des noix de Kola.
Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que les arbres de la
section _Eucola_ ont leur limite septentrionale reportée de plus en plus
vers le sud quand on s’avance de la côte Ouest vers le centre du
continent. En Afrique occidentale ils sont spontanés jusqu’au 6° 30,
puis cultivés en grand jusqu’au 8e parallèle et plantés çà et là
jusqu’au 11e.
A hauteur du Dahomey, on ne les rencontre plus au delà du 7° 30.
Dans la Haute-Sangha, ce n’est qu’au sud du 4e parallèle qu’ils sont
abondants. D’après GOUJON, ils montent encore jusqu’à Koundé par 6° de
latitude, mais là ils ne produisent plus. Dans le Haut-Oubangui on n’en
observe plus au delà de 4° 30′ et même les arbres ne donnent une bonne
production que du 2° de lat. S. au 4° de lat. N.
D’ailleurs l’un de nous a depuis longtemps fait remarquer que l’aire
d’un grand nombre de végétaux de la forêt africaine a une limite
septentrionale de plus en plus rapprochée de l’équateur à mesure qu’on
s’avance de l’ouest à l’est.
* * * * *
=II. Colonies étrangères de l’Afrique occidentale.=
* * * * *
=I. — SIERRA-LÉONE=
Les Kolatiers sont extrêmement répandus à l’état cultivé dans presque
toute l’étendue de la colonie anglaise de Sierra-Léone qui en consomme
beaucoup et en exporte chaque année des quantités de plus en plus
élevées. Ils appartiennent à l’espèce _Cola nitida_ et presque tous à la
race _C. mixta_. Nous avons observé ces arbres dans presque tous les
villages de Sierra-Léone avoisinant notre frontière de la Guinée
française, notamment dans la région montagneuse de Timbikounda, aux
sources du Niger.
Il en existe aussi beaucoup aux îles Scherbro.
Son Excellence, le gouverneur de Sierra-Léone a communiqué à l’un de
nous une note intéressante sur cette culture. Le Kolatier est
principalement planté sur les bords des rivières et dans les cours des
villages ; il existerait aussi à l’état sauvage. Les districts de
Kogbotoma, de Hills, de Bagrou, de Koinadungou, situés dans la zone
forestière sont les plus riches en Kolatiers.
=II. — RÉPUBLIQUE DE LIBÉRIA.=
Cet immense territoire, peuplé de 2 millions d’habitants, est un des
pays les plus favorables à la culture du Kolatier ; il y vit du reste à
l’état spontané dans toute l’étendue de la grande forêt, aussi épaisse
qu’à la Côte d’Ivoire.
Malheureusement les 12.000 noirs Américo-Libériens[133] qui constituent
toute la République, ne tirent aucun parti de cette richesse.
La seule espèce se rencontrant çà et là est le _Cola nitida_, c’est-à-
dire celle qui produit les meilleurs noix de Kola.
Les diverses sous-espèces signalées déjà à la Côte d’Ivoire y existent
vraisemblablement. Nous avons vu surtout les _Cola mixta_ et _Cola
rubra_ dans les parties du haut Libéria que nous avons effleurées aux
environs des monts de Nzô. En quelques villages de la rive droite du
Bas-Cavally, que nous avons aussi visités, existent des _Cola pallida_.
Pour la partie du territoire habitée par les Libériens, Sir HARRY
JOHNSTON a publié quelques renseignements relatifs à la dispersion de
l’arbre. Il est généralement planté dans la région côtière, les noix
donnent lieu à un petit commerce local ordinairement entre les mains des
Sierra-Léonais[134].
Mais c’est principalement dans les territoires situés au N. du 7e
parallèle, là où très peu d’explorateurs ont pénétré, que les Kolatiers
deviennent communs. Ces territoires sont habités par des peuples _de
même race que ceux qui vivent dans le sud-est de la Guinée française et
dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire_. C’est également avec les
territoires qui nous appartiennent aujourd’hui et que nous administrons
depuis quelques années que les populations du centre de la forêt
libérienne trafiquent le plus, de sorte que des échanges commerciaux
continuels se font à travers la frontière artificielle qui vient d’être
tracée. Chaque jour les indigènes de nos territoires apportent du bétail
pour la boucherie et des articles de traite et emportent en échange, du
cœur de la forêt, du caoutchouc et des noix de Kola. Il est difficile de
fixer les quantités de marchandises qui s’échangent ainsi tout au long
de l’année, mais le chiffre en est certainement fort élevé.
=III. — GOLD-COAST.=
La Gold-Coast est aujourd’hui une des colonies les plus florissantes de
l’Ouest africain. La culture du Cacaoyer faite exclusivement par les
indigènes y a pris un admirable développement. La production des noix de
Kola s’est aussi considérablement étendue.
Ce développement agricole et commercial intense a été la conséquence de
l’administration prudente et active qu’un certain nombre de gouverneurs
ont pratiquée depuis surtout Sir Alfred GRIFFITCH et qui a été continuée
ensuite avec un remarquable esprit de suite.
Comme efforts de ces dernières années, nous citerons seulement : la
construction du chemin de fer de Sekondie à Coumassie avec une rapidité
inaccoutumée en Afrique ; le développement de l’enseignement indigène ;
l’importance de plus en plus grande prise par les services agricoles de
cette colonie ; l’enrichissement du Jardin d’Aburi, constituant
aujourd’hui une des plus belles stations botaniques de l’Afrique
tropicale, enfin récemment encore, la belle mission forestière accomplie
par H.-N. THOMPSON et qui a eu pour résultat la publication d’un
remarquable rapport[135].
Aujourd’hui, la Grande-Bretagne récupère largement les sacrifices
consentis. Elle exporte pour plus de 20 millions de francs de Cacao par
an. L’exportation des Kolas par mer, qui était évaluée à 33.200 francs
seulement en 1892, s’élevait déjà en 1903 à 1.264.025 kilos.
L’exportation des noix de Kola par la frontière N. a pris aussi une très
grande extension, puisqu’on l’évaluait en 1908 à 2.000 tonnes ou 70.000
charges estimées sur place 2 millions, mais ayant déjà augmenté de
valeur lorsqu’elles passent la frontière du Haut-Sénégal-Niger ou celle
du Togo. La production totale du Pays Achanti, d’après un supplément de
la _Gazette_ du gouvernement paru en 1909, serait d’environ 2.250
tonnes ; car, outre les 2.000 tonnes qui passent en territoire français
ou allemand, 250 tonnes descendent par le chemin de fer pour être
embarquées à Sekondée à destination de Lagos. Cette même année 1908, il
a été exporté par mer 2.004 tonnes de noix estimées 2.109.050 francs.
Le Pays Achanti n’est pas, en effet, la seule province de la Gold-Coast
produisant des noix de Kola. L’Akyem (ou Akam, ou Akim), l’Akouavou, le
Prahsi, l’Adansi, en produisent aussi beaucoup.
Les principaux marchés à Kolas de l’Akim sont : Insuaim, Essamang,
Kwaben, Tumfa et Kankan[136].
Enfin, d’après THOMPSON, le pays boisé compris entre Abetiti et Aburi
serait aussi très propre à cette culture[137].
Mais les plus belles plantations de Kolatiers se trouvent dans l’Achanti
même, entre le 6° 30 et 7° 30, notamment entre Coumassie et Nkoranza.
C’est cette région que les caravaniers désignent sous le nom de Pays de
Gonja (ou Gonsha).
Le _Cola nitida_ est la seule espèce cultivée ; dans l’Achanti, on
rencontre, à l’exclusion de toutes les autres, la race ne produisant que
des noix rouges, c’est-à-dire le _Cola rubra_. Dans l’Akim, existerait
aussi le _Cola mixta_ à noix rouges et noix blanches sur le même
arbre[138].
Dans les parties les plus orientales de la colonie anglaise, notamment
dans le bassin de la Basse Volta, sur la frontière du Togo, il est
probable qu’on rencontre aussi le _Cola acuminata_ ; toutefois il n’a
point encore été signalé.
Enfin, dans l’Aquapim et principalement aux environs d’Aburi, existe le
_Cola verticillata_, dont les noix ne sont pas exportées.
=IV. — TOGO.=
La colonie allemande du Togo est surtout un pays de transit pour les
Kolas allant de l’Achanti à la Nigéria du Nord.
Quelques petites plantations indigènes y existent bien çà et là au sud
du 8e parallèle, mais elles sont d’une faible importance et ne
renferment pour la plupart que des _Cola acuminata_ produisant des noix
de faible valeur commerciale.
Les premiers renseignements sur les Kolas du Togo sont dus au lieutenant
PLEHN.
« La seule région du district de Misahöhe où le Kola de valeur se
rencontre est celle de Tapa, qui se trouve dans la région montagneuse,
vers 7° 30 de latitude N., à environ 400 mètres d’altitude et à une
journée de marche de la Volta »[139].
Peu de temps après le Dr GRÜNER, chef de la station agricole de
Misahöhe, a appris l’existence de divers autres centres de culture,
situés plus au sud jusqu’à 6° 43′ de lat., notamment aux villages de
Kwamikrum, Govieve-Klubi, Ouvusata[140] dont les arbres appartiendraient
au _Cola vera_.
En 1900, le comte ZECH, alors chef de district, plus tard gouverneur du
Togo, publie de nouveaux renseignements sur les Kolatiers de Tapa
rapportés par K. SCHUMANN à son _Cola vera_.
« Dans les environs de Tapa, écrit ZECH, se rencontrent un grand nombre
de Kolatiers dont le dénombrement a été fait par l’assistant de la
station, M. MISCHLICH, actuellement chef de la station de Kete-Kratyi ;
ce dénombrement comprend 2.308 jeunes sujets et les arbres portant des
fruits sont au nombre de 1.209. Un petit nombre de Kolatiers existe
aussi au Togo près des mines de Kwawn dans le voisinage de la route de
Ahamansen-Kagyehi, près des villages de Gbowiri. Dans toutes ces
stations, j’ai pu remarquer que les Kolatiers recherchent de préférence
les bois et qu’ils se développent surtout bien dans le voisinage des
cours d’eau[141].
D’après cet auteur, les Kolatiers de Tapa proviendraient de graines
importées de l’Achanti.
ZECH signale aussi une deuxième espèce de Kola croissant aux environs
d’Avatime, à une journée de marche au S. O. de Misahöhe. « Une autre
sorte de noix de Kola du Togo, dit-il, est dénommée _hanurua_ par les
Haoussas ; PLEHN la désigne sous le nom de _Goro nrua_, mais je n’ai
jamais entendu employer cette dénomination par des Haoussas. Cette noix
se sépare en plus de deux cotylédons, elle se rencontre aux environs
d’Avatime et existerait aussi dans le Yorubaland de même que dans
certaines parties du Nufé où elle serait assez répandue. Elle est
souvent mâchée par les femmes des tribus mahométanes et employée pour la
coloration en rouge des dents et des lèvres. Ce _hanurua_ est également
amené sur le marché à Kete-Kratyi. Il n’est pas fort prisé par les
indigènes, car dans une chanson haoussa on fait la comparaison que le
vautour n’est pas de la viande et le _hanurua_ pas un Kola. »
Il est presque certain que l’espèce à laquelle ZECH fait allusion ici
est le _Cola acuminata_.
En 1902, O. WARBURG, revient sur les Kolatiers du Togo, il signale que
d’après HUPFELD, il existe aussi 500 Kolatiers dans le pays de Boem.
Mais dans tout le Togo les Kolatiers sont en définitive peu nombreux
puisque la région de Tapa qui est la plus riche fournit à peine 20
charges de 25 kilos de noix par an.
Les Kolatiers de Tapa seraient identiques à ceux du pays Achanti :
WARBURG les nomme _Cola sublobata_. D’autre part attire l’attention sur
les Kolatiers de Owusutang dans le district de Kpandu qui, d’après
BERNEGAU, donneraient des noix à deux cotylédons d’un rouge rubis, ayant
le goût et la forme des noix rouges du Libéria « et donnant les mêmes
réactions que le Kola de _Oberbonjongo_ au Cameroun ». WARBURG nomme
cette plante _Cola astrophora_.
Enfin le _Cola_ d’Avatime, étudié deux ans plus tard par BUSSE, est
considéré par ce dernier auteur comme une espèce nouvelle : _Cola
Supfiana_.
En réalité, ainsi que nous l’avons indiqué dans un autre chapitre, tous
les exemplaires d’herbier qui nous ont été communiqués par le Muséum
botanique de Berlin, comme types des 3 espèces ci-dessus mentionnées,
appartiennent au _Cola acuminata_. L’existence au Togo d’arbres donnant
des noix à deux cotylédons ne saurait être mise en doute après les
observations de GRÜNER et de ZECH, mais ces Kolatiers appartiennent
probablement à l’espèce _Cola nitida_.
Il est vraisemblable que le _Cola verticillata_ existe au Togo, mais
cette espèce a peu de valeur.
=V. — NIGÉRIA.=
Dans les parties boisées de la Nigéria du sud, notamment au Bénin, dans
le delta du Niger et aux environs de Old-Calabar, le _Cola acuminata_ et
probablement aussi le _Cola verticillata_ vivent à l’état spontané. Dans
les provinces situées au sud de la forêt et aussi dans les régions
occidentales confinant au Dahomey et qui constituaient jusqu’à ces
derniers temps la colonie du Lagos, le _Cola acuminata_ est cultivé dans
beaucoup de villages. Il remonte assez loin dans l’intérieur puisque
BARTER l’a observé il y a plus de 50 ans dans le royaume de Nufé ou
Noupé et il y existerait encore d’après les renseignements fournis à
ZECH. Cette espèce est connue dans la Nigéria sous les noms d’_Abata_ et
de _Fatak_. A l’époque du voyage de BARTER, elle était, au dire de ce
voyageur, la seule espèce existant dans le pays ; les _noix de Gonja_ ou
Kolas à deux cotylédons étaient apportées de la Gold-Coast, mais le pays
n’en produisait pas. Aujourd’hui des _Cola nitida_ sont cultivés dans
quelques villages du Noupé. Le comte ZECH a le premier attiré
l’attention sur ces Kolatiers, donnant, d’après les indigènes, des noix
supérieures à celles de l’Achanti.
« Un indigène de Nufé m’indiqua les neuf stations suivantes dans
lesquelles on pouvait rencontrer cette espèce de Kolatier. Laboshi,
Tashi, Yakudi, Pagyi, Pagyiko, Kijiboku, Bété, Bida (capitale du Nupé)
et Koda.
« Tous ceux qui connaissent bien les noix de Kola, à qui je me suis
adressé pour obtenir des renseignements sur ce _Laboshi_ considèrent
cette espèce comme beaucoup supérieure au _Goro de Gonsha_ ; elle serait
aussi un peu plus grande et plus rouge.
« Tous les arbres de _Laboshi_ du Nupé appartiendraient au roi.
« Ce dernier aurait dans toutes les stations des gardes spéciaux, qui
veillent à ce que l’on ne vole aucun fruit. Le roi emploirait lui-même
une partie des noix et en utiliserait une autre partie pour offrir aux
grands du pays ou pour donner en cadeau à des citoyens de son royaume
auxquels il veut faire une grâce particulière. Bien que le vol de noix
soit puni de mort, il semble que des noix détournées ou volées arrivent
assez souvent dans le commerce. Un indigène de Kano m’a raconté qu’il
avait vu lui-même à Kano offrir pour 100 noix _Laboshi_ une valeur de 50
Mks[142]. »
En janvier 1904, l’Herbier de Kew reçut des spécimens botaniques du
Kolatier de Labogie, qui permirent à O. STAPF d’identifier la plante
avec le _Cola nitida_ de Sierra-Léone, mais les graines étaient plus
petites. D’après W.-R. ELLIOTT, forestry officer de la Northern Nigeria,
les plantations de ce Kolatier sont situées au fond des vallées humides
et abritées, riches en humus, à une altitude comprise entre 450 et 550
pieds. Ils vivent parmi des palmiers _Elæis_, dans une région où il
tombe de 1 m. à 1 m. 25 d’eau par an et où la saison sèche sévit de
décembre à avril[143].
Dans la Nigéria du sud, les indigènes cultivent presque exclusivement
l’_Abata Kola_. Il a été notamment signalé en 1904 par M. C. MAC-LEOD,
dans le district d’Eket, à l’est de Old-Calabar, « vraisemblablement
cultivé sur le bord des routes[144]. »
Il est en outre répandu dans les districts côtiers du Lagos. Le Kolatier
donnant des noix à deux cotylédons n’existe que dans de rares villages
du Lagos ; il est connu des Yorubas sous le nom de _Gbanja Kola_.
Beaucoup de noix de cette espèce sont importées et vendues à Lagos et à
Ibadan.
Depuis quelques années, le _Cola nitida_ a été planté par
l’administration anglaise, spécialement aux jardins d’Ebute-Metta,
d’Olokoméji, d’Old-Calabar.
Nous ferons connaître dans un autre Chapitre l’importance du commerce
des Kolas dans la Nigéria, et les quantités élevées de noix qui y sont
importées chaque année.
=VI. — CAMEROUN.=
D’après la monographie de K. SCHUMANN, il existait trois espèces de
Kolatiers au Cameroun : le _Cola acuminata_, le _Cola Ballayi_, synonyme
de _Cola acuminata_ var. _kamerunensis_, enfin le _Cola verticillata_,
synonyme de _Cola anomala_. Le _Cola nitida_ a été introduit depuis une
dizaine d’années par BERNEGAU dans les plantations européennes. Ce
dernier auteur rapporte que CONRAU a vu encore des Kolatiers à 1.200
mètres d’altitude.
On est encore très mal renseigné sur la répartition de ces Kolatiers et
sur leur degré de fréquence. Seul le _Cola acuminata_ serait répandu à
travers la forêt.
Il est possible du reste qu’il existe dans cette grande forêt d’autres
espèces non dénommées. C’est ainsi que ZECH signale qu’il a vu des noix
venant de Yaunde au Cameroun qui avaient deux cotylédons, mais étaient
de couleur un peu plus pâle que les noix de _C. nitida_. Il s’agit
probablement du _Cola_ à amandes à deux cotylédons, signalé aussi au
Gabon par BUCHET et par le P. TRILLES. ZECH a montré cette noix à des
Haoussas qui l’ont reconnue comme étant le _dankwatoffu_, qui est
transporté de l’Adamaoua dans la Nigéria.
D’après ZECH, on importerait un autre Kola de la région de l’Adamaoua
sous le nom de _gandshigaga_ : « cette noix serait blanchâtre et aurait
deux cotylédons. Elle n’aurait pour le goût rien de commun avec une
vraie noix de Kola et serait encore moins bonne que le _hanurua_ ».
BERNEGAU a bien publié aussi une note sur les Kolatiers du
Cameroun[145], mais il ne donne aucun renseignement nouveau sur les
espèces de ce pays ; il dit seulement que les noix du Cameroun se
divisent en 4 ou 5 cotylédons ; mais il n’a pas fait la lumière sur les
intéressantes noix à deux cotylédons mentionnées par le comte ZECH.
=VII. — CONGO BELGE.=
Le Kolatier de PALISOT DE BEAUVOIS fut découvert par Christian SMITH,
botaniste de l’expédition anglaise commandée par le capitaine TUCKEY et
qui reconnut le Bas-Congo en 1816. Il est sans doute commun dans une
grande étendue du Congo belge, mais comme le faisait remarquer récemment
encore E. DE WILDEMAN, les documents concernant les Kolas utilisables du
Congo existent en très petits nombre dans les riches collections du
Jardin botanique de Bruxelles. Tout ce que l’on sait sur la distribution
de ces espèces est résumé dans le récent travail de T. et H.
DURAND[146]. Ce que ces auteurs appellent _Cola acuminata_ var.
_Ballayi_ K. Schum. est la forme de _C. acuminata_ courante déjà
signalée au Gabon et commune aussi au Congo. Le véritable _Cola Ballayi_
existe aussi dans la colonie belge et a été nommé _Cola subverticillata_
par E. DE WILDEMAN.
T. et H. DURAND rapportent que le Kolatier commun est nommé _Ligo_ (en
magago) et _Soro_ (en azandé).
Les Kolatiers sont signalés dans les provinces de Banana, du Mayumbe, du
Stanley-Pool, du Kasaï, du Lac Léopold II, de l’Equateur et de
l’Ouellé ; d’après E. LAURENT, il existeraient aussi dans l’Aruwimi.
Enfin, ainsi qu’il en est rapporté plus haut, SCHWEINFURTH a vu aussi
des noix de Kola nommées _Nangoué_ dans le Haut Ouellé. Ces noix étaient
probablement les amandes du _Cola Ballayi_ observé par nous dans le Haut
Oubangui. Il ne saurait en tout cas s’agir, ainsi que le pense E. DE
WILDEMAN, du _Sterculia tomentosa_. Ce dernier arbre, que l’explorateur
allemand avait observé dans tout le bassin du Bahr-el-Ghazal, s’arrête à
l’entrée de la forêt congolaise ; de plus, il produit de petites graines
de la taille d’un gros haricot, très dures à maturité et tout à fait
immangeables. D’autres auteurs ont voulu considérer comme espèce
productive de noix de Kola la sterculiacée géante que SCHWEINFURTH
signale dans sa relation de voyage sous le nom de _Koukourou_. Cette
dernière n’est autre que le _Cola gigantea_ A. Chev., voisin du _Cola
cordifolia_ et produisant comme lui des graines immangeables.
=VIII. — FERNANDO-PO.=
Le _Cola acuminata_ à 4 ou 5 cotylédons a été signalé depuis longtemps
par BARTER dans cette possession espagnole. MANN l’y a retrouvé et a en
outre récolté dans l’île de Fernando-Pô, un Kolatier très remarquable,
désigné par K. SCHUMANN sous le nom de _Cola acuminata_ var. _latifolia_
K. SCHUM., et sur les amandes duquel nous manquons malheureusement de
renseignements. Il est caractérisé par des feuilles larges, ovales-
elliptiques, arrondies à la base ; les fleurs sont grandes et renferment
ordinairement dix ovules par carpelle. La Guinée espagnole (Rio-Muni et
Rio-Bénito) située entre le Cameroun et le Gabon, possède
vraisemblablement les espèces signalées au Congo.
=IX. — SAN-THOMÉ.=
Le _Cola acuminata_ est commun à San-Thomé et croît principalement à
travers les plantations de Cacaoyers, depuis le niveau de la mer jusqu’à
800 mètres d’altitude. D’après quelques auteurs, il n’y est pas
spontané, mais aurait été apporté de l’Angola ou du Congo depuis une
époque reculée. Les Portugais ne le propagent pas et n’en tirent qu’une
très faible parti. Les graines transportées par les animaux ont amené la
naturalisation de l’arbre jusque dans les forêts montagneuses non encore
défrichées et on l’y rencontre en compagnie des Avocatiers et des
_Psidium_ également naturalisés.
Au sud de l’île, la principale floraison a lieu en janvier et les
cabosses sont mûres en août-septembre. Dans le sol riche des cacaoyères
les noix de Kola atteignent un très beau développement et il n’est pas
rare d’en rencontrer du poids de 30 à 40 grammes, particularité rare
pour cette espèce.
Une seconde espèce, _Cola sphærocarpa_ A. Chev., a été rencontré par
nous sur les hauteurs, à proximité du cratère de Lagua Amélia, mais elle
n’a aucune valeur économique.
=X. — ANGOLA.=
De 1854 à 1856, WELWITSCH a récolté des Kolatiers dans de nombreuses
régions de l’Angola, notamment dans le Galungo-Alto. Suivant une note de
cet explorateur publiée par W. H. HIERN, « la plante est à la fois
indigène et cultivée dans les districts montagneux et offre un article
lucratif pour l’exportation au Brésil. »
Tous les spécimens de cette provenance appartiennent à l’espèce _Cola
acuminata_ Schott et Endl.
* * * * *
=III. Les Kolatiers en dehors de l’Ouest africain.=
Les Kolatiers ont été propagés dans presque toutes nos colonies
tropicales où ils pouvaient s’acclimater, et il semble que presque
partout c’est le _Cola nitida_, c’est-à-dire l’espèce produisant les
meilleures noix qui a été introduite. Dans les Antilles et à la Guyane
le Kolatier a été sans doute apporté à l’époque de la traite des
esclaves. Dans la période de 1880 à 1895, M. E. HECKEL a fait de
nombreux envois de graines dans les pays où la plante n’était pas
signalée. C’est ainsi qu’il en existe aujourd’hui en plusieurs points de
l’Indo-Chine ; à la Réunion, on en comptait en 1891 dix mille pieds. A
Madagascar, on trouve des Kolatiers dans les jardins d’essais et en
quelques centres européens ; la culture pourrait être étendue, car les
noix de ce pays sont grosses et assez riches en caféine.
Dans l’Afrique orientale allemande, le Kolatier a aussi fait son
apparition. On l’a signalé enfin dans les Jardins botaniques de l’Inde,
de Java et même en Australie.
Il serait assez répandu au Brésil, au Vénézuéla et en Colombie, mais il
est probable que, dans ces pays, existe le _Cola acuminata_ ; les
Portugais et les Espagnols qui l’ont acclimaté fréquentaient surtout sur
la côte d’Afrique les pays où vit cette dernière espèce à l’exclusion
des autres. Il en existe un spécimen dans l’Herbier du Muséum, récolté
par POITEAU en 1826, à Cayenne.
Dans les Antilles anglaises et françaises, au contraire, on rencontre
exclusivement le _Cola nitida_. C’est à cette espèce qu’appartient un
rameau de l’Herbier du Muséum recueilli par PERROTTET vers 1820. Il
porte exclusivement des fleurs mâles à androcée presque sessile, ce qui
est fréquent dans _Cola nitida_. Cette particularité prouve que les bons
Kolas existent depuis longtemps aux Antilles.
M. W. HARRIS[147], superintendant du Jardin de Kingston à la Jamaïque,
nous apprend que la noix de Kola est un article d’exportation
intéressant pour ce pays ; on y cultive seulement l’espèce produisant
les noix à deux cotylédons ; elle fut introduite dans la colonie vers
1680. Les noix ont presque toujours deux cotylédons, parfois cependant
il se développe un troisième cotylédon réduit.
A la Trinidad, comme le Muscadier, mais en plus petite quantité
cependant, on trouve dans les plantations de Cacaoyers, des Kolatiers
qui se cultivent d’ailleurs dans les mêmes conditions comme sol, climat,
abris et façons[148].
Ces plantes fructifient vers la dixième année ; la récolte est facile ;
mais à cause de la petite quantité de produits obtenus jusqu’à ce jour,
aucun cours n’a été encore établi sur place pour cette denrée. Cette
culture semble être en voie d’extension.
M. HART en recommande la culture dans cette île « dans les mêmes
conditions et les mêmes terres que le cacaoyer. »
LECOMTE a vu des Kolatiers de très belle venue dans les Jardins
botaniques de Sainte-Lucie et de Port-d’Espagne.
M. VERMOND, d’autre part, nous a récemment affirmé qu’il en existait
encore quelques pieds à la Guadeloupe et il en est de même à Haïti.
CHALOT a signalé récemment l’existence de kolatiers produisant des noix
à deux cotylédons à la Martinique[149].
* * * * *
[Note 101 : Le Kolatier en Guinée. _Agr. Pays chauds_, 1907, 1er sem.,
p. 401.]
[Note 102 : Cependant les noix du Samo sont considérées comme les plus
grosses de la région côtière. Ce sont aussi les plus cotées.]
[Note 103 : _Agricult. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 400-401.]
[Note 104 : POBÉGUIN. — Flore Guinée, p. 76.]
[Note 105 : CASTÉRAN. — Les Kolatiers du pays de Kissi, _Bull. Soc.
Acclim._, LVI, (1909), p. 275.]
[Note 106 : Le prétendu voyage de Benjamin ANDERSON, en 1868, est sans
doute une légende ; le fameux village de Mousardou qu’il aurait atteint
en plein Soudan n’a pas été retrouvé et d’autre part son itinéraire ne
mentionne aucune des rivières allant à la côte libérienne qu’il eût dû
nécessairement couper.]
[Note 107 : ZIMMERMANN (M.). — Résultats des missions BLONDIAUX et
EYSSERIC dans le N.-O. de la Côte d’Ivoire. _Ann. Géogr._ 1899, p.
252-264.]
[Note 108 : Rapport du lieutenant WŒLFFEL sur la mission envoyée par le
Soudan dans le bassin du Cavally (S. l. n. d. — Paris, 1900. Presse
régim.).
C. VAN CASSEL (membre de la mission Wœlffel). — La Haute Côte d’Ivoire
Occidentale. _Bull. Muséum_, fév. 1901.
Ibid. — Géographie économique de la Haute Côte d’Ivoire occidentale.
_Ann. Géogr._, XII, 1903, p. 145-158.
Aug. CHEVALIER. — Notes sur les observations botaniques et les
collections recueillies dans le bassin du Haut Cavally par la mission
Wœlffel en 1899. _Bull. Muséum_, 1901, p. 83.
D’OLLONE. — De la Côte d’Ivoire au Soudan et à la Guinée, Paris, 1901.]
[Note 109 : Voir notamment : LAURENT. — Les Diolas, _Bull. Soc. géogr.
Afrique occ. franç._, I (1907), pp. 201-222, 268-286.
JOULIA (J.). — Deux missions dans le Haut-Cavally. _Renseig. et Docum.
Afr. franç._, XIX (1909), pp. 113-125, 136-146.
CHEVALIER (Aug.). — Dans le nord de la Côte d’Ivoire. _La Géograph._, XX
(1909), p. 25-29.
Ibid. — Les massifs montagneux du nord-ouest de la Côte d’Ivoire. _La
Géogr._, XX (1909), p. 207-224.]
[Note 110 : Ou plutôt : _Godi_ est le nom de l’arbre et _Go_ celui de la
noix.]
[Note 111 : Sur les charges de Kola apportées à Man, on ne compte que 1
à 2 % de Kolas blancs, et une proportion un peu plus forte de noix d’un
blanc-rosé (RIPERT). Au cours de notre voyage de Danané à Sémien, les
indigènes n’ont pas pu nous montrer un seul Kolatier produisant des noix
blanches. C’est le _Cola rubra_ qui prédomine et le _C. mixta_ présente
aussi quelques exemplaires.]
[Note 112 : DELAFOSSE, M. — Vocabulaires comparatifs de plus de 60
langues ou dialectes parlés à la Côte d’Ivoire, Paris, 1904, p. 145.]
[Note 113 : EYSSERIC. — Rapport sur une mission scientifique à la Côte
d’Ivoire. _Nouv. archiv. Missions scient._ IX (1899).]
[Note 114 : A. CHEVALIER. Notes sur la Kola dans la forêt de la Côte
d’Ivoire, _Agric. Pays chauds_, 1907, 1er sem., pp. 253-256.]
[Note 115 : J. FONSSAGRIVES. — Notice sur le Dahomey, _Exp. Univ. de
1900_, p. 356.]
[Note 116 : SAVARIAU. — Le Kolatier du Dahomey, _Agr. pr. des pays
chauds_, 1906, 6e année, 1re sem., p. 208.]
[Note 117 : Nous avons dit précédemment que PIERRE avait substitué au
nom générique _Cola_ le nom de _Bichea_ plus ancien.]
[Note 118 : G. BERTHELOT DE CHESNAY. — Le Kolatier du Congo français,
_Jour. d’Agr. trop._, 1903, p. 38.]
[Note 119 : C. MAISTRE. — A travers l’Afrique centrale, 1895, p. 10.]
[Note 120 : Dr VOULGRE. — Le Congo français, 1877, p. 78.]
[Note 121 : Dr SPIRE. — Contribution à l’étude de la flore du Congo.
_Agr. Pays Chauds_, I, 1901-1902, p. 204.]
[Note 122 : V. AUTRAN. — Etude sur les bois du Congo, _Agr. Pays
Chauds_, I, 1901-1902, p. 581.]
[Note 123 : CAMBIER. — Les richesses forestières du Congo français.
_Mois colon. et marit._, 1907, p. 748.]
[Note 124 : DYBOWSKI. — La route du Tchad de Loango au Chari, Paris.
1893. — Voir aussi SALMON, Mission Dybowski, p. 101.]
[Note 125 : FOUREAU. — Documents scientifiques de la mission Saharienne,
1905, p. 465.]
[Note 126 : BUCHET. — Note sur le Kolatier au Gabon, _Agr. Pays Chauds_,
1908, 1re sem., p. 521.]
[Note 127 : Dans les _Cola_ de l’Herbier PIERRE, nous n’avons pas vu
d’espèce désignée sous ce nom.]
[Note 128 : CHALOT in HECKEL, l. c., p. 83.]
[Note 129 : D’après CHARREAU. Koundé est à 935 m. d’altitude.]
[Note 130 : A. GOUJON in HECKEL, l. c., p. 156.]
[Note 131 : P. CHARREAU. — Le cercle de Koundé. _Mém. Soc. Sc. nat.
Cherbourg_ XXXV, 1905-1906, p. 182.]
[Note 132 : P. PRINS. — Observations géographiques en Pays Zandé,
Bonda..., _Bull. Soc. Géogr. commerc._, XXXI, 1909, p. 570.]
[Note 133 : Ces chiffres, concernant la population du territoire et le
total des vrais Libériens, ont été donnés, en 1906, par Sir HARRY
JOHNSTON, l’ancien gouverneur de l’Ouganda et du Nyassaland et
l’explorateur le mieux renseigné sur Libéria.]
[Note 134 : Sir HARRY JOHNSTON. — Libéria, 1906, p. 89, 400, 413, 414 et
530.]
[Note 135 : H.-N. THOMPSON. — Gold-Coast, Report on forests (Colonial
reports, miscellaneous, no 66). London, 1910.]
[Note 136 : _Kew Bulletin_, 1906, p. 91.]
[Note 137 : THOMPSON. — _L. c._, p. 97.]
[Note 138 : Kola seeds from the Gold-Coast, _Bull. Imper. Institute_, V,
1907, p. 20-22.]
[Note 139 : PLEHN. — _Tropenpflanz._ II, 1898, p. 53.]
[Note 140 : GRÜNER. — _Tropenpflanz._ IV, 1900, p. 460 et V, 1901, p.
17. — Voir aussi : _Rev. cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 214.]
[Note 141 : _Wissenchaftl. Beiheste Deutsch-Kolonialb. Mittheil._ Bd.
XIV, h. 1, p. 8-14 et _Rev. cult. col._, XIII, 1901, 1er sem., p. 367.]
[Note 142 : ZECH. — _L. c._, trad. franç., p. 369.]
[Note 143 : Labogie Cola, _Kew. Bull._, 1906, p. 89.]
[Note 144 : _Protectorate S. Nigeria. Govern. Gazette_, janv. 1905, p.
20.]
[Note 145 : BERNEGAU. — _Tropenpflanz._ 1900. (Voir la même note
traduite en français : Le Kolatier au Cameroun. _Rev. cult. col._, VII,
1900, p. 558-561).]
[Note 146 : Th. DURAND et Hélène DURAND. — Sylloge Floræ Congolanæ,
1908, p. 61.]
[Note 147 : Lettre du 6 mai 1909.]
[Note 148 : ELOT. — Une mission à la Trinidad. _Rev. cult. col._, 1900,
VI, 367.]
[Note 149 : CHALOT. — Note sur le Cola, _Agr. Pays Chauds_, 1909, 1er
sem., p. 341-343.]
CHAPITRE X
* * * * *
=Ecologie et Biologie du Kolatier.=
* * * * *
=RAPPORTS AVEC LES DIFFÉRENTS MILIEUX.=
En 1866, Ernst HAECKEL, l’illustre savant d’Iéna, dans sa Morphologie
générale, a appliqué le nom d’_Ecologie_ à la science des rapports des
êtres vivants avec le milieu dans lequel ils sont placés.
E. WARMING a relevé la fortune de ce mot en insistant sur la valeur de
l’idée à laquelle il répond ; depuis, la plupart des biologistes l’ont
adopté et Ch. FLAHAULT, en particulier, l’a admis dans son essai de
nomenclature en géographie botanique. « Le milieu, écrit ce botaniste,
c’est l’ensemble des conditions physico-chimiques qui composent le
climat ; c’est aussi le sol, ce sont encore les êtres avec lesquels un
être vivant quelconque est en rapport nécessaire ou non. On doit donc
distinguer le milieu climatique, le milieu édaphique, le milieu
biologique ».[150]
Passons en revue ces divers facteurs en ce qui concerne les Kolatiers.
1o _Milieu climatique._ — La climatologie des régions qu’affectionne les
Kolatiers est assez bien connue. Il faut à ces arbres pour prospérer un
climat chaud et humide, de longues saisons de pluies interrompues par de
courtes périodes sèches pendant lesquelles les arbres peuvent fleurir,
enfin un éclairage peu intense. Quoique le ciel soit souvent gris dans
les pays producteurs de Kolas, les arbres se développent mal en plein
air, il leur faut l’abri partiel de la forêt.
Nous possédons les données suivantes sur le climat des principaux
centres où on trouve des Kolatiers de belle venue :
A Conakry (Guinée française), les températures moyennes mensuelles sont
comprises entre 24° et 28° ; la température descend très rarement au
dessous de 20°. La moyenne annuelle des pluies oscille autour de 4 m. ou
4 m. 50. Une période de sécheresse complète s’étend du 15 novembre au 15
avril : les Kolatiers vivant sur un sol mal abrité contre le rayonnement
souffrent beaucoup pendant cette période. L’humidité atmosphérique
pendant la nuit, même en saison sèche, reste très grande et presque tous
les matins on observe dans les lieux découverts une abondante rosée qui
fait presque toujours défaut dans les lieux couverts où vit le _Cola
nitida_. Bien que l’alizé du Nord-Est souffle parfois dans cette région,
les Kolatiers, presque toujours plantés dans des endroits bien abrités,
n’ont guère à en souffrir ; les plus atteints perdent une partie de
leurs feuilles à l’époque du vent d’Est.
Dans la partie de la Guinée avoisinant le N. du Libéria (Kissi), où
prospère le Kolatier, les conditions sont un peu différentes. Les
températures moyennes mensuelles sont comprises entre 23° et 27°. Il
tombe environ 2 m. d’eau par an, mais les pluies se répartissent sur une
plus longue période. L’hivernage commence parfois en février ; il est
interrompu souvent en mai ou en juin par une petite saison sèche pendant
laquelle l’air reste néanmoins humide dans les parties boisées. L’alizé
du nord-est souffle parfois plusieurs semaines, mais il ne cause des
dégâts que dans les lieux découverts.
La forêt de la Côte d’Ivoire est, par excellence, le pays des Kolatiers.
A la côte même (Grand-Bassam), on note de 24 à 29° comme moyenne
mensuelle des températures, et environ 2 m. de pluies par an ;
l’atmosphère est presque constamment humide et le ciel peu lumineux.
Dans l’intérieur de la forêt, les pluies sont fréquentes même en saison
sèche. Dans les régions montagneuses du Haut-Cavally, les sous-bois
restent mouillés longtemps après les pluies ; un brouillard épais
enveloppe souvent le sommet ou les flancs des montagnes ; cette très
grande humidité ne paraît pas très favorable au Kolatier, en outre elle
favorise le développement des lichens, des mousses et des autres
épiphytes qui envahissent parfois toutes ses branches et empêchent le
développement des inflorescences.
Dans la partie du Congo située au sud de l’Equateur, les conditions
climatériques sont à peu près les mêmes qu’à la Côte d’Ivoire, mais les
saisons sont renversées ; c’est-à-dire que la saison des pluies commence
en novembre et dure jusqu’en mai. Le Kolatier, comme tous les arbres
vivant dans l’un et l’autre hémisphère, est parfaitement adapté à ce jeu
des saisons.
Ainsi les Kolatiers du sud du Congo mûrissent la plupart de leurs fruits
environ 6 mois après ceux de l’Afrique occidentale française. Dans l’une
et l’autre région, les arbres fleurissent ordinairement aux saisons
sèches et c’est ce qui explique les variations observées dans les
époques de maturation des fruits.
2o _Milieu édaphique._ — Sous ce nom, on groupe les facteurs relatifs au
sol et qui jouent aussi un grand rôle dans la distribution des plantes.
Ce sont : la disposition topographique du terrain, la composition
physique et chimique des terres, leur degré d’humidité.
Il est rare que le Kolatier croisse à l’état spontané dans les montagnes
rocheuses très en pente ; il abonde au contraire dans les plaines
occupées par la forêt vierge. Dans la région Libéria-Côte d’Ivoire,
c’est le _Cola nitida_ qu’on rencontre ; au Congo et au Cameroun, ce
sont surtout les _Cola acuminata_ et _Cola Ballayi_. Les Kolatiers se
plaisent surtout dans les terres recouvertes d’une épaisse couche
d’humus. Pourtant, à la Côte d’Ivoire, cette couche est, par endroits,
bien mince et la plupart des racines plongent dans la terre ocracée qui
constitue le sol de presque toutes les régions de l’Afrique tropicale.
Cette terre est généralement assez pauvre en éléments fertilisants. La
teneur en azote varie de 0,50 à 1,50 p. 1000 ; teneur en acide
phosphorique faible : 0,20 à 1 % ; teneur en potasse, parfois assez
élevée, 0,50 à 1,50 % ; teneur en calcaire des plus faibles. Dans
presque toute l’Afrique tropicale, les terres sont essentiellement
siliceuses ; ce n’est qu’à proximité de certaines roches primitives et
par suite de leur décomposition que la proportion de carbonate de chaux
contenu dans le sol devient plus élevée.
Au point de vue physique, ces terres se font remarquer par la forte
proportion d’argile mélangée à des graviers et à des sables grossiers,
ce qui les rend néanmoins perméables. Les Kolatiers n’enfoncent pas à
une grande profondeur le pivot de leur racine principale. Celle-ci
produit un grand nombre de ramifications dont les extrémités forment un
chevelu dans l’humus superficiel de la forêt.
Les sols compacts qui ne retiennent pas l’humidité sont défavorables au
Kolatier ; les terres mélangées d’humus et ombragées par la forêt, qui
gardent même pendant les périodes de longue sécheresse, une forte
proportion d’eau, lui conviennent particulièrement.
Il ne faut pas cependant que cette humidité soit exagérée.
Le _Cola nitida_, par exemple, vit souvent dans la forêt de la Côte
d’Ivoire, au bord des dépressions qui inondent à la saison des pluies,
mais il ne se rencontre pas au centre de ces dépressions occupées par
des îlots de _Raphia_ et où l’eau reste à l’état stagnant pendant
plusieurs mois.
3o _Milieu biologique._ — A l’état naturel, les Kolatiers sont au nombre
des essences constituantes de la forêt vierge de l’Afrique tropicale
occidentale : ils entrent dans la formation du deuxième étage de cette
forêt ; de grands arbres, comme les _Eriodendron_, diverses espèces
appartenant aux familles des Mimosées, des Artocarpées, des
Euphorbiacées, etc., les dominent ; de leur côté, ils abritent un sous-
bois d’arbustes et de petits arbres. Les lianes qui s’épanouissent au
sommet des grands arbres enveloppent très rarement le tronc et les
branches des _Cola_ ; elles leur seraient nettement défavorables. Par
contre, de nombreux épiphytes vivent souvent sur le tronc et dans la
fourche des branches.
Au pied des Kolatiers, si l’ombrage n’est pas trop épais, on trouve
souvent des Zingibéracées et les indigènes plantent parfois dans cette
station l’_Aframomum Melegueta_, qui y prospère.
Dans les parties les plus profondes de la forêt, le sol est souvent nu ;
la demi obscurité qui s’étend sur le sol empêche le développement des
plantes à chlorophylle ; les feuilles et les brindilles mortes tombées à
la surface du sol sont clairsemées et promptement détruites par les
champignons saprophytes.
Dans les clairières de la forêt, créées par les déboisement des
indigènes, le Kolatier ne reste vigoureux que s’il est bien abrité ;
enfin, il fait toujours défaut à travers les savanes, même si elles sont
très boisées.
Quant aux parasites animaux ou végétaux, ils occasionnent des préjudices
surtout aux Kolatiers cultivés. Nous les passerons en revue dans les
chapitres relatifs à la culture.
=RAPPORTS DES KOLATIERS ENTRE EUX.=
_Les Races._ — Les quatre espèces de la section _Eucola_ actuellement
bien connues : _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C. verticillata_, _C.
Ballayi_, constituent un ensemble homogène, une unité systématique de
valeur bien définie, dérivant de ce que HUGO DE VRIES appelle _un type
primitif_. Chacune forme une _espèce élémentaire_, nettement
caractérisée par un ensemble de différences dans la forme des différents
organes. Toutes les quatre présentent cependant un grand nombre de
caractères communs : même mode de vie, même forme générale des feuilles,
mêmes inflorescences, même périanthe. Toutes les quatre sont cultivées,
mais elles vivent aussi à l’état sauvage dans les forêts de l’Afrique
occidentale.
Les plantes sauvages présentent pour une même espèce élémentaire de
Kolatier des variations profondes permettant de supposer que chacune est
formée d’un mélange de races différentes, mais l’étude de la flore
africaine n’est pas encore assez avancée pour qu’il soit possible de
distinguer toutes ces races ou _espèces jordaniennes_. C’est seulement
dans la _Cola nitida_ étudié par nous plus en détail qu’il a été
possible de caractériser les quatre formes décrites dans un chapitre
précédent.
Deux de ces sous-espèces, _Cola pallida_ et _Cola rubra_, sont les
seules qui aient été rencontrées jusqu’à ce jour à l’état sauvage.
Presque partout c’est le _Cola mixta_ à noix rouges et à noix blanches
qui est cultivé. Cette culture date de temps immémorial et à l’époque où
l’Islam pénétra dans les régions soudanaises, vers le XIe siècle, il est
probable qu’elle était déjà ancienne.
Chose inattendue, ce n’est pas au milieu de la zône, où le _Cola nitida_
est spontané, que sa culture s’est développée, mais à la lisière nord de
cette zône, sur les confins de la forêt et même en pleine zône des
savanes. Cette anomalie s’explique par le voisinage de la région
soudanaise. Les peuples de race soudanaise sont ceux qui apprécient
davantage les noix de Kola.
La culture des Kolatiers n’étant pas possible dans leur pays ils sont
venus chercher les précieuses noix dans les pays producteurs les plus
rapprochés, c’est-à-dire à la limite nord de la forêt vierge et c’est
ainsi que la culture de l’arbre a pris naissance dans ces contrées. Il
n’y a pas eu de véritable culture à l’origine. Quand les peuplades
forestières ont abattu la forêt pour cultiver des ignames, des bananiers
ou du sorgho, ils ont respecté les arbres qui leur donnaient des
produits utilisables directement et dont ils pouvaient tirer parti par
des échanges commerciaux. Les graines abandonnées sur le sol
produisaient en outre des germinations qu’on conservait ainsi et qu’on a
fini par transporter dans des lieux plus appropriés. C’est à cela que se
réduit encore de nos jours la culture du Kolatier chez la plupart des
peuplades de la forêt.
L’arbre ainsi transplanté, non sélectionné, privé des soins qu’on donne
habituellement aux arbres cultivés s’est très peu amélioré dans un sens
utile. Nous avons rencontré dans la forêt vierge du Pays Abé une forme
sauvage du _Cola rubra_, qui donne des amandes beaucoup plus grosses que
les Kolatiers cultivés.
Cependant la culture a probablement fait naître, par mutation, des races
nombreuses qui ont été conservées sans discernement, alors qu’elle ne
constituaient pas toujours des variations intéressantes pour la
production des noix de Kola.
Comme le fait remarquer un auteur cité dans un chapitre précédent, les
indigènes arrivent à reconnaître dans les noix de Kola des variétés
nombreuses, exactement comme nous reconnaissons des crûs très divers
dans nos vins. Les Kolas du Samo, des îles Scherbro, du pays Tôma, du
Kissi, de l’Achanti, de Labogie ne sont pas identiques par leur saveur
et leurs propriétés, au dire des indigènes, et cependant ils
appartiennent à la même espèce globale, de la même manière que tous les
pommiers cultivés qui produisent des fruits à saveur si variable
dérivent d’une seule espèce globale _Pyrus Malus_, qui comprend aussi,
comme le _Cola nitida_, un certain nombre d’espèces élémentaires.
En résumé, comme chez la généralité des plantes cultivées et notamment
chez les arbres, l’espèce botanique serait un groupe d’espèces
_élémentaires_, pour la plupart déjà existantes dans la nature et que
l’homme a seulement sélectionnées. Cette interprétation des faits,
formulée par HUGO DE VRIES pour les arbres fruitiers des pays
tempérés[151], nous paraît s’appliquer aussi aux Kolatiers, cultivés
de temps immémorial en Afrique occidentale.
_La vie végétative._ — Les Kolatiers se comportent comme la plupart des
arbres des forêts tropicales à saisons sèches et à saisons pluvieuses
différenciées. Ils sont halophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent
supporter quelque temps un climat sec. Cependant leurs organes sont
adaptés surtout aux climats humides et s’accomodent mal des sécheresses
prolongées.
Les feuilles sont coriaces et persistantes. Dans les endroits mal
abrités, elles peuvent tomber simultanément en saison sèche sur la
plupart des rameaux, mais cette défoliation est de très courte durée.
Ces feuilles dans le jeune âge sont excessivement sensibles à la lumière
et nous avons décrit, dans un chapitre précédent, le mécanisme par
lequel le limbe s’incline plus ou moins, de manière à recevoir
l’éclairage optimum.
Comme toutes les Sterculiacées, les espèces du genre _Cola_ présentent
dans leurs divers organes des canaux et des _cellules à mucilage_. Dès
qu’une blessure intéressant les tiges ou les racines découvre les tissus
sous-épidermiques, une quantité plus ou moins abondante de mucilage est
extravasée et en se solidifiant forme une masse gommeuse recouvrant la
plaie. Pendant ce temps la plante cicatrise la blessure, à moins qu’elle
ne soit trop profonde. C’est ce qui arrive pour les galeries creusées
par le _Phosphorus Jansoni_ dans les jeunes branches, qui ne tardent pas
à se dessécher malgré l’exsudation de mucilage.
_La fonction de reproduction._ — Les Kolatiers fleurissent pendant une
grande partie de l’année, mais surtout pendant les saisons sèches. Les
fleurs sont cachées sur les parties de l’arbre les moins éclairées et
dans les mêmes inflorescences elles ne s’épanouissent que lentement, les
unes après les autres.
Ces fleurs présentent une remarquable particularité biologique.
Le polymorphisme sexuel est des plus compliqués.
Nous avons étudié ce polymorphisme chez les diverses races de _Cola
nitida_. Elles possèdent comme toutes les espèces du genre _Cola_ deux
sortes de fleurs :
1o des fleurs exclusivement mâles avec un gynécée rudimentaire ;
2o des fleurs hermaphrodites ou plus exactement d’_apparence_
hermaphrodite, constituées par un gynécée normal, entouré à la base
d’une double couronne de 10 étamines (20 thèques au total) paraissant
normalement constituées et renfermant des grains de pollen. HECKEL
assure que ces anthères contiennent un pollen souvent avorté. TSCHIRCH
et ŒSTERLÉ sont moins affirmatifs.
Pour être fixé, il faudrait faire des expériences de pollinisation qui
n’ont pas encore été tentées. Plusieurs raisons nous font cependant
supposer que l’autofécondation ne se produit pas : 1o dans les fleurs
d’apparence complète, les anthères sont disposées de telle sorte que les
grains de pollen peuvent parvenir difficilement aux stigmates ; 2o les
fleurs mâles sur un arbre normal sont 20 fois plus nombreuses que les
fleurs d’apparence complète et l’on ne comprendrait pas l’utilité de ces
fleurs si l’autofécondation était possible ; 3o au moment où la
déhiscence des sacs polliniques va s’opérer, un peu avant l’ouverture
des lobes du périanthe, les fleurs du Kolatier dégagent un parfum
spécial que l’on a comparé à l’odeur cadavérique ou à l’odeur
d’excréments et ce parfum doit attirer les insectes qui ont pour
fonction de transporter les grains de pollen d’une fleur à l’autre.
Effectivement dans les fleurs mâles de Kolatier non complètement
ouvertes on trouve habituellement nombre de petits insectes.
Nous pensons donc que la fécondation croisée est la règle dans les
Kolatiers. Par fécondation croisée, il faut entendre l’apport du pollen
d’une fleur à une autre fleur qui peut néanmoins appartenir à un même
arbre.
Nous avons dit plus haut que les fleurs mâles sont environ 20 fois plus
nombreuses que les fleurs d’apparence complète. Ces fleurs mâles sont
distribuées de différentes manières.
D’abord il existe des Kolatiers qui produisent, au moins à un stade de
leur vie, exclusivement des fleurs mâles et c’est sans doute ce qui
explique cette affirmation des indigènes qu’il y a des Kolatiers
toujours stériles.
Les noirs les conservent malheureusement dans leurs plantations, ce qui
peut amener la fixation de cette race à sexes séparés ou au moins
l’augmentation des individus mâles, à moins toutefois que les pieds
constituent un état physiologique spécial. Nous n’avons jamais séjourné
assez longtemps dans une région pour savoir si ces Kolatiers restaient
mâles et improductifs de graines tous les ans, ou si au contraire cette
unisexualité ne constitue qu’un stade dans la vie de l’arbre. Nous avons
observé pour la première fois des Kolatiers cultivés à fleurs toutes
mâles dans le Fouta-Djalon, au-dessus de 700 m. d’altitude, en 1905. Les
arbres étaient tout aussi vigoureux qu’aux bords de la mer, mais à cette
altitude, au dire des indigènes, ils sont souvent stériles et cela
tient, selon nos observations, à ce qu’ils ne produisent presque plus
que des fleurs mâles.
En 1907, nous avons revu, dans la forêt de la Côte d’Ivoire, des
Kolatiers, ceux-là spontanés, ne produisant que des fleurs mâles.
Le plus souvent, c’étaient de jeunes arbustes, poussant dans l’épaisseur
de la forêt. Les plantes s’étaient démesurément allongées alors que leur
tronc était resté très grèle. Grâce à cette élongation, la plante
condamnée à disparaître sous la voûte sombre de la forêt finit par
amener quelques rameaux feuillés à hauteur de cette voûte. A ce moment,
elle est sauvée et elle peut lutter contre les autres végétaux qui
vivent dans son voisinage. Or, la plupart des Kolatiers vivant dans ces
conditions ne portent que des fleurs mâles et souvent en très grande
abondance. Le périanthe des fleurs est aussi très réduit, ce qui nous
avait fait croire tout d’abord que nous nous trouvions en présence d’une
espèce distincte du _C. nitida_.
Le plus souvent les _Cola_ sauvages ou cultivés portent au moins
quelques fleurs d’apparence complète (fleurs femelles). Sur ces arbres,
certains rameaux donnent exclusivement insertion à des inflorescences
mâles, puis quelques branches, cachées dans l’épaisseur de la ramure de
l’arbre, portent quelques inflorescences mixtes.
Sans des études expérimentales, il est impossible d’expliquer cette
disjonction des sexes, tendant à la dioïcité.
Si l’on multipliait par greffe ou bouture ces rameaux ne portant que des
fleurs mâles en obtiendrait-on un Kolatier mâle ? HUGO DE VRIES cite un
grand nombre d’arbres et d’arbustes cultivés dans les jardins,
constituant des variétés horticoles, qui dérivent ainsi d’un rameau
aberrant né sur une plante normale et multipliés ensuite par la culture.
Plus tard, les arbres ainsi sélectionnés produisent parfois un ou
plusieurs bourgeons qui donnent des rameaux ayant repris les caractères
de la plante normale d’où ils dérivent. C’est ce que HUGO DE VRIES nomme
des _bourgeons ataviques_.
Nous pensons que nos Kolatiers à fleurs toutes mâles sont des anomalies
dont certains bourgeons font parfois retour au type d’origine en
produisant des inflorescences bisexuées.
En général, on observe quelques fleurs femelles dans chaque
inflorescence mâle. Le plus souvent les choses se passent de la manière
suivante : sur un rameau florifère, issu d’un bourgeon, on observe
quelques racèmes de fleurs toutes femelles (ou complètes ?) à la base du
rameau. Plus haut se montrent des grappes de fleurs mâles qui portent à
leur extrémité quelques fleurs femelles, enfin l’extrémité du rameau ne
donne plus insertion qu’à des grappes de fleurs toutes mâles.
Il est très rare de constater l’inverse, c’est-à-dire des grappes mâles
à la base et femelles au sommet.
Cette production, par le même arbre, à des stades successifs, de fleurs
femelles et de fleurs mâles, a sans doute pour but d’empêcher
l’autofécondation. Lorsqu’un Kolatier épanouit ses grappes de fleurs
mâles, ordinairement les grappes de fleurs femelles ont leur pistil
fécondé depuis longtemps, de sorte que le pollen a dû être apporté
d’arbres voisins qui se trouvaient à un autre stade de végétation.
Nous n’avons que très rarement observé des Kolatiers produisant des
fleurs femelles en plus grande quantité que des fleurs mâles. Enfin,
nous n’avons jamais vu ni dans les cultures, ni à l’état sauvage, des
Kolatiers produisant exclusivement des fleurs femelles ou plus
exactement des fleurs d’apparence hermaphrodite.
Les faits que nous venons d’exposer montrent qu’il y aurait le plus
grand intérêt à greffer le Kolatier en prélevant des greffons sur des
arbres produisant beaucoup de fleurs femelles, puisque souvent la
stérilité provient vraisemblablement de l’absence ou de la rareté des
fleurs pistillées.
On rencontre dans les régions tropicales un assez grand nombre de
végétaux dont le polymorphisme floral ressemble à celui des Kolatiers.
Nous avons déjà eu l’occasion de signaler le Palmier à huile (_Elæis
guineensis_) qui est dans ces conditions (_Végét. ut._, VII, p. 37).
Si nous adoptons la terminologie admise par R. CHODAT, le Kolatier est
normalement _andromonoïque_, c’est-à-dire qu’à côté des fleurs
hermaphrodites, il y a aussi des fleurs mâles.
Enfin, dans certains cas, il peut devenir _androdioïque_, c’est-à-dire
qu’à côté des individus monoïques, on en trouve d’autres exclusivement
mâles. Ce dernier cas constitue sans doute une anomalie. Des Kolatiers à
fleurs toutes mâles ne s’observent, comme nous l’avons dit, que dans les
parties très ombragées de la forêt ou sur les montagnes. CHODAT a déjà
observé, à propos d’autres plantes, que « les expériences de culture
montrent qu’on peut, par une diminution de la fertilité du sol ou une
luminosité amoindrie, augmenter considérablement la proportion de fleurs
unisexuées sur les andromonoïques »[152]. La prédominance des fleurs
mâles, ou même l’existence de ces fleurs, à l’exclusion des autres,
s’expliquerait donc par des conditions climatiques ou édaphiques
défavorables au Kolatier.
Entre l’épanouissement des fleurs et la maturation des fruits des
Kolatiers, il s’écoule ordinairement 6 mois. Ainsi que nous l’avons
signalé, les fruits se développent ordinairement dans les parties les
plus touffues de l’arbre non exposées à la lumière et ils s’insèrent sur
des branches assez fortes.
Dès le jeune âge, le petit embryon contenu dans le sac embryonnaire est
divisé en autant de cotylédons qu’il en aura à l’état adulte et il
possède déjà la coloration de la noix adulte : il est rouge si elle doit
être rouge, blanc ou rosé dans le cas contraire.
_Les races._ — Nous devons nous borner à signaler la présence de noix
rouges et de noix blanches sur les mêmes arbres et souvent dans les
mêmes follicules _chez la majorité des Kolatiers spontanés_ ou
_cultivés_ en Afrique occidentale, ainsi que l’hérédité constante de ce
caractère, mais nous n’avons pu trouver encore aucune explication de
cette curieuse particularité dont nous ne connaissons pas d’analogue
dans le règne végétal.
C’est cette considération qui nous a amené à diviser le _Cola nitida_ en
4 sous-espèces, se différenciant par des caractères minimes ; mais,
d’après les indigènes, ces caractères seraient constants et
héréditaires.
Une des sous-espèces, le _Cola pallida_, se différencie par des
caractères autres que la coloration des noix, mais les autres, _Cola
rubra_, _C. alba_, _C. mixta_, ne présentent pas de différence en dehors
de la coloration des noix ou des fleurs.
Ces Kolatiers peuvent se grouper, ainsi que nous l’avons déjà dit, de la
manière suivante :
1o Kolatiers produisant exclusivement des noix rouges : _C. rubra_,
(rares, sauf dans le pays Achanti) ;
2o Kolatiers produisant exclusivement des noix blanches : _C. alba_
(très rares) ;
3o Kolatiers produisant des fruits dont les uns renferment seulement des
noix rouges et les autres exclusivement des noix blanches, ou arbres
produisant des follicules dans lesquelles les noix rouges et les noix
blanches sont en mélange : _C. mixta_. Les Kolatiers de cette 3e
catégorie forment les 99 % des plantations.
Toujours les noix sont rouges, blanches ou rosées ; on trouve très
accidentellement des embryons ayant une coloration moitié rouge et
moitié blanche ou des marbrures des deux couleurs.
Nous avions pensé tout d’abord que les noix blanches étaient simplement
un _lusus_, un de ces cas d’albinisme qui sont si fréquents dans la
nature et qui ne sont ordinairement pas héréditaires. Mais comme les
noix blanches se reproduisent tous les ans chez les mêmes arbres et en
assez grande proportion, dans plusieurs régions à la fois, nous avons
cherché une autre explication.
On peut d’abord supposer que les deux sortes de graines sont destinées à
produire des arbres ayant des rôles physiologiques différents à remplir
au point de vue de la conservation de l’espèce : les unes, par exemple,
seraient destinées à la production du pollen fécond et les autres
destinées à produire plus particulièrement des arbres à fleurs femelles.
HUGO DE VRIES a cité des cas de différenciation sexuelle de ce genre.
Ce serait un cas de dimorphisme sexuel où les sexes pourraient se
différencier dès l’embryon qui aurait une coloration différente suivant
qu’il serait destiné à produire l’un ou l’autre sexe.
On peut aussi supposer que les Kolatiers produisant des noix blanches et
des noix rouges, sont des descendants de lignées d’origine hybride. On
ne connaît pas à l’état sauvage des Kolatiers à noix blanches, mais rien
ne s’oppose à ce qu’il en existe ou à ce qu’il en ait existé. Il a donc
pu se produire dans la nature ou dans les plantations des croisements
entre ces deux races.
Le _Cola mixta_ serait le résultat de cette hybridation et sa propriété
curieuse de produire des noix rouges (dans la proportion moyenne de 66 à
75 %) ainsi que des noix blanches et parfois aussi quelques noix de
teinte intermédiaire, l’aurait fait multiplier par les indigènes, à
l’exclusion des parents dont il serait issu.
Mais si ce _Cola_ a vraiment une origine hybride, on devrait, suivant la
loi de MENDEL, observer constamment dans les générations successives, le
retour partiel à l’un et l’autre des parents.
Si la loi de MENDEL était applicable aux Kolatiers, les choses devraient
se passer de la manière suivante :
La coloration rouge des noix étant sans aucun doute le _caractère
dominant_ par rapport à la coloration blanche, c’est ce caractère qui
persisterait au premier croisement, celui de l’autre sous-espèce serait
masqué ou _latent_. La première fécondation croisée donnerait donc
exclusivement des noix rouges. Dès la deuxième génération, suivant la
loi de MENDEL, notre hybride devrait fournir :
1o 1/4 de noix blanches qui, ensemencées, donneraient des Kolatiers
produisant ainsi que tous leurs descendants, exclusivement des noix
blanches.
2o environ 3/4 de noix rouges. Si on ensemence ces noix rouges et si on
empêche toute fécondation croisée, on devrait constater que les arbres
qui en proviendront renferment aussi 25 % d’arbres fournissant ainsi que
leurs descendants, exclusivement des noix rouges et 50 % conservant leur
nature hybride, c’est-à-dire produisant 1/4 de noix blanches et 3/4 de
noix rouges.
Ces proportions se répètent pendant les générations successives, de
sorte qu’après un certain nombre de générations la plupart des lignées
seraient retournées à l’un ou à l’autre parent, si bien que les
Kolatiers à noix rouges et les Kolatiers à noix blanches seraient en
très grande prédominance par rapport aux Kolatiers produisant à la fois
des noix rouges et des noix blanches.
Or, il n’en est pas ainsi dans la réalité.
Les formes donnant à la fois des noix rouges et des noix blanches,
c’est-à-dire appartenant au _Cola mixta_, sont en très grande
prédominance.
En Guinée française, on trouve à peine 1 % des arbres à noix toutes
rouges (_Cola rubra_). Quant aux arbres à noix toutes blanches (_Cola
alba_), ils font généralement défaut et même au Kissi il en existe à
peine 1 ‰.
Du reste, dans cette dernière sous-espèce, il existe un second caractère
différentiel combiné avec l’albinisme des embryons, c’est l’albinisme
complet du périanthe. Certains hybrides :
_Cola alba_ ♂ × _C. rubra_ ♀ ou _Cola rubra_ ♀ × _C. alba_ ♂
devraient aussi reproduire l’albinisme de la fleur, et nous n’avons
cependant jamais observé ce caractère quoique ayant examiné la fleur de
_Cola mixta_ sur des milliers d’arbres en chaque région où cette sous-
espèce existe.
Si le _Cola mixta_ est le résultat d’une ancienne hybridation, on se
trouve donc en présence d’un cas qui fait exception à la loi de MENDEL.
Ce n’est, en réalité, que par l’expérimentation qu’on arrivera à
élucider ces points qui ont un réel intérêt au point de vue de la
culture.
Bien qu’il s’agisse de groupes morphologiques plus éloignés,
l’hybridation du _Cola nitida_ avec l’une des espèces à trois, quatre ou
cinq cotylédons, ne nous paraît pas impossible et c’est probablement ce
croisement qui expliquerait des faits signalés par JOHNSON, ancien
directeur du Jardin d’Aburi (Gold-Coast), à M. le Dr STAPF, de l’Herbier
de Kew (duquel nous les tenons in litt. ad auct.). Il s’agirait d’un
« Cola vrai » qui produirait 68 % de graines à deux cotylédons, les
autres graines 32 %, étant à plus de deux cotylédons. Pour notre part,
nous n’avons jamais rencontré dans tous nos voyages que des Kolatiers
produisant toujours soit exclusivement des noix à deux cotylédons, soit
exclusivement des noix à plus de deux cotylédons. Le fait qui nous est
signalé par M. STAPF s’explique d’autant mieux par l’hypothèse de
l’hybridation, que nous savons qu’il existe à la Gold Coast des
Kolatiers produisant des noix à deux cotylédons (Kola Achanti) et des
Kolatiers produisant des noix à plus de deux cotylédons.
En résumé, les Kolatiers sont des arbres dont l’homme s’est occupé
probablement depuis des époques très reculées, mais qui n’ont pas été
améliorés avec autant d’habileté que les arbres fruitiers des pays
tempérés. La culture rationnelle appliquée à ces arbres pourrait donc
les transformer considérablement dans un sens avantageux.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Ém. PERROT.
=Les Kolatiers.=
FIG. 35. — Philogénie des _Cola_ de la section _Eucola_.]
_Dissémination et multiplication._ — Les Kolatiers spontanés en forêt ne
produisent que rarement des fruits. A maturité, ceux-ci tombent,
entraînés par leur propre poids et les graines sont mises en liberté,
soit par suite de la déhiscence du follicule, soit par la destruction
lente du péricarpe.
Les graines germent sur place, à moins qu’elles ne soient entraînées à
quelque distance, soit par le charriage des eaux, soit par les animaux.
En diverses régions, les indigènes nous ont affirmé que toutes les noix,
même très fraîches, n’étaient pas susceptibles de germer. Par contre,
nous avons vu parfois des charges entières de Kolas renfermés dans des
couffins tenus trop humides, dont presque toutes les noix entraient
simultanément en germination.
Dans les plantations indigènes on cueille presque toujours les cabosses
sur l’arbre avant complète maturité. Quelques fruits cachés dans les
feuilles échappent parfois aux récolteurs et les graines qu’ils
renferment, en se semant d’elles-mêmes, contribuent à l’extension de la
plantation.
_Philogénie des Kolatiers._ — Il est bien difficile dans l’état actuel
de la science, de présenter le phyllum des espèces du genre _Cola_ et
leurs rapports avec les Sterculiacées voisines. Le tableau ci-contre
(Fig. 35) est un essai dans ce sens.
Il est assurément très hypothétique, mais il a l’avantage de résumer
sous forme de schéma, les faits présentés dans les chapitres précédents.
* * * * *
[Note 150 : C. FLAHAULT. — Les progrès de la géogr. bot. depuis 1884,
_Progress. rei botan._, I, p. 244.]
[Note 151 : HUGO DE VRIES (trad. L. BLARINGHEM). — Espèces et variétés,
leur naissance par mutation, p. 49.]
[Note 152 : R. CHODAT. — Principes de Botanique, Genève, 1911, p. 659.]
TROISIÈME PARTIE.
* * * * *
=Étude chimique et pharmacologique de la noix de Kola=
* * * * *
CHAPITRE XI.
* * * * *
=Composition chimique des noix de Kola.=
* * * * *
La noix de Kola ne fut vraiment utilisée d’une façon courante en
médecine européenne que depuis la communication de HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN[153] en 1883.
Les recherches chimiques concernant cette drogue sont donc relativement
récentes, quoique très nombreuses. Jusqu’à ces dernières années, la
composition du Kola fut l’objet de maintes dissertations scientifiques
et même de discussions qui attestaient que cette question restait somme
toute, fort mal connue.
La faute initiale en revient entièrement à KNEBEL[154], qui en donnant
le nom de _Kolanine_ à un produit extractif, amorphe et nullement
défini, a faussé les connaissances de ses contemporains et paralysé
l’effort de ceux que l’attrait de la recherche des composés actifs du
Kola aurait poussés dans cette voie. Le travail si intéressant de KNOX
et PRESCOTT[155] n’est pas même arrivé à détruire, dans l’esprit des
pharmacologistes, l’impression causée par l’opinion si légèrement
avancée par le chimiste allemand[156]. Il importe donc d’exposer
rigoureusement l’histoire analytique des recherches chimiques publiées
par les divers auteurs.
*
* *
L’action physiologique de la noix de Kola, présentant quelques analogies
avec celle du thé et du café, amena F. DANIELL[157] à y rechercher la
caféine et, le premier, il y caractérisa la présence de ce composé
xanthique. Il put l’isoler par les procédés employés à cette époque,
c’est-à-dire par décoction, précipitation des composés tanniques par
l’acétate de plomb et élimination du plomb par l’hydrogène sulfuré. La
solution obtenue évaporée donna des cristaux de caféine dont la présence
fut confirmée peu après par LIEBIG[158].
DANIELL remit, pour recherches analytiques plus complètes, des matériaux
à J. ATTFIELD[159], qui fit une analyse détaillée (voir tableau) des
noix de Kola sèches, _tout en regrettant de ne pouvoir étudier les noix
fraiches dont la composition serait, dit-il, des plus intéressantes_.
D’autres chimistes se sont également occupés de la composition
centésimale de la noix de Kola ; ce sont tout d’abord HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN[160] (1884), puis LASCELLES-SCOTT[161] (1886), CHODAT
et CHUIT[162] (1888), UFFELMANN et BÖMER[163], KNOX et
SCHLOTTERBECK[164] (1895), KŒNIG[165] (1904).
Mais ces recherches ont eu surtout pour objectif une détermination
_quantitative_ des divers éléments signalés dans la noix de Kola sèche
et malheureusement elles laissent beaucoup à désirer au point de vue de
la détermination de la nature chronique de ces divers principes.
Par la seule inspection des tableaux ci-contre, on pourra se rendre
compte des différences énormes qui existent entre les dosages effectués
par les auteurs cités. C’est ainsi que des divergences très grandes
peuvent être constatées dans la proportion des substances classées sous
la rubrique _gomme, sucre_, etc. Il en est de même pour celles que ces
chimistes ont désignées sous le nom de _tanin, rouge de Kola, acide
kolatannique_.
Peut-être eût-il été préférable d’effectuer seulement des analyses
_qualitatives_, qui eussent sans doute permis de connaître la nature
exacte des composés avant de les doser en bloc sous une dénomination
n’ayant aucune valeur scientifique.
Ces tableaux analytiques ne peuvent donc pas en général servir à établir
des comparaisons réelles des résultats trouvés par les différents
auteurs. En un mot, ils doivent se lire de haut en bas et non
horizontalement, chaque analyse n’étant intéressante
qu’individuellement. MM. PERROT et GORIS ne les avaient groupées ainsi
que pour mieux faire ressortir la nécessité d’études nouvelles en vue
d’une meilleure connaissance des constituants chimiques complexes de la
noix de Kola fraîche.
+---------------------+--------+---------------------+---------------+
| SUBSTANCES |ATTFIELD|HECKEL et SCHLAGDENH.|LASCELLES-SCOTT|
| | (1864) | (1884) | (1886) |
+---------------------+--------+---------------------+---------------+
|Eau | 13,65 | 11,919 } | 9,722 |
| | | } | |
|Cellulose | 20, » | 19,831 } | 27,395 |
| | | } | |
|Cendres | 3,20 | 3,395 } | 4,718 |
| | | } | |
|Amidon | 42,50 | 33,754 } | 28,990 |
| | | } | (amidon), |
| | | } Soluble | 2,130 (mat. |
| | | } dans | amylacée se |
| | | } l’eau. | colorant par |
| | | } | l’iode.) |
| | | } | |
|Gomme | » | 3,040 } | 4,876 |
| | | } | |
|Matières protéiques | 6,33 | 6,760 } | 8,642 |
| | | } | |
|Matières colorantes | » | 2,565 } | 3,670 |
| | | | |
|Glucose, gomme, | 10,65 | 2,875 } | 3,312 |
|sucre et autres | | } | |
|matières organiques | | } | |
| | | } | |
|Saccharose | » | » } Soluble | 0,612 |
| | | } dans | |
|Tanin | » | 1,620 } l’alcool.| 1,204 (ac. |
| | | } |kolatannique). |
| | | } | |
|Rouge de Kola | » | 1,290 } | » |
| | | | |
|Huile fixe | | 0,585 } | 0,734 |
| | | } | |
|Huile volatile | 1,52 | » } Soluble | 0,612 |
| | | } dans le | |
|Caféine | 2,13 | 2,346 } CHCI³ | 2,710 |
| | | } | |
|Théobromine | » | 0,023 } | 0,084 |
| | | | |
|Azote total | » | » | » |
| | | | |
|Matières extractives | » | » | » |
|sans azote | | | |
| | | | |
|Matières azotées | » | » | » |
+---------------------+--------+---------------------+---------------+
+---------------------------------+------+---------+--------+--------+
| |CHODAT|UFFELMANN|KNOX et | KŒNIG |
| SUBSTANCES | et |et BÖMER |SHLOTTER| (1904) |
| |CHUIT | (1895) | (1904) | |
| |(1888)| | | |
+---------------------------------+------+---------+--------+--------+
|Eau |11,59 | 13,35 | 6,30 | 12,22 |
| | | | | |
|Cellulose | 8,67 | 7,01 | » | 7,85 |
| | | | | |
|Cendres | 3,31 | 2,90 | 3,35 | 3,05 |
| | | | | |
|Amidon |46,73 | 45,44 | 35,26 | 43,83 |
| | | | | |
|Gomme | » | » | » | » |
| | | | | |
|Matières protéiques |10,12 | 5,91 | 7,225 | » |
| | | | | |
|Matières colorantes | » | » | » | » |
| | | | | |
|Glucose, gomme, sucre et autres | » | traces | 3,872 | 2,75 |
|matières organiques | | | | |
| | | | | |
|Saccharose | » | traces | | » |
| | | | | |
|Tanin | » | » | 3,15 | 3,42 |
| | | | | |
|Rouge de Kola | » | » | » | 1,25 |
| | | | | |
|Huile fixe | 0,17 | 1,35 | 0,735 | 1,35 |
| | |(extrait | |(extrait|
| | |éthéré). | |éthéré) |
| | | | | |
|Huile volatile | » | | 0,09 | |
| | | | | |
|Caféine | 1,69 } | 1,83 | 2,16 |
| |à 2,34} | | |
| | } 2,08 | | |
|Théobromine | » } | 0,0357 | 0,0503 |
| | | | | |
|Azote total | 2,19 | 1,53 | 1,675 | » |
| | | | | |
|Matières extractives sans azote | » | 18,21 | » | 15,06 |
| | | | | |
|Matières azotées | » | 9,56 | » | 9,22 |
+---------------------------------+------+---------+--------+--------+
L’examen de ces tableaux est très instructif, car les chiffres trouvés
par ces différents auteurs variant dans d’assez grandes proportions en
ce qui concerne les matières peu actives, telles que la cellulose,
l’amidon ; sont, en revanche, sensiblement d’accord quant à la teneur en
caféine et théobromine. Ces différences peuvent s’expliquer par l’emploi
de méthodes de dosage variant avec les auteurs. La teneur en caféine et
en théobromine ne varie jamais d’ailleurs dans de bien grandes limites,
ainsi que le prouve cette série d’analyses de J. JEAN[166] portant sur
des semences d’origines différentes :
Caféine et Kolanine
théobromine de Knebel
--- ---
Noix de l’Inde 1,635 1,640
— du Congo 1,485 1,040
— du Congo A 1,170 1,250
— du Congo B 1,482 0,987
— fraîches (eau 57,35 %) 0,624 0,294
— séchées C 1,464 0,609
— — du Soudan 1,330 1,200
— — du Niger A 1,230 1,006
— — du Niger B 0,902 0,650
— — de Sierra-Léone A 2,273 1,175
— — de Sierra-Léone B 2,410 1,209
— avariées 2,170 0,435
— moisies 1,210 0,067
— moisies 2,029 0,131
— de la Côte d’Ivoire 1,864 1,300
DOHME et ENGELHART[167] trouvent des résultats identiques en s’adressant
à des noix de Kola d’Afrique et à des noix provenant d’arbres cultivés à
la Jamaïque : 2,04 et 2,25 de caféine pour les noix d’Afrique ; 1,75 et
1,95 pour celles de la Jamaïque.
THOMSON[168], à son tour, donne les résultats suivants :
___ Caféine par ___
/ \
H²O Tanin Cendres Chloro- Ether Méthode
forme Lloyd
Noix sèche 7,55 1,87 3,19 1,22 1,62 »
— sèche 6,95 1,86 3,20 1,84 1,96 1,73
— fraîche 56,65 2,85 3,66 0,59 0,80 »
— en partie sèche 38,50 2,47 3,66 1,08 1,46 1,46
Il n’en est pas de même de BERNEGAU[169] dont les analyses accusent des
écarts assez forts :
Caféine
---
Botika 1,374
Mayumba Uyanga 1,724
Togo 2,16
Gold-Coast 1,60
Cameroun 0,70
La dessiccation et même la torréfaction amènent peu de changement dans
la teneur en caféine, ainsi que le montre le tableau suivant extrait des
recherches de DIETERICH[170].
Fraiches Séchées Torréfiées
--- --- ---
Caféine par éther 1,43 1,777 1,04
— chloroforme 1,15 1,76 1,35
Eau 57,29 13,86 4,42
Matières grasses 3,33 1,67 0,63
Cendres 1,56 2,50 3,86
Carbonate de potasse des cendres 47,55 % 45,55 % 49,16 %
M. BALLAND[171], pharmacien principal de l’armée, dont les travaux
analytiques concernant de nombreuses denrées alimentaires sont bien
connus, donne aussi une analyse du Kola, effectuée sur des noix
provenant d’Alépé (Côte d’Ivoire) :
Etat normal Etat sec
--- ---
Eau 11,70 0,00
Matières azotées 10,25 11,61
— grasses 1,25 1,41
— amylacées 64,60 73,16
Cellulose 8,90 10,08
Cendres 3,30 3,74
------ ------
100, » 100, »
Teneur en caféine 2,75 3,11
Cet auteur, avec MM. KNOX et PRESCOTT, comme on le verra plus loin,
signale une proportion de caféine considérable et dépassant de beaucoup
les chiffres obtenus par tous les chimistes qui se sont occupés de cette
question ; il est impossible de fournir une explication satisfaisante de
cette divergence. Nous nous contentons d’exposer les faits.
Cette teneur en caféine, théobromine et tanin dans les diverses espèces
de Kola arrivant sur les marchés, _C. acuminata_ R. Br., et _C. Ballayi_
Cornu[172], a été étudiée par O. TOPPING[173], qui résume ses recherches
dans le tableau suivant :
Alcaloïde Caféine Théobromine Tanin
total
--- --- --- ---
{ 2 cotylédons 1,424 1,384 0,0354 1,226
_C. acuminata_ {
{ 2 cotylédons 1,123 1,094 0,02805 0,817
{ 5 cotylédons 1,240 1,0208 0,0309 3,26
{
_C. Ballayi_ { 5 cotylédons 0,841 0,8205 0,0209 4,07
{
{ 5 cotylédons 1,305 1,3508 0,0346 3,27
Des recherches identiques de KNOX et PRESCOTT[174] sur la teneur des
Kolas frais en caféine libre et combinée ont donné les résultats
suivants :
Eau Alcaloïde Alcaloïde Total
libre combiné
--- --- --- ---
Kola sec 6,16 1,84 1,82 3,66
Kolas frais, rouges et blancs 53,90 1,158 1,920 3,078
Kolas frais blancs 51,20 1,180 2,085 3,265
Kolas frais rouges 57,20 1,120 1,625 2,745
Kolas frais, blancs et rouges, 53,90 1,235 1,854 3,089
mais moisis
L’un de nous a également, depuis quelques années, effectué dans son
Laboratoire un certain nombre de dosages de caféine sur des échantillons
frais ou secs, d’origines les plus diverses ; en voici les principaux
résultats :
=Dosages de caféine dans les noix de Kola=
(Laboratoire de Pharmacognosie de l’Ecole supérieure de Pharmacie).
Caféine
p.
100.
de
noix
sèche
---
{_Kola sauvage de la Côte d’Ivoire_ (_C.rubra_) 2,285
{ (Envoi Aug. CHEVALIER)
{
{_Kola rose du Sassandra_ (_C. { 1er échantillon 1,46
{pallida_). {
{ (Envoi SCHIFFER). { 2e — 1,53
=Noix {
à deux {_Kola de Madagascar_ (en moyenne) 1,70
cotylédons= {
(_C. { { 1er échantillon 1,70
nitida_ et { {
variétés). {_Kola de Java_ { 2e — 1,55
{ {
{ { 3e — 1,59
{
{_Kola de la Guadeloupe_ 1,75
{
{_Kola de la Jamaïque_ 1,58
{_Kola du Congo_ (Impfondo) (_C. { 1er échantillon 1,53
{Ballayi_). {
{ (Envoi BAUDON). { 2e — 1,21
=Noix {
à plus {_Kola du Dahomey_ (_C. acuminata_) 1,42
de deux { (Envoi du cap. COURTET).
cotylédons= {
{_Kola mucilagineux du Dahomey_ { 1er échantillon 1,10
{(_C. verticillata_). {
{ (Envois SAVARIAU et NOURY). { 2e — 1,13
Les cendres n’ont été analysées que par HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN[175]
et par CHODAT et CHUIT[176] ; les résultats sont peu concordants en ce
qui concerne la teneur en base alcaline et alcalino-terreuse.
Analyse des Cendres (HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN.)
{ Acide phosphorique 0,386
{
{ — sulfurique 0,175
{
{ Chlore 0,165
{
_Cendres solubles_ : 2,720 { CO² 0,014
{
{ Potassium 0,008
{
{ Sodium 1,972
{ -----
{ Total 2,720
{ Acide phosphorique 0,015
{
{ — sulfurique 0,002
{
{ Silice 0,004
_Cendres insolubles_ : 0,605 {
{ CO² 0,282
{
{ Calcium 0,302
{ -----
Total : 3,325 Total 0,605
Ce qui fait en ramenant à 100 :
Acide phosphorique 12,05
— sulfurique 5,30
Chlore 4,90
CO² 8,90
Potassium 0,24
Silice 0,12
Calcium 9,10
Sodium 59,40
------
Total 100,01
Analyses de MM. CHODAT et CHUIT :
Acide phosphorique 14,62
— sulfurique 8,50
Chlore 1,30
CO² 8,75
Potassium 54,96
Silice 1,07
Calcium traces
Sodium 0
Magnésie 8,54
Oxyde de manganèse 1,29
Oxyde de fer 1,38
------
Total 100,41
Dans la plupart des travaux, les auteurs ont eu surtout en vue la
composition centésimale de la noix de Kola, sans se préoccuper de la
recherche des principes actifs autres que les composés caféiniques. En
effet, alors que chacun de ces auteurs reconnaît que les noix fraîches
ont une activité physiologique différente de celle des noix sèches,
presque tous attribuent cette action à la Kolanine (rouge de Kola), qui
cependant est un principe, non défini, extrait des noix sèches.
Dans les travaux de WAAGE[177], KILMER[178], POSKIN[179],
DIETERICH[180], O. SCHUMM[181], THOMS[182], SCHURMAYER[183], WARIN[184],
nous n’avons guère à relever de faits intéressant la composition
chimique du Kola. Notons cependant l’opinion de WAAGE, qui dit, sans le
prouver toutefois, que les noix cultivées seraient meilleures que les
noix sauvages, et celle de POSKIN prétendant que le goût des noix de
Kola fraîches est plus agréable lorsque les nègres les ont enterrées
trois semaines à la façon du cacao.
*
* *
Après avoir ainsi passé en revue tous les travaux analytiques concernant
la noix de Kola, examinons plus spécialement les recherches qui ont eu
pour but l’extraction des principes actifs de cette drogue.
ATTFIELD fut donc le premier qui en isola la caféine ; HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN, dans leur analyse centésimale, signalent la présence
de théobromine. Ce sont les deux seuls corps cristallisés dont la
présence fut affirmée jusqu’en 1906.
Il est toutefois à noter que la présence des bases xanthiques a été
également signalée dans les feuilles par J. DEKKER[185], contrairement à
l’opinion émise par HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN (_loc. cit._, p. 294). Le
savant allemand trouve 0,049 % de caféine et 0,101 % de théobromine dans
les feuilles jeunes, c’est-à-dire une plus grande proportion de cette
dernière base que celle trouvée dans les cotylédons.
Les feuilles âgées ne renferment que des traces de bases xanthiques.
Au cours de leurs recherches, HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN ont également
fait mention d’un corps spécial qu’ils désignent sous le nom de _rouge
de Kola_. Il n’est pas inutile de reproduire _in extenso_ la partie de
ce travail consacrée à l’extraction de ce composé, à qui l’on attribua
pendant longtemps un rôle important dans l’action thérapeutique du Kola.
« En épuisant la poudre de Kola par l’alcool à chaud, on obtient un
liquide qui ne fournit que 6 % d’extrait sec. Cet extrait est jaune-
clair et renferme une grande quantité de tanin ainsi que des matières
grasses et résineuses jaunes. Quand on reprend par l’eau cet extrait
alcoolique, on perçoit une odeur très agréable qui rappelle celle du
cacao ; la caféine se dissout, et le mélange des matières grasses et
résineuses surnage. En traitant ce résidu un grand nombre de fois par
l’eau bouillante et en le desséchant au bain-marie, il finit par se
réduire en une masse sèche et friable presque insoluble dans le
chloroforme, soluble entièrement dans l’alcool et la potasse, qu’elle
colore en rouge vif. Soumise à l’action de la chaleur, cette substance
laisse dégager des vapeurs empyreumatiques et fournit dans la partie
refroidie du tube dans lequel se fait l’essai une abondante
cristallisation d’aiguilles de caféine. D’un autre côté, en la traitant
par la potasse caustique, on obtient un liquide rouge intense comme avec
le tanin. On serait donc tenté de conclure à la présence de caféine,
mais il n’en est rien, car l’alcaloïde n’existe que dans la noix de Kola
à l’état de combinaison, ainsi que nous le verrons plus tard ; il s’y
trouve à l’état de liberté. De ce que les aiguilles de caféine se
subliment dans ces conditions, il faut en conclure que l’alcaloïde est
retenu mécaniquement par cette matière résineuse. Celle-ci, sans aucun
doute, n’est autre chose qu’un produit d’oxydation du tanin et présente
la plus grande analogie avec le rouge cinchonique ; nous donnons à ce
composé particulier le nom de _rouge de Kola_ et nous indiquons plus
loin en quelle proportion il existe dans la graine. »
Plus loin, en effet, MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN[186] reviennent sur
le mode de préparation.
Ils épuisent tout d’abord la poudre par le chloroforme, puis après
s’être assurés que cette poudre ne cédait plus rien à ce dissolvant, ils
l’ont épuisée avec de l’alcool.
La solution alcoolique obtenue est évaporée en consistance d’extrait et
reprise par l’eau bouillante qui la dissout presque en totalité, mais
abandonne par le refroidissement une grande quantité de flocons bruns
(qui constituent le rouge du Kola). La liqueur surnageante renferme du
glucose, une petite quantité de sels fixes et un tanin de nature
particulière dont l’auteur étudie l’action sur les réactifs des tanins.
« Les flocons bruns qui se déposent par le refroidissement semblent être
un produit d’oxydation de tanin et présentent les plus grandes analogies
avec le rouge cinchonique. Cette poudre soumise à la dessiccation, se
présente sous la forme d’une masse brillante presque noire. Elle est
très soluble dans l’alcool, la potasse caustique, la soude caustique et
l’ammoniaque. Les solutions alcalines sont brun-rouge ; mais chauffées
au bain-marie, elles affectent une couleur rouge-sang. Leur solution
alcoolique n’agit pas sur les sels ferriques, mais elle est précipitée
en totalité par l’acétate de plomb.
« Pour purifier la substance, nous la dissolvons dans la potasse et nous
la précipitons de nouveau par l’acide chlorhydrique faible. Préparée de
la sorte et chauffée dans un tube à essai, elle fournit une huile
empyreumatique qui se solidifie au bout d’un certain temps sous forme de
tables aplaties : _On ne reconnait pas trace de caféine dans le produit
de la sublimation, elle se comporte donc d’une manière différente de
celle du produit brut dont il a été question plus haut_.
« Nous donnons à ce composé le nom de _Rouge de Kola_ pour le distinguer
de la matière colorante rouge qui est mélangée au ligneux et qu’on ne
parvient pas à extraire, même au bout de trois fois vingt-quatre heures,
à l’aide de l’alcool bouillant. Ce rouge de Kola renferme une petite
quantité de matières grasses que l’on peut enlever par le chloroforme,
l’éther ou le sulfure de carbone, après avoir préalablement desséché la
matière. L’extrait alcoolique réduit la liqueur cupro-potassique d’une
manière notable, « ce qui indique par conséquent la présence d’une
certaine quantité de glucose. »
Il est bon de faire remarquer que MM. HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN
auraient dû pour cette recherche, déféquer la liqueur, car le rouge de
Kola, qui est du groupe des tanins, pouvait de lui-même réduire la
liqueur de Fehling. Or, en aucun endroit de cette partie de leur travail
consacré au rouge de Kola, ces deux savants ne font allusion à la
présence possible de caféine ; ils font même remarquer, au contraire,
que le composé obtenu est différent de celui qu’on isole par sublimation
et qui, dans leurs premiers essais leur avait donné de la caféïne. Nous
verrons tout à l’heure comment HECKEL est revenu sur son idée après le
travail de KNEBEL[187].
Quelques années plus tard, KNEBEL retira du Kola le même produit que
HECKEL[188] et SCHLAGDENHAUFFEN et le considéra comme un glucoside de la
caféïne. Voici textuellement sa méthode d’extraction :
« La matière finement pulvérisée était d’abord complètement épuisée avec
de l’éther qui enlève la matière grasse, la caféine et la théobromine ;
on épuise ensuite avec de l’alcool ; la solution alcoolique filtrée est
distillée dans le vide jusqu’à siccité. Le produit ainsi obtenu, mélange
de rouge de Kola, d’acide tannique, de sucre et de sels, est dissous
dans de l’eau additionnée d’un peu de lessive de soude ; on filtre et on
précipite par l’acide chlorhydrique. Le précipité est recueilli après
filtration, redissous à nouveau dans l’eau alcaline et reprécipité à
nouveau. On le sèche finalement sur l’acide sulfurique. »
Pour obtenir ce produit encore plus pur, KNEBEL emploie la méthode
suivante un peu différente :
« La poudre de Kola est épuisée directement par de l’alcool. La solution
alcoolique est filtrée, puis distillée dans le vide et évaporée à
siccité, on épuise l’extrait par le chloroforme dans un appareil
SOXHLET. Le résidu ainsi débarrassé de la caféïne libre est mélangé avec
du sable et épuisé avec de l’eau jusqu’à ce que l’eau passe colorée, ce
qui a pour but d’enlever le tanin, les matières colorantes, le glucose,
les sels ; on épuise ensuite à l’alcool et on évapore à siccité ; on
obtient ainsi la Kolanine absolument pure, car dans le premier cas les
traitements à l’eau alcaline l’altèrent un peu » (KNEBEL).
La matière ainsi obtenue (_rouge de Kola de Heckel_), analogue au rouge
cinchonique, est une poudre rouge-brune, amorphe, d’une saveur amère, à
peine soluble dans l’eau froide, très peu dans l’eau bouillante, et
s’agglomérant pour former une masse résineuse à cassure brillante. En la
chauffant fortement il se sublime de la caféine. KNEBEL admet que cette
_caféine n’est pas entrainée lors de la précipitation par l’eau, mais
forme un composé très stable_. Ce composé serait formé de caféïne,
glucose et rouge de Kola et constituerait un glucoside que KNEBEL
appelle _Kolanine_. Le dédoublement de ce composé serait très difficile,
on ne pourrait l’obtenir complètement ni par l’eau bouillante, ni par
les acides dilués même après plusieurs jours d’ébullition. Il n’y aurait
que l’acide sulfurique à 20 % qui puisse décomposer le glucoside après
quatre heures d’ébullition. Du produit de dédoublement, l’auteur a pu
séparer la caféine, puis le sucre sous forme de poudre blanche, en
l’extrayant au moyen de l’alcool méthylique et le précipitant par
l’éther. La poudre blanche ainsi obtenue était en faible quantité, mais
suffisante d’après KNEBEL, pour la caractériser comme du glucose.
L’action du chlorure d’acétyle a pour effet de séparer la caféine du
rouge de Kola et de former avec ce dernier un dérivé pentacétylé non
cristallisé.
Ce rouge de Kola provenant du dédoublement de la Kolanine aurait pour
formule C¹⁴H¹³(OH)⁵ ; fondu avec les alcalis, il donnerait de l’acide
protocatéchique. L’oxydation par le permanganate de potasse donne une
masse noirâtre qui n’a pas été examinée ; avec l’acide azotique, on
obtient de l’acide oxalique.
Pour KNEBEL, l’identité chimique de la Kolanine ne fait aucun doute,
c’est un corps glucosidique se dédoublant d’après l’équation suivante :
Kolanine (rouge de Kola de Heckel + H²O = caféine + glucose + rouge de
Kola).
Un ferment existant dans la noix aurait la propriété de provoquer ce
dédoublement. Cette opinion est défendue par SCHWEITZER[189], qui montre
que les proportions de caféine et de glucose dans la Kolanine sont en
proportions simples et que pour une molécule de caféine et de rouge de
Kola, il y a trois molécules de glucose. Il donne à la Kolanine la
formule suivante : C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹.
se dédoublant comme suit :
(C⁴⁰H⁵⁶N⁴O²¹ + 4H²O = 3C⁶H¹²O⁶ + C¹⁴H¹³ (OH)⁵ + C⁸H¹⁰N⁴O²).
Aussitôt après l’apparition des travaux de KNEBEL, HECKEL reprit la
question et admit que la Kolanine de KNEBEL était bien son rouge de
Kola, et que le dédoublement lent par les acides, tels les acides du suc
gastrique, devait produire dans l’estomac une certaine quantité de
caféine à l’état naissant. Alors qu’il avait écrit quelques années
auparavant : « Ce rouge de Kola est un principe mal connu comme fonction
chimique, mais d’une préparation facile, il peut être rapproché du rouge
cinchonique... » ; il est grand dommage, d’après l’avis de MM. PERROT et
GORIS, — sans que cela constitue le moindre reproche pour le savant
professeur, — que HECKEL[190] n’ait pas soumis le travail de KNEBEL à un
examen plus approfondi. Le corps obtenu par KNEBEL _n’était pas
cristallisé, donc pas défini_ ; la présence de glucose, ainsi que l’a
fort bien établi CARLES[191], n’était pas suffisamment démontrée, et
HECKEL pouvait aussi bien conclure que le corps trouvé par KNEBEL
n’était en rien différent de son rouge de Kola. Il n’y avait entre les
deux travaux qu’une simple différence : HECKEL croyait la caféine
entraînée lors de la précipitation, tandis que KNEBEL affirmait qu’elle
existait sous forme de combinaison chimique. Dans la _Kolanine_ ou le
_rouge de Kola_, la caféine est fortement retenue, puisque, seule,
l’action prolongée des acides peut la séparer, mais de là à conclure à
la présence d’un composé chimique scientifiquement établi, il y a loin.
La dénomination _rouge de Kola_ donné par HECKEL, sans préjuger de rien,
était moins prétentieuse que celle de _Kolanine_, et, tout en exprimant
le même fait, la première au moins, n’avait pas l’inconvénient de faire
croire à l’existence d’un composé bien défini.
Cette Kolanine de KNEBEL[192] a de suite été industrialisée et mise sous
forme de pastilles de 0 gr. 20 de kolanine, par la maison KREWEL et Cie,
de Cologne.
G. FRANÇOIS, en 1897[193], montra que, contrairement à l’opinion de
KNEBEL, les noix séchées, c’est-à-dire oxydées, n’étaient pas plus
riches en principes actifs que les noix fraîches. D’un autre côté,
l’individualité chimique de la kolanine fut mise en doute par KNOX et
PRESCOTT[194], puis par DIETERICH[195], qui prétendit même que le
produit de KNEBEL n’était qu’un mélange des principes actifs de la noix
de Kola. Ces critiques obligèrent KREWEL et Cie[196] à défendre leur
produit ; mais cependant ils avouent : « _qu’à cause du dédoublement
facile de la kolanine, Knebel renonce à donner la description de la
kolanine pure et se contente d’obtenir par sa méthode, une kolanine
brute qui contient de 80 à 90 % de kolanine pure_ ».
Une méthode de préparation de la kolanine a été également indiquée par
J. JEAN[197] ; c’est à elle que DIETERICH[198] et BERNEGAU[199] ont
recours pour le dosage de ce produit. « Après avoir épuisé par le
chloroforme le mélange de poudre de Kola et de chaux, dans le but
d’extraire la caféine et la théobromine, la poudre de Kola est épuisée
dans un appareil Soxhlet par l’alcool à 90°. L’alcool dissout la
totalité de la kolanine, le tanin et la matière colorante. Pour séparer
ces dernières matières de la kolanine, l’alcool est évaporé au bain-
marie et le résidu est repris par l’eau distillée bouillante, qui
dissout le tanin et la matière colorante. On filtre : la kolanine
insoluble reste sur le filtre ; on lave à l’eau chaude. Le filtre est
ensuite séché et pesé ».
M. CARLES[200] donne un procédé un peu différent : « Pour doser la
kolanine dans une graine de Kola ou dans un extrait, on épuise cette
graine ou cet extrait par l’eau distillée froide et on continue
séparément avec de l’alcool à 70°. L’extrait alcoolique obtenu, lavé de
nouveau à l’eau froide, laissera la kolanine brute insoluble ; on devra
la dessécher à une douce chaleur jusqu’à poids constant avant de fixer
son poids, pour y doser les alcaloïdes, on pèse 1 gr. de chaux éteinte
et 3 gr. de carbonate de chaux, on triture avec une trace d’alcool, on
dessèche et on épuise au chloroforme alcoolisé d’après la méthode
indiquée par l’auteur ».
La kolanine purifiée se présente sous l’aspect d’une substance d’un brun
noir amorphe, à reflets brillants, susceptible de fondre à 50°-60° quand
elle est humide. CARLES[201] se refuse à voir en cette substance un
glucoside, et, dit-il, « chaque fois que nous avons agi sur une kolanine
purifiée, renfermant de 14 à 20 % d’alcaloïdes, ces alcaloïdes ont bien
été séparés par les acides chlorhydrique et sulfurique étendus, avec une
merveilleuse blancheur, mais dans la liqueur saturée par la baryte et
déféquée par l’acétate basique de plomb, nous n’avons jamais pu déceler,
par les moyens ordinaires, _aucune trace de glucose_ ».
La kolanine ne semblerait pas exister dans la noix fraîche et ne
prendrait naissance que par dessiccation, sous l’action d’un ferment
oxydant (koloxydase).
Le produit comparable de la noix fraiche serait la _kolanine vraie_, ou
_rouge kolanique soluble_, qui, par oxydation se transformerait en un
produit insoluble (kolanine KNEBEL, rouge de Kola HECKEL), produit mort,
pathologique et inactif. Cette dernière hypothèse, émise par le
pharmacologiste bordelais, a le grand tort de ne pas s’appuyer sur des
expériences chimiques et physiologiques précises qui en augmenteraient
la valeur.
Outre l’exploitation de la kolanine par la maison KREWEL de Cologne,
d’autres brevets concernant le rouge de Kola furent pris en Allemagne.
Citons celui-ci, pris en 1892, qui visait un procédé spécial
d’extraction des substances utiles de la noix de Kola[202]. Il consiste
dans les opérations suivantes :
1o On broie à la meule, en évitant le contact des objets de fer, la noix
de Kola fraiche et triée, juteuse et colorée ; on obtient un suc rouge
trouble et une masse grossièrement concassée que l’on traite dans un
appareil à déplacement par l’alcool à 93 %. Après distillation du
solvant, il reste un extrait rouge foncé, d’où il se sépare par
refroidissement une masse résineuse qui constitue le rouge de Kola. On
le purifie par extraction successive au chloroforme, à l’éther, et enfin
à l’eau bouillante. Les extraits chloroformiques et éthérés sont traités
suivant le paragraphe 2.
Le _rouge de Kola_ ainsi obtenu est exempt de caféine, de théobromine,
de tanin, de substances grasses ou cireuses, etc., il est insoluble dans
l’eau, l’éther et le chloroforme, neutre aux réactifs colorés,
indifférent aux acides étendus, et soluble dans l’alcool seulement en
une belle couleur rouge.
2o Le suc obtenu lors du broyage est mis à digérer avec l’éther pendant
plusieurs jours ; on agite et on sépare l’éther que l’on distille. Il
abandonne une cire que l’on ajoute à celle obtenue par l’évaporation des
extraits chloroformiques et éthérés, et une matière colorante jaune que
l’on dissout dans l’eau. Elle possède l’odeur, la saveur et le bouquet
de la noix de Kola fraiche.
3o L’extrait rouge foncé du paragraphe 1er, d’où s’est séparé le rouge
de Kola, est clarifié par filtration, puis évaporé en consistance
d’extrait. Il renferme la caféine et la théobromine. Le reste de ces
substances s’obtient en traitant par l’eau bouillante le résidu du
traitement à l’alcool du no 1.
[Note : N.-B. — Nous devons également signaler les résultats obtenus au
moyen d’un procédé spécial, par M. le professeur A. GAUTIER, dans
l’analyse des noix de Kola fraiches qui lui avaient été remises par M.
G. LE BON. « Les noix de Kola ayant été transformées en extrait
concentré dans une atmosphère d’acide carbonique pour éviter l’action de
l’air, cet extrait précipité par le sulfate de magnésie, donna un
produit qui rougissait rapidement en s’oxydant au contact de l’air. Ce
produit se décomposerait en présence de l’eau et des acides étendus en
trois corps différents : une matière rouge et deux alcaloïdes qui ne
furent pas déterminés. L’un d’eux est probablement de la caféine, et je
ne serais pas étonné que l’autre fut de la théobromine ». (G. LE BON. —
Les recherches récentes sur la noix de Kola. _Rev. scient._, 1893, III,
pp. 527-551).]
4o En distillant à la vapeur d’eau la noix de Kola fraiche, on obtient
une eau distillée, sur laquelle nage une mince couche huileuse,
l’essence de Kola. Cette huile essentielle rappelle par son odeur et son
goût l’odeur de l’essence de Sassafras.
BERNEGAU[203], qui, à son tour industrialisa ses recherches, compléta
toutes ses publications par la prise d’un brevet pour l’obtention d’un
produit qui serait employé avec les aliments tels que le lait, les
jaunes d’œufs, le cacao à titre d’excitant et aussi comme médicament et
matière colorante. Il obtient ce produit « en traitant les noix de Kola
une heure à l’eau bouillante, séchant et pulvérisant le produit. Le
produit est épuisé à l’alcool à 90° jusqu’à épuisement complet. Le rouge
de Kola ainsi obtenu est sirupeux et de couleur rubis, soluble dans un
peu d’eau, d’alcool et la glycérine »[204].
Beaucoup d’auteurs, et en particulier SIEDLER[205], n’ont guère cru à
l’utilité et à l’emploi de la Kola BERNEGAU comme aliment.
Toutes les recherches que nous venons de signaler ont été faites en
opérant sur la noix de Kola sèche, ou bien encore sur la noix fraiche,
sans tenir compte de l’action oxydante d’un ferment existant dans la
noix et agissant sur les composés chimiques qui y sont contenus.
En 1896, BOURQUELOT[206] attirait incidemment l’attention sur l’action
de la Koloxydase et montrait qu’en opérant de façon à détruire celle-ci
par l’action de l’alcool bouillant on pouvait obtenir un extrait blanc
de Kola, que M. CHOAY prépara également plus tard, en s’inspirant des
mêmes principes.
Cette diastase oxydante n’est d’ailleurs pas la seule dont on ait
signalé la présence dans la noix de Kola, car M. MASTBAUM[207] a trouvé
une enzyme dédoublant les graisses, qui se distingue des lipases
végétales décrites jusqu’ici, par ce fait, que les acides dilués et même
l’eau seule entravant considérablement son action en la détruisant
complètement.
KNOX et PRESCOTT[208], l’année suivante, opéraient d’une façon
identique, employant l’alcool bouillant pour détruire l’oxydase, ce qui
permettait de traiter ensuite plus facilement la noix de Kola. Ils
retirèrent ainsi de la noix fraiche un composé tannique qu’ils
appelèrent _Kolatanin_. Leur mode d’extraction est le suivant :
« Les noix de Kola fraiches sont coupées et jetées dans l’alcool
bouillant, où on les maintient pendant quelque temps. On sèche dans une
étuve et on pulvérise. On épuise ensuite avec de l’alcool à 50°. Les
liquides alcooliques sont distillés dans le vide pour chasser l’alcool ;
on filtre.
« Le résidu insoluble est surtout constitué par du _kolatanate de
caféine_. La solution renferme : caféine, théobromine, kolatanin,
kolatanate de caféine, matières grasses, glucose et matières colorantes
provenant de la transformation du tanin pendant la distillation de
l’alcool. On ajoute du chlorure de sodium à saturation, ce qui fait
précipiter le kolatanate de caféine. Le résidu sirupeux rouge introduit
dans une ampoule est agité avec du chloroforme qui enlève caféine et
matières grasses ; on épuise ensuite à l’éther. Le kolatanin étant
insoluble dans le chloroforme et l’éther, il s’enlève peu de ce produit.
On agite enfin avec de l’éther acétique à de nombreuses reprises. On
réunit les liquides éthérés et on distille sous pression réduite.
« Le tanin obtenu est poreux, blanc rosé, très friable et facilement
soluble dans l’eau. On y ajoute une solution de NaCl et on reprend par
l’éther acétique. On répète plusieurs fois ce traitement ; finalement
l’éther acétique étant distillé complètement, on reprend la masse de
kolatanin par l’éther et on le distille dans le vide. Le résidu est
séché dans le vide sulfurique ».
Le kolatanin est une poudre crême légèrement rosée, complètement soluble
dans l’eau, l’alcool, l’acétone, l’éther acétique, légèrement soluble
dans l’éther, insoluble dans le chloroforme et la benzine. Il aurait
pour formule C¹⁶H²⁰O⁸. Il colore en vert l’acétate ferrique, précipite
en brun le bichromate de potasse, en blanc la quinine ; l’acétate de
plomb ne précipite ni l’émétique, ni l’albumine. Avec le chlore et le
brome, il donne des précipités blancs ou légèrement jaunes ; avec la
formaldéhyde, en présence d’acide chlorydrique comme agent de
condensation, il donne un précipité rose devenant rouge. Ces réactions
font que ce composé s’éloigne de l’acide gallotanique pour se rapprocher
plutôt du tanin de chêne.
Par ébullition avec HCl ou SO⁴H² dilué, il se forme un précipité rouge
devenant peu à peu noir ; l’analyse montre qu’il ne se forme pas là un
composé défini ; il ne renferme pas de glucose. En chauffant le
kolatanin dans l’eau à des températures différentes et supérieures à
100°, on obtient une série d’anhydrides.
MM. KNOX et PRESCOTT ont fait également avec ce corps une série de
composés de substitution, tels que les dérivés acétylés et bromés
nombreux, et des dérivés à la fois acétylés et bromés
(Pentacétylkolatanin, Hexabromokolatanin, Pentacétyl-
pentabromokolatanin, etc.).
Fondu avec les alcalis, ce tanin donne de la phloroglucine et de l’acide
protocatéchique.
Pour expliquer ce dédoublement et ses nombreux composés, les auteurs
admettent la formule suivante :
[Formule chimique]
qui en ferait un dérivé hydro-benzénique : ce serait un éther de l’acide
monométhyltrihydroxydihydrobenzoïque, éthérifié avec un
monométhylméthoxydihydrotriphénol.
Malheureusement, tous ces dérivés bromés, acétylés, ainsi que le
kolatanin lui-même, ne sont pas cristallisés, et sont d’un intérêt bien
limité. Les auteurs n’ont eu entre les mains qu’un mélange de composés
taniques, parmi lesquels se trouvait très probablement en grande
quantité le corps retiré en 1907, par A. GORIS[209], dans le laboratoire
de l’un de nous et nommé _Kolatine_.
Enfin MM. CHEVROTIER et VIGNE, quelques mois après cette découverte, ont
prétendu avoir extrait de la noix de Kola, un tannoglucoside, au moyen
de l’éther acétique[210]. Ils avouent n’avoir pu retirer le corps
signalé par A. GORIS ; cependant l’étude faite par ce dernier du
tannoglucoside en question, ne permet pas de le considérer comme autre
chose qu’un extrait obtenu par une méthode spéciale et renfermant une
assez grande proportion de cette kolatine, dont il convient de rappeler
la préparation et les caractères chimiques.
=Extraction de la Kolatine= (GORIS).
1o _Préparation de la matière première._ — Au début de son travail,
l’auteur insiste sur ce point, qu’il est indispensable pour ces
recherches d’avoir constamment à sa disposition des noix fraîches ou
traitées de telle façon que le principe actif ne s’y trouve pas altéré.
Il a donc tout d’abord essayé de conserver les noix fraîches pendant un
certain laps de temps et de la façon suivante.
_Conservation._ — Les noix de Kola, exemptes de toutes traces
d’altération sont déposées par couches dans des boites en fer blanc de
la contenance de 500 à 1.000 gr. que l’on garde dans un endroit sec. Ces
graines peuvent ainsi se conserver un laps de temps variable (deux,
trois et même quatre mois), pendant lequel on vérifie leur état tous les
4 ou 5 semaines, en ayant soin d’enlever les noix qui commencent à se
tacher.
Dans ces _conditions d’obscurité_, la graine continue à vivre ; elle
absorbe l’oxygène de l’air et _exhale de l’acide carbonique_ qui
s’accumule dans la boite et ralentit encore la vitalité de ces graines.
_A la lumière_, dans des flacons de verre bouchés, par exemple, les
résultats sont moins bons. Il y a bien, comme précédemment, absorption
d’oxygène et mise en liberté d’acide carbonique, mais peu à peu le gaz
carbonique est absorbé, et les cotylédons ne tardent pas à verdir.
Lorsque les graines ainsi conservées sont près de mourir, leur
transpiration est énorme et les parois des vases ruissellent d’eau ; la
mort arrive alors très rapidement, et avec elle apparaît immédiatement
la couleur rouge rouille caractéristique des noix de Kola sèches.
Ce mode de conservation n’est pas sans présenter quelques aléas dans la
réussite ; de semblables recherches ne pouvaient être poursuivies avec
fruit qu’à la condition d’être sûr du réapprovisionnement en noix
fraîches, à moins de trouver un procédé amenant leur dessiccation sans
ce que ce phénomène fut accompagné d’aucune transformation chimique, ce
qui pouvait sans doute être obtenu en détruisant les ferments de la
graine. A cette époque, une seule méthode avait été préconisée qui
reposait sur l’emploi de l’alcool bouillant, décrite par BOURQUELOT,
puis KNOX et PRESCOTT.
_Procédé à l’alcool bouillant._ — Ce procédé bien connu consiste à
laisser tomber les noix de Kola coupées au fur et à mesure dans l’alcool
à 95° bouillant.
Mais il n’est pas sans offrir dans la pratique divers inconvénients :
1o la noix de Kola renfermant 50 à 60 % d’eau, le titre de l’alcool se
trouve très vite considérablement diminué et on ne saurait atteindre le
but poursuivi en opérant en milieu trop aqueux ;
2o ce traitement préalable à l’alcool bouillant crée de nombreuses
difficultés quand on veut par la suite faire agir sur les noix de Kola
d’autres solvants tels que chloroforme, éther, acétone, éther acétique,
etc., car l’alcool a évidemment enlevé aux semences une partie des
principes qui y sont solubles.
Il était donc absolument indispensable de trouver une autre méthode et
M. GORIS pensa dès lors au procédé classique de stérilisation.
_Stérilisation_ (Procédé GORIS et ARNOULD). — Le procédé consiste à
détruire, par la chaleur au moyen de l’autoclave, la koloxydase, aussi
bien d’ailleurs que les autres ferments qui peuvent exister dans la
noix.
Pour cela, les noix de Kola entières et ouvertes (ce qui s’obtient
facilement, sans froisser les tissus, en introduisant un petit coin de
bois dans la fente cotylédonaire), sont disposées par couches de faible
épaisseur dans des paniers en fil métallique. On chauffe un autoclave à
100°, et on laisse fluer abondamment la vapeur. On y introduit alors les
paniers, et le couvercle étant revissé, on purge l’appareil d’air[211].
On élève la température à 110°, et, on la maintient pendant 5 à 10
minutes, suivant la quantité de graines introduite. La stérilisation
terminée, on retire les noix, on les coupe en menus fragments, qu’il ne
reste plus qu’à faire sécher à l’air libre ou à l’étuve. Les noix
primitivement blanches gardent cette couleur ; leur surface externe
seule est devenue faiblement roussâtre, les noix rouges, au contraire,
changent de teinte et deviennent violettes.
Il est indispensable d’effectuer ces opérations très rapidement et
d’introduire les noix de Kola dans l’autoclave préalablement chauffé à
100° ; Pour que l’oxydase ne puisse agir, il faut que la température des
noix _passe rapidement_ de la température ordinaire, à celle de 70° ;
quand la température est de 110° à la surface des graines, elle ne
dépasse probablement pas 70 à 80° à l’intérieur des cotylédons ; en tout
cas, les principes actifs de la noix de Kola fraîche ne se trouvent pas
altérés. C’est avec des noix ainsi stérilisées, que A. GORIS a pu
préparer, avec aussi bon rendement que par le procédé à l’alcool
bouillant, la _Kolatine_, principe cependant très altérable.
A l’aide de ces noix stérilisées, on peut obtenir une _poudre
blanchâtre_ avec les noix blanches, ou rouge violacée avec les noix
rouges, mais de conservation indéfinie et constituant une matière
première toujours à la disposition du chimiste ou de l’industriel à
toute époque de l’année et qui de plus, possède l’avantage de présenter
une composition invariable, ce qui ne saurait être assuré par aucun
autre procédé de conservation.
_Extraction de la Kolatine._ — Cette substance fut tout d’abord obtenue
par GORIS, en traitant les noix de Kola fraîches par l’alcool bouillant,
mais l’auteur abandonna presque aussitôt ce procédé, pour des raisons
que nous venons d’exprimer et préféra se servir de la _poudre de Kola
frais stérilisé_.
Celle-ci est épuisée par de l’alcool à 80° à chaud, ou mieux encore à
froid par lixiviation et, les solutions alcooliques filtrées, distillées
dans un courant d’Hydrogène jusqu’à consistance sirupeuse, _sans
addition de carbonate de chaux_ (les rendements étant meilleurs en
gardant l’acidité naturelle des liqueurs alcooliques) fournissent une
colature qu’on introduit alors dans une ampoule à décantation avec du
chloroforme. Ce solvant dissout la caféine à l’état libre et une
substance résineuse qui nuit à la cristallisation du corps que l’on veut
obtenir. On décante et on continue les épuisements jusqu’à ce que le
chloroforme ne se colore plus en jaune, ce qui demande trois ou quatre
opérations. Finalement on laisse un excès de chloroforme en contact avec
la colature et on abandonne le tout au frais. Au bout d’un nombre de
jours variable, des cristaux apparaissent dans le liquide sirupeux qui,
très rapidement alors, se prend en une masse blanchâtre cristalline. On
filtre à la trompe et on lave avec de l’eau légèrement alcoolisée. Le
gâteau blanchâtre de cristaux, après dessiccation dans le vide
sulfurique, et pulvérisation, épuisé à plusieurs reprises par le
chloroforme bouillant, qui enlève très peu de caféine. On le redissout
ensuite au bain-marie dans de l’alcool à 30° et on abandonne à la
cristallisation sous la cloche sulfurique.
Ce corps blanc cristallisé est une _combinaison faible de caféine et de
kolatine_, désignée sous le nom de _kolatine-caféine_. Pour en extraire
la kolatine, on le dissout, à chaud, dans une petite quantité d’eau, et
on épuise ensuite en _milieu aqueux_ par du chloroforme jusqu’à ce que
ce dernier n’enlève plus trace de caféine. La solution aqueuse placée
dans le vide sulfurique, ne tarde pas à donner des cristaux de Kolatine.
_Purification._ — On traite la kolatine à purifier par de l’éther
rectifié du commerce, qui la dissout, et il reste, à l’état insoluble,
avec les impuretés, un autre corps cristallin.
La solution éthérée de kolatine est distillée au Bain-Marie en ayant
soin de ne pas aller jusqu’à l’évaporation complète, qui est terminée à
l’air libre sans chauffer. On reprend le résidu éthéré par l’eau
faiblement alcoolisée et on abandonne à la cristallisation sous la
cloche à vide sulfurique. On obtient ainsi la kolatine très pure, que
l’on sépare et sèche dans le vide le plus rapidement possible, car
humide, elle s’oxyde assez facilement en donnant un rouge phlobaphémique
(rouge de Kola).
=Propriétés de la Kolatine.=
La Kolatine est un composé de formule C⁸H⁸O⁴, elle cristallise en
aiguilles prismatiques fragiles. Elle est assez peu soluble dans l’eau,
d’autant moins soluble qu’elle est plus pure. Très soluble dans les
alcools méthylique et éthylique, l’acide acétique, l’acétone,
extrêmement peu soluble dans l’éther, pratiquement insoluble dans la
benzine, le chloroforme, la ligroine.
Elle fond à 148° (fusion instantanée au Bloc MAQUENNE) ; elle ne possède
pas de pouvoir rotatoire. Elle est très difficile à purifier, car aucun
dissolvant saturé à chaud ne donne la Kolatine par refroidissement et de
plus elle reste facilement en saturation.
Par le perchlorure de fer, elle fournit une coloration vert émeraude
devenant rouge par l’ammoniaque ou la soude et violette par le carbonate
de soude ; cette coloration est identique à celle que donnent les
dérivés pyrocatéchiques.
Ce corps n’est pas acide, il ne décompose pas le bicarbonate de potasse
en solution, et cependant sa solution aqueuse colore très faiblement le
papier bleu de tournesol. Il réduit à froid et complètement le nitrate
d’argent ammoniacal ; il réduit également la liqueur de Fehling à chaud.
[Illustration : FIG. 36. — Cristaux de Kolatine (GORIS), d’apres une
microphotographie.]
Pur, il précipite l’acétate de plomb, le bichromate de potasse,
l’acétate de cuivre ; sans réaction sur l’émétique ni l’albumine. Il
précipite la gélatine en solution concentrée, mais le précipité est
soluble à chaud ou par addition d’eau. La solution aqueuse absorbe
l’iode en le décolorant ; avec le brôme, elle donne un précipité
jaunâtre. Contrairement au Kolatanin de KNOX et PRESCOTT, il ne
précipite pas la quinine. La solution mère d’où est retirée la Kolatine
précipite au contraire abondamment cet alcaloïde. Ce fait permet
d’affirmer que le produit isolé par KNOX et PRESCOTT est un mélange de
composés tanniques renfermant ce composé.
La solution aqueuse de Kolatine rougit peu à peu en présence des
alcalis, même d’une trace d’ammoniaque.
On sait que la noix de Kola fraîche coupée et abandonnée à l’air ne
tarde pas à s’oxyder et à prendre une couleur rouille caractéristique ;
nous avons essayé de reproduire cette oxydation _in vitro_ sur la
kolatine.
La solution de kolatine additionnée de suc de Russule (laccase et
tyrosinase) et de suc d’artichaut (cynarase) et abandonnée à l’air ne se
colore pas. La solution reste couleur jaune paille.
Si avant d’ajouter les ferments oxydants, on prend soin d’additionner la
solution de kolatine d’un peu de CO³Ca et que l’on filtre, la solution
ne tarde pas à rougir et au bout d’un temps variable, quelque fois assez
long (plusieurs jours), il se forme un dépôt rougeâtre qui serait un
« rouge ».
La formation de ce rouge est encore plus rapide si l’on fait bouillir la
solution de kolatine avec une goutte d’SO⁴H² ou HCl dilué avant
d’ajouter du carbonate de chaux et les sucs fermentaires.
Cette différence dans les réactions ne pourra s’expliquer que lorsque
l’on connaîtra la constitution chimique de la kolatine. Or, jusqu’à
maintenant, les essais entrepris en vue de l’établissement de cette
constitution, n’ont donné aucun résultat appréciable.
On peut seulement dire que la kolatine est un corps à fonction
phénolique, se rapprochant des tanins, et que les réactions données par
ce corps font envisager la possibilité de le ranger parmi les composés
ayant des relations chimiques avec les _catéchines_[212], dont la
formule n’a pas encore été établie d’une façon certaine.
Tel était l’état de la question, il y a quelques semaines encore,
lorsque M. GORIS isola de la _noix fraîche_, un deuxième corps
cristallisé appartenant comme le premier au groupe des catéchines, la
_Kolatéine_[213]. C’est ce composé qui existait dans la Kolatine et qui
restait insoluble en traitant cette dernière par l’éther ; dans ses
publications sur la Kolatine, cet auteur avait déjà laissé entrevoir la
présence de cette substance qu’il put obtenir cristallisée de la manière
suivante :
Dans les eaux-mères de cristallisation de Kolatine abandonnées au repos,
il remarqua qu’il se formait une certaine quantité de cristaux
volumineux, atteignant jusqu’à un centimètre de longueur et 2 à 5
millimètres d’épaisseur. Ces cristaux groupés en masse volumineuse ont
été séparés à la main très facilement. Malheureusement, placés trop
précipitamment sous une cloche à acide sulfurique, ils ont effleuri et
sont tombés en poussière.
Cette propriété a fait de suite supposer que l’on pouvait être en
présence de la _phloroglucine_, signalée par BERNEGAU, mais l’étude
poursuivie montre que les propriétés de ce corps l’éloignent
complètement de ce polyphénol.
Les cristaux étant purifiés soit par cristallisations successives dans
l’eau après décoloration au noir animal, soit par dissolution dans
l’acétone absolu et addition ménagée de chloroforme, on obtient, dans le
premier cas, des cristaux aiguillés analogues à ceux de la Kolatine,
dans le second, des prismes assez volumineux.
Ce corps brûle sans résidu, il ne dégage pas de CO² avec le bi-carbonate
de potasse, il précipite par l’acétate de plomb, se colore en vert par
le perchlorure de fer et la solution devient rouge violacé par addition
d’ammoniaque.
Il est très soluble dans l’eau chaude, moins dans l’eau froide, soluble
dans l’alcool, l’acétone, l’alcool méthylique, insoluble dans l’éther,
le chloroforme, l’éther de pétrole, le xylol. Il cristallise à l’état
hydraté dans l’eau et à l’état anhydre dans l’acétone.
Il se rapproche de la phloroglucine par sa propriété de perdre
facilement son eau de cristallisation. De plus, lorsqu’on évapore une
solution alcoolique de vanilline et de ce composé en présence d’HCl, le
résidu se colore en rouge intense, et enfin le réactif sulfo-vanillique
de RONCERAY le colore également en rouge comme la phloroglucine.
Mais au contraire il diffère complètement de ce triphénol : 1o _par sa
saveur amère_, celle de la phloroglucine étant franchement sucrée, par
la coloration verte qu’il donne avec Fe²Cl⁶, le phloroglucine dans ces
conditions dans une coloration bleu violacé ; _par son point de fusion_,
car la phloroglucine fond nettement à 127°, et ce composé instantanément
au bloc Maquenne à 257°-258°. Quand on opère sur le corps hydraté, il
commence d’abord par perdre son eau de cristallisation, puis à 240°
semble s’altérer, car il se colore en rouge et ne fond instantanément
que 20° plus haut. Les deux produits provenant des deux traitements
signalés plus haut se sont comportés de la même façon.
La trop petite quantité de produit a empêché M. GORIS de pousser plus
loin cette étude délicate et de déterminer quelle est la nature exacte
de ce composé chimique nouveau pour le Kola. Il n’existe aucun doute que
l’on ne se trouve encore en présence d’un corps du groupe des
catéchines, entrant dans la composition du _complexe actif de la noix de
Kola fraiche_. Quelles sont ses relations avec la caféine et la
kolatine ? C’est sans doute ce que les recherches en cours nous
apprendront un jour. En tous cas, la découverte de ces composés du
groupe des catéchines permet d’expliquer (ou tout au moins de concevoir)
les causes des divergences d’opinion de savants chimistes sur la
substance dénommée « _rouge de Kola_ ». Celle-ci ne saurait être autre
chose qu’un mélange des produits de dédoublement et d’oxydation de ceux-
là et, partant, sa composition et aussi son action, varient avec les
méthodes d’extractions et l’état de conservation des noix servant aux
expériences.
[Illustration : FIG. 37. — Cristaux de Kolatéine (GORIS) d’après une
microphotographie.]
Signalons enfin, pour terminer cet exposé de nos connaissances chimiques
sur la noix de Kola, que O. GÖRTE[214] y a signalé la présence de
_Bétaïne_ dans la proportion de 0,25 à 0,45 %, fait récemment confirmé
par POLSTORFF[215].
En résumé, on connaît maintenant un certain nombre de corps définis
entrant dans la composition de la noix de Kola. C’est d’abord la
_caféine_ en proportion variable, généralement de 0,80 à 2,40 %, et une
petite quantité de _théobromine_ ; ces deux bases xanthiques se
rencontrent dans différents végétaux tous utilisés comme aliments de
luxe ou comme médicaments (Café, Thé, Cacao, _Paullinia_, Maté) et sous
des combinaisons présentant les plus grandes analogies[216].
A ces deux corps, il faut ajouter les deux substances découvertes par A.
GORIS, appartenant au groupe des catéchines, dont le rôle est sans doute
de solubiliser la caféïne dans la graine fraîche. La _kolatine-caféine_
se rapproche évidemment des corps étudiés par BRISSEMORET et tout
particulièrement de la combinaison de l’acide protocatéchique avec cette
même base.
Ces recherches éclairent d’un jour nouveau la question de l’action
physiologique spéciale de la noix fraîche et nous aurons l’occasion de
revenir sur ce point important. Il n’est pas non plus jusqu’à la
présence de la _bétaïne_ qui ne puisse, sous ce rapport, entrer en ligne
de compte.
Quant au _rouge de Kola_ et à la _Kolanine_ obtenue de la noix sèche, en
précipitant d’une façon générale par l’eau, l’extrait alcoolique,
débarrassé de caféine libre par le chloroforme, ce sont des poudres
amorphes formées de substances de la nature des _tanins_ dits
_phlobaphéniques_, insoluble dans l’eau et contenant encore de la
caféine combinée. Leur nature glucosidique est plus que douteuse, car il
n’est pas prouvé que les sucres réducteurs trouvés, après hydrolyse, par
M. BOURDET[217], dans la proportion de 3,25 %, proviennent du complexe
renfermant la caféine dans sa molécule.
La nature du tanno-glucoside de MM. CHEVROTIER et VIGNE reste encore à
établir, et quant au _Kolatanin_ de KNOX et PRESCOTT, on peut le
considérer comme de la Kolatine impure, mélangée à d’autres composés
tanniques. Il est donc encore impossible d’établir, avec exactitude, la
composition chimique de la noix de Kola, on peut seulement résumer ce
que nous savons dans les chiffres suivants :
POUR 100
(rapportées à la
matière sèche)
---
Eau 50 à 60 gr.
Cellulose 10 à 12
Cendres 1,5 à 2
Amidon 18 à 25
Sucre réducteur 0,74 (Bourdet)
— (après hydrolyse) 3,25 (Bourdet)
Matières tanniques 1,5 à 2
_Kolatine-Caféine_ 0,60 à 0,70
_Kolatéine_ ? ?
Autres combinaisons de _Caféine_ 0,50 à 0,60
_Théobromine_ traces
_Bétaïne_ 0,15 à 0,45
* * * * *
[Note 153 : HECKEL et Fr. SCHLAGDENHAUFFEN. — Des Kolas africains aux
points de vue botanique, chimique et thérapeutique. _J. Ph. et Ch._, 5e
série, 1883, VII, pp. 556-568 ; VIII, pp. 81-96, 177-208, 289-306.]
[Note 154 : KNEBEL. — Die Bestandtheile der Kolanuss. _Inaug. Diss._
Erlangen, 1892. — Zur chemischen Kenntniss der Kolanuss. _Apotek.
Zeit._, 1892, VII, p. 112.]
[Note 155 : KNOX et PRESCOTT. — The Coffein compound of Kola. _Pharm.
Review_, 1897, XV, pp. 172-176, 191-195, 214-219 et _Journ. Am. Chem.
Soc._ 1907, XIX, pp. 63-90 ; 1908, XX, pp. 34-78.]
[Note 156 : La mise au point de cette question a été faite récemment par
MM. PERROT et GORIS (_Bull. des Sc. pharmacologiques_, Paris, 1907, XIV,
pp. 576-593). Nous faisons ici à cette revue, les plus larges emprunts.]
[Note 157 : F. DANIELL. — On the Kola-nut of tropical West-Africa (The
Guru-nut of Soudan), _Pharm. Journ._, 1864-65, VI, pp. 450-457.]
[Note 158 : LIEBIG in ROHLFS G. — Reise durch nordafrika vom
mittellandischen Meere bis zum Busen von Guinea, 1865-1867, in KNEBEL,
_Inaug. Diss._, loc. cit., pp. 8.]
[Note 159 : ATTFIELD. — On the food-value of the Kola-nut. A new source
of theine. _Pharm. Journ._, VI, 1864-65, p. 457-460.]
[Note 160 : HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN. — Loc. cit., VIII, p. 188.]
[Note 161 : LASCELLES-SCOTT. — New commercial plants, 1886. In HECKEL,
Kolas africains. _Ann. Inst. col._ Marseille, 1893, I. p. 169.]
[Note 162 : CHODAT et CHUIT. — Etude sur les noix de Kola. _Arch. des
Sc. Phys. et nat._ Genève, 1888, XIX. p. 498-518.]
[Note 163 : UFFELMANN et BÖMER. — Die chemische Zusammensetzung der
Colanus. _Zeitsch. f. angew-Chem._, VII, 1894, p. 710.]
[Note 164 : KNOX et SCHLOTTERBECK. — Analyse von Kola. _Pharm.
Rundschau._ XIII, 1895, p. 204.]
[Note 165 : KŒNIG. — Chemie der menschlichen Nahrungs und Genussmittel.
Berlin, Springer, 1903-04, I, p. 1041 ; II, p. 1120.]
[Note 166 : J. JEAN. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix
de Kola. _Répert. de pharm._, 1896, 3e série, VIII, p. 50.]
[Note 167 : DOHME et ENGELHART. — Some observations regarding Kola-nuts.
_Amer. Journ. of pharm._, 1896, LXVIII, p. 5.]
[Note 168 : THOMSON. — Estimation of tanin and Alkaloids of Kola. _Amer.
Journ. of pharm._, 1895, LXVII, p. 518.]
[Note 169 : L. BERNEGAU. — Ueber Kolanüsse. _Apotek. Zeit._, 1898, XIII,
p. 680.]
[Note 170 : DIETERICH. — Ueber die Bestandtheile des frischen,
getrockneten und gebrannten Kolanuss. _Pharm. Centralh._, 1896, XXXVII,
p. 544.]
[Note 171 : A. BALLAND. — Les aliments, Paris, 1907, p. 115.]
[Note 172 : _C. acuminata_ est le synonyme de _C. nitida_ et les noix
rapportées à _C. Ballayi_ appartiennent probablement au _C. acuminata_
Schott et Endl.]
[Note 173 : TOPPING. — Examination of Kola. _Proced. of the Amer. pharm.
Assoc._, 1894, XLII, p. 176.]
[Note 174 : KNOX et PRESCOTT. — Loc. cit. _Journ. Amer. Soc._, XIX, p.
74.]
[Note 175 : HECKEL. — Les Kolas africains. _Ann. Inst. col._, Marseille,
1893, I, p. 167.]
[Note 176 : CHODAT et CHUIT. — _Loc. cit._, p. 514.]
[Note 177 : WAAGE. — Ueber Verunreinigungen von Drogen. _Ber. d. d.
pharm. Gesells._, 1893, III, p. 167.]
[Note 178 : KILMER. — Bissy nuts, the Kola of the West Indies. _Amer.
Drug. and pharm. Rec._, 1894, XXV, p. 356.
— Kola and kolanin. _Amer. Drug. and pharm. Rec._, 1896, XXVIII, 88-92.]
[Note 179 : POSKIN. — Das Rotten der Kolanusse. _Journ. der. pharm. von
Elsass-Lothringen_, 1895, XXV, p. 356.]
[Note 180 : DIETERICH. — Ueber Kolanüsse. _Apotek. Zeit._, 1896, XI, p.
810.
— Ueber Wertbestimmung der Kolanus und des Kolaextraktes. _Apotek.
Zeit._, 1897, XII, p. 638 ; _Pharm. Zeit._, 1897, XLII, p. 647.]
[Note 181 : SCHUMM. — Ueber Prufung von Kolanussen und Kolanussextraken,
ihren Gehalt an Gesamtalkaloid. _Apotek. Zeit._, 1898, XIII ; et
_Naturf. Versamml._ Dusseldorf 1898.]
[Note 182 : THOMS. — Untersuchung eines Bernegau’schen Kolapräparates.
_Ber. d. d. pharm. Gesells._, 1898, VIII, p. 125.]
[Note 183 : SCHURMAYER. — Ueber die Vervendung frischer Kolanüsse.
_Apotek. Zeit._, 1898, XIII, p. 683.]
[Note 184 : J. WARIN. — Dosage des alcaloïdes de la noix de Kola et de
son extrait fluide. _Journ. pharm. chim._, 6e série, 1902, XV, p. 373.]
[Note 185 : J. DEKKER. — Untersuchung der Blätter von Theobroma Cacao
und Sterculia Cola auf darin enthaltene Xanthinbasen. _Schweiz. Woch. f.
Chem. u. Pharm._, 1902, XI, p. 159.]
[Note 186 : HECKEL. — Kolas africains. _Loc. cit._, 159.]
[Note 187 : HECKEL. — Kolas africains. _Loc. cit._, p. 163.]
[Note 188 : KNEBEL. — _Inaug. Diss._, Loc. cit., p. 15.]
[Note 189 : G. SCHWEITZER. — Zur Kenntniss der coffein und
theobrominhaltigen Glycoside in den Pflanzen. _Pharm. Zeit._, 1898,
XLIII, p. 380.]
[Note 190 : E. HECKEL. — Sur la constitution chimique et l’action
physiologique du rouge de Kola ; comparaison avec la caféine. _Répert.
pharm._, 1892, 3e série, IV, p. 433-439.]
[Note 191 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. Titrage des Kolas et
formes pharmaceutiques. _Bull. Soc. pharm. Bordeaux_, 1896, XXV, pp.
193-212.]
[Note 192 : Kolanin KNEBEL. — _Apotek. Zeit._, 1897, XII, p. 500.]
[Note 193 : G. FRANÇOIS. — De l’influence de la kolanine sur la richesse
en alcaloïde de la noix de Kola. _Journ. de Pharm. d’Anvers_, 1897,
LIII, pp. 445-46.]
[Note 194 : KNOX et PRESCOTT. — _Pharm. Rev._, loc. cit., p. 215.]
[Note 195 : DIETERICH. — _Pharm. Zeit._, loc. cit., p. 647.]
[Note 196 : KREWEL. — Zur chemischen Characteristik des Kolanin KNEBEL.
_Pharm. Zeit._, 1897, XLII, p. 794.]
[Note 197 : J. JEAN. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix
de Kola. _Répert. de Pharm._, 1896, 3e série, VIII, pp. 49, 54, 99.]
[Note 198 : DIETERICH. — _Pharm. Centralh._, loc. cit.]
[Note 199 : BERNEGAU. — Die Kolanuss als Arznei und Genussmittel.
_Apotek. Zeit._, 1897, XII, pp. 404-406. Ueber kolanin. _Pharm. Zeit._,
1897, XLII, p. 803.]
[Note 200 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. _Journ. Pharm. Chim._,
1896, 6e série, IV, p. 104.]
[Note 201 : CARLES. — Pharmacologie des Kolas. _Bull. Soc. pharm.
Bordeaux_, loc. cit., p. 205.]
[Note 202 : E. WILSDORFF. — Brev. allemand W. 8382, 1892. _Journ. Pharm.
Chim._, 5e série, XXVIII, 1893, p. 26.]
[Note 203 : L. BERNEGAU. — Studien über die Kola. _Ber. d. d. pharm.
Gesells._, 1900, X, p. 80. — Mittheilungen über eine Reise nach West-
Africa. _Apotek. Zeit._, 1901, XVI, p. 725. — Ueber die Isolierung der
Alkaloïd aus der Kolanuss. _Ber. d. d. pharm. Gesells._, 1898, VIII, p.
403. — Die Bedeutung der Kolanuss als Futterstoff. _Jahrb. d. Pharm._,
1897, p. 221.]
[Note 204 : L. BERNEGAU. — Ueber die Darstellung von Kolarot. Brev.
allemand, 137060, 1902. _Apotek. Zeit._, 1902, XVII, p. 841.]
[Note 205 : SIEDLER. — Ueber die eingegangener Drogen. _Ber. d. a.
pharm. Gesells._, 1898, VIII, pp. 16-18.]
[Note 206 : BOURQUELOT. — Ferments solubles oxydants et médicaments.
_Journ. Pharm. Chim._, 6e série, 1896, IV, p. 481.]
[Note 207 : H. MASTBAUM. — _Chem. Rev. über d. Fett- u. Harzindustrie_
1907, IV, p. 1 (d’après _Pharm. Centralh._ 1907, p. 704).]
[Note 208 : KNOX et PRESCOTT. — _Pharm. Rev._, loc. cit., p. 172.]
[Note 209 : A. GORIS. — Sur un nouveau principe retiré de la Kola
fraîche. _C. R. Ac. Sc._, Paris, 1907, CXLIV, p. 1162 et _Bull. Sc.
pharmacol._, 1907, XIV, p. 646.]
[Note 210 : CHEVROTIER et VIGNE. — Sur la noix de Kola fraîche. _Bull.
Sc. pharmacol._, 1906, XIII, p. 620 et aussi : Notes pharmacologiques
sur la noix de Kola. _C. R. Ac. Sc._, 1907, CLIII, pp. 175-178.]
[Note 211 : GORIS et ARNOULD. — Conservation et stérilisation des noix
de Kola fraîches. _Bull. Sc. pharmacol._, 1907, XIV, p. 159.]
[Note 212 : GORIS et FLUTEAUX. — Etat actuel de nos connaissances sur
les plantes renfermant de la caféine. _Bull. Sc. pharmacol._, XVII,
1910, p. 606-609.]
[Note 213 : A. GORIS. — Sur un second composé cristallisé de nature
phénolique retiré de la Kola fraîche ou stabilisée. _Bull. Sc.
pharmacol._, XVIII, 1911, p. 138.]
[Note 214 : O. GÖRTE. — _Inaug. Diss._, Erlangen, 1902.]
[Note 215 : POLSTORFF. — Ueber das Vorkommen von Betainen und von Cholin
in Coffein und Theobromin enthallenden Drogen. _Festsch._ OTTO WALLACH,
Göttingen, 1909, pp. 569-578.]
[Note 216 : A. GORIS et FLUTEAUX. — Plantes renfermant de la caféine.
Loc. cit.]
[Note 217 : P. BOURDET. — Les sucres de la noix de Kola fraîche. _Bull.
Sc. pharmacol._, XVI, 1906, p. 650.]
CHAPITRE XII.
* * * * *
=Action physiologique de la noix de Kola.=
* * * * *
Les premières recherches sur l’action physiologique de la noix de Kola
ont été faites à l’instigation du Dr E. HECKEL qui fut, nous l’avons
dit, le véritable introducteur de cette drogue dans l’alimentation et la
thérapeutique européennes. De nombreuses controverses et parfois même
d’âpres discussions se sont élevées dès les premières publications de ce
savant, qui eurent un retentissement considérable, jusqu’au sein de
l’Académie de Médecine.
Il serait fastidieux de reprendre ici l’historique complet de ces
discussions, exposées tout au long dans l’ouvrage du Dr HECKEL ; nous
les résumerons très brièvement et nous analyserons ensuite les
principaux travaux parus depuis cette époque. Hâtons-nous de dire que la
question de la pharmacodynamie du Kola doit aujourd’hui se diviser en
deux parties, suivant que l’on s’adresse à la noix fraîche ou au produit
sec qui, à cette époque, sauf de rares exceptions, parvenait seul sur
nos marchés. Ce que nous venons de dire sur les différences de
composition chimique, montre qu’il n’y a pas lieu de s’étonner des
variations constatées dans l’action de la drogue, et BINGER[218] avait
certes bien raison d’écrire :
« Jusqu’à présent, les expériences faites en France sur l’emploi du Kola
ont donné peu de résultats. Cela tient à ce que l’on se sert du Kola
desséché. Il serait cependant bien facile d’en faire venir du frais en
se servant de l’emballage de feuilles ».
Ce fut cependant beaucoup plus tard seulement que l’on devait
s’apercevoir de la véracité de cette assertion.
Le premier travail d’ensemble sur cette question est dû au Dr
MONNET[219], élève de DUJARDIN-BEAUMETZ ; quelques années plus tard,
parut celui de PARISOT[220], élève de GERMAIN SÉE. Ces auteurs[221],
suivant la pensée de leurs maîtres, ne voyaient dans l’action du Kola
que le rôle joué par la caféine et c’est de cette époque que date la
principale discussion entre HECKEL et GERMAIN SÉE, au cours de laquelle
le premier dut s’élever avec la plus grande énergie contre les
conclusions trop excessives de l’autre. HECKEL attribuait au _rouge de
Kola_ une activité particulière qui devait s’ajouter à celle de la
caféine et les études récentes sur la composition chimique lui donnent
évidemment raison, puisque cette substance renferme sans doute encore
une petite quantité de caféine combinée au tanin, et que ce composé
tannique peut n’être pas sans influence sur l’organisme.
De nombreux essais furent entrepris dès cette époque dans l’armée, dans
les clubs d’alpinistes, dans certaines sociétés sportives, et partout on
confirma l’action excitante du Kola, qui permet à l’organisme de
supporter pendant un temps relativement long des fatigues
supplémentaires.
Aux conclusions de HECKEL[222], exposées dans différents mémoires,
vinrent s’ajouter celles de R. DUBOIS[223] qui attribuaient au _rouge de
Kola_ une action comparative à celle de la caféine, mais bien
supérieure, et cela fut encore confirmé par MM. MONNAVON et
PERROUD[224], et ensuite par le Docteur MARIE[225], médecin stagiaire au
Val de Grâce, et enfin le Dr KOTLAR[226], de Saint-Pétersbourg.
Une note un peu discordante fut jetée dans le débat par M. le Dr
RODET[227], mais il ne semble pas que ses conclusions puissent
controuver les déductions tirées de ses belles expériences par le Dr
MARIE.
Le lecteur intéressé trouvera tous détails qu’il serait superflu de
répéter ici, dans l’ouvrage de HECKEL.
MOSSO, le célèbre physiologiste de Turin, prouve également que la noix
de Kola, dépouillée de sa caféine, conserve encore une activité
manifeste, mais il démontre que la Kolanine et le rouge de Kola sont
inactifs, ce qui controuve en partie les faits énoncés ci-dessus et rend
inexplicable cette action du Kola privé de sa caféine ; mais on sait
aujourd’hui qu’il doit y avoir là une erreur, à moins que MOSSO ne se
soit adressé à un rouge de Kola préparé de telle façon qu’il ne renferme
plus de traces de caféine, ce qui est très peu vraisemblable.
En 1894, WALTER BARR[228], de Quincy (Illinois), publie à son tour une
magistrale étude sur l’action physiologique du Kola, dans laquelle,
influencé par les recherches chimiques de KNEBEL, il part de ce principe
que c’est de la kolanine que dépend l’action physiologique du Kola.
Mais, d’autre part, comme il croit aussi à la possibilité de l’action
d’autres substances, il emploie pour ses expériences à la fois des noix
fraîches ou leurs préparations et des noix sèches ou leurs préparations.
L’action de ces dernières fut, dit-il, de même ordre que celle obtenue
des premières, mais cependant plus actives et ce n’est
qu’occasionnellement, d’après lui, que l’action bien connue de la
caféine s’ajouta à celle du principe actif du Kola. Comme le travail de
ce savant thérapeute est peu connu, il nous a paru utile d’y faire de
larges emprunts.
W. BARR pense que les résultats contradictoires obtenus, jusque-là, par
les cliniciens ne sont en somme « qu’un tissu d’erreurs nettement
apparentes et provenant d’une généralisation trop hâtive. Ils confirment
cette évidence chimique que la noix de Kola est quelque chose de plus
que de la caféine pure et simple ». Mais ces contradictions rappellent à
l’auteur celles tout à fait comparables découlant des travaux sur les
_Pilocarpus_ avant la découverte de la jaborine, comme facteur de leur
pouvoir dynamique.
« Les cliniciens, ajoute-t-il, ont bien noté les effets du Kola sur le
fonctionnement du cœur, sur les muscles, sur la tension artérielle, sur
son pouvoir de prévenir ou d’amoindrir pour une plus ou moins longue
durée, la fatigue, mais ils n’ont fait aucun travail sérieux touchant à
l’analyse de son action sur l’économie humaine et spécialement de son
effet sur le système nerveux. »
Malgré les difficultés d’une pareille recherche, difficultés que WALTER
BARR n’ignorait point, il a établi pendant plusieurs années, dans ce
but, des séries d’expériences en prenant les plus grandes précautions
pour se mettre à l’abri de toute cause d’erreur.
Après avoir choisi un nombre suffisant d’individus de différents types,
au physique et au moral, parfaitement éduqués pour servir de sujets
d’observation, on leur administra dans des conditions aussi semblables
que possible, la même dose et au même moment.
Chaque expérience dura plus d’un mois et l’on s’appliqua spécialement à
varier les doses. Aucun sujet ne pouvait entrer en communication avec un
autre et chacun adressait à l’auteur un rapport écrit de ses
observations de chaque jour. Et, pour bien montrer la valeur de son
travail, celui-ci insiste particulièrement sur ce point, qu’il n’eut
jamais dans ces rapports à constater d’invraisemblances flagrantes.
_Action sur le système nerveux._ — « Quand l’expérience fut terminée, on
put constater que chaque variation d’effet provenait d’une variation
correspondante de dosage, d’une équation personnelle constante de
sensibilité, ou de variations de conditions ou de circonstances ».
Un grand nombre d’observations du même genre furent également faites sur
des gens sans instruction, qui ignoraient ce qu’ils prenaient : les
indications ainsi fournies n’ont fait que confirmer les résultats des
expériences et l’on put ainsi établir l’action dynamique du Kola.
Les doses moyennes amènent une stimulation de l’intelligence, légère en
ce qui concerne la rapidité et la clarté de la pensée, mais profonde si
l’on envisage la capacité de l’effort soutenu. A doses élevées, l’effet
est renversé ; on constate dans ce cas, de la fatigue mentale et un
malaise célébral, d’où résulte de la paresse mentale ayant un effet
frappant sur la mémoire.
« Un sujet à table à qui l’on demandait de passer un plat, se trouvait
dans l’impossibilité de se rappeler quel objet on venait de lui
demander ; un autre faisait des efforts énormes pour se souvenir d’une
ligne lue dans un livre après avoir refermé ce dernier et, il n’y
pouvait parvenir ; etc. ».
Mais on n’enregistra jamais de dépression consécutive.
« Depuis quelques années, dit le distingué praticien, j’enseigne que le
mot « stimulation » doit être considéré comme exprimant deux idées
différentes : soit une suractivité, toujours suivie d’une dépression,
soit une action tonique qui accroît la puissance de rendement, mais qui
n’est jamais suivie de dépression. Au point de vue du cerveau, la
première classe de stimulants amène toujours une « accoutumance » ; la
seconde classe, jamais. Le Kola appartient au groupe des _toniques
cérébraux_ stimulants (un mot nouveau serait utile) et il n’y a
certainement pas trace d’accoutumance dans ses effets.
« Les doses moyennes produisent l’insomnie, sans excitation, par manque
du besoin ou du désir apparent de sommeil, ressemblant à l’impossibilité
qu’on éprouverait de dormir le matin une heure après son réveil.
« De fortes doses, au contraire, entraînent l’apparition de langueur
mentale, de tristesse, d’insomnie suivie d’un sommeil profond, qui n’est
pas du tout physiologique et qui dure 12 heures et plus, sans qu’on
éprouve ensuite la sensation de repos. Elles produisent également du
vertige, des lourdeurs de tête, des migraines, et cela est en rapport
constant avec l’importance de la dose ingérée ; bref, une suite de
symptômes qui rappellent l’intoxication par la valériane.
« L’acétanilide reste sans effet sur cette douleur qui persiste jusqu’à
ce que le sommeil ou l’exercice en amènent la disparition.
« Les réflexes et les désirs sexuels sont augmentés par de faibles
doses, mais diminués par de fortes doses ; le désir de fumer est en
général amoindri, mais sans répugnance pour le tabac et cela pour ainsi
dire sans s’en apercevoir. A doses fortes, le désir de fumer est plus
intense, dans le but qui n’est pas atteint, d’arrêter la dépression
mentale ou physique.
« Logiquement la drogue agit sur les cellules du cerveau, car les effets
ne sont pas du tout proportionnés à ceux qu’on observe sur la
circulation et ils en diffèrent totalement. Le sommeil qui en résulte
est un coma provenant d’une paralysie succédant à l’excitation exagérée
« overstimulation paralysis », ce qui au point de vue thérapeutique est
plutôt nuisible. L’action stimulante constatée sur les réflexes et les
désirs sexuels est suivie d’une paresse de l’excitabilité et d’une
paralysie de certaines parties du système sympathique.
_Système digestif._ — Deux heures après son administration, le Kola
cause une accélération marquée des mouvements péristaltiques comme aussi
de la sécrétion ; des doses de plus en plus fortes peuvent amener
d’abord de l’effet laxatif, puis purgatif, et même une forte diarrhée
avec coliques. Les selles sont normales comme couleur, à la période
laxative, plus foncées pendant diarrhée ; la langue est chargée et les
symptômes d’une surproduction biliaire apparaissent. L’administration de
liqueurs alcooliques ou aromatiques atténue la douleur, mais non la
diarrhée. Les effets sont absolument identiques quand le Kola est
administré à un estomac vide ou à un estomac plein. Après les repas,
l’ingestion de Kola accroît le pouvoir digestif d’une façon manifeste,
aussi bien sur les graisses et les matières protéiques que sur les
hydrates de carbone.
W. BARR conclut que le Kola affecte les nerfs sympathiques de l’assise
musculaire de l’appareil digestif et des glandes sécrétrices. Cette
action n’est pas une irritation locale, puisqu’elle ne débute que deux
heures après l’ingestion et qu’elle est indépendante de la quantité
d’aliments ingérés. C’est sans doute à cette augmentation du pouvoir
digestif qu’est due l’augmentation consécutive de l’appétit.
_Appareil circulatoire._ — Il est manifestement impossible, dit
l’auteur, de déterminer par expérience quels sont les effets de la
drogue sur les mouvements du cœur de l’être humain. La tension s’accroît
notablement ; il n’y a pas d’effet constant sur la température et l’on
constate seulement parfois une élévation en rapport direct avec
l’augmentation de l’activité cardiaque.
On peut conclure que l’effet du Kola n’est pas centralisé sur le cœur,
car cet effet n’est pas proportionnel à l’accroissement cérébral de
l’activité fonctionnelle et dure plus longtemps que l’excitation
cérébrale. Au point de vue de la stimulation du sympathique, il est
probable que les ganglions cardiaques sont le siège de l’action sur le
cœur[229].
_Système musculaire._ — Des doses moyennes amènent la diminution de la
fatigue, sans dépression consécutive. On ne constate pas cette
augmentation de la puissance que produisent les vrais stimulants, mais
seulement _une aptitude plus grande à l’activité. La quantité de force
par unité de temps n’est pas accrue[230], mais le temps est prolongé_.
Un fait important est dûment constaté : c’est que l’activité musculaire
est le plus grand antagoniste de l’action générale de la drogue. L’effet
dynamique est exactement en raison directe de la dose et en raison
inverse de la quantité d’activité musculaire dépensée pendant le temps
de l’action ; les effets toxiques de doses élevées, au début de leur
apparition, peuvent disparaître par un simple exercice violent.
Le volume et la teneur en matières solides de l’urine diminuent et la
durée de l’action dynamique de la dose, quoique très variable, est
d’environ six heures. Une seconde dose administrée avant que les effets
de la première aient disparu, produit les mêmes manifestations qu’une
dose double. Plus la dose est forte, plus l’action dynamique dure
longtemps, les doses toxiques agissant pendant douze heures et même
plus.
L’action du Kola commence environ trente minutes après l’absorption,
quand il s’agit de préparations liquides et l’action dynamique atteint à
peu près son maximum une heure et demie ou deux heures après.
_Doses de Kola à ingérer._ — W. BARR se garde bien de donner les poids
de Kola administrés ; car, dit-il, cela pourrait induire en erreur et
conduire à des expériences dangereuses. Une quantité relativement
faible, qui produit chez un individu des effets à peine sensibles, peut
provoquer des phénomènes pathologiques chez un autre.
Chez sept personnes prenant la même dose dans les mêmes conditions et au
même moment, on a observé sept variations graduées dans l’intensité de
l’action. « _La dose de Kola pour chaque individu est la quantité
suffisante pour produire l’action désirée_ ; il est inutile d’en dire
plus », conclut l’auteur.
Les variations dans l’action du Kola chez différents individus, les
conditions d’administration étant les mêmes, sont fréquentes, mais
« chacune de ces variations est due à une variabilité de l’intensité de
l’action sur une partie quelconque de l’appareil sympathique ». On peut
donc prévoir un grand nombre d’actions individuelles.
Une chose importante encore constatée par W. BARR, c’est l’antagonisme
de la noix vomique ou de la strychnine[231] envers les effets toxiques
de fortes doses de Kola, et l’auteur résume ainsi ses expériences :
« Le Kola a une action spéciale sur les systèmes cérébro-spinal et
sympathique, action qui n’est pas du tout celle de la caféine et est due
à un autre principe actif. L’action primitive est une augmentation du
pouvoir actif du système cérébro-spinal et une augmentation de
l’activité du système sympathique ; une hyperexcitabilité renverse
l’action, comme c’est la loi en physiologie, mais il n’y a pas de
dépression consécutive du système cérébro-spinal, ni du sympathique,
excepté lorsque la dose est forte et, dans ce cas, la dépression se
manifeste seulement dans la partie la plus sensible à l’action de la
drogue (certains réflexes et les désirs sexuels).
« Le ralentissement de l’hyperexcitabilité du cerveau amène des effets
physiologiques marqués qui sont dangereux si l’intoxication continue.
L’action du Kola sur le système cérébro-spinal retentit nettement sur le
système musculaire. L’action sur le sympathique provoque une
accentuation des mouvements péristaltiques et une augmentation de
sécrétion, ainsi que la contraction des artérioles. L’élévation de la
tension sanguine que l’on constate, étant due en partie à cette vaso-
constriction périphérique comme aussi à l’augmentation de l’activité
cardiaque, qui est elle-même une manifestation de l’excitabilité des
ganglions sympathiques.
« Il y a d’abord une augmentation des réflexes et du pouvoir vénérien
qui disparaît par suite d’une hyperexcitabilité de cette partie du
sympathique avant que les autres portions moins sensibles ne soient
déprimées. Il ne se produit aucune accoutumance ; l’euphorie (sensation
de bien-être psychique et physique) est marquée ; l’urine est moins
abondante et l’élimination de la drogue ne dure guère plus de six
heures ».
« Les variations individuelles sont telles qu’aucune donnée posologique
n’a pas de valeur pour cette drogue qui doit être employée avec
circonspection et peut produire chez certains individus des effets
véritablement extraordinaires.
« La mort peut survenir, mais il faut pour cela des doses très élevées
et elle provient probablement de la paralysie du cœur.
« _Les noix sèches produisent sensiblement les mêmes effets que les
fraîches, mais il faut en absorber une plus grande quantité et les
effets particuliers de la caféine se manifestent en même temps que ceux
du principe actif particulier du Kola._ »
Tels sont les résultats des remarquables expériences du docteur W.
BARR ; on nous pardonnera de les avoir rapportées en détail, car il
semble qu’elles aient, tout au moins en France, passé un peu inaperçues.
Certes, on peut leur reprocher de n’être point rigoureusement
scientifiques en se plaçant au point de vue du physiologiste, mais il
n’en est pas moins vrai qu’elles présentent un très grand intérêt au
point de vue thérapeutique et cela nous suffit.
Somme toute, dans l’étude des phénomènes physiologiques produits par
l’ingestion de la noix de Kola et surtout des préparations faites avec
la noix desséchée, on retrouve au moins dans l’ensemble, la plupart des
caractères pharmacodynamiques de la caféine, il importe donc de rappeler
ici brièvement ce que l’on sait de l’action particulière de cette
substance.
_Action pharmacodynamique de la Caféine._ — La caractéristique
pharmacodynamique de la Caféine consiste dans l’action toni-musculaire
et toni-nervine qu’elle exerce et dont la constatation empirique a été
la cause de l’emploi alimentaire des caféiques avant que ceux-ci ne
fussent utilisés en médecine. Tout le monde est d’accord sur un point :
la caféine facilite grandement le travail musculaire et, dans une mesure
également fort appréciable, le travail intellectuel ; elle augmente le
rendement énergétique de l’individu, permet la prolongation de l’effort
et retarde l’apparition de la fatigue et de l’essouflement ; mais, où
les interprétations diffèrent, c’est sur le mécanisme de la production
de cet état particulier et cela, parce que, comme toujours en
pharmacodynamie, certains expérimentateurs ne se sont pas attachés à
spécifier d’une manière assez précise les doses employées, d’autres
n’ont pas mis en évidence d’une manière assez nette que les effets
obtenus étaient totalement différents suivant qu’il s’agissait de doses
faibles ou, au contraire, de doses fortes et même parfois toxiques ;
d’autres, enfin, ont appliqué à l’homme des résultats expérimentaux
obtenus chez l’animal, dans des conditions tout à fait spéciales et ne
permettant pas cette comparaison. Enfin, des questions de théorie pure
sont venues se greffer sur cette question, si bien que, pour certains,
la caféine est surtout un toni-musculaire, alors qu’en réalité cette
action n’est que secondaire et sous la dépendance intime du système
nerveux central.
_Action de la caféine sur le système nerveux central._ — La caféine est
surtout un stimulant nervin dont le pouvoir excitant sur le cerveau est
surtout évident chez l’homme, alors qu’il est dominé par une exagération
du pouvoir excito-réflexe médullaire chez les animaux.
Par suite de cette action cérébrale, la caféine se classe parmi les
modificateurs intellectuels et se rapproche de la morphine.
Comme elle, elle est susceptible de déterminer de l’excitation cérébrale
suivie de dépression et même de narcose, mais elle s’en différencie
nettement par ce fait que l’excitation cérébrale de la caféine est
toujours secondaire et précédée d’une période de dépression que, d’autre
part, la période de narcose est inconstante et en tous cas toujours plus
fugace et moins intense que celle déterminée par la morphine.
Dans la plupart des cas, avec des doses thérapeutiques, même fortes, ce
phénomène n’est pas obtenu et l’on n’observe qu’une exaltation de
l’excitabilité réflexe plus ou moins intense, ne se transformant en
tétanos que chez l’animal.
L’effet des doses utiles de caféine se traduit simplement par
l’augmentation de l’excitabilité du système nerveux central retentissant
sur l’action musculaire. L’influx nerveux moteur part du cerveau avec
une plus grande énergie et vient agir sans résistance sur des centres
médullaires plus excitables ; or, en même temps, les muscles sont
disposés à passer plus facilement de l’état de relâchement à l’état de
contraction, il s’en suit que la caféine se conduit comme un sthénique
tout à fait remarquable.
_Action de la caféine sur le système musculaire._ — L’action musculaire
de la caféine est le phénomène qui attire le plus l’attention et qui a
été le plus étudié. Il semble qu’à l’heure actuelle le mécanisme de
l’augmentation du travail produit soit parfaitement élucidé. Les
dernières recherches de JOTEYKO sur la fatigue musculaire au moyen des
courbes ergographiques chez l’homme, montrent que l’action nerveuse est
surtout à considérer et qu’à doses modérées, physiologiques, l’action de
la caféine sur le muscle se limite à une simple augmentation de
l’énergie des contractions. Elle a surtout pour résultat de mettre les
muscles dans des conditions meilleures pour, sous l’influence du système
nerveux stimulé, passer facilement et rapidement de l’état de repos à
l’état d’activité. Elle permet, en outre, d’obtenir un rendement
meilleur, l’amélioration de la circulation locale du muscle en travail
favorisant à la fois une consommation plus considérable d’hydrocarbonés
et un enlèvement également plus rapide des matériaux de déchets,
produits de cette combustion.
Si, au point de vue pratique, l’action nerveuse est surtout importante à
envisager, il n’en est pas moins vrai que la caféine possède réellement
une électivité musculaire très nette se traduisant par action locale par
les modifications histologiques de la fibre lisse ou striée et par les
phénomènes de rigidité et de contracture qui apparaissent sous
l’influence des doses fortes et qui, comme l’ont démontré PASCHKIS et
PAL constituent la caractéristique pharmacodynamique du noyau xanthique.
_Action de la caféine sur l’appareil circulatoire._ — L’action exercée
par la caféine sur la circulation n’est que la conséquence de ses
actions toni-nervine et musculaire. Elle se rapproche de celle de la
digitaline à l’intensité près, déterminant, à doses thérapeutiques : du
ralentissement du poids et de l’augmentation de l’énergie de contraction
cardiaque et une augmentation de la tension sanguine ; à doses fortes et
toxiques, au contraire, de l’accélération et de l’affaiblissement des
contractions cardiaques, de l’arythemie, de la chute de la tension
sanguine et finalement l’arrêt systolique brusque par contracture
myocardique.
La caféine exerce à la fois une action excitante tonique sur le myocarde
et les appareils d’innervation centrale et périphérique du cœur,
prédominante surtout sur les appareils accélérateurs et à dose forte sur
les ganglions cardiaques.
Les vaso-moteurs sont diversement influencés par la caféine suivant les
organes considérés et les doses employées. G. SÉE avait montré que des
doses thérapeutiques déterminent de la vaso-dilatation des vaisseaux du
cerveau ; PLUMIER constate le même phénomène pour les vaisseaux du rein,
mais l’effet inverse se produit pour la circulation périphérique
générale et la caféine détermine au contraire, sauf à doses toxiques, de
la vaso-constriction des vaisseaux des membres.
L’action excito-sécrétoire de la caféine est essentiellement variable
suivant les individus. Son action diurétique provient certainement,
comme l’ont montré G. SÉE, SCHMIEDEBERG et ANTEN, de l’action directe de
la caféine sur les épithéliums des canalicules urinaires lors de son
élimination à l’état de monométhylxanthine par cette voie, mais elle est
favorisée également par l’augmentation de vitesse du sang et la vaso-
dilatation qui se produit dans cet organe.
_Action de la caféine sur l’appareil respiratoire._ — Les phénomènes
sont parallèles à ceux observés sur la circulation. Des doses
thérapeutiques de caféine déterminent du ralentissement et de la
régularisation des mouvements respiratoires dus surtout à l’action
bulbaire de la caféine. Cette influence est surtout nette sous
l’influence du travail, ou, comme l’avaient montré G. SÉE, LAPICQUE,
PARIZOT, l’essouflement ne se produit pas ou se produit plus tardivement
par suite de l’amélioration de l’hématose sous l’influence de
l’augmentation de la vitesse, du courant sanguin et de l’élévation de la
pression sanguine.
_Action de la caféine sur les échanges nutritifs._ — Depuis longtemps on
a reconnu que la caféine modifiait les échanges organiques, mais par
suite de la diversité des conditions expérimentales et des doses
employées, quelques pharmacologues se sont mépris sur le sens de cette
action et ont voulu la considérer comme un _aliment d’épargne_,
comprenant par là qu’elle avait le pouvoir de suppléer à une
alimentation insuffisante en modérant les dépenses organiques. Ils
avaient cru que, tout en possédant la propriété de stimuler l’organisme
et de faciliter le travail nerveux et musculaire, elle réduisait les
échanges nutritifs au point d’empêcher les effets fâcheux du jeûne.
Cette contradiction si choquante avec les propriétés générales de la
caféine est à l’heure actuelle absolument abandonnée et l’on a reconnu,
au contraire, que si la caféine permet d’exécuter un travail plus
considérable et plus prolongé, augmentant la résistance à la fatigue,
c’est qu’elle permet à l’organisme de brûler plus facilement ses
réserves hydrocarbonées, économisant en partie ses albuminoïdes lorsque
l’individu est suffisamment alimenté. Dans le cas contraire, lorsque
l’albumine doit être consommée, elle lui permet encore de brûler ses
albuminoïdes de réserve et même tissulaires ; mais, dans ce dernier cas,
l’amaigrissement est rapide et la période de déchéance organique se
manifeste avec une intensité beaucoup plus grande qu’à l’état normal.
Loin d’être un aliment d’épargne, c’est donc un médicament qui facilite
la désassimilation.
Les expériences très précises de RIBAUT ont, en effet, montré que, sous
l’influence de doses faibles, il se produit toujours une augmentation
dans la production de chaleur.
Lorsque l’organisme ne doit pas faire face à ses dépenses uniquement au
moyen des albuminoïdes de ses tissus, la caféine abaisse le chiffre de
l’urée ; à doses fortes, elle l’augmente, au contraire. L’équilibre
azoté normal peut être rompu par la caféine et la durée de la période
d’établissement peut être modifié par elle ; le besoin absolu de
destruction de l’albumine à l’état normal peut être diminué.
Les pertes en hydrates de carbone sont plus élevées et les pertes en
graisses plus faibles. Ces faits expliquent l’augmentation de la
production d’acide carbonique exhalé.
En ce qui concerne les éléments minéraux : l’excrétion du phosphore est
augmenté par de fortes doses et diminué par des doses faibles ; la
quantité de chlorure diminué est généralement moindre[232].
Il faut donc se souvenir que, dans aucun cas, les caféiques ne réparent
les pertes de l’organisme ; ils permettent seulement l’utilisation de
réserves, lorsqu’on les emploie en temps voulu ; ils conservent
l’aptitude à la réintégration et à la reconstitution rapide des
réserves, mais cela à une condition indispensable, c’est que l’individu
soit suffisamment alimenté, car, dans l’hypothèse contraire, loin de
reconstituer ses réserves et de permettre de faire face à un travail
déterminé, la caféine amènera, après une phase d’énergie factice, une
véritable incapacité de travail, une impotence générale du sujet et en
même temps une véritable combustion de l’organisme. L’individu, non
alimenté, se consume, sous l’influence de la caféine, beaucoup plus
rapidement qu’il ne le ferait dans le cas d’inanition simple.
*
* *
Mais les recherches de GORIS ont montré que la caféine dans les noix
fraîches existait à l’état de combinaison avec des corps du groupe des
tanins et il a pu isoler deux de ces derniers, la Kolatine et la
Kolatéine, tous deux se rapprochant des Catéchines. Il était donc utile
de savoir si ces substances étaient douées d’une action
pharmacodynamique propre et l’étude en a été faite par l’auteur en
collaboration avec le Dr J. CHEVALIER au moins pour l’un des deux, la
kolatine.
Le deuxième, isolé à l’état cristallisé, il y a quelques semaines à
peine, n’a pas été encore soumis à cette série d’investigations ; il
nous est donc impossible de rien préjuger, mais nous retiendrons
toutefois ce qui a été publié au sujet de la kolatine.
_Action physiologique de la Kolatine_[233]. — La kolatine est un corps
peu toxique, et elle peut être injectée par voie intraveineuse, à la
dose de 1 gr. par kilogr. d’animal, sans déterminer d’accidents graves.
Contrairement à la caféine, son action est nulle sur la contractilité
musculaire, et la courbe de contraction n’est modifiée ni dans sa forme,
ni dans sa grandeur, sous l’influence de doses même fortes, susceptibles
de déterminer tardivement la mort de l’animal (injection de 0.02 gr. à
une grenouille de 20 gr.).
[Illustration : FIG. 37 _bis_. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr.
de kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt du cœur au bout de 17
heures. Cardiographe Verdin-Vibert.]
Chez les animaux à sang froid (grenouille), l’injection de la kolatine
dans les sacs lymphatiques dorsaux (0,01 gr. pour un animal de 15 gr.)
détermine rapidement une augmentation de l’énergie systolique et une
légère accélération des mouvements cardiaques ; puis, au bout de peu de
temps, l’énergie des contractions cardiaques augmente encore, mais leur
nombre diminue, la diastole se faisant d’ailleurs plus lente.
Ultérieurement surviennent des pauses diastoliques de plus en plus
prolongées et le cœur finit par s’arrêter sans avoir présenté
d’irrégularités de rythme, la systole s’effectuant avec une énergie
considérable jusqu’à la fin.
Le cœur s’arrête en diastole, il est encore excitable, comme du reste
les autres muscles, mais, par contre, les nerfs sont complètement
paralysés et ne répondent plus aux excitations électriques.
[Illustration : FIG. 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale
avec le Kymographion de Ludwig. Injection intraveineuse d’une solution
de kolatine dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de kolatine à
intervalle de 40 minutes. Survie du chien.]
Chez les animaux à sang chaud, l’injection intraveineuse de la kolatine
détermine un léger ralentissement des contractions cardiaques, une
augmentation de leur énergie et une légère augmentation de la pression
sanguine. Ces divers phénomènes persistent plus ou moins longtemps
suivant la dose injectée et, sous l’influence de fortes doses (0,60 gr.
à 0,70 gr. par kilogramme d’animal), on voit se produire une chute
progressive de la pression sanguine ; le ralentissement des contractions
cardiaques s’accentue encore à cette période, mais l’énergie cardiaque
reste encore supérieure à la normale.
Il est important de remarquer l’espèce d’antagonisme partiel qui existe
entre l’action de la caféine et celle de la kolatine, aussi bien sur les
muscles que sur le système nerveux central, antagonisme probablement
susceptible d’empêcher l’action contracturante des fortes doses de
caféine sur les muscles et, en particulier, sur le myocarde, qui
constitue l’une des principales contre-indications de son emploi en
thérapeutique.
Cette étude montre donc que les composés taniques existant dans la noix
de Kola fraîche jouissent d’une activité physiologique réelle et
spéciale dont on n’a pas toujours assez tenu compte. Elle apporte aux
auteurs qui préconisent l’emploi de la noix fraîche, un précieux appoint
en faveur de leur manière de voir.
L’usage qu’en font les nègres qui méprisent la noix sèche est donc tout
à fait rationnel au point de vue scientifique.
Ajoutons, pour terminer que MM. J. CHEVALIER et ALQUIER[234] se sont
occupés de l’action du Kola frais sur le travail et leurs expériences
paraissent probantes.
« Des observations empiriques, écrivent ces auteurs, avaient permis de
constater que, chez le cheval à l’entraînement, on pouvait sous
l’influence de la noix de Kola fraîche augmenter sensiblement le
rendement de l’animal et obtenir à la fois une accélération de la
vitesse et une augmentation de la résistance à la fatigue et à
l’essoufflement. Nous avons repris ces essais et pu constater que, sous
l’influence de 100 à 200 gr. de farine de noix de Kola fraîche (préparée
par le procédé de VIGNE et CHEVROTTIER) soit seule, soit additionnée
d’une certaine quantité de sucre, on obtenait une accélération de la
vitesse et par conséquent une augmentation du travail fourni dans
l’unité de temps sans voir se produire une augmentation proportionnelle
des mouvements respiratoires et des battements cardiaques :
« Chez un cheval nivernais, demi-sang, bon trotteur, attelé, à l’état
normal, on note au repos par minute 37 pulsations, 10 respirations et
une température de 37°,8. Après une course de 4 km. en 13 minutes (soit
333 m. à la minute, 20 km. à l’heure), on note à l’arrivée 87
pulsations, 52 respirations et une température de 39°,2 ; 5 minutes
après, 70 pulsations et 40 respirations.
« Deux jours après, le même parcours fut effectué après addition de 150
gr. de farine de Kola à sa ration alimentaire. Les 4 km. furent couverts
en 11 minutes (soit 360 m. à la minute, 21 km. 500 à l’heure). On note à
l’arrivée 80 pulsations, 46 respirations et une température de 39°,4 ; 5
minutes après, 60 pulsations, 35 respirations. Voulant nous rendre
compte nettement de l’augmentation du travail et des conditions dans
lesquelles elle s’obtient sous l’influence de cet aliment, nous avons
opéré sur des chevaux de trait léger, notablement déprimés, qui
exécutaient régulièrement, tous les jours, un travail auxquels ils
étaient habitués de longue date. Ils traînaient une certaine charge, au
trot, sans que le conducteur intervint pour exciter leur allure,
toujours sur la même piste, et pendant exactement 16 km. 500, avec un
arrêt de 3 heures environ à la moitié du parcours.
« Ils reçurent durant les essais un mélange alimentaire homogène dont
ils consommaient ce qu’ils voulaient et auquel on ajouta à certaines
périodes par 24 heures tantôt 100 gr., tantôt 200 gr. de farine de noix
de Kola fraîche (2,57 pour 100 de caféine, 48,20 pour 100 d’amidon et de
glucose). Ces doses distribuées par moitié au cours de chacun des repas
précédant les deux séances quotidiennes de travail ont toujours été
intégralement absorbées.
Ces expériences amènent MM. J. CHEVALIER et ALQUIER à formuler les
conclusions suivantes :
« Sous la seule influence de la noix de Kola fraîche, le travail produit
dans l’unité de temps par le cheval, fatigué ou non, augmente, mais ce
surcroît de travail se produit aux dépens des réserves de l’organisme
(abaissement du poids vif et perte de poids plus élevée pendant le
travail lors du régime à la Kola). Cet aliment n’a aucune influence sur
la diminution classique d’appétit des organismes fatigués chez lesquels
l’apport alimentaire pris volontairement couvre rarement les dépenses
nécessitées par le travail produit ; par contre, il augmente la tonicité
intestinale. Les moteurs animés soumis au régime du kola travaillent en
outre d’une façon moins économique. Chez eux, l’accomplissement d’un
travail déterminé s’accompagne d’une plus forte production de chaleur et
d’une augmentation de l’évaporation d’eau cutanée et pulmonaire
(accroissement de la quantité d’eau de boisson) ; par conséquent,
l’énergie disponible de la ration alimentaire se transforme en travail
mécanique utile dans une plus faible proportion, et, pour obtenir des
résultats réellement utiles, la noix de Kola fraîche ne doit être
employée que sur les sujets ingérant une ration appropriée et
proportionnée au travail qu’ils effectuent et seulement pendant les
périodes courtes de travail forcé ».
« De tous les caféiques, dit le Prof. POUCHET[235], celui qui
justifierait le mieux l’appellation d’_antidéperditeur_, c’est la _Noix
de Kola fraîche_. Sa composition chimique nous montre qu’elle renferme
plus de la moitié de son poids de matériaux nutritifs, dont la valeur
est d’autant moins négligeable qu’ils sont associés à la caféine et à la
théobromine. Chez les indigènes, la noix de Kola est regardée comme un
vivre de réserve, un excitant de la marche et un aliment permettant de
résister à la fatigue. Les graines fraîches mâchées préservent de la
faim et de la soif. On peut, grâce à leur emploi, utiliser les eaux
saumâtres pour la boisson. Elles permettent, sous l’influence de
l’alimentation et du repos, une prompte et facile réparation de
l’organisme ; de plus, tandis qu’un individu, à jeun depuis un certain
temps ne peut ingérer sans inconvénient qu’une faible quantité de
matières alimentaires, un sujet qui aura fait usage de noix de Kola
fraîches pendant la durée de son jeûne, pourra ingérer d’énormes
quantités d’aliments sans éprouver la moindre gêne.
« Les expériences de HECKEL, R. DUBOIS et MARIE, de FÉRÉ, ont de plus
montré que le travail, sous l’influence du rouge de Kola et _bien plus
encore sous l’influence de la noix fraîche_, était augmenté dans une
proportion beaucoup plus considérable et d’une manière plus durable que
sous l’influence de la caféine seule, le dédoublement lent du tanno-
glucoside maintenant plus longtemps l’organisme sous l’influence de la
caféïne.
« On constate également, avec la noix de Kola fraîche, que l’action
excitante commence à se faire sentir plus rapidement qu’avec les autres
préparations de caféïques. _En définitive_, au point de vue pratique,
_c’est le caféique de choix_ ».
Sous la réserve d’une interprétation une peu différente en ce qui
concerne la composition chimique mieux connue aujourd’hui, nous ne
saurions mieux faire, en matière de conclusion, que de souscrire
entièrement aux déductions du savant professeur de la Faculté de
Médecine de Paris.
Il en résulte que, si l’on veut obtenir la véritable action du Kola,
l’on devrait voir disparaître à jamais ou tout au moins restreindre de
plus en plus toutes les préparations à base de noix sèches. La
thérapeutique ne devrait employer que les noix fraîches ou les remplacer
par des noix fraîches stérilisées à l’aide des procédés antérieurement
indiqués, puis séchées ensuite convenablement. La preuve semble faite
par les études entreprises sur les Kolas frais stérilisés que ceux-ci
conservent à peu près intégralement les propriétés des noix fraîches.
* * * * *
[Note 218 : BINGER. — Loc. cit.]
[Note 219 : MONNET. — De la Kola, étude physiologique et thérapeutique.
_Thèse Fac. Méd._, Paris, 1885.]
[Note 220 : PARISOT. — Etude de la Caféine sur les fonctions motrices.
_Th. Fac. méd._, Paris, 1890.]
[Note 221 : DUJARDIN-BEAUMETZ, dans sa _Leçon d’introduction_ de 1886,
passant en revue les médicaments caféiques, signale plus spécialement le
Kola, qui renfermant de la caféine et de la théobromine, lui paraît
présenter de réels avantages. Ses essais ont été faits avec des _noix
fraîches_ envoyées de Dakar par le Dr GUILLET. C’est la première mention
médicale de l’emploi du Kola frais qui soit à notre connaissance.]
[Note 222 : E. HECKEL. — Sur l’action du Kola à propos des effets de la
caféine. _Bull. gen. thérap._, 1890, CXVIII, p. 345. — Expériences
comparatives concernant l’action du Kola et de la caféine sur la fatigue
et l’essouflement déterminé par les grandes marches. _Marseille
médical_, 1890. — Voir aussi les communications à l’Ac. de Médecine,
séances des 8 et 22 avril 1890.]
[Note 223 : R. DUBOIS. — Action physiologique comparée de la caféine, du
Kola et du _rouge de Kola_ sur la contraction musculaire. _Ass. Fr. pour
Av. Sc._, Marseille, 1891.]
[Note 224 : MONNAVON et PERROUD. — Nouvelles expériences comparatives
entre la caféine, la poudre, le rouge et l’extrait complet de Kola.
_Lyon médical_, 1891.]
[Note 225 : MARIE. — Etude expérimentale comparée du rouge de Kola, de
la caféine et de la poudre de Kola sur la contraction musculaire. _Th.
Fac. Méd._, Lyon, 1892.]
[Note 226 : KOTLAR. — L’action physiologique de la noix de Kola. _Th.
Université, Saint-Pétersbourg_, 1891.]
[Note 227 : P. RODET. — De l’action comparée du Kola et de la caféine.
_Soc. méd. pr._, Paris, 1891, pp. 468-478.]
[Note 228 : G. WALTER BARR. — The physiological action of Kola. _Ther.
Gazette_, 1896, XX, p. 221.]
[Note 229 : En réalité, l’influx nerveux moteur volontaire part du
cerveau avec une plus grande énergie et exerce son action maximum sur
les centres moteurs médullaires plus excitables.]
[Note 230 : Les travaux récents semblent démontrer qu’il y a non
seulement une augmentation de résistance à la fatigue, mais également
une augmentation du travail produit dans l’unité de temps, ce qui n’est
pas tout à fait d’accord avec cette affirmation de W. BARR.]
[Note 231 : Cela n’a rien d’étonnant étant donné que les phénomènes
toxiques déterminés par la noix de Kola se traduisent surtout par de la
paralysie bulbo-médullaire.]
[Note 232 : POUCHET. — Précis de pharmacologie et de matière médicale,
Paris, 1907.]
[Note 233 : J. CHEVALIER et A. GORIS. — Action pharmacologique de la
Kolatine. _C. R. Ac. Sc._, 1907, CXLV, p. 354 et _Bull. Sc. pharmacol._,
1907, XIV, p. 645.]
[Note 234 : J. CHEVALIER et ALQUIER. — Action de la noix de Kola fraîche
sur le travail. _C. R. Ac. Sc._, 13 janvier 1908.]
[Note 235 : _Loc. cit._, p. 389.]
CHAPITRE XIII.
* * * * *
=Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques.=
* * * * *
Connaissant maintenant quels effets physiologiques produit la noix de
Kola sur l’organisme ; il reste à passer en revue les emplois de la
drogue dans l’alimentation et la thérapeutique soit chez l’homme, soit
chez les animaux.
Walter BARR, à la suite de son remarquable exposé clinique, n’a pas
négligé d’émettre son opinion sur l’usage thérapeutique qu’on en peut
faire.
Ce n’est pas seulement, dit-il, un tonique musculaire ; le Kola peut
rendre des services dans de nombreux cas pathologiques. D’abord chez les
alcooliques, employé à dose normale, il fait disparaître les signes et
les symptômes de l’intoxication, et cela plus vite que tous les autres
agents préconisés jusqu’alors.
Dans la dipsomanie (satisfaction d’une sensation anormale de soif), il
agit utilement par la sensation de bien-être qu’il procure, et aussi par
son action bienfaisante sur le pouvoir digestif.
Contre l’abus du tabac, il sera prescrit avec chances de succès, grâce à
l’euphorie qui suit son ingestion et qui facilite au patient la perte de
sa fâcheuse habitude.
Les crises, dans certains cas de folie, sont vaincues par
l’administration du Kola à haute dose qui paralyse les réflexes, mais
c’est surtout son action tonique sur le système nerveux qui fait dans ce
cas, la grande valeur de ce médicament.
On en fera également usage avec succès dans le traitement de la
mélancolie, de la neurasthénie, contre les névralgies, pour combattre
les insomnies, en ayant soin de ne pas atteindre la dose qui produit le
sommeil comateux dont il a été question dans le chapitre précédent.
Pendant la convalescence de maladies aiguës, l’emploi de la noix de Kola
est de réelle valeur, à doses convenables et surtout si on l’associe à
la strychnine.
Dans la grippe, administrée avec précaution et en observant la
sensibilité du sujet à ce médicament, elle combat utilement la sensation
de faiblesse qui est un des symptômes constants de la maladie.
Dans les cas de dyspepsie atonique, c’est, dit cet auteur, « la
meilleure drogue simple que l’on possède actuellement : elle accroît la
sécrétion et les mouvements péristaltiques, elle relâche l’intestin,
fortifie la couche nerveuse de l’appareil digestif ; bref, c’est un
médicament parfait ».
Quand elle est bien administrée, la noix de Kola produit des effets des
plus heureux dans les cas de fatigue nerveuse profonde issue du
surmenage. Prise à petites doses pendant une ou deux semaines, elle fait
disparaître, avec tout symptôme nerveux, l’insomnie et l’irritabilité
auxquelles fait place une réelle sensation de bien-être en même temps
que l’aptitude au travail redevient normale, mais un léger excès ferait
du mal, et l’auteur conseille encore l’emploi simultané de la noix
vomique ou de la strychnine.
Le savant américain ajoute à cette liste quelques cas dans lesquels
l’administration du Kola peut être conseillée avec chances de succès :
dans l’état asthénique de la pneumonie, contre certaines diarrhées ou
troubles digestifs et termine par quelques considérations sur l’usage
qui en est fait abusivement de temps à autre ou tout au moins
inconsidérément par les individus faisant profession de l’exercice de
sports athlétiques ; il rappelle que si l’usage bien compris du Kola
permet incontestablement un effort physique plus considérable, il ne
faut pas oublier que, pris inconsidérément, il peut en découler des
résultats inverses désastreux.
On nous permettra de ne rien ajouter à cet exposé, tiré du travail de W.
BARR ; il ne nous appartient pas de discuter ou d’émettre
personnellement une opinion sur la valeur médicamenteuse de cette
drogue, ce qui serait d’ailleurs superflu, car à la suite de nombreuses
formes spécialisées de médicaments à base de Kola qui existent dans le
commerce pharmaceutique, l’usage s’en est répandu de plus en plus et
l’on peut dire qu’il est sorti du domaine purement médical pour prendre
place parmi ces substances comme le thé, le café, le maté, sortes
d’aliments de luxe, que le public consomme aujourd’hui couramment sans
aucune crainte ; c’est surtout à cause de ses qualités excitantes et
toniques qu’il est universellement apprécié.
_Modes d’emploi. — Formes pharmaceutiques._ On sait que les noirs
africains consommateurs de Kola n’emploient les fameuses noix que
fraîches, et en les mastiquant lentement, de façon à mettre peu à peu
les principes utiles ou actifs en liberté et à obtenir ainsi, la
sensation de bien-être et l’excitation physique qu’ils recherchent. Pour
eux surtout, le Kola est un aliment de luxe et dans certains cas
spéciaux un stimulant physique de premier ordre.
La difficulté de se procurer, en France, des noix fraîches, autrefois
simple curiosité de laboratoire, entraîna les industriels à ne se
préoccuper uniquement que des noix sèches et celles-ci, venues du marché
africain qui ne savait les utiliser, ont trouvé en Europe un débouché
assez important.
La plupart des formes pharmaceutiques actuelles sont donc obtenues à
l’aide de noix sèches.
La fréquence et la rapidité des moyens de transport existant
actuellement entre la côte occidentale d’Afrique et les ports d’Europe,
permet aujourd’hui d’apporter facilement en Europe des Kolas frais en
prenant quelques soins dans l’emballage. On peut ainsi utiliser dans la
pharmacopée européenne, soit des noix fraîches, soit des extraits de
noix fraîches.
Les récentes recherches que l’un de nous a particulièrement provoquées
dans son laboratoire montrent, comme il vient d’être établi
précédemment, que l’activité des noix fraîches, ne saurait être
entièrement comparée à celles des noix sèches ; aussi convient-il de
chercher maintenant à obtenir des préparations dont l’action puisse se
rapprocher le plus possible du produit frais et ce résultat est
actuellement atteint, grâce au procédé de stérilisation de GORIS et
ARNOULD qui a permis à l’industrie de fabriquer des produits nouveaux,
et d’un gros intérêt économique.
L’industrie pharmaceutique utilise, pour ainsi dire, les amandes de
toutes les espèces de _Cola_ de la section _Eucola_, aussi bien les noix
à deux cotylédons (_C. nitida_), que l’on désigne, du moins en France,
sous le nom de Kola-demis, que celles qui présentent plus de deux
cotylédons (_C. acuminata_, _C. Ballayi_, _C. verticillata_) connues
sous la dénomination de Kola-quarts.
La Pharmacopée officielle française décrit seulement la noix à deux
cotylédons, et ne la reconnait comme officinale que si elle renferme
1,25 gr. % de caféine[236].
Les préparations inscrites dans cette pharmacopée sont : l’extrait ferme
de Kola, l’extrait fluide, la teinture alcoolique, le vin et le
saccharure granulé, mais on peut en faire un grand nombre d’autres
suivant les usages particuliers auxquels on les destine.
_Extrait de Kola sec._ — La préparation de cet extrait, qu’on obtient en
épuisant la poudre de Kola par l’alcool à 60°, a donné lieu à de
nombreuses controverses dues à l’obligation officielle imposée par le
Codex, d’après laquelle l’extrait ferme de Kola doit renfermer 10 % de
caféine.
Les études de MM. WARIN[237], JAVILLIER et GUÉRITHAULT[238],
ALLARD[239], ceux du Laboratoire de la maison BOULANGER-DAUSSE[240] à
Paris ont montré que, dans la préparation de cet extrait, une partie de
la caféine restait dans les résidus et qu’il était impossible d’obtenir,
en partant de la noix sèche, le titre exigé par la pharmacopée.
Cela n’a rien qui doive surprendre, puisque l’on a vu que la caféine,
combinée à des tanins, se libérait au cours de la dessiccation, d’une
façon partielle : une quantité variable avec les conditions de cette
dessiccation restant toujours combinée au mélange dit « rouge de Kola »,
complètement insoluble dans les véhicules employés. Peut-être aussi,
comme le pensent MM. BOULANGER-DAUSSE, le mucilage abondant chez
certaines sortes de Kolas empêche-t-il le contact intime de l’alcool
avec les éléments de la poudre employée.
En tous cas, il faut éviter les filtrations destinées à rendre le
liquide alcoolique clair pendant l’épuisement, car la partie tanno-
résineuse en suspension renferme de la caféine.
_Extrait de Kola frais stérilisé._ — Industrialisant le procédé de
stérilisation décrit par GORIS et ARNOULD, MM. BOULANGER-DAUSSE ont
obtenu une forme extractive dite « intrait de Kola » qui renferme tous
les principes actifs de la noix et ce procédé permet seul d’extraire
intégralement toute la caféine des semences employées[241]. De plus, le
rendement total en extrait est environ d’un poids double.
Il n’est donc pas téméraire de penser que la solution du problème
industriel est trouvée et qu’au point de vue pharmaceutique, on devra,
dans l’avenir, ne se servir exclusivement que de Kola frais stérilisé
par la vapeur d’eau sous pression ou par tout autre procédé pratique
arrivant au même résultat.
_Kola frais stérilisé._ — La stérilisation est, on le sait des plus
simples. Les noix stérilisées sont ensuite desséchées puis pulvérisées
et la poudre obtenue est de couleur grisâtre pâle si elle provient de
noix blanches, ou violacée si elle provient de noix rouges. En aucun
cas, la poudre obtenue ne présente la couleur rouge acajou si
caractéristique des noix desséchées spontanément à l’air. Cette couleur
acajou indique que des oxydations ont eu lieu, qui modifient la
composition chimique en mettant en liberté de la caféine, des tanins et
du rouge Kola. C’est la formation du rouge de Kola qui donne, dans ce
cas, la coloration rouge.
La poudre de Kola frais stérilisé se conserve indéfiniment, si on la
place en un endroit sec et autant que possible à l’abri de la lumière ;
elle peut servir à tous usages et remplacer la noix fraîche, dont elle
possède l’activité physiologique.
Dans les pays plus éloignés de l’Europe que la côte occidentale
d’Afrique où les Kolas provenant de plantations ne sont pas l’objet
d’une forte consommation locale, comme à Madagascar ou à la Jamaïque,
par exemple, il serait sans doute particulièrement avantageux de
stériliser les noix fraîches avant leur expédition sur le marché
européen. La drogue, ainsi préparée par le procédé simple que nous avons
indiqué, trouverait certainement un excellent débouché dans le commerce
de la droguerie pharmaceutique.
Passons maintenant en revue les diverses formules de préparations qui
peuvent être employées :
_Comprimés et tablettes de Kola frais stérilisé._ — A l’aide de la
poudre stérilisée, on peut faire, par exemple, des comprimés du poids de
0,25 à 0,50 cg., qui représentent 0,50 cg. à 1 gr. de substance fraîche.
Une noix de Kola pesant en moyenne 10 à 12 gr., il sera donc aisé de
prendre la dose qui conviendra le mieux. La poudre de Kola pourra
également être associée à du sucre, du cacao ou toute autre substance
que l’on voudra y incorporer et dès lors on pourra faire des tablettes
alimentaires au Kola de composition et de poids variables, suivant
l’effet recherché.
_Préparations alimentaires._ — Mais, si l’on veut obtenir un produit
alimentaire de luxe très actif, il sera préférable d’employer l’extrait
ordinaire ou mieux encore la forme extractive obtenue en partant du Kola
stérilisé qui sous un faible volume est extrêmement active.
D’après MM. BOULANGER-DAUSSE, le Kola frais stérilisé et réduit en
poudre, donne environ 26 % de son poids d’extrait par l’alcool à 70° ;
26 gr. représentent donc physiologiquement 100 gr. de noix desséchée
après stérilisation, soit 200 gr. environ de substance fraîche, ou 17 à
18 noix.
En résumé, 1 gr. 40 à 1 gr. 50 d’extrait physiologique préparé par la
méthode que l’un de nous a préconisée avec M. GORIS[242] représentent
une noix fraîche du poids moyen de 12 gr. Cet extrait pourra à son tour
servir à toutes les combinaisons médicinales ou alimentaires possibles.
On a préparé ainsi, des _tablettes de chocolat au Kola_, représentant
chacune une demi-noix fraîche, des _biscuits_, des _dragées_ etc.
_Masticatoire au Kola._ — Mais nous donnerions volontiers la préférence
à la forme dite « masticatoire ». Rien n’est plus aisé, en effet, que
d’incorporer aux substances ordinairement employées dans la préparation
des « shevin gum » américains, par exemple, une dose de poudre ou mieux
d’extrait de Kola stérilisé. On se rapprocherait ainsi davantage de la
manière indigène en mettant lentement en contact avec la sécrétion
salivaire, les principes actifs du Kola qui abandonnent pour ainsi dire
leur caféine à l’état naissant, en même temps que la mastication
provoque une abondante salivation qui n’est pas sans action sur la
digestion.
_Granulé au Kola._ — Une des formes commerciales les plus courantes sous
laquelle on emploie le Kola en pharmacie est le saccharose granulé.
Pour le préparer, on prend de l’extrait de Kola qu’on fait dissoudre
dans du sirop de sucre et auquel on ajoute du sucre pour faire une pâte
qu’on force ensuite à passer à travers les mailles d’un tamis. On
obtient ainsi des fragments cylindriques (vermiculés) qu’on dessèche et
conserve en flacons. On règle la dose de façon que le granulé obtenu
représente son poids de Kola sec.
Là encore on substituera avec avantage l’extrait de Kola stérilisé, dont
l’activité est, on ne saurait trop le répéter, toujours plus grande et
différente du produit officinal.
_Vin de Kola._ — La préparation du vin de Kola est des plus simples. Le
Codex recommande de prendre 60 gr. de noix de Kola pulvérisée (demi-
fine) que l’on fait macérer 8 jours dans un litre de vin de Malaga ; il
suffit alors de filtrer.
On pourrait également faire du vin de Kola non seulement en remplaçant
la poudre de noix desséchée du commerce, par le même produit préparé
avec des noix fraîches préalablement stérilisées, mais encore à l’aide
des noix fraîches elles-mêmes.
Pour cela, on en prendra 80 à 100 gr. environ, soit 6-8 noix fraîches,
qu’on découpera en petits morceaux, placés immédiatement dans l’alcool à
60° ou dans du tafia, si l’on n’a que ce liquide alcoolique à sa
disposition, et en quantité juste suffisante pour que le Kola soit
imbibé ; on laissera ainsi 5 ou 6 jours et l’on versera sur le tout un
litre de vin.
Dans ce cas, il sera inutile d’employer des vins à titre alcoolique
élevé, c’est-à-dire les vins de liqueurs et l’on s’adressera aux vins
ordinaires, l’alcool de macération relevant très largement le titre de
ces derniers.
_Extrait fluide de Kola._ — Les extraits fluides, fabriqués de façon à
représenter leur poids de plante employée, pénètrent chaque jour
davantage dans la pratique pharmaceutique et le Codex a donné la formule
d’un _extrait fluide de Kola_, au sujet duquel, nous ferons en ce qui
concerne la substitution du Kola frais stérilisé la même remarque que
pour l’extrait ferme ; 1 gr. d’un tel extrait fluide correspondra dès
lors à 2 gr. de drogue fraîche, et il en faudra de 5 à 6 grammes, soit
une cuillerée à café environ pour représenter une noix fraîche.
*
* *
Les préparations à base de Kola peuvent être multiples et ne sont pas
l’apanage exclusif du pharmacien. En effet, dans le Guide de
l’Inspecteur de pharmacies de MM. ROUX, chef du service de la répression
des fraudes et GUIGNARD, directeur honoraire de l’Ecole supérieure de
pharmacie de Paris[243], on lit :
« Certaines préparations, telles que l’extrait de Café, de Kola ont
évidemment un caractère alimentaire et ne doivent pas être considérées
comme des préparations pharmaceutiques pas plus que le chocolat à la
Kola ou à l’extrait de Kola ».
Mais il n’en sera pas de même des préparations dans lesquelles entreront
d’autres substances médicamenteuses ou toniques. Nombre de vins
médicinaux composés sont dans ce cas et, à fortiori, quand il s’agira
d’associer, comme on le fait, le Kola à la noix vomique ou à la
strychnine.
On emploie le plus généralement dans ce cas, et _seulement sur
ordonnance médicale_, les mélanges suivants donnés ici à titre de simple
renseignement :
Extrait fluide de Kola (Codex) ou de Kola frais stérilisé 60 gr.
Teinture de noix vomique (Codex 1908) 5 —
_Dose_ : 50 gouttes, de 3 à 5 fois par jour.
ou bien encore :
Extrait fluide de Kola 60 gr.
Gouttes amères de Baumé (Codex 1908) 3 —
Enfin on peut associer, dans le même but, à la poudre de noix de Kola
fraîche stérilisée, la poudre de noix vomique ou de Fèves de St-Ignace.
Poudre de Kola frais stérilisé 60 gr.
Poudre de noix vomique 1 —
Diviser en cachets ou pastilles comprimées de 0,50 cg.
_Dose moyenne_ : de 5 à 10 cachets par jour.
Pour rendre cette dernière préparation plus active, on peut remplacer un
tiers de la poudre par de l’extrait sec de Kola pur stérilisé et prendre
de 3 à 5 cachets en augmentant la teneur de poudre de Noix vomique qui
sera portée à 1 gr. 50 dans la formule ci-dessus.
D’ailleurs le médecin reste seul juge des proportions, car on a vu
combien était variable l’action du Kola avec les individus.
On peut enfin fabriquer des élixirs de Kola, dont voici deux formules :
1o Extrait fluide de Kola 50 gr.
Alcool à 60° 100 —
Sirop simple 100 —
Vin de Lunel 250 —
On peut ici remplacer avantageusement, à notre avis, le sirop de sucre
par les sirops de groseilles, de cerises ou de framboises.
2o Extrait fluide de Kola 50 gr.
Glycérine 60 —
Alcool à 90° 60 —
Vin de Malaga blanc 500 —
Sirop de sucre 200 —
Teinture de vanille 10 —
Eau distillée, Q. S. pour 1000 —
Cette dernière formule est celle du Formulaire des pharmaciens français.
=Emploi du Kola dans la ration alimentaire des animaux.=
Il est à peine besoin d’ajouter que tout ce qui vient d’être dit
concernant les usages thérapeutiques du Kola chez l’homme, peut
s’appliquer également à la médecine vétérinaire, mais il est nécessaire
d’insister sur quelques essais spéciaux intéressants.
Si le Kola administré sagement est un excellent adjuvant pour obtenir un
rendement meilleur des forces humaines et permet un effort soutenu des
plus intéressants pour le soldat et tous ceux qui s’occupent des sports,
on conçoit qu’il ait été accueilli favorablement par les entraîneurs de
chevaux de course.
Les expériences de J. CHEVALIER et ALQUIER rapportées dans le chapitre
précédent sont concluantes, et bien qu’il soit très difficile de se
documenter sur ce terrain spécial, nous savons que bon nombre
d’entraîneurs font usage depuis longtemps déjà de la poudre de Kola. Le
Kola frais est même employé et les produits obtenus de noix fraîches
stérilisées sont actuellement très en faveur dans certaines écuries.
Des expériences ont également été faites en France et en Allemagne, sur
le cheval de guerre, et les résultats sont de même ordre physiologique
que ceux qui ont été constatés chez l’homme.
Une autre application assez curieuse est à signaler encore, c’est celle
qui a trait à l’alimentation des vaches laitières. Ces expériences ont
été faites par M. MEINERT[244], fermier à Hammertrof, en Allemagne, avec
un fourrage préparé par la Société de produits alimentaires d’Altona et
ont été rapportées en France par le professeur GRANDEAU. Les résultats
paraissaient excellents, mais à notre connaissance ils n’ont pas été
contrôlés et confirmés dans ces dernières années.
* * * * *
[Note 236 : _Codex medicamentarius gallicus_, Paris, 1908, p. 167.]
[Note 237 : WARIN. — Note sur l’extrait de Cola (Codex 1908). _J. Ph. et
Ch._, 1910, [7], I, p. 543 et 1910, [7], II, p. 350.]
[Note 238 : JAVILLIER et GUÉRITHAULT. — Sur la préparation de l’extrait
ferme de Cola. _Bull. Sc. pharmacol._, 1910, XVII, p. 337.]
[Note 239 : ALLARD. — Teneur en caféine de l’extrait de Cola. _J. Ph. et
Ch._, 1910, [7], II, p. 122.]
[Note 240 : BOULANGER-DAUSSE. — L’extrait de Kola. _Bull. Sc.
pharmacol._, 1910, XVII, pp. 639-645.]
[Note 241 : On peut également préparer une forme extractive de Kola
stérilisé par le procédé BOURQUELOT à l’alcool bouillant, mais l’extrait
obtenu ne renferme pas non plus toute la caféine.]
[Note 242 : PERROT et GORIS. — Le stérilisation des plantes médicinales
dans ses rapports avec leur activité physiologique. _C. R. Ac.
Médecine_, séance du 22 juin 1909 et _Bull. Sc. pharmacol._, 1909, XVI,
p. 384.]
[Note 243 : E. ROUX et L. GUIGNARD. — Guide de l’Inspecteur des
Pharmacies, Paris, 1909, p. 65.]
[Note 244 : _Deutsche Landw. Presse_, 1898, no 41.]
QUATRIÈME PARTIE.
* * * * *
=Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.=
* * * * *
CHAPITRE XIV.
* * * * *
=La Culture des Kolatiers.=
* * * * *
Jusqu’à ces dernières années, la littérature coloniale est demeurée
excessivement pauvre en renseignements sur la culture des Kolatiers.
Dans sa Monographie, E. HECKEL dût passer ce chapitre presque sous
silence. O. WARBURG, dans le _Traité d’Agriculture tropicale_ de SEMLER
(2e édition)[245], réunit pour la première fois un faisceau
d’observations sur ce sujet, mais il constate combien sont rares encore
les indications précises et signale de nombreux problèmes à résoudre :
« Ce qu’on sait aujourd’hui de la culture du Kolatier ne pèse pas lourd,
écrit-il. Il n’y a nulle part de grandes plantations... La culture en
grand n’existe pas encore, et cependant en présence de la consommation
toujours croissante, il aurait été tout indiqué, depuis longtemps déjà,
de s’en occuper très sérieusement ; il aurait fallu, pour le moins,
organiser de vastes cultures expérimentales afin de tirer au clair les
détails pratiques de la culture industrielle. Exemple : nous savons
qu’au Soudan les grandes transactions commerciales ne portent que sur
quelques sortes de Kola bien définies, et qui ne se rencontrent que dans
une région étroitement limitée. Serait-ce dû uniquement à des
circonstances climatériques ? N’y aurait-il pas là des variétés
botaniques distinctes, susceptibles de fournir, même sous un climat
identique, chacune un produit différent ? Les recherches de K. SCHUMANN
faites depuis, semblent donner raison à la dernière supposition. A
quelle variété appartiennent les Kolatiers des divers Jardins
botaniques ? C’est que chacun de ces individus conservés dans les
Jardins botaniques est susceptible de devenir le point de départ d’une
culture industrielle, le jour où on arrivera à en faire. Il faudrait
tout de même savoir ce que valent toutes ces espèces-là. Sont-elles
bonnes ? Ou bien n’exposent-elles pas plutôt à des déboires les
planteurs qui s’y fieraient ?
« Voilà des questions qui demandent à être résolues par des stations
botaniques avant d’aborder la culture du Kolatier industriellement et en
grand.
« Le plus simple et le plus sûr serait de créer une plantation d’essai
d’abord dans l’Afrique occidentale même : par exemple, dans l’hinterland
du Togo. Il faudrait absolument ne prendre pour cet essai que les noix
les meilleures en les faisant venir directement des centres de
production renommés ; il faudrait qu’elles soient toutes fraîches ; on
pourrait simultanément envoyer à la côte une partie de ces noix de
qualité supérieure, afin d’y faire des essais parallèles.
« J’ai la ferme conviction qu’il est temps d’aborder d’une façon plus
sérieuse que cela n’a été fait, la culture industrielle du Kolatier dans
les colonies européennes de l’Ouest de l’Afrique. On prendrait pour
modèles la culture du Cacaoyer et celle du Caféier.
« L’Afrique même offre pour le Kola un débouché sûr et de toute première
importance...
« Une fois démontrée, la possibilité d’une culture industrielle,
d’importants centres nouveaux de production ne tarderaient pas à se
créer ; ils auraient sur ceux d’aujourd’hui (Achanti, Sources du Niger,
etc.), divers avantages, entre autres celui d’être bien plus facilement
accessibles à la côte.
« D’ailleurs la consommation du Kola en Europe et en Amérique va, elle
aussi, en croissant.
« Pour le marché européen et américain, il y aurait lieu peut-être un
jour de rechercher, par la sélection, la création de nouvelles variétés
qui n’aient pas cet arrière-goût de moisi qui nous est désagréable dans
la noix de Kola actuelle ; on aura avantage à créer d’autres variétés
qui soient particulièrement riches en principes actifs.
« Il est vrai, la culture en vue de l’exportation en Europe de la noix
sèche ne deviendrait avantageuse que le jour où les prix seraient
montés ; mais il faut bien se dire que cela arrivera fatalement dans un
avenir assez rapproché, si la consommation européenne et américaine
continue à progresser dans les mêmes proportions que par le passé.
« Le transport en Europe de la noix fraîche même est chose fort aisée
dès aujourd’hui ; les arrivages de noix de Kola fraîches à Marseille et
à Londres augmentent, en effet, d’année en année et sont déjà fort
appréciables.
« Il est certain que les précieuses propriétés de la noix de Kola lui
frairont, le temps aidant, une large route ; la nation qui, la première,
aura abordé avec énergie et succès la culture du Kolatier, retirera
naturellement la plus grande part des profits de cette nouvelle branche
d’industrie agricole tropicale.
« Lorsque des noirs plantent en terre, en quelque endroit propice, une
noix de Kola pour venir recueillir ensuite les fruits de l’arbre qui
aura poussé, cela ne mérite pas le nom de _culture_.
« Pas davantage, d’ailleurs, que la pratique des propriétaires
d’esclaves en Amérique qui avaient coutume de planter un Kolatier dans
quelque coin de leur exploitation et le laissaient se débrouiller tout
seul sans y apporter guère plus de soins que les noirs en Afrique.
« L’élevage de Kolatier dans une serre en Angleterre n’est toujours pas
encore de la « culture » dans le sens que nous entendons.
« Nous proposons ci-dessous un petit questionnaire auquel on ne saura
donner des réponses qu’après que des blancs auront fait des cultures
d’essai sur une vaste échelle, et ceci pendant un certain temps :
« Quels sont les sols et les expositions dans lesquels le Kolatier
pousse et ceux où il réussit le mieux ?
« Sa végétation peut-elle être réglée au moyen de la taille ? Supporte-
t-il la forme naine comme c’est le cas du cacaoyer et du caféier ? Une
irrigation régulière lui serait-elle profitable ?
« Quels perfectionnements pourrait-on utilement apporter aux procédés
actuels de préparation du fruit pour la consommation ?
« Une fois ces principales questions résolues, ce sera le moment de
passer à l’amélioration de la noix par une sélection attentive de la
semence. Il n’y a pas lieu de douter de la possibilité d’un
anoblissement de la noix de Kola par une culture digne de ce nom ; ce
serait nier toute l’histoire de l’industrie agricole.
« Pour ce qui est des conditions naturelles de la culture du Kolatier,
tout ce que nous savons pour le moment est que l’arbre réclame un climat
tropical et assez humide ; qu’il ne redoute d’ailleurs pas une période
de sécheresse retournant tous les ans, pourvu qu’elle ne soit pas très
longue ».
WARBURG énumère ensuite tous les renseignements qu’il a pu recueillir
sur la culture du Kolatier. Ils sont peu nombreux et une partie ne sont
pas exacts.
Depuis 1898, un très grand nombre de notes ont été publiées sur la
culture du Kolatier, mais elles laissent encore quantités de problèmes
dans l’ombre ; elles apprennent très peu de faits nouveaux et la plupart
des auteurs se sont copiés les uns les autres. Des plantations
expérimentales ont bien été entreprises dans quelques Jardins d’essais,
mais ces plantations ont été faites ou sur une très petite échelle ou
dans des conditions défavorables au point de vue des solutions à
attendre. D’autres ont été abandonnées presque aussitôt commencées et ne
peuvent donner de résultats intéressants.
Il serait, croyons-nous, oiseux de reproduire dans ce chapitre tout ce
qui a été publié sur la culture du Kolatier. Beaucoup de renseignements
rapportés par divers auteurs ont été controuvés par nos propres
observations.
Nous nous bornerons donc à signaler les constatations faites par l’un de
nous _de visu_ ainsi que les renseignements recueillis sur place au
cours de nos périgrinations en Afrique. Nous rappellerons seulement les
renseignements d’autres sources quand elles seront en concordance avec
nos propres observations.
Nous voulons éliminer ainsi un grand nombre de faits inexacts déjà trop
souvent publiés.
=I. — PROCÉDÉS DE CULTURE INDIGÈNE.=
WARBURG se trompe en refusant l’épithète de _cultivés_ aux Kolatiers
appartenant aux indigènes. En certaines parties de l’Afrique
occidentale, ces arbres reçoivent de véritables soins. Mais, en beaucoup
de régions, le plus grand obstacle à l’extension des plantations, est
une croyance absurde. Les indigènes prétendent que quiconque plante un
Kolatier, doit mourir lorsque l’arbre commence à rapporter des fruits.
Cette légende est entretenue par les dioulas, dont l’intérêt est de
conserver le monopole du commerce des Kolas ; ils doivent par conséquent
empêcher la propagation de l’arbre producteur en dehors des régions
visitées par eux.
Il est donc très rare que l’on sème des graines.
Dans le sud du Soudan, par exemple, les quelques Kolatiers que l’on
rencontre, proviennent presque toujours de graines qui ayant été
perdues, se sont trouvées enterrées naturellement et ont produit des
germinations qui ont poussé sans l’intervention de l’homme. Dès que le
propriétaire de la case près de laquelle se développe ce Kolatier
découvre la jeune germination, il se contente de l’entourer d’un petit
enclos formé de bâtons pour empêcher les passants ou les animaux de
détruire la précieuse plante.
Dans le sud de la forêt de la Côte d’Ivoire où on cultive réellement le
Kolatier sur des espaces restreints, autour des villages, les noirs
recueillent les graines tombées des arbres vivant à l’état sauvage dans
la forêt et ayant commencé à germer et ils transportent ces germinations
dans les cultures près de leurs habitations. On déterre même parfois les
jeunes Kolatiers qu’on rencontre à travers la forêt pour les
transplanter autour des villages ; mais, à notre connaissance, on fait
rarement des semis de graines.
Cela se pratique dans certaines régions au cours de quelques cérémonies
rituelles. Ainsi on a raconté qu’à la naissance d’un enfant, au sud du
Soudan, on enterrait une noix à côté du cordon ombilical du nouveau-né.
L’arbre qui se développe et tous ceux issus de ses fruits tombés à terre
forment le patrimoine, tous les autres biens du père passent, après la
mort de ce dernier, à l’aîné des oncles.
Si cet usage existe réellement, il est très local, car nous avons
parcouru les mêmes régions sans qu’il nous ait jamais été rapporté.
Chez les Dans ou Dyolas, on ensemence réellement des Kolatiers, d’après
le capitaine LAURENT. Toutes les graines, écrit-il, ne sont pas propres
à la reproduction et aucun signe extérieur ne permet de reconnaître,
parmi les noix fraîches, celles qui germeront. Il faut, avant de les
planter, les laisser germer soit à l’air libre, soit enfouies à une
faible profondeur. Le plus souvent d’ailleurs, au lieu de les planter de
cette façon, les Dyolas repiquent les plants nés spontanément de graines
tombées.
Les Bétés, d’après RIPERT, apportent aussi beaucoup d’attention à la
culture de leurs arbres. On sème parfois des amandes, mais plus souvent
on ramasse les graines germées à la surface du sol.
Les branches retombantes sont soutenues à l’aide de perches ; on
n’enlève pas les épiphytes qui vivent sur les rameaux et sur le tronc. A
la base de celui-ci, on supprime la végétation et on remue un peu la
terre.
Nulle part, il n’existe de grands vergers de Kolatiers. On trouve de
petits groupes de cette essence autour des villages, le long des
sentiers de forêt, spécialement aux carrefours, autour des cases de
culture et très souvent sur l’emplacement d’anciens villages détruits
depuis longtemps et réenvahis par la forêt.
C’est également dans ces conditions que nous avons toujours rencontré
les Kolatiers cultivés dans les diverses régions forestières de la Côte
d’Ivoire.
Aux environs de Diorodougou, chez les Tômas, avant de mettre la noix
germée en terre, on en retrancherait la partie inférieure opposée au
germe[246]. Nous ne voyons pas la raison de cette pratique, si toutefois
elle existe. Le même rapport renseigne sur les procédée de culture des
Bagas. Les amandes, bien mûres, sont disposées en pépinière à 8 ou 10
cm. de profondeur, dans un coin du village ou en pleine brousse. La
germination se produit un mois après et la transplantation a lieu
l’année suivante en plein hivernage, au mois d’août. Les arbres, placés
sans ordre et toujours trop rapprochés (2 ou 3 m. d’écart seulement),
sont plantés dans des endroits légèrement humides et ombragés, parfois
même trop sombres et trop couverts, de sorte qu’un certain nombre en
souffrent et restent chétifs. Le même fait s’observe pour les plantes de
semis naturel. Les pieds isolés sont protégés contre l’ardeur du soleil
par des abris en feuilles de palmier portés sur quatre piquets.
Au Fouta-Djalon, on fait aussi germer les noix de Kola dans une galerie
forestière, au bord d’un marigot et quand l’arbuste est âgé de 5 à 6 ans
on le transplante dans une _roundé_ (terrain cultivé sur l’emplacement
d’une ferme) ou dans une _margha_ (ferme habitée).
Le document cité plus haut rapporte une opération de culture assez
curieuse, qui serait pratiquée par les indigènes du Samo[247] (Guinée
française).
Dans cette province, lorsque les Kolatiers atteignent 2 ou 3 mètres de
hauteur, à l’âge de quatre ou cinq ans, on écorce la tige sur une
hauteur de 0 m. 20. La plaie est ensuite recouverte, jusqu’à
cicatrisation, d’un morceau de toile qu’on évite de trop serrer. On
arriverait ainsi à hâter la fructification et à la rendre plus
abondante[248]. Il serait nécessaire d’expérimenter cette méthode dans
les jardins d’essais, afin de déterminer si elle est réellement
efficace.
A Sierra-Léone, les noirs cultivent assez méthodiquement le précieux
arbre.
D’après les renseignements qu’a bien voulu nous envoyer le Gouvernement
de la colonie, il existerait environ 4.500 principaux villages à Kolas ;
cultivant en moyenne 50 arbres par village ; ceux-ci espacés de 20 pieds
les uns des autres, sont en moyenne au nombre de 109 par acre (ou 272 à
l’hectare) ; ils couvriraient donc une surface de 2.065 acres dans toute
la colonie : en général, la culture est confinée au bord des rivières.
En Mellacorée, où il existe habituellement une douzaine de Kolatiers par
village de 30 cases, quelques indigènes ont assuré à E. BAILLAUD, que si
l’on plantait quelques touffes de _Sanseviera guineensis_ (plante
textile rarement utilisée par les indigènes, mais souvent considérée
comme fétiche), autour du précieux arbre, on le faisait prospérer.
Le Kissi est un des rares pays où nous ayons vu les Kolatiers entourés
de très grands soins par les indigènes. Dans cette province, on
ensemence réellement l’arbre et on en plante régulièrement chaque année
au bord des sentiers aboutissant aux divers villages.
On fait habituellement germer les noix d’une manière assez originale.
Il existe dans chaque case d’habitation un grand récipient en terre plus
ou moins poreuse (_canari_), dans lequel les femmes apportent chaque
jour de l’eau pour les usages domestiques. Ce vase est entouré d’un lit
de sable humide qui le maintient droit. On dépose sur ce lit de sable
les noix dont on veut obtenir la germination. Dès que celle-ci s’opère,
c’est-à-dire, lorsque les cotylédons s’écartent et laissent poindre la
radicule, on transporte le jeune plant à son emplacement définitif qui
est toujours situé au bord d’un sentier dans l’îlot de forêt entourant
le village.
On creuse préalablement un trou profond de 60 cm. ; on le remplit de
fumier, de cendres, et de cette terre noire très riche en matières
organiques, qui forme souvent de gros tas à l’entrée des villages. Au
fur et à mesure que le Kolatier grandit, on élève au pied un petit
monticule formé de détritus végétaux ou de balayures et de temps en
temps on remue la terre au pied des arbres. Les rameaux inclinés par le
poids des fruits sont étayés à l’aide de fourches en bois.
L’habitant du Kissi et du Kouranko soigne ses Kolatiers presque avec
autant d’attention que le paysan français soigne ses vignes, ses
pommiers ou ses oliviers. Malheureusement le noir ne sait pas régler
l’éclairage des Kolatiers : l’ombrage modéré est bienfaisant pour ces
arbres, mais dès qu’il devient épais, il produit une demi-obscurité
favorable au développement des épiphytes. Les arbres d’essences diverses
environnant le précieux végétal ne sont jamais émondés, de sorte que
leurs branches s’enchevêtrent souvent dans celles du Kolatier, qui
devient dès lors presque stérile. Lui-même n’est jamais taillé, les
indigènes prétendent qu’un outil en fer ne doit jamais être mis en
contact d’une partie quelconque de l’arbre sacré. Aussi les branches
sont souvent étalées d’une manière très défectueuse. Certains Kolatiers
sont ramifiés au ras du sol et d’autres ont un tronc qui n’émet des
branches qu’à 6 ou 7 mètres de hauteur.
M. l’administrateur BARTHÉLEMY nous a fourni des renseignements
démontrant que les Ngans du cercle de Dabakala (Côte d’Ivoire) se
livrent réellement aussi à la culture de l’essence qui nous intéresse.
Les hommes ne s’occupent guère que des plantations de Kolatiers, tandis
que les femmes soignent les lougans d’ignames, de riz, de coton et de
tabac. Pour établir une plantation de Kolatiers, on débroussaille
entièrement un endroit de la forêt soigneusement choisi, toujours sur
une pente, afin que le drainage soit parfait ; tout est coupé, même les
arbres de haute futaie qu’on laisse habituellement dans les autres
lougans de riz ou d’ignames. Ce gros travail accompli, les Ngans
plantent d’abord des _Bans_ ou Palmiers d’eau (_Raphia_) et ensuite
seulement on ensemence les noix de Kola. Selon M. BARTHÉLEMY, les
_Raphia_[249] seraient destinés à protéger les Kolatiers contre les
dégâts des Rats palmistes (_Sciurus_) communs dans le pays. Les rats
palmistes sont très friands des fruits du Palmier et tant qu’ils ont ces
fruits à leur disposition, ils n’attaquent pas les graines du
_Kolatier_[250].
Dans les plantations de Kolatiers qui comprennent habituellement 250 à
300 arbres, plantés sans symétrie, les indigènes entretiennent aussi
habituellement une plante nommée _Béla_, à feuilles en forme de fer de
lance, destinées à faire les _froufrous_ dans lesquels on enferme les
noix de Kola. Cette plante est sans aucun doute une des Maratancées dont
il sera question dans un des prochains chapitres. Tous les arbustes et
les mauvaises herbes sont constamment arrachés.
M. SAVARIAU a donné aussi des détails intéressants sur la manière dont
les indigènes cultivent le _Cola acuminata_ au Dahomey :
« L’arbre à Kola, existant à l’état spontané au Dahomey, a été de tout
temps l’objet de quelques soins de la part des indigènes. Les plus
prévoyants de ces derniers font annuellement des semis de noix de Kola.
Ils choisissent les noix de Kola fraîches les plus belles, les sèment à
trois, quatre centimètres de profondeur dans un terrain léger, très
humifère et très humide, bien ombragé, au bord des lagunes de
préférence. Les noix quotidiennement arrosées germent au bout d’une
vingtaine de jours et les jeunes plants sont laissés en pépinière. On
les arrose fréquemment pendant cette période et on bine de temps à autre
la terre qui les porte. La transplantation est effectuée au début de la
saison pluvieuse dans les sous-bois humides et les indigènes ont bien
soin, pour mettre les Kolatiers en place, de faire des trous d’assez
grandes dimensions, qu’ils remplissent, en grattant la couche
superficielle avoisinante, évidemment plus riche en principes
fertilisants.
« Malheureusement les indigènes n’ont aucune notion de la distance à
laisser entre les arbres. Ils les plantent toujours trop rapprochés ;
beaucoup sont à deux ou trois mètres les uns des autres et cela nuit
considérablement à leur développement.
« Les soins donnés aux Kolatiers en croissance varient légèrement
suivant les régions. En certains points, on se contente de débrousser
sur un rayon de 1 m. 50 à 2 m. autour de chaque arbre ; on ne pratique
aucune taille, on ne coupe même pas les branches mortes ou brisées, on
laisse les arbres mourir de vétusté, parce que les croyances fétichistes
interdisent de faire subir le contact du fer aux Kolatiers. Dans les
régions où cette superstition n’existe point, les indigènes débarrassent
les arbres des branches mortes ou brisées afin d’empêcher celles-ci
d’endommager par leur chute les branches voisines »[251].
=II. — BOUTURAGE.=
D’après de nombreux auteurs, les indigènes de l’Afrique tropicale
multiplient fréquemment le Kolatier par bouturage ou par marcottage.
Cette pratique a été signalée pour la première fois par E. HECKEL en
1893, d’après les observations faites par le jardinier E. PIERRE, qui
dirigea le Jardin d’essai de Libreville de 1887 à 1892.
Elle doit être pratiquée rarement en Afrique occidentale : nous ne
l’avons pas constatée, pour notre part, au cours de nos voyages.
Cependant M. Charles VAN CASSEL, membre de la mission WŒLFFEL (1899),
nous a assuré que « certains porteurs de la mission, dans le Pays des
Dans ou Dyolas, emportaient des boutures prélevées sur les arbres des
villages qu’ils traversaient, mais ils n’en prenaient pas sur les pieds
de leur propre village ». Le comte ZECH mentionne aussi ce procédé de
multiplication au Togo. « D’après mes renseignements et les observations
que j’ai pu faire, la propagation se fait aux environs de Tapa au moyen
des boutures »[252].
M. NICOLAS nous a assuré dans une communication verbale que dans le nord
de la Côte d’Ivoire les indigènes courbaient souvent les rameaux de
certains Kolatiers, de manière à en enterrer l’extrémité. Au bout de
quelque temps, des racines se forment et on n’a plus qu’à séparer et
transplanter le nouveau plant.
Dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire, on procède différemment.
D’après l’administrateur SALVAN, qui commandait le cercle de Koroko
(ancien territoire de Kong), en 1905-1906, « quand on désire établir une
plantation, on coupe une branche d’environ 1 m. 50 à un Kolatier voisin.
On la recourbe ensuite en forme d’arceau en enfonçant en terre les deux
extrémités. Lorsque l’on juge les racines assez profondes et
suffisamment fortes, l’on sépare l’arceau en deux par le milieu et l’on
obtient de cette manière deux Kolatiers au lieu d’un. »
Enfin, E. BAILLAUD a observé en Mellacorée que les Kolatiers étaient
habituellement propagés par des drageons enlevés à la base des arbres
adultes.
Si réellement les marcottes et les boutures de Kolatiers sont préférées
aux semis, c’est que les indigènes ont reconnu que ces procédés étaient
avantageux pour conserver les qualités acquises.
A notre connaissance, aucun Jardin d’essais n’a encore tenté
d’expérience en vue de contrôler le degré de créance qu’il faut donner à
ces renseignements. Il serait pourtant du plus haut intérêt de
multiplier par bouturage les Kolatiers les plus productifs et donnant
les plus grosses noix.
=III. — RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LES PLANTATIONS EUROPÉENNES.=
Diverses plantations de Kolatiers ont été entreprises par quelques
européens, surtout depuis une quinzaine d’années. La plupart ont été
abandonnées avant d’avoir donné aucun résultat. On en signale
actuellement seulement quatre ou cinq en Afrique occidentale et à
Madagascar, et elles comprennent chacune quelques milliers d’arbres au
plus.
Peu de renseignements ont été publiés sur ces plantations et sur celles
des Jardins d’essais, de sorte qu’il est difficile d’en tirer des
données pratiques.
Nous signalerons cependant les faits les plus importants mis en relief.
Le document le plus ancien, et aujourd’hui encore des plus précis sur la
manière d’établir ces plantations, est dû à l’infortuné SAUSSINE[253],
qui résida longtemps aux Antilles comme professeur de chimie au lycée
St-Pierre et périt dans l’éruption de la montagne Pelée :
« On trouve le Kolatier depuis le voisinage de la mer jusqu’à des
altitudes de 1.000 à 1.500 mètres ; mais les altitudes qui lui
conviennent le mieux sont comprises entre 300 et 600 mètres. Il lui faut
un climat chaud et humide ; il appartient à la même zône de culture que
la banane et le cacao.
« Il semble s’accomoder de sols assez variés, redoute seulement les
terres marécageuses ou sujettes à des inondations. Le meilleur sol est
un sol profond, légèrement argileux et bien drainé.
« _Semis._ — On le propage à partir de graines, en choisissant les plus
grosses et les plus mûres. Le semis peut se faire soit en place, soit
sur bandes ; ce dernier procédé est toujours préférable. Les graines
doivent être semées fraîches ; si on doit les transporter au loin, on
les met dans des caisses à jour, après les avoir enveloppées de feuilles
fraîches qu’on humecte de temps en temps.
« Les bandes seront établies autant que possible à l’ombre et près d’un
filet d’eau ; elles auront environ un mètre de largeur ; on y trace le
grand axe et les deux autres à 20 cm. des bords ; on y dépose les
graines à 30 cm. l’une de l’autre et on les recouvre de terre. On arrose
fréquemment et on tient la surface très propre.
« _Plantation._ — Les jeunes plantes apparaîtront au bout de trois à
cinq semaines ; on les laisse croître jusqu’à 30 cm. ; il faut alors
éclaircir les rangs en repiquant la moitié des plantes sur une nouvelle
bande jusqu’à ce qu’ils aient atteint près d’un mètre.
« La plantation définitive qui a lieu au commencement de la saison des
pluies, se fait en trous carrés de 30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de
profondeur, à 7 m. 50 les uns des autres. La méthode est toujours la
même : préparer le trou un peu avant la plantation et le remplir de
terreau bien fait. Quand on y met le plant, on étale les racines avec
soin et on tasse la terre légèrement. Il est également nécessaire de
mettre un fort tuteur.
« Comme les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire,
s’il n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers,
quelques mois auparavant. On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes
d’attente, mais les bananiers épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3
m. 50 l’un de l’autre en intercalant les Kolatiers entre eux.
« Dans les endroits ombragés, on supprime les bananiers au centre de
chaque carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les
arbres poussent.
« La plantation, une fois établie dure longtemps et peut même constituer
à son tour un ombrage pour d’autres cultures, en particulier certaines
cultures vivières.
« Le Kolatier épuise peu le sol, mais les cultures intercalaires de
bananiers avant la plantation ou de légumes après, sont par elles-mêmes
assez épuisantes pour qu’il soit nécessaire de fumer de temps à autre. »
A Madagascar, on recommande de procéder de la manière suivante : Le
semis en pépinière doit être fait sous ombrage, sur un sol bien défoncé,
bien fumé et fréquemment arrosé. La germination se produit au bout de 3
à 5 semaines.
La mise en place définitive se fait sous ombrage lorsque les plants
atteignent 40 cm. à 50 cm. de haut. Elle est très délicate et doit être
faite au moment des grandes pluies. L’écartement préconisé varie de 6 m.
à 7 m. 50. Il est inutile de faire plusieurs mois à l’avance des trous
mesurant au minimum 0 m. 70 de côté sur 0 m. 80 de profondeur.
*
* *
En Guinée française, il a été fait d’assez nombreux essais de
plantations, mais presque toutes ont été abandonnées. Dès 1897, un
colon, M. GÉNOT, recommandait de faire la transplantation deux ou trois
mois seulement après la germination, alors que la jeune plante n’a
encore que 0 m. 10 de hauteur au maximum.
Un an plus tard, la racine longuement pivotante atteint déjà 1 m. ou 1
m. 50 de longueur ; aussi l’arrachage est toujours défectueux et la
reprise des plants âgés se fait très mal[254].
En 1901, P. TEISSONNIER insiste encore sur les difficultés de la
transplantation. Malgré les soins apportés à l’arrachage des plants
restés un an en pépinière, il est impossible de conserver le pivot dans
toute sa longueur. La reprise se fait difficilement ; un grand nombre de
plants périssent pendant la saison sèche et ceux qui survivent restent
languissants. Certains arbustes ainsi transplantés atteignaient à peine
30 cm. à 40 cm. de hauteur, tandis que les Kolatiers plantés en
germination et provenant du même semis avaient une hauteur moyenne de 1
m. 60 à leur deuxième année. C’est pourquoi le directeur du Jardin
d’essais de Camayenne recommande de procéder de la manière suivante :
« Après avoir fait choix du terrain, on sème en planches en mettant
entre les rangs 0 m. 20 et en conservant une distance de 0 m. 10 sur le
rang. Les noix sont recouvertes de 2 cm. à 3 cm. de terre ; les planches
sont ombragées avec des feuilles de palmiers et arrosées chaque fois que
le besoin se fait sentir. La levée a lieu au bout de 50 ou 60 jours et
la mise en place doit se faire dès que la tige a 10 cm. à 12 cm. de
hauteur.
« En semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la deuxième quinzaine
d’avril et on peut procéder à la mise en place dans la première
quinzaine de mai.
« Par cette méthode, il n’y aura aucun vide dans la plantation ; on
obtiendra dès la deuxième année des plantes de 1 m. 60 et la
fructification se trouvera avancée dans de notables proportions »[255].
En Guinée encore, un colon nommé VACHER, avait fait il y a quelques
années des plantations de Kolatiers assez étendues dans le Bramaya et
dans la Mellacorée. D’après les renseignements qu’il nous communiquait
en 1905, peu de temps avant sa mort, il faudrait :
1o Clôturer les terrains où croissent les jeunes Kolatiers pour les
soustraire à la dent des animaux domestiques et des mammifères
sauvages ;
2o En Guinée, on doit arroser les jeunes Kolatiers en saison sèche ;
3o C’est en hivernage qu’il faut pratiquer la taille.
Dans la colonie allemande du Togo, des essais de culture ont été faits
par M. PLEHN et par le Dr GRÜNER. Ce dernier observateur insiste sur la
nécessité d’ombrager le Kolatier et de le planter dans des terrains non
pierreux. Dans les terrains pierreux, si l’on veut absolument créer une
plantation, il faudra priver, au moins jusqu’à un mètre de profondeur,
la terre de toutes les pierres qu’elle contient. Malgré ces conseils, il
ne semble pas que les tentatives faites au Togo aient donné de grands
résultats[256].
On planta en 1904, en deux endroits différents 100 Kolatiers, au Jardin
de Victoria au Cameroun.
A l’un des endroits, le sol fut profondément creusé et l’on installa des
cultures intercalaires. Plus tard on fuma deux fois avec un compost. Les
arbres mesurent maintenant à un mètre au-dessus du sol 0 m. 50 à 0 m. 60
de circonférence.
Le diamètre moyen de la couronne des arbres varie de 3 à 4 m. 50, et ils
ont, déjà en 1907, porté des fruits. Cette année (1908), ces derniers
ont été abondants et ont atteint leur complète maturité.
La deuxième plantation, abandonnée sans soins, n’a donné que des arbres
rabougris, atteignant à peine la hauteur de l’homme.
La meilleure méthode consiste à placer les semences en plates-bandes
exposées au sec, mais arrosées matin et soir. Les plantules sont mises
en place trois mois après la germination à des distances de 6 mètres, en
les ombrageant à la façon des Cacaoyers et des _Funtumia_.
40.000 à 50.000 Kolatiers sont ainsi plantés au Cameroun[257].
Dans les colonies anglaises de l’Ouest africain, les Jardins d’essais
officiels ont fait aussi des plantations expérimentales étendues
relatives aux Kolatiers, mais ces stations n’ont publié que des
renseignements succincts sur les résultats obtenus. A Sierra-Léone, on a
reconnu que l’arbre, planté en forêt, croît mieux que dans les terrains
déboisés ; il est bon de remuer le sol pour l’empêcher de durcir au-
dessus des racines qui seraient ainsi privées d’air. Le Kolatier
rapporte plus ou moins promptement, et cela dépend de la sélection des
graines ; quelques arbres, en effet, commencent à produire vers 7 ans et
pour d’autres il faut 25 ans[258].
A la Gold Coast, plus de 10.000 pieds de _Cola rubra_ avaient déjà été
plantés en 1905 dans le Jardin botanique d’Aburi et à la station de
Tarkwa. Une courte notice sans intérêt pour nous a été publiée par les
soins de l’Administration et est destinée à être distribuée aux
indigènes[259].
Dans le Nigéria du Sud, spécialement aux jardins d’Olokomeji, d’Ebute-
Metta, de Old-Calabar, un grand nombre de noix de Kola ont été
ensemencées antérieurement à 1905, mais nous ne connaissons point le
résultat des essais poursuivis.
Nous ne sommes pas beaucoup plus renseignés sur les colonies françaises.
Dans le Jardin de Camayenne, nous avons observé une cinquantaine de
Kolatiers plantés, de 1898 à 1900, par TEISSONNIER. Quelques-uns avaient
déjà fructifié à l’âge de 7 ou 8 ans en 1907. Ce qui frappe dans ce
jardin, c’est l’irrégularité de développement de Kolatiers de même âge
et croissant dans le même terrain ; à côté des arbres bien développés,
il en existe de rabougris et qui demeureront probablement constamment
stériles. Il y aurait sûrement intérêt, dans les plantations de rapport,
à remplacer, dès les premières années, les arbres qui croissent mal, par
d’autres individus enterrés à un emplacement un peu différent.
Nous avons observé au Bas-Dahomey, spécialement au Jardin d’essai de
Porto-Novo et aux stations d’essai de Sakété et de Brouadou, de nombreux
Kolatiers plantés sous la direction de SAVARIAU. Ces arbres ont pris un
développement normal, et beaucoup, à Porto-Novo, ont fleuri dès la 5me
année ; mais Noury a constaté que la plupart des plants appartenant au
_Cola nitida_ ont leurs rameaux creusés de galeries par les larves du
_Phosphorus Jansoni_, coléoptère sur lequel nous reviendrons dans un
prochain chapitre.
Les plants de l’espèce _Cola acuminata_ sont ordinairement indemnes. Il
convient de signaler les méthodes de plantation pratiquées par le
Service d’Agriculture à Sakété et à Brouadou. En ces deux localités,
existent de petits bouquets de forêts où les indigènes ont l’habitude de
cultiver le _Cola acuminata_. On a ouvert, dans la forêt, des trouées
rectilignes distantes d’une quinzaine de mètres les uns des autres ;
chaque trouée est large de 3 ou 4 mètres et la végétation spontanée a
été enlevée sur toute la largeur. Les Kolatiers ont été plantés en
lignes droites au milieu de la tranchée et avec un écart de 6 m. à 8 m.
d’un pied à l’autre. Les jeunes arbustes, âgés de 2 ans environ, étaient
en bonne voie de croissance quand nous les avons vus en janvier 1910.
Pour terminer, nous devons dire que nous avons vu à San-Thomé, à travers
les cacaoyères, des Kolatiers très beaux appartenant à l’espèce _Cola
acuminata_. Ils ne sont l’objet d’aucun soin, mais le sol volcanique de
San-Thomé est si riche et la surface de la terre est si bien entretenue
que la grande production de ces arbres ne saurait nous étonner. Les
terres noires profondes, au bord de la mer, dans les endroits bien
abrités, semblent très favorables.
Au-dessus de 700 mètres d’altitude, le Kolatier, de même que le
Cacaoyer, réussit mal dans l’île.
=IV. — CULTURE RATIONNELLE.=
Il résulte donc, de ce qui a été dit, qu’aucune plantation européenne
n’est encore suffisamment étendue et assez ancienne pour que l’on puisse
en déduire des méthodes générales concernant les procédés de culture de
cet arbre intéressant.
C’est donc d’après la manière dont se comporte l’arbre dans la forêt à
l’état spontané, en nous basant sur son mode de vie et ses affinités
botaniques, que nous allons chercher à déduire quelques principes de
culture rationnelle.
Disons de suite que les diverses espèces de _Cola_ qui nous intéressent
s’accomodent très bien des terrains où prospèrent les Cacaoyers. C’est
aussi sous le climat approprié à ce végétal qu’elles trouvent pour leur
bon développement les conditions _optima_.
Par suite, nous tiendrons compte également de l’expérience acquise dans
la culture du Cacaoyer pour formuler les conseils qui suivent.
=1o Choix des graines.=
Ce choix a une très grande importance.
Le planteur fera bien de récolter lui-même les semences sur des
Kolatiers vigoureux produisant des amandes de réelle valeur et aussi
fertiles que possible. Il ne sera jamais certain d’obtenir des arbres
réunissant les qualités des portes-graines, mais malgré tout, en
procédant ainsi, il aura de plus sérieuses possibilités d’obtenir des
Kolatiers à grand rendement que s’il se contente de semer des amandes
quelconques achetées au marché.
Sur les arbres ainsi choisis, on récoltera seulement les plus belles
cabosses, lorsqu’elles commenceront à brunir, mais, avant que les valves
commencent à s’entrouvrir si elles sont déhiscentes. On les mettra en
tas dans un endroit _ombragé, mais aéré et à l’abri de l’humidité_. On
ouvrira ces cabosses pour en retirer les graines seulement lorsqu’elles
seront parvenues à maturité très complète.
On ne retiendra pour la semence que les plus belles amandes situées au
milieu de chaque cabosse. Les noix rouges étant les plus demandées par
les caravaniers, on sèmera exclusivement celles-ci, car en faisant une
sélection en sens opposé, on risquerait d’avoir plus tard des Kolatiers
produisant avec prédominance des noix blanches.
On éliminera également les graines endommagées par le couteau en ouvrant
les cabosses ainsi que celles qui sont attaquées par les insectes.
Les noix germent facilement, qu’elles soient nues ou entourées de la
membrane blanche qui les enveloppe dans la cabosse et qui n’est autre
que le tégument de la graine. Nous conseillons de laisser cette
membranne sur les graines destinées à la semence, car elle met l’embryon
à l’abri des intempéries et des insectes aussi longtemps que la
germination n’est pas effectuée.
Dans le _Fasc. IV des Végétaux utiles_ (Chapitre VI, _Procédés de
culture du Cacaoyer à San-Thomé_), on trouvera beaucoup de
renseignements qui peuvent aussi s’appliquer aux Kolatiers.
On peut semer les noix en place. On peut aussi les placer en pépinière ;
mais, dans ce cas, il faudra les transplanter très peu de temps après
leur germination, car la jeune plante acquiert très rapidement un long
pivot et le sectionnement de ce pivot entraine presque toujours la mort
des Kolatiers.
Aussi, nous recommandons de semer les graines dans de petits paniers
tressés en feuilles de palmiers, paniers qu’on installe dans un endroit
ombragé et qu’on remplit de terre de première qualité. La
transplantation se fera en enterrant les paniers lorsque les arbustes
auront un centimètre ou deux de hauteur.
Quelle que soit la méthode adoptée, on enterrera les graines à 2 ou 3
centimètres de hauteur en les plaçant de telle sorte qu’elles soient
couchées sur le côté ou placées obliquement, les quatre lobules
cotylédonaires en bas. Le sol ainsi ensemencé sera maintenu constamment
ombragé et tenu toujours frais, sans exagérer toutefois les arrosages
qui pourraient entrainer la pourriture des noix enterrées.
La germination se fait beaucoup plus lentement que celle des graines de
Cacaoyer. On compte ordinairement qu’il faut 50 à 60 jours pour que la
tigelle commence à pointer. Nous avons même vu des noix de Kola, placées
en terre depuis 5 ou 6 mois, restées parfaitement saines et qui
n’avaient pas encore commencé à germer.
On a recommandé divers procédés pour activer la germination. Le meilleur
consiste à abandonner un lot de graines dans un endroit frais et ombragé
(par exemple dans une cave d’habitation), en les humectant de temps en
temps. Au bout de quelques semaines, les cotylédons commencent à
s’écarter et la radicule s’étale et se ramifie bientôt à
l’extérieur[260]. A ce moment, on enterre chaque noix en germination
dans un petit panier rempli de terreau, lequel sera lui-même transporté
à demeure lorsque la germination aura acquis quelques feuilles.
On peut aussi stratifier les graines dans des caisses remplies de
terreau ou de sable légèrement frais et tenu à l’ombre dans un endroit
aéré. La germination pour certaines graines s’effectue parfois au bout
de 3 ou 4 semaines, mais on nous a signalé, à Conakry, des noix
enterrées depuis 1 an 1/2 restées parfaitement saines et qui n’avaient
pas encore germé. Les cotylédons avaient seulement verdi (ce
verdissement précède toujours la germination). Au dire des indigènes,
les noix qui ont pris cette teinte sont toxiques.
=2o Choix et préparation du terrain.=
La transplantation du jeune Kolatier se fera dans un endroit à _sol
profond, riche en humus_ et planté de quelques grands arbres donnant de
l’ombrage. La forêt équatoriale, là où elle offre des terrains riches en
humus, sans eau stagnante à la saison des pluies est évidemment le genre
de station le plus favorable. A défaut de forêt, on utilisera dans la
Guinée française, dans le nord de la Côte d’Ivoire et au Bas-Dahomey les
galeries forestières longeant les rivières et les bosquets forestiers
souvent assez importants qui avoisinent certains villages.
La forêt où doit s’effectuer une plantation de Kolatiers sera en grande
partie déboisée. On abattra toutes les broussailles et essences
secondaires qui constituent le sous-bois, ainsi qu’un certain nombre
d’arbres formant le peuplement du massif, de façon à ne laisser que le
nombre strictement nécessaire pour former au sol un abri léger, tamisant
les rayons directs du soleil et donnant aux végétaux qui constituent la
plantation un ombrage approprié.
On supprimera radicalement les arbres qui ont un feuillage trop épais et
des branches trop étendues pour laisser filtrer la lumière dans la
plantation ; on éliminera aussi ceux, comme les _Eriodendron_, les
_Mussanga_, les _Ficus_, qui ont des racines puissantes et épuisent
rapidement le sol.
On conservera de préférence les arbres donnant des produits utiles. S’il
existe déjà dans la forêt des Kolatiers donnant des amandes à deux
cotylédons, on les gardera quand bien même ils détruiraient la symétrie
de la plantation. Par contre, on éliminera (au Gabon par exemple), tous
les Kolatiers des espèces à quatre ou cinq cotylédons qui pourraient
donner lieu plus tard à des mélanges de graines préjudiciables à la
vente.
On pourrait, à la rigueur, conserver les jeunes plants de cette espèce
pour les greffer plus tard, mais nous ne le conseillons pas, car au bout
de quelque temps on pourrait confondre les arbustes appartenant à la
bonne espèce avec les autres.
De même on gardera les palmiers à huile (_Elæis_), les Nsafou
(_Pachylobus edulis_), les Owala (_Pentaclethra macrophylla_), etc. Les
arbres-abris recommandés pour le cacaoyer conviennent aussi pour le
Kolatier, mais il faut les choisir de plus grande dimension, afin qu’ils
ne gênent pas le Kolatier, cette essence atteignant, comme l’on sait,
une taille double ou triple du cacaoyer.
Par suite du grand développement que prend le Kolatier, nous estimons
qu’il faut planter les sujets avec un écart de 10 à 12 mètres en tous
sens.
A l’inverse de ce qui se pratique généralement pour le cacaoyer, on ne
plantera jamais qu’une seule plante par fosse. Ces dernières auront au
moins 1 m. de dimension en largeur et en profondeur et on les remplira
de matières fertilisantes sur lesquelles nous reviendrons.
L’écartement que nous préconisons est tel qu’on ne peut planter au
maximum que 80 à 100 Kolatiers à l’hectare.
Nous devons faire remarquer que tous les agronomes ne sont pourtant pas
partisans de plantations aussi espacées.
Ainsi, d’après SAUSSINE, aux Antilles, « la plantation définitive qui a
lieu au commencement de la saison des pluies, se fait en trous carrés de
30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de profondeur, à 7 m. 50 les uns des
autres. La méthode est toujours la même : préparer le trou un peu avant
la plantation et le remplir de terreau bien fait. Quand on y met les
jeunes plantes, on étale les racines avec soin et on tasse la terre
légèrement. Il est également nécessaire de mettre un fort tuteur. Comme
les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire, s’il
n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers quelques
mois auparavant.
On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes d’attente, mais les bananiers
épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3 m. 50 les uns des autres.
Dans les endroits ombragés on supprime les bananiers au centre de chaque
carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les arbres
poussent. »[261].
L’auteur anonyme du rapport sur le Kolatier en Guinée[262], signale bien
comment les indigènes font leurs plantations, mais il ne donne pas son
avis sur la meilleure méthode.
TEISSONNIER n’indique pas l’écart à adopter pour les plantations
définitives. Il insiste seulement sur la nécessité de semer les noix en
place ou bien de les semer en pépinière et de les transplanter très
jeunes et au début de la saison des pluies.
En Guinée française, en semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la
deuxième quinzaine d’avril et on peut procéder à la mise en place dans
la première quinzaine de mai[263].
VUILLET donne les renseignements suivants qui concordent avec les
nôtres :
La transplantation étant très délicate, on devra semer à demeure en une
place soigneusement ameublie et amendée, sur un mètre de diamètre et de
profondeur.
« On pourra aussi le semer en pépinière ombragée et le transplanter en
grosses mottes au bout de quelques mois, avant que sa racine ait pu
prendre un développement important, dans des trous préparés dans les
mêmes conditions.
« Il demande un ombrage modéré qu’on peut lui procurer facilement en
plantant avec lui des _Albizzia Lebbeck_ et des bananiers de la façon
suivante : les Kolatiers à 10 m. en tous sens, à raison de un _Albizzia_
pour quatre Kolatiers, et les bananiers sur les lignes des Kolatiers à 1
m. 50 environ des arbres qu’ils devront protéger. Les touffes de
bananiers devront être émondées soigneusement et souvent, pour permettre
aux Kolatiers de recevoir la lumière nécessaire : ils seront arrachés
complètement dès que l’ombrage des _Albizzia Lebbeck_ dont la croissance
est rapide sera suffisant. Les bananes seront un appoint sérieux pour la
nourriture des ouvriers[264] ».
Au Togo, d’après BERNEGAU, les Kolatiers sont plantés dans la forêt dans
le but d’éviter les frais de déboisement. Cette forêt est plutôt
buissonnante ; on y trace tous les 7 m. des sortes de tranchées
parallèles de 1 m. de largeur. Dans ces tranchées, on fait tous les 7 m.
des trous dans lesquels la terre est enlevée sur 50 c. de largeur et de
profondeur. De cette façon, la plante a suffisamment d’ombre, et, au fur
et à mesure de sa croissance, on enlève d’autres arbres jusqu’à ce que
le fourré primitif soit remplacé par une forêt de Kolatiers.
L’expérience a appris qu’il vaut mieux planter les arbres à une distance
de 30 pieds[265].
Plus loin, le même auteur conseille de faire des plantations
intercalaires entre les Kolatiers et il conseille de planter parmi les
Kolatiers, du coton, des ignames, du maïs, des patates douces, des
ananas et comme arbres d’ombrage des bananiers et des papayers. M.
BERNEGAU montre qu’il n’est ni biologiste ni agronome. Il est impossible
que toutes ces plantes vivent sous l’ombrage épais du Kolatier et si on
les plante pendant la jeunesse de l’arbre, il en est comme le coton, le
sésame, les ananas, qui gêneront sa croissance.
Ce sont des cultures incompatibles.
E. DE WILDEMAN pense aussi qu’on peut faire de la culture intercalaire
avec le Kolatier, « celle du caoutchoutier _Funtumia elastica_ est
particulièrement recommandable[266] ».
Nous ne voyons pas bien l’utilité de l’association _Cola_ et _Funtumia_.
Ces deux arbres ont un port et une taille à peu près identiques. Si on
plante le _Funtumia_ entre deux plants de _Cola_ d’écartement normal, il
les gênera et pour éviter qu’il leur porte préjudice, il faudrait
écarter les _Cola_ de 20 ou 25 m.
Il n’y a, croyons-nous, aucun intérêt à procéder ainsi et mieux vaut
cultiver les Kolatiers et les _Funtumia_ sur des emplacements distincts.
WARBURG conseille l’emploi comme arbres d’ombrage des mêmes légumineuses
que pour le cacaoyer, c’est-à-dire les _Erythrina_ (Dadap ou
Immortelle), les _Inga_, les _Albizzia_[267].
On devra donc utiliser le sous-bois du Kolatier pour faire une culture,
et celle qui nous paraît la plus appropriée est la culture du Cacaoyer.
La plantation donnera ainsi deux produits qui ne se concurrenceront pas
et quand l’une des récoltes sera compromise, on pourra encore espérer
retirer de la seconde culture un rendement rémunérateur.
Dans les plantations indigènes, nous conseillerons même l’apport d’une
troisième essence utile : le palmier _Elæis_, dont le rendement en
palmistes et huile de palme est des plus appréciables. La culture en
association de ces trois plantes : _Kolatier, Elæis, Cacaoyer_, se
recommande particulièrement à la Côte d’Ivoire.
Enfin dans d’autres régions on pourrait essayer l’association :
_Kolatier, Caféier Libéria_ ou encore _Kolatier, Elæis, Caféier
Libéria_.
Le revenu du terrain sera par conséquent relativement minime, si l’on
tient compte de l’amortissement du capital indispensable pour le
déboisement préliminaire et l’établissement de la plantation. Ce que
nous disions récemment pour le Cacaoyer dans nos colonies de l’Ouest
africain est vrai aussi pour la culture qui nous occupe : pour la mise
en valeur d’un terrain vierge, il n’est pas exagéré de compter l’emploi
d’un capital de 2.000 francs par hectare, avant que ce terrain soit en
état de rapporter si la plantation est faite par une entreprise
européenne[268].
Nous insistons sur la nécessité de donner aux Kolatiers un écartement de
10 m. au moins en disposant autant que possible les trous en quinconce.
Que le semis se fasse à demeure ou qu’on effectue la transplantation au
début de l’hivernage, il faudra dans les deux cas avoir planté des
bananiers 6 mois à l’avance.
Il est également indispensable dans tous les cas de creuser des fosses
ayant au minimum un mètre de diamètre dans tous les sens. Ces fosses
seront remplies de débris végétaux de toutes sortes, de terreau
rapporté, de cabosses de Kolatiers ou de Cacaoyers ; à la partie
supérieure de la fosse, où s’étaleront d’abord les racines du jeune
arbre, on fera bien de placer du fumier de ferme si on peut s’en
procurer.
Les indigènes remplaceront cet engrais par les immondices de toutes
sortes accumulées autour des villages. Dans les pays où les noirs
pratiquent l’élevage, on leur conseillera aussi de recueillir les bouses
de vaches desséchées qui se perdent à travers la brousse.
Le choix du terrain a aussi une grande importance. On doit rechercher
les sols présentant un couvert forestier imposant qui sont profonds,
perméables et recouverts d’une épaisse couche d’humus.
=3o Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance.=
Dès les débuts de la plantation, il sera nécessaire, en Guinée française
notamment, d’arroser les Kolatiers pendant la saison sèche au moins une
fois par semaine. Si on dispose d’une rivière voisine, un filet d’eau
amené à travers la plantation serait de la plus grande utilité.
On doit supprimer les troncs des bananiers à mesure qu’ils deviennent
gênants. Lorsqu’il aura une certaine taille, le Kolatier parviendra du
reste à les éliminer lui-même.
On fera sarcler deux fois par an le terrain de la plantation et les
débris végétaux provenant de cette opération seront accumulés aux pieds
des jeunes arbres.
A partir de 5 ou 6 ans, le Kolatier ne demande presque plus de soins.
Nous sommes toutefois convaincus qu’en bêchant la terre une fois par an
autour de l’arbre sur un rayon de un mètre et en accumulant, autour, des
brindilles de bois qui facilitent l’aération du sol, on n’aura pas à le
regretter.
On aura soin de supprimer les épiphytes, les lianes qui pourraient
s’étaler sur l’arbre, enfin les _Loranthus_ et les _Balais de sorcières_
qui apparaissent fréquemment sur les rameaux du Kolatier et dont il sera
question plus loin.
Il est enfin deux opérations culturales sur lesquelles nous ne possédons
encore aucune donnée et qui pourraient cependant avoir la plus haute
importance pour accroître le rendement en fruits et la dimension des
noix.
Nous voulons parler de la taille et du greffage.
On ne doit pas hésiter à supprimer les gourmands qui se développent sur
le tronc ou au pied de l’arbre.
On ne peut pas songer à tailler le Kolatier lorsqu’il est adulte, mais
quand il est jeune on peut fort bien diriger la formation de sa
ramification pour l’empêcher de s’élever trop haut ou pour l’amener à
avoir les branches principales suffisamment écartées les unes des
autres, afin que la lumière tamisée vienne baigner les petites branches
médiocrement feuillées situées en dedans de la voûte formée par les
rameaux terminaux. On sait que c’est sur ces branches enfouies dans
l’épaisseur des ramifications que se développent presque toujours les
fruits, souvent très loin les uns des autres.
=4o Problèmes à résoudre. — Rôle des Jardins d’essai.=
Nous montrerons, dans le prochain chapitre, qu’il n’est pas possible,
dans l’état actuel, à une entreprise européenne de trouver des bénéfices
dans la culture exclusive du Kolatier. Cet arbre n’ayant jamais été
soumis à une culture attentive et intensive ne produit qu’à un âge
avancé et d’une manière irrégulière. Aussi, les Jardins d’essais situés
dans la zône où prospère le Kolatier devraient-ils se mettre sans retard
à l’étude des problèmes nombreux de la solution desquels dépend le
perfectionnement de la culture du Kolatier, perfectionnement qui
permettra peut-être d’en faire un jour une culture rémunératrice pour
des Européens et dont les indigènes, en tout cas, tireront toujours
profit. Au milieu des milliers de Kolatiers existant dans les
plantations indigènes, on observe parfois quelques individus que
l’indigène ne songe pas à sélectionner, mais qui présentent des qualités
spéciales. Certains pieds produisent des noix beaucoup plus grosses ou
sont plus fertiles, ou mûrissent leurs fruits à des époques plus
favorables à la vente. Il en est qui donnent des noix plus recherchées
des indigènes par le goût ou par la couleur ou encore qui contiennent
plus de caféine. Il en existe aussi dont les noix ne sont presque jamais
attaquées par le ver du Kola, alors que d’autres ont leurs graines
envahies sur l’arbre même. Enfin, ainsi que nous l’avons vu, certains
pieds produisent quelques fruits dès la cinquième année, alors que
d’autres restent stériles jusqu’à la 25me année. Il est très
vraisemblable que toutes les bonnes sortes pourraient être multipliées
par la greffe, le bouturage ou le marcottage et elles conserveraient
ainsi, au moins en partie, les avantages acquis. Mais la greffe, le
bouturage et le marcottage sont-elles des opérations pratiques pour le
Kolatier ? Dans quelles conditions peut-on faire ces opérations pour
réussir ? Personne ne peut encore répondre à ces questions.
Par des sélections de graines bien choisies sur les arbres bons
producteurs, par des hybridations artificielles faites avec méthode, on
pourrait aussi sans doute améliorer le Kolatier, mais dans cette voie
rien encore n’a été tenté.
Qui peut dire aussi de quelle manière il faut tailler le Kolatier, à
quel âge il faut pratiquer cette opération, et si même elle est toujours
utile ?
Nous ignorons enfin s’il faut pratiquer la fumure du précieux arbre et,
dans ce cas, les sortes et les proportions d’engrais qui conviennent.
Des expériences de longue haleine, méthodiquement conduites, peuvent
seules résoudre tous ces problèmes. C’est le rôle des Jardins d’essais
de les entreprendre.
* * * * *
[Note 245 : Article traduit en français : O. WARBURG. — La culture du
Kolatier, _Rev. Cult. col._, VI, 1900, 1er sem., p. 270.]
[Note 246 : Rapport. _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 405.]
[Note 247 : _Ibid._, p. 406.]
[Note 248 : _Ibid._, p. 407.]
[Note 249 : Appartenant probablement à l’espèce _R. sudanica_ A. Chev.]
[Note 250 : L’abondance des _Raphia_ devrait alors amener le pullulement
des _Sciurus_ qui finiraient par attaquer les Kolas. Il est plus
probable que le _Raphia_ est cultivé pour le vin de palme qu’il fournit,
ainsi que pour les rachis de ses feuilles utilisés pour faire la
charpente des toitures de cases.]
[Note 251 : SAVARIAU. — Le Kolatier au Dahomey. _Agr. Pays Chauds_,
1906, 2me sem., p. 211.]
[Note 252 : ZECH. — _Rev. cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 367.]
[Note 253 : G. SAUSSINE. — La culture du Kolatier dans les Antilles,
_Rev. cult. col._, II, 1898, 1er sem., p. 39-43.]
[Note 254 : _Rev. cult. col._, I, 1897, p. 221.]
[Note 255 : P. TEISSONNIER. — De la mise en place du Kolatier, _Rev.
cult. col._, VIII, 1901, 1er sem., p. 360.]
[Note 256 : Dr GRÜNER. — Sur l’état des plantations de Kola et sur leur
dispersion dans le district de Misahöhe. _Rev. cult. col._, VIII, 1901.
1er sem., p. 214 (traduit de _Tropenpflanz._, 1901, no 1, p. 17).]
[Note 257 : _Amtsblatt für das Schutzgebiet Kamerun_, analysé in
_Tropenpflanzer_ no 5, mai 1909, p. 230.]
[Note 258 : D’après des renseignements inédits communiqués par
l’administration de la Colonie.]
[Note 259 : A. E. EVANS. — Hints on the Cultivation and preparation of
Kola-Nuts. _Govern. Printing Press, Gold-Coast_, 1904.]
[Note 260 : Il arrive souvent que les amandes transportées en ballots
par les caravaniers germent ainsi spontanément.]
[Note 261 : _Revue cult. col._, t. II, 5 fév. 1898, p. 39-43.]
[Note 262 : _Agr. prat. Pays chauds_, 1907, p. 405.]
[Note 263 : TEISSONNIER. — _Rev. cult. col._, t. VIII, 1901, p. 361.]
[Note 264 : J. VUILLET. — _Agr. prat. Pays chauds_, 1906, 1er sem., p.
135.]
[Note 265 : BERNEGAU. — _Tropenpflanzer_, d’après E. DE WILDEMAN, l. c.,
p. 290.]
[Note 266 : E. DE WILDEMAN. — L. c., p. 293.]
[Note 267 : O. WARBURG. — _Tropenpflanzer_, déc. 1902.]
[Note 268 : _Végét. util._, fasc. IV, p. 234.]
CHAPITRE XV.
* * * * *
=Age de la production et rendement des Kolatiers.=
* * * * *
=I. — DURÉE DE LA CROISSANCE ET AGE DE LA PREMIÈRE PRODUCTION.=
Il importe, tout d’abord, de détruire une légende au sujet de la
rapidité avec laquelle se développent les Kolatiers. Contrairement aux
assertions répandues dans la plupart des ouvrages relatifs à
l’agriculture tropicale, ces arbres croissent très lentement, quelles
que soient l’espèce botanique et la région où on les cultive.
Même dans les forêts où il vit à l’état spontané, le Kolatier demeure
longtemps chétif et stérile dans les sous-bois où ses graines
parviennent fréquemment à germer. Il en est du reste de même de tous les
arbres à bois dur croissant à l’état sauvage dans ces forêts tropicales.
Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, d’après nos propres observations, un
Kolatier n’atteint son plein développement qu’à 25 ou 30 ans.
Cultivé dans des terrains de bonne qualité et sous un ombrage approprié,
c’est-à-dire laissant passer la quantité optimum de lumière, il se
développe un peu plus vite et nous pouvons donner aussi des chiffres à
ce sujet.
Aux environs de Conakry, dans un endroit où prospère cette culture, nous
avons vu de jeunes Kolatiers, âgés de deux ans, qui ne mesuraient encore
que 0m50 de hauteur ; c’est seulement vers la cinquième année que cette
plante prend l’aspect d’un arbuste de 2 m. environ de hauteur et se
ramifie en formant une tête arrondie. Jusqu’à cet âge, elle n’a produit
que de courts verticelles de 2 à 4 branches comme le Cacaoyer. Pour peu
que la pousse terminale soit détruite par un accident, ce qui est
fréquent, la croissance est encore retardée.
A partir de 5 ans, l’arbuste se développe plus vite, mais il est rare,
en Guinée française, qu’il produise quelques fleurs avant l’âge de 8 ou
10 ans.
A Faranna (Guinée française), quelques Kolatiers âgés de 6 ans, plantés
dans le Jardin du poste, exposés au soleil il est vrai, mais arrosés
tous les deux ou trois jours, ne s’élevaient encore qu’à 3 m. de hauteur
lors de notre passage.
Des cinquante Kolatiers plantés en 1897 et en 1898 par M. TEISSONNIER,
la plupart, en 1907, c’est-à-dire à l’âge de neuf ou dix ans, n’avaient
pas encore fleuri ; quelques-uns seulement portaient des fleurs pour la
première fois.
D’autre part, en 1905, nous avons vu, au Jardin d’Aburi, des Kolatiers
âgés de 15 ans qui atteignaient de 8 à 10 mètres de hauteur et les plus
gros mesuraient 0,25 cm. de diamètre à un mètre au-dessus du sol. Ils
portaient en moyenne, par arbre, une trentaine de fructifications
composées, chacune, de 5 cabosses, soit environ 750 noix.
Dans le même jardin, existaient des Kolatiers âgés de 12 ans qui
n’avaient pas encore fleuri.
De même, d’après les renseignements que nous avons recueillis sur place,
les Kolatiers du Kissi produisent rarement avant la dixième année et ne
donnent un rendement sérieux que vers la quinzième année.
Chez les Dans ou Dyolas aussi, le Kolatier ne commence à produire que
vers la dixième année. Pour Touba, le capitaine LAURENT cite des
Kolatiers repiqués en 1897 et qui n’avaient pas encore produit de fruits
en 1907.
Dans le Jardin de Mankono, nous avons vu en 1909 une quinzaine d’arbres
très vigoureux, plantés depuis 9 ans, s’élevant de 6 à 8 mètres de
hauteur. Quelques-uns avaient commencé, cette même année, à produire
quelques cabosses ; les autres étaient stériles.
D’après une communication manuscrite de M. l’administrateur HAUET,
concernant le Cercle du Rio-Pongo, l’âge où un Kolatier commence à
rapporter dans cette région est très variable et dépend du terrain. La
moyenne est de 10 années, mais les uns rapportent vers 7 ans et les
autres vers 15. A la mission de Boffa, un Kolatier de 10 ans n’a pas
encore produit.
Une communication du Gouvernement de Sierra-Léone nous apprend, enfin,
que certains Kolatiers produisent à partir de 7 ans, mais d’autres n’ont
pas encore fructifié à l’âge de 25 ans.
Ces faits sont complètement en désaccord avec tous ceux qui ont été
publiés sur le Kolatier.
Citons, par exemple, l’opinion de HECKEL[269] qui rapporte que « sur la
côte occidentale d’Afrique, le _Cola acuminata_ (lire _C. nitida_)
commence à donner une récolte vers l’âge de 4 à 5 ans, mais elle est peu
abondante ; c’est seulement vers 10 ans que l’arbre est en plein
rapport ». D’après FAMECHON, l’arbre commence seulement à rapporter à
huit ans.
Au Dahomey, où vit _C. acuminata_, la première fructification, selon
SAVARIAU, aurait lieu au cours de la 6e et de la 7e année de végétation.
WARBURG rapporte qu’à la Martinique quelques individus de 6 ans
atteignent 5 à 6 mètres de haut. La première floraison a lieu
généralement dans la 4e ou la 5e année ; toutefois, on a vu fructifier,
au Cameroun, des arbres qui n’avaient guère que 1 mètre à 1 m. 50 de
haut.
« Il semble donc, ajoute WARBURG[270], qu’on ne doive compter sur une
production de plein rapport qu’à partir de la 10e année. Toutefois, il
est permis d’espérer qu’on arrivera à abaisser cet âge d’entrée en plein
rapport par une culture appropriée, peut-être aussi par le moyen de la
fumure ou encore par la taille qui sera probablement bien supportée ».
Nous pensons nous-même que, comme il a été indiqué au chapitre
précédent, par une sélection judicieuse des graines destinées à
l’ensemencement et par une culture soignée, on obtiendra la
fructification des Kolatiers plus tôt que dans la nature, mais, dans
l’état actuel des choses, nous pouvons affirmer que les Kolatiers ne
produisent pas avant la dixième année et ce n’est que vers la 15e qu’ils
donnent un rendement déjà appréciable.
L’arbre n’atteint la hauteur normale et son port définitif que de la 20e
à la 30e année. C’est ce qui explique que les indigènes le plantent si
rarement.
=II. — RENDEMENT.=
Les renseignements publiés sur le rendement du Kolatier sont aussi très
exagérés et la plupart sont en contradiction les uns avec les autres.
Passons en revue les indications fournies par les divers auteurs et,
pour rendre comparables les chiffres donnés, ramenons toutes les
évaluations au nombre de graines, en estimant la valeur de 1 kg. de noix
fraîches à 1 fr. et en prenant pour poids moyen d’une noix 12 gr. 5 en
Guinée française et 25 gr. à la Côte d’Ivoire où les Kolas sont
ordinairement plus gros.
Suivant HECKEL, le rendement annuel d’un pied, après la 10e année,
serait de 45 kg. dans les Rivières du Sud, soit 3.600 noix. D’après
FAMECHON[271], en Guinée française, « les noix produites par un arbre de
belle taille peuvent être vendues 30 fr. les mauvaises années et 60 fr.
les bonnes ». C’est donc un rendement moyen de 30 à 60 kg., soit 2.400 à
4.800 noix suivant les années. « Le poids moyen des graines, dit ce même
auteur, est de 80 au kg., soit 12 gr. 5 par unité. Leur valeur est de
250 à 400 pour 5 fr., à la côte, tandis qu’elle est déjà de 80 à 100
pour la même somme de 5 fr. à Siguiri et que le prix augmente à mesure
que l’on s’élève dans le nord.
« Je crois, ajoute-t-il qu’une plantation de Kolatiers serait d’un
rapport beaucoup plus sûr qu’une plantation de Caféiers, bien que les
arbres ne commencent à produire qu’à 8 ans ».
D’après M. POBÉGUIN[272], le rapport pour un arbre de belle taille peut
être évalué à 20 fr. pour les mauvaises années et à 40 à 50 fr. pour les
bonnes ; le chiffre donné plus haut est ainsi un peu réduit.
Plusieurs colons de Conakry nous ont raconté que les Kolatiers de la
région donnaient en moyenne une récolte de noix évaluée à 25 fr., soit
2.000 graines environ, et cela après la 15e année. Mais les indigènes
leur auraient assuré que les très gros arbres leur donnaient pour 60 fr.
de Kolas par an, soit 6.400 graines, et l’on montrait dans la ville de
Conakry, près des magasins du Service des Travaux publics, quelques
arbres qui, avant la fondation de la capitale de la Guinée, rapportaient
à l’heureux propriétaire la valeur d’un esclave, c’est-à-dire environ
150 fr. par an (12.000 graines, soit plus de 2.000 cabosses).
A Sierra-Léone, le rendement serait de 50 fr. par an, soit de 4.000
graines environ[273].
A la Côte d’Ivoire, d’après M. LAMBERT[274], un arbre peut donner 1.500
à 1.800 Kolas par récolte, ce qui fait 3.000 à 4.000 graines par an ; le
même auteur rapporte que le capitaine CONRAD a signalé des sujets
donnant jusqu’à 6.000 Kolas par an dans le pays des Ngans et le
commandant CHASLE porte ce chiffre, d’après des renseignements
indigènes, à 10.000 pour le district de Kokumbo dans le Baoulé.
D’après l’article déjà cité du Service de l’Agriculture de l’Afrique
occidentale, au Sankaran, on estime qu’un Kolatier donne trois ou quatre
charges de Kolas par an, ce qui, à 80 noix au kilogramme, représente de
7.000 à 10.000 noix, chiffre sans doute très exagéré.
Au Sobaneh, les évaluations sont moins fortes ; d’après les indigènes
toujours, un arbre donnerait au minimum 4.000 noix par an et il n’est
pas rare d’en récolter 6.000. Les Mendengués regardent comme une année
tout à fait mauvaise, celle où un Kolatier ordinaire ne rapporte que 5
francs ; en temps normal, il donne de 20 à 30 francs. Certains arbres
rapportent exceptionnellement jusqu’à 50 et 70 francs.
Un rapport de M. l’Administrateur du cercle de Dubréka (Guinée)
s’exprime, au sujet du rendement, de la façon suivante :
« Il est difficile de fixer d’une façon certaine le rendement annuel
d’un Kolatier, qui, pour diverses raisons échappant à l’observation,
soit en raison de son âge, soit en raison de la récolte, peut varier
d’une année à l’autre. Il est permis cependant de prendre comme
rendement moyen la somme de 50 fr. par arbre adulte, pour se maintenir
dans une juste limite et fournir un renseignement à peu près exact... ».
M. HAUET, dans un rapport analogue concernant le cercle du Rio-Pongo
pense que le rendement annuel d’un arbre peut être évalué à 15 ou 20
francs, « mais il est irrégulier : une année l’arbre produit beaucoup et
l’autre relativement peu ».
D’après O. WARBURG (Traité d’Agriculture tropicale de SEMLER, 2e éd.,
1897), à la Jamaïque on compte 500 à 600 fruits par cueillette et par
arbre, soit 45 à 50 kilogs de noix sèches ou environ le double comme
poids de noix fraîches. Dans le Moréah (Guinée française), ajoute le
même auteur, il y a des arbres qui produisent tous les ans jusqu’à 100
kilog. de noix fraîches, ce qui représente une valeur d’environ 425 fr.,
car cette noix est de qualité supérieure et se paie en conséquence[275].
Dans les Antilles, d’après SAUSSINE, on évalue le rendement, dans les
bonnes conditions, à 50 à 60 kilog. de noix sèches par arbre et par an,
ce qui correspond à 100 ou 150 kilog. de noix fraîches[276].
L’_Ombéné_ du Gabon produit, suivant BERTHELOT DU CHESNAY, 20 à 25
kilog. de noix fraîches par an.
Les mêmes assertions sont rapportées par DE WILDEMAN. SAUSSINE, WARBURG
et DE WILDEMAN ont vraisemblablement pris ces indications, sans citer la
source, dans HECKEL, auquel on doit en effet le renseignement suivant :
« M. FAUWCET, parlant de ses observations à la Jamaïque, dit (_Indische
Mercuur_, Amsterdam, 29 nov., 1890) :
« L’arbre à Kola se reproduit par les graines et commence à produire des
fruits à l’âge de 4 ou 5 ans.
« Il y a des arbres de Kola dans le Jardin botanique de Castleton qui
sont plantés là il y a plus de 50 ans et qui portent régulièrement des
fruits. Ces arbres doivent être plantés à une distance de 20 pieds l’un
de l’autre, ce qui fait un nombre de 108 arbres par acre. Ces arbres
atteignent une hauteur d’environ 40 pieds. Ceux de Castleton produisent
à chaque récolte 500 à 600 gousses. Si chaque gousse, en calculant sans
exagération, contient 4 graines et nous calculons par « quart », un
arbre de 800 gousses produira alors 50 quarts de noix par récolte, ce
qui fait 100 quarts par arbre pendant une année. Un quart de noix sèches
aura à peu près un poids de 1/4 de livre, ce qui donne 125 livres par
arbre ».
Et HECKEL ajoute : la production à la Jamaïque est donc comparable à
celle de la côte occidentale d’Afrique, ce qui n’a rien de surprenant,
les climats de ces deux régions étant comparables[277].
Nous ne sommes point surpris de voir quelques Kolatiers « âgés de plus
de 50 ans » et cultivés dans un Jardin botanique donner un rendement
aussi élevé, presque sextuple de ce que peut produire un Kolatier
normal. De tels faits s’observent pour les Cacaoyers plantés dans
certaines conditions, mais c’est à tort, croyons-nous, que HECKEL et
WARBURG ont généralisé ces observations.
On pourrait citer encore quantité d’autres auteurs qui ont attribué au
Kolatier un rendement très exagéré. M. BERNEGAU rapporte qu’à Agege (au
Togo) un arbre de 7 ans donne annuellement 50 marks de rente, c’est-à-
dire 3.500 noix, tandis qu’un Cacaoyer du même âge, exigeant plus de
soins et par suite plus de frais, a rapporté un mark[278].
L’erreur est d’autant plus flagrante que les Kolatiers ne fleurissent
pas ordinairement avant la dixième année.
Quant à l’évaluation du rendement du Cacaoyer, elle est au moins
risquée, puisque le Togo n’exportait pas encore de cacao dans ces
dernières années.
SAVARIAU donne pour le Dahomey, qui confine au Togo, des renseignements
beaucoup plus vraisemblables. Un arbre d’une vingtaine d’années planté
en terrain riche et suffisamment humide, donnerait une trentaine de
fruits composés de cinq follicules contenant chacun six ou sept noix en
moyenne, soit une moyenne de mille noix. Avec beaucoup d’optimisme,
SAVARIAU évalue ces noix à 0 fr. 075 pièce, ce qui ferait un revenu de
75 fr. par an. C’est peut-être la valeur locale lorsque les Kolatiers
existent en petit nombre dans une région, mais s’ils étaient nombreux,
en prenant le dizième de ce chiffre comme valeur réelle, on serait plus
près de la vérité.
Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il s’agit du _C. acuminata_.
Nulle part, au cours de nos voyages, nous n’avons constaté de rendements
aussi élevés et nous avons la conviction que tous ces auteurs se sont
influencés les uns les autres ou bien ont recueilli, sans les vérifier,
les assertions des indigènes, toujours sujets à caution en pareil cas.
Le Kolatier, en réalité, produit peu et très irrégulièrement. S’il
donnait toujours des rendements élevés, les planteurs de San-Thomé ou de
la Jamaïque auraient cherché à en tirer un plus grand parti depuis
longtemps.
Même en admettant que tout le Kola soit exporté à l’état de Kola sec qui
a beaucoup moins de valeur que la noix fraîche, un arbre fournissant 45
kilos de Kolas frais, soit 20 kilogs de Kola sec, valant en moyenne 0
fr. 30 à 0 fr. 40 la livre anglaise sur le marché de Liverpool,
rapporterait donc environ 12 à 15 francs par arbre. Or il faudrait 8 à
12 Cacaoyers pour fournir le même rendement annuel.
La consommation de Kola sec est déjà assez étendue, puisque le port de
Liverpool en reçoit environ 300 tonnes par an, valant environ 150.000 ou
180.000 fr., qui trouvent leur utilisation dans la fabrication de
nombreux produits pharmaceutiques. Si le rendement de 45 kilos de noix
fraiches était exact, les planteurs de Cacaoyers auraient donc beaucoup
plus d’intérêt à cultiver le Kolatier.
Cependant tous ceux que nous avons interrogés à San-Thomé sont unanimes
à déclarer qu’il n’en est rien et les faits que nous avons constatés
montrent qu’ils sont dans la vérité.
Aussi résumerons-nous notre manière de voir de la façon suivante :
1o Le rendement des Kolatiers est extrêmement irrégulier :
_a_) Dans une localité, certains pieds demeurent toute leur vie
rachitiques et c’est à peine s’ils produisent quelques cabosses chaque
année.
_b_) Certains arbres, mêmes vigoureux, sont constamment stériles. Ces
pieds produisent exclusivement des fleurs mâles.
_c_) D’autres arbres adultes et parfaitement constitués donnent peu de
fruits, soit par suite de la rareté des fleurs femelles, soit pour toute
autre cause encore indéterminée.
_d_) Enfin les pieds donnant une production normale se reposent
ordinairement une année sur deux : à une année pendant laquelle la
production a été élevée, succède souvent une année durant laquelle les
récoltes sont faibles.
La culture intensive perfectionnée des Kolatiers (et notamment la
sélection des graines et le greffage), aurait sans doute pour résultat
d’accroître et de régulariser la production, mais comme nous l’avons vu,
rien n’a été encore tenté dans ce sens.
2o Les cabosses étant répandues dans des parties de l’arbre, fort
éloignées les unes des autres, la cueillette est lente et difficile. De
plus, les fructifications arrivent successivement à maturité et souvent
à de longs intervalles. La cueillette de ces fruits serait donc des plus
dispendieuses si elle devait être faite par une main-d’œuvre aussi
coûteuse que celle qu’emploient les planteurs européens.
Dans les plantations de Caféiers et de Cacaoyers à San-Thomé, il existe
çà et là des Kolatiers de l’espèce _C. acuminata_ ; les colons portugais
n’en tirent aucun parti et les statistiques de l’île accusent
ordinairement une exportation annuelle de Kola séché qui s’élève
seulement à quelques centaines de francs.
A la Jamaïque, à Grenade et à la Trinidad, où les Kolatiers sont
également fréquents dans les plantations de Cacaoyers, les choses se
passent exactement de la même manière.
Plusieurs planteurs de San-Thomé nous ont assuré que les Kolatiers les
plus vigoureux ne pouvaient donner que quelques kilos de noix sèches par
an et le temps qu’il faudrait passer à récolter et préparer ces noix
sera, selon eux, plus rénumérateur si on le consacre à la culture du
Cacaoyer.
En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, le problème se pose
différemment, le Kolatier appartenant à une autre espèce et ses noix
pouvant se vendre à l’état frais ; mais là encore, il ne faut pas
compter sur les rendements merveilleux rapportés par divers auteurs
cités plus haut.
Il est possible que, certaines années, un Kolatier adulte et isolé,
cultivé au milieu d’un village, dans un terrain riche en humus, arrive à
produire quelques milliers de noix, mais de telles récoltes dans l’état
actuel nous semblent très exceptionnelles et si, dans une plantation
régulière, on arrive à récolter en moyenne 1.000 noix par arbre adulte
et par an, on devra s’estimer très heureux.
Pour notre part, nous n’avons jamais compté plus de 50 fruits à la fois
sur un arbre et souvent il n’y avait que 10 à 20 fructifications
simultanément.
En admettant que chaque fruit contienne en moyenne 3 follicules
renfermant chacun 5 graines, on arriverait pour un arbre portant 50
fruits à un rendement de 750 noix par an dont le poids, à la Guinée,
équivaut à 9 k. 375 environ.
Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches nous paraît donc être le
maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_,
_cultivé dans les meilleures conditions_[279]. Plus fréquemment la
récolte s’élèvera à la moitié de ce poids à peine. Les Kolatiers vivant
à l’état sauvage dans l’intérieur de la forêt de la Côte d’Ivoire
fournissent des rendements encore beaucoup plus faibles.
Les constatations que nous avons faites au cours de nos voyages sont
donc en contradiction avec la plupart des indications rapportées plus
haut. Dans les pays où le climat est le plus approprié et dans la saison
la plus favorable, il est très rare de voir des Kolatiers _couverts de
fruits_ ; les arbres portant 20 à 50 groupes de carpelles sont les plus
communs ; enfin d’assez nombreux individus ne portent que quelques rares
fruits ou sont mêmes stériles. Nous ne pensons pas qu’on puisse compter
dans l’état actuel sur un rendement moyen par arbre et par an de plus de
30 groupes de carpelles comprenant chacun 3 à 4 cabosses de 5 noix, soit
600 noix par arbre adulte ou 5 à 8 kilog. de noix fraîches.
C’est la proportion moyenne que nous avons observée à Conakry, à Grand-
Bassam et à Aburi.
Au Kissi, on voit très exceptionnellement des Kolatiers donner certaines
années une charge, c’est-à-dire environ 2.000 noix de Kolas, mais
l’arbre se repose l’année suivante. J’ai eu dans cette région un
interprète intelligent et à la bonne foi duquel on pouvait se fier, près
duquel j’ai recueilli les indications suivantes :
Il possédait à Kissidougou 5 Kolatiers lui appartenant personnellement
et qui lui avaient fourni au total, pour la récolte de 1908-1909, 850
noix.
L’année précédente, les mêmes arbres avaient produit 1.500 noix. Le même
interprète affirmait qu’un Kolatier adulte et en bon état, c’est-à-dire
âgé de 25 à 30 ans, produisait au Kissi environ 400 noix par an que l’on
pouvait vendre de 5 fr. à 10 fr., suivant la saison.
Cependant il survient des années pendant lesquelles on ne récolte
presque pas de noix. Les années pluvieuses seraient les plus favorables,
surtout si les pluies sont précoces.
=III. — NOMBRE DES RÉCOLTES ANNUELLES.=
Mais, objectera-t-on, on peut faire plusieurs récoltes par an ? On
trouve en effet cette affirmation dans presque toutes les études
traitant du Kolatier, mais elle ne résiste pas à l’observation. Pour
cette question, comme pour le rendement, les auteurs se sont copiés les
uns les autres.
On sait que, dans les régions où ils trouvent réalisés les conditions
climatériques qui leur conviennent, les Kolatiers sont en fleurs presque
toute l’année, mais, dans la zône tropicale nord, la floraison est
particulièrement abondante en mars, avril et mai, au début de la saison
des pluies. A cette floraison succède une fructification plus ou moins
riche. Pendant la saison des pluies, les jeunes fruits s’accroissent,
mais il est rare de trouver des follicules développés en cette saison ;
ils ne parviennent à complète maturité qu’après la mousson d’automne.
Au Kissi, les arbres, fleurissant en mars et avril, ont leurs fruits
mûrs en novembre et décembre, c’est-à-dire 7 à 8 mois après la
floraison. La maturité de tous les fruits d’un arbre s’échelonne
ordinairement sur une période de 2 ou 3 mois, comme chez le Cacaoyer et,
en dehors de cette saison, il n’y a plus que de rares cabosses arrivant
à complet développement.
A la Côte d’Ivoire, la principale période de maturation des fruits va du
15 octobre au 15 janvier. Quelques follicules mûrissent un peu avant et
un peu après, mais cela est toujours exceptionnel. De même, dans la
période allant de février à juin, le Kolatier ne fournit presque aucune
cabosse adulte, mais certaines fleurs femelles peuvent encore produire
quelques follicules qui mûrissent en juin et juillet. Toutefois, cette
récolte est généralement très maigre, ainsi que nous l’avons constaté à
la Côte d’Ivoire et, dans la plupart des régions de cette colonie, on ne
trouve que très peu de cabosses mûres à cette époque.
Suivant HECKEL, en Guinée française « la floraison de juin porte ses
gousses en octobre et novembre, celle de novembre et décembre aux mois
de mai et juin »[280].
D’après l’auteur anonyme de l’étude sur le Kolatier en Guinée française,
que nous avons déjà plusieurs fois citée, « la récolte se fait
ordinairement à la fin de l’hivernage, de novembre à décembre ; elle est
surtout abondante pendant ce dernier mois. Les Kolas se vendent alors
sur toute la côte, à raison de 5 francs les 300 ou les 400 suivant la
grosseur et l’année ; le prix est le même en pays Tôma. En fin de
saison, au début de l’hivernage, on peut encore recueillir quelques
Kolas ; mais ils sont petits et, pour 5 francs, on n’en donne plus que
150 et même 100, en juillet et août[281].
Un rapport du 11 septembre 1907 de l’administrateur du Cercle de Dubréka
nous informe aussi que le Kolatier donne deux récoltes par an. La
première, généralement très belle et très abondante avec de grosses
noix, a lieu en décembre ; l’autre, très médiocre, donnant de petites
noix, a lieu en juillet. Un autre rapport officiel du Cercle de Beyla ne
mentionne qu’une seule récolte au commencement de la saison des pluies.
Ces divers renseignements, concernant la Guinée française, sont donc
contradictoires.
Au Dahomey, écrit SAVARIAU, « chaque arbre (il s’agit du _C. acuminata_
à 3-5 cotylédons), donne deux récoltes par an ; la première a lieu de
mars à mai, la seconde de septembre à novembre. Les vieux arbres ne se
comportent plus de la même façon : d’après les indigènes, ils
donneraient une récolte seulement tous les deux ou trois ans. »[282].
BERNEGAU rapporte qu’à Agege (Togo) les arbres portent dès l’âge de six
à sept ans et donnent deux récoltes par an : la plus forte, de septembre
à janvier ; la seconde, plus faible, de mai à juillet.
Dans les Cercles de Kouroussa et Kankan (Haute-Guinée), nous avons
remarqué des Kolatiers qui portaient des fruits mûrs en février et mars,
mais ils en restaient privés tout le reste de l’année.
Dans la zone tropicale australe, les choses se passent différemment.
A l’île de San-Thomé, les pieds de _Cola acuminata_, dispersés à travers
les plantations, donnent habituellement leurs fruits soit en août, soit
en janvier, mais nous avons vu certains individus qui portaient, en
septembre, des fruits complètement mûrs et qui n’en portaient même pas
d’autres. De même dans la forêt vierge qui se trouve au-dessus de Monte-
Café, nous avons vu, en août, le sol tout jonché de fruits là où vit
l’espèce sauvage _C. sphærocarpa_. Les mois d’août et septembre sont
donc l’époque de la pleine maturation.
Pour le Gabon, HECKEL cite le renseignement de GOUJON, d’après lequel
« l’Ombéné (c’est aussi le _Cola acuminata_) mûrit ses fruits à
l’approche de la petite saison sèche (janvier-février). Sa principale
récolte dure 3 ou 4 mois, mais les indigènes en apportent à Libreville
toute l’année, par très petites quantités, il est vrai »[283].
D’après un autre observateur, le Kolatier fournit deux récoltes au
Gabon : l’une en février et l’autre en octobre.
Sur les bords du fleuve Congo, près de l’Equateur, nous avons vu des
Kolatiers de l’espèce _C. Ballayi_ qui portaient beaucoup de fruits mûrs
au mois d’août.
Il se produit, croyons-nous, pour le Kolatier, ce qui arrive pour la
plupart des essences forestières tropicales. La majorité des arbres
d’une même espèce fructifie une seule fois par an, en une saison bien
déterminée, mais certains individus de cette espèce, pour des causes
encore mal déterminées, entrent en végétation certaines années avant ou
après la période normale, de sorte que leur fructification est reportée
à une saison toute différente de celle où s’effectue habituellement la
maturation des fruits de cette espèce. De telles aberrations de
végétation sont extrêmement fréquentes chez les arbres qui peuplent la
forêt vierge tropicale. Nous avons constaté que cette anomalie s’observe
souvent chez le Kolatier ; mais, indépendamment, certaines espèces de la
section _Autocola_ peuvent arriver, comme le Cacaoyer, à mûrir quelques
fruits pendant toute l’année ; il n’en est pas moins vrai qu’il n’y a
qu’une seule saison par an, pour chaque région, pendant laquelle la
plupart des fruits arrivent à maturité.
=IV. — DURÉE DES KOLATIERS.=
Dans les terrains favorables, les Kolatiers peuvent vivre jusqu’à un âge
extrêmement avancé.
D’après les renseignements recueillis par M. HAUET, dans le Rio-Pongo
les Kolatiers durent de 60 à 70 ans. Ils peuvent aussi atteindre 100 ans
et même un âge plus avancé.
Dans le Haut-Cavally, suivant le capitaine LAURENT, l’arbre vit très
vieux, sans jamais atteindre une grande taille.
Enfin, SAVARIAU rapporte que le _Cola acuminata_, au dire des indigènes
du Bas-Dahomey, vivrait à peu près autant que quatre générations
humaines, ce qui représenterait approximativement 120 ans.
D’après ces indications, on peut penser que les Kolatiers sont en pleine
production de 25 à 75 ans.
* * * * *
[Note 269 : HECKEL. — _Loc. cit._, 1893, p. 48.]
[Note 270 : WARBURG. — _Rev. cult. col._, 1902, 1er sem., p. 272.]
[Note 271 : FAMECHON. — Notice sur la Guinée française. _Exp. univ.
1900_, p. 100-102.]
[Note 272 : POBÉGUIN. — Flore de la Guinée, p. 77.]
[Note 273 : E. DE WILDEMAN. — Loc. cit., p. 287.]
[Note 274 : LAMBERT. — La Côte d’Ivoire, 1906, p. 731.]
[Note 275 : O. WARBURG. — L. c. et trad. _Rev. cult. colon._, I, 1897.]
[Note 276 : SAUSSINE. — _Rev. cult. colon._, loc. cit.]
[Note 277 : HECKEL. — L. c., 1893, p. 48.]
[Note 278 : Voir E. DE WILDEMAN, l. c., p. 293.]
[Note 279 : De telle sorte qu’en supposant une plantation de 100 pieds
environ à l’hectare, le rendement serait d’environ 1.000 kilogs en
moyenne, soit 1.000 francs par an, mais cela seulement à partir de la
15e ou de la 20e année.
Le chiffre de 2 tonnes à l’acre (ou 5 tonnes à l’hectare), qui nous a
été donné par l’administration de Sierra-Léone, nous semble très
exagéré.]
[Note 280 : HECKEL. — Loc. cit., p. 48.]
[Note 281 : _Agr. Pays Chauds_, 1907, 1er sem., p. 407.]
[Note 282 : SAVARIAU. — _Agr. pr. Pays Chauds_, 1906, 1er sem., p. 213.]
[Note 283 : HECKEL. — Loc. cit., p. 37.]
CHAPITRE XVI.
* * * * *
=Ennemis et maladies du Kolatier et des noix de Kola.=
* * * * *
=ANIMAUX.=
La jeune plante, aussitôt après sa germination, paraît avoir peu à
souffrir des insectes et des limaces.
M. FAMECHON nous a fait connaître qu’à Conakry un ver (larve de quelque
insecte indéterminé) dévore souvent le bourgeon terminal des
germinations, parfois même avant que les premières feuilles soient
épanouies. De nouvelles pousses repartent ordinairement, mais la
croissance est retardée.
Mais un autre grand danger menace les jeunes arbres : c’est la dent des
herbivores. En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, les animaux
domestiques : bœufs, chèvres, moutons, broutent avec avidité les pousses
de la plante qui nous intéresse. Les cochons sauvages (phacochères)
déterrent même, dit-on, les racines du Kolatier jeune pour s’en nourrir.
Ailleurs, ce sont les antilopes du genre _Cephalophus_ qui dévorent les
parties aériennes des Kolatiers récemment semés.
A un âge plus avancé, d’autres animaux s’attaquent à la précieuse
plante.
Les Rats palmistes (_Sciurus_) sont friands des graines et en font une
grande consommation[284]. Les Singes, communs dans la forêt, n’y
touchent ordinairement pas.
En 1905, à Faranna, les _sauterelles_ avaient dévoré les feuilles des
jeunes Kolatiers qui ne portaient plus qu’une dentelle de nervilles.
Lorsque l’arbre fleurit, divers insectes s’attaquent aux organes de la
reproduction. L’arbre est d’autant plus visité que les moindres
accidents dans les tissus jeunes déterminent d’abondantes extravasions
de sève très chargée de substance mucilagineuse.
A côté des insectes utiles qui facilitent la fécondation croisée[285] en
transportant le pollen d’un arbre à l’autre, il en est d’autres qui
interviennent pour commettre des déprédations dans les fleurs, notamment
plusieurs espèces de fourmis attirées peut-être par des pucerons vivant
souvent sur les axes des inflorescences.
Les fourmis déterminent aussi des lésions à la surface des carpelles :
les unes sont attirées par les pucerons ou les coccides qui pullulent
parfois sur certains rameaux ou certains groupes de fruits et nuisent à
leur croissance ; les autres viennent pour se nourrir de mucilage et de
sucre qui existent dans la paroi carpellaire peu de temps avant la
maturation. Il n’est pas rare de voir les carpelles, parvenus à leur
maturité, percés ainsi d’un grand nombre de galeries qui pénètrent
jusqu’à la cavité ovarienne et d’où découle, à l’extérieur, un abondant
mucilage. Ces déprédations seraient sans importance, car les fourmis ne
s’attaquent jamais à l’amande du Kola ; mais c’est vraisemblablement par
les perforations ainsi pratiquées dans le péricarpe que s’introduit le
_Sangara_ dont nous parlerons plus loin.
La fourmi rousse (_Œcophylla smaragdina_ Fab.) de l’Afrique tropicale
vit fréquemment sur les diverses espèces de Kolatiers ; elle se
construit un abri en agglutinant les bords des feuilles vivantes
rapprochées qui restent attachées sur leurs branches et continuent à
vivre. Nous ne pensons pas que cet insecte soit nuisible aux arbres sur
lesquels il habite.
Les termites occasionnent, par contre, de grands ravages quand ils
s’attaquent aux jeunes sujets qu’ils peuvent faire mourir et dont ils
retardent au moins la croissance. Ils sont surtout redoutables pour les
plants transplantés en saison sèche.
_Borers._ — Les jeunes troncs et les rameaux des Kolatiers sont parfois
perforés par des larves d’insectes perceurs (_borers_ des colons
anglais).
[Illustration : FIG. 39. — _Phosphorus Jansoni_ Thoms., var. du Dahomey.
Grossi une fois et demie.]
Tous les borers du Kolatier n’ont pas encore été étudiés. Ce sont
vraisemblablement, pour la plupart, des insectes appartenant à des
espèces identiques à celles qui attaquent les Cacaoyers dans l’Ouest
africain. Nous leur avons consacré un paragraphe dans le Fascicule IV,
p. 159, des _Végétaux utiles_, et nous avons indiqué les moyens
préconisés pour les détruire.
Nous devons, toutefois, attirer l’attention sur l’un de ces insectes qui
n’avait pas encore été signalé comme commettant des déprédations dans
les plantations tropicales.
En 1910, nous constations que la plupart des Kolatiers de l’espèce _Cola
nitida_, âgés de 5 ou 6 ans et cultivés dans le Jardin d’essai de Porto-
Novo (Dahomey), présentaient dans le tronc et dans certains rameaux
vivants des galeries larges et profondes. Beaucoup de branches ainsi
atteintes s’étaient complètement desséchées. M. C. NOURY, directeur du
Jardin, voulut bien rechercher l’insecte coupable, et nous communiqua un
exemplaire adulte. Cet insecte a été étudié par M. P. LESNE, assistant
au Muséum de Paris ; il se rapproche du _Phosphorus Jansoni_ Thomson et
n’en serait qu’une race dahoméenne (Fig. 39). C’est un Coléoptère de la
famille des Cérambycides et de la tribu des Lamiaires.
L’espèce, connue depuis Sierra-Léone jusqu’au Cameroun, est polymorphe.
La forme du Dahomey présente, d’après M. P. LESNE, les caractères
suivants :
Longueur 28 mm. à 32 mm. Corps presque cylindrique, couvert d’une
pubescence d’un jaune terre de Sienne avec des reliefs d’un noir
brillant sur le prothorax, deux taches à la base de chaque élytre et une
autre tache de même couleur en forme de [Symbole : y] sur la partie
postérieure du disque de chaque élytre. Milieu des segments abdominaux
d’un noir brillant. Pattes et antennes cendrées. Ces dernières sont
minces et longues surtout chez le mâle où elles dépassent la longueur du
corps, tandis que, chez la femelle, elles n’atteignent pas l’extrémité
des élytres.
Les dégâts causés par le _Phosphorus Jansoni_ à Porto-Novo sont très
sérieux. Le seul moyen d’empêcher l’extension des ravages est de couper
et brûler les rameaux atteints. Les _Cola acuminata_ vivant dans les
environs sont beaucoup moins atteints.
Le plus redoutable insecte pour les noix de Kola et celui qui cause les
plus grands préjudices aux dioulas transportant cette précieuse amande à
travers le Soudan est certainement le _Balanogastris Kolæ_ (Desbr.)
Faust = _Balaninus Kolæ_ Desbr., petit coléoptère de la famille des
Curculionides.
C’est seulement en 1895 que cet insecte fut découvert par M. J. PEREZ,
professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, dans un lot de noix de
Kola importées de l’Afrique occidentale par un droguiste de Bordeaux
(Fig. 40).
L’insecte adulte communiqué à M. J. DESBROCHERS DES LOGES, fut décrit la
même année dans le _Bulletin des séances de la Société entomologique de
France_, 1895, p. CLXXVI (Séance du 27 mars 1895).
Nous en reproduisons la description originale :
« =Balaninus kolæ=, n. sp. — Long. 4 mill. (rostro excluso) ; lat. 2
mill. — _Ovatus, rufo-ferrugineus, squamulis paucis flavescentibus vage
variegatus, rostro valido, curvato, thorace vix longiore, concolore,
antennis articulis 2-primis parum elongatis, obconicis, cæteris
subtransversis, thorace subconico, creberrime fortiter punctato, medio
carinato, elytris punctato subselcatis, interstitiis planis, crebre
punctatis, femoribus omnibus valide dentatis, apice infuscatis, tibiis
latioribus compressis, curvatis._ — Sénégal.
[Illustration : FIG. 40. — Le Charançon de la Noix de Kola
(_Balanogastris Kolæ_ Desbr.)
Adulte vu de dos et de profil, grossi 6 fois.]
« Coloration, taille et forme générale de _B. cerasorum_ Herbst et de
_B. rubidus_ Gyll. Le rostre est bien moins grêle et plus court que chez
le premier, la ponctuation du prothorax et des élytres plus forte que
chez les deux espèces, et la squamosité ne forme pas, sur les élytres,
de bandes ondulées. Les antennes, chez _B. cerasorum_ et _B. rubidus_,
ont les premiers articles du funicule très longs, les derniers même
aussi longs que larges. Le prothorax, chez _B. Kolæ_, est légèrement
sinué dans son milieu latéral. La dent des cuisses en triangle
subéquilatéral, à son côté interne aussi long que l’épaisseur du reste
de la cuisse.
« Le mâle m’a semblé à peine différent de l’autre sexe, par le rostre un
peu moins long et par les strioles et la ponctuation du dessus plus
étendue postérieurement.
« Cette espèce a été trouvée dans des noix de Kola, chez un droguiste de
Bordeaux, par M. J. PÉREZ, professeur à la Faculté des sciences de cette
ville, qui a bien voulu m’en communiquer plusieurs exemplaires ».
En même temps, M. J. PÉREZ publiait les renseignements suivants sur la
biologie de l’insecte[286] :
« — _Note sur un Curculionide_ (Balaninus Kolæ _Desbr._) _trouvé dans
des fruits de Kola_, par J. PÉREZ (de Bordeaux) :
« Deux fruits de Kola seulement, sur un grand nombre qui furent
examinés, contenaient le Charançon dont M. DESBROCHERS DES LOGES a bien
voulu donner la diagnose.
« On sait qu’un fruit de Kola se compose de quatre amandes
irrégulièrement pyramidales, à face extérieure convexe, les deux autres,
par lesquelles elles sont accolées, étant à peu près planes.
[Illustration : FIG. 41. — Larve du _Balanogastris Kolæ_ Desbr.
Vue de profil et de dessous, grossie 6 fois.]
« C’est vers la partie centrale du fruit qu’étaient logés les
Curculionides, parfaitement développés, bien qu’un peu immatures,
quelques-uns du moins. Les cavités où ils s’étaient métamorphosés
n’étaient, en général, séparées de la surface des noix que par une mince
cloison ; un petit nombre seulement se trouvaient reculées dans une
partie plus ou moins profonde des galeries creusées par les larves,
élargies en ce point en une logette ovalaire. Toute le reste de la
galerie était obstrué par les déjections des larves fortement tassées.
« En sculptant ces déjections fort dures, opération qu’un peu d’eau
rendait plus aisée, il était facile de dégager entièrement les galeries,
et l’on se rendait ainsi compte de leur forme et de leur parcours. La
partie la plus large, celle qui correspondait au dernier âge de la
larve, se trouvait non loin de l’arête axiale commune aux deux faces
planes de la noix. En se rétrécissant, la galerie mène à son origine,
sur la face convexe extérieure. Son trajet, tout à fait irrégulier et
sinueux, présente cependant ce caractère constant, que sa terminaison,
interne par rapport à l’axe du fruit, est toujours placée plus bas que
son origine extérieure. La larve, en creusant sa galerie, tend donc
toujours à avancer dans une direction générale, oblique de haut en bas
et de dehors en dedans. Souvent la galerie atteint la surface plane et
l’absorbe, entamant légèrement la face accolée de l’amande juxtaposée.
Je n’ai pas vu qu’elle passe d’une amande à l’autre.
« L’origine de chaque galerie est une petite ponctuation de la surface
extérieure, large d’un demi-millimètre ou un peu plus, ombiliquée,
souvent creusée à son centre. C’est le trou par lequel fut introduit
l’œuf, et qu’avait pratiqué la mère à l’aide de son rostre, comme font
nos espèces européennes.
« Ces trous de ponte sont assez nombreux à la surface convexe de la
noix, jusqu’à 10 à 12 parfois, distribués sans aucun ordre, du sommet
vers le milieu, qu’ils ne dépassent guère. Beaucoup d’œufs doivent
avorter, car, dans les noix examinées, le nombre des galeries était bien
loin de correspondre à celui des trous de ponte.
« Le Charançon, pour éclore, a sans doute besoin d’attendre la
séparation naturelle des quatre amandes, puisque la cellule où on le
trouve n’est, en général, séparée de la surface plane que par une mince
épaisseur de la substance de l’amande respectée, soit par les déjections
entassées dans la galerie ».
[Illustration : FIG. 42. — Nymphe du _Balanogastris Kolæ_ Desbr.
Vue de dessus, de profil et de dessous, grossie 6 fois.]
En 1898, M. P. LESNE, assistant au Muséum, complétait les renseignements
fournis par M. J. DESBROCHERS DES LOGES, en décrivant avec beaucoup de
détails la larve (Fig. 41) et la nymphe (Fig. 42) du charançon de la
noix de Kola[287].
A la même époque, un entomologiste russe, M. J. FAUST, montrait que
l’insecte en question n’était pas un _Balaninus_ et il en faisait le
type du genre nouveau _Balanogastris_[288].
Les belles figures, qui accompagnent la note de M. LESNE et qu’il a bien
voulu nous autoriser à reproduire, nous dispenseront de nous étendre
longuement sur les descriptions.
La larve mesure 6 mm. environ de longueur. Le corps présente l’aspect
habituel des larves de curculionides, épais, assez court, courbé en
croissant, atténué aux deux extrémités, blanchâtre, charnu, à
l’exception de la tête qui forme une capsule chitineuse testacée ;
mandibules brunes. Tête plus longue que large avec la région buccale en
saillie. Corps composé de 12 segments.
Une grande partie de la surface du tégument est garnie de très petites
spinules chitineuses dirigées en arrière et destinées à fournir des
points d’appui pendant le forage et la progression.
Des soies tactiles peu développées existent aussi sur les différentes
parties du corps.
Quant à la nymphe, elle a le corps atténué en avant et en arrière,
blanchâtre, à tégument membraneux.
Nous pouvons donner quelques renseignements complémentaires sur cet
insecte, renseignements recueillis au cours de nos voyages.
Il vit dans les amandes des différentes espèces de _Cola_ de la section
_Eucola_. Il est commun sur le _Cola nitida_ en Guinée française. Chose
curieuse, il ne se trouve pas partout, mais par certains groupes de
villages formant des îlots et les indigènes le savent bien, car les
Kolas provenant des villages non contaminés sont cotés à un prix plus
élevé. Le ver devient plus fréquent en Guinée depuis quelques années,
les Kolas du Koba, jadis inattaqués, le sont aujourd’hui. M. BERNEGAU
l’a observé au Togo et au Cameroun, sur le _Cola acuminata_. Nous
l’avons rencontré nous-même à l’île de San-Thomé sur le _Cola
acuminata_. Il vit dans les fruits adhérents à l’arbre, non ouverts,
mais cependant presque mûrs.
A l’intérieur de ces follicules on trouve parfois un grand nombre de
femelles adultes qui viennent y faire leurs pontes.
Nous ne pensons pas que ces insectes puissent perforer le péricarpe
épais du fruit, mais ils pénètrent par les galeries que creusent
fréquemment les fourmis pour aller chercher le mucilage extravasé de la
paroi du fruit par les moindres lésions.
La ponte s’effectue en dedans du tégument séminal, sur la paroi même de
l’embryon. Nous avons vu à San-Thomé des follicules non encore ouverts,
renfermant des noix dont les cotylédons étaient déjà creusées de
galeries profondes dans lesquelles on rencontrait des larves
complètement développées et même des nymphes.
Le charançon de la noix de Kola est connu et redouté des indigènes.
Les Soussous le nomment _Sangara_ ou _Sangaran_. D’après un
correspondant de M. HECKEL, on le nommerait _Tembouc_ en Mellacorée.
Enfin, d’après M. LAMBERT, les Dioulas de la Côte d’Ivoire le nomment
_Sambara_ et les Achantis _Koutia_.
Dans les pays que nous avons visités, le ver en question porte les noms
suivants :
_Sangara_ (en bambara), _Sangouara_ (en konianké), _Dérouda Kolo_ (en
kissien), _Kouakoua_ (en langue des Ngans).
M. J. SURCOUF, en examinant de nombreuses larves vivantes dans des
amandes provenant de Guinée, en a observé qui étaient parasitées par un
très petit hyménoptère. « Il y a lieu d’espérer, ajoute cet
entomologiste, que ce parasite se développera à son tour et établira un
équilibre entre l’hôte et le parasite, comme cela se produit fréquemment
dans la nature. En outre, il serait bon de recueillir les premières noix
tombées et de les détruire ; ce sont celles qui contiennent les
parasites qui se reproduisent. Il y aurait lieu aussi de surveiller les
paniers de séchage pour s’assurer que les _Balanogastris Kolæ_ n’y
viennent pas pondre ; dans ce cas, il suffirait de recouvrir d’une gaze
quelconque les paniers pour les préserver de la contamination[289] ».
Les noix attaquées sont irrémédiablement perdues. Le mieux est de les
trier soigneusement et de les brûler. M. P. LESNE et le regretté Joanny
MARTIN, préparateur au Muséum, avaient proposé de détruire les larves en
les asphyxiant par le gaz d’éclairage, mais, outre que ce procédé n’est
pas applicable aux colonies, il n’a pas sa raison d’être, puisque, nous
le répétons, les noix attaquées sont sans valeur. En outre, le gaz
d’éclairage ne tue sans doute pas les œufs et l’éclosion de ceux-ci peut
amener de nouvelles invasions dans les ballots de noix transportés par
les indigènes. Nous reproduisons cependant, à titre documentaire,
quelques passages de la note de P. LESNE et J. MARTIN.
P. LESNE et JOANNY MARTIN. — =Note sur quelques essais en vue de la
destruction du Charançon de la noix de Kola= (_Balanogastris Kolæ_
Desbr.)[290].
« Les noix fraîches attaquées par le _Balanogastris_ sont généralement
très faciles à reconnaître. Presque toujours, en effet, les galeries
creusées par les larves dans l’épaisseur du parenchyme se rapprochent de
la surface de l’amande sur une portion plus ou moins étendue de leur
parcours. En cette portion superficielle, elles ne sont guère séparées
de l’extérieur que par le tégument de la graine qui se dessèche, durcit
et prend, en ces points, une coloration brune tranchant sur sa couleur
normale rose lie-de-vin ou blanc-jaunâtre[291]. La largeur de ces taches
brunes, plus ou moins allongées, sinueuses et souvent ramifiées, est
d’environ 2 millimètres. Elles sont quelquefois assez nombreuses, car il
arrive que deux ou trois larves cohabitent dans la même noix[292].
« Nous citerons très brièvement les premiers essais : séjour des noix
dans une atmosphère de vapeur de sulfure de carbone pendant deux ou
trois jours, traitement parfaitement efficace quant à la destruction des
insectes, mais altérant les noix, les durcissant en leur donnant une
teinte brun terreux sale. Mêmes résultats obtenus en un espace de temps
très court avec la vapeur de chloroforme.
« Des essais plus intéressants furent ceux tentés en faisant agir le gaz
d’éclairage.
« Des noix attaquées furent disposées sous une cloche dont l’atmosphère
pouvait être raréfiée à l’aide d’une trompe à eau. Un robinet à trois
voies permettait de la mettre en communication, soit avec le gaz, soit
avec la trompe...
« Au sortir de la cloche, les noix traitées, bien que légèrement
brunies, avaient conservé leur fraîcheur et n’avaient pas ou à peine
durci. Leur saveur n’était pas altérée. Malheureusement nous ne
trouvâmes qu’une seule larve dans ces noix attaquées. Cette larve était
raidie et comme engourdie, et, le lendemain, elle entrait déjà en
décomposition.
« Ce dernier essai, nous le répétons, n’est pas suffisamment concluant,
mais il montre la profonde différence qui existe entre l’action du gaz
d’éclairage et celle de la vapeur du sulfure de carbone ou de
chloroforme sur certaines graines vivantes. »
C’est sans doute en vue d’éliminer les noix déjà attaquées par le
_Sangara_ que les colporteurs indigènes ouvrent si fréquemment leurs
paniers de Kolas et en passent l’inspection. Il suffirait d’une noix
envahie pour perdre toute la charge, car l’insecte évolue très
rapidement, et plusieurs générations peuvent se succéder dans les mêmes
amandes.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
336 _bis_.
FIG. 43. — =Un Orofira.=
_Clinogyne Schweinfurthiana_ K. Schum.]
Divers moyens préventifs sont usités par les indigènes pour soustraire
les Kolas aux ravages du _Balanogastris Kolæ_. Rappelons d’abord qu’au
dire des dioulas certaines variétés de noix ne sont jamais attaquées. Ce
serait, par exemple, le cas des graines provenant de certains villages
du Samo (Guinée française). Les coussins de feuilles formant des lits
épais soigneusement imbriqués les uns sur les autres servent non
seulement à empêcher la dessication des Kolas, mais ils ont aussi
probablement la propriété d’arrêter les _Balanogastris_ qui seraient
tentés de venir effectuer leurs pontes à l’intérieur des ballots.
En Guinée française et dans la Haute Côte d’Ivoire, on lave toujours les
Kolas à l’eau de savon de Marseille avant de les emballer : ce lavage
aurait pour but de soustraire les noix ainsi traitées à l’invasion du
_Sangara_.
Plusieurs dioulas nous ont assuré que ce moyen n’était pas suffisant, à
moins qu’on emploie, au lieu du savon des Blancs (savon de Marseille),
le savon indigène obtenu à l’aide de cendres et de graisse de Kobi
(diverses espèces du genre _Carapa_).
On obtiendrait le même résultat en lavant les Kolas avec la macération
d’une plante encore inconnue.
HECKEL cite, en effet, les renseignements obtenus par un administrateur
colonial qui rapporte que les indigènes du Samo lavent l’amande, au
moment où elle vient d’être cueillie, avec une eau chargée, par
macération, des principes d’une plante dont ils utilisent la racine
pilée fraîche. Les Kolas pourraient se conserver ensuite toute une
année[293].
Enfin, chez les Ngans de la Côte d’Ivoire, pour soustraire les noix de
Kola aux ravages du charançon, on attache les paquets de noix dans des
cases enfumées constamment. L’insecte ne vient point faire de pontes
dans ces ballots que l’on peut conserver ainsi un mois ou deux avant de
les transporter au Soudan.
Au Gabon, on enterre parfois dans des termitières les grains du _Cola
Ballayi_ et du _C. acuminata_ et c’est sans doute aussi pour les
soustraire aux piqûres du _Balanogastris_. Il est certain qu’un
charençon qui s’aventurerait dans une termitière serait vite mis en
pièces. Mais ce moyen de conservation, qui peut à la rigueur être
employé sur place par les indigènes, ne saurait convenir pour la
conservation des Kolas destinés au commerce. Le jour où l’exportation
des Kolas frais vers l’Europe prendrait une grande extension, il serait
de toute nécessité de stériliser ces graines par un procédé aussi peu
onéreux que possible et qui n’altère pas les amandes.
On a signalé aussi que M. BOUVIER, professeur au Muséum, avait constaté
que d’autres insectes appartenant au groupe des _teignes_ attaquaient
aussi les noix de Kola, mais à notre connaissance aucune étude n’a été
publiée à ce sujet[294].
=VÉGÉTAUX.=
Plusieurs espèces de _Loranthus_ s’implantent fréquemment sur les
Kolatiers et à la longue ils épuisent les branches-support à la manière
du gui qui fait dépérir les pommiers. Ces _Loranthus_ ne sont pas
seulement communs dans la forêt, on les trouve aussi dans les
plantations autour des villages et les administrateurs de cercles
agiront sagement en les faisant détruire par les indigènes.
Dans la forêt et même à sa lisière, les arbres sont aussi gênés par les
épiphytes. Au cours de sa mémorable expédition botanique, WELWITSCH
avait déjà noté que les troncs de Kolatiers sont fréquemment envahis par
des lichens, des mousses, des orchidées et même par une cactée épiphyte,
le _Rhipsalis Cassytha_ Gærtn.
Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, on trouve ces mêmes plantes, ainsi
que des aroïdées et de nombreuses fougères en plus.
Ces plantes sont très nuisibles, cependant on ne les enlève jamais.
Dans les parties boisées de la haute Guinée et de la haute Côte
d’Ivoire, on observe sur les Kolatiers, outre la chevelure épaisse des
mousses et des lichens, les touffes ou les rhizomes grimpants de
plusieurs espèces de fougères, principalement des _Asplenium_, des
Polypodiacées (_Polypodium lycopodioides_ L. _P. phymatodes_ L., _P.
irioides_ Lamk.). Les grosses mottes formées par les _Platycerium
Stemmaria_ (P. Beauv.) Desv. et _P. angolense_ Welw., pesant parfois
plus de 10 kilog. et servant de refuge à de nombreux insectes, sont
surtout dangereuses.
De nombreuses orchidées épiphytes, notamment des _Angræcum_, des
_Listrostachys_, l’_Eulophia lurida_ Lindl., sont aussi au nombre des
espèces supportées par les Kolatiers en Afrique occidentale. Ajoutons
enfin à cette liste : un _Rhipsalis_, un _Peperomia_, assez fréquent au
Kissi, et de nombreuses espèces d’Aroïdées grimpantes. Enfin les
branches du Kolatier supportent parfois les rameaux de diverses lianes
croissant au voisinage dans la forêt.
Il existe, sans nul doute, de nombreux champignons attaquant les
différentes parties du Kolatier, mais on n’en a pas encore signalé.
Nous avons eu l’occasion d’observer en Guinée française une maladie
probablement causée par un champignon, qui occasionne de grands dégâts.
Quelques colons la désignent sous le nom de _chancre des Kolatiers_.
C’est en réalité une infection analogue aux _balais de sorcières_, qui
se développent sur nos cerisiers, en France ; elle rappelle aussi les
ramifications irrégulières qui se forment sur certains Cacaoyers à
Surinam et à la Trinidad, ramifications occasionnées par un champignon,
l’_Exoascus theobromæ_.
Cette maladie sévit indistinctement sur les jeunes plantes s’élevant
seulement de quelques mètres, ou sur les arbres adultes atteignant 15 m.
à 20 m. de hauteur. Le Kolatier malade présente, sur quelques-unes de
ses branches ou sur tous les rameaux, des buissons très épais et très
ramifiés, arrondis, de 20 cm. à 40 cm. de diamètre, portant quelques
feuilles plus ou moins déformées et parfois de grandes fleurs
hypertrophiées. Si la maladie est ancienne, on observe en outre des
branches mortes ainsi que des buissons desséchés.
En examinant de plus près chaque bouquet de rameaux malades, on constate
que la branche sur laquelle ils s’insèrent est hypertrophiée. Son
parenchyme cortical est très épaissi.
L’épiderme et parfois l’écorce toute entière sont fortement fendillés.
Dans ces fentes on observe fréquemment de petites coccides recouvertes
d’une matière cireuse blanche qui les fait ressembler à certaines
moisissures. Il s’agit vraisemblablement du _Pseudococcus citri_ Risso,
si commun sur les oranges et les citrons dans les pays chauds.
Ces animaux ne sont certainement pas la cause de la maladie, mais ils
vivent en commensaux sur les branches malades et ils émettent un liquide
sucré sous forme de gouttelettes blondes, liquide qui attire un grand
nombre de petites fourmis appartenant à deux espèces, l’une à corps
noir, l’autre à corps roussâtre.
Les rameaux malades formant le buisson sont épaissis et très rapprochés
par suite de la brièveté des entre-nœuds ; leur épiderme est crevassé. A
l’aisselle de chacune des nombreuses feuilles s’insère un gros bourgeon
(_gemmule_) qui produit très rapidement un rameau court chargé de
feuilles.
Chaque rameau hypertrophié se termine par un grand nombre de bourgeons
très rapprochés produisant les uns des feuilles, les autres des fleurs,
et le plus souvent seulement des écailles recouvertes de poils bruns.
Presque tous les buissons produisent des fleurs hypertrophiées stériles
dont le calice, très rapidement desséché, est persistant et d’une
longueur double de celle qu’il a dans les fleurs normales.
L’hypertrophie du parenchyme cortical rempli de mucilage exsudant à la
moindre blessure, permet de supposer qu’un champignon habite dans les
tissus vivants de la plante qui réagissent en produisant un grand nombre
de bourgeons vite arrêtés dans leur développement. D’autre part, nous
avons recueilli au moins cinq espèces de petits animaux sur ces rameaux
malades : petits cocons indéterminables, _Pseudococcus_, pous de bois,
une araignée, un petit coléoptère. En outre, le bois vivant est souvent
aussi percé de galeries creusées par un coléoptère.
Cette maladie est fréquente à Conakry et dans presque toute la Guinée ;
elle est beaucoup plus rare dans la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.
Elle affaiblit les arbres qui en sont atteints et les rend moins
producteurs. Si elle envahit les principaux rameaux d’un arbre, elle
peut le tuer en quelques années.
Pour arrêter sa propagation, il faut couper toutes les branches
atteintes et recouvrir ensuite la section de poix à greffer. Lorsqu’un
arbre est trop atteint, il est préférable de l’abattre et de le brider
pour l’empêcher de contaminer les pieds sains.
Comme autre maladie parasitaire, nous devons signaler les moisissures
qui se mettent dans les noix fraîches et humides emballées dans des
paniers hermétiquement clos. Ces champignons ne tardent pas à détruire
le tissu de la noix. Ce dernier est à la longue remplacé par une masse
noire ou blanche remplie de spores.
G. NACHTIGAL, l’illustre explorateur du Soudan central, a signalé depuis
longtemps, dans son ouvrage _Sahara et Soudan_, les maladies qui se
mettent dans les noix de Kola transportées par les caravanes au cœur de
l’Afrique[295] :
« Si l’extérieur de la noix accuse des taches, des macules disposées
comme les signes de la variole, il est urgent d’enlever la noix pour la
sauver, elle et surtout ses voisines.
« Quelquefois les taches sont d’un jaune-brunâtre : c’est la maladie
dite _hillé_, nom qui a pour origine le hennâ (_el hennâ_, Henné), qui
donne une coloration analogue.
« Cette maladie rend l’intérieur de la noix blanc et pâle et
complètement insipide : elle perd toute valeur. Lorsque les noix sont
maintenues trop humides, la surface se pique de tache foncées,
l’intérieur se durcit, perd toute vie et toute sève ; les gens disent
alors : la noix est atteinte de _dasemsêra_. Une autre maladie encore,
dite _tûlo_, produit des taches noires qui s’étendent lentement et
convertissent l’intérieur de la noix en poussière noire-brunâtre.
« Enfin il existe deux vers qui parfois se logent dans les noix et les
détruisent ; tous les deux sont désignés sous le nom commun de
_zankera_ ; l’un est blanc et allongé, l’autre est gris et plus court. »
CHODAT et CHUIT ont étudié les causes de la maladie du _Hillé_ due à des
bactéries. Ces organismes détruisent tout d’abord la substance colorante
et le tanin qui imprègnent les parois cellulaires des cotylédons ; elles
deviennent alors blanches, mais si l’action des bactéries continue, la
paroi cellulaire est attaquée, détruite et l’amidon contenu dans la
cellule devient libre ; c’est alors seulement qu’il commence à être plus
ou moins corrodé.
D’autre part, M. LUTZ, professeur agrégé à l’Ecole de Pharmacie, à qui
nous avions remis des noix de Kola arrivées en mauvais état en France, a
observé les moisissures banales des fruits décomposés.
Enfin, il convient de citer comme autre champignon vivant sur le
Kolatier, un pyrénomycète, le _Micropeltis depressa_ Cooke et
Massee[296], observé sur des feuilles de _Cola acuminata_ provenant de
Fernando-Pô.
* * * * *
[Note 284 : D’après un rapport communiqué par Son Excellence le
Gouverneur de Sierra-Léone, il existe dans cette colonie un petit
rongeur (probablement aussi un _Sciurus_) qui transporte les Kolas pour
manger le tégument sucré qui entoure les amandes ; il ne touche pas à
celles-ci et aide au contraire à leur dissémination.]
[Note 285 : Il est rare que les fleurs mâles et les fleurs femelles d’un
Kolatier s’épanouissent en même temps. Il est donc nécessaire, pour que
la fécondation s’opère, que le pollen frais d’un arbre soit transporté
sur les stigmates de fleurs femelles d’un autre arbre épanouies au même
moment.]
[Note 286 : _Bull. séances Soc. Entomol. France_, 1895, p. CLXXVII.]
[Note 287 : Description de la larve et de la nymphe de Charançon de la
noix de Kola (_Balanogastris Kolæ_ Desbr.), _Bulletin Muséum_, 1898, p.
140.]
[Note 288 : _Deutsche Entomologische Zeitschrift_, 1898, h. 1.]
[Note 289 : J. SURCOUF. — Note sur le Charançon parasite de la noix de
Kola en Guinée. _Journ. Agr. trop._, 1908, p. 350.]
[Note 290 : _Bull. Soc. Entomol. France_, 1898, p. 280-282.]
[Note 291 : Il ne faut pas confondre ces taches avec la suture, brune,
des cotylédons.]
[Note 292 : Nous ne pensons pas que les trous de ponte puissent servir à
reconnaître les noix attaquées, car ces blessures, peu caractéristiques,
ressemblent à celles que font les _Balanogastris_ lorsqu’ils veulent
consommer le parenchyme de la graine. Il semble en effet que, dans
certains cas, les Charençons percent l’amande uniquement pour satisfaire
leur faim (Note des auteurs cités).]
[Note 293 : HECKEL. — Loc. cit., p. 54.]
[Note 294 : A. MILNE EDWARDS. — Relations entre le Jardin des Plantes et
les colonies françaises. _Rev. cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 11.]
[Note 295 : G. NACHTIGAL, d’après WARBURG, l. c., _Rev. Cult. col._, VI,
1900, 1er sem., p. 274.]
[Note 296 : _Grevillea_, XVII, p. 43.]
CHAPITRE XVII.
* * * * *
=Récolte, préparation et emballage des noix de Kola.=
* * * * *
=I. — PROCÉDÉS DE RÉCOLTE.=
On n’attend ordinairement pas que les noix de Kola soient mûres pour
cueillir les fruits. On reconnaît que la cabosse est à point quand elle
a acquis une teinte d’un vert-brun avec de légères marbrures jaunâtres.
Dans le Kissi, on laisse les graines mûrir sur l’arbre ; aussi le Kola
du Kissi est plus ferme, moins aqueux et surtout moins amer et c’est ce
qui explique pourquoi il est si prisé sur les marchés.
Au sud de Beyla, au contraire, on récolte les Kolas avant maturité,
quand la cabosse est encore toute verte. Le principal avantage est qu’on
évite la contamination par le _Sangara_ qui, comme nous l’avons vu,
attaque les Kolas pendant qu’ils sont encore sur l’arbre, mais ces noix
cueillies hâtivement sont âpres dans la bouche par suite de l’abondance
des tannoïdes. On éviterait ces inconvénients en cueillant les Kolas un
peu avant maturité et en laissant les graines quelques jours dans les
cabosses non ouvertes, celles-ci étant abritées dans des locaux protégés
par des toiles métalliques, pour empêcher les insectes adultes de venir
y faire leurs pontes.
La cueillette des cabosses est faite à la main. On arrache les fruits en
tordant le pédoncule. Jamais celui-ci n’est sectionné au couteau.
Pour enlever les fruits insérés hors de portée, les hommes grimpent sur
les arbres ou se servent de longues perches à l’aide desquelles ils
gaulent les cabosses.
On pourrait utilement employer pour cette opération les outils servant à
la cueillette des cabosses de Cacaoyers.
=Extraction des noix.=
Aussitôt cueillies, ou quelques jours après, les cabosses sont ouvertes
pour en extraire les noix.
Lorsque la maturité est déjà assez avancée, on peut briser le péricarpe
à la main ; dans le cas contraire, il faut se servir d’un couteau, en
prenant des précautions pour que les noix ne soient point entamées par
la lame.
Ordinairement on laisse en tas quelques jours les graines extraites,
encore recouvertes de leur tégument d’un blanc de neige. Celui-ci brunit
peu à peu et ses tissus se décomposent. On lave les noix pour enlever
les restes du tégument et les Kolas peuvent dès lors être mis en vente.
On fait disparaitre plus rapidement le tégument en laissant trois jours
les semences plongées dans l’eau.
Dans le Kissi, les graines aussitôt extraites, sont enveloppées dans des
feuilles spéciales (_Orofira_) ; au bout de 6 à 8 jours, on ouvre le
paquet. L’enveloppe blanche est devenue noire et est en partie détruite
par suite de la fermentation qui s’est opérée ; on lave ensuite les noix
dans une eau légèrement savonneuse et on les met sécher sur une
couverture à l’intérieur d’une case. On remet ensuite les noix nettoyées
dans des _Orofira_.
=Préparation des noix pour le transport.=
Nous avons dit, au chapitre précédent, que, pour soustraire les Kolas
aux ravages du _Sangara_, on les lavait parfois soit avec du savon
indigène, soit avec la macération de racines d’une plante encore
inconnue (D’après GODEN _in_ HECKEL).
Dans la région de Beyla, on nous a assuré que le lavage au savon
indigène [confectionné avec la graine de _Kobi_ ou _Touloucouna_
(_Carapa procera_) et le lessivage de certaines cendres], n’était pas
suffisant pour protéger les noix contre le _Sangara_. Il a seulement
pour but de donner un plus bel aspect aux noix rouges. Les noix blanches
ne peuvent, paraît-il, être soumises à ce traitement qui les
endommagerait.
Au dire des dioulas, le seul moyen efficace de détruire les larves de
_Sangara_, quand elles existent déjà dans les noix, consiste à laver
celles-ci avec une mixture composée de vin de palme, additionné de jus
de citron et dans lequel on délaye du piment pilé (_Foronto_) et du
Poivre d’Ethiopie (_Kanifing_) également réduit en poudre[297]. Au
Kissi, on se contente de répandre dans les charges de Kola du _Foronto_
et du Kanifing, pulvérisés à sec.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
344 _bis_.
FIG. 44. — =Un Orofira.=
_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum.]
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
345 _bis_.
FIG. 45. — =Un Orofira.=
_Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum.]
=Conservation des noix dans les pays de production.=
Au Gabon et dans quelques autres régions, les indigènes, d’après les
dires de divers voyageurs, enterrent les noix de Kola dans les
termitières pour les conserver plusieurs mois.
Chez les Tômas et chez les Dyolas, on réunit les noix séparées par des
lits de feuilles dans des paniers que l’on enfouit dans le sol, ou qu’on
garde sous la vérandah des cases en les visitant souvent. On peut
conserver ainsi les noix pendant des mois et parfois d’une récolte à
l’autre. C’est ainsi que, chez les Dyolas, les premiers Kolas d’une
saison sont souvent vendus mélangés à ceux de l’année précédente. Les
indigènes prélèvent dans ces réserves ce qu’il leur faut pour leur
consommation et pour la vente au fur et à mesure de leurs besoins.
Ces réserves sont toujours tenues soigneusement cachées. Chez les
Dyolas, elles se trouvent habituellement dans les cases de culture en
pleine forêt.
=Emballage pour le transport par caravanes.=
Le bon emballage pour le transport des Kolas à distance et leur
conservation est d’une importance capitale.
Dans le Kissi, dans les pays du sud de Beyla et chez les Dyolas, les
noix sont placées dans des paniers à très larges mailles, tressées soit
avec les tiges flexibles du roting d’Afrique occidentale nommé _Timbi_
en malinké (_Calamus Barteri_), soit avec les roseaux d’une marantacée
(_Hybophrynium Braunianum_ K. Schum.), ou avec les lanières d’écorce de
diverses espèces de _Costus_.
Ces paniers allongés mesurent de 60 cm. à 80 cm. de longueur et environ
25 cm. de profondeur et de largeur ; en-dessus ils sont ouverts dans
toute leur longueur ; en-dessous et sur les côtés les baguettes sont
assemblées à l’aide de folioles de Palmier à huile. On garnit ces
paniers à l’intérieur d’_Orofira_, les feuilles formant plusieurs lits
et s’imbriquant les unes sur les autres. Chaque panier représente une
charge de 25 à 30 kilog. et est porté à tête d’homme.
Parvenus dans les régions soudanaises, les dioulas confectionnent des
emballages plus sérieux. Aux paniers en rotin et en lanières de Palmier
à huile on substitue des couffins tressés avec les lanières de feuilles
de _Phœnix reclinata_, d’_Hyphæne thebaica_, ou de _Borassus_ à
l’intérieur. Les noix sont encore maintenues dans leur lit d’_Orofira_,
mais les diverses feuilles sont complètement desséchées.
=Principaux Orofira.=
On donne le nom d’_Orofira_ (mot à mot _Feuilles à Kola_ en langue
mandé) aux feuilles de certaines plantes employées pour l’emballage des
noix de Kola destinées à être transportées par les caravanes loin des
régions productrices. On n’emploie pour cet usage que les feuilles
d’espèces bien déterminées et ce sont toujours les mêmes qui sont
usitées dans les contrées les plus diverses.
Ces feuilles, disposées en plusieurs couches, forment un revêtement
imperméable maintenant une humidité constante autour des noix.
En tête des _Orofira_ il faut placer diverses espèces de _Marantacées_
et surtout celles du genre _Clinogyne_ Benth.
Le _Clinogyne Schweinfurthiana_ (O. Kze) K. Schum. = _Donax cuspidata_
Baker, est le plus usité ; partout où il existe, il est employé à
l’exclusion de toutes les autres plantes.
La photographie ci-contre (Fig. 43) nous dispense de nous étendre
longuement sur sa description. Il croît en grosses touffes dans les
sous-bois humides de la forêt vierge et des galeries forestières.
Les feuilles s’élevant à une hauteur de 1 mètre à 1 mètre 50 sont
glabres, à l’exception de la partie supérieure du pétiole, légèrement
pubescente.
Le limbe, employé pour l’emballage des Kolas, est membraneux, papyracé,
ovale-oblong, arrondi à la base, brusquement acuminé-subulé au sommet,
d’un beau vert brillant, avec reflets métalliques en dessus, d’un vert
pâle en-dessous ; sur l’un des bords il présente une marge plus lustrée
large de 2 cm. environ. Sur les beaux exemplaires il mesure 30 cm. à 40
cm. de long sur 14 cm. à 16 cm. de large. L’inflorescence est un épis
grêle, dépassé par la feuille engainante, composé à la base, mais
contracté et non étalé en panicule. Les fleurs disposées par paires à
l’aisselle des bractées dressées, mesurent de 16 mm. à 18 mm. de long.
Les sépales ovales lancéolés sont longs de 9 mm. et larges de 5 mm. Les
pétales, d’un blanc rosé, ont leur extrémité libre ovale acuminée,
longue de 10 mm. Les staminodes sont pétaloïdes, obovales elliptiques et
d’un jaune vif. Fruit globuleux, pubescent dans le jeune âge, rouge-
clair à maturité, renfermant trois graines.
L’espèce est très répandue depuis la Casamance jusqu’au centre de
l’Afrique (Haut-Chari, Haut-Oubangui, Haut-Nil). Elle croît à la fois
dans la zône des forêts et dans celle des galeries forestières, c’est-à-
dire partout où le Kolatier peut être cultivé.
A la Côte d’Ivoire, la plante se nomme _Kra Bobo_ (en néyau). Aux
environs de Beyla, on la nomme _Nangouan boulo_ (malinké).
Une deuxième espèce dont les feuilles sont aussi très employées est le
_Clinogyne ramosissima_ (Benth.) K. Schum. = _Phrynium ramosissimum_
Baker (Fig. 44).
La plante s’élève à 2 m. ou 2 m. 50 de hauteur et, à l’encontre de la
précédente, elle est très ramifiée ; le pétiole est entièrement glabre.
Le limbe ovale-oblong, arrondi à la base et brusquement acuminé au
sommet mesure habituellement 25 cm. à 30 cm. de long, sur 14 cm. à 16
cm. de large, mais il atteint parfois des dimensions encore plus grandes
que dans _C. Schweinfurthiana_. Il est d’un vert brillant, sans reflets
métalliques en-dessus. Les inflorescences sont simples, plus souvent
très rameuses et dépassant longuement les feuilles. Le bractées étalées
normalement mesurent 3 cm. 5 de long ; les fleurs, longues de 12 mm. à
15 mm., sont entièrement d’un pourpre violacé. Les fruits sont roses et
restent pubescents jusqu’à maturité.
Cette espèce vit dans les mêmes stations que la précédente, mais elle
monte plus au nord et on la trouve encore aux environs de Bamako. Ses
feuilles sont très reconnaissables par une marge de 2 cm. d’un vert plus
foncé, visible sur un des bords du limbe ainsi que le montre
l’exemplaire photographié. Elles sont aussi très recherchées par les
colporteurs de Kolas ; mais la plante étant en général clairsemée, elles
sont peu employées, sauf dans le nord.
Le _Sarcophrynium brachystachyum_ (Kœrnicke) K. Schum. donne de grandes
feuilles assez semblables aux espèces précédentes, mais elles sont un
peu plus fermes et par suite moins appréciées. Cependant comme cette
espèce est très abondante dans la forêt vierge où on l’a constamment
sous la main, les dioulas en font aussi parfois usage.
La plante entièrement glabre vit par touffes dans les sous-bois épais ;
la tige est réduite à un axe dans le prolongement duquel se trouve une
seule feuille portée sur un pédoncule de 20 cm. à 30 cm. de long.
Le limbe est oblong ou oblong-lancéolé, arrondi ou cunéiforme à la base,
long de 30 cm. à 50 cm. sur 15 cm. à 25 cm. de large (Fig. 45).
Les inflorescences forment un épi isolé ou une panicule de 2 ou 3 épis
insérés à la base de la feuille, sessiles ou subsessiles, longs de 2 cm.
à 5 cm., à bractées très rapprochées. Fleurs blanches plus ou moins
teintées de violet ou de rouge-vineux. Capsules globuleuses, charnues,
de 10 mm. à 15 mm. de diamètre, d’un rouge vif à maturité, glabres, même
dans le jeune âge.
Cette Marantacée est bien connue dans tous les pays forestiers
africains, notamment à la Côte d’Ivoire. Les feuilles cousues les unes
aux autres forment de véritables tuiles végétales à l’aide desquelles on
couvre les cases.
Nous devons enfin signaler une autre Marantacée dont les feuilles sont
aussi parfois employées et qui est particulièrement abondante dans les
régions forestières de la Côte d’Ivoire où vit le Kolatier. C’est le
_Thaumatococcus Danielli_ (Benn.) Benth.
Ses caractères sont les suivants :
Plante de 1 m. 50 à 3 m. 50 de haut, avec un long rhizome rampant près
de la surface du sol, émettant de 1 à 3 très grandes feuilles et un épi
florifère aphylle inséré près de l’une d’elles. Feuille à pétiole
cylindrique, long de 1 m. 50 à 3 m. 50, à calus de 14 cm. à 20 cm. de
long, glabre. Limbe papyracé ovale ou largement oblong, arrondi à la
base, brièvement apiculé au sommet, long de 35 cm. à 50 cm. sur 22 cm. à
36 cm. de large. Epis florifères simples ou rameux, courts, denses,
portés sur des pédoncules pubescents de 3 cm. à 4 cm. de long. Bractées
oblongues de 25 mm. de long, promptement caduques. Fleurs d’un blanc-
lilas, légèrement violacées ou pourprées, longues de 30 mm., insérées
par deux à l’aisselle de chaque bractée, à sépales oblongs libres
jusqu’à la base. Fruits insérés au ras du sol et parfois à demi
enterrés, trigones indéhiscents, de 4 cm. à 4 cm. 5 de diamètre, d’un
rouge-vif à maturité, à angles ailés. Graines subtriquètres, longues de
20 mm. à 22 mm., à tégument scléreux, noir, très dur, épais de 1 mm. 5,
complètement enveloppé par une arille blanche, translucide, ressemblant
à de la gélose.
Plante excessivement commune dans la forêt vierge africaine, surtout sur
l’emplacement des anciennes plantations établies dans la forêt. Elle
est, en certains endroits caractéristiques des clairières, à la lisière
de la forêt et des sous-bois clairsemés. Son arille extrêmement sucrée
rappelle la saveur du réglisse ou de la saccharine. Cette saveur
persiste plusieurs heures dans la bouche et si l’on met seulement un
fragment sur la langue, tous les liquides que l’on boit et surtout l’eau
paraissent sucrés encore longtemps après.
_Noms indigènes._ — _Urugua méremné_ (bakoué) ; _Bobo abi_ (néyau) ;
_Bogridjia_ ou _Bobruidja_ (bété).
Les feuilles de Marantacées que nous venons de décrire sont de beaucoup
les plantes les plus recherchées pour l’emballage des Kolas, surtout
celles du _Clinogyne Schweinfurthiana_. Ces feuilles se vendent par
charges entières sur tous les marchés du Pays Dyola ou des environs de
Beyla. On n’a que la peine de les cueillir dans les bois environnants. A
Beyla même, on donne 50 feuilles de _Clinogyne_ pour une noix de Kola. A
Lola, Nzo, Oua, ce commerce est fait par les enfants qui circulent à
travers des groupes de vendeurs de Kolas, portant les bottes de feuilles
d’_Orofira_ à la main, et criant leur marchandise.
D’autres confectionnent des emballages tout préparés avec plusieurs lits
de feuilles imbriquées les unes sur les autres. Ce travail est fait avec
une très grande dextérité. Dans les pays à Kolas, les feuilles sont
toujours employées à l’état frais ; celles qui ont servi à apporter les
noix au marché sont jetées et abandonnées sur la place du marché qui
finit par en être encombrée. Comme les plantes produisant ces feuilles
manquent dans le Nord, les dioulas conservent l’emballage d’_Orofira_
pendant toute la durée de leur voyage. Lorsque les feuilles sont
devenues sèches et grisâtres, on se contente de les humecter chaque fois
qu’on ouvre la charge.
Dans certaines régions, notamment à Beyla, on emballe aussi parfois les
Kolas qui ne doivent pas être exportés très loin avec les larges
feuilles de certains arbres répandus dans la forêt ou dans les galeries
forestières.
Une des feuilles les plus employées pour cet usage est celle du
_Mitragyne macrophylla_ Hiern. = _Nauclea stipulosa_ DC., grand et bel
arbre de la famille des Rubiacées, s’élevant à 30 m. ou 35 m. de hauteur
et fournissant un bois utilisé dans l’ébénisterie sous le nom de _Bahia_
ou _Tilleul d’Afrique_[298]. Les feuilles obovales, entières, fortement
nerviées et coriaces, atteignent de 30 cm. à 50 cm. de long sur 15 cm. à
30 cm. de large (Fig. 47) Les fleurs sont en petites boules pédonculées,
réunies en panicule terminale.
La plante porte les noms suivants : _Popo_ (malinké), _Powo_ (Kissi),
_Poboï_ (toma), _Kwo-Kwo_ (baoulé), _Bahia_ (agni), _Sofo_ (attié). La
charge de ces feuilles se vend 0 fr. 30 au marché de Beyla.
Parfois enfin, on garnit l’intérieur des paniers destinés au transport
des Kolas à l’aide des feuilles de plusieurs espèces d’_Anthocleista_,
plantes remarquables de la famille des Loganiacées, à rameaux étalés en
candélabre et terminés par des bouquets de feuilles qui peuvent dépasser
1 m. de longueur.
D’autres végétaux ont encore été cités comme fournissant des feuilles
servant à l’emballage des Kolas ; mais, comme nous ne les avons jamais
vus employer, nous les passons sous silence.
=Soins à donner aux Kolas en cours de route.=
Les noix de Kola doivent être l’objet de soins attentifs pendant que
dure le transport par caravanes. Les paniers doivent être ouverts tous
les 5 ou 6 jours et humectés avec de l’eau que le dioula met dans la
bouche et pulvérise en projetant le jet sur les noix qu’on remue en même
temps. On les laisse un peu à l’air avant de fermer le panier. Les noix
avariées sont retirées et jetées ou vendues de suite. Celles qui se
fanent sont mises quelque temps dans l’eau où elles reprennent leur
turgescence primitive.
=Emballage pour les expéditions de Kolas frais en Europe.=
Les noix bien emballées, expédiées de la Côte Occidentale d’Afrique,
parviennent très fraîches en Europe, sans qu’il soit nécessaire de s’en
occuper pendant les 10 ou 15 jours que dure la traversée. A plus forte
raison, les noix expédiées par mer, de Sierra-Léone vers la Gambie ou le
Sénégal, y arrivent en bon état, de même que celles qui sont expédiées
de la Gold-Coast à Lagos.
Pour les expéditions d’une colonie à l’autre, on se contente
ordinairement de garnir l’intérieur des paniers d’_Orofira_. Parfois,
cependant, on intercalle entre les lits de noix des lits de sable ou
d’_Orofira_. Les paniers employés pour l’emballage des noix de Sierra-
Léone sont ronds ou en forme de cigare et leur poids, quand ils sont
remplis, ne dépasse pas 80 kilogs (environ 186 livres net). Parfois
aussi, on emploie des paniers d’un quintal (112 livres).
De la Gold-Coast pour Lagos, les expéditions se font dans de grands
paniers très solides, pesant 450 kilogs environ et munis à la partie
supérieure d’une oreille qui permet de les embarquer et de les débarquer
à l’aide d’une grue (Fig. 46).
[Illustration : (Cliché communiqué par M. H. FILLOT).
FIG. 46. — Grands couffins pour le transport des Kolas par mer.]
Les petites quantités de noix fraîches arrivant chaque année en Europe y
parviennent différemment emballées. Souvent on se contente de mettre les
noix dans des paniers garnis d’_Orofira_ ou dans du sable. C’est ce qui
explique qu’elles arrivent parfois avec un goût de moisi ou même
qu’elles soient davantage avariées. Parfois les noix arrivent aussi en
Europe, enrobées dans la terre glaise (CHRISTY in HECKEL).
Dans ces dernières années, on a importé des noix en Allemagne, emballées
dans la _Tourbe_. Elles sont toujours arrivées à Hambourg en parfait
état. C’est ce procédé d’emballage qu’il convient de recommander ; il
est très peu coûteux et protège en outre les noix contre la gelée si
l’importation se fait en hiver.
On a aussi conseillé l’utilisation des glacières sur les paquebots, mais
nous pensons que les noix, ainsi conservées à l’état frais, ne
tarderaient pas à s’avarier dès qu’elles seraient ramenées à la
température ordinaire.
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
352 _bis_.
FIG. 47.— =Un Orofira=
Feuille et rameau de _Mitragyne macrophylla_ Hiern.]
=Préparation du Kola séché.=
On sait qu’une grande partie du Kola expédié en Europe est préalablement
séché avant d’être emballé. Il en arrive ainsi environ 300 tonnes,
chaque année, par le port de Liverpool, provenant principalement de la
Nigéria, du Congo (autrefois, plus maintenant), de l’Angola, de Sierra-
Léone, de la Jamaïque.
On emploie ordinairement pour cette préparation les amandes ayant 3 à 6
cotylédons, fournies par le _C. acuminata_ et le _C. Ballayi_, beaucoup
moins appréciés des indigènes.
Les amandes sont étendues sur des aires, au soleil. Les cotylédons se
séparent pendant que la dessication s’opère. Ordinairement, pour
faciliter celle-ci, on casse d’abord l’amande en petits morceaux qui
sèchent plus vite, ou plus simplement on les sépare de leurs cotylédons
qui se vendent alors sur le marché européen sous les dénominations de
Kolas-demis pour les sortes à deux cotylédons et Kolas-quarts pour les
sortes à 4-6 cotylédons.
Il faut éviter, en tous cas, les moisissures, les Kolas moisis n’ayant
plus de valeur et pouvant contaminer les morceaux bien séchés dans les
sacs où on les emballe pour les transporter en Europe.
Une certaine quantité de Kolas ainsi apportés en Europe ne sont autre
chose que des Kolas destinés primitivement à être vendus comme noix
fraîches et qu’on n’a pas su protéger contre la dessication. L’indigène
des régions côtières du golfe de Guinée apporte ces noix à la
factorerie.
SAUSSINE recommande de faire sécher les noix au soleil ou dans une
sécheuse artificielle. « Certains auteurs, ajoute-t-il, recommandent de
couper les noix fraîches en cossettes minces et les sécher, à l’étuve, à
60°, en élevant progressivement la température de manière à finir vers
100°. »[299]
Il est certain que ce procédé serait beaucoup plus rationnel, mais il ne
peut être pratiqué que dans des exploitations européennes, par exemple à
la Jamaïque et à La Trinidad, où des Kolatiers existent fréquemment dans
les Cacaoyers.
* * * * *
[Note 297 : Le vin de palme est la sève fermentée soit de l’_Elæis
guineensis_, soit du _Raphia sudanica_ ou du _Borassus flabelliformis_
var. _æthiopum_ Warb. Le citron des pays à Kola est un petit fruit très
acide fourni par une variété du _Citrus medica_, fréquemment cultivé par
les indigènes. Le _Foronto_ ou Piment enragé est le fruit du _Capsicum
frutescens_. Quant au Poivre d’Ethiopie, c’est le fruit de l’_Uvaria
æthiopica_ et en certaines régions celui de l’_U. Emini_ Engler.]
[Note 298 : A. CHEVALIER. — Première étude sur les Bois de la Côte
d’Ivoire, _Végét. ut. Afr. trop._, V, 1909, p. 228.]
[Note 299 : SAUSSINE. — Culture du Kolatier dans les Antilles. _Rev.
Cult. Colon._, II, 1898, 1er sem., p. 41.]
CHAPITRE XVIII.
* * * * *
=Le commerce et la Géographie commerciale des noix de Kola.=
* * * * *
Dans une grande partie du Soudan, les noix de Kola constituaient déjà un
article commercial important au XIIe siècle de notre ère. C’est très
probablement le trafic de cette denrée qui attira vers le XIIIe siècle,
à l’époque de la prospérité de l’Empire de Mali, des commerçants mandés
vers les contrées méridionales du Soudan, à proximité des pays
producteurs de la précieuse noix[300]. Ces commerçants, originaires du
moyen Niger, ont fait souche dans les pays où ils avaient émigré. Ils
ont formé les colonies importantes de _dioulas_ des régions de Beyla,
Boola, Touba. Dans tous les pays compris entre le Ouorodougou et Séguéla
à l’ouest, entre Bobo-Dioulasso et Bondoukou à l’est, ils ont constitué
l’importante confédération des _Mandés-Dioulas_ qui vit encore
aujourd’hui en grande partie du commerce des Kolas. Plus à l’est encore,
au nord de l’Achanti, les traficants mandés forment, dans le Mossi, de
nombreux groupements, mais ils n’y seraient venus qu’au XVIIIe siècle.
On les nomme _Yarsés_ ; ils n’ont presque aucun contact avec les Mossis
et ils ont conservé encore l’usage de la langue Mandé. Enfin, au sud-
est, dans les contrées comprises entre le Pays Achanti et la Nigéria,
spécialement dans le nord du Togo et du Dahomey, de nombreux _Haoussas_
venus de l’est, à une époque également reculée et pour y faire aussi le
commerce des Kolas, ont de leur côté constitué divers villages sur les
routes suivies par les caravanes allant à la Nigéria. Enfin, au cœur
même de l’Afrique, dans l’Adamaoua, les Haoussas et les Foulbés ont été
aussi depuis longtemps attirés par le commerce des Kolas.
C’est par milliers que les caravanes, transportant parfois des centaines
de charges de Kolas, circulent chaque année sur les sentiers du Soudan.
Ce commerce n’est pas resté localisé à l’Afrique occidentale. Chaque
année, les noix de _gouro_ sont encore apportées au centre de l’Afrique
centrale, dans les provinces du Baguirmi, de l’Ouadaï et du Darfour. A
l’heure actuelle, ce trafic est insignifiant dans ces Etats, mais il a
dû être très développé à l’époque de leur pleine prospérité.
Les noix de Kola pénètrent encore dans les oasis sahariens, puis à
Tripoli et à Benghazi, enfin à l’oasis de Koufra, mais elles n’y
arrivent qu’à l’état de Kola sec.
D’Afrique, le commerce est passé dans l’Amérique du sud. Les descendants
des esclaves importés au Nouveau-Monde, sont devenus friands de la
denrée prisée par leurs ancêtres. Vers 1850, d’après F. WELWITSCH, la
province d’Angola exportait une grande quantité de noix de Kolas au
Brésil.
Enfin, vers le milieu du siècle dernier, les noix de Kola à l’état frais
et surtout à l’état sec ont commencé à être importées en Europe ; elles
ont trouvé des débouchés d’abord restreints pour certaines préparations
pharmaceutiques ; en 1895, l’usage en a été admis au _Codex français_ ;
puis l’utilisation de la noix pour la fabrication de certaines liqueurs
apéritives ou fortifiantes a permis, depuis une quinzaine d’années,
l’importation de quantités de plus en plus élevées et il n’est point
douteux que ce commerce ira en s’étendant d’année en année.
Cependant c’est en Afrique tropicale, chez la plupart des peuples de
race noire, que la consommation des Kolas atteint depuis longtemps le
chiffre de beaucoup le plus élevé et elle est susceptible d’y prendre,
dans l’avenir, une extension presque illimitée.
Déjà dans la plupart des colonies où les nations européennes ont apporté
la paix et la liberté commerciale et surtout là où elles ont amélioré
les voies de communication et accru les ressources indigènes, le
commerce dont il s’agit a pris un développement prodigieux ; la noix de
Kola est la denrée de luxe par excellence. Tout accroissement de
richesse chez le noir amène presque inévitablement l’accroissement de la
consommation des Kolas.
M. H. FILLOT a donné pour l’année 1903, dans le tableau suivant, publié
en 1906, le montant de la valeur des Kolas consommés ou exportés par les
pays bordant le golfe de Guinée.
=Valeur en francs des Kolas produits par les divers pays de l’Ouest
africain= (d’après FILLOT).
+------------------+---------+---------+---------+-----------+
| | EXPORTÉS| EXPORTÉS|CONSOMMÉS| TOTAUX |
| | par mer |par terre|sur place| |
| +---------+---------+---------+-----------+
|Guinée française | 50.000|1.000.000| 500.000| 1.550.000|
| | | | | |
|Sierra-Léone |1.954.000|1.000.000|1.000.000| 3.954.000|
| | | | | |
|Liberia | 225.000|1.000.000| 500.000| 1.725.000|
| | | | | |
|Côte d’Ivoire | 1.836|1.000.000|1.000.000| 2.001.836|
| | | | | |
|Gold-Coast |1.124.025|4.000.000|1.000.000| 6.124.025|
| | | | | |
|Togo | 181.000| 500.000| 200.000| 881.000|
| | | | | |
|Dahomey | 65.835| 116.610| 100.000| 292.445|
| | | | | |
|Nigeria | » | » | 500.000| 500.000|
| | | | | |
|Cameroun | 60.200| » | 100.000| 160.200|
| | | | | [301]|
| +---------+---------+---------+-----------+
| Totaux |3.360.396|8.616.610|4.900.000|117.177.006|
+------------------+---------+---------+---------+-----------+
« On peut dire sans aucune exagération, ajoutait le même auteur, que
cette somme est doublée par les transactions successives survenant par
suite de ventes, c’est-à-dire qu’il se fait annuellement sur les Kolas,
en Afrique occidentale, un chiffre d’affaires de _plus de 34 millions de
francs_[302] ».
Les chiffres donnés par M. H. FILLOT sont aujourd’hui au-dessous de la
réalité pour plusieurs colonies citées.
Pour notre part, nous pensons que la production annuelle mondiale de
noix de Kola peut être évaluée actuellement à environ 20.000 tonnes, se
répartissant ainsi par pays :
Guinée française 2.000 tonnes
Sierra-Léone 2.000
Libéria 1.000
Côte d’Ivoire 3.000
Gold-Coast 5.000
Togo 100
Dahomey 500
Nigéria 2.000
Cameroun 1.400
Congo français 1.000
Colonies portugaises 1.000
Autres pays 1.000
-------------
Total 20.000 tonnes
Nous mentionnons dans ce tableau les quantités de noix qui sont
consommées sur place ou qui donnent lieu à un trafic d’exportation.
Quant à la provenance botanique de ces noix, elle se répartit ainsi :
_Cola nitida_ 15.000 tonnes
_Cola acuminata_ 4.000
_Colla Ballayi_ et divers 1.000
La consommation de nos colonies peut être ainsi évaluée :
Sénégal et Mauritanie 1.000 tonnes
Haut-Sénégal-Niger 2.500
Guinée française 1.500
Côte d’Ivoire 1.000
Dahomey 500
Afrique équatoriale et Tchad 500
------------
Total 6.500 tonnes
L’Afrique occidentale française doit importer chaque année environ 1.500
tonnes de noix de Kola provenant de Sierra-Léone, de l’hinterland de
Libéria et de la Gold-Coast.
D’après les statistiques publiées par le _Gouvernement général de
l’Afrique occidentale française_ pour 1908, les importations et
exportations de noix de Kola constatées officiellement, ont atteint les
chiffres suivants (valeur en francs) :
Sénégal et Guinée Côte Dahomey Total
Ht-Sén. Nig. française d’Ivoire
Importations 2.799.544 282.928 1.843 114.906 3.199.221
Exportations 5.724 64.008 2.748 65.052 137.352
Le commerce (importation) des Kolas en Afrique occidentale
représenterait 2,7 % de la valeur totale des importations et le commerce
(exportation) 0,2 % de la valeur des exportations.
=LE COMMERCE DES CARAVANES. LES DIOULAS.=
Nous devons consacrer un paragraphe spécial aux caravaniers qui
détiennent le monopole du commerce indigène en Afrique Occidentale et
Centrale, qu’il s’agisse de noix de Kola, du bétail ou de toute autre
marchandise.
Ces commerçants ambulants sont aujourd’hui connus dans toute l’Afrique
occidentale sous le nom de _dioulas_. On donne au contraire le nom de
_traitants_ aux commerçants indigènes installés à poste fixe en certains
points importants et recevant leurs marchandises soit des dioulas, soit
des factoreries européennes.
Le _dioula_ est l’âme du commerce soudanais ; c’est lui qui dissémine la
richesse à travers toutes nos possessions africaines. Sa vie se passe à
transporter des marchandises depuis les centres habités par les
Européens, jusqu’aux villages les plus éloignés dans la brousse ou dans
la forêt.
La vie précaire menée par le _dioula_ a été décrite avec beaucoup de
précision par BINGER[303] et aujourd’hui encore il y a peu à modifier à
l’esquisse qu’il traçait en 1892.
« Il faut envisager l’existence que mènent ces gens-là. Ils marchent
chargés chacun avec 30 ou 40 kilogrammes, et cela pendant la plus grande
partie de la journée.
« Arrivés à l’étape, il faut piler et préparer les aliments, couper du
bois, chercher de l’eau souvent à plusieurs kilomètres de distance. S’il
y a un enfant dans le ménage, souvent la femme le porte sur le dos. Ils
vivent sans feu ni lieu.
« Surpris par les pluies, ils voyagent quand même, supportant toutes les
intempéries sans se plaindre.
« Quand le noir a travaillé avec sa femme pendant un an, il achète un
esclave ; c’est la meilleure acquisition qu’il puisse faire ; c’est un
auxiliaire de plus pour travailler ; il vivra de la même façon que ses
maîtres ; le bien-être des uns rejaillit sur les autres dans cette vie
en commun.
« Quand le cas se présente où l’esclave se sauve, le maître n’en est pas
découragé pour cela. « C’est la volonté du Tout Puissant », dit-il avec
résignation. « Je vais aller chercher la fortune, _in chi Allaho_, « si
Dieu le veut ». Et il recommence.
« Ne blâmons pas trop ce malheureux nègre. S’il y en a qui attendent
paisiblement allongés sur leur natte l’occasion d’agrandir leur famille
et d’augmenter leur bien-être par des rapines ou une guerre, il y en a
d’autres qui sont bien méritants, et ce ne sont pas les moins
nombreux. »
On pouvait croire, il y a quelques années, que la création d’importants
moyens de transport modernes (chemins de fer et bateaux à vapeur) et la
suppression définitive de la traite des esclaves allaient désorganiser
cette intéressante corporation des dioulas et tuer le commerce des
caravanes.
Il n’en a rien été heureusement.
Avec une admirable souplesse, les caravaniers indigènes se sont adaptés
aux nouvelles conditions sociales et économiques que nous avons créées
en Afrique. Ils ont déserté les grandes routes, parcourues aujourd’hui
par les locomotives, où ils n’avaient plus rien à faire ; beaucoup ont
cessé de venir chercher à la côte les marchandises indispensables qu’ils
trouvent à bon compte dans les maisons européennes, installées dans
l’intérieur ou à l’extrémité actuelle des voies ferrées.
Par contre, ils se sont répandus dans tous les points de l’immense
domaine que nous avons pacifié. Chez toutes le peuplades qui leur
fermaient autrefois leur territoire, ils viennent aujourd’hui apporter
leurs objets de pacotille et drainer les produits naturels
d’exportation. Ils pénètrent jusqu’au cœur de la forêt vierge, jusqu’au
sommet des falaises rocheuses des Habés de la Boucle du Niger, ou
jusqu’au haut des pitons granitiques difficilement accessibles, habités
par les Touras du Haut-Sassandra.
S’ils n’ont plus la possibilité d’acheter de nouveaux esclaves, ils
trouvent, par contre, des hommes devenus libres ou des familles entières
qui consentent à associer leur fortune à des chefs de caravane,
moyennement une rénumération proportionnelle aux bénéfices réalisés en
commun.
Sans ces caravaniers, une grande quantité de produits, comme le
caoutchouc, la gomme copal, le bétail, ne pourraient pas affluer vers la
côte. Ils sont aujourd’hui, comme autrefois, l’âme de la vie économique
du Soudan et ainsi que nous le constations au cours de notre récent
voyage, jamais leur nombre n’a été aussi grand et leur action aussi
féconde pour le grand commerce.
=LES TRANSPORTS PAR CARAVANES.=
Les transports de noix de Kolas se font presque toujours à tête d’homme.
Les noirs transportent de 25 à 35 kilog. et parcourent de 25 à 35
kilomètres par jour ; en saison de pluies, ils font des étapes beaucoup
plus courtes ; pendant cette période employée à cultiver la terre, les
transactions sont fort ralenties et peu de caravaniers circulent à
travers la brousse.
Ce sont presque toujours des jeunes hommes de 15 à 35 ans qui font les
transports ; la femme porte seulement les enfants et les ustensiles du
ménage. Cependant dans le moyen et le haut Dahomey, ainsi qu’à la Gold-
Coast et dans la forêt de la Côte d’Ivoire, les femmes portent aussi des
charges de Kolas.
En beaucoup de régions de la Boucle du Niger, spécialement chez les
Mandé-Dioulas et au Pays Mossi, on emploie le bœuf comme animal porteur.
La charge d’un animal en bon état est de 150 kilogrammes ; ils
parcourent 30 kilomètres environ par jour.
L’âne est aussi très employé comme animal de transport, spécialement au
Mossi. « Il ne va pas très vite (3 kilomètres à l’heure), mais il se
nourrit facilement et supporte bien la soif. Sa charge est de 70 à 80
kilogrammes »[304].
« Le cheval sert à peu près uniquement de monture ; il n’y a guère
d’exception que pour les petits chevaux _Kotokoli_ du Dahomey (taille :
1 mètre), qui servent fréquemment au transport des Kolas dans cette
région ».
Dans le nord de la boucle du Niger, on emploie aussi parfois au
transport des Kolas le chameau, mais cet animal ne rend véritablement de
services que dans le Sahara ; la limite extrême où il peut s’avancer
vers le sud en saison sèche est située entre Dori et Ouagadougou. Le
long du Niger, il vient parfois jusqu’à Say.
CHUDEAU pense que l’on pourra un jour utiliser la voiture en Afrique
tropicale, pour effectuer les petits parcours à droite et à gauche des
voies ferrées. « L’expérience a déjà montré que l’on peut atteler les
bœufs du Soudan. La grosse difficulté provient de la rareté des routes.
La plupart des pistes sont encore inabordables même à des voitures
légères comme les _araba_ »[305].
=LES TRANSPORTS PAR EAU.=
Les paquebots anglais, qui touchent fréquemment à Sierra-Léone et à la
Gold-Coast, transportent des noix de Kolas soit vers Lagos, soit vers la
Gambie et vers le Sénégal.
Certaines grandes voies navigables sont aussi utilisées pour le
transport à l’intérieur du continent. Les Kolas destinés à la région de
Kayes et au Sahel, remontent le fleuve Sénégal depuis St-Louis, sur des
bateaux à vapeur.
Les petits bateaux à vapeur et les chalands installés sur le moyen Niger
et sur ses principaux affluents, le Milo et le Bani, sont aussi parfois
utilisés pour effectuer des transports de Kolas dans le Soudan
occidental.
Enfin un trafic indigène intense se fait par de grandes pirogues
indigènes pouvant porter plusieurs tonnes, circulent fréquemment sur le
Niger entre Koulicoro, Ségou, Djenné, Mopti, Tombouctou, Gao.
Sur tous les autres fleuves de l’Afrique occidentale, on ne trouve que
de petites pirogues peu stables et peu étanches, rarement employées pour
convoyer les précieuses amandes.
=LES TRANSPORTS PAR CHEMINS DE FER.=
La construction des voies ferrées en Afrique tropicale, commencée depuis
1880, a doté le continent noir, dépourvu jusqu’alors de routes, de
moyens de transports perfectionnés.
Aussi, dans tous les pays traversés par le rail, le commerce indigène a
pris rapidement un grand essor. Des maisons européennes se sont
installées à l’intérieur de l’Afrique. Le dioula y trouve les denrées
qu’il allait chercher autrefois à des milliers de kilomètres. Le bien-
être de l’indigène s’est aussi développé dans certains pays, de sorte
que la puissance d’achat des denrées de luxe et notamment des noix de
Kola s’est accrue beaucoup.
Aujourd’hui les Pays produisant des noix de Kola ou en consommant sont
desservis par environ 6.000 kilomètres de voies ferrées. En Afrique
Occidentale française, il en existe plus de 2.000 kilomètres. Par ces
voies les Kolas sont transportés de la Côte jusqu’au cœur des pays de
consommation. Le chemin de fer de la Gold-Coast qui pénètre dans les
pays de production de l’Achanti, apporte les noix au port de Sekondee où
elles sont embarquées à destination de Lagos.
Lorsque le chemin de fer de la Guinée sera prolongé dans la direction de
l’hinterland de Libéria, il drainera lui aussi vers le Soudan et vers le
Sénégal, les quelques milliers de tonnes de noix que produisent
actuellement la Haute-Côte d’Ivoire occidentale, le Haut-Libéria et le
territoire militaire de la Guinée française.
=MONNAIES EMPLOYÉES POUR LES ACHATS DE KOLAS.=
Les espèces monnayées d’Europe, les monnaies françaises en bronze et en
argent, dans nos colonies, tendent de plus en plus à remplacer même dans
les transactions entre indigènes, les objets qui servaient de monnaie
dans les diverses régions de l’Afrique tropicale avant l’occupation
européenne.
Cependant, en plusieurs régions de l’Ouest africain, l’emploi de
certains de ces objets a encore persisté et ils servent en particulier à
acheter les noix de Kola sur les lieux de production.
Les plus courantes de ces monnaies sont les _cauris_[306], les
_guenzés_, les _sombés_ et les _manilles_.
On sait que les _cauris_ (_kourdi_ de la Nigéria) sont les coquilles
d’un petit mollusque gastéropode, le _Cypræa moneta_, que l’on
recueillait en grande quantité sur la côte de Zanzibar aux XVIIIe et au
XIXe siècles, pour les importer à la Côte occidentale d’Afrique comme
monnaie. Ce sont des grains blancs, de la taille d’une grosse noisette,
plans d’un côté, convexes de l’autre (Fig. 48, _3_, _3′_, _3″_). En
beaucoup de régions, notamment en Guinée française, au Dahomey, les
cauris ont perdu presque toute valeur marchande, mais ils ont encore
cours dans la Nigéria anglaise et en diverses parties de notre Soudan.
Le cours, très différent suivant les régions, varie de 800 à 2.000
cauris pour un franc. En beaucoup d’endroits, ils ne s’emploient plus
que comme objets de parure.
Le _guenzé_ est un morceau de fer grossièrement forgé, ayant la forme
d’une petite tige aplatie, courbée à l’extrémité et pesant 100 à 150
grammes. Il vaut de 0 fr. 15 à 0 fr. 40 suivant les régions et les
cours. C’est la monnaie la plus courante depuis le sud du Kissi jusqu’au
cœur du Pays Dyola et c’est lui qu’on emploie comme moyen de transaction
dans tout l’hinterland de Libéria.
Le _sombé_ (Fig. 48, _1_) n’est qu’une variété de guenzé. C’est une
petite barre de fer de 10 à 15 centimètres de longueur, d’une forme
particulière. Pour les gros achats on les emporte par paquets de 20
pesant environ 2 kilogs. Les sombés se fabriquent dans la région de
Touba. Une somme de 15 ou 20 francs en sombés représente la charge d’un
homme. Cette monnaie a cours dans tout le Pays Bété et chez les Lôs ou
Gouros.
Tout le long de la Côte d’Ivoire, jusqu’à 100 ou 150 kilomètres dans
l’intérieur, on se sert dans les transactions de _manilles_ (Fig. 48,
_2_), sortes de bracelets ouverts formés d’un alliage de cuivre et de
fer et qu’on peut passer autour du bras en guise de bracelets.
[Illustration : FIG. 48. — Monnaies pour l’achat des Kolas (demi-
grandeur). 1, _Sombé_ ; 2, _Manille_ ; 3, 3′, 3″, _Cauris_.]
La valeur des manilles est de 0 fr. 20 environ pièce ; on les transporte
par paquets de 20 et 40 francs de cette monnaie représentent la charge
d’un homme[307]. Dans certaines parties de l’Afrique équatoriale
française, on emploie comme monnaie des bracelets analogues connus sous
le nom de _barrettes_.
Enfin, dans beaucoup de régions du même pays, ce sont des _verroteries,
perles bayakas_ ou autres, qui servent d’unité de monnaie. Dans la
Haute-Sangha, les Haoussas achètent les Kolas contre des _thalers_,
pièces de monnaie en argent, valant environ 3 francs, frappées à
l’effigie de Marie-Thérèse et ayant cours dans l’Afrique centrale et
orientale jusqu’à l’Abyssinie.
=DROITS DE DOUANE ET TAXES SUR LES KOLAS DANS LES COLONIES FRANÇAISES.=
Les droits de douane sur les Kolas entrant dans nos diverses colonies de
l’Afrique Occidentale sont loin d’être uniformes.
Au Sénégal, les Kolas provenant des pays étrangers sont astreints à un
tarif d’importation de 0 fr. 75 par kilog. Il est fait exception pour
les Kolas entrant en Casamance, qui paient seulement un droit de 0 fr.
40 par kilog.
Les Kolas destinés au Haut-Sénégal-Niger, ainsi que ceux entrant dans la
Guinée française, acquittent le même droit que ceux entrant au Sénégal.
Les noix provenant de l’hinterland de Libéria et pénétrant soit dans la
Guinée française, soit dans la Côte d’Ivoire, doivent acquitter le même
droit de 0 fr. 75 par kilog., bien que leur valeur dans ces régions soit
très inférieure par rapport à la valeur à la côte. Il en résulte que la
taxe s’élève parfois à plus de 100 % _ad valorem_. Les Kolas de
l’Achanti pénétrant dans le Haut-Sénégal-Niger par l’hinterland de la
Gold-Coast sont taxés à 10 % _ad valorem_, la taxe étant établie d’après
la valeur des noix à la frontière même (cette valeur est de 1 franc
environ par kilog. de noix). Les noix provenant de l’Achanti et
transitant dans l’hinterland du Dahomey, à destination de la Nigéria ne
paient pas de taxe.
Le droit d’entrée dans les ports de la Côte d’Ivoire, colonie soumise à
la convention du 15 juin 1898, est de 0 fr. 50 par kilog.
Enfin, au Dahomey, pays soumis à la même convention, les Kolas sont
exempts de droits à l’entrée.
Les noix de Kola, produites par nos colonies de l’Ouest-Africain et
circulant dans ces colonies, sont exemptes de taxe. Il faut, toutefois,
faire une exception pour les noix produites par la Côte d’Ivoire.
Celles-ci étaient, jusqu’à ces dernières années, soumises à une taxe de
circulation de 0 fr. 50 par kilog., taxe prélevée en vertu d’un arrêté
du Gouverneur de la Côte d’Ivoire en date du 24 novembre 1906, arrêté
substitué à celui du 3 juin 1905, qui avait fixé un droit de
consommation de 10 % _ad valorem_ sur les Kolas récoltés et consommés.
En 1908, cette taxe a été abaissée au taux beaucoup plus rationel de 0
fr. 25 par kilog.
Dans les pages qui vont suivre, nous examinerons en détail les procédés
de commerce et l’importance des transactions en passant en revue d’abord
les pays producteurs de Kolas, ensuite les pays où s’en fait la plus
grande consommation.
* * * * *
=I. — COLONIES FRANÇAISES.=
* * * * *
_A. — Pays producteurs de Kolas._
* * * * *
=1o GUINÉE FRANÇAISE.=
La Guinée produit des Kolas pour l’exportation ; dans toute la zône
littorale, dans le Kouranko, dans le Kissi, enfin dans les pays Tômas et
Guerzés. Elle en importe sur tous les marchés de l’intérieur de la
colonie dans les régions qui n’en produisent pas, notamment dans le
Fouta-Djalon, dans les Cercles de Duinguiray, Siguiri, Kouroussa,
Kankan, Beyla. Ils proviennent du sud-est de la colonie ou de la région
côtière. Beaucoup de Kolas, provenant de Liberia ou de la Côte d’Ivoire,
transitent aussi à travers les Cercles précédents pour être acheminés
ensuite vers le Sénégal et le Soudan. Les statistiques douanières
n’enregistrent que les quantités qui sortent par mer, quantités
s’élevant à environ 50.000 kilogs par an, d’une valeur d’environ 100.000
francs.
Le tableau suivant, communiqué par l’administration de l’Office
colonial, donne les chiffres pour les époques les plus récentes :
Exportation totale en 1907 21.575 kilos
— 1908 30.662
— 1909 59.932 valant 119.864 fr.
1er trimestre de 1910 50.953 101.906 fr.
_Exportations mensuelles de janvier 1909 à mars 1910._
1909 Janvier 9.945 kilos 19.890 francs.
Février 16.453 32.906
Mars 16.992 33.984
Avril 7.249 14.498
Mai 1.826 3.652
Juin 1.191 2.382
Juillet 1.307 2.614
Août » »
Septembre 238 476
Octobre 47 94
Novembre 102 204
Décembre 4.932 9.864
1910 Janvier 66.883[308] 133.766
Février 10.282 20.564
Mars 18.788 38.576
------ -------
95.953 192.906
D’après les renseignements compulsés par CHUDEAU dans le _Bulletin du
Comité de l’Afrique française_, la Guinée a importé en 1904 pour
2.007.793 francs de Kolas ; en 1905, seulement pour 772.000 francs ; en
1907, pour 544.000 francs.
En 1908, l’importation n’a plus été que de 282.928 francs.
Ces chiffres n’ont pas grand valeur ; ils ne correspondent qu’à une
estimation approximative des importations par la frontière du Libéria et
par la frontière intérieure de Sierra-Léone[309], puisqu’aucune
importation appréciable ne se fait par les ports. Or, comme nous le
verrons plus loin, une grande quantité de Kolas entre en fraude par la
frontière libérienne et d’autre part les noix qui acquittent la taxe
sont mercurialisées par la douane à un chiffre tout à fait arbitraire.
1o _Région littorale._ — Ainsi que nous l’avons déjà dit, les Kolatiers
sont communs autour des villages Soussous, dans les vallées chaudes et
humides de la région maritime, surtout dans les vallées du Rio-Pongo et
de la Mellacorée[310]. Ce sont ces régions qui fournissent à elles
seules les Kolas exportés par le port de Conakry et figurant dans la
liste précédente. Les exportations par mer atteignent 50 tonnes
environ ; les bonnes années ce chiffre est dépassé.
Les noix les plus estimées et les plus grosses sont celles du Samo dans
la Mellacorée et celles du Kaloum.
Les plus belles noix vendues à Conakry pèsent de 30 à 40 grammes. Les
noix rouges sont dans la proportion des 3/4 ou des 4/5.
Celles du Koba sont plus petites et sujettes à être attaquées par le
_Sangara_. Il en est de même dans tout le Bramaya. Dans la Mellacorée,
les noix font l’objet d’un très grand commerce ; elles constituent
surtout un article d’échange. Achetées dans le bas pays au moment de la
récolte, au prix de 5 francs les 400 noix, elles sont revendues dans le
haut contre du caoutchouc à un prix élevé. Les noix du Rio-Pongo sont
assez petites et attaquées par le _Sangara_ dans certains villages.
D’après l’administrateur A. HAUET, les indigènes du Rio-Pongo, vendaient
autrefois toute leur production aux maisons de commerce de la région,
mais actuellement les dioulas viennent en chercher une grande partie
pour les transporter soit sur Conakry, soit surtout sur Boké. En 1908,
on payait les noix, à Boffa, 5 francs les 300, soit environ 1 franc le
kilog. Parvenues à Conakry, les noix sont embarquées soit à destination
du Sénégal, soit à destination de la Guinée portugaise. Une notable
quantité est aussi chargée sur le chemin de fer, à destination du Fouta-
Djalon ou même de Kouroussa.
Le port de Conakry exporte chaque année 20 à 50 tonnes de noix de Kola,
estimées de 40.000 à 75.000 fr.
En 1908, la Guinée a importé, par la frontière libérienne ou par celle
Sierra-Léone, pour 282.928 francs de Kolas, alors que la valeur de ses
exportations de noix pour cette même année n’atteignait que 64.008
francs.
2o _Le Kissi._ — La production du Kissi, en y comprenant aussi le
Kouranko, qui lui est rattaché administrativement, est d’environ 400
tonnes de noix par an.
Les noix du Kissi sont très renommées dans tout le moyen Niger.
D’après la coloration, on distingue sur les marchés :
Noms français. Noms kissiens. Noms en kouranko.
--- --- ---
Kola blanc. _Kolo oumbo._ _Oro gué._
Kola rouge. _Kolo sanga._ _Oro oulé._
Kola rosé. _Kolo Kalo._ _Oro saoura._
Les noix ne pèsent en moyenne que 8 à 15 grammes, mais les plus grosses
peuvent atteindre le poids de 40 grammes.
Le village où les dioulas concentrent la plus grande partie de la
récolte avant de l’exporter vers le nord, est Kénéma ou Kissidougou.
Après la cueillette, qui se fait habituellement en novembre, les noix
sont ordinairement triées ; celles qui sont déjà attaquées par le
_Sangara_ sont mises de côté et consommées par le producteur.
L’autre lot est à son tour divisé en deux parts : l’une comprenant les
plus belles noix ; l’autre, celles de petite et de moyenne grosseur.
Celles-ci sont vendues à Kénéma et sur les marchés locaux aux dioulas et
aux habitants du pays.
Le prix de vente est très variable suivant l’époque de l’année et
suivant que la récolte a été bonne ou mauvaise. Les années de fort
rendement, on cède, à Kénéma, 250 à 260 noix moyennes pour 5 fr. Les
années de faible récolte, le prix peut doubler : on n’obtient plus que
100 à 150 noix pour 5 fr. et même si les noix sont grosses, on n’en a
plus que 80. Parfois les dioulas arrivent en grand nombre au Kissi, ce
qui détermine une concurrence effrénée. Les transactions se font souvent
la nuit et le cultivateur en profite pour vendre les noix attaquées par
le _Sangara_ dont il dissimule les défauts. Par contre, à l’époque de la
rentrée de l’impôt, le marchand à son tour exploite le producteur.
L’indigène, toujours imprévoyant, n’a pas conservé d’argent pour
acquitter sa taxe ; pour s’en procurer, il a comme seule ressource la
vente des Kolas. A ce moment (c’est ordinairement pendant les premiers
mois de l’année et en quelques semaines que l’administration fait
rentrer tout l’impôt), le cours des noix devient très bas et on peut les
obtenir à raison de 300 ou 350 pour 5 fr.
Quant aux plus grosses noix, le Kissien les conserve ordinairement
quelque temps dans sa case et à la morte saison il va les vendre lui-
même au marché de Bamako. Une charge, comprenant 1.500 à 2.000 noix
(très rarement 3.000), peut rapporter 100 à 150 fr.
Les grosses noix se vendent en effet, à Bamako, 5 francs le lot de 50
Kolas.
Si les amandes sont très belles, elles s’écoulent très rapidement ; au
contraire, les noix de petite taille se vendent lentement, car à Bamako,
il en vient de toutes parts : de Conakry, de Beyla, du Ouorodougou,
rarement du Kissi.
Les petites et les moyennes noix de cette province, ainsi que celles du
Kouranko, s’écoulent habituellement dans les cercles de Faranna, de
Kouroussa, de Kankan et jusqu’à Siguiri. Là elles se rencontrent avec
les noix apportées par le Sénégal et par le chemin de fer de Kayes au
Niger.
Le Kissien qui porte de grosses noix à Bamako, s’il n’en a point donné
en cours de route et s’il n’en a pas perdu par le _Sangara_, peut
rapporter à son village 150 fr. par charge. Son voyage a duré 45 jours
(aller et retour). S’il avait vendu la même charge à un dioula au Kissi
même, il n’en eut retiré que 40 à 50 fr.
3o _Pays Tômas et Guerzés et Frontière libérienne._ — Dans tous les pays
compris dans les bassins supérieurs des rivières Makona, Loffa et St-
Paul (ou Diani), les noix de Kola donnent lieu à un commerce
considérable.
Elles constituent l’unité de monnaie la plus courante et aussi bien pour
les plus menus achats que pour le gros trafic, c’est avec des noix qu’on
solde tous les comptes. Les Kolas mis en vente pèsent habituellement de
10 à 20 grammes ; dans la partie ouest, les noix blanches prédominent ;
à l’est, on trouve surtout des noix rouges.
La principale cueillette se fait en octobre et novembre, mais quelques
noix mûrissent aussi tout au long de l’année. En outre les indigènes
conservent aussi dans des cachettes des noix cueillies depuis longtemps
et les vendent au fur et à mesure suivant leurs besoins. Elles sont
ordinairement apportées par des femmes sur les principaux grands
marchés.
Certains de ces marchés ont eu, jusqu’à ces dernières années, une
importance prodigieuse.
Les plus achalandés de la zone sud étaient ceux de : Kabaro, de Nsapa,
de Léné, de Boola, de Lola, de Nzo.
Dans la zone nord, située à 100 ou 150 kilomètres des lieux de
production sont les importants centres de Bofosso, de Diorodougou et de
Beyla.
En tous ces points, les marchés ont lieu à jour fixe, une fois par
semaine. Les marchés de la zône sud se tiennent habituellement sur une
place bien nettoyée située à l’entrée, mais en dehors du village et
ombragée par de grands arbres. Souvent cette place se trouve à la
lisière même de la forêt, et quelques sentiers seulement cachés sous les
arbres y aboutissent. Il y a peu d’années encore, les villages étaient
fortifiés par une enceinte en terre (_tata_) et les marchés se tenaient
toujours en dehors de l’enceinte. Ils sont fréquentés par tous les
habitants des petits villages voisins situés dans un rayon de 50
kilomètres et parfois à plus grande distance ; aussi ce n’est qu’à
partir de 10 heures du matin qu’une certaine activité commence à régner
sur la place ; le trafic bat son plein entre midi et deux heures de
l’après-midi. Les gros traficants qui visitent périodiquement ce pays,
sont pour la plupart des Koniankés, des Malinkés et des Bambaras venus
des régions de Beyla, de Kerouané ou de Touba.
Ils viennent du Nord, avec des marchandises européennes achetées à
Bamako, à Kankan ou à Beyla, parfois aussi à Conakry.
Ce sont des cotonnades à bas prix, du tabac, du sel en barre, des outils
en fer (machètes, couteaux, rasoirs), des verroteries, de la poudre, des
capsules, des fusils, des bracelets en cuivre, en bronze, en étain, en
aluminium, voire même des petits flacons de parfums ou des bouteilles
d’absinthe de traite. D’assez nombreux traitants et dioulas d’origine
malinké se sont fixés dans le pays pour se livrer au commerce et ont
constitué quelques petits villages musulmans en plein pays Guerzé.
Ils vivent en bonne intelligence avec les autochtones ; malgré l’état
d’insécurité du pays pour les étrangers des peuplades voisines qui s’y
aventureraient, les commerçants reçoivent toujours l’accueil le plus
loyal. Outre les noix de Kola, ils achètent aussi depuis quelques années
le caoutchouc.
Le marché se tient le jeudi à Boola, le lundi à Lola, le jeudi à Nzo, le
samedi à Lané. Nous avons visité ces divers centres commerciaux.
A Kabaro, chaque année, transitent environ 60 tonnes de Kolas. Leur
valeur est de 150 à 350 noix pour 5 fr.
Ce marché est très fréquenté par les dioulas malinkés circulant à
travers la Guinée. Un rapport administratif explique ainsi le trafic
auquel se livrent ces commerçants :
Après avoir vendu contre de l’argent ses marchandises apportées de
Conakry dans la région de Diorodougou, le dioula se rend à Kabaro et
obtient en moyenne 240 kolas pour 5 fr. Il en prend une ou plusieurs
charges et repart vers le nord jusqu’à ce qu’il trouve à les échanger
contre du caoutchouc, ce qui le mène dans la région de Kouroussa. Contre
120 Kolas on lui donnera là un kilogramme de caoutchouc[311], c’est avec
ce produit qu’il va prendre le chemin de Conakry pour y reconstituer sa
pacotille. « Connaissant le prix du caoutchouc, dit le rapport, on peut
aisément apprécier le bénéfice réalisé.
« En prenant le cycle de ces diverses opérations, autrement dit en
ramenant notre homme au point où nous l’avons pris, on arrive aux
conclusions suivantes que l’on peut résumer graphiquement :
Diorodougou : 5 francs (en espèces) ;
Kabaro : 240 Kolas (valeur moyenne) ;
Cercle de Kouroussa : 2 kilogs de caoutchouc ;
Conakry : 18 francs en espèces échangés contre 6 pagnes à 3 francs ;
Diorodougou : 6 pagnes vendus 5 fr., soit 30 fr.
La mise de fonds aurait donc sextuplé.
« Toutes ces données n’ont rien de rigoureux ; bien des circonstances
particulières peuvent les faire varier. Nous avons seulement considéré
le cas le plus général en prenant comme point de départ une somme de 5
fr. pour plus de facilités. »
Nous n’avons rapporté ces renseignements qu’à titre documentaire. Ils
sont manifestement inexacts. Le rapport ne tient compte ni des Kolas qui
s’avarient en cours de route, ni des dépenses de la caravane, ni des
aléas auxquels est exposé le dioula (marchandises volées, noyées au
passage des rivières, détériorées par les tornades ; fluctuations
fréquentes dans le cours du caoutchouc qui ont leur répercussion jusque
dans les villages producteurs).
En réalité, comme nous l’avons dit plus haut, les opérations du dioula
sont beaucoup moins rémunératrices.
Au marché de Lola, on vend surtout des Kolas rouges. Ce n’est pas le
producteur, mais un premier intermédiaire appartenant à la race des
_Manons_ qui les apporte au marché. Les noix sont étalées par petits
lots[312] et vendues contre marchandises, c’est donc d’abord un troc.
Les principaux articles utilisés pour ces échanges sont le fer, le sel,
la guinée, les bandes de toile indigène.
Pour une petite barre de fer, sorte de lame aplatie longue de 35 cm. et
pesant 200 à 300 grammes, lame nommée _konkourou_ dans le pays, on
obtient 100 noix. Le _konkourou_ est estimé 0 fr. 50 par les dioulas. Le
_guenzé_, morceau de fer plus petit, est évalué 0 fr. 33 à Lola.
Pour une pièce de Guinée estimée à Beyla 8 fr. à 9 fr., on obtient, au
moment de la récolte 1500 Kolas, soit 166 noix pour 1 fr. Les Kolas les
plus communs pèsent 10 gr. à 15 gr. D’après les pesées que nous avons
effectuées à Lola même, il en faut 75 pour faire un kilog.[313] ; dans
ce cas, les 166 noix payées 1 fr. (en Guinée) reviennent donc à 0 fr. 45
le kilog. De même, si on achète contre du fer, on obtient 100 Kolas pour
un _konkourou_ de 0 fr. 50, de sorte que dans ce cas le kilog. revient à
0 fr. 37. Mais si on veut obtenir des Kolas contre des espèces
monnayées, il faut s’adresser aux dioulas Koniankés qui ont effectué le
troc et dès ce moment ils prélèvent dès Lola un bénéfice sérieux[314].
Pour 5 fr., on obtient 400 Kolas. Nous avons nous-même acheté 40 noix
pesant 536 gr. pour une pièce de 0 fr. 50. Dans ces conditions, le prix
de revient du kilog. est de 0 fr. 90.
Le dioula a donc tout intérêt à venir à Lola effectuer ses achats contre
des marchandises.
En résumé, les noix sont échangées par petits lots contre des objets de
traite variés ; les commerçants accumulent ainsi des stocks importants
de noix qu’ils transportent ensuite vers le nord ou qu’ils cèdent
aussitôt à d’autres dioulas contre des espèces.
Le marché de Nzo se tient tous les jeudis, sur une place en dehors du
village. On y trouve des Guerzés, des Dans ou Dyolas, des Manons. En
1909, il était fréquenté par 2.000 personnes environ et on y apportait
100 à 150 charges de noix par marché, mises en vente par petits lots de
50 à 500 noix, rarement par lots plus forts. Les achats se font surtout
contre du sel, des bracelets, des bandes de toile indigène. Les
principaux acheteurs sont des traitants installés à demeure, tenant leur
étal sur des peaux de bête, à l’écart du marché. De temps en temps,
leurs employés apportent des charges de noix achetées au détail contre
marchandises et se réapprovisionnent en objets de pacotille.
Ces noix de Kolas sont ensuite cédées contre argent (en mars 1909, 410
Kolas pour 5 fr.) aux dioulas venus du sud avec des ânes et des bœufs
porteurs. Immédiatement, on en constitue des charges de 25 à 35 kilogs
et les noix sont de suite emballées après avoir été préalablement
comptées.
Une très grande animation règne, sur le marché de Nzo, de 10 heures du
matin à 3 heures du soir. La précieuse noix est la base de toutes les
transactions : c’est avec les Kolas qu’on paie l’huile de palme, le riz
et les autres produits alimentaires. Les noix servant aux achats sont
toujours comptées. Des enfants parcourent le marché dans tous les sens,
poussant des cris pour offrir des bottes d’_Orofira_ ou des paniers
destinés à l’emballage de la précieuse denrée. On leur achète ces objets
contre quelques noix. A 4 heures, la place du marché est évacuée ; elle
est alors toute jonchée de vieilles feuilles d’_Orofira_ ayant servi à
apporter les noix vendues. Les dioulas rentrent dans leurs cases,
comptent et emballent leurs recettes.
La plus grande partie des marchés dont nous venons de parler ont été
presque anéantis dans ces dernières années par l’installation de postes
douaniers prélevant des droits d’entrée disproportionnés à la valeur des
noix de Kola dans ces régions.
C’est sous l’administration du général de TRENTINIAN qu’un premier poste
de douane, ou plus exactement d’_oussourou_[315], fut créé à Boola en
1899.
A cette époque, la taxe sur les Kolas venant du Libéria était de 0 fr.
10 par kilog. Ce droit était en rapport avec la valeur réelle des Kolas.
Les colporteurs payaient, en outre, un droit de circulation de 0 fr. 10
par kilog. de noix transportées. Le district de Boola ayant été rattaché
à la Guinée, le poste d’_oussourou_ fut supprimé à partir du 1er janvier
1900 ; mais, à la suite d’un voyage effectué dans ces régions par
l’inspecteur des douanes de la Guinée, une série de postes douaniers
furent installés, en 1903, non pas le long de la frontière du Libéria
qui n’existait pas, mais à côté de nos postes militaires les plus
avancés : les plus importants étaient ceux de Diorodougou, de Guéaso, de
Boola. En 1905, le gouverneur FRÉZOULS, considérant les postes douaniers
de la zône libérienne comme des entraves au commerce, en proposa la
suppression ; elle fut acceptée à la fin de 1905 ; mais, dès le milieu
de 1906, ces postes étaient de nouveau rétablis ; un arrêté de février
1909 les a maintenus en les reportant plus au sud.
Nous avons sous les yeux les recettes effectuées par le poste de Boola,
de 1904 à 1908 :
1904 1905 1906 1907
86.195 fr. 25 59.661 fr. 18 27.992 fr. 94 156.157 fr. 40
L’année 1907 a donné des recettes plus élevées, parce que le contrôle a
fonctionné constamment et, à cette époque, la plupart des caravanes
n’avaient pas encore détourné leur route pour éviter les taxes[316].
Dès le début de l’installation des postes douaniers, la fraude a
commencé à être pratiquée et elle a été en s’accroissant d’année en
année.
Alors que les Kolas achetés contre des morceaux de fer valaient à Lola,
en avril 1909, 0 fr. 37 le kilog., le droit prélevé sur les Kolas, à
Boola, était de 0 fr. 75 par kilog., et cette anomalie était d’autant
plus étrange qu’elle était perçue en un point situé à l’intérieur de nos
territoires à plus de 50 kilomètres de la frontière. Les Kolas de la
zône française des hauts bassins libériens acquittaient donc la même
taxe que ceux qui provenaient de la zône qui n’était ni française ni
libérienne (l’administration du Libéria ne s’exerçant pas, comme on le
sait, sur l’hinterland).
Cette taxe, extraordinairement prohibitive puisqu’elle s’élevait sur les
lieux de production à plus de 200 %, eut pour résultat de favoriser la
fraude dans des proportions inattendues. Les postes douaniers, réduits à
un préposé européen et à quelques gardes-frontière par poste, sont
demeurés impuisants à assurer la surveillance des routes et, en
définitive, une quantité énorme de Kolas de l’hinterland de Libéria
pénètre dans la Guinée sans acquitter de droits ; mais ces noix ne
passent plus par les grands marchés de notre territoire : ceux-ci sont
en partie anéantis. Ce n’est pas seulement le trafic des noix de Kola,
dans ces régions, qui a été atteint. On sait que les précieuses amandes,
dans tous les pays situés au sud de Beyla et de Touba, servent d’unité
de monnaie. Chaque semaine, de nombreuses femmes du Konian (environs de
Beyla) venaient à Boola et à Guéso pour y écouler les produits vivriers
de leurs plantations. Ces produits vivriers étaient échangés contre
diverses denrées, mais, en définitive, à la fin de la journée toute la
recette était réalisée en noix de Kola que les femmes rapportaient à
Beyla. Elles effectuaient ainsi un voyage de 3 ou 4 jours de marche
(aller et retour) pour rapporter seulement quelques centaines de noix à
chaque voyage. Tous les jeudis, outre de nombreuses charges de dioulas
pesant 35 à 40 kilog., il partait du Boola vers le nord une centaine de
petites charges de 15 à 20 kilog., transportées par des femmes qui les
revendaient ensuite à Beyla.
Les postes douaniers prétendirent faire acquitter la taxe aux noix
achetées ainsi à Boola et transportées à Beyla. Mais la douane se trouva
en présence de la difficulté suivante : les femmes, qui se livraient à
ce petit trafic, ne se servaient pas d’espèces monnayées, il fallut donc
faire payer la taxe en nature, et comme les Kolas avaient parfois une
valeur moindre que la taxe exigible, les prélèvements se firent d’une
manière tout à fait arbitraire. Au début de 1909, à Guéaso, une femme
qui rapportait 200 Kolas comme produit de la vente de ses denrées,
devait en abandonner 150 au fisc pour avoir le droit d’en rapporter 50 à
Beyla. A Boola même, un préposé des douanes nous citait le cas suivant :
la femme d’un douanier indigène, qui avait acheté au marché de cette
localité 6 kilogs de Kolas pour 5 francs acquitta une taxe de 4 fr. 50 :
les Kolas valaient donc 9 fr. 50 ; mais ils se vendirent à Beyla, ville
située à 45 kilomètres plus loin, seulement 6 francs. La traficante,
outre son temps, avait donc perdu 3 fr. 50.
Ces faits expliquent l’affaiblissement du commerce de ces régions. A
Boola, où se rencontraient à chaque marché, il y a peu d’années encore,
plusieurs milliers d’acheteurs, il n’en vient que quelques centaines
chaque jeudi[317].
A la fin de 1909, les postes douaniers ont été déplacés et portés plus
au sud, à la frontière même, aux villages de Lola, de Nzo et de Danané.
Ces centres, encore prospères en 1909, seront probablement atteints à
leur tour, malgré les efforts déployés par quelques administrateurs et
par quelques officiers pour concilier les droits du fisc et les intérêts
du commerce local.
Nous pensons, pour notre part, qu’il faudrait abaisser la taxe sur les
Kolas importés par la frontière libérienne, à 0 fr. 20 par kilog. ou
même la supprimer complètement. En outre, si on la maintient en la
réduisant, il faudrait accorder la franchise aux lots inférieurs à 200
noix ; ces petits lots constituent souvent exclusivement de la monnaie
pour les transactions locales.
Nous reviendrons sur cette question dans nos conclusions.
Avant de nous éloigner de ces régions, nous devons mentionner le marché
de Beyla, bien qu’il soit situé assez loin en dehors de la zône de
production.
Ce marché, créé depuis quelques années seulement par l’autorité
militaire, se tient tous les dimanches sur une place de Diakolidougou,
faubourg commercial situé à environ un kilomètre de la résidence
administrative. C’est de 9 heures à midi que les transactions atteignent
toute leur intensité ; on compte alors, sur la place, 1.000 à 1.500
personnes venues de tous les villages de la région avoisinante sur un
rayon de 3 journées de marche. Outre les Kolas, les principales denrées
mises en vente sont : de la viande de boucherie, de la viande boucanée,
du poisson sec, des crevettes fumées, des chenilles et des fourmis
blanches desséchées, de l’huile de palme, du riz, de nombreux autres
produits alimentaires : riz, mil, maïs, haricots, _soumbara_ (fromage de
graines de nété ou _Parkia biglobosa_), légumes indigènes, épices du
pays, sel en pierre, un peu de coton, de l’indigo brut, des bandes de
coton tissées, des peaux, etc.
Les produits venus d’Europe : tissus, quincaillerie, verroterie, etc.,
se vendent surtout dans les boutiques et aux étalages installés en
bordure du marché[318].
C’est également à ces comptoirs que l’indigène porte le caoutchouc et
les défenses d’ivoire, sans les exposer sur la place publique.
Les achats se font, depuis longtemps déjà, contre de l’argent monnayé
français. Sur la place, c’est également contre de l’argent et de la
monnaie de billon que se traitent les petites affaires. Ce n’est que
pour de très faibles achats qu’on se sert des noix de Kola, dont le
cours varie souvent : au cours le plus normal, 20 noix équivalent à 0
fr. 50. On achète une pincée de piment contre une noix, une petite
mesure de riz contre 5 noix, etc.
Autrefois on se servait, comme monnaie divisionnaire, des _guenzés_,
morceaux de fer dont nous avons parlé précédemment, mais ils n’ont plus
cours aujourd’hui à Beyla, tandis qu’on s’en sert toujours à Nzo, à
Lola, à Lané.
Les _cauris_, ces petits coquillages blancs dont il a été aussi
question, ne servent pas de monnaie dans la région de production des
Kolas. Les indigènes de ce pays les utilisent, en petite quantité, comme
objets d’ornement en les portant dans leur chevelure, en en faisant des
colliers ou en les fixant sur la crosse de leurs fusils.
Les noix de Kolas mises en vente à Beyla, sont habituellement plus
grosses que celles du Kissi. Les noix vendues en mars pèsent en moyenne
de 15 à 18 grammes ; les plus belles atteignent le poids de 25 à 28
grammes et les plus petites une dizaine de grammes. A la même époque,
les noix vendues au Kissi ne pèsent en moyenne que 8 à 12 grammes. Nous
avons déjà expliqué cette anomalie, en montrant que les plus belles noix
du Kissi étaient triées et exportées vers Bamako.
Il faut de 55 à 65 Kolas de Beyla pour peser un kilog. ; à Kissidougou,
il en faut parfois une centaine.
La charge de Kolas de Beyla renferme 1.500 à 2.000 noix, tandis que la
charge de petites noix du Kissi comprend jusqu’à 3.000 amandes. Malgré
la différence de taille, les noix du Kissi sont plus estimées que celles
de Beyla par les connaisseurs indigènes qui savent les différencier en
les dégustant. On assure que les noix vendues à Beyla ont été cueillies
avant maturation, ce qui les rendrait moins agréables au goût. Par
contre, elles sont moins exposées aux attaques du _Sangara_.
Comme au Kissi, on trouve au marché de Beyla des noix de trois
colorations différentes :
1o _Kolas rouges_ (_Oro oulé_ des dioulas). — Leur coloration est d’un
rouge-brun, rappelant la couleur de certains vins épais. Ils forment au
moins les 2/3, et plus souvent les 3/4, des lots mis en vente (certains
lots ne renferment même que des Kolas rouges) ; les Kolas blancs et les
Kolas rosés entrent pour 1/3 ou pour 1/4 au maximum et sont mélangés.
2o _Kolas rosés._ — Dans une charge de Kolas de Beyla, on trouve
ordinairement toutes les gammes entre les Kolas franchement rouges et
les Kolas blancs. Les malinkés nomment ces Kolas de teinte intermédiaire
_Sa oura_. Il parait qu’il existe des arbres qui produisent
exclusivement cette sorte de coloration : nous n’en avons pas observé.
Parmi ces Kolas de teinte claire, la coloration la plus fréquente est
une teinte d’un rose très clair un peu lavée de blanc-jaunâtre.
3o _Kolas blancs_ (_Oro goué_ des dioulas). — Ne se rencontrent qu’en
très petite quantité à Beyla. La noix est d’un blanc de neige au sortir
du tégument ; mais, au bout de quelque temps, elle prend à l’air une
teinte blanc-jaunâtre ou jaune légèrement verdâtre. C’est cette dernière
teinte qu’elle a sur tous les marchés.
Il est très difficile d’évaluer la quantité de Kolas apportés chaque
année au marché de Beyla. Les patentes de dioulas délivrées aux
caravaniers pourraient fournir des indications à ce sujet ; mais
l’administration, avec raison, laisse passer en franchise une grande
quantité de charges[319]. En 1908, le cercle de Beyla avait encaissé
seulement 4.000 francs de patentes, correspondant à 1.300 charges (de 30
kilog.), circulant dans le pays. En réalité, il en circule beaucoup
plus.
D’après M. LIURETTE, il passerait à Beyla, chaque année, environ 400
tonnes de noix de Kola, soit 16.000 charges.
Selon l’administrateur LEPRINCE, c’est à 12.000 charges qu’il faudrait
évaluer la quantité de Kolas produites par le cercle de Beyla ou
transitant sur son territoire.
Il nous reste à dire quelques mots sur la valeur réelle des Kolas au
marché de Beyla.
Au marché de Lola, comme nous l’avons vu, les dioulas les achètent
habituellement à raison de 500 Kolas pour 5 fr. ou 15 francs la charge
de 25 à 27 kilog.
Rendus à Beyla, à 8 jours au N. de Lola, les Kolas ne valent encore que
25 fr. la charge de 1.500 noix ou 1 fr. 66 le cent en moyenne, soit 300
noix pour 5 fr. Nous-même les avons payées, sur la place publique, le 7
février 1909, c’est-à-dire à l’époque où ils sont déjà rares, sur le
pied de 250 à 270 noix pour 5 fr.
Les gros Kolas rouges triés se vendaient à raison de 200 noix pour 5 fr.
Pour que cette marchandise puisse se vendre à Beyla à un prix aussi
faible, il est nécessaire qu’elle n’ait point acquitté de droits
d’entrée, car, en ajoutant au prix d’achat à Lola la taxe de colportage
et le droit d’entrée de 0,75 par kilog., la charge à Lola même
reviendrait déjà à 36 fr. ; il serait donc tout à fait impossible
qu’elle se vende 25 fr. à Beyla.
Ce seul fait montre sur quelle étendue se pratique aujourd’hui la
contrebande.
Le colporteur indigène répugne à acquitter des taxes. Comme il est
presque toujours insolvable, en fraudant il s’expose seulement à voir
confisquer sa marchandise. Les postes de douane n’ayant qu’un personnel
très restreint, il est facile de passer sans être surpris.
En 1909, le poste de douane qui a été installé à Danané dans la haute
Côte d’Ivoire, n’existait pas encore et il était très aisé d’éviter les
postes de la haute Guinée, en passant d’abord sur le territoire de la
Côte d’Ivoire.
Les caravaniers se rendaient à Ouaninou, dans le cercle de Touba, puis
faisant un détour sur Kouroukoro et Maninian, ils venaient tomber à
Kankan.
Ces colporteurs contrebandiers ont droit, selon nous, à de sérieuses
circonstances atténuantes, car le bénéfice qu’ils réalisent, même en
évitant la taxe, est très minime.
Pour se rendre de Lola à Bamako ou à Banemba, où il écoule ses Kolas, le
dioula doit marcher environ 30 jours en faisant des étapes d’une
vingtaine de kilomètres par jour et en portant sur sa tête (à moins
qu’il n’ait quelques baudets, qui meurent fréquemment en route), une
lourde charge de 25 à 30 kilog.
Parvenu à destination, il ne reste plus au dioula que 1.000 Kolas
environ. Il a dû en sacrifier environ 500 en cours de route : certaines
noix étaient avariées par le _Sangara_ ou germées et il a fallu les
jeter ; d’autres ont été distribuées aux hôtes et aux amis pour prix du
logement et de la nourriture. Les 1.000 Kolas qui restent sont mis en
vente sur le marché. Il faudra plusieurs jours pour les écouler.
Supposons que les 3/5 de la charge comprennent de petites noix et les
2/5 des grosses noix. A Bamako, les premières se vendront 0 fr. 05
pièce ; les 600 rapporteront 30 fr., les 400 autres pourront se vendre 0
fr. 10 pièce et auront rapporté 40 fr. ; la charge aura donc été écoulée
à raison de 70 fr.[320], et comme elle a coûté environ 15 fr. à Lola,
elle aura procuré un bénéfice de 55 fr. au colporteur contrebandier ; si
toutes les taxes avaient été acquittées, le bénéfice serait de 35 fr.
seulement.
Pour réaliser un bénéfice aussi maigre, 40 journées environ se sont
écoulées entre la date de l’achat et la date de la vente et le
caravanier a dû parcourir 600 kilomètres lourdement chargé et en menant
une existence de privations.
Avec les 70 fr. retirés de la vente des Kolas, le dioula soudanais,
achetait autrefois à Banemba du sel de Taoudéni venu par Tombouctou et
Nioro. A Bamako, il faisait l’acquisition de tissus d’Europe.
Aujourd’hui il trouve ces marchandises à meilleur compte à Kankan où
existent une vingtaine de maisons européennes. Il peut s’y procurer non
seulement des étoffes, mais aussi du sel gemme en tables, provenant de
Roumanie, presque semblable à celui de Tombouctou, et se vendant
seulement 0 fr. 75 à Kankan, environ 1 fr. à Beyla. Sur ces marchandises
le dioula ne réalise que de maigres bénéfices. Seul le bétail donne
parfois d’assez belles recettes ; il est amené du cœur du Soudan et
vendu soit à Beyla, où de nombreux troupeaux se sont développés grâce à
ces introductions, soit même aux peuplades forestières chez lesquelles
on le débite comme viande de boucherie en l’échangeant contre du
caoutchouc. Mais le convoyage des troupeaux de Bamako vers Lola et Nzo
est lent, les maladies à trypanosomes sont fréquentes, de sorte qu’il y
a souvent des déchets nombreux. Aussi le pécule du dioula s’accroit
lentement.
=2o HAUTE COTE D’IVOIRE.=
Nous avons fait connaître dans un chapitre précédent l’importance de la
production des noix de Kola dans la partie N.-O. de la forêt de la Côte
d’Ivoire, spécialement chez les Dyolas ou Dans, chez les Bétés et chez
les Lôs ou Gouros.
« Le commerce des Kolas, écrit le capitaine LAURENT, est le seul auquel
se livrent les Dyolas. Ils s’y sont adonnés de tout temps, car il est
leur seul moyen de se procurer tout ce qui leur manque. Le commerce se
fait soit isolément dans les villages, l’acheteur traitant directement
avec le récolteur, soit sur des marchés périodiques où colporteurs et
vendeurs se rendent en grand nombre. Les objets les plus divers tiennent
lieu de monnaie. Les plus appréciés sont le sel, les pagnes, la toile,
le cuivre en baguettes ou bracelets, les coupes-coupes, les instruments
de culture, les bœufs, les articles de verroterie.
« Les marchés sont hebdomadaires et se font toujours aux mêmes endroits.
Les plus importants sont ceux de :
Noms des marchés Jour Provenance des indigènes qui les
fréquentent
Té » Cantons du N.-E. et Touras.
Dioandougou » Cantons du S.-E.
Togouapolé mardi Canton de Plépolé, Végoui, Nuanlé, Iésé.
Oua mardi Canton de Gouro, Sé, Ouansoménou, Oua
nord.
Flampleu dimanche Canton d’Oua (centre et sud), Doualé,
Koualeu, Iorolé, Gouané, Nuanlé et
divers groupements Guérés ; très
important.
Bounda samedi Canton de Blossé, Lolé, Koulinlé, très
important.
Fineu mardi Canton de Blossé, Iorolé, Koulinlé, Folé.
Danané jeudi Canton de Houné.
« Tous ces marchés sont fréquentés par les colporteurs mandingues de
Touba et Beyla et par des Guerzés. Ceux du bassin de la Nuon : Zoualé
(le jeudi), Gapleu (le mardi), ne reçoivent que de rares Guerzés.
« Les étrangers venant acheter les Kolas sont toujours bien accueillis.
« D’une façon générale, les trafics se font sans la moindre difficulté.
Les Dyolas sentent qu’ils ont besoin des étrangers et les ménagent. Ils
ne leur font pas payer le logement, mais simplement la nourriture et
encore les colporteurs s’en tirent-ils à bon compte s’ils savent s’y
prendre. Pour peu qu’ils soient habiles et beaux parleurs, ils
s’installent en maîtres et sont bien traités partout où ils passent ;
leurs conseils sont écoutés, généralement suivis, et leur influence est
grande. »
Jusqu’à ces dernières années, les Dyolas vendaient leurs Kolas sur place
aux Mandés. Rares étaient ceux qui faisaient le colportage.
Ils s’y mettent un peu maintenant que nous leur assurons la sécurité des
routes. Ils se risquent jusqu’à la lisière N. de la forêt, faisant le
petit commerce d’intermédiaires, aux marchés de Nzo, Oua, Gouro, Iuro,
Flampleu, Danané, Bounda, Fineu. Aux marchés importants de Bounda
(Blossé) et Flampleu (Oua), il se vend une moyenne de plus de 100.000
noix par semaine.
Les marchés se tiennent presque toujours en dehors du village, sur une
place bien nettoyée située dans la forêt, au point de rencontre de
plusieurs sentiers et souvent à quelques centaines de mètres de toute
habitation.
« Ils durent, en général, écrit LAURENT, de 8 h. du matin à 2 h. de
l’après-midi. Ils commencent par le trafic des céréales, des poulets et
de menus objets entre indigènes du voisinage. Puis vers 10 heures, une
fois disparus les femmes et les enfants, le commerce des Kolas pratiqué
exclusivement par les hommes fait son début.
« Les vendeurs s’installent pêle-mêle à l’ombre, exposent leurs fruits,
soigneusement enveloppés dans des feuilles et attendent. Les colporteurs
s’approchent tenant à la main un objet de troc quelconque et le
présentent à la ronde en criant « Eh ! Eh ! » Quand ils ont trouvé un
amateur, ils s’arrêtent et négocient.
« Quand les deux parties sont d’accord, le colporteur dépose à terre
l’objet qu’il cède et se fait compter les Kolas dans un pagne. Il les
examine avec soin, présente ses observations, refuse ceux qui lui
paraissent suspects. Acheteur et vendeur ont jusqu’au dernier moment le
droit de se dédire. Les comptes terminés, ils se consultent une dernière
fois du regard et si l’accord persiste, le vendeur donne un Kola
supplémentaire qui est le signe de la conclusion définitive du marché.
« L’acheteur, non plus que le vendeur, ne répond pas des vices cachés de
sa marchandise. C’est à la partie adverse à examiner sérieusement et à
ne pas s’engager à la légère. »
LAURENT fournit la mercuriale des Kolas à Danané (pour 1907) :
Un coupe-coupe (machète) = 200 Kolas.
Un bracelet en cuivre = 30 à 40
Un pagne mandingue = 300 à 500
Un bila (petit pagne) = 100
Un collier de perles = 80
Un bœuf de belle taille = 9.000 à 10.000
La valeur de chaque noix pesant 12 à 15 grammes serait de 0 fr. 05.
En avril 1909, au marché de Oua, le prix des Kolas était notablement
moins élevé et les pièces de monnaie commençaient à avoir cours.
Les dioulas obtenaient pour 5 francs 320 à 350 noix. La valeur des Kolas
était donc d’environ un franc le kilog. Contre des marchandises, le prix
était encore moins élevé : pour un pagne valant deux francs à Touba on
obtenait 200 noix.
Kahounien, par 6° 57′ de lat., est le marché limite des Kolas vers le
sud dans le bassin du Cavally ; les caravaniers du Nord s’y rencontrent
avec les Guerzés du Sud qui viennent aussi y acheter des Kolas, car eux-
mêmes n’en produisent pas.
Plus à l’est, entre le cours du Sassandra, à partir de l’endroit où il
s’incurve vers le sud et le cours du Marahoué, affluent du Bandama, il
existe encore des marchés de Kolas très importants sur lesquels nous
reviendrons.
Les Pays situés au sud de Man produisent aussi une assez grande quantité
de Kolas, principalement en pays Guéré. D’après les renseignements
inédits qu’a bien voulu nous communiquer le lieutenant RIPERT, on doit
distinguer dans ces régions deux lignes de marchés.
La première ligne, située au N., comprend les marchés de Dioandougou
(Dioanpré), Té, Banankoro.
La seconde ligne située au S., comprend les marchés de Man, Gouékangoui,
Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé, Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien
(en pays Ouobé).
A Man, on apporte par marché hebdomadaire, en mai, c’est-à-dire en
dehors de la grande récolte, 60 à 80 charges de 1.500 à 2.000 noix. A Té
et à Dioandougou, on apporte 100 à 150 charges par jour de marché en
mauvaise saison.
A Gouékangoui, à Gouagouré et à Blo, on apporte 5.000 à 10.000 Kolas par
marché.
La grande récolte des noix dans ces pays a lieu en octobre et novembre,
mais les marchés les mieux approvisionnés se tiennent en décembre,
janvier et février.
Les dioulas du Soudan fréquentent seulement les marchés de la ligne N. ;
un assez grand nombre viennent aujourd’hui jusqu’à Man. Les marchés de
la ligne sud sont fréquentés par des Dyolas et des Ouobés, qui vont
vendre leurs acquisitions aux dioulas visitant les marchés du Nord.
Après avoir franchi le Sassandra ou le Bafing, les dioulas soudanais
passent par le grand marché de Touna ou par celui de Ouaninou, puis ils
se dirigent sur Touba ou sur Beyla.
Le capitaine SCHIFFER, qui a vécu dans les pays Bétés et Gouros de 1906
à 1909, a fourni dans ses rapports inédits d’intéressants renseignements
sur la manière dont se fait le trafic des noix de Kola dans ces pays.
« C’est, écrit-il, un commerce continu de tribu à tribu vers le Nord,
mais il n’existe pas de routes ou d’artères commerciales d’un long
parcours. Par exemple, les femmes du Bogué apportent leurs Kolas dans le
Balo, vont dans le Zéblé et chez les groupes où les attirent quelques
liens de parenté, mais elles s’arrêtent généralement à Daloa et depuis
la création d’un poste dans cette région à Idéblé ; les femmes du Zéblé
vont dans le Balogué et celles de ce groupe se rendent chez les Kouyas
qui transportent à leur tour les Kolas chez les Lôs ou Gouros du Nord.
« De cette façon, les Kolas qui dans le Bogué et le Balo ont une valeur
approximative de cinq pour un sombé, soit environ un centime pièce, se
vendent déjà à Touna, Diorolé et Toubalo 5 centimes pièce ; il ne s’agit
naturellement que des plus belles noix. Celles-ci augmentent de prix
entre les deux récoltes de juin et novembre, même sur les lieux de
production où le prix monte alors : on n’obtient plus pour un sombé que
3 ou même 2 noix. Les marchandises les plus prisées par les Gouros, les
Kouyas et les Bétés en échange de leur Kolas, sont les pagnes, dits
Gouros, mais en réalité d’origine Mandé-dioula, le sel en barres, les
sombés (_rougou_ en Bété) et les bœufs.
« Jusque chez les Ouayas et même dans les villages situés au nord du
Balogué, pénètrent les grands et beaux bœufs du Korodougou et du
Koyaradougou (Séguéla et Mankono), espèce sans bosse, intermédiaire
comme taille entre les grands bœufs du Soudan et les petits bœufs de la
forêt dense.
« Grâce à la sécurité que va assurer aux colporteurs (_dioulas_)
l’intervention de nos armes en Pays Gouro et en Pays Bété, les Lôs et
Gouros ne pourront plus conserver le monopole d’intermédiaires et
empêcher comme ils le faisaient auparavant, les colporteurs Mandés-
Dioulas de venir s’approvisionner directement dans les pays de
production. Il nous appartiendra à ce moment de canaliser ce nouveau
courant et de l’attirer par la création de marchés vers nos postes de
Daloa et d’Issia. Les Kouyas et les Lôs seront alors obligés de récolter
le caoutchouc de la forêt pour assurer leur existence. »
Nous avons signalé, dans un chapitre précédent, l’importance de la
production des Kolas dans le Pays Bété. Dans cette province, ainsi que
dans une partie du Pays Lô ou Gouro, les Kolas sont transportés sur les
marchés du N. où ils sont achetés par les indigènes de la région de
Séguéla ; mais le transport n’a lieu qu’à la suite d’achats successifs
de tribu à tribu. Ce sont les femmes qui transportent et vendent les
Kolas dans la tribu voisine d’où ils sont ensuite portés et vendus un
peu plus loin. Ces passages de tribu à tribu amènent une forte
majoration de prix. « C’est ainsi qu’une charge de 2.000 Kolas qui vaut
à Daloa 50 francs, atteint à Balogué 65 francs, 85 francs à Vavoua, 100
francs au sud du Pays Nati et 120 francs sur l’important marché de
Ténéfero où s’approvisionne Séguéla. Or, Ténéfero se trouvant à 5 jours
seulement de Daloa vers le N., une charge de 2.000 Kolas achetée à
Daloa, transportée au tarif officiel, ne vaudrait que 55 francs à
Ténéfero[321] ».
Le lieutenant RIPERT nous a communiqué des renseignements très
intéressants sur le commerce des Kolas dans les Pays Gouros ou Lôs et
Bétés qu’il a parcourus dans tous les sens.
Ce sont généralement les femmes Lôs qui transportent les Kolas du Pays
des Bétés vers le N. Une partie des intermédiaires habitent les villages
bétés d’Ideblé, sur la frontière du Pays Gouro. Toutes les femmes Lôs
d’un village viennent en groupe sous la conduite de quelques hommes
armés et, parvenues sur les marchés de la zone sud, elles achètent les
Kolas aux Bétés et surtout aux Kouyas et aux Gouros qui sont déjà allés
s’approvisionner en plein pays Bété.
D’Ideblé, les Kolas passent à Niabéloufra (Niabéloa), en pays Gouro. Ils
ont été achetés contre des sombés, des pagnes, quelques bœufs. Presque
toutes les noix remontent ensuite vers le Pays Ton (gouro) ou Tonfra.
Les Tons les revendent aux Mangouroufra ou aux Yansouas (gouros). C’est
là que commencent les grands marchés du Pays Lô où des Mandés-Dioulas
sont installés en permanence. On y trouve aussi des commerçants Lôs.
Les principaux marchés du Pays Lô de l’est à l’ouest sont :
Besiéka (Pays Yansoua), Govlégonoma (Bogolofié des Mandés), deux autres
marchés en Pays Niananfla (Niangoro), Bandiaï (Sasamba), Dananéï
(Danono), Gouétifla (Sokoulaso), Pays Gononfla (Gotono) ; Vavoua, en
Pays Ouaya ou Kouya, était aussi un marché jusqu’à ces derniers temps.
On cite encore comme marchés à Kolas importants du Pays Lô : Bébalo
(Toubalo), Dantero (Séguiri), Bologofia.
Les points énumérés portent généralement deux noms, un nom Gouro et un
nom Mandé.
A trois à cinq jours au N. des points qui viennent d’être énumérés, on
trouve quatre grands marchés situés loin en dehors de la zone
productrice des Kolas, mais fréquentés par de nombreux dioulas du Soudan
qui ne s’avancent pas plus loin vers le sud.
Ces marchés sont ceux de Diorolé, de Touna (Gouaran), de Séguéla et de
Mankono. Ces marchés se tiennent à jour fixe, une fois par semaine, sur
une place au milieu du village. Diorolé est fréquenté par des Mandés-
Dioulas et par des Lôs.
On y apporte principalement des Kolas blancs, très estimés et très
chers. On les achète à Diorolé jusqu’à 40 fr. à 60 fr. les 1.000 suivant
l’époque de l’année.
800 à 1.000 charges sont mises en vente à chaque marché.
Le marché de Touna que nous avons visité est situé près du confluent du
Sassandra et du Bafing. Outre les Mandé-Dioulas, des Lôs, des Ouobés et
des Touras le fréquentent. On y vend surtout des Kolas rouges ; 400 à
500 charges sont apportées à chaque marché.
Séguéla est aussi un marché très important. En novembre 1908, on faisait
payer aux dioulas une taxe de circulation de 2 francs par 1.000 Kolas :
on encaissait ainsi 8.000 fr. par mois et beaucoup de charges passaient
cependant en fraude.
Mankono, situé en plein pays soudanais, a une importance commerciale
comparable ; on y apporte surtout des Kolas blancs provenant du marché
Lô de Tubalo (Bébalo).
En juin 1909, les grosses noix se vendaient à Mankono à raison de 200
noix pour 5 fr., et les petites noix, 300 Kolas pour la même somme. Au
détail, on obtenait 25 noix mélangées pour 20 sombés et les sombés se
payaient alors à raison de 14 pour 0 fr. 50. Les caravaniers, qui vont
au pays Lô échanger des marchandises contre des Kolas, trouvent à
Sakala, à Kani, à Touna, à Séguéla, à Mankono, des tissus, des
verroteries, du sel, de la quincaillerie et d’autres produits européens
importés de Kankan et de Bamako par caravanes et vendus par les dioulas
à prix relativement bas.
Dans son rapport, qui remonte déjà à 1901, le capitaine SCHIFFER a
exposé avec beaucoup de précision les changements survenus dans le
commerce des Kolas de cette région, depuis le voyage de BINGER.
Les voies commerciales suivies le plus habituellement ne sont plus
transversales de l’est à l’ouest, sauf les routes de Kankan-Maninian et
Sakala-Kong. Le mouvement se fait maintenant presque tout entier du sud
au nord. Chaque canton Lô a désormais un marché, quelquefois deux s’il
est important. Ces marchés sont restés longtemps fermés aux étrangers et
ne sont encore visités que par les femmes Lôs d’autres cantons et les
femmes Mandé-Dioulas des régions de Séguéla et Mankona. Les femmes des
Mandés-Dioulas se livrent à ce commerce avec une activité inlassable.
Plusieurs fois par mois elles quittent leurs villages, vont chercher des
Kolas chez les Lôs et les rapportent sur les marchés de Touna, Kounana,
Séguéla, Diorolé, Magnani, Tubalo et Bimbalo. En ces points, elles
rencontrent des dioulas du Soudan auxquels elles cèdent leurs noix après
avoir prélevé un bénéfice élevé. Beaucoup, dit-on, font aussi trafic de
leurs charmes en accomplissant ce courtage qui est, en définitive, fort
rénumérateur et qui permet à l’époux de mener, dans le village de
culture ou dans les villes de Mankono, Seguéla, etc., une vie oisive.
Les Kolas sont cédés par les producteurs ou par les courtiers contre de
l’argent monnayé ou contre certains articles d’échange.
A hauteur de Touna, Séguéla, Mankono, les _cauris_ du Soudan n’ont plus
cours comme monnaie locale : ils sont remplacés par les _sombés_
fabriqués dans les régions de Touna et de Sakala. Les marchandises de
traite les plus fréquemment apportés du Soudan sont : le bétail (bœuf et
moutons), les chevaux, quelques cotonnades et de la verroterie, enfin du
sel.
Cette dernière denrée est apportée du Sahel en barres de 25 à 28
kilog. : « ces barres mesurent un mètre de long sur 0 m. 40 de largeur
et 0 m. 05 ou 0 m. 06 d’épaisseur ; elles sont maintenues par des
baguettes longitudinales en bois et des cordes ou des lanières en peaux
de bœufs, et transportées à dos de bœufs porteurs ou d’ânes, plus
rarement à tête d’homme.
« Malgré cet emballage primitif et peu soigné, ce sel résiste très bien
à la longueur des routes et ne craint ni la poussière, ni par suite de
sa grande densité les pluies légères.
« Mais il revient très cher et les conditions mêmes dans lesquelles il
voyage en hivernage, en font une marchandise rare et souvent introuvable
dans la région.
« Arrivés à Maninian, Odienné, Kani, Sakala, les dioulas débitent leurs
barres de sel en douze petites barres de trois à quatre doigts
d’épaisseur nommés « Kokotla » (de Koko sel et tla ou tala, partager) ou
_Kokoti_ (dans les régions de l’est).
« Cette fraction de barre devient maintenant unité d’échange ; elle pèse
environ deux kilog. et atteint comme valeur en monnaie française 5
francs, en saison sèche et 7, 8 et même 10 francs en hivernage ; par
suite aussi sa valeur en kolas se modifie profondément. Sur les marchés
de Touna, Séguéla, Mankono, les dioulas obtiennent des courtiers 400 ou
500 Kolas, ce qui met le cent à environ un franc ; en hivernage, c’est-
à-dire vers le mois d’octobre, ils obtiennent 700 à 800 Kolas pour la
même barre, ce qui réduit la valeur de 100 Kolas à 0,70 ou 0,80.
« Enfin, sur les marchés de Toubalo et Bimbalo, la demande pendant
l’hivernage dépasse beaucoup l’offre ; une barre de sel arrive à valoir
1.000 à 1.200 Kolas, ce qui procure aux courtiers un gain immédiat de 25
à 30 % » (SCHIFFER, _Mss._).
Dans toute la première zône des marchés à Kolas signalés par BINGER, il
ne reste plus comme grand marché que Maninian. Encore ce point doit-il
être considéré comme un vaste entrepôt où viennent s’approvisionner les
marchands peu désireux de s’aventurer trop au sud ou dont les voyages
sont interrompus par l’hivernage. Il en est de même des importants
marchés de Tengréla, Tombougou, Odienné et Sambatiguila, qui ne sont que
des points d’entrepôt ou de passage, comme le sont devenus aussi les
marchés de la deuxième zône, Toté et Sakala ; celui de Siana a
complètement disparu au profit de Séguéla.
Les véritables marchés pour le trafic des Kolas se trouvent reportés
aujourd’hui sur la ligne Touna, Séguéla, Mankono, Bouandougou, marchés
qui ne furent pas indiqués à BINGER et qui n’existaient peut-être pas
encore lors de son voyage.
Notre occupation a enlevé aux habitants d’Odienné, Toté, Kani et Sakala
le monopole du courtage, de sorte que ce monopole s’est trouvé reporté
chez les peuplades vivant plus au sud ; c’est ainsi que s’est fait le
déplacement des marchés que nous avons signalé. Les centres de Kounana,
Bogolo, Diorolé, Dahantogo, Goaka et Toulé sont devenus à leur tour les
marchés terminus où s’arrêtent les dioulas venus du nord et que
fréquentent surtout les femmes Lôs et les femmes Mandé-Dioulas.
Il est certain que ce recul des marchés à Kola vers le sud ne s’arrêtera
pas là et le jour prochain où la pacification des Pays Lôs et des Pays
Bétés sera complète, les dioulas soudanais viendront s’approvisionner
dans les pays de production.
Aussi, à plusieurs reprises, les Lôs ont cherché à s’opposer à la
pénétration des européens et des soudanais, afin de conserver le
courtage des Kolas qui est leur principal négoce et leur assure, sans
grand effort, une source précieuse de bénéfices.
*
* *
La production des pays de la Côte d’Ivoire que nous venons de passer en
revue est considérable. Il est impossible de l’évaluer avec certitude et
nous ne pouvons donner que des indications. Nous pensons qu’elle atteint
2.000 tonnes par an.
Le droit de circulation de 0 fr. 25 par kilog. n’est payé que par un
nombre infime de caravaniers, de sorte qu’on ne peut tabler sur les
recettes de cette taxe pour évaluer la production.
En 1909, les recettes mensuelles de la région pour la taxe des Kolas
étaient les suivantes :
Touba, 2.000 francs ; Séguéla, 1.500 francs ; Mankono, 500 francs, soit
au total 4.000 francs par mois ou 48.000 francs par an, somme
correspondant à 192 tonnes de noix ou 7.700 charges.
*
* *
Les autres régions de la Côte d’Ivoire desquelles il nous reste à parler
sont moins riches en Kolatiers, de sorte que le commerce des noix y est
plus restreint.
Le seul canton donnant une production de quelque importance est le Pays
des Ngans, dans l’Anno. Il produit principalement de grosses noix
blanches du poids de 20 à 35 grammes et de petites noix roses pesant 8 à
15 grammes souvent vendues en mélange. La charge, comprenant 1.500 à
2.000 noix, est achetée sur place 15 francs à 30 francs par les dioulas,
suivant que la récolte a été bon ou mauvaise et aussi suivant la saison.
Cette même charge, transportée à Sikasso, y vaut 80 francs à 120 francs.
C’est surtout en novembre, décembre et janvier que se font les achats
sur place. La taxe de 0 fr. 25 par kilog. n’est perçue que sur une
partie minime de la production. M. l’administrateur BARTHÉLEMY a eu
l’obligeance de nous communiquer le relevé de fin 1908 et de 1909
donnant la taxe payée au poste de Dabakala par les colporteurs
transportant les noix.
MOIS Montant des taxes Poids des Kolas
sur les Kolas
--- --- ---
Octobre 1908 245 fr. 75 983 kil.
Novembre 1.175 25 4.701
Décembre 1.712 50 6.850
Janvier 1909 1.732 50 6.930
Février 30 » 120
Mars 675 » 2.700
Avril 491 25 1.965
Mai 90 » 360
Juin 37 50 150
Juillet » » »
Août 7 50 30
Septembre 57 50 230
Octobre 142 5 570
Novembre 120 50 482
Décembre 102 » 408
------------ -----------
Totaux pour 1909 3.486 fr. 25 13.945 kil.
Soit 14 tonnes à peine, mais ce chiffre ne représente probablement pas
la dixième partie de ce qui sort par le cercle de Dabakala et comme des
sorties importantes se font aussi par Bondoukou et par le Baoulé, il
n’est pas exagéré d’évaluer la production de cette région à 300 tonnes
par an. Bondoukou est un marché de Kolas très important qui reçoit des
noix non seulement de l’Anno, mais aussi du Pays Achanti.
Dans la Basse-Côte d’Ivoire, dans le sud-ouest du Baoulé, et dans la
partie traversée par le chemin de fer, les dioulas qui drainent le
caoutchouc de ces régions, achètent aussi aujourd’hui autant de charges
de noix de Kola qu’ils peuvent en trouver. Les indigènes de la forêt les
leur procurent à un prix infime mais ces noix sont revendues presque
aussitôt sur place de 1 fr. 50 à 2 fr. 50 le kilog. Les régions qui en
fournissent le plus aujourd’hui sont le pays de Kokoumbo, la région de
Sahoua dans le Morénou, quelques villages du pays Abé, enfin l’Attié.
Ces noix sont vendues au détail dans les centres de la colonie, à Grand-
Bassam et à Bingerville, à Abidjan, à Nziville, à Grand-Lahou, à
Tiassalé ; d’autres sont emportées par les caravaniers vers le nord.
A travers le Baoulé, transitent les charges de Kolas achetées dans le
bas Bandama et le long de la voie ferrée. Des noix rouges et des noix
blanches (⅔ de rouges environ) sont apportées tous les mercredis à
Bouaké, mais il ne s’en vend pas plus d’une centaine de kilogs par
journée de marché. Ces noix sont consommées sur place par les Soudanais
ou exportées vers le Nord par Mankono.
Nous évaluons la production actuelle de la Côte d’Ivoire à 3.000 tonnes,
se répartissant ainsi par régions :
Noix sortant par le cercle de Touba 1.000 tonnes
Sortant par le district de Séguéla 700
Sortant par Mankono 500
Production de l’Anno (Ngans) 300
Production du Baoulé, du Morenou, de l’Attié
et de la Basse Côte d’Ivoire 500
La production peut être considérablement développée dans cette colonie.
=3o BAS-DAHOMEY.=
Le Bas-Dahomey produit une assez grande quantité de noix de Kola à 4 ou
5 cotylédons, qui sont consommées sur place ou exportées à Lagos. De ce
point, arrivent par contre au Dahomey des Kolas à 2 cotylédons importés
de la Gold-Coast.
Les importations de Kolas au Dahomey, par la lagune de Lagos, atteignent
quelques tonnes chaque année.
Les exportations, en 1908, ont été de 32.536 kilog., estimés 65.052
francs ; en 1909, 29.738 kilogs valant 59.476 francs.
Les noix se vendent au détail sur tous les marchés de la côte : ceux de
Porto-Novo, Cotonou, Adjara, Abomey, en sont particulièrement bien
approvisionnés.
Les noix du Bas-Dahomey ne dépassent pas Savé et Savalou, de sorte que
le Haut-Dahomey est approvisionné exclusivement de noix de la Gold-Coast
à deux cotylédons, venues par l’hinterland du Togo.
=4o AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.=
Le bassin de la Haute-Sangha, habité par les Bayas, produit une certaine
quantité de noix de Kola que viennent acheter des caravaniers Foulbés et
Haoussas. Ces noix sont transportées dans l’Adamaoua. Il en parviendrait
même jusque dans la Nigéria du Nord.
Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur ce
commerce. Seul, le lieutenant CHARREAU a fourni quelques indications :
« Bien avant notre arrivée, les Foulbés et les Haoussas avaient établi
des marchés à Koundé... Les échanges commerciaux se faisaient en nature,
en cauris ou en esclaves... Pour 200 à 500 Kolas[322], ou 20.000 à
40.000 cauris, le Foulbé donnait un bœuf[323] ». Les caravaniers, après
avoir dépassé Koundé, se dirigent vers le sud en passant par Gaza (sur
la rivière Kadéï) ou par Bertoua, près de la Mambéré. « C’est avec les
Kolas venant de Nola, Bania, Cambé, que les Haoussas achètent à
Ngaoundéré leurs bestiaux, et ce trafic est tel que les Européens ont
songé à réclamer comme pour le caoutchouc le monopole de l’achat à
l’indigène, afin de revendre les Kolas aux Haoussas »[324]. Notre
administration s’est heureusement opposée aux prétentions des Sociétés
concessionnaires, prétentions qui non seulement auraient porté atteinte
aux droits des indigènes Bayas, puisqu’en général les Kolas sont des
produits de culture, mais elles risquaient aussi d’anéantir le commerce
local des Haoussas qui est des plus intéressants.
« Le Haoussa, écrit CHARREAU, échange contre tout. Se rendant de
Ngaoundéré à Carnot, il transformera son pécule plusieurs fois en
traversant les divers villages. Partant avec des bœufs, il les échangera
contre du caoutchouc qu’il vendra ensuite à l’Européen pour de l’argent
ou pour des nattes et des perles troquées à Carnot contre des Kolas. De
retour à Ngaoundéré, il revendra ses noix au détail, achètera des bœufs
et entreprendra un nouveau voyage et la même série d’échanges. A chaque
transformation, son pécule augmente. Il n’est pas rare qu’un Haoussa se
dépouille de ses vêtements pour acheter un ou deux animaux et qu’il
revienne au voyage suivant avec un troupeau de quatre ou six
bœufs. »[325]
Il a existé, jusqu’à ces dernières années, au Gabon, un intéressant
commerce de noix de Kola sèches qui étaient exportées en Europe et
notamment à Liverpool. D’après les statistiques officielles, les
dernières exportations furent les suivantes :
=Exportations de Kolas secs au Gabon.=
Années Poids (kilos) Valeur (francs)
--- --- ---
1896 21.972 22.191
1897 17.802 22.433
1898 10.340 29.308
1899 4.481 3.875
1900 2.235 1.836
1901 4.890 2.510
1902 néant néant
La disparition de ce commerce a coïncidé avec la substitution du régime
des grandes concessions au régime du commerce libre. Les Noirs du Gabon
avaient pris l’habitude de venir vendre aux factoreries, pour la plupart
anglaises et hollandaises, divers produits de cueillette : Kolas,
piassava, copal, noix palmistes. Le jour où les concessionnaires émirent
la prétention de payer ces produits au-dessous de leur valeur réelle, ou
contre des marchandises inusitées dans le pays, l’indigène renonça à
recueillir les produits qu’il exploitait depuis longtemps.
Ce régime a eu pour résultat d’arrêter l’essor commercial d’une de nos
colonies les plus riches en ressources naturelles. De nouvelles mesures
administratives actuellement en voie d’application pourront seules la
tirer de sa stagnation. Là, comme dans tous les autres pays du monde, ce
n’est que le commerce libre avec le jeu de la concurrence qui peut
inciter l’indigène au travail et, partant, assurer la prospérité
économique de notre colonie.
=II. — PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS ÉTRANGERS.=
* * * * *
=1o SIERRA-LÉONE.=
Nul, il y a une trentaine d’années, le commerce d’exportation des noix
de Kola par mer a pris un grand développement depuis une dizaine
d’années.
Les colonies qui reçoivent la plus grande quantité des Kolas de Sierra-
Léone sont la Gambie (474 tonnes en 1909), le Sénégal (652 tonnes en
1909), la Guinée portugaise (314 tonnes en 1909).
Nous avons pu nous procurer les chiffres suivants donnant l’exportation
totale par mer depuis 1895 :
Quantités Valeur
(tonnes de 1016 (francs)
kilos)
1895 499
1896 504 971.300
1897 646 1.138.775
1898 548 1.241.750
1899 488 1.536.375
1900 » 1.980.475
1904 798 2.018.550
1905 769 1.893.200
1906 1.255 2.602.100
1907 1.374 2.831.850
1908 1.162 2.622.375
1909 1.324 3.846.225
Suivant l’abondance des noix et les demandes dans les colonies qui font
l’importation par mer, les cours des noix subissent parfois des sauts
très brusques.
Habituellement les noix se vendent 16 livres sterling (400 fr.) la tonne
(1016 kilogs), dans les villages producteurs et à Free-Town elles valent
déjà 1 fr. ou 1 fr. 25 le kilog. Toutefois ce prix est parfois dépassé
et en janvier 1910 la tonne se payait 64 livres sterling (1600 fr.).
D’après le rapport commercial qu’a eu l’obligeance de nous communiquer
Son Excellence le Gouverneur de Sierra-Léone, les noix de Kola viennent
en deuxième ligne dans les exportations de la colonie et en 1907, elles
représentaient 16,83 % de la valeur totale des exportations de la
colonie.
Les cantons de Mano, Salija et Sulima, du district de Sherbro, sont
particulièrement riches en Kolas et s’ils pouvaient être atteints par le
chemin de fer, une grande impulsion serait donnée au commerce de toute
la contrée. L’expédition des noix par des embarcations légères présente
des aléas, de sorte que les indigènes ne recueillent qu’une partie des
fruits.
L’exploitation de cette denrée est faite exclusivement par les
commerçants indigènes qui circulent entre les ports du Nord et les
localités de l’intérieur.
Depuis 1906, quelques maisons européennes tentent aussi de se livrer à
ce négoce. On estime que 5 % seulement de la population de Sierra-Léone
emploie le Kola comme article d’alimentation et qu’il n’en est pas
consommé plus de 10 tonnes par an dans toute la colonie.
Durant les années favorables, la colonie peut produire actuellement
2.000 tonnes de noix (8 quintaux par acre), mais les plantations
indigènes sont en voie d’extension. Une grande quantité de Kola est
transportée par terre en Guinée française et ne se trouve pas comprise
dans les statistiques du Département des Douanes.
=2o GOLD-COAST.=
Les noix de Kola sont une des principales ressources de la Gold-Coast
qui en produit pour 5 ou 6 millions de francs par an.
La plus grande partie des amandes exportées provient du Pays des
Achantis et de l’Akyem. Le _Cola rubra_ est la seule race cultivée dans
ces régions.
Suivant un _Supplément de la Gazette du Gouvernement de la Gold-Coast_
pour 1909, on estime que les 4/5 des importations dans le Pays des
Achantis, sont échangées contre des noix de Kola dont le prix serait
d’environ 10 livres sterling la tonne (soit 0 fr. 25 le kilog.). Or, la
valeur des exportations de ce produit pour l’Achanti atteignait, en
1908, 90.000 livres sterling ou 2.250.000 francs. Au prix de 0 fr. 25 le
kilog., cela correspondrait à 9.000 tonnes de Kolas, et sur cette
quantité il passerait vers le Nord pour 80.000 livres sterling de
Kolas[326]. Le chemin de fer de Coumassie en emporterait pour 250.000
francs à Sekondee. Cette valeur correspond, d’après nos évaluations, à
environ 250 tonnes.
[Illustration : (Cliché communiqué par H. FILLOT).
FIG. 49. — Couffins de Kolas préparés pour l’embarquement à Sekondee
(Gold-Coast).]
Ces 250 tonnes s’ajoutent aux quantités beaucoup plus élevées produites
par l’Akyem et par les régions avoisinant la mer et le tout est embarqué
principalement à destination de Lagos.
Les marchés de Séhara et de Halata fournissent de grandes quantités
destinées à l’exportation par mer.
Le commerce d’exportation des Kolas par mer a commencé il y a 30 ans
seulement. Les statistiques douanières signalent en 1899 une sortie
évaluée à 2.125 francs et en 1892 l’exportation n’était encore de 33.200
francs. Nous publions, d’après _The Gold Coast Civil service List
1904-05_, le tableau des exportations de 1886 à 1903 inclus :
=Gold-Coast.=
_Kolas frais exportés par mer._
Années Nombre de Valeur
Couffins en francs
1886 114 18.950
1887 206 25.250
1888 261 36.475
1889 13 2.125
1890 607 82.850
1891 347 55.600
1892 91 33.200
1893 979 642.900
1894 1.202 712.800
1895 2.352 764.150
1896 3.156 835.950
1897 4.278 946.750
1898 3.092 894.725
1899 2.671 1.425.525
1900 1.907 1.078.325
1901 1.979 875.600
1902 1.923 936.875
1903 2.773 1.264.025
Pour les dernières années, M. Emile BAILLAUD nous a communiqué les
chiffres suivants :
Années Quantités Valeur en francs
(couffins de
450 kg. environ)
1905 » 1.502.775
1906 4.703 1.840.800
1907 6.278 1.972.525
1908 4.484[327] 2.109.050
L’exportation actuelle par mer doit osciller entre 2.000 et 2.500
tonnes.
En 1903, l’exportation totale de 2.773 couffins par mer se répartissait
ainsi par les divers ports :
Accra 1.571 couffins
Cape Coast 849
Saltpond 147
Winneba 26
--------------
Total 2.773 couffins
Depuis la construction du chemin de fer de Coumassie, de nombreux
ballots sont également embarqués à Sekondee.
=3o CAMEROUN.=
L’hinterland du Cameroun dans les parties boisées situées au sud du 6°
de lat. N. produit des noix de Kola que des Haoussas de l’Adamaoua
allemand et de la Nigéria du Nord viennent acheter. Elles se vendent
dans les pays producteurs en passant par Ngaoundéré et Tibati, centres
caravaniers importants. Nous n’avons aucun renseignement sur ce trafic.
Les districts côtiers du Cameroun exportent aussi par mer de petites
quantités de noix de Kola embarquées à Douala et à Victoria et destinées
au Togo ou à la Nigéria anglaise. Ce commerce atteint quelques dizaines
de mille francs par an et il ne fera sans doute que se développer,
diverses plantations de Kolatiers ayant été faites dans ces dernières
années.
En 1899, le Cameroun a exporté 25.111 kilog. de Kolas valant 9.286
Mks. ; en 1900, 24.057 kilog. valant 6.994 Mks. ; en 1905, 62.789 kilog.
valant 34.564 Mks. ; en 1906, 37.068 kilog. valant 21.707 Mks. ; en
1907, 80.411 kilog. valant 21.997 Mks. et en 1908, 83.469 kilog. valant
34.265 Mks. Une grande partie de ces Kolas sont à l’état sec et destinés
au port de Hambourg.
=4o TOGO ALLEMAND.=
Le Togo produit de petites quantités de noix de Kola, notamment aux
environs de Tapa (_Cola nitida_) et de Misahöhe (_C. acuminata_), mais
la production ne suffit pas à la consommation.
Dans le nord du Togo, le transit des Kolas, allant du Pays Achanti à la
Nigéria du Nord ou aux territoires français de la boucle du Niger, donne
lieu à un trafic très intense. Au poste de Kétékratyi, situé sur la
route des caravanes, pendant le premier semestre 1899, le Comte ZECH a
recensé 233 tonnes de Kola transitant. « Cette statistique, ajoute-t-il,
ne présente qu’une partie de la totalité du trafic ; il y a encore plus
d’une voie commerciale allant du Pays Achanti au Soudan. Le commerce du
Soudan se dirigera de plus en plus vers le pays produisant le plus de
bons Kolas, c’est-à-dire vers la Côte d’Or. Si le Togo veut participer
en une certaine mesure à ce commerce, il faudra qu’on y installe des
plantations d’une bonne espèce de _Cola_. Heureusement, ces cultures
sont commencées et déjà en bel état[328] ». Nous savons que les
résultats obtenus par la suite n’ont pas été en rapport avec l’optimisme
de l’ancien Gouverneur du Togo et nous pensons, pour notre part, que le
Togo privé de grandes forêts ne parviendra pas à concurrencer les pays
approvisionnant en Kolas le Soudan, c’est-à-dire la Côte d’Ivoire et la
Gold-Coast.
=5o SAN THOMÉ=
Ainsi que nous l’avons constaté, de nombreux Kolatiers sont disséminés à
travers les plantations de Cacaoyers de l’île portugaise, mais on n’en
tire presque aucun parti.
Dans quelques _roças_ seulement, « les noix de Cola sont cassées en
morceaux et séchées au soleil[329] ».
En 1898, il en a été exporté 374 kilog. valant 1.185 francs ; en 1899,
on en exporte encore pour 3.500 fr. En 1905, ces exportations avaient
cessé.
Prix sur le marché de l’île : 0 fr. 30 le kilog.
Droits à destination du Portugal 1 % _ad valorem_
— des pays étrangers 15 % —
La culture du Cacaoyer est beaucoup plus rémunératrice que celle du
Kolatier.
Dans la notice sur l’Exposition Coloniale de Paris de 1906[330] il est
dit à propos de la culture du Kolatier : « Il s’agit là d’une culture
qui rapporte peu, c’est vrai, mais qui, étant à la portée des indigènes
et des européens — vu le peu de soins qu’elle exige — a encore cet
avantage de ne causer aucun préjudice aux meilleures essences de l’île :
le Caféier et le Cacaoyer ».
* * * * *
=III. — PRINCIPAUX PAYS CONSOMMATEURS.
COLONIES FRANÇAISES.=
* * * * *
=1o SÉNÉGAL.=
Notre plus ancienne colonie africaine consomme des quantités de Kolas
qui vont en s’accroissant d’année en année, ainsi que le montrent les
chiffres suivants :
=Importations de Kolas au Sénégal (par mer).=
Année Poids Valeur
(kilogs) (francs)
1889 108.797 543.984
1890 149.860 699.522
1891 170.165 596.342
1892 335.360 1.998.229
1893 176.361 528.784
1894 274.609 768.732
1895 231.469 906.459
1896 284.301 1.388.004
1897 304.090 1.580.457
1898 232.375 1.163.625
1899 177.274 1.418.194
1900 195.187 1.544.316
1901 442.911 3.521.894
1902 426.879 3.396.896
1903 311.632 4.065.736
1904 489.905 3.882.099
1905 453.222 2.380.104
1906 510.478 2.041.914
1907 646.773 2.535.480
1908 666.590 2.799.544
1909 779.683 3.118.735
Une grande partie de ces noix sont consommées au Sénégal même ; les
autres remontent le fleuve Sénégal et pénètrent dans la colonie du Haut
Sénégal-Niger pour alimenter les marchés approvisionnés par Kayes.
La presque totalité des noix importées par mer au Sénégal proviennent de
Sierra-Léone. Pendant les dernières années, cette colonie anglaise a
envoyé aux divers ports du Sénégal les quantités suivantes (en tonnes) :
=Importations de Kolas de Sierra-Léone au Sénégal.=
St-Louis Rufisque Dakar Gorée Pour
l’ensemble
1905 3 53 211 23 290
1906 5 47 369 36 457
1907 12 21 485 40 558
1908 2 54 470 28 554
1909 16 29 606 1 652
En 1906, le Sénégal a reçu de la Guinée française 16 tonnes 5 de Kolas ;
en 1907, il en a reçu 9 tonnes ; depuis, cette quantité a été en
diminuant par suite de la construction du chemin de fer de Conakry au
Niger, qui permet l’exportation plus rémunératrice vers l’intérieur du
Soudan.
Comme le montre le tableau précédent, Dakar est le principal port
d’approvisionnement. Les noix y sont importées par quelques firmes
européennes, par des traitants indigènes et par des syriens ayant des
correspondants à Free-Town ou à Conakry. Elles arrivent dans des
paniers, 50 kilog. environ, emballées dans des feuilles ou séparées par
des lits de sable.
Les mercuriales de la douane attribuaient aux Kolas rendus au Sénégal,
jusqu’à ces dernières années, une valeur de 8 francs le kilog. ;
actuellement encore, ils sont mercurialisés à 4 francs le kilog. Les
noix débarquées à Dakar ne valent en réalité que 2 fr. 50 le kilog.
après avoir acquitté la taxe de 0 fr. 75 par kilog.
C’est surtout dans les villes, notamment à Dakar, à Saint-Louis, à
Rufisque, à Thiès, à Podor, que la consommation des Kolas prend de
l’extension. Outre l’apport par mer, d’assez nombreuses charges,
destinées aux régions de l’intérieur pénètrent aussi dans notre colonie
soit par la Gambie anglaise, soit par la frontière de la Guinée
française. Les villes de l’intérieur sont en outre approvisionnées par
des caravanes qui viennent faire leurs achats soit aux villes de la
côte, soit dans les escales du fleuve.
Grâce au bien-être que nous leur avons apporté, les diverses peuplades
de la Sénégambie, et surtout les Wolofs et les Toucouleurs sont devenus,
en moins de 50 ans, de grands consommateurs.
Une quantité considérable de noix se vend chaque jour au détail à Dakar.
Au tournant des rues et sur chaque place, on rencontre, depuis l’aube
jusqu’à une heure avancée de la nuit, le marchand de Kolas accroupi
devant son étal formé d’une peau tannée étendue sur le sol. Il offre, au
passant, ses noix blanches et ses noix rouges, constamment à deux
cotylédons. Elles sont présentées, habituellement, par petits tas de 4 à
5 noix, valant un _tanca_ (pièce de 0 fr. 50). On peut aussi acheter une
seule noix vendue de 0 fr. 05 à 0 fr. 20, parfois jusqu’à 0 fr. 30 si
elle est exceptionnellement grosse. Comme au Soudan, il n’y a point ici
de morte saison : le commerce est prospère d’un bout à l’autre de
l’année.
=2o HAUT-SÉNÉGAL ET NIGER.=
Bien que le _Tarick-es-Sudan_, la plus ancienne chronique relative à
l’histoire du Soudan, ne fasse pas mention des noix de Kola, nous savons
par LÉON L’AFRICAIN que le commerce de cette denrée existait déjà dans
la région du Niger au XVe siècle.
CUNY rapporte qu’au XVIIIe siècle c’était un article d’échange courant.
« Les marchands du Fezzan font avec ces peuples du Niger un commerce qui
consiste en couteaux, lames de sabre, tapis et corail ; en verroteries,
miroirs, musc et divers autres objets de quincaillerie. Les marchands
d’Agadez leur apportent du sel et reçoivent en échange de l’or, des
esclaves, des étoffes de coton, des peaux de chèvres peintes, des cuirs
de vaches et de buffles, et des _noix de Gonvan_[331] ; cette noix est
le fruit d’un arbre très élevé dont la feuille est large. Ces noix sont
au nombre de 7 à 9 dans une enveloppe de 18 pouces de long : leur
couleur est d’un jaune-verdâtre. Elles sont de la grosseur de la
châtaigne ; leur goût, quoiqu’un peu amer, n’est cependant pas
désagréable. On s’en sert pour corriger les eaux du pays qui sont
nauséabondes et malsaines[332] ».
Ce n’est cependant qu’à la suite des grands voyages de Réné CAILLIÉ, de
BARTH et de BINGER, que l’importance des noix de Kola dans les
transactions soudanaises est révélée.
En 1900, E. BAILLAUD publie la _Carte économique des Pays français du
Niger_[333], montrant le tracé des principales routes caravanières du
Soudan et leur importance relative. Jusqu’à nos jours, ces routes sont
restées ce qu’elles étaient du temps de BARTH. Seul, l’aménagement des
voies de communication rapides (chemins de fer et navigation à vapeur
sur le Sénégal et le Niger) en a modifié quelques-unes.
Les Kolas qui circulent dans le Soudan nigérien sont de trois
provenances différentes. Ils arrivent :
1o Par le fleuve Sénégal et le port de Dakar ; il en vient ainsi de
Sierra-Léone et de la Guinée française.
2o Par Siguiri, Kankan (ou Kouroussa) et Beyla (ou Kissidougou) ; ils
proviennent de la Haute Guinée française, du Haut Libéria et de la Haute
Côte d’Ivoire occidentale.
3o Par Bobo-Dioulasso, par Léo ou par Salaga ; ils proviennent du Pays
Achanti (Gold-Coast).
La quantité de noix arrivant chaque année dans notre colonie n’est pas
inférieure à 2.500 tonnes.
Les marchés de Kayes et Médine, de Banemba et de Nioro, ainsi que les
provinces qu’ils desservent sont presque exclusivement approvisionnés de
noix importées du Sénégal. Le chemin de fer de Kayes au Niger en
transporte aussi jusqu’à Bamako. Ce sont les bateaux des _Messageries
fluviales_ qui effectuent la montée des noix de Kola de St-Louis à
Kayes. Tout au long de l’année, les places que nous venons de citer sont
largement approvisionnées de la précieuse denrée.
Les noix pesant de 10 à 20 grammes se vendent au détail 0 fr. 10 pièce,
parfois 2 noix pour 0 fr. 15 ; les très belles noix valent 0 fr. 15 et 0
fr. 20 pièce.
A Bamako, les noix ont sensiblement la même valeur. Ce grand centre
reçoit annuellement, par caravanes, environ 200 tonnes de noix provenant
de la haute Côte d’Ivoire et de la haute Guinée.
Ségou en reçoit de Bamako et de Djenné (provenant du Pays Achanti). Nous
n’avons pu nous procurer les évaluations relatives à ce commerce pour
les dernières années, mais nous savons qu’en 1898 il arrivait déjà 3
millions de noix à Ségou par an, soit environ 40 tonnes.
A Sikasso, près de la limite du bassin du Niger et de la Comoé, il passe
aussi d’importantes caravanes de Kolas, spécialement de janvier à mai.
Ces noix proviennent soit du pays Lô, soit du pays Dyola et ont traversé
le Ouorodougou. Elles sont pour la plupart rouges et de belle taille.
Lors de notre passage dans cette ville, elles se vendaient 0 fr. 03
pièce, soit de 1 fr. 75 à 2 fr. le kilog.
Bobo-Dioulasso est aussi un marché important où les dioulas de la boucle
du Niger et même de la région de Tombouctou viennent se mettre en
rapports avec les Mandé-Dioulas et les Haoussas fréquentant les marchés
de la Gold-Coast et de Bondoukou (Côte d’Ivoire).
D’autres Haoussas se rendent directement de la Nigéria dans l’Achanti y
faire des achats de Kola. La plupart retournent dans leur pays par le
Togo septentrional et par le N. du Dahomey ; un certain nombre passent
par le sud du Mossi et par le Gourma en traversant les villages Navaro
(Gold-Coast), Bittou, Tenkodogo, Koupéla ; de là, les uns vont sur
Niamey et d’autres traversent le Gourma en passant par Fada, Konkobiri,
Say ou Karimama.
Le _Moniteur officiel du Commerce_, année 1907, après avoir rappelé
l’importance des noix de Kola au Soudan français, donne les
renseignements suivants :
« L’importation a atteint l’an dernier (soit en 1906), les chiffres
suivants :
Kayes 30.301 fr.
Région nord 181.724
Région nord-est 248.486
Bougouni 381.623
Région sud 507.462
---------
Total 1.349.596 fr.
représentant 24 millions et demi de noix[334], d’un prix très variable à
l’entrée, mais ne dépassant pas 15 fr. le cent dans la région Nord où
elles valent le plus cher. A Bougouni au contraire, leur valeur ne
dépasse pas 2 fr. 50 le cent.
A San, on les achète à raison de 7 ou 8 noix pour un franc ; pour la
même somme, on en obtient 6 à Djenné.
Au cours de notre récent voyage en Afrique occidentale, nous avons
rassemblé des renseignements beaucoup plus nombreux sur le commerce des
noix de Kola dans la partie orientale de la boucle du Niger et
spécialement au Mossi.
L’importance de cette province, peuplée de plus de 2 millions
d’habitants, a été révélée par BINGER, mais c’est seulement depuis 1900
que les officiers et administrateurs qui y ont vécu ont mis en relief
son grand intérêt économique. L’élevage des bovins et des moutons est
pratiqué sur une très large échelle par les Peuls et par les Mossis ;
une belle race de chevaux y prospère également.
Malgré l’irrégularité des pluies, les diverses céréales africaines et
spécialement le sorgho y donnent presque chaque année de bonnes récoltes
dans de vastes plaines transformées, sur de grandes étendues, en
terrains de culture : « Tout cela, plus tard, devra n’être qu’un immense
champ de coton », écrivait déjà il y a 10 ans, à la suite de son voyage
de 1899, Emile BAILLAUD[335]. Nous revenons aussi du Mossi avec la même
conviction.
Le Mossi avait acquis il y a plusieurs siècles une grande renommée dans
tout l’Ouest africain. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, des
_Mandés-Dioulas_ de la région de Ségou vinrent s’établir dans le pays.
Ils ont formé la souche des _Yarsés_, disséminés dans tout le Mossi,
parlant encore la langue mandé et monopolisant le commerce de ces
régions.
Le Mossi doit son importance commerciale actuelle au transit des noix de
Kola et à l’exportation du bétail vers le Gold-Coast.
Peu de temps après l’occupation française, BAILLAUD put parcourir le
centre de la boucle du Niger et nous révéla ce remarquable trafic.
...... « Jusqu’à ces derniers temps, c’était avec des captifs que les
Mossis se procuraient les Kolas sur les marchés en relation avec le pays
de production, parce que le sel de Taodéni était d’un prix trop élevé
pour pouvoir lutter sur ces marchés avec le sel marin qui venait de la
côte.
« Dans ces dernières années, ce commerce s’est transformé. Depuis
l’établissement des Anglais dans l’arrière-pays de l’Achanti, ceux-ci
ont eu besoin pour leur alimentation d’un nombre assez considérable
d’animaux de boucherie. Les terres qu’ils occupaient ne pouvaient les
leur fournir. Les troupeaux du centre de la boucle ont trouvé là un
important débouché.
« Les indigènes qui s’adonnent au commerce ont donc à traiter avec les
marchandises suivantes : sel, captifs, Kolas, animaux domestiques,
produits divers du Mossi, bandes de coton, fer. Ce commerce s’exerce du
nord au sud d’une façon très définie que l’on peut analyser
succinctement ainsi :
« Les Mossis se rendent chargés de Kolas dans le nord, soit qu’ils
aillent jusqu’à Tombouctou, soit qu’ils s’arrêtent dans les différents
marchés de cette région situés entre Djibo, Hombori et le Niger. Là, ils
échangent leurs Kolas contre du sel et s’en reviennent dans leur pays.
Avec leur sel, ils se procuraient autrefois des captifs ; c’était le
seul article demandé sur les marchés de Kolas ; aujourd’hui, ils
achètent, en outre, des bestiaux ; ils les conduisent dans le sud, se
procurent de nouveaux Kolas et recommencent l’opération.
« On peut aisément se rendre compte des bénéfices que ces commerçants
peuvent ainsi réaliser. Supposons qu’un Mossi prenne sur les marchés du
sud une charge de Kolas (2.500). Lors de notre passage à Ouagadougou,
les Kolas valaient en moyenne 0 fr. 10 pièce. On peut en déduire que les
marchands Mossis se procuraient sur les marchés de Kolas une charge pour
150 fr. Rendue à Tombouctou, cette charge augmente considérablement de
valeur. On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0
fr. 25 la pièce. Parfois le prix subit une hausse extraordinaire : on
est allé jusqu’à les payer 1 fr. pièce ; mais ces prix-là ne profitent
qu’aux commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement, en effet, de la
spéculation.
« Sur une charge de Kolas, il n’y en a guère plus de deux mille qui
restent en bon état après un si long voyage. A raison de 0 fr. 25 la
pièce, c’est donc une somme de 500 fr. que le Mossi a réalisé après
avoir écoulé sa marchandise ; avec cela il achète du sel. La barre vaut
en moyenne 25 fr. ; il peut donc s’en procurer 20 barres. Rendues dans
le Mossi, ces barres valent à peu près 50 fr. chacune, soit 1.000 fr.
qu’ont rapporté les 150 fr. de première mise.
« Avec ce sel, les commerçants se procuraient autrefois des captifs qui,
lors du voyage de M. BINGER, valaient de 70 à 80 fr. Ils ont beaucoup
augmenté de valeur depuis. Les commerçants achètent maintenant des
moutons, des bœufs. Dans le Mossi, un très beau mouton vaut 3 fr. et un
bœuf 40 à 50 fr.
« Sur les marchés du sel, ces moutons valent 8 fr. en moyenne et les
bœufs de 80 à 100 fr.
« Notre marchand liquide donc son opération en revendant ses bêtes près
de 2.500 fr.
« Il faut déduire de cette somme les frais de route ; mais ils ne
dépassent guère 200 fr., même en tenant compte des animaux qui ont péri.
« Nous faisons cette évaluation en francs et non en cauris, parce qu’il
nous faudrait entrer dans le détail des différentes valeurs de cette
monnaie.
« On le voit, le bénéfice de l’opération ne laisse pas que d’être très
considérable ; aussi dans tous les villages du centre de la boucle du
Niger on s’est adonné à ce commerce[336]..... »
Les officiers qui ont séjourné au Mossi ont complété ces informations et
nous avons eu la bonne fortune de pouvoir, en août 1910, dépouiller dans
les archives des postes de Ouagadougou et Ouahigouya, tous les documents
relatifs aux questions économiques du Mossi.
En 1900, on achetait encore les Kolas à Salaga contre des bandes de
coton, des pagnes, des moutons, des bœufs, des ânes, du sel, du savon.
Un mouton de 5.000 cauris à Ouagadougou valait 1.000 Kolas ou 15.000
cauris à Salaga. Un bœuf valant 30.000 cauris se vendait 100.000 à
120.000 cauris (soit 120 fr.) à Salaga. Tout le commerce du Mossi se
fait avec la Côte d’Or et spécialement avec les marchés de Oua,
Kintampo, Ouanki, Gambaka. Quelques dioulas, surtout ceux du Bousangsé,
vont parfois au marché allemand de Sansanné-Mango.
L’officier, qui rapportait ces faits intéressants, ajoutait
judicieusement dans son rapport inédit de 1900 :
« _Nous pourrons arriver un jour à détourner ce commerce de la Côte d’Or
au profit de la Côte d’Ivoire. Pour arriver à ce résultat, il
faudrait_ : 1o _Que les dioulas trouvent sur les marchés de l’hinterland
de la Côte d’Ivoire les marchandises qu’ils désirent et surtout les
Kolas ;_ 2o _qu’ils puissent passer en toute sécurité du Mossi et du
Gourounsi sur la rive droite de la Volta Noire et descendre dans le sud
sans courir le risque d’être dévalisés ;_ 3o _qu’ils n’aient que de
faibles droits à payer, comparables à ceux établis par les Anglais_ ».
A une époque plus rapprochée de nous, le lieutenant MARC a publié des
renseignements très précis sur le trafic des Kolas dans le Mossi. Il
nous paraît utile de reproduire intégralement ses notes :
« Nous avons dit ce qu’étaient les Yarsés et quelle était leur situation
dans le Mossi. Ce sont eux qui sont les plus nombreux à se livrer au
commerce dans la région qui nous occupe.
« Il vient également des Haoussas, mais probablement depuis peu
d’années. Des Maures viennent parfois de Dori jusqu’à Ouagadougou. On ne
rencontre presque pas de Mandés-Dioulas. Quant aux Mossis purs, ce n’est
que depuis très peu de temps qu’ils se mettent, eux aussi, à suivre les
caravanes. Voici, en ce qui concerne le commerce des Kolas et du bétail,
ce que nous avons observé sur place :
« Vers la fin de l’hivernage, en septembre ou en octobre, les Yarsés
commencent à rassembler le bétail pour partir vers le sud. Dans
certaines grandes places commerciales comme Kaya, Pouitenga, Rakay, on
trouve vers cette époque les propriétaires de bétail : chefs Mossis,
Peuls ou riches indigènes, disposés à vendre leurs animaux.
« Ce sont les beaux bœufs à bosse du Yatenga et du Nord du Mossi qui
sont les plus demandés. On rassemble aussi des moutons de l’espèce du
Mossi qui est assez chétive. Les gros moutons à longue laine du Macina
ne s’exportent guère.
« Une fois le bétail rassemblé, le chef de caravane doit également
s’approvisionner de toile en bandes. Cette étoffe indigène a été souvent
décrite ; elle est d’un usage courant sur les routes de caravanes pour
payer la nourriture des passagers[337].
« Avant notre occupation, les chefs de caravanes se groupaient de façon
à constituer une force suffisante pour être respectés et aussi pour
pouvoir garder le bétail pendant la nuit contre les voleurs et contre
les fauves. Maintenant les caravanes s’arrêtent dans les villages et
trouvent des parcs où elles mettent leur bétail en sûreté chaque nuit.
« La vitesse de marche est d’une vingtaine de kilomètres par jour. Des
marchés du sud du Mossi aux marchés voisins de la forêt, on compte
environ vingt-cinq jours.
« Le bétail, à son arrivée à destination, est acheté par des courtiers
interprètes, intermédiaires entre les bouchers et marchands de viande, à
qui les caravaniers sont en quelque sorte forcés de s’adresser. Ces
individus achètent aux indigènes de la forêt tout ce qu’ils apportent de
Kolas et ils sont les maîtres des cours sur le marché.
« Jusqu’à ces dernières années, l’unité monétaire était le mille de
cauris et le prix des Kolas était invariablement fixé à 10.000 cauris le
mille. Actuellement le schelling et le franc commencent à servir
d’étalon et c’est le cours des cauris qui varie par rapport à la monnaie
d’argent.
« Le prix du bétail est sujet à des fluctuations considérables.
« D’après les renseignements qui nous ont été fournis par des officiers
anglais ayant administré à Kintampo et à Salaga et aussi par de nombreux
chefs de caravanes, il semble que ces courtiers interprètes spéculent
sur le bétail d’une façon extrêmement curieuse. Ils ont des pisteurs qui
vont au devant des caravanes quelquefois à deux jours de marche vers le
Nord.
« Ceux-ci cherchent par des renseignements tendancieux à inquiéter les
propriétaires de bétail et à les amener à céder leur troupeau à vil
prix. Parfois, au plein de la saison des affaires, c’est-à-dire en
janvier et février, les fluctuations du cours du bétail, varient de cent
pour cent en quelques semaines. Les Mandés-Dioulas font assaut
d’éloquence, les Yarsés et les Mossis de politesse, les Haoussas de
bonhomie. En réalité, il y a, avec des méthodes exclusivement indigènes,
tout un embryon de place de commerce, une véritable Bourse.
« Les Kolas ainsi achetés sont ramenés au Mossi, soit par porteurs, soit
sur des ânes. Ils sont concentrés sur les principales places
commerciales et y deviennent de nouveau une valeur de spéculation.
« Une grande partie de ces Kolas sont consommés sur place, et cédés à
des revendeurs qui les font écouler sur les marchés par des femmes. Mais
le reste est destiné à l’exportation vers le Nord et depuis qu’ils n’ont
plus les captifs, les Yarsés ont beaucoup développé le commerce des
Kolas avec Tombouctou. Maintenant, c’est par rapport à la barre de sel
que sont évalués les Kolas et la spéculation se donne libre cours, soit
au Mossi, soit avec les commerçants qui reviennent du Nord, soit à
Tombouctou et à Saraféré, aux portes du pays du sel, où les Kolas
atteignent jusqu’à 0 fr. 20 la pièce.
« Un bœuf acheté cinquante francs au Mossi peut se vendre le double à
Salaga et, avec les cent francs ainsi obtenus, on peut se procurer
10.000 Kolas qui valent au Mossi environ 500 francs.
« Mais il y a des faux-frais considérables. 10.000 Kolas exigent deux
ânes ou quatre porteurs dont il faut payer la nourriture pendant près de
deux mois. Il y avait autrefois un certain nombre de coutumes indigènes
à payer, chaque fois que l’on traversait un nouveau pays. Il y a
maintenant les taxes sur les caravanes en Gold-Coast et en territoire
français. Il faut également payer le passeur qui fait franchir la Volta
au bétail. Il y a des risques, et, parfois, les bœufs fatigués par le
voyage, arrivent en si mauvais état qu’ils sont vendus moins cher qu’ils
n’ont coûté.
« Enfin la réalisation des bénéfices est souvent malaisée, le cours des
Kolas étant, sur les places commerciales du Mossi, sujet à des
fluctuations considérables au moment du retour des caravanes. Nous avons
eu souvent l’occasion de séjourner dans un de ces grands marchés du
Mossi, celui de Rakay. L’aspect extérieur de ce village, qui a plusieurs
milliers d’habitants, n’a rien qui attire le regard et le passant n’y
voit qu’une grande plaine couverte à perte de vue de cases rondes à
toits pointus. En réalité, Rakay joue chez les Mossis un rôle tout à
fait comparable à celui d’un port de commerce.
« L’envoi d’une caravane est une opération comparable à ce qu’était
autrefois l’armement d’un navire ; et le retour des marchands, lorsque
ceux-ci ont réussi dans leur entreprise, donne lieu à des manifestations
de joie qui rappellent les bordées de matelots rentrant de campagne.
« Aussi Rakay est-il, en même temps qu’une grande place d’affaires, une
ville de plaisirs. On y trouve des changeurs, des courtiers, des loueurs
d’ânes, en même temps que des entrepreneurs de caravanes. On y trouve
aussi des musiciens, des chanteurs, et les plus belles danseuses de la
région. Et pendant toute la saison des caravanes, le marché est toujours
abondamment fourni de bière de mil[338]. »
Au moment de notre passage à Ouagadougou (août 1910) les Kolas se
vendaient au marché 2 fr. 50 les 75. Les noix mises en vente sont de
gros Kolas rouges de l’Achanti. On n’observe pour ainsi dire jamais de
noix blanches.
D’après les nombreuses pesées que nous avons effectuées, les noix
vendues en cette saison pèsent en moyenne 27 g. 20. Il faut donc 58 noix
pour faire un kilog. et la valeur du kilog. à Ouagadougou est de 1 fr.
93.
Les noix se vendent en gros ordinairement contre argent, à raison de 20
fr. à 30 fr. le 1.000 suivant la saison. Au moment de notre voyage, on
les échangeait aussi contre des cauris dont le cours était 5.500 à 6.000
cauris correspondant à 5 fr.
A cette époque, un bœuf moyen valait 30 fr. au centre du Mossi.
On achète le bétail contre argent et on va le vendre à Salaga à raison
de 60 à 125 fr. par animal, ce prix étant payé en or anglais (livres
sterling). Les Anglais ne prélèvent pas de droit d’entrée, mais les
frais occasionnés par le péage et les droits de stationnement s’élèvent
à 5 fr. par animal.
Pour aller chercher les Kolas, les caravaniers partant de Ouagadougou
passent habituellement par les villages de :
Koïnda, Nahartenga, Pomdogo, Linangoin, Ouiya, Rapadama, Bagaré, Zorogo,
Zoungou, Sapara, Koupéla, Tenkodogo, Ningaré, Bana, Bilo, Badéma,
Pougounabili, Gambaka, Raboniri, Kortengua, Sacoya, Sarago, Salaga
(capitaine SCAR).
D’autre part, d’après M. l’administrateur VIDAL, il existe trois routes
de retour pour les acheteurs de Kolas revenant de la Gold-Coast.
La première part de Gambaka (Gold-Coast), passe par Bitou, Tenkodogo,
Koupéla, Dori et Niamey ; entre Tenkodogo et Koupéla, certains
caravaniers obliquent sur Fada-Ngourma, Say et Niamey ; d’autres, à
partir de Yaya, voisin du Liptako, se dirigent sur Niamey.
Une seconde route part de Salaga et passe par Navaro (Gold-Coast),
Kombisiguiri, Kaya au N.-E. de Ouagadougou, enfin Ouagadougou.
Une troisième part aussi de Salaga et se continue par Léo et Rakay sur
Ouagadougou.
Un autre chemin caravanier part de Salaga, passe par Kalinda entre Léo
et la Volta Noire, puis, au lieu de venir aboutir à Ouagadougou, se
poursuit à l’ouest, sur Borromo, Kouri, Djenné et Sofara.
Une partie des caravaniers parvenus à Ouagadougou s’y arrêtent peu de
temps ; ils poursuivent leur route vers le N. ou vers l’E.
Trois routes commerciales s’offrent à eux.
L’une se dirige sur Yako, Ouahigouya, Sofara ou Bandiagara et vient
aboutir à Mopti sur le Niger. Une seconde file sur Douentza, Saraféré ou
Tombouctou, enfin une troisième va à Dori et Niamey.
Les Kolas forment les 4/5 des charges apportées de la Gold-Coast au
Mossi par les caravaniers, l’autre cinquième étant constitué par des
tissus, des verroteries, du cuivre, de la quincaillerie.
L’_oussourou_ est le droit d’entrée sur les marchandises dû par les
caravanes venues des colonies étrangères par voie de terre. Il
correspond à la taxe douanière et est du dizième de la valeur des
marchandises _à leur entrée dans nos territoires_. Il n’y a pas de doute
que cette valeur doit être comprise à la frontière même et non sur les
grands marchés de l’intérieur du Soudan où l’_oussourou_ est perçu.
C’est ainsi qu’à Ouagadougou la taxe, avec juste raison, a été fixée à 1
fr. pour 1.000 Kolas, alors que ces Kolas valent sur ce marché 25 à 30
francs, mais on estime qu’ils ne valaient que 10 fr. à leur entrée au
Soudan. Par contre, en quelques points, la taxe est perçue sur un taux
exagéré. Il y a peu de temps encore, le poste de Boromo demandait aux
caravaniers 3 fr. et même 4 fr. par 1.000 Kolas. A notre avis, si l’on
veut encourager l’apport des Kolas de la Côte d’Ivoire au Mossi, il
faudra percevoir l’_oussourou_ à la frontière même et non sur les
marchés de l’intérieur, de manière que les Kolas de nos territoires
échappent à cette taxe.
[Illustration : FIG. 50. — Carte des routes suivies par les caravanes
transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien (échelle
1/16.000.000)]
L’_oussourou_ est perçu au profit du Budget local du Haut-Sénégal-Niger.
Les _dioulas_ acquittaient, en outre, récemment encore une patente de 2
francs par charge pour une durée de 3 mois.
Nous avons déjà dit que cette patente avait été récemment supprimée par
le Gouvernement général de l’Afrique occidentale.
Enfin, pour la vente au détail, les traficants paient un droit de place
de 0 fr. 20 par jour de marché[339].
Notre vieux Soudan, à l’encontre de la Guinée, a eu l’heureuse
inspiration d’appliquer aux Kolas venant de la Gold-Coast une taxe très
faible, qui n’a apporté aucune perturbation au commerce local[340]. De
son côté, l’administration de la Gold-Coast s’est abstenue de mettre des
droits sur l’entrée du bétail venant du Soudan français. Grâce à ces
méthodes de libre-échange, le commerce indigène a pris, depuis 10 ans,
une grande extension[341].
En 1903, on traitait à Ouahigouya 441.800 Kolas, et 929,820 transitaient
vers le nord.
Ces chiffres se sont considérablement accrus, comme le montrent les
tableaux publiés plus loin. De même, le trafic du bétail vers la Gold-
Coast a pris aussi une grande extension et, chaque année, 20.000 bovins
du Mossi arrivent dans la colonie anglaise.
Le grand marché de Ouagadougou a lieu tous les trois jours.
Il est habituellement fréquenté par 1.800 à 2.000 personnes.
Les noix de Kolas sont vendues sur la place publique et à l’entrée des
cases.
L’administration nous a communiqué les statistiques suivantes relatives
au trafic des noix de Kola dans le Mossi :
=Kolas provenant de la Gold-Coast et entrant dans le cercle de
Ouagadougou.=
Quantité Quantité Valeur Valeur Prix
de noix de noix par par du
par par trimestre semestre 1.000
trimestre semestre
--- --- --- --- ---
3e trimestre 1909 1.292.000 38.760 30 fr.
4e — 1909 1.675.000 50.250 30
--------- ------
2e semestre 1909 2.967.000 89.010
1er trimestre 1910 2.876.000 86.280
2e trimestre 1910 2.960.000 87.000
--------- ------
1er semestre 1910 5.836.000 173.280
Totaux du 1er 8.803.000 noix 262.290 francs.
juillet 1909 au 30 valant
juin 1910
=Kolas importés et consommés à Ouahigouya=[342].
Nombre de noix
---
3e trimestre 1909 291.500
4e — 1909 279.000
1er — 1910 126.600
2e — 1910 203.000
-------
Total 900.900
=Kolas passant en transit à Ouahigouya.=
3e trimestre 1909 1.816.500
4e — 1909 1.373.500
1er — 1910 939.500
2e — 1910 2.627.420
---------
Total 7.625.920
Soit en réunissant, la consommation et le transit, 8.526.820 noix.
Mais la plus grande partie des noix arrivant à Ouahigouya ont déjà passé
par le cercle de Ouagadougou.
Les charges sont de 2.000 Kolas environ et si l’on admet qu’il existe 60
noix par kilogramme, 33 kilog. représentent le poids d’une charge. La
quantité apportée chaque année à Ouagadougou serait donc de 146.716
kilog. ou 4.400 charges. En admettant que les arrivages se répartissent
régulièrement chaque année, la Gold-Coast enverrait au Mossi 366 charges
par mois. En réalité, ce chiffre est beaucoup trop faible. D’après M.
VIDAL, il ne représente que le tiers de ce qui passe. On peut admettre,
croyons-nous, qu’il entre dans le cercle de Ouagadougou 1.000 charges de
Kolas par mois, pendant 8 mois de l’année (de janvier à août inclus),
soit 8.000 charges par an ou environ 264 tonnes.
Les Kolas de la Gold-Coast entrent aussi au Soudan français par les
cercles de Bobo-Dioulasso et de Fada-N’Gourma. Rappelons que, d’après
MARC, l’importation des Kolas au Mossi est d’au moins 500 tonnes par an
(ce chiffre comprenant ce qui est consommé sur place et ce qui transite
vers le N. et vers l’E.).
La plus grande partie de noix transitant à Ouahigouya sont transportées
ensuite dans le N. ; les unes vont à Sofara, les autres à Saraféré.
CHUDEAU a fourni récemment d’intéressants renseignements sur ces
marchés :
« Au marché de Sofara[343] (sur le Bani, au Nord de Djenné), on
rencontre, au milieu des gens de la région qui vendent des produits
locaux (Sonr’aïs, Bambaras, Peuls, Habbés, etc...), des Maures venus du
Sahel et des habitants du Mossi et de Bobo-Dioulasso arrivés du Sud.
Malgré l’importance des transactions sur la place du marché qui, chaque
mardi, est aussi animé que celle d’un gros chef-lieu de canton de France
les jours de foire, le gros commerce a lieu dans les cases ; le Kola
craint le soleil et le sel, la pluie. D’après les chiffres qu’a bien
voulu me communiquer M. BARRIÉTY (en mai 1909), on recensait, à Sofara,
environ 1.000 barres de sel par mois, valant de 18 à 20 francs, et
environ 1 million de Kolas à 50 francs le mille. Pendant le premier
trimestre 1909, il avait été recensé un chiffre d’affaires de 180.000
francs.
« Sofara, déjà cité par BARTH, a pris un grand développement depuis une
quinzaine d’années ; il compte 2.500 habitants ; son prompt
développement tient à ce que, aussi bien situé que Djenné au point de
vue des communications par eau, il a l’avantage d’être constamment relié
par une route, praticable en toute saison, avec le Mossi et les régions
voisines. Avant que notre présence n’imposât la paix et la sécurité aux
pays noirs, cet avantage était un danger, et tout le commerce indigène
de cette région était centralisé à Djenné.
« Par une route différente qui traverse le plateau de Bandiagara au col
de Douenza, les Mossis apportent sur leurs bœufs des Kolas à Saraféré,
sur le Niger ; de Saraféré à Tombouctou, ils louent des pirogues aux
indigènes. Saraféré est un gros village (3.000 habitants) peuplé de
Sonr’aïs, de Bambaras et de Peuls. Pendant le trimestre juillet-août-
septembre 1909, il y est passé 1.400.000 Kolas ; à ce moment, la barre
de sel y valait 12 francs (G. GIRAUD).
« Il existe encore d’autres routes passant à Hombori et aboutissant à
Bamba. »[344].
Une partie des noix transitant par le Mossi parviennent à Tombouctou
environ 3 mois après avoir été achetées à la Gold-Coast.
Selon BAILLAUD, d’avril 1895 à mai 1896, pour une importation totale de
un million de Kolas à Tombouctou, 800.000 venaient du Mossi et 200.000
d’autres provenances[345].
En 1898, le commerce annuel des Kolas à Tombouctou se chiffrait à
400.000 francs. Ce trafic aurait périclité dans ces dernières années.
L’apport de sel de Taoudéni, qui servait de base aux transactions, a
beaucoup baissé, le sel de Roumanie étant venu le concurrencer sur les
marchés Soudanais. Il en est résulté une réduction dans la puissance
d’achat des Kolas à Tombouctou.
D’après M. VIDAL, Tombouctou reçoit, aujourd’hui, à la fois des Kolas de
l’Achanti et des Kolas de la Haute-Guinée et de la Haute-Côte d’Ivoire,
venus par Bamako ; ces derniers sont beaucoup plus prisés et se vendent
plus cher. Les Kolas de l’Achanti se conservent au Soudan moins
longtemps que les autres ; ils sont fréquemment attaqués par le
_Sangara_, d’autres sont détruits par la _pourriture_.
Les caravanes de Tombouctou n’emportent pour ainsi dire pas de Kolas
dans le désert. Ils viennent au Moyen Niger échanger leur sel contre des
grains, mais Tombouctou est la dernière ville vers le Nord où on fait
une grande consommation des précieuses noix.
« On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0 fr. 25
la pièce. Parfois, le prix subit une hausse extraordinaire : on est allé
jusqu’à les payer 1 franc pièce ; mais ces prix-là ne profitent qu’aux
commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement un effet de la
spéculation »[346].
Actuellement, on peut se procurer, à Tombouctou, des Kolas pour 0 fr. 15
et 0 fr. 20 pièce.
=3o HAUT-DAHOMEY.=
Les Pays Baribas et Dendis, situés dans la partie Nord du Dahomey
reçoivent les Kolas qu’ils consomment de l’hinterland de la Gold-Coast
et non de la région côtière du Dahomey.
Djougou, au sud des monts Atacora, est le grand marché où sont apportés
les noix par les caravaniers. La quantité consommée dans le pays est
insignifiante, mais il s’opère par cette région un très gros transit de
noix apportées de la Gold-Coast et dirigées sur la Nigéria anglaise. Il
n’est point exagéré d’évaluer ce trafic à 800 tonnes par an.
Nous devons à M. l’administrateur DEHNÉ la communication du tableau ci-
contre, mentionnant les charges de Kolas passant à Djougou chaque année
et contrôlées par l’administration :
=Tableau indiquant par mois le nombre de charges de Kolas venant de
l’ouest passant à Djougou (Dahomey).=
+------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+
|ANNÉES| JAN | FÉV | MAR | AVR | MAI | JUI |JUL|
+------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+
| 1906 | » | » | » | » | » | » | » |
| | | | | | | | |
| 1907 | 752| 753|1.105|1.265| 111| 356|324|
| | | | | | | | |
| 1908 |1.041|1.415|2.105|1.745|1.034| 533|685|
| | | | | | | | |
| 1909 |1.230|1.442|2.005|1.720|1.585| 1.470|786|
| | | | | | | | |
| 1910 |1.123|2.082|3.144|2.726| | | |
+------+-----+-----+-----+-----+-----+------+---+
[Suite]
+------+----+----+----+----+----+-------+-------------+
|ANNÉES| AOÛ| SEP| OCT| NOV| DÉC|TOTAUX |OBSERVATIONS |
+------+----+----+----+----+----+-------+-------------+
| 1906 | » | » | » | 477| 437| 914}Chiffres |
| | | | | | | }approximatifs|
| 1907 | 412| 202| 65| 265| 657| 6.116} |
| | | | | | | | |
| 1908 | 463| 120| 56| 235| 506| 10.089} |
| | | | | | | }Chiffres |
| 1909 | 645| 376| 178| 383| 718| 12.536}exacts |
| | | | | | | }déclarés |
| 1910 | | | | | | } |
+------+----+----+----+----+----+-------+-------------+
En 1910, notre administration a dû enregistrer environ 15.000 charges de
noix de Kolas arrivant à Djougou, soit 450 tonnes si on évalue chaque
charge à 30 kilog.
Mais, d’après M. DEHNÉ, pour éviter de payer la taxe de colporteurs,
environ 15.000 charges diverses passent en contrebande, à travers les
sentiers des Monts Atacora et du Pays Somba. Sur ces 15.000 charges, les
⅘ sont constituées par des Kolas. Les Kolas arrivant à Djougou sont
toujours des noix rouges à deux cotylédons, pesant en moyenne de 12 à 18
grammes. Le prix du kilog. au détail est de 1 fr. 75.
Les caravaniers qui transportent les noix de Kola de Salaga (Gold-Coast)
dans la Nigéria du Nord sont presque tous des Haoussas du Sokoto. Ils
ont fondé des villages sur tout le parcours, notamment à Say, à Djougou,
à Sansanné-Mango, à Salaga.
Ceux qui passent par Djougou suivent la voie : Samaré, Ouafilo, Bassari,
Zangiogo et Salaga.
Ceux qui veulent se soustraire à la taxe évitent Djougou et passent par
Konkobiri, Maka, Tanguéta, Makoua ; ils entrent en territoire allemand
vers Sansanné-Mango.
Leur trafic de transit comporte des dépenses assez élevées. A la Gold-
Coast, ils n’ont aucune taxe à acquitter, mais, pour la traversée de
Togo, ils doivent payer un droit de 3 marcks par charge ; au Dahomey,
ils étaient, jusqu’à ces derniers temps, munis d’une patente de 2 francs
par charge, valable trois mois, ne pouvant donc servir que pour un
voyage ; enfin, dans la Nigéria, ils doivent encore acquitter un droit
de 4 schellings par charge.
Aussi, ce trafic des caravanes est appelé à diminuer d’année en année.
Beaucoup de Haoussas vont déjà faire leurs approvisionnements de Kolas
dans les grands centres sur le parcours de la voie ferrée de Lagos-
Nigéria, où les Kolas sont apportés par la mer et le chemin de fer.
La colonie du Dahomey voudrait détourner les caravaniers de la voie
Djougou et les amener par Parakou et Savé, à l’extrémité du rail du
Dahomey, où les maisons européennes pourraient accumuler des provisions
de noix importées par mer.
Nous pensons, pour notre part, que ce projet a peu de chances de se
réaliser. Les caravaniers qui renonceront à aller s’approvisionner en
Kolas dans le Pays Achanti, iront plutôt au chemin de fer du Lagos, plus
rapproché d’eux et où ils trouvent déjà des noix de Kola à très bon
compte.
Conservons donc le marché de Djougou et cherchons à le développer en
assurant, aux dioulas de passage, le plus de bien-être possible.
=4o TERRITOIRE DU TCHAD.=
Il n’arrive plus que rarement des noix de Kola fraîches dans le bassin
du Tchad. En juillet 1903, pendant que nous nous trouvions à Corbol,
sous le 10me parallèle, à environ 300 kilomètres au sud du lac Tchad, il
en parvint quelques charges au Sultan de Baguirmi. C’étaient des Kolas
rouges à deux cotylédons, pesant 10 gr. à 20 gr. chacun et provenant du
Pays Achanti. Ils étaient emballés dans un panier rond, tressé en
lanières de feuilles de palmier Doum, panier nommé _Keskir_ en Kotoko.
Elles étaient encore très fraîches et on nous raconta qu’il en arrivait
parfois de plus loin. Peu de temps avant notre voyage, une caravane de
Bambaras, qui étaient venus par Siguiri et Bamako, en avait apporté
quelques charges à Tchecna, et des pèlerins du Soudan se rendant à la
Mecque en emportent parfois au-delà du Ouadaï comme denrée d’échange.
Ces pèlerins, à leur passage à Kousri ou à Fort-Lamy, écoulent
ordinairement les noix fraîches à raison de 10 pour un thaler, soit 0
fr. 50 pièce. Si ces Kolas se dessèchent en cours de route, ils les
emportent parfois jusqu’au terme de leur voyage, ce qui explique qu’on
puisse se procurer à La Mecque même des noix de Kola desséchées.
* * * * *
=IV. — PAYS CONSOMMATEURS ÉTRANGERS.=
* * * * *
=1o GAMBIE ANGLAISE.=
La Gambie importe chaque année de grandes quantités de noix de Kola
provenant surtout de Sierra-Léone et vendues aux comptoirs de Bathurst
et Mac-Carthy.
Une partie est consommée dans le pays ; l’autre est emportée dans le
Soudan par les caravanes.
Les chiffres d’importations pour les dernières années sont :
=Importations de Kola.=
Années Poids (kilog.) Valeur (francs)
1902 » 714.425
1903 » 820.500
1907 460.009[347] 998.550
1908 409.985 993.100
Par une autre source, nous savons que la colonie de Sierra-Léone aurait
expédié en Gambie : 335 tonnes en 1905, 456 en 1906, 515 en 1907, 433 en
1908, 474 en 1909.
=2o GUINÉE PORTUGAISE.=
La Guinée portugaise reçoit par ses ports de Bissao et Boulam les noix
de Kolas qu’elle importe de Guinée française et de Sierra-Léone.
Cette dernière colonie, d’après les statistiques anglaises, aurait
expédié en Guinée portugaise les quantités suivantes de Kolas frais :
1905 122 tonnes
1906 216
1907 256
1908 140
1909 314
En 1904, la Guinée française expédiait en Guinée portugaise 15 tonnes
706.
Ce chiffre s’est abaissé dans les dernières années.
=3o NIGÉRIA ANGLAISE.=
La Nigéria anglaise est, avec notre Soudan, le pays qui consomme la plus
grande quantité de noix de Kola.
Au sud, s’étend la Southern Nigéria qui en produit et en consomme ; au
nord, se trouve la Northern Nigéria qui en produit très peu, mais en
consomme de très grandes quantités.
La Nigéria du sud possède presque exclusivement le _Cola acuminata_ ; le
_Cola nitida_ est d’introduction récente. Les noix à plus de deux
cotylédons produites dans tout le delta du Niger et sur une bande
littorale s’étendant à environ 100 kilomètres au N. de Lagos, ne
suffisent pas à la consommation locale des grands centres comme Lagos,
Abeokouta, Ibadan. Le bas Dahomey expédie à Lagos chaque année pour
environ soixante mille francs de noix de _Cola acuminata_. Mais ce sont
surtout les colonies anglaises de Sierra-Léone et de la Gold-Coast qui
envoient à Lagos des quantités considérables de Kolas, ceux-ci
appartenant à la bonne espèce _Cola nitida_. Nous manquons de
renseignements précis sur les chiffres de ces importations, mais ils
paraissent considérablement élevés.
Mais c’est surtout la Nigéria du Nord, avec ses 10 millions d’habitants
et de grands centres comme Kano, Sokoto, Yola, qui absorbe une très
grande quantité d’amandes de Kola. La province de Noupé et peut-être le
sud de la province de Yola en produisent de petites quantités fournies
surtout par le _Cola acuminata_ (_Abata Kola_), mais la Northern Nigéria
s’approvisionne surtout par des importations de noix de la Gold Coast
(_Ganbja Kola_), arrivant par les voies les plus diverses.
Chaque année, les caravanes haoussas vont s’approvisionner de Kolas au
Pays Achanti en suivant la route signalée autrefois par BARTH. La
plupart passent par le N. du Togo et du Dahomey et se dirigent ensuite
sur Kano. Nous avons déjà dit que 800 tonnes de Kolas pour cette
destination transitaient par la région de Djougou (Dahomey). D’autres
caravanes suivent des routes plus septentrionales ; elles traversent le
sud du Mossi et par la Gourma ou par la région de Dori, elles viennent
tomber au Niger et de là elles se dirigent soit sur Sokoto, soit sur
Kano. Enfin, d’autres caravaniers vont chercher des Kolas jusqu’en plein
cœur du Cameroun ou même dans la Haute-Sangha (Afrique équatoriale
française) ; ils traversent l’Adamaoua et reviennent à Yola. Des villes
que nous venons de citer, certaines charges de Kolas sont portées encore
bien plus à l’est, au cœur du Bornou, à Kouka et à Dikoua, ou même
jusque dans le Baguirmi et dans l’Ouadaï ; l’un de nous en a même vu en
1903, à Corbol, dans le moyen Chari où le sultan du Baguirmi était de
passage.
Kano, « la grande cité haoussa, le plus grand foyer industriel et
commercial du centre africain »[348], ville comptant 70.000 âmes, chef-
lieu d’un Etat peuplé de 3 millions d’habitants, avait reçu jusqu’à ces
dernières années tous les Kolas qu’elle consommait par les caravanes
allant au pays Achanti. A l’époque du voyage de BARTH (1852), Kano
recevait par cette voie pour 100 millions de cauris[349] de noix,
chiffre correspondant à environ 40.000 fr. et vraisemblablement à
300.000 noix. Ce chiffre a été en s’accroissant d’année en année ; mais,
en même temps, de nouvelles voies de pénétration ont été créées.
Aujourd’hui la plus grande partie des noix destinées à l’Etat de Kano
sont importées par mer soit à Lagos, soit par le Bas Niger (viâ
Forcados, Bouroutou, Baro).
Les premières prennent ensuite le chemin de fer Lagos-Ibadan-Ilorin et
le deuxième jour elles parviennent à Djebba, sur le Niger.
Prochainement le railway arrivera à Kano et cette ville ne sera plus
qu’à quatre jours de Lagos. Les Kolas de l’Achanti ne seront plus qu’à
neuf jours de Kano, comme le montre le tableau suivant :
Koumassie à Sekondee 2 jours (par chemin de fer).
Sekondee à Lagos 3 jours (par mer).
Lagos à Kano (viâ Djebba) 4 jours (par chemin de fer).
Les caravaniers qui effectuent ce trajet par l’intérieur de l’Afrique
mettent environ 6 mois pour faire le voyage aller et retour. Aussi la
grande route de Kano-Djougou-Salaga est-elle appelée à être abandonnée
des caravanes.
Les transports par animaux à travers la Nigéria se faisant à très bon
compte, beaucoup d’Haoussas renoncent cependant à employer le chemin de
fer et viennent chercher les Kolas et les autres marchandises dont ils
ont besoin à Lokodja ou à Lagos.
En 1904, les importations, par mer, des Kolas dans la Nigéria du Sud
atteignent le total de 1.033 tonnes, évaluées 1.026.600 francs, et la
Gold-Coast, à elle seule, en avait fourni 1.024 tonnes. En 1905, les
importations de Kolas à Lagos s’élevaient à 1.139.175 francs. Les
importations par mer se font surtout de novembre à avril. Il n’est pas
fait mention des Kolas importés dans la Northern Nigéria en cette même
année.
Pour la période 1906-1907, on estime les importations de cette dernière
colonie à 21.924 livres-sterling, soit 548.100 francs. Ce chiffre
représente sans doute les importations faites par Forcados-Bouroutou.
Les importations par mer de ces deux colonies réunies, en 1906, étaient
donc d’environ 1.600 tonnes.
Il est bien certain qu’au fur et à mesure que se développera la
prospérité de la Nigéria, appelée à un très grand avenir, la
consommation des Kolas ira en s’accroissant, et la production de la
Gold-Coast ne suffira plus pour alimenter en Kolas les pays que nous
venons de passer en revue.
La ville de Lagos est un des plus gros entrepôts de Kolas de toute
l’Afrique. On y trouve à la fois les petits Kolas indigènes à 4 ou 5
cotylédons, et les gros Kolas rouges de l’Achanti importés par mer.
Ceux-ci se vendent à un prix très abordable. D’une valeur de 50 francs
les 50 kilog. à leur embarquement à Cape-Coast-Castle, la même charge
vendue à Lagos revient à 57 fr. 50, et le prix de vente en gros ne
dépasse guère 1 fr. 25 le kilog. Seuls, les Yorubas consomment encore
des Kolas indigènes.
=IMPORTATION ET CONSOMMATION DES KOLAS EN EUROPE.=
L’Europe ne reçoit encore presque exclusivement que des Kolas secs. On
les divise en _Kolas-demis_ ou Kolas à deux cotylédons produits par le
_Cola nitida_ et en _Kolas-quarts_ ou Kolas à quatre ou cinq cotylédons
produits par les autres espèces. Leur prix varie de 0 fr. 75 à 1 fr. 15
le kilog. pour les noix à deux cotylédons et de 0 fr. 40 à 0 fr. 75 pour
les noix à quatre cotylédons.
La première importation remonte à une époque très reculée, puisque,
d’après le Bulletin de Kew, 1880[350], les importations, en Angleterre,
étaient déjà :
En 1860 environ 55.960 kil.
En 1870 145.168
En 1879 378.625
Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur l’étendue
actuelle de ce commerce.
Nous pensons, toutefois, que les importations de Kola sec en Europe et
aux Etats-Unis s’élèvent annuellement à environ 1.000 tonnes.
Ces noix sont utilisées soit dans la droguerie pharmaceutique pour la
préparation d’extraits, soit en liquorerie dans la fabrication de vins
toniques, liqueurs variées, apéritifs spéciaux. Le commerce apprécie
surtout les noix faiblement mucilagineuses, donnant des extraits
homogènes et bien solubles.
Les exigences de la Pharmacopée française ont entraîné les industriels à
acheter les Kolas sur leur teneur en caféine qui ne doit pas être
inférieure à 1,25 %, l’extrait obtenu devant, d’après le Codex 1908,
renfermer 10 % de caféine.
La France, l’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal sont les seuls pays
qui font l’importation directe.
En France, ce produit entre par les ports de Marseille et du Hâvre, mais
comme il est exempt de droits de douane et qu’il ne figure pas sur les
statistiques, il est impossible d’évaluer les quantités introduites.
En Angleterre, on n’est pas plus documenté. L’entrée dans les ports est
également libre. On l’annonce dans les listes de cargaisons, quelquefois
comme noix de Kola, quelquefois comme droguerie ou épicerie ; parfois on
indique le poids, parfois simplement la valeur. Certaines statistiques
annoncent qu’il entre environ 300 tonnes de Kola sec par an dans le port
de Liverpool ; par contre, les renseignements qui nous ont été
communiqués par la maison SUTELIFF et GOSDEN, de Londres, l’évaluent à
150 ou 200 tonnes par an pour toute la Grande-Bretagne, mais ils disent
que c’est seulement une estimation et il n’est pas tenu compte des
arrivages directs au consommateur. « En outre, ajoutent-ils, les
arrivages de Ceylan pèsent ordinairement 50 kilog. environ chacun,
tandis que les arrivages de Barbades, de Grenade, de la Jamaïque, pèsent
environ 87 à 100 kilog. chacun. On les déclare comme colis. Aussi, nos
renseignements auraient seulement pour résultat de dérouter, au lieu de
donner l’information qui pourrait être utile. »
D’après une note manuscrite de M. DE LA VAISSIÈRE, l’importation des
noix fraîches à Liverpool ne doit pas dépasser une ou deux tonnes par
an ; elles proviennent de Sierra-Léone. Leur prix varie de 5 pence à 10
pence par livre (453 grammes) suivant leur état, car la plupart du temps
les amandes arrivent avariées ou piquées.
Pour les noix sèches, les paiements se font à la livraison de la
marchandise, avec escompte de 2,5 %.
Suivant la même note, le marché de Hambourg offre d’assez grands
débouchés aux Kolas provenant de la Côte Occidentale d’Afrique, mais il
est absolument impossible d’évaluer la quantité exacte importée chaque
année, de même que les pays de provenance, les statistiques de Hambourg
ne contenant aucune rubrique spéciale pour cet article. Toutefois, on ne
pense pas qu’il soit exagéré de dire que la quantité importée chaque
année s’élève à plusieurs centaines de tonnes.
Les cours varient, pour les Kolas secs, de 70 francs à 90 francs les 100
kilog. franco Hambourg. Les ventes, en général, ont lieu aux 100 kilog.
net, paiement comptant moins 2 % d’escompte ou à 1 mois net.
Les quantités de noix de Kola qui entrent en Belgique sont très minimes.
Il n’est pas possible d’évaluer les petits stocks qui entrent dans le
port d’Anvers, aucune spécification n’étant faite pour cet article dans
les documents statistiques des douanes belges. Cette importation est à
coup sûr sans importance, car une cote officieuse de tous les produits
africains est établie chaque jour, à Anvers, par les courtiers de la
Bourse, et la noix de Kola n’y est pas mentionnée.
Au Portugal, Lisbonne reçoit quelques tonnes à peine, par an, de Kolas
secs provenant de l’Angola, du Congo portugais et de San-Thomé.
Les arrivages de Kola sec dans la plupart des ports d’Europe paraissent
avoir plutôt tendance à diminuer. Par contre, les Kolas frais, en France
du moins, sont importés en plus grande quantité depuis quelques années.
Les arrivages se font par Marseille, par Bordeaux et par La Palice.
Les principaux importateurs sont quelques Pharmacies et une ou deux
maisons spécialisées dans le commerce des fruits tropicaux.
Grâce à leurs arrivages, on peut actuellement trouver à Paris, pendant
presque toute l’année, des Kolas frais vendus au détail de 0 fr. 10 à 0
fr. 30 pièce, suivant la taille, soit de 8 francs à 20 francs le kilog.
Ce prix pourra être considérablement abaissé le jour où la consommation
des Kolas deviendra plus régulière, et où il y aura moins de déchets par
suite d’emballages mieux conditionnés.
Nous avons vu, en effet, que le prix de revient des Kolas dans les ports
d’embarquement des pays producteurs, oscille entre 1 fr. 25 et 2 fr. 50
le kilog., suivant les saisons et suivant les localités.
Quand le grand public connaîtra mieux les propriétés remarquables de ce
produit, quand les médecins seront plus expérimentés dans son
application, enfin quand la noix sera à un prix plus abordable, ce qui
sera facile à obtenir en faisant des emballages soignés dans la tourbe,
on peut espérer que le Kola frais trouvera dans les pays civilisés,
sinon une vogue comparable à celle qu’il a dans le Soudan, au moins des
débouchés très étendus.
* * * * *
[Note 300 : M. LIURETTE raconte, dans ces termes, l’origine des
peuplades habitant la région de Beyla :
« Entre le VIIe et le XIe siècle de notre ère, la race _Sérère_ aurait
été disloquée et les _Tômas_ en seraient une fraction.
« Quant aux _Mandés_ originaires du Niger, ils vinrent au XIIIe siècle
se fixer dans le pays des Kolas. Toumané Kouroula, originaire des pays
mandingues, quitta son village vers 1320, accompagné de ses deux frères.
Ils se livrèrent pendant deux années au commerce des Kolas, puis ils
s’installèrent dans un petit village abandonné qu’ils nommèrent
Tomandougou (village Tôma), où ils appelèrent d’autres compatriotes qui
vinrent grossir le village situé sur le versant ouest de la montagne
Tourou, près de la rivière Milo. Le plus jeune des trois frères fut
envoyé par son aîné à la recherche d’une nouvelle terre et fonda le
village de Tina, situé dans le Ouorodougou et dont Kérouané est la
capitale.
« Un poste français fut installé à Kérouané en 1892 et devint chef-lieu
de ce Cercle. Le Cercle de Beyla fut créé en 1894, mais ce n’est qu’en
1898 que nos troupes, poursuivant les hordes de Samory, parvinrent sur
les confins Sud du Cercle, dans le pays produisant les Kolas. »
(LIURETTE, Archives de Beyla. _Mss._, 1908).]
[Note 301 : Ce chiffre ne comprend pas les Kolas du district de Tibati,
exportés dans l’Adamaoua.
L’Afrique équatoriale française, qui exporte une assez grande quantité
de Kolas par la Haute-Sangha, n’est pas mentionnée dans ce tableau.
D’autre part, le Togo produit moins de Kolas que ne l’indique ce
tableau.]
[Note 302 : Henry FILLOT. — La noix de Kola. _Bull. Soc. Acclim._, LIII,
1906, p. 257.]
[Note 303 : BINGER. — L. c., I, p. 313.]
[Note 304 : CHUDEAU. — Le grand commerce indigène de l’Afrique
occidentale. _Bull. Soc. Géogr. commerc._, XXXII, 1910, p. 404.]
[Note 305 : CHUDEAU. — _L. c._, p. 412.]
[Note 306 : Se nomment encore suivant les régions : Koris, Kouris,
Kourdis.]
[Note 307 : Voir MARAVAL. — _La Géographie_, XXI, 1910, 1er sem., p.
209.]
[Note 308 : Ce chiffre paraît anormal et excède les exportations
habituelles de la Guinée.]
[Note 309 : Les statistiques officielles de la Guinée, pour 1909,
accusent une importation totale de 63.663 kilog. des provenances
suivantes :
Libéria : 48.583 kilog., Sierra-Léone : 14.362 kilog. ; autres pays :
718 kilog.]
[Note 310 : D’après FAMÉCHON, les populations Baga et Mandenyi, qui
habitaient la contrée avant l’invasion soussou, avaient probablement
répandu autrefois le Kolatier dans la région et elles devaient s’adonner
à sa culture, beaucoup plus activement que ne le font aujourd’hui les
Soussous.]
[Note 311 : Ces renseignements remontent à 1906 ou 1907. La valeur du
caoutchouc sur place oscille aujourd’hui dans de larges limites, à
Kouroussa même, suivant les cours d’Europe.]
[Note 312 : Le vendeur n’apporte ordinairement que 50 à 150 noix par
marché. Il est rare qu’il en apporte 200 ou 300 à la fois ; moins
fréquemment encore il met en vente des lots de 8 à 10 kilogs.]
[Note 313 : A la fin de la saison sèche, les noix sont plus petites et
il en faut parfois jusqu’à 120 pour peser un kilog.]
[Note 314 : En 1909, les autochtones de la forêt : Tômas, Guerzés,
Manons, commençaient à accepter les pièces françaises en argent avec
lesquelles ils faisaient ensuite des achats aux dioulas.
Les Musulmans apportent aussi dans le pays des vaches et des moutons
qu’ils échangent contre des Kolas.]
[Note 315 : On a conservé, dans le Soudan Nigérien, le nom d’_oussourou_
pour désigner le droit de place que payaient les caravaniers arrivant
dans les centres importants, soit comme droit de transit, soit comme
droit de place.]
[Note 316 : En admettant que ce chiffre de 156.157 fr. 40 ait été
prélevé exclusivement sur des Kolas, ce qui est peu éloigné de la
vérité, on aurait introduit cette année-là, par Boola, 208.210 kilog. de
Kolas, soit environ 8.328 charges ou 160 charges par semaine. Le produit
le plus important après les Kolas, importé du Libéria dans la Haute-
Guinée, est l’huile de palme qui acquitte une taxe de 0 fr. 04 par
litre. Cette taxe est normale, l’huile de palme valant, dans le pays, de
0 fr. 50 à 1 franc le litre.
Nous avons le poids officiel des Kolas, entrés en Guinée par la
frontière libérienne en 1906 ; il est de 48.583 kilog. Une quantité au
moins dix fois plus élevée a dû passer en fraude.]
[Note 317 : D’après ARCEN, il n’était pas rare de trouver au marché de
Boola, il y a quelques années, 3.000 à 4.000 indigènes par marché.]
[Note 318 : Quatre grandes maisons françaises étaient installées à Beyla
en 1909. La plus ancienne, la maison Gobinet frères, y est depuis 1904.]
[Note 319 : Jusqu’à ces derniers temps, les colporteurs indigènes
(dioulas) de l’Afrique Occidentale devaient acquitter une patente de 3
fr. par charge, patente renouvelable tous les trois mois.
Pour encourager le développement du commerce indigène, le Gouvernement
général de l’A. O. F. a supprimé récemment ces patentes.]
[Note 320 : D’après M. LIURETTE, une charge complète de 30 kilog. de
noix de Kolas vendues au détail doit produire : 62 fr. à Beyla ; 110 fr.
à Kankan ; 150 fr. à Bamako ; 200 fr. à Médine ; 210 fr. à Kayes. Mais
M. LIURETTE suppose que les noix arrivent _toutes en bon état_ et se
vendent toutes au cours le plus élevé. En réalité, il n’en est jamais
ainsi.]
[Note 321 : D’après le _Journal officiel de la Côte d’Ivoire_, 15 mai
1909, p. 229.
Les chiffres donnés plus haut sont certainement très exagérés. La charge
de Kolas rendue à Séguéla vaut à peine 60 fr. Nous estimons que le prix
d’achat de la charge à Daloa doit être de 20 à 30 francs au maximum, et
beaucoup moins si les achats se font contre des sombés apportés de
Séguéla. A Daloa, un sombé vaut 0 fr. 05.]
[Note 322 : Il doit y avoir un lapsus. Le prix d’un bœuf équivaut
vraisemblablement à 2.000 à 5.000 Kolas. A Ngaoundéré, un bœuf de
moyenne taille vaut 8 à 15 thalers (pièce d’argent à l’effigie de Marie-
Thérèse, valant environ 3 francs).]
[Note 323 : P. CHARREAU. — Loc. cit., in _Mém. Soc. Sc. Cherbourg_,
XXXV, 1905-1906, p. 167.]
[Note 324 : P. CHARREAU. — Loc. cit., p. 182.]
[Note 325 : P. CHARREAU. — Loc. cit., p. 185.]
[Note 326 : Il est possible que les Kolas exportés par le nord
représentent une valeur de 80.000 livres sterling ou 2 millions de
francs, mais en les estimant à 0 fr. 25 le kilog., on arrive à un poids
de 8.000 tonnes correspondant à plus de 300.000 charges.
Ce chiffre doit être considérablement réduit. Nous ne pensons pas que
l’exportation par l’hinterland dépasse 2.000 tonnes, soit environ 70.000
charges.
La valeur des Kolas serait alors de 1 fr. le kilog. à la sortie, ce qui
correspond en effet à la réalité.]
[Note 327 : Ce chiffre correspondrait à un poids de 4.420.815 livres
anglaises ou 2.002 tonnes 629. Les noix sont donc estimées à 1 fr. le
kilog. environ.]
[Note 328 : Comte ZECH. — L. c. Voir _Revue Cult. col._, VIII, 1901, 1er
sem., p. 367.]
[Note 329 : DE ALMADA NEGREIROS. — Ile de San Thomé, Paris 1900, p. 81.]
[Note 330 : DE ALMADA NEGREIROS. — Les Colonies portugaises. Etudes
documentaires, produits d’exportation, 1907, p. 207.]
[Note 331 : Gonvan est probablement un des noms de Kong, encore désigné
par les anciens auteurs sous les noms de Gonja (BEAUFOI), Gongé
(DELISLE), Conché (DANVILLE).]
[Note 332 : CUNY. — Découvertes en Afrique, 1809, I, p. 204.]
[Note 333 : _La Géographie_, II, 1900, 2e sem., p. 9, et : Sur les
routes du Soudan. Toulouse, 1902.]
[Note 334 : Ce chiffre correspond à 300 ou 350 tonnes. Il est bien
certain que la quantité de noix de Kola importées chaque année au Haut
Sénégal et Niger est beaucoup plus considérable.]
[Note 335 : E. BAILLAUD. — L. c., p. 260.]
[Note 336 : E. BAILLAUD. — L. c., p. 240-242.]
[Note 337 : Si l’on demande à un Yarsé à quoi lui serviront les gros
rouleaux de toile qu’il emporte, il répond invariablement : « C’est pour
manger ».]
[Note 338 : MARC. — Le Pays Mossi, 1909, p. 170-175.]
[Note 339 : Pour plus de renseignements sur ces points, consulter : W.
PONTY, _Instructions à l’usage des administrateurs du Haut-Sénégal-
Niger_, Imprimerie du Gouvernement, Kayes, 1906 : p, 86, oussourou ; p.
90, marchés ; p. 83, patentes de colportage.]
[Note 340 : L’administration se montre en outre très tolérante pour la
perception de ces taxes. On estime que les 2/3 des Kolas passent sans
acquitter de droits.]
[Note 341 : En 1900, le capitaine SCAR écrivait dans un rapport
officiel : « Il importe de ne pas se presser d’établir une taxe
douanière qui détournerait un mouvement commercial qui doit logiquement
passer par le Mossi ».]
[Note 342 : Ouahigouya est le chef lieu du Yatenga, province rattachée
aussi au Mossi et en constituant la partie N.]
[Note 343 : R. CHUDEAU. — Le marché indigène de Sofara, _Ann. de
Géograph._, XIX, no 103, 15 Janv. 1910, p. 47-48.]
[Note 344 : CHUDEAU. — _Bull. Soc. géogr. commerc._, 1910, p. 407.]
[Note 345 : E. BAILLAUD. — Loc. cit., p. 138.]
[Note 346 : E. BAILLAUD. — Loc. cit., p. 241.]
[Note 347 : Ce chiffre ne concorde pas avec celui fourni par les
statistiques de Sierra-Léone qui mentionnent, pour 1907, 515 tonnes de
Kolas destinées à la Gambie.]
[Note 348 : J. MENIAUD. — _Dépêche coloniale illustrée_, IX, 15 sept.
1909, p. 217.]
[Note 349 : H. BARTH. — Voyages et découvertes, _trad. franç._, II,
1860, p. 26.]
[Note 350 : D’après HECKEL, Loc. cit., p. 67.]
CHAPITRE XIX.
* * * * *
=Amandes considérées à tort comme remplaçant les Kolas. — Substitutions
frauduleuses. — Succédanés.=
* * * * *
Dans sa monographie, E. HECKEL cite un assez grand nombre de plantes
dont les graines seraient substituées dans diverses régions aux noix de
Kola.
« Il est très probable, écrit cet auteur, si l’on s’en rapporte aux
données fournies sur les espèces connues par H. BAILLON, que les plantes
africaines, capables de donner des graines similaires de celles du vrai
Kola sont _Cola Duparquetiana_ Baillon, _Cola ficifolia_ Mast., _Cola
heterophylla_ Mast., _Cola cordifolia_ R. Br. et peut-être le _Sterculia
tomentosa_ Guil. et Perr.[351]. »
Le _Cola Duparquetiana_ Bn. qui vit au Gabon ne nous est pas connu, mais
nous savons qu’il appartient à la section _Cheirocola_. Il se rapproche
beaucoup du _Cola Trillesii_ Pierre et du _Cola dasycarpa_ Pierre,
espèces non encore décrites de l’Herbier du Muséum. Le spécimen de _Cola
Trillesii_ de cet Herbier est accompagné d’une note manuscrite du P.
TRILLES, indiquant que les fruits insérés sur le tronc sont
comestibles[352], mais il nous parait probable que c’est le tégument
seul qui peut être mangé.
Le _Cola ficifolia_ Mast., petit arbre de Fernando-Pô, appartient à la
section _Haplocola_. Il est fort douteux qu’il donne des graines
utilisables.
Le _Cola heterophylla_ (P. Beauv.) Schott et Endl. est aussi un petit
arbre assez répandu depuis la Guinée française jusqu’au Delta du Niger.
Nous avons eu fréquemment l’occasion de l’observer. Chaque follicule
renferme de 7 à 11 graines ovoïdes-polyédriques, de 20 à 26 mm. de long
sur 15 mm. à 18 mm. de large. L’amande n’est pas comestible, mais la
graine a un tégument qui comprend une couche externe, blanche-charnue,
sucrée, légèrement acidulée, que les enfants sucent parfois.
De même, la graine de _Cola cordifolia_ R. Br. (nommé _Ntaba_ au
Soudan), que nous avons eu fréquemment l’occasion d’examiner, comprend
une amande rose de 20 mm. à 25 mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de large,
formée de 2 (parfois 3) cotylédons, bifides dans le quart inférieur, et
d’un blanc-rosé. On ne les mange pas, mais le tégument, épais de 3 mm. à
4 mm., devient à maturité très pulpeux et très sucré et les enfants en
sont friands.
Enfin, le _Sterculia tomentosa_ Guil. et Perr., ainsi que nous avons eu
déjà l’occasion de le signaler, produit des graines tout à fait
inutilisables.
Dans ces dernières années le _Bulletin de Kew_ a appelé l’attention sur
un autre _Sterculia_, le _S. rhinopetala_ K. Schum., connu au Lagos sous
les noms de _Orodu_ et _Oro_, d’après PUNCH, et dont les graines,
d’après ZENKER[353], seraient employées en guise de Kola à Yaunde au
Cameroun. K. SCHUMANN a montré combien une telle assertion était peu
vraisemblable, mais le _Bulletin de Kew_ rappelle que les _Sterculia
fœtida_, _S. guttata_, _S. urens_ de l’Inde produisent des graines qu’on
mange rôties comme des châtaignes et le Dr HOCHREUTINER a mangé à
Buitenzorg les fruits de plusieurs _Sterculia_ vrais et les a trouvés
excellents[354]. Nous croyons pour notre part que, quand bien même les
graines de _Sterculia rhinopetala_ K. Schum. seraient comestibles (ce
qui est douteux), il est très peu vraisemblable qu’elles aient des
propriétés analogues à la noix de Kola.
E. HECKEL a appelé aussi l’attention sur diverses autres espèces de
_Cola_ du Gabon.
L’une est vraisemblablement le _Cola gabonensis_ Masters et appartient à
la section _Haplocola_. Elle est connue au Gabon sous les noms d’_Ereré_
ou d’_Orindé_ rouge[355]. Les follicules, d’un beau rouge à l’état
frais, renferment environ 6 à 8 graines ayant chacune deux cotylédons.
Dépouillées de leur tégument et sèches, elles se réduisent à une petite
amande verdâtre rappelant celle du grain de café desséché ; elles ne
sont pas alimentaires ; la pulpe constituant le tégument est sucrée et
un peu acidulée et peut être consommée. Dans les amandes, HECKEL n’a pas
trouvé trace de caféine ou de théobromine[356].
Le produit employé comme aphrodisiaque serait l’écorce.
Sous le nom de _Cola digitata_, E. HECKEL mentionne un arbre de la
section _Cheirocola_ nommée _Ombéné nipolo appopo_ (gros Kola blanc) par
les Gabonais. D’après A. JOLLY (in HECKEL), le fruit est d’un beau rouge
carmin velu. Les graines ont une amande d’une couleur rouge-amarante et
sont de très grosse taille, puisque, dépouillées du tégument, elles
pèsent 100 grammes en moyenne.
Ces graines ne sont pas utilisables ; elles ne contiennent pas trace de
caféine. « La partie comestible du fruit est le testa très développé qui
enveloppe la graine ; il est de couleur blanche et un peu sucré ; les
indigènes seuls s’en nourrissent et encore rarement »[357]. La
description et les figures que HECKEL a publiées de cette espèce, montre
qu’il ne s’agit certainement pas du _Cola digitata_ Mast. ; celui-ci a
des fruits et des graines toutes différentes. Nous ne pensons pas
davantage que le gros Kola blanc des Gabonais soit le _Cola pachycarpa_
K. Schum., ainsi que l’a supposé le savant botaniste berlinois. Au
contraire, la description des cotylédons dont la face interne « se fait
remarquer par le développement énorme de poils recouvrant sa surface
entière » nous fait supposer que la plante signalée par HECKEL est soit
_Cola Duparquetiana_ Bn., soit _Cola Trillesii_ Pierre ou _C. dasycarpa_
Pierre.
Ces trois espèces paraissent du reste extrêmement voisines et n’en
constituent probablement qu’une seule.
E. HECKEL a signalé un autre _Cola_ provenant de Franceville (Gabon),
auquel il donne le nom de _Cola sphærosperma_ Heckel. Il est
malheureusement très incomplètement décrit, puisque la diagnose ne
comporte que la description des graines ; elle est accompagnée d’une
figure représentant une jeune plante à feuilles oblongues acuminées.
K. SCHUMANN en a fait un _Haplocola_, mais n’a fourni aucun
renseignement nouveau à son sujet. La plante, du reste, n’a pas
d’intérêt économique, HECKEL n’ayant trouvé ni caféine, ni théobromine
dans les graines. Enfin, le même auteur signale un Kolatier de
Libreville appelé par les Mpongoués _Ombéné attèna-téna_, à petites
graines, « dont chacun des deux cotylédons est divisé en plusieurs lobes
(deux ou trois)[358] »
Il a trouvé que les graines sèches renfermaient 0,263 de caféine. « De
plus, cette graine ne paraît renfermer ni théobromine, ni rouge de Kola.
C’est donc une qualité très inférieure, bien au-dessous du Kola, dit du
Gabon. Il faut en rejeter l’emploi soit médical, soit
bromatologique[359]. »
L’un de nous a observé au cours de ses voyages une autre espèce de
_Cola_ dont les indigènes mangent réellement les graines, bien qu’elles
n’aient point les propriétés des amandes des _Eucola_ et qu’elles ne
puissent leur être substituées.
Elle appartient à la section _Haplocola_ et constitue probablement une
espèce inédite.
C’est un arbuste de 3 m. à 6 m. de haut, à feuilles oblongues acuminées,
obtuses au sommet, cunéiformes aiguës à la base, fortement réticulées en
dessous. Les fruits insérés à l’extrémité des branches comprennent 1 à 5
carpelles (souvent 3), d’un beau rouge écarlate à maturité, ovoïdes,
longs de 4 cm. à 6 cm., terminés brusquement par un long bec obtus.
Chaque follicule renferme 3 à 6 graines ovoïdes-subsphériques de 15 mm.
à 18mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de diam. transversal.
Les cotylédons, au nombre de deux, sont blancs, fendus à la base. Leur
saveur rappelle celle du gland et ils sont immangeables à l’état cru,
mais les indigènes de race Dan ou Dyola pilent ces graines après les
avoir dépouillées du tégument et la pulpe obtenue est ajoutée au riz que
l’on fait cuire. Nous pensons que c’est pour ses propriétés
mucilagineuses que cette graine est utilisée. Elle jouerait dans la
confection de la sauce le même rôle que le Gombo (_Hibiscus esculentus_
L.).
L’arbuste est commun dans la forêt de la Côte d’Ivoire et se nomme
_Séran_ en dyola.
*
* *
Il découle des pages précédentes qu’aucune espèce de Sterculiacée, en
dehors des _Eucola_, ne produit de graines pouvant être substituées aux
noix de Kola[360].
Quelques espèces de _Sterculia_ fournissent des graines dont les
propriétés alimentaires sont dues à leur richesse en amidon. Plusieurs
espèces de _Cola_ ont leurs graines recouvertes d’un tégument externe
(souvent pris pour une arille), charnu et sucré, de sorte qu’on peut le
manger. Une autre espèce produit des amandes que l’on peut utiliser dans
la préparation des aliments par suite de leur richesse en mucilage, mais
en dehors des quatre espèces _Cola nitida_, _C. acuminata_, _C.
Ballayi_, _C. verticillata_, on n’en connait aucune, d’une manière
certaine, produisant des amandes pouvant être employées comme noix de
Kola.
*
* *
D’après HECKEL, on trouvait parfois, il y a quelques années, dans les
lots de Kolas qui parvenaient en Europe, des graines d’_Heritiera
littoralis_ Ait., de _Pentadesma butyracea_ Don, (le _Lamy_, graine
oléagineuse de la Guinée française), de _Physostygma venenosum_ Balfour
(la Fève de Calabar), de jeunes fruits de _Coco_ ; enfin les graines de
_Napoleona imperialis_ P. Beauv. auraient parfois été considérées comme
un faux Kola médicinal. Et il besoin de faire remarquer que toutes ces
graines n’ont aucune des propriétés des noix de Kola. Elles sont du
reste tellement dissemblables que la fraude n’est pas possible
aujourd’hui.
*
* *
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
440 _bis_.
FIG. 51. — =Garcinia Kola= Heckel]
[Illustration : Aug. CHEVALIER et Em. PERROT. — =Les Kolatiers.=
441 _bis_.
FIG. 52. — =Garcinia antidysenterica= A. Chev.]
Il nous reste à faire connaître deux plantes qui n’ont aucune analogie
avec les Kolatiers, mais qui fournissent chacune un produit dont les
Noirs, mangeurs de Kolas, sont très avides. Les indigènes de l’Afrique
occidentale n’attribuent nullement à ces produits, comme on l’a dit à
tort, pour l’une de ces plantes, des propriétés analogues aux noix de
Kola, mais ils les recherchent au contraire parce qu’ils leur permettent
de manger une plus grande quantité de la précieuse amande.
Ces plantes appartiennent à la famille des Guttifères et au genre
_Garcinia_.
L’une est le _Garcinia Kola_ Heckel, l’autre une espèce encore inédite
du même genre.
_Garcinia Kola_ a été décrit par HECKEL en 1883 et 1884[361]. Julien
VESQUE, le monographe des Guttifères, l’a admis à son tour, mais les
fleurs n’ont jamais été décrites. Nous avons rencontré la plante en 1910
dans le Bas Dahomey et nous complèterons les données acquises en
reprenant la description complète de cette espèce.
_Garcinia Kola_ Heckel (Fig. 51). — Petit arbre de 8 m. à 15 m. de haut.
Tronc de 3 m. à 5 m. de long et de 25 cm. à 50 cm. de diam., à écorce
brune s’enlevant par grosses écailles. Branches plus ou moins
fastigiées. Jeunes rameaux cylindriques, verts, un peu élargis aux
nœuds, glabres ou les plus jeunes parsemés d’une légère pubérulence
ferrugineuse, présentant à l’extrémité de chaque entre-nœud deux sillons
opposés. Feuilles opposées, entières, oblongues ou oblancéolées,
cunéiformes à la base, arrondies ou obtuses, parfois un peu émarginées
au sommet, toujours sans acumen, coriaces et fortement pliées en
gouttière suivant la nervure médiane, longues de 6 cm. à 15 cm. sur 2
cm. 5 à 7 cm. de large. Surface supérieure vert-sombre et très luisante,
l’inférieure vert-jaunâtre. Nervure médiane déprimée en dessus,
saillante en dessous ; nervures secondaires 8 à 15 paires non
saillantes, à peine visibles, même par transparence ; nervilles très
fines, visibles seulement par transparence. Pétiole canaliculé en
dessus, convexe en dessous, long de 8 mm. à 15 mm., légèrement
pubérulent-ferrugineux. Fleurs dioïques, les femelles isolées,
terminales ou axillaires, de 8 mm. à 10 mm. de diamètre. Pédicelle
robuste, de 3 mm. à 10 mm. de long et de 3 mm. de diamètre, vert,
finement pubérulent, articulé à la base qui porte 4 petites bractées
lancéolées-linéaires. Calice à tube hémisphérique charnu ; lobes 4,
opposées deux à deux, verdâtres, finement pubescents à l’extérieur, les
externes en forme de croissant, beaucoup plus larges que longs (7 mm. de
large sur 3 mm. à 4 mm. de long), les internes suborbiculaires de 6 mm.
de diamètre. Pétales 4, d’un blanc-verdâtre, glabres ou finement
pubérulents, dépassant les sépales, suborbiculaires, concaves, jamais
étalés, longtemps persistants. Staminodes formant 4 phalanges de 5
fausses-étamines chacune, à filets soudés dans presque toute leur
longueur, beaucoup plus courtes que l’ovaire. Phalanges séparées par 4
masses glanduleuses, jaunâtres, pubescentes, de 3 mm. de diamètre
(disque tétra-lobé). Ovaire subsphérique, finement pubescent à
l’extérieur, divisé en quatre loges renfermant chacune un seul ovule.
Style très court ; stigmate légèrement divisé en 4 lobes plans. Fleurs
mâles et fruits inconnus.
HECKEL attribue à son espèce des feuilles ovales avec un mucron très
accusé au sommet et mesurant jusqu’à 30 cm. de long. Malgré cette
différence, il nous paraît probable que notre plante et la sienne sont
identiques. D’après le même auteur, le fruit est une baie du volume
d’une petite pomme, à épiderme rugueux, recouvert complètement sur toute
sa surface de poils âpres et offrant 3 ou 4 loges contenant chacune une
graine volumineuse ovale, cunéiforme, à face externe arrondie et à face
interne anguleuse. Cette graine est recouverte d’une pulpe très
abondante, d’une couleur jaunâtre, de saveur aigrelette qui est une
véritable arille, très adhérente au péricarpe et au tégument de la
graine. Le fruit est entouré, à sa base, par le calice persistant et
pubescent ; la corolle est souvent aussi persistante[362].
Les graines que nous avons observées sur tous les marchés de l’Afrique
Occidentale, depuis St-Louis jusqu’à Lagos, se vendent toujours à l’état
frais et retirées du fruit. Elles sont ovoïdes-allongées, un peu
asymétriques, légèrement atténuées à une extrémité, longues de 3 cm. à 3
cm. 5 et de 2 cm. à 2 cm. 5 de diamètre transversal. Leur couleur est
blanc-jaunâtre ; leur surface un peu rugueuse. L’amande est massive,
sans cotylédons différenciés ; son parenchyme est ferme et rempli de
poches à résine, dégageant un léger arôme. Elle est recouverte d’un
mince tégument rouge brique, facile à enlever.
Ainsi que nous l’avons montré dans notre Historique, c’est le Dr BARTER
qui a, le premier, attiré l’attention sur le _Garcinia Kola_, en 1860.
La plante a été signalée à Sierra-Léone (HECKEL), à Ouidah (Dahomey)
(d’après HECKEL), dans le Bas-Dahomey et au Lagos (SAVARIAU), à Onitscha
et à Fernando-Pô (BARTER).
L’amande porte les noms suivants : _Bitter-Kola_ (english pigeon), Kola
mâle (colons).
Dans le Bas-Dahomey, l’arbre croît dans les mêmes bouquets de forêts que
le _Cola acuminata_. Il est aussi fréquemment planté autour des
habitations. Il fleurit de janvier à mars ; les fruits mûrissent à la
fin de l’hivernage. L’amande donne lieu à un commerce assez important.
La production du Bas-Dahomey est loin de suffire à la consommation ;
d’après SAVARIAU, on en importe beaucoup de Lagos. Les femmes de race
Nago, qui font ce commerce, emportent du Dahomey des Kolas et du poisson
fumé qu’elles échangent dans la colonie anglaise contre des noix de
_Garcinia_. A Porto-Novo, ces dernières semences se vendent
habituellement à raison de 4 à 8 semences pour 0 fr. 05. Elles pèsent
habituellement de 3 à 6 grammes.
Les noix de _Garcinia_ du Lagos et du delta du Niger pénètrent jusque
sur les marchés de la Nigéria du Nord. Les Haoussas en vendent de
petites quantités à Djougou et jusqu’au Mossi, mais les amandes de ces
marchés sont importées de la Nigéria, ce qui semble indiquer que l’arbre
n’existe pas dans le pays Achanti ; nous ne l’avons jamais rencontré
dans la forêt de la Côte d’Ivoire.
Les graines mises en vente au Sénégal et en Guinée française proviennent
de Sierra-Léone ; elles valent de 0 fr. 10 à 0 fr. 20 pièce, par
conséquent plus cher que les noix de Kola. Il ne faut pas confondre ces
graines avec d’autres semences de forme analogue, mais se divisant
facilement en deux cotylédons, importées aussi sur les marchés du
Sénégal, de Sierra-Léone ou de la Basse-Guinée et connues des indigènes
sous le nom de Tola (soussou). Ce sont les graines d’un arbre de la
famille des Lauracées, le _Tylostemon Mannii_ Stapf. (= _Beilschmiedia
elata_ Scott Elliot). On les emploie comme condiment, dans les
préparations du couscous, après les avoir pilées.
Les amandes de _Garcinia_ se mangent toujours à l’état crû.
Ainsi que nous l’avons dit, les indigènes savent fort bien qu’elles
n’ont pas les propriétés des noix de Kola. Contrairement à ce que
pensait SAVARIAU, si ces graines sont consommées sur une grande échelle,
ce n’est pas parce qu’elles coûtent moins cher que les noix de Kola et
qu’elles donnent par leur amertume, au consommateur peu fortuné,
l’illusion de manger de vrais Kolas, mais c’est parce qu’on leur
attribue des propriétés très spéciales. D’après les Noirs, le _Bitter-
Kola_ facilite la dégustation des vrais Kolas et les fait trouver plus
agréables. Il arrête les coliques et il suffit de croquer une graine de
_Garcinia_ pour pouvoir manger une grande quantité de noix de Kola sans
être incommodé. Aussi, les amateurs de Kola de Dakar apprécient-ils
beaucoup cette semence et ils n’hésitent pas à l’acheter à un prix
double de la noix de Kola quand elle est rare sur le marché. D’autre
part, E. HECKEL rapporte que, d’après le Consul WOHSEN, il suffirait de
mâcher 4 ou 5 graines pour apaiser les rhumes.
Des analyses de graines de _Kola-bitter_ ont été faites par HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN, mais elles n’ont révélé la présence d’aucun principe
spécial[363].
Est-ce la résine contenue dans les poches sécrétrices qui agit ? On sait
que d’autres _Garcinia_, et notamment le _G. Hamburyi_ Hook., donnent
une gomme gutte qui est un purgatif drastique[364].
La seconde espèce de _Garcinia_, mentionnée plus haut, est encore
inédite. Nous l’avons rencontrée au cours de notre voyage de 1909, dans
la forêt vierge de la Côte d’Ivoire. Ce n’est plus la graine, mais la
racine, qui jouirait de propriétés merveilleuses, comparables mais non
identiques à celles de la noix de Kola. Les Mandés la nomment _Ko ouoro_
(Kola d’eau), parce qu’au nord de la forêt l’arbre croît parfois dans
les galeries forestières, au bord des cours d’eau.
Les porteurs de notre mission, emmenés de Beyla vers Danané, dans la
forêt, chaque fois qu’ils passaient sous un de ces arbres, déposaient
leurs fardeaux pour déterrer, souvent avec beaucoup de difficultés, les
précieuses racines. Ils en taillaient de petites baguettes longues de 10
cm. environ et de la grosseur d’un doigt et ils mâchaient ces baguettes
tout le long de la route. A défaut de racines, ils utilisaient les
branches considérées comme ayant beaucoup moins de valeur. Les fruits de
l’arbre ne sont pas employés. Nous donnons ci-après la description de
cette intéressante espèce.
_Garcinia antidysenterica_ A. Chev. (_sp. nov._) (Fig. 52). — Groupe du
_G. punctata_ Oliv. Arbre de 10 m. à 30 m. de haut, dioïque, entièrement
glabre, à racines traçantes, rampant près de la surface du sol,
jaunâtres. Tronc cylindrique de 5 m. à 15 m. de long et de 20 cm. de
diam., à écorce grisâtre, un peu fendillée, laissant exsuder un peu
d’oléo-résine blanche, aqueuse. Jeunes rameaux grêles, flexibles,
alternes ou opposés, un peu comprimés ou subquadrangulaires. Feuilles
opposées, fermes-membraneuses, oblongues, ou oblongues-elliptiques,
cunéiformes ou parfois presque arrondies à la base, brusquement
acuminées, obtuses ou subaigues au sommet, longues de 6 cm. 5 à 12 cm.,
sur 3 cm. à 5 cm. 5 de large, à bords parfois un peu ondulés ; surface
supérieure vert-sombre, l’inférieure vert-glauque. Nervure médiane non
visible en-dessus, saillante en-dessous ; nervures latérales non
apparentes, remplacées par de légères sinuosités visibles par
transparence.
Pétiole de 6 mm. à 10 mm. de long. Inflorescence ♂ en petits fascicules
axillaires et terminaux, composés de 1 à 5 fleurs (dont l’une terminale
et les autres opposées 2 à 2) portées sur des pédicelles de 2 mm. à 3
mm. de long insérés sur un pédoncule commun presque nul. Bractées
connées à leur base, arrondies, longues de 2/3 de mm. à peine. Fleurs
inodores, de 12 mm. à 15 mm. de diam. Sépales 4, opposés deux à deux,
jaune-verdâtres, suborbiculaires-concaves, souvent très inégaux, les
deux externes longs de 2 mm., larges de 2 mm. 5, les deux internes longs
de 4 mm. sur 6 mm. de large. Pétales 4, obovales-suborbiculaires,
rarement oblongs, entiers, ou retus, ou découpés au sommet, d’un blanc-
jaunâtre, longs de 6 mm. à 8 mm., sur 3 mm. à 6 mm. de large. Etamines
en 4 phalanges recourbées sur le disque, longues de 3 mm. ; filets de
chaque phalange connés dans toute leur longueur ; anthères 6 à 8 par
phalange, disposées en éventail sur le bord interne d’une dilation
subréniforme de la phalange large de 2 mm. 5, elliptiques, divisées
chacune en deux loges déhiscentes longitudinalement bien avant
l’ouverture de la fleur, dépourvues de septa transversaux. Disque
hémisphérique divisé en 4 lobes par les raquettes staminales qui
s’appliquent à sa surface, d’un jaune-safran, finement rugueux à sa
surface, très résinifère-glanduleux. Inflorescences ♀ à fleurs isolées
ou par faisceaux de 2 à 5, à l’aisselle des feuilles et des cicatrices
foliaires et parfois sur le bois âgé ; pédicelles plus longs que dans
les fleurs mâles, mesurant 8 mm. à 10 mm., articulés un peu au-dessus de
la base, présentant au-dessus de l’articulation deux petites bractées
opposées, largement deltoïdes-apiculées, longues de 1/2mm à peine.
Sépales souvent subégaux, de 3 mm. de diamètre. Pétales comme dans les
fleurs mâles. Etamines et staminodes nuls. Ovaire lisse, d’un vert-pâle,
subquadrangulaire, haut et large de 2 mm. 5, divisé en 4 loges contenant
chacune un ovule, surmonté d’un large stigmate glanduleux, jaunâtre,
sessile, suborbiculaire ou un peu rhomboïdal, légèrement déprimé au
centre. Jeune fruit ovoïde-subsphérique, tronqué et surmonté du stigmate
desséché, contenant une seul graine, les trois autres ovules étant
avortés.
_Distribution géographique._ — _Côte d’Ivoire_ : dans le N. de la forêt
vierge, entre Nzo et Danané. Entre le Morénou et l’Indénié, dans le
bassin du moyen Comoé. — _Haute-Guinée française_ : d’après des
renseignements indigènes existerait dans le Kissi, dans le Konian et
dans le Pays Tôma, le long des galeries forestières.
_Noms vernaculaires._ — _Ko ouoro_ (malinké) ; _Kollopello_ (kissien) ;
_Gon_ (dan ou dyola) ; _Harou Kouayo_ (agni).
_Usages._ — Les indigènes mâchent l’écorce amère, prétendant qu’elle a
des propriétés comparables à la noix de Kola. Elle guérirait aussi les
diarrhées les plus rebelles et la dysenterie. Pour l’administrer, on
enlève les lames d’écorce de la racine ; on les fait sécher au soleil ;
ensuite, on les broie au pilon, la poudre obtenue est mélangée avec des
piments également pulvérisés et le mélange est absorbé matin et soir. A
défaut des écorces de racines, on peut employer des feuilles de la même
plante, mais l’action est moins active.
*
* *
Les propriétés des _Garcinia Kola_ et _Garcinia antidysenterica_ sont
connues des peuplades vivant très loin les unes des autres et n’ayant
pas de rapports entre elles. Il est donc très probable que leur
efficacité est réelle. De nouvelles recherches chimiques sont donc
indispensables pour élucider ce problème d’un haut intérêt
pharmacologique.
* * * * *
[Note 351 : HECKEL. — Les Kolas africains, p. 91. Toutefois M. HECKEL a
fait prudemment observer que ces graines ne renfermaient probablement
pas de caféine.]
[Note 352 : Cette plante est très vraisemblablement le _Cola
Trillesiana_ que nous avons cité à la page 186 de cet ouvrage.]
[Note 353 : K. SCHUMANN in ENGLER. — _Monogr. Afr. Pflanz._, V, 1901, p.
102.]
[Note 354 : _Kew Bulletin_, 1907, p. 408-409.]
[Note 355 : Les Gabonais donnent le nom d’_Orindé_ à diverses plantes
considérées par eux comme jouissant de propriétés aphrodisiaques. L’une
des plus réputées et des mieux étudiées est une apocynée, le
_Tabernanthe Iboga_ Bn. dont les racines renferment un alcaloïde
l’_ibogaïne_ (LANDRIN).]
[Note 356 : E. HECKEL. — L. c., p. 148.]
[Note 357 : E. HECKEL. — L. c., p. 138.]
[Note 358 : HECKEL. — L. c., p. 150.]
[Note 359 : HECKEL suppose que l’_Ombénè atténa-téna_ constitue une
variété de son _Cola Ballayi_ (qui renferme, comme nous l’avons montré,
le _Cola Ballayi_ vrai et le _Cola acuminata_ Schott et Endl.). Dans
aucune espèce de la section _Eucola_, les graines ne nous ont donné un
si faible rendement en caféine.]
[Note 360 : On a cité aussi _Cola lepidota_ K. Schum., espèce du
Cameroun, appartenant à la section _Cheirocola_, comme pouvant donner
des noix utilisables. (Voir E. DE WILDEMAN. Plantes tropicales, I, p.
295).
Il est fort douteux que ce renseignement soit exact.]
[Note 361 : _Journ. Pharm. et Chim._, VII. p. 88 — et in HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN, Les Kolas, 1884, p. 33.]
[Note 362 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 108.]
[Note 363 : HECKEL. — Loc. cit., 1893, p. 220.]
[Note 364 : Les mangeurs de Kola de la Sénégambie et de la Guinée
française font aussi usage du _Gingembre_, nommé _Niamacou_ en Mandé,
_Guinyar_ ou _Guiyar_ en Wolof. On mâche les rhizomes après avoir mâché
la noix. Sa saveur, dit-on, fait apprécier davantage les qualités du
Kola et comme il passe pour aphrodisiaque, il stimulerait activement,
combiné avec le Kola, la fonction génésique. Il est cultivé en grand à
Sierra-Léone, dans certaines parties de la Guinée française (Rio-Pongo)
et en petite quantité dans le sud du Soudan. Les caravaniers,
transportant les noix de gouro, emportent avec eux, vers le nord, ce
Gingembre et, parvenus sur le Niger, vendent chaque griffe 0 fr. 10 ou 0
fr. 05, c’est-à-dire aussi cher que l’amande de Kola.]
CHAPITRE XX.
* * * * *
=Rôle du Kola dans la vie des Indigènes.=
* * * * *
=CROYANCES, RITES, SUPERSTITIONS, USAGES, RÉGIME DE LA PROPRIÉTÉ.=
Nous ne croyons pas qu’il existe, dans toute l’Afrique, un produit
végétal qui jouisse chez les noirs d’une réputation comparable à la noix
de Kola. Une grande partie des propriétés attribuées à cette amande sont
du reste fondées ainsi que l’ont établi les recherches de HECKEL et
SCHLAGDENHAUFFEN et comme l’ont confirmé encore les travaux exposés dans
la troisième partie de notre ouvrage.
Les vertus merveilleuses des Kolas sont apparues aux peuples primitifs
comme une manifestation de la puissance divine. Les peuples primitifs
vénèrent toutes les forces de la nature ; n’est-ce pas par une de ces
forces qu’on obtient d’une graine de saveur peu agréable au premier
abord un état de bien-être absolument réel ?
Les féticheurs ont entretenu soigneusement la croyance à l’origine
divine du Kola et la religion de Mahomet non seulement a laissé à la
précieuse noix le rôle social et religieux qu’elle avait avant les
conquêtes de l’Islam, mais elle lui a attribué des vertus encore plus
grandes.
Aussi la semence du Kolatier tient une place immense dans les légendes,
dans les mythes, dans les cérémonies du culte et dans les cérémonies
profanes ; en un mot dans tous les actes importants de la vie des
populations soudanaises.
Le Kola est l’excitant par excellence des noirs africains. Il tient chez
eux la place donnée au thé chez la race jaune ; au Soudan, il a une
importance comparable à celle qu’a aujourd’hui en Europe le café.
Il convient d’ailleurs de remarquer que son emploi est d’autant plus
répandu et ses vertus appréciées, que les peuplades sont parvenues à un
degré de civilisation plus avancé. Chez les races du Sénégal et du
Soudan, converties depuis longtemps à l’Islam, il a acquis une notoriété
supérieure à celle de toutes les plantes dont le Prophète a recommandé
l’usage dans le Coran, et, selon un dicton répété par tous les marabouts
noirs, celui qui sera engraissé de noix de Kola ira droit au ciel.
Il est regardé partout comme la source ou l’emblème de la vigueur et de
la puissance. C’est l’orgueil de beaucoup de chefs de ces pays d’avoir
fait leur alimentation exclusive de Kolas pendant des périodes
excessivement longues.
L’usage de ce produit a pris une extension très grande depuis qu’a
commencé la pénétration européenne. La noix de Kola s’est en quelque
sorte démocratisée ; aussi on peut espérer qu’au fur et à mesure que les
diverses régions de l’Afrique tropicale s’ouvriront à la civilisation,
la consommation de la précieuse amande s’accroîtra encore dans des
proportions considérables.
=Propriétés réelles attribuées au Kola par les indigènes.=
_Comme excitant et tonique._ — Tous les Noirs, dans les régions où
existe le Kola connaissent ses propriétés stimulantes.
Il supprime la fatigue résultant d’un effort prolongé et permet de
soutenir cet effort sans défaillance pendant des heures.
Il permet de supporter longtemps la soif et la faim.
Il procure un état de bien-être général. Il stimule l’activité des
traitants qui en font généralement une consommation abondante. Le Kola
possède toutes les vertus, au dire de tous les Soudanais et Sénégalais
avec lesquels nous avons vécu.
« Il est pour nous ce qu’est pour vous le café », me disait un jour un
notable ayant vécu longtemps au contact des blancs. Nous trouvons, dans
une lettre du P. KLAINE au botaniste PIERRE, une expression populaire
heureuse pour caractériser les propriétés de la noix de Kola : « Les
vieux Gabonais, dit-il, aiment mâcher le Kola. Ils prétendent qu’il les
_ravigotte_ et qu’il donne plus de vigueur à leurs membres. »
Chose très curieuse, toutes les peuplades forestières vivant dans les
régions où la noix est abondante, en font un usage très modéré et y
attachent peu d’importance. On sait que ces peuples sont parmi les plus
primitifs de l’Afrique.
Au contraire, les peuples soudanais parvenus à une véritable
civilisation, s’en montrent extrêmement friands. A cause de la cherté de
la noix, la classe des notables est presque seule à en consommer, mais
dès qu’un Noir de condition modeste s’élève à une situation lui
permettant de satisfaire ses goûts, il devient un mangeur de Kolas. Nos
tirailleurs, nos miliciens, nos interprètes, nos boys même, s’ils sont
du Soudan, en consomment de grandes quantités.
Demandez à un jeune Noir ce qu’il fera s’il devient riche un jour. S’il
est d’un centre européanisé depuis longtemps et s’il est franc, il
répondra — c’est probable — « qu’il voudrait vivre comme les blancs et
commander ou ne rien faire » ; mais s’il est Soudanais et s’il ne s’est
pas encore trop frotté à notre civilisation, vraisemblablement, il vous
dira :
« J’achèterai beaucoup de femmes, j’aurai des chevaux et des _griots_
(musiciens), et je mangerai beaucoup de noix de Kola. »
Les populations de la grande forêt vierge, si elles font peu de cas de
la noix de Kola, en connaissent fort bien les propriétés, mais ils ne la
dégustent pas à la manière des Soudanais.
Elle se mange ordinairement fraîche et saupoudrée de poivre et de sel.
On prétend qu’elle agit ainsi beaucoup plus énergiquement.
Chez les Trépo de la Côte d’Ivoire, par exemple, l’absorption du Kola
sous cette forme est un fait courant. Les hommes se réunissent par
petits groupes pour l’absorption. La femme de l’un d’eux pile un mélange
de sel du commerce et de petits fruits de Piment enragé (_Capsicum
frutescens_). La poudre ainsi préparée est placée sur un fragment de
feuille de bananier au milieu du groupe des hommes réunis pour manger
les Kolas ensemble. Ils n’absorbent qu’une petite quantité de noix à la
fois, non point par privation, puisque ce produit est commun autour de
chaque village, mais pour la raison qu’il suffit d’un petit fragment
pour obtenir l’effet désiré. Habituellement, une belle noix suffit pour
5 ou 6 hommes qui s’accroupissent en cercle autour de la poudre de sel
et de piment. Un des hommes coupe la noix avec ses dents en autant de
parts qu’il y a d’assistants. Chacun plonge le morceau qu’il a en main
dans la poudre épicée, puis le grignotte en le plongeant plusieurs fois
dans le mélange de sel et de piment. Il est en outre recommandé pendant
qu’on se livre à ce festin, de boire une bouteille d’alcool de traite
(le _gin_ de la Côte occidentale d’Afrique), ce qui faciliterait
l’absorption du principe actif. Les hommes adultes seuls dégustent ainsi
le Kola en société, mais les jeunes gens et les femmes mariées ont aussi
la liberté d’en manger.
Les Trépo n’attribuent point comme les Soudanais des propriétés
aphrodisiaques à ce produit, mais ils sont unanimes à le considérer
comme un aliment d’épargne qui stimule les forces lorsqu’il se présente
un travail pénible à accomplir ou une longue marche à effectuer. « Avec
des noix de Kola on peut rester des jours sans manger et on n’a jamais
faim », prétendent-ils, et les Soudanais sont tous aussi de cet avis.
Au Gabon, suivant le P. KLAINE (_Lettre_ du 7 sept. 1898 à PIERRE), on
fait des Kolas deux sortes d’usages. « Quand un indigène a un long
voyage à effectuer, il ne se sert guère que des graines de _Cola_ qu’il
suce en mâchant et en alternant avec du Piment mélangé de sel[365]. Cela
lui permet d’empêcher la faim et de trouver l’eau agréable. Il a un
effet moins enivrant que l’Iboga ».
Les mangeurs de Kola ne font ordinairement pas usage du tabac. L’usage
de ce dernier produit, vraisemblablement importé dans l’Afrique noire
depuis quelques siècles seulement, s’est généralisé jusqu’au centre de
l’Afrique et les régions où on fume le moins sont habituellement celles
où on consomme le plus de Kolas.
Les fumeurs de chanvre de l’intérieur de la forêt congolaise se servent
à peine de la noix de Kola.
_Comme médicament._ — 1o La noix de Kola est fréquemment employée pour
combattre la diarrhée (DANIELL).
2o On l’emploie parfois contre la fièvre paludéenne. Dans le Bas-Niger,
écrit le commandant MATTEI, « les rois, les grands chefs et les gens
riches, mâchent des Kolas toute la journée, n’avalent que le sucre du
fruit ; ils disent que c’est un fébrifuge »[366]. CHALOT a relaté ce
curieux procédé de traitement en usage dans le moyen Congo. « Le
féticheur-médecin (Nganga) fait une quantité de petites incisions sur le
front du fiévreux ; ensuite il mâche le Kola mélangé de piment indigène
à petit fruit ; quand le tout est bien malaxé, il le jette sur le front
du malade qui ensuite va se reposer ; c’est une sorte de cataplasme
composé de Kola et de Piment. Plusieurs tribus emploient cette méthode :
les Bakounis, Bakembas, Bakongos, Batékés..., déclarent que ce moyen est
infaillible »[367].
3o Les Abés de la forêt de la Côte d’Ivoire quand ils toussent mangent
des fragments de Kola avec du sel. Ils considèrent la noix comme un
médicament et non comme un excitant. Ils ne lui attribuent pas de
propriété aphrodisiaque.
4o Au Soudan, beaucoup de Noirs croquent un fragment de noix de Kola
quand ils ont la migraine.
_Comme aphrodisiaque._ — Dans quelques régions du Soudan, le Kola est
considéré comme aphrodisiaque, mais, dans ces régions même il est loin
d’être regardé par les indigènes comme un vert-galant aussi merveilleux
que l’ont rapporté divers explorateurs.
Par contre beaucoup d’indigènes disent qu’il n’a point d’action sur le
sens sexuel, mais _il rend heureux_ et c’est à ce titre qu’il prédispose
à la recherche du plaisir.
Cependant, ainsi que nous l’avons montré dans le chapitre consacré à la
physiologie, la noix de Kola à faible dose serait plutôt un excitant du
sens génésique.
Le Dr RANÇON est très affirmatif à ce sujet : « Les Noirs, dit-il,
regardent le Kola comme un puissant aphrodisiaque. On sait combien les
peuples primitifs tiennent à conserver le plus longtemps possible leur
vigueur génésique. Aussi les peuples du Soudan font-ils, dans ce but,
une ample consommation de Kolas. Jeunes, les hommes en mangent pour
augmenter leur virilité ; vieux pour la voir reparaître s’ils l’ont
perdue. Il donne surtout aux jeunes gens une excitation assez durable et
génésiquement utilisable si je puis parler ainsi. Je doute qu’il agisse
de même sur les vieillards épuisés ».
A Djenné et à Tombouctou, les jeunes garçons et les femmes se
dissimulent pour manger les Kolas afin d’éviter les quolibets des
hommes. Certains dandys au contraire les mangent avec ostentation. Tout
jeune Wolof de marque en porte constamment avec lui pour en offrir à ses
amis de rencontre et il est de bon ton de garder la pulpe de Kola mâchée
aux commissures des lèvres pour indiquer qu’on en est repu. Cela est
considéré par les jeunes Noirs, comme aussi distingué que d’avoir à la
bouche une cigarette comme en fument les européens. Nous croyons
toutefois que beaucoup de Noirs mangent des Kolas en grande quantité
soit par vanité, soit par fanfaronnade.
Pendant sa captivité à Kayes en 1898, Samory racontait volontiers qu’il
s’en était alimenté exclusivement pendant de longues périodes et un
autre jour un nègre bambara nous affirma être d’essence supérieure parce
que son père, pendant des mois entiers, en avait fait toute sa
nourriture.
Le Kola est considéré, en beaucoup d’endroits, comme un produit si
précieux que les hommes libres seuls ont le droit d’en manger. Il nous
souvient qu’en 1899, alors que l’esclavage existait encore dans la
Boucle du Niger, les porteurs auxquels nous offrions parfois des noix de
Kola comme gratification, se cachaient ordinairement pour les croquer,
ce fruit divin n’étant permis qu’aux seuls hommes libres, « les fils
préférés du Prophète ».
=Les Kolas dans la vie sociale et domestique.=
Ce n’est pas seulement au point de vue médical que les Kolas jouent un
rôle important en Afrique occidentale. On les utilise dans presque
toutes les circonstances de la vie.
« Ils sont tour à tour, écrivent J. et H. VUILLET : cadeau de
fiançailles ou de mariage, gage d’amitié ou d’amour, amulette, offrande
aux féticheurs, objet d’échange remplaçant la monnaie, tribut, surpaye,
fétiche d’épreuve que l’on mange en prêtant serment »[368].
Dans les Pays Bambaras et dans le Kissi, quand un homme veut demander
une jeune fille en mariage, il envoie au père un panier de Kolas
contenant à la fois des noix blanches et des noix rouges. Si la demande
est acceptée, le père garde les Kolas ; dans le cas contraire, il
retourne à l’envoyeur des Kolas rouges. De même si un jeune homme au
Kissi veut obtenir les faveurs d’une jeune fille, il lui envoie en
cadeau, sans autre explication, un lot de Kolas blancs.
Si la jeune fille accepte une entrevue, elle garde les Kolas et n’envoie
rien en échange ; si, au contraire, l’offre n’est pas agréée, elle
conserve les Kolas blancs, mais envoie en échange des Kolas rouges. Le
don de noix blanches au jeune homme correspondrait à une insulte.
Les Kolas blancs et les Kolas rouges se trouvant ordinairement réunis
dans les mêmes fruits, l’échange d’amandes de couleurs variées est
devenu le symbole du mariage ; mais, là comme en toutes choses, il y a
des usages à suivre qui varient d’un pays à l’autre. C’est ainsi qu’au
Fouta-Djalon et dans la Boucle du Niger, il est de bon goût d’offrir à
un étranger des Kolas blancs, et, si l’on n’en possède que des rouges,
en les offrant on ajoute ordinairement : « Si cela dépendait de moi, ils
seraient blancs ».
« Lorsqu’un étranger de distinction, écrivait en 1890 le commandant
MATTEI, vient leur faire visite, les rois et les princes lui offrent une
poignée de Kolas en signe d’alliance et d’amitié »[369].
Les premiers explorateurs qui pénétrèrent au cœur du Soudan trouvèrent
en effet des provisions de Kolas frais chez tous les chefs. C’était le
plus agréable et le plus précieux des cadeaux.
Dès qu’une caravane de dioulas en apportait dans un village éloigné, le
chef qui s’en rendait acquéreur distribuait cette friandise à ses amis
et à ses hôtes.
Le Kola est, dans tout le Soudan, le symbole de l’amitié et comme il a
une grande valeur commerciale, il est aussi pour celui qui l’offre
l’expression de la richesse.
Le Kola, aux yeux de tous les Soudanais, est un fruit noble. Le premier
devoir de l’hospitalité est d’en offrir à l’hôte qu’on reçoit. Lorsque
je rencontrai pour la première fois le sultan actuel du Baguirmi,
Gaourang, à Corbol, sur le moyen Chari, en plein cœur du Soudan, où il
était venu en expédition, il m’invita à boire du thé (du véritable thé
d’une marque anglaise apporté à travers le Sahara) et pendant qu’un
esclave versait le thé et du lait frais, un autre faisait circuler sur
un plateau en cuivre des Kolas rouges très frais, dont plusieurs charges
avaient été apportées quelques jours auparavant par une caravane de
Haoussas. Le sultan avait voulu me donner ainsi un témoignage d’amitié
sincère.
Même quand on ne possède qu’une seule noix de Kola les lois de
l’hospitalité exigent, au Soudan, qu’on la brise avec les dents en
autant de morceaux qu’il y a d’amis présents.
Manger des Kolas ensemble équivaut, chez les Soudanais, à l’échange du
sang chez d’autres peuplades.
La plus grosse insulte, de la part d’un indigène, serait de refuser les
Kolas qu’on lui offre : le partage d’un Kola est un symbole de
confiance.
C’est sur la précieuse noix que se scellent les amitiés, que se signent
les traités, que se prêtent les serments. Mangé en commun avec un homme,
il vous lie indéfiniment à lui. Même si par surprise vous avez été amené
à le partager avec un ennemi, vous devez rester réciproquement attachés
l’un à l’autre et vous n’avez plus le droit de vous combattre.
Les Noirs oublient du reste fréquemment de telles obligations ; mais un
témoin pourra un jour venir rappeler aux deux adversaires qu’il les a
vus manger le Kola en commun, et ce simple souvenir sera souvent une
cause de réconciliation.
Le Kola blanc jouit particulièrement d’un prestige considérable au
Soudan nigérien. « Il est d’usage, par exemple d’échanger des noix de
Kola blanches en guise de sympathie, d’en offrir aux personnes qui se
marient en signe d’amitié, d’en présenter aux parents d’un défunt en
signe de deuil, d’en donner à ceux qui ont fait preuve de courage ou de
force en telle circonstance »[370].
=Rôle du Kola au point de vue religieux.=
Le Kola est considéré comme un produit sacré par tous les musulmans. Une
légende, répandue dans le Sokoto et dans le Pays Haoussa, dit « que le
Prophète s’est assis sous un Kolatier et qu’il a offert des noix à tous
ses disciples. Tous les musulmans du centre africain vénèrent donc cet
arbre à cause de la légende qui a traversé les siècles et qui est encore
aujourd’hui en honneur. »[371]
Dans d’autres parties du Soudan, on raconte que celui qui mourra
engraissé de Kolas, ira tout droit au paradis d’Allah.
Ce sont évidemment les traficants musulmans qui ont répandu ces légendes
d’autant plus absurdes que les Kolatiers n’ont jamais existé dans les
pays où vécut Mahomet.
Les premiers musulmans du Soudan occidental (Soninkés et Mandés-Dioulas)
qui s’avancèrent au sud de la région nigérienne, répandirent dans toutes
les terres d’Islam de la zône soudanaise la précieuse noix qui, avec le
commerce des esclaves, celui de l’or et de l’ivoire, constituait le
principal trafic de ces contrées.
Djenné était alors l’un des principaux centres où ces riches produits
étaient apportés, pour être ensuite dirigés dans toutes les contrées
converties à la religion du Prophète.
« Cette ville Sonraï, peuplée fort peu de temps après sa conversion, en
1050, de tous les éléments musulmans du Nord et spécialement de _Mandé-
Sô_, devint la grande métropole musulmane en même temps que la ville
commerciale la plus fréquentée de l’Afrique Occidentale, et même une des
grandes places de commerce de l’Islam. »[372]
La création de Tombouctou, quelques siècles plus tard, étendit la
réputation du fruit fameux plus loin vers le nord, et cette réputation
s’étendit, certainement, jusque dans l’antique Gaô (Gana), à Oualata et
jusque dans les oasis du Touat.
Les approvisionneurs de ces marchés étaient installés dans le Haut-
Niger. Dès une époque très ancienne, ainsi que nous l’avons vu
précédemment, ils étaient déjà fixés non seulement au Bouré, mais aussi
à Kankan, Touba, Odienné, Beyla, Moussadougou, Sambatiguila, d’où des
colonnes partaient constamment vers le sud, soit pour y faire des
razzias d’esclaves, soit simplement pour s’y procurer, par voie
d’échange, des produits commerciaux. Ces musulmans étaient venus du
nord, dans ces régions, en marchands, « attirés, écrit ARCEN, par l’or
jaune du Bouré, par les bienfaisantes noix de Kola de la forêt, par la
robustesse des païens Bamana (Bambara), que les vainqueurs d’un jour
leur vendaient comme esclaves ».
Dès cette époque, le Kolatier était sans doute comme aujourd’hui
domestiqué (au même titre que l’_Elæis_) sur les confins nord de la
forêt de l’Afrique Occidentale. Pour empêcher la propagation de cet
arbre vers le Nord, ce qui aurait rendu leurs expéditions inutiles et
par conséquent arrêté leur commerce, les Dioulas répandirent cette
légende, aujourd’hui ancrée chez toutes les populations soudanaises que
_quiconque plantait un Kolatier devait mourir lorsque cet arbre
commençait à rapporter_.
Le commerce était très fructueux, car, pour transporter les ballots de
noix, on employait les esclaves, achetés aussi à la lisière de la forêt
pour un prix infime, souvent pour quelques morceaux de sel de
Tombouctou, et on n’avait pas à se préoccuper de leur nourriture en
route. Pour étendre leur trafic, les dioulas présentèrent le Kola comme
un fruit cher au Prophète : cela leur était d’autant plus facile qu’ils
étaient pour la plupart des sortes de missionnaires marabouts, analogues
à ces razzieurs d’esclaves qui, vers le milieu du XIXe siècle, avaient
porté leurs opérations jusque sur les confins du Nil, du Chari et même
de Haut-Oubangui et que nous avons vus nous-même, il y a très peu de
temps encore, dans le Haut-Chari, le Coran d’une main et le fusil de
l’autre faire la guerre sainte (le _djeha_) contre les païens ou
_Fertit_, en réalité cherchant à capturer des esclaves pour les vendre
et cachant sous un prétexte religieux la plus lâche et la plus brutale
vénalité. Revenus en terre d’Islam au milieu de leurs corréligionnaires,
ces razzieurs passaient pour des ouvriers de la sainte cause, pour des
_Ouali_ (saints), et leur parole était d’autant mieux accueillie qu’ils
circulaient souvent dans des pays nouvellement convertis à l’Islam. Ils
n’hésitèrent pas, pour écouler leur marchandise, à dire que les Kolas
étaient la nourriture la plus sacrée aux yeux de Mahomet, et c’est
certainement ainsi que naquirent les croyances rapportées plus haut.
L’anecdote suivante montre en quel respect on tient les arbres
producteurs. Nous trouvant, en 1899, dans un petit village des environs
de Kankan où existait un superbe Kolatier en fleurs, nous fîmes demander
au chef du village l’autorisation d’en couper un rameau pour nos études.
Grand émoi ! Le chef ne voulait pas refuser, mais il n’osait pas
permettre ! Ne voulant pas se prononcer lui-même, il fit venir quelques
vieillards ainsi que les représentants de la famille à laquelle
appartenait l’arbre. Après un long palabre, on décida qu’en ma qualité
d’Européen je pouvais me permettre de prélever les spécimens demandés,
mais je dus les couper moi-même, personne n’ayant osé faire cette
opération, et tous les assistants jurèrent par Allah qu’ils n’étaient
pas responsables des malheurs qui allaient sans doute m’atteindre.
Même dans les Pays fétichistes, les Kolas jouent un rôle important dans
les cérémonies religieuses.
En Guinée française, « le Kola, écrit FAMECHON, était mêlé aux
cérémonies de la religion des esprits que pratiquaient les Noirs avant
d’être musulmans »[373].
Chez les Bagas, on plante un Kolatier pour commémorer la naissance de
chaque enfant ou tout évènement mémorable pour la famille.
« Mélangée à du sang de poulet, la noix de Kola entre dans beaucoup de
sacrifices en usage chez les Kissiens : offrandes aux morts, offrandes
aux statuettes (_pombdo_) représentant l’image des défunts. Les
instruments de musique sont même imprégnés de ce bizarre mélange qui
éloignerait une foule d’esprits malfaisants »[374].
Dans la région de Diorodougou quand un chef fait la cérémonie du
_Baptême_ d’un de ses enfants (lui donne un nom), il plante ce jour-là
un Kolatier qui appartiendra plus tard à l’enfant. Dans ce pays aussi,
sur les tombeaux des chefs, à la tête on plante un Kolatier qui est la
propriété du fils aîné du mort. Les indigènes attribuent à l’arbre ainsi
planté une croissance plus rapide qu’aux autres.
Enfin, pour communiquer avec les parents morts, on répand sur la tombe
de l’eau où ont séjourné des Kolas.
D’autre part, au Dahomey, le Kola joue aussi le rôle d’offrande au
fétiche ou aux féticheuses. Pour rendre les dieux favorables, on mâche
une noix et on crache le produit de la mastication sur l’idole. « Dans
les cérémonies fétichistes, assure SAVARIAU, le Kola joue un certain
rôle. On en offre aux fétiches à l’occasion des fêtes funéraires, des
mariages, des naissances, etc. ; dans ces circonstances, on emploie
toujours le Kola blanc. On en offre au fétiche du tonnerre, à la fin de
la saison sèche, de façon à se le rendre favorable et à l’engager à
faire tomber beaucoup d’eau pour assurer le succès des récoltes »[375].
Les danseuses-féticheuses de ce pays (_Vodousi_) en ont constamment avec
elles ; ils proviennent d’offrandes et elles les offrent à leurs amis.
=Superstitions.=
Bien des croyances absurdes ont cours aussi au sujet des Kolatiers et
des noix de Kola. Nous en citerons seulement quelques-unes :
Dans les régions sud du Soudan, d’après CAZALBOU, pour réussir les semis
de Kolatiers, il est nécessaire d’arroser le terrain ensemencé avec du
sang de mouton. Ensuite on place auprès de la noix germée quelques
graines de coton indigène et de fonio (_Paspalum exile_ Kit.)[376].
Pour jurer sur les Kolas, les Kissiens « fabriquent un médicament
(_Kamelila_ en malinké) composé d’une pâte de Kola râpé et d’un féculent
quelconque. La personne qui doit faire un serment avale cette pâte en
présence de témoins et si plus tard elle viole son serment, le pouvoir
du médicament agira aussitôt. Le parjure tombera malade pour mourir
ensuite. Heureusement qu’elle peut se délier de son serment en rejetant
le _Kamelila_ au moyen d’un vomitif. Encore faut-il, pour que ce
deuxième acte réussisse qu’il se passe devant les témoins du
premier »[377].
D’après le P. KLAINE, les vieux Gabonais ne laissent pas habituellement
les jeunes gens user du Kola « pour les empêcher d’être trop excités et
de devenir sorciers ».
« Dans les endroits où on enterre le Kola pour le conserver, on prétend,
ajoute le P. KLAINE, que quand le tonnerre gronde, les noix recouvertes
de sable s’en dégagent et se mettent à sauter ».
=Formes sous lesquelles le Kola est consommé par les indigènes.=
C’est sous forme de Kola frais que les Noirs de la zône soudanaise et
des régions forestières consomment toujours le produit dont nous nous
occupons. Fréquemment ils mastiquent en même temps soit des rhizomes de
Gingembre, soit des amandes de _Garcinia Kola_. Nous avons vu
précédemment qu’en certaines régions on assaisonnait aussi les noix
crûes avec du sel, du piment et parfois avec du poivre.
Au Kissi, d’après CASTÉRAN, « les vieillards qui n’ont plus les dents
solides absorbent les Kolas après les avoir râpés »[378].
Le rapport commercial de Sierra-Léone pour 1909, rapporte que, dans les
pays situés dans l’Hinterland de la Gambie, les noix fraîches sont
parfois écrasées, mélangées avec du miel et assaisonnées avec du
gingembre, du poivre et d’autres condiments. « On dit que cette
composition forme un aliment très complet et très nutritif ».
Dans les parties du Soudan, les plus éloignées de la zône de production,
par exemple au Sokoto, au Bornou, au Baguirmi, une partie des noix ne
parvient qu’à l’état desséché.
Elles sont considérées par les indigènes comme ayant beaucoup moins de
valeur sous cet état, mais les dioulas les mettent néanmoins en vente.
Les noix sèches sont pilonnées par les indigènes et réduits en poudre
impalpable que l’on consomme en la délayant dans du lait ou en
l’ajoutant à du miel.
A la Jamaïque, depuis longtemps, d’après le _Bulletin de Kew_[379], sur
les indications du Dr NEISH, on a essayé d’en faire « un breuvage
stimulant préférable au cacao, parce que la noix de Kola contient moins
d’amidon et moins de matière grasse et donnerait ainsi un produit plus
facile à digérer ».
Enfin, en Europe, la préparation du Kola au lait dont font usage
quelques indigènes du Soudan, a été recommandée par le Dr SCHUMBURG
comme un produit alimentaire de première valeur.
A titre documentaire ajoutons qu’en beaucoup de régions africaines, la
noix de Kola est employée pour fabriquer une teinture rouge[380].
=Régime de la propriété des Kolatiers.=
Il existe chez divers peuples des usages particuliers au sujet de la
propriété des Kolatiers et de leur transmission par succession.
Chez les peuplades des régions côtières, ils sont ordinairement en
propriété individuelle et ils se transmettent par héritage suivant les
mêmes règles que les autres biens.
Il en est encore ainsi dans le Kissi.
Dans les cercles de Kouroussa et de Kankan où ils sont souvent nés de
graines perdues, les Kolatiers appartiennent à celui qui les a semés ou
à celui près de l’habitation duquel ils sont apparus et qui les a
soignés pendant qu’ils étaient jeunes. Alors que les autres biens
passent par héritage aux collatéraux (frères ou neveux), les Kolatiers
appartiennent toujours au fils aîné ou à la fille aînée.
Chez les Dans ou Dyolas, les chefs et certains notables peuvent
seulement posséder des Kolatiers. D’après le capitaine LAURENT, ces
arbres demeurent tant qu’ils durent, la propriété de celui qui les a
plantés. « Les femmes, écrit-il, peuvent posséder toutes sortes de
biens, excepté des Kolatiers. En cas de mort, le frère aîné du chef de
famille hérite des Kolatiers et de tous les autres biens, mais il doit à
chaque récolte répartir les fruits entre ses frères. »
Chez les Bétés, les Kolatiers sont surtout la propriété des chefs.
Même lorsqu’ils se rencontrent au loin dans la forêt, ils sont toujours
la propriété de familles déterminées et il est très rare que les fruits
existant sur ces arbres difficiles à surveiller, soient pillés par les
étrangers. Il est aussi très rare que des contestations surviennent au
sujet de la possession de cette essence précieuse, et ces contestations
n’entrainent jamais de guerre.
Chez les Lôs, d’après le lieutenant BEIGBEDER, ces arbres seraient en
communauté.
Dans l’ancien Dahomey, les rois étaient seuls possesseurs des bouquets
de forêts dans lesquels sont habituellement cultivés les Kolatiers.
Aujourd’hui ces arbres appartiennent à ceux qui les ont plantés.
D’après SAVARIAU[381], beaucoup de Dahoméens ont pris l’habitude « de
planter, lorsqu’il leur naît un enfant, un ou plusieurs Kolatiers qui
deviennent la première propriété du nouveau-né. A la mort d’un chef de
famille qui possède des arbres à Kola, ceux-ci sont répartis également
entre tous les descendants, de sorte qu’un Kolatier a parfois plusieurs
propriétaires. »
Tout en respectant les usages locaux, notre administration devra
s’efforcer dans les diverses colonies de l’Ouest africain, de développer
la propriété privée des Kolatiers. Les arbres ensemencés doivent
appartenir à celui qui les plante (à moins qu’il ne soit employé
rémunéré d’un autre Noir) et ils doivent être transmis par héritage
suivant les règles habituelles à chaque peuplade.
C’est en répandant cette notion chez les tribus où elle n’existe pas
encore, que nous arriverons à développer la culture de l’essence
précieuse.
Chez presque toutes les tribus primitives, le sentiment de la propriété
des Kolatiers existe réellement déjà.
Ainsi dans tout le Pays Bakoué (Basse Côte d’Ivoire), bien que les Kolas
ne donnent lieu à aucun commerce, on trouve des Kolatiers plantés aux
abords de chaque village, mélangés aux orangers, aux corosoliers, aux
arbres à pain. On attache à ces arbres une sorte de culte ancestral. Il
en coûterait à un indigène d’être obligé de couper un de ces Kolatiers,
non point qu’on lui attache la moindre valeur pécuniaire, mais on
respecte l’arbre planté par quelque ascendant et qui perpétue le
souvenir de l’ancêtre disparu. L’emplacement des villages change
fréquemment dans la région forestière de la Côte d’Ivoire, mais à de
longs intervalles les diverses familles d’une tribu reviennent cependant
réhabiter au même endroit, à moins qu’elles n’aient été chassées au loin
par une guerre. Chaque chef de famille retrouve alors l’endroit où il
doit bâtir sa case, grâce aux arbres que ses aïeux ont planté autrefois.
Il n’y a presque jamais de contestation à ce sujet et c’est un fait
social bien remarquable que de retrouver chez ces peuples extrêmement
primitifs, le respect de ce qui vient des aïeux ; la notion de propriété
concerne seulement le produit de la culture et non la terre elle-même ;
celle-ci appartient à la collectivité du village, mais elle n’est ni
individuelle ni familiale. Quant à l’arbre planté par un ancêtre, il
constitue une propriété inaliénable, et c’est seulement en l’absence
d’héritiers qu’il échoit au chef du village, lequel en dispose à sa
guise.
* * * * *
[Note 365 : Il est curieux de constater le même procédé de dégustation
dans des régions aussi éloignées que la Côte d’Ivoire et le Gabon.]
[Note 366 : Bas-Niger Soudan, p. 102.]
[Note 367 : CHALOT in HECKEL. — L. c., p. 283.]
[Note 368 : J. et H. VUILLET. — Les Kolatiers et les Kolas. _Agr. Pays
Chauds_, 1906, 1er sem., p. 326.]
[Note 369 : MATTEI. — L. c., p. 102.]
[Note 370 : SAVARIAU. — L. c., p. 214.]
[Note 371 : Commandant MATTEÏ. Bas-Niger, Bénoué, Dahomey, 1890, p.
101.]
[Note 372 : A. ARCIN. — Guinée française, Paris, 1907, p. 485.]
[Note 373 : FAMECHON. — La Guinée française. _Exposition de 1900_, p.
100.]
[Note 374 : CASTÉRAN. — Les Kolatiers du Pays de Kissi. _Bull. Soc.
Acclim._, 1909, p. 277.]
[Note 375 : SAVARIAU. — L. c., _Agr. Pays Chauds_, 1906, 2e sem., p.
213.]
[Note 376 : CAZALBOU. — Les jardins d’essai au Soudan français. _Rev.
cult. col._, IV, 1899, 1er sem., p. 87.]
[Note 377 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.]
[Note 378 : CASTÉRAN. — _Bull. Soc. Acclim._, 1909, p. 277.]
[Note 379 : _Bull. of miscell. inform._, 1890, p. 253.]
[Note 380 : BINGER. — L. c., I, p. 312.]
[Note 381 : SAVARIAU. — L. c., p. 213.]
=CONCLUSIONS.=
* * * * *
Nous nous bornerons à résumer ici les principaux faits nouveaux qui
découlent de l’étude précédente en nous étendant surtout sur les
conséquences pratiques qu’on peut en tirer.
I. — La noix de Kola est utilisée par les indigènes de l’Afrique
occidentale depuis une très haute antiquité.
Léon l’AFRICAIN est le premier auteur qui en ait fait mention en 1556.
Le Portugais Edoardo LOPEZ et l’Italien PIGAFETTA signalent, en 1593,
les propriétés des noix rouges à quatre cotylédons. En 1605, CLUSIUS
indique la noix rouge à deux cotylédons comme venant de la région du
Cap-Vert. De nombreux voyageurs des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, dont
nous avons cité les textes, ont aussi appelé l’attention sur ce
produit ; mais, comme le remarquait LAMARCK, l’arbre producteur était
encore inconnu en 1789.
En 1804, furent publiées les descriptions : 1o de l’un des arbres
donnant des noix à quatre cotylédons, par PALISOT DE BEAUVOIS ; 2o de
l’arbre donnant les noix à deux cotylédons, par VENTENAT, mais ce
dernier auteur ne soupçonna pas que la plante dont il donnait la
description succincte était la véritable source des bonnes noix de Kola.
Nous l’avons, pour la première fois, démontré au cours de cette étude en
examinant attentivement les types originaux conservés aux Herbiers de
Genève et de Paris.
BARTER est le premier botaniste qui ait signalé d’une manière précise,
en 1860, qu’il existait une espèce de _Cola_ du Pays Achanti donnant des
noix à deux cotylédons et une autre espèce du delta du Niger et de
Fernando-Pô, donnant des noix à quatre cotylédons. Le premier aussi il
attira l’attention sur le _Bitter-Kola_, drogue employée comme succédané
du Kola et que les botanistes de Kew reconnurent, quelques années plus
tard, comme étant la graine d’un _Garcinia_.
II. — Il n’existe qu’un petit nombre d’espèces botaniques dans la
section _Eucola_, la seule section du genre _Cola_ produisant des
amandes utilisables. Faute de documents complets, tous les auteurs qui
se sont occupés de la systématique de ce groupe n’ont pas su les
différencier et ont créé un grand nombre de noms qui doivent tomber dans
le domaine de la synonymie. Les travaux récents de K. SCHUMANN, O.
WARBURG, W. BUSSE, loin de faire la lumière sur ce sujet, ont encore
accru la confusion. En reprenant l’étude en Afrique de nombreux
matériaux frais et à différents âges et en examinant en Europe les types
originaux des auteurs anciens, types conservés dans divers herbiers,
nous avons pu distinguer dans la section _Eucola_ cinq espèces
principales faciles à distinguer :
1o _Cola nitida_ (Vent.) A. Chev. — Synonyme de _Sterculia grandiflora_
Vent. et de _Cola vera_ K. Schum.
C’est l’espèce la plus généralement cultivée et celle qui donne
presque toutes les noix commerciales. Ses graines sont constamment à
deux cotylédons. Elle présente de nombreuses variations que nous avons
réunies en quatre groupes ou sous-espèces :
_a_) _Cola rubra_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix
rouges.
_b_) _Cola alba_ A. Chev. — Fournit exclusivement de grosses noix
blanches.
_c_) _Cola mixta_ A. Chev. — Fournit de noix rouges, des noix
blanches et parfois des noix rosées en mélange sur le même arbre.
C’est la forme la plus répandue à l’état cultivé.
_d_) _Cola pallida_ A Chev. — Fournit des noix de petite taille,
souvent de coloration rosée. Vit dans la forêt de la Côte d’Ivoire.
2o _Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl.
Cette espèce qui vit le long de la Côte de Guinée jusqu’à l’Angola,
donne constamment des noix à plus de deux cotylédons. Elles sont
mucilagineuses et moins estimées que celles de l’espèce précédente.
3o _Cola Ballayi_ Cornu. Synonyme de _Cola acuminata_ var.
_kamerunensis_ K. Schum. et de _Cola subverticillata_ De Wild.
Espèce donnant, comme la précédente, des noix à quatre ou cinq
cotylédons, mais facile à distinguer par ses très grandes feuilles
groupées en faux verticilles. Elle vit principalement dans l’intérieur
de la grande forêt du Cameroun et du Congo et se rencontre encore au
centre de l’Afrique, le long du moyen Oubangui.
4o _Cola verticillata_ (Thonn. in Schum.) Stapf.
Espèce facile à distinguer par ses feuilles verticillées par 3 ou par
4, produisant des noix rouges très mucilagineuses à plus de deux
cotylédons. Elle vit à la Gold-Coast, au Dahomey, dans la Nigéria et
au Cameroun. Elle est rarement cultivée et ses noix de peu de valeur
sont généralement dédaignées par les indigènes.
5o _Cola sphærocarpa_ A. Chev.
Espèce encore très incomplètement connue, donnant de grosses noix
blanches à plus de deux cotylédons qui ne sont probablement pas
comestibles. Elle vit sur le pic de San-Thomé.
Les deux cartes placées à la fin de cet ouvrage nous dispensent de nous
étendre sur la distribution géographique de _Cola nitida_ et de _Cola
acuminata_, les deux seules espèces offrant un grand intérêt économique.
Pour la première fois sont exposées dans cet ouvrage les conditions
édaphiques et biologiques favorables à la vie des Kolatiers. Nous avons
aussi pour la première fois signalé le polymorphisme floral compliqué
des Kolatiers qui sont généralement andromonoïques, mais qui peuvent
devenir aussi androdioïques. Lorsque le _Cola nitida_ croît dans des
conditions défavorables, soit sous le couvert épais de la forêt, soit à
des altitudes dépassant 800 mètres au-dessus de la mer, il ne produit
plus que des fleurs mâles.
Un tableau placé à la page 217, montre la philogénie présumée des
diverses espèces de la section _Eucola_. Les caractères morphologiques
de cette section ont été précisés.
Nos recherches histologiques montrent l’intérêt qui s’attacherait à
l’étude comparée de toutes les espèces du genre _Cola_. Si l’anatomie de
la racine et de la tige est sensiblement normale, celle des diverses
régions du pétiole est des plus intéressantes. Les modifications de
structure constatées sont fonction de la physiologie spéciale de cet
organe, comme le montre en particulier l’examen des dessins schématiques
de la fig. 17 se rapportant exclusivement au renflement moteur.
Quant à la valeur taxonomique des particularités histologiques
constatées, elle se dégagerait seulement d’une étude monographique.
Notons encore que le développement des téguments de la graine offre
aussi un certain intérêt.
III. — Au point de vue chimique, les faits nouveaux relatés éclairent la
question jusqu’alors passablement obscure.
Les recherches de GORIS, entreprises sous les auspices de l’un de nous,
ont contribué à apporter un peu de précision dans nos connaissances sur
la composition de la noix fraîche. Si la caféine contenue dans l’amande
en est le principe chimique défini le plus important, il n’en reste pas
moins acquis que la forme sous laquelle ce produit xanthique entre en
combinaison dans la semence fraîche, doit être considérée comme ayant un
intérêt de premier ordre.
On a désigné sous les noms de kolanine, de gluco-tanin du Kola, de rouge
de Kola, des corps non définis, ne représentant en réalité aucune entité
chimique réelle.
On doit réserver la dénomination de _rouge de Kola_ aux produits
d’oxydation des combinaisons tannoïdes de la caféine qui existent dans
le Kola frais ; mais il est certain que, suivant les circonstances qui
ont présidé à ces oxydations, les produits obtenus, qui sont des _rouges
de Kola_, sont de constitution un peu différente. Il sera bon de ne pas
oublier que ces substances renferment toujours dans leurs molécules une
quantité, en général assez faible, de caféine.
Cette caféine se trouve solubilisée dans la noix fraîche sous forme de
combinaison tannoïde et GORIS a pu, en prenant toutes précautions pour
éviter les oxydations, en isoler deux composés cristallisés nouveaux,
voisins des catéchines et qui ont reçu de leur auteur les noms de
_Kolatine_ et _Kolatéine_. Tous deux sont susceptibles de se combiner
avec la caféine en donnant des composés solubles, et ces découvertes
chimiques ont permis des observations physiologiques également nouvelles
et intéressantes.
La dessiccation des noix entraînant, par suite de la deshydratation et
des actions diastasiques un changement considérable dans la composition
chimique, dont le plus important est la mise en liberté de la plus
grande partie de la caféine, on conçoit aisément qu’on ait attribué à
cette dernière substance l’action du Kola sur l’organisme.
En effet, la majeure partie des expériences ont été faites sur des noix
desséchées, et cependant malgré cela il existe des différences
sensibles, qui s’accentuent encore si l’on s’adresse aux produits
frais ; c’est ce qui découle de l’exposé que nous avons fait dans le
Chapitre XII.
Sans revenir sur ce qui a été dit, nous rappellerons seulement, sous
forme de conclusion, que la noix de Kola détermine une excitation
passagère agréable au début de son action, qui correspond à la période
de début de l’excitation nerveuse, ce qui ne se produit pas avec la
caféine ; l’action diurétique est plus faible qu’avec cette dernière et,
seule, la noix de Kola produit une action tonique intestinale.
Enfin, le travail fourni sous l’influence du Kola est beaucoup plus
considérable que celui obtenu par l’usage de la quantité de caféine
correspondante ; de même l’action tonique est plus durable.
Toutefois, si le Kola est l’aliment de luxe antidéperditeur par
excellence, il importe de se souvenir qu’on ne saurait faire abus de son
usage.
L’un de nous a fréquemment fait usage du Kola frais au cours de ses
voyages dans l’intérieur de l’Afrique et en a toujours apprécié les
bienfaisants effets.
Il permet d’accomplir sans fatigue des travaux pénibles et de supporter
des marches très longues. Il éloigne le sommeil et permet de consacrer
au travail les heures réservées habituellement au repos. Dans les pays
tropicaux, on éprouve fréquemment le besoin de faire la sieste après les
repas. En prenant avant le déjeuner, en même temps que la quinine, une
demi-noix de Kola, nous avons pu perdre très facilement cette habitude.
De même le soir, lorsque nous avions à veiller pour mettre des travaux
au point ou pour rédiger un courrier urgent, en mâchant une noix de Kola
nous parvenions non seulement à veiller facilement, mais l’activité
intellectuelle était stimulée et les pensées se précisaient au courant
de la plume. Le Kola nous procurait cette impression de bien-être que
VOLTAIRE appréciait tant quand il avait absorbé une tasse de café pour
se livrer à quelque travail intellectuel pénible. Le travail accompli,
nous nous endormions aussi facilement que d’habitude et nous ne
ressentions aucune dépression le lendemain. Nous avons constaté, comme
NACHTIGAL, qu’une demi-noix, une noix au maximum, devait suffire pour ne
pas amener une fatigue consécutive.
Sous la réserve d’un usage modéré et non continu, le Kola est sans nul
doute l’excitant cérébral le meilleur à la disposition des
intellectuels, et c’est également un agent remarquable pour les hommes
de sport.
Quant aux formes sous lesquelles il peut être consommé, il faut placer
en première ligne la noix fraîche elle-même mastiquée à la manière des
Noirs africains ; on pourra lui substituer pour des Européens les
diverses formes pharmaceutiques décrites dans cet ouvrage, en tenant
compte de ce fait que seules certaines préparations provenant des noix
fraîches stérilisées sont susceptibles de donner sinon d’une façon
totale, tout au moins d’une façon très approchée, la véritable action de
la drogue fraîche.
IV. — Quoiqu’il n’existe pas encore dans les colonies de plantations de
Kolatiers assez importantes et assez anciennes pour fournir des
renseignements précis sur les procédés de culture à pratiquer par les
Européens, on peut néanmoins profiter des expériences déjà réalisées
dans quelques Jardins pour orienter la culture pratiquée par les
indigènes, suivant des méthodes rationnelles. La zone où peuvent
prospérer ces arbres est bien délimitée et les soins qui leur
conviennent ont été précisés. Nous avons en outre signalé les races de
_Cola nitida_ qu’il convient d’ensemencer.
Les rendements à attendre sont moins élevés que ceux indiqués par divers
auteurs. Il est rare qu’un Kolatier fleurisse avant la 7e ou la 8e
année. Il est rare aussi qu’il donne des rendements sérieux avant la
quinzième année. La production du même arbre est très variable d’une
année à l’autre. Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches paraît être
le maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du _Cola nitida_,
cultivé dans les meilleures conditions. Le rendement annuel moyen d’un
arbre adulte cultivé en terrain favorable ne doit pas s’éloigner
beaucoup de 600 noix fraîches pesant 5 à 8 kilog., de sorte que le
revenu d’une plantation comprenant 100 pieds à l’hectare, au prix de 1
fr. le kilog. (valeur moyenne des noix fraîches sur place), serait de
500 à 800 francs et cela à partir seulement de la quinzième ou de la
vingtième année. Si les noix sont vendues à l’état sec, il faut réduire
ce chiffre de moitié.
Il va sans dire que les arbres croissant près des habitations, dans des
terrains riches en humus et bien abrités, rapportent davantage, mais ce
sont des cas exceptionnels sur lesquels un planteur ne peut compter.
Les Kolatiers ont à souffrir des déprédations d’ennemis nombreux, encore
incomplètement connus. Au Dahomey, des galeries profondes sont creusées
dans les branches et les troncs du _Cola nitida_ par un coléoptère, le
_Phosphorus Jansoni_. De tous les insectes qui attaquent les amandes des
Kolas, le plus connu et le plus dangereux est un curculionide, le
_Balaninus Kolæ_, sur lequel nous avons réuni des documents nombreux.
Nous avons en outre indiqué les méthodes de préservation usitées par les
indigènes.
Enfin, pour la première fois, nous avons fait connaître une maladie
sévissant sur les Kolatiers de la Guinée française et se manifestant par
la production de _balais de sorcières_. Cette maladie qui cause des
dégâts parfois sérieux est vraisemblablement occasionnée par un
champignon non encore étudié.
Pour être transportées à de grandes distances sans subir d’avaries
sérieuses, les noix de Kola doivent être emballées avec beaucoup de
soins. Nous avons fait connaître les principaux modes d’emballage. Les
caravaniers garnissent généralement l’intérieur des paniers avec les
feuilles de certaines marantacées, surtout celles de _Clinogyne
Schweinfurthiana_ K. Schum. et _C. ramosissima_ K. Schum. Quand les noix
ne doivent pas être conservées longtemps, on les enferme entre les
larges feuilles d’un arbre de la famille des _Rubiacées_, le _Mitragyne
stipulacea_ Hiern.
Enfin, pour les transports en Europe, c’est l’emballage dans la _tourbe_
qui est recommandé.
En dehors des _Eucola_, il n’existe aucun arbre produisant des amandes
pouvant être substituées aux noix de Kola. Toutes les autres espèces de
_Cola_, les _Sterculia_ et divers autres végétaux signalés comme
produisant des graines pouvant jouer le rôle de succédanés du Kola sont
sans intérêt pour le sujet qui nous occupe. Au nombre de ces plantes est
le _Garcinia Kola_. Les indigènes attribuent à ces graines une grande
valeur, mais ils ne les considèrent nullement comme pouvant remplacer
les Kolas. Ils estiment, au contraire, que l’amande de _Garcinia_ ou
_Kola-bitter_ est un adjuvant du Kola : il permet aux mangeurs de Kola
d’absorber de grandes quantités de vraies noix sans être incommodés. Une
autre espèce de _Garcinia_, que nous avons décrit sous le nom de _G.
antidysenterica_, fournit des racines que les indigènes mâchent et
auxquelles ils attribuent des propriétés analogues, mais non identiques,
aux noix de Kola.
Dans un dernier chapitre, nous avons groupé méthodiquement les coutumes
et les croyances des indigènes relativement aux noix de Kola, et nous
avons signalé les usages qui régissent la propriété des Kolatiers. Mais
c’est surtout au commerce et à la géographie commerciale des Kolas que
nous avons donné un très grand développement. Ce chapitre comprend 80
pages et peut difficilement être résumé.
La production mondiale des Kolas frais atteint actuellement environ
20.000 tonnes. L’Afrique Occidentale française, à elle seule, produit
4.500 tonnes ; elle consomme 6.000 tonnes ; elle doit donc importer
1.500 tonnes provenant de la Gold-Coast, de Sierra-Léone et de
l’hinterland de Libéria. En outre, environ 1.000 tonnes de noix fraîches
provenant de la Gold-Coast et destinées à la Nigéria du Nord transitent
à travers les possessions françaises de l’Afrique Occidentale, en
passant soit par le Haut-Sénégal-Niger (200 tonnes), soit par le Haut-
Dahomey (800 tonnes). C’est, en définitive, un total de 2.500 tonnes de
Kolas frais qui arrivent des possessions étrangères dans nos
territoires.
Les importations de Kolas secs en Europe et aux Etats-Unis n’atteignent
encore que 1.000 tonnes par an. De très petites quantités de noix
fraîches arrivent depuis quelques années en France, en Angleterre et en
Allemagne. Ce commerce devra prendre une grande extension lorsque les
propriétés du Kola seront mieux connues en Europe.
Mais c’est surtout en Afrique que la consommation des noix de Kola est
susceptible d’un très grand accroissement.
Un Noir habitué à cette denrée consomme aisément 600 à 700 noix par an,
soit environ 10 kilog., et plus de la moitié des habitants de l’Afrique
Occidentale française, soit environ 5 millions d’individus, en sont déjà
très friands. La consommation est limitée par suite de la rareté et de
la cherté du produit. Au fur et à mesure que le bien-être des indigènes
se développera et que se multiplieront les voies de pénétration à
travers les régions soudanaises, il est certain que de nouveaux
débouchés s’ouvriront à ce commerce. Les moyens de communication
permettront de transporter rapidement et à bon compte la précieuse
amande. Elle pourra alors être vendue à bas prix et au lieu d’être,
comme aujourd’hui, une denrée de luxe réservée aux riches, elle se
trouvera mise à la portée de toutes les bourses.
Ce qui entraîne la cherté des Kolas, ce n’est pas en effet leur prix de
revient sur place, mais c’est la distance des pays de consommation et la
difficulté des transports. Les noix ne valent parfois que 0 fr. 25 le
kilog. dans les villages de production. Parvenu à la Côte, le kilog.
atteint déjà le prix de 1 franc à 2 fr. 50. Plus loin encore, dans
l’intérieur de la Sénégambie ou du Soudan, il se vend au détail 4 fr., 6
fr., et parfois jusqu’à 12 fr.
La construction d’un réseau étendu de chemins de fer amènera donc un
grand accroissement dans la consommation des Kolas, et cet accroissement
ne pourra qu’être profitable à notre commerce. A ce propos, nous pensons
qu’il y aurait intérêt à exonérer de droits d’entrée les Kolas qui
pénètrent dans nos territoires par les frontières intérieures et surtout
par l’hinterland du Libéria. Outre que la surveillance de ces frontières
est très difficile, nous avons le plus grand intérêt à développer le
mouvement des caravanes disséminant les richesses de l’Afrique
Occidentale à travers nos diverses possessions. Les caravanes qui vont
chercher des Kolas au Sud y emportent en échange les produits de nos
possessions, principalement le bétail dont il existe déjà une
surproduction dans nos territoires.
Du reste, une grande quantité de Kolas pénétrant dans nos possessions ne
font qu’y transiter et il est impossible de faire à la frontière la
démarcation entre ce qui sera consommé chez nous et ce qui ira dans
d’autres colonies.
Nous serions aussi partisan de la suppression des taxes de circulation
sur les Kolas dans les colonies où ces taxes existent. Elles ne
procurent qu’un maigre revenu aux budgets locaux et les indigènes qui
veulent s’y soustraire éprouvent les plus grandes facilités. C’est un
encouragement à la fraude.
Les droits de place pour la vente des Kolas sur les marchés des grands
centres, droits fixés à un taux modéré, pourraient remplacer
avantageusement ces taxes. Quant aux taxes douanières prélevées dans les
ports sur les Kolas importés par mer, elles ont leur raison d’être, mais
il serait désirable que ces taxes soient unifiées, dans la mesure du
possible, dans nos différentes colonies.
Mais le premier de tous les desiderata à réaliser par nos colonies est
d’étendre la culture des Kolatiers par les indigènes dans tous les pays
où elle peut réussir, notamment dans les régions littorales de la Guinée
française, dans celles qui avoisinent l’hinterland de Libéria, enfin
dans la partie forestière de la Côte d’Ivoire.
Nous savons que des efforts dans ce sens sont déjà tentés en différentes
régions et spécialement à la Côte d’Ivoire.
Puisse notre ouvrage servir de guide à ceux qui s’efforcent d’accroître
la production dans nos colonies d’une des denrées les plus capables
d’enrichir le cultivateur indigène !
* * * * *
INDEX ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS
et des Observateurs cités.
* * * * *
=A.=
ADANSON, 10.
AFZELIUS, 114.
ALLARD, 277.
ALQUIER, 270, 271, 283.
ANDERSON, 158.
ARCIN (A.), 379, 456.
ARNOULD, 244, 276, 278.
ATTFIELD, 220, 222, 230.
AUBRY-LECOMTE, 181.
AUTRAN (V.), 183.
=B.=
BAILLAUD (E.), 292, 296, 402, 408, 411, 413, 424, 425.
BAILLON (H.), 17, 32, 46, 49, 68, 70, 102, 109, 129, 436.
BALLAND (A.), 225.
BALLAY (Dr), 110.
BARBOT, 8.
BARR (Walter G.), 255, 256, 259, 260, 262, 274, 275.
BARRIÉTY, 433.
BARTER (Dr), 18, 19, 20, 114, 124, 134, 194, 198, 443, 467.
BARTH, 20, 28, 408, 409, 424, 430, 431.
BARTHÉLEMY (R.), 126, 174, 293, 394.
BAUDIN, 100.
BAUDON (A.), 141, 142, 182, 184, 227.
BAUHIN (G.), 6, 13.
BEAUFOI, 408.
BEIGBEDER, 171, 462.
BELLART, 10.
BELLAY, 141.
BENTHAM, 32.
BERNEGAU (Dr), 30, 194, 196, 197, 225, 236, 239, 249, 308, 325, 334.
BERTHELOT DU CHESNAY (G.), 181, 318.
BINGER, 24, 26, 27, 28, 124, 125, 161, 171, 172, 173, 174, 253, 359,
391, 393, 408, 413, 461.
BLARINGHEM (L.), 208.
BLONDIAUX, 29, 164.
BOJER, 34.
BÖMER, 221, 223.
BOUGAINVILLE, 32.
BOULANGER-DAUSSE, 277, 278.
BOURDET, 251.
BOURQUELOT, 239, 278.
BOUVIER, 338.
BRAZZA (Savorgnan de), 110.
BRIÈRE, 148.
BRISSEMORET, 251.
BROWN (Rob.), 18, 32, 49, 110, 129.
BRÜE (de), 7, 9, 10.
BUCHET, 184, 196.
BUSSE (W.), 49, 112, 114, 115, 118, 129, 134, 194, 468.
BUSSEUIL (Dr), 18.
=C.=
CAILLIÉ (René), 14, 15, 28, 408.
CAMBIER, 183.
CANDOLLE (A. P. de), 41, 42, 48.
CARLES, 235, 236, 237.
CARLI (P.), 6.
CASTÉRAN, 155, 459, 460.
CAVANILLES, 48.
CAZALBOU, 459, 460.
CHALOT, 186, 201, 452.
CHARREAU (P.), 187, 397, 398.
CHEVALIER (Aug.), 33, 60, 153, 164, 176, 227, 350.
CHEVALIER (J.), 267, 270, 271, 283.
CHEVROTIER, 242, 251, 270.
CHODAT, 23, 72, 212, 213, 221, 223, 228, 229, 342.
CHRISTY, 353.
CHUDEAU (R.), 362, 368, 423, 424.
CHUIT, 23, 72, 221, 223, 228, 229, 342.
CLUSIUS (C.), 4, 5, 467.
COLLIN, 92.
COMBES, 153.
COMMERSON, 32, 33, 34, 102, 104.
CONRAU, 138, 196.
CORNU (Maxime), 23, 33, 98, 110, 111, 114, 139, 183, 226.
COURTET, 227.
CUMMINS, 117.
CUNY, 408.
=D.=
DALECHAMPS, 3.
DANIELL (F.), 220, 452.
DANVILLE, 408.
DAPPER, 7.
DEHNÉ, 425, 427.
DEKKER (J.), 230.
DELAFOSSE, 166, 170, 172.
DELESSERT, 41, 99, 106.
DELEYRE, 6.
DELISLE, 408.
DESBROCHERS DES LOGES, 330, 332, 333.
DIETERICH, 225, 229, 236.
DOHME, 224.
DON (G.), 14, 31, 42, 43, 44, 46, 98, 109, 129.
DORVEAUX, 2.
DOUSSOT (J.), 72.
DUBOIS (R.), 255, 272.
DUJARDIN-BEAUMETZ, 254.
DUPARQUET, 181.
DUPONT DE NEMOURS, 32.
DURAND (T. et H.), 14, 197.
DYBOWSKI, 183.
=E.=
ELLIOT (W.-R.), 195.
ELOT, 200.
ENDLICHER, 32, 46, 48, 49, 107.
ENGELHART, 224.
EVANS (A.-E.), 301.
ESSEYRIC, 29, 164, 171.
=F.=
FAMECHON, 148, 149, 136, 327, 369, 458.
FAUST (J.), 333.
FAUWCET, 318.
FÉRÉ (de), 272.
FILLOT (H.), 352, 357, 358, 401.
FLAHAULT (Ch.), 202.
FLUCKIGER, 22.
FLUTEAUX, 248, 251.
FONDÈRE, 182.
FONSSAGRIVES (J.), 178.
FOUREAU, 183.
FOURNEAU, 182.
FRANÇOIS (G.), 235.
FRÉZOULS, 377.
FUICH, 7, 9.
=G.=
GAFFAREL (P.), 36.
GAUTHIER (A.), 238.
GAUVAIN, 158, 166, 167.
GÉNOT, 299.
GHAFFKI (El.), 3.
GIRAUD (G.), 424.
GOBINET, 380.
GODEN, 344.
GORETO (Jacob), 4.
GORIS (A.), 220, 221, 235, 242, 244, 247, 248, 250, 251, 267, 276,
278, 280, 470.
GÖRTE (O.), 250.
GOSDEN, 434.
GOUJON (A.), 186, 187, 188, 325.
GRANDEAU, 284.
GRIFFON DU BELLAY, 68, 181.
GRÜNER (Dr), 192, 194, 300.
GUÉRITHAULT, 277.
GUESDE, 68.
GUIBOURT, 22.
GUIGNARD, 99, 281.
GUILLET (Dr), 254.
=H.=
HAECKEL (Ernst), 202.
HANBURY, 22.
HARRIS (W.), 200.
HART, 201.
HARTWICH, 72, 97.
HAUET, 149, 314, 318, 326, 369.
HECKEL (E.), 18, 22, 23, 68, 72, 110, 111, 114, 129, 179, 186, 187,
200, 209, 219, 221, 222, 228, 230, 231, 232, 233, 235, 237, 253, 254,
255, 272, 285, 295, 315, 316, 319, 324, 325, 335, 337, 344, 353, 433,
436, 437, 438, 439, 440, 441, 443, 444, 448, 452.
HEUDELOT, 17.
HIERN (W.-P.), 41, 48, 199.
HŒFER (Dr), 32.
HOOKER (W.-J.), 18, 32.
HOSTAINS, 29, 165.
HUGO DE VRIES, 208, 211, 214.
HUPFELD, 193.
=I.=
IBN-EL-BEITHAR, 3.
=J.=
JAVILLIER, 277.
JEAN (J.), 224, 236.
JOBSON, 7, 8.
JOHNSON, 71, 108, 216.
JOHNSTON (Harry), 166, 189.
JOLLY (A.), 176, 438.
JOTEYKO, 264.
JOULIA, 29, 164.
JUSSIEU (Laurent de), 31, 34, 35, 47, 98, 102, 108.
=K.=
KARSTEN, 46.
KILMER, 229.
KLAINE (P.), 136, 141, 181, 184, 449, 451, 460.
KNEBEL, 219, 220, 233, 234, 235, 236, 237, 255.
KNOX, 220, 221, 223, 226, 236, 240, 241, 243, 247, 252.
KŒNIG, 221, 223.
KREWEL (et Cie), 235, 236, 237.
KUNTZE (Otto), 48.
=L.=
LABAT (P.), 9, 10.
LALLEMANT, 14.
LAMARCK (de), 2, 13, 31, 35, 98, 101, 102, 103, 104, 467.
LAMBERT, 317, 335.
LANDOLPHE, 36.
LAPICQUE, 265.
LASCELLES-SCOTT, 221, 222.
LESÈGUE, 100.
LAURENT, 29, 164, 166, 198, 290, 314, 326, 384, 386.
LE BON (G.), 238.
LECERF, 158.
LECOMTE, 182, 201.
LÉMERY, 9.
LÉON L’AFRICAIN, 2, 3, 408, 467.
LEPRINCE, 382.
LESNE (P.), 330, 333, 336.
LIEBIG, 220.
LINNÉ, 31, 48.
LIURETTE, 156, 158, 355, 382, 383.
LOPEZ (Eduardo), 3, 4, 7, 467.
LUNAN, 41.
LUTZ, 342.
=M.=
MAC-LEOD (C.), 196.
MAISTRE (Casimir), 182.
MANGIN, 165.
MANN, 117, 198.
MARAVAL, 366.
MARC, 414, 416, 423.
MARIE (Dr), 255, 272.
MARTIN (Joanny), 335, 336.
MASTBAUM (H.), 239.
MASTERS, 32, 49, 98, 438.
MATTEI, 452, 454, 455.
MATHEWS (J.), 10.
MEINERT, 284.
MENDEL, 127, 215, 216.
MENIAUD, 431.
MÉRAT (F.-W.), 18.
MEROLLA, 7.
MICHAUX, 35, 99, 100.
MILNE-EDWARDS (E.), 338.
MISCHLICH, 193.
MITSCHERLICH, 97.
MONNAVOND, 255.
MONNET, 254.
MOORE, 7.
MOSSO, 255.
MUNGO-PARK, 14.
=N.=
NACHTIGAL (G.), 341, 472.
NEGREIROS (Almada de), 405.
NEISH, 461.
NICOLAS, 295.
NOURY, 138, 179, 227, 302, 329.
NUSSAC (de), 34.
=O.=
OESTERLÉ, 66, 72, 87, 93, 139, 209.
OLLONE (d’), 29, 165, 167.
=P.=
PAL, 264.
PALISOT DE BEAUVOIS, 12, 13, 18, 34, 36, 39, 40, 41, 44, 48, 98, 99,
106, 107, 109, 117, 118, 129, 134, 178, 197, 467.
PARIZOT, 265.
PASCHKIS, 264.
PEREZ (J.), 330, 331, 332.
PERROT (Em.), 33, 79, 220, 221, 235, 280.
PERROTTET, 200.
PERROUD, 255.
PIERRE, 56, 65, 98, 118, 129, 136, 176, 181, 184, 186, 295, 436, 449,
451.
PIGAFETTA (Fileppo), 3, 4, 6, 467.
PLANCHON, 22, 92.
PLEHN, 192, 193, 300.
PLUMIER, 265.
POBÉGUIN, 152, 316.
POIRET (J.-L.-M.), 13, 33, 39, 41.
POISSON (E.), 179.
POITEAU, 200.
POIVRE (Pierre), 32, 33.
POLSTORFF, 251.
PONTY (W.), 421.
POSKIN, 229, 230.
POUCHET, 267, 272.
PRESCOTT, 220, 226, 236, 240, 241, 243, 247.
PRÉVOST (l’abbé), 6.
PRINS (P.), 187.
PROCHE, 179.
PUNCH, 437.
=R.=
RAFINESQUE, 41, 48.
RANÇON, 29, 452.
RENDLE, 109.
RIBAUT, 266.
RICHAUD, 154.
RIPERT, 168, 169, 170, 171, 290.
RODET (P.), 255.
ROELSIUS, 4, 5, 7.
ROHLFS (G.), 220.
RONCERAY, 249.
ROSSIGNOL, 154.
ROUX (E.), 28.
=S.=
SALVAN, 296.
SAVARIAU, 178, 179, 180, 227, 294, 295, 302, 315, 319, 320, 325, 326,
443, 444, 455, 459, 462.
SAUSSINE (G.), 297, 307, 318, 354.
SCAR (capitaine), 417, 421.
SCHEFFER, 2.
SCHIFFER, 29, 169, 170, 171, 172, 227, 388, 391, 393.
SCHLAGDENHAUFFEN, 22, 219, 221, 222, 228, 230, 231, 232, 233, 441,
444, 448.
SCHLOTTERBECK, 221, 223.
SCHMIEDEBERG, 265.
SCHOTT, 32, 46, 48, 49, 107.
SCHUMACHER, 11, 18, 44, 45, 99, 107, 108.
SCHUMANN (K.), 18, 22, 32, 41, 48, 49, 51, 65, 100, 109, 111, 112,
113, 114, 117, 138, 192, 196, 198, 286, 437, 439, 468.
SCHURMAYER, 229.
SCHUMBURG, 461.
SCHUMM (O.), 229.
SCHWEINFURTH (G.), 21, 141, 188, 198.
SCHWEITZER (G.), 234.
SÉE (Germain), 254, 265.
SEMLER, 30, 285, 318.
SÉNAC, 165.
SIEDLER, 239.
SMITH (Christian), 197.
SOLEREDER, 72.
SOXHLET, 233.
SPIRE (Dr), 182, 183.
STANLEY, 141.
STAPF, 41, 43, 98, 105, 106, 108, 109, 195, 216.
STOKES, 48.
SURCOUF (J.), 335.
SUTELIFF, 434.
=T.=
TEISSONNIER (P.), 299, 301, 307, 314.
TEMPORAL, 3.
THOLLON, 141.
THOMANN, 29, 169, 170.
THOMPSON (H.-N.), 191.
THOMS, 229.
THOMSON, 224.
THONNING, 11, 44, 45, 48, 107, 138.
TOPPING (O.), 226.
TRILLES (P.), 184, 186, 197, 436.
TSCHIRCH, 72.
=U.=
UFFELMANN, 221, 223.
=V.=
VACHER, 299.
VAHL, 108.
VAISSIÈRE (de la), 434.
VALENTIN, 153.
VAN CASSEL (Ch.), 164, 295.
VENTENAT, 12, 32, 34, 35, 36, 41, 44, 47, 48, 99, 100, 101, 103, 104,
106, 467.
VERMOND, 201.
VIDAL, 417, 423.
VIGNE, 242, 251, 270.
VOULGRE, 182.
VUILLET (J. et H.), 307, 308, 454.
=Z.=
ZECH (comte), 117, 134, 192, 193, 194, 195, 196, 197, 295, 404.
ZENKER, 437.
ZIMMERMANN (M.), 164.
ZOHLENHOFER, 72, 92.
=W.=
WAAGE, 229, 230.
WARBURG (O.), 30, 112, 117, 193, 194, 285, 288, 289, 309, 315, 318,
319, 341, 468.
WARIN (J.), 229, 277.
WARMING (E.), 99, 202.
WELWITSCH, 41, 134, 199, 338, 356.
WILDEMAN (E. De), 30, 49, 111, 118, 197, 198, 309, 317, 318, 319, 440.
WILSDORFF (E.), 237.
WŒLFFEL, 29, 164, 295.
WOHSEN, 444.
* * * * *
INDEX ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
* * * * *
=A.=
_Abèl_, 185.
_Abidan_, 138.
Acide kolatanique, 221.
Achanti, 124, 401.
Action physiologique, 253.
Afrique équator. franç., 180, 396.
Angola, 199.
Animaux nuisibles, 327.
_Anomocola_, 51, 52.
_Anthocleista_, 351.
Antilles, 199, 200.
Aphrodisiaque, 442.
Attié, 175.
_Autocola_, 51, 52.
_Ayenia_, 50.
=B.=
Balais de sorcières, 339.
_Balaninus Kolæ_, 330.
Bakoués, 165.
Baoulé, 162.
Bétail, 411, 413, 417.
Betaïne, 251.
Bétés, 169.
Beyla, 379.
_Bichea_, 48.
— _sulcata_, 118, 129.
_Biguendé oro_, 173.
_Blighia_, 163.
Boola, 158, 376.
Borers, 329.
Bouturage, 295.
=C.=
Caféine, 224, 225, 227.
Cameroun, 196, 403.
Caractères généraux, 55.
_Carapa procera_, 138.
Caravanes, 361.
Catéchine, 248.
Cauris, 37, 38, 364, 380.
Chancre, 339.
_Cheirocola_, 51, 52.
Chimie, 219.
Climats, 202.
_Clinogyne ramosissima_, 347.
_Clinogyne Schweinfurthiana_, 347.
_Clitandra_, 155.
_Cola_ Schott et Endl.
_Cola acuminata_, 53, 117, _129_.
_C. acuminata_ Heckel, _120_.
_C. acuminata_ var. _kamerunensis_, _139_.
_C. alba_, _124_.
_C. anomala_, 51, _136_.
_C. astrophora_, 112, _120_, _129_.
_C. Ballayi_, 110, 129, _139_, _183_.
_C. caricifolia_, 50.
_C. chlamydantha_, 50.
_C. cordifolia_, 58, 437.
_C. dasycarpa_, 436.
_C. digitata_, 438.
_C. Duparquetiana_, 436.
_C. ficifolia_, 436.
_C. gigantea_, 198.
_C. heterophylla_, 437.
_C. hypochrysea_, 53.
_C. Johnsoni_, 136.
_C. lateritia_, 53.
_C. macrocarpa_, 109.
_C. mixta_, _126_.
_C. nitida_, _120_.
_C. pachycarpa_, 438.
_C. pallida_, 71, _128_.
_C. proteiformis_, 60.
_C. rubra_, _123_.
_C. sphærocarpa_, 54, 69, _142_.
_C. sublobata_, 112, 120, 129.
_C. subverticillata_, 111, _139_.
_C. Supfiana_, 114, _129_.
_C. thomensis_, 4.
_C. Trillesiana_, 186.
_C. Trillesii_, 436.
_C. vera_, 53, 113, 114, _120_.
_C. verticillata_, _137_.
_Coleus rotundifolius_, 33.
Commerce, 355.
Comprimés, 279.
Congo belge, 197.
Conservation, 345.
Côte d’Ivoire, 159, 394.
Croissance, 313.
Croyances, 448.
Culture, 285.
— indigène, 289.
=D.=
Dahomey, 178, 396, 425.
Dans, 164, 384.
Diastase, 239.
Dioulas, 359.
Distribution géographique, 145.
Djougou, 425.
Doses, 260.
Douane (droits de), 365.
Durée, 313, 326.
Dyolas, 164, 384.
=E.=
Ecologie, 202.
_Edwardia lurida_, 41, 42.
Emballage, 351, 345.
_Eucola_, 53, 54.
Extraction, 344.
Extrait fluide, 281.
— de Kola sec, 277.
=F.=
Fernando-Pô, 198.
Feuilles, 56.
Fleurs, 63.
_Ficus_, 163.
_Firmiana_, 217.
Formes pharmacologiques, 274.
Fouta-Djalon, 150.
Fruits, 66.
=G.=
Gabon, 398.
Gambie anglaise, 429.
_Garcinia antidysenterica_, 345.
_Garcinia Kola_, 441.
Gbins, 166.
Géographie commerciale, 355.
Gemmules, 55, 56.
Gold-Coast, 190, 400.
Gouros, 166, 170.
Graines, 70.
Granulé au Kola, 280.
Guenzés, 364.
Guerrés, 165.
Guerzés, 156, 372.
Guinée française, 146, 367.
Guinée portugaise, 429.
Guyane, 189.
=H.=
Haïti, 201.
_Haplocola_, 51, 52.
Haut-Sénégal-Niger, 159, 408.
_Hillé_, 341.
Histologie, 72.
Historique, 1, 12, 31.
=I.=
Importations en Europe, 433.
Indo-Chine, 200.
Inflorescences, 62.
=J.=
Jamaïque, 200.
Java, 200.
=K.=
Kabaro, 373.
Kokotla, 25, 392.
Kola Bafio, 187.
Kola frais stérilisé, 278.
Kolanine, 219, 224, 234.
Kolas rosés, 381.
Kolatanate, 240.
Kolatéine, 242, 245, 247.
Kola vert, 173.
Kissi, 153, 370.
Kouranko, 151.
Kouyas, 388.
Kroumen, 176.
=L.=
Labogie, Laboshi, 195.
_Landolphia_, 155.
Libéria, 189.
Limbe, 60.
Loi de Mendel, 127, 215.
Lola, 374.
_Loranthus_, 338.
Lôs, 166, 170.
_Lunanea Bichy_, 41.
=M.=
_Macrocola_, 53, 54.
Malvacées, 31.
Mango, 172
Mandé-Dioulas, 355.
Manilles, 364.
Manons, 157, 165.
Masticatoire au Kola, 280.
Médecine, 253.
_Micropeltis depressa_, 342.
Milieu biologique, 205.
Milieu édaphique, 204.
_Mitragyne macrophylla_, 350.
Modes d’emploi, 276.
Monas, 166, 171.
Monnaies, 363.
Mossi, 411.
Morénou, 175.
=N.=
_Napoleona imperialis_, 441.
Ngans, 172, 394.
Niger, 151.
Nigeria, 194, 430.
_Nkork_, 185.
Nombre des récoltes, 323.
Nomenclature, 49, 118.
Nzô, 375.
=O.=
_Ombéné_, 185.
Ombrage, 306.
Organes floraux, 87.
_Orofira_, 346.
Oussourou, 376, 421.
Ouorodougou, 161.
=P.=
Patentes, 382.
_Pentadesma butyracea_, 404.
Pétiole, 58.
Philogénie, 217.
Phloroglucine, 249.
_Phosphorus Jansoni_, 329, 330.
Physiologie, 253.
Plantation, 297.
Plantes nuisibles, 338.
_Plectranthus Coppini_, 33.
Port, 55.
Préparations alimentaires, 279.
Préparation de Kola sec, 353.
Production mondiale, 358.
_Protocola_, 50, 52.
_Pterygota_, 217.
=R.=
Races, 206, 213.
_Raphia_, 293, 294.
Ration pour animaux, 283.
Rat palmiste, 293, 327.
Récolte, 343.
Régime de la Propriété, 461.
Rendement, 316.
Renflement foliaire, 79.
Reproduction, 209.
Réunion (La), 200.
_Rhipsalis Cassytha_, 177.
Rites, 448.
Rôle des Jardins d’essai, 311.
Rôle religieux, 456.
Rôle social, 453.
Rouge de Kola, 221, 230, 238.
=S.=
_Sangara_, 335.
Sankaran, 151.
San-Thomé, 403.
_Sarcophrynium brachystachyum_, 348.
Sauterelles, 328.
Sel, 25, 392.
Sénégal, 405.
Semis, 297.
Sierra-Léone, 188, 399.
_Siphoniopsis_, 46.
_Siphoniopsis monoica_, 109.
Sombés, 364.
Soussous, 369.
_Sterculia_, 31.
_S. acuminata_, 44, 105, _129_.
_S. fœtida_, 437.
_S. grandiflora_, 35, 103, 120.
_S. guttata_, 437.
_S. longifolia_, 35.
_S. nitida_, 34, 35, 99, _106_.
_S. macrocarpa_, 42.
_S. monosperma_, 34.
_S. rhinopetala_, 437.
_S. tomentosa_, 198, 437.
_5. urens_, 437.
_S. verticillata_, 45, 107, _136_.
Sterculier, 13.
Superstitions, 459.
Systématique, 47.
=T.=
Tableau dichotomique, 119.
Tablettes, 279.
Tanins, 251.
Taxes, 366.
Tchad, 428.
Teignes, 338.
Terrain, 305.
_Thaumatococcus Danielli_, 348.
Théobromine, 224.
Togo, 192, 404.
Tômas, 156, 355, 372.
Touras, 168.
Tourbe, 353.
Transports, 361.
Trinidad, 200.
Type de Cornu, 110.
Type de Palisot, 105.
Type de Thonning, 107.
Types de Ventenat, 99.
=U.=
Usages, 274.
=V.=
Végétaux parasites, 338.
Ver du Kola, 330.
Vin de Kola, 280.
* * * * *
ERRATA ET ADDENDA.
* * * * *
Page 30, lignes 5 et 8, _lire_ : LAMARCK, _au lieu de_ LAMARK.
Page 48, ligne 7, _ajouter_ : ainsi que le _S. heterophylla_ Pal. Beauv.
Page 49, ligne 17, _lire_ : trois espèces, _au lieu de_ deux espèces.
Page 49, ligne 27, _après_ W. BUSSE, _ajouter_ : par A. ENGLER.
Page 55, ligne 3, _lire_ : _Section Eucola_, _au lieu de_ : _Section
Autocola_.
Page 85, ligne 31, _lire_ : dans l’espèce sauvage de la Côte d’Ivoire et
dans le _C. Ballayi_, _au lieu de_ : dans l’espèce sauvage de la Côte
d’Ivoire, le _C. Ballayi_.
Page 86, ligne 10, _lire_ : _C. acuminata_, _au lieu de_ : _C.
astrophora_.
Page 95, ligne 11, _lire_ :
_14_, _C. acuminata_, _au lieu de_ : _14_, _C. Ballayi_.
Page 97, ligne 10, _après_ : chez le _C. Ballayi_, ajouter : ainsi que
chez _C. acuminata_ et _C. verticillata_.
Page 129, à la liste des synonymes de _C. acuminata_, _ajouter_ :
_C. thomensis_ A. Chev. in ALMADA NEGREIROS. Colonies portugaises,
études documentaires, Paris, 1906, p. 207.
Page 226, ligne 29, renvoi (1), _lire_ :
les noix rapportées à _C. Ballayi_ appartiennent probablement au _C.
acuminata_ Schott et Endl., _au lieu de_ : _C. Ballayi_ est le vrai
_C. acuminata_.
Page 299, ligne 36, note (1), _lire_ :
1897, _au lieu de_ : 1907.
* * * * *
[Illustration : CARTE des possessions françaises de L’OUEST et du CENTRE
AFRICAIN — RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE =DES KOLATIERS=]
[Illustration : DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE _du_ =Cola nitida= A. CHEV. en
Afrique Occidentale française
Carte dresséé sous la direction de M. Aug. Chevalier _d’après les
documents de la mission scientifique permanente de l’Afrique Occidentale
et les Archives des Postes de l’Afrique Occidentale_]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. I
_Sterculia nitida_ Vent. Type de Ventenat.
(HERB. DELESSERT, GENÈVE).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. II
_Sterculia nitida_ Vent.
Type de l’Herbier de Lamarck cité par Ventenat
(HERB. MUS. PARIS).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. III
_Sterculia nitida_ Vent. Echantillon de Commerson.
(HERB. MUS. PARIS).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. IV
_Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier de Jussieu.
(HERB. MUS. PARIS).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. V
_Sterculia grandiflora_ Vent. Type de l’Herbier Lamarck.
(HERB. MUS. PARIS).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. VI
_Sterculia acuminata_ Pal. Beauv.
Type de l’Herbier de Palisot de Beauvois (HERB. DELESSERT, GENÈVE).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. VII
_Sterculia verticillata_ Thonn. Type de l’Herbier de Schumacher.
(HERB. MUS. COPENHAGUE).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. VIII
_Cola Ballayi_ Cornu. Type vivant de Maxime Cornu.
(SERRES MUS. PARIS).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. IX
_Cola astrophora_ Warb. (= _Cola acuminata_ Schott et Endl.).
Type de Warburg.
(HERB. MUS. BERLIN).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. X
_Cola nitida_ sub-sp. _C. rubra_ A. Chev.
Forme sauvage de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire.
(HERB. AUG. CHEVALIER).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. XI
_Cola nitida_ (Vent.). A. Chev. Forme sauvage de la Côte d’Ivoire, à
grandes fleurs et à petites fleurs sur le même rameau.
(HERB. AUG. CHEVALIER).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. XII
_Cola nitida_ sub-sp. _C. pallida_ A. Chev. Forme sauvage de la Côte
d’Ivoire.
Rameau d’un arbre ne portant que des fleurs mâles.
(HERB. AUG. CHEVALIER).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. XIII
_Cola nitida_ sub-sp. _C. mixta_ A. Chev. forma _latifolia_.
Plante cultivée par les indigènes à Conakry, en Guinée française.
(HERB. AUG. CHEVALIER).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. XIV
_Cola acuminata_ (Pal. Beauv.). Schott et Endl.
Forme cultivée par les Kroumen, à Grabo dans la Côte d’Ivoire.
(HERB. AUG. CHEVALIER).
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. XV
_Cola nitida_ (Vent.) A. Chev.
Différentes formes de follicules ouverts : _1_, follicule à cinq graines
encore enveloppées dans leur tégument avec le hile visible à la face
supérieure ; _2_, follicule avec une seule graine ; _3_, avec deux
graines ; _4_, avec quatre graines en partie débarrassées de leur
tégument.
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
[Illustration : AUG. CHEVALIER ET EM. PERROT. Les Kolatiers.
Pl. XVI
_Noix de Kola de différentes espèces._
_1_, _C. sphærocarpa_ ; _2_, _C. Ballayi_ ; _3_, _C. nitida_ s.-sp. _C.
mixta_ ; _4_, forme à petites graines du Soudan en voie de germination ;
_4_, _C. nitida_ sub-sp. _C. mixta_, noix blanche des îles Sherbro
(Sierra-Leone) ; _5_ et _6_, id., noix rouges de même provenance ; _7_,
id., noix blanches de Sekondee (Gold Coast) ; _8_ et _9_, id., noix
rouges de même provenance.
Phototypie Alary-Ruelle, Paris]
Note du transcripteur :
Les changements dans l’ERRATA ont été aportés.
Page VI, " K. Schumann, O. Waburg et W. Busse " a été remplacé par
" Warburg "
Page 7, " voyageurs anté-térieurs ont dit sur " a été remplacé par
" antérieurs "
Page 22, note 33, " HECKEL et SCHLADENHAUFFEN " a été remplacé par
" SCHLAGDENHAUFFEN "
Page 23, " feuilles groupées en faux vertielle " a été remplacé par
" verticelle "
Page 28, " marchés sont Gorée et et les " a été remplacé par " Gorée
et les "
Page 29, " Niger et la Faldemé, les dioulas " a été remplacé par
" Falémé "
Page 35, " _ureeolo subsessile_ (il s’agit " a été remplacé par
" _urceolo_ "
Page 35, " serait pas encore déve-veloppé " a été remplacé par
" développé "
Page 36, " Deux se rappor- bien à un vrai " a été remplacé par
" rapportent "
Page 40, " voir une noix à deux colylédons " a été remplacé par
" cotylédons "
Page 44, " décrit par PALISOT DE BFAUVOIS " a été remplacé par
" BEAUVOIS "
Page 52, " au-dessus de l’autre sur deux raugs " a été remplacé par
" rangs "
Page 63, " de la familles des Sterculiacées " a été remplacé par
" famille "
Page 63, " n’est pas rare d’oberver certains " a été remplacé par
" d’observer "
Page 70, note 76, " BAILLON. — Histoire des Plantes, IV, p. [blanc]. "
a été remplacé par " p. 111. "
Page 78, " un épiderme assez fortement euticularisé " a été remplacé
par " cuticularisé "
Page 85, " intéressantes tranformations histologiques " a été remplacé
par " transformations "
Page 92, " _te, ti_, tégments externe " a été remplacé par
" téguments "
Page 125, " au dessus et de profi " a été remplacé par " au dessus et
de profil ; "
Page 127, " cercles de Faranna ! de Konroussa ! " a été remplacé par
" Kouroussa "
Page 133, " à calice _plus ou moins companulé_ " a été remplacé par
" _campanulé_ "
Page 134, " depuis longtemps on en voie de germination " a été
remplacé par " ou "
Page 136, " à 8 m. de hauteur sans bran-bres " a été remplacé par
" branches "
Page 140, " hermaphodites à calice ordinairement " a été remplacé par
" hermaphrodites "
Page 151, " clairsemés, on en en trouve encore " a été remplacé par
" on en trouve "
Page 156, " les doulas soudanais continuent " a été remplacé par
" dioulas "
Page 157, " des groupements mportants " a été remplacé par
" importants "
Page 158, " Kolas apportés au marché de Boola provenant " a été
remplacé par " proviennent "
Page 158, " étendues dans les territpires situés " a été remplacé par
" territoires "
Page 160, " sans intérêt est ne doivent être " a été remplacé par " et
ne "
Page 172, " sur Kong et sur Bobo-Dioulosso " a été remplacé par
" Bobo-Dioulasso "
Page 176, " le Kola porte les noms sui-sants " a été remplacé par
" suivants "
Page 178, Réf. manquante à deuxième note (n. 116) ajoutée après
" empruntons à SAVARIAU "
Page 181, Réf. manquante à deuxième note (n. 118) ajoutée après
" qu’il rapporte inexactement au _Cola Ballayi_ "
Page 183, " non seulemedt dans les endroits humides " a été remplacé
par " seulement "
Page 184, " limbe elleptique, arrondi " a été remplacé par
" elliptique "
Page 185, Ajouté " « " avant " Les Fang lui donnent " et " De cet
_Abèl_ ".
Page 195, " qui permirent à O. STAFF " a été remplacé par " STAPF "
Page 208, " les arbres fruitiers des pays tempérérés " a été
remplacé par " tempérés "
Page 209, " remarquable particularité biolo-logique " a été remplacé
par " biologique "
Page 239, note 206, " 55e série, 1896, IV, p. 484. " a été remplacé
par " 6e série, 1896, IV, p. 481. "
Page 239, note 207, " H. MATSBAUM " a été remplacé par " MASTBAUM "
Page 241, " Pent cétylkolatanin " a été remplacé par
" Pentacétylkolatanin "
Page 245, " la _Kotatine_, principe cependant " a été remplacé par
" _Kolatine_ "
Page 257, " dans l’impossibilié de se rappeler quel " a été remplacé
par " l’impossibilité "
Page 259, note 230, " augmentation du du travail produit " a été
remplacé par " augmentation du travail "
Page 261, " vomique ou de la strychine " a été remplacé par
" strychnine "
Page 271, " produit aux dépens des des réserves " a été remplacé par
" dépens des réserves "
Page 291, Réf. manquante à troisième note (n. 248) ajoutée après " et
à la rendre plus abondante "
Page 301, " d’Olokomeji, d’Ebute-Metta, de Old-Calabor " a été
remplacé par " Old-Calabar "
Page 301, note 257, " Amtsblatt für den Schutzgebut Kamerun " a été
remplacé par " das Schutzgebiet "
Page 309, " par conséquent relativemeni minime " a été remplacé par
" relativement "
Page 325, note 283, manquante supposée être : " HECKEL. — Loc. cit.,
p. 37. "
Page 327, note 284, " le Gouverneneur de Sierra-Léone " a été remplacé
par " Gouverneur "
Page 330, " certainement le _Balanagastris Kolæ_ " a été remplacé par
" _Balanogastris_ "
Page 340, " tous les buissons produisant des " a été remplacé par
" produisent "
Page 341, Réf. manquante à note 295 ajoutée après " caravanes au cœur
de l’Afrique "
Page 346, " surtout cellles du genre _Clinogyne_ " a été remplacé par
" celles "
Page 347, " large de 2 cm. envirsn " a été remplacé par " environ "
Page 354, " les sécher, à l’étude, à 60° " a été remplacé par
" l’étuve "
Page 392, " en accomplisssant ce courtage qui " a été remplacé par
" accomplissant "
Page 399, " les chiffres suivants donnent " a été remplacé par
" donnant "
Page 410, " dioulas de la boucle de Niger " a été remplacé par " du
Niger "
Page 410, note 334, " chiffre corresdond à 300 ou " a été remplacé par
" correspond "
Page 413, " au Mossi ont complété ces imformations " a été remplacé
par " informations "
Page 416, Réf. manquante à note 338 ajoutée dans page suivant, après
" fourni de bière de mil "
Page 417, " en même temps qu’une qu’une grande place d’affaires " a
été remplacé par " temps qu’une grande "
Page 424, " L’apport de sel de Taoudéri " a été remplacé par
" Taoudéni "
Page 431, " chiffre a a été en s’accroissant " a été remplacé par
" chiffre a été "
Page 431, " le chemin de fer Lagos-Ibaban-Ilorin " a été remplacé par
" Lagos-Ibadan-Ilorin "
Page 432, " dans la Nothern Nigéria en cette " a été remplacé par
" Northern "
Page 433, note 350, " D’après HECKEL, Loc. cit., " a été remplacé par
" Loc. cit., p. 67. "
Page 439, " à l’extrémité bes branches " a été remplacé par " des "
Page 440, note 360, " a cité le aussi _Kola lapidota_ K. Schum.,
espèce du Cameronn " a été remplacé par " a cité aussi _Cola lepidota_
K. Schum., espèce du Cameroun "
Fig. 51, " =Garcina Kola= Heckel " a été remplacé par " =Garcinia= "
Page 444, " donnent par leur amertune " a été remplacé par
" amertume "
Page 447, " stigmate glanduleux, jaudâtre, sessile " a été remplacé
par " jaunâtre "
Page 455, " Il est d’usage, pas exemple " a été remplacé par " par "
Page 456, " que Prophète s’est assis sous " a été remplacé par " que
le Prophète "
Page 462, " certains notables peuvent seulent posséder " a été
remplacé par " seulement "
Page 470, " Quant à la valeur taxinomique " a été remplacé par
" taxonomique "
Page 478, " CÖRTE (O.), 250. " a été remplacé par " GÖRTE "
Page 479, " LIANÉ, 31, 48. " a été remplacé par " LINNÉ "
Page 479, " MATSBAUM (H.), 239. " a été remplacé par " MASTBAUM "
Page 479, " POLSTORFE, 251. " a été remplacé par " POLSTORFF "
Page 480, " TCHIRCH, 72. " a été remplacé par " TSCHIRCH "
Page 480, " WOLSSEN, 444. " a été remplacé par " WOHSEN "
Page 480, " ZERCK (comte) " a été remplacé par " ZECH "
Page 482, " _Haphocola_ " a été remplacé par " _Haplocola_ "
Page 482, " _Kkork_ " a été remplacé par " _Nkork_ "
Page 482, " _Phosophorus Jansoni_ " a été remplacé par
" _Phosphorus_ "
De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe
ont été apportés.
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES KOLATIERS & LES NOIX DE KOLA ***
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